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Que d’histoires !

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En hommage à la mémoire de Jean-Pierre Thomas

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

La Franc-maçonnerie est, elle aussi, affaire de mémoire, surtout que, comme toute tradition, elle cherche à éclairer les chemins de l’avenir avec les lumières du passé. Or, comme tout ce qui marque l’Histoire, elle est ce que l’on en raconte. Longtemps réfugiée dans les limbes d’un ésotérisme réservé aux seuls initiés, elle devait, par principe, échapper à toute annexion par la culture aussi bien courante que savante. Depuis quelques décennies, elle s’insère, désormais, dans l’ensemble des courants de pensée qui traversent la société et relève ainsi de toutes les formes d’intérêt intellectuel qu’illustre la littérature paraissant à son sujet.

Cela ne va pas sans quelques querelles et remises en cause, qui portent sur la légitimité de telle ou telle obédience à occuper telle ou telle place ou à se revendiquer de telle ou telle école ou tendance, chacun étant jaloux de ses prétendus héritages, oubliant au besoin les sinuosités de son propre parcours. Ces vastes évolutions donnent lieu à moult monographies et communications, tantôt parsemées des anathèmes et des sortilèges que se jetaient les protagonistes. L’histoire de la Franc-maçonnerie est d’autant plus vibrante que les hommes et les femmes qui l’ont façonnée y ont mis ce qu’ils croyaient être le meilleur d’eux-mêmes – sachant que la pointe de leur action n’allait pas toujours sans obsession ni bannissement.

L’avantage des études historiques, quand elles sont conduites sans parti-pris, c’est qu’elles relient bien les idées et les pratiques aux réalités de leur temps, aux modes qui s’emparaient alors des contemporains. La maçonnerie devient, ce faisant, un luxe d’antiquaire, gourmand des manières d’autrefois. L’histoire aide aussi à comprendre le paysage de ces confréries, de nos jours. La lecture critique des passions subsistantes permet d’en percevoir les contrastes dans leurs origines comme dans leurs mouvements, en restaurant le souvenir des « initiateurs » et des continuateurs, tout aussi bien. Le temple des vanités y est rarement tout à fait vide…

Bref, l’œuvre des historiens est des plus salutaires, déblayant l’horizon d’un fatras de représentations échauffées ou réchauffées où les excommunications n’ont pas toujours été l’apanage de la seule Église. Restent, en définitive, des rituels compendieux, s’offrant aux rebonds des imaginaires et des introspections, sous l’énigmatique étoile de la vie.

En attendant… que d’histoires !

Irène Mainguy : « La fraternité en énigmes, la légende en partage »

Le livre s’ouvre comme une clairière de visages. Irène Mainguy ne plaque pas des certitudes, elle dispose des signes et nous invite à les relier. Quelques empreintes d’existence, un geste qui sauve, une parole qui porte, une œuvre qui réoriente la cité, et le nom affleure avec douceur. Le jeu des énigmes n’est pas divertissement. Il ranime l’art de reconnaître, qui est un art d’aimer.

Ce dispositif réveille la mémoire, discipline l’écoute, met à contribution ce qu’il y a de plus fraternel en nous. Deviner revient ici à se rendre contemporain d’une destinée, afin de lui donner la place juste.

Francs-maçons et franc-maçonnes dont le génie a éclairé le monde

La respiration de l’ensemble persuade. Matière riche, pourtant chaque portrait garde la netteté d’un camée. L’ouvrage traverse siècles et continents, sans perdre la précision d’une plume patiente. Nous allons des gouvernants aux savants, des artistes aux explorateurs, des bâtisseurs aux poètes, des éducateurs aux marins, des femmes de caractère aux hommes de service. La composition ménage un mouvement discret, presque rituel. Rien pour l’ostentation, tout pour la question essentielle. Qu’est-ce qui rend fraternelles ces existences au-delà des patries, des partis, des usages et des époques. La réponse tient à une fidélité de l’âme. Chacune et chacun accepte de se penser en chantier, responsable de ses outils, comptable de sa lumière.

Les noms surgissent comme des bornes d’humanité. L’émir Abd el-Kader fait de la maîtrise de soi une politesse envers l’ennemi. Salvador Allende paie de sa vie l’entêtement d’une liberté. Arnaud Beltrame accomplit l’offrande sans témoin. Winston Churchill soutient une île par la force d’une voix. Félix Éboué gouverne sans renier l’humain du gouvernant. Léon Gambetta transforme l’énergie en destin commun. Giuseppe Garibaldi marche pour unir. Joséphine magnifie la dignité souveraine. La Fayette prête serment à l’avenir. La pensée se tend et s’éclaire avec Montesquieu. La musique respire avec Duke Ellington. Le monde devient scène et souffle avec Cecil B. DeMille. L’architecture se dresse dans l’ordre et la grâce chez Alexandre Brongniart. La science murmure avec Alexander Fleming. Le rire reçoit sa part métaphysique chez Grock, le célèbre clown auguste musical suisse. Le ciel s’ouvre avec John Glenn. Toujours la même transparence finale. Derrière la fonction ou le génie, la silhouette d’un initié qui oriente ses talents vers plus grand que lui.

Joséphine Baker

Rappelons que l’auteure fait surgir plusieurs figures de femmes qui se répondent comme des constellations dans la mémoire initiatique. Edith Cowan, pionnière de la cause civique, ouvre la voie d’une citoyenneté servie par la justice et la raison. La duchesse de Bourbon rappelle que la générosité peut prendre la forme d’un art du don discret. Joséphine, souveraine au cœur éprouvé, élève la grâce au rang d’autorité intérieure. Éliane Brault, journaliste et femme de lettres, fait de la parole publique une discipline de courage. Clémence Royer, savante inflexible, place la recherche sous le signe d’une liberté sans peur. Béquet de Vienne, la philanthrope. Joséphine Baker transforme la scène en autel de liberté et prend la fraternité pour unique passeport. Louise Michel, alias « Enjolras » et surnommée la « Vierge rouge », femme de lettres.

Louise Michel

À travers elles, Irène Mainguy révèle la part féminine du Grand Œuvre, une lumière née du courage, de la beauté, du savoir et du cœur, qui rappelle que l’initiation ne relève d’aucun privilège mais d’un appel de l’esprit adressé à toute âme libre. Un cahier central d’illustrations vient donner visage à tous ces destins, il précise les traits, accompagne la levée des énigmes, accroît la connaissance de l’ouvrage en offrant à la lecture la présence silencieuse des regards.

Sir Winston Churchill
Sir Winston Churchill – crédit photo YG

La méthode d’Irène Mainguy refuse les assignations. La franc-maçonnerie ne se réduit ni à un blason ni à un uniforme. L’auteure cherche la discipline intérieure qui affleure dans les œuvres, les décisions, les paroles, les gestes de secours. Nous sentons la permanence d’un axe qui traverse les pages comme une colonne invisible. Sens de la mesure, amour de la justice, progrès de l’esprit, hospitalité pour les faibles, patience dans l’étude, joie devant la beauté. De là naît l’unité secrète du livre. Nous ne lisons pas cent vingt vies juxtaposées, nous recevons un même récit, celui d’une humanité consentant à l’initiation du temps et remettant chaque matin sa pierre à l’ouvrage.

Giuseppe_Garibaldi_1866

Les énigmes remplissent une fonction d’éveil. Elles nous dépossèdent de la paresse documentaire, nous font entrer dans la texture d’une trajectoire. Notre regard se précise, notre oreille devient plus fine, nos souvenirs se vérifient, nos préjugés sont mis à l’épreuve. L’étonnement retrouve son droit. La notoriété cesse de se faire passer pour la grandeur. Un indice devient un signe et le signe ouvre une part de vérité. Ce travail nous forme. Nous sortons meilleurs lecteurs, donc meilleurs Frères et meilleures Sœurs dans la cité.

La Fayette – USA

La diversité des domaines ne disperse pas. Tout remonte à une source commune. Les arts parlent la langue de la liberté. Les sciences cherchent la guérison du monde. La politique se fait éthique en acte. Les voyages reprennent leur nature d’épreuves et de transmissions. Le sport retrouve sa valeur d’ascèse. La musique et la poésie prennent charge d’augure. L’architecture dit la patience des formes. De Mozart à Joséphine Baker, de George Washington à Montesquieu, la chaîne ne se contente pas d’impressionner. Elle fonde une fraternité de haute lignée. Elle nous préserve d’une vision étroite de la maçonnerie réduite à des réseaux. Elle rappelle la vocation spirituelle de l’Ordre. Répondre à une convocation intérieure qui ordonne de tenir debout, de parler droit, d’agir clair.

Mozart

La langue d’Irène Mainguy unit précision documentaire et délicatesse pédagogique. Touches brèves, détails justes, rien de péremptoire. La vérité de ces vies ne tient pas à une thèse mais à une manière d’être au monde. Cette retenue donne au livre une valeur morale. Nous sortons plus exigeants envers nos promesses. Les exemples ne sermonnent pas. Ils éclairent à hauteur d’homme.

La dimension maçonnique circule partout. Non comme obsession de l’appartenance, mais comme fidélité à une pédagogie. Faire de sa vie un chantier, transformer les passions en forces, accorder l’intelligence au cœur, servir la liberté sans humilier l’adversaire, rechercher l’universel sans perdre la couleur du lieu. Les portraits dessinent une carte intérieure. Nous y reconnaissons nos vertus, nos outils, nos serments, nos attachements les plus doux. La chaîne d’union n’est pas nommée à chaque page, elle se devine dans la manière de vivre, parfois dans la manière de mourir, dans l’attention aux plus fragiles, dans le respect des lois quand elles respectent la dignité, dans le courage de dire non lorsque l’iniquité se déguise en ordre.

Il convient d’honorer la fabrique savante. Bibliographie généreuse qui ouvre des sentiers sûrs pour poursuivre l’enquête. Portraits reproduits avec tenue, compagnons patients de la résolution des énigmes, visages qui se dévoilent quand la lumière se lève. En contrepoint, un examen critique des attributions incertaines. Les illusions d’appartenance sont démêlées, les légendes confortables bousculées. Cette exigence intellectuelle n’exclut personne, elle rétablit la justesse. Elle lève nettement le voile sur celles et ceux qui ne relèvent pas de notre fraternité, afin que la chaîne demeure pure de ses maillons et fidèle à sa promesse.

Irène Mainguy – Babelio

Irène Mainguy appartient à cette lignée d’auteures pour qui le savoir demeure service. Ancienne élève de l’ENSBA et de l’INALCO, libraire, formatrice puis bibliothécaire-documentaliste d’État, elle a dirigé durant plus de vingt ans la grande et belle bibliothèque maçonnique du Grand Orient de France (GODF) à Paris. Présidente de la Société Française d’Études et de Recherches sur l’Écossisme (SFERE), elle anime rencontres et colloques où la tradition vit sans se figer. Son œuvre tisse un fil entre histoire, symbolique et pratique initiatique. La Symbolique maçonnique du troisième millénaire a rencontré un lectorat exceptionnel. Cent mille lecteurs déjà initiés ou curieux y ont trouvé une porte d’entrée vers la profondeur du symbole. Ce succès rare, durable, témoigne de la confiance accordée à une œuvre qui éclaire sans jamais appauvrir, et qui a su faire dialoguer la rigueur du savoir avec la ferveur de l’esprit. Les Initiations et l’initiation maçonnique, la trilogie La franc-maçonnerie clarifiée pour ses initiés, les études consacrées aux grades de perfection et aux degrés philosophiques, mais aussi ses explorations des mythes et des contes, en particulier 3 minutes pour comprendre la signification et le symbolisme des contes merveilleux, 3 minutes pour comprendre les cinquante plus grands mythes et légendes initiatiques, ainsi que Retrouver un ancêtre franc-maçon, attestent d’une même volonté. Mettre la science au service de la ferveur. Relier l’atelier à la bibliothèque, l’étude à la méditation. Rappeler qu’un symbole n’est pas une décoration mais une clef.

La 4e de couverture

Francs-maçons et franc-maçonnes dont le génie a éclairé le monde ne se contente pas d’additionner des noms admirables. Il propose une éthique de la reconnaissance. Il transforme le lecteur en chercheur de signes, en compagnon de destinées, en témoin d’une lignée spirituelle qui traverse l’histoire humaine. Longtemps nous reprendrons ces pages. Elles donnent envie d’être plus fidèles à notre promesse. Elles enseignent que la grandeur ne se mesure pas au bruit qu’elle fait, mais à la lumière qu’elle laisse derrière elle. Puisse chacun y puiser une force de service et une joie de transmettre.

Francs-maçons et franc-maçonnes dont le génie a éclairé le monde – 120 portraits à énigmes 

Irène Mainguy – Éditions Dervy, 2025, 336 pages, 24,90 € – numérique 16,99 €

Pour information, notre TCS Irène sera en dédicace le samedi 29 Novembre 2026 de 10h30 à 16h30 à la Librairie Savoir-Être au 97 rue des Halles à Tours (Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire).

Le mot du mois : « Horizon »

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L’horizon vient du grec *horos, la limite. *Orizô, je trace une limite. Il participe aussi de l’idée de « sillon » tracé dans un champ, qui se voit marqué par des bornes de délimitation. Quelques avatars phonétiques se retrouvent aussi en latin. Le champ lexical n’est guère pléthorique, horizon, horizontal, aphorisme. L’aoriste, temps verbal grec, correspond au passé simple français, au prétérit anglais. Un passé strictement limité à une action ponctuelle, historique. Sans durée ni valeur répétitive. Contrairement à l’imparfait.

L’horizon est le point aveugle, la limite indépassable entre ciel et terre, ciel et mer.

Horizontalité matérielle et terrienne du « plancher des vaches », verticalité des ciels et des cieux. Mais… car il y a un mais à cette apparente définition sans difficulté. L’horizon a, depuis longtemps, suscité son lot de réflexion, de perplexité, d’inquiétude. Une limite ? Certes. Mais qu’y a-t-il derrière elle ?

Que ce soit dans une perspective « platiste » de l’univers, ou que l’innovation mentale des penseurs scientifiques, depuis Ératosthène dès l’Antiquité, vienne en prouver la sphéricité, combien difficile il est de concevoir l’existence d’« autre chose » au-delà de cette limite ! Une Terre plate, « au bout » de laquelle la chute dans le grand vide serait assurée ? Une sphère qui poserait l’existence « à l’envers » d’autres humains ? Comment se voir la tête en bas ?

Comment expliquer que, de ce bateau là-bas, à l’horizon, on voit d’abord le mât avant d’en repérer la taille même minuscule, ou qu’il s’escamote progressivement dans la mer, sans naufrage ?

Si l’horizon crée une limite, plutôt rassurante, il ouvre en même temps à l’idée d’un au-delà assorti de l’inquiétude de ce qu’il occulte, et surtout qu’il interdit. D’autant plus que, comme chacun le sait, il recule indéfiniment à la mesure du pas que l’on fait vers lui !

Il est un appel à l’imagination, à l’invention de figures peut-être terrifiantes, à la curiosité d’escalader la montagne pour découvrir ce qu’elle cache. L’horizon comme élan, pourrait-on dire, ne laisse jamais en repos.

Ambivalence de ce mot qui désigne à la fois la borne entre la vie, concevable par la vue qu’on en a, et l’interdit du non visible sous le sceau d’un infini de danger et de mort.

« L’horizon qui souligne l’infini », comme dit Victor Hugo, qui le contempla chaque jour de son exil à Jersey.

Ligne intangible entre ciel et mer, ciel et terre, il dessine les contours de l’imaginaire, qu’on le formule en bord du ciel ou en frontière des yeux.

Mais c’est une frontière rassurante. Il n’est que de percevoir, a contrario, le presque malaise que créent William Turner dans ses marines tourmentées de batailles et d’orages, ou encore Carl Friedrich David et son Voyageur devant la mer de nuages, qui escamotent ou détournent les contingences naturelles.

L’horizon se fait alors source d’un regard plus intime, d’une respiration au rythme comme transcendé d’un univers autre, d’une expérience spirituelle dans laquelle on se laisse déborder par une émotion inédite.

But, projet, dessein, « à l’horizon des années 20.. ». La vision d’un futur encore trouble et des enjeux qui le sous-tendent ?

Dans un monde en peau de chagrin, qui se crispe entre les clôtures de ses absurdités et confisque la possibilité même d’exister, ainsi l’horizon dépasse-t-il sa définition initiale de borne, pour recouvrer la vertu première du sillon à ensemencer de rêves et d’espoirs. Parce que, en dépit de toutes les certitudes rationnelles de sa cartographie, il offre encore l’au-delà de l’œil, l’ubiquité laissée à chacun de son imprescriptible lointain, de son ailleurs.

Annick DROGOU


L’horizon comme l’ombre

Pourquoi les peintres, pour dire l’horizon, le placent-ils presque toujours dans un coucher de soleil ?
Comme si la ligne imaginaire du monde devait s’éteindre avec la fin du jour.
Comme si la fin de la lumière était le seul moyen de pressentir un au-delà du visible.

L’horizon n’est pas une fin, c’est la promesse du recommencement.
L’éphémère s’y mêle à l’infini.

L’horizon est pareil à l’ombre que chacun porte avec soi, ombre à la fois insaisissable, fuyante et mêmement fidèle.
Microcosme de l’ombre, macrocosme de l’horizon.
Même fugacité, même irréalité, même immatérialité.
L’ombre et l’horizon résument tout ce que nous ne pouvons retenir, tout ce qui nous échappe, tout ce que nous pressentons sans pouvoir le dire.

Toujours devant l’homme, l’horizon parle d’éternité.
Toujours avec l’homme, l’ombre dit la gravité.

Ce que nous ne voyons pas encore, l’horizon le porte déjà.
Il nous murmure qu’il n’est de limite que dans notre regard, que nos frontières ne sont que des perceptions restreintes.

J’aime l’idée d’un horizon comme d’un sillon à creuser.
On y enfouit ses espérances, on y sème ses désirs. Germination.

Le destin comme ligne d’horizon.
La fatalité comme ombre insécable.
Entre les deux, la lumière persévérante de la marche.

Et le midi plein, quand l’ombre a disparu : “Midi le-juste“ comme ultime horizon.

Jean DUMONTEIL

« 120 ans de laïcité, 120 ans de liberté » : François Hollande au « 16 Cadet »

Pour le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905, le Grand Orient de France organise, le mardi 9 décembre 2025, une grande conférence publique à la rue Cadet, autour de François Hollande, ancien Président de la République. Une soirée où l’histoire, la laïcité et l’idéal maçonnique se répondront au cœur de la cité.

Une Marianne vigilante pour une République en éveil

L’affiche frappe d’emblée : un visage de femme, profil tendu vers l’horizon, regard clair, lèvres rouges, bonnet phrygien stylisé. Une Marianne revisitée, presque intemporelle, qui semble sortir d’une estampe moderne. Ce choix graphique n’est pas un simple décor. Il dit l’essentiel : la laïcité n’est pas un vieux texte rangé au rayon des commémorations poussiéreuses. Elle demeure un visage vivant de la République, un appel à la vigilance et à la liberté de conscience.

Marianne-GODF

Sur fond de bleu profond, le slogan s’impose comme un leitmotiv :

« 120 ans de Laïcité, 120 ans de Liberté ».

Derrière cette formule, tout un héritage : la loi du 9 décembre 1905, dont le Grand Orient de France fut l’un des ardents promoteurs, et qui continue de structurer notre rapport collectif au religieux, à l’État, à la citoyenneté.

Le 9 décembre 2025, à 19 h, la salle du Grand Temple de la rue Cadet accueillera donc un invité de marque : François Hollande, ancien Président de la République. La rencontre se déroulera en présence de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, entouré d’une délégation du Conseil de l’Ordre. L’accès se fera sur inscription obligatoire, via le site du GODF.

1905 – 2025 : une loi de séparation, une culture de l’émancipation

On réduit parfois la loi de 1905 à un simple dispositif de « séparation des Églises et de l’État ». Elle est bien plus que cela : une véritable grammaire de la liberté. Elle met fin au régime des cultes reconnus, consacre la neutralité de l’État en matière religieuse, et garantit, dans un même mouvement, la liberté de conscience et la libre expression des convictions.

La Marianne noire – musée de la franc-maçonnerie, copie

Pour la Franc-Maçonnerie libérale et adogmatique, cette loi a longtemps été l’un des horizons privilégiés de son engagement citoyen. Au tournant du XXe siècle, nombre de frères ont œuvré, à l’Assemblée comme dans la société civile, à l’émergence d’un cadre juridique qui protège à la fois le croyant, l’agnostique, l’athée, le chercheur spirituel. La loi de 1905 n’est pas anti-religieuse ; elle est anti-confusion des pouvoirs. Elle met chacun à sa juste place : l’État du côté de l’intérêt général, les cultes du côté de la liberté individuelle.

Cent vingt ans plus tard, les défis ont changé de visage sans perdre de leur intensité :
– résurgence des fanatismes et des intégrismes ;
– crispations identitaires autour des signes religieux ;
– interrogations sur le rôle de l’école, des services publics, des réseaux sociaux ;
– tentations d’instrumentaliser la laïcité, tantôt comme bannière d’exclusion, tantôt comme alibi pour contourner les valeurs républicaines.

Dans ce contexte, le choix du thème – « 120 ans de laïcité, 120 ans de liberté » – prend tout son sens. Il rappelle que la laïcité n’est pas une arme de guerre culturelle, mais un outil de paix civile. Elle n’oppose pas, elle sépare pour mieux relier : elle sépare les pouvoirs pour relier les consciences dans un même espace de droit.

La parole d’un ancien Président au cœur de la maison maçonnique

Inviter un ancien Président de la République au siège du Grand Orient de France n’est jamais un geste anodin. C’est affirmer que la laïcité ne relève pas d’un débat académique ou d’un folklore militant, mais qu’elle engage la plus haute responsabilité politique : celle de garantir, en tout temps, l’équilibre subtil entre l’unité de la Nation et la pluralité des convictions.

François Hollande en 2015

François Hollande s’est trouvé aux commandes de l’État dans une période marquée par les attentats terroristes, les crispations sur la place de l’islam, les tensions autour de l’école et des valeurs républicaines. Sa présence rue Cadet permettra de revenir, avec le recul nécessaire, sur plusieurs questions brûlantes :
– comment l’État peut-il défendre la laïcité sans céder à la stigmatisation de certaines populations ?
– comment tenir ensemble liberté d’expression, respect des croyances et lutte contre les discours de haine ?
– de quelle manière la loi de 1905 reste-t-elle un socle, et quelles adaptations sont aujourd’hui discutées ou contestées ?

La Franc-Maçonnerie, forte de son histoire, n’a pas vocation à se substituer au politique, mais à nourrir le débat public. En ouvrant largement ses portes à une conférence publique, le Grand Orient de France assume ce rôle : faire de la rue Cadet un lieu de réflexion, de pédagogie et de dialogue, loin des caricatures complotistes, loin aussi des simplifications médiatiques.

Laïcité et idéal maçonnique : une même exigence de liberté intérieure

Pour les francs-maçons, la laïcité ne se réduit pas à un dispositif juridique. Elle est le miroir profane d’un principe initiatique : la liberté absolue de conscience. Entre les colonnes, chacun est invité à interroger ses certitudes, à se déprendre des dogmes, à travailler à la fois à son élévation et à celle de l’humanité. La cité laïque, elle, propose un cadre où nul n’est sommé de renier sa foi ou son absence de foi, mais où personne ne peut imposer à tous ses propres normes spirituelles.

Dans cette perspective, célébrer les 120 ans de la loi de 1905 n’est pas seulement rappeler un texte fondateur ; c’est revisiter un engagement vivant :
lutter contre toutes les formes de cléricalisme, religieux, politique, idéologique ;
défendre la liberté de croire, de ne pas croire, de changer de croyance ;
promouvoir une école émancipatrice, qui transmette à la fois des savoirs, une méthode, un sens critique ;
faire de la République un espace hospitalier pour toutes les diversités, à condition qu’elles respectent l’égalité en droits et la dignité de chacun.

La Marianne graphique de l’affiche, avec son regard tourné vers l’avant, peut alors se lire comme une allégorie maçonnique : une conscience éveillée, qui refuse de se laisser enchaîner par les fanatismes, les replis identitaires ou les nostalgies d’un ordre ancien. Elle évoque la Sœur Liberté, gardienne silencieuse des Lumières, qui invite à passer du slogan à la pratique, du principe abstrait à la responsabilité quotidienne.

Une soirée ouverte à tous, pour penser l’avenir de la laïcité

Cette conférence du 9 décembre 2025 se veut résolument ouverte au grand public : citoyens curieux, chercheurs, enseignants, militants associatifs, profanes désireux de mieux comprendre le lien entre laïcité et Franc-Maçonnerie. Elle sera aussi un moment de pédagogie pour rappeler que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres, mais la condition même pour que toutes les opinions puissent coexister dans la paix civile.

À l’heure où tant de discours cherchent à opposer les communautés, à dresser les uns contre les autres, le pari du Grand Orient de France est clair : rassembler autour de la loi de 1905 comme d’un bien commun, un patrimoine vivant à transmettre, questionner, actualiser.

Pierre Bertinotti

En donnant la parole à François Hollande, en présence du Grand Maître Pierre Bertinotti et d’une délégation du Conseil de l’Ordre, l’obédience s’inscrit dans la continuité de son histoire : celle d’une institution qui ne se contente pas de commenter la République, mais qui entend, à sa manière, contribuer à l’éclairer.

Rendez-vous (inscription obligatoire) donc mardi 9 décembre 2025 à 19 h, au Grand Orient de France, 16 rue Cadet, Paris IXe, pour cette soirée où la laïcité, loin des polémiques stériles, se donnera à entendre comme ce qu’elle demeure depuis 1905 : une liberté en partage, un chemin de fraternité possible dans une société plurielle.

Une nouvelle lumière au Rite Écossais Rectifié : la loge Emanescence voit le jour à Montpellier

C’est dans la douceur automnale du Languedoc, à l’Orient de Montpellier, que s’est allumée une nouvelle flamme du Rite Écossais Rectifié. Le 1er novembre 2025, au temple de Vauguières (chemin du Mas Michel, 34130 Mauguio), la loge Emanescence a été officiellement constituée. Un nom qui dit tout : l’émergence, la naissance d’une lumière intérieure dans la continuité la plus pure de la tradition willermozienne.

Une convergence rare et précieuse

J.-B. Willermoz

Ce qui frappe d’emblée, c’est la richesse des origines des fondateurs. Sœurs et frères venus de sept obédiences différentes – Grande Loge Féminine de France, Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, Fédération française du Droit Humain, Grande Loge Mixte de France, Grand Prieuré Mixte de France, Province d’Auvergne, Prieuré de Septimanie – ont choisi de dépasser les clivages pour ne faire qu’un seul et même atelier.

Cette union n’est pas un compromis : c’est une volonté délibérée de retour aux sources. Emanescence est une loge libre et souveraine, associée à un ordre intérieur, qui pratique le RER dans sa forme la plus authentique : rituel de 1782 et Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France – Approuvé par les députés des Directoires de France au Convent National de Lyon en 5778 respectés à la lettre.

Camille Savoire (1869-1951)

Une particularité qui fait sens

Dans cette loge, les Maîtres Écossais de Saint-André occupent ostensiblement leur place en loge bleue. Un choix fort qui rappelle que le Rectifié n’est pas une simple succession de grades, mais un chemin continu où chaque degré irrigue les suivants.

À l’atelier, on compte déjà deux Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (CBCS), quatre Maîtres Écossais de Saint-André (MESA) et une majorité de Maîtres expérimentés. De quoi garantir une transmission de haute tenue, Dans l’esprit du Rite Écossais Rectifié, l’emblème montre une colonne brisée, tronquée à son sommet mais fermement assise sur sa base, portant la devise Adhuc stat – littéralement « elle est encore debout », ou, par extension, « sa base demeure solide ». Ce signe enseigne que l’homme, dégradé par la Chute, n’est pas anéanti : il tient encore. Il possède donc les moyens d’être rétabli dans son état originel ; au Maçon d’apprendre à les mettre en œuvre, par la rectification de soi, l’exercice des vertus et le patient travail initiatique.

Des travaux pensés pour l’Homme et pour le Frère

Chaque premier samedi du mois à 10 heures précises, les portes du temple s’ouvrent. Horaires diurnes, banquet frugal dans le restaurant d’un frère à deux pas du temple : tout est pensé pour éviter les trajets nocturnes et permettre à chacun, quel que soit son âge ou sa région, de rejoindre sereinement les travaux.

« Nous voulons un lieu où l’on vient avec joie, où l’on repart enrichi, sans fatigue inutile »

confie l’un des fondateurs.

Un atelier ouvert aux chercheurs sincères

Emanescence n’est pas une loge fermée. Elle accueille toutes les sœurs et tous les frères déjà reçus dans le Rite Écossais Rectifié et désireux de travailler dans un cadre exigeant mais chaleureux. Que vous veniez de Toulouse, Nîmes, Avignon ou plus loin encore, une seule condition : le respect absolu de la tradition et l’envie de cheminer ensemble.

Contact

emanescence.lephenix9@gmail.com

Un phénix qui renaît de ses cendres, un nom qui résonne comme une promesse : dans un monde maçonnique parfois éclaté, Emanescence montre qu’il est encore possible de rassembler, de transmettre, de faire vivre l’esprit du Rectifié dans sa plus belle lumière.

À tous les chercheurs de Lumière : la porte est ouverte.

Venez voir par vous-même.

Quand le corps devient tablier : réflexion clinique sur le tatouage maçonnique

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Sous la plume d’un psychiatre-psychanalyste, cette enquête clinique interroge un phénomène discret mais croissant : des Frères et des Sœurs se font tatouer des emblèmes maçonniques comme signes d’appartenance. Que révèle ce passage du symbole intérieur à l’empreinte cutanée ? Entre mécanismes narcissiques, confusion du secret et du spectacle, regret tardif et coût collectif du détatouage, l’analyse croise aussi l’éclairage des traditions religieuses pour rappeler qu’en initiatique, la vraie marque ne se grave pas sur la peau mais dans la conscience.

Il arrive que certains Frères ou Sœurs, dans une ferveur sincère mais mal dirigée, choisissent d’inscrire sur leur peau les symboles maçonniques qu’ils devraient garder sur leur cœur. Équerre, compas, delta rayonnant, lettres hébraïques, colonnes ou gants stylisés deviennent alors marques indélébiles, étalées à la manière d’un blason sur le corps profane. Ce phénomène, en progression depuis une dizaine d’années, interroge non seulement la symbolique initiatique, mais aussi les ressorts psychiques de cette exposition de soi.

Le tatouage, dans le cadre maçonnique, inverse le mouvement initiatique : il externalise ce qui devrait rester intériorisé. Là où le rituel travaille à la lente gravure de la conscience, à l’inscription invisible du symbole dans l’âme, le tatouage opère une réduction – parfois narcissique – de la quête à un signe de reconnaissance immédiate. Ce passage de l’esprit à la chair trahit souvent une quête d’identité mal apaisée, un besoin d’affirmation visible, voire une revendication sociale ou communautaire déguisée en fidélité symbolique.

Le corps exhibé, le symbole trahi

La psychanalyse enseigne que le corps, lorsqu’il devient le support d’un signe d’appartenance, dit quelque chose d’un manque. Dans la Franc-Maçonnerie, où l’appartenance se vit dans le silence du Temple et non dans la démonstration, le tatouage maçonnique traduit parfois une confusion entre le paraître et l’être initié. Derrière le geste se lit souvent une détresse identitaire : ne sachant plus habiter symboliquement leur intériorité, ces Frères et Sœurs cherchent à la projeter à la surface du corps, comme pour conjurer une angoisse du vide.

D’un point de vue clinique, on retrouve ici des mécanismes proches de la compulsion identificatoire : le besoin de se faire voir, reconnaître, valider, quitte à profaner par l’image ce qui relève du secret intérieur. Le symbole, détourné de sa fonction spirituelle, devient un emblème tribal.

Le coût du désenchantement

Fait peu connu : nombre de ces initiés regrettent leur geste avec les années. Les séances de détatouage, longues, douloureuses, coûteuses (entre 1500 et 3000 euros pour un motif moyen), pèsent souvent sur la sécurité sociale lorsque la prise en charge médicale est invoquée pour raison dermatologique. À la charge psychique s’ajoute donc une charge collective : le prix d’une réintégration symbolique après un acte d’extériorisation irréfléchi.

Tatouages et spiritualités : entre interdit et purification

L’histoire religieuse éclaire cette dérive contemporaine. Dans le Lévitique (19, 28), le texte hébraïque est explicite : « Vous ne ferez pas d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous ne ferez pas de tatouages. » Le judaïsme a toujours considéré le corps comme création divine, intouchable, destiné à retourner pur à la terre.

L’islam partage ce point de vue : le hadith condamne le tatouage comme altération de la création d’Allah. Il en fait un signe d’orgueil ou de vanité. Le corps n’appartient pas à l’homme, il est confié à sa garde.

Chez les chrétiens, la tradition ancienne reste prudente : saint Paul rappelle que « votre corps est le temple de l’Esprit » (1 Co 6,19). Le marquer, c’est risquer d’y inscrire le profane dans le sacré. Certes, quelques figures mystiques ou missionnaires ont pu y voir un signe d’engagement, mais la norme demeure la pudeur et la réserve.

Une spiritualité de la peau ou du silence ?

Il n’est pas question ici de condamner, mais de rappeler que l’initiation maçonnique invite à un autre langage du corps : le geste juste, la position rituelle, le silence fécond, la lumière qui éclaire sans brûler. Le tatouage, en réduisant l’indicible à l’image, détourne le sens de cette lente construction intérieure.

À ceux qui inscrivent l’Équerre et le Compas sur leur bras, il faut rappeler que l’outil n’appartient pas au corps, mais à l’Œuvre. Le symbole, lorsqu’il s’imprime dans la chair, perd sa fonction de médiation : il devient possession. Et posséder un symbole, c’est déjà cesser de l’entendre.

Une misère expressive déguisée en passion initiatique

Dans ma pratique, j’ai rencontré plusieurs de ces Frères ou Sœurs repentis. Tous exprimaient, à mots couverts, un même regret : celui d’avoir voulu rendre visible ce qu’ils ne savaient plus ressentir. C’est là une pauvreté d’expression, non une faute morale. Mais elle dit quelque chose d’une époque : celle où l’être se mesure à ce qu’il montre, et non à ce qu’il élève.

La véritable trace maçonnique n’est pas sur la peau, mais dans le regard, la main tendue, la parole maîtrisée. Le reste n’est que bruit. Et dans cette inflation de signes, l’initié se perd, croyant se retrouver.

Le tatouage dans les rites traditionnels : quelques repères…

Tatouage intégral yakuza portant un fundoshi.

Dans l’histoire des sociétés, le tatouage n’a pas une signification unique : il peut marquer l’appartenance, l’épreuve, la protection, la mémoire des morts ou l’esthétique. Quelques repères utiles pour ne pas confondre ces usages avec l’extériorisation initiatique maçonnique.

Polynésie et Māori
Le tā moko maori et les motifs polynésiens inscrivent la généalogie, le rang, la bravoure. Ils ne relèvent pas d’un “branding” individuel mais d’une grammaire lignagère et sacrée, codifiée et transmissible.

Afrique du Nord et Orient
Les tatouages amazighs ou coptes ont souvent une valeur protectrice, identitaire ou liturgique (croix coptes au poignet). Ils témoignent d’une mémoire communautaire plus que d’une revendication personnelle.

Japon traditionnel
L’irezumi a porté successivement des fonctions pénales, esthétiques et viriles : le même geste technique a pu signifier l’infamie, puis l’ornement héroïque. La fonction sociale du signe prime sur son motif.

Europe moderne
Marins, légionnaires, forçats, pèlerins : le tatouage y fut tantôt registre de route, tantôt talisman, tantôt stigmate. Dans les cultures initiatiques occidentales, la marque la plus haute demeure intérieure : le signe s’éprouve plus qu’il ne s’exhibe.

Religions du Livre
Le judaïsme (Lv 19,28) proscrit le tatouage ; l’islam le réprouve comme altération de la création ; le christianisme, plus nuancé, rappelle que « le corps est temple de l’Esprit » et valorise la pudeur. Ces réserves convergent : la sacralité du corps appelle la discrétion du signe.

Là où les sociétés traditionnelles inscrivent sur la peau une loi commune, l’initié maçon cherche, lui, à inscrire la Loi en lui. Le rite vise l’intériorisation patiente, non la publication de soi. Entre symbole vécu et emblème tatoué, l’écart n’est pas esthétique : il est spirituel.

Références d’études et spécialistes

  • Viren Swami — psychologue britannique, spécialiste des études sur l’estime de soi et les motivations du tatouage (voir article sur Trust My Science : « Le tatouage, un moyen d’expression aux vertus psychologiques »).​
  • Analyse sur le site MissionPsychologue.fr : « Que révèlent les tatouages en psychanalyse » avec des points de vue de psychanalystes français et des synthèses cliniques.​
  • Psychologue.net — plateforme regroupant des témoignages et recherches cliniques de psychologues sur le rapport au tatouage.​
  • Article sur Lacageauxfioles.fr, par des thérapeutes spécialisés, sur le tatouage comme processus thérapeutique et gestion du traumatisme.​
  • Études sociologiques et psychologiques mentionnées par Eurekoi.org (bibliothécaires et chercheurs, dont des psychologues canadiens, interrogés sur la symbolique et la popularité du tatouage auprès des jeunes adultes).

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Causes du déclin d’une certaine Franc-maçonnerie, à la lumière du principe d’attribution causale

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La Franc-maçonnerie française, jadis pilier de la République et vecteur d’influence sociétale, traverse depuis plusieurs décennies une crise profonde. Avec environ 170 000 membres en 2025, répartis sur 8 grandes Obédiences et une multitude de petites, elle peine à renouveler ses effectifs et à maintenir son rayonnement.

Ce déclin n’est pas uniforme : certaines loges traditionnelles ou ésotériques résistent mieux, tandis que les obédiences « adogmatiques » ou engagées socialement s’essoufflent. Pour comprendre ce phénomène, le principe d’attribution causale, issu de la psychologie sociale, offre un éclairage puissant. Il révèle comment les maçons et les observateurs attribuent les causes du déclin – internes (dispositions personnelles, erreurs des obédiences) ou externes (évolutions sociétales) – souvent biaisées par des mécanismes cognitifs.

Le principe d’attribution causale : un outil psychologique pour décrypter les explications

Fritz Heider (1896 – 1988)

Développé par Fritz Heider dès 1958, le principe d’attribution causale désigne le processus par lequel les individus expliquent les événements ou comportements en identifiant des causes internes (liées à la personnalité, aux efforts ou aux traits) ou externes (situées dans l’environnement, les circonstances ou la société).

Harold Kelley

Harold Kelley, en 1967, raffine cette théorie avec le modèle de la covariation : une cause est attribuée en fonction du consensus (tout le monde réagit-il ainsi ?), de la consistance (le comportement est-il stable dans le temps ?) et de la différenciation (est-il spécifique à cette situation ?).

Ce mécanisme n’est pas neutre : il est truffé de biais. L’erreur fondamentale d’attribution (ou biais de correspondance) pousse à surestimer les facteurs internes chez autrui tout en minimisant les externes pour soi-même. Le biais acteur-observateur renforce cela : l’observateur blâme la victime, l’acteur invoque le contexte. Enfin, le biais de complaisance protège l’ego en attribuant les succès à soi et les échecs aux autres. Appliqué à la Franc-maçonnerie, ce principe explique pourquoi le déclin est souvent perçu comme la faute « des autres » plutôt que comme un phénomène multifactoriel.

Un déclin chiffré et incontestable

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. En France, seconde puissance maçonnique mondiale après les États-Unis, les effectifs stagnent ou baissent : environ 160 000 membres en 2020, contre plus de 175 000 en 2014. Le Grand Orient de France (GODF), obédience phare, compte environ 52 000 membres actuellement, mais avec un vieillissement marqué (âge moyen supérieur à 60 ans). La crise Covid a accéléré la tendance : -1,8 % au GODF en 2020, perte de 600 membres à la GLDF.

À l’international, le déclin anglo-saxon est plus marqué : 1,1 million de membres aux USA (contre des pics historiques bien supérieurs), et un effondrement depuis les années 1960. En Europe, les obédiences libérales peinent face à la « régularité » anglo-saxonne. Ce n’est pas une disparition, mais un lent effritement : moins d’initiations, plus de démissions, fragmentation en micro-obédiences.

Les causes externes : une société qui délaisse les fraternités traditionnelles

Selon le modèle de Kelley, si le déclin touche consensus (toutes obédiences), consistance (depuis décennies) et différenciation faible (similaire à d’autres clubs philanthropiques), les causes sont externes. La sécularisation frappe dur : la Franc-maçonnerie, née des Lumières, perd son monopole sur la quête de sens dans une société athée ou spirituelle « à la carte ». Le vieillissement démographique (pyramide des âges >50 ans) et le manque de renouvellement générationnel aggravent cela : les jeunes préfèrent les réseaux sociaux aux tenues rituelles.

declin de la Franc-maçonnerie

Crises économiques, précarité des classes moyennes (cœur historique des loges) et addiction au divertissement numérique fragmentent l’attention : pourquoi des débats philosophiques longs quand TikTok offre l’instantané ? Enfin, la perte d’influence politique : moins de 10 % des députés maçons, réseaux informels plutôt que pouvoir occulte.

Les causes internes : dérives et rigidités des obédiences

Si la différenciation est forte (certaines loges prospèrent, comme au RER), les causes internes dominent pour les obédiences en crise. Querelles internes, scissions (crise GLNF 2008-2012, perte d’un tiers des membres) et affairisme ternissent l’image. Certaines loges se « peopleisent » ou politiciennes, oubliant l’ésotérisme au profit d’actions stériles. Le refus de la mixité (GODF jusqu’en 2010) ou rigidité rituelle repousse les jeunes et femmes.

Les biais d’attribution en action dans les discours maçonniques

L’erreur fondamentale d’attribution est flagrante : les maçons des obédiences déclinantes blâment les « jeunes matérialistes » (externe pour soi, interne pour autrui), tandis que les critiques externes accusent l’élitisme maçonnique. Biais de complaisance : « Nos succès passés venaient de notre vertu, le déclin vient de la société décadente.« 

Le biais acteur-observateur divise : les « internes » voient leurs échecs comme contextuels (sécularisation), ceux des autres comme dispositionnels (paresse spirituelle). Cela bloque les réformes : au lieu d’adapter rites et communication, on invoque un complot externe ou une trahison interne.

Vers une renaissance ? Au-delà des biais

Le principe d’attribution causale invite à l’équilibre : reconnaître les causes multiples pour agir. Des loges comme Emanescence (RER mixte, récente) montrent la voie : retour aux sources, ouverture, rigueur. Recentrer sur l’initiatique, digitaliser sans superficialité, attirer par le sens plutôt que le réseau : voilà des pistes.

La Franc-maçonnerie n’est pas condamnée. En évitant les biais attributionnels, elle peut transformer son déclin en renouveau. Car, comme le rappelait Heider, comprendre les causes vraies est le premier pas vers le changement.

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La plus ancienne organisation fraternelle de Sonoma célèbre 175 ans de fraternité et d’histoire

De notre confrère californien patch.com – Par Robert Leonard

La loge Temple n° 14 des francs-maçons libres et acceptés — la plus ancienne organisation fraternelle de la ville de Sonoma — célébrera son 175e anniversaire le samedi 15 novembre 2025, marquant un fier héritage qui remonte aux premiers jours de la Californie et à la fondation même de la ville de Sonoma.

Samedi 15 novembre 2025 à 17h00
Centre communautaire de Sonoma, 276 E Napa St, Sonoma, CA, 95476

Obtenue par dispense le 25 novembre 1850 et officiellement reconnue le 6 mai 1851, la Loge Temple n° 14 est un pilier de la vie civique et philanthropique de Sonoma depuis près de deux siècles. Aujourd’hui, elle perpétue cet héritage en soutenant activement l’éducation locale : elle fait don d’ordinateurs portables et d’iPads aux élèves défavorisés des écoles primaires de la vallée de Sonoma et a versé plus de 10 000 $ ces trois dernières années à DonorsChoose.org pour aider les enseignants à acquérir du matériel scolaire essentiel. Ces initiatives témoignent de l’engagement indéfectible de la Loge envers l’éducation, le service communautaire et l’épanouissement de la prochaine génération de la vallée de Sonoma.

Mais l’histoire des francs-maçons de Sonoma est indissociable de l’histoire de Sonoma elle-même — et, de fait, de la naissance de la Californie.

Les francs-maçons ont joué un rôle central dans la formation de l’identité californienne naissante. Nombre de chefs de la Révolte du Drapeau à l’Ours du 14 juin 1846 – rébellion qui a contribué à préparer le terrain pour la transition de la Californie du Mexique aux États-Unis – étaient francs-maçons. Parmi eux figuraient le Dr Robert Baylor Semple, le capitaine Granville Perry Swift, le capitaine John Grigsby, Bartlett Vines, William Henry Hargrave, Peter Lassen et George C. Yount.

Quelques semaines plus tard, le 9 juillet 1846, le lieutenant de la marine américaine Joseph Warren Revere — lui-même franc-maçon et petit-fils du patriote Paul Revere — abaissa le drapeau à l’ours et hissa le drapeau étoilé sur la place de Sonoma pour la première fois, liant à jamais Sonoma à la naissance de l’Ouest américain.

Après la guerre américano-mexicaine, plusieurs officiers francs-maçons de l’armée, stationnés à Sonoma, restèrent sur place pour contribuer à l’édification des institutions du jeune État. Parmi eux figuraient le colonel Jonathan Drake Stevenson, commandant du 1er régiment de volontaires de New York et futur premier grand maître de la franc-maçonnerie en Californie, ainsi que le lieutenant George Stoneman Jr., futur général de l’Union et gouverneur de Californie (1883-1887).

Leur leadership a permis d’établir les principes de communauté, de service et de force morale qui sont devenus les marques de fabrique de la franc-maçonnerie californienne.

Les origines de la loge Temple remontent à une réunion du 9 avril 1851, lorsque huit francs-maçons se réunirent à l’étage de la Ray House (aujourd’hui l’Adler Adobe, au 205 East Spain Street). Le mois suivant, le groupe reçut sa charte officielle, sous la présidence du grand maître Stevenson.

Parmi les premiers membres de la loge figuraient des diplômés de West Point et des officiers de l’armée tels que le lieutenant George Horatio Derby (le premier maître de la loge), le lieutenant George Stoneman (secrétaire) et le lieutenant Robert Hopkins (trésorier).

Au fil des décennies, la loge Temple s’est réunie dans plusieurs bâtiments historiques de Sonoma — notamment l’Adobe Salvador Vallejo, le bâtiment Vaslit et le bâtiment de la Sonoma Valley Bank — avant de s’installer en 1909 au 465 First Street West, où elle est restée pendant 84 ans et a compté jusqu’à plus de 300 membres.

Parmi les nombreux francs-maçons distingués associés à Sonoma, plusieurs ont acquis une renommée nationale :

  • Le général Henry « Hap » Arnold, considéré comme le père de l’US Air Force et le seul Américain à avoir détenu le grade de général cinq étoiles dans deux branches des forces armées, se retira dans la vallée de Sonoma après la Seconde Guerre mondiale et fréquentait assidûment Temple Lodge. Son nom est resté associé à Arnold Drive et à Arnold Field.
  • Le général George C. Marshall, architecte du plan Marshall, aurait rejoint Arnold lors d’une réunion de la loge Temple pendant son séjour à Sonoma en 1945.
  • Charles E. « Chuck » Williams, fondateur de Williams-Sonoma, Inc., fut élevé au grade de Maître Maçon à la loge Temple en 1956. Inspiré par l’invitation d’un autre franc-maçon à se rendre en Europe, Williams rapporta aux États-Unis la vision qui allait révolutionner la cuisine familiale américaine. Son premier magasin, ouvert à deux pas de l’emplacement actuel de la loge, lia à jamais l’esprit d’artisanat et d’entreprise de Sonoma à la tradition maçonnique.

Malgré les tremblements de terre, les incendies et le passage du temps, la loge Temple n° 14 a subsisté, témoin vivant du passé pionnier de Sonoma et de son présent dynamique. Ces dernières décennies, la loge a déménagé à son adresse actuelle, au 669 Broadway, où ses membres perpétuent les valeurs intemporelles de fraternité, d’entraide et de vérité.

La célébration du 175e anniversaire de la Loge rendra hommage non seulement aux francs-maçons qui ont contribué à façonner les premières années de Sonoma, mais aussi aux contributions continues de l’organisation à la vie civique et culturelle de la communauté de la vallée de Sonoma.

La légende de Tubal-Caïn – fondement de la Franc-maçonnerie

Selon la Genèse, Adam et Eve ont eu 3enfants : Caïn, Abel et Seth

Caïn a tué Abel et a été renvoyé du Paradis. Ensuite, Caïn est recueilli par Lilith (connue des vampires), qui le rassure, le soigne puis l’éveille aux disciplines comme la magie. Caïn signifie (acquérir ou obtenir) Lilith est un démon féminin de la tradition juive. Elle est à l’origine un démon mésopotamien. Dans les légendes juives qui se répandent au Moyen Âge, Lilith est présentée comme la première femme d’Adam, avant Ève.

Toujours selon la tradition juive, Lilith, punie par la stérilité, pousse Satan, déguisé en serpent, à pervertir Ève en la possédant charnellement. De cette union, naît le premier être humain ombiliqué (doté d’un nombril contrairement à ses divers parents)

La fonction de Caïn était de travailler la terre, il ne fut pas tué après son crime fratricide, il se trouva symboliquement exilé de la terre sacrée. Il fut envoyé de l’Orient vers le Nord et habita le pays de NOD.). Abel est victime de Caïn, qui par ce meurtre, révèle la haine qui habite le cœur de l’homme ; il est le type du mauvais, qui hait le juste. Dieu, lisant dans le cœur de l’homme, sait la mauvaise habitude de Caïn, qui se manifeste dès que son offrande est refusée. Caïn pratique alors la querelle, la jalousie et les accès de colère.

Abel et Cain

Les histoires de Caïn et Abel et d’Ésaü et Jacob et d’autres encore, nous montrent combien la fraternité nous est difficile à vivre. La dernière partie du livre de la Genèse, à travers l’histoire de Joseph, pousse très loin la description du conflit entre frères mais aussi l’évocation de la construction de la fraternité. La tradition chrétienne a une vision symbolique de l’histoire biblique de Caïn, Abel et Seth. Seth est le troisième fils d’Ève que Dieu lui accorde pour remplacer Abel tué par Caïn. Seth est l’ancêtre de Noé, du roi David et de Joseph, le père nourricier de Jésus. Les sages du talmud ont écrit que Moïse serait la réincarnation d’Abel. Dix générations séparent Noé d’Adam. La lignée de Caïn prend fin lors du Déluge à l’époque de Noé.

Après que Caïn eut bâti la première ville nommée Hénoch, il devint le premier d’une lignée de créateurs. La postérité de Caïn fonde la civilisation, le progrès de la technique, des sciences et des arts, l’alchimie. Chaque descendant de Caïn est décrit par son activité : Jubal sera nomade et berger, Dubal sera musicien Tubal-Caïn s’occupera des métaux et des instruments.

Abel et Cain

Tubal-Caïn descendant direct de Caïn  appartenait à la 7ème descendance.
D’après la légende, c’est le premier qui découvrit l’art de forger les métaux. Tubalcain signifie « Maître du monde ». Il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge, à Vulcain chez les Romains, à, PTAH en Egypte, le Grand Yu en CHINE, OGUN chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde.
Généralement Tubal-Caïn est représenté comme un forgeron trapu, tassé et boiteux. Détenteur du secret des transmutations, il paya le prix de sa découverte par un signe visible et permanent sur le plan physique. A noter que dans toutes les mythologies, de nombreux forgerons sont infirmes : Héphaïstos aussi, est boiteux et difforme.

Le forgeron,  boite, claudique, c’est un être imparfait disent certains ; ou bien cette marque visible est-elle un signe de sa pureté et de son don de clairvoyance ? Avoir saisi le sens de la vie et de l’univers ne laisse-t-il pas une marque indélébile ? Les forgerons connus ont tous quelques disgrâces comme si la perte de leur intégrité physique était le prix à payer pour accéder à la Connaissance.

Celui qui sait ne peut être heureux, celui qui construit et aime attire forcément la foudre des hommes et des dieux. Ainsi en va-t-il de tous les héros, mais aussi de tous les Créateurs, des prophètes, des philosophes, tous les êtres qui prônent la liberté, la force d’amour, le courage, en fait tous ceux qui osent être ce qu’ils sont, et donc déplaisent aux vulgaires. 
Les forgerons  de l’Antiquité étaient appelés Vénérables ou Respectables, selon leur âge ils étaient des créateurs, tout comme notre VM\ actuel qui reçoit, crée et constitue le nouvel apprenti de la Loge.

Salomon

Les Fils de Caïn sont les auteurs des arts et des métiers. En conséquence, Jéhovah choisit Salomon, descendant de la lignée de Seth, pour construire une demeure en l’honneur de son nom, appelé temple de Salomon, bien que Salomon ait été simplement l’instrument chargé d’exécuter le plan divin révélé par Jéhovah à David. Mais Salomon étant incapable de réaliser en forme concrète le dessein divin il s’est vu obligé de s’adresser au Roi Hiram de Tyr, le descendant de Caïn, qui choisit Hiram Abiff, le fils de la veuve.

 Hiram Abiff est donc devenu le Grand Maître d’une armée de constructeurs.

En lui, les arts et les métiers de tous les Fils de Caïn qui avaient vécu jusqu’alors. Hiram Abiff était plus habile que tous les autres dans le travail matériel sans lequel le plan de Jéhovah n’aurait pas été réalisé. L’implication des Fils de Caïn était aussi nécessaire à la réalisation du temple.

Tubal-Caïn, montre à Hiram la longue lignée de ses pères : D’abord Caïn qui fut conçu par Iblis avec Ève selon le Coran et avec l’eternel selon la Bible ( et Abel conçu par Adam). Iblis, (Satan) était un Djinn conçu par le feu tandis que les anges le furent de Lumière.(Coran)

Dieu a pris Hénoch, comme dans Genèse 5:24 : « Et Hénoc marchait avec Dieu, et il n’était pas ; car Dieu l’a pris. (KJV) illustration des Figures de la Bible de 1728 ; illustré par Gérard Hoët (1648-1733) et d’autres, et publié par P. de Hondt à La Haye ; image reproduite avec l’aimable autorisation de la collection biblique Bizzell, bibliothèques de l’Université de l’Oklahoma

Puis Hénoch, qui apprit aux hommes à se bâtir des édifices, à se grouper en société, à tailler la pierre ; Hirad, qui jadis sut emprisonner les fontaines et conduire les eaux fécondes ; Maviël, qui enseigna l’art de travailler le cèdre et tous les bois ; Mathusaël, qui imagina les caractères de l’écriture ; Jabel, qui dressa la première des tentes et apprit aux hommes à coudre la peau des chameaux ; Jubal, qui le premier tendit les cordes de la harpe, et en sut tirer des sons harmonieux Enfin, Tubal-Caïn lui-même, qui enseigna aux hommes les arts de la paix et de la guerre, la science de réduire les métaux, de marteler l’airain, d’allumer les forges et de souffler les fourneaux.

Tubalcaïn, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre, il est agrémenté par le feu, lui même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. 

Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être. La forge est le symbole du cœur et les soufflets représentent les poumons.

Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer. C’est également le travail créateur par lequel l’Apprenti, mais aussi le Compagnon et le Maitre se recréent sur le chemin initiatique, dans le creuset de la Loge.

Le Franc-Maçon se fixe pour objectif de forger l’homme qu’il veut devenir. 

Grâce à l’introspection, il extrait les enseignements des profondeurs de son inconscient, pour se libérer des tabous, des excès, des aliénations de la vie profane. 

Franc-Maçons, nous sommes les descendants du premier meurtrier de la création !

Gaïanisme un nouvel humanisme planétaire ?

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Et si la planète Terre devenait le centre d’une nouvelle spiritualité ?

Le gaïanisme, né des travaux du chercheur britannique James Lovelock, s’affirme comme une réponse inédite aux bouleversements écologiques et culturels du troisième millénaire. Entre science et mythologie, le gaïanisme propose de penser la planète comme un organisme vivant, appelant à une éthique de l’interdépendance et de la responsabilité.

Cet ouvrage en explore les fondements théoriques, les figures symboliques et les acteurs sociaux, tout en interrogeant son rapport aux religions traditionnelles. À travers une analyse sociologique et anthropologique, il montre que le gaïanisme n’est pas seulement une curiosité spirituelle, mais l’expression d’une mutation profonde de notre rapport au sacré et au vivant. Mouvement hybride, critique et créatif, Frédéric Vincent esquisse les contours d’un nouvel humanisme planétaire et d’une solidarité écosophique à l’ère de l’Anthropocène.

Frédéric Vincent est psychanalyste d’inspiration jungienne et docteur en sociologie. Fondateur de la MIC (Maison de l’Inconscient Chrétien), il consacre ses travaux aux liens entre imaginaire, spiritualité et mutations sociales. Il a récemment publié aux Éditions Dandelion Le complexe de Gaïa et Exercices maçonniques.