La petite Statue de la Liberté du pont de Grenelle, à Paris, porte depuis plusieurs mois des chaînes, un bâillon et des menottes. Cette réplique offerte par les Français résidant aux États-Unis en 1889 est aujourd’hui présentée comme « incarcérée ».
Nous avons décidé de ne pas laisser ce symbole dans cet état. Le samedi 6 décembre 2025, à 18 h 30, nous vous invitons à nous rejoindre au pied de la statue pour un rassemblement simple et fraternel.
Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle marque l’anniversaire de l’abolition définitive de l’esclavage aux États-Unis (6 décembre 1865).
Déroulement prévu
Accueil à partir de 18 h 15
Tenue blanche pour les maçons (tablier, sautoir, gants)
Profanes bienvenus en vêtements civils
Lecture du poème d’Emma Lazarus gravé sur la statue de New York
Quelques prises de parole courtes
Allumage de flambeaux et photo collective
Verre de l’amitié offert à tous
Pourquoi ce rassemblement ?
La Statue de la Liberté a été conçue dans un élan maçonnique et républicain. Frédéric Auguste Bartholdi, son créateur, était franc-maçon. Édouard de Laboulaye, qui en eut l’idée, l’était également. Frédéric Desmons, plusieurs fois Grand Maître du GODF, représenta la France à l’inauguration en 1886.
Voir ce symbole enchaîné, même de façon temporaire, nous a semblé insupportable. Nous voulons simplement lui rendre sa dignité et rappeler que la Liberté reste une valeur vivante.
Informations pratiques
Lieu : Pont de Grenelle – Île aux Cygnes (métro Bir-Hakeim ou RER C Pont de l’Alma)
Date : Samedi 6 décembre 2025 – 18 h 30
Participation gratuite
Venez comme vous êtes. Avec ou sans tablier. Seul ou avec votre atelier. Ce n’est pas une manifestation politique, c’est un geste symbolique pour la Liberté.
À vendredi 6 décembre, sous les lumières de Paris.
Les quatre premiers sont connus depuis l’Antiquité. Le 5è est affiché par Luc Besson dans son film du même nom, mais bien au-delà de ça il est évoqué par la tradition sous plusieurs aspects. Évoqué, mais jamais explicité, généralement on s’en tient à quatre. Est-ce que le 5ème dérange ? Et pourquoi ?
L’interprétation du 5ème élément chez Luc Besson c’est l’amour. On est en droit de trouver cette chute un peu “nunuche” mais si on retourne vers l’étymologie, aimer c’est être attiré, c’est unir et c’est s’attacher, trois mouvements qu’on retrouve aussi bien en astrophysique que dans la physique des particules.
Le premier élément c’est la Terre. Derrière la « terre » on mettrait beaucoup d’autres choses aujourd’hui, tous les éléments matériels solides, donc la roche, le métal…
Le deuxième élément c’est l’eau, mais on rangera avec lui tous les fluides, tous les éléments liquides vivants ou inertes, le sang, les larmes et peut-être même des liquides hybrides comme le pétrole, liquide de feu mais aussi huile de pierre (Petra oleum).
Le troisième c’est l’air, avec tous les gaz possibles qui le composent, mais aussi ce qui n’était pas envisageable dans l’Antiquité, les ondes hertziennes, électromagnétiques, les radiations, tout ce qui peut se transmettre dans l’air et même dans le vide.
Le quatrième c’est le feu, on dirait aujourd’hui que ce sont toutes les énergies.
Mais le 5e ? Quel est le cinquième élément qui compose la matière ? On pourrait être très tenté de répondre, au regard des connaissances scientifiques actuelles, qu’il faut aller chercher du côté de la matière noire, cinq fois plus présente dans l’univers que la matière ordinaire et qui semble d’une composition différente, non baryonique. Ou encore de l’énergie sombre qui occupe près de 70% de l’univers et le baigne entièrement. Elle aussi enfreint les règles de la physique que nous connaissons, elle répond à une gravitation négative, elle serait responsable de l’expansion de l’univers.
Ce cinquième élément serait alors beaucoup plus qu’un élément, il représenterait la plus grande partie de l’univers, une partie dont nous ne connaissons presque rien et dont nous ne comprenons presque rien.
Restons donc dans l’univers de la matière que nous connaissons, c’est là qu’il faut chercher le cinquième élément puisque c’est là qu’il a été conçu. Aristote le définit comme l’éther, une sorte de bain ambiant qui entoure le cosmos, c’est la partie immuable de l’univers dans lequel tout le reste circule. On n’est pas loin d’énergie sombre.
Une des premières approches serait d’essayer de faire correspondre les 4 éléments aux 5 sens; c’est par nos sens que nous appréhendons la matière et c’est le premier cartouche que découvre le compagnon. La vue correspond à la lumière, c’est-à-dire au feu du soleil. L’odorat correspond à l’air, c’est par le nez qu’on respire. Le toucher correspond à la terre, car le propre de l’homme c’est de toucher terre. Le goût ne peut venir que de l’eau, sans la salive aucun goût n’existe. Le cinquième élément serait donc à chercher du côté de l’ouïe. Pourtant elle est l’organe qui perçoit les sons c’est-à-dire les vibrations de l’air. Mais justement, elle est beaucoup plus que cela. L’oreille interne donne l’équilibre, elle nous situe dans l’espace. Elle possède aussi une fonction “radar” qui nous permet de percevoir les masses autour de nous et par exemple de nous mouvoir dans la foule. C’est le premier sens que développe le fœtus dans le ventre de sa mère avec le toucher, l’audition arrive en 6ème semaine, le seul des 5 sens qui permet au fœtus de percevoir quelque chose de l’extérieur.
Audition-toucher, ce sont les deux premiers sens qu’on éveille lors de la cérémonie d’initiation. L’ouïe est-elle un bon candidat pour indiquer où chercher le cinquième élément ?
L’alchimie parle de quintessence, c’est-à-dire la cinquième essence, celle qui vient après un quintuple travail de purification. Travail qui porte sur les quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. La quintessence les transcende, les transmute pour atteindre un degré supérieur d’évolution, pour opérer la résolution des contraires. Le cinquième élément serait-il un dépassement des quatre par une autre “substance” qui les transcende ?
En numérologie le 5 est issu du 4 comme le 4 est issu du 3, le 3 du 2, le 2 du 1, et le 1 du 0. Qu’est-ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien ? Au commencement était le Big Bang. Le néant a précédé l’être, puis le 1 a surgi. Et le 1 s’est différencié, entre l’énergie et la matière, peut-être entre l’énergie sombre et la matière « baryonique ». Cette différenciation produit autre chose qui n’existait pas avant : l’univers. Trois composants : l’énergie (telle que nous la connaissons), la matière (telle que nous la connaissons), et l’univers sombre (tel que nous ne connaissons pas). Du 3 naît le 4 et cette conjonction particulière en 4 élements qui produit la Terre. Le 4 est son chiffre, celui de son alchimie. L’étoile suivante porte cinq branches, les 4 précédentes + une supplémentaire qui symbolise l’homme. Qu’apporte-t-il de singulier que la matière n’avait pas avant lui ? L’intelligence, l’esprit, peut-être : la conscience.
Les quatre éléments s’opposent deux à deux, l’eau avec le feu, la terre avec l’air : Eau/Feu, Terre/Air. Chacun des 4 éléments a son symbole, mais il n’y a que deux triangles pour 4 : la tête en haut ou la tête en bas. L’air et le feu, la terre et l’eau partagent le même triangle, on a donc une deuxième paire de paires : Air/Feu, Terre/Eau. À une petite différence près : la terre et l’air portent une barre transversale qui les distingue.
Enfin, il y en a une troisième, celle des symboles qui s’opposent en tout et tout le temps : Terre/Feu, Eau/Air. C’est par leurs liens entre eux, leur union et leur dépassement qu’on devrait passer à la quintessence. Sauf que la réunion des quatre triangles ne donne pas l’étoile à cinq branches mais l’étoile à six branches. Le symbole de la quintessence est quelquefois représenté par un pentagramme portant un point en son centre, mais le plus souvent la figure qui est choisie est l’hexagramme. Est-ce que le passage au 5 n’est qu’une transition vers le 6 ?
Reste à voir si le cinquième élément existe dans la symbolique maçonnique. Il faut croire que oui parce que le chiffre 5 est très présent, dans l’étoile à 5 branches, dans les 5 développements de la lettre G : Géométrie, Génération, Gravitation, Génie, Gnose. D’après la définition du rituel (RF) : “La gravitation et la force primordiale qui régit l’équilibre et le mouvement de la matière. C’est elle qui préside aux révolutions de la Terre et de tous les corps célestes. La gravitation est aussi une force qui rapproche les cœurs et, en les unissant par l’amitié fraternelle, assure la solidité de l’édifice maçonnique”. Elle ressemble furieusement à la quintessence ! Bonne candidate pour le 5ème élément.
Alors quoi, le 5è élément ? On peut le voir comme un état différent de transformation de la matière, obligeant à reconsidérer les 4 états originaires dans un modèle à 5 ou peut-être : 6, 7 ou plus ? ….On peut l’imaginer pour désigner les autres formes de matières que nous découvrons, dont nous ne connaissons pas grand chose mais que d’autres initiés avaient peut-être pressenti. Ou encore y voir un degré supérieur d’évolution de la matière vers quelque chose qui ne pourrait pas être défini seulement par sa matérialité : la vie, l’intelligence, l’esprit.
A chercher du côté d’un principe premier, originel auquel certains ont donné la forme du GADLU, ou bien d’un principe ultime, ce vers quoi tend l’évolution et que nous ne nous contentons pas de subir puisque nous en sommes partie prenante.
Le 28 novembre 2025 de 10h00 à 18h00, la Grande Loge Nationale Française organise, en collaboration avec sa Loge Nationale de Recherche, Villard de Honnecourt n° 81, un Colloque de recherche et d’échange à l’occasion du Tricentenaire de la première Loge en France. Le thème est :
« 1725-2025 – Tricentenaire de la fondation de la Première Loge Maçonnique de France. Un nouveau mode associatif entre querelles politico-religieuses et débats philosophiques 1725-1738 ».
Ce colloque aura lieu à la Maison des Maçons de la GLNF, 12 rue Christine de Pisan à Paris 75017.
Les conférenciers :
Yves Hivert-Messeca
Pierre-Yves Beaurepaire, historien spécialiste de la sociabilité, la franc-maçonnerie, les réseaux de correspondance et les circulations dans l’Europe et le monde des Lumières.
Ric Berman, économiste, docteur en histoire, a été chercheur invité à l’Université d’Oxford, ancien Vénérable Maître de la Loge de recherche Ars Quatuor Coronati (Londres, UGLE).
Jean-Marie Mercier, historien, spécialiste de l’histoire culturelle et littéraire de la franc-maçonnerie.
Yves Hivert-Messeca, docteur en histoire, chercheur associé au Groupe Sociétés Religions Laïcité du CNRS (EPHE) et Vénérable Maître de la Loge Nationale de Recherche Villard deHonnecourt (GLNF).
Thierry Zarcone, historien et anthropologue, directeur de recherches au CNRS (Groupe Sociétés Religions Laïcité), rattaché à l’École pratique des hautes études (Sorbonne).
Xavier Bascher, juriste de formation, il est l’auteur de plusieurs contributions sur l’iconographie maçonnique dans ses relations aux mythes maçonniques et aux religions catholique et protestante.
Olivier Badot, économiste et anthropologue, est professeur titulaire de Chaire dans une importante institution universitaire européenne et ancien doyen de la recherche.
10h00 – 10h15 : Propos de bienvenue par Jean-Louis DUQUESNOY, Grand Orateur de la GLNF
10h15 – 10h30 : Propos introductif de Yves HIVERT-MESSECA, Vénérable Maître de la loge nationale de recherche Villard de Honnecourt
10h30 – 10h45 : Problématiques du colloque par Thierry ZARCONE et Jean-Marie MERCIER une sociabilité anglaise qui se francise
10h45 – 11h15 : Ric BERMAN, La French Connection : les loges huguenotes de Londres
11h15 – 11h45 : Pierre-Yves BEAUREPAIRE, Les débuts de la Franc-maçonnerie en France (1725-1740) : regards parisiens, regards provinciaux
11h45 – 12h00 : Pause
12h00 – 12h30 : Jean-Marie MERCIER, Les premiers pas de l’art royal à travers la littérature maçonnique
12h30 – 13h00 : Questions aux trois conférenciers
Déjeuner libre
Après-Midi (15h00-18h00) Opposition et rejet de la société secrète
15h00 – 15h30 : Yves HIVERT-MESSECA, Désaveu politique et tracasseries policières. Le lieutenant de police Hérault face aux francs-maçons
15h30 – 16h00 : Thierry ZARCONE, Représentations ecclésiastiques de la Franc-Maçonnerie au début du XVIIIe siècle (1725-1738)
16h00 – 16h15 : Pause
16h15 – 16h45 : Xavier BASCHER, Au début de l’image maçonnique : quand le secret se montre
16h45 – 17h30 : Questions aux trois conférenciers
17h30 – 17h45 : Conclusion générale par Olivier BADOT, Orateur de la Loge Nationale de Recherche Villard de Honnecourt et Grand Maître Provincial à la GLNF
17h45 – 18h00 : Débat général et clôture par Thierry ZARCONE et Jean-Marie MERCIER
Il est proposé ici de faire un retour dans le temps et de se transporter au Moyen-âge, vers le XIIe ou le XIIIe siècle. Nous souhaitons en effet quitter par la pensée le monde contemporain, dans lequel le rationnel et le scientifique paraissent vouloir s’imposer contre le spirituel et l’intuitif, n’en déplaise aux espérances prophétiques d’André Malraux. Parmi les enseignements essentiels dispensés par l’Église à travers l’Europe depuis ses origines, la toute-puissance de Dieu apparaît primordiale.
Le Créateur tient le destin de chaque créature entre ses mains. Dès lors, il est juste de le louer et de célébrer sa Gloire lorsque règnent la paix et la prospérité. Mais si la misère et la désolation surviennent, il convient d’implorer la miséricorde divine, car les fléaux et autres malheurs ne pouvaient être que punitions venues des cieux…
Dans cette Europe médiévale, lorsqu’une cité avait quelque importance, elle entendait ne pas se laisser surpasser, ni aux yeux des hommes, ni à ceux de Dieu.
Pour célébrer comme il convenait la gloire de Dieu, afin qu’il conserve à la ville ses faveurs, on prenait la décision d’élever une cathédrale.
La décision émanait bien souvent de la population, des riches bourgeois, du seigneur du cru. Mais cette décision ne pouvait être prise que par les gens d’Église. Certes l’évêque était le chef spirituel incontesté du diocèse. Mais la bonne gestion des finances, indispensable à la conduite d’un tel projet, était le fait de l’assemblée des chanoines, constituée en Chapitre. C’est à ce dernier qu’il revenait de trouver un maître d’œuvre.
Ces experts, formant une guilde, une confrérie très fermée, avaient pour mission de tracer les plans de la future cathédrale et d’en diriger la construction. Il leur revenait également d’engager les maîtres artisans qui travailleraient sous leurs ordres, chacun dans sa spécialité.
Pour que l’édifice soit construit selon les règles de l’art, neuf maîtres artisans étaient traditionnellement réunis autour du maître d’œuvre : un maître carrier, un maître tailleur de pierres, un maître sculpteur, un maître gâcheur, un maître maçon, un maître charpentier, un maître forgeron, un maître couvreur et un maître verrier. À leur tour, ces maîtres artisans recrutaient, formaient et encadraient les compagnons et les apprentis dont ils avaient besoin, chacun veillant à la bonne marche de son atelier.
La plupart des outils étaient fabriqués sur place, à la demande. Les forgerons façonnaient les fers, les menuisiers taillaient et adaptaient les manches, chaque outil étant adapté à un travail précis et à la main de l’ouvrier qui allait le manier.
Sept ou huit siècles plus tard, la tradition des bâtisseurs perdure, et leurs outils, s’ils se sont modernisés dans leur technologie et standardisés en s’industrialisant, existent toujours.
Chacun de nous , sans être technicien, sait ce que sont un ciseau et un marteau, un levier, une règle graduée, un niveau, un fil à plomb, une équerre, un compas à pointes sèches… Il n’est pas sans intérêt de remarquer que ces outils, précisément, demeurent en usage, tandis que d’autres sont pour l’essentiel relégués au musée ou ne sont plus guère utilisés que par quelques rares artisans Compagnons du Devoir, pour créer le chef d’œuvre qui fera d’eux des Compagnons accomplis. On peut citer ainsi tous les outils que la Fée Électricité a transformés : le vilebrequin et le perçoir, l’herminette, voire le rabot ou la scie à araser.
Construire une cathédrale est une tâche de longue haleine, qui va s’étendre sur plusieurs dizaines d’années. L’une des premières préoccupations du Maître d’œuvre et de ses Maîtres artisans est de construire les bâtiments qui abriteront les Ateliers de chaque métier, sans oublier celui où l’architecte tracera les plans détaillés qui déclineront la première esquisse et les plans définitifs tirés sur des plaques de plâtre pour être soumis à l’évêque en présence du Chapitre. D’autres bâtiments seront construits pour accueillir les ouvriers, recrutés par les Maîtres et qui vont passer sur le chantier souvent plusieurs années, voire l’essentiel de leur vie d’homme.
Parce qu’elle sert de maison à vivre, de logement, on donne à cette construction le nom de Loge.
Les modules préfabriqués de nos grands chantiers sont les piètres successeurs des Loges des bâtisseurs de cathédrales.
Dans son Atelier – au sens où nous disons encore aujourd’hui un Atelier d’architecture – le maître d’œuvre traçait et retraçait les plans de la construction qui allait, pour les siècles des siècles, proclamer la gloire de Dieu et la foi des fidèles. Il avait acquis son savoir en franchissant avec patience et humilité tous les degrés de la connaissance du grand art, de l’Art Royal.
Cet Art Royal remontait bien plus loin que la construction de la première cathédrale, bien avant que la chrétienté se soit étendue à toute l’Europe. Ses racines plongeaient dans l’antiquité de notre civilisation, venues de la Haute-Égypte, passant par Jérusalem et Athènes, Delphes ou encore Alexandrie. Plus encore que royal, c’est-à-dire s’appliquant à la construction de palais pour les souverains, empereurs et autres pharaons, l’Art Royal était un art sacré, utilisé pour ériger les Temples dédiés à Amon-Râ, Zeus, Athéna ou Adonaï Élohim.
Bien plus qu’une technique, qui permettait d’élever vers le ciel des colonnes audacieuses, c’était une Connaissance, avec un « C » majuscule. La science des proportions, la science de l’Harmonieux et du Beau. Pour que l’édifice élevé à la gloire divine lui soit agréable, il fallait que ses dimensions, son organisation, ses rapports géométriques, soit à l’image de l’univers, à l’image des proportions du Ciel et de ses constellations immuables.
Le Temple devait être la représentation microcosmique de la création macrocosmique.
Année après année, siècle après siècle, les sages astronomes avaient noté la position des étoiles dans le ciel, la demeure des dieux. Géomètres, ils en avaient tiré des nombres qu’ils considéraient comme sacrés, tel le nombre d’Or. Comment traçaient-ils un rectangle d’or ?
Ils traçaient un carré. Puis un arc de cercle, en appliquant une pointe du compas au milieu d’un des côtés du carré, et l’autre pointe à l’un des sommets de l’autre côté. Le prolongement du premier côté coupait cet arc de cercle en un point. Par ce point, ils élevaient alors à l’aide d’une équerre ou du compas une perpendiculaire aux prolongements des deux côtés du carré initial. La figure obtenue est un rectangle d’or.
Au cours de ses années d’apprentissage, puis de compagnonnage, le Maître d’œuvre avait non seulement appris la fabrication et le maniement des outils, le travail des divers matériaux, le geste juste et sûr ; il avait aussi été initié à ces mystères, compris l’usage qu’il était possible d’en faire sur la table à tracer les plans, pour que les lignes et les proportions de la demeure divine soient justes et parfaites.
Le fronton de nombreux temples, notamment en Grèce, est un triangle isocèle, semblable à celui qui surmontait dit-on la chaire du Roi Salomon dans le Temple de Jérusalem. Ce triangle isocèle est particulier en ce que son angle au sommet vaut le triple des angles à la base : les angles sont donc dans un rapport de 1 à 3 : 108 ° au sommet, 36° à chacune des bases. C’est à Pythagore que l’on doit d’avoir remarqué que 36 est la somme des huit premiers nombres, mais aussi la somme des trois premiers nombres élevés à la puissance 3 (13 + 23 +33). L’arche de Gilgamesh, le demi-dieu qui régnait sur la ville babylonienne d’Ourouk, mesurait trois fois 120 coudées, soit 120 x 2 = 360, 36 x 10. Le Temple de Salomon mesurait, nous rapporte le Livre des Rois, 60 coudées de long, 30 de large et 20 de haut. 60 x 30 x 20 = 36 000, 36 x 1000. De part et d’autre de l’entrée du Temple s’élevaient les deux colonnes Jakin et Boaz, chacune haute de 18 coudées. Deux fois 18 = 36…
Ainsi la géométrie pouvait-elle être une science sacrée, habitée de mystères et clé de la connaissance.
Platon n’avait-il pas inscrit sur la porte de son école « Que nul n’entre sous mon toit s’il n’est géomètre ». Les bâtisseurs de cathédrales étaient les héritiers de cette connaissance, les descendants des constructeurs de ces temples antiques, dont la tradition s’était perpétuée sans qu’en soient perdus ni la rigueur ni le sens.
On notera que la Franc-maçonnerie a dès ses origines, ou presque, voulu marquer sa filiation non seulement avec les ouvriers et compagnons bâtisseurs, mais aussi avec les maîtres d’œuvre.
L’ouvrage de l’Abbé Larudan, L’Ordre des francs-maçons trahi et le secret des Mopses révélé, qui date de 1745, désigne comme « Architectes » les Maçons d’un degré supérieur à celui de Maître. On retrouve cette appellation dans divers écrits du milieu du XVIIIème siècle, tandis que c’est en 1780 que le titre de « Grand Maître Architecte » est choisi pour le 12ème rang dans le Rite de Perfection élaboré à Paris par les Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident.
Le but du grade est d’enseigner à l’initié que sa mission est de poursuivre la construction du Temple, que tous les Temples sont consacrés au même Dieu, et qu’en accédant à la Connaissance par l’initiation, on se rapproche du Créateur.
L’Architecture, qui vise à tracer des plans dans lesquels se reflète l’Harmonie, la Beauté, la Rigueur de l’immense et infini chantier qu’est l’Univers, est donc la synthèse de toutes les sciences. Ce que les Anciens nommaient le Grand Œuvre.
Rappelons ici que la divine proportion, évoquée à propos du nombre d’or, sert à la construction du Delta. Trois deltas permettent de former une étoile à cinq branches, dont trois sommets consécutifs permettent de dessiner l’arc brisé caractéristique du style gothique.
On connaît le principe fondamental selon lequel ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. C’est de ce principe fort ancien que se réclame Saint Augustin dans La Cité de Dieu lorsqu’il distingue la cité terrestre et la cité céleste ; la première, construction humaine et donc imparfaite, la seconde suivant la loi de la perfection et gouvernée par l’Amour envers Dieu, envers son prochain et envers soi-même. Une cathédrale, par ses hautes colonnes et ses voûtes quasi-célestes, est comme un reflet, une tentative humaine, de reproduire la cité de Dieu.
Une voûte est une crypte autant qu’elle est un dôme. Elle renvoie donc aux profondeurs de la Terre comme aux cieux, où siège la Divinité. La voûte est caverne et tombeau, comme elle est porte vers l’infini du Ciel et de l’Univers tout entier.
La voûte est connue depuis l’époque des palais et des temples des Assyriens et des Babyloniens. Après une phase d’éclipse au temps de l’architecture hellénistique, la voûte réapparaît dans les édifices monumentaux de la fin de l’Empire Romain. Les architectes romains, puis byzantins, et à leur suite les bâtisseurs romans puis gothiques ont fait de la voûte le principe essentiel de leurs constructions, car le seul qui permette de couvrir les nefs immenses des basiliques et autres cathédrales.
Dans son modèle architectural le plus simple, il s’agit d’un cube surmonté d’une coupole. Le cube figure la Terre, tandis que la coupole symbolise le Ciel. Il peut également s’agir de l’analogue de ce modèle en deux dimensions, deux colonnes soutenant un arc. Deux rangées parallèles de colonnes unies par des arcs définissent une nef. Ce modèle rappelle que l’univers est ordonné. Le point culminant de la voûte est le point de sortie de l’édifice, son ouverture énergétique vers la Divinité et la Lumière. Nombre de coupoles anciennes comportaient ainsi une ouverture au sommet, véritable « porte étroite » donnant accès au royaume des cieux.
L’arc en ogive est sans conteste la marque la plus aisément identifiable du style gothique. Il est formé de deux arcs qui se rencontrent, formant une sorte de pointe à leur jonction. Ces deux arcs ainsi opposés, affrontés par le sommet, produisent de très fortes poussées vers le haut, tant du point de vue statique que dynamique. Nombreux sont les travaux qui évoquent le formidable courant énergétique qui semble pousser l’ensemble vers le ciel. Nombreux sont ceux aussi qui mentionnent l’impulsion qui saisit celui qui pénètre dans une cathédrale, et le pousse à se redresser.
Rien n’est fortuit dans une cathédrale, aucun tracé, aucune proportion. Tout y est symbole, à base de carrés pour figurer la terre et de cercles pour évoquer le ciel puisque le sanctuaire est en quelque sorte un centre du monde, à l’union du microcosme et du macrocosme.
Et les outils du bâtisseur sont bien plus que des objets utilitaires. Ils sont le Métier lui-même.
Sur les pierres des cathédrales qu’il construit, chaque tailleur de pierre possédait sa propre marque qui lui était sans doute attribuée par le maître d’œuvre à la fin des quatre à cinq années d’apprentissage. Réalisées spontanément au 12e siècle, elles deviennent de plus en plus appliquées au cours des siècles suivants, jusqu’à devenir de remarquables signes de reconnaissance à la Renaissance. Les marques servaient probablement à la rémunération des tailleurs de pierre, qui étaient payés à la tâche. À partir du 15e siècle, les tailleurs de pierre devenus maîtres d’œuvre arboraient leur marque sur un écu ou un blason, souvent apposée sur les pièces maîtresses telles que les clefs de voûte ou à côté de leur portrait sculptée.
Rien, répétons-le, n’est fortuit dans le plan d’une cathédrale. Mais tout, ou presque, peut receler diverses significations, renvoyer à diverses interprétations ou origines symboliques. Ainsi, le plan en croix latine reproduit à l’évidence la croix sur laquelle fut supplicié le Christ.
Mais il évoque aussi l’athanor, le creuset des alchimistes, qui lui-même figure une représentation symbolique du corps humain. C’est aussi le croisement entre deux directions perpendiculaires, verticale et horizontale., l’une figurant le monde matériel et l’autre le monde spirituel.
Les proportions des cathédrales sont telles qu’elles agissent sur l’esprit sans qu’il soit nécessaire d’en avoir compris le sens caché. Aucune initiation n’est nécessaire pour être saisi par l’effet résultant de l’harmonie, du sens de la juste mesure et de l’exacte proportion.
Les Collèges de Constructeurs romains héritèrent de l’essentiel des enseignements de l’école pythagoricienne. Protégés de la curiosité des non initiés par des mots de passe au secret bien gardé, leurs membres veillaient à ce que rien de filtre de leurs formules ni de leurs symboles. Ces Collegia Fabrorum étaient placés sous la protection du dieu Janus, le Portier, donc le dieu du seuil, du commencement, de l’initiation. Ils se réunissaient dans des grottes ou dans des galeries, à l’abri des regards, à l’instar de Cronos/Saturne qui, chassé de l’Olympe par Zeus/Jupiter, s’était réfugié dans les grottes du Latium,Or ces collèges, ces confréries ne disparurent pas avec la fin de la grande époque romaine.
Les Collegia étaient encore demeurés actifs à l’état de vestiges en Occident, et de façon plus vivace et plus structurée dans l’empire romain d’Orient. C’est là que les premiers Croisés les retrouvent vers la fin du XIe siècle. Leur savoir fut alors transmis aux associations et aux guildes ecclésiales créées par les évêques du Haut moyen-âge, et surtout par les bénédictins et les cisterciens chargés de construire les basiliques et, plus tard, les cathédrales de l’Occident chrétien.
La rencontre des héritiers des Collegia romains avec les disciples de Saint Benoît leur permit de voir vivifié à nouveau leur traduction et leurs mystères. On trouve des traces indiscutables de cette synergie dans des écrits et des constructions datant du 6ème siècle, au cours du pontificat de Grégoire le Grand, l’auteur du rituel et du calendrier qui portent son nom, ainsi que de l’époque des maîtres comacins, dès le début du 8ème siècle.
La Franc-maçonnerie de métier, dont les Compagnons du Devoir sont les héritiers « opératifs » est née et s’est organisée à partir de cet héritage. Mais d’autres traditions, par exemple celtique, étaient aussi à l’origine de ces mesures harmoniques et de ces représentations des figures et des proportions de la Nature. Tant sur le plan que sur la projection en trois dimensions de ces édifices voués à la gloire divine, on mettait en œuvre des techniques de géométrie extrêmement sophistiquées.
Les carnets de croquis de Villard de Honnecourt, qui donne son nom à des cahiers et à des conférences publiques de l’une des obédiences maçonniques françaises, révèlent quelques uns de ces rapports de proportions entre figures humaines, emblématiques, architecturales et géométriques.
Ce sont ces techniques, et les simples instruments de géomètre de leurs étuis de mathématiques, qui permirent aux architectes de la cathédrale de Chartres de résoudre graphiquement le problème jusque-là insoluble de la quadrature du cercle.
Nous devions évoquer ici l’étendue de la Connaissance que révèle l’étude de l’iconographie des cathédrales. On peut en donner de multiples exemples en évoquant les représentations du zodiaque, des arts libéraux, de la mandorle, etc… Certains des artistes chrétiens qui, du 9e au 13e siècle, ont orné ces édifices élevés à la plus grande gloire de Dieu, rendaient simultanément hommage au Christ en majesté et aux quatre chérubins, les kérouvîm de l’Ancien Testament. Autant de signes d’une connaissance de l’exégèse symbolique et donc du contenu ésotérique de la Bible.
Il en est de même des réminiscences salomoniennes dans la construction et surtout la décoration des cathédrales. Enfin, il faut rappeler que la tradition platonicienne regroupera les mathématiques, la géométrie, l’astronomie et la musique, tandis que la chrétienté médiévale nommera cet ensemble le quadrivium, en lui attribuant une finalité métaphysique.
Il n’est pas nécessaire de justifier le rôle de la géométrie et du calcul mathématique dans la conception des cathédrales. Nous avons également évoqué le symbolisme de la voûte, représentation des cieux, et donc de la présence de l’astronomie dans ce processus créateur.
Comment ne pas lier cathédrales et musique ? Comment ne pas entendre, jaillissant du chœur, emplissant la nef et les transepts, s’élevant jusqu’au faîte de l’édifice, la saisissante musique des neumes et du chant grégorien, ou la force majestueuse du jeu d’orgue ?
Alors que l’harmonie, la beauté et la justesse des proportions d’une cathédrale sont accessibles à tous, le sens des marques compagnonniques laissées par les bâtisseurs moyenâgeux, ces signes gravés, n’est, cependant, accessible qu’aux initiés, à ceux qui ont reçu la connaissance et savent reconnaître ces marques symboliques.
Une grande partie de la symbolique maçonnique est empruntée à celle, précisément, des maçons de métier.
Les travaux d’une Loge de Francs-Maçons se déroulent de midi à minuit, à l’instar d’un chantier et de ses différents ouvrages, faisant appel à différentes techniques et donc à différents outils. L’Apprenti devra manier le ciseau et le maillet, afin de dégrossir la pierre brute. À mesure de sa progression, à chaque étape de la progression initiatique, le Franc-Maçon se doit de découvrir puis de maîtriser l’usage et le symbolisme d’autres outils.
Sur l’autel des serments se trouvent un compas et une équerre. Le compas est l’outil avec lequel le Grand Architecte de l’Univers a dessiné le monde. Vingt siècles avant Galilée, le Livre des Proverbes énonçait que « la Sagesse était là lorsque Dieu affermit les cieux, lorsqu’il traça un cercle à la surface de l’abîme, […] jouant sur le globe de sa terre. » C’est la même idée qu’évoque Dante dans le Chant 19 du Paradis : « la sagesse profonde qui, d’un tour de compas ayant tracé le monde, de germes apparents ou cachés l’a rempli. » Le compas avec lequel on dessinait au Moyen-âge sur une surface de plâtre soigneusement lissée était un compas à pointes sèches, à branches droites. C’est ce compas droit qui se retrouve sur l’autel des serments d’une Loge maçonnique régulière. Ce type de compas sert à tracer des cercles ou des arcs de cercles, mais aussi à reporter des mesures, des dimensions, d’un plan à un autre. Il existe une variété particulière de compas droit, également à pointes sèches : le compas d’appareillage. Naturellement, l’écart des pointes d’un compas varie selon l’angle au sommet. Les architectes étalonnaient ainsi leurs compas, en faisant correspondre un angle d’ouverture à une longueur de l’écart entre les pointes.
Dès lors, en utilisant une simple règle ou des repères gravés sur une canne, on pouvait aisément vérifier des angles à 30°, 45°, 60° et surtout 90°. Ainsi, le compas pouvait servir d’équerre et de fausse équerre.
En Franc-maçonnerie, l’ouverture du compas ne dépasse pas 90°, comme pour signifier que notre connaissance ne peut s’ouvrir à l’infini. Franc-maçonnes et Francs-maçons sont contraints de demeurer dans les limites où la matière les tient prisonniers. 180° serait la connaissance totale, celle de la Lumière divine elle-même. 0° est naturellement la valeur qui correspond à l’ignorance, à l’aveuglement. Entre les deux, 90° est la valeur médiane qui marque l’équilibre harmonieux entre le matériel et le spirituel. Cette valeur, celle du Juste Milieu, est celle de la Sagesse vers laquelle tend le Franc-maçon.
Dès le Manuscrit Dumfries de 1710, il est fait allusion au compas :« Combien y-a-t-il de colonnes dans votre Loge ? – Trois. Quelles sont-elles ? L’Équerre, le Compas et la Bible »… En 1730, le tuileur de Prichard pose les questions suivantes : « Comment vous a-t-on reçu Maçon ? -…le compas ouvert sur le sein dénudé »… et un peu plus loin « Quels sont les autres objets meubles de la Loge ? – La Bible, le Compas et l’Équerre. À qui appartiennent ces objets ? – La Bible, à Dieu, le Compas, au Maître »
Le Compas se trouve sur le tableau de Loge au Grade d’Apprenti. La tradition veut qu’il y symbolise l’outil par excellence, et donc le Grand Architecte de l’Univers lui-même.
L’Équerre paraît plus simple symboliquement que le compas. D’emblée, on conçoit qu’elle signifie rigueur, précision, rectitude. Par goût du paradoxe, d’aucuns ont fait remarquer que l’équerre étant un instrument irréfutable – un angle est droit, tout à fait droit, ou il ne l’est pas, l’équerre symbolisait donc l’irréfutable, alors que la Maçonnerie tend à inciter au doute méthodique, au scepticisme, au refus des certitudes définitives et dogmatiques.
Certes. Mais la Maçonnerie, si elle travaille avant tout sur l’esprit, et sur celui du Franc-Maçon lui-même avant tout, n’en reconnaît pas moins la réalité de la matière, du concret, du contingent.
Dans ses actes comme dans ses pensées, le maçon doit s’illustrer par sa rectitude, sa justesse. Parce que l’angle donné par l’équerre donne toujours la même valeur, 90°, l’équerre signifie également la justice, l’équité.
On pourrait préciser ici quel les branches de l’équerre maçonnique sont dans un rapport de 3 à 4. Ainsi, l’hypoténuse du triangle formé par les deux branches vaut, selon Pythagore, Ö 32 + 42 = 5.
Ce triangle dont les côtés valent respectivement 3,4 et 5 est le triangle sacré des Égyptiens. Selon Plutarque, qui rapporte la tradition thébaine, la ligne verticale représente l’élément masculin, la ligne horizontale le féminin et l’hypoténuse le fils, ce qui est engendré par les deux. Osiris est l’origine, Isis est la conception et Horus est la naissance. Le 3 signifie donc la création, la pensée en action. Le 4 figure le monde créé, la matière. Travailler suppose donc que l’on est à la fois pleinement corps et esprit, comme le représente le 5, l’hypoténuse de notre triangle sacré. Ainsi 5 est la figuration de l’homme, ou mieux encore du sens qu’il donne à sa vie, de l’équilibre entre matière et pensée, entre réel et virtuel, entre corps et esprit. Une ancienne tradition maçonnique assimile ainsi 3 à l’ouvrier maniant le maillet, 4 à la pierre brute et 5 à la pierre cubique, qui représente la finalité du travail, la domination, ou plutôt la maîtrise, le contrôle de la matière par l’esprit. C’est le sens de la position relative de l’Équerre et du Compas en Loge d’Apprenti. Sur le parvis du Temple, là où œuvre l’Apprenti, il apprend qu’il travaille sur la matière. L’équerre est au-dessus du compas.
L’apprenti doit dégrossir la pierre brute à l’aide du ciseau et du maillet. L’apprenti ne connaît pas les plans de l’édifice auquel il commence à concourir. Il n’a donc pas encore l’usage des outils qui se rapportent à la lecture et à l’exécution de ces plans.
Le maillet : il s’agit d’un outil à la double signification, au double pouvoir. Le maillet bien appliqué, par exemple sur l’extrémité du ciseau, est constructeur; tandis que le maillet asséné avec violence est destructeur. Le maillet est outil comme il peut être une arme. Le maillet de l’Apprenti, toujours associé au ciseau, est donc le moyen d’agir sur la matière la plus difficile à maîtriser, c’est-à-dire soi-même. Il ne faut pas le confondre avec le maillet du V.’.M.’. ou des deux surveillants, qui est la marque de la puissance et de l’autorité qui leur est conférée.
De la même manière, le ciseau bien appliqué domestique la pierre brute, tandis qu’il peut, entre des mains violentes, se révéler une arme redoutable. Le juste maniement du ciseau, l’angle et la force avec lequel on l’applique sur la pierre avant de le frapper d’un coup précis et mesuré, se rapportent à l’attitude du maçon, qui doit être conscient de sa nature, de ses qualités comme de ses défauts et de ses limites, maîtriser sa force, dominer ses pulsions anarchiques. Le ciseau est la pensée arrêtée, la résolution prise, tandis que le maillet est la volonté qui les met à exécution.
Au fur et à mesure de sa vie maçonnique, l’Initié découvrira ainsi comment les outils dont se servaient jadis les bâtisseurs de temples et de cathédrales lui sont aujourd’hui utiles pour structurer sa pensée et se construire lui-même.
Lorsqu’il est nu, l’être humain dispose encore de deux outils : sa tête, siège de son esprit, de son intelligence et de sa raison comme de ses facultés créatrices, etses mains lui permettant de traduire dans le monde concret ce qu’élabore son esprit. Ils sont l’outil effecteur de son Art, au sens où se mot s’applique à l’artisan autant qu’à l’artiste.
Que se passe-t-il vraiment lorsque nous nous touchons ? Et si, sous l’évidence du contact, se cachait la plus grande énigme de notre existence ? Nous croyons que le toucher nous donne l’évidence du monde. Mais si le contact n’était jamais immédiat… et ne cessait de nous échapper ? Rien n’est plus proche que notre propre peau. Et pourtant, jamais nous ne l’atteignons tout à fait. Comment se fait-il que je puisse sentir ma main qui sent ? D’où vient ce mystère d’une chair à la fois si intime et si étrangère ?
Toucher l’autre : un geste simple en apparence…un geste où se joue pourtant la possibilité même du respect.
Les questions philosophiques connaissent parfois d’étranges destinées : « aussi marquantes soient-elles, il leur arrive néanmoins de s’estomper » avant de faire retour au premier plan
C’est ce qui est arrivé à la question du toucher : après son importance majeure chez Husserl et Merleau-Ponty elle avait « disparu presque totalement de notre horizon intellectuel » jusqu’à ce que les œuvres récentes de Michel Henry et Jacques Derrida ne la replacent au centre du débat Mais s’ils partent de la même question, « chacun d’eux va son chemin » et leurs divergences sont profondes — sans concession ni conciliation.
Henry : la vérité du toucher n’est pas dans le toucher
Pour Michel Henry, le toucher est trompeur, il n’accède pas à l’identité intérieure du vivant. Il est, comme les autres sens, un « sens du lointain » tourné vers « la transcendance du monde » . Même lorsque je touche mon propre corps, « ce que nous touchons alors dans ce contact, […] c’est l’extérieur lui-même ». L’intimité véritable réside ailleurs : dans « l’auto-affection pathétique » de la Vie, où la chair « ne s’écarte jamais de soi » Mon corps que je touche n’est pas moi. Ce qui est moi, c’est la chair invisible, vécue de l’intérieur.
Derrida : toucher, c’est ne pas coïncider avec soi
À l’opposé, Derrida lui, part exactement à l’inverse. Il refuse la « métaphysique haptique » (tout ce qui est en rapport avec le sens du toucher) qui croit que le toucher donne un contact immédiat au présent. Il affirme : « Le Je se touche en s’espaçant, en perdant le contact avec soi » — « il se touche sans se toucher ». Il existe toujours un « hiatus du non-contact », un espacement interne au contact qui l’ouvre plutôt qu’il ne l’annule. Toucher n’est jamais coïncider. Toucher n’est jamais fusion : c’est se découvrir traversé par l’autre.
Le différend sur le chiasme tactile
Merleau-Ponty avait donné à cette question sa profondeur : lorsque ma main touche l’autre main, elle est à la fois touchante et touchée. C’est ce qu’il nommait le chiasme, fondement de la réversibilité du corps : toute perception est doublée d’une contre-perception, un acte à deux faces : « Ma main droite touche ma main gauche tandis que celle-ci touche les choses ; elle est donc à la fois touchante et touchée. » Le chiasme est l’expérience originaire de l’incarnation : la chair du monde et la chair du corps s’entrelacent dans une coïncidence sans reste.
Pour Merleau Ponty, le chiasme est le fondement même de l’être-au-monde. La chair est généralité incarnée (ni sujet ni objet, mais entrelacs).
Le chiasme et le restant de Rogozinski
Henry comme Derrida contestent toutefois cette expérience — mais chacun à sa manière. Pour Derrida, le chiasme « fait la part trop belle au contact sans distance » : il oublie « un dehors étranger » qui « doit même faire partie de l’expérience du touchant touché
Ainsi, l’un reproche d’être trop fusionnel ; l’autre, pas assez.
Michel Henry
Jacques Derrida
Philosophie de l’immanence et de l’auto-affection de la Vie.
Pensée de l’altérité et de la différance qui empêche toute clôture du soi.
Le toucher est un sens d’extériorité comme les autres ; seule la chair auto-affective donne l’intimité véritable.
Le toucher implique toujours un hiatus, une séparation interne : on se touche « en perdant le contact avec soi ».
Il refuse la distinction toucher/vue : tous les sens projettent vers l’extérieur.
Il refuse aussi le privilège du toucher, mais parce qu’il est toujours habité par l’altérité.
Une double impasse
→ Si la chair ne s’écarte jamais d’elle-même (Henry), alors « mon corps retombe hors de moi comme une coquille vide » et « je n’ai plus aucune place au monde » → Si l’altérité empêche tout chiasme (Derrida), alors « il n’y aura pour moi ni corps, ni monde, ni autre »
Deux logiques opposées qui menacent le corps propre dans ses fondements.
Le texte adopte une position forte : « c’est un fait qu’il y a le chiasme » — « sans lui, aucun corps, aucun autre ni aucun monde ne pourraient paraître » Mais ce chiasme n’est jamais parfait : il reste toujours « un restant », « un élément étranger à la chair au sein même de la chair » — un écart qui « résiste à leur totale identification ». Cet écart n’est pas la mort du toucher. Il en est la chance, son lieu d’ouverture.
Le toucher ne peut être pur contact. Mais il ne peut être pure séparation.
Vers une éthique du toucher
Si le toucher est toujours chiasme — si nous « ne nous touchons jamais qu’en traversant l’écart » — alors toucher l’autre, c’est accueillir ce qui en lui m’échappe : « il n’y aura pas de rémission tant que nous serons sous l’emprise de l’illusion fondamentale […] tant que l’Ego n’aura pas découvert que cet Étranger maléfique ou sublime n’est qu’une part oubliée de lui-même »
Ainsi, l’éthique du toucher reposerait sur trois principes : Reconnaître l’altérité de l’autre dans sa proximité même, respecter l’inappropriable de chaque corps vivant, accueillir cet écart comme la condition de toute relation
Toucher avec justesse, c’est ne jamais abolir l’autre sous prétexte de proximité. C’est comprendre que l’autre corps n’est pas un objet, ni même une simple réplique du mien, mais une vie qui se sent de l’intérieur. (voir sur 450fm l’article : La douceur comme vertu maçonnique) Le toucher devient alors une responsabilité : celle de ne jamais confondre contact et capture, présence et appropriation. En ce sens, la phénoménologie du toucher ouvre une véritable éthique du soin — au cœur même de notre vulnérabilité réciproque. Penser le toucher aujourd’hui, c’est comprendre qu’il n’est ni fusion pure ni séparation absolue. Il est l’épreuve fragile d’une rencontre : celle où la chair découvre que l’autre la traverse, et que l’altérité n’est pas un danger mais sa propre condition de vie.
Toucher, c’est entrer en relation. Et toute relation authentique commence par le respect de l’écart qui nous unit.
En définitive, le toucher est cette expérience première où la chair « se délivre de sa clôture » et apprend qu’« elle ne se touche qu’en traversant l’écart ». Il est la promesse d’un contact qui ne se ferme jamais — le lieu même du vivant.
Le samedi 8 novembre 2025, les Archives départementales de l’Aveyron ont accueilli le premier Salon maçonnique Nord Occitanie. Dans cette ville où la lumière de la cathédrale de grès rose répond au noir profond de Soulages, plus de cinq cents visiteurs – Frères, Sœurs et profanes – se sont retrouvés autour d’un même désir : comprendre, dialoguer, transmettre.
Grande première réussie : des salles pleines, des stands entourés, un même élan de découverte et de fraternité partagée. En un jour, la Franc-maçonnerie, trop souvent caricaturée, a retrouvé sa vraie voix : celle du sens, de l’histoire et du service de l’humain.
Table-unique-de-l’Interobédientielle
La grande nouveauté : une seule table pour toutes les obédiences
Ce qui a frappé d’emblée, c’est ce geste simple et décisif : les obédiences assises à une seule table, face au public. Non pour gommer leurs traditions propres, mais pour les offrir côte à côte, à hauteur d’écoute. Le signe était clair : avant tout discours, avant toute polémique, il est possible de se présenter ensemble, dans la sobriété d’une présence commune. Ce partage du même bois et de la même nappe disait mieux que des slogans l’hypothèse de travail qui nous rassemble : une fraternité véritable n’est pas un mot d’ordre, c’est un préalable vivant. Ce fut un très beau geste – presque une liturgie de la concorde – qui a permis à chacun d’entendre que l’universalité n’exige pas l’uniformité, et que la pluralité des rites peut être un chant à plusieurs voix.
Aveyron,-le-département
Lieu de mémoire et de fraternité : les Archives départementales de l’Aveyron
Qu’un tel rendez-vous se tienne aux Archives départementales n’avait rien d’anodin. Lieu des traces et des textes, l’édifice s’est ouvert, pour un jour, à la parole vivante et au souffle de l’initiation. Entre murs de pierre et rayonnages, l’écrit a repris chair, la mémoire s’est animée, le passé est devenu présence. Tout, dans cette architecture paisible et rigoureuse, invitait à la recherche intérieure, comme si la pierre conservait la rumeur discrète de trois siècles de loges aveyronnaises.
L’ouverture : la voix de l’Interobédientielle Occitanie Nord (IOON)
La présidente Francine Joly et le vice-président Claude Jouve ont donné le cap : rendre la Franc-maçonnerie lisible dans la cité, réaffirmer sa dimension universelle, faire dialoguer les différences dans un espace respectueux et fraternel. Non pas un plaidoyer défensif, mais une offrande : présence apaisée au cœur d’une société saturée de bruits et de replis, formation de l’homme intérieur, liberté de conscience assumée, et conviction qu’un engagement maçonnique bien compris demeure une citoyenneté spirituelle active. Leur accueil, à la fois chaleureux et grave, a donné l’élan moral de la journée : un salon n’est pas un mondanité, c’est une tenue ouverte du cœur et de l’intelligence.
Le matin : « Trois siècles de Franc-Maçonnerie en Aveyron »
Aveyronnais de naissance et d’âme, Jacques Anglade, initié à Rodez (GODF) en 1979, est l’auteur de Trois siècles de Maçonnerie aveyronnaise (1746–2025) dont la première de couverture représente la « Marianne » de La Parfaite Union, figure unique et emblématique rappelant ainsi l’alliage ruthénois entre République et initiatique.
Francine-Joly,-Présidente-IOON-au-micro
Jacques Anglade a déroulé une archéologie vivante de la présence maçonnique sur ces terres de pierre et de mémoire. Son propos, d’une érudition sereine, tient moins de l’inventaire que de l’éclairage : il fait surgir, depuis les documents et les traces, une histoire qui respire encore.
Il commence par Rodez, où la sociabilité maçonnique apparaît vers 1748 et s’organise en 1762 sous le titre distinctif La Parfaite Union. On y croise des magistrats, des hommes de loi, quelques militaires et érudits : la France des Lumières à hauteur de province, prudente mais décidée à travailler l’esprit. Anglade replace ces premiers pas dans le contexte de la tolérance hésitante d’Ancien Régime, où l’on règle soigneusement correspondances et usages, où l’on apprend à parler au–dedans pour mieux agir au–dehors.
La focale se déplace ensuite vers Villefranche-de-Rouergue et la loge La Cordialité (1778). Dans cette bastide commerçante, l’atelier devient école de liberté morale et laboratoire de fraternité sociale : on lit, on débat, on s’essaie à la civilité exigeante du vrai, loin des coups de menton et des slogans. Les Registres, tableaux, pièces de correspondance que convoque Anglade composent une sociographie fine : des hommes de métier et de plume, attachés à l’amélioration de soi et au bien commun.
Jacques-Anglade
Viennent les temps de secousses : Révolution, Restauration, interdits et sommeil de 1816. La Maçonnerie se retire parfois des Temples pour se dissoudre dans d’autres formes — cercles de lecture, sociétés musicales, lieux de conversation — sans perdre son souffle discret. Puis la fin du XIXᵉ voit se reconstituer les ateliers ; la République stabilise les travaux ; au XXᵉ siècle, après les déchirures, la reprise d’après-guerre réinstalle la patience de la transmission.
Jacques Anglade, qui sait ce que parler depuis les Archives signifie, rappelle que la vérité d’une loge se lit dans l’ordinaire : procès-verbaux, listes de présence, arriérés de capitation, petites querelles sur un local ou une planche… C’est là que se mesure l’opératif du symbolique. Il évoque au passage la « Marianne » de La Parfaite Union, silhouette républicaine devenue icône ruthénoise : bonnet phrygien, regard droit, équilibre entre Loi et liberté intérieure – une image qui résume, mieux qu’un traité, l’alliance du civique et de l’initiatique.
L’assistance-nombreuse
La salle suit, interroge, prolonge : continuités et ruptures ; alliances locales ; circulations entre Rodez, Villefranche, Millau ; places des métiers, de l’école, des sociétés de secours mutuels ; comment, de génération en génération, la Maçonnerie a tenu l’idée de fraternité dans la cité. Anglade répond avec cette modestie du chercheur qui préfère l’indice probant au grand récit : il montre, par touches, comment l’Aveyron maçonnique a su, siècle après siècle, conjuguer fidélité et adaptation.
L’après-midi : « Valeurs olympiques, paralympiques et maçonniques »
Anneaux olympiques
La conférence de Yonnel Ghernaouti a posé un pont clair entre trois familles de valeurs : l’olympisme (excellence, amitié, respect), le paralympisme (détermination, égalité, inspiration, courage) et l’éthique maçonnique (fraternité, vérité, charité, travail sur soi). Une même dynamique s’y lit : le dépassement intérieur au service du bien commun, dans l’esprit de l’héritage Paris 2024 (éducation, inclusion, legs durable). Ces valeurs prennent racine dans une histoire longue – de Cynisca aux Jeux de Wenlock du Dr William Penny Brookes, qui inspirent Pierre de Coubertin, malgré un héritage controversé (positions ouvertement misogynes sur la place des femmes aux Jeux et refus de condamner la mise en scène de Berlin 1936). Elles se cristallisent en symboles structurants : la devise Citius, Altius, Fortius et les anneaux entrelacés, signes d’universalité et de trêve civile.
Au cœur du propos, la règle librement consentie –fair-play, équité, respect de l’adversaire– comme équivalent profane de la loi morale travaillée en loge ; et, côté paralympique, l’élan Spirit in Motion, qui fait de l’exemple des athlètes une pédagogie d’inclusion et de résilience. Du stade au Temple, ces valeurs se prolongent en actes d’éducation, en gestes de justice, en fraternité opérative qui travaille la Cité comme on polit une pierre.
Deuxième temps – Sylvain Zeghni : du vestiaire aux tribunes, éthique, laïcité et vigilance fraternelle
Sylvain Zeghni a ancré le débat dans le concret des pratiques sportives et de la vie des clubs. D’entrée, il rappelle, non sans humour, cette vieille sociabilité des tavernes, des compagnies d’archers et des premiers clubs de golf écossais, lieux où se mêlaient rites d’initiation, règles du jeu et convivialité après-tenue : l’histoire longue d’un sport qui naît souvent à l’ombre des loges et dans des espaces de fraternité partagée. Il évoque ainsi l’archerie urbaine, les clubs de golf fréquentés par des frères au XVIIIᵉ siècle, puis le rôle structurant des tavernes pour la vie des loges et des sports naissants.
Footballer au milieu du stade ballon au pied
La Freemasons’ Tavern de Londres sert d’exemple-clef : c’est là que la Football Association est fondée le 26 octobre 1863, pour fixer des règles communes – passer de la coutume locale au droit du jeu, du rapport de force à la norme partagée. Sylvain Zeghni souligne combien cette sécularisation des usages (nombre de joueurs, interdiction des mains, dimensions du terrain) a permis que « chacun joue avec les mêmes règles », autrement dit une égalité d’accès et une lisibilité du cadre. Il glisse au passage des clins d’œil sur les légendes symboliques du ballon « blanc et noir », pour mieux rappeler que le sens profond tient moins aux fantasmes qu’au consentement à la règle.
En rugby, Sylvain Zeghni déroule le fil initiatique : du mythe Webb Ellis au rôle des chefs d’établissement et pédagogues britanniques dans la codification (les premières règles formalisées au XIXᵉ siècle), de la naissance des Barbarians (1890) comme équipe de brassage à la diffusion française par les instituteurs de la Ligue de l’Enseignement – avec cette ligne de partage historique : patronages catholiques promouvant plutôt football/basket, réseaux laïques et scolaires privilégiant rugby pour ses vertus morales (solidarité, engagement). Tout un paysage d’éducation populaire se dessine, où l’éthique du jeu devient pédagogie civique.
Cette traversée historique conduit Zeghni à son axe central : dans le sport comme en loge, tout commence par une règle librement consentie et par le respect de la dignité.
Librairies, revues et artisans : la chaîne du partage
Le Salon fut un paysage de livres et de mains, un gué entre le papier et la parole. La Folle Avoine (Villefranche-de-Rouergue) tenait, sous son nom de vent et de moisson, des tables amples, un conseil précis, ce tact du libraire qui fait naître la juste lecture au bon moment : littérature, histoire locale, cartes et chemins de traverse – de quoi relier mémoire et désir d’apprendre.
Librairie-L’Esprit-Livres-(Millau)
À quelques, peut-être trois, L’Esprit Livres (Millau) disposait ses rayons de spiritualité, d’ésotérisme, de développement personnel et de beaux-arts ; un petit parcours d’initiation où l’on avance comme dans une chapelle de signes, d’une tradition à l’autre, d’une question à sa métamorphose.
Ensemble, elles offraient un spectre rare : du roman aux études symboliques, des classiques aux voies initiatiques. C’était exactement l’horizon que Rodez voulait ouvrir – un lieu où la curiosité devient méthode, et la méthode, joie de comprendre.
Widows-Sons
Stands & fraternités
Au détour des allées, les Widows Sons (Fils de la Veuve) – Aveyron faisaient vibrer l’imaginaire de la route : fraternité motocycliste, entraide concrète, collectes solidaires, pédagogie de la sécurité ; et sur les veste-patchs, la géographie muette des outils, de la Veuve, du voyage – toute une manière d’être en marche au service du bien commun.
Plus loin, un atelier de bois retenait les regards : équerres et compas sculptés, colonnes miniatures, rosaces, piliers, boîtes à secrets, autant d’objets maçonniques polis par la patience. Le chêne, le hêtre, parfois l’érable, gardaient la chaleur de l’outil ; et l’on sentait, en passant la main sur une arête, que le symbolique n’est pas une abstraction mais une matière travaillée. Ici, la forme enseignait la mesure, et la fibre rappelait que l’initiation est d’abord geste et précision.
Dominique Segalen
Michel König
Dominique Segalen, Michel König & François Deschatres animaient une table de dialogue vivant – livres ouverts, images, longues conversations : symbolique, histoire des rites, motifs de l’Art royal. • Dominique Segalen, 1,2,3 symboles ! Les valeurs maçonniques expliquées aux enfants (Numérilivre) : une grammaire claire de la lecture symbolique, qui met à hauteur d’enfant ce que nous travaillons à hauteur d’adulte. • Michel König, « Lumières » et Nation – L’A.D.N. de la Franc-maçonnerie(Cépaduès) : une enquête lumineuse sur les soubassements philosophiques et civiques de l’esprit maçonnique. • François Deschatres, Les francs-maçons – Des inconditionnels de l’espoir(L’Harmattan, nouvelle édition) : la Maçonnerie comme école d’espérance active, face aux temps sombres.
Le public
Des stands rigoureux et hospitaliers, d’où l’on repartait avec des pistes de lecture, des images plein la tête et ce désir d’approfondir la lumière — là où se nouent la connaissance, le symbole et la fraternité vécue.
Un sillage lumineux
On garde de Rodez l’intelligence du partage. Un salon maçonnique n’est pas un espace clos, mais un pont entre visible et invisible, mémoire et présent, effort individuel et fraternité. Les Archives départementales ont tenu leur rôle de Temple laïque de la connaissance : gardiennes des traces, elles ont, pour un jour, accueilli la Parole vivante. En quittant les lieux, une évidence :
ce n’est pas la Franc-maçonnerie qui a parlé, c’est la Lumière qui a circulé.
On voit fleurir ces derniers mois de nombreuses initiatives visant à faire connaitre la Franc-maçonnerie : After Work, Conférences publiques, Café maçonnique, etc… au-delà de l’idée même de communiquer, il faut peut-être préciser les intentions. A quoi cela sert ?Plusieurs intentions peuvent se côtoyer : présenter la franc-maçonnerie, favoriser le recrutement des profanes, dédiaboliser, chercher des pistes d’inspiration. Tout cela est possible et imaginable.
L’association Georges Troispoints, quant à elle, n’a qu’un seul objet : de faire connaître « au dehors »,dans le monde « profane », qui sont vraiment les Francs-maçons.
Nous sommes fiers de notre idéal. Partageons le.
L’association Georges Troispoints s’est fixé un but : présenter la Franc-maçonnerie en général et le Droit Humain de France (dont ses fondateurs sont membres) en particulier, de manière simple et sans détours.
A cela de multiples raisons : peu ou pas informés, beaucoup s’interrogent à propos de ce que font les Francs-maçons au cours de leurs réunions, alors que les Francs-maçons, eux-mêmes, se demandent comment le faire savoir pour dissiper les préjugés tenaces.
Mais surtout, trop d’adolescents ou de jeunes adultes, nous pensent en Illuminati, Skull and Bones, Maîtres du monde, manipulateurs occultes, voire en mouvement sectaire !
Quels que soient les preuves et arguments opposés, se crée un cercle vicieux d’où semble avoir disparu tout esprit critique. Il y a là un boulevard ouvert pour le recrutement des sectes et des extrémistes. Pourtant, les Illuminati de Bavière sont dissouts depuis 1785 et les soi-disant rituels satanistes des francs-maçons ne sont en réalité qu’un canular monté il y a bien longtemps par Léo Taxil, ce qu’il a lui-même reconnu. La théorie l’Abbé Barruel, dans ses « Mémoires pour servir l’histoire du Jacobinisme » (1797), selon laquelle la Révolution française aurait été organisée dans les loges maçonniques et dans les clubs, notamment celui des Jacobins, a fait long feu ; il en va de même du fameux « Protocole des sages de Sion » qui dénonce un complot juif mondial ; tous savent qu’il s’agit d’une manipulation commandée par la police politique du Tsar Nicolas II à Matthieu Golovinski. Néanmoins, en ce début de XXI°siècle ce texte circule encore à des fins partisanes évidentes.
Pour d’autres la franc-maçonnerie serait la « synagogue de Satan » : « De même que les fidèles de Dieu se rendent à l’église, les fidèles du diable se rendent au sabbat […]. Circulait un traité anonyme écrit vers 1430, « Errores gazariorum », qui reprenait les théories des hommes d’église et définissait pour un plus large public les sorciers, non plus comme des individus particuliers, mais comme les membres d’une secte participant à un vaste complot contre la chrétienté. Ils se réunissaient certains soirs, loin des regards des bons chrétiens, pour rendre hommage à la pire des créatures, le diable lequel apparaissait sous la forme d’un chat noir […] Ces réunions s’appelaient “synagogues”, rappel des lieux de réunions des juifs où, selon les chrétiens, on ne faisait que bavarder dangereusement, voire comploter »
Satan
L’expression « synagogue de Satan » fut appliquée en 1873 à la franc-maçonnerie dans l’encyclique Etsi Multa de Pie IX, puis popularisée et fixée dans l’imaginaire catholique par Mgr Léon Meurin. Cependant, les plus nuancés concèdent que « si tous les Francs-maçons ne sont pas satanistes, tous les satanistes sont Francs-maçons » !!!
Force est d’admettre que la notion de secret, certes historiquement justifiable, excite les passions, génère fantasmes et peurs qui se concrétisent en préjugés et anathèmes.
Enfin, la mondialisation comme l’immédiateté de diffusion de l’information, quelle que soit sa qualité, offrent une vaste tribune ainsi qu’une chambre de résonnance aux propos les plus stupéfiants.
L’obscurantisme s’expanse dans le vide spirituel et la haine du différent.
Sur fond de crise sociale avec son lot d’exclusions et de discriminations, la quête de boucs émissaires bat son plein. Elle est accompagnée par la recrudescence d’un anti-maçonnisme diffus, de grande diversité, porté par des groupes aux motivations hétéroclites.
Il semble donc indispensable de faire connaître « au dehors », dans le monde « profane », qui sont vraiment les francs-maçons et surtout qui ils ne sont pas.
En somme, répondre dans la transparence à toutes les interrogations de ceux qui ne veulent pas se contenter de voir la franc-maçonnerie à travers stéréotypes, clichés et idées reçues. Leur présenter les francs-maçons pour ce qu’ils sont dans leur immense majorité : des humanistes, ambitionnant se perfectionner par un travail commun. Dans le respect mutuel, enrichis de leurs différences et spécificités, ardents défenseurs de la dignité humaine, ils souhaitent participer à l’édification d’un monde de justice, de paix et d’équité, persuadés que leur utopie d’aujourd’hui sera la réalité de demain.
Et les cafés maçonniques, comment ça marche ?
Une fois par trimestre, Georges Troispoints organise un café maçonnique. Au départ, il s’agissait de présenter un thème dans le but de dire et d’expliquer qui sont les Francs-Maçons, ce qu’ils font et surtout ce qu’ils ne font pas.
Aujourd’hui, l’idée est de recentrer cet espace-temps sur une idée : la rencontre. Des initiés et des non-initiés ont des choses à partager, à se dire. Le prochain café organisé à Metz le 21 novembre 2025 prochain sera différent de ce que nous avons fait avant. Il n’y aura pas de thème particulier. Les membres de Georges Troispoints accueilleront les curieux, partageront un verre, discuteront et répondront aux questions autour d’une table et dans un tout petit groupe.
Qui est GeorgesTroispoints ?
Fondée en 2016 et inscrite au Tribunal de Grande Instance de Metz, l’association « mère« , Georges Troispoints Moselle, accompagne toutes les actions locales de ses « filles » sur le territoire et jusqu’en Outre Mer.
En effet, notre association, a grandi, s’est développée (Auvergne, Alpes Maritimes, Touraine, Vosges, Ile de France, Ile de la Réunion….) et nous espérons la voir s’étendre encore.
Georges Troispoints partage ses expériences, sa communication, ses conseils, sur un socle fondateur de valeurs communes, avec pour seule ambition de présenter la Franc-Maçonnerie en général et le Droit Humain de France (dont ses fondateurs sont membres) en particulier, de manière simple et sans détours loin des idées reçues et des préjugés.…
Giuliano Di Bernardo est une figure centrale de la pensée philosophique et initiatique italienne. Philosophe des sciences, épistémologue et Grand Maître maçonnique, il a consacré sa vie à la quête de régularité, de transparence et au salut de l’humanité.
Giuliano Di Bernardo, un repère pour étudier la crise de la raison moderne et les transformations de la Franc-Maçonnerie en Italie.
Formation académique et pensée épistémologique
Di Bernardo a entamé sa carrière académique après un parcours atypique. Diplômé en comptabilité, il a travaillé en banque avant d’obtenir une licence en sociologie à l’Université de Trente.
À la même université, il a enseigné la philosophie des sciences et la logique. Il a également été pro-recteur de 1985 à 1987. Ses recherches se sont concentrées sur la logique des normes et sur les fondements épistémologiques des sciences sociales.
Son livre La conoscenza umana synthétise sa pensée : de la physique à la religion, en passant par la sociologie.
La crise de la raison et le destin de l’humanité
Selon Di Bernardo, la raison a atteint ses limites. Elle n’est plus capable de maîtriser ses propres créations. Cela conduit l’humanité vers l’autodestruction.Sa vision est pessimiste, mais pas résignée. Il propose de créer des mécanismes pour sauver l’existence humaine. Dans ce contexte, la Franc-Maçonnerie devient un outil éthique et opérationnel.
La Franc-Maçonnerie comme pont entre théorie et action
Pour Di Bernardo, la Franc-Maçonnerie est une « Église invisible fondée sur la raison ». Un lieu où la philosophie s’unit à la conduite morale.
Son insatisfaction envers la raison abstraite l’a conduit à fonder un Ordre initiatique à visée salvatrice. Le concept de « tyran éclairé » évolue vers la figure de l’« Uno-dio », guide absolu de la société future.
Grand Maître du GOI et la rupture de 1993
Initié en 1961, Di Bernardo devient Grand Maître du Grand Orient d’Italie en 1990. Trois ans plus tard, il démissionne en dénonçant une situation « ingouvernable ».
Sa rupture est motivée par la présence d’illégalités dans certaines loges. Son objectif était d’épurer et de refonder l’institution, en l’alignant sur les standards internationaux.
La fondation de la Gran Loggia Regolare d’Italia
En 1993, il fonde la GLRI, avec pour but d’obtenir la reconnaissance de la Maçonnerie anglaise. En six mois, il atteint cet objectif.
La GLRI devient une expérience sociologique : une Maçonnerie transparente et conforme aux règles. Di Bernardo dirige l’Obédience jusqu’en 2002, puis se retire pour fonder un nouvel Ordre.
L’Ordre des Illuminati : une élite dirigeante pour le salut
En 2002 naît l’Ordre des Illuminati. C’est la réponse à la crise de la raison. L’objectif est de former un leadership sélectionné, capable de sauver l’humanité.
Le « tyran éclairé » est une figure de sagesse supérieure. Un pouvoir qui surmonte les inefficacités des systèmes politiques et maçonniques traditionnels.
Philosophie de la Franc-Maçonnerie : une systématisation rationnelle de l’ésotérisme
Di Bernardo a écrit Filosofia della Massoneria, qualifié de « bible des maçons ». L’œuvre est traduite dans de nombreuses langues et constitue une référence internationale.
La Franc-Maçonnerie n’est ni une religion ni du mysticisme. C’est une anthropologie philosophique. Elle étudie l’homme, sa nature et ses finalités.
Critique de la Maçonnerie démocratique et de la P2
Di Bernardo critique la « maçonnerie démocratique », qui élimine l’aspect ésotérique. Pour lui, le secret initiatique est fondamental.
Sur la P2, il affirme qu’elle n’était pas une déviation, mais une loge fonctionnelle au contrôle politique. Selon lui, Gelli agissait pour le compte des États-Unis, afin de contenir le communisme en Italie.
Déviations italiennes et liens avec la criminalité
Di Bernardo dénonce les infiltrations mafieuses dans la Maçonnerie irrégulière. Il parle d’« hybrides connubiums » entre criminalité et institutions.
Il critique la magistrature pour son manque de vision d’ensemble. Il invite à relire le phénomène P2 pour comprendre les dynamiques actuelles.
La guerre entre le GOI et l’État italien
En 2025, Di Bernardo parle d’une « guerre » entre le GOI et l’État. Une tension institutionnelle qui reflète la crise de la transparence et de la légalité.
Sa position est claire : il faut une guide éclairée, en dehors des confins de la Maçonnerie traditionnelle.
Conclusion : l’héritage de Giuliano Di Bernardo
Giuliano Di Bernardo a cherché à appliquer la logique à la réforme de la Franc-Maçonnerie et au salut de l’humanité. Sa carrière est une suite de tentatives de purification institutionnelle.
Du GOI à la GLRI, jusqu’à l’Ordre des Illuminati, il a tenté d’imposer transparence et rationalité. Son héritage est philosophique et initiatique. Une pensée qui invite à réfléchir sur la crise de la raison et sur la nécessité d’une nouvelle forme de pouvoir.
Le mot «sens» est considéré comme un diamant de la langue française par François Cheng parce qu’il permet d’exprimer les trois états de l’être : sensations, directions, explications. Les sensations apparaissent lorsqu’un organe est capable de différencier la présence d’un stimulus particulier, identifié parmi beaucoup d’autres, dans l’environnement interne ou externe. Les sensations sont des phénomènes psychophysiologiques, engendrés par l’excitation de l’organe considéré. L’esprit donne un sens à la réalité, l’environnement, grâce aux sens, qui jouent le rôle de médiums, de capteurs. La conscience de l’environnement à travers les sens s’appelle PERCEPTION. Mais cette réalité puise ses racines à partir de chacun de nous individuellement et indépendamment.
Cependant ces capteurs ne sont pas infinis, pas sans faille et pas exhaustifs pour accéder à l’ensemble de la réalité qui nous entoure. Il est donc courant de porter sur les cinq sens (goût, odorat, ouïe, toucher, vue) des jugements de médiocrité pour la perception du réel ; loin d’être infaillibles ils se révèlent souvent insuffisants, voire trompeurs ; nos perceptions sensorielles sont si rustiques qu’elles nous font perdre le sens des réalités supérieures subtiles qui nous gouvernent. Ne pas se fier à ses yeux, tout ce qu’ils montrent ce sont des limites.
« Les jouissances que procurent les sens sont les matrices des peines à venir »
Krishna
On ne peut nier que les sens ne peuvent nous donner qu’une image infidèle de la réalité. « Saches tout d’abord, que tes sens essaieront de te tromper continuellement afin que tu ne discernes plus rien d’autre que l’état le plus lourd de la matière. Tes yeux ne peuvent rendre visible ce qui est invisible car seul ton Esprit conscient peut percevoir la vraie lumière et le monde véritable qui t’entoure. »
Gœthe ne cessait de se poser la question suivante : n’existe-t-il pas, pour l’âme humaine, une possibilité de se libérer des représentations qui sont le fruit de la perception sensible, et de saisir un monde suprasensible par une pure aperception spirituelle car comme l’écrivait Anatole France ; « les yeux et tous nos sens ne sont que des messagers d’erreurs et des courriers de mensonges. Ils nous abusent plus qu’ils ne nous instruisent » ? « Comprenons que nous n’observons jamais un objet extérieur mais toujours sa représentation symbolique, un objet intérieur purement mental, constitué par un assemblage synthétique de signaux sensoriels, culturels et mémoriels. Il est constamment limité au champ de l’expérience sensorielle par les bornes de nos sens, comme il est limité au champ de la connaissance intellectuelle par les possibilités actuelles de notre cerveau. L’expérience du réel est extrêmement limitée car, au sein du cosmos immense, nous n’avons accès expérimentalement qu’à l’espace intérieur ridiculement réduit de notre propre corps. Nous ne pouvons consciemment explorer qu’une infime fraction de cet infime espace. Tout le champ observable est à l’extérieur, et ce que nous en percevons n’est qu’un reflet léger et déformé » (L’illusion de la connaissance sur le site de Jacques Prévost)
Cependant, les sens sont le lien avec l’expérience, ils en permettent la mémorisation. Les considérations de Saint Thomas d’Aquin illustrent cette remarque : « Il est naturel à l’homme d’atteindre les intelligibilia à travers les sensibilia parce que toute notre connaissance a son origine dans les sens. » L’expérience sensible est le seul prisme à travers lequel nous observons le monde. La question est donc par quoi nos sens perçoivent
Le premier voyage, qui est effectué lors de la réception au 2ème degré du franc-maçon « afin que le Septentrion, l’Orient et le Midi soient les témoins de [la] résolution d’être reçus Compagnons Francs-maçons », permet de découvrir, sur le plateau du Frère Hospitalier, un cartouche sur lequel sont inscrits les noms des cinq sens : Vue, Ouïe, Toucher, Goût, Odorat.
À la fin du premier voyage, le Vénérable Maître commente ce voyage, en expliquant ceci : « Mon F∴ Récipiendaire, ce voyage représente la transformation de l’Apprenti en Compagnon. Apprenti, vous avez appris à tailler la pierre, Compagnon il vous faudra la transformer en un Cube parfait dont le poli et l’élégance sont dignes de l’édifice que la Franc-Maçonnerie est appelée à construire. Mais comment travailler la pierre si on n’en connaît ni la nature ni les aspérités ? Souvenez-vous donc du précepte qui était gravé en lettres d’or sur le fronton du Temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ». Apprenez à bien connaître votre nature profonde pour ne jamais vous mentir à vous-même. En outre, pour être un bon Compagnon, vous devrez désormais développer vos cinq sens, car ils constituent le moyen de contrôle indispensable pour cette recherche, comme ils sont les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur. »
En Franc-maçonnerie, on parle de cinq sens, de cinq ordres d’architecture. Lors du quatrième voyage symbolique de la cérémonie de réception au deuxième degré, il est fait rencontrer cinq Grands Initiés. Le nombre cinq est au cœur du symbolisme de ce degré, comme en témoignent aussi l’âge de cinq ans, les cinq branches de l’Étoile flamboyante, les cinq temps de la Marche de Compagnon, ou encore les cinq coups de la batterie du grade, pour n’en citer que les principaux. Le nombre cinq, symbole d’accomplissement et de complétude, est comme un signe de reconnaissance pour le Compagnon Franc-maçon.
Le premier voyage, celui des cinq sens, parle de chacun des postulants, de son propre regard sur lui-même. Il parle des instruments dont son corps dispose pour appréhender l’univers qui l’entoure et l’intégrer, le ressentir, créer en lui une réminiscence, une sensation. Une interrogation. Il parle de l’ordre intérieur.
Chacun des cinq sens est une faculté que nous possédons de percevoir le milieu extérieur. Mais la perception ne serait rien si elle ne conduisait pas à un ressenti, à une émotion, qui vont entraîner une réaction.
Pour l’initié, l’enjeu est d’introduire un filtre entre la perception et la réaction. Ce filtre, c’est le jugement, le discernement. Chacun parviendra ainsi à développer sa clairvoyance, à acquérir davantage de subtilité.
La vue est probablement le premier sens sollicité.
Paradoxalement, la première fois que l’impétrant été introduit dans le Temple de sa future loge, c’était privé de la vue, les yeux bandés, pour l’épisode du passage sous le bandeau. Privés de la vision, il ou belle a pu se concentrer sur ce qui lui était demandé, mais aussi et surtout sur ce qu’il ou elle répondiez. L’impétrant a recouvré la vue quelques temps plus tard, pour découvrir l’espace inquiétant du cabinet de réflexion, et tenter de comprendre le sens des symboles offerts à son regard. Sa vue a été à nouveau occultée lors de la cérémonie d’initiation, jusqu’au moment où le bandeau lui a été ôté, après que le Premier Surveillant ait répondu au Vénérable Maître qui lui demandait ce qu’il demandait pour vous par cette phrase qui est restée dans la mémoire de beaucoup d’entre-nous : « Que le bandeau lui soit enlevé, qu’il voie et qu’il médite ! ».
C’est à ce moment que vous avez rapidement découvert le Temple, faiblement éclairé par les Étoiles placé sur le Plateau du Vénérable Maitre et des deux Surveillants, et par le Delta au-dessus du siège du Vénérable Maître. Et au centre du Delta, le récipiendaire a aperçu l’œil, qui le ou la regardait. On passe ainsi de l’œil organe de la vision à l’œil organe symbolique.
L’observation conduit à l’action en harmonie avec ce qui se donne à voir. C’est ce qu’écrivait Luca Pacioli : «l’œil est dit, par la sagesse populaire, la première porte par laquelle l’esprit comprend et savoure».
On peut évoquer ici le troisième œil, l’œil intérieur, l’œil de l’âme, une métaphore mystique et ésotérique qui désigne, au-delà des yeux physiques, un troisième regard, celui de la connaissance de soi. Dans certaines traditions orientales, on figure ce troisième œil sur le front, entre les sourcils. C’est aussi l’œil du cœur de la tradition islamique.
Que ce soit la vue qui vous permet de découvrir progressivement l’ensemble des symboles, des outils et des décors de la Loge, ou la vision au sens ésotérique, la vue est donc un sens essentiel à l’enseignement maçonnique.
Dans la comparaison hiérarchique des sens, Michel Serres accorde la victoire à l’ouïe sur la vue : ouïe contre vue, ouille contre œil, Hermès tue Panoptès (voit tout) en l’endormant avec la syruise (la flûte de pan).
L’ouïe est essentielle dans une tradition orale.
En fait, pour l’initié, il ne s’agit pas seulement d’entendre. Il faut véritablement écouter, c’est-à-dire comprendre le sens dont les mots que nous entendons sont porteurs.D’abord entendre, c’est-à-dire capter la vibration sonore. La vibration, c’est le propre de ce qui vit. «Captée par notre oreille, l’onde sonore, qui est une vibration des molécules autour de leur position d’équilibre (ou état de repos) se propageant à la suite de la perturbation du milieu, le plus souvent l’air, mais qui peut aussi être solide ou liquide, met en mouvement le tympan, point de départ de la stimulation de l’oreille et de la perception de l’information sonore». Les sons influencent le psychisme. La cloche d’église, frappée de l’intérieur, qui sonne sol-la de 529 à 890 hz éveille les sens, connecte la communauté, augmente les émotions et équilibre les pensées positives. La cloche de pagode, frappée de l’extérieur, qui sonne ré-mi de 417 à 569hz aide à éliminer le blocage mental, les émotions et tout ce qui est compliqué, elle apaise par ses basses fréquences
Je vous invite à réfléchir à une vibration particulière, à un son particulier, en fait à une parole particulière. Il s’agit ici de la Parole primordiale, de la Parole créatrice, celle qu’évoque Jean dans le Prologue auquel est ouvert le Volume de la Loi Sacrée pour créer, avec le Compas et l’Équerre, l’espace sacré de la Loge. « Au commencement était le Verbe », au commencement était la parole ou le Logos.
Bien sûr, aucun humain ne peut imaginer ce qu’était ce son primordial, ce souffle qui a animé l’Univers, ce son qui serait, en quelque sorte, la voix du Grand Architecte de l’Univers. Mais y penser lors de l’ouverture des travaux, c’est mettre en œuvre notre ouïe, non seulement celle qui permet de suivre le rituel, d’écouter les planches, d’apprécier les passages musicaux choisis par le Maître de Musique, mais aussi l’écoute spirituelle, la perception, tout au fond de nous, de la résonance de cette vibration primordiale.
Le Toucher
Plutarque rapporte aux substances primitives les sens naturels, qui sont également au nombre de cinq(5). La correspondance entre les cinq sens et les cinq éléments (où le toucher est associé à la terre, le goût à l’eau, l’ouïe à l’air, l’odorat au feu, et la vue à l’éther) s’inspire d’Aristote qui associe la vue à l’eau, et le goût (qu’il rapproche du toucher), à la terre. Sous une forme moins systématique, Platon dans le Timée associe également certains sens à des éléments : l’ouïe à l’air, la vision au feu, les odeurs à la fumée ou vapeur (intermédiaire entre l’air et l’eau) ; le toucher (qui concerne le corps tout entier et n’a donc pas d’organe spécifique) est, semble-t-il, associé aux quatre éléments, et le goût est associé à l’eau et aux sucs. Sur l’idée qu’en dernière analyse toute sensation chez Platon est une sorte de toucher, et que la sensation est fondamentalement une opération de mesure.
Le toucher n’est certes pas le sens le plus sollicité en Loge. Mais il est présent dans nos rituels, à dire vrai plus dans les instructions que dans la pratique quotidienne, sous la forme de l’attouchement. Vous connaissez naturellement la séquence « Qu’est ceci ? C’est l’attouchement d’Apprenti Franc-Maçon. Que signifie-t-il ? C’est la demande du Mot Sacré. ».
Le signe de reconnaissance que constitue l’attouchement est un élément traditionnel commun à tous les Rites. La question « A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Franc-Maçon » ? et sa réponse « A mes Signes, Mots et Attouchement. » sont connus de tous les Maçons du monde et permet, symboliquement, de connaître le degré initiatique de son interlocuteur. Vous avez déjà noté que l’attouchement du Deuxième Degré diffère, légèrement il est vrai, de celui du Premier Degré. L’art du toucher requiert de la délicatesse et de la subtilité.
Le Goût trop oublié
Le goût est également présent dans nos rituels : souvenez-vous du verre d’eau brutalement devenu amer lors de l’initiation. Transposé au plan symbolique, le goût serait la faculté d’apprécier la valeur, la justesse, de ce qui nous est proposé.
L’odorat enfin
L’odorat n’est guère sollicité dans les cérémonies aux deux premiers degrés, et nous nous garderons bien de parler ici de ce qui peut en être par la suite. Mais il est facile de relier ce sens à la notion de flair, d’intuition, de discernement, et, ici encore, de subtilité.
Les cinq sens sont l’expression de notre intégrité physique et psychique, au sens de notre capacité à ressentir le monde qui nous entoure. Ils sont aussi, métaphoriquement, le symbole de notre intégrité spirituelle, au sens de notre capacité à comprendre et à évaluer les signaux perçus.
Ce que nos sens peuvent percevoir et capter est essentiel, bien sûr, mais c’est ce que notre esprit en fera qui déterminera notre réaction.
Grâce au discernement apporté par la taille de la pierre/apprenti, le toucher devient délicatesse et tact (Perfectionnez le toucher jusqu’à en faire un tact, alors l’intelligence remontera de vos mains jusqu’à votre cerveau écrit Bergson.), la vue devient vision et intuition, l’ouïe permet l’entendement de la voie intérieure et l’écoute de l’autre, le goût donne l’appréciation des valeurs spirituelles et l’odorat unit l’intelligence au savoir.
Avec un peu de malice, on pourrait y ajouter ce qu’il est convenu d’appeler le sixième sens. Ce sens, qui n’est pas supporté par un organe récepteur particulier, mais qui mobilise notre hémisphère droit tout entier, c’est notre intuition, notre sensibilité.
C’est la clairvoyance, la capacité de communiquer en empathie avec autrui. Un Franc-Maçon accompli ne peut en être totalement dépourvu !
Ce moment suspendu, juste avant le premier geste… Connaissez-vous cette sensation ? Celle où tout est là, à portée de main, vibrant de potentiel, mais où « le monde » attend encore d’être façonné ? C’est l’énergie même du Bateleur, notre arcane numéro 1, celui qui ouvre consciemment la danse mystérieuse des arcanes majeures du Tarot. N’est-il pas fascinant, ce jeune homme debout devant sa table, prêt à jouer avec les éléments de l’univers ?
Confidence d’un Explorateur de Symboles
Me lancer dans cette série pour vous sur 450 FM – explorer chaque semaine un arcane majeur – me replonge directement dans cette vibration du Bateleur. Les outils sont là : trente ans d’amitié avec le Tarot d’Oswald Wirth, quinze années à en scruter les symboles en loge, et l’envie profonde de partager ce voyage. L’ouvrage : « Le Tarot miroir des symboles », dont je tirerai l’essence pour nos rendez-vous hebdomadaires, n’est que le reflet de cette longue quête. Mais comme notre Bateleur, je sais que chaque commencement est un acte d’humilité. L’assurance figée est l’ennemie de la création ; il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, accepter de ne pas tout savoir pour rester ouvert à la nouveauté. Cette table à trois pieds, ne nous rappelle-t-elle pas les trois Lumières guidant l’Apprenti ? Lui aussi se tient devant sa pierre brute, prêt à tailler, à transformer, à créer…Ainsi, je me propose de vous emmener, semaine après semaine, pas à pas, sur le chemin fascinant de la connaissance du Tarot selon Oswald Wirth – mais pas que… Au fil d’au moins 22 articles, nous explorerons ensemble les mystères du tarot.
Prêts pour le voyage ?
Le Bateleur, selon Oswald Wirth – Tarot 1889 Paris
Le Bateleur : Illusionniste Habile ou Mage en Éveil ?
Qui est-il vraiment, ce premier acteur sur la scène numérotée du Tarot ? Un simple saltimbanque, héritier des « bastels » médiévaux qui maniaient bâtons et gobelets sur les places publiques ? Un jeune initié découvrant ses pouvoirs, encore maladroit mais déjà audacieux ? Ou porte-t-il déjà en lui la sagesse du mage, nous invitant, par son jeu d’apparences, à chercher la réalité cachée ? Sa posture est assurée, son regard direct, presque provocateur. Et pourtant, tout dans cette carte vibre d’une énergie printanière, celle du potentiel qui s’éveille mais n’a pas encore pleinement fleuri.
Sous le Chapeau de l’Infini : Quelques Clés Symboliques
La richesse du Bateleur est vertigineuse. Laissons quelques symboles nous parler
Le Premier Souffle Conscient : Numéro 1, il est le point de départ actif du grand voyage symbolique. Il succède, dans une roue sans fin, à l’errance libre et non-directionnelle du Fou (0 ou 22), marquant l’instant où l’énergie brute commence à se focaliser, où l’instinct cède la place à l’intention. Il précède La Papesse (II), dont le silence intérieur contrastera avec son exubérance créatrice.
Le Bateleur est cette affirmation primordiale : « Je suis ici, prêt à agir ».
La Vibration d’Aleph (א) : C’est la qualité d’Oswald Wirth qui, en s’inspirant de Court de Gebelin, a mis en évidence le rapport entre arcanes et alphabet hébraïque. La première lettre hébraïque lui est associée, et ce n’est pas un hasard. Aleph, le Bœuf, symbolise la force primordiale, l’unité avant la division, le souffle vital silencieux. Regardez attentivement : sa posture, ce bras levé vers le ciel, l’autre pointant vers le denier, la ligne de la table…
Ne voyez-vous pas comme une esquisse de cette lettre sacrée en superposition ? Comme si l’image elle-même portait la vibration de ce commencement absolu.
Le Bateleur, comme toutes les cartes du Tarot, superpose image, lettre hébraïque (ici (א)) et sens.
La Couronne du Potentiel (Kether) : Étonnamment, ce débutant touche au sommet de l’Arbre de Vie kabbalistique. Kether, la Couronne, est la source pure, l’étincelle divine d’où tout émane. Comment l’apprenti peut-il déjà être relié à la source ? Peut-être parce que cet arcane nous rappelle que tout commencement contient en puissance la totalité du chemin, que l’étincelle initiale porte déjà en elle la promesse de l’accomplissement final. Sa table à trois pieds, fragile mais essentielle, évoque les piliers alchimiques (soufre, sel, mercure) mais aussi, pour nous Maçons, les trois piliers Sagesse, Force et Beauté qui soutiennent le Temple. Le Bateleur, lui, debout et stable, devient ce quatrième pilier qui ancre l’esprit dans la matière naissante.
Le Héros Prend ses Outils : Si l’on tisse le lien avec les archétypes narratifs de Propp, Le Fou est le héros potentiel, encore inconscient. Le Bateleur est le Héros qui s’éveille, qui prend conscience de sa mission et découvre ses outils. Sur sa table reposent les symboles des quatre éléments : le denier (Terre), l’épée (Air), la coupe (Eau) et le bâton (Feu). Il apprend qu’il peut – et doit – agir sur le monde, jongler avec ces forces pour créer sa propre réalité.
Le Miroir du Fou : Dans le jeu des correspondances transversales, où les arcanes se répondent par paires, Le Bateleur (I), incarnation de la conscience agissante, fait directement face au Fou (0), symbole de l’inconscience libre et du potentiel pur. C’est le couple fondamental du Tarot : l’être qui sait qu’il agit face à celui qui est pure possibilité. Une tension dynamique qui réside au cœur de chacun de nous, entre intention et abandon.
Les correspondances transversales des cartes du Tarot
La Palette du Possible : Ses couleurs chantent la vie ! Le rouge vif de son vêtement pulse d’action, d’énergie, d’ancrage dans le désir de faire. Le jaune lumineux de ses manches est la clarté de l’intellect qui s’éveille, la première lueur de la compréhension. Son bâton (bleu dans la version Wirth originale, symbolisant le lien au spirituel) capte les énergies d’en haut. Le vert de la table et du sol l’enracine dans le monde tangible, le monde de la croissance naturelle. Et au milieu de tout cela, entre ses pieds, cette délicate rose rouge : elle est la promesse de la beauté à venir, la sagesse qui fleurira, mais ses épines nous rappellent subtilement que le chemin de la création et de l’initiation demande de savoir composer avec les difficultés, de transformer les obstacles en force.
L’Archétype du Commencement Conscient
Le Bateleur est l’archétype de l’éternel apprenti qui sommeille en nous. Il incarne cet élan vital qui nous pousse à explorer, à expérimenter, à créer au seuil de toute nouvelle entreprise, de toute nouvelle initiation. Son chapeau en forme de lemniscate (∞) n’est pas qu’un simple ornement : c’est le symbole des possibilités infinies qui s’ouvrent lorsque nous osons faire ce premier pas conscient. Il nous invite à jongler avec les éléments de notre vie, à relier le Ciel et la Terre par nos actions, à transformer le potentiel en réalité. Mais il nous murmure aussi, avec un clin d’œil, de ne jamais perdre cette curiosité première, cette humilité face au mystère du monde. Ce que nous avons effleuré ici n’est qu’un avant-goût des richesses que recèle cet arcane. Les liens profonds avec l’alchimie, la Kabbale, la structure narrative des contes et la Franc-Maçonnerie offrent des clés pour décrypter cette « bible symbolique », nous invitant à faire parler les symboles pour qu’ils nous parlent de nous-mêmes. Si l’étincelle du Bateleur a allumé votre curiosité, alors notre proposition commune commence sous les meilleurs auspices ! Rendez-vous la semaine prochaine pour explorer un nouvel arcane, La Papesse en l’occurrence.
Quelle voie choisir avec le Tarot ? Une Aparté Nécessaire
Avant de nous quitter, permettez-moi cette réflexion sur notre approche du Tarot au fil de ces articles. Beaucoup l’abordent comme un outil divinatoire, cherchant à prédire l’avenir, à voir en lui l’assurance de la maîtrise de son destin. Si cette facette existe, son pouvoir le plus profond réside, selon moi, ailleurs. Le Tarot est avant tout un formidable miroir des archétypes universels qui sommeillent dans notre inconscient collectif, un concept exploré par Carl Gustav Jung. Chaque lame nous parle de ces forces intemporelles qui nous animent. Ma démarche personnelle, celle que je développe dans « Le Tarot miroir des symboles », va plus loin : je le vois comme un guide au long court, un véritable scénario initiatique à suivre. En le rapprochant de la « Morphologie du conte » de Vladimir Propp, j’ai découvert comment le Tarot raconte, à sa manière, l’histoire universelle de la quête du héros – notre propre quête. Appliquer cette grille narrative des contes aux arcanes, dans leur enchaînement, est une voie d’exploration inédite que je suis heureux de partager ici. C’est sous cet angle, celui du symbole vivant et du récit de transformation, que nous continuerons notre voyage.
D’ici là, observez autour de vous : où se manifeste l’énergie du Bateleur dans votre vie ? Pour faire 1000 kilomètres il faut commencer par faire un pas (ou 3 …) – disait le Bateleur…
Pour faire 1000 kilomètres il faut commencer par faire un pas (ou 3 …) disait le Bateleur …
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