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La GLCS se développe jusqu’à Brazzaville – Entretien avec Marcel Laurent le Fondateur

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Avec notre confrère du Congo adiac-congo.com – Par Guillaume Ondze

Fondée en 2003, la Grande loge des cultures et de la spiritualité (GLCS), une obédience mixte, théiste et laïque, a été présentée le 14 novembre à Brazzaville à la presse nationale par son fondateur Marcel Laurent. S’inspirant de l’existence d’une force suprême, la GLCS a la conviction forte d’œuvrer avec détermination à l’indispensable renouveau de la Franc-maçonnerie universelle.

Le grand maître Marcel Laurent, fondateur de la GLCS, a fait savoir que la Franc-maçonnerie régulière et universelle regroupe toutes les obédiences à travers le monde ; y adhèrent tous les Francs-Maçons initiés régulièrement, dans le contexte précis des « Landmark » du 18e siècle, découlant eux-mêmes des « Old-charges » (anciens devoirs). « En France, il existe un certain nombre d’obédiences, chacune avec ses spécificités, donc à priori sa raison d’être. Notre obédience est jeune, elle fut créée le 2 octobre 2003 par quinze frères et sœurs. Elle n’a pas vu le jour à la suite de quelques « caprices », ou d’une vaine volonté de recherche d’un quelconque « pouvoir ». Loin de là, elle fut le résultat d’une analyse, parfois douloureuse et attristée, de ce qu’était trop souvent devenue la Franc-Maçonnerie en France via certaines obédiences, d’où la prise de conscience de la nécessité d’un renouveau », a-t-il poursuivi.

Marcel Laurent a souligné qu’au début des années 2000, trois constats pouvaient être établis (ils sont toujours d’actualité). « 1er constat. D’abord, la Franc-Maçonnerie ou plutôt certaines obédiences sont trop souvent dominées par des passions humaines certes, mais souvent dévastatrices. Au fil du temps, les ambitions politiciennes, l’affairisme, la bureaucratie sont entrés dans les structures. Elles en ont parasité le fonctionnement et, plus grave encore, elles ont fait oublier le message maçonnique fondamental : apprendre à se construire, à s’élever. Nombre de Francs-Maçons négligeaient les principes maçonniques élémentaires au profit de la défense de leurs seuls intérêts, comme pour une maison, les fondations devenaient moins importantes que la décoration des murs », a-t-il décrit.

« C’est ce qui explique notamment l’« hémorragie » subie par la Franc-Maçonnerie française. En vingt ans, 125 000 membres l’ont désertée, déçus par trop d’affairisme, le faible niveau de réflexion en loge, et le manque d’implication sérieuse. Ce à quoi, il faut ajouter le verrouillage dans certaines obédiences par les « apparatchiks », quelques frères qui stérilisent la vie maçonnique, ayant oublié ce pourquoi ils sont entrés (théoriquement) en Loge, ou qui chercheraient davantage les médailles décors et honneurs que le bonheur de partager notre fraternité », a précisé le Souverain grand commandeur, Marcel Laurent.

Marcel Laurent Fondateur de la GLCS

Parlant de la philosophie véhiculée et prônée à la GLCS, confie Marcel Laurent, il y a beaucoup d’obédiences. Chaque obédience a ses spécificités et nous avons respecté chacune de leurs spécificités, mais nous avons tenu absolument que notre obédience soit mixte, théiste-philosophique et laïque. « Pourquoi mixte ? parce que dans le paysage maçonnique français, il y avait le droit humain, mais qui n’était pas théiste et nous voulions la loyauté au Grand Architecte de l’Univers que chacun ait une croyance dans son propre Dieu. C’est pour ça, que chez nous, il y a un coffre qu’on appelle l’Autel des serments. Dans ce coffre, il y a les trois livres des religions monothéistes : la Bible, la Thora, le Coran et un livre blanc pour les philosophies théistes, de manière à ce que chacun puisse retrouver ce qu’il souhaite… », a-t-il assuré.

En outre, il a indiqué que la politique a sa place au même titre que les religions. L’on ne doit pas rentrer dans ce processus de juger. Et, chaque obédience qui existe au Congo Brazzaville a sa raison d’être, parce qu’elle correspond au choix de chaque maçon qui est entré dans cette obédience. La maçonnerie est plurielle. Il y a des maçonneries qui veulent ceci ; d’autres qui veulent cela ! Et, nous nous avons expliqué que nous sommes déistes, philosophiques, laïques et mixtes. Nous sommes la seule obédience théiste. La personne qui croit en Dieu, qu’elle soit juive, musulmane où quelquefois dans le bouddhisme, c’est son problème, l’essentiel  est qu’elle soit consciente d’une force suprême. Nous sommes tous des particules de Dieu, nous sommes des poussières d’étoiles, si vous voulez, nous avons tous eu en nous cette force… mais le pouvoir est énorme, la magie de la foi est énorme. Si nous croyons bien fort que nous sommes des particules de Dieu, il est normal que nous ayons aussi une partie de ce pouvoir, à nous d’aller le chercher (…).

Le Temple Maçonnique de Rochefort : Un joyau historique en voie de renaissance

Information issues de divers média dont notre confrère France 3 Région – Par Sarah Boana et Yann Salaün

Un Sanctuaire Oublié au Cœur de la Cité Colbert

Au 63 avenue Lafayette, à Rochefort, se dresse un immeuble aux allures anodines, façade néoclassique du XIXe siècle qui ne laisse rien présager du trésor qu’il abrite. Derrière ces murs discrets se cache le Temple Maçonique de la loge L’Accord Parfait, un lieu unique en France, classé intégralement au titre des Monuments historiques depuis 2014. Fondé en 1776, ce sanctuaire maçonnique n’est pas seulement un témoignage architectural d’exception ; il incarne deux siècles et demi d’histoire Franc-maçonne, tissés au destin de cette ville-arsenal, berceau de navigateurs et de penseurs des Lumières.

Aujourd’hui, face à une dégradation inexorable, une rénovation ambitieuse d’un million d’euros s’annonce comme un sauvetage providentiel. « Si on le laisse se dégrader, on va perdre les décors« , alerte Bruno Candau, maître de la loge et responsable national de l’immobilier de la Grande Loge de France (GLDF).

Cet article explore les strates d’un patrimoine vivant, entre symboles ésotériques, engagements humanistes et défis contemporains.

Des origines aux lumières : la naissance de L ‘Accord Parfait dans l’ombre des voiles

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

L’histoire de la Franc-maçonnerie à Rochefort est indissociable de celle de la ville elle-même, fondée en 1666 par Colbert pour en faire un bastion naval stratégique. Dès la fin du XVIIIe siècle, ce port bouillonnant devient un vivier maçonnique, où marins, officiers et intellectuels échangent idées progressistes et fraternelles. La loge L’Accord Parfait émerge en 1776, sous l’égide du Grand Orient de France, alors principal obédience maçonnique européenne.

Elle s’inscrit dans une vague de loges nées dans les Charentes, comme L’Union Rétablie à Marennes ou L’Égalité Régénérée à Saint-Jean-d’Angély, reflétant l’essor des idéaux des Lumières dans une région marquée par le commerce atlantique et les vents de la Révolution.

Bannière de la Loge l’Accord Parfait – Rochefort (Crédit image : France 3)

Au fil des décennies, L’Accord Parfait s’affirme comme un pilier. Elle accueille des figures emblématiques : le marquis de Lafayette, héros de l’indépendance américaine et grand voyageur maçonnique, y pose sans doute ses pas lors de ses escales rochefortaises ; Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, explorateur légendaire dont la disparition en 1788 hante les mers du Pacifique ; ou encore Édouard Grimaux, chimiste et philologue du XIXe siècle, dont les travaux scientifiques portent l’empreinte d’un humanisme maçonnique.

Ces « frères de la Marine« , en poste ou en relâche, font de la loge un carrefour intellectuel. En 1841, après une période de dormance due aux troubles post-révolutionnaires, la loge renaît de ses cendres. Elle acquiert deux immeubles contigus rue Lafayette en 1842-1843, pour un montant modeste, et lance des travaux d’aménagement qui transformeront ces bâtiments en un temple d’exception.

À l’époque, sous le Second Empire hostile à la Franc-maçonnerie, L’Accord Parfait résiste, franchissant les tempêtes de la Commune de Paris et atteignant le XXe siècle avec 130 membres actifs.

Cette résilience s’explique par l’ancrage local : Rochefort, avec son arsenal et ses chantiers navals, attire des ouvriers et des artisans – tailleurs de pierre, charpentiers – dont les métiers inspirent les rites maçonniques, évoquant la construction mythique du Temple de Salomon. La loge devient un espace de promotion sociale, aidant orphelins et populations fragilisées, et propageant les valeurs d’égalité et de fraternité dans une société encore féodale.

Un décor unique : symboles, fresques et un trésor bibliographique

Pénétrer dans le Temple de L’Accord Parfait est une immersion dans un univers codé, où chaque élément murmure les mystères de la Franc-maçonnerie. Classé en totalité par arrêté du 14 avril 2014 – une première nationale pour un tel édifice –, l’immeuble de trois étages abrite deux temples superposés, une salle de méditation « aveugle » (sans fenêtres, pour l’introspection), et une bibliothèque d’une richesse inouïe.

Les décors, datés de la seconde moitié du XIXe siècle, sont parmi les rares ensembles complets et intacts en France, épargnés par les remaniements post-Libération qui ont effacé tant d’autres temples.

Bibliothèque de la Loge de Rochefort (Crédit France 3)

Au rez-de-chaussée trône la bibliothèque, joyau humaniste fondé en 1869. Avec plus de 4 600 volumes – dont 6 000 répertoriés en 1934 –, elle constitue une médiathèque avant l’heure, ouverte au public jusqu’à la Seconde Guerre mondiale pour l’alphabétisation des ouvriers de l’arsenal.

Livres d’architecture, traités philosophiques, ouvrages maçonniques : ce fonds, saisi en 1943 sous Vichy et restitué miraculeusement à la Libération par un marchand local, témoigne d’un engagement éducatif profond.

« C’était une œuvre d’accompagnement individuel et d’aide à la promotion sociale« , note un historien des archives départementales.

À l’étage, les temples déploient leurs fresques murales aux tons ocre et azur, symboles géométriques – équerre, compas, œil omniscient – et allégories évoquant le « Grand Architecte de l’Univers« . Le bureau du Vénérable Maître, pièce maîtresse en style Empire surmonté d’une estrade, domine l’espace principal, flanqué de trente fauteuils Louis-Philippe pour les « frères« . Une salle de méditation, aux murs nus pour favoriser la contemplation, complète cet ensemble rituel.

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Ces ornements, peints par des artisans locaux inspirés des cathédrales gothiques, rappellent les origines opératives de la maçonnerie : « Nous y accédons avec la confrérie des tailleurs de pierre, ce qu’ils faisaient avant pour construire les cathédrales, nous on le fait maintenant pour construire les hommes« , confie Bruno Candau.

Visites guidées lors des Journées du Patrimoine – gratuites et limitées à 30 personnes – offrent un rare aperçu de ces mystères, démystifiant les fantasmes pour révéler un idéal issu des Lumières : fraternité, recherche de vérité, engagement sociétal.

Les années sombres et la protection ultime : de Vichy au classement historique

Le XXe siècle marque une épreuve pour L’Accord Parfait. En 1940, sous l’Occupation et le régime de Vichy, la Franc-maçonnerie est dissoute, ses biens saisis. Le temple est condamné par la Milice, ses murs badigeonnés en blanc pour effacer les symboles – un acte qui, paradoxalement, préserve les décors sous cette couche protectrice.

La bibliothèque est vendue à l’encan, mais un Rochefortais bienveillant la restitue en 1945.

Bibliothèque maçonnique du Temple de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Contrairement à d’autres temples ravagés et refaits à la Libération, celui-ci émerge intact, constituant « l’un des rares exemples subsistants de décors maçonniques du XIXe siècle« .

La reconnaissance arrive en 2013-2014 : classé d’abord régionalement, puis nationalement, le temple devient le premier édifice maçonnique protégé en France. « C’est la garantie de la non-destruction« , se félicite Jean-Marie Tonnelier, ancien Vénérable Maître.

Ce statut, obtenu grâce à la mobilisation des frères, assure transmission et accès public, tout en préservant l’usage rituel : une soixantaine de membres se réunissent encore deux fois par mois pour « approfondir le travail du Grand Architecte« .

Menaces contemporaines : fissures et appel à l’urgence

Des fissures apparaissent un peu partout dans l’immeuble abritant la loge de l’Accord parfait, le 13 novembre 2025, à Rochefort (Charente-Maritime). • © Pierre Lahaye, France Télévisions

Malgré sa robustesse historique, le temple ploie sous les outrages du temps. Fissures serpentant les murs, gouttières défaillantes laissant l’humidité ronger le plâtre jusqu’au moellon : les signes de délabrement s’accumulent. « Des fissures commencent à se créer un peu partout. […] Le plâtre va finir par tomber directement sur le moellon et on va perdre les décors« , insiste Bruno Candau, évoquant un risque imminent de perte irréversible.

L’amiante et le plomb, vestiges des normes passées, aggravent le péril sanitaire.En 2018, la loge cède symboliquement le bâtiment à la GLDF pour un euro, anticipant les coûts colossaux des travaux.

La pandémie de Covid retarde les décisions, mais en novembre 2025, le chantier est enfin lancé : une restauration exhaustive, estimée à plus d’un million d’euros, entièrement financée par la GLDF.

La renaissance : travaux, découvertes et héritage vivant

Elsa Ricaud, architecte du patrimoine

Dirigés par Elsa Ricaud, architecte du patrimoine réputée pour la restauration de la Maison Loti, les travaux s’étaleront sur deux ans et demi, débutant fin novembre 2025.

Objectif : remise aux normes (élimination de l’amiante et du plomb), consolidation structurelle, et retour aux couleurs originelles des décors. La surprise pourrait venir des badigeonnages de guerre : « Il avait été demandé que tous les murs soient badigeonnés en blanc […]. Ce sera la surprise, bonne ou mauvaise, on verra« , anticipe Candau, espérant révéler de nouvelles fresques cachées.

Au-delà de la pierre, cette rénovation revitalise un héritage vivant. L’Accord Parfait, plus ancienne loge active de la GLDF, continue d’incarner une Franc-maçonnerie humaniste et ouverte, à l’image des autres Loges à l’Orient de Rochefort comme La Démocratie du Grand Orient de France, fondée en 1904.

L’arsenal de Rochefort en 1690.

Elle rappelle que Rochefort, carrefour de marins et d’idées, doit sa vitalité culturelle à ces réseaux discrets.

Conclusion : Un phare pour les générations futures

Temple maçonnique de rochefort (Crédit : ocean-rochefort)

Le Temple maçonnique de Rochefort n’est pas un reliquat poussiéreux, mais un phare allumé sur les valeurs de fraternité et de progrès. En le sauvant de l’oubli, la GLDF et ses frères ne préservent pas seulement des fresques ou des livres : ils perpétuent un fil reliant les Lumières à notre époque fracturée. Comme l’explique Bruno Candau, ce chantier est une construction d’hommes, pour les hommes – un « accord parfait » entre passé et avenir. Lorsque les travaux s’achèveront en 2028, ce sanctuaire rouvrira ses portes, invitant le public à un voyage initiatique. À Rochefort, la Franc-maçonnerie, loin des ombres mythiques, illumine toujours la cité de Colbert.

La Franc-maçonnerie et l’influence des marginaux de la réforme Protestante

Les Anabaptistes ou la révolution sociale du seizième siècle

« La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners »

 Chamfort.

L’histoire des Anabaptistes s’inscrit dans le courant des grands événements de l’histoire sociale et religieuse du monde. D’ailleurs le marxisme reconnu l’anabaptisme comme l’une des grandes expériences de socialisme, voire de communisme, avant l’heure. Cette doctrine religieuse bouleversa l’Europe de l’époque en général et l’Allemagne en particulier et ses conséquences historiques et sociales se prolongèrent après sa défaite militaire et imprima, inconsciemment, aux événements futurs une marque profonde.

L’anabaptisme se répandit dans toute l’Allemagne dès les premières années de la réforme luthérienne. Ayant réprouvé, dès le début, comme contraire aux textes de l’Evangile, le baptême des enfants, les anabaptistes commencèrent dans les premiers jours de 1525, à conférer à leurs adeptes un nouveau baptême qui se voulait le baptême de l’Esprit. Cette particularité purement extérieure, et par ailleurs nullement essentielle, leur valut le nom d’ « Anabaptistes » qui était, en fait, un sobriquet donné par leurs adversaires. Les enfants ne recevaient le baptême qu’à l’âge adulte. Mais, la plus grande diversité de doctrines et d’organisations ne tarde pas à morceler le mouvement en de nombreux conventicules autonomes : Sébastien Franck, un contemporain qui avait d’étroites relations avec les anabaptistes énumérait, dans sa chronique, 44 groupes qui vivaient entre-eux en parfaite harmonie et reconnaissaient tous ce dogme commun qui leur était propre et les séparaient nettement du protestantisme : « le règne intérieur et extérieur de l’Esprit ». Entre eux, ils s’appelaient « Frères » et constituaient des communautés qui visaient à réaliser l’idéal de perfection évangélique dans la pleine liberté l’égalité de tous au point de vue politique et social.

Martin Luther en 1529, par Lucas Cranach l’Ancien.

Comme Luther, ils supprimaient tout intermédiaire entre l’âme et Dieu et rejetaient, dès lors, toute Eglise et toute autorité, pour la plus totale liberté de conscience. Mais, tandis que Luther conservait la Bible comme règle de foi, les anabaptistes s’en tenaient à la parole intérieure et à la communication directe avec Dieu et ne reconnaissaient aucune autorité à cette parole extérieure consignée dans les deux Testaments. Par là même, ils constituaient le courant le plus à gauche et le plus radical au sein du protestantisme, alors que Luther ne rêvait que de l’institution d’une religion d’État ! L’affrontement violent ne pouvait que se trouver au bout du chemin…

Chez les anabaptistes, le prophétisme était un état permanent : dans les assemblées chacun prenait la parole pour édifier les autres. Le « Nouvel Evangile » annonçait le règne de Dieu sur terre, auquel seuls les élus ont part. Pour eux, contrairement à Luther, la foi ne justifiait pas tout et devait être accompagnée d’œuvres. Les contemporains reconnaîtront, avec bonne foi, l’immense charité des communautés anabaptistes. Le port des armes était interdit et ils avaient horreur du sang et de la violence. La communauté des biens était chose courante. Soumis, par la force des choses, à l’autorité civile, ils la regardaient comme une tyrannie contraire au droit divin. Œuvrant à la mise en place du royaume de Dieu sur terre, l’anabaptisme avait comme premier dessein de renverser l’ancien régime, fondé sur le principe d’autorité, sur les distinctions et les inégalités sociales pour établir dans la parfaite liberté des enfants de Dieu, le grand principe de l’égalité, qui se retrouve au premier temps de tous leurs récits. La lutte en Allemagne se déchaîna surtout contre le clergé beaucoup plus riche et beaucoup plus influent que les nobles et considéré comme le grand obstacle au nouvel ordre des choses (1)

La « Constitution Civile » de Michel Geismayer, anabaptiste du Tyrol, demande tout d’abord la suppression des « Persécuteurs de la parole de Dieu », comme aussi des images, statues, oratoires, la confiscation des calices, de l’orfèvrerie d’église et des monastères, hôpitaux, orphelinats et asiles, l’abolition des privilèges, l’administration par un état démocratique des biens mis en commun. L’ « Union Chrétienne » conclue, en 1524, entre les paysans de Stühlingen et les anabaptistes de Waldshut, jetait l’anathème non seulement aux châteaux, « mais aux couvents, et en général à tout ce qui avait quelque attache au clergé ». Suivant les événements, les régions et la situation économique des pays, deux courants se manifestèrent dès le départ dans le mouvement anabaptiste : le courant pacifiste et le courant révolutionnaire qui, finalement, l’emporta sur le premier. En Allemagne du sud, plus fertile, les tendances générales de l’anabaptisme s’orientèrent plus tôt vers un rêve de paix et de douceur, de tendance millénariste. Mais, dans le nord, plus pauvre, la tendance allait vers une action révolutionnaire pour accélérer la « venue du Royaume ».

Toutes les revendications sociales des anabaptistes et leur idées sur le règne de Dieu avaient été formulées déjà dans le cours du XVe siècle et clandestinement propagées par le peuple et la bourgeoisie. Il est intéressant de constater que les idées de l’anabaptisme existaient virtuellement dans les milieux catholiques au moment de la Réforme, et il serait impossible de comprendre le caractère et la portée de ce mouvement, son éclosion soudaine et son développement rapide dans tous les Etats de l’Allemagne, la précision et l’uniformité de ses revendications, si on voulait l’étudier en dehors de son cadre historique et des troubles sociaux qui marquèrent le cours du XVe siècle. Nous nous bornerons à signaler seulement l’influence persistante des doctrines hussites (2) et l’action des idées luthériennes. Très vite, ces deux courants religieux furent dépassés pour donner naissance à une pensée originale. Mais les anabaptistes, de par leurs convictions religieuses et sociales, ne pouvaient demeurer des penseurs de cabinet. L’histoire allait vite s’emparer d’eux…

L’empereur Charles Quint par Christoph Amberger, 1532.

La publication de l’Edit de Worms, signé par Charles Quint le 26 mai 1521, avait envenimé les choses et les anabaptistes sentirent que l’heure de l’action allait sonner. Tandis que le recours à l’action directe était encouragé à Erfurt par le moine Augustin Lange et que l’anticléricalisme se manifestait dans les journées sanglantes de juin et juillet 1521, une paisible communauté anabaptiste s’organisait, sans bruit, en milieu luthérien, à Zwickau sur la Mulda. Elle avait pour chef le drapier Nicolas Storch, aidé de Marc Stubner, Marc Thomae et Thomas Münzer (3). Nous pouvons considérer que ces hommes représentent les « pères » de l’anabaptisme militant. Nicolas Storch annonçait le règne prochain de Dieu et déclarait tenir directement du ciel la mission de régénérer le monde. A l’exemple du Christ, il avait choisi douze apôtres et soixante-douze disciples parmi ses partisans. C’étaient des gens d’origine modeste, ce qui démontre, sans que le terme en fût évidemment connu, l’aspect de « lutte de classe » que recouvrait ce courant religieux. L’opposition entre anabaptisme et luthérianisme ne tarda pas à se manifester : outre le rejet du dogme luthérien de la justification par la foi seule et l’omniprésence de la Bible, les anabaptistes percevaient que les luthériens étaient d’un « autre monde » et que leur révolte religieuse était surtout le besoin d’émancipation de la bourgeoisie et de la noblesse vis-à-vis de Rome. Au-delà des paroles « révolutionnaires » de Luther, une théocratie en cachait une autre !

A la fin de décembre 1521, une conférence contradictoire fut organisée par le conseil de la ville de Zwickau, se tient entre anabaptistes et luthériens, en présence de tout le clergé, du bourgmestre et de plusieurs conseillers, sur la question du baptême et du mariage. Les anabaptistes se réclamèrent du libre-examen, de l’illumination de l’âme par l’esprit et attaquèrent le luthérianisme sur ses inconséquences. Le représentant des luthériens, Hausmann, fut mis en difficulté et se retrancha derrière l’argument de tradition, comme un pur catholique. Ce qui fit dire à Münzer : « Et bien, rentre-donc dans le sein de la grande prostituée romaine. Que faites-vous, sinon enchaîner l’esprit à la lettre morte au lieu de la laisser libre de s’élancer vers une région plus élevée ? Vous êtes pareils, en un mot, à ces docteurs juifs, qui ne connaissaient pas le Saint-Esprit et qui ne s’occupaient de l’Ecriture que pour y trouver un remède contre l’ennui ! ». Débordés, les luthériens interdirent la diffusion de la pensée anabaptiste. Une révolte éclata et des membres de la fraternité furent mis en prison. La plupart des chefs réussirent à s’échapper et Münzer alla aussitôt conférer avec les hussites de Bohème, tandis que Storch, Stubner et quelques autres se rendirent à Wittemberg, où ils espéraient faire triompher leur cause auprès de Carlostadt et Mélanchton qui avaient des sympathies pour leurs doctrines. Luther, lui, se trouvait à la Wartburg, quand les anabaptistes de Zwickau arrivèrent à Wittemberg, le 27 décembre 1521.

Le luthérien Carlostadt était de tout coeur avec eux : il déclarait la guerre aux docteurs en théologie, recommandait aux étudiants le travail manuel, cherchait auprès des illettrés et des paysans le sens véritable des Ecritures et, dans ses sermons auxquels accourait la foule, il préconisait la violence puis, se mettant lui-même à la tête des émeutiers, abattait les autels et les croix. Il fit le meilleur accueil aux anabaptistes et son parti fraternisa avec eux. Melanchton n’était pas moins favorable : il accorda, durant plus de six mois, l’hospitalité à Marc Stubner et lui confia même l’éducation de ses enfants ! Luther, informé de tout ce qui se passait à Wittemberg, anxieux de l’influence que prenait l’anabaptisme, après avoir écrit, le 13 janvier, à Melanchton pour le mettre en garde contre les innovations des anabaptistes, se décide, malgré l’avis de l’Electeur Frédéric, de quitter le refuge de la Wartburg et arrive le jeudi 6 mars à Wittemberg, en costume de chevalier, avec une escorte armée jusqu’aux dents. Il est stupéfait des progrès idéologiques que les anabaptistes font et décide d’agir rapidement contre ces « envoyés du diable ». Une conférence eut lieu entre Stubner, Melanchton et Luther. Le réformateur écouta froidement les arguments anabaptistes, puis il refusa la discussion en déclarant péremptoirement que toutes ces « rêveries » n’avaient rien à voir avec l’Ecriture, qu’elles étaient « le produit d’un esprit malade ou d’une inspiration du diable ».

Les anabaptistes quittèrent Wittemberg, mais une guerre implacable venaît de se déclarer entre les deux partis. Vaincu à Wittemberg, l’anabaptisme se répandait, cependant, dans d’autres régions allemandes. L’artisan de cette extension en fut Thomas Münzer, ancien aumônier des religieuses bernardines au couvent de Benwitz, près de Weissenfels. Il avait comparé les doctrines de Luther et celles de Storch et avait rallié ce dernier. Etabli à Altstadt, dans la Thuringe saxonne, au commencement de 1523, il va mobiliser les populations campagnardes par ses sermons révolutionnaires qui préconisaient l’égalité de tous, le commun partage des biens et la lutte contre le clergé. Expulsé d’Altstadt par ordre du Duc Georges de Saxe, après le pillage du pèlerinage de Mellerbach opéré sous sa conduite, il se rendit à Nuremberg où il publia contre Luther, devenu son mortel ennemi, un pamphlet qui attisa les passions. Il organisa également en Souabe et dans la Forêt Noire des groupes armés qui devaient être prêts à lutter contre les nobles et les prêtres. On retrouve partout son passage : en Hegau, en Klettgau, en Souabe, au environs du lac de Constance, en Alsace, à Mülhausen, où il comptait de nombreux partisans. C’est à lui qu’il faut attribuer la conversion à l’anabaptisme des grands chefs du mouvement piétiste de Suisse : Conrad Grebel, Gelix Manz et Balthasar Hubmaier.

Les émissaires de Storch et Stubner parcouraient de leur côté le pays souabe et administraient désormais, le « baptême de l’Esprit » aux adeptes qui entraient dans leur fraternité. Ce n’était pas un sacrement, mais un signe de ralliement. C’est là qu’ils reçurent le nom d’anabaptistes. Münzer se prononça en faveur de cette pratique, mais sans la rendre obligatoire. Revenu en Thuringe en 1524, il n’en dirigeait pas moins le mouvement révolutionnaire dans la Haute-Souabe : on a conservé quelques-unes des « tablettes » qu’il faisait distribuer au peuple et où il indiquait les dimensions des balles fondues à Mülhausen pour servir à la prochaine guerre entre riches et pauvres. L’Alsace fut à son tour inondée d’écrits anabaptistes. A Strasbourg, la communauté était nombreuse et recrutait dans tous les milieux, contrairement à l’Allemagne où la composante sociologique était nettement paysanne. En Suisse, l’anabaptisme menaça très directement le luthérianisme et le zwinglianisme. C’est à Zurich, sous un gouvernement encore catholique que le mouvement anabaptiste prit naissance : il répondait mieux aux aspirations démocratiques du pays que le Zwinglianisme. Comme en Alsace, le recrutement se fit dans des milieux divers et les chefs en étaient des intellectuels : Grebel, Hubmaier, Manz. Autant, en Suisse et en Alsace le mouvement anabaptiste représentait un courant théologique, issu de la moyenne et petite bourgeoisie, autant en Allemagne, il représentait les classes populaires avides de changement social. Ce sera d’Allemagne que débutera, inévitablement, la guerre sociale…

Les fraternités s’établissaient partout, les plans s’élaboraient, les chefs se concertaient d’un bout à l’autre de l’Allemagne, la guerre sociale s’organisait. Chaque membre de la « Fraternité évangélique » devait chaque semaine verser sa contribution d’un demi-batzen pour le recrutement des « frères » en Souabe, Saxe, Misnie, Franconie et en pays Rhénan. Une seule direction préside à cet immense mouvement : Hans Müller, par exemple, avait été mis à la tête de la « Grande fraternité chrétienne de la Forêt Noire » et, drapé dans un vaste manteau rouge, coiffé d’un béret à plumes de même couleur, il parcourait la contrée et enrôlait des paysans. Mais il est établi, aujourd’hui, que le véritable organisateur de la guerre fut Balthasar Hubmaier, chef de la communauté de Waldshut, et secondé énergiquement par Thomas Münzer. Ils purent même espérer un succès définitif quand, pour des raisons politiques locales, le duc Ulrich de Wurtemberg se mit au service de la fraternité, avec ses trente bannières, sous lesquelles ne marchaient que des soldats suisses. La révolte éclata en Thurgovie, dans les derniers jours de juin 1524 : la chartreuse d’Ittingen, près de Frauenfeld fut assaillie par 5OOO paysans aux ordres des anabaptistes. Elle fut pillée et incendiée. Cet acte fut motivé par les sermons anti-anabaptistes des prêtres et des moines de la chartreuse.

Pendant ce temps, les paysans de Stülingen se soulevaient contre leur comte et, se réunissant aux vassaux de l’abbaye de Saint-Blaise sous le commandement d’Hans Müller de Bulgenbach, marchaient sur Walshut, précédés du drapeau noir, rouge et blanc des anabaptistes. L’Algau, resté à l’écart des prédications luthériennes, mais activement travaillé par les anabaptistes, se souleva : une insurrection eut lieu contre le prince-abbé de l’abbaye de Roth et les montagnards du Haut Algau et il fut déclaré par les révoltés qu’ils ne reconnaissaient plus ni seigneurs, ni maîtres. Les paysans de Kempten, en lutte avec leur prince-abbé prirent les armes au nom du « droit divin ». Des groupes venus de Baltringen, de la vallée de Schüssen, des bords du lac de Constance, animés par les discours « communistes » de Christopher Schappeler, l’animateur le plus politisé de la Haute-Souabe et par son disciple le pelletier Sebastien Latzer, se réunissaient à Memmingen, où se constituait la puissante association de l’ « Union Chrétienne », destinée à faire revivre la fraternité des temps apostoliques. Dans toute l’Allemagne, les anabaptistes s’emparèrent de biens religieux.

Au Tyrol, en Styrie et en Carinthie la révolte eut le même caractère : l’abbaye de Neustift fut attaquée la première et Lichel Geismayer, ancien employé de l’évêque de Brixen fut élu des révoltés, le 13 mai 1525. Les sujets de l’archevêque de Mayence se soulevèrent à leur tour dans presque toutes les villes et tous les villages de l’électorat. Mayence tomba aux mains des anabaptistes le 25 avril 1525. Le coadjusteur de l’archevêque, Guillaume, évêque de Strasbourg, négocia avec les révoltés et fut obligé d’accepter les revendications des paysans. Trois cent mille paysans, divisés en détachements de huit à dix mille hommes, aidés parfois par la bourgeoisie des villes, portaient ainsi sur tous les points de l’Allemagne une guerre sociale qui n’était plus une jacquerie, mais véritablement un mouvement révolutionnaire à partir d’un courant religieux.

Charles Quint était alors en Espagne et le conseil de régence n’avait ni autorité ni activité. Mais les nobles, conscients du péril qui les menaçait, organisèrent les premières résistances. Dans un premier temps, ils avaient considéré le mouvement comme sympathique, car ils étaient foncièrement anti-cléricaux et avaient opté, dans la plupart des cas, pour la réforme luthérienne. Mais dès que les paysans s’attaquèrent aux châteaux, la réaction s’organisa. Une « Ligue Souabe » vit le jour. Le duc Georges de Saxe, catholique, organisa les premières armées régulières qui, composées de troupes entraînées, commencèrent l’extermination des paysans. La peur avait été telle que la répression ne pouvait être que d’une sauvagerie impitoyable. En Souabe et en Franconie, le chef de la ligue, Georges Truchsess de Waldburg remporta près de Bollingen, le 12 mai 1525, une victoire sur l’armée des paysans, forte de dix à vingt mille hommes. Cette victoire fut suivie d’une répression épouvantable qui dépasse en horreur tout ce que l’on peut imaginer… Les paysans alsaciens furent battus par Antoine de Lorraine près de Saverne. Presque en même temps, les forces réunies de l’archevêque de Trèves, du landgrave Philippe de Hesse, du duc Georges de Saxen du duc Henri de Brunswick remportèrent la victoire décisive de Frankenhausen. Les paysans, mal armés et mal entraînés périrent avec un courage remarquable.

Thomas Münzer, capturé au cours de cette bataille, fut jugé et pendu immédiatement. Disparaissait la grande figure prophétique de l’anabaptisme. Plus de 5000 anabaptistes étaient morts à la bataille de Frankenhausen, en chantant le cantique : Viens Esprit Saint » ! Cette guerre religieuse et sociale, véritable tournant historique, avait fait plus de cent mille morts, plus de mille couvents et châteaux incendiés, d’innombrables villages détruits. Tel est le bilan de cette guerre qui avait failli anéantir tout l’ancien équilibre politique et social de l’Empire. Le martyrologue des anabaptistes compte plus de 5000 exécutions en quelques années : dans le Tyrol, plus de deux mille furent pendus et dans la seule ville d’Ensisheim, siège du gouvernement de l’Autriche intérieure, on relève 600 exécutions d’anabaptistes, brûlés, décapités ou noyés. En 1529, le comte palatin, en fit pendre 350 en quelques mois. Dans la petite ville de Kitzbüche, 67 furent pendus en 1527.

Luther, au milieu de toutes ces horreurs, de ces ruines, de cette tristesse, savoura le plaisir de la vengeance. Il montrait ainsi son vrai visage et sa vraie pensée théologique et sociale : le luthérianisme voulait remplacer le catholicisme, mais en ne bouleversant pas l’ordre social. Luther avait un besoin impérieux de la noblesse et de la bourgeoisie et l’anabaptisme qu’il nommait la « prostituée rouge » représentait un immense danger pour le « bon docteur » de Wittemberg. Il laissera faire le « sale boulot » aux catholiques !

L’aventure de l’anabaptisme devait trouver une fin apocalyptique à Münster. C’était une ville catholique soumise à l’autorité de l’évêque malgré l’opposition d’une grande partie des habitants que les anabaptistes réussirent à rallier à leurs convictions et à constituer un état. Depuis l’échec de la révolution sociale à Frankenhausen et la terrible répression qui ‘en suivit, Strasbourg devint le rendez-vous des vaincus. En 1529, Schwenkfeld et Hoffmann annoncèrent de nouveau la renaissance de l’anabaptisme et proclamèrent que Strasbourg était la « Nouvelle Jérusalem ». Hoffmann fut incarcéré et les anabaptistes ne purent établir à Strasbourg le « règne de Sion », mais ils furent plus heureux à Münster.

En dépit des efforts luthériens, Münster paraissait encore, en 1529, l’un des plus fermes remparts des catholiques. Mais, en mai 1531, des troubles éclatèrent à la mort de l’évêque Erich. Bernard Rothmann chapelin de Saint-Maurice et le drapier Bernard Knipperdollinck étaient les principaux chefs de l’insurrection. Né en 1495 à Stadtlohn, où son père était forgeron,

Bernard Rothmann, tout en appartenant à la maîtrise de Saint-Maurice, avait suivi des cours de la célèbre école du chapitre de la cathédrale, réorganisée par le savant humaniste, Rodolphe de Langen, et obtenait, en 1524, le grade de maître des arts à l’université de Mayence.Il devint vicaire à Saint-Maurice et fut un prédicateur très populaire. Ses tendances luthériennes ultérieures le firent éloigner de son poste et le chapitre l’envoya se perfectionner dans la théologie, à Cologne.A son retour, les choses avaient changé et l’anabaptisme commençait à s’infiltrer dans la ville. Il avait son plan de réforme à lui, qu’il prêcha, au-dessus des avis de l’évêque, et ce, avec l’appui de la petite bourgeoisie de la ville qui lui était acquise. Les églises furent pillées, les autels et les statuts brisés.

C’est sur ces entrefaites que fut nommé évêque de Münster, le 1er juin 1532, le comte Franz von Waldeck, dont la mission consistait à détruire la « Nouvelle Sion » que les anabaptistes voulaient établir dans la ville épiscopale. Jusqu’en 1533, Rothmann resta en dehors en dehors de la pensée anabaptiste, mais il fut converti par Strapade, qui lui avait été adjoint comme prédicateur. En mai 1533, il prêcha contre le baptême des enfants, ce qui fit grand bruit en Europe et les anabaptistes accoururent de toutes parts, entre autres Buckelson de Leyde, qui vint de hollande. Le conseil de la ville, maintenant acquis aux Luthériens, se retourna contre Rothmann et, n’osant l’expulser, lui interdit la prédication. Mais, celui-ci prêcha clandestinement. Plus que tout autre, la doctrine de la communauté des biens attirait de nombreux adeptes et les étrangers affluaient de plus en plus nombreux à Münster.L’anabaptisme prenait le pouvoir…

Le 5 janvier 1534, les envoyés de Harlem, Barthélémy, Boekebinder et Guillaume de Kniper arrivent dans la ville et annoncent que le temps de la promesse est arrivé. Ils rebaptisent Rothmann. En huit jours, plus de 1400 personnes, protestants et catholiques reçoivent le nouveau baptême. Les religieuses du couvent de Saint-Eloi et du couvent d’Ueberwassen quittent leurs cloîtres pour suivre les anabaptistes. A ce moment, de Hollande, arrive une foule d’anabaptistes qui cherchent à se soustraire aux mesures de répression édictées par Marie de Bourgogne. A leur tête se trouve le « prophète » Jean Matthison. Leur rêve est d’établir dans Münster la « Jérusalem Nouvelle » et les événements prennent aussitôt une tournure révolutionnaire.

Le 28 janvier, les anabaptistes paraissent en armes dans les rues et s’emparent des portes de la ville. Ils forcent le conseil à capituler et à proclamer la liberté de conscience. Rothmann rassemble à Münster toutes les familles anabaptistes de la région de façon à renforcer la défense de la cité et le 23 février, les anabaptistes s’emparent du conseil de la ville. Knipperdollinck devient bourgmestre et mes biens ecclésiastiques sont mis sous séquestre et constituent un trésor de guerre. Les catholiques et les luthériens sont expulsés de la ville et leurs maisons servent à loger les « Frères étrangers ». La communauté des biens fut établie et sept hommes furent choisis pour la gérance des biens confisqués et de la distribution des vivres et des vêtements aux indigents. Ils prirent le nom de « diacres ». Ordre fut donné, sous peine de mort, de livrer à l’administration commune les valeurs et les bijoux, l’or et l’argent, monnayé ou non.

L’exemple de Münster représentait un trop grand danger social pour les possédants, et il fallait de toute urgence anéantir cette expérience qui dépassait le cadre d’une querelle théologique, mais s’attaquait aux bases même de l’ordre social. L’évêque de Münster, réfugié à Telgte, négocie avec l’archevêque de Cologne et le landgrave de Hesse pour obtenir des secours. Le 28 février, les travaux du siège commencèrent. Les troupes épiscopales furent frappées de l’efficacité et le courage des assiégés. Des troupes armées accoururent de tous les points des Pays-Bas au secours de la « Sainte Jérusalem » et que les lansquenets du lieutenant impérial Georges Schenk de Thautenberg eurent grand peine à disperser. Au cours d’une sortie, Matthison fut tué et Jean de Leyde lui succéda. Il fallait une constitution à la cité et Jean de Leyde choisit douze anciens (rappel des douze apôtres de l’évangile) qui devaient gouverner la cité en commun. La nouvelle constitution régla aussi tous les détails de la vie : le service de garde, les repas en commun, la distribution des travaux à chaque corps de métiers et l’institution de la polygamie. Ce dernier point fut très largement exploité par les adversaires contemporains et futurs de l’anabaptisme !…

Affamés, dans une ambiance de fin du monde, les assiégés ne surent pas toujours résister à des tendances paranoïaques. Ainsi, Jean de Leyde ; s’intitulait : « Prince de la fin des temps » et reçu, à ce titre, l’onction sainte et s’entoura de toute la pompe du monarque. Trois fois par semaine, sur son trône de la place du marché, il rendait la justice au milieu de sa cour magnifiquement parée. Les condamnations étaient souvent dues à une opposition au nouveau régime et la tentation de l’intolérance surgissait, mais cette tentative de démocratie se faisait dans de telles conditions qu’il ne faut pas en retenir que l’aspect extérieur des choses. L’énergique résistance des assiégés triomphait de tous les assauts et leur propagande s’étendait jusque dans les rangs de l’armée épiscopale qui commençait d’ailleurs à s’éclaircir. François de Waldeck, inquiet, voulut parlementer. Son offre fut repoussée et le siège reprit. Jean de Leyde réussit à faire passer, à travers les lignes ennemis, 27 envoyés qui défendirent la cause anabaptiste dans toute l’Europe. Ces prédications et les écrits de Rothmann, répandus dans les pays environnants, soulevaient de plus en plus les populations et le danger menaçait toute l’Allemagne du nord. Aussi les archevêques de Cologne, Trèves et Mayence, l’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, le duc de Clèves et tous les princes des districts rhénan et westphalien se résolurent à un nouvel effort : la diète impériale, réunie à Worms le 1er avril 1535, assura elle-même un subside de cinq cent mille florins d’or.

Un assaut général fut préparé et grâce aux indications fournies par un bourgeois de Münster, Heinrich Gresbeck, et par un lansquenet, Eck von der Langenstraten, tous deux échappés de la ville. Un détachement catholique put s’introduire dans la nuit du 24 au 25 juin, à la faveur d’un orage, au centre même des fortifications. La ville tomba après une lutte acharnée. Rothmann tomba au combat. Jean de Leyde, Knipperdollinck et Bernard Krechting furent poignardés, le 28 janvier 1536, après avoir eu la langue arrachée et les membres torturés avec des tenailles ardentes sous les yeux de la foule… Conformément aux prescriptions de la diète de Worms, du 1er novembre 1535, le catholicisme fut rétabli à Münster, mais non sans la résistance des corporations.

L’Europe des possédants respirait mais, en réalité, malgré leur défaite militaire, les anabaptistes venaient de gagner une immense bataille : ils avaient montré aux déshérités que la révolte était possible et qu’une organisation de la société ne se concevait pas forcément d’une façon pyramidale et que la spiritualité ne peut s’abstraire du social…

Redécouvrir les 2 premiers épisodes

06/12/25 – Le Droit Humain : « Laïcité, j’écris ton nom ! » à l’aube des 120 ans de la Loi de 1905

À l’approche du 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État, promulguée le 9 décembre 1905, la France se prépare à célébrer l’un des piliers fondamentaux de sa République : la laïcité.

C’est dans ce contexte historique et symbolique que la Commission Laïcité et Droits Humains de la Fédération Française du Droit Humain organise, le samedi 6 décembre 2025, une conférence publique intitulée « Laïcité, j’écris ton nom ! » Démocratie et laïcité.

Cet événement, qui se tiendra à 14h30 à la Maison Maria Deraismes à Paris, promet une table ronde enrichissante suivie d’un débat ouvert, avec des intervenants de renom. Ouverte à tous, sur place ou en visioconférence, elle invite à réfléchir aux liens indissociables entre laïcité et démocratie dans un monde en pleine mutation.

Un contexte historique fondateur : de la Révolution à la Loi de 1905

La laïcité française n’est pas un concept abstrait, mais le fruit d’une évolution longue et tumultueuse. Tout commence avec la Révolution de 1789, qui abolit les privilèges nobiliaires et ecclésiastiques, posant les bases d’une sécularisation progressive de l’État.

Au fil du XIXe siècle, des lois successives affranchissent les institutions publiques de l’emprise de l’Église catholique, culminant avec la loi du 9 décembre 1905. Ce texte emblématique, initié par le député Aristide Briand, proclame la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, tout en affirmant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Adoptée après des débats passionnés, elle marque la fin du régime concordataire et instaure une neutralité de l’État vis-à-vis des religions, devenant ainsi le socle de la laïcité moderne.

Cette loi n’est pas seulement un acte juridique ; elle est un compromis historique qui assure la liberté individuelle tout en protégeant la sphère publique des influences cléricales.

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Cent vingt ans plus tard…

Cette loi reste d’une actualité brûlante, face aux défis contemporains comme les tensions communautaristes ou les débats sur la liberté d’expression. La conférence du 6 décembre se positionne précisément comme un hommage à cette héritage, invitant à interroger sa pertinence dans une démocratie en évolution.

La Fédération française du Droit Humain, gardienne des valeurs républicaines

À l’initiative de cet événement se trouve la Commission Laïcité et Droits Humains de la Fédération Française du Droit Humain (DH), une obédience maçonnique mixte fondée en 1921.

Issue de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, créé en 1893 pour promouvoir l’égalité entre femmes et hommes en franc-maçonnerie, cette fédération compte aujourd’hui des milliers de membres en France et s’engage activement dans la défense des droits humains, de la laïcité et de la mixité.

Son site officiel souligne son rôle dans des projets sociétaux, avec une emphase sur le rayonnement des valeurs républicaines.

Temple Pinel DH

La Maison Maria Deraismes, lieu de la conférence, rend hommage à la pionnière de la franc-maçonnerie féminine, initiée en 1882, symbolisant l’engagement historique du DH pour l’émancipation.

Sous la houlette de son Grand Maître National, Maurice Leduc, élu en août 2025, la fédération continue de porter haut les idéaux initiatiques et humanistes. Initié en 2005 au sein d’une loge de Roubaix, Maurice Leduc, ancien Grand Trésorier, incarne une vision moderne de la maçonnerie, axée sur la mixité et l’engagement sociétal.

Les intervenants : un panel diversifié pour un débat prometteur

Maurice Leduc : Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain

La table ronde réunira des voix expertes et complémentaires, promettant des échanges riches et multidisciplinaires :

Maurice Leduc, Grand Maître National du Droit Humain, ouvrira la conférence avec une introduction sur les enjeux maçonniques de la laïcité. Dans une récente interview, il a souligné l’importance de la méthode initiatique pour aborder les questions sociétales actuelles.

Jérôme Guedj, en 2010

Jérôme Guedj, député socialiste de la 6e circonscription de l’Essonne depuis 2012, apporte une perspective résolument politique. Ancien président du Conseil général de l’Essonne et secrétaire national à la laïcité au Parti socialiste, il est un fervent défenseur des valeurs républicaines, avec une solide expertise en affaires sociales. Son engagement pour l’égalité et la laïcité en fait un intervenant clé pour explorer les liens entre démocratie et neutralité publique ; fidèle parmi les fidèles, on le retrouve chaque année au square Paty, lors de la commémoration en hommage au professeur d’histoire-géographie, rappelant que la République se vit aussi dans la mémoire et le recueillement.

Martine Cerf – Source Babelio

Martine Cerf, auteure connue et reconnue, vice-présidente d’EGALE (Égalité Laïcité Europe) et formée aux Valeurs de la République et laïcité (VRL), représente le militantisme laïque européen. Secrétaire générale de cette association, elle défend la liberté de conscience, l’égalité et la non-discrimination au niveau français et européen. EGALE, membre du Collectif laïque, promeut ces valeurs auprès des autorités et de l’Union européenne.

– Xavier Gorce, dessinateur humoristique célèbre pour ses « Indégivrables » – des manchots satiriques qui croquent l’actualité –, interviendra en direct pour commenter les débats avec son trait mordant. Collaborateur de longue date du Point et ancien du Monde (qu’il a quitté en 2021 suite à une controverse sur un dessin), Xavier Gorce excelle dans la caricature minimaliste qui questionne les travers sociétaux. Son humour piquant ajoutera une touche légère et critique à la réflexion.

Le programme : interrogations profondes et débat ouvert

Après l’introduction de Maurice Leduc, la table ronde abordera des questions essentielles : Les principes démocratiques (liberté d’expression, égalité devant la loi) sont-ils compatibles avec la laïcité ? Les citoyens perçoivent-ils encore la République comme garante du bien commun ? Quels sont les liens entre laïcité et démocratie, et faut-il les faire évoluer ? Ces interrogations, inspirées des défis actuels, ouvriront sur un débat interactif avec le public. L’événement se clôturera par les commentaires visuels de Xavier Gorce, offrant une synthèse créative.

Pourquoi participer ? Un appel à la réflexion citoyenne

Dans un contexte où la laïcité est parfois contestée, cette conférence rappelle que la loi de 1905 n’est pas une relique, mais un outil vivant pour préserver la démocratie.

Gratuite mais sur inscription obligatoire democratieetlaicite@gmail.com, elle s’adresse à tous, Maçons ou non, pour un moment de fraternité intellectuelle. Ne manquez pas cette opportunité de réécrire, ensemble, le nom de la laïcité !

Infos pratiques

Maison Maria Deraismes – 9 Rue Pinel, 75013 Paris – 01 44 08 62 62

Vivre dans l’humour !

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« Un fou rire vaut un steak, mais de nos jours, à déconseiller pour vegan ou pour les personnes au régime ! »

Chers amis, Soeurs et Frères

Comme il est de coutume, dans mes rubriques (« Tablier Déchaîné« ) qui traitent de « Franc-maçonnerie classifiée » et je n’ai pas dit décalcifiée, j’essaie d’aller au fond des choses qui quelquefois peuvent friser le délire, enfin je l’espère.

Vos laborieux ou pour certains vos glorieux chroniqueurs, chroniqueuses auxquels je m’associe essaient de perpétrer la tradition de l’humour qui nous est cher en franc-maçonnerie. De nombreux et talentueux frères et sœurs nous ont ouvert la voie depuis des décennies. C’est un peu comme un cahier des charges auquel nous sommes soumis avec bonheur. 

J’attire tout de suite votre attention sur le fait que nous abordons des questions qui traitent de l’humour et de la maçonnerie, à priori deux thèmes opposés, mais à nous maçons rien nous fait peur. Nous pouvons dire :

« parmi nous de grands alchimistes transforment le plomb en or, mais nous avons besoin d’un compte en banque pour régler nos propres factures »

Pourquoi pas sales d’ailleurs…

Maçons nous voyons la Franc-maçonnerie de partout, nous sommes capables de remettre d’équerre un mur qui s’effondre et c’est là que l’on voit le maçon au pied du mur…

Oui nous utilisons le compas mais jusqu’à présent:

a pointe de celui – Ci n’a pas réussi à nous retirer la poutre que nous avons dans l’œil.

Nous marquons les angles et ce n’est pas simple de se déplacer dans la vie de tous les jours de cette manière. Nous travaillons dans la dualité et dans le ternaire sans être pour autant bipolaire et encore moins tripolaire.

Nous disons tout et son contraire et

à force de passer du noir au blanc nous en voyons de toutes les couleurs…

Sur les inscriptions présentes sur les murs, les cartes de visites, dans les discours, la maçonnerie est présente. Les exemples ne manquent pas. Les agences immobilières passionnées par le nombre d’or, omniprésent dans l’univers de la construction, sont passées au triangle d’or pour vanter leurs prestigieux lieux de champs de bataille, puis au carré d’or.

« A ce rythme, nous allons bientôt passer à la sphère cubique d’or. Nous sommes déjà en pleine quadrature du cercle d’or. »

Nous ne savons plus où donner de la tête ou à qui se fier. En tout cas, pas à la météo, car il pleut souvent chez nous ce qui n’arrange rien pour communiquer

J’ai dit, car il est l’heure de la video du Grand René ci dessous :

La carte postale du 16 novembre : La fresque murale de la Grande Loge du Texas (USA)

Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique,

À Waco, la pierre parle bas et le temps écoute. Le Temple de granit de la Grande Loge du Texas* se dresse comme un porche d’Égypte sorti d’un rêve moderne : masses nettes, pilastres sobres, un Art déco tenu qui préfère la justesse à l’ostentation. On entre comme on monte une échelle intérieure, une marche après l’autre, jusqu’à l’Orient.

La fresque promise en 1945

Longtemps, un silence veillait… Inscrite dans l’intention des bâtisseurs, laissée en jachère par les circonstances et la fatigue des années d’après-guerre. Ce n’était pas un renoncement, seulement une respiration plus longue que prévu, un vœu déposé dans l’ombre pour mieux s’y recharger de sens. Aujourd’hui, la parole de l’image a repris souffle. Le Temple a retrouvé son chant.

La maison, sur ses pages publiques, se présente avec simplicité : une revue pour dire, des vidéos pour témoigner, des albums pour se souvenir, des ressources pour instruire. Rien d’emphase, tout d’utilité. Ce faisceau d’outils montre une Obédience attentive à la continuité, à la transmission, au travail patient des Frères : l’architecture extérieure annonce déjà l’architecture mentale, et la façade dépouillée prépare la lumière intérieure. Dans cet écosystème discret, la fresque manquante – comme une note tenue en suspens – attendait son timbre. Elle revient aujourd’hui en accord parfait avec la grammaire du lieu.

Car ce que 1945 n’avait pu accomplir, 2025 le réalise

L’artiste texan Sean Starr, Frère de l’État de l’Étoile solitaire, a repris la proposition originelle et l’a recomposée en triptyque : trois carrés de cinq pieds de côté, non pas une réduction timide, mais une forme juste, à l’échelle de la pièce où l’œuvre s’est d’abord incarnée – le bureau du Grand Secrétaire. Trois panneaux comme trois piliers, trois souffles, trois vertus qui soutiennent la voûte du cœur. Dans l’entrebâillement des décennies, l’intention n’a pas faibli : elle a attendu qu’une main fraternelle la hisse à la clarté.

Hiram Abiff

Au centre, se tient la figure de l’Architecte – Hiram Abiff, ou peut-être Salomon, double visage de la Maîtrise : l’un qui lève la pierre et l’autre qui gouverne la mesure. Autour, les deux Jean, gardiens du temps intérieur, règlent la cadence de l’ouvrage : à l’un le tranchant austère, à l’autre la douceur lumineuse, deux solstices pour une même orbite. Le cercle recueille l’Un, les lignes parallèles veillent sur la rectitude, l’équerre convoque la tenue, le compas ouvre la mesure, et la verticale, comme un chant discret, entonne l’ascèse du relèvement.

Rien ici ne décore, tout opère…

La géométrie n’est pas un motif ; c’est une prière tenue, une discipline qui ordonne le regard et, par lui, l’âme du contemplateur.

On objectera qu’une fresque réduite à trois panneaux n’est plus l’immense page rêvée derrière l’Orient. C’est méconnaître la dynamique du symbole. Le symbole n’a pas besoin d’emporter le mur pour porter son sens. Il rayonne par tension plus que par extension. Ici, l’échelle resserrée concentre l’intensité : le triptyque devient un foyer, un athanor où la tradition s’actualise sans s’affadir. Cette économie des moyens relève d’une esthétique et d’une éthique : la beauté se tient dans la justesse, non dans la démesure. Le Temple, d’ailleurs, fut lui-même pensé dans cette rigueur : Art déco et Renaissance égyptienne, un alliage rare où la lisibilité structurelle est le vrai luxe. La main de Raoul Josset, sculpteur et compagnon des grands chantiers texans, a laissé dans la pierre cette leçon de tenue : forme accordée à la fonction, sobriété comme puissance maîtrisée. La fresque réapparaît comme la phrase qui manquait à cette syntaxe.

Fresque, parie gauche

Le Très Respectable Frère Brad Billings a précisé que l’œuvre serait projetée derrière le Grand Orient lors de la prochaine communication annuelle. Geste simple, mais d’une portée initiatique : faire passer l’image de l’intime au commun, du cadre au volume, du regard individuel à la conscience partagée de la Loge. La projection n’est pas un artifice ; c’est une liturgie de lumière. Elle inscrit le triptyque dans l’architecture même, comme si la pierre se souvenait soudain du plan premier. Des tirages soutiendront l’artiste, mais ce qui circule d’abord, c’est le souffle d’un vœu tenu, la preuve qu’une tradition vivante sait attendre sans renoncer.

Lisons maintenant la fresque comme nous lirions un rituel

Le centre n’est pas un portrait : c’est une fonction. Hiram/Salomon y tient le rôle de l’axe, du point d’équilibre où la sagesse décide, où la force se contient, où la beauté éclaire sans éblouir. Les deux Jean ne flanquent pas, ils balisent : ils disent la limite ferme où la liberté demeure vraie, parce qu’elle se sait tenue. Le cercle ne clôt pas ; il rassemble. Les parallèles ne raidissent pas ; elles conduisent. Et ces plages de silence – ces vides nécessaires entre les signes – ne sont pas des manques : ce sont des chambres d’écho où l’initié peut déposer son souffle pour entendre mieux. La fresque, alors, devient un miroir de travail : non pour complaire à l’œil, mais pour régler la main et le cœur.

On notera que l’œuvre s’est d’abord posée dans le bureau du Grand Secrétaire. Faut-il y voir une coïncidence ? Elle est plus parlante qu’il n’y paraît. L’administration de l’Ordre et la mémoire imaginale du Rite, trop souvent séparées dans nos représentations, se tiennent ici dans une même pièce. La tenue de nos écritures, la rigueur des archives, la vigilance des règles ne sont pas extérieures à la poésie du symbole : elles en sont la contrepartie opérative. La Loge tient parce que l’intention se fait règle, et la règle, mémoire.

Fresque, parie droite

La fresque au Secrétariat est une parabole !

L’image et la Loi s’appuient, et c’est ainsi que l’Œuvre demeure. Ce relèvement iconique n’est pas un événement isolé. La ville et l’imaginaire texans portent depuis longtemps un goût de monumentalité tenue, une manière de lier grandeur et service, histoire et usage. Qu’on lise les notices locales, qu’on parcoure les chroniques, on retrouve ce même souci d’accorder le patrimoine et l’avenir : les pierres n’y posent pas pour la postérité, elles travaillent encore. Il convenait que la Grande Loge, doyenne des fraternités wacotiennes, réponde à sa propre vocation : instruire en édifiant, édifier en instruisant. La fresque reparaît ainsi non comme une relique, mais comme un outil : un miroir de tenue, une échelle de justesse, un appel à la rectitude heureuse.

Revenons à la triade plastique

Trois panneaux : c’est la Sagesse qui ordonne, la Force qui soutient, la Beauté qui achève. Trois souffles : Pensée, Parole, Action. Trois postures : écouter, discerner, accomplir. Le triptyque ne se lit pas de gauche à droite comme un récit linéaire ; il se reçoit en étoile, depuis le centre vers les bords et retour, à la manière d’un souffle qui se concentre et se déploie. La figure centrale n’attire pas tout à elle ; elle redistribue. Les deux Jean ne sont pas des gardiens sourcilleux ; ils sont des passeurs d’équilibre. Et le cercle, posé comme une coupe, recueille ce qui risquerait de s’éparpiller. Cette dynamique radiale correspond à la pédagogie du Temple : entrer, se recentrer, rayonner.

GL Texas, amphithéâtre

Il y a, dans la stylisation Art déco, une politesse envers le secret. Tout dire, ce serait trahir. Ici la ligne géométrique coupe court à l’anecdote : elle ne décrit pas, elle indique. Elle place le regard non dans la narration, mais dans la contemplation active : ce que tu reconnais devient ce que tu peux travailler. Loin d’un historicisme de carton-pâte, le langage visuel moderne épouse la tradition sans la farder ; il lui donne cette netteté qui empêche la superstition et requiert la pratique. C’est la noblesse des formes discrètes : elles n’interposent pas l’image entre toi et l’axe, elles te reconduisent à l’axe.

Peut-on, dès lors, parler d’achèvement ? Oui et non

Oui, parce qu’une intention ancienne accède enfin à la visibilité, parce que l’Orient retrouve l’image qui lui manquait. Non, parce que toute image vraie ouvre un chantier. La fresque accomplie n’est pas une borne ; c’est un seuil. Elle demande des lectures, des silences, des travaux, des relèvements. Elle appelle, dans chaque atelier, une méditation sur l’usage des lignes parallèles et du cercle, sur la cadence des deux Jean, sur l’alliance d’Hiram et de Salomon au cœur du Maître. Elle nous engage à faire de nos propres bureaux – si souvent encombrés de paperasse – des lieux où la Loi et l’Image se soutiennent pour mieux servir la lumière.

Temple de Waco

Il faut enfin saluer la fidélité d’une maison qui sait attendre. Le Temple de Waco n’a pas forcé le destin ; il l’a préparé. Les années ont passé, des communications se sont tenues, des Frères ont reçu la Lumière puis se sont tus, et la promesse est demeurée, intacte, dans la mémoire des plans et des comités. Cette patience, c’est la vertu maçonnique par excellence : travailler au rythme du temps long, ne pas confondre vitesse et fécondité, savoir que la pierre polie n’a pas d’horloge. La fresque, enfin posée – ou plutôt, projetée puis posée – devient la parabole de cette constance : le Temple ne possède pas le symbole, il le sert. Et le symbole, servi avec droiture, finit toujours par engendrer sa forme.

Regardons donc, longtemps, cette image comme on prononce un mot de passe exact : avec droiture, gratitude, vigilance. Elle ne clôt rien ; elle relance. Elle remet l’Orient à sa place – devant et dedans – et nous rappelle que nous ne sommes pas propriétaires de la lumière mais ouvriers de sa justesse. Qu’elle habite nos travaux comme une musique tenue, qu’elle règle nos pas, qu’elle nous garde dans la joie grave du chantier.

Grand Lodge of Texas, blason

*Grand Lodge of Texas, Ancient Free and Accepted Masons 

Issue des ombres vénérables des « Anciens », éclose en 1751 au cœur de la Turk’s Head Tavern de Soho, où les murmures des initiés se mêlaient au tumulte des rues londoniennes, la fraternité maçonnique, tel un vent impétueux chargé de mystères, traverse l’océan Atlantique, effleure les rivages sauvages et s’ancre profondément dans les terres indomptées du Texas.

À Brazoria, entre 1835 et 1836, sous l’égide bienveillante de la Louisiane, la Holland Lodge s’érige comme un phare au milieu du chaos : le cliquetis des armes et le grondement des charrettes composent une symphonie guerrière, tandis que les échos de Gonzales, de l’Alamo et de San Jacinto inscrivent dans l’éternité les noms de Frères tombés en martyrs, quand d’autres, la plume à la main, gravent les Déclarations qui forgent une nation naissante.

Le 20 décembre 1837, dans l’ardeur naissante de Houston, les volontés convergent en un concile solennel pour édifier la Grande Loge de la République du Texas ; le 16 avril 1838, elle s’éveille enfin « en bonne et due forme », tel un rituel ancestral invoquant la lumière. Le 11 mai, Sam Houston, figure tutélaire, intronise Anson Jones et ses officiers : la loi s’incarne en un souffle vital, la promesse se mue en chair palpable. Déjà, les ateliers prolifèrent comme des semences portées par le vent – Milam à Nacogdoches, McFarland à San Augustine, Temple à Houston –, et plus tard, à Waco, la No. 92 orchestre l’élévation d’un siège aux contours Art déco, bordés de réminiscences égyptiennes, où Raoul Josset cisèle la pierre pour exprimer une esthétique de discrète élégance plutôt que d’ostentation vaine : une architecture qui guide l’âme, sans l’éblouir par la force.

Au fil des XIXe et XXe siècles, présidents, gouverneurs, pionniers intrépides et professeurs éclairés incarnent cette fraternité au service du pays, tissant un tapis d’actions où l’idéal maçonnique irrigue les veines de la société. En 2019, 69 099 âmes fidèles attestent d’une loyauté mesurée, qui distingue la grandeur authentique de l’excès trompeur. Puis advient l’ère des unions fraternelles : le 23 avril 2007, la reconnaissance mutuelle avec Prince Hall est scellée d’un sceau solennel ; le 6 décembre 2014, l’intervisite s’affirme, et les colonnes, autrefois séparées, dialoguent enfin en harmonie. En 2025, un vœu immémorial renaît des cendres : la fresque promise, nichée derrière l’Orient, recouvre sa voix et sa luminescence, bouclant un cycle entamé en 1945. De la pierre brute au symbole poli, du dessein esquissé à l’œuvre accomplie, la Grande Loge du Texas honore son serment immarcescible : ériger des hommes pour qu’ils édifient, à leur tour, les fondations du monde.

Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers du Texas, éternelle Ville Lumière !

Grande-Loge-du-Texas-est-située-au-centre-de-Waco

Sources : présentation et rubriques « Media », « Texas Freemason Magazine » ; pages officielles de Grand Lodge of Texas, Ancient Free and Accepted Masons ; notice historique locale sur l’édifice et les travaux de Raoul Josset ; annonce et précisions sur la réalisation du triptyque par Sean Starr et sa projection à l’Orient (Christopher L. Hodapp, Freemasons for Dummies, et publication de l’artiste).

Comprendre l’excommunication des Francs-maçons par l’église catholique !

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Certains évoquent une concurrence institutionnelle, d’autres un contexte historique, d’autres encore la peur du « syncrétisme » déiste. Quoiqu’il en soit, la bulle pontificale du 28 avril 1738 de Clement  XII, intitulée « In eminenti apostolatus » donne « la faculté d’instruire et de procéder contre lesdits transgresseurs, de les réprimer et punir des peines qu’ils méritent, en invoquant même à cet effet, s’il le faut, le secours du bras séculier. »

On peut aujourd’hui affirmer que la raison profonde de cette condamnation violente (cf la référence au « secours du bras séculier ») est d’ordre théologique.

C’est pour cette raison qu’elle n’a pas été amendée et c’est aussi pour cette raison qu’elle restera d’actualité.

La raison théologique de cette première bulle pontificale anti-maçonnique n’est pas évidente. Le développement que je vous propose a pour but de vous l’expliciter.

Pour cela, il est nécessaire de faire quelques rappels historiques.

Différentes étapes qui ont conduit à la prééminence de la Sainte trinité

La doctrine de la Sainte Trinité (un seul Dieu en trois “personnes” : Père, Fils et Saint-Esprit) s’est formée progressivement entre le Ier et le IVᵉ siècle.

Dans l’Ancien Testament, Dieu est unique (YHWH). L’Esprit de Dieu (Ruah Elohim) et la Sagesse (Hokhma) sont des manières symboliques d’exprimer son action dans le monde, pas des personnes distinctes.

Dans le Nouveau Testament : On trouve des formules triadiques, mais pas encore une doctrine. Jésus parle de Dieu son Père, agit “par l’Esprit”, et ordonne de baptiser “au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit” (Matthieu 28,19).

Au Iᵉʳ et IIᵉ siècle, Les premières communautés voient en Jésus le Fils de Dieu, porteur de l’Esprit, mais elles affirment encore un seul Dieu. Les écrits de Paul et de Jean évoquent la présence conjointe du Père, du Fils et de l’Esprit, sans les définir.

A partir du IIème siècle, des courants divergents apparaissent :
Le modalisme (Sabellius) : le Père, le Fils et l’Esprit sont trois modes d’un même Dieu, non des personnes distinctes.
Le subordinationisme (Origène, Tertullien) : le Fils et l’Esprit sont inférieurs au Père.
Les monarchiens : refusent toute division en Dieu.
Tertullien (v. 200) forge le mot Trinitas : “una substantia, tres personae”.
Le concile de Constantinople (381) → La Trinité complète devient doctrine officielle de l’Église

Augustin d’Hippone (De Trinitate, IVᵉ–Vᵉ s.) Avec lui la Trinité devient une structure relationnelle de l’amour divin.
Le Père = celui qui aime
Le Fils = l’Aimé
L’Esprit = l’Amour qui les unit

Rappel sur les contestations anti-trinitaires

Pour un certain nombre de chrétiens, la contestation de la sainte trinité porte essentiellement sur le concept de l’esprit saint.

A partir du XVIème siècle plusieurs penseurs se distinguent par des écrits anti-trinitaires.

Michel Servet (1511–1553) — médecin et théologien espagnol, auteur de De Trinitatis Erroribus (1531). Il considère le Saint-Esprit non comme une personne divine, mais comme la force vivifiante de Dieu, une énergie immanente. Il est condamné pour hérésie et exécuté à Genève.

Fausto Socin (1539–1604) et les sociniens (Pologne, Transylvanie) rejettent la Trinité et défendent l’idée que le Saint-Esprit n’est pas une entité distincte, mais l’action de Dieu dans le monde. Leur pensée donnera naissance à l’unitarisme, toujours présent dans le protestantisme libéral anglo-saxon.
On retrouve également un courant anti-trinitariste en dans l’Angleterre des XVIème et XVIIè siècles ; citons :

John Biddle (1615–1662) appelé le “père de l’unitarisme anglais”. Il traduit et défend les thèses sociniennes. Dans A Confession of Faith touching the Holy Trinity (1648), il affirme :
→ le Père seul est Dieu au sens strict ;
→ le Fils et l’Esprit sont subordonnés.

John Milton (1608–1674). Auteur du Paradis perdu mais aussi de De Doctrina Christiana (œuvre publiée après sa mort), il défend un arianisme rationnel  et rejette la Trinité au nom de la cohérence logique et du retour à l’Écriture.

Isaac Newton (1643–1727), dans ses manuscrits théologiques privés (publiés au XXᵉ siècle, ex. Theological Papers), il rejette explicitement la Trinité et accuse l’Église d’avoir corrompu le christianisme primitif au concile de Nicée. Son antitrinitarisme s’inscrit dans une recherche d’un monothéisme rationnel conforme à la nature.

Samuel Clarke (1675–1729), théologien anglican, auteur du Scripture Doctrine of the Trinity (1712) propose une trinité subordonnée :
→ le Père est suprême,
→ le Fils et l’Esprit dérivent leur être du Père.

William Whiston (1667–1752), successeur de Newton à Cambridge considère la Trinité comme une altération post-apostolique.

Tout se passe comme la création de la Franc-maçonnerie à Londres avait baigné dans ce que l’on a appelé l’unitarisme anglais (XVIIᵉ–XVIIIᵉ s.) né des disciples de Biddle, Clarke et Whiston, qui rejette le trinitarisme et prône une Église libérale affirmant le monothéisme strict et la morale évangélique.

Rappel sur une exception biblique :

Si Dieu est censé pardonner, il y a une exception !

« Tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit Saint ne sera pas pardonné. »

(Mathieu 12,31) 

Conclusion : Le rejet de la Sainte Trinité et du Saint Esprit étant un blasphème, l’appartenance à la Franc-Maçonnerie mérite l’excommunication

En remettant en cause le Saint Esprit les fondateurs de la franc-maçonnerie ont réalisé un blasphème. C’est la conclusion logique de l’application de la violence biblique  qui explique la bulle pontificale de Clément XII.

On voit ici que l’accusation de blasphème n’est pas réservée aux islamistes radicalisés ; elle perdure encore dans l’église catholique.

Autres infos

Les vertus cardinales alchimiques

La tempérance (2/2)

La Tempérance

La Tempérance forme avec la Justice l’une des deux diagonales reliant les quatre angles du tombeau de François II et de Marguerite de Foix. Elle tient en main droite la bride et le mors d’un cheval qui à présent est débridé et prêt à s’envoler comme Pégase, car il sait composer avec sa double nature matérielle et spirituelle, son corps et son esprit prêts à dépasser leurs limites en croisant leurs langages.

Dans cette nouvelle dimension, le corps et l’esprit ne sont pas enchaînés au temps des pendules humaines, mais se règlent sur les cycles lunaires et solaires de leur propre horloge interne qui n’a qu’une aiguille, comme la pendule que la Tempérance serre de la main gauche sur son cœur.

Versailles Bassin des enfants dorés

C’est le temps de la résurgence et de la renaissance de l’être dans un bien-être intérieur profond rappelant celui de l’embryon baignant avec délice dans l’eau nourricière de sa mère, déployant harmonieusement ses bonnes ondes à travers le corps, l’esprit et l’âme, et ressenti en soi-même dans sa globalité par l’être sans pour autant être appréhendé par des mots. La résurgence de ce bien-être, semblable à l’écoulement joyeux d’une source d’eau claire, ne dépend pas d’une quelconque règle de vie matérielle ou spirituelle établie par d’autres, quel que soit leur degré d’autorité et de pouvoir sur leurs semblables. Ce bien-être ultime en soi-même ne peut et ne doit venir que de soi. L’être est le sourcier de son bien-être, et trouve sa source en soi-même en interrogeant son pendule.

Versailles Jaillisements d’eau

« Sa » pendule est devenue « son » pendule qui répond à toutes ses questions dans l’instant sans prendre le temps de la réflexion, sans réfléchir ni se réfléchir dans des miroirs tendus par d’autres, mais pour se saisir et se ressaisir à chaque instant. Aime-toi ! Pense sans penser ! Sois qui tu es ! L’être qui pense ainsi prend les chemins de traverse de pensées marginalisées et inaccessibles aux esprits exclusivement rationnels, et ouvre en soi-même des voies d’accès à des expériences couronnées par des métamorphoses intérieures sur les plans matériel, mental, et spirituel, illustrées par des jaillissements joyeux d’eau claire dans les jardins alchimiques du château de Versailles, bien au-dessus des plans d’eau stagnante.

Mais l’aspiration à l’écoute sublime de ce chant de l’âme est annihilée dès sa naissance en occident par une confusion entre l’esprit et l’âme, entretenue par la pensée religieuse pour brouiller les pistes menant à l’âme et la dégrader en la dotant des prérogatives de l’esprit. L’âme est souillée par tous les mots lancés comme des hameçons pour la saisir, les âmes-sons des prières et des incantations qui, au lieu d’élever l’esprit vers l’âme, sont des drogues retournant l’élan de l’esprit vers le corps par des addictions à des gestes et des rituels répétitifs aux effets hypnotiques.

Bien au contraire, l’esprit doit reconnaître ses limites et son incapacité à entendre le chant de l’âme qui s’élève dès qu’elle se libère des liens qui l’accrochent artificiellement à l’esprit, s’affirmant ainsi par elle-même en toute indépendance pour reconstituer avec le corps et l’esprit la triade désormais harmonieuse de l’être. Sans cette reconnaissance, l’âme souffre sans discontinuer d’une douleur infusant dans le corps et l’esprit, qui à leur tour souffrent de la même disharmonie et des troubles qu’elle déclenche aux niveaux physique, moral, mental, et spirituel.

Lame BA de letre egyptien.

Pourtant il n’en fut pas toujours ainsi en occident, en particulier dans l’Égypte Antique, son berceau spirituel. Les égyptiens avaient une conception beaucoup plus heureuse de l’âme, positive et stimulante pour l’esprit et le corps, et bien qu’insaisissable, l’âme BA, l’un des neuf constituants de l’être égyptien, était le grand témoin des choix effectués par chaque être responsable de sa vie spirituelle, quelle que soit sa place et son rang dans la société.

Égypte Stèle à oreilles Écoute et Entente

Il appartenait à chaque égyptien et égyptienne de se prendre en main pour « écouter » l’appel de son âme et « s’entendre » avec soi-même, ce passage entre l’écoute et l’entente déterminant toute la résurgence d’un bien-être sans pareil. Et l’être spirituel n’ayant pas changé d’un « iota » depuis ce temps-là, chacun(e) doit toujours retrouver par soi-même le chemin de son propre bien-être tout en évoluant entre des univers communs à tous.

La bride du cheval et la pendule symbolisent ainsi l’action alchimique de la Tempérance sur un temps spirituel intérieur transformé en matière malléable. Chaque initié(e) doit apprendre à prendre en main son destin, à retenir le temps ou l’accélérer dans des moments de vie rituelle où les mots et les gestes les plus anodins deviennent des concentrés de sens et d’énergie, où les pensées sont plus denses et plus graves, et augmentent de ce fait la gravité du moment vécu avec … « gravité ». La force magique résultant des rituels maçonniques vécus collectivement et individuellement avec gravité rejoint ainsi étrangement l’action de la « force de gravité » omniprésente dans l’univers.

Rituels de purification égyptiens

Les Égyptiens retenaient le temps tout au long de la journée pour purifier en eux-mêmes leurs gestes et leurs pensées et se relier à ce qui crée, protège, et prolonge la vie : le soleil, le Nil, et toute la Nature qui est l’expression même de la vie, et sans doute est-ce à force de retenir le temps en ritualisant toute leur vie que la civilisation égyptienne dura plus de 3000 ans. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, sans doute est-ce à cause de l’attachement aux rituels que la Franc-Maçonnerie a plus de 300 ans d’existence, malgré les épreuves des guerres et de leurs propres dissentions internes. Car les loges sont des matières-énergies qui travaillent avec gravité durant l’espace-temps de leurs travaux, et par ailleurs chaque initié(e) tend à travailler avec la même gravité sur son propre corps-esprit durant l’espace-temps de ses propres travaux.

Les travaux collectifs des Loges sont les matrices des travaux plus personnels de leurs membres, destinés à les rendre conscients de ce qui demeure insaisissable dans leur subconscience, conscients de la profondeur de leur être qui a vocation à se révéler au grand jour en se délivrant des agrégats bouddhistes, c’est-à-dire une fois désagrégéscesagrégats, comme l’indique la devise des alchimistes « solve et coagula », dissous et coagule. Pour y parvenir, les initié(e)s traversent des épreuves symboliques qui les désorientent et les secouent de l’intérieur, pleines de symboles ambivalents alternant par exemple les sensations de chaud et de froid, les rotations à droite et à gauche, etc. Chaque initié(e) doit s’en inspirer pour trouver par soi-même son propre modèle de secousse physique et mentale, et le plus efficace est d’accélérer le temps en soi-même après l’avoir ralenti, l’accélérer en se recentrant sur soi-même dans l’instant « ici et maintenant », « hic et nunc » disait-on au moyen-âge en Occident.

Temps-linéaire-séquentie-et-non-linéaire-perceptuel

Cette conscience du temps est la clé de la connaissance du corps et de l’esprit en mouvement et au repos. C’est dans le mouvement que le cerveau saisit au vol et intègre le temps des événements sensoriels qui relèvent soit du court terme, soit du long terme, du senti ou du ressenti temporels : d’une part les sensations conscientes attachées au monde temporel physique, linéaire et séquentiel, et d’autre part le ressenti du subconscient dans un temps perceptuel décalé, non linéaire et non séquentiel. Ces deux types de perceptions tendent naturellement vers la stabilité et le repos en entrant en phase l’une avec l’autre. Autrement dit, le cerveau crée du temps, ou/et joue avec le temps, pour recréer des ensembles cohérents de perceptions en conjuguant entre elles leurs différentes temporalités.

Si le corps rectifie ses perceptions pour les mettre en phase et en résonance les unes avec les autres, c’est aussi pour que l’esprit s’en inspire, se rectifie lui-même et mette en résonance l’ensemble de ses pensées, notamment en pensant avec gravité lors des cérémonies rituelles. En somme, l’esprit doit juste écouter son corps qui est naturellement en phase avec ses propres rythmes biologiques, pour entrer en résonnance comme les Anciens Égyptiens avec les rythmes de la nature et du cosmos.

Danseurs de Manipuri

Il s’agit dans les cérémonies rituelles comme dans les pensées et les actions de tous les jours d’être « grave » juste comme il faut, se maintenir en équilibre dans l’axe central de l’être « tout en jouant » avec la force de gravité, comme en ondulant pour s’écarter de cet axe central et provoquer des déséquilibres, même imperceptibles, puis reprendre ses esprits et déclencher ainsi des prises de conscience et des éclairs de vérité imprimés définitivement en mémoire. Chez l’être éveillé spirituellement, dansant allègrement sa vie comme les danseurs de Manipuri, les pas de côté vers d’autres connaissances alternent régulièrement avec d’autres pas de recentrage dans l’axe vertical de la conscience, des « pas de deux » effectués en soi-même par un être double illustrant le mouvement et le repos du loggion 50 de l’Évangile de Thomas, : « Jésus a dit : S’ils vous demandent : Quel est le signe de votre Père en vous ? Répondez leur : c’est un mouvement ET un repos ».

L’être spirituel demeure ainsi à la fois dans la paix profonde d’un être actif, et dans l’action d’un être en paix, un être paradoxal à la fois en paix et dans l’action, au repos et en mouvement pour reprendre les mots de Thomas, des termes a priori incompatibles entre eux car on est logiquement au repos ou en mouvement, mais pas les deux à la fois. Pourtant c’est la conjonction de ces deux états qui donne la clé de la Tempérance : la révélation et la naissance d’un troisième « terme » invisible et inattendu né de leur conjonction fructueuse.

Clé de voûte

Car être deux, c’est être plus que deux, et s’élever ensemble vers plus que soi, c’est devenir comme dans les cathédrales et les temples une clé de voûte concentrant en elle plusieurs forces pour n’en faire qu’une et la projeter au-delà d’elle-même dans l’invisible, tout en renforçant en dessous d’elle les piliers et les états d’être en conjonction qui l’ont fait naître.

Alors, tout devient un jeu pour l’être spirituel confronté non pas aux forces matérielles visibles de l’existence, mais à sa propre force délivrée des entraves idéologiques et religieuses. Cette force n’aspire qu’à se déployer en puissance, et le rôle des deux autres vertus cardinales, la Prudence et la Force, est de canaliser cette force pour mieux projeter l’être spirituel en son propre au-delà.

Autres articles de la série

Humanisme n°349 – Antisémitisme : L’esprit contre la haine

Il existe des numéros qui ne se contentent pas d’informer. Ils orientent la boussole intérieure, ils frappent à la pierre dure de nos évidences, ils redonnent à la pensée la vigueur d’un serment. Ce volume d’Humanisme porte cette force. L’éditorial de Christophe Devillers ouvre la marche avec un timbre sans concession. Nous y entendons l’ancienne promesse de l’universalisme se dresser contre la confusion contemporaine, non comme un mot d’ordre, mais comme une discipline de l’esprit. Tenir ferme la voie claire, ne pas céder à la superstition vengeresse, refuser l’assignation identitaire qui mutile, tout cela n’est pas une posture, c’est une ascèse. L’Obédience y apparaît gardienne d’une eau limpide, celle de la roche philosophale, qui ne sépare pas, qui purifie.

HUMANISME – Antisémistisme

Dans l’entretien avec Pierre Bertinotti, la maison fraternelle respire, vivante, traversée d’un souffle qui conjugue tradition et anticipation. Le Grand Maître ne rêve pas d’une citadelle, il parle d’un organisme qui se transforme, d’une écoute patiente, d’un progrès réglé par la parole et par la ritualité. Nous retrouvons le triangle de nos fidélités, liberté, égalité, fraternité et la laïcité comme espace apaisé où la conscience se tient debout. La mission est simple et exigeante. Réconcilier ce que l’époque divise, faire travailler ensemble des sensibilités qui parfois s’ignorent, créer des ponts entre l’atelier intérieur et le monde, maintenir la dignité de la méthode et l’ouverture du cœur. La parole du Grand Maître vaut moins pour ce qu’elle promet que pour ce qu’elle demande. Une éthique de responsabilité, une patience, une constance.

Maïmonide

Vient alors la leçon des Anciens, portée par Jacques-Louis Perrin. Averroès et Maïmonide s’y avancent comme deux visages de la raison hospitalière. L’un commente Aristote et affronte l’exil, l’autre soigne les corps et éclaire les âmes, tous deux refusent la servitude du littéralisme. Leur fidélité ne brise pas la lettre, elle la hisse vers un sens plus haut. Ils acceptent la difficulté de la nuance, la lenteur du commentaire, le travail de conciliation entre foi et savoir. À travers eux, l’esprit maçonnique se reconnaît, car la quête se nourrit d’une double exigence. Le respect du mystère et l’exercice de la logique. Nos loges savent ce fil d’équilibre, qui protège de la violence du zèle et des séductions du relativisme. Ces deux maîtres nous rappellent qu’une société devient respirable quand la raison ne chasse pas la transcendance et quand la religion n’efface pas la pensée.

La troisième voix, celle sur laquelle se porte mon troisième regard, plonge au cœur des profondeurs contemporaines. Marc Knobel y explore l’expression de l’antisémitisme sur le Net, dévoilant les formes nouvelles d’une haine ancienne qui, sous le masque de la modernité, poursuit son œuvre de nuit. La description est précise et sans dramatisation inutile. Nous voyons les anciennes haines changer d’allure, emprunter les codes du divertissement, se draper d’ironie, saisir l’économie de l’attention, profiter d’algorithmes qui amplifient la charge émotionnelle. Les forums deviennent des antichambres, les plateformes des chambres d’écho, la viralité forge des bulles où la rumeur se sent chez elle. La haine en ligne n’est plus un ilot marginal, elle touche à la normalité, elle s’infiltre dans des usages, elle s’habille de commentaires, de blagues, de montages. Le texte propose une réponse à deux étages. Une politique ferme qui responsabilise les acteurs et protège les victimes. Un investissement patient dans l’éducation, afin que chacun apprenne à reconnaître les manipulations, à nommer la rhétorique de l’obsession, à déceler la pulsion d’ordre qui se venge de la complexité. Rien de manichéen. Un diagnostic lucide et une préparation à la vigilance.

Delphine_Horvilleur_par_Claude_Truong-Ngoc_mars_2019

Au-dessus du dossier flotte une phrase de Delphine Horvilleur, placée comme une inscription tutélaire. « L’antisémitisme est une passion de l’ordre, il hait ce qui échappe, ce qui se dérobe, ce qui ne se laisse pas ranger. »

Tout est dit du ressort profond de cette vieille fureur. Elle ne supporte pas l’inclassable, elle guette l’écart, elle punit la singularité. Notre tradition répond par un autre ordre, non pas l’ordre qui enferme, mais l’harmonie qui donne place. La géométrie de l’atelier est une pédagogie de l’âme. Elle apprend à assembler sans écraser, à unir sans uniformiser, à reconnaître dans l’altérité la chance d’un agrandissement intérieur.

Ce numéro ne joue pas le présent contre l’histoire, il refuse les conforts inverses. Il montre comment la haine se métamorphose et pourtant reste la même, comment la pensée change de vêtement et pourtant demeure fidèle à son axe. Nous sortons de cette lecture avec une double injonction. Travailler la lucidité et maintenir la douceur, connaître les mécanismes et tenir la fraternité comme fin. L’esprit des Lumières n’est pas un musée, c’est une façon d’habiter le monde.

Afin d’embrasser la richesse du volume, voici un panorama des contributions qui composent ce cheminement. Paul Salmona éclaire la place des Juifs dans le récit national, il révèle la zone aveugle où se tissent des oublis qui déforment la mémoire commune, il montre comment une nation se raconte quand elle accepte ses complexités. Dominique Schnapper décrit les métamorphoses et les permanences de l’antisémitisme, elle suit le fil d’une obstination qui change de masque, elle mesure l’effet des contextes politiques et des styles intellectuels sur la vitalité de cette haine. Pascal Ory s’attache à la mécanique de la détestation, il scrute les ressorts culturels et passionnels qui conduisent à la haine du Juif, il met à nu la logique de diabolisation qui prépare l’exclusion et parfois l’extermination.

Vincent Duclert revient à l’affaire Dreyfus, il en rappelle la valeur fondatrice, non comme un épisode ancien, mais comme un laboratoire du courage civique et de la vérité méthodique. Pierre-André Taguieff remonte aux sources du mythe du complot juif international, il suit ses avatars, dévoile ses opérations de collage idéologique, met au jour la force d’attraction des récits totalisants qui promettent une clé unique au chaos du monde. Frédéric Dabi propose une lecture fine de l’opinion française, il observe une prise de conscience réelle, il signale des signaux faibles préoccupants, il rappelle que l’espace public se gagne chaque jour par l’éducation et par la parole responsable. Bernard Fialaire précise la réponse législative dans l’enseignement supérieur, il détaille des outils, il en cerne les limites, il inscrit l’action publique dans une stratégie durable qui protège sans étouffer la liberté. Alexandre Bande et Pierre-Jérôme Biscarat analysent l’après sept octobre, ils replacent l’onde de choc dans l’histoire politique française, ils nomment les fractures nouvelles et les lignes de fuite qui traversent les milieux militants comme les discours médiatiques. Marc Knobel, déjà évoqué, trace l’anatomie de la haine numérique et en dessine les antidotes, avec une pensée qui joint rigueur et humanité. François Rachline conclut par une méditation sur l’antihumanisme, il rappelle que la haine du Juif n’est pas une haine de plus, elle vise l’humanité même, elle attaque l’idée que chaque personne porte un infini en partage.

Ce déploiement ne vaut pas seulement par la somme des savoirs. Il tient par la tenue intérieure que la revue exige. Une tenue au sens le plus maçonnique du terme. Les auteurs y travaillent comme des Frères aux métiers différents, rassemblés par le même désir de lumière.

Un volet Histoire nous entraîne dans un entretien avec Stéphane Nivet qui ouvre un passage de mémoire vive et de transmission, promesse d’éternité par la trace humaine plus forte que l’oubli. Dans la veine citoyenne, Bruno Fuligni réinvente le banquet républicain et rappelle cette liturgie profane où la parole fraternelle circule, où la convivialité devient pédagogie civique. Côté littérature, Damien Cesselin poursuit son parcours zolien et trouve dans La Joie de vivre une leçon d’humanité qui résiste aux fatalités sociales. Le cinéma, avec Benoît Recco, s’arrête sur « Le vieil homme et l’enfant » et met à nu une scène d’antisémitisme ordinaire qui dit beaucoup du temps et de l’intime. La musique, sous la plume de Jean Kriff, rend justice au Frère François-Joseph Gossec, maître de l’équilibre classique et artisan d’une sociabilité sonore qui a façonné l’espace public des Lumières. Les pages livres se referment sur deux lectures qui parlent à notre atelier intérieur.

Philippe Foussier ancien Grand Maître du GODF (Source Blog de Jean-Laurent Turbet)

Philippe Foussier examine l’ouvrage d’Alain Bauer et Roger Dachez et interroge ce que les francs-maçons font de la politique quand ils choisissent la responsabilité plutôt que l’incantation. Et, sous la plume de Gregor Tacite, l’ouvrage de Cécile Révauger ramène aux fondamentaux et rappelle que devenir franc-maçon demeure une aventure de liberté, de connaissance et de service, loin des clichés et des simplifications.

Nous retenons enfin la tonalité de l’ensemble. Rien d’apocalyptique, rien d’euphorisant. Un courage lucide et tranquille qui sait la gravité des temps et garde la confiance. La Franc-Maçonnerie se tient dans cette ligne, fidèle à l’héritage des Lumières, attentive aux blessures présentes, consciente de la responsabilité qui vient avec le savoir. L’antisémitisme hait ce qui échappe et se dérobe. Nous choisissons la liberté qui accueille et qui élève. L’atelier continue son œuvre, pierre après pierre, parole après parole.

Ainsi la Franc-Maçonnerie, fidèle à sa vocation humaniste, éclaire les ténèbres du fanatisme.

Humanisme n° 349 – Antisémitisme / Revue des francs-maçons du Grand Orient de France – Conform édition, novembre 2025, N°349, 128 pages, 17 € port inclus Conform édition, le site

Pourquoi les Francs-maçons sont-ils si secrets ? Le mystère est levé

De notre confrère smart.dhgate.com – Par Scarlett

Le mystère qui entoure la franc-maçonnerie suscite souvent curiosité et spéculations. Cette fraternité, riche d’histoire et de traditions, est fréquemment perçue comme secrète, alimentant l’imagination et parfois la suspicion. Comprendre cette perception exige de se pencher sur ses origines et d’explorer les coutumes qu’elle perpétue. Sa réputation énigmatique ne tient pas uniquement à une volonté de dissimulation, mais aussi à la complexité des rituels, coutumes et symboles qui remontent à plusieurs siècles.

En tant que Scarlett, il me semble important d’aborder ce sujet avec discernement, en reconnaissant à la fois l’intrigue et la réalité qui se cachent derrière le voile du secret, afin d’offrir une perspective équilibrée.

Explication des problèmes à la racine

L’une des principales raisons pour lesquelles les francs-maçons sont perçus comme secrets réside dans leur recours à des rituels et des symboles dont la signification n’est jamais expliquée publiquement. Ces éléments cérémoniels, préservés au fil du temps, sont significatifs pour les membres mais obscurs pour les non-initiés. De plus, les membres prêtent serment d’engagement qui insistent sur la confidentialité et la loyauté, créant parfois une impression d’exclusivité. La structure hiérarchique et la gouvernance interne de la franc-maçonnerie ne sont pas transparentes pour le public, ce qui renforce ce sentiment de secret. En définitive, la combinaison de tradition, de secret rituel et d’opacité de la gouvernance explique en grande partie pourquoi ce groupe peut sembler inaccessible au grand public.

  • Le recours à des rituels et des symboles qui ne sont pas expliqués publiquement contribue à la perception de secret.
  • La structure hiérarchique et la gouvernance interne des loges maçonniques restent largement opaques aux yeux des personnes extérieures.
  • Les serments d’engagement prêtés par les membres peuvent être interprétés comme secrets ou contraignants, excluant ainsi les non-membres.
  • La tradition et les pratiques historiques, dont certaines proviennent des tailleurs de pierre opératifs, sont perpétuées au sein de la confrérie.

Cette vidéo (en anglais) offre un éclairage précieux en explorant les actions réelles et le rôle communautaire des francs-maçons au-delà des mythes, contribuant ainsi à clarifier les malentendus courants.

Idées cadeaux (Scarlett)

Si vous connaissez un franc-maçon ou souhaitez simplement honorer ses intérêts particuliers, choisir un cadeau sur le thème maçonnique est une attention délicate et respectueuse. Les objets ornés de symboles traditionnels ou de références historiques résonnent profondément en eux, reflétant leur passion pour le riche héritage de la franc-maçonnerie. Des cadeaux tels que des livres sur la franc-maçonnerie, des bijoux symboliques ou des souvenirs rendant hommage à leur histoire peuvent être significatifs. Offrir un tel cadeau témoigne de votre appréciation pour leur attachement à une tradition qui leur est chère. C’est un geste poli et attentionné qui peut renforcer les liens grâce au respect mutuel de leurs valeurs et de leurs expériences.

Solutions pratiques/Conseils

Pour mieux comprendre la franc-maçonnerie et lever le voile sur son mystère, il est essentiel de se renseigner auprès de sources fiables. Évitez de vous fier à des rumeurs non vérifiées ou à des théories du complot, qui ne font qu’alimenter les idées fausses. Selon l’article de Wikipédia sur la franc-maçonnerie, cette fraternité privilégie les enseignements moraux et la charité plutôt que des motivations cachées. Se pencher sur des récits historiques crédibles ou des analyses culturelles reconnues permet d’acquérir une perspective nuancée. N’oubliez pas que juger uniquement sur la base de connaissances limitées risque de créer des récits erronés. Aborder le sujet avec un esprit ouvert contribue à y voir plus clair et à réduire les soupçons injustifiés. Liste de contrôle des observations.

  • Privilégier les sources authentiques aux ouï-dire pour la recherche des rituels.
  • Comprendre la signification symbolique des emblèmes maçonniques.
  • À noter l’importance accordée à la communauté et à la philanthropie au sein des loges.
  • Il faut reconnaître que les pratiques de confidentialité servent la tradition, et non la dissimulation.
  • Explorez les contextes historiques des pratiques maçonniques.
  • Engagez-vous respectueusement auprès des membres disposés à partager leurs points de vue.

Exemple concret

Un exemple inspirant nous vient d’un franc-maçon engagé dans le service communautaire. Par des actions caritatives telles que l’organisation de collectes alimentaires et le soutien à des programmes locaux pour la jeunesse, ce membre illustre l’impact positif attribué à la franc-maçonnerie. Un tel engagement met en lumière la vocation plus large de la franc-maçonnerie, au-delà des rituels et du secret, et souligne des valeurs comme la fraternité, le service et la responsabilité sociale. Des histoires comme celle-ci nous rappellent que les francs-maçons peuvent être des piliers de leurs communautés, contribuant discrètement et avec dévouement au bien commun, loin de toute ostentation.