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Les ouvriers d’Hiram Abiff : spiritualité et soi intérieur (II)

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans la continuité de la première partie publiée hier, cet article nous plonge plus profondément dans les abysses de l’être. Ici, la spiritualité n’est plus un vague horizon, mais un sanctuaire intérieur où réside notre origine primordiale. Comme l’évoque avec poésie le Chandogya Upanishad (8-I), texte sacré du sacrifice et de la chanson, l’un des principaux Upanishads de l’hindouisme :

« Il y a dans notre cœur un minuscule espace et, cependant, en lui habitent le soleil, la lune et les étoiles. »

Cette image cosmique du cœur comme microcosme divin cadre parfaitement avec la légende maçonnique d’Hiram Abiff, où les ouvriers – ces bâtisseurs symboliques du temple intérieur – œuvrent à dévoiler cette lumière enfouie.

L’auteur, imprégné d’une sagesse interreligieuse, relie la quête initiatique maçonnique à une exploration universelle de l’existence humaine. Face aux tourments modernes – dualité, désirs et illusions –, il propose un chemin spirituel qui transcende les dogmes pour toucher l’essence du Soi. À travers des références à Raimon Panikkar, Bouddha et Jésus, cet essai interroge les grandes énigmes : Qu’est-ce que l’humain ? Quel sens à cette vie ? Qu’est-ce que le péché, le bien et le mal ? Dans cette analyse structurée, nous explorerons la dualité existentielle, le rôle des religions comme ponts, et le sendero initiático comme voie d’éveil. Pour les ouvriers d’Hiram, ce texte devient un rituel écrit, invitant à polir la pierre brute de l’âme jusqu’à ce qu’elle reflète l’éclat des étoiles intérieures.

La dualité et les voiles de l’existenceAu cœur de notre condition humaine se dresse la loi inexorable de la dualité, ce voile qui obscurcit notre essence spirituelle originelle. L’article nous rappelle que nous entrons dans le plan physique non comme des êtres marqués par le mal, mais comme des âmes venues pour la joie pure.

« Nous sommes des êtres humains qui venons à ce plan pour être heureux. Mais, qu’est-ce qui se passe, dans ce plan, pour que nous ne puissions pas vivre au centre, et que nous soyons soumis à la loi inexorable de la ‘dualité’ ? »

bouddhas dorés : zen
bouddhas dorés alignés

C’est avec le développement de la raison que ce voile se forme, nous couvrant de notre origine spirituelle et nous rendant sensibles aux désirs – ces semences du bien et du mal, comme l’enseignent Bouddha et Jésus.

Ces désirs, source de notre infortune, naissent de l’ignorance primordiale. Le chemin vers le bonheur ? L’extinction de ces attachements, un défi suprême :

« Supprimer les désirs. Est-ce facile ? Non, il n’y a rien de plus difficile que de se gouverner soi-même, c’est pourquoi nous essayons de gouverner les autres, cherchant l’extrême des désirs : ‘Le Pouvoir’. »

Raimon Panikkar (1918-2010), philosophe, théologien et prêtre catholique espagnol, illumine cette crise : « Nous sommes au sommet de la pyramide, nous sommes les rois de l’Univers, et nous ne nous rendons pas compte que nous avons détruit notre royaume et notre règne. C’est pourquoi le problème est métaphysique, et non technologique ou politique. »

Dans le contexte maçonnique, cette dualité évoque les trois assassins d’Hiram – symboles de l’ego fragmenté –, que l’initié doit vaincre pour ressusciter en unité.Les grandes questions de l’humanité – le sens de l’existence, le péché, le bien et le mal – trouvent écho dans les religions, qui offrent des réponses provisoires à notre soif intérieure. Pourtant, l’article insiste : le mal n’est pas inhérent ; il émerge de l’ignorance, et notre venue au monde est une invitation à la félicité, voilée par les illusions du plan physique.

Le rôle des religions : Ponts vers le divin

Les religions, essentielles dans notre évolution collective, agissent comme des ponts entre l’humain et la divinité, guidés par l’enseignement, la croyance, le dogme et la foi. L’auteur les compare à la démocratie :

« Pas le meilleur système, mais le plus sain. Tant que nous, les êtres humains, restons à un bas niveau de conscience, il est important d’être membre d’une religion. »

Elles nous apprennent à croire en la Divinité par la foi, structurant notre esprit encore immature.

Cependant, à mesure que s’ouvre la conscience, le pont religieux cède la place au sendero spirituel et initiatique. « Ce qui arrive, c’est que, à mesure que tu commences à ‘ouvrir la conscience’, tu laisses la religion pour nager dans le sendero spirituel et initiatique. »

Ici, institutions comme la franc-maçonnerie, le rosicrucianisme ou le bouddhisme émergent comme phares :

« Elles nous enseignent à chercher la Lumière par le sendero initiatique, sendero spirituel, et leur objectif est ‘d’ouvrir la conscience’, qui nous montre ce plan sans les fantasmes et illusions qui nous attirent, nous lient au physique. »

Pour les ouvriers d’Hiram, cette transition est emblématique : la religion comme échafaudage du temple extérieur, l’initiation comme achèvement du sanctuaire intérieur. Dévoiler le mystère de l’existence reste impossible en totalité, mais ces chemins élèvent notre conscience, nous libérant des chaînes des désirs et du pouvoir.

Thème cléDescriptionRéférence symbolique
Dualité existentielleVoile des désirs masquant l’origine spirituelleAssassins d’Hiram : ego fragmenté
Rôle des religionsPonts provisoires vers la foiDémocratie spirituelle : saine mais limitée
Sendero initiáticoOuverture de conscience vers la LumièreFranc-maçonnerie : quête du temple intérieur
Ignorance et désirsSource du mal et de l’infelicitéEnseignements de Bouddha et Jésus

Le soi intérieur : Du centre à l’unité cosmique

Le Soi intérieur, ce centre silencieux où règne notre essence véritable, transcende la dualité pour embrasser l’unité. « La religion te enseigne à croire en la Divinité, mais par la foi. Le sendero initiatique ou spirituel te montre que le Ser Supérieur, l’Unique, le Tout ou Dieu, est en toi, et son essence fait partie de toute la nature ; il n’y a ni ciel ni enfer, ni bien ni mal, tout consiste à vivre au centre, indifférent à l’humilité et indifférent à l’orgueil. » L’enfer réside dans le fanatisme, le dogmatisme, l’ambition démesurée et l’hypocrisie ; le ciel, le Nirvana ou l’état primordial, dans l’amour, la compassion pure et la bonté.

L’article distingue avec finesse : « Il ne faut pas confondre religion avec organisation religieuse. La religion, je la porte en moi, elle me relie aux états supérieurs, à l’amour des semblables, à l’esprit et au mystère. »

Cette « religación » religieuse est la conscience de la relationalité du corps mystique de la réalité – un lien vivant, non institutionnel, qui unit l’individuel au cosmique. Dans la tradition d’Hiram Abiff, ce centre est la « Parole Perdue », retrouvée par l’initié qui, comme l’Upanishad, découvre dans son cœur l’univers entier.Vivre au centre, c’est gouverner le soi plutôt que les autres, transcendant le pouvoir par la maîtrise intérieure. Ce chemin, accessible à tous, transforme l’ignorance en éveil, les désirs en liberté.

Conclusion : Vers un règne restauré

Cette seconde partie de la série nous laisse avec une vision restauratrice : nous, rois déchus de l’Univers, pouvons rebâtir notre règne par la métaphysique de l’âme. « La religieuse est la conscience de la religion ; c’est-à-dire, de la ralation du corps mystique de la réalité. »

Pour les ouvriers d’Hiram, ce sendero n’est pas une abstraction, mais un labeur quotidien : ouvrir la conscience pour que le minuscule espace du cœur englobe les étoiles.Dans un monde dévasté par la dualité, cet article est un appel à l’unité – non par la force, mais par le silence intérieur. Que chaque initié, armé de compassion et de Lumière, dissolve les voiles et embrasse son origine primordiale.

Le temple d’Hiram n’est pas de pierre, mais de cœur cosmique, où le Soi et le Tout ne font qu’un.

Relire le numero 1 de cette série

La parole du Véné du lundi : « la preuve que tout le monde est libre et souverain en Franc-maçonnerie »

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Liberté maçonnique : une farce en 4 Actes, orchestrée par la banque centrale !

Ah, la liberté du Franc-maçon ! Ce doux parfum d’indépendance, ce souffle d’émancipation spirituelle, cette quête sublime de la lumière au milieu des ténèbres… ou du moins, c’est ce qu’on nous vend dans les rituels, entre deux coups de maillet et une gorgée de mauvais vin de loge ! Mais arrêtons le délire une seconde, mes frères et sœurs éclairés, et jetons un œil derrière le tablier : cette liberté tant vantée n’est qu’une illusion aussi épaisse que la fumée d’un cierge mal éteint.

Suivez-moi dans cette satire grinçante, où la souveraineté maçonnique ressemble à une poupée russe financièrement coincée, et où le vrai maître du temple pourrait bien porter un costume trois-pièces plutôt qu’un tablier !

Acte I : Le Franc-maçon, roi libre… jusqu’à la Capitation

Imaginez l’apprenti, fraîchement initié, tout émoustillé par l’idée de tailler sa pierre brute dans un sanctuaire de sagesse. Il se voit libre, affranchi des chaînes du monde profane, maître de sa conscience sous le regard bienveillant du Vénérable. Mais attendez une seconde : « Frère, votre Capitation est de 400 euros, s’il vous plaît ! » Oui, cette liberté a un prix, et elle est payable en espèces sonnantes et trébuchantes. Libre de penser ? Peut-être. Libre de ne pas payer ? Pas vraiment. Le Franc-maçon est un roi enchaîné à son porte-monnaie, contraint de financer son illumination à coups de prélèvements automatiques. On lui promet la lumière, mais la première lueur qu’il voit, c’est celle du relevé bancaire !

Acte II : la loge souveraine… mais sous tutelle

Passons à la loge, ce havre de souveraineté où chaque décision est mûrement réfléchie autour d’un plateau carré. Le Vénérable, avec son air solennel, déclare : « Nous sommes libres et de bonnes moeurs mes Soeurs et mes Frères ! » Autonomes, vraiment ? Pas si vite. Cette loge, si fière de ses rituels et de ses débats, dépend comme une adolescente de ses parents de l’Obédience – ce grand frère qui valide les initiations, impose les règlements et veille à ce que personne ne dévie du Rituel. La souveraineté de la loge ressemble à celle d’un royaume médiéval : théorique, mais soumise à l’autorité centrale. Et si la loge ose ruer dans les brancards, hop ! Une lettre de rappel à l’ordre, et les voilà ramenés à la niche. Liberté surveillée, en somme !

Acte III : l’Obédience libre… mais endettée jusqu’au cou

Et que dire de l’Obédience, cette entité majestueuse qui se drape dans les ors de la tradition maçonnique ? Elle se proclame libre, indépendante, un phare d’idées dans la tempête moderne. Sauf que, derrière les colonnes de marbre, il y a un petit détail : le temple flambant neuf a été financé par un prêt bancaire. Oui, mes chers Soeurs et Frères, les temples ne tombent pas du ciel – ou plutôt, ils tombent des mains d’une banque qui, avec un sourire carnassier, exige son dû. L’Obédience, si libre qu’elle soit de rédiger ses constitutions, est pieds et poings liés par les échéances de remboursement. Et devinez qui paie ? Les cotisations des pauvres Francs-maçons, bien sûr, qui se retrouvent à financer à la fois leur initiation et le loyer du sacré ! Ironie du sort : la liberté obédientielle sent le cuir des talons de banquiers.

Acte IV : la banque centrale, le vrai grand architecte ?

Alors, qui tire vraiment les ficelles dans cette mascarade ? Pas le Vénérable, occupé à lever les bras au ciel en signe de désespoir. Pas la loge, trop occupée à débattre de la forme des rituels. Pas même l’Obédience, engluée dans ses dettes. Non, le véritable maître de la Franc-maçonnerie, c’est peut-être le directeur de la Banque centrale – ou du moins, le caissier en chef qui tient les cordons de la bourse. Lui seul est libre : libre de fixer les taux, de serrer la vis, de rappeler que sans liquidités, pas de lumière. Les Francs-maçons, si fiers de leur autonomie spirituelle, dansent au rythme de ses calculs. Et pendant ce temps, le Grand Architecte de l’Univers – s’il existe – doit bien rire dans sa barbe cosmique en voyant ses temples transformés en succursales bancaires !

Un grain de bon sens dans l’acide

Tout ça n’est pas pour dénigrer la beauté de la maçonnerie – ses symboles, sa quête de vérité, son appel à l’harmonie. Mais soyons sérieux : une liberté qui dépend d’un chèque n’est qu’une liberté de façade. La solution ? Peut-être que les loges devraient troquer leurs maillets contre des calculettes et renégocier avec les banquiers – ou mieux, construire leurs temples en bois recyclé pour éviter les dettes ! Quant aux Obédiences, un peu moins de grandeur et un peu plus de gestion saine ne feraient pas de mal. Et si le Franc-maçon veut vraiment être libre, qu’il commence par refuser de payer pour sa propre servitude – ou du moins, qu’il négocie une ristourne sur sa cotisation !

En attendant, mes frères, gardez votre tablier bien attaché et votre humour aiguisé. Car dans cette comédie financière, le seul vrai rituel est de signer le chèque à la fin de la tenue.

Alors, à la prochaine lune, levons nos verres – pas trop pleins, hein, faut économiser – à la liberté… ou à ce qu’il en reste !

Verdun, renonciation et faux raccourcis : remettre les faits d’équerre

Le 27 septembre 2025, Riposte catholique publie une brève signée Maximilien Bernard annonçant que le Saint-Père a accepté la renonciation au gouvernement pastoral du diocèse de Verdun présentée par Mgr Jean-Paul Gusching, 70 ans, évêque depuis 2014. Le texte précise que Mgr Philippe Ballot, archevêque-évêque de Metz, est nommé administrateur apostolique du diocèse de Verdun, sede vacante et ad nutum Sanctae Sedis.

Riposte catholique

Pour celles et ceux qui n’ont pas fait leurs humanités…

Sede vacante signifie littéralement « le siège étant vacant ». C’est une expression utilisée pour désigner la période où le siège d’un évêché, ou plus particulièrement le Saint-Siège (au Vatican) est vacant, c’est-à-dire sans évêque ou sans pape.

Mgr Philippe Ballot, Metz en 2022

Cette vacance peut être due à la mort, à la renonciation, ou à la démission de l’évêque ou du pape. Pendant cette période, le diocèse ou l’Église est en attente d’un nouveau titulaire.

Ad nutum Sanctae Sedis signifie « à la disposition de la Saint-Siège », c’est-à-dire que la personne nommée assure temporairement la gouvernance du diocèse sous l’autorité directe du Saint-Siège, qui peut à tout moment rappeler ou rappeler cette personne.

Dans le cas présent, « Mgr Philippe Ballot a été nommé Administrateur Apostolique sede vacante et ad nutum Sanctae Sedis du diocèse de Verdun » signifie qu’il assume provisoirement la direction du diocèse en attendant la nomination d’un nouvel évêque, et qu’il agit sous la seule autorité directe de Rome.

Données par Risposte catholique, ce sont les faits incontestables du jour.

La même brève rappelle qu’en juin 2023, Mgr Gusching avait participé, à Verdun (Centre mondial de la Paix), à une conférence sur les rapports entre franc-maçonnerie et religion. C’est ici qu’une correction factuelle s’impose : cet événement a été organisé à l’invitation de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), et non de la Grande Loge de France (GLDF). Cette donnée est publiquement vérifiable et déjà documentée dans mon papier, ici-même, ainsi que dans L’Est Républicain la veille de la rencontre.

Mgr Gusching

Faut-il pour autant lier causalement la renonciation de 2025 à la présence de 2023 ? Rien, dans les actes officiels, ne permet de l’affirmer. Une renonciation épiscopale est un acte de gouvernement de l’Église universelle ; elle peut intervenir avant 75 ans (CIC 401 § 2) pour des motifs que le Saint-Siège n’a pas à publier. En l’espèce, aucune source romaine ne relie l’événement de Verdun à la décision acceptée par le pape. La chronologie ne fait pas causalité : c’est une prudence élémentaire de l’historien. (Sur le plan des sources, Riposte-Catholique se borne d’ailleurs à juxtaposer les faits de 2023 et l’annonce de 2025, sans établir de lien.)

Le positionnement du Vatican : une ligne constante, réaffirmée

Pour prendre la mesure du sujet, rappelons la doctrine romaine sur la franc-maçonnerie, qui sert souvent de toile de fond à ces lectures :

-La Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi du 26 novembre 1983, approuvée par Jean-Paul II, affirme que le jugement négatif de l’Église « demeure », que l’inscription à des associations maçonniques reste interdite, et que les fidèles qui en sont membres se trouvent en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. Cette norme n’a jamais été levée.

-Le 13 novembre 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a de nouveau réitéré cette incompatibilité, en répondant à Mgr Julito Cortes (Dumaguete, Philippines), et a recommandé une stratégie pastorale pour dissiper la confusion chez des fidèles pensant possible d’être simultanément catholiques pratiquants et Francs-Maçons.

Deux points doivent être nettement distingués :

  1. L’appartenance maçonnique (qui engage la discipline sacramentelle et reçoit une réponse négative claire) ;
  2. Le dialogue ponctuel (colloques, tables rondes) où se rencontrent responsables religieux, spécialistes, voire maçons, que Rome ne prohibe pas ipso facto mais qui demeure sensible et soumis au discernement pastoral. Les textes romains visent l’adhésion (juridique et existentielle), pas l’existence d’un échange public.
Mgr Gusching

Ce que l’on peut dire, exactement, de Verdun

Oui, Mgr Gusching a participé le 20/06/2023 à une rencontre au Centre mondial de la Paix (cf. mon papier ici-même).

Oui, le sujet « franc-maçonnerie et religions » est toujours aussi sensible dans l’Église catholique, apostolique et romaine.

Non, la conférence n’était pas organisée par la GLDF : c’était une initiative de la GLNF.

Non, il n’existe pas de lien officiel entre cette soirée et la renonciation acceptée en 2025 ; aucun document du Saint-Siège ne l’établit…. à cette heure.

Pour l’historien des religions, l’enjeu n’est pas d’inférer une causalité sans preuve, mais de tenir ensemble :

– la stabilité doctrinale romaine (1983, 2023) sur l’incompatibilité de l’adhésion maçonnique avec la pratique sacramentelle ;

– la possibilité d’espaces de parole publique ou d’explication, selon les circonstances locales, qui ne constituent pas en soi une approbation ni un assouplissement du magistère.

Pour mémoire, nous vous rappelons la ligne éditoriale de Riposte catholique

Portail de « réinformation catholique 2.0 », Riposte-Catholique publie quotidiennement des brèves, tribunes et reprises de contenus issus d’un écosystème proche des milieux conservateurs/traditionalistes (rubriques telles que « Points non négociables », « Dubia Amoris laetitia », relais de partenaires et agrégations). Le site revendique notamment une faveur explicite pour la liberté de la messe traditionnelle. L’éditeur est GT Éditions et le directeur de la publication Guillaume de Thieulloy. Positionnement éditorial assumé : cadrage doctrinal strict, critique des orientations perçues comme « progressistes », et volonté déclarée de « ré-informer » le lectorat catholique.

Post-scriptum : entre l’équerre et l’autel : pour un langage clair avec Rome

Nous avançons à pas mesurés, l’équerre sous le bras et le compas au cœur, non pour quémander une absolution impossible mais pour éprouver la tenue d’un dialogue qui n’illusionne personne.

Qu’attendraient des obédiences françaises d’une conversation avec le Vatican, si conversation il y a ?

Non pas l’effacement des frontières, mais la politesse des frontières reconnues, l’art d’habiter la distance sans l’ériger en mur d’hostilité. Nous savons la ligne romaine claire et constante ; nous savons aussi qu’un silence prolongé finit par nourrir des légendes qui durcissent les consciences. Dès lors, entrer en parole, c’est desserrer l’étau des malentendus.

Le premier intérêt est d’ordre spirituel et civique : déminer la confusion. Dire simplement ce qu’est une voie initiatique – son travail sur la conscience, sa soif d’éthique, sa pédagogie des symboles – et ce qu’elle n’est pas : un magistère de substitution, une théologie clandestine, une liturgie parallèle. Nous ne cherchons pas la bénédiction, nous cherchons la clarté. Dans un monde saturé d’anathèmes faciles, la clarté est déjà un service rendu au bien commun.

Vient ensuite la main tendue sur des terrains où la coopération ne brouille aucun statut : la dignité humaine, l’éducation, la lutte contre la misère, la paix civile, la sauvegarde du patrimoine.

Il n’est pas indigne de reconnaître que le soin du monde s’écrit aussi à plusieurs mains. Là, la parole n’est plus un piège ; elle devient une boussole. Nous parlons afin de discerner où nos efforts peuvent, sans confusion d’appartenance, converger vers un soulagement tangible de la souffrance et un accroissement de la liberté intérieure.

Nous y gagnons encore une paix des esprits. Combien de sœurs, combien de frères, combien de croyants enfin, vivent déchirés entre attachements familiaux, fidélités intimes et caricatures publiques ? Un dialogue loyal assainit l’air que nous respirons ensemble. Il soulage les consciences mixtes, il désamorce les procès d’intention, il rappelle que l’on peut se dire un désaccord sans se retrancher dans l’invective.

Mais nous serions naïfs si nous oublions les risques

L’instrumentalisation des rencontres, la tentation de brandir un colloque comme brevet de respectabilité, l’ambiguïté de gestes symboliques mal posés, le goût médiatique du “coup” qui fait du bruit et détruit la nuance. Pour qu’un échange soit noble, il doit être cadré : ni liturgie partagée, ni promesse voilée, ni langue double. Des intervenants légitimes, un lieu public qui honore la raison, des actes écrits qui disent ce qui a été dit ; et surtout, la phrase sobre qui n’ouvre aucune fausse fenêtre. Nous ne jouons pas à déplacer les bornes ; nous consentons à parler en vérité de part et d’autre des bornes.

Le cœur du propos est là : civiliser la différence

Non pour la dissoudre, mais pour l’habiter avec tenue. Nous ne cherchons pas à convaincre Rome de renier sa doctrine ; nous acceptons qu’elle la maintienne. En retour, nous revendiquons le droit de poursuivre notre œuvre intérieure, fidèles à la lente alchimie qui affine la pierre. Entre la clarté d’une position et la courtoisie d’une parole, il y a une voie médiane où l’intelligence se grandit et où l’on apprend à nommer le réel sans le forcer.

Alors, pourquoi frapper aux portes de Rome ? Pour que la vérité ne se « raconte » plus par rumeurs, mais se dise. Pour qu’un désaccord fondateur ne soit plus un prétexte à guerroyer, mais un appel à ordonner nos voix. Pour montrer que l’on peut tenir ensemble la rigueur et la mesure, la fidélité et l’ouverture, le refus de la confusion et la volonté de mieux faire monde. Et s’il ne devait rester d’un tel dialogue qu’une discipline de langage, une sobriété de gestes, une paix un peu plus respirable, ce serait déjà beaucoup : de quoi continuer l’Œuvre, chacun à sa place, sous la même voûte du ciel.

1875-2025 – Suprême Conseil de France : remémorer Lausanne

Nous avons ouvert ce livre de pierre et de souffle qu’est la remémoration du Convent de Lausanne comme on entrouvre une porte sur la mémoire vivante. L’ouvrage n’a pas de reliure, il a des voix. Dès l’incipit, le Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France (SCDF) Jacques Rozen, Président de l’Alliance Internationale Maçonnique Écossaise (A.˙.I.˙.M.˙.E.˙.), porte la parole avec la gravité simple des commencements, rappelant que Lausanne n’est pas un musée de principes mais une boussole pour le voyageur du Rite.

Le ton se pose avec une clarté fraternelle et la journée gagne l’épaisseur d’un temps rituel à largeur d’Orient, relayée jusqu’aux sites connectés qui reçoivent au même instant la lumière, depuis de très nombreux Orients en France, en outre-mer et à l’étranger, notamment en Belgique et en Haïti.

Nous sentons que l’hommage dépasse la révérence protocolaire.

Il devient travail intérieur partagé. La remémoration n’imite pas, elle réactive. Elle fait revenir les lignes de force sous l’écorce des heures, comme si les colonnes laissaient remonter vers nous les circulations profondes de 1875.

SCDF Remémoration

La journée a trouvé son plein sens devant la présence conjointe d’un nombre exceptionnel de Suprêmes Conseils, vaste représentation rassemblée en fraternité, témoins et acteurs de l’unité du Rite.

Dans cette ouverture, l’évocation du principe créateur, de la liberté de conscience et de l’exigence d’une transmission régulière rétablit la filiation. Nous sommes renvoyés à une langue qui ne hiérarchise pas seulement des degrés mais des états d’âme. Jacques Rozen rappelle que l’unité n’est pas l’uniformité. Les héritiers du Convent se tiennent entre fidélité et élan, dans une architecture qui accepte l’inachevé parce que la quête demande de l’espace.

Ce prélude donne à la journée sa colonne vertébrale spirituelle.

La première table ronde nous reconduit vers les prémices et l’enjeu historique ainsi que le déroulé du Convent de Lausanne de 1875.

Jean-Paul Minsier, Lieutenant Grand Commandeur d’Honneur Émérite du SCDF, avance avec la patience des maîtres qui savent que la poussière des archives contient des braises. Il rappelle la chaîne longue qui mène des Constitutions de 1762 aux Grandes Constitutions de 1786, du traité de 1834 aux suprêmes conseils et à leur volonté de rassemblement.

Didier Karkel, en écho, tarit la fable paresseuse de la querelle du Grand Architecte. Il montre la pente réelle des désaccords, la souveraineté des juridictions, les blessures d’orgueil, les territoires politiques qui se recomposent et troublent la géographie symbolique du Rite. La légende cède la place à la compréhension des ressorts sans perdre la perspective initiatique qui donne sens au matériau historique. L’histoire cesse d’être décor. Elle redevient une dialectique de l’Un et du Multiple, de l’ancrage et de la circulation. Nous mesurons alors que Lausanne fut un art des limites autant qu’un art des liens, une jurisprudence spirituelle autant qu’un compromis diplomatique.

La deuxième table ronde – « Les suites du Convent de Lausanne de 1875 à nos jours » – se présente comme un solo.

Jacques Mathieu, passé Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique, parle des suites de 1875 et la voix prend une ampleur d’océan. Les correspondances se croisent, les malentendus se construisent, les ruptures se signent puis se réparent. Le récit démontre que l’échec n’est pas la dernière ligne mais un passage où se vérifie la solidité des invariants, en particulier l’exigence d’une puissance dogmatique unique par État et la nécessité d’une reconnaissance mutuelle. Nous entendons au milieu des dates l’ombre insistante d’Albert Pike et les rouages d’une histoire qui passe de la figure au principe. La thèse s’impose. Lausanne n’a pas échoué. Lausanne a repositionné la scène pour le siècle suivant. La pensée se déplie comme une carte des vents. Elle montre la respiration longue du Rite, son art de durer malgré la houle. Nous sortons de cette lecture avec la certitude qu’un mythe démonte un autre mythe. L’ésotérisme y gagne une rigueur. L’humanisme y retrouve une armature.

SCDF

L’après-midi s’ouvre vers l’Afrique et le monde.

Marcel Dobill, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du Cameroun, dit la chose essentielle avec le naturel des évidences. Il n’existe pas d’« écossisme africain ». Il existe une pratique vivante du Rite par des Africains. Les chronologies coloniales et postcoloniales n’y fabriquent pas des exceptions. Elles prouvent la capacité du Rite à se faire demeure dans des sociétés traversées par la mobilité, la pression des pouvoirs, les résistances religieuses. L’exemple sénégalais, les instabilités des premières loges, les phases d’éclipse et de reprise composent une table d’épreuves où la fraternité s’initie à l’endurance. Nous ressentons la puissance d’un langage symbolique assez ample pour accueillir des mémoires multiples sans se renier. La franc-maçonnerie cesse de se croire propriétaire d’un territoire. Elle devient passerelle, métier, axe.

Mohammed El Khourouj, Très Respectable Grand Maître de la Grande Loge du Maroc, ouvre ensuite un vitrail inattendu. Il rapproche la Déclaration de 1875 d’un lexique coranique qui n’enferme pas, il enracine la spiritualité écossaise dans une herméneutique qui sait parcourir les signes. La lecture est d’une délicatesse ferme. Le verset appelle la parabole. Le symbole fait passage entre visible et invisible. La notion d’al-fitra rencontre la naturalité spirituelle du Rite. Loin de la polémique, cette page déplie un continent de convergences possibles où la fidélité au texte sacré devient une pédagogie de l’universel. Nous sortons de cette intervention avec l’intime conviction qu’une maçonnerie de tradition musulmane peut parler au cœur du même chantier intérieur. La lampe du Rite ne devient pas une frontière, elle devient un guide dans la nuit.

Igor Gordeev, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Russie, referme le triptyque avec une voix venue de Russie. Là encore, la bibliothèque des dates ne suffit pas. Il faut entendre le fil discret qui relie rétablissements, délégations, reconnaissances, maturations.

La page russe témoigne d’une résistance aux fractures, d’une persévérance au milieu des contraintes politiques.

Nulle rhétorique des grands soirs. Une gratitude adressée aux Frères, des preuves de filiation, une intégration progressive au concert international. Ce qui se lit derrière la chronologie, c’est la vitalité d’une chaîne d’union qui traverse les hivers. Le Rite confirme sa vocation de maison intérieure transportable. La souveraineté de l’esprit ne se laisse pas confisquer.

La quatrième table ronde aborde la question la plus exigeante.

Membre actif du SCDF, Pierre Bories rend au manifeste de Lausanne sa dimension de règle de vie. Il parle de jardinage de l’âme, de sources à protéger, de noblesse du comportement. Il rappelle que la vocation du Rite n’est pas de hurler dans les foules mais d’éduquer la liberté, de tenir ensemble transcendance et service. Sa méditation tient du viatique. Elle rend la Déclaration à son avenir, comme s’il fallait chaque matin réapprendre à tenir l’équerre devant soi. Nous nous y reconnaissons. La post-vérité n’est pas un destin. Elle est une tentation que la discipline du symbole peut déjouer.

SCDF – Remémoration

Vient alors l’intervention de Pascal Joudiou, Grand Maître des dépêches du SCDF. Nous la lisons d’un regard fraternel et cependant critique, comme il convient lorsqu’un Atelier veut faire œuvre de vérité. L’attente était grande, parce que la question posée engage le cœur même du Convent. Les fondamentaux demeurent-ils opérants pour les années qui viennent. La parole donnée ce jour-là a peiné à rencontrer la juste mesure. La forme a semblé se livrer à une technicité de langage plus administrative que spirituelle. Le souffle herméneutique y était discret. Le rythme a privilégié des formules qui gèrent plutôt qu’elles n’initient.

Plusieurs Frères ont ressenti un décalage entre le thème annoncé et l’élévation attendue. Rien d’indigne ici, rien d’irrespectueux, seulement l’appel à une profondeur plus grande, à un art plus habité de la référence, à une écoute plus aiguë de ce que l’époque réclame de courage spirituel.

Le fond en a souffert, car le Rite réclame une voix qui ouvre le dedans des mots, non une suite d’assertions sans cheminement.

Dans un tel cadre, nous mesurons combien la parole doit consentir à l’esprit du Rite pour que l’esprit du Rite consente à la parole.

Il y eut d’abord l’allocution de Thierry Zaveroni, passé Grand Maître de la Grande Loge de France, puis celle du Très Respectable Frère Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France, avant la clôture par le Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, Jacques Rozen, Président de l’Alliance Internationale Maçonnique Écossaise (A.˙.I.˙.M.˙.E.˙.).

Les allocutions de Thierry Zaveroni et de Jean-Raphaël Notton recousent le tissu par la fraternité agissante.

La première met au clair la patience d’une tradition qui ne se contente pas d’énoncer mais qui prie, transmet et sert. La seconde rappelle la responsabilité de la Grande Loge de France au milieu des Orients, dans une fidélité sereine au travail à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. Le livre se referme par la clôture de Jacques Rozen. Il n’a pas fermé les fenêtres. Il a seulement éteint les feux pour que la nuit travaille en nous. Nous sortons de cette note avec l’impression d’avoir relu Lausanne comme un miroir. Tout s’y tient. Les conflits de souveraineté deviennent des avertissements. Les convergences spirituelles deviennent des chemins. L’histoire cesse d’être un jugement. Elle redevient un outillage pour le cœur.

Nous gardons de l’ouvrage cette évidence. Le Convent de 1875 n’a pas légué une formule. Il a légué une tension juste. Un Suprême Conseil par territoire pour préserver la lisibilité. Une reconnaissance partagée pour sauver de l’arbitraire. Un principe créateur qui ouvre sans enfermer. Un Rite qui n’est pas décor mais itinéraire. Lorsque l’Afrique raconte ses loges et que le Maroc relit le Coran, lorsque la Russie recompose une filiation, lorsque la France s’adresse à ses Frères d’Europe et d’ailleurs, la même musique se fait entendre. Il s’agit d’élever l’homme sans humilier sa liberté. D’instruire la conscience sans violenter les croyances. D’assembler sans niveler.

SCDF -Remémoration

Nous avons reçu les trois paroles comme trois cordes tendues sous la même voûte. Thierry Zaveroni a d’abord donné le ton. Sa voix a parlé de patience habitée, de style de vie plus que de déclaration, d’une fraternité confiée à des gestes précis plutôt qu’à des slogans. Nous avons entendu l’éthique de la présence. Tenir l’équerre devant soi, veiller à la dignité du plus humble, préférer l’exemple aux démonstrations. L’héritage de Lausanne revient à hauteur d’homme. Il cesse d’être un texte. Il devient une tenue quotidienne.

Jean-Raphaël Notton a prolongé cette respiration.

Il a montré comment une obédience peut respirer largement sans perdre son axe. Il a dit l’importance d’une parole claire au milieu de bruits saturés, l’importance d’une pédagogie patiente au milieu des impatiences sociales, l’importance d’une présence fraternelle au milieu des fractures. Nous avons reconnu la Grande Loge de France dans cette manière de faire passer l’esprit avant l’outil, la relation avant le prestige, l’exigence avant la posture. Les colonnes se sont rapprochées. La salle a respiré plus juste. Les Trois Grandes Lumières avaient retrouvé leur place dans nos consciences.

Jacques Rozen a refermé l’ouvrage.

Sa parole a parlé d’unité sans confusion, de fidélité sans rigidité, de souveraineté sans surplomb. Il a rappelé que Lausanne demeure une offrande de méthode plus qu’une archive de principes. Nous avons senti passer la rigueur d’une fraternité qui ne craint pas la nuance. La chaîne ne vaut que par la qualité des maillons et le Rite ne dure que par la tenue intérieure des hommes qui le servent. Cette clôture a remis chaque atelier devant sa boussole. Travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers exige davantage qu’un lexique. Cela demande une discipline du cœur.

Nous refermons ce parcours avec une conviction tranquille. Lausanne demeure moins un souvenir qu’une discipline. Une manière de regarder le monde et de s’y tenir. Une façon d’accorder l’intelligence, le courage et la mesure. Si la journée a tant compté, c’est qu’elle a rendu à la Déclaration sa respiration.

Nombreux sous la voûte, les Frères et les Sœurs ont fait vibrer la salle d’applaudissements pour le film magistral et pour l’éblouissante pièce de théâtre portée par des Frères belges, qui redonnaient chair aux termes du Convent de Lausanne à la lumière des ouvrages d’Alain Bernheim (1931-2022), Grand Commandeur honoris causa du Suprême Conseil de France.

Nous partons avec l’équerre ajustée, le compas prêt à l’œuvre et la conscience disposée à la patience du feu. Que nos travaux prolongent la lumière reçue. Que nos paroles demeurent assez simples pour être tenues. Que nos gestes soient assez justes pour devenir exemplaires. Alors Lausanne cessera d’être une date. Elle deviendra notre manière de marcher ensemble.

Le 33ᴇ degré – Du nombre à l’Être, de la structure au Principe

Nous refermons ce livre avec la sensation d’avoir parcouru moins un traité qu’un axe, moins un système qu’une colonne de lumière dressée entre le chantier des hommes et la source silencieuse. Olivier Chebrou de Lespinats n’additionne pas des degrés, il nous reconduit à l’unité qui les précède et les fonde. Il ose dire que la hiérarchie n’est pas une échelle sociale mais un organisme vivant, une structure qui respire, un squelette mystique où le nombre se transmue en être.

Le 33E degré

Nous reconnaissons là une ambition rare, car la progression n’y cherche pas l’ornement ni le prestige, elle s’éprouve comme dépouillement et service, jusqu’à l’effacement du sommet.

Nous entrons dans cette pensée par deux mots qui sonnent comme des portes, Taçarrûf et Sulûk. Le premier donne forme, ordonne, administre le monde selon une mesure qui n’est pas policière mais cosmique. Le second fait marcher l’âme, l’ouvre, l’élève, puis la renvoie vers les autres quand le feu intérieur a trouvé son centre. Rien ici ne sépare l’ossature et le souffle. La structure devient mandala opératif et le chemin se laisse lire comme une dramaturgie du cœur. Nous avançons donc dans une double clarté, l’une qui dessine, l’autre qui vivifie, jusqu’à comprendre que l’ordre véritable n’emprisonne pas, il délivre.

La figure du 33e degré ne se présente jamais comme une apothéose.

Elle se tient au contraire dans une zone d’altitude où la vue se simplifie, où la parole se raréfie, où l’autorité se confond avec la capacité d’orienter sans contraindre. L’auteur rappelle le poids symbolique du nombre, la résonance christique des trente années cachées et des trois années de ministère, la colonne vertébrale avec ses trente-trois anneaux qui soutiennent la tête et relient la terre et le ciel, le double trois comme pli d’éternité. Nous pressentons alors que l’échelle écossaise n’est pas un amas de marches, elle est une montée d’intensité, palier après palier, jusqu’à la transparence.

Nous retrouvons au faîte la triade qui règne sans s’imposer.

Le trente et un discerne et mesure, le trente et deux engage la volonté chevaleresque, le trente et trois couronne par l’invisible et veille dans la discrétion. Cette triplicité réveille en mémoire les grandes familles du sacré étudiées par le philologue, historien des religions et anthropologue Georges Dumézil (1898 – 1986) et les harmonies antiques où le prêtre, le guerrier et le producteur se répondent. Ici, la justice cesse d’être vengeance, le glaive cesse d’être conquête, la couronne cesse d’être trophée. La première devient clairvoyance, le second devient verbe tranchant et protecteur, la troisième devient rayonnement silencieux. Nous goûtons la justesse de cette triangulation qui ne sépare pas mais réunit, et nous comprenons que la souveraineté la plus haute opère par présence.

Le camp des Sublimes – Source Franc-maçon Collection

Le Camp des Tentes se révèle comme une vision intérieure.

Ce n’est plus un campement, c’est une géométrie du centre, une ville idéale où la périphérie se règle sur le noyau et où le noyau demeure vide de toute appropriation. Nous reconnaissons la logique du mandala, la loi des cercles concentriques, la douceur d’une lumière qui s’étend sans violence. Tout signe devient lignage, tout emplacement devient fonction, chaque figure retrouve la place qu’elle reçoit et non celle qu’elle prend. La hiérarchie se fait alors circulation, non pas verticale au sens profane, mais axiale, puis radiale. Le centre n’exerce pas, il respire et, par cette respiration, maintient la vie des cercles.

L’ouvrage assume une anthropologie subtile.

Le Temple n’est plus ailleurs. Il est le corps, il est la mémoire, il est l’âme quand elle consent à l’alignement. Les degrés deviennent fréquences et non titres. Ils accordent la harpe humaine, des instincts pacifiés aux pensées clarifiées, jusqu’au point de calme qui accueille la Présence. L’auteur ose la résonance entre la colonne vertébrale, les centres d’énergie et l’Arbre des sefiroth. Nous lisons cela sans syncrétisme ni confusion, plutôt comme une reconnaissance des formes convergentes par lesquelles la Tradition a patiemment figuré la montée vers la couronne. La pédagogie du Rite se laisse ainsi entendre comme un art de l’accord, chaque étape travaillant une corde différente, jusqu’à l’harmonie.

Nous saluons aussi l’audace d’une hypothèse qui situe le Temple dans la tête, non pour réduire l’expérience spirituelle à la neurologie, mais pour dire que l’esprit humain porte en lui l’architecture rituelle et que les degrés, en éveillant des couches de conscience, réhabilitent ce cerveau oublié qui sait contempler. La frontière entre science et Tradition se voit traitée avec délicatesse. La Tradition n’est pas instrumentalisée, la science n’est pas divinisée, et nous retrouvons la voie du milieu où l’intellect devient Intellect quand il consent au silence et à l’émerveillement.

À mesure que nous progressons, quelque chose se retourne.

La véritable montée commence lorsque nous cessons de monter. À partir du seuil du chevalier Kadosch, la marche change de sens. Nous redescendons dans le monde avec une lumière qui ne cherche plus à se montrer. La justice devient miséricorde ferme, l’action devient veille, la souveraineté devient absence lumineuse. La hiérarchie ne nous place plus au-dessus, elle nous place au centre, et du centre nous recevons la charge de tenir l’axe d’un monde qui vacille. Cette descente n’est pas retrait, elle est mission. Elle n’est pas renoncement triste, elle est joie grave.

Olivier de Lespinats
Olivier de Lespinats

La langue d’Olivier Chebrou de Lespinats épouse cette visée.

Elle organise sans rigidifier, elle érige sans durcir, elle appelle sans capturer. Elle rappelle René Guénon et Ibn ‘Arabî par l’exigence métaphysique, elle convoque Michel Vâlsân par le sens du Principe, elle emprunte à Dumézil la lucidité des structures et s’autorise, à la manière de certains esprits libres, des traversées latérales qui refusent l’académisme. Cette filiation n’est pas ostentation, elle ressemble plutôt à une scène intérieure où des maîtres veillent.

Nous refermons le volume avec la paix des grandes mises au point. Le Rite, relu dans cette clarté, ne promet ni carrières ni insignes. Il rend à chacun le travail qui lui revient. Bâtir en bas, défendre au milieu, veiller en haut. Puis ramener tout au centre. Le 33e degré ne règne pas, il oriente. Il ne juge pas, il comprend et répare. Il ne combat plus, il tient l’heure et garde la flamme. Nous sortons avec la gratitude d’avoir mieux compris ce que la hiérarchie veut dire. Elle ne mesure pas nos distances, elle aligne nos seuils. Et dans l’alignement, la lumière circule.

Tablier Souverain GIG 33e degré REAA – Source Le chemin maçonnique
Tablier Souverain GIG 33e degré REAA – Source Le chemin maçonnique

Nous souhaitons enfin situer brièvement l’auteur, non pour dresser un palmarès, mais pour comprendre la qualité d’attention qui irrigue son texte. Olivier Chebrou de Lespinats est de ces humanistes pour qui l’étude n’a de sens que transmise. Il explore depuis des décennies les rites, les symboles, les grandes lignées du sacré, et conduit cette recherche avec la fermeté chevaleresque d’un homme qui sait que la souveraineté s’exerce d’abord sur soi. Sa route passe par l’engagement, le silence, le goût de la précision, une fidélité au Principe qui rend sa parole ferme et claire. Il a signé des travaux où l’interrogation métaphysique rencontre la pédagogie du Rite, parmi lesquels nous retenons un livre consacré à la conscience maçonnique qui éclaire déjà l’articulation du cœur et de l’esprit dans la voie écossaise. On retrouve son nom dans la même maison d’édition, où sa voix se situe à la croisée de la recherche et de la transmission.

Le 33E degré, détail

Sa bibliographie forme une constellation utile à la lecture présente.

Nous y retrouvons ses écrits consacrés à la vie intérieure du maçon et à la manière d’habiter les symboles, autant d’étapes qui préparent cette méditation sur la souveraineté silencieuse. Nous pouvons y ajouter ses travaux plus anciens sur l’histoire et la mémoire de chevaleries spirituelles, ainsi que des publications de tradition où la rigueur documentaire sert toujours une visée d’éveil. Cette constellation dessine une trajectoire, non une collection. Elle souligne une fidélité qui ne se dément pas, et qui donne à ce livre son poids d’expérience.

Ce volume s’adresse à nous tous qui cherchons un passage entre structure et vie.

Nous y lisons un Rite qui retrouve sa nature de pont. Nous y recevons un rappel simple et exigeant. Rien n’est au sommet qui ne soit d’abord au centre. Rien ne demeure au centre qui ne redescende pour servir. À cette condition, la hiérarchie redevient axe vivant, et l’initié, de degré en degré, devient plus clair que lui-même, jusqu’à n’être plus qu’un lieu où la lumière passe.

Le 33e degré – Du nombre à l’Être, de la structure au Principe

Olivier Chebrou de LespinatsCépaduès, coll. de Midi, 2025, 106 pages, 24 €

Éditions Cépaduès – Transmettre les Savoirs, le site

Le 33E degré, détail

La spiritualité et le soi intérieur : un voyage initiatique vers l’essence de l’être

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans un monde saturé de bruits extérieurs – ambitions démesurées, hypocrisies sociales et quêtes effrénées de pouvoir –, la spiritualité émerge non comme un luxe superflu, mais comme l’essence même de notre existence. Comme l’affirme avec profondeur John Bradshaw, éducateur et orateur américain (1933-2016) :

« La quête de la spiritualité n’est pas un bénéfice ajouté à notre vie, quelque chose dans quoi on s’embarque si on a le temps et l’inclination. Nous sommes des êtres spirituels en voyage terrestre. Notre spiritualité construit notre être. »

Cette citation ouvre les portes d’un article fascinant publié dans El Nacional en septembre 2025, intitulé La espiritualidad y el Yo interior (I). Ce texte, ancré dans une perspective initiatique, nous invite à un voyage intérieur, loin des dogmes rigides et des illusions matérielles.

Spinoza

À travers une exploration philosophique et ésotérique, l’auteur – non spécifié mais imprégné d’une sagesse millénaire – nous guide vers le « Soi Intérieur », ce noyau essentiel de l’être humain voilé par les voiles de la conscience ordinaire. Inspiré par des penseurs comme Baruch Spinoza, cet essai déconstruit les barrières de l’ego pour révéler un chemin de transformation consciente. Dans cet article structuré, nous décortiquerons les thèmes centraux : le voyage initiatique, le rôle de l’alchimie intérieure et l’appel universel à l’éveil. Que ce soit pour le néophyte ou l’initié, cette réflexion nous rappelle que la vraie liberté réside au cœur de nous-mêmes.

Le Voyage vers le Centre : Une Perspective InitiatiqueLe cœur battant de cet article repose sur la métaphore du « voyage intérieur« , un périple qui transcende les sentiers physiques pour plonger dans les abysses de la conscience.

« Le chemin initiatique est un voyage vers mon intérieur. Il n’est pas nécessaire de se presser ou de désespérer, car notre voyage, aussi loin que nous allions, se fait vers notre intérieur. »

Cette affirmation pose les bases d’une quête universelle, non exclusive aux ordres ésotériques, mais partagée par les grands esprits de l’humanité.

L’auteur convoque Baruch Spinoza (1632-1677), le philosophe rationaliste hollandais dont le système éthique s’apparente à un « chemin initiatique profondément rationnel vers la libération intérieure« . Chez Spinoza, la liberté n’est pas une révolte anarchique, mais une émancipation des dogmes, du fanatisme, de l’hypocrisie et de l’ambition débridée.

« Si nous cherchons à être libres par le biais de la religion, nous sommes assujettis à des dogmas qui nous limitent à voir en profondeur notre intérieur, où réside la ‘Vérité’, au-delà de ce qui est physique et rationnel. Nous pouvons la percevoir par la ‘compréhension’ et la méditation. »

Un Homme en train de méditer à la montagne
Un Homme en train de méditer à la montagne

Cette Vérité, intangible et transcendante, se dévoile non par la force brute, mais par une contemplation sereine.

Dans notre ère chaotique, marquée par les « guerres et ce cancer psychique de l’être humain appelé ‘Pouvoir’« , qui engraisse l’ego au détriment de l’humanité, ce voyage intérieur devient un antidote salvateur. Loin des clichés des sociétés secrètes et des rituels obscurs, le chemin initiatique est un processus de transformation consciente :

« Pour comprendre le macrocosme, nous devons d’abord comprendre le microcosme dont nous faisons partie dans toute notre intégrité. Il s’agit de transformer notre conscience pour atteindre la conscience supérieure qui est en nous. »

Ici, l’humain est vu comme un microcosme du cosmos, un écho miniature de l’univers infini, invitant à une harmonie holistique.

Le soi intérieur : essence voilée et réveil symbolique

Au centre de cette exploration trône le « Yo Interior » – le Soi Intérieur –, cette essence immortelle de chaque être humain, obscurcie par l’arrivée sur le plan physique.

« Quand nous entrons dans le plan physique, nous arrivons avec notre ‘conscience’ voilée, et l’objet d’une initiation dans l’institution initiatique est, avec les messages de ses symboles, de nous aider à ouvrir la conscience, à enlever le voile qui ne nous laisse pas voir la réalité ; nous ne percevons que les fantasmes que nous offre le plan physique. »

Symboles alchimiques
Symboles alchimiques, bougie, crane, élixirs

L’initiation, dans les « Augustes Mystères« , n’est pas un rituel spectaculaire, mais un point de départ symbolique : un voyage non des pieds, mais de la conscience.

Ce réveil s’opère par une alchimie intérieure, un travail subtil qui transmutent les illusions en réalité. Les outils ? La méditation et la contemplation, qui calment l’esprit agité et nous syntonisons avec notre être profond. « Une partie de ces travaux alchimiques en nous se réalisent avec des outils pour calmer l’esprit comme la méditation et la contemplation, qui nous permettent de nous syntoniser avec notre être intérieur. »

Loin d’une spiritualité abstraite ou d’une foi aveugle, il s’agit d’expériences vécues, vérifiées par soi-même :

« Le chemin initiatique est une expérience intérieure qui convertit notre spiritualité en quelque chose de réel, non tangible, mais connecté à notre être intérieur ; non un système de croyances et de foi aveugle, mais des expériences vécues avec notre alchimie spirituelle, vérifiées par nous-mêmes. »

Cette alchimie n’exige pas l’abandon du monde matériel ; au contraire, elle transforme notre manière de l’habiter. C’est un acte constant d’attention, d’intention et de connexion, accessible à tous :

« Ce chemin n’est pas exclusif à certaines personnes ; nous sommes tous appelés à élever notre niveau de conscience. »

Ainsi, le Soi Intérieur n’est pas un refuge égoïste, mais un pont vers une conscience collective, où l’individuel se fond dans l’universel.

Thème CléDescriptionRéférence Philosophique
Voyage IntérieurPériple conscient vers le microcosme personnelSpinoza : Libération rationnelle des dogmes
Voile de la ConscienceIllusion physique masquant la VéritéMéditation comme outil de dévoilement
Alchimie SpirituelleTransformation par expériences vérifiéesOutils : Méditation et contemplation
Appel UniverselOuvert à tous pour élever la conscienceNon exclusif ; intégration au plan physique

Conclusion : les grandes questions et l’éveil infini

L’article, première partie d’une série prometteuse, se clôt sur un cliffhanger existentiel : « D’où viens-je ? Que fais-je ici ? Pour où vais-je ? Les réponses ne se trouvent… » Ces interrogations primordiales – d’où je viens, que je fais ici, où je vais – ne se résolvent pas dans les archives de l’histoire ou les promesses d’un au-delà abstrait, mais dans le silence fertile du Soi Intérieur.

« La spiritualité et le soi intérieur : un voyage initiatique vers l’essence de l’être » nous laisse avec une invitation envoûtante : embrasser le chemin initiatique comme un art de vivre, une danse entre le visible et l’invisible. Dans un monde où l’ego hurle pour dominer, cette spiritualité n’est pas une fuite, mais une ancre profonde. Elle nous exhorte à lever le voile, à alchimiser nos ombres en lumière, et à répondre aux mystères de l’existence par une conscience éveillée.

Que ce voyage intérieur devienne le vôtre : non un but distant, mais un présent éternel, où le Soi et l’Univers ne font qu’un.

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Surconsommation dans les médias sur la Franc-maçonnerie

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Restons branchés, ça n’mange pas de pain !

La franc-maçonnerie est elle devenue un produit de consommation ?

Avant tout la Franc-maçonnerie s’apparente à un champ d’investigations, elle se présente comme un lieu de réflexion qui nous pousse vers une évolution qui s’ouvre vers la connaissance et conduit à l’amélioration.

« Quelle belle tirade même si c’est un peu court jeune homme ! » Le Franc-maçon s’appuie sur ce schéma, pourrions nous dire, philosophique depuis toujours pour progresser sur ce chemin maçonnique que nous développons en Loge, avec nos rituels et dans nos échanges entre frères et soeurs. Notre mode de fonctionnement repose sur l’analyse, la contradiction, l’écoute et la proposition. Nous prenons le temps de réfléchir pour avancer dans la « recherche de la vérité », nous travaillons vers et pour la sagesse.

Ce sont sans doute les points essentiels qui nous différencient du monde de la consommation des médias qui abordent l’essence de la spiritualité et du symbolisme parfois en les survolant !

Ceci laisse supposer que ce type de média est peut-être plus délicat à manier pour nous  conduire vers les profondeurs de la connaissance. Cette démarche apparaît pour certains esprits parfois inappropriée à la réflexion. Pourtant ces types de langages audiovisuels enrichissent notre connaissance. Les journaux, les reportages agrandissent notre vision, nos points de vues et parviennent à nous faire sentir la quintessence de la Franc-maçonnerie.

Mais alors pourquoi parler de surconsommation.

Déjà, c’est accepter le fait que les produits de type « médias», et plus particulièrement ceux sur la Franc-maçonnerie soient, ou tentent à devenir, des produits de consommation. Au delà de ces propos, c’est admettre que le journalisme serait moins noble dans sa recherche que l’essai philosophique. C’est créer peut-être aussi une échelle de valeurs. Fort heureusement, aujourd’hui, tant d’écrits et de reportages, films et vidéo nous prouvent le contraire. La consommation pour la consommation qui nous pousse à la surconsommation nous éloigne certainement de la recherche philosophique et intellectuelle.

Les rabelaisiens consomment mais restent dans un cadre qui se rattache à la réflexion.

Dans les médias type « nouvelle génération réseaux » nous commençons à parler vraiment de consommation. Nous en sommes comme imbibé, soumit à une addiction, et ce sans doute par la fréquence de la diffusion des idées véhiculées. Elles échappent souvent à la vérification qualitative, un principe de garantie de l’information.

La diffusion de contenu doit suivre un rythme sans cesse croissant sur les réseaux et c’est un risque sans doute de porte ouverte à une consommation plus élevée voire de « surconsommation » .

Une sorte de frénésie entre les créateurs, lecteurs, spectateurs s’installe et la demande devient plus pressante. Nous ne sommes plus dans le domaine de la réflexion, nous passons dans la collection des barres de chocolat à déguster qui laisse place à une nouvelle image de la Franc-maçonnerie qui nous interpelle tout comme le constate Le Grand René dans la vidéo ci-dessous :

La carte postale du 28 septembre : Les rues maçonniques de San Francisco

Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique,

Dans le brouillard mystique qui enveloppe souvent les rivages de l’océan Pacifique, San Francisco (État de Californie, USA) se dresse comme un temple urbain taillé dans le chaos de la ruée vers l’or. Cité de pionniers, elle fut rebaptisée par les flammes de 1906 – terrible tremblement de terre, incendies ravageurs – puis renaquit, phénix dressé sur ses propres cendres.

San Francisco en 1860

Depuis, ses artères ne dessinent plus seulement une carte mais un tracé initiatique, un échiquier où chaque nom de rue indique un degré, une épreuve, une lueur d’Orient. La brume y tient lieu d’encens, le vent d’acolyte, et la pierre éprouvée par le feu répond au maillet intérieur de ceux qui marchent : la ville tout entière devient atelier, où l’on transmue la désolation en mesure, la mémoire en lumière.

Drapeau de San Francisco

Inspiré par les travaux des Frères de la Grande Loge de Californie, et en écho à cette tradition hermétique qui voit dans l’urbanisme l’art du Grand Architecte, explorons ces artères comme un parcours initiatique. Ici, les pavés ne sont pas muets. Ils murmurent les secrets de l’Équerre et du Compas, reliant l’histoire profane à l’ésotérisme sacré.

Marchez avec moi, comme un Compagnon sur le sentier de la perfection, à travers ces rues qui forment un mandala vivant, un labyrinthe où l’initié décrypte les signes du Ciel sur la Terre.

Le Géomètre et le plan divin : Jasper O’Farrell, l’Architecte Invisible

Au cœur de cette trame maçonnique se trouve Jasper O’Farrell (arpenteur, 1798-1875, membre du Temple Lodge No. 14 à Sonoma, CA, sous juridiction irlandaise/early CA), arpenteur d’origine irlandaise, né en 1798 dans une famille imprégnée des mystères celtiques et maçonniques. En 1847, alors que San Francisco – encore Yerba Buena – émerge du néant colonial, O’Farrell trace ses rues avec la précision d’un Compagnon tailleur de pierre.

Membre fondateur impliqué dans les premières conventions maçonniques californiennes, il infuse son œuvre d’un symbolisme discret : la grille orthogonale évoque l’Équerre, imposant l’ordre au tumulte de la nature sauvage, tandis que les noms choisis sont des talismans, des invocations aux Vertus cardinales. Comme le Grand Architecte qui ordonne le chaos primordial, O’Farrell crée un temple ouvert, où chaque intersection est un nœud gordien à délier par l’esprit initié. Cette carte n’est pas profane ; elle est hermétique, un voile jeté sur les mystères de la Fraternité, reliant le profane au sacré, comme l’arcane du Magicien dans le tarot alchimique.

Les voies des pères fondateurs : De Washington à Franklin, les colonnes de la Lumière

Commencez votre périple par la rue Washington, baptisée en l’honneur du Père de la Nation, George Washington (1732-1799, général et premier président des États-Unis, membre de Fredericksburg Lodge No. 4 à Fredericksburg, VA, en 1752, et Alexandria-Washington Lodge No. 22 à Alexandria, VA, affiliation ultérieure), premier Frère affilié à la Loge Alexandrie № 22 en Virginie. Symbole par excellence de la vertu républicaine, Washington incarne le premier degré : l’Apprenti qui, armé de sa règle de 24 pouces, élève le temple de la Liberté. O’Farrell, en traçant cette artère, honore non seulement un héros, mais invoque l’Étoile Flamboyante, guide des initiés vers l’Orient.

The Palace of Fine Arts in San Francisco

Quatre autres rues prolongent cette lignée : Jackson, en l’honneur d’Andrew Jackson (1767-1845, général et président, membre de Harmony Lodge No. 1 à Nashville, TN, en 1800) ; Polk, pour James K. Polk (1795-1849, avocat et président, membre de Columbia Lodge No. 31 à Columbia, TN, en 1820) ; Buchanan, pour James Buchanan (1791-1868, avocat et président, membre de Lodge No. 43 à Lancaster, PA, en 1817) ; et Franklin, pour Benjamin Franklin (1706-1790, inventeur et diplomate, membre de St. John’s Lodge à Philadelphie, PA, en 1731, et Lodge of Nine Sisters à Paris, France, en 1779 comme Vénérable Maître), tous Grands Maîtres ou affiliés, formant une pentade symbolique – cinq, nombre de la Grâce divine, évoquant les cinq points parfaits de la Fellowship maçonnique. Marcher ici, c’est tracer le pentagramme protecteur, délimitant le sacré du profane, comme les limites du tableau de Loge.

Plus à l’ouest, le boulevard Sloat rend hommage au Commodore John D. Sloat (1781-1867, officier naval, membre de St. Nicholas Lodge No. 321 à New York, NY), maçon new-yorkais qui, en 1846, hisse le pavillon étoilé sur Monterey, revendiquant la Californie pour les États-Unis. Son nom, d’abord sur Sansome Street, migre vers cette voie majestueuse en 1919, symbolisant la migration de l’âme initiatique : du port d’arrivée (Sansome, près des eaux) à l’élévation intérieure. Sloat, tel un Compagnon naviguant les mers de l’inconnu, représente l’épreuve de l’Eau, purificatrice, dans l’alchimie hermétique.

Les héros de la conquête intérieure : Stevenson, Folsom et Brannan, les pionniers alchimiques

Descendez vers le sud, où la rue Stevenson célèbre Jonathan Drake Stevenson (1800-1894, colonel et entrepreneur, membre de Phoenix Lodge No. 40 à New York, NY, en 1821, et fondateur de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, en 1849), premier Grand Maître de Californie et fondateur de la Loge California № 1 en 1849. Arrivé comme commandant lors de la guerre mexicano-américaine, il transforme le plomb de la conquête en or minier et immobilier – allégorie alchimique parfaite du Grand Œuvre, où la matière brute s’élève en Pierre Philosophale. À ses côtés, la rue Folsom, nommée pour le Capitaine Joseph Libby Folsom (1817-1855, officier militaire, membre de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, en 1849), son fidèle officier et Frère de la même Loge, prolonge cette voie : Folsom, qui donna son nom à une ville au pied de la Sierra Nevada, symbolise la descente aux Enfers (les mines) pour la résurrection lumineuse.

Flag of California

Puis, la rue Brannan, trace de Samuel Brannan (1819-1889, éditeur et entrepreneur, membre d’Occidental Lodge No. 22 à San Francisco, CA, en 1857), premier millionnaire de la Ruée vers l’Or. Mormons initialement, il rompt avec Brigham Young pour embrasser la politique locale et, curieusement, la Maçonnerie : blackboullé en 1855 par la Grande Loge, il est réhabilité en 1857 pour rejoindre l’Occidental № 22. Cette épreuve reflète l’initiation : l’exil temporaire, comme Hiram fuyant les comploteurs, pour une renaissance plus pure. Brannan, fondateur du California Star, est le héraut de la Lumière, son chemin serpentant comme le caducée hermétique, unissant ciel et terre.

Transamerica Pyramid Tower

À leur jonction, la rue Townsend et Belden Place honorent John Townsend (?-1854, médecin, membre de San Jose Lodge No. 10 à San Jose, CA, en 1850 comme Junior Warden), premier médecin de l’État et Junior Warden de San Jose № 10, et Josiah Belden (1813-1900, maire et entrepreneur, membre de San Jose Lodge No. 10 à San Jose, CA, de 1854-1859 comme membre à vie), maire de San José et Frère de la même Loge. Médecin et bâtisseur, ils incarnent la colonne Jakin (force) et Boaz (stabilité), piliers du temple intérieur, guérissant les maux de l’âme profane.

Les magnats et les martyrs : Stanford, Revere et les voix de l’Indépendance

La petite rue Stanford, malgré sa modestie, élève Leland Stanford (1824-1893, gouverneur et magnat du rail, fondateur de Michigan City Lodge No. 47 en Californie aurifère en 1855, affilié à California Lodge No. 1), gouverneur et magnat du rail, fondateur de Michigan City № 47 en 1855. Les « Big Four » du chemin de fer – dont il est – tissent les rails comme les fils d’Arachné, reliant l’Est maçonnique à l’Ouest ésotérique, symbolisant le voyage de l’Apprenti vers le Maître.

Dans Bayview, l’avenue Revere perpétue Joseph Warren Revere (1812-1880, officier militaire, probable affiliation à California Lodge No. 1 à San Francisco, CA ; héritage familial de St. Andrew’s Lodge à Boston via son grand-père Paul Revere), petit-fils de Paul Revere – héros révolutionnaire et Grand Maître du Massachusetts. En 1846, il hisse le Drapeau de l’Ours à Sonoma, acte inaugural de la République Californienne, évoquant l’élévation du Blazing Star au zénith. Père et fils, ils forment une chaîne fraternelle, transmettant le feu prométhéen de la Liberté.

San Francisco en 1851

Au cœur de SoMA Pilipinas, la rue Rizal honore José Rizal y Mercado (1861-1896, écrivain et héros national philippin, membre de Logia Acacia No. 9 à Madrid, Espagne, en 1883, et Temple de L’Honneur et de L’Union à Paris, Grand Orient de France) et Andrés Bonifacio (1863-1897, révolutionnaire philippin, membre de Logia Taliba No. 70 à Manille, Gran Oriente Español, en 1892), maçons philippins leaders de l’indépendance. Rizal, initié au Rite Écossais, écrit Noli me tangere – signifie « Ne me touche pas », traduction latine donnée par saint Jérôme de l’expression grecque « Μή μου ἅπτου » (Mê mou haptou) dans Jean 20,17, où le Christ ressuscité s’adresse à Marie Madeleine –, comme un manifeste hermétique contre l’oppression, transformant la rue en sentier de libération, où l’initié affronte les trois mauvais compagnons : ignorance, tyrannie, division.

L’avenue Gilman rappelle Charles Gilman (1793-1861, avocat et Grand Maître, membre de la Grand Lodge of Maryland comme Grand Maître de 1842-1848 ; organisateur de la première convention californienne en 1849), presque premier Grand Maître de Californie, ancien de New Hampshire et Maryland. Il organise la première convention maçonnique en 1849 mais décline l’honneur, préférant Baltimore – choix symbolique de l’humilité, vertu du Vénérable Maître qui refuse la couronne pour le labeur.

Illustration : Drapeau de l’Ours hissé par Revere, avec un pentagramme discret formé par les rues environnantes – Source : California Historical Society.

Général John White Geary.jpeg

Les bâtisseurs du Temple urbain : De Leese à Geary, les gardiens du seuil

La rue Leese (parfois appelée des « Leçons » dans les archives ésotériques) commémore Jacob Primer Leese (1809-1892, pionnier et bâtisseur, membre de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, en 1858), pionnier de 1836 qui édifie les premières demeures de Yerba Buena et rejoint California № 1 en 1858. Ses constructions sont les fondations du temple, comme les pierres brutes de l’Apprenti, attendant la taille initiatique.

La rue Drumm porte le nom du Lieutenant Richard Coulton Drum (1825-1909, adjudant général militaire, membre d’Oriental Lodge No. 144 à San Francisco, CA), adjudant général du Pacifique pendant la Guerre Civile, membre d’Oriental № 144. Drum, batteur de tambour symbolique, appelle à l’assemblée, évoquant le Maillet qui frappe l’éveil.

Puis, William Heath Davis (1822-1909, commerçant et pilote naval, fondateur de San Diego Lodge No. 35 à San Diego, CA, en 1851) sur la Rue Davis : pilote du navire de Sutter, il fonde San Diego № 35 en 1851, reliant Sacramento (source de l’or alchimique) à la baie, comme le fleuve de la vie dans l’hermétisme.

Le boulevard Geary, l’une des plus longues artères, honore le Général John White Geary (1819-1873, général et maire, fondateur et premier secrétaire de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, en 1849), premier maire de San Francisco, fondateur et secrétaire de California № 1. Guerrier de la guerre mexicano-américaine, gouverneur du Kansas puis de Pennsylvanie, Geary est le Maître Voyageur, son chemin infini symbolisant l’ascension spirale vers les hauts grades.

La rue Rolph célèbre James Rolph Jr. (1869-1934, maire et gouverneur, membre de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA), « Sunny Jim », maire le plus durable et Frère de California № 1, démissionnant en 1931 pour le gouvernorat. Son sobriquet « ensoleillé » évoque le Soleil royal de l’alchimie, illuminant les ombres de la Grande Dépression.

Brenham Place et Fallon Place : le Capitaine Charles J. Brenham (1819-1875, capitaine de bateau et maire, membre de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, en 1855), deuxième maire et Frère de 1855, et Thomas Fallon (1825-1885, recruteur militaire et maire, membre de San Jose Lodge No. 10 à San Jose, CA, en 1846 comme recruteur), recruteur de volontaires en 1846 qui hisse le drapeau sur San José, tous deux de San Jose № 10. Petites ruelles, elles sont les seuils initiatiques, passages étroits vers l’illumination.

Les jardins ésotériques : Crocker-Amazon, Haight-Ashbury et les portes du mystère

War Memorial Opera House

Le quartier Crocker-Amazon tire son nom des frères Charles H. et William Henry Crocker (fils de Charles Crocker, 1822-1888, magnats du rail, membres de California Lodge No. 1 à San Francisco, CA, et Scottish Rite de Californie avec 33e degré pour Charles H. en 1903), fils du magnat Charles Crocker, membres actifs de California № 1 et du Rite Écossais. Leur holding évoque la Toison d’Or, trésor gardé par les mystères, transformant le terrain en jardin alchimique.

Haight-Ashbury, berceau hippie, nomme Henry Haight (1820-1910, gouverneur, membre de Pacific Lodge No. 136 à San Francisco, CA), gouverneur et membre de Pacific № 136, et Munroe Ashbury (1828-1883, superviseur municipal, affiliation non spécifiée précisément mais probable à une loge de SF via le conseil de surveillance maçonnique), superviseur planificateur du Golden Gate Park. Ce parc, mandala vert, est le Jardin d’Éden maçonnique, où l’herbe sacrée (cannabis, allégorie de l’élévation) fleurit sous l’égide fraternelle.

La rue Stanyan honore Charles Henry Stanyan (1831-1889, superviseur municipal, membre d’Oriental Lodge No. 144 à San Francisco, CA), superviseur du parc, de Oriental № 144 ; la Rue Cole, William Beverly Cole (1825-1893, chirurgien, membre d’Occidental Lodge No. 22 à San Francisco, CA, en 1862), chirurgien fondateur de la faculté de médecine UC et Frère d’Occidental № 22. Guérisseurs, ils soignent le corps et l’âme, comme l’Élixir de longue vie.

Enfin, l’Avenue Maçonnique désigne l’ancien cimetière maçonnique sur le campus de l’Université de San Francisco, fermé en 1920 pour Colma. Nécropole symbolique, elle est le seuil de l’Éternité, où les Frères reposent en attendant la résurrection spirituelle.

Ironie hermétique : la rue Mason, sans lien direct, porte le nom du Colonel Richard B. Mason (gouverneur militaire, sans affiliation maçonnique confirmée). Mason signifie maçon en anglais, un clin d’œil involontaire au Grand Œuvre, rappelant que le sacré imprègne le profane sans le nommer.

Le labyrinthe fermé : Une cité-Temple pour l’initié

Ces rues forment un temple vivant, un échiquier où l’initié avance case par case, du Nord (Washington, Lumière) au Sud (Rizal, Libération), de l’Est (O’Farrell, Origine) à l’Ouest (Sloat, Achèvement). San Francisco, née de l’or et du feu, est l’athanor urbain : la ruée vers l’or transmute les âmes, et les artères de la ville sont les veines d’un golem de pierre et d’acier, mis en mouvement par le souffle du Verbe. Comme la Grande Arche de La Défense, ce réseau dessine un cube ouvert sur le vide sacré – Daath kabbalistique – qui invite à l’élévation au-delà des formes. Marchez-y un dimanche matin, à l’heure où le soleil frappant l’océan se lève : chaque angle de rue est un serment, chaque intersection une épreuve.

Soyons fou ! Osons une lecture maçonnique du blason de la ville de San Francisco

Dans le sceau de San Francisco, nous lisons une planche en clair-obscur. Le cercle extérieur trace la limite du Temple : une enceinte protectrice où la cité se consacre. Au centre, l’oiseau aux ailes déployées – phénix plus que simple aigle – proclame la loi de la régénération : mourir au chaos pour renaître à l’Ordre. La ville-atelier s’y reconnaît, éprouvée par les flammes et les séismes, mais relevée comme l’Apprenti qui sort des ténèbres pour recevoir la Lumière.

Le blason montre la baie, les montagnes et des navires : c’est la géographie initiatique d’un Passage. La mer, matière indifférenciée, appelle la navigation intérieure ; la passe du Golden Gate figure le seuil, porte étroite où l’on quitte la rive profane. La nef devient loge en marche, embarquée vers l’Occident pour y chercher l’Orient. Les rais qui strient l’écu ressemblent à une échelle de lumière : chaque degré une conquête de soi.

Deux figures soutiennent le champ comme deux colonnes. À gauche, le prospecteur – pioche et pelle – incarne l’Œuvre au noir : descendre dans la mine, séparer, extraire, éprouver. Il rappelle au Maçon que rien ne vaut sans travail de taille. À droite, le marin au sextant mesure le ciel : c’est l’Œuvre au blanc – l’art de régler sa route par les étoiles, de conformer la marche humaine au grand compas cosmique. Entre Boaz et Jakin se tient l’écu de la cité ; entre l’outil qui ouvre la terre et l’instrument qui lit l’azur, l’équilibre opératif et spéculatif se noue.

View of the city of San Francisco from Ina Coolbrith Park

La devise en espagnol – « Oro en paz, fierro en guerra », soit « L’or en temps de paix, le fer en temps de guerre » – porte, sous son historicité, une clé hermétique.

L’or en paix : l’aboutissement, l’état de réconciliation, la pierre au rouge qui irradie sans violence. Le fer en guerre : la vertu martiale de Mars, l’énergie qui tranche, protège et purifie quand l’entropie menace. Au plan maçonnique, c’est l’alliage de la truelle et de l’épée : édifier quand la paix le permet, défendre la mesure quand le tumulte l’exige. Notons l’orthographe ancienne « fierro » : trace d’une mémoire assumée, comme si la devise conservait le grain du temps pour rappeler que l’initiation n’efface pas l’histoire, elle la transmue.

San Francisco City Hall from east end of Civic Center Plaza

La scène portuaire au pied du blason n’est pas simple décor : elle raconte la vocation de seuil de San Francisco. Ici arrivent les errants de la Terre, là repartent les audacieux – et la Loge n’est-elle pas cet asile et ce chantier, où l’étranger devient Frère par l’épreuve du voyage ? Le vent gonfle les voiles comme la parole gonfle l’âme quand elle est juste ; les eaux plissées disent la loi des correspondances : pas de route droite sans courants contraires, pas de progrès sans résistance.

Ainsi, le sceau compose un rituel. Le cercle consacre, le phénix élève, l’écu oriente, les deux « colonnes humaines » enseignent le double labeur : creuser et mesurer, transformer et ordonner. L’or en paix promet la lumière partagée, le fer en guerre rappelle la vigilance intérieure contre nos propres désordres. C’est toute une maçonnerie de la Cité : œuvre d’exode, d’accueil et d’édification, où la Porte dorée n’est pas un trophée mais un passage, et où la ville, comme l’initié, ne cesse de renaître pour bâtir plus juste.

Temple San Francisco
Temple San Francisco

Qu’est-ce que le CMMT ?

Le California Masonic Memorial Temple (CMMT), ouvert en 1958, est l’un des édifices majeurs de San Francisco. Haut lieu de la franc-maçonnerie californienne, il est aussi connu sous le nom de The Masonic. Son architecture emblématique du milieu du XXᵉ siècle, signée par l’architecte de la baie Albert Roller, conjugue lignes modernistes et clins d’œil ésotériques. À la fois maison de réunion pour les francs-maçons de Californie et scène ouverte à la cité, le CMMT s’est imposé comme une véritable icône de Nob Hill.

Commémoration maçonnique

Le CMMT aujourd’hui

Depuis plus de six décennies, le Temple fait partie intégrante de la vie du quartier : il accueille des tenues et rencontres maçonniques, mais aussi des manifestations ouvertes au public, des entreprises et des organisations venues de partout. Beaucoup l’identifient surtout à la salle SF Masonic, gérée par Live Nation : un auditorium de 3 300 places où se tiennent près de 79 événements par an. Au fil des ans, on y a entendu Billie Holiday, Tony Bennett ou Van Morrison, et ri aux spectacles d’humoristes tels que Dave Chappelle, Ali Wong ou Amy Schumer.
Un lieu de culture et de mémoire, à la croisée du Temple et de la scène.

Que cette carte postale vous guide vers l’intérieur, où la vraie Loge est le cœur. Bons baisers de San Francisco, ville des Frères et Sœurs éternels !

Illustrations : Wikimedia Commons

Xenu et la Scientologie : un mythe de science-fiction au service d’une secte

Dans l’univers clos et coûteux de la Scientologie, Xenu occupe une place centrale, non pas comme un pilier de sagesse philosophique, mais comme un secret jalousement gardé, révélé aux adeptes les plus dévoués – et les plus endettés. Ce personnage galactique, inventé par L. Ron Hubbard, le fondateur de cette organisation souvent qualifiée de secte, incarne à la fois l’absurdité d’un récit de science-fiction recyclé en dogme religieux et les mécanismes de contrôle qui piègent les fidèles.

Un détracteur de la scientologie déguisé en Xenu. (Source Wikipedia)

À l’opposé du mythe fondateur des Francs-maçons – le meurtre d’Hiram Abiff, symbole profond de palingénésie perpétuelle et de renaissance spirituelle –, l’histoire de Xenu n’est qu’une manipulation grossière, conçue pour exploiter les vulnérabilités humaines au nom d’un enrichissement personnel. Cet article explore Xenu, son rôle dans les grades avancés de la Scientologie, les dangers inhérents à cette pratique, et le ridicule d’un mythe qui, loin d’élever l’âme, l’enchaîne à une fiction lucrative.

Xenu : Le dictateur galactique et son mythe ridicule

Image d’un volcan similaire à celui utilisé en couverture du livre sur la Dianétique, évocateur de l’histoire de Xenu.

Imaginez un scénario digne d’un roman pulp des années 1950 : il y a 75 millions d’années, une confédération galactique de 76 planètes souffre d’une surpopulation effroyable – 178 milliards d’habitants par planète, rien que ça. Xenu, son dirigeant tyrannique, décide d’une solution radicale : il rassemble des milliards d’êtres, les embarque dans des vaisseaux ressemblant à des DC-8 (oui, les avions de ligne d’après-guerre), les transporte sur la Terre (alors appelée Teegeeack), les entasse autour de volcans, et les fait exploser avec des bombes à hydrogène. Les âmes immortelles de ces victimes, appelées « thetans« , sont ensuite capturées, lavées de leurs souvenirs sur Hawaï et aux Canaries, et implantées avec des faux souvenirs – dont le Christ ou les mythes de création – pour les piéger dans une prison éternelle. Ces thetans errants, ou « body thetans« , s’accrochent aujourd’hui aux humains, causant névroses, maladies et malheurs. Ridicule ? Absolument. C’est une pure invention de L. Ron Hubbard, auteur de science-fiction raté, qui l’a couchée sur papier en 1967 sous forme de manuscrit manuscrit, présenté comme une « découverte » spirituelle.

Personne en costume Xenu (En arrière-plan : Ballon OVNI avec symbole raëlien) Source Wikipedia

Ce récit, connu sous le nom de « space opera« , n’est pas une métaphore subtile ni une allégorie intemporelle. C’est du Hubbard pur jus : un mélange de paranoïa anti-psychiatrique, de réincarnations cosmiques et d’éléments volés à la SF des années 40. Hubbard, qui avait déjà publié des histoires comme Fear ou Final Blackout, recycle ici ses tropes favoris pour en faire un outil de contrôle. Et le ridicule culmine dans les détails : des bombes H dans des volcans (alors que la géologie contredit toute trace d’une telle catastrophe il y a 75 millions d’années), des thetans « collés » comme des parasites, et Xenu lui-même, emprisonné dans une montagne électrifiée depuis des millénaires. Comme l’écrit l’historien des religions Mikael Rothstein, c’est « la mythologie de base de la Scientologie », mais une qui « ajoute du carburant aux accusations selon lesquelles le système de Hubbard est le produit de sa créativité d’écrivain de SF plutôt que d’un théologien« . Des ex-Scientologues, comme ceux interrogés sur Reddit, admettent que même au niveau OT III, beaucoup rationalisent : « Ça enregistre sur l’E-mètre, donc peut-être vrai ? » Mais pour les critiques, c’est du délire pathétique, un « intellectual garbage » selon John W. Campbell, l’éditeur qui avait lancé Hubbard dans la SF.

L’importance de Xenu dans les grades de Scientologie : le dévoilement comme carotte

Tentative ultérieure d’illustration de la conférence de Hubbard Aide: Xenu a fait transporter la population « excédentaire » sur Terre pour la destruction dans des vaisseaux spatiaux qui ressemblaient au DC-8. (Source : Wikipedia)

Pour les adeptes, Xenu n’est pas révélé d’emblée. La Scientologie suit un « Pont vers la Liberté Totale« , une progression payante où chaque niveau coûte une fortune – souvent plus de 100 000 dollars pour atteindre OT III. Les débutants passent par le « Dianetics » (pseudo-thérapie pour effacer les « engrammes » traumatiques), deviennent « Clear« , puis grimpent les niveaux Operating Thetan (OT). OT III, ou « Mur de Feu« , est le Graal : c’est là que l’on « découvre » Xenu via des documents secrets lus en solo, avec un avertissement sinistre de Hubbard : révéler prématurément ce savoir cause la pneumonie et la mort. (Aucun cas documenté, bien sûr.) Ce dévoilement est censé libérer les thetans parasites via un « auditing » intensif avec l’E-mètre (un détecteur de mensonges trafiqué), permettant d’atteindre une « liberté » spirituelle.

Le volcan et la boule de feu sur la couverture de Dianétique fait référence à l’histoire de Xenu.

Pour les fidèles, c’est un moment pivotal : après des années d’investissement financier et émotionnel, Xenu explique tout – pourquoi vous souffrez, pourquoi le monde est fou. C’est une validation narcissique (« Vous êtes un thetan immortel piégé par un complot galactique !« ) qui renforce la loyauté. Mais c’est aussi une carotte : pour progresser au-delà (OT IV à VIII), il faut croire et « expérimenter » ce mythe comme réalité. Comme l’explique un ex-membre dans Going Clear de Lawrence Wright, c’est là que beaucoup craquent – ou s’enfoncent plus. Ce secret crée une élite : seuls les 5 % d’adeptes qui y accèdent se sentent « éclairés« , isolés des « wogs » (non-Scientologues). Pourtant, la Church nie publiquement Xenu, poursuivant en justice quiconque le diffuse, comme dans l’affaire Fishman en 1993 où les documents OT III fuitèrent au tribunal.

La Scientologie : une secte, ses adeptes et les dangers de sa pratique

Fondée en 1954 par Hubbard, la Scientologie se présente comme une « religion appliquée« , mélange de pseudo-science et de spiritualité. Ses adeptes – environ 50 000 actifs aujourd’hui, contre les 10 millions revendiqués – sont souvent des célébrités (Tom Cruise, John Travolta) recrutées pour leur aura, ou des vulnérables cherchant un sens. Les « Sea Org » (bras armé) signent des contrats d’un milliard d’années, travaillent 100 heures/semaine pour 50 dollars, et subissent un régime quasi-militaire. Mais derrière les sourires, c’est un culte dangereux, classé comme tel en France (rapport 1995) et en Allemagne (secte anticonstitutionnelle).

Les dangers ? Financiers d’abord : les cours coûtent des centaines de milliers de dollars, poussant à l’endettement ou à la vente de biens. Émotionnels ensuite : la « déconnexion » force à rompre avec les critiques familiaux, brisant des vies. Physiques : des ex-membres rapportent avortements forcés, maltraitance infantile, et même morts suspectes (comme Lisa McPherson en 1995, laissée à mourir en « Introspection Rundown« ). La Church traque les dissidents via « Fair Game » (politique officielle jusqu’en 1968) : harcèlement, diffamation, procès en cascade – plus de 2 500 contre l’IRS seul. En 2009, un tribunal français la condamna pour escroquerie. Comme le note le sociologue Stephen Kent, « c’est une entreprise lucrative masquée en religion« , avec des procès pour ruiner les opposants. Les adeptes, piégés par l’escalade cognitive (« J’ai tant investi, ça doit être vrai« ), risquent l’isolement total, la santé mentale ruinée, et pire.

Xenu vs. Hiram Abiff : ridicule manipulatoire contre sagesse symbolique

Meurtre d’Hiram par 3 mauvais Compagnons

Ici réside le cœur de l’absurde : comparez Xenu au meurtre d’Hiram Abiff chez les Francs-maçons. Dans le 3e degré maçonnique, Hiram, architecte du Temple de Salomon, est assassiné par trois compagnons jaloux qui exigent les secrets des Maîtres. Refusant de trahir la vérité, il est frappé (perche, équerre, maillet) et enterré sous un acacia. Son corps est retrouvé, élevé, symbolisant la résurrection. Ce n’est pas une histoire littérale, mais une allégorie puissante de la palingénésie perpétuelle : la mort n’est pas fin, mais renaissance ; la fidélité à la vertu triomphe de la bassesse. Elle enseigne l’intégrité, la fraternité, et la construction de l’âme comme un temple intérieur – une leçon intemporelle, inspirée de mythes bibliques et égyptiens (Osiris), qui élève sans manipuler.

Article concernant une manifestation commune en 2016 entre la scientologie et la Grande Loge Mondiale de Misraïm.

Xenu, lui, est l’antithèse : un produit de SF kitsch, créé par Hubbard pour justifier des « audits » payants contre des parasites invisibles. Là où Hiram inspire la quête éthique, Xenu piège dans la peur (pneumonie mystique) et l’illusion de pouvoir (libérez vos thetans pour 360 000 dollars !). C’est une récupération cynique : Hubbard, ruiné par ses échecs littéraires, transforma sa thérapie en religion pour l’exonération fiscale (obtenue en 1993 après des décennies de batailles). Comme l’analyse Alec Nevala-Lee dans Astounding, c’est « la fiction de Hubbard au service de la Scientologie » – un mensonge galactique pour un contrôle terrestre.

Conclusion : Fuir l’illusion pour la Vérité

Xenu n’est pas un secret libérateur, mais une chaîne dorée dans une secte qui prospère sur l’exploitation. Ses adeptes, séduits par la promesse d’immortalité cosmique, finissent souvent brisés financièrement et moralement. À l’inverse des Francs-maçons, dont le mythe d’Hiram nourrit une palingénésie authentique, la Scientologie de Hubbard est un mirage manipulateur. Si vous croisez un recruteur, rappelez-leur : un thetan libre n’a pas besoin de payer pour voler. Pour en savoir plus, lisez Going Clear ou visitez xenu.net – mais gare à la pneumonie imaginaire.

La vraie liberté ? Elle est dans le doute, pas dans les étoiles factices.

Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung

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L’INTÉGRATION DES OMBRES (3/6)

Mourir et se consumer dans son propre feu pour renaître de ses cendres est la destinée du Phénix, être mythique incarné par les êtres spirituels s’initiant à l’art de s’embraser soi-même en embrassant la vie, et d’embraser sa vie en l’embrassant en puissance. Les esprits tièdes et mesurés en tout ont du mal à percevoir cet art de vivre qui prend aux tripes à chaque instant sans pour autant se déconnecter des réalités de la vie.

Le mot passion traduit mal l’état mental de ces êtres pleins de leur propre feu, consumant leur vie comme par devoir en totalité tout en éclairant leurs zones d’ombre avec une facilité déconcertante, contrairement à leurs semblables, ou leurs dissemblables, qui s’y refusent et demeurent à disserter sur l’apparence à donner au Phénix.

Le courage fait peu partie du vocabulaire de ces théoriciens appliqués à niveler leurs pensées pour plaire au plus grand nombre, alors qu’il transparait chez les êtres qui jouent avec le feu de leur propre énergie, quitte à parfois s’y brûler. Mais le jeu en vaut la chandelle, car leur flamboyance tend naturellement à se résorber en une petite flamme permanente, présente depuis toujours au plus profond de Soi.

Le Chevalier du Phénix (53è degré de la Maçonnerie égyptienne) avance résolument vers le centre de son labyrinthe, et passe entre des zones de lumière et d’ombres à mesure qu’il surmonte ou non les épreuves qu’il traverse. C’est en Chevalier qu’il affronte les ombres qui masquent son chemin et c’est en Phénix qu’il révèle les lumières qui l’éclairent. Le Chevalier alimente et entretient son propre feu intérieur pour être aussi un Phénix qui pratique l’art de renaître régulièrement de ses cendres, et se transforme peu à peu mentalement et spirituellement jusqu’à atteindre en son centre le Soi et sa promesse de dimension cosmique.

Au fil du temps, le mythe du Phénix s’est figé jusqu’à signifier seulement « renaître de ses cendres », et même se réduire au verbe « renaître », la beauté du Phénix et la fascination qu’il engendre masquant cette réduction arbitraire. Les cendres sont pourtant l’élément essentiel de cette auto-fécondation, car elles sont pleines des ombres que le Chevalier n’a pas encore calcinées en lui-même, et qui sont amenées à réapparaître jusqu’à sa totale purification par son propre feu intérieur. Le cheminement de l’être spirituel menant à l’individuation de C.G. Jung rejoint ainsi la démarche des plus hautes traditions de l’Égypte Antique et de l’hindouisme, où l’initié(e) est prédestiné(e) à réintégrer le feu solaire du dieu Ré et le feu du dieu Agni, chacun(e) devant pour y parvenir accepter d’affronter ses ombres à toutes les étapes d’un chemin initiatique personnel.

Pour Jung, l’ombre est le « psychisme obscur » d’où naît la conscience.

Elle est d’abord tout ce qui traverse brièvement les pensées et qui est aussitôt oublié, ce qui est perçu et que la conscience n’a pas assimilé, et ce qui est pensé, discerné, ressenti et désiré inconsciemment. Elle est la partie inférieure et primitive de la personnalité, dont les aspects sont incompatibles avec la vie consciente. Mais elle est aussi source de clarté, dans le sens où « La clarté ne naît pas de ce que l’on imagine de clair, mais lorsque l’on prend conscience de l’obscur. » (C.G. Jung) La conscience peut ainsi extraire et éclairer en cet obscur inconscient de plus en plus de contenus, mais cette tâche fastidieuse effectuée dans l’horizontalité du labyrinthe est toujours loin d’être achevée. Seules les prises de conscience dans la verticalité au centre du labyrinthe éclairent globalement les ombres et leur rôle structurant et positif dans un projet d’élévation spirituelle.

Auparavant, les éléments psychiques qui constituent l’ombre s’unissent dans l’inconscient, où ils forment une sorte de personnalité secrète et opposée à l’être conscient, tel un double ou un autre que soi, autonome et dissocié de la personnalité consciente. En raison de cette autonomie, la volonté n’a aucun pouvoir sur l’ombre et l’inconscient, ce qui restreint le libre-arbitre et peut changer le cours d’une vie. « L’inconscient est un organisme naturel, indifférent aux points de vue moral, esthétique et intellectuel, ce qui ne devient réellement dangereux que si notre attitude consciente à son égard est désespérément fausse. Plus nous le refoulons en nous-mêmes, plus s’accentuent les périls encourus du fait de l’inconscient … Son masque n’est pas rigide, mais reflète comme un miroir le visage qu’on tourne vers lui. L’hostilité à son égard lui confère un aspect menaçant, la bienveillance envers lui adoucit ses traits. » (Jung, L’homme à la découverte de son âme) L’inconscient est révélé également par le phénomène de projection qui est l’un des plus importants du fonctionnement psychique, car nous projetons en permanence sur les autres et sur le monde notre propre ombre.

Mais « l’inconscient n’est pas seulement le simple dépositaire du passé, il est aussi rempli de germes de situations psychiques et d’idées à venir. Outre les souvenirs d’un passé lointain qui fut conscient, des idées neuves et créatrices qui n’ont jamais été conscientes précédemment peuvent aussi surgir de l’inconscient, Elles naissent des profondeurs de notre esprit comme un lotus et constituent une partie très importante de la psyché subliminale. » (C.G. Jung) Ainsi, l’ombre ne contient pas que des éléments négatifs et inopportuns dont la psyché s’est délestée, mais elle est aussi la promesse de contenus qui sommeillent encore et peuvent émerger à tout moment dans la vie. Elle recèle les semences de voies neuves, de créations inédites, de découvertes qui sont encore à venir et à réaliser.

Le phénix qui renaît de ses cendres éclaire de ses flammes ces voies nouvelles et ces idées créatrices et ré-créatrices (Ré-créatrices). Dans l’Égypte ancienne, l’oiseau Bénou (un héron cendré ou pourpré), le phénix égyptien, se rapporte au cycle quotidien du Soleil qui renaît chaque matin, et au cycle annuel de la crue du Nil qui régénère la fertilité et la vie. Oiseau fabuleux et magnifique, il se lève à l’aurore sur les eaux du Nil, tel le dieu Soleil Ré, et renvoie à la résurgence cyclique, à la longévité, à la résurrection et à l’immortalité. Le phénix égyptien symbolise encore « l’âme universelle d’Osiris » qui se recréera sans fin d’elle-même, tant que dureront le temps et l’éternité. (Livre des morts).

Le serpent Ouroboros qui se mord la queue (du grec ancien « οὐροϐόρος/ourobóros », formé à partir des mots « οὐρά, queue » et « βορός, vorace, glouton »), exprime lui aussi l’éternité et l’universalité des phénomènes cycliques, qui s’appliquent aussi bien à l’univers et au cosmos qu’au processus d’éveil et de renaissance comme un phénix de la conscience en soi-même. Le « mehen« , mot égyptien qui signifie « l’enroulé« , désigne dans l’espace un serpent qui entoure le monde et le sépare du chaos, et symbolise dans le temps l’éternel retour. La présence conjointe de l’Ouroboros et du phénix dans le rituel du 53è degré de la Maçonnerie égyptienne illustre ce dédoublement du processus de renaissance en soi-même, l’un dû à l’horizontalité du travail régulier et continu du Chevalier sur soi-même, et l’autre effectué dans la verticalité du Phénix, déclenché en conscience de manière irrégulière et discontinue.

Le Chevalier du Phénix pratique cette dynamique de retours cycliques en soi-même, lors de tenues collectives ou de réflexions personnelles, quand il re-découvre avec un regard neuf les marques imprimées dans sa mémoire par l’Ouroboros lui-même dans les degrés précédents de la Maçonnerie égyptienne. Dans cet exercice mental de résurgence de connaissances déjà acquises, il ne s’agit plus seulement de « penser à un symbole » comme à un objet loin de soi, mais de « penser le symbole », « d’être le symbole » et d’en ressentir toute la dynamique en l’incarnant. Le Chevalier du Phénix peut même s’autoriser à se délecter comme un « glouton » de ces connaissances passées acquises et intégrées en soi-même, puisque l’étymologie du mot Ouroboros (βορός, boros, glouton) l’y invite.

Cette technique du ressouvenir rituellement organisé et sructuré dynamise le mental des initié(e)s et les propulse, aux termes des cycles vécus symboliquement par l’Ouroboros et le Phénix, dans une totalité à intégrer en soi-même et à incarner. Cette pensée de C.G. Jung, centrée sur la notion de totalité « conçoit qu’à tous les niveaux des trois mondes divin, naturel, et humain, la totalité est toujours présente potentiellement, mais pas nécessairement actualisée, réalisée. La pensée jungienne semble être organisée tout entière autour du postulat que toute chose partielle cherche toujours à se reconstituer en totalité, à se ressouvenir de sa partie inconsciente et donc à redevenir totalité. Toute évolution est toujours en dernier ressort évolution vers plus de conscience, vers la restauration, au niveau conscient, de la totalité des origines qui se place d’abord sous le signe de l’inconscient. » (Christiane Maillard, Le Divin et la Féminité)

Cette totalité change de dimension quand la conscience, pour se réaliser pleinement spirituellement, éprouve l’irrésistible besoin de se propulser dans son propre cosmos, et pour y parvenir détache et libère ses ailes des liens cachés dans les ombres qui entravent leurs mouvements. C’est le moment où l’anima et l’animus sont mis à contribution à la quatrième étape du chemin conduisant à l’individuation, pour qu’un être androgyne jusqu’alors tapi dans ces ombres surgisse et s’envole vers son propre au-delà grâce à une énergie nouvelle à la puissance démultipliée.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

Patrick Carré donne rendez-vous à ses lecteurs devant la Fontaine Saint-Michel le samedi 11 octobre 2025 à 10h30

(décalage d’une demie-heure par rapport à l’horaire prévu), pour une conférence interactive (durée 2h).

L’article de l’auteur déjà paru sur 450.fm (cliquez ici) prépare activement à cette conférence. Venez nombreux !

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