Accueil Blog Page 82

La Désunison : Rituel pour loge en dérive contrôlée

6

1. Définition inaugurale

Désunison (Grand Larousse Expurgé)
État de ceux qui, après avoir été unis, entrent en désaccord perceptible, souvent sonore ou visible.
Par extension : moment où la chaîne humaine se met à vibrer faux.

2. Préambule

Ce rituel est réservé aux loges en situation de glissement symbolique. Il ne peut être pratiqué qu’en présence d’un Vénérable en manteau de brume, d’un Orateur muet, et d’un Frère de la Tangente chargé de la coordination des silences.

Il ne vise ni l’harmonie, ni la vérité, mais l’expérience du désaccord fertile.
Car parfois, c’est dans la dissonance que naît la pensée.
Et dans le faux accord que se cache le vrai lien.

3. Ouverture des travaux

Le Vénérable frappe trois fois sur l’autel.
Le Frère de la Tangente répond par un soupir.
Le silence s’installe, puis se désinstalle.
Le chaos peut commencer.

4. Appel des Officiers

•          Le Vénérable incline le front.
•          Le Premier Surveillant lève les yeux au ciel.
•          Le Second Surveillant consulte un compas sans aiguille.
•          L’Orateur ne dit rien, mais le pense très fort.
•          Le Secrétaire griffonne un mot illisible sur une feuille déjà froissée.
•          Le Frère de la Tangente fait un pas de côté, puis un autre, puis s’immobilise.

Chaque geste est symbolique, mais personne ne sait de quoi.
Et c’est précisément cela qui donne au rituel sa profondeur.

5. Installation de la Chaîne de la Désunison

Les Frères se lèvent, mais pas tous en même temps.
Certains avancent, d’autres reculent.
Un cercle se forme, puis se déforme.
La chaîne est établie. Elle ne relie rien, mais elle le fait avec conviction.
La désunison n’est pas une rupture : c’est une variation.
Une manière de dire que l’unité n’est pas l’uniformité, et que le lien peut survivre à l’incohérence.

6. Lecture du Texte Flottant

Le Vénérable lit un extrait du Livre des Échos Inversés :

Ce qui est en haut se demande ce que fait le bas.
Ce qui est en bas attend qu’on lui explique le haut.
Entre les deux, le sens hésite, la forme s’étire, et le silence prend des notes.
L’unité est une hypothèse, la dualité une distraction, et la triade un malentendu fécond.
Celui qui cherche trouve parfois autre chose.
Celui qui ne cherche pas… trouve aussi, mais il ne sait pas quoi.

7. Travaux pratiques

L’Orateur hoche la tête.
Le Frère de la Tangente applaudit intérieurement.
Le texte ne cherche pas à être compris.
Il cherche à être entendu par celui qui accepte de ne pas comprendre tout de suite.

Chaque Frère est invité à déposer un objet inutile sur l’autel du doute.
On y trouve :

•          Une bourse vide
•          Un compas sans pointe
•          Une équerre en mousse
•          Un gant gauche
•          Une question sans réponse

Le Vénérable les contemple avec gravité.
Puis il les oublie.
Car le rituel ne vise pas la mémoire, mais l’écho.
Et l’écho, parfois, est plus fidèle que le souvenir.

8. Clôture des travaux

Le Vénérable frappe une dernière fois sur l’autel.
Le Frère de la Tangente souffle sur la bougie centrale.
Le Premier Surveillant salue vers l’intérieur.
Le Second Surveillant salue vers l’extérieur.
L’Orateur ne salue pas, mais il le pense très fort.
Les Frères se dispersent dans un ordre aléatoire.
La loge se referme sur elle-même, comme une huître sans perle.

Et si une autre ajoute : “Mais pourquoi ce désordre ?
Répondez :
Parce que parfois, c’est le désordre qui nous remet à notre juste place.
Ce rituel ne doit pas être interprété.
Il doit être vécu, puis oublié, puis retrouvé par hasard.
Et si un Frère demande : “Mais à quoi ça sert ?
Répondez simplement :
À ne pas tourner en rond tout seul.

9. Interstice : Intervention du Très Hautement Indéfini

Alors que le dernier salut s’évanouit dans un froissement de gants, une voix descend, ou monte, nul ne sait et s’adresse à la loge sans viser personne :

“Frères, Sœurs, Figures en désaccord,
Vous avez respecté l’ordre du désordre,
Vous avez suivi les gestes sans en comprendre les raisons,
Vous avez vibré faux avec une justesse troublante.

C’est bien.

Car l’harmonie est parfois une paresse,
Et le sens, un piège tendu par ceux qui veulent conclure.
Continuez à ne pas comprendre.
Mais faites-le avec méthode.”

10.  Pensée en désaccord

Par Philémon d’Ambiguïté, philosophe du non-sens appliqué.

Pensé à voix basse, signé sans plume.

La désunison est une forme supérieure d’accord : celle qui ne cherche pas à convaincre, mais à coexister.
Elle ne résout rien, mais elle relie.
Elle ne dit pas “voici le sens”, mais “voici le passage”.

Le rituel, dans sa forme la plus pure, est un théâtre sans spectateurs.
Et la loge, dans son mouvement le plus juste, est une spirale qui accepte de tourner à l’envers.

Car il faut parfois désaccorder les instruments pour entendre le silence entre les notes.

Et si l’on vous demande ce que vous avez fait ce soir, répondez simplement :
“Nous avons vibré faux, mais ensemble.”

La Grande Loge du Chili honore des institutions centenaires à Valparaíso avec la Médaille Enrique Silva Cimma

Du site officiel de la granlogia

La cérémonie solennelle de remise de la Médaille Enrique Silva Cimma, la plus haute distinction décernée par la Grande Loge du Chili aux personnes et institutions distinguées par leur carrière et leur service désintéressé à la communauté, a eu lieu dans le Temple Principal du Club Central de Valparaíso.

A cette occasion, les prix ont été remis par le Grand Maître de la Grande Loge du Chili, Sebastián Jans Pérez, accompagné du Conseiller de la Grande Loge du Chili, Erik Sariego Velásquez, et du membre du Conseil de la Charité (GLCh), Rubén Pizarro Miranda, à deux organisations emblématiques de la ville portuaire : le Corps des Volontaires de Sauvetage de Valparaíso (www.botesalvavidas.cl) et la Ligue de Valparaíso contre l’Alcoolisme (www.lcav.cl) ; toutes deux avec plus d’un siècle de travail ininterrompu en faveur de la vie et de la dignité humaine.

Dans ses remerciements, le président des Canots de Sauvetage, Gerardo Fernández Jerez, a rappelé avec émotion l’histoire fondatrice de l’institution, née de la franc-maçonnerie de Buenos Aires au XIXe siècle, avec la participation de loges historiques de Buenos Aires, influencées par des Allemands comme Lessing, et des loges françaises comme l’Étoile du Pacifique et l’Union Fraternelle du Chili, rejointes plus tard par Bethesda, Harmony et Aconcagua.

Il a rappelé comment, dès ses origines, volontaires et marins se sont unis pour créer un service de sauvetage maritime pionnier en Amérique latine, devenu aujourd’hui un modèle de solidarité et de courage face aux mers déchaînées. Parmi les francs-maçons éminents qui ont contribué à sa création figurent David Trumbull, Guillermo Munich et Alejo Barrios, ainsi que des officiers de la marine chilienne tels que les capitaines Santiago Hudson et Óscar Vidal Gormaz, et les amiraux Óscar Viel, Juan José Latorre et Alberto Silva Palma. Cent ans après la fondation du Corps des volontaires de sauvetage, l’engagement envers les valeurs qui lui ont donné naissance et envers la continuité de sa mission est renouvelé et renforcé.

De son côté, le président de la Ligue de Valparaíso contre l’alcoolisme, Luis Cabrera Gutiérrez, a déclaré avoir reçu cette médaille au nom de générations de bénévoles, de professionnels et de collaborateurs qui ont consacré plus de 130 ans au service du rétablissement des personnes touchées par l’alcoolisme. Il a rappelé que ses fondateurs étaient des personnalités éminentes des sphères sociale, politique et culturelle, parmi lesquelles l’ancien président Jorge Montt, le professeur Guillermo Rivera, le Dr Carlos Van Buren, le ministre des Finances et futur président de la République Arturo Alessandri Palma, et l’avocat Eleodoro Yáñez.

Cabrera a souligné que la mission de l’institution repose sur des valeurs partagées avec la franc-maçonnerie, puisque, à partir de 1920, ses dirigeants sont progressivement devenus membres de l’Ordre appartenant aux Loges de Valparaíso. Ainsi, la fraternité, l’égalité et la solidarité nous ont permis de transformer la souffrance en espoir, en comprenant que la tempérance est possible, que la liberté intérieure naît de la maîtrise de soi et que la persévérance est la clé du succès. Il a également souligné le rôle de l’équipe qui soutient le travail au quotidien : les professionnels qui, avec savoir et patience, accompagnent chaque démarche ; les bénévoles qui se consacrent généreusement au service ; et les collaborateurs qui, par le silence, construisent la communauté.

À la clôture de la cérémonie, le Grand Maître de la Grande Loge du Chili, Sebastián Jans Pérez, a centré son discours sur l’importance de la philanthropie comme expression d’amour pour l’humanité. Il a insisté sur la fragilité de la condition humaine et sur la nécessité de toujours placer la personne humaine au centre de toute action, notamment lorsqu’il s’agit de sauver des vies en mer ou de soutenir ceux qui luttent contre la dépendance.

Dans son discours, il a insisté sur le fait que le sauvetage en mer et la lutte contre l’alcoolisme requièrent courage, discipline et dévouement inconditionnel ; des vertus qui deviennent les piliers d’un service héroïque, face aux vagues comme aux adversités sociales. Il a également insisté sur le fait que le bénévolat et les actions caritatives sont des manifestations concrètes de la philanthropie, principe fondateur de l’Ordre, qui recherche avant tout la pleine reconnaissance de la personne humaine.

Ainsi, par la remise de ces distinctions, la Grande Loge du Chili a reconnu deux institutions centenaires qui, sous différents angles, ont contribué avec générosité, persévérance et sacrifice à la vie de Valparaíso et du Chili. Comme mentionné lors de la cérémonie, le Corps de Sauvetage Volontaire et la Ligue contre l’Alcoolisme de Valparaíso témoignent que les principes de solidarité, de fraternité et de service transcendent les générations et qu’un travail bien fait constitue un héritage pour toute la société.

‘Ndrangheta et Franc-maçonnerie : l’ancien sénateur de Forza Italia Pittelli reconnu coupable de complicité extérieure

De notre confrère italien lindipendente – Par Stefano Baudino

Giancarlo Pittelli, ancien dirigeant de Forza Italia en Calabre, a subi un nouveau revers judiciaire. Cet avocat, ancien député et membre de la franc-maçonnerie, a été condamné à 14 ans de prison par les juges du tribunal de Palmi pour complicité externe avec la ‘Ndrangheta lors du procès dit « Mala Pigna ». Selon l’accusation, il aurait servi d’intermédiaire entre la ‘Ndrangheta et l’administration publique, relayant même des informations provenant des chefs du clan Piromalli en vertu de l’article 41-bis, tant en prison qu’à l’extérieur.

Pittelli avait déjà été condamné à 11 ans de prison lors d’un autre procès retentissant, celui de « Rinascita Scott », où il était considéré comme le pivot entre la ‘Ndrangheta, les milieux franc-maçons et les milieux d’affaires complices.

Selon le parquet, comme indiqué dans l’acte d’accusation, Giancarlo Pittelli aurait garanti « sa disponibilité générale au gang pour résoudre les problèmes les plus divers de ses membres, exploitant l’énorme potentiel issu des relations de ce dernier avec des membres importants des institutions et de l’administration publique ». L’ancien parlementaire et coordinateur de Forza Italia en Calabre bénéficiait en effet d’un « accès illimité à des informations confidentielles et d’un traitement de faveur », parvenant ainsi à jouer le rôle de « facteur » pour le compte des chefs du gang Piromalli, pour lesquels

« Il transmettait des informations, en prison et hors de la prison, aux chefs du gang détenus sous le régime de l’article 41 bis ».

L’entrepreneur Rocco Delfino, membre organique du clan Piromalli, a également été lourdement condamné lors du même procès – 22 ans de prison pour association de malfaiteurs – pour avoir dirigé un vaste trafic de déchets pour le compte du gang. Selon les enquêteurs, l’entrepreneur était devenu au fil du temps

« le chef et l’organisateur du gang, chargé de la prise de décision, de la planification et de l’identification des actions criminelles à mener et des objectifs à poursuivre »

entretenant « des liens avec les cercles de la franc-maçonnerie » et avec « des membres déloyaux des forces de police et des services secrets », à qui il avait fourni des informations au fil des ans, « obtenant en échange des faveurs personnelles et financières ».

Pittelli et Delfino ont déjà été condamnés en première instance lors du procès historique « Rinascita Scott », à respectivement 11 et 5 ans de prison. Au total, le tribunal de Vibo Valentia a prononcé plus de 200 condamnations, pour un total de 2 200 ans de prison, et une centaine d’acquittements. Selon la reconstitution du parquet, Pittelli, membre de la franc-maçonnerie, aurait favorisé le clan Mancuso et Rocco Delfino, faisant office de « lien entre les deux mondes » dans une « sorte de relation triangulaire circulaire entre le politique, le professionnel et l’homme à tout faire ».

Les autorités calabraises l’auraient d’ailleurs désigné comme leur avocat « car il était capable d’influencer les procès grâce à ses relations douteuses et amicales avec les magistrats ». Il aurait travaillé comme « homme d’affaires maçonnique » pour la ‘Ndrangheta, avec laquelle il interagissait par l’intermédiaire de « réseaux bancaires », d’« entreprises étrangères », d’« universités » et de « toutes les institutions ». Dans leur argumentation, les juges ont écrit que, durant le procès,

« la disponibilité totale et systématique de Pittelli envers les membres de l’organisation criminelle s’est manifestée, notamment lorsque les demandes de faveurs provenaient du chef, Luigi Mancuso ».

Mancuso, a déclaré le tribunal, s’est adressé à Pittelli – avec qui il entretenait une relation « synallagmatique » – sachant qu’il pouvait compter sur « le réseau relationnel dense de l’avocat de la défense, un politicien chevronné, pour consolider l’ancrage de la ‘Ndrangheta et sa forte pénétration dans tous les secteurs de la société civile ».

Berlusconi

Pittelli n’est certainement pas la première personnalité de Forza Italia à être condamnée – dans son cas, pas encore définitive – pour ses liens avec des syndicats mafieux locaux. D’autres figures importantes du parti de Berlusconi, telles que Marcello Dell’Utri (7 ans), Nicola Cosentino (10 ans) et Antonino D’Alì (6 ans), se sont fait connaître ces dernières années. Silvio Berlusconi lui-même, jamais condamné pour crimes mafieux, a été identifié dans le jugement Dell’Utri comme partie à un « pacte de protection » avec Cosa Nostra, auquel il a versé d’importantes sommes d’argent de 1974 à au moins 1992. Au moment de sa mort, le 12 juin 2023, Berlusconi faisait l’objet d’une enquête, avec Marcello Dell’Utri, dans le cadre de l’enquête du parquet de Florence sur les instigateurs cachés des massacres de 1993.

Stephen Kent, un Léo Taxil moderne ? Ombres du satanisme et des canulars anti-sectes

De notre confrère bitterwinter.org – Par Massimo Introvigne

Dans l’histoire des controverses religieuses et des paniques morales, certains noms résonnent comme des avertissements éternels. Léo Taxil, ce pamphlétaire français du XIXe siècle, est devenu synonyme de canular monumental : une supercherie anti-maçonnique qui a dupé l’Église catholique et une partie de l’opinion publique pendant plus d’une décennie. Près de 150 ans plus tard, son ombre plane à nouveau sur les débats contemporains, cette fois à travers les travaux du sociologue canadien Stephen Kent.

Mystères de la franc-maçonnerie dévoilés par Léo Taxil (Wikipedia)

Accusé par certains de perpétuer des mythes sur les abus sataniques rituels (SRA, pour Satanic Ritual Abuse) sans fondement solide, Kent est comparé à un « Taxil moderne » dans une série d’articles publiés par Bitter Winter, un magazine italien dédié à la liberté religieuse. Cet article, le premier d’une exploration en quatre volets, examine les parallèles entre ces deux figures, en s’appuyant sur des sources historiques, des analyses sociologiques et des cas concrets comme l’affaire du père Giorgio Govoni en Italie. Nous plongerons dans les origines du canular de Taxil, ses répercussions durables, et comment des allégations similaires ont resurgi dans les années 1990, influencées par des chercheurs comme Kent. Une enquête documentée pour démêler le vrai du faux dans ces récits de ténèbres.

Léo Taxil et le plus grand canular anti-maçon de l’histoire : un contexte historique

Pour comprendre les accusations portées contre Stephen Kent, il faut remonter au cœur du XIXe siècle, une époque marquée par les tensions entre Église, État et sociétés secrètes. Gabriel-Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil (1854-1907), était un journaliste anticlérical notoire, auteur de libelles contre le catholicisme. En 1885, après une supposée conversion spectaculaire au catholicisme – orchestrée pour infiltrer et discréditer les milieux maçonniques –, Taxil lance une série de « révélations » explosives. Dans des ouvrages comme Le Diable au XIXe siècle (co-écrit avec le docteur Hacks et publié entre 1892 et 1895), il prétend dévoiler un complot satanique au sein de la franc-maçonnerie : des rites diaboliques impliquant des messes noires, des invocations de Lucifer, et même des orgies avec des animaux empaillés (comme la fameuse « Lucifiphorie » où une tête de chameau servirait de support à des expériences occultes).

La prétendue « Diana Vaughan », en tenue d’« Inspectrice Générale du Palladium ». Photographie de Van Bosch, publiée dans l’ouvrage Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, Paris, Librairie antimaçonnique A. Pierret, 1895, p. 81.

Ces récits, illustrés de gravures sensationnalistes, captivent un public friand de mystères. Taxil invente des personnages fictifs, comme le supposé « palladiste » Diana Vaughan, une Américaine qui aurait fui la maçonnerie luciférienne pour révéler ses secrets. En 1893, il organise même une conférence de presse où « Diana » apparaît – en réalité, une actrice nommée Berthe Couvreur. L’Église, alors en pleine croisade antimoderne sous Léon XIII (qui publie l’encyclique Humanum Genus en 1884 condamnant la franc-maçonnerie), avale l’appât. Des évêques, dont celui de Grenoble, et même le cardinal Desprez, endossent les « révélations » de Taxil. Le canular culmine en 1896 : lors d’une séance publique à Paris, Taxil révèle la supercherie, clamant :

« J’ai voulu montrer que les catholiques sont crédules et que les prêtres sont des dupes. »

Daniel Ligou

Sources et Références Historiques : Ce canular est abondamment documenté dans des ouvrages comme Histoire du canular Taxil de Jean-Pierre Bayard (1989), qui analyse les motivations antireligieuses de Taxil, et dans The Devil in the Nineteenth Century d’Hubert L. Collin (traduction anglaise des écrits de Taxil, 1898). Des archives vaticanes, consultées par des historiens comme Daniel Ligou dans Dictionnaire de la franc-maçonnerie (1987), montrent comment l’Église a amplifié le hoax pour alimenter sa rhétorique anti-maçonnique. L’impact ? Une panique morale qui a influencé la littérature occulte (comme chez Joris-Karl Huysmans dans Là-bas, 1891) et même des théories conspirationnistes persistantes, comme celles reliant la maçonnerie au satanisme dans The Protocols of the Elders of Zion (1903, un faux antisémite).

Ange-Jacques Gabriel

Critiques et Héritage : Taxil n’était pas un isolé ; son hoax s’inscrit dans une tradition de pamphlets anti-sectes, du jésuite Jacques-Gabriel d’Anterroches au XVIIIe siècle à des figures modernes. Mais son aveu public a discrédité durablement les allégations de satanisme maçonnique, forçant l’Église à une introspection. Comme l’écrit Massimo Introvigne, directeur de Bitter Winter et sociologue des religions, dans l’article source :

« Le canular de Taxil est une leçon d’humilité pour quiconque examine les allégations d’abus sataniques ou ‘cultiques’ par des chercheurs anti-sectes. »

Père Giorgio Govoni (1941-2000).

L’Affaire du Père Giorgio Govoni : Un Écho Contemporain de la Panique SataniquePour illustrer comment l’ombre de Taxil hante encore les débats, tournons-nous vers l’Italie des années 1990, théâtre d’une panique morale qui rappelle les folies collectives du passé. À Modena, en 1997, le père Giorgio Govoni (1941-2000), prêtre catholique charismatique et animateur de camps pour enfants, est accusé d’être le chef d’un réseau satanique pédophile. L’affaire éclate suite à une conversation anodine : une assistante sociale interroge Davide Tonelli Galliera, un garçon de quatre ans, sur des dessins d’enfants. L’enfant mentionne des « bébés non déclarés » utilisés comme victimes sacrificielles lors de messes noires dans une église désaffectée. Aucune preuve matérielle n’émerge : pas de corps, pas d’enfants disparus, pas de traces physiques.

Déroulement et Conséquences : Govoni est arrêté, jugé et, sous la pression médiatique, subit un infarctus fatal en pleine audience en 2000. Les tribunaux d’instance le condamnent initialement, mais les cours d’appel et de cassation, en 2001 et 2002, innocentent posthumément le prêtre, qualifiant les accusations de « délire collectif« . En 2017, le journaliste Pablo Trincia rouvre l’affaire dans son podcast Veleno et son livre éponyme (Einaudi, 2019), se présentant comme expert témoin pour le diocèse de Modena, convaincu de l’innocence de Govoni. Trincia interviewe les acteurs, dont Davide Tonelli, qui publie en 2025 ses mémoires Io, bambino zero (Vallardi), où il revient sur les manipulations subies.

Influences Étrangères et Rôle de Stephen Kent : L’article d’Introvigne pointe du doigt l’importation de théories nord-américaines sur les SRA. L’assistante sociale et la procureure s’inspirent de littérature sensationnaliste, dont les travaux précoces de Stephen Kent. Dans un article de 1993, « Deviant Scripturalism and Ritual Satanic Abuse » (Religion, vol. 23), Kent argue que des interprétations déviantes des Écritures – comme l’histoire de Lot et ses filles dans la Genèse – justifient des abus sexuels dans des sectes sataniques. Il suggère que les références à Dieu comme « Père céleste » piègent les fidèles dans des dynamiques destructrices. Ces idées, bien que théoriques, ont alimenté les peurs en Italie, où des cas réels d’abus sexuels par d’autres prêtres (révélés par l’affaire du cardinal Bernard Law) ont teinté les perceptions.

Les mystères de la France-maçonnerie (Par Leo Taxil)

Sources et Références : Outre Trincia (Veleno), l’article cite les jugements italiens (Cour d’appel de Bologne, 2001) et un précédent article de Bitter Winter sur Kent (2024). Une photographie du père Govoni, un portrait sobre en soutane, illustre l’article, symbolisant la tragédie d’un innocent broyé par la rumeur.

Critiques : Introvigne reproche à Kent d’assumer un lien causal entre textes sacrés et déviances sans preuves empiriques, risquant de pathologiser toute religion. Cela évoque Taxil : des récits alléchants mais infondés, amplifiés par des autorités crédules.

Stephen Kent : De l’Anti-Culte à la Croisade Anti-ReligionStephen Kent (né en 1950), professeur émérite de sociologie à l’Université de l’Alberta, est une figure pivotale des études anti-sectes. Ses débuts dans les années 1980-1990 le placent au cœur de la « panique satanique » nord-américaine, inspirée par des affaires comme celle des McMartin Preschool (1983-1990, États-Unis), où des accusations d’abus rituels s’effondrent faute de preuves. Kent, membre du Cult Awareness Network (dissous en 1996), publie sur les « cultes dangereux« , reliant SRA à des manipulations scripturaires. Son évolution ? Des critiques ciblées sur des groupes comme les Témoins de Jéhovah aux attaques plus larges contre les religions organisées, comme dans Cults and the Law (2003, co-édité).

Évolution et Critiques : Dans Bitter Winter, Introvigne note que Kent, autrefois focalisé sur les « cultes« , élargit son tir à la religion en général, accusant les textes sacrés d’être des sources d’abus. Cela alarme même les académiques séculiers, qui y voient un biais idéologique. Kent répond en se défendant comme un « critique de la religion« , mais ses méthodes – témoignages d’ex-membres anecdotiques, absence de données quantitatives – rappellent Taxil : une rhétorique persuasive sans ancrage factuel.

Sources et Références : Outre l’article de 1993, citons From Slogans to Mantras (2001) de Kent sur les conversions forcées, et des critiques dans Nova Religio (2005, vol. 8). Introvigne renvoie à des bases de données comme ATSS (American Theological Library Association) pour tracer l’impact de Kent sur les paniques morales.

Léo Taxil (1854–1907). Crédits

Parallèles entre Taxil et Kent : Mythes Persistants et Leçons pour Aujourd’huiLes similarités sont frappantes : Taxil et Kent exploitent des peurs archaïques (diable, abus cachés) pour dénoncer des « menaces invisibles« . Tous deux influencent des autorités – Église pour Taxil, tribunaux pour Kent – sans preuves irréfutables. L’article d’Introvigne conclut que, comme le canular de Taxil a discrédité l’antimaçonnisme catholique, les théories SRA de Kent méritent un examen sceptique, surtout dans un contexte post-#MeToo où les abus réels (comme dans l’Église) noient les fantasmes.

Impact Culturel et Sociétal : Ces hoaxes alimentent des théories conspirationnistes, de QAnon aux mouvements anti-vaccins. Des études comme celle de Jeffrey Victor dans Satanic Panic (1993) quantifient l’absence de preuves SRA : zéro cas vérifié aux États-Unis sur des milliers d’accusations.

Sources Complémentaires : The Satanism Scare de James T. Richardson (1991) ; archives de Bitter Winter (CESNUR, Centre d’études sur les nouvelles religions) ; jugements italiens sur Govoni (disponibles via le site du ministère de la Justice italien).

Vers une approche raisonnée des peurs religieuses

L’histoire de Léo Taxil nous enseigne que la vérité émerge souvent de l’aveu ou de l’effondrement des preuves. Stephen Kent, loin d’être un « sataniste » comme Taxil, incarne un risque similaire : transformer l’analyse sociologique en croisade moralisatrice. En 2025, alors que les débats sur les abus religieux s’intensifient, cet examen invite à la prudence. Comme l’écrit Introvigne :

« Reexaminer les affirmations de Kent, c’est honorer les victimes réelles en distinguant faits et fictions. »

Sources Principales : Massimo Introvigne, « A Modern Léo Taxil: Stephen Kent and Satanism. 1 » (Bitter Winter, 2025) ; Pablo Trincia, Veleno (2019) ; Stephen Kent, « Deviant Scripturalism… » (Religion, 1993). Pour plus, consultez les liens cités.

Tailler sa lumière – Sept exercices pour la pierre brute

Un manuel vivant, sans jargon ni recettes. Sept gestes pour faire respirer la Tradition au quotidien, de l’atelier à la vie ordinaire. La voie se pratique, la lumière se travaille. Nous entrons dans ce livre comme dans un atelier d’âme où le silence a l’épaisseur d’une matière première et où chaque geste intérieur apprend sa juste mesure. Frédéric Vincent ne propose pas un traité d’emblèmes. Il rend à la voie maçonnique sa respiration quotidienne par une série d’exercices qui reconduisent l’initiation à son nerf vivant.

Frédéric Vincent rend l’initiation opérative : chercher, examiner, lire, écouter, imiter, se souvenir, contempler.
Une grammaire de gestes pour que la pierre devienne présence.

Nous sentons la promesse d’une ascèse joyeuse, non pour contraindre, mais pour habiter l’Œuvre à hauteur de souffle. Sept gestes ordonnent ce chemin et forment une échelle souple de l’âme. Chercher pour retrouver l’élan. Examiner pour affiner la justesse. Lire pour consentir à être lu par le texte. Écouter pour reconnaître la voix du silence. Imiter pour que le symbole passe dans les mains. Se souvenir pour que la fidélité devienne créatrice. Contempler pour accueillir la Présence qui ne se prouve jamais et qui s’éprouve. L’ensemble compose une grammaire opérative où l’intelligence cesse de disséquer et commence à voir.

Frédéric Vincent place discrètement cette méthode dans l’héritage des exercices spirituels antiques et dans l’attention au soin de soi que la philosophie a su penser comme pratique de vérité. Nous reconnaissons un dialogue avec ce qui convertit la pensée en manière d’être. La Maçonnerie se révèle ici comme praxis vivante. La tenue devient un temps de façonnage. Le symbole sort de la vitrine des commentaires pour rejoindre la table d’atelier.

Le journal de recherche donne une mémoire respirante à l’expérience. Les Surveillants y trouvent des supports concrets pour ouvrir des chemins. Chacune et chacun peut éprouver la lenteur comme vertu et la répétition comme approfondissement. Rien ne se fige. La Tradition respire. La recherche retrouve son sens de quête. Le discernement désarme l’ego. La lecture se fait reconnaissance et transforme notre manière d’habiter le Temple et le monde. L’écoute traverse le mot et l’excède. L’imitation incarne. La mémoire irrigue. La contemplation recueille le visible jusqu’à ce qu’il laisse passer l’invisible. Alors, de veille en veille, la construction du Temple intérieur cesse d’être un programme et devient une respiration.

Cette respiration porte la signature d’un itinéraire singulier. Frédéric Vincent est psychanalyste et sociologue. Il est aussi pionnier de l’éco-psychanalyse. Il dirige l’Eco Psy Lab et préside l’Association des Psychanalystes Européens. Il a formé sa pensée dans le sillage de Michel Maffesoli qu’il revendique comme maître de regard. Sa voix s’est nourrie au carrefour de la clinique, des sciences sociales, des mythes et de l’écologie. Elle circule de l’atelier de Loge aux espaces de recherche et jusqu’aux ondes lorsque Frédéric Vincent anime des conversations où la spiritualité pratique se donne à entendre.

Dans Le complexe de Gaïa, publié déjà aux Éditions Dandelion, il explore la fracture entre l’humain et la nature et propose une voie de réconciliation au temps de la crise climatique. Ce livre, voisin par l’esprit, éclaire la présente entreprise. La psyché n’y est pas isolée. Elle se sait insérée dans un monde vivant et symbolique. Le soin de soi devient soin du lien. La conscience se perçoit reliée. L’exercice de pensée se prolonge en exercice de terre.

La bibliographie de Frédéric Vincent dessine un arc cohérent.

Préfacé par Michel Maffesoli, Le voyage initiatique du corps – Vers une philosophie du lien (DeETRAD aVs, 2009) propose une philosophie du lien où le corps devient passage et inscription du rite.

Le réenchantement initiatique du monde – Des mythes et des hommes (DETRAD aVs, 2014) questionne nos modernités saturées et réhabilite le mythe comme énergie de transformation. Ces jalons ont été salués par la reconnaissance des milieux maçonniques. L’Institut Maçonnique de France (IMF) a distingué Le Voyage initiatique du corps dans la catégorie « Essai et Symbolisme ».

En 2014, le Salon Esprit de la Franc-Maçonnerie organisé à la Grande Loge de France (GLDF) a remis à Frédéric Vincent un Acacia d’Or pour Le réenchantement initiatique du monde.

Blason GLDF
Blason GLDF

Nous ne citons pas ces prix comme des oripeaux. Ils témoignent d’une constance. Ils disent qu’une pensée de la pratique a touché juste. Ils rappellent que la voie initiatique gagne à se penser au plus près de l’expérience sensible et du monde vécu.

Dans le présent ouvrage, cette constance se fait méthode hospitalière.

La psychanalyse donne le goût de l’écoute et la patience du travail discret. La sociologie rappelle la texture collective de nos gestes. L’éco-psychanalyse élargit le regard à la maison commune et aux rythmes du vivant. Rien n’est plaqué. Tout se tisse. La pierre n’est pas un objet à interpréter. Elle est un partenaire de transformation. Le pavé mosaïque ne juxtapose pas des morceaux. Il cherche une concorde qui n’efface pas les contrastes. L’étoile flamboyante n’appelle pas l’adoration. Elle aiguise la vigilance. L’équerre redevient rectitude de conduite. Le compas mesure l’âme avant de s’ouvrir sur le plan. Les trois grandes lumières cessent d’être un comptage. Elles respirent ensemble. La rose et la croix ne superposent pas des signes. Elles s’épousent dans le même souffle de perte et de naissance.

Nous lisons ces pages comme un viatique.

Regarder sans s’approprier. Relier sans plaquer. Méditer sans se fuir. Agir selon la lumière reçue. Le livre parle à l’apprenti en quête d’une prise. Il soutient le compagnon qui consent à la difficulté. Il rappelle au maître qu’aucun sommet ne clôt et que tout sommet consacre et renvoie au service. La progression ne ressemble pas à une escalade. Elle dilate la conscience. Elle pacifie l’agir. Elle installe une fraternité résistante dans un temps pressé. Ralentir sans céder. Persévérer sans dureté. Accueillir sans se dissoudre. Nous sentons naître la métamorphose du profane en initié et de l’initié en être éveillé. Le moment le plus précieux advient lorsque la contemplation devient présence. Le regard cesse de nommer. Les outils se taisent parce qu’ils ont conduit jusqu’à la source. La lumière n’est plus un concept. Elle devient manière d’être. Elle reconnaît l’Un dans la diversité de nos travaux et la Beauté dans le soin silencieux que nous mettons à les accomplir.

Nous refermons ces pages avec gratitude.

Nous avons moins parcouru un manuel que reçu une méthode sans recettes. Une méthode qui parle à la Loge entière et au lecteur seul. Une méthode qui soutient l’Art Royal dans sa vocation la plus haute. Servir une Tradition vivante. Engendrer de la responsabilité. Faire de la liberté une discipline. Frédéric Vincent y conduit avec une douceur exigeante et une fidélité sans dogme. Son œuvre rappelle que la Franc-Maçonnerie demeure une voie spirituelle vivante et hospitalière.

Frédéric Vincent
Frédéric Vincent

Elle est non confessionnelle et pourtant intense. Elle est une joie qui se travaille. Nous éteignons les feux avec douceur. Nous sortons dans la nuit ordinaire avec la certitude que l’Œuvre continue. La Loge demeure en nous. Le monde en porte déjà les traces. Le lecteur en devient artisan.

Exercices maçonniques – Sept outils pour tailler sa pierre brute

Frédéric VincentÉdition Dandelion, 2025, 80 pages, 7 €

Sept exercices sobres et exigeants pour passer du symbole à la main : une ascèse joyeuse qui polit la pierre brute et fait respirer la Tradition dans la vie quotidienne. Un viatique simple, concret, hospitalier.

17/10/25 – Lyon, l’OITAR : table ronde « Le symbolisme comme chemin de quête – une invitation à réenchanter le monde »

Et si, au milieu du vacarme des utilités, nous reprenions langue avec les symboles pour laisser le monde redevenir habitable de sens ?
C’est la promesse lumineuse d’une table ronde – conférence publique organisée par la Voie Lactée de l’OITAR – Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal : vendredi 17 octobre 2025 à 19 h, au Grand Temple, 19 rue Dumont d’Urville, Lyon 69004. L’événement est ouvert à tous et se tiendra en présence du Grand Maître Général.

TBO OITAR, Lyon

Les Lyonnaises et les Lyonnais auront ainsi la chance d’aller à la rencontre de Thomas Denicourt, Grand Maître Général de l’OITAR, figure contemporaine singulièrement engagée dans une franc-maçonnerie symbolique et humaniste. Docteur en physique, initié à l’OITAR en 2001 à vingt-six ans, celui que l’on surnomme volontiers « Boulonnais, l’Épicurien du Savoir » incarne une approche joyeuse, exigeante et moderne de la quête initiatique.

Il dit volontiers combien la Loge fut, et demeure, une soupape – un espace de respiration et de justesse intérieure au cœur d’une vie bien remplie. Sous sa conduite, l’Ordre met en avant le Rite Opératif de Salomon, la souveraineté des loges, et défend une maçonnerie sans dogme, non élitiste, mixte, ouverte à la diversité sociale, fidèle aux valeurs d’humanisme, de fraternité et d’humilité. À ses yeux, la franc-maçonnerie est un « monde de calme » où l’on progresse sans contrainte de résultat, une voie de retour au sacré par la symbolique et le travail sur soi, capable de réenchanter le monde face au désenchantement nommé par Max Weber. Dans cet esprit, il multiplie les rencontres publiques et encourage l’engagement dans la cité.

OITAR

L’OITAR rassemble aujourd’hui environ 2000 membres au sein de 90 Loges ; on y cultive un modèle associatif vivant, la tradition orale, une forte pédagogie de la transmission intergénérationnelle et une réelle ouverture au public par des conférences régulières. En un mot, Thomas Denicourt porte une maçonnerie vivante, anti-élitiste et hospitalière, où l’Art Royal devient levier de transformation individuelle et collective.

Le titre de la rencontre est déjà un programme : « Le symbolisme, comme chemin de quête, ou comment réenchanter le monde ». Nous aimons dire, en Loge, que les symboles ne sont pas des bibelots d’érudition mais des outils opératifs. Ils n’expliquent pas, ils mettent en marche. L’équerre qui redresse, le compas qui ouvre, la pierre qui résiste, la parole qui relie : autant d’archétypes qui, mis en travail, transforment l’homme et, par ricochet, la cité. La table ronde redira la méthode autant que le contenu : le cercle du dialogue, l’horizontalité des échanges, et cette verticalité discrète qui affleure quand l’écoute devient connaissance.

Blason OITAR

Il ne s’agit pas d’un exotisme ésotérique mais d’un usage initiatique du réel. Le symbolisme apprend à lire, dans les plis du quotidien, une écriture discrète ; il nous rend attentifs aux rapports et correspondances, selon l’antique sagesse hermétique : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Dans un monde souvent saturé d’informations et pauvre en sens, il rouvre la porte de l’émerveillement lucide – non pour fuir, mais pour habiter. Par le rite – non un théâtre, mais une grammaire du sacré – la parole s’ordonne, le geste se fait juste, l’ego se désencombre pour trouver sa place dans le tracé du pavé mosaïque. De là naît une politique au sens le plus haut : prendre soin du commun à partir d’une conscience transformée.

Rue Dumont d’Urville – Lyon

Pourquoi venir ?
Parce que l’initiation se pratique. Chacun apporte sa pierre, son doute, sa lumière, et repart avec un devoir de construction. Parce que l’OITAR porte, depuis son nom même, l’Art Royal : l’art de façonner l’homme par lui-même, au sein d’un chantier fraternel. Parce qu’avec la présence du Grand Maître Général Thomas Denicourt, la parole sera exigeante et accessible, fidèle à la Tradition et attentive aux urgences de notre temps : éthique, transmission, hospitalité, éducation au symbole, place du sacré dans la vie quotidienne.

Nous entrerons par le signe pour rejoindre le sens. Nous essaierons la force de ces outils antiques sur des questions très actuelles : comment réenchanter une vie professionnelle ou civique, comment réparer la conversation sociale, comment éveiller des consciences sans dogmatisme. Une soirée de méditation et de partage, de quête et de pédagogie, d’héritage et d’avenir. Le prix d’entrée – 3 € – dit la volonté d’ouvrir grand les portes ; l’inscription préalable garantit l’attention portée à chacun. Souvent, une telle rencontre laisse en nous une trace opérative : moins un savoir qu’un axe, une manière renouvelée de regarder, écouter, agir.

Alors, venons nombreux. Pour poser nos questions autant que pour offrir nos mains. Pour éprouver ce que signifie construire le Temple avec des vies humaines et des jours ordinaires. Pour consentir à cette évidence fraternelle : réenchanter le monde commence ici et maintenant, par un pas, une rencontre, une parole juste.

450.fm se fera l’écho des échos : que cette soirée soit une pierre de plus posée sur le chantier du réenchantement.

Rue-Dumont-d-Urville-Les-rues-de-Lyon

Infos pratiques

Thème : Le symbolisme, comme chemin de quête, ou comment réenchanter le monde
Format : table ronde – conférence publique, ouverte à tous
Quand : vendredi 17 octobre 2025 à 19 h
: Grand Temple, 19 rue Dumont d’Urville, 69004 Lyon
Présence : Thomas Denicourt, Grand Maître Général de l’OITAR
PAF : 3 € – inscription obligatoire sur HelloAsso
Lien d’inscription : https://www.helloasso.com/associations/voie-lactee-de-l-oitar/evenements/le-symbolisme-comme-chemin-de-quete-d-emerveillement-de-soi-et-du-monde
Contact : lavoielactee57@gmail.com

Blason OITAR



Un Frère de Rio Branco se tue en rentrant d’une cérémonie maçonnique

De notre confrère brésilien juruacomunicacao.com.br

Une collision entre véhicules fait un mort et deux blessés parmi les membres de la franc-maçonnerie sur la BR-364

Un accident impliquant trois véhicules – un camion, une voiture et une moto – a fait un mort et deux blessés samedi soir (27), au km 22 de la BR-364, près de Rio Branco. La victime était le passager de la Fiat Argo couleur argent, Antônio Clidenor Borges de Oliveira, maître maçon du Grand Orient de l’État d’Acre (GOEAC) et ancien fonctionnaire fédéral du Tribunal du travail.

Selon les informations, la Fiat Argo, conduite par Fábio Felipe Carneiro, 42 ans, roulait en direction de Rio Branco lorsqu’elle a percuté l’arrière d’un camion Ford F4000, conduit par Fausto Souza dos Santos, 78 ans, en provenance de Boca do Acre (AM). Sous l’impact, la voiture a fait un tête-à-queue et a percuté la moto Honda CG 160 Fan conduite par Micaela da Silva Machado, 31 ans, qui roulait en sens inverse.

Le Service mobile de soins d’urgence (SAMU) a été appelé et une ambulance de secours et une ambulance spécialisée ont été dépêchées sur les lieux. Le conducteur de l’Argo, Fábio, a été secouru et transporté à l’Unité de soins d’urgence du deuxième district (UPA). Le motocycliste, qui souffrait d’une fracture du pied, d’une fracture présumée de la main et d’abrasions, a reçu des soins médicaux et a été transporté aux urgences de Rio Branco dans un état stable. Le conducteur du camion est indemne.

Selon les informations, les occupants de la Fiat revenaient d’un événement maçonnique organisé à Acrelândia.

Antônio Clidenor Borges de Oliveira, maître maçon du Grand Orient de l’État d’Acre

La Police fédérale des routes (PRF) a bouclé la zone de l’accident pour procéder à des examens médico-légaux. Le corps d’Antônio Clidenor, coincé dans les décombres, a été retiré par une équipe des pompiers puis transporté à l’Institut médico-légal (IML) pour une autopsie.

Les causes de l’accident feront l’objet d’une enquête par les autorités compétentes.

Sorcières (1860-1920) : fantasmes, savoirs, liberté – l’expo qui rallume le triple feu

Pont-Aven consacre son été et son automne 2025 à une figure autant fantasmée que fondatrice : la sorcière. En partenariat avec le musée d’Orsay, l’exposition éclaire un tournant décisif, de 1860 à 1920, quand l’archétype de la vieille mégère malfaisante se renverse, sous l’influence de Jules Michelet, en symbole de savoir, de résistance et d’harmonie avec les forces naturelles – un geste que l’on reconnaît aujourd’hui comme l’un des points d’origine de l’écoféminisme.

Sorcières – MPA

Le parcours, pluridisciplinaire, réunit dessins, peintures, sculptures, objets d’art, photographies, cinéma, musique, danse et littérature, avec des œuvres phares comme The Love Potion d’Evelyn De Morgan et des pièces d’Eugène Grasset.

Focus – Evelyn De Morgan, The Love Potion (1903)
De Morgan choisit la sorcière non comme cliché mais comme sujette de savoir. Profil concentré, robe d’or et livres reliés composent une grammaire d’atelier : la couleur devient opération alchimique (du noir au jaune solaire), le calice un athanor, le chat gardien un œil vigilant. Le couple enlacé au fond rappelle le désir, tenu à distance et transmuté. L’œuvre affirme une autorité féminine qui se fabrique par l’étude, la maîtrise et la justesse du geste – une véritable alchimie de l’esprit au cœur du regard préraphaélite.

The Love Potion

Pensée en trois mouvements qui se bouclent en cercle la nuit, le corps, le savoir l’exposition donne à lire la sorcière comme frontière franchie : la nuit des métamorphoses et de la liberté, le corps désiré et craint, le savoir organique et occulte qui soigne, protège ou inquiète. On ne contemple plus un folklore de peur, mais un révélateur de rapports de pouvoir, de désirs et de contre-pouvoirs féminins.

Pourquoi un initié a tout intérêt à y aller

Parce que cette exposition est un exercice de discernement. Elle montre comment un imaginaire façonne la réalité sociale et comment un livre (Michelet, 1862) peut déplacer une figure honnie vers une figure de connaissance. Pour nous, initiés, la visite devient un travail de loge intérieure :

  • la Nuit nous fait franchir le seuil et apprivoiser l’ombre.
  • le Corps rappelle qu’aucune sagesse n’existe sans incarnation : pas de Verbe sans souffle, pas de symbole sans chair.
  • le Savoir rejoint l’hermétisme opératif : herbiers, cycles, correspondances — autant de clefs qui parlent à l’alchimiste comme au lecteur d’images.
    Là se loge l’intérêt initiatique : dans la puissance transgressive du symbole, le renversement des signes et la reconquête d’une parole confisquée — une liberté à l’œuvre.

Le Musée de Pont-Aven… en bref

Le Musée de Pont-Aven est un musée français situé à Pont-Aven, dans le Finistère, en Bretagne. Créé en 1985, il a été transféré en 2012 de la commune à Concarneau Cornouaille Agglomération, puis entièrement rénové entre 2013 et 2016. Sa mission : faire connaître l’œuvre des artistes inspirés par la Bretagne et Pont-Aven depuis les années 1860, développer la recherche scientifique sur cette période et s’ouvrir à la création contemporaine. Il accueille deux expositions temporaires par an, mettant en lumière thèmes et artistes, de l’École de Pont-Aven à l’art d’aujourd’hui.

Paul Gauguin – autoportrait, vers 1875-1877

Repères historiques (École de Pont-Aven)

Dès 1862, Camille Corot et ses amis séjournent sur la côte bretonne. En 1886, Paul Gauguin arrive à Pont-Aven, sur les conseils d’Armand Félix Marie Jobbé-Duval et du « Père Tanguy ». À la fin des années 1880, Gauguin et Émile Bernard élaborent le synthétisme et le cloisonnisme, grands aplats de couleurs pures cernés d’un trait, rompant avec la perspective classique. Autour d’eux se regroupent Paul Sérusier, Charles Filiger, Maxime Maufra, Henry Moret, Ernest de Chamaillard… constituant l’École de Pont-Aven.

Blason de Pont-Aven

Pour qui cherche une expérience à la fois esthétique et initiatique, « Sorcières (1860-1920) » n’est pas seulement une exposition : c’est une épreuve de lecture des images et une méditation sur la manière dont un mythe, par le feu de la nuit, du corps et du savoir, devient chemin de liberté.

Infos pratiques :

Dates : jusqu’au 16 novembre 2025, Musée de Pont-Aven, place Julia – Pont-Aven Finistère.

Catalogue : Éditions Faton, 35 €, dir. Leïla Jarbouai & Sophie Kervran, avec de nombreuses contributions.

Illustrations : Wikimedia Commons

Pont-Aven – Les maisons face au port

Lille et la Franc-maçonnerie : une histoire de lumière, de raison et de transformation

De notre confrère lille-ancien.com

La Franc-maçonnerie à Lille est bien plus qu’une simple page d’histoire : c’est un récit fascinant qui tisse ensemble les fils de la philosophie des Lumières, les ambitions architecturales, les bouleversements révolutionnaires et les engagements républicains. Depuis le XVIIIe siècle, cette confrérie a laissé une empreinte indélébile sur la ville, influençant ses élites, ses édifices et son évolution sociale.

Retraçons cette saga à travers les siècles, en explorant les origines des loges lilloises, les figures marquantes comme François Verly et Charles Debierre, les symboles architecturaux, et l’héritage vivant qui perdure aujourd’hui.

Les origines des Loges lilloises : une émergence au siècle des lumières

Portrait de François Verly. Lithographie de Boldoduc d’après Bouchardy. (Source lille-ancien)

Le 6 novembre 1744 marque un tournant dans l’histoire locale avec la fondation de la première loge lilloise, baptisée initialement « Loge de Saint-Jean« , puis renommée « Ancienne de Saint-Jean« . Cette création s’inscrit dans un mouvement plus large qui traverse l’Europe au XVIIIe siècle, où des intellectuels, inspirés par les encyclopédistes comme Diderot et Voltaire, se réunissent pour promouvoir le progrès des sciences, les libertés économiques et une éducation vertueuse fondée sur la raison. À Lille, comme dans d’autres villes provinciales, ces assemblées réunissent notables, militaires, aristocrates, quelques femmes audacieuses et même des membres du clergé, tous unis par des rites symboliques et un désir de réfléchir au bien public.

D’autres loges voient rapidement le jour : « l’Union Indissoluble » en 1746, « la Fidélité » en 1761, « la Vertu Triomphante » en 1764, et « les Amis Réunis » en 1766. Ces cercles deviennent des lieux de débat où l’on discute des formes nouvelles de gouvernement et des idéaux humanistes. En 1774, l’ »Ancienne de Saint-Jean » et la « Vertu Triomphante » fusionnent pour former la loge « Heureuse Réunion« , qui cesse ses activités en 1785, année où naît « La Modeste ». Ces loges, bien que modestes en nombre, reflètent une effervescence intellectuelle qui prépare le terrain aux bouleversements à venir.

Vue du Beffroy et du Prytanée (salle d’assemblée pour les représentants du Peuple).

Une étape significative survient en 1785 avec la création du « Collège des Philalèthes« , une assemblée restreinte de quarante membres issus de diverses loges. Ce cercle, réuni dans l’hôtel du Maréchal de Soubise – alors gouverneur de la province –, ambitionne d’ouvrir les loges à des bourgeois profanes mais cultivés, ainsi qu’à des personnalités influentes de Lille. Leur objectif ? Transformer les loges maçonniques en cercles académiques dédiés aux progrès des arts, de l’industrie et de l’humanité. Comme l’écrit Louis Trenard, ces membres souhaitaient « être agréable au genre humain, les éclairer par la raison et les guider par les sciences ». Cependant, la tourmente révolutionnaire de 1789 met fin à cette expérience prometteuse, marquant une pause dans l’essor maçonnique local.

La révolution et la renaissance des loges sous la république

Projet de François Verly pour la place de la Reconnaissance (1794).

Après les soubresauts de la Révolution, la franc-maçonnerie connaît un renouveau sous les premières administrations de la République, du Consulat et de l’Empire. Les loges se reconstituent aux côtés d’autres associations et sociétés savantes, retrouvant une vitalité qui perdure tout au long du XIXe siècle. Parmi les figures influentes de cette époque, Louis-Marie, comte de Brigode, maire de Lille de 1803 à 1815, se distingue en tant que membre de la loge « les Amis Réunis« . Son engagement illustre l’intégration des francs-maçons dans les sphères politiques et administratives de la jeune République.

C’est également à cette période que s’illustre François Verly, un architecte lillois entré en franc-maçonnerie, dont la carrière traverse les régimes avec une remarquable adaptabilité. Servant successivement le Roi, la Révolution, le Consulat, l’Empire, puis terminant sa vie à Bruxelles comme architecte du Gouvernement et du palais de Guillaume d’Orange – dont le fils fut Vénérable d’une loge bruxelloise, « l’Espérance » –, Verly incarne la flexibilité des francs-maçons face aux mutations politiques. Sa gloire posthume repose toutefois sur des projets visionnaires pour Lille, conçus après les bombardements autrichiens de 1792. En l’An II de la République, la commune lui confie l’aménagement de la ville, bien que ces plans ambitieux ne soient jamais réalisés.

Projet de François-Joseph Belanger pour un grand théâtre des Arts, à Paris, présenté en mars 1789. On peut estimer que cette vue perspective influença le travail de Verly.

Parmi ses idées, un prytanée flanqué d’un beffroi, un théâtre du Peuple, des thermes publics et une place de la Reconnaissance ornée d’un Mémorial National auraient pu transformer Lille en une vitrine des idéaux des Lumières, hérités de la franc-maçonnerie. Son projet pour la place de la Reconnaissance (1794) et son inspiration possible auprès du grand théâtre des Arts de François-Joseph Bélanger, présenté à Paris en mars 1789, témoignent d’une vision où l’architecture devient un vecteur de progrès social. Les colonnes, éléments centraux du symbolisme maçonnique – reliant le monde d’en haut et d’en bas, les ténèbres à la lumière –, auraient pu structurer ces espaces, incarnant les valeurs d’élévation spirituelle prônées par l’Ordre.

L’épanouissement au XIXe Siècle : laïcité, républicanisme et architecture

Les colonnes sont un élément essentiel du symbolisme maçonnique, entre monde d’en haut et monde d’en bas, entre ténèbres et lumière.

Au fil du XIXe siècle, les loges lilloises évoluent, mêlant réflexions philosophiques à des actions de secours et de bienfaisance. Un tournant décisif survient en 1877, lors du convent maçonnique, où l’obligation de croire en Dieu est supprimée. Cette décision marque l’émergence d’un nouvel esprit, axé sur la défense de la laïcité et de la République, souvent teinté d’anticléricalisme. Les francs-maçons se rapprochent alors des organisations ouvrières, tandis que les milieux catholiques s’alignent sur les droites monarchistes et bonapartistes. Cette polarisation culmine lors de l’affaire Dreyfus, où les deux camps s’affrontent avec virulence.

La loge « La Lumière du Nord », fondée en 1893, incarne cette transformation. En 1899, elle élit Charles Debierre (1853-1932) comme Vénérable, un poste qu’il occupera jusqu’à sa mort – un cas exceptionnel dans l’histoire de l’Ordre. Médecin militaire et titulaire de la chaire d’anatomie à Lille, Debierre fonde en 1920 l’Université Populaire de Lille et engage la loge comme membre fondateur du parti radical socialiste le 21 juin de la même année. Adjoint au maire de Lille et sénateur du Nord de 1911 à 1932, Grand Maître du Grand Orient de France de 1911 à 1913 puis en 1920, il exprime une vision claire : « La République est une création continue. Son plus noble objectif, c’est l’affranchissement des esprits et de la conscience, prélude nécessaire, indispensable de l’émancipation économique des travailleurs. La Démocratie doit marcher appuyée d’un côté sur la raison cultivée et de l’autre sur le droit et la justice, si elle veut éviter de choir quelque jour dans les fondrières de la Dictature et de la Démagogie. Si nous voulons redresser la Démocratie, commençons par faire des démocrates, c’est-à-dire des hommes cultivés, des hommes de caractère, conscients davantage peut-être de leurs devoirs que de leurs droits » (cité par Daniel Morfouace).

6, rue de Valmy

En 1910, Debierre initie la construction du bâtiment de la loge, inauguré le 5 juillet 1914 au 2, rue Thiers, sous la direction de l’architecte Albert Baert (1863-1951), premier surveillant de la loge et Vénérable provisoire durant l’occupation de la Première Guerre mondiale. La façade, ornée d’une loge à l’antique surmontée d’un bas-relief – sphinx (secret), pyramide (élévation de l’esprit), soleil d’or (lumière) et déesse profane avec miroir – reflète l’esthétique maçonnique. Le temple intérieur, classé monument historique et parfois ouvert lors des Journées du Patrimoine, offre un espace où les séances se déroulent sous une verrière, avec les frères disposés selon leur grade entre les colonnes des apprentis et des compagnons, encadrées par les surveillants près de l’autel orné d’outils symboliques.

Une autre loge, située au 24, rue de Lens (architecte F. Roussel), se distingue par sa porte monumentale encadrée de deux colonnes de 9 mètres, inspirées des colonnes du temple de Salomon décrites dans la Bible par l’architecte Hiram. Les grilles des soupiraux, ornées d’un soleil levant rayonnant, reprennent un motif que Baert intègre également à la piscine bains-douches de Roubaix (1927-1932), aujourd’hui musée d’art et d’industrie André Diligent. Là, des demi-rosaces monumentales orientées est-ouest illuminent le bassin, tandis qu’une tête de « Grand Architecte de l’Univers » déverse l’eau, évoquant les rituels d’initiation. En 1924, Baert conçoit son agence au 6, rue de Valmy, dont la façade arbore un bas-relief aux outils maçonniques en béton façonné comme du grès des Vosges.

Émile Dubuisson (1873-1947), autre architecte majeur, transforme Lille entre les deux guerres. Son hôtel de ville (1922-1932), avec son beffroi de 105 mètres illuminant la ville chaque nuit, reste son chef-d’œuvre. Proche des maires Gustave Delory et Roger Salengro, tous deux francs-maçons, Dubuisson accède au grade d’inspecteur du Grand Collège des Rites. Ses écoles, équipements publics et habitations à bon marché arborent des fleurs de lys au fronton, symboles du blason lillois mais aussi allusion aux ornements du temple de Salomon.

L’hôtel de ville de Lille et son beffroi, oeuvres d’Emile Dubuisson.

L’héritage dans la pierre et au cimetière de l’est

Le cimetière de l’Est conserve des traces tangibles de cet héritage. La tombe d’Alphonse Bianchi (1816-1871), journaliste républicain, porte un sceau maçonnique (C 10 face C 12). Celle d’Eugène Jacquet (K 6 face K 7), fusillé en 1915, conçue par Baert et Albert Bührer, regorge de signes maçonniques. Les tombes de Debierre et Baert, face à face (W 30 face X 29), symbolisent leur lien indéfectible, tandis que la stèle discrète de Dubuisson (G face G 3) affiche un compas, une équerre et un rapporteur, mêlant outils professionnels et symboles rituels.

Un héritage vivant

Aujourd’hui, la franc-maçonnerie lilloise reste active, poursuivant sa mission d’affranchissement des esprits. Ses trois secrets – d’appartenance, de rites, de délibérations – alimentent l’imaginaire collectif, souvent amplifié par des récits exagérant son influence historique sous le Directoire, le Consulat, l’Empire ou la IIIe République. Pourtant, elle continue d’incarner une quête de raison et de justice, ancrée dans les pierres et les mémoires de Lille.

Sources :

  • Daniel Ligou (dir.),
  • Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie (1974) ;
  • Louis Trenard, Le Collège des Philalèthes de Lille, 1785-1789 ;
  • Daniel Morfouace, Chronique d’une loge lilloise, 1893-1940. Disponible dans notre bulletin d’octobre 2005, rue de la Monnaie.

Le Château des Templiers de Gréoux-les-Bains : Un Joyau Médiéval Révélé au Public

De notre confrère La Provence – Par Marie-Noël Paschal

Imaginez un site perché sur les hauteurs de la Provence, où les vents du Verdon murmurent les secrets d’un passé millénaire. C’est ici, à Gréoux-les-Bains, que le Château des Templiers a ouvert grand ses portes lors de la 42e édition des Journées européennes du Patrimoine, les 20 et 21 septembre derniers. Sous le thème fédérateur du « patrimoine architectural », ce monument emblématique de la région a dévoilé son histoire fascinante au public, effaçant les ombres du temps pour laisser place à la lumière des découvertes.

Chateau templiers de Gréoux les Bains

Un événement organisé par la commune, en partenariat avec l’office de tourisme et des congrès du Pays de Manosque, qui a attiré des centaines de visiteurs avides de voyage dans le temps.

Une légende tissée de pierre et de mythes

Le Château des Templiers n’est pas seulement un nom évocateur ; c’est un témoignage vivant de l’architecture provençale médiévale. Datant de 1325 – une précision confirmée par la dendrochronologie de sa charpente en bois –, il fut fondé par Arnaud de Trian, neveu du pape Jean XXII, sous l’égide de l’Église avignonnaise. Perché sur un promontoire dominant la vallée, ce bastion seigneurial évoque les grandeurs d’un passé où la Provence était un carrefour de pouvoirs spirituels et temporels. Pourtant, son histoire est bien plus ancienne : les lieux abritaient déjà un modeste vicus romain à l’Antiquité, avant que les populations, fuyant les invasions, ne migrent vers ces hauteurs protectrices.

Au fil des siècles, le château s’est enrichi de strates architecturales. Au début du XVIIIe siècle, deux galeries superposées y ont été ajoutées, témoignant d’une adaptation aux besoins d’une noblesse en déclin. Mais le temps a été impitoyable : au dernier inventaire avant la Révolution française, il n’était plus qu’une semi-ruine, livrée au pillage et à l’oubli. Au début du XXe siècle, son état de dégradation était tel qu’il semblait condamné à l’effacement. Heureusement, la légende des Templiers – cette association romantique avec l’ordre militaire du Temple – a su entretenir le mystère. Attention toutefois : comme l’ont rappelé les experts lors des Journées du Patrimoine, cette connexion n’est qu’une « légende tardive », née au XVIIIe siècle. Aucune trace historique ne lie les moines-guerriers à la construction ou à la propriété du site. Un mythe qui, loin d’altérer l’authenticité, ajoute une couche de poésie à ces pierres provençales.

Des visites guidées qui font revivre l’histoire

L’accès libre au château a été le clou du spectacle. Dans la cour pavée, baignée de soleil automnal, une conférence captivante a réuni le public autour de passionnés du patrimoine. Sandrine Claude, archéologue et conservatrice, autrice du livre Le Château de Gréoux-les-Bains, une résidence seigneuriale du Moyen Âge à l’époque moderne, a guidé les pas des visiteurs à travers les phases de construction. Avec une éloquence qui fait vibrer les murs, elle a décrit comment Arnaud de Trian, sous l’ombre bienveillante de son oncle pontife, érigea ce bastion comme un rempart contre l’incertitude des temps. À ses côtés, l’historien Régis Bertrand a démystifié la légende templière, invitant à une lecture plus nuancée de l’histoire.

Gravure du château de Gréoux-les-Bains en 1838.

Renzo Wieder, architecte du patrimoine, a complété ce tableau vivant en dévoilant les coulisses des travaux de restauration. La première phase, achevée récemment, a permis la mise en sécurité du site : doublage du mur extérieur, restitution de la couverture de la tour Ronde et consolidation de l’escalier principal. Des gestes salvateurs qui redonnent vie à un édifice classé parmi les trois plus grands châteaux de Provence, après le majestueux Palais des Papes d’Avignon et le Château de l’Emperi à Salon-de-Provence. Paul Audan, maire de Gréoux-les-Bains, n’a pas manqué de souligner l’engagement collectif : « L’État, le Département et la Région nous accompagnent financièrement pour que ce joyau ne soit plus un fantôme du passé, mais un lieu de vie. » Une seconde phase de travaux est d’ores et déjà programmée pour 2026, promettant une renaissance complète.

Les visiteurs, familles, historiens amateurs et curieux de tous âges, ont déambulé entre les vestiges, touchant du doigt des éléments qui, hier encore, étaient inaccessibles. Des anecdotes sur les pillages révolutionnaires aux échos des galeries du XVIIIe siècle, chaque pierre raconte une page d’histoire. L’événement a non seulement éduqué, mais aussi émerveillé, transformant une simple visite en une immersion sensorielle dans l’âme de la Provence.

Vers un avenir radieux pour un patrimoine vivant

Les Journées du Patrimoine ont rappelé avec force que le Château des Templiers n’est pas un reliquat figé, mais un patrimoine en mouvement. Grâce à ces initiatives, Gréoux-les-Bains réaffirme son rôle de gardienne des trésors provençaux, invitant le public à redécouvrir ses racines. Que vous soyez un passionné d’archéologie ou un amoureux des légendes, ce site offre une expérience unique : un mélange de rigueur historique et de mystère enchanteur.

En cette fin septembre 2025, alors que l’automne colore les collines environnantes, il est temps de planifier votre prochaine escapade. Le château attend, restauré et prêt à partager ses secrets. Car, comme l’a si bien dit Sandrine Claude, « ces murs ne sont pas muets ; ils attendent simplement qu’on les écoute. » Rendez-vous à Gréoux-les-Bains pour une rencontre inoubliable avec l’histoire vivante de la Provence.