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Science et initiation maçonnique

Progrès scientifique, progression initiatique, …

À ceux qui ne sont pas familiers à ce que les Franc-maçonnes et Francs-maçons entendent par progression initiatique, précisons que cette expression désigne une démarche d’approfondissement de la connaissance de soi-même, conduite en soi-même et pour soi-même, mais qui ne saurait exister sans le miroir formé par l’assemblée des Frères et des Sœurs, sans le support du Rite et des outils symboliques et rituéliques qui en sont le support.

Il est essentiel d’ajouter que cette démarche n’aurait ni sens ni valeur si cette connaissance approfondie de soi, en les façonnant, en transformant ceux qui en font le choix, ne les conduisait à transformer le monde qui les entoure.

En quoi ce progrès pour soi-même et pour l’humanité peut-il éclairer le progrès de la science ?

En quoi peut être utile à la connaissance de l’univers la recherche des Mots véritables du Maître Maçon, dont nous ne connaissons que des substituts en accédant au 3ème degré après nous être préparés aux deux degrés précédents ?

Le lien est simple, et s’impose de lui-même : la recherche du Franc-maçon comme la recherche du scientifique ont, plus ou moins directement et exclusivement, le questionnement sur l’Homme comme objet. Cela signifie que la perspective de l’homme doit être sous-jacente à toute recherche, voire en être le fondement.

Lorsque la science s’efforce de décrypter l’infiniment petit comme de décoder l’infiniment grand, de percer les mystères de l’intimité de nos cellules vivantes comme ceux de l’immensité des galaxies tournoyant dans l’espace en expansion, c’est fondamentalement pour comprendre notre environnement, notre origine, notre destinée, notre place dans la Création.

Humain parmi les humains, le scientifique ne peut échapper à sa condition, non plus qu’à ses limites. Il n’est jusqu’à sa perception de l’infini et de l’éternité par exemple qui ne soient certainement qu’un pâle reflet de ce que sont ces deux abstractions, compte tenu des limites imposées à nos sens, par rapport à ce qu’elles sont probablement dans la vérité de l’univers.

Notre rigueur, notre volonté de décrire l’univers au-delà de nos propres limites, nous conduisent sans doute à les dépasser en théorie, dans l’abstrait. Mais savoir est une chose, connaître, qui comporte une dimension d’appropriation et de conscientisation, en est une autre.

L’être humain cherche à comprendre l’univers non seulement par curiosité, mais avec l’idée d’en prévoir, voire d’en prévenir les débordements, d’en utiliser au mieux les ressources, en un mot d’y trouver sa juste ou sa meilleure place et de s’y comporter en sujet plutôt qu’en objet…

Chacun d’entre nous veut connaître et comprendre l’univers pour ne pas avoir la désespérante sensation de n’y être qu’une infinitésimale particule sans destin particulier, et sans capacité d’agir sur ce destin.

En d’autres termes, le chercheur scientifique, comme le philosophe auquel pourtant on voudrait l’opposer, mène sa quête dans un esprit où la curiosité conduit à la liberté, et à la responsabilité qui en est le corollaire.

La démarche maçonnique est initiatique et constitue à cet égard pour le chercheur un soutien, un support dont la pertinence et la convergence avec la démarche scientifique deviennent de plus en plus évidentes à mesure que l’on s’élève dans les degrés traditionnels du rite.

À ceux qui s’étonnent et jugent le propos paradoxal, on peut faire remarquer que quoique fortement ancrée dans la tradition, remontant dans ses fondements bien en amont de la constitution des premières obédiences spéculatives modernes au début du 18ème siècle, la Franc-maçonnerie, et en particulier le Rite Écossais Ancien et Accepté, est profondément tournée vers le présent et plus encore l’avenir. Le Franc-Maçon s’efforce en effet de mieux se connaître et de mieux se comprendre lui-même, de mieux connaître et de mieux comprendre l’univers qui l’entoure. Il conduit cette recherche non pas tant au plan descriptif, qui serait celui du pur observateur scientifique qu’à ce plan particulier qui a pour perspective d’améliorer son rapport à lui-même, à l’autre et au monde qui l’entoure.

La démarche initiatique a en cela quelque chose de profondément écologique au sens étymologique du terme, qui renvoie à la connaissance de l’environnement dans lequel on vit, sa « demeure » au sens large.

La démarche maçonnique initiatique se veut donc à la fois traditionnelle dans ses racines et prospective dans ses objectifs.

Et à ceux qui considèrent, sans la connaître, notre démarche comme aliénatrice de notre liberté, il est aisé de montrer comment, alors qu’elle est fortement organisée par la pratique rituélique, la Franc-maçonnerie est source de libération. C’est qu’il ne faut pas en effet se méprendre sur le rôle du rituel. Celui-ci vise uniquement à créer les conditions d’une ouverture de l’esprit à d’autres dimensions du réel que celles immédiatement perceptibles dans l’agitation du dehors.

Le rituel favorise l’écoute de soi-même et l’écoute de l’autre. L’autre dont le regard sur le monde aide à construire le sien propre, en le confortant ou en le contredisant, peu importe, mais toujours en l’enrichissant. Le rituel est ainsi source de liberté de pensée, d’autant qu’il ne véhicule aucune vérité dogmatique à laquelle chacun devrait se soumettre.

Mais comment défendre cette idée alors que nos travaux sont obligatoirement ouverts « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ». Cette invocation obligée ne constitue-t-elle pas un dogme ?

Il est clair qu’il faut voir dans le Grand Architecte un principe organisateur et non nécessairement une divinité, a fortiori une divinité révélée, sans toutefois réfuter cette conception. Affirmer que l’univers est organisé, ordonné selon des règles que l’on peut décrire par les outils des sciences, ne suppose ni n’interdit aucune croyance, ne requiert ni ne fait obstacle à aucune foi particulière ni à aucune pratique religieuse quelle qu’elle soit.

La Franc-maçonnerie, en, particulier de Rite Écossais Ancien et Accepté, en se plaçant sous l’invocation du Grand Architecte de l’Univers, respecte et encourage la liberté de chacun de ses membres à donner à ce principe la dimension qui correspond à ses propres convictions spirituelles. Cette attitude ne doit pas être confondue avec les positions, radicales et souvent militantes au point d’en devenir paradoxalement dogmatiques, d’autres obédiences se réclamant dans notre pays de l’héritage maçonnique.

Au demeurant, dans cette conception du principe que nous nommons Grand Architecte, il est fait référence à un ordre, à des lois mathématiques, physiques, chimiques, qui régissent l’évolution et le fonctionnement de l’univers en chacune de ses composantes et de ses structures depuis l’origine et sans que l’on puisse leur envisager un terme ni dans le temps ni dans l’espace.

Dès lors, la relation entre démarche maçonnique initiatique et démarche scientifique apparaît pour ce qu’elle a d’ontologique et d’intrinsèque. Et la revendication, l’impérieuse nécessité de placer l’homme au centre de la démarche scientifique se justifie de la même manière qu’il est par nature au centre de la démarche maçonnique initiatique.

Le domaine de la recherche et de la science que je connais un peu de par mes activités profanes est celui de la médecine. C’est naturellement sur la recherche en biologie et en médecine que je m’appuierai pour la suite de mon propos.

Si je reviens à la notion de « placer l’homme au centre », j’exprime ma foi en ce qu’il est convenu d’appeler une médecine humaniste.

Qu’est-ce que l’humanisme, que signifie « une médecine humaniste » ?

Par « humanisme », nous entendons précisément « qui met l’homme au centre de ses préoccupations ». Il s’agit de prendre en compte la globalité de l’individu et plus particulièrement, s’agissant de médecine, de considérer non seulement sa maladie, au sens limité de ses symptômes, mais au-delà son être tout entier, son individualité sociale, ses croyances, ses sentiments…

L’Organisation Mondiale de la Santé elle-même veut s’inscrire dans cette perspective globale, voire holistique, puisque sa Charte fondatrice, dès 1948, définissait la santé comme « un état global de bien-être physique, mental et social,  et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Hormis les décès fortuits et purement accidentels, nul être vivant n’est en parfaite santé pour basculer brutalement dans la maladie au stade ultime. À l’inverse, un individu même très gravement malade possède encore bien des organes, bien des fonctions, en parfait état de santé. En fait, chaque individu, à chaque instant de sa vie, se trouve à une certaine distance, quasi-constamment variable, entre les deux pôles que sont la santé parfaite et la maladie extrême.

Sur l’échelle que constitue ce continuum santé – maladie, la position d’un être humain est ainsi le résultat d’une interaction, résultant de facteurs internes et externes, personnels et environnementaux. Ceux-ci vont en permanence stimuler ou limiter les effets de la lutte du sujet contre les atteintes à sa santé. Parmi les facteurs influençant la réponse de l’individu aux agressions pathogènes, d’où qu’elles viennent et quelle qu’en soit la nature, y compris l’éventuel déterminisme génétique, on sait aujourd’hui qu’interviennent son contexte social et son parcours de vie.

La médecine humaniste est celle qui s’efforce de prendre en compte ces diverses composantes.

Il s’agit bien de rechercher les moyens de préserver ou de rétablir la santé de chaque individu mais aussi la santé de la collectivité telle que s’en préoccupe cette discipline qu’est la santé publique – trop méconnue sauf en période de crise de la vache folle, de chikungunya, de dengue, de Covid ou de grippe aviaire… – en mettant l’homme au centre dans toutes ses dimensions et non seulement dans celle simplement de « malade » ou, pire encore, celle qui ne serait que technicienne, ne s’intéressant qu’à la seule maladie.

À cet égard, le médecin et en particulier le médecin chercheur qui s’inscrit dans le cheminement initiatique du R.E.A.A. se sent soutenu et conforté dans sa démarche professionnelle.

Il n’y a ni confusion des genres ni dérive sectaire d’aucune sorte, qui pourrait conduire, au contraire de l’objectif poursuivi, à un rétrécissement du champ de conscience et d’investigation au nom d’on ne sait quel a priori dogmatique. Au contraire, il résulte de la simultanéité des deux démarches, des deux engagements, une plus grande ouverture, une sensibilisation à davantage d’aspects du questionnement, une fertilisation croisée dynamique, une synergie féconde qui permet de donner du sens au progrès.

Plus que tout autre chercheur sans doute, le chercheur en santé ne cherche pas « dans l’absolu » d’une science désincarnée. Le sujet de sa démarche l’incite à se souvenir qu’il est un homme au service d’autres hommes. Et que cette dimension d’homme ne se limite pas à une séquence de paramètres biologiques.

Mais tous les chercheurs en médecine ne sont pas Francs-maçons. Pour autant qu’elles sont largement le fait de chercheurs profanes,  la médecine et la recherche biomédicale peuvent-elle méconnaître l’homme ?

 Ainsi posée, la question paraît n’être qu’une provocation stupide: il semble évident que la médecine et la recherche en médecine et en biologie humaine ont l’homme pour objet et sa santé pour finalité.

Pourtant, à y regarder de plus près, de nombreuses carences voire de nombreuses dérives doivent alerter celui qui entend cultiver à la fois la vertu du soignant, la légitime curiosité du chercheur et les valeurs éthiques qui expriment un humanisme bien compris.

Ainsi, chacun se réjouit de voir nos pays développés offrir à tous un accès aux soins relativement équitable. Chacun apprécie ainsi le progrès que constitue l’organisation d’un système de santé efficace et accessible. Pourtant, il suffit d’interroger certains patients sortant d’un hôpital pour les entendre simultanément louer la qualité technique des soins et la carence humaine du système hospitalier. Devenus des numéros, ils ont été pris en charge par des techniciens, anonymes malgré leur badge, dans des usines à produire du soin. Comme le dénonçait un jour l’un d’entre eux : « Il n’y a personne dans cet énorme endroit. Aucun être humain. Ni malade ni soignant; rien que des fonctions ! ». Entouré de dizaines de professionnels le plus souvent irréprochables dans leur compétence technique, le malade est désespérément seul.

Même la mort, pourtant un moment essentiel de la vie, un moment qui devrait être sacré car en quelque sorte l’apogée de notre condition d’homme, est ramenée à une dimension technique, évacuée, cachée. Est-ce à dire que la médecine, lorsque la technicité à laquelle elle s’est elle-même laissée réduire n’a pu traiter la maladie, a soudain honte d’avoir échoué ?

Ici encore, l’engagement maçonnique conforte le soignant qui entend aller plus loin que la seule prestation technique que l’on attend de lui. La charité, cette vertu « théologale » essentielle que le Franc-Maçon apprend à cultiver et sur le sens de laquelle il travaille longuement, a ici celui de prise en compte globale de l’homme qui souffre et qui va mourir. Écoute, présence, en un mot, Amour. C’est le sens profond que les Franc-maçonnes et Francs-Maçons donnent au mot Fraternité.

Si le médecin doit éviter de trop s’investir dans le destin individuel de chacun de ses patients, sous peine de risquer de s’y consumer, il me semble qu’il a le devoir de prodiguer, outre les soins que la technique met à sa disposition, ce remède sublime qu’est l’Amour, ne serait-ce que par quelques regards, quelques attitudes simples mais ô combien signifiantes face à la terrible solitude de celui qui sait que son terme est proche.

En matière de recherche médicale, la relation au malade n’a pas – ou pas seulement – ce caractère personnel « d’âme à âme » autant que d’homme à homme. Elle prend une dimension à la fois collective et prospective. L’humanisme va donc s’y exprimer autrement, et en particulier selon deux axes, celui de l’orientation de la recherche et celui du rapport entre expérimentateur et sujet d’expérimentation.

Condamner le profit en santé, et en particulier dénoncer les firmes pharmaceutiques au motif qu’elles gagneraient trop d’argent « sur le dos de la misère humaine » n’est pas sérieux. Les entreprises du médicament affichent une profitabilité convenable et suffisante à maintenir la confiance des investisseurs dans le monde d’économie libérale dans lequel nous vivons. Qu’on le veuille ou non, la perspective de profits potentiels est un puissant moteur de la créativité, en matière de recherche pharmaceutique comme dans bien d’autres domaines. Le caractère extrêmement aléatoire du processus, qui nécessite aujourd’hui pour un seul médicament d’investir près d’un milliard d’euros sur 10 ans, doit conduire à réviser bien des jugements hâtifs.

Reste que tandis que certaines firmes ne se concentrent que sur les seuls marchés à fort potentiel, d’autres équilibrent leur pipe-line de recherche entre molécules destinées aux pathologies les plus lourdes et les plus fréquentes dans les pays développés et solvables et d’autres permettant de lutter contre des fléaux moins fréquents ou survenant dans des pays au statut économique plus précaire. L’humanisme, ici, consiste pour celui qui en a la responsabilité ou qui y a quelque influence, à infléchir le choix vers davantage d’équilibre entre médicaments susceptibles d’engendrer une profitabilité majeure ou en tous cas significative et médicaments destinés à traiter des populations à l’abandon, sans espoir de véritable retour sur l’investissement consenti.

Il faut saluer ici les actions entreprises par les pouvoirs publics en faveur des « médicaments orphelins » dirigés contre les maladies rares,  ou encore des « médicaments génériques essentiels » destinés aux pays en développement. Mais il convient d’aller plus loin, sans mettre en péril toutefois l’équilibre et le dynamisme économique des firmes concernées. La pérennité même de ces firmes est en jeu, et avec elle leur capacité à créer l’innovation que médecins et malades attendent.

Sans avoir en la matière une quelconque exclusivité, force est de constater que de nombreux Franc-maçonnes et Francs-maçons se trouvent impliqués dans ces démarches de recentrage, conscients de leur responsabilité à la fois dans la performance de leurs entreprises et dans le progrès à offrir en partage à l’humanité.

Il en est de même dans les diverses commissions et instances soucieuses d’éthique en matière de recherche biomédicale. La notion de consentement éclairé, l’équité en matière d’accès aux nouvelles solutions thérapeutiques, sont représentatifs de ces préoccupations vers lesquelles la réflexion maçonnique oriente en quelque sorte naturellement.

En ces temps où les impératifs économiques, pour légitimes qu’ils soient, paraissent être le seul moteur du monde, l’éthique, bien comprise, a vocation à en être l’ultime – et dans bien des cas le seul – contrepoids. Il faut en effet trouver le cadre et les limites de la jonction entre les nouveaux savoirs et le marché. Il faut qu’une réflexion, capable de se traduire en action, soit poursuivie pour maintenir son caractère sacré à la vie , et aux moyens de sa préservation.

Peut-on, au nom du progrès, faire commerce de tout ? Par exemple, comment se définir par rapport à la question des banques d’information et de matériel génétiques ?

Ces banques, indispensables à la recherche en génomique, sont au cœur d’interrogations éthiques d’autant plus prégnantes que, comme l’a écrit le regretté généticien Axel Kahn : « le gène est devenu une véritable matière première, comme le pétrole ou l’uranium. Du coup, ces banques d’ADN sont bien souvent, à travers le monde, devenues des marchandises qui se négocient fort cher ». Quelles limites définir ? Par quelles instances, sur quel territoire et pour quelle durée ? Au risque de quelles sanctions en cas d’infraction ?

Si l’on considère le champ de la santé publique, le questionnement éthique y joue un rôle tout aussi essentiel. Les politiques de prévention et de soins ne peuvent faire l’économie de ces interrogations. On se souvient par exemple des inquiétudes soulevées quant à la possible discrimination des porteurs du virus VIH. De plus en plus, les instances en charge de ces questions imposent des politiques respectueuses des droits des patients et condamnant toute forme de marginalisation. La loi française comme les textes européens ont considérablement évolué sur ces points, dans une démarche visant à « placer les droits de l’homme au centre des politiques sanitaires, à l’heure où les problèmes d’accès aux soins, comme les évolutions de la biologie et des techniques médicales, peuvent menacer la dignité et les libertés individuelles ».

Il n’est pas nécessaire d’insister ici sur les enjeux et l’importance d’une telle démarche, ni sur l’intérêt de soutenir la réflexion de tous ceux qui y sont impliqués. Il faut donner à ces responsables dont les choix engagent l’avenir de notre société l’opportunité de mieux évaluer les interactions entre les diverses valeurs et les divers impératifs à prendre en compte. Le travail maçonnique crée les conditions et ouvre des pistes pour de telles évaluations, en invitant à se poser sans cesse la question des valeurs et du sens de l’action. La  franc-Maçonne ou le Franc-Maçon cherche à devenir un être de connaissance, cherchant avec la même ardeur à être un être de conscience.

Dire que nous cherchons à être êtres de conscience revient à dire que nous sommes en recherche de sens. Sens de notre vie, sens de la vie.

Nous cherchons à comprendre ce qui nous anime au plus profond de nous-mêmes, pour contenir les bas instincts qui sont la réminiscence de ces mauvais Compagnons si difficiles à éradiquer définitivement. Nous cherchons à donner du sens à notre vie en nous fondant sur des valeurs qui s’appellent Liberté, Égalité Fraternité, mais aussi Loyauté, Probité, Rigueur, pour ne citer que celles-là.

Cette quête de sens, ce retour vers les valeurs n’est pas l’apanage des seuls Francs-maçons, et faire le constat que notre monde contemporain semble en quête de sens et de valeurs n’est guère original. Mais il faut relever le paradoxe que représente la simultanéité de l’accroissement de cet appauvrissement spirituel et moral avec une progression exponentielle de la prospérité économique et des savoirs scientifiques et techniques.
Il y a là un dramatique et dangereux « effet de ciseau ». Il nous revient donc d’appeler les chercheurs et les institutions, tant publiques que privées, en charge de la recherche biomédicale et pharmaceutique à cultiver cette synergie, cette symbiose féconde entre science et conscience dans la pratique de leur expertise.

Il n’est pas nécessaire pour cela qu’ils se convertissent à un culte quelconque. Il leur suffit d’inscrire leur expertise dans un ensemble de connaissances plus vaste. Dans une telle démarche, transdisciplinaire, ils ne pourront méconnaître l’homme. S’ils savent ne jamais le perdre de vue, ils seront devenus humanistes, sans rien perdre ni compromettre de leur statut d’expert.

La démarche humaniste qui est celle à laquelle invite la franc-maçonnerie initiatique, précisément parce qu’elle vise « le bonheur de l’humanité » dans le sens le plus global et le plus complet de l’expression, cherche à faire coïncider amélioration du statut moral et amélioration du statut matériel.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté tel que le pratiquent les plus importantes obédiences maçonniques dans le monde – ne se mêle ni de politique « politicienne » ni de revendications sociales à la manière d’un syndicat ou d’un parti.

Mais il œuvre au progrès et au bonheur de l’humanité en fortifiant dans le cœur et l’esprit de chaque Frère cette conscience mais aussi cette dimension de la transcendance.

Car l’humanisme a un fondement et des développements spirituels.

« Spiritualité », le mot est lâché. Et certains de le rapprocher voire de le confondre avec Religion. Or la Franc-Maçonnerie n’est ni le prolongement ni l’antithèse de la pensée religieuse. Elle n’en est pas non plus le syncrétisme, c’est à dire la fusion.

La Franc-maçonnerie est cependant spirituelle et spiritualiste en ce qu’elle invite les Frères et les Sœurs qu’elle initie à des activités qui se rapportent à l’esprit et à sa vie ; au sens de l’expression vie de l’esprit .

Ainsi la spiritualité désigne, au-delà de visions religieuses ou mystiques, la capacité que possède l’être humain de s’interroger sur son existence et sur sa place dans l’univers.  

À ce titre, la Franc-maçonnerie n’apporte aucune réponse toute faite et s’affirme comme une philosophie de la question.

Ainsi, pour celui qui est à la fois scientifique et Franc-Maçon, son enjeu en tant que chercheur/cherchant est de s’efforcer de tendre vers le meilleur équilibre entre humanisme et utilitarisme.

Cette logique est celle du questionnement permanent, du refus des certitudes immuables et pré-établies, des jugements définitifs et préconçus.

Là sont les lumières que doit apporter à ce siècle la Franc-maçonnerie initiatique.

Notre progression initiatique fait de nous par nature des cherchants, en quête de Connaissance. La démarche du scientifique le conduit au statut de chercheur, en quête de Savoir.

Les deux démarches ne s’opposent pas, mais se complètent.

Celle-ci, c’est-à-dire notre démarche de cherchant, en quelque sorte, a vocation à structurer le champ de celle-là, la démarche du chercheur à en organiser le sens, en ne s’imposant qu’une seule contrainte, toutefois essentielle :

avoir l’homme, l’humanité, leur bonheur et leur progrès pour finalité.

Une vraie lecture chevaleresque et initiatique du Don Quichotte de Cervantes

Le livre de Rémi Boyer s’avance masqué derrière Miguel de Cervantes et son hidalgo famélique, comme si la silhouette de Don Quichotte servait de paravent transparent à une entreprise beaucoup plus radicale. Très vite, nous sentons que nous ne sommes pas simplement conviés à une relecture savante d’un classique de la littérature européenne. Ce qui se déploie ici ressemble à une mise à l’épreuve de notre propre regard.

Sommes-nous encore capables de voir dans la dérive du chevalier de la Manche autre chose qu’une comédie brillante, un grand roman ironique sur la fin des illusions chevaleresques. Rémi Boyer répond par un geste net. Pour lui, Don Quichotte n’est pas la caricature d’un monde révolu. Il demeure une figure d’actualité brûlante, emblème d’une chevalerie intérieure qui n’a jamais cessé de chercher des corps où se rendre de nouveau visible.

Le propos se place dans la continuité d’exégètes qui ont déjà arraché le roman au seul domaine littéraire pour l’inscrire dans une constellation hermétique. Dominique Aubier a dévoilé un Don Quichotte où travaille la lettre hébraïque, où la structure même du récit répond à des architectures kabbalistiques. Charles d’Hooghvorst a révélé la chair alchimique de l’œuvre, ses opérations de feu, ses dissolutions et ses noces. Rémi Boyer assume cette filiation, tout en déplaçant l’axe de lecture vers la question des voies d’éveil. La chevalerie errante n’est plus seulement un motif de dérision ou un mythe désuet. Elle devient l’expression d’une méthode spirituelle, d’un art de vivre, d’un style d’être au monde qui refuse la résignation moderne. Nous entendons alors la phrase fameuse de Dominique Aubier, citée et méditée, comme un avertissement lancé à notre paresse. Don Quichotte ne supporte plus que l’on rit de lui. Le rire superficiel est congédié. L’humour demeure, mais il bascule du côté du sacré, comme dans ces traditions où le saint apparaît sous les traits d’un fou.

Rémi Boyer

Tout le travail de Rémi Boyer consiste à montrer comment ce renversement s’opère. Cervantes joue avec les codes du burlesque, surjoue parfois le grotesque, multiplie les situations ridicules. Pourtant, derrière ces cascades de mésaventures, une autre énergie circule. Le principe hermétique du renversement est convoqué. Ce que la lettre semble condamner, l’esprit le sauve et l’exalte. Le chevalier couvert de haillons, moqué par les aubergistes, rossé par les paysans, figure celui qui consent à perdre les protections sociales, les appartenances solides, les gages de respectabilité, pour s’ouvrir à un autre type de noblesse. La chevalerie errante n’est plus une institution, encore moins un ordre mondain. Elle devient une disponibilité à l’appel de l’Invisible, une recherche d’ajustement à la justice, au courage, à la fidélité, même lorsque tout l’environnement déclare ces vertus obsolètes.

Portrait imaginaire de Cervantes

Dans ce cadre, la voie du blâme occupe une place centrale. Rémi Boyer rappelle la tradition soufie qui distingue les itinéraires de ceux qui acceptent d’être couverts de reproches et de malentendus, afin de briser en eux le besoin d’être approuvés. Don Quichotte et Sancho Panza sont de ces marcheurs qui ne cessent de se retrouver nus, dépouillés, exposés à la dérision. Ils avancent pourtant, persévèrent, apprennent à laisser derrière eux les oripeaux du moi social. Cette dynamique parle intensément au lecteur maçon, habitué à traverser des épreuves symboliques où la fausse image de soi doit être abandonnée. L’humiliation des héros prend alors un autre visage. Elle devient travail intérieur, limage patiente de l’ego. Dans l’art du récit de Cervantes, et dans la lecture qu’en donne Rémi Boyer, le comique devient une alchimie du regard, un acide qui dissout les postures pour laisser paraître la vérité d’un désir de service et de justice.

La montée progressive de Don Quichotte vers une forme de sagesse paradoxale est l’un des fils les plus subtils que Rémi Boyer met en lumière. Dans la première partie, le ridicule domine, soutenu par les malentendus et les coups du sort. Puis quelque chose se décante. La parole du chevalier gagne en densité, ses discours révèlent une compréhension fine des rapports humains, un sens aigu de l’honneur et du gouvernement, une compassion sincère pour les faibles. La figure du fou commence à rejoindre celle du sage. Nous reconnaissons là ces moines fous dont témoignent de nombreuses traditions, ces êtres déconcertants dont l’excentricité n’a d’autre but que de désarmer les certitudes et d’ouvrir une brèche dans la conscience endormie. Le livre de Rémi Boyer rappelle que l’initié véritable n’est pas un personnage lisse, raisonnable, parfaitement adapté. Il demeure en décalage, porté par une logique qui n’obéit pas aux critères de la réussite sociale.

Première édition du Don Quichotte (1605)

Cette lecture ne se contente pas de juxtaposer des références. Elle s’enracine dans une vision très précise du monde imaginal, au sens où l’entendait Henry Corbin. L’univers de Don Quichotte est saturé de signes. Les châteaux confondus avec des auberges, les géants pris pour des moulins, les régimes de réalité qui se superposent, tout cela dessine un champ intermédiaire, ni rêve ni simple fiction. Rémi Boyer insiste sur ce plan où se nouent les mythèmes, ces images-sources qui traversent les cultures et parlent directement à l’âme. Le chevalier de la Manche vit dans cette zone. Il y lit les événements comme des messages, il entend dans la rumeur du monde une adresse qui lui est destinée. Nous pourrions dire que sa folie consiste moins à halluciner qu’à prendre au sérieux ce que la plupart des humains refusent d’écouter. Là encore, l’expérience maçonnique n’est pas loin. L’initié apprend à considérer les rencontres, les coïncidences, les épreuves, comme autant de figures posées sur son chemin par une pédagogie invisible.

La place accordée à la Femme dans cette lecture est l’un des traits les plus beaux du livre. Dulcinée, figure presque absente dans le roman, devient ici présence diffuse, matrice secrète de toute la quête. Rémi Boyer montre que la chevalerie errante est inséparable d’un amour qui n’a quasiment aucun appui dans la réalité ordinaire. L’Amour courtois apparaît comme une école de désappropriation, une tension vers un féminin qui n’est pas un objet de conquête mais une réalité initiatrice. Nous entendons résonner d’autres noms, Shekhina de la kabbale, Sophia de la tradition chrétienne orientale, Dame du cœur des troubadours. La Femme de Don Quichotte se dresse au carrefour de ces grandes figures. Le chevalier marche vers elle, mais surtout par elle. La Dame intérieure devient la médiatrice entre l’homme et le monde spirituel. Toute Franc-Maçonnerie qui connaît ses grades chevaleresques sait combien le Féminin sacré travaille en secret le symbolisme des épées, des bannières et des serments.

Don_Quichotte et Rossinante _Honoré_Daumier vers 1868

Les illustrations qui accompagnent le texte de Rémi Boyer prolongent silencieusement cette chevalerie errante et lui donnent un corps visible. La grande image en noir et blanc où Don Quichotte et Sancho Panza avancent entre les arbres, empruntée à Lima de Freitas, installe d’emblée la tonalité de l’ouvrage. Nous voyons se déployer un chemin qui semble à la fois réel et visionnaire, bordé de troncs qui dessinent une sorte de nef végétale, avec au loin une lumière incertaine. Le chevalier et son écuyer ne sont plus seulement des personnages de roman, ils deviennent des officiants qui traversent un paysage intérieur. Le trait de Lima de Freitas, nerveux, précis, laisse beaucoup d’espace aux ombres, de sorte que chaque clairière paraît arrachée à la nuit. Cette dialectique du noir et du blanc rejoint intimement le propos initiatique de Rémi Boyer, elle rappelle la lente traversée du profane vers le sacré, du regard dispersé vers le regard rassemblé.

La peinture de couverture de Moon, qui réunit Dulcinée et Don Quichotte, offre un autre versant de cette alchimie visuelle. Elle installe la Dame au centre du champ imaginal, présence magnétique qui aimante toute la marche du chevalier. Loin d’illustrer simplement un épisode célèbre, elle révèle le féminin comme source et comme but de la quête, et répond ainsi à l’une des lignes de force du livre. Les photographies de Vera Lameiras et de Sylvie Boyer-Camax, discrètes et sensibles, inscrivent enfin ce travail dans une temporalité concrète, presque diaristique. Elles rappellent que cette méditation sur Don Quichotte n’est pas un exercice abstrait, mais le fruit d’un compagnonnage vivant avec des lieux, des visages, des œuvres, dans un dialogue constant entre texte, image et expérience intérieure. L’ouvrage acquiert ainsi la densité d’un livre d’heures où chaque illustration fonctionne comme une station, une halte de contemplation, un miroir pour notre propre chevalerie cachée.

« Don Quichotte dans sa bibliothèque », dessin de Gustave Doré (trad. Viardot, Paris, Hachette, 1863

À travers les analyses de Rémi Boyer, le contexte historique de Cervantes cesse d’être un simple arrière-plan. La violence de l’Inquisition, la condition du marrane, les contraintes de la censure, tout cela imprègne le livre sans être jamais traité de façon pesante. Cervantes, soldat, prisonnier, écrivain surveillé, n’avait que peu de marges. Pour faire passer un enseignement spirituel et critique, il devait ruser. La parodie devient masque. Le rire protège. Les excès romanesques reçoivent une fonction de camouflage. Rémi Boyer montre comment cette situation produit une écriture en surplis, chargée de clins d’œil à ceux qui savent lire. Cette dimension parle à toute tradition ésotérique, habituée à transmettre de bouche à oreille, à dissimuler sous des récits légers des architectures doctrinales entières. Le lecteur maçon s’y reconnaît dès que la pensée du renversement est nommée, dès que se manifeste ce jeu double entre surface profane et profondeur initiatique.

L’éclairage donné aux mythes du Roi caché et du retour messianique prolonge cette perspective. À l’horizon de Don Quichotte se devine le fantôme du roi Sébastien du Portugal, disparu au combat, dont le peuple attend le retour. Rémi Boyer rappelle que ces imaginaires royaux ne relèvent pas seulement de la politique ou de la nostalgie. Ils nourrissent une attente de transfiguration, une espérance que le monde visible puisse être réorganisé par l’irruption d’une justice autre. Don Quichotte, lui, ne promet aucune restauration spectaculaire. Il incarne cependant le refus de capituler. Sa fidélité à l’idéal chevaleresque, dans un temps qui le méprise, témoigne d’un noyau indestructible. Nous entendons la proximité avec ces figures chevaleresques des hauts grades maçonniques, Chevalier de l’Orient, Chevalier Rose-Croix, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Derrière ces titres se cache la même question. Comment rester fidèle à la lumière dans une époque qui se déclare adulte, raisonnable, désenchantée.

Premières éditions des deux parties

Ce livre de Rémi Boyer peut être lu comme un manuel discret pour Loges et Chapitres qui désirent nourrir leur méditation par des œuvres profanes. Tout y invite à passer du texte romanesque à la pratique intérieure. La folie de Don Quichotte nous demande ce que nous avons accepté d’abandonner pour demeurer socialement fréquentables. La lourdeur rieuse de Sancho nous interroge sur cette part de nous qui préfère le confort à l’appel de l’inconnu, mais qui finit par être transformée par la proximité du chevalier. L’obsession des moulins nous renvoie à nos propres fantasmes d’ennemis, à nos batailles mal orientées, à ces combats que nous livrons contre les mauvaises cibles. Le travail d’exégèse de Rémi Boyer, très nourri mais jamais pesant, propose des déplacements subtils. Il ne distribue pas des clés toutes faites. Il invite plutôt à une relecture lente du roman, à une fréquentation prolongée de ses scènes, jusqu’à ce qu’elles deviennent des miroirs de notre itinéraire initiatique.

La langue de Rémi Boyer mérite à elle seule que nous restions longtemps dans ce livre. Elle mêle la précision de l’érudit, capable de mobiliser des sources multiples, et une douceur fraternelle, attentive à ne jamais écraser le lecteur sous l’appareil des références. La métaphysique non-duelle, la kabbale, l’hermétisme chrétien, la mystique islamique, les avant-gardes poétiques, tout circule, mais toujours orienté vers une seule préoccupation. Comment décrire ce passage de la conscience fragmentée à la conscience unifiée. Comment dire ce moment où l’être humain cesse de se prendre pour le centre et consent à devenir serviteur. Rémi Boyer accompagne ce mouvement avec une délicatesse rare. Il ne canonise pas Don Quichotte, ne le transforme pas en statue. Il garde sa fragilité, ses contradictions, et c’est de cette humanité bancale que surgit la possibilité de l’éveil.

Frontispice de la seconde partie, trad. par Shelton (Londres, Edward Blount, 1620) 1re représentation graphique connue des deux héros

Lire ce texte dans une perspective maçonnique, c’est accueillir une invitation à revisiter notre propre chevalerie intérieure. Nous sommes peut-être plus proches que nous ne l’imaginons de ce chevalier fatigué qui s’est donné un nom, un blason, une Dame, pour ne pas renoncer à ce qu’il pressent comme vrai. La loge devient alors un carrefour où se rencontrent les Quichotte de toutes les époques. Nous travaillons la pierre, nous réglons le compas, nous débattons des affaires humaines, mais nous savons que ce qui compte se joue ailleurs, dans la fidélité obstinée à une lumière que beaucoup jugent désormais déraisonnable. Le livre de Rémi Boyer agit comme un rappel. Il existe une chevalerie qui ne se laisse pas enfermer dans les ordres, les décorations, les hiérarchies. Elle se reconnaît à sa manière de marcher, de parler, de servir. Elle accepte de passer pour folle plutôt que de trahir ce qui la fonde.

Sylvie & Rémi Boyer

Cette puissance de lecture ne surprendra pas celles et ceux qui suivent l’œuvre de Rémi Boyer depuis des décennies. Avec Sylvie Boyer-Camax, il forme un couple d’artistes-auteurs qui explore sans relâche les traditions d’éveil et les formes les plus audacieuses de la création contemporaine. Dès leur jeunesse, tous deux ont choisi les revues comme terrain privilégié, lieu de rencontres et de croisements. Leur participation à L’Originel, dirigée par Charles Antoni, a inscrit leur travail dans une dynamique de recherche où les métaphysiques et les arts dialoguent constamment. Avec Robert Amadou, ils ont fondé L’Esprit des choses, revue consacrée à Louis-Claude de Saint-Martin, au martinisme, à la Franc-Maçonnerie, autant de domaines où les cheminements discrets exigent un langage ajusté, à la fois rigoureux et poétique. Depuis les années quatre-vingt-dix, La Lettre du Crocodile accompagne celles et ceux qui cherchent dans la littérature non pas une distraction, mais une compagne de voyage.

Don Quichotte, détail 1re de couv

Cette fidélité au format de la revue et aux rencontres publiques, colloques, séminaires, a nourri une bibliographie abondante. Rémi Boyer a donné de nombreux ouvrages sur les voies de l’éveil, les fraternités initiatiques, les figures marginales de la spiritualité occidentale, toujours avec le même souci de relier l’expérience intérieure et les formes symboliques qui la portent. Les livres ne se referment jamais sur une doctrine close. Ils ouvrent des passages, proposent des cartes, suggèrent des exercices de regard. Don Quichotte comme voie d’éveil s’inscrit pleinement dans cette lignée. Il la prolonge en choisissant pour compagnon l’un des personnages les plus connus de la littérature mondiale, afin de montrer que le travail initiatique n’exige pas forcément des corpus ésotériques obscurs. Il peut se déployer à partir d’un roman que beaucoup croient connaître, et qui pourtant recèle des trésors inentamés.

À la fin de la lecture, nous ne nous sentons pas propriétaires du Quichotte, ni experts d’un nouveau système d’interprétation. Nous sommes plutôt habités par une question simple et redoutable. Jusqu’où acceptons-nous d’être des chevaliers errants. Le livre de Rémi Boyer ne répond pas à notre place. Il laisse résonner cette interrogation dans les salles de loge, dans les bibliothèques, dans les trains et les chambres où nous tournons ses pages. Nous refermons alors Cervantes autrement. Ce n’est plus un simple monument de la littérature espagnole. C’est un compagnon discret. Et nous savons que, quelque part sur les routes poussiéreuses de la Manche intérieure, un cheval fatigué, un écuyer têtu et un chevalier au regard brûlant continuent de marcher, en silence, vers la Dame invisible qui les appelle.

Don Quichotte comme voie d’éveil – Éloge de la chevalerie errante

Rémi Boyer Les Éditions de la Tarente, 2025, 300 pages, 28 €

Les Éditions de la Tarente, le site

Les français aux Indes : « Colonialisme européen et Franc-maçonnerie »

 « Quel que soit le chemin par lequel les hommes s’approchent de moi, c’est sur ce même chemin que je les rencontre ».

Baghavad Gita

Il est reconnu que les français n’ont pas une grande affection pour l’Inde. La manière dont ils abordent le sous-continent est toujours critique : problème de sous-développement, système des castes, place des femmes et des intouchables, etc. Existe aussi, à l’opposé, une vision parfaitement imaginaire et idéalisée d’une Inde non-violente, sommet de spiritualité !

L’Inde, en fait, est un pays moderne avec ses problèmes économiques et sociaux, bien sûr, mais avec désormais la population la plus nombreuse du monde, en passe de succéder à la Chine, comme seconde économie mondiale. Donc, le partenaire de demain. Qui plus est, pour nous Francs-maçons, c’est un pays qui compte, aujourd’hui, une très importante présence de la Maçonnerie à tous les niveaux de la société indienne. Elle sera aussi, historiquement, le laboratoire de l’installation d’une Maçonnerie de type coloniale qui sera souvent utilisée dans les conflits entre Français et Britanniques aux Indes.

Pourquoi regarder l’Inde avec défiance ? Bien entendu comme le souvenir d’une défaite face à l’Empire britannique, mais aussi l’abandon de notre souveraineté, en 1954, quand la France rétrocéda à l’Inde de Nehru nos « poussières d’empire » contre son appui dans les négociations avec Ho Chi Min après la catastrophe militaire de Dien Bien Phu.

Pour les plus âgés d’entre-nous, existe aussi une bonne raison de manifester une certaine méfiance pour l’Inde : Un exercice scolaire classique était la récitation des cinq « Etablissements français dans l’Inde » (formule officielle à partir de 1816). Terreur scolaire ! Comment se rappeler de Pondichéry, Mahé, Karikal, Chandernagor, Yanaon, sans en oublier automatiquement l’un des cinq !

I – A PETITS PAS, L’EUROPE VA S’INSINUER DANS LE MONDE INDIEN…

Nous n’évoquerons ici, brièvement, que les périodes historiques classiques de l’Inde, où cette dernière n’eut que peu de rapports avec l’Europe, exceptée l’incursion d’Alexandre de Macédoine en 327, et de l’installation de colonies grecques et romaines, qui donneront naissance, sur un plan artistique, à l’art gréco-bouddhique. Mais, le vrai visage de la colonisation commença avec l’arrivée des portugais : Vasco de Gama qui avait des idées plus précises que celles de Christophe Colomb, reprit la route de Barthelemy Diaz vers les Indes, doubla le Cap des Tempêtes, et en l’an 1498, arriva sur les côtes du Malabar, près de Calicut, et poussa ensuite jusqu’à Goa. 150 lieux de littoral étaient reconnus, presque toute la côte du Malabar. A la mort de Gama, le Portugal tenait : Socottora, Aden, Ormuz et Malacca, sans parler des comptoirs qui étaient sans nombres. En fait, à la fin du 16e siècle, les portugais étaient maîtres du commerce extérieur indien. Les autres nations européennes s’intéressèrent peu à peu aux richesses de l’Inde, ce qui explique les tentatives allemandes, russes et hollandaises du début du 17e siècle. Un français, protestant, Tavernier, dirigea même une compagnie durant quelques années, au nom du roi de Prusse ! Les hollandais occupèrent Ceylan, Negapatam, Cochin, San-Thome et Meliapour. Protestants, ils dénoncèrent l’inquisition catholique et se rallièrent ainsi de nombreux indiens. On assistait là, à la naissance des « Indes hollandaises ».

En 1583, un émissaire anglais, Stevens, débarquait à Goa et les britanniques ne tardèrent pas à s’imposer : en 1599, une première « Compagnie des Indes Orientales » fut créé, et en 1610, Surate devenait comptoir anglais. Poursuivant l’extension, en 1639, Charles 1er achetait le village de Madraspatam (Madras) au Raja de Chandraghen. Sous Cromwel, en 1656, les anglais acquièrent Hougly, sur le delta du Gange. Non loin de là, un village brahmanique du nom de Kali Kotta (le hameau de Kali) semblait n’offrir aucun intérêt aux indigènes et ils le vendirent aux anglais. Calcutta et l’Inde britannique étaient fondés. La reine Anne Stuart, en 1708, renouvela la charte royale des privilèges de la compagnie des Indes Orientales. Madras et Bombay étaient anglaises.

Les Français arrivèrent les derniers !…

II- LE RÊVE D’UNE « INDE FRANÇAISE » ET SES DEBOIRES (1668-1954).

Cependant, depuis 1600, la France commerçait par-delà les Mascareignes : le premier de nos explorateurs de l’Hindoustan, La Boulaye Le Gouz, visita les terres Radjpoutes en 1643. Dès 1604, Henri IV signait les lettres patentes d’une compagnie française intitulée : « Les Grandes Indes », où il y était spécifié que les nobles qui se mêlaient de commerce avec l’extrême-Orient ne dérogeaient pas, puisqu’auparavant le commerce leur était interdit. La Compagnie fut réformée par Richelieu en 1642 et par Colbert en 1664. En 1669, un certain Caron, huguenot, arriva de Madagascar à Surate et y fonda notre premier comptoir. Plus tard, à la demande du roi de Macassar et ce, contre les hollandais, la France envoya une escadre commandée par Monsieur de La Haye qui prit San-Thome et mis en déroute le roi de Golgonde qui voulait reconquérir sa ville (Août 1672-Mars 1673). Un chef de comptoir, François Martin, acheta au Nawab (1) de Goudelour, vassal très indépendant du roi de Golgonde, la concession de Pondou-Tchery (Pondichéry). En même temps, deux autres de nos agents, Bouneau et Deslandes, achetaient à un oncle d’Aurengzeb, le « Village de la lune », Tchandra Na Gara (Chandernagor). Martin fut chassé de Pondichéry par les hollandais en 1698, mais la paix de Rysxwick lui permit d’y revenir et de devenir le premier gouverneur général de l’Inde. Quand il mourut en 1706, Pondichéry comptait alors 40000 habitants et était devenue la capitale des Indes françaises.

Les successeurs de Martin furent de piètres administrateurs et politiques : Dulivier (1706-1708), Hebert (1708-1718), La Prevostière (1718-1719). Dès cette époque, la France était en état de faiblesse : comparée à l’Angleterre, elle ne disposait pas d’une flotte nécessaire aux liaisons indispensables avec la métropole. En 1721, un homme intelligent, Lenoir (1721-1735), s’occupa de la compagnie et sur le plan de l’agriculture, il acclimata le citron dans l’Inde. Lui succéda Dumas. Dès 1727, ce dernier avait gouverné l’Île de France et l’Île Bourbon. Il mit sur pied une politique d’alliance avec les princes indigènes et du Nawab de Carnatic, il obtint le droit de frapper monnaie et fut fait prince indien lui-même. Quand le Nawab dut s’enfuir devant une invasion des Marhattes, Dumas l’accueillit à Pondichéry. Il mourut en 1741, au comble de sa gloire. Mais les deux nouvelles grandes figures de l’Inde française vont apparaître à l’horizon : de la Bourdonnais et Dupleix.

Bertrand François de La Bourdonnais était né à Saint-Malo en 1699 et dès 1719, il était au service de la compagnie des Indes. En 1735, il fut nommé par le roi gouverneur de l’Île de France. Quand il sera aux Indes, naîtra une grande animosité avec Dupleix. Ce dernier, baptisé le 1er janvier 1697, était fils de fonctionnaires. C’était un homme lettré, habitué au négoce, à l’industrie, mais il ne connaît ni la marine militaire, ni l’armée. Dès 1720, à 24 ans, il est conseiller au Conseil Supérieur de Pondichéry qui a, à cette époque 80 000 habitants. En 1721, il est nommé gouverneur de Chandernagor qui est une ville à l’abandon. En une dizaine d’années, il redresse la situation économique de la ville, mais il voit encore plus loin : il voudrait, à partir de cette ville, déclencher la colonisation française sur l’Inde entière !

En Europe, la guerre de succession d’Autriche débute et les répercussions sur les Indes ne tardent pas à se faire sentir. Dupleix désirait la neutralité, mais aux lettres qu’il adresse au gouverneur de Madras, Morse, celui-ci répond insolemment, mais cependant il est désavoué par son conseil et la neutralité va être proclamée par les deux nations. Elle sera malheureusement rompue par la Royal Navy qui était un corps d’état indépendant des « marchands » de la compagnie. De la bourdonnais fut convié à porter secours à Dupleix, mais il ne peut disposer que d’une force qui comptait 6 vaisseaux et 3 frégates, jusqu’en janvier 1746. Pour bien comprendre la situation aux Indes entre 1740 et 1760, il ne faut pas oublier que ce n’étaient pas les rois de France ou d’Angleterre qui s’y disputaient la suprématie, mais deux compagnies rivales exclusivement occupées d’intérêts financiers, non politiques et cela explique que, lors de la rupture de 1744, on songea de part et d’autre à neutraliser l’Inde pour laisser les deux compagnies poursuivre en paix leur concurrence. Mais, malgré ce « bon sens mercantile », la guerre éclata. En 1743, Dupleix avait reçu l’ordre de la compagnie de réduire de moitié toutes les dépenses militaires. Pondichéry n’avait que des ébauches de remparts et les troupes françaises n’étaient réduites qu’à 400 blancs.

Derrière les préparatifs de guerre, les deux nations voyaient se profiler la fin de l’empire Moghole et l’opportunité de s’emparer de cet empire et l’une des deux nations était de trop ! Mais une grande différence psychologique existait : l’Angleterre soutenait sa compagnie, mais la France, était incompréhensive d’abord, puis affolée par cette guerre. En France, les encyclopédistes et Voltaire combattront d’ailleurs, violemment, cette présence française aux Indes. La Bourdonnais parut devant Negapatam le 6 juillet 1746. Le commodore anglais, Peyton, était sur rade mais fut battu trois jours plus tard. Dupleix accueillit La Bourdonnais. Dupleix avait la partie très difficile et il écrit : « Nous sommes des proscrits, depuis que deux ans la guerre est déclarée, la compagnie n’a même pas songé à nous envoyer un navire ». Mais grâce à son alliance avec le Nawab de Carnatic, Dupleix pouvait se maintenir de 1744 à 1746 sans dommages sérieux. Un grave problème psychologique demeurait cependant : la différence de caractères et de milieux sociaux (Qui est le reflet de la pré-Révolution française et l’antagonisme entre une noblesse finissante et une bourgeoisie avide de pouvoirs). Ils ne pourront s’entendre et cette discorde jouera sur les suites de la guerre.

Le 21 septembre 1746, Madras capitule devant La Bourdonnais. Il va offrir d’abord la ville aux princes indiens, puis la restitue à Morse, l’ex-gouverneur, contre rançon. Ce qui nous fait perdre l’estime des princes. Dans cette aventure, La Bourdonnais se montre d’avantage un pirate qu’un diplomate ! Dupleix avait d’ailleurs envisagé de le faire arrêter et de le ramener à Pondichéry, mais le 27 octobre, il regagne Pondichéry et en repart le 29 : sa destination était Sumatra, d’où il devait repartir pour l’Europe. Mais la malchance et les vents devaient le conduire par le Sénégal et la Martinique jusqu’à Londres. Il fut renvoyé en France sur parole et y arriva en février 1748. Il y est emprisonné, jugé et acquitté après deux ans à la prison à la Bastille. Il mourut en 1753, rue d’enfer (sic !) à Paris, âgé de 54 ans.

L’attaque contre Madras avait retourné contre les français, notre allié, le Nawab de carnatic, Anaverdi Khan. Il envoya son fils, Mafouz Khan, pour s’emparer de Madras avec 3000 cavaliers. En face, il y avait 300 français. Une sortie fut tentée par le capitaine Dubernat de la Tour, avec deux pièces de campagne. Il bouscula les assiégeants et incendia leur camp et les rejeta au-delà de San-Thome, sur la rivière Adyar. C’était le 2 novembre 1746. L’ingénieur Parasis, 48 heures plus tard, se heurtait à l’armée de Mafouz Khan, encore accrochée à Madras. Il avait seulement 500 hommes, mais la défaite du Nawab fut totale. Le retentissement de la victoire d’Adynar fut-elle que le Soubab du Dekkan lui-même, Nizam el Moluk, envoya ses félicitations à Dupleix. Madras ne devait jamais être reprise par les armes et Dupleix la conserva jusqu’au 1er septembre 1749 et la restitua alors à l’Angleterre, à la suite du traité d’Aix-La-Chapelle, signé le 30 octobre 1748. Dupleix chercha à neutraliser Anaverdi Khan. Deux tentatives armées échouèrent et il préféra utiliser diverses pressions, notamment l’action du Nizam El Malouk sur son vassal. Finalement, le Nawab signa la paix avec la France le 20 février 1747 et fit une entrée brillante à Pondichéry. Ensuite, Dupleix décida de porter un coup aux anglais : le 11 mars 1747, une colonne forte de 2000 soldats et 15 canons se dirigea vers Coudelour. Cette force fut confiée à Parasis et Latour. Malheureusement, cette colonne fut prise à revers par les vaisseaux de Peyton et de Griffon qui arrivaient du Bengale. La colonne battit en retraite, ce qui peut être sauva Pondichéry laissée sans troupes pour la défendre. Une deuxième tentative échouera quelques mois plus tard.

A son tour, l’Angleterre décida d’en finir avec les Indes françaises et expédia 8 vaisseaux sous le commandement de Boscarven, homme de valeur qui arriva le 7 août 1748. Le 23, toute la flotte anglaise (14 vaisseaux, 13000 hommes dont 4000 blancs) se dirigeait vers Pondichéry où elle mit la ville en état de siège. Le 11 septembre, les anglais tentèrent une attaque qui fut repoussée par Paradis. Le 16 octobre, dégoûtée, l’armée anglaise repartait. Le siège avait duré 40 jours. Dupleix triomphait ! Durant l’année1748 Chandra Sahib, allié des Mahrattes et ami des français avertit secrètement Dupleix, qu’à la tête d’une force armée par Pouna, il se proposerait de revendiquer ses droits sur le Carnatic, contre Anaverdi et même d’agir contre le Dekkan. Dans cette complexe affaire de succession, Dupleix est amené à prendre parti pour Chandra Sahib et Mauzoffer Singh. Dans l’alternative de ce choix, ils promettaient en retour de céder à la compagnie, en toute propriété : Villenour, Bahour et Valdaour. Il est bien évident que les anglais défendirent les ennemis des deux princes. Pris dans une implacable logique, français et anglais, ne pouvaient rester neutres et ne faire que du commerce : de plus en plus, ils participaient aux affaires de l’Inde indigène.

En juillet 1749, Dupleix forma une colonne forte de 400 soldats français et de 2000 soldats cipayes avec une batterie de 6 pièces d’artillerie. Le tout fut confié au comte d’Autheuil. A eux se joignirent l’armée des deux prétendants, soit 1200 hommes. La bataille eut lieu près de la ville d’Ambour avec les forces d’Anaverdi Khan qui comprenait 12000 hommes, 200 éléphants et 20 canons. La victoire fut remportée par les français, mais une nouvelle armée se forma sous les ordres de Nazir Singh. Elle se composait de 30000 guerriers. Une simple compagnie de 300 hommes commandée par de La Touche les battit le 1er septembre 1749 sur les bords de la Pouna. Tous les espoirs semblaient permis … Mouzaffer Singh devait tout à la France et dut s’acquitter. Dupleix fut créé par lui Nawab et Soubab. On le nomma pompeusement Zazir Singh Bahadour, « L’éternellement héroïque et triomphant » ! Dupleix reçut aussi des terres qui valaient leur poids de blé et de riz, 250000 louis de revenus, 20 millions de rentes. Yanaon et Mazulipatam furent cédés à la compagnie en pleine propriété. En fait, Dupleix devenait Nawab de Carnatic et protecteur du Dekkan. Chandra Sahib fonda même une ville qu’il nomma Dupleix et lui octroya le droit de nommer sans contrôle tous les gouverneurs provinciaux de l’État.

En janvier 1751, Dupleix envoya Bussy et 300 grenadiers à la       conquête du Dekkan. Ils se trouvèrent bientôt face aux Mahrattes qui considéraient l’Inde centrale comme leur chasse gardée. La cavalerie Mahratte fut défaite à Olmed Nagar et une paix générale fut signée. Le Pesheva de Pouna acceptait le protectorat français. Dupleix devenait maître de toute l’Inde méridionale du Coromandel au Malabar, du golfe de Bengale à la mer d’Oman. Jamais l’Inde ne fut aussi prête d’être française … En janvier 1751, Mohamed Ali, épouvanté par l’avance des français, offrit la reddition de Trichinopoly et la reconnaissance de Chandra Sahib comme Nawab d’Arcote. Mais deux chefs anglais, Clive et Lawrence, intervinrent avec promptitude et surent rallier le Rajah de Mansour et le maratte Morari Rao à leur cause. Clive jeta dans la bataille de Trichinopoly 1500 cipayes et 400 grenadiers blancs. Après la victoire, il fit démanteler la ville d’Arcote, le 11 septembre 1751. En contre-partie, Dupleix décida de marcher sur Madras, mais eut tort de confier l’opération à Law de Lauriston qui n’était pas un bon guerrier : il fut battu en avril 1752 par Lawrence à la bataille de Coverbank. Découragé, il se retira dans l’île de Seringham où il capitula après deux mois de blocus. Notre allié le plus fidèle, Chandra Sahib, fut capturé et décapité le 11 juin 1752 sur l’ordre du Rajah de Tandjaour…

Mais, la fin de Dupleix se préparait surtout en France, à Versailles. A son retour en France, La Bourdonnais, avait fait une immense propagande contre Dupleix, si bien qu’il apparut bientôt à l’opinion publique « comme le plus affreux et le plus noir coquin qui n’ait jamais existé », faisant soi-disant des bénéfices et voulant pousser la France à la guerre. La France entière crut gagner la paix en sacrifiant les Indes. Dupleix envoya en ambassade d’Autheuil auprès de Louis XV, mais il ne fut pas écouté et des négociations furent engagées avec Londres en mars 1753. Godeheu de Azaimont fut envoyé à Pondichéry afin d’assurer la succession de Dupleix. Il débarqua le 2 août 1754 et porta à Dupleix son ordre de retour en France. Ce dernier s’embarqua le 14 octobre 1754, à bord du « Duc d’Orléans ». Poursuivi par ses créanciers, il mourut dans sa maison de la rue neuve des-petits-champs, le 10 novembre 1763, dans l’oubli le plus total. Il avait 67 ans. Godeheu signa le traité de Madras, le 26 décembre 1754 : les deux puissances contractantes, c’est-à-dire les deux compagnies, renonçaient à la guerre tant que la paix régnerait entre les deux nations, à ne plus se mêler du gouvernement Moghole, de ne jamais plus intervenir entre les princes indigènes, à se démettre de toutes les dignités locales usurpées. Mais, malgré le traité, Clive attaqua Chandernagor et enleva la ville. Godeheu regagna la France, en confiant la compagnie à l’ex-gouverneur de Chandernagor, Duval de Leyrit.

En Europe, la trêve d’Aix-La-Chapelle fut rompue le 17 mai 1756 et l’Inde en fut informée le 6 octobre de la même année. Louis XV se décida d’envoyer là un chef suprême au-dessus des directeurs et des gouverneurs et choisit le comte de Lally-Tollendal. C’était un bon officier et un homme cultivé mais qui ignorait tout de l’Inde et se révéla comme un chef déplorable. Le 3 mai 1758, il s’empara de la ville de Goudelour. La garnison anglaise capitula. Mais, Lally-Tollendal, comme ses prédécesseurs, ne comprit jamais que la clef des Indes était au Bengale, parce qu’il confère l’accès du Gange et des deux principaux centres du pays : Delhi et Benares. De surcroît, il se rendit très impopulaire par sa méconnaissance des indigènes. Le 1er août, la flotte française fut battue au large de Tranquebar. De nouveau, l’Angleterre contrôlait la mer… Lally-Tolendal va commettre une erreur très grave : le pillage de la ville de Naour en territoire allié et le ravage d’un temple vénéré, celui de Kivelour. Ce manque de psychologie allait accélérer la ruine de la présence française et déclencher contre elle une guérilla indigène. L’attaque de Madras fut décidée. L’expédition française y arriva le 12 décembre 1758, en début de la saison des pluies. L’assaut final fut donné le 13 février 1759.Ce fut un échec et il fallut faire retraite à Pondichéry. Une grande bataille eut lieu à Vandavachy, où les anglais s’apprêtaient à bloquer Lally-Tollendal dans la capitale et malgré de multiples charges héroïques à la baïonnette, la défaite survint. L’attaque de Pondichéry commença bientôt et Sir Eyre Coote entama le siège de la ville à la mi-mars, tandis que l’amiral Cornish bloquait la place par la mer avec 14 vaisseaux. Le siège dura 10 mois. Lally-Tollendal était abandonné de tous, car impopulaire. Malade, quasi mourant, il se rendit le 18 janvier 1761. La France n’avait plus un pouce carré en Inde… Chandernagor fut démembrée de fond en comble. Le gouverneur de Madras, Pigot, y mit lui-même la pioche. Tous les français furent conduits prisonniers de guerre en Angleterre, sauf certains membres du conseil qui, relâchés, menèrent une virulente campagne contre Lally-Tollendal, l’accusant de trahison. Ce dernier n’était pas un traître, mais seulement un incapable et un présomptueux. Jugé, il sera décapité en place de Grèves, mains liées et bâillon sur la bouche, le 6 mai 1766…

Le Traité de Paris, signé le 16 février 1763, consacra la déchéance coloniale définitive de la France tant au Canada qu’aux Indes. Aux termes de ce traité nous recouvrions Pondichéry, Chandernagor, Mahe, Karical et Yanaon, nos « comptoirs », mais tels qu’ils étaient à la fin de 1748 ! Les conquêtes de Dupleix et de Bussy étaient rayées d’un trait de plume. Nous étions exclus de l’Hindoustan à jamais. Quelques aventuriers français se mirent au service de souverains locaux : par exemple Law de Lauriston et le colonel Gentil qui organisèrent, en 1763, l’armée de Soudja Daoula, Nawar d’Aouth et maître de Benares. En 1765, la France confia à Law de Lauriston de relever Pondichéry. Ce qu’il fit sous surveillance anglaise ! Deux événements ébranlèrent cependant la puissance anglaise : la lutte contre Ahayder Ali et la guerre d’indépendance américaine. Profitant de l’occasion, les ministres de Louis XV prirent le parti d’envoyer aux Indes une armée dont l’objet était de soutenir Hayder Ali, avec à sa tête de Bussy Castelnau. Mais, à l’époque ce dernier avait 60 ans, et son adversaire anglais était Waren Hastings. Le premier contingent de 2000 hommes arriva sous les ordres du brigadier général Du Chemin et le 11 mai 1782, Goudelor est prise. Les anglais sont obligés d’abandonner Pondichéry. Le deuxième contingent qui arrivait en renfort un peu plus tard, était commandé par Pierre-André de Suffren de Saint-Tropez. Au large de Madras, il remporta une victoire sur la flotte anglaise et, avec 12 vaisseaux, il attaqua Trinquemalay le 12 avril. Mais fin avril 1782, une dépêche de Versailles lui ordonnait de faire retraite. Mais, Suffren va désobéir au roi : avec l’aide de 3000 indiens envoyés par Hayder Ali, il gagne la bataille de Negapatam, le 6 juillet 1782. Il rencontre Hayder Ali le 26 juillet et lui promet que la France restera aux Indes… En février 1783, retardé, Bussy arrive enfin à l’Île de France, mais avec un effectf réduit, car les troupes furent décimées par des épidémies. Suffren doit le dégager d’un encerclement dans Goudelour.

Mais le traité de Versailles avait été signé le 9 février 1783. Il ne redonnait à la France que ses comptoirs à peine accrus des districts de Villenour et de Bahour. Rentré en France en mars 1784, et accueilli triomphalement, Suffren ne reverra jamais l’Inde et mourut à Paris, le 8 décembre 1788. Tant qu’à Bussy, il termina sa vie à Pondichéry le 7 janvier 1785. La guerre franco-anglaise de 1793, à peine interrompue d’octobre 1801 à mai 1803 par la trêve d’Amiens, entraîna la conquête de nos cinq comptoirs. Le 30 mai 1814, ces comptoirs, une fois de plus, nous furent restitués à condition de n’avoir plus de garnisons, sauf quelques cipayes pour la police.

L’« épopée française » aux Indes était terminée …

III- QU’ALLAIT DONC FAIRE LA FRANC-MAÇONNERIE DANS CETTE GUERRE COLONIALE ?

Il est intéressant de constater que l’expansion coloniale des européens va coïncider avec le développement progressif de la Maçonnerie en Europe. Mais, paradoxalement, aux Indes, nous allons assister à une guerre fratricide entre Maçons français et anglais, et bientôt indigènes du côté britannique, nombreux dans les instances politiques, commerciales et surtout militaires. Enormément de loges militaires existaient des deux côtés de l’échiquier.

La Maçonnerie française débutera tardivement dans les colonies qui fourniront le personnel essentiel de la tentative de conquête de l’Inde. Le point de départ en sera surtout l’Île Bourbon (La Réunion) où va naître la loge « La Parfaite Harmonie », le 14 août 1777, par le Frère Perrier de Salvert, Frère issu de « L’Heureuse Rencontre » à l’Orient de Brest. La composition en est militaire, économique et maritime, soulignant ainsi l’importance de la création de loges dans les ports, lieux de guerre et de commerce. On note aussi, sur le plan religieux, la présence de nombreux protestants, favorables à la Maçonnerie et qui développent prudemment un anti-cléricalisme qui s’exprime de plus en plus. Mais, naturellement, les indigènes sont absents des tenues maçonniques : les Lumières, tout en se réclamant une universalité théorique, font partie d’une société où la connivence avec le ségrégationnisme fonctionne parfaitement au-delà du discours, par crainte de la dissolution de l’identité. Ainsi, dans les milieux maçonniques, court un pamphlet anonyme « humoristique », d’origine britannique : « Quel sorte d’homme un Maçon doit-il être, je vous prie ?

– Un homme né d’une femme libre ! » (« The Three distinct Knoks ». Publié à Londres en 1760). Ce n’est que plus tard, à la faveur de la constitution de la créolité, que quelques initiations auront lieu. Aux Indes, confrontés à une civilisation millénaire, les Maçons français conserveront une grande distance vis-a-vis des indigènes, sauf si besoin politique est. Une affaire maçonnique passionnera d’ailleurs les loges de l’île Bourbon et de l’île de France (l’île Maurice) : Le Frère Jean-Baptiste Banks, vivait avec une indigène de qui il avait 5 enfants. Il fut très violemment mis en cause dans sa loge et il sera obligé de mettre l’affaire en justice, durant une très longue période !

Après la restitution de Pondichéry la loge « La Fraternité Cosmopolite » demande des constitutions au Grand Orient de France qui sont accordées en novembre 1781. La loge travaillera jusqu’en 1792. Ses membres proviennent, de façon écrasante, de l’armée et de quelques notables. Nous pourrions presque évoquer une « loge militaire », ce qui est le cas de nombreuses loges coloniales des Indes françaises ! Nous avons même conservé un discours de son vénérable, le colonel du Fresne, du 27 décembre 1783 (2) : « Félicitons-nous donc, mes Frères, de fonder à cinq mille lieux de notre patrie, un monument qui perpétue dans ces régions éloignées l’exercice des vertus qui caractérisent les vrais maçons. Jouissons d’avance du plaisir de nous dépouiller des préjugés des hommes pour accueillir nos frères étrangers, comme s’ils étaient nés parmi nous ». Voeux pieux, liés aux progrès de la pensée révolutionnaire, car la Maçonnerie française, à cette époque, contrairement à la Maçonnerie britannique qui franchit le pas, n’envisage pas le recrutement, très timide, d’indigènes dans ses rangs. Erreur politique funeste !

Côté britannique, la première loge va voir le jour au Bengale, à fort William, en 1730. C’est un comptoir fortifié appartenant au « Comptoir anglais des Indes orientales ». Les loges vont bientôt se multiplier sur tout le territoire où les comptoirs sont présents et ainsi trouver un ancrage permanent. Les britanniques auront le même problème que les français dans l’ouverture des loges aux indigènes. La première initiation aura lieu en 1776 : il s’agit d’Umdatul Umrah, fils aîné du Nawab de la région du Carnatique, allié des britanniques. Cette initiation se déroulera dans une loge militaire. Au tournant du XVIIIe siècle, une dizaine au plus de notables indiens sont initiés. Ils vont plutôt fréquenter les clubs qui leur sont plus facilement ouverts, mais pas toujours : le « Bengal Club » par exemple exclut « les femmes, les chiens et les indiens »! En 1840, n’existe toujours pas d’unanimité pour l’acceptation des indigènes dans les loges, principalement dans des Etats parfaitement réactionnaires. Par exemple, le Bengale déjà cité où l’on peut lire sous la plume de Hugh Sandeman, Grand Maître de la Grande Loge provinciale, en 1863 : « Les hommes, bien qu’étant du même sang, ne sont pas tous semblables, le mot « homme » n’a pas toujours la même signification, il y a plusieurs races, plusieurs rangs et plusieurs conditions et notre race diffère en tous points de celle de l’Asiatique, si bien que nous ne pouvons-nous rencontrer en tant que Frères » ! Ce racisme affiché, cherchant surtout à mettre en place un renforcement des « petits blancs » de la colonisation va être un facteur d’accentuation de l’engagement des intellectuels indiens vers la vie associative et politique. Ainsi, par son blocage systématique, la Franc-Maçonnerie britannique joua un rôle déterminant dans la lutte anti-coloniale et la naissance d’un nationalisme indien qui allait conduire pas à pas vers l’Indépendance, alors qu’elle aurait pu jouer un rôle de pont entre les cultures !

C’est le Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre, Lord Sussex (1773-1843) qui donnera le premier feu vert à l’admission d’indiens « éclairés », entrant ainsi en opposition à l’État colonial composé de petits employés se pensant « supérieurs » aux indigènes. Ce qui, le 21 mars 1877 à Bombay, amènera Le célèbre Vénérable Kharshedji Rustamji Cama (1833-1909), appartenant à la religion parsie, de dire : « Grâce à ces loges, nous avons parmi nous des parsis, des musulmans et des hindous, qui ont été initiés à la Franc-Maçonnerie et sont unis dans la poursuite d’un bien commun. Existe-t-il un autre endroit, je vous demande, où vous puissiez les trouver aussi joyeusement réunis qu’en loge ou à table du banquet maçonnique ? J’ai souvent entendu dire tout particulièrement dans les discours prononcés après nos banquets, que l’ouverture de la Franc-Maçonnerie aux indigènes avait eu pour conséquence heureuse de les amener à s’associer plus étroitement à leurs Frères européens. J’allais presque dire leurs maîtres ! » N’échappera à personne l’ironie de ce discours… Il faudra attendre encore des années pour qu’existe, dans cette Maçonnerie coloniale, une mixité ethnique et culturelle et que notre Frère Rudyard Kipling puisse écrire son magnifique poème, « La Loge Mère » où britanniques et indiens de toutes cultures religieuses travaillent de concert. Mais il convient de signaler des exemples plus lumineux dans les influences positives de la Maçonnerie. Nous n’en citerons qu’un : Celui d’Annie Besant (3), personnage surprenant s’il en est. En 1902, elle fonda la première loge mixte à Londres avec l’« Universal Order of Co-Freemasonry » (« Ordre universel de la Franc-Maçonnerie Mixte ») qui s’inspirait du Droit Humain, fondée en 1892 par Maria Deraisme et où fut initiée la première britannique, théosophe, Francesca Arundale, au cours d’un séjour à Paris, bientôt suivie par Annie Besant et Charlotte Despard. Dans les années 1920, l’Ordre universel de la Franc-Maçonnerie mixte, toujours dirigé par Annie Besant comptait 40 loges en Angleterre, dont 10 à Londres et plusieurs en Inde. Annie Besant, théosophe reconnue et très engagée politiquement à gauche, fera un premier voyage en Indes en 1893 et s’y installera en 1893. Deux choses la choqueront : la situation des femmes indiennes et la contrainte coloniale. La Franc-Maçonnerie mixte va contribuer à une amélioration du statut des femmes et, elle, à titre personnel, va soutenir les mouvements d’indépendance qui se mettent en place. Elle sera même élue première présidente du « Parti du Congrès National Indien » et travaillera longtemps avec Gandhi et surtout Jarawal Nehru pour qu’une Inde indépendante et fière de sa culture millénaire voit le jour. Elle ira jusqu’à fonder, en 1916, la « Home Rule for India league » (« La ligue pour l’auto-détermination de l’Inde »). Les autorités britanniques tenteront vainement de stopper son action, y compris par des arrestations. Jusqu’au bout elle luttera, et s’éteindra en 1933 à Madras, persuadée que l’indépendance se ferait quoi qu’il advienne. Belle intuition.

Pour sourire, nous pourrions dire que l’Inde doit son indépendance à une femme Franc-maçonne ! Cà réchauffe le coeur…

 NOTES

(1) Nawab : Mot ourdou, provenant du persan et de l’arabe (Nuwwâb) qu’on peut traduire par « Emir », ou encore par « vice » (Vice-roi par exemple). Dans le Coran, nom masculin qui vient du mot « Nabi », le « délégué ». Le devoir principal d’un Nawab était de garantir la souveraineté de l’empereur moghol et d’administrer une province.

Les autres titres de la dynastie moghole étaient khan et rajas. Dans le grand Etat musulman d’Hyderabad, par exemple, « Khan » était le plus bas des titres aristocratiques conférés par le Nizam régnant aux serviteurs musulmans et qui se classe en dessous de Khan Bahadur et Nawab. Le titre de « rajas », monarque, était surtout destiné aux hindous, selon les usages locaux, mais contrôlé par le pouvoir moghol.

(2) Bihan Alain : La Franc-Maçonnerie dans les colonies françaises du XVIIIe siècle. Bordeaux. Ed. Des Annales historiques de la Révolution Française. N° 215. 1974. (Pages 39 à 62).

(3) Pécastaing-Boissière Muriel : Les luttes d’Annie Besant pour les droits des femmes. Paris. Revue le lotus bleu. N° 7. Août-Septembre 2025. (Pages 121 à 127).

 BIBLIOGRAPHIE

– Burke Janet et Jacob Margaret : Les premières franc-maçonnes au siècle des Lumières. Bordeaux. Presse Universitaire de Bordeaux. 2011.

– Deschamps Simon : Sociabilité maçonnique et pouvoir colonial dans l’Inde britannique (1730-1921). Bordeaux. Presse Universitaire de Bordeaux. 2012.

– Révouyer Cécile et Saunier Eric : La Franc-Maçonnerie dans les ports. Bordeaux. Presse Universitaire de Bordeaux.2012.

Manifeste pour une Franc-maçonnerie spirituelle

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Une École Philosophique Humaniste pour le XXIe siècle

À l’heure où les certitudes vacillent, où les savoirs se fragmentent, où les liens se défont, la Franc-maçonnerie doit retrouver son souffle premier : être une école de l’esprit, un lieu où l’être humain s’éveille à lui-même et au monde, par la recherche, la méditation et le partage. Face à l’oubli du sens, à la marchandisation de l’humain et à la montée des fanatismes, il est essentiel de réaffirmer la nécessité d’une franc-maçonnerie spirituelle, libre de tout dogme.

La voie maçonnique : un humanisme en acte

La Franc-maçonnerie n’est pas un refuge pour nostalgiques, ni un club d’élite. Elle est une école de liberté intérieure, qui place la dignité humaine au cœur de son édifice.

Être maçon, c’est travailler à sa propre construction pour mieux participer à celle du monde. Notre humanisme n’est ni naïf ni abstrait : il est lucide, actif et universel.

Il s’enracine dans la conscience de l’unité du vivant, dans le respect du mystère de l’être, et dans le refus des exclusions fondées sur l’origine, la croyance, le genre ou la condition.

Une école philosophique pour l’esprit libre

La Franc-maçonnerie spirituelle se conçoit comme une école philosophique — un lieu d’étude, d’expérimentation et de transmission. Elle n’enseigne pas des certitudes, mais une méthode d’interrogation : le travail sur le symbole, le rituel et la méditation collective comme instruments de connaissance de soi.

Loin du conformisme intellectuel, elle invite à penser par soi-même, à douter, à écouter, à confronter les points de vue dans la fraternité. Son ambition n’est pas de fabriquer des disciples, mais d’éveiller des consciences capables de discernement, de compassion et de responsabilité.

Le spirituel sans dogme

Le spirituel maçonnique n’appartient à aucune religion, mais il reconnaît la dimension de transcendance qui habite toute existence. Cette transcendance peut se dire en langage symbolique, philosophique ou poétique — elle est ce souffle qui relie l’humain à l’univers, le fini à l’infini.

La Franc-maçonnerie spirituelle refuse le vide matérialiste comme les certitudes fanatiques.
Elle affirme que les humains ne se réduisent ni à leur corps, ni à leur rôle social, ni à leur production : ils sont des êtres de sens, de lumière et de liberté.

Une communauté initiatique pour le monde contemporain

L’initiation n’est pas une fuite hors du monde : elle en est la transformation intérieure.
À l’heure du virtuel et de l’instantané, la démarche maçonnique propose le temps long, le silence, la lenteur, le symbolique — autant de résistances à la superficialité.

Le Franc-maçonnerie est un laboratoire de l’humain : un espace protégé où se réapprennent l’écoute, la parole vraie et la fraternité agissante. Mais cette fraternité n’a de sens que si elle s’ouvre sur le monde : par la culture, la solidarité, la réflexion éthique, l’engagement citoyen.

Pour une renaissance de l’esprit humaniste

Nous appelons les femmes et les hommes du XXIe siècle à retrouver le goût du questionnement, la joie de la connaissance et la ferveur du partage.

Nous croyons que la Franc-maçonnerie, si elle retrouve sa vocation spirituelle, peut devenir l’un des foyers d’une renaissance humaniste— un lieu de résistance au nihilisme et de réinvention du lien entre science, philosophie et spiritualité.

Notre tâche n’est pas de préserver un héritage figé, mais de l’interpréter à la lumière du présent. Nous voulons une Franc-maçonnerie ouverte, inclusive, exigeante, ancrée dans la tradition mais tournée vers l’avenir.

Bâtir le Temple intérieur et universel

Être maçon au XXIe siècle, c’est bâtir un temple sans murs ni frontières : celui de la conscience éclairée, du respect du vivant et de la fraternité universelle. C’est faire de chaque initiation une victoire sur l’ignorance, de chaque atelier une école de sagesse, et de chaque geste une offrande à l’humanité.

Ainsi, la Franc-maçonnerie spirituelle ne se contente pas de transmettre des rituels : elle inspire un art de vivre, un humanisme incarné, une espérance lucide. Elle est, pour notre temps, une école philosophique et initiatique de la liberté intérieure et de la fraternité universelle.

S. Morin

Le 7e sens révélé : quand la science affleure les mystères de la Franc-maçonnerie

Dans un monde où la science repousse sans cesse les frontières de notre compréhension du corps humain, une découverte récente fait frémir les esprits curieux et les adeptes des traditions ésotériques. Imaginez : vos doigts, effleurant la surface d’un lit de sable, perçoivent soudain la présence d’un objet enfoui à plusieurs centimètres de profondeur, sans le toucher directement. Ce n’est pas de la télépathie, ni un tour de magie, mais un « septième sens » – le remote touch, ou toucher à distance – que des chercheurs britanniques viennent d’identifier chez l’humain.

Publiée en novembre 2024 lors d’une conférence de l’IEEE, cette avancée soulève des questions fascinantes : et si ce sens caché venait compléter, ou même transcender, les cinq sens traditionnels célébrés dans le grade de Compagnon en Franc-maçonnerie ? Plongeons dans cette intersection improbable entre neurosciences et symbolisme initiatique, pour explorer comment la modernité pourrait réconcilier ses lumières avec les ombres ancestrales de la Loge.

Une perception cachée : Le toucher à distance, un sens oublié ?

Queen Mary University of London

Longtemps relégué aux confins de la biologie animale – pensez aux bécasseaux et pluviers qui sondent le limon pour traquer leurs proies invisibles –, le « toucher à distance » s’avère être une aptitude innée chez l’humain, opérant souvent à notre insu. Des équipes de la Queen Mary University of London et de l’University College London (UCL) ont mis en lumière ce phénomène lors d’expériences ingénieuses menées sur douze volontaires âgés de 18 à 26 ans.

L’un des protocoles consistait à faire glisser lentement un doigt sur la surface d’un bac rempli de sable sec, guidé par une bande lumineuse pour standardiser le mouvement. À l’intérieur, un petit cube en plastique était dissimulé à une profondeur variable. Résultat stupéfiant : les participants détectaient l’objet avec une précision de 70,7 %, à une distance médiane de 2,7 cm, et jusqu’à 6,9 cm dans le meilleur des cas.

Comment cela fonctionne-t-il ? Tout repose sur une physique subtile : en déplaçant le doigt, les grains de sable se redistribuent, créant des ondes de pression et des micro-variations de densité autour de l’objet enfoui. Ces perturbations mécaniques – de simples « échos » granulaires – sont captées par les mécanorécepteurs de la peau, ces récepteurs tactiles ultra-sensibles qui interprètent la résistance accrue comme un signal d’obstacle.

Comme l’explique la théorie de la « zone de coin », à l’approche de l’objet, les grains forment un coin de densité plus élevée, provoquant une résistance microscopique que notre cerveau traduit en perception intuitive.

« Le toucher n’est pas un simple contact avec le monde. Il est aussi un champ de perception actif »

résume un des articles scientifiques soulignant cette extension du sens tactile.

Robot

Mais la science ne s’arrête pas à l’humain. Les chercheurs ont conçu un « doigt robotique » équipé de micro-capteurs de force et d’un algorithme d’apprentissage automatique (LSTM) pour imiter cette détection. Entraîné sur les données des volontaires, le robot atteint une portée médiane de 6 cm, mais avec une précision moindre (40 %) et plus de faux positifs.

Cette interaction humain-machine révèle une supériorité humaine dans le jugement des signaux ambigus, ouvrant des horizons en robotique : imaginez des drones archéologiques fouillant des sites sans les endommager, ou des robots explorant les sols martiens où la vision échoue.

Bien que les médias aient crié au « septième sens » pour son attrait sensationnel, les scientifiques tempèrent : il s’agit d’une extension raffinée du toucher, non d’un organe sensoriel inédit, rejoignant d’autres sens « cachés » comme la proprioception (position corporelle) ou l’équilibrioception (équilibre).

Pourtant, cette nuance n’empêche pas l’excitation : nous utilisons ce sens quotidiennement, par exemple pour deviner une irrégularité sous un tapis ou un vêtement, sans en avoir conscience.

Les Cinq Sens du Compagnon : Portails vers la Lumière Intérieure

Pour comprendre la résonance de cette découverte avec la Franc-maçonnerie, remontons au grade de Compagnon, deuxième étape de l’initiation bleue. Âgé symboliquement de cinq ans – l’âge de la raison et de l’éveil sensoriel –, le Compagnon entreprend cinq voyages rituels, guidés par le maillet et le ciseau, pour tailler sa pierre brute en cube parfait. Au cœur de ce parcours : les cinq sens, gravés sur un cartouche.

Ils ne sont pas de simples facultés physiques, mais des « moyens d’approche de la réalité », des chemins vers la connaissance de soi, des autres et du monde, filtrés par le discernement et la raison pour éviter les illusions.

Comme l’enseigne le Vénérable Maître : « Apprenez à bien connaître votre nature profonde […] vous devrez désormais développer vos cinq sens, car ils constituent le moyen de contrôle indispensable pour cette recherche. »

Chacun des sens porte un symbolisme profond, lié aux éléments et à l’initiation :

  • La Vue, premier sens invoqué, symbolise la réception de la lumière divine. Bandé lors de l’initiation, l’impétrant renaît à la vision : « Que le bandeau lui soit enlevé, qu’il voie et qu’il médite ! » Elle évoque le troisième œil, transcendant la vue physique pour une clairvoyance intérieure, porte d’entrée vers les symboles de la Loge – l’Étoile flamboyante aux cinq branches, le Delta lumineux.
  • L’Ouïe, essentielle dans une tradition orale, capte les vibrations du Verbe créateur. « Au commencement était le Verbe », rappelle-t-elle, invitant à écouter au-delà des mots pour une compréhension profonde, attitude d’ouverture au rituel et aux planches des Frères.
  • Le Toucher, ancré à la terre, requiert délicatesse et mesure. Il se manifeste dans l’attouchement maçonnique, signe de reconnaissance : « Qu’est ceci ? C’est l’attouchement de Compagnon. » Symbole de tact relationnel, il transforme l’intelligence corporelle en outil de perfection, comme le ciseau affine la pierre.
  • Le Goût, associé à l’eau, évalue la « justesse » des choses – un breuvage amer lors de l’initiation rappelant l’amertume de l’ignorance. Transposé symboliquement, il affine le jugement éthique et esthétique.
  • L’Odorat, lié au feu, incarne le flair intuitif, perçant les voiles subtils. Moins sollicité rituellement, il unit l’intelligence au ressenti, avertissant des pièges sensoriels.

Ces sens, incomplets et parfois trompeurs (hallucinations, biais), doivent s’harmoniser avec la raison pour mener à l’intuition – ce « sixième sens » maçonnique qui préfigure l’élévation au grade de Maître.

Le nombre cinq, quintessence de la complétude, relie le Compagnon à l’ordre cosmique, cinq ordres d’architecture, cinq Lumières du Zodiaque.

Conciliant science et symbolisme : un pont vers l’inconnu ?

Henri Bergson

Et si ce septième sens scientifique venait couronner l’édifice maçonnique ? Le remote touch s’inscrit comme une extension magistrale du Toucher, ce sens terrien du Compagnon, qui passe du contact direct à une perception active et distante. Là où le rituel invite à « perfectionner le toucher jusqu’à en faire un tact » – remontant de la main au cerveau, comme l’écrivait Henri Bergson –, la science révèle un tact « échoïque », captant des signaux invisibles via un milieu intermédiaire, tel le sable symbolisant les épreuves granulaires de l’initiation.

Dans la Loge, les cinq sens filtrent le chaos extérieur pour forger l’harmonie intérieure ; ce septième sens, en élargissant le champ tactile, pourrait figurer un « sixième voyage » implicite, où le Maçon perçoit les mystères enfouis – vérités occultes, influences subtiles – sans les « toucher » au sens profane. Il évoque l’Étoile flamboyante, dont les cinq branches s’ouvrent à une sixième pointe centrale, ou le Delta irradiant une lumière au-delà des sens. Ainsi, la découverte n’invalide pas le symbolisme maçonnique, mais l’enrichit : elle matérialise l’idée que le Toucher, loin d’être statique, est un « champ de perception actif », reliant le profane au sacré, l’humain au divin.

Pour le Compagnon, cultiver ce sens pourrait signifier affiner son discernement, détectant les « objets enfouis » de l’âme – passions cachées, potentiels inexploités – avec une précision quasi-robotique, guidée par l’IA de la raison maçonnique.

Cette réconciliation n’est pas anodine. Elle invite les Frères à intégrer la science dans leurs planches, transformant le rituel en laboratoire vivant. Après tout, la Franc-maçonnerie, art de bâtir, n’a-t-elle pas toujours puisé dans les avancées du temps – de l’architecture égyptienne à la physique quantique ?

Vers une perception augmentée : L’homme, entre sable et étoiles

Tu connais ton chemin

Cette découverte du septième sens nous rappelle que l’humain est plus qu’une somme de cinq facultés : il est un récepteur cosmique, capable de sonder l’invisible par des voies inattendues. En la confrontant aux cinq sens du Compagnon, nous voyons émerger un pont entre empirisme scientifique et hermétisme initiatique – un appel à développer non seulement nos mains, mais notre être tout entier. Demain, dans la Loge ou le laboratoire, ce remote touch pourrait nous guider vers des horizons inexplorés : fouilles archéologiques de l’âme, robots inspirés par le Verbe, ou simplement une humanité plus sensible aux échos du monde.

Comme le cartouche maçonnique l’inscrit, les sens sont des chemins ; avec ce septième, ils deviennent un labyrinthe infini, menant à la Lumière. Et vous, sentirez-vous bientôt le sable murmurer ses secrets ?

Sources scientifiques & vulgarisation sur la découverte du « septième sens »

  1. Slate.fr – « La science vient de découvrir un septième sens humain : le “toucher à distance” »
    https://www.slate.fr/sciences/decouverte-septieme-sens-humain-toucher-distance-aptitude-perception-machine
  2. Science & Vie – « Vous avez un septième sens… et vous l’utiliseriez sans le savoir ! »
    https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/vous-avez-un-septieme-sens-et-vous-lutiliseriez-sans-le-savoir-217620.html
  3. Génération NT – « Un septième sens humain découvert : le toucher à distance, bientôt intégré aux robots »
    https://www.generation-nt.com/actualites/septieme-sens-toucher-distance-humains-robot-sable-2066013
  4. MaGrandeTaille.com – « Le septième sens humain existe : on peut toucher à distance ! »
    https://www.ma-grande-taille.com/psycho/septieme-sens-humain-toucher-a-distance-428004
  5. Unidivers.fr – « Un septième sens découvert par la science : le toucher à distance »
    https://unidivers.fr/septieme-sens-toucher-distance/

Sources complémentaires sur le symbolisme maçonnique (utilisées pour la partie franc-maçonnerie)

  1. Rituel du grade de Compagnon du Rite Écossais Ancien et Accepté (édition officielle)
  2. Oswald Wirth – La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, tome II « Le Compagnon »
  3. Jules Boucher – La Symbolique maçonnique

De la mort symbolique à la renaissance | Sous le Bandeau | Épisode #89

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De la Mort à la Renaissance : Secrets Initiatiques et Symboliques

Plongez dans un voyage introspectif et mystique à travers la symbolique de la mort et de la renaissance. Dans cet épisode personnel et immersif, Franco et Sylvain partagent leurs expériences de transformation profonde, mêlant traditions maçonniques, rituels amérindiens et secrets ancestraux. Une exploration captivante pour tous ceux en quête de spiritualité et d’initiation.


Découvrez comment le parcours de transformation personnelle, les rituels de passage et les traditions spirituelles se croisent pour révéler la voie de la renaissance intérieure. Franco et Sylvain évoquent leurs parcours, les loges funèbres, les sweat lodges amérindiens, la prophétie des sept feux, et l’importance du symbolisme dans la quête de sens. Un épisode riche en révélations et en inspirations pour enrichir votre cheminement initiatique.

Ce témoignage sincère et enrichi de connaissances ancestrales vous invite à réfléchir sur la transformation personnelle, le symbolisme maçonnique et les rituels de passage. Approfondissez votre compréhension des pratiques spirituelles qui façonnent la quête de renaissance et d’éveil intérieur. N’attendez plus pour explorer ces mystères et ouvrir la voie à une nouvelle étape de votre cheminement.


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Francs-maçons du Sussex : Appel aux dons d’ours en peluche pour les soins affectueux

Plus de deux millions d’oursons en peluche distribués

Du site officiel sussexmasons.org.uk

L’opération « Teddies for Loving Care » fournit gratuitement des ours en peluche et des jouets en peluche aux services d’urgences, afin que le personnel médical puisse les distribuer, à sa discrétion, aux enfants admis en grande détresse et pour lesquels le personnel estime qu’un ours en peluche ou un jouet en peluche à câliner contribuera à atténuer le stress et à les aider dans leur travail.

Le personnel utilise souvent les ours en peluche pour calmer les enfants, les récompenser pour leur courage et, dans certains cas, leur montrer des procédures. Grâce au soutien et à l’enthousiasme suscités par cette initiative, plus de 2 millions d’ours en peluche ont déjà été distribués dans tout le pays.

Les badges Teddies for Loving Care sont disponibles à l’achat auprès du bureau de l’association caritative et leur vente permet de financer deux ours en peluche TLC. 

Si vous souhaitez acheter un badge, veuillez remplir un formulaire de commande ici ou vous rendre au bureau de l’association caritative.  Vous pouvez en savoir plus sur l’association caritative  ici.

Si vous avez des questions concernant l’appel aux dons « Teddies For Loving Care » ou si vous souhaitez aider l’association caritative maçonnique de pêche à la truite et au saumon dans le Sussex, veuillez remplir le formulaire de contact.

La pierre et la parole

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La responsabilité alchimique est l’art d’assumer la responsabilité de ses actes de manière prévisible et juste, en mêlant liberté et devoir de façon à transformer l’individu et la communauté. En Franc-maçonnerie, cet art devient une discipline vivante : le franc-maçon façonne son intention, met sa parole en pratique et laisse les principes modeler ses œuvres.

La responsabilité, au sens originel de « respondere » , est un dialogue entre la conscience et le monde : être interpellé et savoir comment répondre. Il ne s’agit pas simplement de rendre des comptes, car ce n’est pas seulement « qui a fait quoi », mais « qui choisit comment et pourquoi », assumant le poids de l’avenir inhérent à chaque décision.

C’est une liberté située, qui reconnaît les limites comme cadre du bien et le temps comme matière première de l’action ordonnée. En ce sens, elle est déjà « alchimique » : elle transmute l’impulsion en volonté, la volonté en forme, la forme en exemple.

Dans la pensée maçonnique, la responsabilité est l’éthique de la liberté : le compas sans l’équerre devient caprice, l’équerre sans le compas est rigidité. Le Franc-maçon est appelé à faire le lien entre le temple intérieur et la cité : ce qu’il comprend au-delà des symboles doit se traduire concrètement dans ses actions profanes. Il ne suffit pas de croire au bien ; il faut en faire une pratique.

La règle ne mortifie pas mais guide, le rite n’emprisonne pas mais éduque, le silence ne cache pas mais prépare la parole juste.

Les devoirs d’un franc-maçon découlent de ce noyau : dire la vérité et la mettre en pratique ; respecter les lois, les statuts et les serments ; être constamment présent ; faire preuve de discrétion ; honorer sa parole ; s’élever moralement, intellectuellement et spirituellement ; privilégier le bien commun au gain personnel.

Des maximes comme

Legum omnes servi sumus, ut libera esse possimus

Et

Pacta sunt servanda

Ce ne sont pas des slogans, mais des critères de travail : la liberté se nourrit de modération, le pacte crée la confiance, la confiance rend possible toute grande œuvre.

La transition subtile par laquelle un Franc-maçon devient véritablement « responsable » se produit lorsque son intention se transforme : du désir d’être reconnu au désir d’être digne de confiance ; du désir d’avoir raison à la décision de rechercher ce qui est juste ; de parler pour briller à parler pour édifier.

Le centre de gravité se déplace : les excuses cèdent la place à l’engagement, les alibis à la guérison, la réactivité devient réponse. C’est une transformation intérieure : la vanité du geste disparaît, seule la noblesse de l’action demeure.

L’avertissement est alors compréhensible.

Des faits, pas des mots

Benjamin Franklin

Les faits ne sont pas la réfutation de la parole, mais son accomplissement. Cette responsabilité se traduit concrètement dans la vie séculière : fiabilité au travail, continuité familiale, citoyenneté active et une approche sobre et tenace des conflits. Le Franc-maçon responsable compose, il ne complique pas ; il construit, il n’occupe pas ; il donne de son temps et de son expertise, pas seulement de ses opinions.

Benjamin Franklin se souvient :

Si vous avez du temps, ne le perdez pas.

C’est une éthique de la ponctualité du bien.

Voltaire avertissait que la décision quotidienne d’être de bonne humeur est déjà un acte de courage moral : l’attitude précède l’action et la rend possible.
Mark Twain a observé que le courage est la résistance à la peur, et non son absence : la responsabilité est précisément ce courage discipliné.

Mais lorsque le cœur du Franc-maçon se dérobe à la responsabilité et sombre dans l’irresponsabilité, le symbole devient ornement, le rituel habitude, la parole donnée vaine. L’ambition remplace le service, la faction la fraternité, l’exception personnelle l’emporte sur la règle commune. Il en résulte une perte de crédibilité, une confiance qui s’effrite et la fragmentation de l’Œuvre. L’irresponsabilité a toujours un prix : isolement, méfiance, conflits stériles, occasions manquées et, parfois, des sanctions justifiées et proportionnées aux manquements. C’est une caricature du parcours initiatique : beaucoup de paroles, peu d’actes ; beaucoup de fuite, peu d’ascension.

Les conséquences d’un comportement responsable, en revanche, mûrissent lentement et profondément : une solide réputation, des relations solides, une autorité tacite, une satisfaction intérieure tranquille. La responsabilité engendre un capital symbolique et social : chaque fois qu’une parole donnée est tenue, la ville devient un peu plus vivable. Chaque fois que la médiation est préférée à la vengeance, la logique du Temple se répand dans les rues. Chaque fois qu’on réfléchit avant de juger, une mèche s’éteint et une lampe s’allume.

Un clin d’œil discret à la politique maçonnique : la responsabilité authentique est la seule voie vers une carrière digne. Ce n’est pas l’accumulation de titres qui forge le caractère, mais la patience au service des autres, la capacité à promouvoir des positions, le refus des raccourcis et la neutralité face aux factions lorsqu’elles menacent l’Œuvre.

L’art de gouverner, au sein de la Loge comme à l’extérieur, est l’art de l’équilibre : écouter sans chercher à plaire, décider sans humilier, déléguer sans abdiquer, en gardant à l’esprit que

ius est ars boni et aequi.

Non pas un pouvoir à exercer, mais une justice à pratiquer. La responsabilité est l’alchimie de la liberté. Elle transforme la promesse en action, l’impulsion en volonté, le talent en service. Chez le franc-maçon, cette alchimie devient style : choisir la juste mesure, respecter l’engagement, honorer le temps, concrétiser par les actes ce que le cœur a compris.

Facta superant verba.

Les actes sont plus éloquents que les paroles, et chaque pierre cubique répond au monde par une forme de bien.

« Ab initio » : quand la géométrie des compagnons révèle l’âme des bâtisseurs

Dans les replis de l’histoire où se lovent les mystères de la pierre taillée, Jean-Michel Mathonière apparaît depuis plusieurs décennies comme un gardien vigilant des traditions compagnonniques, un veilleur penché sur les arcanes du bâtir spirituel.

Né en France au cœur du vingtième siècle, il a consacré son existence à exhumer les strates oubliées du compagnonnage, fondant des lieux de savoir et de transmission – tel le Centre d’étude du compagnonnage – qui irriguent aujourd’hui la réflexion sur les métiers, les rites de métier et la pensée initiatique.

Son œuvre, à la fois foisonnante, précise et patiemment documentée, rassemble des titres qui sonnent comme autant d’invocations : Fragments d’histoire du compagnonnage, où il déplie les rituels enfouis et les sociabilités de métier ; Les chefs-d’œuvre compagnonniques, qui révèlent la symbiose intime entre l’artisanat, l’imaginaire, la symbolique ; sans oublier, en 2021, le colloque international organisé par l’INHA, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’IHMC et l’université de Nantes « Virtuosité(s), éthique et esthétique du geste artistique du Moyen Âge au XIXe siècle», où Jean-Michel Mathonière, dans sa conférence « Les chefs d’œuvres compagnonniques : typologie et histoire » relie le geste à la vision du monde qui le porte.

« Virtuosité » – Colloque international en 2021

À travers ces ouvrages, Jean-Michel Mathonière ne se contente jamais de documenter : il réinsuffle une vitalité nouvelle à la chaîne d’union qui relie les bâtisseurs d’hier aux quêteurs d’aujourd’hui, posant les fondations d’une compréhension plus profonde des voies hermétiques que nous empruntons collectivement dans notre quête de connaissance intérieure.

Avec Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques – ab initiose traduit le plus souvent par dès l’origine – nouveau volume des carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts, la focale se resserre sur ce qui, dans l’ombre des chantiers médiévaux et modernes, a constitué la véritable « langue maternelle » des bâtisseurs : la géométrie. Dès les premières pages, nous discernons comment Jean-Michel Mathonière tisse un voile subtil entre les tracés ancestraux des tailleurs de pierre germaniques et les pulsations ésotériques qui animent leur art. Chaque ligne gravée dans la pierre n’apparaît plus seulement comme une mesure, mais comme l’invocation discrète d’une harmonie cosmique. La géométrie qu’il explore, ab initio, c’est-à-dire depuis ses origines primordiales, se déploie comme un langage premier où le quadratum et le triangulum s’entrelacent pour évoquer la dualité sacrée du ciel et de la terre. Dans les loges de la Bauhütte – ces ateliers communautaires du Saint Empire, imprégnés de fraternité, de discipline et de foi – les compagnons maniaient le compas non pour dompter la matière brute, mais pour éveiller l’esprit à des vérités qui la dépassent.

Jean-Michel Mathonière insiste sur cette portée initiatique : le secret géométrique ne se présente pas comme un rideau opaque destiné à exclure, mais comme un seuil à franchir, invitant à la contemplation intérieure. La figure n’est jamais gratuite : elle est passage. La tradition pythagoricienne affleure en filigrane, là où les nombres cessent d’être simples quantités pour devenir symboles vivants de l’unité divine, se déployant dans la multiplicité des formes architecturales. De page en page, le lecteur comprend que cette géométrie n’est pas une décorative abstraction, mais la charpente invisible d’un univers où tout est rapport, proportion, relation, et où la cathédrale elle-même est perçue comme la projection dans la pierre d’un ordre supérieur.

Guidés par l’auteur, nous pénétrons plus avant dans les arcanes de cette géométrie compagnonnique. Les « figures mères » – ces matrices primordiales que sont le carré élevé en octogone, le pentagone inscrit dans le cercle, les systèmes de subdivisions qui gouvernent les élévations et les plans – ne servent pas seulement à ériger des voûtes, des flèches, des coupoles gothiques ou renaissantes. Elles condensent une philosophie du bâtir qui transcende le visible. Chaque transformation du carré, chaque rotation du triangle, chaque division du cercle renvoie discrètement à une métaphysique des passages : de la terre au ciel, du profane au sacré, de l’extérieur vers le cœur du sanctuaire.

Transmises au sein des confréries germaniques, ces figures portent l’empreinte d’une spiritualité que l’on pourrait dire « proto-maçonnique », tant le vocabulaire, les préoccupations, les gestes eux-mêmes préfigurent ceux que la franc-maçonnerie spéculative reprendra et transposera en symboles. Les marques lapidaires, ces signes gravés sur les blocs, se révèlent alors dans toute leur épaisseur : elles ne se réduisent pas à une attribution comptable ou à une simple signature de chantier. Elles témoignent de la continuité d’une chaîne de maîtres, reliée par des signes partagés de Strasbourg à Vienne, de Ratisbonne à Cologne. L’ouvrage nous immerge dans cette dimension symbolique où la pierre, taillée selon des règles ésotériques, devient le miroir de l’âme : les hésitations, les corrections, les reprises, les ajustements du trait répondent aux luttes intérieures de l’artisan face à l’imperfection du monde matériel.

Jean-Michel Mathonière montre avec finesse comment ces compagnons, profondément imprégnés de ferveur religieuse, ont intégré les mystères chrétiens dans leurs tracés. La croix peut s’inscrire au cœur d’un plan, le triangle trinitaire structurer une élévation, la mandorle christique se laisser deviner sous l’enchevêtrement des arcs. L’acte de construire devient alors une prière muette adressée à l’Architecte suprême, une liturgie du geste où les proportions exactes, la lumière dosée, la forme ajustée ont valeur d’offrande.

Maître bâtisseur (gravure sur bois de Jost Amman datant de 1536)

À mesure que l’ouvrage progresse, Jean-Michel Mathonière déploie ses analyses à partir de figures emblématiques de la recherche sur les marques de tailleurs, au premier rang desquelles Franz Ržiha, dont les travaux pionniers révèlent des réseaux souterrains de connaissance partagée. En s’appuyant sur ces études, il montre comment les loges de la Bauhütte, éparpillées sur le territoire du Saint Empire romain germanique, ont fonctionné comme de véritables sanctuaires initiatiques : communautés de travail, certes, mais aussi gardiennes d’un savoir géométrique et symbolique préservé face aux bouleversements des Réformes, aux mutations politiques, aux tensions économiques.

Cette géométrie, que l’auteur qualifie de « secrète » sans la réduire à un occultisme stérile, apparaît comme un fil conducteur reliant les traditions compagnonniques germaniques à leurs homologues françaises. Jean-Michel Mathonière suggère des circulations, des emprunts, des réappropriations, parfois discrets, mais toujours significatifs, qui enrichissent la tapisserie maçonnique européenne. Les rituels de réception, les serments sur le compas et l’équerre, les formes mêmes de la sociabilité de métier trouvent ici un soubassement commun : la conviction qu’il existe un « bon ordre » du monde, lisible dans les nombres, les formes et les proportions, et que le bâtisseur, en le servant, se transforme lui-même.

L’ésotérisme inhérent à ces pratiques, loin de se satisfaire de spéculations abstraites, élève le tailleur de pierre au rang d’alchimiste du minéral. En transmutant la roche brute en édifice sacré, il accomplit une œuvre qui n’est pas sans analogie avec l’Œuvre au noir, au blanc et au rouge des traités hermétiques. La pierre porte la trace de ce combat : elle garde mémoire de l’outil, du coup porté, de la rectification. Dans une belle continuité, Jean-Michel Mathonière nous convie, par sa plume engagée, à une introspection personnelle sur notre propre chemin initiatique : chaque lecture, chaque schéma reproduit, chaque plan reconstitué devient un pas vers l’illumination intérieure, éveillant en nous les échos d’une fraternité plus vaste que celle des seuls chantiers.

L’approche de Jean-Michel Mathonière assume pleinement sa part de subjectivité et de passion. Loin de neutraliser son objet, elle lui donne chair. La géométrie des compagnons n’est pas, sous sa plume, un art muséifié et inscrit dans le passé, mais une force vivante qui interroge notre rapport actuel au sacré dans un monde désenchanté. Les tracés du quadratum évoquent certes la stabilité terrestre, mais aussi l’aspiration à s’en extraire ; ils dessinent des axes, des diagonales, des passages qui rappellent les spéculations néoplatoniciennes sur la remontée de l’âme. Le cercle, image d’une éternité divine sans commencement ni fin, vient, par sa rencontre avec le carré, symboliser la tension féconde entre l’infini et le fini, entre le principe et la manifestation. C’est tout un imaginaire hermétique qui affleure : synthèse alchimique des contraires, correspondances entre microcosme et macrocosme, recherche d’une juste mesure capable de guérir les fractures de l’âme contemporaine.

En explorant ces ramifications philosophiques, Jean-Michel Mathonière rappelle aussi que l’initiation maçonnique, ancrée dans le geste du tailleur, demeure une voie de connaissance où la pierre devient métaphore de l’être intérieur. Dégrossie, équarrie, polie par les épreuves, elle révèle peu à peu sa lumière cachée. La géométrie, ab initio, offre alors non seulement les clefs des cathédrales, mais aussi celles de notre propre architecture intime. Elle invite à recomposer le plan de notre vie comme un temple à relever, dans une danse patiente entre le visible et l’invisible, entre ce qui se mesure et ce qui se contemple.

Notes à propos des anges bâtisseurs et du Grand Architecte

Ce volume prend encore plus de relief lorsqu’il est replacé dans la continuité des trois titres précédents de la collection Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts. Avec Notes à propos des anges bâtisseurs et du Grand Architecte, premier opus, Mathonière posait d’emblée la scène céleste : il y rassemblait des études consacrées au thème d’une richesse inépuisable, celui du Grand Architecte. En revisitant les miniatures médiévales où le Créateur façonne le monde au compas, en rappelant que l’expression de « Grand Architecte » apparaît déjà chez Philibert Delorme au XVIᵉ siècle et que l’iconographie du Deus Architectus parcourt tout le Moyen Âge, il montrait que la franc-maçonnerie spéculative, en reprenant cette figure, s’inscrit dans une longue tradition théologique et artistique. Déjà, le verset du Livre de la Sagesse – « Dieu a créé toutes choses selon le Nombre, le Poids et la Mesure » – offrait la clé d’une vision du monde entièrement ordonnée par la géométrie divine.

Tailler sa pierre aux sources d’un symbole maçonnique

Avec Tailler sa pierre : aux sources d’un symbole maçonnique, deuxième volume, le regard quittait le Ciel pour rejoindre l’atelier. À partir du moment où, au XVIIᵉ siècle, les francs-maçons s’approprient le langage symbolique du tailleur de pierre, ils ouvrent une porte où s’engouffre tout un corpus d’idées issues de la philosophie de l’architecture, des savoirs opératifs, de la culture professionnelle des « Maçons de pratique ». Jean-Michel Mathonière y montrait combien une part du symbolisme originel de la franc-maçonnerie ne peut se comprendre qu’en revenant à ces conceptions opératives : tailler la pierre, c’est répondre concrètement à la question « à quoi travaillent les francs-maçons ? », en montrant que l’édification du temple intérieur procède de la même logique que l’édification du temple de pierre.

Aux Arts et Sciences réunis les compagnons et le Trait

Dans Aux Arts et Sciences réunis : les compagnons et le Trait, troisième volume, l’auteur ouvrait la perspective vers les sciences exactes. Reprenant et développant le texte de sa conférence donnée à l’invitation d’Étienne Ghys à l’Académie des sciences, il montrait comment les compagnons tailleurs de pierre et charpentiers ont joué un rôle clé dans la construction des coupoles et des dômes, ces figures emblématiques de l’architecture savante. Curieux des arts et des sciences, comme le voulait leur code de conduite, les compagnons perfectionnaient et transmettaient le Trait, cette géométrie projective sophistiquée qui leur permettait de résoudre des problèmes de courbes, de surfaces, d’équilibres. Certains d’entre eux, outre leurs réalisations, ont laissé des ouvrages théoriques : ainsi se dessinait la figure du compagnon-architecte, à la croisée de l’intelligence manuelle et de la spéculation mathématique.

Avec Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques, quatrième maillon de cette chaîne, Jean-Michel Mathonière revient à la source de toutes ces approches : la géométrie comme matrice originelle. Après le Grand Architecte et les anges bâtisseurs, la pierre à tailler, le Trait des coupoles, il nous introduit au cœur des figures qui structurent, depuis des siècles, l’imaginaire et la pratique du bâtir en Europe germanique. Ce faisant, il propose au lecteur une sorte de tétralogie cohérente : du principe créateur à la main qui taille, de la main qui taille au trait qui calcule, du trait qui calcule aux figures mères qui donnent sens à l’ensemble.

Pour le lecteur maçon, compagnon, architecte, historien de l’art ou simplement amoureux des cathédrales, ces quatre carnets composent un véritable itinéraire initiatique. Ab initio en est l’un des jalons les plus lumineux, parce qu’il conjugue la rigueur de l’enquête historique, la précision du tracé et la profondeur d’une méditation symbolique. L’on referme ce petit livre dense avec le sentiment que, derrière chaque pierre marquée, chaque voûte, chaque coupole, subsiste encore la trace d’un geste qui, en cherchant à mettre de l’ordre dans la matière, cherchait aussi à mettre de l’ordre dans l’âme. Et que la géométrie, loin d’être un savoir « réservé », demeure une langue commune offerte à qui veut bien apprendre à lire, dans les lignes du monde, les lettres d’un alphabet sacré.

Ab initio : la géométrie des compagnons tailleurs de pierre germaniques
Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts
Jean-Michel Mathonière
Jean-Michel Mathonière, 2025, 104 pages, 17 € – numérique 5,98 €

21 au 23/11/25 : Les Éditions F. Deville à Paris – Venez les rencontrer durant le salon

Les Éditions F. Deville à Paris : une plongée contemporaine dans la Franc-maçonnerie

Installées à Bruxelles depuis 2015, les Éditions F. Deville poursuivent une aventure éditoriale née de la passion de deux anciens libraires pour la littérature sous toutes ses formes. Généraliste, la maison développe aujourd’hui un catalogue riche — romans, polars, essais, récits de voyages, littérature jeunesse — mais c’est une collection singulière qui attire un intérêt croissant : « Les Carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques », dédiée à la Franc-maçonnerie.

La Franc-maçonnerie demeure un sujet inépuisable, nourri par une tradition plurielle et une méthode initiatique qui, depuis des siècles, interpelle, questionne et transforme. À travers cette collection, les Éditions F. Deville s’inscrivent dans la continuité des travaux maçonniques contemporains : proposer des ouvrages qui redonnent toute leur place aux dimensions spirituelle, symbolique et transformatrice de la démarche maçonnique.

Les livres publiés explorent non seulement l’expérience initiatique en loge, mais tissent aussi des liens avec les enjeux du monde actuel. Témoignages, réflexions personnelles, cheminements intimes : les auteurs — frères comme sœurs — y partagent leur travail intérieur avec celles et ceux qui souhaitent œuvrer à une humanité plus consciente et plus éveillée.

La collection a déjà été remarquée, notamment avec Le Grand Architecte au service de l’athée d’Arnaud Waefelaer, récompensé par le Prix littéraire de la première œuvre du Masonica Lille 2025, dont le jury était présidé par le chroniqueur littéraire Yonnel Ghernaouti, bien connu des lecteurs assidus de 450.fm.
Parmi les nouveautés, plusieurs titres promettent de nourrir la réflexion des lecteurs :
La Parole et la Loge, une exploration du rôle fondateur de la parole dans l’espace initiatique ;
Culture et Franc-maçonnerie, même combat ? un essai qui interroge les rapports entre engagement culturel et cheminement initiatique.

Les Éditions F. Deville seront présentes à Paris du 21 au 23 novembre 2025 lors du Salon L’Autre Livre. L’occasion idéale pour les lecteurs parisiens de découvrir cette collection qui conjugue rigueur, ouverture et profondeur symbolique.

Un auteur de choix sera présent également (samedi et dimanche de10h à 12h) : Olivier Delacuvellerie, pour ses deux ouvrages : « Voyage à travers les fenêtres » et « La pioche et le roseau – critique de la symbolique maçonnique ».

SALON L’AUTRE Livre Salon International de l’édition indépendante – Mairie du Veme – place du Panthéon – 21 au 23 novembre 2025.

Mairie du 5ᵉ arrondissement – Place du Panthéon – 75005 Paris : ENTRÉE LIBRE
• Vendredi 14 h → 18 h
• Samedi 10 h → 19 h
• Dimanche 10 h → 18 h

Dans un paysage éditorial de plus en plus concentré entre les mains de quelques géants, l’édition indépendante reste le dernier bastion de la diversité, de la liberté de penser et de créer.

C’est cette conviction qui anime depuis plus de vingt ans l’association L’Autre Livre et qui donne tout son sens à ce rendez-vous annuel incontournable.Pendant trois jours, la majestueuse Mairie du 5ᵉ, place du Panthéon, se transforme en véritable agora du livre indépendant :

  • Plus de 200 maisons d’édition françaises, européennes et internationales
  • Des milliers de titres introuvables en grande surface
  • Des auteur·e·s, éditeur·rice·s, traducteur·rice·s et illustrateur·rice·s présent·e·s pour échanger directement avec le public
  • Rencontres, tables rondes, lectures, performances et signatures

Ici, un livre n’est pas un simple produit : c’est une voix, une prise de risque, une pensée qui refuse l’uniformisation.

Venir à L’Autre Livre, c’est choisir la biblio-diversité, soutenir la création sans compromis et affirmer que l’avenir de la culture passe par la pluralité des imaginaires.Deux rendez-vous par an (automne et printemps) et, toute l’année, l’espace librairie dédié au 13 rue de l’École-Polytechnique dans le 5ᵉ.

L’Autre Livre : Association loi 1901 créée en 2002
200 éditeurs indépendants unis pour la liberté d’éditer et de lire autrement www.lautrelivre.fr
• 09 54 38 21 65

Venez nombreux : chaque visite, chaque achat, chaque conversation est un acte concret de résistance culturelle.