Accueil Blog Page 83

21 au 23/11/25 : Les Éditions F. Deville à Paris – Venez les rencontrer durant le salon

Les Éditions F. Deville à Paris : une plongée contemporaine dans la Franc-maçonnerie

Installées à Bruxelles depuis 2015, les Éditions F. Deville poursuivent une aventure éditoriale née de la passion de deux anciens libraires pour la littérature sous toutes ses formes. Généraliste, la maison développe aujourd’hui un catalogue riche — romans, polars, essais, récits de voyages, littérature jeunesse — mais c’est une collection singulière qui attire un intérêt croissant : « Les Carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques », dédiée à la Franc-maçonnerie.

La Franc-maçonnerie demeure un sujet inépuisable, nourri par une tradition plurielle et une méthode initiatique qui, depuis des siècles, interpelle, questionne et transforme. À travers cette collection, les Éditions F. Deville s’inscrivent dans la continuité des travaux maçonniques contemporains : proposer des ouvrages qui redonnent toute leur place aux dimensions spirituelle, symbolique et transformatrice de la démarche maçonnique.

Les livres publiés explorent non seulement l’expérience initiatique en loge, mais tissent aussi des liens avec les enjeux du monde actuel. Témoignages, réflexions personnelles, cheminements intimes : les auteurs — frères comme sœurs — y partagent leur travail intérieur avec celles et ceux qui souhaitent œuvrer à une humanité plus consciente et plus éveillée.

La collection a déjà été remarquée, notamment avec Le Grand Architecte au service de l’athée d’Arnaud Waefelaer, récompensé par le Prix littéraire de la première œuvre du Masonica Lille 2025, dont le jury était présidé par le chroniqueur littéraire Yonnel Ghernaouti, bien connu des lecteurs assidus de 450.fm.
Parmi les nouveautés, plusieurs titres promettent de nourrir la réflexion des lecteurs :
La Parole et la Loge, une exploration du rôle fondateur de la parole dans l’espace initiatique ;
Culture et Franc-maçonnerie, même combat ? un essai qui interroge les rapports entre engagement culturel et cheminement initiatique.

Les Éditions F. Deville seront présentes à Paris du 21 au 23 novembre 2025 lors du Salon L’Autre Livre. L’occasion idéale pour les lecteurs parisiens de découvrir cette collection qui conjugue rigueur, ouverture et profondeur symbolique.

Un auteur de choix sera présent également (samedi et dimanche de10h à 12h) : Olivier Delacuvellerie, pour ses deux ouvrages : « Voyage à travers les fenêtres » et « La pioche et le roseau – critique de la symbolique maçonnique ».

SALON L’AUTRE Livre Salon International de l’édition indépendante – Mairie du Veme – place du Panthéon – 21 au 23 novembre 2025.

Mairie du 5ᵉ arrondissement – Place du Panthéon – 75005 Paris : ENTRÉE LIBRE
• Vendredi 14 h → 18 h
• Samedi 10 h → 19 h
• Dimanche 10 h → 18 h

Dans un paysage éditorial de plus en plus concentré entre les mains de quelques géants, l’édition indépendante reste le dernier bastion de la diversité, de la liberté de penser et de créer.

C’est cette conviction qui anime depuis plus de vingt ans l’association L’Autre Livre et qui donne tout son sens à ce rendez-vous annuel incontournable.Pendant trois jours, la majestueuse Mairie du 5ᵉ, place du Panthéon, se transforme en véritable agora du livre indépendant :

  • Plus de 200 maisons d’édition françaises, européennes et internationales
  • Des milliers de titres introuvables en grande surface
  • Des auteur·e·s, éditeur·rice·s, traducteur·rice·s et illustrateur·rice·s présent·e·s pour échanger directement avec le public
  • Rencontres, tables rondes, lectures, performances et signatures

Ici, un livre n’est pas un simple produit : c’est une voix, une prise de risque, une pensée qui refuse l’uniformisation.

Venir à L’Autre Livre, c’est choisir la biblio-diversité, soutenir la création sans compromis et affirmer que l’avenir de la culture passe par la pluralité des imaginaires.Deux rendez-vous par an (automne et printemps) et, toute l’année, l’espace librairie dédié au 13 rue de l’École-Polytechnique dans le 5ᵉ.

L’Autre Livre : Association loi 1901 créée en 2002
200 éditeurs indépendants unis pour la liberté d’éditer et de lire autrement www.lautrelivre.fr
• 09 54 38 21 65

Venez nombreux : chaque visite, chaque achat, chaque conversation est un acte concret de résistance culturelle.

Du sang de méduse à la foudre de Zeus – allégorie maçonnique de l’élévation spirituelle

Pégase, le Cheval Ailé d’Or

Au cœur de la mythologie grecque, Pégase émerge comme une énigme sublime : un cheval blanc aux ailes d’or, jailli du sang de Méduse décapitée par Persée. À peine né, il s’envole vers l’Olympe, devenant le porteur de la foudre et des éclairs pour Zeus. Ce récit n’est pas une simple fable antique ; il incarne un parcours initiatique parfait, miroir des étapes maçonniques : mort symbolique, renaissance, ascension, illumination.

Dans les temples du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), Pégase orne tabliers et bijoux, rappelant que la lumière naît des ténèbres, et que l’initié, tel ce coursier divin, doit s’élever au-delà de la matière pour toucher le Grand Architecte de l’Univers. Cet article explore les strates mythiques et symboliques de Pégase, en tissant des liens profonds avec la Franc-maçonnerie, où il devient l’archétype de l’âme ailée.

Les origines mythiques : naissance paradoxale et envol immédiat

La décapitation de Méduse : du monstre à la beauté divineLe mythe commence avec Persée, héros armé par les dieux :

  • Athéna lui offre un bouclier-miroir pour éviter le regard pétrifiant de Méduse.
  • Hermès lui prête une serpe incurvée.

Persée tranche la tête de la Gorgone. Du sang jaillissant de son cou naissent deux prodiges :

  • Chrysaor, guerrier à l’épée d’or.
  • Pégase, le cheval ailé aux plumes étincelantes.

Ce paradoxe – beauté surgissant de l’horreur – est fondamental. Méduse, avec ses serpents et son regard mortel, symbolise le chaos primordial, les passions non domptées, la Pierre brute du franc-maçon. Persée, guidé par la sagesse (Athéna) et le discernement (Hermès), représente l’initié affrontant son ombre. Le sang, substance vitale et alchimique, évoque la transmutation : de la matière brute naît l’esprit purifié.

L’envol vers l’Olympe : de la terre au divin

À peine né, Pégase ne touche plus le sol. Ses ailes d’or le propulsent vers le palais de Zeus. Il devient l’écuyer céleste, transportant foudre et éclairs – armes du maître des dieux. En franc-maçonnerie, cet envol immédiat symbolise l’élévation post-initiatique. Le cheval blanc évoque la pureté (comme dans l’Apocalypse de Jean, influençant les rituels Rose-Croix). Les ailes d’or représentent la lumière intérieure, forgée par le travail sur soi. L’Olympe n’est autre que le plan divin, accessible au Maçon après la Chambre de Réflexion et le serment sur le Volume de la Loi Sacrée.

Pégase au service des héros : Bellérophon et la Chimère

Capturé par Bellérophon à l’aide d’une bride d’or offerte par Athéna, Pégase l’aide à vaincre la Chimère – monstre hybride crachant le feu. Mais l’orgueil de Bellérophon, tentant de monter à l’Olympe, le fait chuter ; Pégase, lui, reste fidèle à Zeus. Cette épisode résonne avec le 14e degré du REAA (Parfait Élu), où le Maçon dompte ses vices intérieurs (la Chimère = ego, passions). La bride d’or symbolise la discipline maçonnique ; la chute de Bellérophon avertit contre l’orgueil, vice capital en loge.

Le coup de sabot magique : la fontaine Hippocrène et l’inspiration

Pégase frappe le Mont Hélicon de son sabot, faisant jaillir la fontaine Hippocrène – source sacrée des Muses, inspiratrice de poésie et de philosophie. En symbolisme maçonnique :

  • Le sabot = l’acte juste, le ciseau du tailleur de pierre.
  • La source = la Connaissance révélée, jaillissant du travail accompli.
  • Les Muses = les vertus cardinales : Sagesse, Force, Beauté – piliers du temple intérieur. Cette fontaine évoque les eaux lustrales des rituels, purifiant l’initié pour l’accès à la Sagesse.

Pégase dans la Franc-maçonnerie : un symbole vivant à travers les degrés

Pégase n’est pas anecdotique en maçonnerie ; il imprègne les hauts grades :

Degré REAALien avec PégaseInterprétation
1er-3eNaissance du sangMort symbolique → Renaissance en loge
14eDomptage de la ChimèreMaîtrise des passions → Pierre cubique
18e (Rose-Croix)Porteur de foudreIllumination → Union avec le divin
30e (Chevalier Kadosh)Ailes d’orVol vers la justice et la vérité

Dans les temples écossais, Pégase figure sur les tapisseries, évoquant le Pélican Rose-Croix (sacrifice et régénération). Oswald Wirth, dans La Franc-maçonnerie rendue intelligible, le décrit comme l’âme libérée, volant au-dessus des vicissitudes terrestres. Au 18e degré, le cheval ailé symbolise l’ascension christique-maçonnique, portant la lumière régénératrice.

Les attributs symboliques de Pégase : clés pour l’initié

  • Blanc immaculé : Pureté, innocence retrouvée après l’initiation.
  • Ailes d’or : Lumière divine, travail alchimique (or philosophal).
  • Foudre : Révélation soudaine, énergie cosmique canalisée.
  • Sabot créateur : Pouvoir génératif du Verbe, écho au Fiat Lux biblique.

Ces éléments rappellent les outils maçonniques : l’équerre (stabilité), le compas (aspiration au ciel), la règle (mesure divine).

Héritage culturel et ésotérique : de l’antiquité à la loge moderne

Pégase inspire au-delà de la Grèce :

  • Constellation céleste, guidant les navigateurs – comme la Polaris maçonnique.
  • Emblème de la poésie (Hippocrène) et de la mobilité aérienne (aviation moderne).
  • Dans l’ésotérisme, Golden Dawn l’associe à l’Arcanum VIII du Tarot (Force), domptant le lion intérieur.

En maçonnerie contemporaine, il orne les bannières de loges comme Pégase Étoilé (France) ou Winged Horse Lodge (USA), symbolisant l’aspiration universelle.

Conclusion : Pégase, miroir de l’âme maçonnique en vol

Pégase n’est pas un mythe figé ; il est l’incarnation du voyage maçonnique : du sang de l’ego décapité naît l’âme ailée, portant la foudre de la vérité vers les cieux. Comme le dit un rituel du 18e degré : « Monte, ô Pégase, et porte la lumière aux frères endormis. » L’initié, tel ce coursier, doit dompter ses chimères, frapper la pierre pour en faire jaillir la source, et s’élever sans orgueil. Dans un monde chaotique, Pégase nous rappelle que la plus grande victoire est intérieure – une ascension éternelle vers le Grand Architecte.

Que ses ailes d’or inspirent chaque pas en loge, transformant la Pierre brute en temple vivant.

Les Francs-maçons accomplissent des actions charitables le jour de la Chaîne des Bonnes Actions

De notre confrère brésilien oestegoiano.com.br

Le samedi 8 novembre 2025 après-midi, la loge maçonnique Paz e Trabalho d’Iporá a promu un autre acte de solidarité dans le cadre de l’initiative étatique connue sous le nom de Chaîne du Bien, un mouvement qui a mobilisé les loges maçonniques de tout l’État de Goiás pour des actions humanitaires et sociales.

À Iporá, les francs-maçons, accompagnés de leurs épouses et de leurs familles, ont concentré leurs efforts sur l’Association des personnes handicapées d’Iporá, une organisation liée à l’Église catholique qui accueille des personnes en situation de handicap physique et mental. Le groupe a apporté de nombreux dons, tels que des vêtements, des jouets, des articles de toilette et d’autres objets utiles, afin de répondre aux besoins des résidents.

Outre les dons matériels, les bénéficiaires ont partagé un moment de convivialité privilégié. L’équipe maçonnique a organisé une collation, accompagnée de musique, de détente et d’échanges entre les personnes aidées et les visiteurs, favorisant ainsi une atmosphère de fraternité et de bienveillance.

La présidente de l’Association des Dames Maçonniques des Filles d’Hiram, Vanessa Liaci da Silva, a salué l’initiative, se félicitant d’avoir contribué à l’institution et d’avoir apporté un peu de joie aux personnes aidées. Le vénérable maître de la Loge Paix et Travail, Fernando Augusto Xavier, a également souligné le succès de l’action et réaffirmé l’engagement de la Franc-Maçonnerie envers les causes sociales et le renforcement de la solidarité au sein de la communauté.

La « Chaîne du Bien » a mobilisé plusieurs loges maçonniques dans tout l’État de Goiás, et à Iporá, une fois de plus, l’esprit fraternel et communautaire a prévalu, marquant la journée par des gestes de générosité et d’hospitalité.

L’acacia méconnu

L’acacia… un arbre que l’on croit connaître, mais qui, à bien y regarder, ne se laisse jamais vraiment saisir. Il est là, modeste, épineux, presque banal. Et pourtant, il traverse les âges, les mythes, les rites, les hallucinations. Un arbre qui ne parle pas, mais qui murmure à ceux qui savent écouter.

Comme l’aurait peut-être suggéré un philosophe néoplatonicien tel que Plotin : et si l’acacia, dans sa modestie apparente, portait en lui une vérité cachée ? Bois de menuisier, plante sacrée, il devient le symbole des initiés, des bâtisseurs, des rêveurs. Il ne s’impose pas, il se révèle à ceux qui savent voir au-delà des formes.

L’acacia méconnu… si, si !

Que fait l’être humain quand il se passionne pour l’étude et la recherche de la connaissance ? Quel instinct profond le tire vers le haut ou le bas ? Voici deux aspects d’une question qui semble anodine, mais qui cache en réalité un fait d’une importance capitale :

« L’acacia m’est connu ou méconnu ? » « Connaître » n’est pas « savoir ». Savoir, c’est apprendre de l’autre. Connaître, c’est apprendre de soi, dans le rapport avec l’autre. René Guénon disait de lui qu’il était arbre de dualité, arbre de mort par sa partie enterrée, et arbre de vie par sa partie aérienne, un trait d’union entre le zénith et le nadir, entre l’ombre et la lumière.

Cette connaissance se transmet le plus généralement de façon orale, visuelle, écrite ou manuelle. On est dans l’apprentissage. Pour Albert Einstein, « la principale source de connaissance est l’expérience ». Et parfois, l’expérience pousse sous forme de branches épineuses.

Acacia ou Érica ? Le duel botanique

Barque d’Isis

Dans tous les Mystères antiques, la plante sacrée était un symbole d’initiation, elle-même symbole de résurrection et d’immortalité de l’âme. Les Égyptiens avaient choisi l’érica, la bruyère, comme plante sacrée. Une légende raconte qu’Isis, à la recherche du corps d’Osiris, le retrouva près d’un buisson d’érica. Ce lieu devint sacré, et l’érica fut adoptée comme plante rituelle.

Mais l’acacia n’a pas dit son dernier mot. Dans l’iconographie funéraire égyptienne, l’ished « acacia » signifie « ce qui donne la félicité ». Thot et Seshat y inscrivaient les noms des pharaons pour leur souhaiter prospérité et longue vie. Dans le sarcophage d’Aménophis II, on découvrit une branche d’acacia sur le corps du défunt. Le Livre des Morts d’Ani contient une invocation : « Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia ».

Alors, acacia ou érica ? L’un pour la mémoire, l’autre pour la renaissance. Et si la franc-maçonnerie avait simplement choisi le plus piquant des deux pour éviter les confusions florales ?

 L’arbre des barques sacrées

Les bateaux découverts près de la pyramide de Khéops étaient faits d’acacia et de cèdre. La barge sacrée d’Osiris au temple de Thèbes était en acacia. Ce bois protégeait la momie pendant que l’âme s’unissait à l’univers. Les inscriptions l’appellent « le solitaire dans l’acacia », et les images montrent le dieu comme une momie abritée par l’arbre.

L’acacia devient alors gardien de la promesse de rédemption. Il incarne la renaissance qui suit la mort, la barque de la conscience qui traverse les eaux troubles de l’existence. Et comme chacun sait, mieux vaut un bon bois pour naviguer dans l’au-delà qu’un radeau de fortune.

L’acacia du Nil : spiritualité et chimie sacrée

L’Acacia nilotica pousse en abondance le long du Nil. Il contient de la DMT, une molécule hallucinogène utilisée dans les rituels chamaniques. Les prêtres égyptiens glorifiaient ses pouvoirs psychiques. Osiris, psychopompe, guide des âmes, est né sous un acacia. Les anciens Égyptiens utilisaient cet arbre pour obtenir l’illumination et parler aux dieux.

Et là, on peut se permettre un clin d’œil :

 Moïse, le buisson ardent… et le DMT

Le professeur israélien Ben Shannon pense que Moïse était sous l’effet de DMT quand Yahvé lui remit les Tables de la Loi. Le buisson ardent serait un Acacia nilotica, présent dans le Sinaï et la vallée du Jourdain. Le judaïsme primitif considérait l’acacia comme sacré : l’Arche d’Alliance était faite de ce bois, recouvert d’or.

Comme toutes nos religions actuelles, le judaïsme a été influencé par le DMT et sa connexion au monde des esprits. À la Mecque, avant l’Islam, la déesse Al-Lat était aussi identifiée à l’Acacia nilotica. Sa religion était tout à fait conforme aux croyances égyptiennes, celtes et hébraïques.

 L’Afrique subsaharienne : entre cosmogonie et quotidien

Chez les Dogons du Mali, l’acacia est lié à la création du monde. Ses branches relient le ciel et la terre, et son bois sert à sculpter les masques rituels et les portes des greniers à mil, symboles de protection et de fertilité. L’arbre n’est pas seulement sacré : il est aussi pratique, résistant, et omniprésent dans la vie quotidienne.

Un arbre qui protège les récoltes, les âmes, et parfois les secrets de famille. L’acacia, c’est un peu le coffre-fort végétal de l’Afrique.

 L’acacia en Asie : entre médecine, spiritualité et esthétique

Chine et médecine traditionnelle

•  L’acacia est utilisé dans la pharmacopée chinoise, notamment pour ses propriétés astringentes et antiseptiques.

•  Le Gummi arabicum (gomme d’acacia) est parfois intégré dans des préparations pour calmer les inflammations et favoriser la cicatrisation.

•   Sur le plan symbolique, les arbres épineux sont souvent associés à la résilience et à la protection contre les mauvais esprits.

Inde et spiritualité védique

•   Bien que le neem et le banyan dominent les récits sacrés, certaines espèces d’acacia (comme Acacia catechu) sont utilisées dans les rituels ayurvédiques.

•   Le catechu, extrait de l’acacia, est considéré comme purificateur, utilisé dans les soins buccaux et les encens.

•   Dans les textes védiques, les arbres à épines sont parfois vus comme gardiens de seuils, entre le monde matériel et le monde spirituel.

L’acacia dans les traditions amérindiennes : entre terre, ciel et guérison

Symbolisme chez les peuples du Sud-Ouest

•   Les Navajos et Pueblos utilisent des bois résistants comme l’acacia pour fabriquer des objets rituels.

•   L’acacia est parfois associé à la force du désert, à la résistance à l’adversité, et à la connexion avec les ancêtres.

Médecine et spiritualité

•   Acacia farnesiana, aussi appelée cassier, est utilisée par certaines tribus pour ses propriétés médicinales : traitement des fièvres, des infections et comme plante de purification.

•   Les fleurs odorantes sont parfois brûlées pour inviter les esprits bienveillants ou accompagner les rites de passage.

Cosmologie et artisanat

•   Dans certaines légendes bambara (Afrique de l’Ouest, mais avec des échos dans les diasporas amérindiennes), l’acacia est lié à la création du monde par le son, serait né de ses branches « Le rhombe est un instrument à vent de la famille des aérophones se servant du frottement de l’air ambiant pour produire un son.

•   Ce lien entre vibration, bois et spiritualité se retrouve dans les tambours sacrés et les flûtes utilisées dans les cérémonies chamaniques.

Le rhombe

Vers une synthèse symbolique

L’acacia, arbre-monde, présent dans les rites de guérison, les objets sacrés, les mythes de création et les pratiques initiatiques. Qu’il pousse le long du Nil, dans les vallées du Gange ou sur les plateaux du Nouveau-Mexique, il incarne :

•   La résistance (épines, bois dur)

•   La transmission (rituels, médecine)

•   La connexion (visible/invisible, ciel/terre)

•   Et parfois… la transcendance hallucinée (merci la DMT)

Lien entre les mondes

L’acacia est le symbole du lien entre le visible et l’invisible. Il est l’analogue de l’aubépine, de la croix chrétienne, de la lettre hébraïque Vav, le lien. Il est gage d’immortalité. René Guénon note que les plantes sacrées sont souvent épineuses : rose, chardon, acanthe… L’acacia, « épine d’Égypte », est un symbole solaire.

Et comme tout bon symbole solaire, il pique un peu, mais éclaire beaucoup.

Cycle solaire et renaissance

L’acacia évoque le cycle du soleil : floraison en boules dorées, feuilles qui se ferment la nuit et s’ouvrent au matin. Le drame d’Osiris devient un rite solaire : mort et renaissance, comme le jour et la nuit. Les graines d’acacia retrouvées dans les tombes pharaoniques témoignent de cette symbolique.

 Bois sacré et usage pratique

Dur, imputrescible, riche en tanins, le bois d’acacia résiste aux parasites. Il servait à fabriquer des coffres à momies, des secrétaires à papyrus, des malles. Il est lié à la vie et à la mort, à la transformation et à l’immortalité.

Et en bonus, il fait de très bons piquets de vigne. Comme quoi, même les arbres sacrés ont une vie agricole.

L’Arche d’Alliance et le Tabernacle

Dans l’Exode, l’acacia est omniprésent : arche, table, autels, piliers… tout est en bois de shittim. Ce bois était choisi pour sa résistance, mais aussi pour sa symbolique. Il abritait la présence de Yahvé pendant la traversée du désert.

 Bien que la Bible ne spécifie pas le matériau exact dont était fait le bâton d’Aaron, la tradition juive et chrétienne suggère généralement qu’il s’agissait d’un bâton en bois d’acacia.

Tout y était en acacia : l’Arche d’Alliance, la table des pains, les barres de transport, les piliers, les autels. Une vraie maison en bois sacré. On pourrait presque dire que Yahvé avait un faible pour le mobilier rustique.

L’Arche d’Alliance

Exode 25, 10 : « Ils feront une arche de bois d’acacia, sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d’une coudée et demie, et sa hauteur d’une coudée et demie. »

Conclusion : l’acacia, arbre total

L’acacia est un arbre paradoxal : modeste et sacré, utilitaire et mystique, enraciné dans la terre et tourné vers le ciel. Il relie les civilisations, les croyances, les métiers et les mythes. Il est le témoin silencieux des rites anciens, le compagnon des bâtisseurs, le confident des initiés.

Il ne parle pas, mais il inspire. Il ne bouge pas, mais il relie. Il ne brille pas, mais il éclaire. Et parfois, il fait halluciner, ce qui, dans le monde des symboles, revient à peu près au même. Et s’il ne parle pas, il inspire, parfois jusqu’à l’extase. Ou du moins jusqu’à ce que Moïse entende des voix.

Aujourd’hui on a un peu perdu de vue les vertus hallucinogènes de l’acacia. Pourtant son culte a survécu, mais de façon purement symbolique, rassurez-vous ! On imagine mal les vénérables tabliers de cuir se rouler des pétards d’acacia du Nil. Quoique …

Postface

« Et si, dans un monde qui numérise tout, il fallait réapprendre à écouter les arbres ? L’acacia, lui, n’a jamais cessé de parler. »

Bibliographie indicative

  • René Guénon, Le symbolisme de la croix, Éditions Traditionnelles, 1931.

Pour la pensée initiatique et la symbolique du lien entre ciel et terre.

  • Jules Boucher, La symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Une référence incontournable sur les symboles maçonniques, dont l’acacia.

  • Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, 1965.

Pour comprendre la place du végétal dans les rites et les mythes.

  • Plotin, Ennéades, trad. Émile Bréhier, Les Belles Lettres.

Source de la citation sur la forme visible et la vérité cachée.

  • Albert Einstein, Comment je vois le monde, Flammarion, 1934.

Pour la citation sur l’expérience comme source de connaissance.

  • Ibn Sina (Avicenne), Le Canon de la médecine, traduction partielle, divers éditeurs.

Pour les usages médicinaux de l’acacia dans la tradition arabe.

  • Kamal el-Mallakh, The Khufu Boat, Cairo University Press, 1954.

Étude sur la découverte des barques funéraires près de la pyramide de Khéops.

  • Ben Shannon, (hypothèse contemporaine sur Moïse et la DMT)

Mentionné dans des articles de recherche sur les interprétations psychotropes des récits bibliques.

La Papesse (II) : Chut… Le Secret est à l’intérieur

Et si nous jouions à un jeu ? Un jeu où vous n’êtes pas le spectateur, mais l’acteur. Imaginez que ce chemin initiatique qu’incarne le Tarot, c’est le vôtre. Que vous devez incarner, tour à tour, chaque arcane. La semaine dernière, vous étiez Le Bateleur (I). Vous aviez la fougue, la détermination, l’outil en main, le verbe haut. Vous étiez prêt à agir sur le monde. Et puis… vous faites un pas. Un seul.

L’énergie change. Après le feu, voici la glace. Après le bruit, l’immobilité. Vous rencontrez une nouvelle émotion, une sensation, une qualité indispensable à la quête : le silence intérieur. Vous devez maintenant apprendre à recevoir.

Vous devenez… La Papesse.

Cette transition, c’est le premier grand pivot de la quête. C’est le moment où le Héros (vous !) s’élance et tombe… sur la Gardienne.

La Papesse Tarot Oswald Wirth 1889

Dans la structure du conte, analysée par ce cher Vladimir Propp, c’est le moment de la rencontre avec le Donateur (ou la Donatrice). Sa fonction ? Tester le Héros. Non par le fer, mais par la Sagesse. Si le Héros se montre digne (patient, à l’écoute), il recevra « l’auxiliaire magique » – ici la sagesse.

Regardez-la : elle ne tient ni épée ni bâton. Elle tient les Clés.

La Papesse est donc ce moment suspendu, ce silence assourdissant après votre premier élan. Elle vous fixe et semble demander :

« Tu as l’énergie, petit Bateleur. Mais as-tu la Gnose ? »

(cette connaissance intime, directe et salvatrice du divin, au-delà du simple savoir intellectuel ou de la croyance)

Entre les Colonnes : Hérésie Historique ou Vérité Initiatique ?

Qui est-elle ? Le monde profane, friand de scandales, s’est précipité sur la légende sulfureuse de la Papesse Jeanne. Cette femme qui, dit-on, aurait usurpé le trône de Saint-Pierre au IXe siècle avant d’être démasquée en accouchant en pleine procession. Une histoire croustillante, parfaite pour railler l’idée même d’une autorité féminine.

Mais nous savons que le Tarot n’est pas un simple livre d’Histoire.

Quand Oswald Wirth, guidé par l’intuition de Stanislas de Guaita, redessine cet arcane en 1889, il ne s’intéresse pas à la polémique. Il grave dans le cuivre une vérité ésotérique. Sa Papesse n’est pas une usurpatrice ; elle est la Gardienne légitime du Voile.

La véritable problématique n’est pas de savoir si une femme a porté la tiare, mais de comprendre ce que symbolise cette figure assise, immobile, entre les deux colonnes du Temple. Wirth, lui, y voit l’incarnation de la Gnose, la Sagesse cachée.

Sous le Voile d’Isis : Pistes d’Analyse (inspirées)

Ne comptez pas sur moi pour déchirer le voile d’un coup sec. Le Tarot miroir des symboles explore ces pistes avec une profondeur que je ne saurais que vous recommander. Mais voici quelques clés (d’or et d’argent, bien sûr) pour nourrir votre méditation.

Du Un au Deux

La Lettre Beth (ב) Vous étiez Un (Aleph א), l’énergie primordiale. Vous devenez Deux (Beth ב), le Binaire, la réflexion. Et que signifie Beth ? « La Maison ». Vous n’êtes plus sur la place publique ; vous entrez dans le Temple. Vous devenez la vie intérieure, la gestation, le lieu où le savoir doit être mûri avant de devenir action. Le Saint des Saints. Le 1 est l’émission ; le 2 est la réception pure.

La Sagesse avant la Connaissance

Le lien Kabbalistique Si, en Bateleur, vous touchiez à Kether (l’Unité pure), en Papesse, vous incarnez Chokmah (חכמה), la Sagesse. C’est la deuxième Séphirah sur l’Arbre de Vie, la première émanation de Kether. Attention, ce n’est pas encore Binah (l’Intelligence, la compréhension, qui viendra avec l’Impératrice). Chokmah est la Sagesse divine pure, le « germe de toute idée », la lumière originelle reçue. Vous êtes donc la Sagesse en gestation, non encore formulée, le silence qui précède le Verbe. Le miroir qui reçoit la lumière sans encore la diffuser.

La Gardienne du Seuil : J… et B…

Regardez où vous êtes assise : entre deux colonnes. L’une est rouge (active), l’autre bleue (réceptive). Faut-il vous faire un dessin ? Vous êtes l’axe médian, l’équilibre parfait entre ces deux forces. Mais l’accès n’est pas libre. Entre les colonnes, Wirth a dessiné un voile, le paroketh qui sépare le profane du sacré. C’est le voile d’Isis, celui que « nul mortel n’a soulevé ». Vous le garde. Vous n’invitez pas à entrer ; vous obligez à s’arrêter.

Le Livre (entr’ouvert) de la Dualité

Vous tenez un livre, mais comme vous l’avez si bien noté, il n’est pas ouvert. Il est entr’ouvert. La Sagesse ne se donne pas, elle se mérite. Elle n’est ni totalement accessible, ni totalement cachée. Sur sa couverture, Wirth grave le Yin-Yang. Qu’est-ce, sinon une autre forme du pavé mosaïque ? C’est la confirmation que le savoir qu’il contient repose sur l’équilibre des contraires. Vous tenez aussi les clés qui ouvrent le visible (l’or, solaire) et l’invisible (l’argent, lunaire). Votre tiare, surmontée du croissant de lune, vous relie aux mystères de la nuit, à cette sagesse intuitive qui ne se saisit que lorsque le soleil de la raison (le Bateleur) s’est couché.

Le Miroir du Monde (L’Arcane XXI)

Dans le grand jeu des correspondances, qui fait face à La Papesse ? C’est Le Monde (XXI). La Sagesse cachée (II) répond à l’Accomplissement total (XXI). Le silence du Temple intérieur (Beth) trouve son écho dans la musique du Cosmos. La vérité voilée derrière le rideau en II est la même vérité qui danse, nue et victorieuse, au centre de la mandorle en XXI. L’une est la Gnose en gestation, l’autre est la Gnose manifestée.

Aparté : D’un simple Jeu de Cour à un Outil Initiatique

Il est bon de se rappeler, cher lecteur, que cette profondeur symbolique n’a pas toujours été une évidence.

Lorsque le Tarot, venu des cours italiennes (les Tarocchi) dès la fin du XVe siècle, s’implanta en France, il n’était encore qu’un gioco di trionfi (un jeu de triomphes). Pendant des siècles, il fut avant tout un divertissement de salon.

Il fallut attendre le bouillonnement intellectuel de la fin du XVIIIe siècle pour que des précurseurs, comme Antoine Court de Gébelin, y voient l’héritage perdu de l’Égypte ancienne, le fameux « Livre de Thot ». Puis, au XIXe siècle, le mage Éliphas Lévi opéra la synthèse magistrale en tissant de manière indélébile les liens entre les 22 arcanes majeurs, les 22 lettres de l’alphabet hébraïque et les sentiers de la Kabbale.

Mais c’est notre cher Oswald Wirth qui, sous l’impulsion de Stanislas de Guaita, gravera cette vision dans le cuivre. Son Tarot de 1889 n’est pas juste un « Marseille » redessiné ; c’est le premier jeu où les symboles ésotériques (lettres hébraïques, signes alchimiques, constellations) sont visiblement intégrés dans l’iconographie même des arcanes, faisant d’un jeu de cartes un livre muet pour Initiés. La Papesse de Wirth n’est pas qu’une image, c’est un enseignement.

Conclusion : Le Silence qui Enseigne

En devenant La Papesse, l’Initié fait l’expérience de l’introspection obligatoire après l’action. Vous êtes le silence du lieu sacré juste avant l’ouverture des travaux. Vous êtes l’image même du silence qui veille sur les Apprentis, leur enseignant la première des vertus : l’écoute.

Oswald Wirth a fait de cet arcane un véritable traité d’ésotérisme, héritier de cette lignée que nous venons d’évoquer.

L’ouvrage « Le Tarot miroir des symboles » plonge avec délectation dans ces mystères, analysant la signification de votre manteau, le pavé mosaïque que vous maîtrisez à vos pieds (et qui se reflète sur la couverture de votre livre), ou votre lien troublant avec les Vierges noires de nos cathédrales.

« Car si le Bateleur nous apprend à faire, La Papesse nous apprend à être »

Mais que faire de cet « Être » ? Cette Sagesse (Chokmah) reçue dans l’immobilité du Temple peut-elle y rester ? Non. Après la réception du 2, vient l’explosion créatrice du 3. La Gnose doit s’incarner. L’eau reçue dans la coupe doit irriguer la terre.

C’est la prochaine étape de notre jeu… Bientôt, nous quitterons le seuil sacré pour entrer dans le jardin fertile de L’Impératrice (III).

Mais n’allons pas trop vite…

« Ce n’est pas le bruit des mots qui enseigne, c’est l’écho qu’ils laissent dans le silence ».

la Papesse

Cliquez sur l’image pour acheter le livre

Cliquez sur l’image pour accéder à la remise proposée

Autres articles sur ce thème

Les habitants des éléments : les forces de la nature

Toutes les cultures ont donné des formes humaines ou animales aux élémentaux, aux forces de la Nature, à travers les mythologies, les légendes ou les contes de fée : elfe (esprit de l’air), gnome (esprit des minerais), sylphe (esprit de l’air dans les arbres), salamandre(esprit du feu), ondine (esprit de l’eau),… Dans la mythologie populaire et le folklore, on les appelle péris, faunes, elfes, farfadets, gobelins, etc.

Les esprits Élémentaux sont définis dans Isis dévoilée comme : « Les créatures évoluant dans les quatre règnes de la terre, de l’air, du feu et de l’eau, et appelées par les cabalistes gnomes, sylphes, salamandres et ondines. On peut les appeler les forces de la Nature ; ils agissent, soit comme agents serviles des lois générales, soit comme des agents employés par les Esprits désincarnés, purs ou impurs, et par les adeptes vivants de la magie et de la sorcellerie pour produire des phénomènes déterminés. Ces êtres ne deviennent jamais des hommes. »

Le terme général « éléments » a été appliqué aux phases inférieures ou physiques de ces quatre principes primaires, et le nom « essences élémentaires » à leurs constitutions spirituelles invisibles correspondantes. Les minéraux, les plantes, les animaux et les hommes vivent dans un monde composé du côté grossier de ces quatre éléments, et construisent leurs organismes vivants à partir de diverses combinaisons de ceux-ci.

Les civilisations de la Grèce, de Rome, d’Égypte, de Chine et d’Inde croyaient implicitement en l’existence des satyres, des lutins et des gobelins. Elles peuplaient la mer de sirènes, les rivières et les fontaines de nymphes, l’air de fées, le feu de Lares et de Pénates, et la terre de faunes, de dryades et d’hamadryades. Ces esprits de la Nature étaient tenus en haute estime, et des offrandes propitiatoires leur étaient faites. Parfois, en raison des conditions atmosphériques ou de la sensibilité particulière du dévot, ils devenaient visibles.
De nombreux auteurs ont écrit à leur sujet en des termes qui suggèrent qu’ils avaient réellement vu ces habitants des royaumes plus subtils de la Nature.
Certains experts estiment que plusieurs des dieux vénérés par les païens étaient des élémentaux, car certains de ces invisibles étaient considérés comme ayant une stature imposante et une allure magnifique.

Pour Nicolas de Montfaucon, la nature de l’Adam avant sa chute possédait les perfections de ces quatre espèces  «Les salamandres, comme vous l’avez déjà peut-être compris, sont composés des plus subtiles parties de la sphère du feu, conglobées & organisées par l’action du feu universel, dont je vous entretiendrai quelque jour, ainsi appelle parce qu’il est le principe de tous les mouvemens de la nature. Les sylphes de même font composés des plus purs atomes de l’air, les nymphes des plus déliées parties de l’eau, & les gnomes des plus subtiles parties de la terre. Il y avoit beaucoup de proportion entre Adam & ces créatures si parfaites, parce qu’étant composé de ce qu’il y avoit de plus pur dans les quatre éléments, il renfermoit les perfections de ces quatre espèces de peuples, & étoit leur roi naturel».

Ainsi, Nicolas de Montfaucon, dit abbé de Villars, dans son fameux ouvrage de 1670,  Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes (Second entretien), les nomme les Sylphes, les Ondins ou Nymphes, les Gnomes & les Salamandres.

Pour William Adams, les esprits de la nature (également dénommés élémentaux) sont formés de matière éthérique et ils habitent par conséquent ce monde invisible qui anime et organise le monde visible.  Suit la liste de ces esprits éthériques :
Les Esprits de la Terre (Torn, lutin, gnome, kobolds, farfadet, nain, rhome, troll, faune, fée)
Les Esprits des Eaux (Vouivre, ondin et ondine, triton, sirelle, nymphe, néréide, sirène, fée de l’eau)Les Esprits de l’Air (Ryel, sylphe, sylphide, elfe, vestale, licorne, fée de l’air) Les Esprits du Feu (feu-follet, fée du feu, Salamandre)

L’air est donc de nature double : une atmosphère tangible et un substrat intangible et volatil que l’on peut qualifier d’air spirituel. Le feu est visible et invisible, discernable et indiscernable – une flamme spirituelle et éthérée se manifestant à travers une flamme matérielle et substantielle. En poursuivant l’analogie, l’eau se compose d’un fluide dense et d’une essence potentielle de nature fluidique. La terre, de même, possède deux parties essentielles : la partie inférieure, fixe, terreuse et immobile ; la partie supérieure, raréfiée, mobile et virtuelle.

Ces êtres sont considérés comme des entités vivantes réelles, souvent de forme humaine, mais habitant des mondes qui leur sont propres, inaccessibles à nos sens non développés. Paracelse affirme qu’ils possèdent chair, sang et os, mais ne sont pas de « véritables esprits » car ils se reproduisent, mangent et dorment, occupant une place entre les hommes et les esprits. Leur corps est composé d’une chair transsubstantielle, une « matière spirituelle » ou « éther », rendant leur substance un composite d’esprit et de matière. Composés d’un seul élément, ils n’ont pas d’esprit immortel et, à leur mort, se désintègrent dans l’élément dont ils proviennent, sans conserver de conscience individuelle. Leur durée de vie est longue, allant de trois cents à mille ans. Bien qu’incapables de développement spirituel, la plupart sont d’un caractère moral élevé et possèdent une intelligence spécialisée dans leur élément.

C’est dans Les Enseignements Secrets de Tous les Âges, de Manly P. Hall; l’encyclopédie ésotérique la plus complète que j’ai puisé les ressources de ce qui suit. C’est une lecture essentielle pour quiconque souhaite explorer la connaissance ésotérique.

Pour l’exposition la plus complète et claire de la pneumatologie occulte existante (la branche de la philosophie traitant des substances spirituelles), l’humanité est redevable à Philippus Aureolus Paracelsus (Theophrastus Bombastus von Hohenheim), détenteur du Secret Royal (la Pierre Philosophale et l’Élixir de Vie). Paracelsus croyait que chacun des quatre éléments primaires connus des anciens (terre, feu, air et eau) se composait d’un principe subtil et vaporeux ainsi que d’une substance corporelle grossière. La pneumatologie occulte, telle qu’exposée par Paracelse, laisse penser que chacun des quatre éléments primaires – la terre, le feu, l’air et l’eau – possédait une double nature : une substance corporelle grossière et un principe subtil, vaporeux ou spirituel. C’est dans ces essences spirituelles invisibles, appelées essences élémentales ou éthers élémentaux, que résident les élémentaux ou esprits de la nature. Paracelsus diffère quelque peu des mystiques grecs concernant les limitations environnementales imposées aux esprits de la nature. Le philosophe suisse les constitue d’éthers subtils invisibles. Selon cette hypothèse, ils ne seraient visibles qu’à certains moments et uniquement pour ceux en harmonie avec leurs vibrations éthérées

Paracelse a divisé ces habitants des éléments en quatre groupes distincts :

Les Gnomes (Esprits de la Terre) :

Les gnomes sont de tailles variées – la plupart bien plus petits que les êtres humains, bien que certains aient le pouvoir de changer de stature à volonté. Cela résulte de la mobilité extrême de l’élément dans lequel ils évoluent. À leur sujet, l’abbé de Villars écrivit : « La terre est presque remplie jusqu’à son centre de gnomes, un peuple de petite stature, gardiens des trésors, des minéraux et des pierres précieuses. Ils sont ingénieux, amis de l’homme et faciles à gouverner. »

Tous les auteurs ne s’accordent pas sur la disposition aimable des gnomes. Beaucoup affirment qu’ils sont d’une nature rusée et malicieuse, difficiles à gérer et traîtres. Cependant, les écrivains s’accordent à dire que, lorsqu’on gagne leur confiance, ils sont fidèles et loyaux.

Les esprits de la terre se réunissent à certaines périodes de l’année en de grands conclaves, comme le suggère Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, où les élémentaux se rassemblent pour célébrer la beauté et l’harmonie de la nature ainsi que les perspectives d’une excellente récolte.

Ils résident dans l’éther terreux et ont un immense pouvoir sur les roches, la flore et les minéraux.
ils sont les gardiens de trésors cachés et travaillent avec les pierres, les gemmes et les métaux. Le groupe inclut les pygmées, sprites des arbres et des forêts, sylvestres, satyres, pans, dryades, hamadryades, elfes, brownies et petits vieux hommes des bois.
Ils peuvent changer de taille à volonté.
Leur disposition est décrite comme ingénieuse et amicale envers l’homme, bien que certains les jugent rusés et malicieux. S’ils sont fiables, ils sont loyaux.
Ils sont gouvernés par un roi nommé Gob, d’où le terme « gobelins ».
Ils sont associés au Nord et à un tempérament mélancolique.
Ils se marient, ont des familles (gnomides) et des appétits insatiables. Les jeunes enfants les verraient souvent.

Les Ondines (Esprits de l’Eau) :

Il existe de nombreux groupes d’ondines. Certaines habitent les chutes d’eau, où elles peuvent être vues dans les embruns ; d’autres vivent dans les rivières à courant rapide ; certaines ont leur habitat dans les marais ou les fagnes suintantes ; tandis que d’autres groupes résident dans les lacs de montagne limpides. Selon les philosophes de l’Antiquité, chaque fontaine avait sa nymphe ; chaque vague océanique, son océanide. Les esprits de l’eau étaient connus sous des noms tels que oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes, et potamides. Souvent, les nymphes d’eau tiraient leurs noms des ruisseaux, lacs ou mers dans lesquels elles résidaient.
Elles évoluent dans l’éther humide (ou liquide) et contrôlent l’eau dans la nature.
La beauté est leur principale caractéristique, et elles sont le plus souvent symbolisées comme féminines.
Elles habitent les chutes d’eau, les rivières, les marais, les fagnes et les lacs.
Elles sont connues sous des noms comme oréades, néréides, limoniades, naïades, sprites d’eau, sirènes et potamides.
Elles peuvent prendre l’apparence humaine mais retournent toujours à l’eau.
Elles travaillent avec les essences vitales et les liquides des êtres vivants.
Leur souveraine est Necksa.
Elles sont associées à l’Ouest et à un tempérament vital et émotionnel.
Les sirènes, mi-humaines mi-poissons, sont parmi les ondines les plus célèbres.

Les Salamandres (Esprits du Feu) :

Pour l’alchimiste, Paracelse, la salamandre est l’élémental du feu, son esprit. Invoquée dans le «labo-oratoire» de l’adepte, la salamandre active la température du feu.
Dans l’Antiquité Pline décrivait déjà la salamandre comme un animal si froid que rien qu’à toucher le feu il l’éteint comme le ferait de la glace.
À la Renaissance, la salamandre prend pour nom Vulcanales, Vénus de Vulcain, le dieu forgeron de Rome qui vivait dans les flammes de sa forge. Le Roi François 1er la prendra pour emblème avec la devise « Nutrico et Extinguo » (j’entretiens et j’éteins).
Elles vivent dans l’éther spirituel atténué du feu et sont essentielles à l’existence du feu matériel.
La communication humaine avec elles est difficile à cause de leur élément ardent, mais peut être facilitée par l’encens.
Elles peuvent apparaître comme de petites boules ou langues de feu, ou sous une forme semblable à un lézard ou d’énormes géants flamboyants.
Elles sont les plus puissantes et les plus fortes des élémentaux, dirigées par un esprit flamboyant nommé Djin.
Elles sont dangereuses et les sages étaient mis en garde de s’en tenir éloignés.
Elles sont associées au Sud et influencent les êtres de tempérament ardent ou tempétueux, agissant sur la chaleur corporelle et la circulation sanguine.

Les Alchimistes l’associent au Mercure, le vif-argent, c’est à dire à l’esprit créateur. La salamandre est symbole d’immortalité : son corps peut s’autorégénérer.

Les Sylphes (Esprits de l’Air) :

Ils vivent dans un milieu invisible, intangible et spirituel, un éther bien plus subtil que l’atmosphère terrestre.
Ils sont les plus élevés des élémentaux en raison du taux vibratoire de leur élément.
Ils ont une longue durée de vie (centaines, voire mille ans) et des sens d’une grande perfection.
Leur tâche est de modeler les flocons de neige et de rassembler les nuages (avec les ondines). Les vents sont leur véhicule.
Leur chef est Paralda, qui résiderait sur la plus haute montagne de la terre. Les femelles sont appelées sylphides.
Ils peuvent prendre une forme humaine pour de courtes périodes et sont souvent représentés avec des ailes.
On pense qu’ils inspirent les rêveurs, les poètes et les artistes.
Ils sont associés à l’Est et à un tempérament joyeux, changeant et excentrique.
Ils travaillent avec les gaz du corps humain et le système nerveux.

Paracelsus ajoute que, tandis que l’homme est composé de plusieurs natures (esprit, âme, esprit et corps) combinées en une seule unité, l’élémental n’a qu’un seul principe, l’éther dont il est composé et dans lequel il vit. Il faut se rappeler que par éther, on entend l’essence spirituelle de l’un des quatre éléments. Il y a autant d’éthers que d’éléments, et autant de familles distinctes d’esprits de la Nature qu’il y a d’éthers. Ces familles sont complètement isolées dans leur propre éther et n’ont aucune interaction avec les habitants des autres éthers ; mais, comme l’homme possède en lui des centres de conscience sensibles aux impulsions des quatre éthers, il est possible pour n’importe quel royaume élémental de communiquer avec lui dans des conditions appropriées.

C’est pourquoi, les anciens croyaient que des guerres pouvaient éclater entre ces royaumes élémentaux ou au sein de leurs groupes, se manifestant par des phénomènes naturels comme la foudre brisant les rochers.

Il est crucial de ne pas confondre les esprits de la nature avec les démons. L’Église chrétienne a erronément regroupé toutes les entités élémentales sous le titre de « démon », ce qui a conduit à les percevoir comme maléfiques, alors qu’ils ne sont pas plus malveillants que les minéraux, les plantes ou les animaux. Ils se distinguent également des incubes et succubes, qui sont des créations parasitaires maléfiques issues des pensées et émotions négatives, et des vampires, corps astraux de personnes mortes ou vivantes volant l’énergie vitale.

Il est d’autres Esprits que l’on rencontre dans la nature (Géant, dragon, orbe)

L’idée, autrefois répandue, selon laquelle les éléments invisibles entourant et pénétrant la terre étaient peuplés d’êtres vivants et intelligents, peut sembler ridicule à l’esprit prosaïque d’aujourd’hui.
Pourtant, le folklore et la mythologie de tous les peuples regorgent de légendes concernant ces mystérieuses petites figures qui hantent les vieux châteaux, gardent des trésors dans les profondeurs de la terre, et construisent leurs demeures sous la protection des champignons. Les fées sont le délice de l’enfance, et la plupart des enfants y renoncent avec résistance.
Il n’y a pas si longtemps, les plus grands esprits du monde croyaient en l’existence des fées, et il reste une question ouverte de savoir si Platon, Socrate et Jamblique avaient tort lorsqu’ils affirmaient leur réalité.

L’élément eau des anciens philosophes s’est métamorphosé en l’hydrogène de la science moderne ; l’air est devenu l’oxygène ; le feu, l’azote ; la terre, le carbone.
Ainsi le biologiste Henry Drummond, dans Natural Law in the Spiritual World,  décrit le processus des commencements de la vie : « Si nous analysons ce point matériel où toute vie commence, nous le trouverons constitué d’une substance claire, sans structure, semblable à de l’albumen ou du blanc d’œuf. Elle est composée de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote. Son nom est protoplasme. Et elle est non seulement l’unité structurelle avec laquelle tous les corps vivants commencent leur vie, mais aussi celle avec laquelle ils sont ensuite construits. Le protoplasme, dit Huxley, simple ou nucléé, est la base formelle de toute vie. C’est l’argile du Potier. »

Le système de Leibniz a été qualifié d’atomisme spirituel. Pour lui, atomes et éléments sont de la substance, pas de la matière. . Ces particules élémentaires sont des forces vitales qui n’agissent pas mécaniquement, mais à partir d’un principe interne.

Ce sont des centres de force ou, mieux, des « êtres spirituels dont la nature même est d’agir »

Autres articles en rapport avec les éléments

Juan Perón et la Franc-maçonnerie : révélations, contradictions et héritage d’un secret politique

De notre confrère argentin derechadiario.com.ar

Introduction : un tabou révélé dans les archives de l’histoire Argentine

Le 8 novembre 2025, la Grande Loge d’Argentine de Francs-maçons Libres et Acceptés a franchi un cap inédit en ouvrant une partie de ses archives historiques au public, dans le cadre de La Noche de los Museos. Parmi ces documents jaunis par le temps – lettres, formulaires d’adhésion, correspondances internationales entre loges – émerge une révélation explosive : Juan Domingo Perón, le fondateur du péronisme et trois fois président de l’Argentine (1946-1955 et 1973-1974), était bel et bien Franc-maçon.

Alfonsín Franc-maçon Source : Infobae | Journal de La Derecha

Accompagné de preuves similaires pour Raúl Alfonsín (1983-1989), ce scoop met un terme à des décennies de rumeurs, de démentis et de théories conspirationnistes. Infobae, premier média à y accéder, qualifie ces papiers de « première preuve documentaire directe ».

Pourtant, Perón, farouche critique public de la maçonnerie, avait nié toute affiliation jusqu’à sa mort en 1974. Cette découverte n’est pas seulement anecdotique : elle interroge l’ensemble de son parcours, de son ascension militaire à son exil européen, en passant par ses politiques populistes et ses alliances occultes. À la lumière de ces archives et de la biographie exhaustive de Perón, cet article décrypte les strates d’un engagement secret qui pourrait avoir modelé l’histoire argentine du XXe siècle.

Les origines d’un héritier maçonnique : enfance et ascension militaire

Né le 8 octobre 1895 à Lobos, dans la province de Buenos Aires, Juan Domingo Perón grandit dans un contexte familial marqué par l’humilité rurale et des influences discrètes. Fils illégitime de Mario Tomás Perón, un modeste employé des chemins de fer, et de Juana Sosa, issue d’une lignée métissée potentiellement tehuelche (peuple autochtone patagonien), Perón revendiquait fièrement ses racines indigènes pour souligner son ancrage populaire.

Son grand-père maternel, maçon convaincu, représente le premier lien tangible avec la Franc-maçonnerie – un héritage familial qui, bien que non direct, imprègne l’atmosphère de son enfance itinérante en Patagonie (Río Gallegos, Cabo Raso). Des débats historiographiques persistent sur cette ascendance tehuelche, que Perón utilisait pour forger son image de « leader du peuple », mais aucun document ne lie explicitement ce grand-père à l’initiation de son petit-fils.

Entré au Collège militaire national en 1909, Perón en sort sous-lieutenant en 1913, marquant le début d’une carrière fulgurante. De 1914 à 1919, il sert au 12e régiment d’infanterie à Paraná, où il vote pour le radical Hipólito Yrigoyen en 1916, signe précoce de son inclinaison progressiste contre les conservateurs oligarchiques. Il participe à la répression de grèves ouvrières, comme celle de La Forestal en 1919, et à la sanglante « Patagonie rebelle » – des épisodes qui forgent son pragmatisme syndical futur, sans trace maçonnique évidente. Champion d’escrime militaire en 1918, promu capitaine en 1924, il publie des ouvrages comme Hygiène militaire (1924) et étudie à l’École supérieure de guerre en 1926.

C’est dans les années 1930 que les ombres maçonniques se dessinent. Attaché militaire au Chili de 1932 à 1938, Perón voyage en Europe (Italie, Allemagne, France, Espagne, URSS), assistant à des cours sur l’économie et les conflits mondiaux. Des sources ultérieures suggèrent une initiation précoce au Chili en 1936, juste avant son retour en Argentine comme colonel. Promu major après le coup d’État de 1930 contre Yrigoyen – qu’il collabore en sécurisant la Casa Rosada –, Perón rejoint le Groupe des Officiers Unis (GOU), une loge militaire secrète nationaliste et anti-maçonnique en apparence, formée pour renverser le président Ramón Castillo et maintenir la neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette contradiction initiale préfigure les ambiguïtés de son rapport à la maçonnerie : le GOU, bien que non affilié au Rite Écossais, opère comme une société initiatique, influençant la Révolution de 1943 qui porte Perón au secrétariat au Travail.

L’Initiation secrète : de l’exil européen au 33e degré

Lettre affirmant que Perón était maçon. Source : Infobae | Journal de La Derecha

La révélation des archives de la Grande Loge d’Argentine, fondée en 1857 et installée au Palacio Cangallo (inspiré du Temple de Salomon), pointe vers une initiation formelle durant l’exil de Perón (1955-1973). Après son renversement par la « Révolution libératrice » en 1955 – un coup qu’il attribue plus tard à une « synarchie internationale » incluant maçons, capitalistes et communistes –, Perón fuit au Paraguay, puis au Panama, Nicaragua, Venezuela et Espagne.

C’est à Madrid, en 1973, que Licio Gelli, grand maître de la loge italienne Propaganda Due (P2), l’initie au Rite Écossais Ancien et Accepté, selon les déclarations de Gelli lui-même : « Perón était maçon, je l’ai initié à Madrid à Puerta de Hierro en juin 1973. »

Les documents confirment une affiliation antérieure en Suisse, via la Grande Loge Alpina, où Perón atteint le 33e degré – le plus élevé, réservé aux « Souverains Grands Inspecteurs Généraux » – avant son retour triomphal en Argentine. Pablo Lázaro, actuel président de la Grande Loge, insiste sur l’activité de Perón :

« Ces documents prouvent non seulement qu’il était membre, mais qu’il était actif. »

Perón nommé Grand Maître Maçon. Source : Infobae | Journal de La Derecha

Des lettres et formulaires d’adhésion montrent des échanges avec des loges internationales, reliant Perón à un réseau transatlantique. Cette initiation tardive s’inscrit dans un contexte d’exil fertile : à Madrid, Perón publie Los Vendepatria (1956) et rencontre Che Guevara (1959-1962), tout en tissant des liens avec des exilés fascistes et des réseaux atlantistes. La P2, loge clandestine dirigée par Gelli (un ancien de la République de Salò), devient un vecteur d’influence : Gelli conseille économiquement Isabel Perón et José López Rega, fondateur de la Triple A (Alliance Anticommuniste Argentine). Des membres de la junte militaire argentine (1976-1983), comme Emilio Massera, étaient affiliés à la P2, reliant Perón à des dynamiques plus sombres.

Contradictions publiques : le Péronisme anti-maçon ou une stratégie d’occultation ?

Perón incarna une paradoxale hostilité publique à la franc-maçonnerie, tout en étant initié en secret. Dans une interview de 1970 à Tomás Eloy Martínez, il dénonce les maçons comme partie d’une « synarchie internationale » responsable de son coup d’État de 1955, aux côtés du « sionisme, du communisme et du clergé traditionnel ».

Pourtant, il admet leur rôle dans l’indépendance argentine de 1816. Cette rhétorique s’inscrit dans son opposition au GOU anti-maçonnique des années 1940, où il critique les loges comme élitistes et anti-populaires. Des historiens y voient une stratégie : en Argentine, la maçonnerie, influente depuis Domingo F. Sarmiento et Bartolomé Mitre (XIXe siècle), est associée à l’oligarchie libérale que Perón combat.

Le livre de Potash qui a révélé les documents du GOU. Source : Infobae | Journal de La Derecha

Ses politiques justicialistes – « troisième position » entre capitalisme et communisme – résonnent pourtant avec des idéaux maçonniques : fraternité ouvrière, laïcité, éducation gratuite (triplement des étudiants universitaires en 1949), droits des femmes (suffrage en 1947, impulsé par Eva Perón). La Fondation Eva Perón (1948), financée à hauteur de 1 % du PIB, évoque les œuvres philanthropiques maçonniques. Des controverses posthumes amplifient le paradoxe : en 1985, la profanation de sa tombe à San Vicente – mains sectionnées pour une rançon – est attribuée à la P2, en représailles à un prétendu manquement de Perón envers Gelli. Cette affaire, impliquant des complices militaires, souligne les enjeux occultes de son héritage maçonnique.

Contradictions Clés de Perón vis-à-vis de la MaçonnerieExemples
Critiques PubliquesAccuse les maçons de complot en 1955 ; dénonce la « synarchie » en 1970.
Liens PrivésInitiation en Suisse/Espagne ; 33e degré ; amitiés avec Gelli (P2).
Influences PolitiquesSoutien à l’indépendance argentine (1816) via maçons ; politiques sociales alignées sur fraternité maçonnique.
Héritage PosthumeProfanation de tombe (1985) liée à P2 ; membres de junta (1976-1983) affiliés.

Implications politiques : une influence sur le péronisme et l’histoire argentine ?

L’adhésion de Perón à la maçonnerie éclaire rétrospectivement son « justicialisme » : nationalisations (ferrovias en 1948, Aerolíneas Argentinas en 1950), État providence (santé unifiée sous Ramón Carrillo, retraite pour ouvriers), et diplomatie non-alignée (ONU, reconnaissance de l’URSS). Ces réformes, influencées par la doctrine sociale catholique (Rerum Novarum), convergent avec l’humanisme maçonnique universaliste. Son exil renforce ces liens : la P2, via Gelli, facilite son retour en 1973, où il nomme Cámpora (péroniste) président intérimaire.

Des photos montrent Gelli à la Casa Rosada avec Perón et Giulio Andreotti, soulignant un réseau transatlantique. Pour Raúl Alfonsín, les documents révèlent une adhésion active, contrastant avec son image de démocrate radical. Ensemble, ces révélations « démystifient » la maçonnerie, comme l’affirme Lázaro : « Elle n’a rien à cacher. »

En Argentine, où la Grande Loge compte aujourd’hui 10 000 membres (contre 2 200 en 2008), cette ouverture coïncide avec une revitalisation post-dictature. Elle questionne aussi les théories conspirationnistes : la P2, impliquée dans le scandale du Banco Ambrosiano et la tuerie de Bologne (1980), liait Perón à des opérations anti-communistes atlantistes.

Conclusion : Perón, maçon occulté, et l’écho d’un héritage divisé

Ces documents secrets transforment Perón d’icône populiste en figure ambivalente : critique virulent d’une maçonnerie qu’il intégrait en sous-main, allié pragmatique de réseaux initiatiques pour survivre à l’exil et revenir au pouvoir. Son grand-père maçon, ses voyages européens, l’initiation tardive via Gelli – tout converge vers un engagement qui, sans dominer son action, infuse son universalisme social.

À l’heure où l’Argentine renaît de ses divisions, cette révélation invite à repenser le péronisme non comme un monolithe anti-élite, mais comme un syncrétisme habile, mêlant catholicisme social, nationalisme et ésotérisme discret. Comme le note Lázaro, « La maçonnerie a influencé l’indépendance et l’unité du pays » ; pour Perón, elle fut peut-être le fil invisible reliant son premier mandat triomphal à son ultime discours de la Plaza de Mayo en 1974 : « Je porte dans mes oreilles la musique la plus merveilleuse, celle du peuple argentin. » Un peuple, désormais, qui peut enfin sonder les mystères de son leader.

Autres articles sur ce thème

Le secret maçonnique : mythe et réalité

Il faut l’admettre, il est vrai que la franc-maçonnerie cultive le secret.  Elle le cultive comme jadis les bâtisseurs de nos cathédrales et autres édifices sacrés cultivaient le secret de métier. Mais pour autant, qu’elle cultive le secret, la Franc-maçonnerie est-elle une société secrète ?

Evidemment non, au sens des sociétés secrètes à but criminel, comme les Yakusas, ou à but terroriste, comme hélas celles qui se manifestent par la violence aveugle jusque dans nos cités.

Les diverses obédiences maçonniques françaises, qui réunissent à travers la France plus de 150 000 de nos concitoyennes et concitoyens, ont pignon sur rue. Ce sont des associations selon la loi de 1901, dûment déclarées auprès des pouvoirs publics.  Nos sièges sociaux sont aisément identifiables. Nos musées et nos bibliothèques sont visités chaque jour par des curieux et des chercheurs profanes. Les principaux responsables sont régulièrement reçus ès-qualité par les plus hautes autorités de l’Etat, ou encore par les membres de commissions. Nos sites Internet reçoivent des centaines de visiteurs chaque jour. La Franc-maçonnerie n’est donc pas une société secrète au sens de société clandestine.

Mais nous sommes une société qui demande à ses membres de garder le secret sur une partie de ce qui leur est transmis, et dont les réunions se tiennent à huis clos. Nul ne peut y être admis qui ne se soit fait reconnaître comme Franc-maçon ou Franc-maçonne.

Nazi à Berlin

Ainsi, persuadés que la Franc-maçonnerie dissimule des secrets qui donnent à ses membres des pouvoirs de domination sur le monde, à peine les troupes allemandes avaient-elles occupé Paris en juin 1940 que plusieurs groupes appartenant à divers services du régime nazi sont venues fracturer les sièges de plusieurs obédiences maçonniques pour piller les archives.

Devançant les demandes de l’occupant, le maréchal Pétain proposera de s’occuper lui-même de la franc-maçonnerie française

Les fichiers des obédiences françaises furent exploités par les agents français du Service des Sociétés Secrètes, conduisant à de nombreuses arrestations, déportations et exécutions. Les archives et autres documents historiques seront stockés d’abord en Allemagne puis, saisies par les soviétiques en 1945. Mais ni les nazis ni les soviétiques, n’y ont découvert le moindre secret, ni rien qui puise laisser imaginer qu’un tel secret n’ait jamais existé.

Et pourtant, je vous l’ai dit, le secret maçonnique existe bel et bien ! En fait, il faudrait plutôt dire « les secrets maçonniques existent bel et bien ». 

Il existe en fait trois secrets maçonniques, de nature tout à fait différente.

Le premier est le secret d’appartenance, le second est le secret des rituels et le troisième est le secret de l’initiation.  Je vous propose de les examiner l’un après l’autre.

Le premier secret que les Maçons s’engagent à respecter, est donc le secret d’appartenance.

Concrètement, je peux faire savoir que je suis Franc-maçon, et c’est ce que je fais tout simplement ce soir, alors que mon nom est en clair sur le programme de cette soirée. Mais je ne peux pas dire de Monsieur Untel qu’il est maçon, ni de Madame Unetelle qu’elle est maçonne, et pas même confirmer ou infirmer leur appartenance si la question m’est posée.

En fait, dès la création des premières loges, à une époque où la liberté d’association n’existait pas, une hostilité se fait jour dans la population, face à ces hommes ou ces femmes qui se réunissent à huis clos, et que l’on va accuser de toutes sortes de déviances.

Il faut aussi compter avec l’attitude de l’Eglise, à partir de la bulle pontificale In eminenti apostolatus specula de 1738 et nourrie par les tenants de la fameuse théorie du complot.

Il est vrai que la non-divulgation de l’appartenance d’autrui peut être une forme de protection contre ces persécutions, quels qu’en soient la nature et le degré.

En fait, la règle qui interdit aux maçons de faire connaître l’appartenance d’un autre maçon n’est pas que la résultante de ces manifestations de l’antimaçonnisme. Elle découle en fait de deux principes maçonniques essentiels qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté absolue de conscience.

L’engagement maçonnique est un engagement d’hommes et de femmes libres, désireux de se perfectionner. Le parcours initiatique d’un franc-maçon vise à développer en lui ou en elle les principes et les valeurs morales qui vont guider ses choix, qui vont donner sens à ses actions. Mais en tout état de cause, il ou elle est libre, libre et responsable. Sans sujétion aucune.

Voilà pour le secret d’appartenance.

Le deuxième secret de la franc-maçonnerie est le secret des rituels.

Rites et rituels

Dire que la Franc-maçonnerie est une société initiatique traditionnelle, c’est dire que les formes de cette initiation, comme celles de tout ce qui se passe dans la Loge, sont régies par des règles fort anciennes, héritées des sociétés initiatiques de l’Antiquité et du Moyen-âge.

Pour se reconnaître, et identifier ainsi ceux qui peuvent partager leurs travaux, ils font usage de signes et de mots de passe, à chacun des degrés et qui sont détaillées dans une série de rituels.

Même si depuis les débuts de la Franc-maçonnerie spéculative il y a plus de trois siècles l’essentiel de ces rituels a été largement divulgué, et peut être trouvé sans difficulté dans de nombreux ouvrages ou désormais sur Internet, ils sont pour les Francs-maçons des composantes du secret.

Cela signifie qu’ils s’engagent à ne pas les révéler à qui n’a pas qualité pour les connaître, c’est-à-dire à qui n’est pas franc-maçonne ou franc maçon.

Lorsqu’un profane demande à être reçu Maçon, on dit qu’il demande à être « admis aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie ».

Pour le dire en termes simples, un mystère n’est pas quelque chose que l’on cache, mais quelque chose de caché, que chacun est appelé à s’efforcer de découvrir au travers d’un processus ritualisé, celui précisément qui a fait de lui un myste, c’est-à-dire un initié.

Les mystères mésopotamiens, égyptiens, puis grecs, nous invitent à réfléchir sur la vie et la mort, au travers d’une réflexion sur la fécondité, la renaissance de la nature, le cycle mort-renaissance.

A chaque époque, dans chaque culture, des sorciers, des mages, des prêtres ont proposé des réponses, décrit des cosmogonies, conçu des légendes, forgé des mythes, érigé des temples et réglé des cultes.

Que la divinité soit nommée Amon Râ, Isis ou Osiris, Zeus, Jupiter, ou Dieu, ou bien que le principe créateur soit dénommé Grand Architecte de l’Univers, il faut admettre que c’est en fait au même besoin que répondent ces désignations de l’Un-Tout, au même ineffable, au même indicible, à la même cause première que l’on fait référence.

Au reste, le mot « mystère » lui-même nous conduit à cette conclusion, puisqu’il est construit sur la racine indo-européenne mu que l’on retrouve dans le mot muet et qui signifie se taire, ne pas pouvoir dire. Le Mystère est en dehors du champ de ce qu’une langue peut exprimer.     

On voit ici exprimée l’idée que ce qui est de l’ordre du sacré, du divin, ne peut être transmis indûment ; et que le silence s’impose.

Toutes les sociétés initiatiques reposent ainsi sur l’idée que les rites qui permettent de transmettre les éléments d’accession à la connaissance ne peuvent être connus que de ceux qui, librement, acceptent de s’y engager.

Dans toutes les cultures, parmi ceux qui se devaient de connaître, de respecter et de transmettre les enseignements sacrés figuraient de tous temps ceux qui concevaient et construisaient les temples et autres édifices sacrés, gardant le secret sur ce qui était qualifié d’Art Royal, au sens d’art du divin qui règne sur le monde, car « Ce qui est en bas doit être comme ce qui est en haut. »

Les bâtisseurs de cathédrales héritèrent à leur tour de ces connaissances sacrées. La loi du Devoir à laquelle ils avaient juré obéissance était faite d’obligations professionnelles, mais aussi d’obligations morales, touchant à l’honneur, à la probité, à la solidarité et à la fraternité envers les autres Compagnons bâtisseurs.

Les Devoirs auxquels s’obligeaient les hommes de métier, tels que les décrivent les manuscrits Regius (vers 1390), Cooke (vers 1425) ou Schaw (en 1598), créaient entre eux une solidarité explicite.

Dès le tout début du 17ème siècle, des hommes qui n’étaient pas des artisans souhaitèrent être instruits des secrets de l’Art royal, et, pour cela, à être admis dans des loges jusque-là exclusivement opératives. Et ainsi, lorsque des membres non professionnels, clercs, savants, nobles ou notables locaux, vinrent à être acceptés dans ces Loges, ils furent à leur tour instruits de ces secrets en même temps que des devoirs qui s’imposaient aux membres.

Maçons du métier ou Maçons acceptés partageaient l’héritage que constituaient les traditions et les usages, mais aussi les mots, signes et attouchements qui visaient à préserver la confidentialité et la régularité d’appartenance à leur Loge.

Et puis des Loges se créèrent peu à peu, notamment en Ecosse, des loges dites « spéculatives » dont les hommes de métier, les « opératifs » étaient absents.  Pour autant, et dans leur continuité, la Franc-maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a cessé de perpétuer nombre traditions, de règles, de pratiques et d’usages des guildes et corporations de maçons du Moyen-âge.

Nous, Franc-maçonnes et Francs-maçons acceptés d’aujourd’hui, sommes en tous cas dépositaires de cet héritage.

Mais il ne s’agit plus de bâtir un édifice de pierres, temple de Jérusalem ou cathédrale ; il s’agit de s’efforcer de se construire soi-même, pour concourir à la construction d’une société meilleure, plus éclairée, une société pour laquelle les mots de liberté, d’égalité et de fraternité ne soient pas que des paroles gravées au fronton des écoles et des mairies, mais de véritables règles de vie pour tous et pour chacun.

Les Franc-maçonnes et les Francs-maçons continuent de préserver le caractère sacré de leur mission, et donc le secret. C’est une question de principe. C’est une question de respect de l’obligation, c’est-à-dire du serment qu’ils ont, librement, prêté, et qui fait partie intégrante du processus initiatique dans lequel ils veulent être admis et progresser.

Chacune et chacun de nous comprend ainsi que si les secrets des degrés auquel il n’a pas encore été admis lui sont encore cachés, ils ne sont pas inaccessibles. Il suffit de faire montre des capacités requises. C’est ce que je voulais dire il y a un instant en donnant les clés du processus : travail, patience et persévérance.

Je vous ai donc parlé du secret d’appartenance et du secret des rites et des rituels.

Il me faut maintenant tout vous dire sur le troisième secret de la Franc-maçonnerie, qui est en fait le plus important.

Ce véritable secret, c’est celui de l’initiation.

Non pas de ce qui se passe et se dit lors de la cérémonie, que l’on trouve aujourd’hui, comme je l’ai dit, en trois clics sur Internet, mais le secret du vécu, du ressenti, de ce qui, en chaque initié, s’est transformé au soir de son initiation.

Car tout dire sur le secret de l’initiation consiste à dire qu’il n’y a rien à dire ! Ou plutôt cela consiste à dire qu’il est impossible de communiquer sur ce secret. Je n’ai pas dit que c’était interdit, j’ai dit que c’est impossible. Ce secret est indicible. C’est une expérience que l’on vit, intimement, et que l’on ne peut véritablement partager.

Cela me fait penser à mes collègues professeurs de gynécologie et d’obstétrique, qui savent décrire par le menu chaque phase de la grossesse et de l’accouchement, mais qui ne pourront jamais raconter ce que ressent intimement une femme qui sent un être vivant se développer dans son ventre jusqu’au moment, douloureux et merveilleux à la fois, où il jaillit à la vie et pousse son premier cri.

C’est une expérience, un vécu intime, qu’ils ne peuvent qu’imaginer, se représenter, mais qu’ils ne pourront jamais vivre, et qu’ils ne pourront donc jamais vraiment communiquer.

Le secret de l’initiation n’est pas communicable.

L’interdiction, qui existe et je vous ai dit à quoi elle correspondait, vient bien après l’impossibilité. L’interdiction est symbolique, comme le sont les outils et les autres composantes de nos rituels. L’impossibilité est insurmontable. Il n’y a qu’un seul moyen de connaître le secret de l’initiation : frapper à la porte du temple et demander à être reçu Franc-Maçonne ou Franc-Maçon.

Le reste n’est question que de patience, de travail et de persévérance.

Continuité initiatique : Le souffle de la loge

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La continuité initiatique est le souffle de la Loge, qui devient le souffle de l’individu : un aller-retour au Centre, à chaque fois plus lucide, plus sobre, plus présent. C’est le sentiment d’appartenance qui devient méthode : non pas un principe abstrait, mais une discipline intérieure qui façonne les gestes, éclaire les choix et recompose la fracture entre la pensée et l’action dans le travail quotidien du Franc-maçon.

L’appartenance ne signifie pas se réfugier dans une identité, mais l’intégrer à son caractère : relever les piliers lorsque l’inertie les fait s’écrouler, reprendre les outils, laisser le silence apaiser le cœur et la Parole retrouver son poids et sa mesure.

Pour le Franc-maçon, la continuité n’est pas la répétition mécanique du rituel : c’est un retour actif, susceptible d’approfondissement. Ce qui est accompli au Temple imprègne les gestes du quotidien ; ce qui est vécu à l’extérieur retourne se purifier entre les colonnes.

Les symboles deviennent des critères, les outils des vertus opérationnelles, la vie ordinaire se transforme en Travail : sans fanfare, mais avec la fermeté de ceux qui savent que tout progrès authentique est un approfondissement et non une course en avant.

Ce travail exige de longues périodes de temps et des gestes simples : lire et méditer, écouter et garder le silence, parler lorsque c’est nécessaire, servir avec discrétion, se corriger sans complaisance, recommencer sans faire d’histoires.

La persévérance maçonnique est une lucidité qui procède par petits coups de maillet, en enlevant le superflu sans endommager l’essentiel.

Au sein et en dehors de la Loge, les difficultés ne disparaissent pas : elles se transforment. La friction adoucit, la résistance ordonne, l’erreur instruit, pourvu qu’elle soit replacée dans le cadre d’une méthode.

À l’extérieur, les épreuves mesurent la fidélité à sa profession ; à l’intérieur, elles exigent modération et bienveillance, de peur que la vérité ne se mue en dureté et la charité en faiblesse.

La même rigueur est nécessaire dans les deux cas : maintenir l’équipe sur la bonne voie malgré les tentations de dévier, refuser les raccourcis et persévérer jusqu’au bout. C’est là que la continuité se révèle une vertu éminemment opérationnelle : elle détermine si une intuition devient une habitude et si une résolution devient une méthode.

La fraternité est la gardienne de cette continuité. Nul ne se forge seul un destin. La chaîne d’union est soutien, miroir, correction et réconfort : elle nous préserve de la complaisance quand tout semble aller pour le mieux et du découragement quand la tâche se corse.

Un frère qui tend la main ne remplace pas le travail de l’autre ; il lui permet de ne pas gaspiller ses forces, le ramène au Centre, lui redonne le souvenir de son objectif.

La fraternité n’est pas un sentiment, c’est une pédagogie : elle nous apprend à recevoir et à donner de l’aide sans humilier, à tolérer et à corriger sans blesser, à faire passer le bien de l’Œuvre avant le prestige de l’individu.

La continuité initiatique est, en définitive, la transition harmonieuse du rituel à la vie. La répétition des gestes et la rigueur des formes ne sont pas des coquilles vides : elles sont le lit du fleuve qui permet à l’eau de couler sans se perdre.

La forme préserve l’énergie, la dirige et la mesure. C’est pourquoi le franc-maçon apprend à reconnaître le moment du silence et celui de la parole, le temps de l’action et celui de l’attente. La discipline n’éteint pas le feu ; elle le rend utile.

C’est pourquoi l’audace exige de la modération : pour ne pas être confondue avec l’imprudence. Il ose différer, corriger, renoncer quand toute action serait vaine.

Le monde exige de la constance. Les belles choses requièrent du temps, de l’attention et des sacrifices : elles répondent non pas à l’urgence du résultat, mais à la fidélité du processus. La continuité initiatique enseigne cette économie : investir dans le long terme de sa propre transformation, œuvrer pour une œuvre qui sera mieux perçue demain ou, peut-être, entre les mains de ceux qui viendront après.

Pierre Cubique à Pointe

Chaque pierre bien placée rend la suivante possible ; chaque bonne habitude en ouvre une autre. C’est une chaîne de causes justes, et non une somme d’efforts aléatoires.

La continuité recèle la simple joie d’appartenir. Non pas celle qui exclut, mais celle qui implique la responsabilité : appartenir à une Loge, c’est appartenir à la Loge.

La fidélité au devoir — présence, ponctualité, étude, préparation des Tables et soin apporté au travail — n’est pas bureaucratique ; elle est affective, au sens le plus élevé du terme : elle se soucie de la qualité de la lumière qui circule entre les colonnes.

Lorsque cette qualité est présente, chacun travaille mieux, trouve l’inspiration, corrige son tir sans se sentir jugé, et découvre que la rigueur de la méthode est, en réalité, une grande forme de bienveillance.

Deux devises anciennes indiquent clairement la direction à suivre.

Le premier dit :

De l’aspera à l’astra.

Nul progrès n’est sans difficulté : ce qui opprime peut devenir un tremplin si l’on s’y engage avec conscience et solidarité. Il ne s’agit pas d’une invitation à rechercher l’épreuve, mais à ne pas la fuir lorsqu’elle est le prix du bien.

Le deuxième sonne :

Ibi victoria, ubi concordia.

La victoire de l’individu est fragile ; celle de la Loge est durable, car elle repose sur une harmonie agissante qui multiplie les forces, harmonise les différences et rend possible ce qui, seul, ne pourrait être accompli. Entre ces deux pôles, l’effort entrepris et l’harmonie cultivée, naît la continuité sur laquelle repose l’Ordre.

Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques
Le Secret des Francs-Maçons, jeu à la découverte des symboles maçonniques

Continuer, c’est donc renouveler son choix. C’est retrouver sa place entre les colonnes, reprendre les outils, garder son cœur docile aux enseignements des symboles, soumettre ses actions à l’épreuve de la modération et accepter qu’une transformation profonde s’opère sans bruit.

Ainsi, l’appartenance devient foyer, la persévérance devient un voyage, et le voyage révèle que l’Œuvre n’est pas un horizon lointain, mais ce qui se passe ici et maintenant , lorsque le Maçon unit ce qu’il a compris à ce qu’il fait.

Dans cette union entre la pensée et l’action, protégée par la fraternité et soutenue par le rituel, la continuité initiatique n’est plus un slogan : elle est la forme même de la vie qui construit.

La parole du Véné du lundi : « Pourquoi y a-t-il plus de maçons les jours de soleil ? »

0

Je pose la question sans détour : sommes-nous des maçons… ou des météorologues ?

Car enfin, observez : Quand le ciel est bleu, le ventre plein et le CAC 40 en hausse, la Loge déborde. Les tabliers sont impeccables, les planches fusent, les agapes sentent le foie gras et la fraternité coule à flots. Mais qu’une averse tombe – ou pire, qu’un bulletin de vote déçoive, qu’un licenciement menace, qu’une facture d’énergie explose – et voilà : la salle se vide plus vite qu’un bar après la défaite des Bleus. Je m’interroge.

Serions-nous, par hasard, des maçons à la carte ?

Des adeptes du « je viens si le buffet est garni et si ma…

  • sécurité affective est assurée,
  • mon ego social caressé,
  • mon réseau LinkedIn en expansion » ?

Dans la pyramide de Maslow, nous squattons allègrement les étages du bas :

  • Besoin physiologique → oui, mais seulement si le traiteur est bio.
  • Besoin de sécurité → oui, mais pas si Bercy menace mon bonus.
  • Besoin d’appartenance → oui, mais pas si mon Frère vote mal.

Et l’accomplissement ? L’élévation ? Le travail sur la pierre brute quand la vie devient brute ?
Là, silence radio.
Comme si la Loge n’était qu’un club de bien-être pour jours fastes, une salle de sport spirituelle climatisée, un Tinder professionnel avec rituel en bonus.Franchement :

  • Sans les ventres repus,
  • sans les CV qui brillent,
  • sans les selfies devant le pavé mosaïque,

combien reste-t-il de Frères pour ouvrir les travaux ? Trois ? Cinq ? Le Vénérable, le Surveillant et le chat de la concierge ?Je ne juge pas. Je constate.

La Franc-maçonnerie n’est pas un subtitut aux matchs de foot.
Elle n’est pas non plus un réseau d’affaires avec incenseur.
Elle est un laboratoire d’âme.
Et l’âme, elle, ne prend pas de congés pluvieux.Alors oui, venez quand tout va bien.

Mais venez surtout quand tout va mal.

C’est là que le compas sert.
C’est là que l’équerre redresse.
C’est là que le Frère se reconnaît.Sinon, mes FF∴ mes SS∴,
autant rester chez soi, bien au sec, devant Netflix.

La Lumière, elle, ne craint pas la pluie.

À lundi prochain. Sous la voûte, qu’il pleuve ou non.
Le Vénérable Maître
(celui qui ouvre, même s’il n’y a que deux Surveillants et un Apprenti trempé)