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Loge maçonnique et Fight Club, mêmes combats !

Par leur fonctionnement, une loge maçonnique et les fights clubs du roman de Chuck Palahniuk sont plus proches qu’on ne le pense.

Entre deux déconfinements, j’ai lu un très intéressant roman : Fight Club de Chuck Palahniuk, paru en 1996. Les plus cinéphiles auront reconnu la base du film éponyme de David Fincher de 1999, considéré comme culte (et en dépit de sa qualité, moins fouillé que le roman).

Le roman nous plonge dans le flux de conscience du narrateur, un jeune cadre dynamique en pleine crise de sens. Le narrateur, qui occupe un emploi très lucratif d’expert pour l’industrie automobile (en termes contemporains, on parle de bullshit job) fait la connaissance d’un homme très particulier ,Tyler Durden. Suite à un concours de circonstances, le duo va d’abord cohabiter, puis commettre des plaisanteries potaches plus ou moins osées (insérer des images pornographiques dans un film d’animation destiné aux enfants, par exemple), avant de créer le fight club, un club très particulier où l’on obéit à un certain nombre de règles. La première règle est : « on ne parle pas du fight club ». La deuxième, dans le même esprit, est : « on ne parle pas du fight club ». Puis petit à petit, malgré la règle du secret, d’autres clubs vont naître un peu partout, et se fédérer en organisation violente, nihiliste, dont le but est d’anéantir l’aliénante société de consommation et faire émerger autre chose. Un équivalent de notre Ordo ab KO, je suppose…
Je vous épargne la révélation finale et l’épilogue, vous la lirez dans le livre.

Le narrateur est un homme sans réelle histoire, mais qui semble avoir réussi sa vie : il a bouclé ses études à l’université, a trouvé un emploi assez lucratif, est devenu propriétaire de son appartement et consomme bien ce qu’on lui dit de consommer. Mais à y bien regarder, sa vie est d’une tristesse infinie : il n’a ni famille, ni amis et n’entretient guère de relations avec ses collègues. A l’inverse, l’autre protagoniste, Tyler Durden a une vie très riche mais très instable, vit dans un bâtiment en ruines, n’a pas d’emploi du temps régulier et semble vivre plus intensément que le narrateur. Et Tyler a bien un sens à son existence : la libération par la violence du carcan aliénant et destructeur de la société de consommation.

Le fight club fonctionne selon un ensemble de règles très précises : on ne parle pas du fight club, on se bat torse et pieds nus, on y oublie toutes les conditions sociales. Tout le monde doit combattre, dès la première fois. Le fight club n’existe qu’entre l’ouverture et la fermeture des combats. Le narrateur y parle de « tout démolir pour faire quelque chose de mieux que soi-même ». Les personnages poussent d’ailleurs cette idée à son point le plus extrême, mais ne divulgâchons pas.

A ce stade, je ne puis m’empêcher de faire un parallèle avec une Loge maçonnique : celle-ci ne fonctionne qu’entre l’ouverture et la fermeture des travaux, on y dépose ses métaux (richesses, ornements, conditions sociales etc.). Et il y a bien évidemment le secret sur les rituels, le secret d’appartenance et le secret du vécu intime. De là à penser à un fight club… Certes, il existe des prises de bec et des moments de canonnades très violents, sans compter les rivalités et les inimitiés (pour mémoire, la fraternité, c’est bien joli, mais n’oublions pas que le premier meurtre du mythe judéo-chrétien était un fratricide). Néanmoins, nous n’en sommes pas à nous battre. Mais allons plus loin que le simple symbole de l’affrontement viril.

Dans le cadre du fight club, des gens bien sous tout rapport se livrent à cet exercice primitif du duel, pour des raisons apparemment individuelles. Mais pour chaque combattant, qui est son adversaire ? Est-ce son clone dans la société ? Ou bien est-ce autre chose ? Et si c’était lui-même que le combattant affrontait ? Vaincre son adversaire pour se détruire soi-même et se reconstruire après, n’est-ce pas là une forme d’initiation ?

En fait, qu’il s’agisse d’une Loge ou d’un fight club, c’est l’inévitable confrontation qui nous fait avancer. Sans friction, rien ne peut se passer. C’est pour cela que la démarche initiatique nous enseigne à concilier les contraires, à canaliser les « oppositions nécessaires et fécondes ». Les idées et leur réalisation naissent dans la friction, le contact, l’opposition. Il n’y a pas à proprement parler de sentiers fleuris de l’initiation, mais plutôt des pentes abruptes et escarpées. La construction du sens de sa propre existence ne peut se faire que lors de la rencontre avec l’autre, et qui dit rencontre dit friction, désaccord, affrontement, différence, altérité etc. L’initiation doit nous aider à transcender ces oppositions et donner le meilleur de nous mêmes. Après, y-a-t-il un sens à devenir meilleur dans un monde toujours plus absurde et aliénant ? La réponse à cette question est individuelle, propre à chacun et ne pourra être construite que par la confrontation. La confrontation, pacifique ou guerrière nécessite de se dépouiller des artifices et d’être nu face à soi-même, mais avec les autres. Elle nécessite aussi un certain courage pour se dépasser, tant elle est coûteuse en énergie. A une petite différence : le fight club fait appel à la sauvagerie, aux passions et à l’animalité que nous portons tous, quand la Franc-maçonnerie nous amène justement à faire le contraire, à savoir soumettre nos volontés et vaincre nos passions. L’acceptation des règles et la soumission à ces règles (les cinq règles du fight club comme les rituels, incluant la délicate question de la prise de parole) sont les clefs initiatiques de la libération de soi. Abandonner les artifices, permettre l’expression de soi dans un cadre défini, n’est-ce pas là l’initiation, justement ? En un sens, une loge et un fight club ont bien plus de points communs qu’on ne l’imaginerait.

Sur ce, je vous laisse, j’ai rendez-vous dans un genre de club dont il est interdit de parler.

Je vous embrasse.

LA VOCOTHERAPIE

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Désormais, l’utilisation des sons à des fins thérapeutiques est admise par de nombreux médecins sous le nom de « sonothérapie ». D’une manière générale, cette pratique consiste à produire des sonorités à proximité d’un patient, au moyen d’instruments de musique ou d’appareils électroniques, afin d’agir par résonance sur ses cellules, ses organes et ses fonctions vitales, mais aussi sur ses processus mentaux.

Cela étant, aucun sonothérapeute sérieux ne prétendra guérir ainsi toutes les maladies dont l’être humain peut souffrir. En règle générale, la sonothérapie s’inscrit d’ailleurs dans un protocole médical dont elle n’est que l’un des éléments.

Les sons mystiques

Si l’usage des sons par la médecine est relativement récent, la vocothérapie est très ancienne, puisqu’elle était enseignée dans les Écoles de Mystères de l’Antiquité. Les Esséniens, Fraternité mystique établie à l’origine en Égypte, puis en Israël et en Grèce, où ils étaient connus sous le nom de « thérapeutes » (mot qui signifie littéralement « ceux qui prennent soin des autres »), l’utilisaient également. Spécialisés dans la guérison, ils entonnaient souvent des sons vocaux à proximité des malades, qu’ils soignaient en même temps au moyen du magnétisme, par imposition des mains. À défaut de les guérir, cette pratique permettait au moins de soulager leurs souffrances, ne serait-ce que quelque temps.

De nos jours, la vocothérapie fait parte intégrante des enseignements de l’A.M.O.R.C. Elle est fondée sur l’utilisation de sons vocaux (douze au total) ayant chacun des effets physiques, psychiques et spirituels particuliers. Certains de ces sons étaient employés jadis par les Esséniens ; d’autres sont spécifiques à la Tradition rosicrucienne et font partie de l’héritage que l’Ordre de la Rose-Croix a reçu d’un passé plus ou moins lointain. Lorsqu’ils sont entonnés correctement, sur la note qui leur est propre et en se concentrant sur leur pouvoir thérapeutique, ils produisent des vibrations qui agissent d’une manière positive sur nos cellules, nos organes et nos fonctions vitales.

La vocothérapie

Chacun s’accorde à dire que la musique exerce une influence sur l’être humain. Selon son style, son rythme et son intensité, elle excite ou apaise, rend joyeux ou triste, inspire ou “lobotise”. S’il en est ainsi, c’est parce qu’elle agit à la fois sur les plans physique, mental, émotionnel et spirituel de notre être. Étant donné que la voix humaine est en elle-même un instrument, les sons qu’elle émet ont nécessairement un effet sur nous. Parmi ces sons, et comme je l’ai expliqué précédemment, certains ont des vertus thérapeutiques. Ceux-là sont universels, de sorte qu’ils peuvent être entonnés par tout individu, quelle que soit la langue dans laquelle il s’exprime. À titre d’analogie, Aïe est celui que quasiment toute personne prononce lorsqu’elle s’est fait mal…

Est-ce à dire que la vocothérapie peut se substituer à la médecine ou à la chirurgie ? Bien sûr que non. Il faut plutôt la considérer comme un complément. C’est précisément ce que font les Rosicruciens. À ce propos, il est peut-être utile de préciser qu’environ 10 % des membres de l’A.M.O.R.C. exercent une profession médicale ou paramédicale. Ceci n’est pas vraiment nouveau, car l’Ordre de la Rose-Croix, depuis ses origines historiques au XVIIe siècle, a toujours  compté des médecins éminents dans ses rangs : Robert Fludd, Jean-Baptiste van Helmont, Thomas Vaughan, William Crookes, William Harvey, Charles Littlefield… De nos jours, l’Université Rose-Croix Internationale, parrainée par l’A.M.O.R.C. depuis le début du XXe siècle, comporte une section en médecine, dont les travaux sont régulièrement publiés dans la revue Rose-Croix, accessible au public.

Côte d’Ivoire: Sylvère Koyo, Grand maître de la GLCI pour une seule année

Successeur provisoire d’Hamed Bakayoko à la tête de la Grande loge de Côte d’Ivoire, l’avocat d’affaires Sylvère Koyo devrait réformer les textes qui régissent l’institution maçonnique. Il aura seulement un an, pour assurer cette tâche jugée titanesque.

Sans attendre la fin du deuil maçonnique de trois mois, les frères de la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI) ont donc désigné un remplaçant au premier ministre décédé Hamed Bakayoko, en attendant la prochaine assemblée générale de l’obédience.

Depuis un mois, l’avocat d’affaires Sylvère Koyo assure l’intérim du Grand maître de la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), décédé le 10 mars. Selon nos confrères de JeuneAfrique, il assurera cette fonction durant un an. Un temps court pour réaliser la réforme en profondeur des textes de son obédience maçonnique. Elle voudrait revoir totalement la durée du mandat, qui ne serait plus comme actuellement, mais limitée dans le temps. D’autres sources estiment qu’il a été désigné pour gérer les affaires courantes et maintenir en éveil la Grande Loge.

Le Franco-ivoirien Sylvère Koyo est familier des arcanes de l’État pour avoir conseillé plusieurs gouvernements. Ancien Grand maître de la province du sud-est, rapporte JeuneAfrique, il avait été élu en 2017 député Grand maître (soit le numéro deux de la GLCI), après le décès de de Cadio Come Justin Joseph Coffie alias Pomelie Coffie en novembre 2016. Il aurait ainsi développé un important réseau, sur lequel il s’appuierait dans le cadre de ses nouvelles fonctions.

Une franc-maçonnerie plurielle

Fruit d’une longue histoire liée au fait colonial, la franc-maçonnerie en Côte d’Ivoire est une constellation d’obédiences réparties entre obédiences dites « régulières » et obédiences dites « libérales et a-dogmatiques ».
Pour Francis Akindès, professeur de sociologie à l’université Alassane Ouattara, l’aventure maçonnique ivoirienne a commencé en 1930 avec la création à Abidjan d’une loge affiliée au Grand Orient de France (GODF), nommée « Fraternité africaine». En 1957, la Grande Loge de France (GLDF) ouvrait une première loge à Abidjan appelée « Concorde universelle ».
Un an après l’indépendance, en 1961, le projet de fusion des loges promu par le GODF et la GLDF, aboutit enfin. Fraternité africaine, affiliée au Grand Orient de France, et trois loges affiliées à la Grande Loge de France – Concorde universelle et Fraternité Indépendance à Abidjan et Unité et progrès à Bouaké – fusionnèrent pour créer une nouvelle obédience nationale appelée la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI).
Selon les documents que nous avons pu consulter, née officiellement en 1989, l’actuelle Grande Loge de Côte d’Ivoire se réclame de la Franc-maçonnerie Régulière et revendique des liens étroits avec la Grande Loge Nationale Française (GLNF) et la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA).
À ce jour, la GLCI compterait, plus de 2000 membres, dont des ministres, des magistrats, des hommes d’affaires ou encore des officiers généraux, comme des anonymes.

Mon voisin est un sentimental

Il s’est installé un jour dans la maison d’à côté. Le bonhomme était un peu effrayant, une peau velue, des pieds immenses, des yeux plus ahuris que méchants et une bouche énorme comme prête à manger un marmot en une seule bouchée. Qui était- ce ? « Monsieur Ogrousky, natif de Moscovie » !

Mr Ogrousky affichait « une inquiétante étrangeté » mais ce titan avait plutôt un air débonnaire et paraissait affligé d’une grande timidité. Elle le conduisait à marcher seul à travers notre campagne et à retourner discrètement à son logis….

Un jour du mois d’avril, quelle fut ma surprise, dans un petit chemin de mousses, de voir cet humanoïde solitaire, assis en boule, (en grosse boule) et en proie à des sanglots si longs qu’ils vous arrachaient l’âme. Mon voisin faisait vraiment peine à voir  et à entendre ! Difficile dans ces conditions de passer indifférente à une telle affliction. Je m’arrêtais et interrogeais Monsieur Ogrousky pour tenter d’identifier l’origine d’un désespoir aussi bruyant. Sans doute sensible à mon amabilité, il me confia d’une voix accablée que réfugié volontairement loin du monde depuis plusieurs mois, il n’arrivait pas à se débarrasser malgré ses efforts, de la culpabilité immense qui l’habitait : celle d’avoir si longtemps défrayé la chronique des contes populaires par ses repas carnassiers et anthropophages d’autant de veuves et d’orphelins qu’il avalait d’un coup, comme une huitre au fond du palais !  

Dès mon premier regard, je l’avais déjà compris : Mr Ogrousky était un ogre. Mais en ce triste instant je saisissais avec ses explications délivrées entre deux suffocations, qu’il avait, en s’installant loin des sombres et inquiétantes forêts, pris la décision de se retirer définitivement des histoires bien trop cruelles. Malheureusement pour lui, le souvenir de ses mauvaises habitudes le plongeait dans un remords dévorant, le livrait cœur et esprit à un tourment d’enfer dont il ne voyait pas comment il pourrait s’en libérer ! Cette peine écrasante et son désir de rédemption me touchèrent. Ayant quelques expériences passées à tenter d’éviter de m’égarer sur les sentiers de l’erreur, je compatissais à son abattement. Avec humanité je lui proposais que nous prenions, puisque nous habitions à proximité, des moments où en confiance, au bord de la rivière apaisante, sous un acacia, il se laisserait aller à – comment dirais je ?- à « la verbalisation de ses peurs ». La parole est en effet toujours salutaire. Comme je l’avais entrepris moi-même, de rendez vous en rendez vous avec une oreille « écoutante », je pouvais lui attester que c’était la seule manière de dominer la vision effrayante du monde que j’imaginais autrefois comme devant être emporté par le fanatisme, l’ignorance et l’ambition ! J’avais du être convaincante. Il accepta ma proposition : il espérait comme je le lui promettais, pouvoir ramener, en des jours prochains, paix et sérénité dans son cœur en tordant le cou à ses effrois personnels.

De fait, les choses allèrent assez vite ! Plus nous évoquions ces lourds drames qui le hantaient, plus ceux-ci se délitaient, confrontés à une saine raison critique. Ainsi Monsieur Ogrousky venait à penser différemment les situations qu’il avait vécues. Ainsi  reconnaissait- il avoir été un benêt pour s’être   fait voler par le Petit Poucet ses magnifiques bottes de sept lieues. Il prenait conscience de son orgueil froissé et de sa rage idiote contre le Petit Poucet lui même. De plus, Monsieur Ogrousky me confia qu’il possédait alors une autre paire de bottes dans son armoire et qu’il n’avait nullement eu à craindre de l’impossibilité de se déplacer par grands bonds …  Quant à l’aventure avec le Chat du Marquis de Carambar, il admit qu’il s’était un peu trop vite laissé aller à l’enthousiasme des métamorphoses. Il avait indubitablement manqué de prudence en se changeant en souris. Mais, selon lui la façon dont l’histoire avait été par la suite racontée, était le choix d’un conteur soucieux d’une fin rassurante pour satisfaire les enfants en faisant perdre la face à l’ogre, encore une fois ! Convenons-en, au moins ici, entre initiés, ajoutait mon voisin si particulier, la supériorité accordée au félin n’était que fausseté puisque c’était bien par son agilité que lui (alors en petite souris) avait su échapper au dangereux coup de patte du matou ! Il y a des mutismes de l’histoire qui vraiment font du tort !

Cette finesse dans l’analyse de son passé m’impressionnait et je constatais qu’elle portait ses fruits puisque Monsieur Ogrousky allait de mieux en mieux. Il pleurnichait moins. Il me semblait même qu’il faisait pour chacun de nos rendez vous des efforts de toilette, allant jusqu’à mettre un joli nœud papillon à son col de chemise et un peu d’ordre dans sa tignasse habituellement en révolte. Peut être devenait-il content et satisfait du travail qu’il accomplissait sur lui-même, en affinant son jugement au travers de silences féconds et d’aveux courageux ? De mois en mois, de progresser ainsi en sagesse et en connaissances, lui faisait vaincre son état dépressif ! J’avoue qu’en tant qu’alter ego fonctionnel, la vérité pour moi se découvrait universelle : l’injustice faite aux ogres qu’on imagine sortis des Enfers pour dévorer les hommes pouvait bien être une manœuvre des Dieux (ou des conteurs ?) pour faire croire qu’ils tiennent en leur pouvoir le destin des hommes. Des ogres dans le monde entier existent et existeront toujours. Ils incarnent autant de terreurs que de cruauté, de Kronos au cyclope Polyphème en passant par le géant obèse avide de chair fraîche et guidé par son odorat infaillible. Ces monstres dans les pages de nos livres ne seraient-ils pas là pour que les jeunes âmes dominent leur peur, mobilisent leurs intelligences et se délivrent enfin par les mots et les images d’une inquiétude originelle ?   

Au début de l’automne, Monsieur Ogrousky a déménagé. Il m’avait informée que sa culpabilité était dépassée, qu’il n’était plus assailli par la souffrance de son questionnement, que tout était consommé ! Il avait décidé de reprendre son rôle de monstre dans les récits et les mythes prêts à l’accueillir. Ainsi, pourrait-il de nouveau offrir aux âmes vaillantes une pratique du combat sans que de son côté il en éprouvât une quelconque amertume ou un zeste de ressentiment ! Son départ m’attriste encore mais je me réjouis infiniment de la réussite de sa démarche !

A lire pour le plaisir : L’ogre et la Fée, poème de Victor Hugo

ESSENTIEL ?

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On n’imagine pas une culture, quelle qu’elle soit, où ne soit pas posée la question de l’existence, de l’essence même du vivant. Sous toutes ses formes envisageables.

Alors on pense immédiatement au verbe « être ». Sans savoir toutefois que dans certaines langues, beaucoup plus nombreuses qu’on pourrait le croire, il n’existe pas de forme spécifique pour ce verbe ontologique, pourrait-on dire. Ainsi en va-t-il du mandarin abondamment parlé en Chine, ou encore du russe qui n’en a pas de forme au présent, mais l’exprime en revanche au passé.

La racine indo-européenne est *ES-. Une des formes de participe présent qu’en tire le grec, *ontos, sera utilisée dans le vocabulaire philosophique, ontologique. Le verbe latin, quant à lui, *esse, et sa conjugaison, avec préfixes entre autres, ouvre un vaste champ lexical, entité, essence, absence, présent, représenter, et leurs diverses déclinaisons. *Interesse signifie « être au milieu » des choses, des situations, des gens, d’où l’intérêt ou le désintérêt qu’on leur porte. *Pro(d)esse, c’est « être utile, en faveur de », donc se montrer preux, manifester une prouesse, initialement la pruderie caractéristique du prud’homme. Quitte à en tirer une certaine fierté, comme le dit l’adjectif anglais proud.

Le latin renforce son verbe *esse, en formant un composé avec *potis, chef de clan, maître. *Posis en grec, c’est l’époux, le despote… Le podestat, omnipotent et ventripotent.

*potis sum, je puis, je peux avoir de l’influence. En est issu le lexique du pouvoir, *potestas, *potentia, *possibilis. Puissance, potentiel, possible.

Quant au verbe être, sa double composition, *esse + *stare, atteste l’ambivalence de l’idée qu’il exprime. Être ou exister, un état ou un mouvement, structurel ou conjoncturel, définitif ou anecdotique ? Il n’est qu’à se référer à la langue espagnole qui tente de solder la difficulté avec ses deux verbes ser et estar.

Le propos, ici, n’est pas de se lancer dans une querelle ontologique, mais de s’interroger sur ce qui est, semble, apparaît essentiel. La conjoncture pandémique nous prouve la pertinence, hélas dérangeante, de ces nuances.

Le philosophe Bergson dit que l’essentiel du vivant est dans le passage. Mais de qui vers qui ? De quoi pour quoi ?

Qui décide de ce qui est ou serait essentiel ou non essentiel ? Au nom de quel critère, singulier ou pluriel ? Face à l’arbitraire de certains choix imposés, par le détenteur de la puissance justement, le pouvoir politique par exemple, il est légitime de s’interroger sur ce qui fonde à dépasser les préconçus. Les exemples abondent dans le présent, jusqu’à la caricature parfois. Un livre ou un spectacle théâtral seraient-il moins essentiels qu’un baril de lessive ou une provision de bières ? Qu’est-ce qui nettoie plus efficacement les idées sombres ou enivre moins dangereusement les consciences ?

À ces questions essentielles qui ressortissent à la fois au conjoncturel et au structurel, la Franc-maçonnerie se propose de répondre par le rituel et son rapport au sacré, non pas religieux, mais dans son sens premier de délimitation momentanée d’un espace propre à accueillir autre chose que l’ordinaire prosaïque. Chez les Romains de l’Antiquité, la volonté divine par présages matérialisés sous forme d’oiseaux ou de signes divers. En Maçonnerie, une réflexion élargie sur soi et sur le monde, en y autorisant, entre autres, la vertu essentielle du silence et de la fraternité en actes.

L’ère des soulèvements

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Depuis 1980, Michel Maffesoli annonce  un effondrement social porteur d’un paradoxal retour des tribus, ce que prouvent les décennies suivantes.

De l’éruption des gilets jaunes, devenu phénomène international,  à la contestation globale de la gestion de la pandémie covid,  le sociologue du quotidien et de l’imaginaire traque de son œil inégalé le changement de paradigme que nous vivons. Le règne de la rationalité, de la technicité et de l’individualité agonise convulsivement sous nos yeux. Pour le meilleur et pour le pire, l’ère de révoltes a commencé et ne cessera pas avant longtemps. Cet essai flamboyant dit pourquoi le peuple a raison de se rebeller.

Professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France, Michel Maffesoli est l’auteur d’une œuvre internationalement reconnue. Il a développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l’imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l’approche du paradigme post moderne. Ses travaux encouragent le développement des sociologies : compréhensive  et  phénoménologique, en  insistant notamment sur les apports de Georg Simmel, Alfred Schütz, Georges Bataille et Jean-Marie Guyau.

On n’en sait rien

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Chaque semaine sur 450 FM = un billet d’humour illustré par François Morel et écrit par Jacques Carletto

Curieuse époque qui se plaint du complotisme et ignore les chiffres de la réalité. Combien de morts de la covd 19 sont – en même temps- morts d’autre chose ?  Tous l’ignorent. A combien s’élève la Fraude Sociale en France ? Le patron de la Cour des Comptes nous répond : «  ce qu’il n’est pas possible de chiffrer de manière fiable, nous ne le chiffrons pas ». Quels vaccins ou substituts de vaccins nous protégeront des «  variants » en cours ou à venir ? Seule « Big Pharma » prétend le savoir, mais  66 millions d’ « experts »,  en France,  sont susceptibles d’en parler sur un plateau de télévision. Combien de Franc-Maçons vont déserter les « ateliers vaccinés » dont les membres seront tenus  de porter un masque ? Aucune Obédience n’en parlera. Jamais.  Quand au nombre exact de jeunes maîtres rêvant de porter des décors somptueux de Hauts Gradés ou de jeunes maîtresses avides de diriger des ateliers « mixtes » peuplés de garçons incompétents ? Là nous frisons le domaine prophétique,  voire carrément la Science Fiction. Jissey

Le scandale oublié de la IIIe République

Le scandale oublié de la IIIe République

Le Grand Orient de France et l’affaire des fiches

Emmanuel Thiébot

Dunod, Coll. EKHO, 2021, 360 pages, 8,90 € – ebook 6,99 €

Auteur de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, Emmanuel Thiébot, historien au Mémorial de Caen et responsable du Mémorial des Civils dans la guerre de Falaise, nous offre dans son dernier opus, initialement paru pour partie sous le titre Scandale au Grand Orient (Larousse, 2008), un décryptage du plus grand scandale de la Troisième République, de sa naissance jusqu’à la chute de Combes.

Les Gnostiques

Les Gnostiques

Mythe, rituel et diversité au temps du christianisme primitif

David Brakke

Les Belles Lettres, 2019, 204 pages, 23 €, E-book 15,99 €

Pour le Maçon, la lettre G peut signifier Géométrie, Génération, Génie, Gravitation mais aussi Gnose, cette philosophie selon laquelle il est possible de connaître les choses divines ou dans un domaine ésotérique serait une connaissance initiatique.

En fait, en histoire des religions, la gnose est une connaissance se présentant non comme un savoir acquis, mais comme une intuition salvatrice, une révélation intérieure, reposant sur le dualisme de la connaissance et de l’ignorance, du bien et du mal, de l’esprit et du corps, et se fondant sur l’idée que le monde sensible est dominé par des puissances mauvaises, hostiles au Dieu transcendant, source du monde spirituel que le gnostique cherche à connaître.

Le gnostique est donc l’adepte du gnosticisme qui est, en théologie chrétienne, l’ensemble des doctrines dualistes qui, durant les premiers siècles du christianisme, ont été rejetées comme hérétiques par l’Église.

C’est fort justement que David Brakke nous explique, dans la préface, la genèse de l’ouvrage : ses sources, quinze ans d’enseignement qui ont nourri sa réflexion ainsi que la lecture de tous les écrits gnostiques et valentiniens.

De chapitre en chapitre, nous allons vers une meilleure compréhension de cette doctrine de la connaissance apparue au IIᵉ siècle de notre ère pour s’implanter dans les grands foyers intellectuels de l’Empire romain : l’Asie mineure, Rome et surtout l’Égypte.

Des définitions, des explications trouvent leurs justes places pour qui ne connaît pas encore L’Évangile de Judas, texte apocryphe de cette période découvert, dans sa version en langue copte, en 1978 seulement.

À l’énoncé des noms tels que Irénée, Justin le Martyr, Marcion, Clément d’Alexandrie, Origène ou encore Hyppolite de Rome, non seulement la question des origines s’entrevoit plus clairement, mais aussi le christianisme primitif ou Église primitive, à la lumière des différentes interprétations des exégètes et la transmission à travers les manuscrits, nous donne à comprendre et à réfléchir sur le vrai message de Jésus-Christ, le sauveur.

Toutefois, la partie la plus intéressante pourrait bien être pour nous celle touchant aux mythes et rituels où l’auteur décrypte baptêmes et ascension mystique, les origines et la spécificité de la pensée gnostiques, etc. 

Publié en 2010 chez Havard University Pres, Marie Chuvin offre la traduction de la présente édition. David Brakke est actuellement professeur titulaire de la chaire Engle à la faculté d’histoire du christianisme de l’université d’État de l’Ohio, après avoir enseigné au Département d’études religieuses de l’Université de l’Indiana. Parmi ses ouvrages, citons : Athanasius and the Politics of Asceticism (Clarendon Press, 1995), Demons and the Making of the Monk : Spiritual Combat in Early Christianity (Harvard University Press, 2006).

FUTUR ANTÉRIEUR

« N’oubliez jamais que les Romains étaient modernes en leur temps ! »

Ainsi parlait une grande dame, professeur de français  à l’Ecole Estienne dans les années 1960.

Moderne, du latin modernus : « actuel » « récent ». Mais ce qui est récent ayant déjà vu le jour, c’est donc du passé, aussi récent soit-il ! Les modernes ne sont que des anciens qui négligent leur mémoire !

«  C’est à tort que les hommes se lamentent sur la fuite du temps, l’accusant d’être trop rapide, sans s’apercevoir que sa durée est suffisante ; mais la bonne mémoire dont la nature nous a dotés, fait que les choses depuis longtemps passées nous semblent présentes. »

Ces trois lignes, sont extraites des Carnets de Léonard de VINCI (C A 76 r.a folio F1 N° 4282 sous le titre « Prophéties »)Celles et ceux que la Franc-maçonnerie réunit au moins en commune intention y trouveraient une sonorité presque familière en termes de rapport à la durée : L’approche récurrente de ce thème au sein de nos rituels les rend étonnamment actuelles

D’aucuns les découvrant par ailleurs déclareraient leur auteur  Maçon sans tablier au seul motif de la simplicité de leur éclairage.De là à chanter en hommage à Léonard (mort en 1519), qu’il est des nôôtres, il y a la distance d’un pas de côté qui échappe à la mesure !

C’est gravement inverser les facteurs que déclarer un génie proche de nos conceptions au seul vu d’une note fugitive où le bon sens accède au rang d’une forme de philosophie.

Invoquant précisément « la bonne mémoire dont la nature nous a dotés » rappelons-nous qu’au XVIe siècle en ce royaume de France où reposera à jamais cet homme de tous les talents, une constante demeure : Ne savoir ni lire ni écrire condamne d’office à la double peine de la servitude et d’une forme de cécité de la raison. En ce cas, tout recours à une justice a fortiori aveugle ou tout du moins empêchée de voir est à peu près annihilé.

Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ET latiniste !La géométrie des manants est celle d’un espace restreint à l’extrême par toute espèce de pouvoir dont celui d’un langage strictement limité  aux bénéficiaires de charges quasi héréditaires.

En l’an 1539, il en est ainsi à Villers-Cotterêts comme en tout autre lieu. Sur l’emplacement d’un château du XIIe bâti par Charles de Valois, François 1er y fait élever en 1532 une nouvelle demeure, décision essentiellement justifiée par la richesse en gibier de la forêt voisine…

Sept ans plus tard :

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Villers – Cotterêts (Ordonnance de)  un des principaux textes de l’ancienne législation française. Œuvre du chancelier Poyet(1539) l’ordonnance imposa, à la place du latin, le français dans les jugements des tribunaux et les actes notariés, ce qui favorisa l’extension de la langue nationale. Elle réduisit aussi la compétence des officialités aux questions de foi, réglementa la procédure criminelle en instituant l’instruction secrète et la torture. Elle interdisait aux artisans et compagnons le droit de coalition. Enfin, elle obligeait les curés à tenir régulièrement les registres de baptême.

Article du Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, tome dixième, tirage de 1968.- 192 articles constituaient le document finalisé. 

Comment ne pas ressentir dans la présentation succincte qu’en fait le dictionnaire, l’ébauche, voir  les prémices de ce qui deviendra, 366 ans après, la Loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat ?

En 1516, (déjà ?) François 1er dans le cadre du Concordat de Bologne avait placé les évêques français sous son autorité. Réduire la compétence des officialités aux questions de foi montrait à l’évidence la connaissance  qu’avait le chancelier Poyet des pensées de son monarque qui, en 1531 avait soutenu les protestants allemands comme il le fit brièvement en France., ayant permis d’autre part le massacre des Vaudois sur un versant des Alpes.

Dans Gargantua, Rabelais écrit au chapitre VI de son livre 1er : « …Car les Sorbonistes disent que foy est argument des choses de nulle apparence. »

Notons qu’au pluriel les apparences varient à l’infini, comme les opinions qu’elles recouvrent.Or Rabelais eut un maître parmi ses contemporains, lequel, injustement négligé par l’Histoire prit des initiatives dont les conséquences demeurent mesurables de nos jours.

Guillaume Budé  obtint en effet du Roi le droit de nomination de Lecteurs Royaux en un collège qui devint en 1530 le Collège Français où l’on enseignait le grec, le latin et l’hébreu. Le futur Collège de France était né !

Maître des requêtes en 1522 il s’était occupé de la Librairie Royale de Fontainebleau dénommée par la suite Bibliothèque Royale de Fontainebleau, puis plus tard encore Bibliothèque Nationale.

Conseiller vertueux dont l’appétit n’était pas la motivation première, il répondit à une lettre que Rabelais lui avait écrite en un grec estimé maladroit mais aisément reconnaissable. De cette réponse jugée improbable par l’intéressé, naquit une amitié et une reconnaissance respectueuse.

Ce fut la Renaissance. Ce fut la Réforme. Ce furent des guerres incessamment réitérées contre Charles Quint. De toutes ces périodes, nous avons retenu un minimum de notions et surtout oublié  ce dont elles étaient la genèse.

Des textes séculaires sont eux aussi les marques de nos cérémonies. Ils ont été généralement peu sujets  au bouleversement et dans leur globalité, l’incontournable évolution des mœurs et les mutations de nos sociétés légitimèrent des modifications jugées parfois de circonstances.

Pour ces raisons, « Les choses depuis longtemps passées nous semblent effectivement présentes » Léonard avait raison.

Un maître de cérémonie transparait sous les traits du « Massier », huissier armé d’une masse qui précédait le Roi, le Chancelier, le corps de l’Université, etc.

A l’école des Beaux-Arts, le massier ou la massière prend en charge les cotisations mensuelles, (La masse) pourvoit aux dépenses de l’atelier et dans le domaine de l’administration, représente les élèves auprès du maître. Trois officiers potentiels en un ! Trop forts les usages d’antan !

Leurs neiges  cachent une part d’éternité aux yeux des observateurs de l’éphémère.Sœurs et frères y décèlent les traces de ce qui a été vécu et qui leur reste à vivre.De glorieuse mémoire, feu notre T.C.F. Pierre Dac résuma ce fait selon son imparable logique en une pensée définitive : « Le futur, c’est du passé en préparation ! »

J’aurai dit.

Jean-Marc Pétillot