Le Grand Orient de Suisse tiendra son Convent annuel le samedi 8 novembre 2025 à Genève. Cet événement, hautement symbolique et réservé aux initiés, constitue le moment phare de l’année maçonnique pour l’obédience.
Comme le veut la tradition, la journée débutera par l’Assemblée Générale du Grand Orient de Suisse, un temps fort réservé exclusivement à ses membres. Ce moment institutionnel est l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée, de définir les perspectives à venir et, cette année, de procéder à l’élection du nouveau Grand Maître.
Cette édition 2025 du Convent marque une étape importante dans la vie de l’obédience : la fin du mandat de Christophe Ravel, Grand Maître du Grand Orient de Suisse depuis 2022. Il ne s’agira pas simplement du bilan d’une année écoulée, mais bien de trois années d’engagement, d’actions et de service au bénéfice de l’obédience.
Nous aurons, sans doute, l’occasion de revenir après le Convent sur l’ensemble des actions menées sous son impulsion. Mais déjà, ce moment solennel sera aussi tourné vers l’avenir : le nouveau Grand Maître ne partira pas de zéro, il s’inscrira dans la continuité d’un héritage, en tant que futur maillon d’une chaîne ininterrompue.
Il lui appartiendra, avec l’appui de ses frères, de porter à son tour les impulsions nécessaires, d’innover, de s’adapter, et de relever les défis de notre temps, dans le respect des valeurs fondatrices de notre ordre.
Ce changement à la tête de l’obédience s’accompagnera également d’un renouvellement du Conseil de l’Ordre. Si certains membres poursuivent leur mandat, d’autres frères entreront pour la première fois dans cette instance de gouvernance. C’est ainsi que la dynamique démocratique et fraternelle du Grand Orient de Suisse se perpétue, par le renouvellement et la transmission.
L’après-midi sera placé sous le signe de l’ouverture et de la fraternité universelle, avec l’accueil des délégations venues du monde entier. Ce Convent 2025, empreint de solennité et de chaleur humaine, sera l’occasion de renforcer les liens internationaux et de célébrer la vitalité de la Maçonnerie libérale et adogmatique.
Ce Convent sera aussi l’occasion de célébrer l’engagement, la sagesse, la force et la beauté des actions menées, mais surtout de réaffirmer la vocation du Grand Orient de Suisse : œuvrer ensemble pour le progrès de l’humanité, dans l’esprit de la tradition maçonnique universelle.
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En Franc-maçonnerie, le pardon est souvent évoqué comme un idéal de fraternité, une vertu permettant de surmonter les conflits et de renforcer l’harmonie au sein de la loge. Pourtant, en s’inspirant de la pensée de Baruch Spinoza, telle qu’exposée dans une récente vidéo pédagogique sur L’Éthique (partie IV, proposition 54), on peut se demander si le pardon, tel qu’il est traditionnellement conçu dans la pensée chrétienne, n’est pas une illusion, voire un mensonge, qui entrave la quête maçonnique de vérité et de perfectionnement.
Examinons pourquoi, selon une perspective spinoziste, le pardon pourrait être incompatible avec les principes fondamentaux de la Franc-maçonnerie.
Le pardon : une entrave à la raison
Dans L’Éthique, Spinoza affirme que :
« le repentir n’est point une vertu, ou ne naît point de la raison ; mais qui se repent de ce qu’il a fait est deux fois malheureux, ou, ce qui est la même chose, impuissant ».
Cette idée, expliquée dans la vidéo, suggère que le pardon, qu’il soit demandé ou accordé, repose sur une conception erronée de la liberté humaine. Spinoza rejette l’idée d’un libre arbitre absolu : nos actes sont déterminés par des chaînes de causes et d’affects. Se repentir ou exiger un pardon revient à s’enfermer dans un cycle de tristesse et de culpabilité, des affects passifs qui diminuent notre puissance d’agir.
Tailleur de Pierres
En Franc-maçonnerie, où la recherche de la vérité et l’amélioration de soi par la raison sont centrales, cette critique résonne profondément. Le maçon est invité à « tailler sa pierre brute », c’est-à-dire à travailler sur ses passions pour atteindre une compréhension plus lucide du monde et de lui-même. Le pardon traditionnel, qui repose sur la culpabilité ou la pitié, risque de détourner cet effort. Par exemple, un conflit en loge – une parole maladroite ou une offense – pourrait être abordé par une demande de pardon. Mais, comme l’explique Spinoza, cela ne résout rien :
Le repentir amplifie la tristesse, et le pardon accordé peut n’être qu’une façade, un acte de condescendance qui maintient une hiérarchie émotionnelle entre le « coupable » et le « juge ».
Une illusion qui freine l’harmonie maçonnique
La Franc-maçonnerie prône l’égalité fraternelle et l’union des cœurs dans la quête d’un idéal commun. Pourtant, le pardon classique, tel que décrit dans la vidéo, peut être une illusion qui perturbe cette harmonie. Lorsqu’un frère demande pardon, il se place dans une position d’infériorité, renforçant l’idée d’une faute librement choisie – une fiction selon Spinoza, car nos actions sont toujours déterminées par des causes extérieures et intérieures. De même, accorder le pardon peut sembler généreux, mais Spinoza y voit une forme de pitié, un affect passif qui ne libère ni le donneur ni le receveur.
Ce rituel maintient les parties dans une dynamique de pouvoir, incompatible avec l’idéal maçonnique d’égalité et de compréhension mutuelle.
Imaginons un maçon qui, lors d’un débat en loge, offense un frère par une critique trop vive. La réponse traditionnelle serait une demande de pardon pour apaiser le conflit. Mais Spinoza propose une alternative : comprendre les causes de l’offense – les passions, les malentendus, les idées inadéquates – et agir pour transformer cet affect négatif en une dynamique positive. En loge, cela pourrait se traduire par une discussion ouverte, où l’on analyse l’incident sans jugement moral, pour en tirer une leçon collective. Le pardon, en comparaison, apparaît comme un mensonge : il prétend effacer la faute sans en traiter la cause, laissant les tensions sous-jacentes intactes.
Une alternative spinoziste : la générosité et la joie
Spinoza
Spinoza, comme l’explique la vidéo, propose de remplacer le pardon par des affects actifs : la générosité et la joie. En Franc-maçonnerie, ces notions résonnent avec l’idée de travailler à l’édification du temple intérieur et collectif. Plutôt que de s’enliser dans la culpabilité ou la pitié, le maçon peut adopter une approche rationnelle : comprendre pourquoi un conflit a émergé et agir pour le transformer en une opportunité de croissance. Si un frère offense un autre, il ne s’agit pas de demander pardon, mais de réparer par des actes concrets – une écoute sincère, une proposition d’amélioration, un engagement à mieux comprendre l’autre. Cette démarche augmente la « puissance d’agir » de chacun, un concept clé chez Spinoza, et renforce la fraternité maçonnique par la raison plutôt que par des rituels émotionnels.
Deux hommes dans la dispute
La vidéo illustre cela avec un exemple profane : un couple qui, au lieu de s’enfermer dans le cycle du pardon, choisit de comprendre les causes de leurs actions pour avancer ensemble. En loge, ce principe s’applique encore plus fortement. La franc-maçonnerie, en tant que voie initiatique, valorise la transformation intérieure par la connaissance de soi et des autres. Le pardon, en s’appuyant sur une vision moralisante du bien et du mal, est un obstacle à cette transformation. Comme Spinoza le souligne, la vertu naît de la raison, pas du regret.
Le pardon : un mensonge face à la vérité maçonnique
Enfin, le pardon peut être vu comme un mensonge dans le contexte maçonnique, car il contredit l’engagement de chercher la vérité. En Franc-maçonnerie, la vérité n’est pas un dogme, mais un processus de dévoilement progressif, obtenu par le travail symbolique et la réflexion. Or, le pardon traditionnel obscurcit ce processus : il prétend résoudre les conflits par un acte symbolique, sans exiger la compréhension profonde des causes. Spinoza nous enseigne que la vérité réside dans la connaissance des déterminismes qui régissent nos actes. En loge, cela signifie reconnaître que les erreurs ou les offenses ne sont pas des fautes absolues, mais des manifestations de nos limites humaines, qu’il faut dépasser par l’intellect et l’action.
Ainsi, le maçon spinoziste ne pardonne pas : il comprend, il agit, il transforme. Si un frère manque à la fraternité, l’idéal n’est pas de lui accorder un pardon qui le maintient dans la culpabilité, mais de l’accompagner dans une réflexion sur les causes de son acte, pour qu’il devienne plus libre et plus fort. Ce processus, loin d’être une illusion ou un mensonge, est au cœur de l’initiation maçonnique : construire, ensemble, un édifice plus solide par la raison et la joie.
Vers une Franc-maçonnerie sans pardon ?
En conclusion, la pensée de Spinoza, telle que décryptée dans la vidéo, invite les Francs-maçons à repenser le pardon. Loin d’être une vertu, il est une illusion qui entretient la tristesse et un mensonge qui masque la vérité. En loge, où l’on cherche à dépasser les passions pour atteindre la lumière, le pardon classique n’a pas sa place.
À sa place, Spinoza propose la générosité, la compréhension et l’action rationnelle – des valeurs qui résonnent avec l’idéal maçonnique d’une fraternité éclairée. Comme le dit Spinoza :
« qui se repent de ce qu’il a fait est doublement malheureux ». Le maçon, lui, choisit la joie active, celle qui unit et élève, sans jamais se mentir.
La Franc-maçonnerie portugaise, pilier discret de la société civile depuis des siècles, traverse une tempête interne qui pourrait redessiner ses contours pour les décennies à venir. Au cœur de cette tourmente : l’admission des femmes au sein du Grande Oriente Lusitano (GOL), l’obédience maçonnique la plus influente du pays, comptant environ 2 400 membres répartis dans 103 loges. Ce qui semblait être une évolution moderne vers plus d’inclusivité s’est transformé en une crise profonde, avec déjà une quarantaine de départs et des loges entières au bord de la scission.
Selon un article récent de CNN Portugal (en partenariat avec TVI et SOL), publié le 26 septembre 2025, cette controverse n’est pas seulement une querelle interne : elle interroge les fondements traditionnels de la franc-maçonnerie, son rôle sociopolitique et sa capacité à s’adapter à une société en mutation. Dans cet article exhaustif, nous explorerons les racines historiques de ce débat, le déroulement de la crise, les voix qui s’affrontent, et les implications futures pour la maçonnerie lusitanienne. Une saga qui, au-delà des tabliers et des compas, révèle les fractures d’une institution millénaire face au progrès.
Contexte historique : une tradition masculine ancrée dans l’histoire portugaise
Pour comprendre l’ampleur de cette crise, il faut remonter aux origines de la franc-maçonnerie au Portugal. Introduite au XVIIIe siècle sous l’influence britannique, elle s’est rapidement imposée comme un espace de réflexion libérale, progressiste et anticléricale, souvent en opposition au pouvoir absolutiste et à l’Église catholique. Le Grande Oriente Lusitano, fondé en 1802, est devenu le fer de lance de cette tradition, jouant un rôle clé dans les révolutions libérales de 1820 et 1910, ainsi que dans l’avènement de la République en 1910. Pendant des décennies, il a incarné un réseau d’intellectuels, de politiciens et d’hommes d’affaires – tous masculins – œuvrant pour la laïcité, l’éducation et les réformes sociales.
Les femmes, en revanche, ont longtemps été exclues, confinées à des obédiences mixtes ou féminines marginales, comme le Droit Humain ou des loges indépendantes. Cette ségrégation n’était pas un hasard : elle reflétait les normes sociétales patriarcales du Portugal, marqué par le salazarisme (1933-1974) qui réprimait toute dissidence, y compris maçonnique. Après la Révolution des Œillets en 1974, la maçonnerie renaît de ses cendres, mais l’intégration féminine reste un tabou. Ce n’est qu’au XXIe siècle, avec l’évolution des mœurs – égalité des genres inscrite dans la Constitution de 1976, et une société portugaise de plus en plus sécularisée – que des voix internes commencent à militer pour l’ouverture. Le GOL, sous des grands maîtres successifs, hésite : des rapports internes soulignent déjà en 2010 l’urgence d’une modernisation pour éviter l’obsolescence. Pourtant, c’est sous la mandature de Fernando Cabecinha, élu en 2022, que le pas décisif est franchi, transformant un débat latent en crise ouverte.
Déclenchement de la crise : du rapport consultatif au décret d’août
Fernando Cabecinha
La genèse de l’affaire remonte à début 2025, lorsque Fernando Cabecinha, grand maître du GOL, mandate un groupe de travail pour sonder l’opinion des membres sur l’initiation des femmes. À la tête de cette commission : le juge Eurico Reis, figure respectée de la justice portugaise, assisté d’autres maçons progressistes. Leur rapport, rendu public en mai, conclut à une majorité favorable (environ 60 % des sondés, selon des sources internes), arguant que l’exclusion des femmes contredit les principes maçonniques d’égalité et de fraternité universelle. Ce document devient le catalyseur : le 31 mai 2025, le parlement maçonnique du GOL – la Dieta – approuve une révision constitutionnelle autorisant l’initiation féminine. La promulgation suit le 21 juin, marquant un tournant historique.
Fernando Cabecinha
Mais la crise explose vraiment en août, lorsque Cabecinha, pressé d’agir avant la fin de l’année maçonnique, émet un décret provisoire instaurant des règles d’application immédiate. Ce texte, contournant l’approbation d’un règlement général (qui aurait pu prendre des mois), stipule qu’une loge peut initier des femmes sur proposition écrite signée par au moins sept membres actifs, et approuvée à la majorité simple. Immédiatement, au moins deux loges – dont la Loja Delta à Lisbonne – déposent des candidatures pour des initiations féminines dès l’automne. Cette accélération provoque un tollé : des loges traditionalistes accusent Cabecinha de « coup d’État » interne, arguant que le décret viole les procédures démocratiques du GOL. La goutte d’eau ? L’annonce d’une première initiation prévue pour octobre, coïncidant avec les élections municipales portugaises du 12 octobre, où la maçonnerie exerce une influence discrète sur les réseaux politiques.
Les événements clés : départs massifs et loges au bord du gouffre
La crise prend une tournure concrète dès juillet, avec les premières désertions. La plus spectaculaire est celle de la Loja União Portucalense, à Vila Nova de Gaia, près de Porto. Ce 24 juillet, 40 membres – sur un total de 50 – décident collectivement de quitter le GOL, menés par Eurico Castro Alves, médecin et ancien coordinateur du Plan National de Santé d’Urgence. Dans les procès-verbaux de la réunion, expédiés à la direction du GOL, ils invoquent explicitement leur « opposition irréconciliable à l’admission des femmes », qu’ils jugent incompatible avec « l’essence traditionnelle de la maçonnerie spéculative ». Leur départ, formalisé par une demande de dissolution de la loge, crée un précédent : c’est la plus grande scission en une décennie.
D’autres loges suivent le mouvement. À Cascais, la Loja Estado da Arte – autrefois dirigée par Salvato Teles de Menezes, fondateur de la Fundação D. Luís I et pilier culturel du GOL – tient une assemblée extraordinaire fin août. Une majorité y vote une motion de défiance, et une partie des membres envisage de rejoindre une obédience rivale.
Réunion
Dans l’Algarve, sur les six loges affiliées au GOL, l’une d’elles (non nommée dans l’article) organise un vote similaire, avec des rumeurs de 20 à 30 départs potentiels. Au total, des sources anonymes estiment que 100 à 150 maçons pourraient avoir quitté ou être sur le point de le faire d’ici fin septembre. Ces mouvements ne sont pas anodins : ils privent le GOL de cotisations (environ 200 euros par an par membre) et de son réseau influent dans les milieux professionnels et politiques du Nord et du Sud du pays.
Parallèlement, les partisans de l’ouverture avancent : des profils de candidates émergent – des intellectuelles, des juristes et des entrepreneuses – et des ateliers mixtes préparatoires sont organisés en septembre. Mais la tension culmine lors d’une réunion du conseil du GOL le 15 septembre, où des représentants traditionalistes menacent de saisir la justice interne pour « illégalité » du décret de Cabecinha.
Voix et figures centrales : un chœur de discords
Au centre de la tempête trône Fernando Cabecinha, grand maître charismatique et réformateur, élu sur un programme de « modernisation urgente ». Dans des interviews privées rapportées par CNN Portugal, il défend son choix :
« La maçonnerie doit évoluer ou périr. Exclure la moitié de l’humanité contredit notre idéal de lumière universelle. »
Eurico Reis
Soutenu par Eurico Reis, qui argue dans son rapport que « l’égalité est un pilier maçonnique depuis les Lumières », Cabecinha mise sur une génération jeune (moins de 40 ans) plus ouverte, représentant 20 % des membres.
De l’autre côté, les dissidents s’expriment avec virulence. Eurico Castro Alves, leader de la União Portucalense, déclare : « Nous respectons les femmes, mais la maçonnerie masculine est un rite ancestral qui perdrait son sens avec cette intrusion. » Salvato Teles de Menezes, intellectuel et historien, ajoute une dimension culturelle :
« C’est une attaque contre notre héritage portugais, forgé dans la discrétion et l’exclusivité. »
Des figures anonymes, comme un vénérable de loge algarvoise, confient : « Beaucoup partent vers la Grande Loja Legal de Portugal (GLLP), qui reste fidèle à la tradition. » La GLLP, obédience rivale comptant 3 884 membres dans 180 loges et historiquement plus conservatrice (liée au PSD, centre-droit), dément toute « absorption » organisée, mais des sources indiquent des contacts informels.
Les femmes pionnières, encore discrètes, émergent timidement. Une candidate anonyme, juriste de 45 ans, témoigne :
« Ce n’est pas une revanche, mais une quête de savoir partagée. »
Leur intégration pose toutefois des défis : les statuts prévoient au moins cinq ans avant qu’une femme puisse viser le poste de grand maître, et deux ans pour présider la Dieta.
Débats et divisions : tradition contre modernité
l’art de non-communiquer
Le cœur du débat oppose deux visions irréconciliables. Les traditionalistes invoquent la « pureté rituelle » : les symboles maçonniques (équerre, compas, Hiram Abiff) sont, selon eux, genrés et adaptés à une initiation masculine, inspirée des guildes opératives médiévales. Admettre des femmes, disent-ils, diluerait l’énergie virile nécessaire à la « tailler de la pierre brute ». Ils citent des précédents : en France ou en Angleterre, les obédiences mixtes peinent à rivaliser en influence avec les « pures masculines ».
Maria Deraismes
Les progressistes, eux, s’appuient sur l’universalisme maçonnique : « Fraternité » implique tous les genres, et l’exclusion est un vestige colonial. Cabecinha renvoie à des modèles comme le Droit Humain (fondé en 1893 par Maria Deraismes), florissant au Portugal avec des milliers de membres mixtes. Statistiquement, le GOL stagne depuis 2010 (perte de 10 % des effectifs), tandis que les obédiences ouvertes croissent de 15 %. La crise révèle aussi des clivages générationnels et régionaux : le Nord (Porto, Braga) est plus conservateur, influencé par le catholicisme résiduel, tandis que Lisbonne et l’Algarve penchent pour le changement.
Au-delà, cette affaire interroge le rôle sociétal de la maçonnerie : avec les municipales d’octobre, le GOL craint une perte d’influence sur les candidats libéraux (PS, Livre), alors que la GLLP pourrait en profiter pour s’imposer comme « gardienne de la tradition ».
Implications et perspectives : vers une maçonnerie fragmentée ?
Temple du Grande Oriente Lusitano (GOL)
Les enjeux de cette crise dépassent les loges. Financièrement, les départs pourraient coûter au GOL 20 000 à 30 000 euros annuels en cotisations perdues, aggravant un budget déjà tendu par la pandémie. Politiquement, elle affaiblit le réseau maçonnique dans un Portugal post-pandémie, où la corruption et la polarisation (élections législatives de 2026 en vue) exigent une voix unie. Socialement, elle symbolise le Portugal moderne : un pays classé 7e au monde pour l’égalité des genres (Indice 2024), mais encore marqué par des conservatismes culturels.
À court terme, la nouvelle année maçonnique (inaugurée le 1er octobre au Hotel Corinthia) sera décisive : une première initiation pourrait sceller l’unité ou accélérer les scissions. À long terme, des experts comme l’historien maçonnique António Ventura prédisent une « bifurcation » : un GOL modernisé, plus petit mais dynamique, face à une nébuleuse traditionaliste absorbée par la GLLP. Des réformes internes – comme un moratoire sur les initiations – sont évoquées, mais Cabecinha semble inflexible.
Une renaissance nécessaire ou un suicide traditionnel ?
L’entrée des femmes en franc-maçonnerie portugaise n’est pas qu’une crise : c’est un miroir tendu à une institution qui a survécu à des dictatures et des interdictions, mais qui peine aujourd’hui face à son propre conservatisme. Comme le résume Eurico Reis :
« La lumière maçonnique doit éclairer tous, ou elle s’éteint. »
Pour les traditionalistes, c’est une trahison ; pour les réformateurs, une renaissance. Dans un Portugal en pleine mutation – avec des débats sur l’avortement, le mariage pour tous et l’égalité salariale –, cette affaire pourrait catalyser un renouveau ou une implosion. Une chose est sûre : la maçonnerie lusitanienne ne sera plus jamais la même. Reste à savoir si cette crise la rendra plus forte, ou la divisera à jamais.
La Franc-maçonnerie semble avoir toujours pour ambition d’améliorer l’homme et la société. Parmi les questions soumises à l’étude des loges par le Grand Orient de France, on trouve cette année : « dans un monde en crise, comment le maçon peut-il agir dans la société ? »
Toute une branche de la Franc-maçonnerie pense que pour améliorer la société il faut s’améliorer soi-même et que par contrecoup, la société s’en trouvera améliorée. Une autre branche est convaincue que ça ne suffit pas, que les Francs-maçons doivent entrer dans le dur et agir directement sur la société. Il ne s’agit pas de choisir entre l’une ou l’autre option, mais de voir qu’elles convergent dans leurs objectif… et de constater, dans les deux cas, que cette action ne semble particulièrement efficace.
Les humains -en tant qu’humains- sont-ils en train de s’améliorer ? Rien n’est moins sûr. La société humaine est-elle en train de progresser en direction de l’idéal maçonnique ? Encore bien moins. D’où l’intérêt de s’interroger sur la manière dont on s’y prend. Est-ce que nos méthodes traditionnelles sont encore efficaces? Adaptées au monde d’aujourd’hui?
Bien entendu on va commencer par critiquer la question, c’est un véritable sport national, on aurait tort de s’en priver. « Dans un monde en crise », on ne peut pas faire plus tarte-à-la-crème comme manière de poser le contexte. Tout est toujours en crise, “en perpétuel changement”, “en mutation”, “face aux défis de ceci-cela”, une telle formule sert produire deds évidences, c’est un peu une machine à courber les bananes. La suite est plus intéressante : « comment le maçon peut-il agir dans la société ? » Bonne question. A condition de commencer par se demander : pour quoi faire ?
On va passer en revue les solutions qui sont déjà connues, puis dans un second temps celles qui ne le sont pas, pour la bonne raison qu’elles n’existent pas encore.
La solidarité
Pratique très recommandée dans la franc-maçonnerie de tradition anglo-saxonne, la charité, on l’appelle aussi : la solidarité. Elle s’exerce ouvertement en Amérique et dans les îles britanniques, beaucoup plus massivement que sur le continent, notamment pour des raisons historiques qui font que l’activité maçonnique n’y a jamais été secrète. Chez nous, elle n’est pas seulement discrète, elle apparaît aussi comme bien modeste. Toutes les actions de solidarité internes et externes au GODF représentent environ 1M€ par an, pour un budget global de l’obédience qui frise les 10 M€, (déficit compris). L’essentiel des ressources est donc consommé dans le fonctionnement et pas dans la solidarité. C’est le même rapport qu’on trouve dans l’efficacité énergétique des véhicules. Une voiture individuelle pèse en moyenne 1 200 kgs, elle transporte dans 85% des cas une seule personne, un homme d’un poids moyen de 75 kgs. L’essentiel du pétrole qu’elle brûle (94%) sert donc à déplacer sa propre carcasse et non pas à transporter le passager. Pourrait-on y changer quelque chose et faire que davantage de ressources maçonniques soient mobilisées pour la solidarité ? Sans doute, mais aucune obédience n’est prête à un tel chamboule-tout.
Le monde associatif
Deuxième domaine dans lequel on trouve beaucoup de Francs-maçons : celui des associations. (On pourrait citer aussi les syndicats et les partis politiques, mais on préfère éviter, certains lecteurs ayant la peau sensible) Contribuent-elles à améliorer la société ? Certainement, comme les actions de solidarité mentionnées plus haut et beaucoup plus encore parce qu’elles sont partagées avec l’ensemble de la population. Mais visent-elles à réellement améliorer la société ou à simplement poser des rustines sur ce qui va mal ?
Les Francs maçons ont mille fois raison de s’engager dans ces deux voies là qui leur sont traditionnelles. La question est de savoir si elles sont à la hauteur de leurs ambitions. Et si elles ne le sont pas, existe-t-il d’autres voies à explorer ? Mais tout d’abord on commencera par se demander dans quelle direction aller, vers quel but, vers quelle finalité ? On en a identifié trois, particulièrement maçonniques : la solidarité (parce qu’elle va avec l’humanisme ), la République (parce qu’elle est un projet maçonnique toujours en chantier) et la transformation écologique (parce qu’elle représente le grand défi de notre temps). Dans ces trois domaines on pourrait par exemple :
Former des fraternelles opératives. Les fraternelles ont mauvaise presse, parce qu’elles virent souvent à l’affairisme. Pourtant, certaines rendent parfois de grands services. Par exemple, les fraternelles parlementaires ont permis de trouver des accords au-delà des clivages politiques, pour voter des lois qui ont transformé en profondeur la société. On peut regretter qu’en période de crise politique elles ne permettent pas de dépasser les blocages. Imaginons des fraternelles bâties sur un nouveau principe. Au lieu de réunir des frères et sœurs de même métier, elles les rassembleraient autour d’un même projet, la transformation écologique, par exemple, avec des ingénieurs, des entrepreneurs, des financiers, des représentants élus, des associations, des experts, etc… qui tous chercheraient les moyens d’être plus efficaces ensemble, d’avancer mieux et plus vite, parce qu’ils partagent les mêmes valeurs.
Ouvrir des chantiers maçonniques. C’est bien joli de soutenir les projets des autres, discrètement, pour ne pas déranger. Mais on attend quoi pour initier des projets de francs-maçons ? Les ONG le font. Elles ne se dispersent pas, elles ne saupoudrent pas leurs ressources. Elles identifient des thématiques qui leur sont propres et elles poussent des projets dans ces directions. Au-delà des différences entre les obédiences, il y a des chantiers que nous pourrions ouvrir ensemble. Dans le domaine de la transformation écologique : des éco-villages, des coopératives. Pour servir la République : projets citoyens, éducation populaire…Solidarité : habitats intergénérationnel, collectifs d’habitants…
D’une manière générale, il faut trouver les moyens d’articuler l’intérieur et l’extérieur. Une des raisons de la perte d’efficacité de la franc-maçonnerie est qu’elle fonctionne comme un écosystème fermé. L’essentiel des échanges se passe à l’intérieur. Rien ne sort, ou si peu. Au XVIIIè siècle, elle avait la force de réunir des classes sociales qui ne se mélangeaient pas et d’essaimer par elle à travers toute la société, dans l’Ancien Régime, c’était une société cloisonnée, immuable. Mais nous vivons dans des sociétés en réseau, ouvertes, communicantes, et par un drôle de retournement, c’est elle la franc-maçonnerie, qui apparaît maintenant comme cloisonnée, comme un empilement de boîtes hermétiques, une réunion Tupperware. A chacun sa boîte, soit on est dedans, soit on est dehors, mais on n’articule pas le dedans et le dehors. “Donnez-moi un levier et je soulèverai le monde”, disait Archimède. Où sont les leviers d’action des francs maçons ? En voici deux :
Des conférences de dialogue.
Nos communications vers l’extérieur sont souvent ex-cathedra. Nous invitons des gens à venir chez nous pour nous écouter, mais est-on sûr qu’ils ont envie de nous entendre ? Alors que nous n’avons jamais noué le dialogue avec eux? Peut-être faudrait-il commencer par là…. On organiserait des rencontres avec des acteurs de terrain, des experts, des témoins, et on essayerait d’abord de comprendre ce qu’ils sont à dire. Ensuite on leur ferait part de nos propres réflexions pour leur demander ce qu’ils en pensent. Une franc-maçonnerie moins élitiste et plus horizontale. Une franc-maçonnerie de dialogue et non pas de magistère.
Des structures intermédiaires.
Il en a existé à certaines périodes : des organisations de louveteaux, des institutions pour enfants de maçons… Il nous revient de créer celles qui correspondent à notre époque. Car tout le monde n’a pas vocation à devenir maçon et ce n’est pas parce qu’ils n’entrent pas qu’on doit laisser des gens dehors. Dans notre entourage, beaucoup de non-maçons, -que nous appelons profanes-, vivent avec nous, travaillent avec nous, dialoguent avec nous, certains d’entre eux ont fait une démarche pour entrer en maçonnerie, qui n’a pas abouti. Peut-être que l’engagement maçonnique n’était pas fait pour eux ? Mais pourtant, ils cherchaient quelque chose. Entre franc-maçon et non-franc-maçon, il n’y a rien ? Il pourrait y avoir. D’ailleurs il y a déjà. Des cafés maçons comme celui de Lyon mélangeant en toute mixité des maçons et des profanes pour des temps d’échange mensuels où chacun trouve son intérêt. Il pourrait y avoir des structures intermédiaires, en “zone d’échange” , en “zone franche”, pour du partage, de l’échange ou du travail en commun, chacun restant ce qu’il est. Lorsqu’on veut rencontrer des personnes, on ne les invite pas chez soi, on commence par aller les voir là où ils sont. C’est dans le monde extérieur qu’il faut aller nouer ces liens, et ne pas attendre qu’ils viennent à nous.
Bien sûr, ce ne sont que quelques idées jetées en vrac. La question reste posée et elle représente un vrai défi pour les francs-maçons : à quoi servent-ils à l’extérieur ? Ont-ils vraiment l’intention d’améliorer l’homme et la société ou ne sont-ce que des mots? A se contenter de se refermer sur soi, le maître maçon risque de finir comme un maître-étalon au pavillon Baltard, une référence d’un autre temps, une curiosité qu’on garde sous cloche et qu’on vient visiter de temps en temps.
Le musée de la franc-maçonnerie (« musée de France ») rassemble, ici son dernier opus1725 – 2025 : Trois siècles de franc-maçonnerie en France-Les premiers témoignages sur les origines de la franc-maçonnerie en France, des pièces premières, non point des reliques inertes, mais des pierres d’angle encore tièdes de leur feu d’origine. Nous ne lisons pas seulement des textes. Nous voyons une langue maçonnique en train de se former, hésitante parfois, audacieuse souvent, déjà sûre de son orientation vers la lumière.
1725 – 2025 : Trois siècles de franc-maçonnerie en France
Les pages disposées devant nous ne prétendent pas raconter une genèse close. Elles nous invitent à remonter la pente du temps, à toucher du doigt ce moment où l’outil devient symbole, où la confrérie d’arts et métiers devient maison spirituelle, où le mot fraternité cesse d’être un vœu pieux pour devenir règle de vie.
L’ensemble tient par une cohérence discrète. Nous suivons une suite de voix, anglaises et françaises, religieuses et civiles, ferventes et critiques, qui convergent vers un même centre. Le regard se pose d’abord sur l’émergence du phénomène dans la France des années 1720.
Portrait d’André-Hercule de Fleury (1653-1743)
Les Loges s’éveillent, se nomment, se risquent en public, et aussitôt les autorités s’en inquiètent. Le cardinal André Hercule de Fleury gouverne avec prudence et méfiance. René Hérault mène ses perquisitions avec le sérieux d’un gardien de seuil. Dans l’ombre des salons, une rumeur court à propos d’une certaine demoiselle Carton, danseuse de l’Opéra, par qui l’on pense que des fragments de cérémonies ont filtré. L’affaire amuse, choque, alimente les gazettes, mais elle atteste surtout que l’Ordre existe déjà assez pour inquiéter et fasciner. Nous reconnaissons là une constante de la vie maçonnique. Dès qu’elle apparaît au monde, la discrétion fraternelle révèle paradoxalement sa puissance d’aimantation. Ce qui se cache suscite l’imaginaire. Ce qui se tait acquiert une voix plus ample que les cris.
Musée de la Franc-maçonnerie
Vient ensuite ce qui demeure l’une des matrices de notre imaginaire maçonnique en France. Le Discours d’Andrew Michael Ramsay, prononcé en 1736 au sein de la Loge de Saint Jean, retentit ici comme un diapason initial.
Probable Caricature de Ramsay par Pier Leone Ghezzi
Nous y entendons un projet qui embrasse plus large que la simple convivialité. Le chevalier de Ramsay rappelle que la société n’est pas née pour elle-même. Elle vise l’humanité comme horizon. Elle propose une paix de l’esprit plus que des dogmes. Elle invite à des œuvres, à l’amour des beaux-arts, à l’exercice des vertus qui accordent les nations. Nous savons que divers états de ce texte ont circulé. Peu importe la philologie pour qui lit avec le cœur d’un initié. La musique demeure. Elle nous propose d’unir des hommes que tout sépare en apparence et que l’intérieur rend semblables. Ce projet tient en peu de mots. La Maçonnerie n’est pas un particularisme. Elle est une méthode de transfiguration du particulier en commun, du clan en cité, de la cité en monde.
Le livret ne s’arrête pas à la grande voix. Il laisse place à des archives plus modestes en apparence et tout aussi déterminantes. Nous rencontrons Antoine Meunier de Précourt, Vénérable à Metz, en correspondance avec Jean-Baptiste Willermoz. À travers ces lettres et ce traité en usage à la Loge de Saint Jean de Metz, la Lorraine se révèle carrefour et laboratoire. Antoine Meunier de Précourt consigne, interprète, prend parti, rectifie des légendes. Il n’est pas un antiquaire. Il fabrique de la continuité. Il ouvre la voie à cette tradition française capable d’absorber des influences sans perdre sa colonne vertébrale. Le sceau de la Loge, gravé comme une promesse, nous rappelle que l’héraldique rejoint la liturgie des gestes. L’Ordre se donne des marques pour dire qu’il ne s’appartient pas. Les armes circonscrivent un espace d’obligation et d’honneur. Elles ne sont pas orgueil. Elles sont mémoire tenue.
Nous lisons ensuite des pages tirées d’imprimés qui firent grand bruit en leur temps. Des listes de Loges publiées, des descriptions parfois malveillantes, des schémas de réception rapportés avec une précision qui a servi autant les adversaires que les curieux. Nous ne devons pas nous en offusquer.
Tableau des loges de la Grande Loge de Londres en 1735
La Franc-Maçonnerie naît à l’ère du papier qui circule vite. Elle s’expose malgré elle. Elle se raconte de travers. Elle apprend à se dire mieux. Entre la dénonciation et la divulgation se glisse une vérité utilisable. Les descriptions de 1737, recopiées, augmentées, exagérées, conservent pourtant la silhouette d’une cérémonie française déjà typée. Nous reconnaissons des éléments d’espace, de lumière, d’effroi apprivoisé, d’allégeance librement consentie. La dramaturgie fraternelle, avec ses trois pas, ses questions, ses serments, n’est pas encore fixée. Elle cherche son tempo. Cette recherche, loin de diminuer la charge initiatique, lui donne une saveur de source. Rien n’est mécanique. Tout est en train de se faire. La parole circule comme un chantier. La Loge devient atelier d’humanité autant que théâtre du sacré. Le profane franchit un seuil et sent en lui la montée d’une responsabilité qui n’a pas de prix.
La force du recueil tient à ce que la reconstitution historique ne mange jamais la présence vivante. Nous voyons les allées et venues des Frères, de Paris à Rouen, de Londres à Metz, de Genève à Liège, compagnons de plume et de route. Nous percevons les jeux d’autorité entre grands maîtres et inspecteurs, les hésitations des premières codifications, les frottements des cultures nationales. Nous sentons aussi la place du religieux sans bigoterie ni combativité gratuite.
Jean Coustos
La Maçonnerie française naît dans un pays encore façonné par la catholicité, mais elle s’empare du patrimoine biblique et humaniste pour le transformer en éthique de la discussion, en pédagogie de la liberté responsable. La politique guette à la porte, mais la Loge s’en prémunit en rappelant que la vertu n’est pas un parti mais une discipline. Nous voyons ainsi se dessiner le geste français, à la fois hospitalier et exigeant, soucieux des formes et attentif aux consciences.
La lecture nous reconduit sans cesse à ce que nous vivons dans nos Ateliers. Les premiers textes ne nous tendent pas un miroir plat. Ils nous offrent un miroir légèrement courbe, assez pour que la tradition ne soit pas répétition mais métamorphose.
Quand Andrew Michael Ramsay propose d’agréger des hommes de toutes nations en une république de bienveillance, il ne rêve pas d’un cosmopolitisme abstrait. Il décrit l’expérience de la chaîne d’union, cette expérience dont nous connaissons la densité charnelle, car les mains qui se cherchent en silence expriment davantage que des déclarations de principe.
Lorsque Antoine Meunier de Précourt travaille aux rives d’une province disputée, il invente déjà notre manière d’habiter plusieurs héritages sans renoncer à l’unité intérieure. Quand la rumeur d’une danseuse dévoile des gestes, nous découvrons que le sacré ne se défend pas par le replis. Il se défend par la justesse. La meilleure réponse à la curiosité indiscrète demeure l’excellence des travaux. Rien n’apaise autant qu’un rite accompli avec attention.
John Theophilus Desaguliers
Ce livre nous apprend encore autre chose. L’histoire de la franc-maçonnerie en France n’est pas la marche triomphale d’une institution qui se doterait peu à peu d’attributs. C’est l’effort patient d’une communauté pour accorder sa promesse à la réalité. Les Loges se créent, se fixent, se défont parfois, puis reviennent ailleurs, comme si la vie de l’Ordre imitait la respiration d’un poumon vaste. Nous reconnaissons là le mouvement du Temple intérieur qui se construit et se déconstruit pour renaître. Ce va-et-vient ne signifie pas faiblesse. Il révèle la manière maçonnique d’habiter le temps. Nous travaillons avec ce que les circonstances nous donnent et nous y inscrivons des gestes qui ne vieillissent pas. Une signature, un sceau, une formule, une marche, un regard, voilà de quoi traverser les siècles.
La portée initiatique du recueil tient enfin à la manière dont il fait se rejoindre mémoire et promesse. Les premières décennies de l’Ordre en France ne forment pas un décor. Elles donnent des repères de navigation. Quand nous tenons aujourd’hui le Volume de la Loi Sacrée, quand nous dressons les colonnes, quand nous posons la règle sur une phrase trop rapide, nous prolongeons un pacte commencé il y a trois cents ans. Ce pacte n’a pas été scellé par une décision administrative. Il a été écrit par des gestes, par des fidélités discrètes, par la patience des Frères qui ont préféré la transmission au bruit, l’exigence à l’influence. La Maçonnerie française s’est constituée autour d’un désir de justesse. Elle a su accueillir la diversité des tempéraments et des doctrines tout en rappelant que le but n’est pas d’avoir raison mais de devenir vrai.
Signature de Ramsay
Nous refermons l’ouvrage avec gratitude. Il nous aura reconduit à des commencements qui ne s’éloignent pas. La France maçonnique que nous aimons y apparaît à la fois locale et universelle, tatillonne parfois sur ses formes, généreuse souvent dans son élan, capable de se corriger sans renier ses pères. Entre Andrew Michael Ramsay, Antoine Meunier de Précourt, Jérôme de Lalande, Charles Radcliffe et tous les artisans anonymes de cette première saison, une conversation s’engage qui n’a jamais cessé. Nous y prenons part chaque fois que nous ouvrons les travaux, chaque fois que nous quittons la Loge avec le sentiment d’être requis par le dehors. Trois siècles ne forment pas un âge. Ils forment une fidélité. Nous la recevons comme une tâche.
Nicolas Penin GM du GODF (Crédit photo Rachel Tlemsani – La Petite République)
Nicolas Penin signe la présentation générale avec la responsabilité que lui confère sa charge de Grand Maître du Grand Orient de France. Son écriture s’inscrit dans la tradition d’une maçonnerie française attentive aux enjeux civiques et spirituels. Nicolas Penin ne se contente pas d’un rôle protocolaire. Il replace l’intuition fondatrice dans une tension bénéfique entre héritage et présent. Son parcours au sein du Grand Orient de France, jalonné de responsabilités et de prises de parole sur la place de la fraternité dans la cité, nourrit une vision qui refuse l’opposition artificielle entre engagement et intériorité. Il soutient la recherche historique et la mise en valeur du patrimoine maçonnique. Il dialogue avec les institutions culturelles. Il s’adresse aux profanes avec clarté et il rappelle aux Frères que la discrétion n’interdit pas la parole publique quand celle-ci se met au service du bien commun.
1725 – 2025 : Trois siècles de franc-maçonnerie en France, 4e de couv.
Nous recommandons ce livre avec un vrai plaisir de bibliophile. Le papier offre un grain doux sous les doigts et soutient la netteté des encres. Les illustrations dialoguent avec les textes et donnent à chaque document une présence presque tactile. Nous l’adressons à celles et ceux qui aiment ouvrir un coffre et y trouver des pièces qui respirent encore. Nous l’adressons surtout aux Frères et aux Sœurs que gagne parfois la lassitude des déjà-vus. Rien n’est épuisé. Les premiers témoins nous apprennent qu’une tradition demeure vivante lorsqu’elle accepte de redevenir source à chaque génération. Il nous appartient d’être dignes de cette eau. Nous le serons si nous continuons de travailler avec ces voix anciennes qui ne réclament pas la soumission mais la fidélité créatrice. Voilà la juste manière d’honorer trois siècles de franc-maçonnerie en France et de préparer la main de ceux qui viendront après nous.
1725 – 2025 : Trois siècles de franc-maçonnerie en France
Les premiers témoignages sur les origines de la franc-maçonnerie en France
Musée de la franc-maçonnerie, 2025, 38 pages, 12 €
Disponible au musée de la franc-maçonnerie, Grand Orient de France, 16 rue Cadet – Paris IXe
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz
Dans l’univers symbolique de la franc-maçonnerie, la légende d’Hiram Abiff occupe une place centrale, incarnant le martyre de la quête initiatique et la construction du temple intérieur. Hiram Abiff, maître d’œuvre du Temple de Salomon, représente l’archétype de l’ouvrier spirituel assassiné par trois compagnons avides de secrets avant l’heure légitime. Cette allégorie, riche en leçons morales et philosophiques, invite les « ouvriers d’Hiram Abiff » – les francs-maçons engagés dans le grade de Maître – à une introspection profonde sur la nature de l’être humain.
Helena Blavatsky
Le texte intitulé Les ouvriers d’Hiram Abiff : les sept corps et l’être humain s’inscrit dans cette tradition ésotérique, fusionnant la symbolique maçonnique avec les enseignements théosophiques sur la constitution subtile de l’homme. Inspiré des travaux d’auteurs comme Annie Besant et Helena Blavatsky, il postule que l’être humain n’est pas limité à son enveloppe physique visible, mais se compose de sept corps interconnectés, divisés en une triade spirituelle supérieure et un quaternaire inférieur mortel. Cet article explore en détail cette vision holistique, en reliant les sept corps à la légende d’Hiram, pour éclairer le chemin de l’initiation maçonnique. À travers cette structure, nous découvrirons comment ces corps symbolisent les outils du maçon pour polir la « pierre brute » de son âme.
La légende d’Hiram Abiff : fondement symbolique
Pour appréhender pleinement le lien entre les ouvriers d’Hiram et les sept corps, il convient de rappeler brièvement la légende maçonnique. Tirée des livres bibliques des Rois et des Chroniques, enrichie par la tradition ésotérique, elle raconte l’histoire d’Hiram Abiff, fils d’une veuve de la tribu de Nephthali, artisan bronzier chargé par le roi Salomon de superviser la construction du Temple de Jérusalem.
Au cœur du récit se trouve le drame : trois compagnons maçons, impatients d’accéder aux secrets du grade de Maître, tendent une embuscade à Hiram aux trois portes du Temple (Occident, Sud et Orient). À chaque porte, ils exigent la révélation du « mot de passe » maçonnique, mais Hiram refuse, préférant la mort à la trahison des serments initiatiques. Le troisième coup, fatal, le frappe à la tempe. Les assassins enfouissent son corps sous un acacia, marque de résurrection future. Salomon, découvrant le crime, élève Hiram au rang de martyr et institue le grade de Maître, symbolisant la résurrection spirituelle.
Cette légende n’est pas une simple fable morale ; elle illustre la lutte entre l’ego inférieur (les trois assassins : Jubela, Jubelo, Jubelum) et l’esprit supérieur (Hiram). Dans le contexte des sept corps, les « ouvriers d’Hiram » deviennent les bâtisseurs conscients de ces enveloppes subtiles, travaillant à l’harmonie entre le mortel et l’immortel pour accomplir la « Grande Œuvre » maçonnique.
Les 7 corps de l’être humain : une vision ésotérique
Les anciens sages – des védantins indiens aux théosophes occidentaux – ont perçu l’homme comme un microcosme de l’univers, composé de sept plans d’existence. Bien que la science moderne se limite au corps physique, les traditions spirituelles, relayées par la franc-maçonnerie symbolique, distinguent sept corps interconnectés. Ces corps ne sont pas des entités séparées, mais des véhicules vibratoires qui permettent à l’âme (le « Moi Supérieur« ) de s’incarner et d’évoluer.
Selon Annie Besant, dans ses écrits théosophiques, ces corps ont été progressivement validés par l’expérience intuitive, passant du théorique au vérifiable. Ils se divisent en deux groupes principaux :
1. Le quaternaire inférieur : les véhicules mortels
Annie Besant
Ces quatre corps relèvent du plan matériel et psychique, sujets à la dissolution à la mort physique. Ils forment la base du « quaternaire inférieur » et correspondent aux outils du maçon pour travailler la matière brute.
Corps Physique (Sthula Sharira) : Le véhicule tangible, composé d’éléments chimiques et visible à l’œil nu. C’est la « pierre brute » maçonnique, soumise aux lois physiques et aux sens. Hiram, en tant qu’artisan, symbolise sa maîtrise : sans ce corps, point de temple édifié.
Corps Vital ou Éthérique (Prana Sharira) : Une enveloppe énergétique subtile, invisible, qui anime le physique via le prana (énergie vitale). Elle est le « souffle de vie » qui relie le corps à l’univers. Dans la légende, elle évoque la résurrection d’Hiram, où l’énergie vitale transcende la mort physique. Les anciens la percevaient comme un double éthérique, perturbé par les maladies ou les passions.
Corps Astral ou Émotionnel (Kama Rupa ou Linga Sharira) : Plus subtil encore, ce corps est le siège des émotions, des désirs et des passions. Il est fluide, coloré par les expériences karmiques, et permet les voyages astraux. L’étude de ce corps, comme l’explique Besant, ouvre des perspectives élargies sur la vie, au-delà du physique. Chez les ouvriers d’Hiram, il représente les « chaînes invisibles » des attachements (apego), à transcender pour l’initiation.
Corps Mental Inférieur (Kama-Manas) : Le véhicule de la pensée concrète, des raisonnements logiques et des désirs mentaux. Il est le domaine de l’intellect rationnel, souvent esclave des passions (comme le notait David Hume : « La raison est l’esclave des passions »). Dans la maçonnerie, il correspond aux outils comme l’équerre et le compas, pour structurer la pensée sans la laisser dériver vers l’ego.
La Triade Supérieure : Les Principes Spirituels
Ces trois corps immortels forment le « Soi » ou Ego supérieur, reliés à la Monade divine. Ils sont le but de l’initiation : l’élévation de l’âme vers la Lumière, comme la résurrection d’Hiram.
Corps Mental Supérieur (Manas) : Siège de l’intuition et de la raison pure, il transcende la dualité pour accéder aux idées platoniciennes. Inspiré par l’allégorie de la caverne de Platon, il invite les ouvriers à sortir des ombres illusoires vers la vérité éternelle.
Corps Bouddhique (Budhi) : Le principe de l’unité et de la compassion universelle, où l’individuel se fond dans le Tout. Il est le lien avec la conscience christique ou bouddhique, favorisant l’empathie et le désintéressement.
Corps Atmique (Atma) : L’étincelle divine, immortelle et unie au Grand Architecte de l’Univers. C’est le « Verbe Perdu » de Hiram, révélé seulement à ceux qui ont accompli la Grande Œuvre.
Corps
Plan
Fonction Principale
Symbole Maçonnique
Physique
Matériel
Ancrage sensoriel
Pierre brute
Vital
Éthérique
Animation énergétique
Souffle de vie (Prana)
Astral
Émotionnel
Désirs et sentiments
Acacia (résurrection)
Mental Inférieur
Psychique
Raison concrète
Équerre et compas
Mental Supérieur
Spirituel
Intuition
Lumière du Temple
Bouddhique
Unitaire
Compassion
Fraternité universelle
Atmique
Divin
Âme immortelle
Grand Architecte
Les Sept Corps dans le Contexte Maçonnique : Les Ouvriers en Action
Les « ouvriers d’Hiram Abiff » ne sont pas de simples artisans ; ils sont des initiés qui, à l’image de Hiram, refusent la révélation prématurée des mystères. Dans cette perspective, les sept corps deviennent les « matériaux » du temple intérieur : le quaternaire inférieur à purifier (détachement des passions, comme dans les écrits de Mario Múnera Muñoz sur l’apego et desapego), et la triade supérieure à éveiller (par la raison intuitive et l’imagination créatrice).
L’initiation maçonnique mime cette alchimie : le premier grade (Apprenti) travaille le physique et le vital ; le second (Compagnon) affine l’astral et le mental inférieur ; le troisième (Maître) élève vers la triade, symbolisée par la résurrection d’Hiram. L’imagination, clé de la quête (comme exploré dans les réflexions sur Platon), permet de visualiser ces corps, transformant l’espoir en vertu active – une espérance « ardue » selon saint Thomas d’Aquin.
Le respect, vertu fondamentale, unit ces corps : respect de soi (corps inférieur), des frères (bouddhique) et du divin (atmique). Ainsi, les ouvriers transcendent les assassins intérieurs (peur, avidité, ignorance) pour incarner la liberté spirituelle.
Conclusion : vers une synthèse initiatique
Les ouvriers d’Hiram Abiff : les sept corps et l’être humain nous rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas une société secrète, mais une voie de transformation holistique. En intégrant les sept corps – du dense au divin –, l’initié devient co-créateur de son destin, bâtissant un temple non de pierre, mais d’harmonie cosmique. Comme Hiram ressuscité, l’homme éveillé unit le mortel à l’immortel, réalisant que « la vie ne vaut d’être vécue que si elle est une légende« .
Cette vision, ancrée dans l’ésotérisme oriental et occidental, invite à une pratique quotidienne : méditation sur le prana, maîtrise des émotions astrales, et quête intuitive de l’Atma. Que chaque ouvrier, armé de ses outils symboliques, poursuive cette œuvre avec ferveur, pour que le Temple de l’humanité s’élève dans la Lumière.
Références : Inspiré des écrits théosophiques d’Annie Besant et des réflexions maçonniques de Mario Múnera Muñoz (450.fm, 2022-2025). Pour approfondir, consultez la Doctrine secrète de Blavatsky ou les rituels du Rite Écossais Ancien et Accepté.
De notre confrère australien arr.news – Par Emily Gladdis, Nhill Free Press et Kaniva Times
La Loge Lowan 107 a célébré les 140 ans de la cérémonie de pose de la pierre angulaire du bureau de poste avec une marche, une reconstitution historique et un rassemblement communautaire.
Le samedi 20 septembre 2025, un événement exceptionnel a eu lieu. Pour célébrer les 140 ans de la franc-maçonnerie à Nhill, la Loge Lowan 107 a reconstitué la consécration de la première pierre du bureau de poste de Nhill. L’événement a suivi celui du 29 octobre 1887, avec une marche de tous les francs-maçons locaux vers le bureau de poste.
Le « God Save the King » a été chanté par tous les présents. Les plans du bâtiment de la Poste ont été remis à WBro Wiremu Larkins, Vénérable Maître de la Loge Lowan 107, qui a été jugé conforme. Accompagné de WBro Graeme Price et de VWro Bill Howarth, il a inspecté la pierre angulaire et a posé un fil à plomb, un niveau et une équerre. WBro Wiremu a ensuite versé du vin, de l’huile et répandu du grain sur la pierre. Trois coups de marteau ont ensuite été donnés, et le tout a été « bien et véritablement posé ». La Rule Britannia a été chantée après trois acclamations chaleureuses de la foule. WBro Rhys Webb a retracé l’histoire du bureau de poste de Nhill. Enfin, l’hymne national australien a clôturé la cérémonie. Un arbre a été planté par WBro Larkins et VWro Haby devant la Poste et une plaque commémorative a été dévoilée.
Vénérable Maître WBro Wiremu Larkins et les 107 membres de la Loge Lowan marchant vers le bureau de poste.
Les frères Price, Larkins et Howarth participent à la reconstitution de la pose de la première pierre. Photos : Nhill Free Press et Kaniva Times
Le Farmers Arms a ensuite servi de salle à manger pour un dîner. Les toasts habituels ont été portés tout au long de la soirée. Le RW Bro John McTaggart, représentant des Grands Maîtres, a félicité les membres de la loge pour cet événement historique. Des représentants du Nhill CWA, du Nhill SES, du Conseil du comté de Hindmarsh, du Nhill Lions Club, du Nhill Rotary Club, de la Loge 6 de Portland et de la Loge 70 de Wimmera étaient présents, témoignant du soutien mutuel de chaque organisation. Le RW Bro Rhys Webb a retracé l’histoire détaillée de la Franc-Maçonnerie à Nhill de 1885 à nos jours et a décrit les nombreuses réalisations de la Loge au service du district. La Franc-Maçonnerie est une organisation d’hommes de bien qui s’entraident, soutiennent leurs familles et la communauté.
ils ont chanté de nombreuses chansons politiques et existentielles de 68. Aujourd’hui, la réflexion sur ces mots prend une portée plus large, plus invisible, mais non moins réelle. Il ne s’agit plus seulement du clergé, ni seulement de l’État.
Aujourd’hui, le contrôle se cache partout, de mille manières subtiles : dans les comportements que nous intériorisons, dans les habitudes qui nous asservissent sans chaînes, dans les dépendances que nous créons jour après jour.
Il n’existe plus de pouvoir unique et visible. Il existe un écosystème de conditionnements, un réseau subtil de perspectives et de jugements, de codes et de normes moraux, de « politiquement correct » qui façonne notre conscience, souvent à notre insu. Nous sommes spectateurs et en même temps acteurs d’un Big Brother qui a cessé d’être physique pour devenir mental, collectif, généralisé.
La question reste ouverte : qui nous contrôle réellement ? L’ État profond ? Le système ? Ou est-ce nous-mêmes, dans la mesure où nous intériorisons les impositions, les peurs et les attentes des autres ?
L’esclavage moderne n’est pas fait de chaînes, mais de croyances, d’habitudes et d’une auto-surveillance intérieure constante qui nous pousse à nous conformer, à juger, à avoir peur. En tant que franc-maçon, je regarde ce panorama à travers le prisme de la tradition initiatique : la liberté n’est pas l’absence de règles, mais la conscience du réseau dans lequel nous sommes immergés. Travailler sur soi devient un acte de résistance et de régénération.
La lumière jaillit là où l’obscurité semble la plus épaisse, et c’est précisément dans le labyrinthe du conditionnement que nous pouvons trouver la clé de notre autonomie.
La vraie question n’est donc pas
Qui nous contrôle ?
mais
Comment pouvons-nous reconnaître notre contrôle intérieur et le libérer, chaque jour, étape par étape, rituel après rituel, pensée après pensée ?
C’est le travail sans fin sur la pierre brute.
Île de Gorée (Sénégal) – Monument en mémoire de l’esclavage, situé à proximité de la Maison des esclaves, 3 mars 2006
« Alchimie » voilà un terme qui sent bon le sel, le mercure et même le « soufre » pour les rationalistes positivistes radicaux dont la simple évocation transporte souvent le lecteur dans quelque sombre atelier où règne un feu « d’enfer ». Cette pratique tombée en oubli jusqu’au début du XVIII e siècle, reprit vigueur avec Carl Gustav Jung dont les symboles renouèrent avec l’évolution de la conscience humaine.
L’intemporalité de cette discipline signifie que son langage mérite régulièrement une réactualisation sans tomber dans le piège d’une altération de ses symboles : autrement dit sans réduire la portée de ce qu’elle montre sans jamais le dire (Mutus Liber). Cet ouvrage réunit les deux aspects opératif et spirituel de l’Alchimie, notamment dans ses aspects métaphysiques ouvrant ainsi les portes sur la perception d’un univers vivant et intelligent. En ce qui concerne la dimension spirituelle on comprend que c’est celle-ci qui permet à l’homme de participer à l’évolution du monde dans lequel il doit s’intégrer harmonieusement.
Philippe Deschamps a étudié pendant plus de 40 ans en tant que penseur libre, la voie spirituelle des Rose-Croix, reconnus jusqu’au 18eme siècle comme des experts en matière d’Alchimie de laboratoire.- Il anime des séminaires et des conférences sous l’égide de l’Université Rose-Croix internationale parrainée par l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix. Ses rencontres avec le célèbre alchimiste Eugène Canseliet et le philosophe allemand Jacob Boehme furent déterminantes pour décrypter les secrets de l’Alchimie. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages présentant différents aspects de la tradition occidentale, dont entre autres :
Les mystères de la mort et de la réincarnation – diffusion Rosicrucienne
L’apocalypse de Jean, lumière et clefs- diffusion Rosicrucienne
Le Graal, une quête intérieure- diffusion Rosicrucienne
Le 18 octobre 2025, Paris vibrera au rythme d’une réflexion profonde et inclusive sur les intersections entre humanisme, franc-maçonnerie et handicaps. Organisée par plusieurs loges de la Fédération française du Droit Humain, du GODF, par Mathusalem…, cette conférence publique promet d’être un moment d’échange enrichissant, ouvert à tous. Dans un contexte où les questions sociales et citoyennes sont plus que jamais au cœur des débats, cet événement s’inscrit comme une invitation à explorer comment les valeurs maçonniques peuvent éclairer les défis du handicap, en promouvant progrès et tolérance.
Un programme alliant théâtre et réflexion
L’événement débutera par un accueil à 13h, suivi du coup d’envoi de la conférence à 13h45. Il s’ouvrira sur une représentation théâtrale captivante : Louis Braille, au-delà des yeux clos, interprétée par Pierrette Dupoyet. Cette pièce met en lumière la vie et l’héritage de Louis Braille, l’inventeur du système de lecture et d’écriture en relief pour les personnes aveugles, symbolisant l’innovation au service de l’inclusion. À travers ce spectacle, le public sera plongé dans une exploration sensible des barrières du handicap et des voies de l’émancipation humaine.
La conférence proprement dite abordera les thèmes centraux de l’humanisme maçonnique face aux réalités du handicap. Parmi les axes de discussion : la citoyenneté inclusive, le rôle de la franc-maçonnerie dans la promotion du progrès social, et les questions sociétales liées au handicap. Les organisateurs, issus des loges Espérance, Tolérance et Laïcité, et Devoir, soulignent que cet événement vise à relier les principes universels de la maçonnerie – tels que la fraternité et la quête de vérité – aux enjeux contemporains de l’accessibilité et de l’égalité. Bien que les intervenants au-delà de Pierrette Dupoyet ne soient pas encore détaillés, l’accent est mis sur des échanges ouverts, favorisant un dialogue entre maçons et profanes.
Contexte : la Franc-maçonnerie au service de l’humanisme inclusif
La Fédération française du Droit Humain, obédience mixte et laïque fondée sur les idéaux de 1789, est pionnière dans l’intégration des questions sociales au sein de ses travaux. Cette conférence s’inscrit dans une tradition d’engagement citoyen, où la maçonnerie n’est pas un refuge ésotérique mais un laboratoire d’idées pour une société plus juste. En choisissant le prisme du handicap, les organisateurs rappellent que l’humanisme maçonnique – ancré dans la liberté, l’égalité et la fraternité – doit s’adapter aux vulnérabilités humaines. Comme l’illustre la figure de Louis Braille, le handicap n’est pas une fatalité mais un catalyseur d’innovation et de solidarité. Cet événement fait écho à d’autres initiatives récentes de la franc-maçonnerie française, qui multiplient les portes ouvertes pour déconstruire les préjugés et promouvoir l’inclusion.
Modalités Pratiques
La conférence se tiendra à Paris, en Île-de-France (le lieu précis sera communiqué aux inscrits). Accessible à tous, elle est néanmoins soumise à une inscription obligatoire pour garantir une organisation fluide. Pour vous pré-inscrire, envoyez un email à President-789R9@proton.me, en indiquant vos coordonnées et tout besoin d’aménagement spécifique. L’entrée est gratuite, mais les places sont limitées, reflétant l’engouement pour ces rencontres hybrides entre tradition initiatique et actualité sociétale.
Une invitation à l’action et à la réflexion
Au-delà d’une simple conférence, cet événement est un appel à l’engagement :
Comment la franc-maçonnerie, avec son héritage humaniste, peut-elle contribuer à une société où le handicap n’est plus un obstacle mais une richesse collective ?
En mêlant art théâtral et débats profonds, les loges Espérance, Tolérance et Laïcité, et Devoir offrent une occasion rare de découvrir ces valeurs de l’intérieur. Que vous soyez initié ou profane, sensible aux questions d’inclusion ou curieux de la maçonnerie engagée, cette rencontre du 18 octobre 2025 à Paris s’annonce comme un jalon dans la promotion d’un humanisme vivant et accessible.Ne tardez pas à réserver votre place – c’est l’opportunité de transformer la réflexion en action collective.
Pour plus d’informations, contactez directement les organisateurs via l’email indiqué.
Une franc-maçonnerie ouverte sur le monde, pour un monde plus ouvert : voilà l’esprit de cette belle initiative !