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GLMF : Rififi entre le Conseil de l’Ordre et le Grand Commandeur

Pourquoi le Conseil de l’Ordre de la Grande Loge Mixte de France veut-il la peau du S.C.M.F. ?

A l’instar de nombreuses Obédiences dont les Loges travaillent au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la Grande Loge Mixte de France (GLMF) représentée par son Grand Maître Felix Natali, est unie au Suprême de Conseil Mixte de France (SCMF) par une convention aménageant les relations entre les deux entités, et garantissant l’autonomie de chacun, s’agissant des travaux au-delà du Grade de Maître. Alors que les relations entre ces deux structures sont sereines et pacifiées depuis près de dix années, il semble que le Conseil de l’Ordre de la GLMF représenté par Félix Natali ait pris la décision d’inciter l’actuel Souverain Grand Commandeur à quitter ses fonctions au plus vite.

Comme chaque année, l’assemblée générale du SCMF est réunie du 29 au 31 mai 2026, pour délibérer sur les questions usuelles (comptes, travaux) et pour procéder à l’élection du nouveau Bureau. En début d’année 2026, quelques membres du SCMF ont travaillé sur la mise en place d’une liste « alternative » et démarché des candidats susceptibles d’y figurer. A la suite des remous suscités par cette initiative, des tensions ont émergé au sein du Suprême Conseil de Mixte de France, et les membres dissidents ont pris l’attache du Conseil de l’Ordre de la Grande Loge Mixte de France pour faciliter leurs desseins.

Selon plusieurs sources proches du dossier, des « plaintes » concomitantes ont ainsi été rédigées par plusieurs desdits membres et adressées au Conseil de l’Ordre de la GLMF, aux fins d’évincer l’actuel Souverain Grand Commandeur dans le cadre d’une procédure interne à la GLMF, et non dans le cadre des élections annuelles au sein du SCMF. C’est dans ce contexte, qu’une procédure disciplinaire a été ouverte par la GLMF en mars 2026 à l’encontre du Grand Commandeur sur des faits présentés comme du « harcèlement », à l’initiative exclusive de membres dissidents du SCMF.

Plusieurs observateurs s’interrogent toutefois sur le cadre retenu, la GLMF étant constituée en Fédération de loges et n’exerçant pas, sauf exception, de pouvoir disciplinaire direct sur les personnes physiques. Dans cette Obédience particulièrement attachée à la liberté de ses membres, le Conseil de l’Ordre doit selon le règlement intérieur de la GLMF saisir les Loges, qui exercent directement la discipline sur leurs membres personnes physiques.

C’est pourtant une procédure inédite et exceptionnelle qui aurait été retenue par le Conseil de l’Ordre. Selon plusieurs sources, le représentant du SCMF a été convoqué le 26 mars 2026 à une réunion fixée au 2 mai 2026, sans jamais avoir eu une connaissance précise des griefs formulés à son encontre. À l’approche de l’assemblée générale du SCMF, le Conseil de l’Ordre a ensuite directement saisi le 18 mai 2026 le Cercle des Sages, instance de contrôle et d’appel, afin qu’elle prononce directement à l’encontre du Grand Commandeur une suspension conservatoire à effet immédiat, ainsi qu’une sanction disciplinaire d’un an.

Le 23 mai, le Cercle des Sages se serait servilement empressé d’adresser au Conseil de l’Ordre une décision de suspension conservatoire, sans même prendre soin d’une notification directe à l’intéressé.

Cette séquence étonnante alimente des interrogations et des critiques :

  • Pourquoi une décision soudaine de suspension conservatoire plus de deux mois après les poursuites initiales et quelques jours avant l’assemblée générale du SCMF ?
  • Pourquoi contourner le pouvoir disciplinaire de la Loge, expressément inscrit dans les textes ?
  • Pourquoi, enfin, s’immiscer dans le fonctionnement d’une structure juridiquement indépendante, alors que la convention prévoit la réunion d’une commission mixte paritaire en cas de difficulté ?

Plusieurs voix relèvent qu’il s’agit, en près de 45 années, d’une première dans l’histoire de la GLMF, par la nature des faits reprochés, par l’agenda choisi, et enfin par la procédure utilisée.

A qui le Conseil de l’Ordre souhaite-t-il faire plaisir : à son Grand Maître, à certains membres du SCMF, ou bien encore à une Obédience externe ?

Ce deuxième volet de la série des coups de projecteurs consacrés à la Grande Loge Mixte de France, nous amène sérieusement à nous interroger sur les soudains remous d’une maison habituellement si tranquille. Selon les témoins proches du Grand Maître Félix Natali, il n’est habituellement pas connu comme un « querelleur ». Serait-il sous influence ?

Nous nous retrouverons la semaine prochaine pour un troisième volet tout aussi surprenant.
Bon week-end… à suivre.

Autre article de la série

ATHANOR : Revue de presse hebdo – N°9

Quand le silence médiatique succède au fracas judiciaire

Après plusieurs semaines d’une couverture nourrie, parfois haletante, parfois sidérante, le procès Athanor semble entrer dans une phase moins spectaculaire. Le bruit médiatique s’estompe. Les articles se raréfient.

Reste pourtant l’essentiel, un procès toujours en cours, une affaire d’une gravité extrême, et une question qui demeure pour le monde maçonnique, comment une telle mécanique de soupçon, de confusion et de violence a-t-elle pu être associée, même indirectement, à l’univers initiatique dont elle constitue l’exact renversement ?

Depuis le début de cette revue de presse hebdomadaire consacrée à l’affaire Athanor, 450.fm s’est efforcé de suivre, semaine après semaine, ce procès hors norme.

Non par goût du sensationnel

Non par fascination pour la noirceur. Mais parce qu’un tel dossier, impliquant vingt-deux accusés, des figures liées au renseignement, des policiers, des militaires et une structure se réclamant d’un environnement maçonnique, ne pouvait être laissé aux seules interprétations approximatives, aux amalgames faciles ou aux récupérations antimaçonniques.

Or cette semaine marque peut-être un tournant

Le sensationnel étant passé, peu d’articles voient désormais le jour. Le procès se poursuit, mais le flux médiatique se réduit. Les grandes révélations semblent moins nombreuses. Les comptes rendus deviennent plus espacés. La presse généraliste, après avoir largement relayé les premiers jours d’audience, paraît désormais se détourner d’un dossier long, complexe, parfois technique, où les responsabilités individuelles se dessinent lentement devant la cour.

C’est pourquoi 450.fm ne souhaite plus entretenir artificiellement cette revue de presse hebdomadaire lorsque la matière publiée devient trop mince.

Il ne s’agit pas d’abandonner le suivi de l’affaire, mais de ne pas transformer le silence relatif de l’actualité en répétition inutile

Le procès étant officiellement audiencé du 30 mars au 16 juillet 2026 au tribunal judiciaire de Paris, salle 2.01, nous reviendrons naturellement à son issue, autour de la mi-juillet, et plus tôt si l’actualité le nécessite.

Car cette triste et lamentable affaire, qui éclabousse l’image publique de toute la franc-maçonnerie alors même qu’elle en trahit les principes les plus élémentaires, exige autre chose qu’une chronique du scandale.

Elle appelle vigilance, lucidité et discernement

Elle oblige aussi les francs-maçons à rappeler que l’initiation n’est pas un décor, que la fraternité n’est pas un réseau d’influence, et que le secret maçonnique n’a jamais eu vocation à couvrir la confusion, la manipulation ou la violence.

Revue de presse hebdo – N°9

Dans l’ordre chronologique

22 mai 2026 – Mediapart – Matthieu Suc
« Procès Athanor – au centre des débats, ce que savaient les services de renseignement »

Mediapart revient sur un point particulièrement sensible du dossier, celui de ce que les services de renseignement auraient pu savoir, ou ne pas savoir, avant certains faits au cœur de l’affaire. Entendu comme témoin, un ancien lieutenant-colonel du service action de la DGSE affirme avoir alerté plusieurs semaines avant une tentative d’assassinat visant Marie-Hélène Dini, au sujet d’une opération en cours visant « une Israélienne ». Le journal souligne que ce témoin cherche d’emblée à se tenir à distance du dossier Athanor, tout en éclairant l’un des nœuds les plus troublants du procès, la porosité supposée entre fantasmes d’opérations clandestines, usages dévoyés du vocabulaire du renseignement et passage à l’acte criminel. Lien vers l’article https://www.mediapart.fr/journal/france/220526/proces-athanor-au-centre-des-debats-ce-que-savaient-les-services-de-renseignement

27 mai 2026 – La Dépêche du Midi – Martin Planques
« Procès Athanor – comment Laurent Pasquali, pilote auto abattu dans son garage, s’est retrouvé ciblé par le réseau criminel organisé dans la loge maçonnique »

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steeve Arrignon

La Dépêche du Midi consacre un long article au volet Laurent Pasquali, pilote automobile assassiné en 2018. Le quotidien rappelle que vingt-deux personnes sont jugées jusqu’à la mi-juillet pour des faits allant jusqu’au meurtre, dans un dossier mêlant manipulations, contrats criminels, acteurs proches du renseignement et personnes gravitant autour de la loge Athanor. Laurent Pasquali, abattu dans un parking des Hauts-de-Seine, est présenté comme la seule victime tuée dans cette affaire. Son corps n’avait été retrouvé qu’un an plus tard en Haute-Loire. L’article détaille aussi la relation avec les époux Maarek, la dette non remboursée, puis l’entrée en scène de Frédéric Vaglio, rencontré dans l’environnement d’Athanor, et la transformation d’un litige financier en mission criminelle présumée. Lien vers l’article https://www.ladepeche.fr/2026/05/27/proces-athanor-comment-laurent-pasquali-pilote-auto-abattu-dans-son-garage-sest-retrouve-cible-par-le-reseau-criminel-organise-dans-la-loge-maconnique-13390082.php

Rappel judiciaire

Procès du dossier Athanor pour vingt-deux hommes et femmes liés à un meurtre et à divers autres projets criminels
Cour d’assises de Paris
Tribunal judiciaire de Paris, salle 2.01

Audiencé du 30 mars au 16 juillet 2026 selon l’Association de la Presse Judiciaire. La Dépêche du Midi évoque pour sa part une réponse attendue le 17 juillet. Procès audiencé au tribunal judiciaire, salle 2.01

Ainsi se referme provisoirement cette neuvième revue de presse

Non comme une clôture,

mais comme une veille mise en réserve.

Lorsque la lumière judiciaire aura poursuivi son travail, lorsque les débats auront livré leur pleine mesure, lorsque la cour aura rendu sa décision, 450.fm reprendra le fil. Car dans cette affaire où le nom d’Athanor, symbole de transmutation, aura été tragiquement associé à la boue des passions humaines, il faudra bien distinguer, avec rigueur, ce qui relève du crime, ce qui relève du fantasme, et ce qui relève de l’ombre portée sur une franc-maçonnerie qui n’a rien à gagner au silence, mais tout à retrouver dans la clarté.

Coast ouvre ses cœurs pour collecter des fonds pour les enfants malades

De notre confrère australien coastcommunitynews.com.au

Les francs-maçons de la loge Central Coast n° 2001 ont récemment retroussé leurs manches et se sont mis au travail dans un véritable esprit de mobilisation citoyenne, récoltant 10 000 $ pour l’association Business with a Heart.

Les événements de collecte de fonds comprenaient des barbecues communautaires au Narara Miniature Railway et au Bunnings Warehouse de West Gosford. Ces événements ont non seulement permis de récolter des fonds, mais ont également renforcé les liens locaux avec les familles, les clients et les bénévoles qui contribuent tous à la cause. Grâce à des efforts constants et au soutien de la communauté, la loge a récolté 5 000 $ et, avec l’aide de Masonicare, l’organisme de bienfaisance de la Grande Loge des francs-maçons, ce montant a ensuite été doublé pour atteindre un total de 10 000 $.

Les fonds ont été officiellement remis lors du prestigieux dîner de réseautage annuel de Business with a Heart à Sydney, une soirée qui a réuni des sympathisants, des défenseurs et des acteurs du changement unis par un objectif commun. Lors de cet événement, Jim Noble a participé à une table ronde où il a évoqué le travail des francs-maçons et l’engagement profond des loges envers les œuvres caritatives locales. Son message a réaffirmé une longue tradition de service – discrète, constante et animée par un véritable souci de la communauté. Pour ajouter une touche de légèreté à la soirée, Wonder-Bear, la mascotte adorée de Business with a Heart, a « flairé » le succès de la collecte de fonds et, en reniflant le chèque de présentation, l’a apporté sur scène où il a été officiellement remis à Tania Mastroianni par Paul Kelly et M. Noble.

L’histoire de Tania est une histoire de résilience et de détermination.

Diagnostiquée in utero d’une cardiopathie congénitale, une affection qui demeure la principale cause de mortalité infantile en Australie, emportant quatre jeunes vies chaque semaine, elle a dû faire face à des défis extraordinaires et les a surmontés. Après plusieurs opérations à cœur ouvert, elle a pris la décision courageuse de vivre pleinement sa vie et de rendre service aux autres. Cette décision a donné naissance à une entreprise à vocation sociale. La mission de l’organisation est simple mais profonde : faire en sorte que le plus grand nombre possible d’enfants malades reçoivent un ours en peluche spécial pour les accompagner durant leur séjour à l’hôpital.

Grâce au dévouement du Central Coast Lodge, cette mission prend vie localement.

Les membres de la loge sont fiers de soutenir la distribution d’ours en peluche à l’hôpital de Gosford, contribuant ainsi à égayer le quotidien des jeunes patients et à apporter du réconfort à leurs familles. Dans un monde qui peut souvent paraître complexe et accablant, il est bon de se rappeler qu’un impact significatif ne nécessite pas toujours de grands gestes. Parfois, tout commence par un barbecue, une intention partagée – et un ours en peluche placé dans les bras d’un enfant qui en a le plus besoin.

« Ordo ab Chao » ou l’art de travailler juste selon Alice Néant

Nous refermons ce livre avec le sentiment d’avoir accompagné une sœur sur le fil ardent d’une métamorphose, non pas vers un au-delà d’érudition, mais vers un dedans qui respire plus large. Alice Néant nous conduit d’outil en symbole, de geste en silence, comme si chaque page rallumait dans la mémoire initiatique un tison oublié qui recommence à luire.

La devise initiale murmure que le chemin importe davantage que le but, et nous comprenons aussitôt que l’ouvrage n’érige pas un système, il ouvre une voie où la pensée se tient debout à la manière d’un fil à plomb, verticale sans dureté, fidèle à l’axe qui relie la terre au ciel. Cette promesse de justesse tient tout le livre, depuis la première pierre jusqu’au dernier mot offert dans l’humilité d’un « J’ai dit » qui n’a rien d’un couvercle, plutôt un souffle déposé sur l’autel du travail accompli.

Nous avançons d’abord avec la pierre brute

L’écriture refuse l’abstraction et choisit le grain de la matière. La pierre n’est pas une idée, elle est rugueuse et lourde, un miroir où nous reconnaissons nos angles vifs et nos zones muettes. Tailler devient alors une prière sans bruit, une dialectique de l’ombre et de la lumière qui polit le visage intérieur jusqu’à le rendre respirable.

pierre brute,outils apprenti,ciseau,maillet
pierre brute avec maillet et ciseau

Dans ces pages, nous ne cherchons pas à échapper à l’imperfection. Nous y consentons pour la transmuter. Le ciseau et le maillet n’attaquent pas une résistance ennemie. Ils réveillent un visage enseveli. L’auteure inscrit ce labeur dans la durée et nous rappelle que la perfection n’est pas une rive mais une houle qui pousse doucement vers plus de clarté. Ce que nous ôtons ne disparaît pas dans un oubli sans mémoire. Les éclats recueillis deviennent mémoire réconciliée, matières perdues rendues au cœur pour qu’il apprenne à pardonner à sa propre nuit.

Nous passons ensuite sous la garde du fil à plomb

Ici, la verticalité n’est pas dogme, elle est promesse d’alignement. Notre sœur raconte le retour d’un objet d’enfance devenu instrument d’éveil. Ce fil suspendu entre le bas et le haut enseigne la justice comme art de se tenir droit sans raideur. Nous recevons une éthique du redressement discret. La vie penche, la conscience corrige, l’âme ajuste son axe. À travers cette image, l’hermétisme affleure et rappelle la loi de correspondance. Ce qui se tient dans nos gestes se joue aussi dans nos pensées. Nous cherchons une équation intime où le plomb de la douleur devient or de compréhension. Le texte le dit sans thèse ni démonstration. La métamorphose est lente et respirée. Le fil ne tranche pas, il indique. Il ne condamne pas, il révèle. Nous reconnaissons là une pédagogie maçonnique de la douceur ferme qui refuse l’emphase et préfère l’exactitude du geste juste.

Vient le temps des métaux, que l’on dépose non pour s’angéliser, mais pour laisser la matière profane passer par le feu de l’athanor

La scène du cabinet de réflexion se lève comme un théâtre de l’invisible. V.I.T.R.I.O.L. n’apparaît pas comme une formule. C’est une clé, et la serrure est le corps lui-même. Le plomb, l’argent, le cuivre, l’or ne quittent pas la vie. Ils s’y ajustent autrement. Le plomb devient réserve d’avenir, pesanteur nécessaire où germe le désir de se lever. L’argent apprend à refléter sans blesser. Le cuivre parle la langue du lien. L’or nomme la clarté qui n’écrase pas. Nous marchons ainsi d’un métal à l’autre comme on traverse des saisons de l’âme, et l’ouvrage nous accompagne avec une précision sensible qui joint l’alchimie à la Kabbale sans rien diluer de l’expérience maçonnique. La transmutation n’est pas posture, elle est service de l’intérieur.

Le pavé mosaïque étend alors sa géométrie hospitalière

Pavé mosaïque

Par un détour biographique, la mémoire d’un sol de danse devient matrice symbolique. Les carreaux noirs et blancs cessent d’être une simple parure, ils deviennent pédagogie des contraires et des passages. Nous apprenons à marcher au milieu, non dans l’indécision, mais dans cette tierce présence qui relie et pacifie. L’auteure nomme ce lien discret qui tient l’ensemble et nous souffle que l’unité n’est jamais donnée, qu’elle s’assemble par la patience d’une charité active. Nous relevons la même humilité au seuil du tablier blanc. Reçu dans la crainte belle des commencements, il n’a rien d’un vêtement décoratif. Il protège, il rappelle, il engage. Ce blanc n’est pas virginité naïve, c’est l’aube qui revient chaque fois que nous consentons à travailler, car l’ouvrage n’installe pas un statut. Il remet au travail, toujours.

Plus loin, la lecture prend feu autour de l’initiation et de l’apprentissage de la mort

Nous suivons une initiation vécue depuis l’autre rive, regard de sœur pour une sœur, et cette délicatesse narrative réveille en nous une fraternité concrète. Mourir ne signifie pas déserter la vie. C’est consentir à quitter ce qui tient la lumière prisonnière. La figure d’Hiram surgit comme une certitude qui se tait. Elle n’héroïse pas la chute. Elle honore l’intégrité d’un refus. Dans ce clair-obscur naît une espérance qui ne marche pas avec des arguments. Elle marche avec la fidélité du cœur à ce qu’il sait devoir servir. Ici encore, l’ouvrage refuse la tentation de la théorie. Il préfère la densité des images qui se déposent dans la mémoire et travaillent longtemps après la lecture.

Nous trouvons aussi le cri discret d’un Ordo ab Chao vécu comme une expérience et non comme une devise gravée dans la pierre

Le temple renversé d’outils épars appelle non une réaction d’ordre extérieur, mais un rassemblement intérieur qui fait place à l’architecture invisible. Nous apprenons à recevoir le chaos sans effroi, comme l’autre nom de l’aube quand elle n’a pas encore trouvé sa forme. La devise devient une pratique d’atelier. Nous ne réprimons pas le désordre. Nous l’aimantons vers la forme en nous souvenant que l’ordre n’est jamais conquis pour toujours. Il se redemande à chaque tenue, à chaque mot, à chaque silence.

Cette écriture possède une qualité rare. Elle n’électrise pas. Elle élève. Elle n’écrase pas de références. Elle ouvre des portes.

Chaque planche adopte la cadence d’un cœur qui s’accorde, tantôt dans la ferveur, tantôt dans une gravité lumineuse

Nous y ressentons la tradition à l’œuvre sans rigidité, la Kabbale qui respire avec la danse des symboles, l’alchimie qui réconcilie la douleur avec la joie, la Maçonnerie qui ne s’excuse jamais d’être un chemin d’humain parmi les humains. Nous avons refermé ces pages avec une gratitude simple. Elles ne nous disent pas quoi penser. Elles nous donnent envie de travailler mieux.

Nous saluons enfin une voix

Celle d’Alice Néant, sœur du Rite Écossais Ancien et Accepté si l’on en croit la chair du récit, qui parle toujours depuis l’expérience. Elle ne dissimule ni tremblement ni ferveur. Elle laisse passer à travers elle ce que le Temple dépose dans une vie. Elle fait dialoguer l’atelier et la rue, l’outil et la blessure, la règle et la danse. Nous reconnaissons là une sensibilité qui sait nommer sans dénuder, transmettre sans asséner. Cette voix n’a pas cherché la posture de l’experte, elle a choisi la tenue de l’ouvrière. C’est ce qui la rend si fraternelle et si sûre.

L’ouvrage, publié aux Éditions L.O.L., porte la marque d’une cohérence intérieure

La table annonce des stations que nous retrouvons comme des jalons sur une route claire. Les outils et les symboles, la question politique envisagée avec prudence et exigence, les planches de lumière et de conscience, l’ultime triade qui resserre la parole autour de la fraternité et de la juste clôture, tout concourt à donner à la lecture la forme d’une tenue silencieuse qui nous tient longtemps. Nous le recommandons aux apprentis qui y puiseront l’humus de leurs premiers travaux, aux compagnons qui y reconnaîtront une boussole, aux maîtres qui y entendront la promesse d’une fidélité renouvelée.

Nous avons parlé de ce livre comme d’un chantier ouvert

C’est qu’il ne se contente pas de dire. Il invite. Il place dans la main de chacun l’équerre de la justesse et le compas de la mesure intérieure. Il rappelle que la fraternité ne se décrète pas, qu’elle se taille, qu’elle se coud, qu’elle se porte. Nous le refermons avec cette joie grave des bons ouvrages. Ils ne nous ressemblent plus après les avoir lus. Ils nous ressemblent mieux.

L’auteure, Alice Néant, livre ici un premier recueil où la voix autobiographique s’unit aux grandes constantes de la tradition maçonnique du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le livre embrasse des thèmes fondateurs tels que la pierre brute, le fil à plomb, les métaux, le pavé mosaïque et le tablier blanc, puis s’aventure vers des territoires où la pensée civique rencontre la discipline de l’atelier, avant de revenir aux planches symboliques les plus anciennes, de l’initiation à la maxime du chaos ordonné, avec des inflexions kabbalistiques et alchimiques qui n’éteignent jamais la clarté du récit. Nous gardons de cette lecture le sentiment d’un compagnonnage vrai. L’ouvrage se situe ainsi dans la lignée des écritures qui ne séparent pas la pensée et la vie. Utile à toute bibliothèque de loge…

On va plancher !

Alice Néant – Éditions L.O.L., coll. Chemin de Lumière, 2025, 168 pages, 9,90 € – Version numérique 5,50 €

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L’énergie : la force invisible qui construit ou détruit

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmund Cristiano

Il existe des mots qui, malgré leur simplicité, renferment des univers entiers. L’énergie en est un. Dans le langage courant, on l’associe à la force, au mouvement et à la capacité d’agir ; et, en fait, le terme désigne bien une puissance active, une force motrice, quelque chose qui met en mouvement le corps, la volonté et même l’esprit. Mais pour ceux qui suivent un chemin initiatique, l’énergie n’est pas qu’une notion ou une métaphore : c’est une réalité subtile, concrète dans ses effets, présente dans chaque mot, dans chaque regard, dans chaque silence. Tout, en fin de compte, est énergie.

La matière, la pensée, le sentiment, la volonté. La physique définit également l’énergie comme la capacité d’accomplir un travail, et cette définition apparemment technique invite déjà à une réflexion plus large : il n’y a pas de transformation sans énergie, pas de construction sans force pour la soutenir. Il est donc naturel de se demander : quelle énergie investissons-nous dans nos vies, dans nos relations, dans notre Loge ?

Pyramide avec énergie au sommet
Pyramide avec énergie au sommet

Car l’énergie n’est jamais neutre dans l’usage que nous en faisons. Elle peut être lumineuse, constructive et orientée vers le bien ; ou sombre, perturbatrice, corrosive, voire saboteuse. Elle ne se manifeste pas toujours de façon spectaculaire. En réalité, elle agit souvent silencieusement. Une parole prononcée avec une intention pure peut encourager un frère en difficulté. Une parole prononcée à la légère, avec orgueil ou avec malice peut freiner l’enthousiasme, blesser et nuire à l’harmonie. La tradition initiatique nous enseigne que rien de ce qui se passe au Temple n’est superficiel. Chaque geste a une signification, chaque symbole une vibration, chaque présence porte en elle une qualité énergétique. Une loge n’est pas simplement un rassemblement de personnes dans un espace rituel ; c’est un champ vivant et fragile qui prospère grâce à la contribution intérieure de chaque individu.

Lorsque les Frères et Sœurs entrent dans le Temple avec une disposition sincère, un esprit droit et un esprit de service, ils y créent une énergie élevée, harmonieuse et féconde. En revanche, lorsque les rivalités, les murmures, les replis sur soi, le personnalisme ou une lassitude persistante s’installent, même le Temple en souffre. L’énergie positive n’est ni naïve ni un optimisme superficiel. Elle ne consiste pas à faire semblant que tout va bien. Il s’agit plutôt d’une force consciente et disciplinée, capable d’allier fermeté et bienveillance.

C’est l’énergie de ceux qui construisent sans fanfare, de ceux qui encouragent sans flatter, de ceux qui corrigent sans humilier, de ceux qui savent offrir une présence rassurante et soutenante. Dans le contexte maçonnique, cette énergie est profondément liée à l’idée de Lumière : non pas une lumière ornementale, mais une lumière qui oriente, qui distingue, qui révèle. Un frère ou une sœur animé(e) d’une énergie positive, même involontairement, devient souvent un point d’équilibre. Ce ne sont pas forcément ceux qui parlent le plus. Parfois, ce sont ceux qui écoutent le mieux, qui observent profondément, qui savent intervenir avec modération. Leur présence n’est pas envahissante : elle soutient. Elle n’impose pas : elle harmonise.

Et combien de fois, au cours d’une séance, une simple présence intérieurement ordonnée suffit à empêcher l’atmosphère de se dégrader, à ramener les débats à un ton plus élevé, à rappeler à chacun le sens de notre présence ensemble. Mais il existe une autre énergie, et il serait naïf de l’ignorer. C’est l’énergie qui divise, pollue et perturbe la confiance. Elle est négative, destructrice et saboteuse. Cela ne découle pas toujours d’une malveillance délibérée ; parfois, cela provient de blessures non cicatrisées, de frustrations, d’un besoin de reconnaissance, d’orgueil, d’envie ou d’un ego en quête constante de validation. Mais quelle que soit son origine, son effet est clair : cela détruit ce qui devrait être protégé.

Cette énergie peut se manifester de bien des façons : par des jugements hâtifs, des critiques stériles, par une tendance à toujours voir ce qui manque et jamais ce qui progresse, et par une propension à interpréter chaque choix d’autrui comme une attaque personnelle.

En semant le doute, la suspicion et le mécontentement. Dans l’art subtil du sabotage, qui souvent n’est pas manifeste mais opère en coulisses, érodant lentement la confiance mutuelle. Parfois, cela se cache même derrière des mots formellement corrects, mais intérieurement emplis de ressentiment. C’est là que le problème se complique, car le mauvais usage de l’énergie ne se limite pas au sens « mystique » ou symbolique du terme. Il touche à la vie concrète, au quotidien. Il s’agit de la manière dont nous choisissons d’utiliser nos énergies mentales, émotionnelles et spirituelles.

Il y a ceux qui utilisent leur énergie pour créer, inspirer, proposer, guérir. Et il y a ceux qui l’utilisent pour contrôler, manipuler, semer la confusion, freiner, rabaisser. Certains, en entrant dans une pièce, l’ouvrent. D’autres la referment. Certains insufflent le souffle. D’autres pèsent sur les autres. Le même phénomène se produit hors du Temple. Dans le monde profane, l’énergie est souvent mal employée : les conflits sont alimentés par leur pouvoir d’attraction, l’exagération est créée par l’excès destructeur, et l’on crie par manque d’intérêt pour le silence. On gaspille de l’énergie en disputes stériles, en paroles irresponsables, en compétitions vides de sens. Et, à long terme, ce gaspillage rend les gens fatigués, irritables, réactifs et incapables d’écouter. Cette même fatigue, si elle n’est pas reconnue et purifiée, peut s’infiltrer dans la Loge et contaminer un lieu qui devrait au contraire être un laboratoire de transformation.

Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier (xviiie siècle) et représentant les énergies conscientes et inconscientes se combinant pour guérir la personnalité

C’est pourquoi le travail maçonnique est aussi, profondément, un travail énergétique. Non pas au sens banal du terme, mais au sens le plus sérieux et intérieur. Il s’agit d’apprendre à reconnaître ce qui réside en nous. Cela signifie se poser honnêtement les questions suivantes : ce que j’apporte au Temple aujourd’hui est-il une aide ou un fardeau ? Mes paroles édifient-elles ou blessent-elles ? Mon silence est-il une forme de protection ou d’isolement ? Mon intervention découle-t-elle d’un désir de servir ou d’un besoin de se distinguer ?

L’un des grands enseignements de l’ésotérisme est que rien ne disparaît véritablement : tout se transforme. Même l’énergie négative, si elle est reconnue et rectifiée, peut devenir une source de conscience. La colère peut se muer en force morale. La douleur peut évoluer vers la compréhension. La déception peut se transformer en détachement mûr. L’envie peut devenir le reflet du travail restant à accomplir. Mais pour cela, la discipline intérieure est indispensable. Il faut avoir le courage de sonder son for intérieur. En ce sens, la devise alchimique Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem nous invite à visiter l’intérieur et, à travers un travail de rectification, à retrouver la pierre cachée.

Cela vaut également pour la vie en loge. Une communauté initiatique saine n’est pas une communauté où les tensions existent, mais une communauté où elles sont accueillies, comprises et transfigurées, sans pour autant les laisser dégénérer. Une loge mature n’est pas parfaite, mais elle est capable de préserver son propre centre. Pour ce faire, chaque membre est appelé à veiller sur lui-même. L’harmonie collective ne peut être atteinte sans responsabilité individuelle.

Albert Einstein écrit :

La vie, c’est comme faire du vélo : pour garder l’équilibre, il faut avancer.

C’est une phrase simple, mais profonde.

Même au niveau initiatique, l’équilibre n’est pas l’immobilité. C’est un mouvement conscient, un travail constant, une rectification continue. Celui qui s’arrête intérieurement stagne ; celui qui stagne accumule l’ombre ; et l’ombre, si on la laisse sans surveillance, finit par prendre le dessus. Dès lors, l’énergie positive devient un choix quotidien. Non pas un don réservé à quelques privilégiés, mais une pratique.

Bande d'amis, de copains heureux
Bande d’amis, de copains heureux

Nous choisissons l’énergie positive lorsque nous choisissons de comprendre plutôt que de réagir. Lorsque nous décidons de ne pas alimenter une spirale de sentiments négatifs. Lorsque nous offrons une parole bienveillante plutôt qu’une parole de circonstance. Lorsque nous œuvrons discrètement pour le bien commun sans rechercher la reconnaissance. Lorsque nous nous souvenons que chaque frère et chaque sœur mène des combats invisibles et mérite par conséquent respect, modération et sensibilité. L’individu en retire également de profonds bénéfices. Une personne qui gère soigneusement son énergie devient plus lucide, plus centrée et moins sujette à la dispersion.

Cela ne signifie pas ne pas souffrir, ne pas se mettre en colère, ni ne pas tomber. Cela signifie apprendre à ne pas s’installer durablement dans sa chute. Cela signifie se relever avec une vérité plus profonde. Cela signifie comprendre que la force n’est pas la dureté, mais la direction. En définitive, tout notre travail initiatique pourrait s’interpréter ainsi : apprendre à être des canaux purs. Laisser circuler en nous une énergie qui ne blesse, ne contamine ni n’humilie, mais qui au contraire illumine, fortifie et favorise notre épanouissement. Car chaque Loge, avant même d’être un lieu rituel, est un organisme subtil. Et tout organisme vit ou dépérit selon la qualité de l’énergie qui le traverse.

L’essentiel n’est peut-être pas la quantité d’énergie que nous possédons, mais la manière dont nous la dirigeons. Car la même force qui peut allumer une lampe peut aussi embraser une maison. Une même parole peut bénir ou blesser. Un même silence peut protéger ou condamner. Ainsi, la véritable tâche initiatique n’est pas d’accumuler du pouvoir, mais d’apprendre à le maîtriser.

La question demeure, au final : l’énergie que nous apportons au Temple génère-t-elle de la Lumière… ou invite-t-elle les autres à vivre dans les ténèbres ?

GLMF : les comptes de Félix Natali sauvés par la pierre, mais pas par sa qualité de gestionnaire

Certaines obédiences du paysage maçonnique français sont actuellement en très mauvaise posture financière, sociale ou parfois fraternelle par la dégradation des relations humaines. La rédaction a choisi de braquer ses projecteurs sur une des « big eight » : la Grande Loge Mixte de France (GLMF) une maison plus que quarantenaire. En effet, nous avons été interpelés par des membres ou ex membres sur de nombreux points concernant la gestion de l’équipe en poste. Cela concerne des aspects financiers inquiétants pour l’actuel Grand Maître Félix Natali ou encore des pratiques relationnelles et disciplinaires qui interrogent, de la part des deux Grands Maîtres adjoints n° 1 et 2.

Ces points sont suffisamment sérieux et documentés pour que la rédaction ait mené une enquête auprès des plaignants. Une série de trois articles vous permettra d’apprécier les dérives d’une maison maçonnique si discrète à l’ordinaire.  

Comptes 2025 : Félix Natali confronté à ses contradictions financières.

La publication des comptes 2025 de la GLMF offre une image paradoxale : celle d’une organisation affichant un excédent spectaculaire de plus de 708 000 euros… tout en reconnaissant elle-même une situation financière « toujours tendue ». Derrière le résultat au demeurant flatteur, l’examen détaillé des chiffres révèle une réalité beaucoup moins confortable : sans la vente d’un actif immobilier majeur, l’obédience resterait structurellement déficitaire. Vous avouerez que cela interroge et inquiète lorsqu’on sait que lorsqu’il quitte la rue Pétion, le nouveau siège de la GLMF, l’actuel Grand Maître Félix Natali est un CGP, autrement dit un conseiller en gestion de patrimoine. Cela pose question et nous allons tenter d’y répondre.

Un bénéfice largement artificiel

Le chiffre qui saute immédiatement aux yeux est l’excédent final de 708 366 €.

Présenté isolément, ce résultat pourrait laisser croire à un redressement spectaculaire. Pourtant, l’analyse du compte de résultat raconte une autre histoire. Le résultat d’exploitation demeure négatif à –57 060 €, tandis que le résultat courant avant impôts reste déficitaire à –62 516 €.

Le bénéfice final provient en réalité quasi exclusivement d’une opération exceptionnelle :

  • 1 475 000 € de produits exceptionnels liés à une cession d’immobilisation, c’est-à-dire la vente d’un bien immobilier ;
  • contre 704 118 € de valeur comptable des actifs cédés.

Autrement dit, la GLMF ne dégage pas aujourd’hui suffisamment de ressources par son activité normale pour équilibrer durablement ses comptes.

Son excédent 2025 repose principalement sur la liquidation d’une partie de son patrimoine. Cette distinction est essentielle. Car vendre un immeuble peut améliorer ponctuellement une trésorerie ; cela ne constitue pas un modèle économique dans une période où la GLMF ne communique plus et recrute relativement peu.

Une dépendance préoccupante au patrimoine historique

La vente du site de la rue de Bizerte marque un tournant stratégique majeur pour l’obédience. Les disponibilités passent ainsi de 5 732 € à plus de 1,07 million d’euros en un an. À court terme, cette opération soulage incontestablement la situation financière :

  • disparition quasi complète de l’endettement bancaire ;
  • renforcement spectaculaire de la trésorerie ;
  • amélioration de la situation nette.

Mais cette embellie pose une question de fond :

que restera-t-il lorsque les actifs cessibles auront disparu ?

Car les comptes montrent simultanément :

  • une baisse des cotisations ;
  • une diminution des prestations ;
  • un recul global des produits d’exploitation.

La dynamique opérationnelle ne semble donc pas suivre.

Des charges de gouvernance qui interrogent sérieusement

Dans un contexte officiellement qualifié de « tendu », certaines dépenses interrogent inévitablement sur les priorités de gestion.

Les comptes détaillent notamment :

  • – 42 557 € de déplacements liés au Conseil de l’Ordre ;
    – 48 810 € de déplacements pour le Convent ;
    – 18 356 € de déplacements des conseillers ;
    – hausse de 174 % des frais de représentation des loges GLMF.
    – 9 000 € des frais de location d’un local d’archives situé à presque 5 kms du siège de l’obédience, un non-sens.
    – 323 119 €/an de masse salariale en 2025, suite à l’embauche il y deux ans d’une directrice des services « comme dans les grandes obédiences pour faire plus crédible » selon les propres termes du Grand Maître. Une charge salariale inexplicable et injustifiée compte tenu de la situation financière actuelle. Il reste que depuis l’arrivée de Félix Natali la masse salariale a bondi de 66%.

Le problème est que ni l’activité, ni le chiffre d’affaires n’ont augmenté. Ainsi, rien ne justifie cet emploi supplémentaire qui plombe dangereusement les comptes de la GLMF.

La rédaction a eu accès à l’administrateur Internet de la GLMF, ce site Internet est destiné aux Loges. Notre surprise fut de constater que cet outil interne n’est pas mis à jour. Il faut en tirer la conclusion que ladite directrice des services doit être très occupée par ailleurs.

Christiane Vienne ancien GM

Autre point qui pose question, sous le mandat du Grand Maître Édouard Habrant durant la période COVID, des actions de communication externes avaient été mis en place. Pour l’exemple, une newsletter mensuelle, une revue semestrielle papier (Sisyphe), et surtout : Radio GLMF (Pierres de touche) qui émettait tous les dimanches matin avec une équipe de rédaction.

Avec Félix Natali, ce budget a été totalement supprimé. La radio est redevenue muette. Après Édouard Habrant, Christiane Vienne sa remplaçante avait officiellement chargé l’actuel Grand Maître adjoint Assad ASS∴ des relations presse avec 450.fm.

Durant les deux années suivantes, ce dernier n’a émis aucun article ni communiqué. Ce qui était probablement le signe avant-coureur d’un mal plus profond que nous voyons apparaitre actuellement et que nous détaillerons dans les prochains articles à venir sur cette série.

Pris isolément, aucun des postes de dépenses n’a nécessairement de caractère anormal. Mais leur accumulation peut rapidement donner le sentiment d’une gouvernance administrative lourde, coûteuse et éloignée des préoccupations de terrain d’une petite maison maçonnique qui ne grossit plus et qui devrait apprendre à vivre selon ses ressources.

Le contraste est d’autant plus marqué que la direction évoque déjà une possible augmentation future de la capitation. La question devient alors politique autant que comptable. L’effort qui sera demandé aux loges servira-t-il à développer la vie maçonnique… ou à maintenir une structure centrale de plus en plus onéreuse pour des services réduits ?

Une inflation des charges salariales

Les charges de personnel augmentent dangereusement :

Évolutions annuelles

PériodeCharges socialesÉvolution en €Évolution en %
2021 → 2023191 507 € → 195 035 €+3 528 €+1,84%
2023 → 2024195 035 € → 278 909 €+83 874 €+43,01%
2024 → 2025278 909 € → 323 119 €+44 210 €+15,85%
2021 → 2025191 507 € → 323 119 €+131 612 €+68,72%

Cette progression est significative dans une organisation dont les ressources d’exploitation stagnent ou diminuent. Les défenseurs de la direction y verront une professionnalisation nécessaire de la structure. Les critiques y liront plutôt le symptôme d’une bureaucratisation progressive : une administration qui continue de croître alors même que les ressources ordinaires s’érodent.

Un rapport de contrôle étonnamment consensuel

Le rapport des vérificateurs aux comptes retient également l’attention par son ton particulièrement bienveillant.

Le document insiste longuement sur :

  • « l’esprit fraternel » ;
  • « le climat de confiance » ;
  • les échanges « conviviaux et ouverts ».

En revanche, les interrogations de fond sur :

  • la soutenabilité du modèle économique ;
  • la dépendance aux cessions immobilières ;
  • la maîtrise des dépenses ;
  • l’évolution des cotisations ;

… restent très peu développées.

Cette approche peut nourrir un malaise chez certains membres qui attendraient d’un organe de contrôle interne une posture plus indépendante et plus exigeante vis-à-vis de la gouvernance financière.

Une question désormais incontournable

Les comptes 2025 ne révèlent ni fraude apparente ni irrégularité manifeste. Les dettes diminuent, la trésorerie est renforcée et la situation nette s’améliore fortement.

Mais ils révèlent autre chose : une organisation qui semble avoir retrouvé de l’oxygène moins grâce à la performance de son activité que grâce à la vente d’un héritage immobilier constitué au fil des décennies par les anciens. Et c’est peut-être là le véritable sujet. Car une institution peut vendre ses murs qu’une seule fois. Elle ne peut pas bâtir durablement son avenir sur cette seule stratégie, à moins qu’elle se prépare à fusionner avec une autre structure de même nature. La question est posée et nous y reviendrons dans les prochains articles à venir avec de plus amples détails.

La rédaction a sollicité la GLMF en la personne de son Grand Maître Félix Natali, afin d’obtenir certaines observations. À l’heure où nous publions, aucune réponse circonstanciée ne nous est encore parvenue. Si l’obédience souhaite faire valoir ses éléments d’explication, nous les publierons naturellement.

Par ailleurs, tel que nous le verrons prochainement, l’Obédience s’est livrée ces derniers mois à une politique disciplinaire perçue par certains membres comme brutale et disproportionnée en excluant, parfois au mépris du respect élémentaire de la législation, des membres ou des Loges qui assuraient pourtant un revenu dont la GLMF avait grand besoin. Les raisons invoquées furent pour le moins discutables et surtout aux antipodes de l’esprit fraternel que la maison GLMF portait depuis quatre décennies.

Le prochain volet traitera d’une affaire pour le moins très trouble, qui donne des signes assez inquiétants, quant à la sérénité de l’actuelle gouvernance. Puis nous braquerons ensuite les projecteurs sur certaines méthodes de gestion humaine et disciplinaire de cette obédience

là où les chiffres cessent d’être seulement des chiffres pour devenir le symptôme d’un climat jadis fraternel en phase de dégradation… à suivre ci-dessous.

Autres articles de cette série

Antimaçonnisme 2.0 : quand la théorie du complot se prend pour de la résistance

Analyse d’une vidéo conspirationniste qui illustre les ressorts d’un discours aussi ancien que dangereux

Un genre très ancien dans un emballage moderne

L’antimaçonnisme n’est pas né sur YouTube. Il est vieux de plusieurs siècles. Dès la création des premières grandes loges au XVIIIe siècle, des pamphlets accusent les francs-maçons de comploter contre les rois, les Églises, les nations. En 1738, le pape Clément XII publie la première bulle pontificale condamnant la franc-maçonnerie. En 1797, l’abbé Barruel publie ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, attribuant la Révolution française à un complot maçonnique. Ces textes fondateurs posent une structure narrative qui n’a pratiquement pas changé depuis : une société secrète toute-puissante, des preuves que personne ne peut voir, un danger imminent pour l’humanité.

La vidéo analysée ici reproduit fidèlement cette structure, en y ajoutant simplement les technologies et les angoisses du XXIe siècle : pandémies, armes météorologiques, « complexe numérico-financier », censure sur internet.

L’architecture du délire : comment ça fonctionne

Ce type de vidéo ne cherche pas à convaincre par la preuve. Il cherche à immerger le spectateur dans un univers de sens total où tout devient cohérent, où plus rien n’est dû au hasard, où chaque événement historique trouve sa place dans un grand récit.

Les chercheurs en sciences cognitives appellent cela le « proportionnality bias » : la tendance humaine à croire que les grands événements ont nécessairement de grandes causes. Une pandémie mondiale ne peut pas être le fruit d’un accident naturel — il doit y avoir un coupable à la hauteur du désastre. Une crise financière ne peut pas résulter de la complexité des marchés — il doit y avoir des mains qui tirent les ficelles.

La vidéo exploite cette tendance avec habileté. Elle commence par établir une liste impressionnante de faits vrais et vérifiables — oui, de nombreux dirigeants américains ont appartenu à des loges maçonniques, oui, des révolutionnaires du XIXe siècle étaient franc-maçons — pour glisser progressivement vers des affirmations invérifiables et absurdes.

C’est la technique dite du « fil de l’araignée » : on fait entrer le spectateur par une porte raisonnable, et on referme derrière lui.

Le problème de la preuve

Thermométre de l’antimaçonnisme, la température grimpe, jusqu’où….

La vidéo prétend s’appuyer sur des « milliers de documents explosifs » compilés par des « repentis de haut grade. » Ces documents sont décrits comme scellés « sous contrôle juridique et notarial partout dans le monde. » Autrement dit : vous ne pouvez pas les voir, mais ils existent, et leur existence même prouve leur importance.

Ce raisonnement est circulaire et, en logique formelle, invalide. Une affirmation qui ne peut pas être réfutée n’est pas une preuve — c’est une croyance. Karl Popper a montré il y a un siècle que la falsifiabilité est la condition minimale de toute proposition scientifique. Or les théories du complot sont construites précisément pour ne jamais pouvoir être réfutées : si vous demandez des preuves, c’est que vous êtes naïf ou complice ; si les preuves n’existent pas, c’est qu’elles ont été censurées ; si un expert contredit la thèse, c’est qu’il appartient au complot.

La liste : le grand mélange

L’un des passages les plus révélateurs de la vidéo est sa liste de « francs-maçons criminels » où figurent pêle-mêle : Napoléon Bonaparte, Karl Marx, Joseph Staline, Lénine, Trotski, des présidents américains, Gustave Eiffel, Enrico Fermi (physicien ayant travaillé sur la bombe atomique) et Buzz Aldrin.

Cette liste pose un problème logique élémentaire. Marx et les présidents capitalistes américains étaient des adversaires idéologiques absolus. Staline et les présidents américains ont failli déclencher une guerre nucléaire. Napoléon et Wellington (également cité) se sont combattus à Waterloo. Si tous ces hommes obéissaient aux mêmes « maîtres suprêmes » de la franc-maçonnerie, pourquoi se sont-ils affrontés si violemment ?

La réponse conspirationniste est toujours prête : « c’était un spectacle pour tromper les peuples. » Ce faisant, la théorie se rend imperméable à toute contradiction. C’est la marque d’une pensée fermée, pas d’une enquête sérieuse.

L’antisémitisme en filigrane

Histoire politique de l'antisémitisme en France-De 1967 à nos jours
Histoire politique de l’antisémitisme en France-De 1967 à nos jours

Le texte mentionne en passant que la critique de la franc-maçonnerie est « intelligemment associée au nazisme antisémite », en s’en indignant. Mais il est important de rappeler ici le contexte historique : l’antimaçonnisme et l’antisémitisme ont été historiquement liés dans la propagande d’extrême droite, notamment dans les Protocoles des Sages de Sion (faux document fabriqué par la police secrète tsariste au début du XXe siècle), qui mêlait complot juif et complot maçonnique. La vidéo ne cite pas les Juifs explicitement, mais elle reprend une structure narrative dont l’origine et les usages historiques sont bien documentés.

Les « armes météorologiques » et les pandémies fabriquées

La vidéo affirme que les pandemies — Covid-19 (« plandémie des chauves-souris »), grippe aviaire, vache folle, variole du singe — sont « des substances cultivées dans leurs propres laboratoires » par les francs-maçons.

Cette affirmation est contredite par l’ensemble de la littérature scientifique sur ces maladies. L’ESB (vache folle) a pour origine l’alimentation de bovins avec des farines animales contaminées, documentée dès les années 1980. La grippe aviaire H5N1 est un virus aviaire qui franchit la barrière des espèces, phénomène bien compris en virologie. Quant à SARS-CoV-2, les études sur son origine font l’objet d’un débat scientifique sérieux (transmission zoonotique naturelle ou accident de laboratoire), mais aucune ne pointe vers une fabrication intentionnelle par une société secrète.

L’assertion sur les « armes météorologiques » relève du même registre. Si des programmes de modification météorologique existent (ensemencement de nuages, notamment), l’idée que des francs-maçons contrôlent le climat mondial n’est étayée par aucune donnée.

Le « Nuremberg 2 » : quand la rhétorique devient dangereuse

« Pseudoscience in Naziland », essai de Willy Ley, paru dans le magazine de science-fiction Astounding, mai 1947. Illustration de B. Tiedeman.

La fin du texte appelle à un « tribunal mondial » où les « pillards » seraient jugés, leurs biens confisqués. Elle accuse les « censeurs » d’internet de « complicité de génocide. »

Cette rhétorique n’est pas anodine. L’appel à un « Nuremberg 2 » est récurrent dans les milieux complotistes depuis la pandémie de Covid-19, et il a des effets concrets. En désignant des catégories entières de personnes — journalistes, scientifiques, politiques, « francs-maçons » — comme coupables d’un génocide planifié, ce discours fournit une justification morale à la violence. On ne juge pas pour cela les croyants sincères dans ces théories, mais il faut nommer clairement ce mécanisme.

Des études sur la radicalisation montrent que le passage à l’acte violent suit presque toujours une phase de déshumanisation rhétorique de l’ennemi. « Ils nous exterminent » est souvent l’étape précédant « nous devons les arrêter à tout prix. »

Pourquoi ces vidéos fonctionnent

Il serait confortable de penser que seules les personnes peu éduquées ou fragiles sont sensibles à ces discours. C’est faux. Des études montrent que la croyance aux théories du complot transcende les niveaux d’éducation et les catégories sociales. Elle répond à des besoins psychologiques profonds : besoin de sens face au chaos, besoin d’un ennemi identifiable face à des problèmes complexes, besoin d’appartenir à un groupe qui « sait » face à un sentiment d’impuissance.

La vidéo satisfait ces besoins de manière très efficace. Elle offre une explication totale (tout est lié), un ennemi identifiable (les francs-maçons de haut grade), une communauté de résistants (« nous »), et un sentiment de supériorité épistémique (« nous savons ce que les autres ignorent »).

Ce que la franc-maçonnerie est réellement

Pour être complet, il faut rappeler ce qu’est la franc-maçonnerie dans la réalité documentée. Il s’agit d’une confraternité philosophique et initiatique, fondée au XVIIIe siècle, qui regroupe aujourd’hui environ six millions de membres dans le monde. Elle est organisée en loges autonomes sous l’autorité de grandes loges nationales, sans hiérarchie mondiale unifiée — ce qui contredit déjà structurellement l’idée d’un « commandement suprême » mondial.

Ses principes déclarés sont la liberté de conscience, la fraternité, la philanthropie. Ses membres sont tenus à une discrétion sur leurs rituels internes, ce qui alimente les fantasmes, mais cette discrétion n’est pas le secret absolu que décrivent les conspirationnistes. De nombreux francs-maçons parlent ouvertement de leur appartenance ; des historiens sérieux ont accès aux archives des loges ; des musées maçonniques existent partout dans le monde.

Cela ne signifie pas que des réseaux d’influence informels n’existent pas au sein des loges — comme ils existent dans tout club, association professionnelle ou parti politique. Mais un réseau d’influence est très différent d’une organisation criminelle mondiale orchestrant pandémies et guerres depuis des siècles.

Conclusion : le vrai danger

La vidéo analysée ici n’est pas une curiosité inoffensive. Elle illustre un phénomène documenté et préoccupant : la montée des récits conspirationnistes totalisant, amplifiée par les algorithmes des plateformes numériques qui favorisent les contenus suscitant de fortes réactions émotionnelles.

Elle est « hors sol », dans le sens où elle flotte dans un univers coupé des méthodes de vérification communes. Mais elle n’est pas sans conséquences. Elle érode la confiance dans les institutions, disqualifie les experts, prépare psychologiquement ses spectateurs à rejeter toute information contredisant le récit.

La meilleure réponse n’est pas le mépris ou l’ignorance, mais l’analyse rigoureuse — exactement ce genre de décryptage qui montre, mécanisme par mécanisme, comment ce type de discours construit son emprise.

Sources recommandées pour approfondir : Gérald Bronner, « La démocratie des crédules » (2013) ; Daniel Pipes, « Le complot : Comment la paranoia politique s’est emparée du monde occidental » ; les travaux de l’Observatoire du conspirationnisme (Conspiracy Watch).

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Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Avec Le Rite Moderne d’Écosse – Une franc-maçonnerie spirituelle pour le XXIe siècle, Laurent Jaunaux offre bien davantage qu’un ouvrage de présentation rituelle. Il propose une méditation dense sur la capacité de la franc-maçonnerie à demeurer vivante lorsqu’elle accepte de recevoir l’héritage sans l’embaumer, de transmettre sans répéter, d’inventer sans rompre.

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Entre mémoire écossaise, souffle celtique, imaginaire arthurien, spiritualité non dogmatique et exigence initiatique, ce livre ouvre une voie rare, celle d’une tradition qui ne se contente pas de conserver la lumière, mais cherche encore à la faire circuler.

Il est des ouvrages maçonniques qui décrivent, classent, ordonnent, expliquent

Celui de Laurent Jaunaux appartient à une autre famille. Il ne se contente pas de présenter le Rite Moderne d’Écosse, il en donne à sentir la nécessité intérieure, la lente venue, la cohérence profonde, comme si un rite nouveau ne pouvait naître qu’à partir d’une mémoire longuement travaillée par le désir de transmettre autrement. Le Rite Moderne d’Écosse n’est donc pas seulement le livre d’un fondateur ou d’un organisateur.

Il est le témoignage d’une conscience maçonnique qui refuse de choisir entre l’ancien et le futur, entre la fidélité aux sources et l’appel d’un monde bouleversé.

Laurent Jaunaux occupe ici une place singulière

Reçu franc-maçon en 1991 dans une loge à l’Orient de Rueil-Malmaison travaillant au Rite Écossais Ancien et Accepté, il a parcouru l’Europe maçonnique, rencontré des Frères marquants, noué des fidélités intellectuelles et spirituelles, approfondi le Rite Écossais Rectifié, devenu l’un de ses axes majeurs depuis 2002, avant de rejoindre la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra en 2012.

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CBCS-anneau

Chevalier bienfaisant de la Cité sainte (CBCS) et 33e, actuel Grand Maître de la Grande Loge Franco-Maltaise, il est aussi l’administrateur du site « franc-maçonnerie française », fondé en 1995, espace de ressources devenu familier à de nombreux chercheurs.

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Son livre Le rituel des Anciens ou édition 6004 du Guide des Maçons Écossais, publié chez Dervy en 2004, avait déjà montré son attention aux filiations rituelles, aux textes fondateurs et aux permanences symboliques. Ses nombreux articles sur le REAA, le RER, les traditions chevaleresques, les sources jacobites, les rituels d’installation ou la gestuelle de l’épée et du chapeau dessinent une œuvre patiente, toujours soucieuse d’articuler histoire, rite et intériorité.

Ce nouveau livre prolonge cette trajectoire en lui donnant une ampleur particulière

Le Rite Moderne d’Écosse apparaît comme un rite jeune, né au début du XXIe siècle, mais il ne surgit pas ex nihilo. Il s’enracine dans les courants écossais introduits en France au XVIIIe siècle, dans la mémoire de la Stricte Observance Templière (SOT), dans l’ombre portée du Régime Écossais Rectifié, dans le Rite Standard d’Écosse, dans les résonances celtiques et arthuriennes, dans cette matière légendaire où la quête du Graal devient moins un récit médiéval qu’une grammaire de l’âme. Laurent Jaunaux ne cherche pas à fabriquer une antiquité artificielle. Il assume au contraire le caractère contemporain du rite, tout en montrant que la nouveauté véritable ne vaut que lorsqu’elle demeure reliée à une profondeur.

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle
Tablier GMP SOT – Nos Colonnes

C’est là que le livre prend toute sa force

Le Rite Moderne d’Écosse ne se présente pas comme une addition d’emprunts, mais comme une architecture spirituelle. Ses dix grades ne sont pas de purs degrés administratifs ou honorifiques. Ils dessinent un itinéraire. Nous y voyons se déployer une pédagogie de l’être, depuis les fondements symboliques de la loge jusqu’aux perspectives chevaleresques, depuis l’apprentissage de la mesure jusqu’à l’épreuve de la fidélité, depuis le travail sur soi jusqu’à la responsabilité envers le monde. La référence à la Table Ronde n’est pas une coloration romanesque. Elle rappelle que toute quête initiatique véritable suppose une communauté de chercheurs, une égalité devant l’idéal, une discipline intérieure et cette tension vers une lumière qui n’appartient à personne parce qu’elle oblige chacun.

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

L’ouvrage affronte aussi une question décisive pour notre temps

Comment une franc-maçonnerie spirituelle peut-elle parler aux femmes et aux hommes du XXIe siècle sans devenir religieuse au sens confessionnel, sans se dissoudre dans l’individualisme contemporain, sans céder à la pure sociabilité, sans perdre sa part de mystère et d’exigence.

La réponse de Laurent Jaunaux tient dans une ligne fine, exigeante, parfois audacieuse

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle
Laurent Jaunaux

Le Rite Moderne d’Écosse affirme une spiritualité ouverte, sans dogme imposé, où la croyance n’est pas une condition d’entrée dans la quête, mais où la quête ne renonce jamais à l’invisible, au symbole, à la verticalité. Cette position est précieuse. Elle rappelle que la liberté de conscience n’est pas un vide, mais un espace intérieur où peut naître une parole juste.

La place donnée aux femmes et aux hommes dans une même aventure initiatique mérite également d’être soulignée

Le Rite Moderne d’Écosse assume une pratique mixte, ou du moins une hospitalité spirituelle capable de penser ensemble les polarités humaines. Cette ouverture rejoint la logique profonde d’un rite qui entend parler à l’être humain complet, à sa mémoire, à son intelligence, à sa sensibilité, à son désir de beauté, à son exigence de vérité. Dans un temps où la franc-maçonnerie doit sans cesse se demander comment transmettre sans appauvrir, accueillir sans affadir, renouveler sans disperser, ce livre apporte une réponse méditée.

Le plus beau, peut-être, réside dans la manière dont Laurent Jaunaux fait dialoguer les héritages.

Le celtisme, l’arthurianisme, la chevalerie, l’écossisme, le rectifié, le monde du métier, la symbolique de la lumière et de la parole ne sont jamais plaqués les uns sur les autres. Ils composent une constellation. Le lecteur comprend alors qu’un rite n’est pas seulement un protocole. Il est une mémoire en acte. Il est une manière d’habiter le temps. Il est une méthode pour faire passer l’homme de la dispersion à l’unité, de la curiosité à l’engagement, de l’opinion à la conscience. C’est précisément ici que l’ouvrage touche à une vérité maçonnique essentielle. La tradition ne survit pas par conservation extérieure. Elle demeure lorsqu’elle est travaillée, comprise, vécue, transmise par des êtres qui acceptent d’en devenir les serviteurs lucides.

La préface de Michel Maffesoli donne à l’ensemble une assise intellectuelle particulièrement juste

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle
Michel Maffesoli

Né en 1944 à Graissessac, ancien élève de Gilbert Durand et de Julien Freund, professeur émérite à l’université Paris-Descartes, Michel Maffesoli a consacré une part essentielle de son œuvre à la puissance de l’imaginaire, aux formes communautaires du lien social, aux rites du quotidien et à cette postmodernité où l’homme ne se comprend plus seulement par la raison abstraite, mais par les appartenances, les symboles, les affects, les mythes et les fidélités partagées. Sa présence en ouverture du livre éclaire immédiatement le projet de Laurent Jaunaux en le replaçant dans une interrogation plus vaste sur l’Esprit du temps, sur la manière dont une tradition initiatique peut entendre les mutations du siècle sans se dissoudre en elles. Michel Maffesoli saisit bien que la franc-maçonnerie ne peut survivre par pure conservation extérieure. Elle doit retrouver une capacité de reprise, de transformation et d’enracinement dynamique. Ce n’est pas le changement pour lui-même qui importe, mais la métamorphose fidèle, celle qui permet à l’ancien de redevenir fécond.

Cette préface donne ainsi au Rite Moderne d’Écosse une profondeur de perspective

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Michel Maffesoli y perçoit moins une construction rituelle récente qu’une réponse spirituelle à l’épuisement des grands récits rationnels et à la soif contemporaine de communautés de sens. Là où la modernité a souvent isolé l’individu dans l’abstraction, le rite réapprend le lien, la présence, la parole partagée, la force du symbole et la densité du vécu. En cela, la pensée de Michel Maffesoli rencontre naturellement la démarche de Laurent Jaunaux. Tous deux rappellent, chacun depuis son lieu, que la tradition n’est vivante que lorsqu’elle accepte de respirer dans son époque, sans renier ce qui la fonde.

La postface de Philippe Michel prolonge cette lecture en la ramenant vers l’expérience fraternelle et la réalité vécue du chemin initiatique

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle
Philippe Michel

Philippe Michel ne se contente pas de saluer l’entreprise de Laurent Jaunaux. Il en mesure la portée intérieure, avec le regard de celui qui sait que la franc-maçonnerie n’est pas seulement affaire de textes, de grades ou d’institutions, mais d’hommes et de femmes engagés dans une transformation réelle d’eux-mêmes. Sa postface insiste sur la liberté, sur le sens, sur l’exigence d’une quête qui ne doit ni s’enfermer dans le dogme ni se perdre dans l’indétermination. Elle rappelle que le Rite Moderne d’Écosse n’a de valeur que s’il demeure une voie, c’est-à-dire un passage, une marche, une manière d’unir mémoire et devenir, tradition et conscience, héritage reçu et responsabilité transmise.

Philippe Michel donne ainsi au livre une dernière respiration fraternelle

Il ne ferme pas l’ouvrage. Il l’ouvre vers ceux qui auront à faire vivre ce rite, à l’éprouver, à l’habiter, à en vérifier la fécondité dans la durée.

Le cœur du livre demeure pourtant bien la voix de Laurent Jaunaux, voix à la fois érudite et habitée, rigoureuse et fraternelle

Nous sentons chez lui une volonté de montrer que la franc-maçonnerie n’a pas seulement un passé glorieux à commenter, mais une œuvre à poursuivre. La spiritualité maçonnique n’est pas une fuite hors du siècle. Elle est une manière de répondre à ses fractures, à ses fatigues, à ses déracinements, en réouvrant le chemin du symbole, de la lenteur, de la parole donnée, de la lumière partagée.

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Le Rite Moderne d’Écosse – Une franc-maçonnerie spirituelle pour le XXIe siècle est ainsi un livre de fondation et de clarification. Il intéressera les historiens des rites, les maçons attentifs aux filiations, les chercheurs de sens, les amoureux des traditions chevaleresques et celtiques, mais aussi tous ceux qui pressentent que la franc-maçonnerie ne pourra rester vivante qu’en retrouvant son audace première. Non l’audace de rompre pour rompre, mais celle de faire refleurir l’ancien dans une forme intelligible à notre temps.

Avec Laurent Jaunaux, le Rite Moderne d’Écosse apparaît comme une pierre nouvelle posée sur un chantier très ancien

Le Rite Moderne d’Écosse, ou la tradition retrouvée par l’audace spirituelle

Une pierre encore fraîche, mais déjà orientée. Une pierre qui ne prétend pas remplacer les colonnes reçues, mais ajouter sa vibration propre à l’édifice commun. Et c’est peut-être cela, au fond, la vraie modernité initiatique, non pas courir après le siècle, mais lui rappeler que toute lumière digne de ce nom vient de plus loin que nous et nous demande d’aller plus loin que nous-mêmes.

Le Rite Moderne d’Ecosse – Une franc-maçonnerie spirituelle pour le XXIe siècle

Laurent Jaunaux – Michel Maffesoli (préf.) – Philippe Michel (postf.)

Publié à compte d’auteur, 2026, 384 pages, 25 €

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La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

Les fondations opératives : de la pierre à l’identité

L’origine de la Maçonnerie de la Marque remonte à l’univers concret et laborieux des bâtisseurs médiévaux. Bien avant de devenir un système symbolique et initiatique, la « marque » fut d’abord un outil de reconnaissance professionnelle utilisé sur les grands chantiers de construction de cathédrales, d’abbayes et de fortifications de l’Europe médiévale. Les tailleurs de pierre, organisés en corporations hiérarchisées et hautement spécialisées, gravaient sur chaque bloc façonné un signe distinctif, généralement composé de formes géométriques simples : triangles, croix, étoiles, lignes entrecroisées ou figures abstraites. Cette marque individuelle constituait une véritable signature artisanale.

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

Dans le contexte des immenses chantiers gothiques des XIIe au XVe siècles, où plusieurs dizaines, voire des centaines, d’ouvriers pouvaient travailler simultanément, cette pratique répondait à des nécessités techniques, administratives et économiques.

Le premier objectif relevait du contrôle de la qualité. Les maîtres d’œuvre et surveillants des travaux devaient pouvoir identifier rapidement l’artisan responsable d’une pierre défectueuse, mal taillée ou non conforme aux plans de construction. La marque permettait ainsi d’assurer une forme de traçabilité du travail et favorisait le maintien d’un haut niveau d’exigence technique sur les chantiers.

Le second objectif portait sur la rémunération des ouvriers. Les tailleurs de pierre étant souvent payés à la tâche, c’est-à-dire au nombre de pierres correctement exécutées, les marques servaient de système de comptabilité professionnelle. Chaque pierre marquée témoignait du travail accompli par un artisan donné, ce qui permettait aux administrateurs du chantier d’évaluer précisément sa production et d’établir sa paie. Dans une société où les mécanismes administratifs demeuraient relativement rudimentaires, la marque constituait donc un instrument essentiel de gestion et d’organisation du travail.

Cependant, la marque ne se limitait pas à une simple fonction utilitaire. Elle participait également à la construction de l’identité professionnelle du maçon. À travers elle, l’ouvrier affirmait son appartenance à une communauté de métier régie par des règles précises, des savoir-faire transmis par apprentissage et une culture corporative forte. La marque devenait dès lors le signe visible d’une réputation, d’une compétence et d’une reconnaissance par les pairs.

Du point de vue historiographique, l’une des étapes majeures de l’évolution de cette pratique vers une institutionnalisation plus formelle a lieu en Écosse à la fin du XVIe siècle. En 1598, William Schaw, Maître des Travaux du roi Jacques VI d’Écosse, promulgua les célèbres Statuts Schaw, texte fondamental de l’histoire de la maçonnerie opérative écossaise. Ces statuts visaient à réorganiser les loges de métier, à renforcer leur discipline interne et à normaliser les procédures d’admission des membres.

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

L’article 13 revêt une importance particulière pour l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Il y est explicitement indiqué que l’admission d’un compagnon ou d’un maître devait être officiellement enregistrée et que son nom ainsi que « sa marque » devaient être inscrits dans les registres de la loge. Cette mention démontre que la marque possédait déjà une valeur institutionnelle reconnue, dépassant le simple usage pratique du chantier pour devenir un élément constitutif de l’identité maçonnique elle-même.

Au cours du XVIIe siècle, les loges écossaises commencèrent progressivement à accueillir des membres non opératifs, souvent issus de la noblesse, de la bourgeoisie lettrée ou des milieux intellectuels. Ces « gentlemen masons » ou « maçons acceptés » n’exerçaient pas le métier de tailleur de pierre mais étaient attirés par le prestige, les valeurs morales et les traditions symboliques des loges. Fait significatif, ces nouveaux membres adoptèrent eux aussi une marque personnelle, alors même qu’ils ne taillaient aucune pierre.

Ce transfert de la marque du domaine strictement professionnel vers un registre symbolique constitue une évolution fondamentale. La marque cesse progressivement d’être uniquement un signe de propriété ou de rémunération pour devenir l’expression d’une identité initiatique et spirituelle. Elle symbolise désormais la place de l’individu dans l’édifice collectif, sa responsabilité morale, ainsi que l’empreinte personnelle qu’il laisse dans l’œuvre commune.

Ainsi, la Maçonnerie de la Marque apparaît comme l’héritière directe d’une tradition opérative authentique, dans laquelle un geste technique concret — marquer une pierre — s’est progressivement chargé d’une profondeur symbolique et philosophique. Ce passage de l’outil administratif à l’emblème initiatique illustre parfaitement l’évolution générale de la franc-maçonnerie : le déplacement d’un métier de bâtisseurs vers une démarche de construction intérieure et morale de l’homme.

 

La transition spéculative et la genèse du grade (XVIIIe siècle)

Au cours du XVIIIe siècle, la pratique ancienne de la marque connut une transformation décisive. Ce qui n’était jusque-là qu’un signe professionnel hérité des usages opératifs devint progressivement un véritable grade initiatique intégré à la maçonnerie spéculative naissante. Cette évolution ne se fit ni de manière soudaine ni selon un plan centralisé ; elle résulta d’un développement progressif, empirique et parfois disparate au sein des loges britanniques, particulièrement en Écosse et en Angleterre.

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

La franc-maçonnerie spéculative, née officiellement avec la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717, avait déjà commencé à réinterpréter les outils, gestes et traditions des anciens métiers de bâtisseurs dans une perspective morale et philosophique. Dans ce contexte, la « marque » acquit une portée symbolique nouvelle : elle ne représentait plus seulement la signature d’un artisan sur une pierre, mais devenait l’expression de l’identité spirituelle du maçon et de sa participation consciente à la construction du « Temple intérieur ».

À cette époque, la tradition de la Marque ne constituait pas encore un grade autonome, clairement structuré, comme elle le deviendra plus tard. Elle se présentait plutôt sous la forme de deux degrés distincts, généralement conférés au sein des Loges symboliques —également appelées « Loges bleues » — selon l’avancement maçonnique du récipiendaire.

Le premier degré était celui de l’Homme de la Marque (Mark Man). Il était habituellement conféré aux Compagnons et mettait l’accent sur les notions de travail, de responsabilité individuelle et de reconnaissance du mérite. Le candidat y recevait sa propre marque personnelle, symbole de son engagement dans l’œuvre collective et de la valeur de son travail.

Le second degré, celui de Maître de la Marque (Mark Master), était réservé aux Maîtres Maçons. Il développait une dimension plus élaborée, associée à la fidélité, à l’intégrité morale et à la reconnaissance de la véritable valeur de l’ouvrier. Ce grade s’inscrivait progressivement dans le cycle des récits symboliques liés à la construction du Temple de Salomon, thème central de la maçonnerie spéculative du XVIIIe siècle.

L’émergence de ces degrés témoigne de la volonté des loges de prolonger et d’enrichir les enseignements symboliques des trois grades fondamentaux d’Apprenti, Compagnon et Maître. La Marque offrait un espace supplémentaire pour développer des thèmes essentiels tels que le mérite personnel, la justice dans la rémunération du travail, la rectitude morale et la relation entre l’individu et l’édifice collectif.

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

D’un point de vue documentaire, l’une des plus anciennes attestations de la pratique organisée de la Maçonnerie de la Marque remonte à 1758, dans les règlements de la loge Kilwinning Doric n° 68 de Port-Glasgow, en Écosse. Cette mention est historiquement importante car elle démontre que le grade était déjà suffisamment établi pour figurer dans les usages officiels d’une loge. L’Écosse joua d’ailleurs un rôle essentiel dans la préservation des anciennes traditions opératives et dans leur transmission aux formes spéculatives de la franc-maçonnerie.

En Angleterre, la première preuve historiquement attestée de la communication du grade remonte au 1er septembre 1769. Ce jour-là, Thomas Dunckerley, figure majeure de la maçonnerie britannique du XVIIIe siècle, conféra les grades de Mark Mason et de Mark Master au sein du Royal Arch Chapter of Friendship à Portsmouth.

La personnalité de Thomas Dunckerley mérite une attention particulière dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Officier de marine, administrateur énergique et organisateur influent de la franc-maçonnerie anglaise, Dunckerley joua un rôle central dans la diffusion de plusieurs hauts grades maçonniques, notamment l’Arche Royale et les grades associés. Son action contribua à donner une légitimité croissante à la tradition de la Marque au sein de la maçonnerie anglaise.

Le fait que la cérémonie ait été pratiquée dans un Chapitre de l’Arche Royale est également révélateur. Durant le XVIIIe siècle, les frontières entre les différents systèmes de grades demeuraient encore relativement fluides. De nombreuses loges, chapitres et corps maçonniques expérimentaient de nouveaux rituels ou combinaient diverses traditions symboliques. La Maçonnerie de la Marque se développa ainsi dans un environnement de forte créativité rituelle, avant de chercher progressivement une structure institutionnelle plus stable.

Cette période constitue donc une phase charnière dans l’histoire du grade. La Marque cesse d’être une simple survivance opérative ou une formalité administrative pour devenir un véritable enseignement initiatique. Le symbole de la marque personnelle acquiert alors une profondeur philosophique nouvelle : il ne désigne plus seulement l’auteur d’un travail matériel, mais devient le signe de la responsabilité morale de l’homme face à son œuvre, à ses engagements et à la postérité de ses actes.

En définitive, le XVIIIe siècle marque la véritable naissance de la Maçonnerie de la Marque en tant que système symbolique autonome. Héritière des pratiques opératives médiévales, nourrie par l’imagination spéculative des loges britanniques et portée par des figures influentes comme Thomas Dunckerley, elle s’impose progressivement comme l’un des développements les plus significatifs et les plus populaires de la franc-maçonnerie des hauts grades.

La crise d’intégration et l’institutionnalisation de la Maçonnerie de la Marque au XIXe siècle

Le XIXe siècle constitue une période décisive dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Alors que le grade avait connu au XVIIIe siècle une diffusion importante et une popularité croissante dans les loges britanniques, il se heurta désormais à une question fondamentale : celle de sa légitimité institutionnelle au sein de la franc-maçonnerie officielle anglaise. Cette crise allait profondément remodeler l’organisation du grade et influencer durablement son développement international.

L’Acte d’Union de 1813 et l’exclusion de la Marque

L’événement central de cette période fut la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre (United Grand Lodge of England, UGLE). Cette nouvelle institution naquit de la réconciliation des deux principales obédiences maçonniques anglaises qui s’opposaient depuis plusieurs décennies : la Grande Loge des « Modernes », fondée en 1717, et celle des « Anciens », apparue en 1751.

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

Cette fusion visait à mettre fin aux divisions doctrinales, rituelles et administratives qui fragilisait la maçonnerie anglaise. Afin de garantir l’unité de la nouvelle obédience, les négociateurs du Traité d’Union cherchèrent à définir avec précision ce qui devait constituer la « pure et ancienne Maçonnerie ».

L’article II du traité énonça alors une formule appelée à devenir célèbre : « La pure et ancienne Maçonnerie consiste en trois degrés et pas davantage, à savoir : Apprenti, Entré, Compagnon du Métier et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. »

Cette déclaration revêtait une portée considérable. En ne reconnaissant officiellement que trois grades symboliques — auxquels s’ajoutait explicitement l’Arche Royale — le texte excluait implicitement tous les autres degrés qui s’étaient multipliés au cours du XVIIIe siècle.

Le grade de la Marque, pourtant largement pratiqué et apprécié dans de nombreuses loges anglaises, ne figurait pas dans cette définition. Son omission entraîna donc son exclusion de la structure officielle de la maçonnerie symbolique anglaise. La situation était d’autant plus paradoxale que nombre de maçons considéraient déjà la Marque comme un complément naturel du grade de Maître Maçon, voire comme une étape indispensable à la compréhension complète de l’Arche Royale.

Cette exclusion ne signifiait cependant pas la disparition du grade. Bien au contraire, la Maçonnerie de la Marque continua d’être pratiquée activement dans plusieurs régions britanniques. Mais son statut devenait désormais ambigu : populaire dans les usages, elle demeurait institutionnellement marginalisée.

Une tension entre orthodoxie institutionnelle et pratique maçonnique

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

Le débat autour de la Marque illustre les tensions qui traversèrent la franc-maçonnerie anglaise du XIXe siècle. D’un côté, l’UGLE cherchait à imposer une définition stricte et stabilisée de la régularité maçonnique afin de préserver l’unité de l’obédience nouvellement créée. De l’autre, de nombreux maçons souhaitaient maintenir des traditions rituelles anciennes qu’ils considéraient légitimes et profondément enracinées dans l’histoire de l’Ordre.

La Marque occupait une position particulière dans cette controverse. Contrairement à certains hauts grades plus ésotériques ou chevaleresques apparus au XVIIIe siècle, elle revendiquait une filiation directe avec les traditions opératives des anciens bâtisseurs. Beaucoup estimaient donc qu’elle relevait naturellement du patrimoine fondamental de la maçonnerie.

Cette tension entre exclusion officielle et popularité réelle créa une situation instable pendant plusieurs décennies. Certaines loges continuaient à pratiquer discrètement le grade, tandis que d’autres cherchaient à obtenir sa reconnaissance officielle. Les tentatives de compromis se multiplièrent sans succès.

La création de la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque (1856)

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

L’année 1856 marque un tournant décisif. Après de longues discussions, l’UGLE refusa définitivement d’intégrer la Maçonnerie de la Marque aux travaux symboliques placés sous son autorité. Cette décision provoqua une réaction immédiate de la part des partisans du grade.

Refusant de voir disparaître une tradition qu’ils considéraient comme essentielle, plusieurs dignitaires et loges décidèrent de créer une juridiction autonome spécifiquement consacrée à la Maçonnerie de la Marque. C’est ainsi qu’en 1856 fut fondée la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque (Grand Lodge of Mark Master Masons).

Cette institution indépendante reçut pour mission d’administrer, de réglementer et de diffuser le grade en Angleterre et au Pays de Galles. Elle établit progressivement une structure stable, des constitutions propres et un système administratif complet, comparable à celui des grandes obédiences maçonniques traditionnelles.

La création de cette Grande Loge représente un moment fondamental dans l’histoire de la Marque, car elle transforma un grade marginalisé en un système maçonnique autonome et solidement organisé. Paradoxalement, l’exclusion prononcée par l’UGLE contribua donc à renforcer l’identité propre de la Maçonnerie de la Marque et à assurer sa pérennité institutionnelle.

Au fil du XIXe siècle, la Grande Loge de la Marque connut un développement rapide. Elle fonda de nombreuses loges, standardisa les rituels et établit des relations internationales avec d’autres juridictions maçonniques. Le grade acquiert ainsi une reconnaissance croissante dans le monde anglophone.

Les développements internationaux de la Maçonnerie de la Marque

À partir du XIXe siècle, la diffusion internationale de la franc-maçonnerie entraîna également celle de la Maçonnerie de la Marque. Toutefois, son organisation et son statut varièrent considérablement selon les pays et les traditions maçonniques locales.

En Écosse : une continuité opérative préservée

La Maçonnerie de la Marque : un retour vers l’opératif

L’Écosse adopte une approche beaucoup plus souple que celle de l’Angleterre. Fidèle à ses anciennes traditions opératives, la maçonnerie écossaise considéra généralement la Marque comme le complément naturel du grade de Compagnon.

Dans ce système, le grade peut être conféré soit au sein d’une Loge symbolique, soit au sein d’un Chapitre de l’Arche Royale. Cette souplesse témoigne d’une continuité historique plus marquée en Écosse entre la maçonnerie opérative ancienne et la maçonnerie spéculative moderne.

Aux États-Unis : l’intégration dans le York Rite

Aux États-Unis, la Maçonnerie de la Marque trouva sa place dans le système du York Rite (Rite d’York), l’un des principaux ensembles de hauts grades américains.

Elle y constitue le premier des quatre grades capitulaires administrés dans un Chapitre de l’Arche Royale. Dans cette organisation, le grade de Mark Master Mason joue un rôle introductif essentiel, préparant le candidat aux enseignements plus élaborés des degrés suivants.

La tradition américaine mit particulièrement l’accent sur les dimensions morales du grade : la valeur du travail honnête, la reconnaissance du mérite personnel et la fidélité aux engagements pris.

La situation française : introduction, oubli et réveil

En France, l’histoire de la Maçonnerie de la Marque fut plus discontinue. Le grade fut introduit dès 1817 au sein du Grand Orient de France grâce à Germain Hacquet, personnalité maçonnique intéressée par les rites anglo-saxons et les hauts grades britanniques.

Cependant, contrairement à l’Angleterre ou aux États-Unis, la Marque ne parvint pas à s’implanter durablement dans le paysage maçonnique français du XIXe siècle. Plusieurs facteurs expliquent cette marginalisation : la prédominance des systèmes de hauts grades d’inspiration française ; l’influence considérable du Rite Écossais Ancien et Accepté ; la faible diffusion des traditions maçonniques anglaises en France ; et l’absence d’une structure autonome capable d’assurer la continuité du grade.

Le rituel tomba progressivement en désuétude et disparut presque entièrement de la pratique maçonnique française pendant une longue période.

Ce n’est qu’à partir des années 2000 qu’un véritable mouvement de réveil de la Maçonnerie de la Marque apparut en France. À partir de 2001, plusieurs juridictions de hauts grades, souvent liées au Rite d’York ou à des filiations britanniques de la Marque, réintroduisirent progressivement ce système initiatique.

Aujourd’hui, bien que demeurant relativement confidentielle par rapport à d’autres rites plus répandus, la Maçonnerie de la Marque connaît en France un notable regain d’intérêt. Elle attire notamment des maçons désireux d’explorer les traditions anglo-saxonnes, les racines opératives de la franc-maçonnerie et les dimensions symboliques liées au travail, à la responsabilité individuelle et à la construction de soi.

Ainsi, le XIXe siècle apparaît comme une période paradoxale dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque : exclue des structures officielles de la maçonnerie anglaise, elle parvint néanmoins à se constituer en institution autonome, à se diffuser à l’international et à préserver une identité propre qui demeure vivante jusqu’à aujourd’hui.

Fondements allégoriques et moraux de la Maçonnerie de la Marque

Sur le plan symbolique et philosophique, la Maçonnerie de la Marque s’inscrit pleinement dans l’univers légendaire de la construction du Temple de Salomon, matrice centrale de la plupart des traditions maçonniques occidentales. Toutefois, contrairement à d’autres grades qui privilégient les dimensions dramatiques liées à la mort d’Hiram ou les spéculations mystiques de l’Arche Royale, le grade de Maître Maçon de la Marque concentre son enseignement sur la valeur du travail, la reconnaissance du mérite et la difficulté du jugement humain.

Le cadre narratif du rituel met en scène les ouvriers employés à l’édification du Temple, principalement les tailleurs de pierre chargés de façonner les blocs destinés à l’ouvrage sacré. Chaque artisan travaille sous l’autorité des inspecteurs, chargés de contrôler la qualité des pierres produites, de vérifier leur conformité aux plans de construction et d’autoriser le paiement des salaires.

Cette structure hiérarchique constitue l’un des éléments essentiels de l’allégorie. Elle reproduit symboliquement l’organisation des anciens chantiers opératifs tout en servant de modèle moral pour la société humaine. Les ouvriers représentent l’humanité laborieuse engagée dans l’œuvre de perfectionnement individuel et collectif ; les Surveillants incarnent, quant à eux, l’autorité, la justice et la responsabilité du discernement.

La clef de voûte : cœur symbolique du grade

L’enseignement principal du grade s’articule autour de l’épisode célèbre de la clef de voûte (keystone), véritable centre dramatique et philosophique du rituel.

Dans la légende, un ouvrier particulièrement habile et consciencieux taille une pierre singulière destinée à une fonction précise dans la construction du Temple. Cependant, lorsque cette pierre est présentée aux Inspecteurs, ceux-ci ne reconnaissent ni son usage ni sa place dans les plans dont ils disposent. La forme inhabituelle de la pierre les conduit à penser qu’elle est défectueuse ou inutile. Elle est donc rejetée, parfois avec mépris, et écartée parmi les matériaux considérés comme impropres à l’ouvrage.

Ce rejet constitue un moment essentiel du récit initiatique. Il révèle la faillibilité du jugement humain, même lorsqu’il émane d’autorités compétentes et expérimentées. Les Inspecteurs ne sont pas présentés comme malveillants ; leur erreur provient plutôt des limites de leur compréhension et de leur incapacité à percevoir immédiatement la véritable finalité de l’œuvre.

Plus tard, au moment d’achever l’arc principal du Temple, les constructeurs découvrent qu’aucune pierre ne permet de la compléter. L’édifice demeure inachevé jusqu’à ce que l’on retrouve la pierre rejetée. Celle-ci apparaît alors comme la clef de voûte indispensable à la stabilité et à l’équilibre de l’ensemble architectural.

Le retournement symbolique est fondamental : la pierre méprisée devient la pierre essentielle ; ce qui avait été considéré comme inutile se révèle indispensable à l’accomplissement de l’œuvre.

La référence biblique : la pierre rejetée devenue pierre angulaire

Cette allégorie s’appuie directement sur une référence biblique majeure tirée du Psaume 118, verset 22 :

« La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. »

Ce passage, abondamment repris dans la tradition judéo-chrétienne, possède une portée symbolique extrêmement riche. Dans le contexte de la Maçonnerie de la Marque, il illustre plusieurs enseignements fondamentaux.

D’abord, il rappelle que la valeur réelle d’un être, d’une œuvre ou d’une idée n’est pas toujours immédiatement perceptible. Le jugement humain peut être altéré par les apparences, les préjugés ou les limites de la connaissance. La vérité profonde d’une chose ne se révèle parfois qu’avec le temps.

Ensuite, le récit invite à réfléchir à l’humilité. Les Inspecteurs eux-mêmes, malgré leur autorité et leur expérience, peuvent se tromper. Le grade enseigne ainsi la prudence dans l’exercice du pouvoir et la nécessité d’un discernement éclairé par la sagesse plutôt que par l’orgueil.

Enfin, la pierre rejetée symbolise aussi l’individu méconnu, incompris ou marginalisé, dont la valeur intérieure finit par être reconnue. Le grade revêt donc une dimension morale profondément humaniste : il affirme la dignité du travail honnête et la reconnaissance du mérite véritable, indépendamment du rang social ou des apparences.

Une pédagogie du travail et de la justice

La Maçonnerie de la Marque se distingue par l’importance qu’elle accorde au travail juste et consciencieux. Là où d’autres grades maçonniques mettent principalement l’accent sur des spéculations métaphysiques ou ésotériques, la Marque demeure profondément enracinée dans une éthique du labeur.

Le travail de l’ouvrier n’est pas présenté comme une simple activité matérielle ; il devient une métaphore de la construction morale de l’être humain. Chaque pierre taillée représente un effort personnel, un acte de perfectionnement et une contribution à l’édifice collectif.

Le salaire accordé à l’ouvrier revêt également une importance symbolique. Il ne se limite pas à une rémunération matérielle, mais inclut également la reconnaissance légitime du mérite et des efforts accomplis. Le grade insiste ainsi sur plusieurs principes fondamentaux : l’honnêteté dans le travail, la fidélité aux engagements pris, la responsabilité individuelle, la justice dans la répartition des récompenses et le respect du mérite authentique.

Cette dimension éthique explique en grande partie la popularité historique du grade dans les milieux maçonniques anglo-saxons, particulièrement sensibles aux valeurs de la responsabilité personnelle et de la moralité pratique.

La marque personnelle : identité et responsabilité

L’un des aspects les plus originaux du grade réside dans la préservation de la marque individuelle héritée des traditions opératives médiévales. Chaque Maître Maçon de la Marque adopte une marque personnelle qui le distingue symboliquement des autres ouvriers.

Cette marque revêt plusieurs niveaux de sens.

Elle représente d’abord l’identité propre de l’initié. Dans l’œuvre collective du Temple, chaque maçon apporte une contribution singulière et irremplaçable. La marque rappelle que nul ne peut être confondu avec un autre dans l’accomplissement de son travail intérieur.

Mais elle symbolise aussi la responsabilité morale de chacun de ses actes. De même que le tailleur de pierre médiéval apposait son signe sur les blocs qu’il avait façonnés, l’initié est invité à assumer pleinement les conséquences de ses actions, tant dans le monde profane que dans la vie spirituelle.

Enfin, la marque devient le signe durable de l’empreinte laissée par l’homme dans l’édifice humain universel. Le grade, ainsi que toute action juste, honnête et consciencieuse, participe à la construction d’un Temple symbolique qui dépasse l’individu lui-même.

Une morale de la reconnaissance et de la persévérance

Au-delà de son décor biblique et opératif, la Maçonnerie de la Marque transmet une véritable philosophie de la reconnaissance. Elle rappelle que le mérite véritable peut être ignoré, incompris ou rejeté avant d’être finalement reconnu à sa juste valeur.

Le grade invite donc le maçon à persévérer dans le travail bien fait sans rechercher immédiatement l’approbation extérieure. La pierre juste doit être taillée avec exactitude, même si sa destination demeure inconnue.

Cette leçon a une portée universelle. Elle concerne autant la vie initiatique que l’existence sociale ou professionnelle : l’homme ne maîtrise pas toujours la manière dont son œuvre sera perçue, mais il demeure responsable de sa qualité intrinsèque.

Ainsi, à travers l’allégorie de la clef de voûte et de la pierre rejetée, la Maçonnerie de la Marque développe une réflexion profonde sur la justice, la dignité du travail, l’humilité du jugement et la valeur intérieure des êtres et des œuvres. Héritière des traditions des anciens bâtisseurs, elle transforme l’acte concret de tailler une pierre en une méditation morale sur la place de l’homme dans l’édifice collectif de l’humanité.

S. MORIN Maître Maçon de la Marque

Bibliographie pour aller plus loin

Stevenson, David. (1988). The Origins of Freemasonry: Scotland’s Century, 1590-1710. Cambridge University Press.

Dachez, Roger. (2021). Précis de maçonnerie de la Marque : sources, histoire, rituels et symboles. Éditions Dervy

Cryer, Neville Barker. (2000). L’Arche et l’Arc en Ciel (trad. de Georges Lamoine). Scribe.

Schaw, William. (1598). The Schaw Statutes.

Jones, Bernard E. (1950). Freemasons’ Guide and Compendium. Harrap. Petitjean, Pierre (2008). « Le grade de La Marque : le chaînon manquant entre opératifs et spéculatifs ? », La Chaîne d’Union, n° 45, p. 76-83.

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Un hôpital de Lisbonne, dominé par les francs-maçons, l’Opus Dei et les partis politiques, est prêt à porter plainte

De notre confrère portugais portugalresident.com – Par Natasha Donn

Suite à la publication jeudi d’un rapport accablant révélant que le plus grand hôpital du Portugal est géré par des groupes d’intérêts extérieurs – notamment les francs-maçons, l’Opus Dei et des partis politiques – l’auteure du rapport a admis être « particulièrement bouleversée » par l’annonce que l’hôpital la poursuivait en justice, elle et ses collègues chercheurs.

Sónia Pires a révélé sa « bombe » la semaine dernière, au milieu des manifestations à l’hôpital Santa Maria de Lisbonne. Les inspecteurs sanitaires de l’IGAS ont depuis lancé une enquête de grande envergure, et le ministre de la Santé, Paulo Macedo, a confirmé que le conseil d’administration de l’hôpital « examine la question ».

De son côté, le président du conseil d’administration, Carlos Martins, n’a pas tardé à condamner le rapport, le qualifiant d’acte d’« extrême irresponsabilité ». Cependant, comme l’a souligné Pires pour défendre son équipe, les conclusions étaient basées sur des données collectées et, par conséquent, « le matériel est de nature empirique ».

L’essentiel des conclusions de Pires – dans le cadre d’une étude menée dans six hôpitaux pour le compte de la Fondation Francisco Manuel dos Santos – est que « les intérêts maçonniques, l’Opus Dei et les liens avec les partis politiques sont toujours les trois réalités externes qui interfèrent avec le fonctionnement de l’Hospital de Santa Maria (HSM) ».

Malgré une certaine amélioration depuis 2005, elle affirme que l’hôpital « connaît toujours de sérieux conflits d’intérêts, et que les activités dans la zone grise ou sur des questions non dites sont une manifestation de corruption ».

Pires a évoqué des irrégularités dans l’achat de matériel et des problèmes liés à des personnes s’inscrivant illégalement sur les listes d’attente des hôpitaux. Margarida Marques, la coordinatrice de l’enquête, tempère les propos et affirme que le véritable problème réside peut-être dans la façon dont les gens interprètent le mot « corruption ». Santa Maria avait ses faiblesses, a-t-elle admis, mais c’était essentiellement « une bonne institution qui contribue au développement et aux objectifs pour lesquels elle a été créée ».

« Selon la définition utilisée dans notre étude, le fait de faire passer une personne de la troisième place à la deuxième ou à la première (sur la liste d’attente) pourrait être considéré comme de la corruption, mais dans notre compréhension quotidienne du mot, les gens le perçoivent-ils réellement comme de la corruption ? » – coordinateur de l’étude.

Par Natasha Donn
natasha.donn@algarveresident.com