Depuis dix ans, On Va Rentrer met gratuitement en relation Sœurs et Frères dans un esprit de fraternité, de service et de simplicité. Aujourd’hui, la plateforme renaît entièrement grâce à l’engagement professionnel de notre Frère Pas∴ D∴, qui a consacré trois mois de son temps et de son talent de développeur informatique à reconstruire l’ensemble de l’architecture du site.
Nous tenons à le saluer et à le remercier très fraternellement pour ce travail remarquable. Grâce à ce don, nous pouvons continuer à garantir la gratuité du service et à le faire évoluer au bénéfice de toutes et tous. Dans les prochains jours, vous découvrirez progressivement les nouveaux services proposés, chacun présenté dans un article dédié. Chaque matin, une nouveauté viendra illustrer cette évolution.
Ce matin, nous commençons avec la Bourse des profanes.
Des centaines de profanes remplissent déjà nos formulaires afin de frapper à la porte du Temple.
Cette nouvelle rubrique vous permettra de les découvrir et, si vous le souhaitez, de les prendre en charge dans le cadre du parcours traditionnel de parrainage et de transmission de la Lumière. Bien entendu, nous procédons en amont à une vérification du sérieux de chaque demande avant validation. En revanche, nous n’assurons pas de mise en relation directe : il appartient ensuite à chaque loge, à chaque Frère et à chaque Sœur d’entrer en contact avec les candidats et de poursuivre, selon les usages, le travail de parrainage.
Rappelons-le clairement : nous ne sommes ni une agence de recrutement maçonnique, ni un “Manpower” de la fraternité. Notre rôle se limite à faciliter la rencontre, dans le respect des règles et de la vigilance qui s’imposent. Est-il utile de rappeler que nous sommes dans un Ordre ?
L’esprit de 450.fm
Depuis sa création, 450.fm s’efforce de vous proposer une information large, libre, honnête et gratuite, avec le souci constant de la transmettre sans dogmatisme ni injonction. Nous n’imposons à personne une manière unique de penser la franc-maçonnerie : chacun demeure libre de ses lectures, de ses sensibilités et de ses convictions.
C’est dans cet esprit de liberté et de fraternité que nous nous inscrivons aujourd’hui encore, en vous proposant cette nouvelle palette de services appelée à faciliter la vie maçonnique de chacune et chacun.
Lors de la cérémonie de réception au deuxième degré, le Franc-Maçon ou la Franc-maçonne est amené à accomplir plusieurs voyages. L’un de ces voyages est l’occasion d’insister sur l’importance du développement des cinq sens, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat, qui sont bien sûr les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur mais qui représentent aussi une invitation à se découvrir et à suivre le principe socratique jadis inscrit au fronton du Temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ».
Un autre voyage fait reconnaître les 5 ordres de l’Architecture, qui évoquent l’harmonie et la continuité essentielles à l’œuvre de construction à laquelle se vouent les Maçons.
Un troisième voyage amène à découvrir les 7 arts libéraux, en ajoutant aux arts du trivium, la Grammaire, la Rhétorique et la Logique, ceux du quadrivium, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique et l’Astronomie. Puis sont lus les noms de 5 Grands Initiés. Et en étant reçu Compagnons, l’âge symbolique du Maçon passe de 3 à 5 ans. Il y a cinq marches figurées sur le tapis de Loge.
La Marche du Compagnon ajoute aux trois pas de l’Apprenti deux pas supplémentaires, avant de rejoindre l’alignement initial. Le mot sacré rappelle le nom de la Colonne qui était placée à droite de l’entrée du Temple de Salomon et qui signifie « Il établira », passant ainsi du registre des nombres à celui des lettres. La Lettre G est avec l’Etoile Flamboyante qu’elle centre le symbole essentiel du Deuxième Degré.
Mais ce n’est pas la seule lettre évoquée dans le rituel : pour percevoir son salaire, le Franc-maçon ou la Franc-maçonne passe de la colonne B à la colonne J. Chacun peut comprendre que la démarche maçonnique fait appel au langage symbolique, privilégier la symbolique des nombres et des lettres, en plus de celle des formes géométriques telles que le triangle, l’étoile à cinq branches, le rectangle aux proportions du nombre d’or, et d’autres encore…
Les nombres et les lettres associés au Deuxième Degré renvoient donc à la découverte d’un nouvel espace de liberté. Mais cet espace de liberté n’est pas un espace de désordre, d’agitation ou d’anarchie.
On peut lire à l’Occident de nos Temples la devise du Rite Ecossais Ancien et Accepté : Ordo ab Chao : nous nous inscrivons dans une démarche qui s’efforce de privilégier l’ordre sur le désordre. Et chacun de nous s’est librement engagé dans une démarche de progression, de perfectionnement. La démarche est donc orientée. Elle a un but, une finalité.
Au deuxième degré, qui est un degré essentiel dans le parcours maçonnique, l’axe de progression est clairement défini : c’est bien entendu celui que nous indique l’Etoile Flamboyante, vers laquelle désormais il nous faut progresser.
Un Frère Compagnon posait récemment une question: lorsque la Loge travaille au Premier Degré, ce qui est le cas le plus fréquent, l’Etoile n’est pas visible ; a fortiori, elle n’est pas allumée, elle ne flamboie pas.
Mais un Compagnon ou a fortiori un Maître peut-il faire comme s’il en ignorait la direction ?
Là encore, la réponse est « évidemment non ! ». Car le Compagnon et le Maitre ont vu l’Etoile Flamboyante. La direction qu’elle leur donne ne se modifie pas lorsqu’elle est rendue invisible. Elle doit demeurer en eux, au demeurant qu’ils soient dans le Temple ou au dehors. C’est même très exactement ce que signifie l’expression « J’ai vu l’Etoile Flamboyante ». Je l’ai vu, vous l’avez vu, une fois pour toutes. La direction que l’Etoile vous indique s’est marquée en vous à jamais.
Au reste, c’est notre œil intérieur qui a vu l’Etoile. Et c’est pourquoi nous pouvons– et en fait nous devons– la voir même lorsqu’elle est éteinte, invisible matériellement mais parfaitement présente dans notre esprit.
C’est l’axe permanent de notre progression, la voie symbolique de notre perfectionnement.
Essayons de réfléchir ensemble sur ces deux notions :
Qu’est-ce qui, dans les nombres et les lettres mis en avant par le rituel du grade, est porteur de cette notion majeure qui justifie l’engagement dans le rite et dans l’ordre maçonnique, à savoir la conquête de notre liberté ?
Qu’est-ce qui exprime la notion d’orientation, de but vers lequel le Maçon ou la Maçonne tendons inlassablement, même si nous pressentons que nous ne l’atteindrons jamais complètement ?
Commençons par l’idée de jeu au sens de déverrouillage, de liberté.
Pour développer cette notion de liberté, revenons sur la marche du Compagnon : il fait d’abord les trois pas de l’Apprenti. Bien au ras du sol, un pas après l’autre, prudemment. Puis il s’écarte de l’axe. Ce pas de côté lui permet de découvrir le chantier sous un angle différent. Bien sûr, il lui faut rester prudent et vigilant. Il se souvient de l’enseignement du cabinet de réflexion. Il sait qu’il ne faut pas confondre le fait de rechercher la connaissance avec celui de se disperser, au risque de s’égarer.
Nous avons tous entendu parler des voyages qu’effectuent les Compagnons du Devoir, qui réalisent au cours de leur apprentissage un véritable tour de France. De la même manière, et probablement dans une symbolique similaire, le Compagnon franc-maçon est invité à voyager. Il y est même invité trois fois.
Au cours de la cérémonie d’initiation au Deuxième degré, il va effectuer cinq voyages, découvrant au cours de chacun d’eux comment la connaissance s’exprime sous différents aspects ;
Ensuite, alors qu’Apprenti il ne lui était guère permis de visiter d’autres ateliers sauf à y être conduit par son Second Surveillant, le Compagnon est au contraire invité à voyager, à élargir son regard et le champ de sa recherche et de son instruction ;
Enfin, sans doute le plus important, le Compagnon est invité à prendre conscience du fait que le voyage essentiel auquel le convie son engagement maçonnique est le voyage intérieur. C’est le fameux précepte socratique, « Connais-toi toi-même »,. Cette invitation, pour être bien comprise, doit être complété par la suite de la phrase telle qu’elle était dit-on inscrite au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ».
Cela signifie qu’avant de s’interroger sur le sens de l’univers et sur les rapports que l’on peut avoir avec lui, le rôle que l’on peut y jouer, en fait sa propre place et le sens de sa vie, il faut entreprendre une recherche, une descente dans les profondeurs de son intériorité pour trouver l’essence de son être.
Le but du voyage intérieur auquel nous sommes conviés en tant que Compagnons, c’est la découverte et l’affirmation de notre moi.
En fait, Descartes ne nous dit pas autre chose lorsqu’il affirme « je pense, donc je suis ». On peut douter de tout, même de la réalité du monde qui nous entoure, mais cette pensée, ce scepticisme extrême, lui, existe. Notre pensée existe. Et à partir du moment où nous nous rendons compte que l’existence de notre pensée indépendante est irréfutable, nous prenons conscience de notre « je ». Il devient alors possible de partir à la recherche de notre « moi », c’est à dire de la nature de notre propre identité. Puis d’élargir la recherche à la nature de notre rapport à l’univers qui nous entoure, afin d’y trouver notre juste place, notre juste rôle, notre juste responsabilité.
Par rapport à la progression en ligne droite de l’Apprenti, comme maintenu entre deux barrières, cet écart du 4ème pas du Compagnon est une première expérience de la transgression. Transgression mesurée, contrôlée, mais qui symboliquement signifie « sortir du cadre ». Et vous le savez bien, il ne peut y avoir de progression qu’à ce prix. Il n’y a pas de progression sans transgression, à la condition que la transgression soit raisonnable et maîtrisée.
Maîtrisée non pas par les autres, bien sûr, mais par soi-même.
J’ai la liberté de m’écarter du chemin, j’ai la responsabilité de ne pas m’écarter au point de perdre ma route. Pour le Franc-maçon ou la Franc-maçonne, liberté et responsabilité sont liés : je ne peux être considéré comme responsable que si je suis libre, libre de choisir entre deux voies. Celle de l’Ordo ou celle du Chao ; celle du Bien ou celle du Mal.
Mais dès lors que je revendique et que j’exerce pleinement cette liberté, je suis pleinement responsable. Pour compléter notre développement sur la liberté dont le Compagnon doit profiter pour être lui-même acteur et maître de sa propre progression, considérons la lettre G, placée au centre de l’Etoile Flamboyante.
Le rituel d’initiation au Deuxième Degré nous en propose 5 interprétations. On, se souvient de ces 5 concepts que symbolise la lettre G: Géométrie, Génération, Gravitation, Génie et Gnose. Il y a dans chacun de ces termes de quoi nourrir la réflexion du Compagnon. L’écho que chacun de ces sens possibles de la lettre G trouvera en chacun n’est en aucune manière imposé. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté n’est pas une religion, il ne repose pas sur des certitudes dogmatiques et laisse chacun libre de ses interprétations.
La « conjonction des opposés », ou réunion des contraires représente la conjonction du conscient et de l’inconscient (gravure alchimique extraite du traité Aurora consurgens, environ 1500).
Et pour bien marquer l’importance que le Rite donne à cette liberté de conscience et de pensée, le V.M. précise au Récipiendaire que ces concepts ne sont pas limitatifs. On peut penser immédiatement au mot « Gloire », tel qu’il figure dans le rituel d’initiation lorsque les assistants reprennent après le V.M. l’exclamation « Gloire au Travail ». Certains y verront un symbole alchimique, en pensant au Graal ou au Germe primordial, l’origine du Grand Œuvre des alchimistes, ou à une transcription en caractère latin Guimel hébraïque qui symbolise la coagulation du processus du Grand Œuvre, le fameux « solve et coagula ».
D’autres se sentiront proches de la tradition anglaise et penseront que G est l’initiale de God, d’autres encore privilégieront la réminiscence du Gamma grec, qui en majuscule se trace comme on dessine une équerre, etc, etc, sans compter tous ceux que chacun de vous a le droit et la liberté de privilégier.
La lettre G est un symbole, que chacun a la liberté d’interpréter à sa guise…
Vous pourrez vous-même, en relisant le rituel et l’instruction de votre degré, trouver d’autres incidences de l’invitation à jouir de cette liberté qui vous est désormais reconnue.
Venons-en à la seconde notion portée par les lettres et les nombres du grade de Compagnon, la notion de finalité, de but, d’objectif…
Partons à nouveau de la Marche en 5 pas, 3 + 2, qui est l’un des éléments du symbolisme du Deuxième Degré. Nous ne reviendrons pas sur les trois pas initiaux, ceux de l’Apprenti. Le quatrième pas du Compagnon le fait s’écarter de l’axe initial de sa progression, et donc symboliquement lui offre l’opportunité de preuve d’esprit d’indépendance, de faire une première expérience de sa liberté. Mais ce n’est pas une liberté sans borne ni limite.
Jeune conducteur de voiture qui attache sa ceinture
Lorsqu’on vient en tenue, on peut y venir à pied, en bus, en métro ou en voiture. On a le choix entre plusieurs moyens de transport, mais aussi plusieurs itinéraires, plusieurs durées de trajet, …, on est libre de choisir. Mais la destination reste la même : je vais en tenue.
Il en est ainsi du Compagnon. Après le 4ème pas qui l’écarte de l’axe sur lequel il a choisi de progresser, son cinquième pas va le ramener vers cet axe, cette ligne droite qui oriente la progression du Cherchant vers la Vérité et la Lumière, que symbolise l’Etoile Flamboyante telle une balise, telle un phare qui guide les navigateurs vers leur destination.
Toute la symbolique du degré est tournée vers cette notion, celle d’une progression orientée.
On sait que l’Etoile Flamboyante est régie par le Nombre d’Or.
En effet, pour tracer ce pentagramme mystique, on utilise cette proportion connue des sages de l’antiquité. On peut trouver cette proportion en divisant 5, le nombre du Compagnon par 3, le nombre de l’Apprenti. Le résultat de cette division, qui vaut 1,618, est le nombre d’or[1].
Ce nombre, cette proportion, est considérée depuis l’Antiquité comme l’expression ultime de l’harmonie universelle. C’est pourquoi l’homme idéal représenté par Léonard de Vinci selon le principe énoncé par Vitruve, telle une étoile à cinq branches inscrite dans un cercle, est construit selon ce rapport.
Pythagore et son Delta
Pour les anciens, et en, particulier pour les adeptes de Pythagore, le cercle représente le royaume de l’Esprit. Tandis que le corps de l’Homme de Vitruve est un archétype de l’harmonie physique ou terrestre, l’Etoile à cinq branches, le pentagramme tracé à partir du nombre d’or, figure l’harmonie céleste ou spirituelle.
Le Nombre d’Or est à la fois une réalité mathématique et un concept symbolique. Il est ainsi un lien entre le matériel et le spirituel. C’est ce qui a amené à ce qu’on le qualifie de Divine Proportion.
Marcher vers l’Étoile, c’est se mettre en situation de progresser vers cette harmonie, vers l’Absolu et l’Universel dont nous pressentons que nous sommes une part, ou plutôt dont nous pressentons qu’une part – fût-elle infinitésimale – est en nous, et nous relie à l’ensemble de la Création, c’est-à-dire au Grand Architecte de l’Univers, ce principe à l’origine de la cohérence du monde qui nous entoure, sans qu’il faille nécessairement lui attribuer une dimension sur- ou extra-naturelle. Et bien entendu sans qu’il faille exclure et encore moins condamner cette dimension, que les religions et les révélations expriment lorsqu’elles parlent de Dieu
Ici encore, c’est la liberté de chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer.
Pour progresser vers la Connaissance, la Vérité, vous disposez de deux types de moyens. Les uns sont matériels, appartiennent à l’outillage de la raison, mis en œuvre par l’hémisphère gauche de votre cerveau si vous êtes droitier, les autres sont immatériels, de l’ordre de l’intuition, de l’affectif, du ressenti, de l’émotionnel, hors du champ de la raison, et sont gérés par votre cerveau droit.
C’est dans ce dernier champ que s’exprimera pleinement votre liberté, votre indépendance, votre autonomie, votre personnalité. Le champ de la raison, on l’explorera au moyen des 5 sens, outillage objectif de perception de ce qui vous entoure. Mais les cinq sens ne se limitent pas à la mise en œuvre des organes sensoriels, des capteurs qui nous permettent d’entendre, de voir, de goûter, de sentir et de toucher les choses et les êtres qui sont autour de nous.
Ils ont aussi des équivalents intérieurs, propres à nous permettre de poursuivre la découverte de nous-même, et des rapports que nous entretenons avec l’Autre, et avec le monde autour de nous. C’est ainsi que l’ouïe devient entendement, la vue se fait clairvoyance mais aussi capacité de contemplation, le goût est transformé en possibilité d’accéder à la subtilité, tandis que le toucher devient tact et délicatesse et que l’odorat, devenu flair, évolue en intuition et discernement.
7 arts libéraux
Terminons en revenant brièvement sur deux séries de mots ou de noms découvertes sur les cartouches des troisième et quatrième voyages lors de la Cérémonie de réception au Deuxième Degré, dans la perspective qui nous occupe, c’est-à-dire la finalité de la démarche du Compagnon.
Au cours du troisième voyage d’instruction, on découvre les sept arts libéraux, dont Saint Augustin a écrit qu’ils exprimaient toutes les connaissances qu’un homme peut acquérir. Les trois premières composantes forment le trivium des arts de la parole. Vous savez l’importance bien maitriser la forme pour exprimer convenablement le fond, et ainsi pouvoir communiquer efficacement, raconter, expliquer, convaincre, transmettre. C’est ce qu’il faut comprendre de l’invitation à cultiver la logique dans la conception de vos propos, la rhétorique dans leur expression orale et la grammaire dans leur expression écrite.
Il reste toujours une marge de progression. Il en est de la perfection comme de l’Etoile Flamboyante : on ne les atteint jamais vraiment !
Quant au quadrivium qui rassemblent les arts liés aux mathématiques, ils sont dominés par la géométrie, qui est l’art de la mesure et des justes proportions des formes et des volumes. Mais bien entendu, au-delà du sens profane qui consiste à cultiver l’apprentissage et la pratique de ces arts, c’est à la connaissance métaphysique qu’ils symbolisent que nous sommes conviés. Chacun peut et doit nous aider à progresser vers la Connaissance, à une meilleure perception et à une meilleure expression de la vérité au fur et à mesure que nous parvenons, modestement, humblement, à y accéder.
Platon, Aristote au centre… et tous les autres philosophes
Dernière évocation avant de conclure, les cinq Grands Initiés rencontrés au cours du 4ème voyage. Le rituel a choisi Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus et Confucius. Il aurait pu en évoquer d’autres, mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est la conviction que de tous temps, sous toutes les latitudes, au sein de tous les peuples et dans toutes les civilisations et toutes les traditions, des hommes ont éclairé le chemin de leurs contemporains. Ils ont prôné la mesure, la justesse, l’harmonie et l’amour.
Ils ont proposé une lecture du monde, une cosmogonie retraçant l’histoire de l’univers, ils ont été des législateurs et se sont efforcé de transmettre leur vision et leur sagesse, pour inviter les hommes de leur temps à la pratique de la morale et de la vertu.
Les cinq Grand Initiés dont les noms figurent sur le cartouche du 4ème voyage sont parmi ces phares de l’humanité. Comme le dit le rituel, leur enseignement, largement exotérique, c’est-à-dire qui peut être largement diffusé et enseigné, peut se compléter d’une manière quasi infinie sur le plan ésotérique, c’est-à-dire qui n’est accessible qu’à des initiés.
Pour les Francs-Maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté que nous sommes, le point de vue ésotérique nous permet d’accéder à la signification symbolique et au contenu spirituel des messages et des informations que nous recevons et percevons.
Il nous devient alors possible de mieux comprendre les principes et les forces qui nous influencent, non pas à l’extérieur mais bien à l’intérieur de nous-même. Cette prise de conscience est le moyen de nous élever en conscience et de réaliser notre véritable nature.
Ces cinq Grands Initiés sont à cet égard des guides, des sources d’inspiration.
Incarnant l’Idéal qu’évoque le V.M. lors de la Chaine d’Union à la fin des travaux aux Premier Degré, ils sont pour nous des lumières sur notre chemin.Ainsi s’achève ce parcours autour de quelques-uns des nombres et des lettres que nous propose les rituels du Deuxième Degré.
Il en est de ces éléments comme de tous les symboles de tous les rituels mis en œuvre par le Rite.
Rien n’est fortuit, rien n’est gratuit. Tout a un sens.
Il appartient à chacune et chacun d’entre nous d’aller à la rencontre de ces éléments symboliques et de leur signification, non pas dans l’absolu, ou pour tel auteur d’ouvrage ou de planche, mais pour soi personnellement.
Pour chaque symbole rencontré, demandons-nous quel enseignement il inspire. Demandons-nous quel progrès ce symbole nous aide à accomplir dans notre appréhension et notre compréhension de nous-même, du monde qui nous entoure, et des rapports que nous entretenons avec ce monde.
[1] En fait, le calcul exact est donné par la formule N= 1+√2 : 2, soit 1,618033988749895….
La Respectable Loge « Émancipation thouarsaise » nᵒ 4972 du Grand Orient de France, à l’Orient de Thouars (79100), organise une grande conférence publique consacrée à la fin de vie et aux valeurs humanistes qui la traversent.
Une soirée pour réfléchir ensemble à la fin de vie
Cette rencontre se tiendra le vendredi 17 avril 2026, de 18 h 30 à 23 h 00, au Fauteuil Rouge, Bocapôle, à Bressuire.
Placée sous le signe de la réflexion citoyenne et du dialogue, la soirée s’articulera en plusieurs temps : interventions d’experts, échanges avec la salle et débat collectif. Elle offrira à chacune et chacun l’occasion de mieux comprendre les enjeux éthiques, juridiques et humains liés à la fin de vie.
Des intervenants au cœur du sujet
Le Frère Olivier Fournet, Grand Officier délégué à la citoyenneté et à l’éducation, délégué régional Sud et Loges d’Espagne, introduira la rencontre en présentant l’approche maçonnique du débat sur la fin de vie, entre dignité, autonomie et solidarité.
Monsieur le Député Olivier Falorni exposera la genèse, la portée et les enjeux de la proposition de loi relative à la fin de vie, aujourd’hui au centre des réflexions législatives et sociétales.
Monsieur le Docteur Pierre Agius, médecin à l’hôpital de Saint‑Nazaire et co‑président du Conseil d’orientation de l’Espace de Réflexion Éthique Régional des Pays de la Loire, apportera un éclairage clinique et éthique nourri par son expérience professionnelle auprès des patients en situation de fin de vie.
Un espace de dialogue citoyen et humaniste
Les interventions seront suivies d’un temps d’échange avec le public, dans un esprit d’écoute, de respect et de partage.
Cette initiative s’inscrit pleinement dans la mission citoyenne du Grand Orient de France : nourrir le dialogue entre la société civile et la réflexion maçonnique, en proposant un espace de débat ouvert, apaisé et éclairé sur un sujet essentiel pour notre avenir collectif.
Informations pratiques et inscription
Date : vendredi 17 avril 2026, de 18 h 30 à 23 h 00. Lieu : Le Fauteuil Rouge, Bocapôle, à Bressuire. L’inscription est obligatoire à partir du lien indiqué sur l’affiche de l’événement. La conférence est ouverte à toutes et à tous, dans la limite des places disponibles.
En 1957, le psychologue Curt Richter plonge des rats dans des jarres d’eau aux parois lisses et infranchissables. Ils nagent en moyenne quinze minutes avant d’abandonner, de couler et de mourir. Mais lorsqu’on les sort juste avant la noyade, qu’on les sèche, puis qu’on les replonge dans l’eau, ces mêmes rats nagent alors pendant des dizaines d’heures, parfois jusqu’à soixante, voire quatre-vingt-une.
Rien n’a changé : ni leur force musculaire, ni l’eau, ni la jarre. La seule chose qui a changé, c’est une idée dans leur esprit : la certitude qu’ils peuvent être sauvés. Cette expérience n’est pas une simple anecdote de laboratoire. Elle constitue une métaphore brutale, presque prophétique, de ce qui se joue dans la franc-maçonnerie initiatique.
La Loge est une jarre.
Le profane qui frappe à la porte entre dans une eau symbolique, froide et profonde. Les rituels, les épreuves, les silences, les conflits, les déceptions, les figures indétrônables, les démissions… tout cela forme les parois lisses de la jarre. Beaucoup nagent quinze minutes : ils reçoivent les trois degrés, assistent à quelques tenues, puis abandonnent. Ils coulent sous le poids de l’ennui, du vide, d’un harcèlement larvé ou simplement du constat que « rien ne change ».
Mais d’autres nagent des décennies. Pourquoi ?
Parce qu’ils ont été, une fois, symboliquement « sortis de l’eau ». Parce que le rituel d’initiation a gravé en eux une certitude viscérale : il existe une main fraternelle, une lumière, une issue.
L’espoir maçonnique n’est pas une pensée positive. C’est une empreinte corporelle. C’est précisément la thèse du livreLes Clés d’une nouvelle franc-maçonnerie par le corps (Éditions LOL, Franck Fouqueray) : la véritable initiation n’est pas mentale, elle est incarnée.
Le « premier sauvetage » de Richter correspond à cet instant où l’épée flamboyante touche l’épaule, où le bandeau tombe, où le souffle collectif devient Chaîne d’Union. À cet instant précis, le candidat bascule de « je vais me noyer » à « je peux être sauvé ».
Et dès lors, il peut tenir infiniment plus longtemps.
Lorsque le rat, ou le maçon, commence à fatiguer, il n’a pas besoin de plus de force physique. Il a besoin d’effacer les mémoires qui lui murmurent : « c’est fini ». C’est ici que la pratique hawaïenne Ho’oponopono entre en scène comme un outil initiatique puissant.
Au cœur de la jarre, lorsque surgissent les pensées toxiques — « ce Vénérable est un tyran », « je n’ai rien appris », « les frères sont hypocrites », « je n’y arriverai jamais » — au lieu de lutter contre elles, le maçon les nettoie à l’aide de quatre phrases simples :
Je suis désolé.
Pardonne-moi.
Merci.
Je t’aime.
Ho’oponopono n’est pas une simple prière. C’est une responsabilité totale. Le maçon cesse de blâmer l’Obédience, le rite ou les frères. Il reconnaît qu’il participe à la création de sa propre jarre et entreprend de la nettoyer.
Chaque nettoyage devient un micro-sauvetage : on sort la tête de l’eau, on respire, puis on replonge avec une espérance renouvelée. Dans une approche corporelle de la pratique maçonnique, ce travail peut être associé à la respiration : on inspire le pardon, on expire la mémoire toxique. Le corps devient alors l’alchimiste.
La méthode « The Work » de Byron Katie pousse encore plus loin ce processus en interrogeant les croyances qui nous font sombrer. Face à une pensée limitante comme « ce frère m’a trahi », « la maçonnerie ne sert à rien » ou « je suis trop faible », quatre questions sont posées :
Est-ce vrai ?
Puis-je être absolument certain que c’est vrai ?
Comment réagis-je lorsque je crois cette pensée ?
Qui serais-je sans elle ?
Byron Katie
Puis vient le retournement : « ce frère m’a trahi » devient « je me suis trahi moi-même », « la maçonnerie ne sert à rien » devient « je ne l’ai pas encore rendue utile », « je suis trop faible » devient « je peux transformer cette faiblesse ».
Ce retournement n’est pas une astuce mentale. C’est une inversion initiatique. Le maçon cesse d’être victime de la jarre pour en devenir le créateur conscient. L’eau n’est plus seulement un piège, elle devient le lieu de sa transmutation.
La franc-maçonnerie traditionnelle offre le premier sauvetage. Ho’oponopono apprend à se sauver à chaque respiration. Le Travail de Byron Katie enseigne à transformer la noyade en illumination.
Ensemble, ces approches dessinent une maçonnerie vivante et incarnée. Le rituel imprime l’espoir dans le corps. Ho’oponopono nettoie ce qui détruit cet espoir. Le retournement transforme l’épreuve en lumière.
Celui qui pratique ainsi ne nage plus pour survivre. Il nage pour se révéler.
Il sait que, même dans la jarre la plus profonde, une main fraternelle, une respiration consciente ou un simple retournement de pensée peuvent surgir à tout moment.
Et c’est peut-être cela, la véritable Lumière maçonnique : non pas celle que l’on attend du Vénérable Maître ou du Grand Architecte, mais celle que l’on crée chaque fois que l’on refuse d’abandonner.
Car l’espoir, une fois inscrit dans le corps, ne s’éteint plus.
Il fait nager des heures. Il fait tenir des décennies. Il transforme la jarre en Temple.
Dans son deuxième numéro de l’année 2026, Alpina offre bien davantage qu’un panorama de la vie maçonnique suisse. La revue de la Grande Loge Suisse Alpina déploie une méditation vivante sur ce qui fonde encore l’initiation lorsque le monde disperse, lorsque les habitudes affadissent et lorsque le sacré menace de se dissoudre dans l’usage.
Porté par une pluralité de langues et de regards, ce numéro interroge avec vigueur la fidélité, l’assiduité, la citoyenneté, la transmission et la profondeur spirituelle d’une démarche maçonnique qui ne se contente pas d’exister, mais cherche à demeurer intérieurement juste.
Le n°2 d’Alpina de 2026 n’est pas seulement un numéro de revue maçonnique
C’est un miroir tendu à une obédience qui se regarde avec assez de franchise pour ne pas confondre l’entretien de la flamme avec le confort des habitudes.
Revue multilingue de la Grande Loge Suisse Alpina, publiée six fois l’an dans sa 152e année, elle porte moins une parole monolithique qu’une polyphonie fraternelle où les langues, les sensibilités et les registres convergent vers une même interrogation intérieure. Sous la responsabilité éditoriale de Jean-Daniel Sauterel, avec Didier Planche pour l’espace francophone, Gregor Lüthy pour la partie alémanique et Daniele Bui pour la partie italienne, cette publication collective a pour véritable bibliographie sa propre continuité, celle d’un travail patient où la revue devient mémoire vive d’une maçonnerie qui pense, doute, transmet et se réforme sans cesser d’être elle-même.
Le ton est donné d’emblée par Didier Planche, qui signe un éditorial d’une rare netteté
Didier Planche
Il y est question de cette « étincelle alchimique » sans laquelle l’initiation demeure lettre morte, puis de l’erreur moderne qui consiste à prendre la bienveillance pour une abdication de l’exigence. Ce propos, qui pourrait sembler sévère, nous paraît au contraire profondément charitable, au sens initiatique du terme, car il rappelle qu’ouvrir la porte du Temple ne consiste pas à abolir les seuils, mais à discerner si un être est prêt à consentir au travail intérieur, au sacré, à l’assiduité, à la taille de sa pierre. De cette première page naît l’axe secret de tout le numéro. La franc-maçonnerie n’y est jamais pensée comme un refuge social ou un folklore de distinction, mais comme une discipline de présence, une ascèse du sens, une fidélité à ce qui oblige l’âme à se redresser.
La beauté de ce numéro tient à ce qu’il ne s’enferme pas dans l’exhortation
Il éprouve cette exigence sur plusieurs terrains où la tradition rencontre l’histoire, le monde profane et les fractures du temps. L’article de Nadine Oberhauser sur la convention entre la Grande Loge Féminine de Suisse et la Grande Loge Suisse Alpina, prolongé par Carlo U. Nicola, donne à lire un moment institutionnel dont la portée dépasse l’anecdote administrative. Il y est question d’un équilibre à trouver entre fidélité rituelle et réflexion historique sur l’exclusion des femmes, autrement dit entre héritage et conscience critique.
Plus loin, Gregor Lüthy montre combien la citoyenneté reste une vertu maçonnique lorsque la liberté accepte de se lier à la responsabilité. Michel Jaccard, en revenant sur les remous de la loge Espérance et Cordialité, rappelle que les passions profanes ne cessent jamais tout à fait de hanter les colonnes. Kacem El Ghazzali ouvre, quant à lui, une perspective trop rarement fréquentée en retraçant la mémoire oubliée de la franc-maçonnerie dans le monde islamique, où la loge apparaît comme lieu de réforme, de rationalité et de médiation entre tradition et modernité. Nous sommes ici devant une revue qui ne rétrécit pas l’initiation à la seule intériorité, mais qui la laisse rayonner dans l’histoire réelle, sociale, religieuse et politique des hommes.
Drapeau de la Suisse
Le cœur spéculatif du volume bat cependant ailleurs, dans une sorte de triptyque discret où se répondent Remo Boggio, Carlo U. Nicola et Didier Planche. Avec Remo Boggio, le passage de la dualité à l’unité par le ternaire redonne au langage initiatique sa profondeur ontologique. Avec Carlo U. Nicola, le symbole du Grand Architecte de l’Univers est repris à frais nouveaux à travers Jacques Monod, comme si la pensée scientifique elle-même pouvait rouvrir la méditation sur le hasard, la nécessité et la liberté. Avec Didier Planche enfin, dans « Le Sacré ou la quête de sens », la question devient brûlure contemporaine. L’homme moderne, détaché de l’esprit, s’appauvrit jusqu’à l’inhumain. Cette page a une densité singulière, car elle n’oppose pas platement tradition et modernité. Elle montre que la perte du sacré est d’abord perte d’épaisseur intérieure. Jean-Konrad Mignon poursuit ce mouvement en rappelant que le numérique peut être un outil de clarté sans jamais remplacer l’épreuve initiatique elle-même. Ainsi, même lorsqu’il parle d’internet, ce numéro ne parle encore que de présence réelle.
C’est pourquoi le thème d’étude consacré à l’assiduité donne au numéro sa clef la plus profonde
Francis Thévoz le dit avec une verdeur presque provocatrice, mais juste. Il n’y a pas de franc-maçonnerie sans persévérance incarnée, sans retour régulier au lieu du travail, sans consentement durable à la lenteur qui transforme. Toute la revue converge vers cette vérité. L’assiduité n’y désigne pas seulement la présence physique en loge. Elle nomme une tenue de l’être, une manière de demeurer sous le regard de l’essentiel, une fidélité au chantier lorsque l’enthousiasme s’est retiré et que seul demeure le devoir joyeusement consenti. En cela, Alpina 2 de 2026 est un très beau numéro. Il ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il rappelle, avec une gravité lumineuse, que l’initiation n’est vivante qu’à la condition d’être habitée.
Ce numéro d’Alpina laisse ainsi une impression rare, celle d’une parole maçonnique qui ne cède ni au relâchement ni à la pose, mais qui travaille à maintenir vivant ce qui mérite encore d’être servi. Sous la diversité des contributions, une même leçon affleure. La franc-maçonnerie ne tient pas par l’apparat, ni par la seule mémoire, mais par la qualité de présence de celles et ceux qui consentent à l’habiter.
4e de couv.
C’est en cela que cette livraison touche juste. Elle rappelle que la lumière ne se reçoit jamais une fois pour toutes et qu’elle demande, pour ne pas s’éteindre, la constance humble des veilleurs.
Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina GLSA, n° 2, mars 2026, 52 pages Parution six fois par an Abonnement CHF 60, soit 64,18 € Pour acquérir un numéro ou s’abonner kanzlei@grossloge-alpina.ch Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina / Magazin der Schweizerischen Grossloge Alpina / Rivista della Gran Loggia Svizzera Alpina / Revista da la Granda Loscha Svizra Alpina / Magazine of the Grand Lodge Alpina of Switzerland
Les actes de vandalisme commis ce week-end au centre maçonnique Oleeta-West Dade de Miami Springs, en Floride, nous rappellent brutalement que les bâtiments maçonniques – et les Frères qui s’y réunissent – sont de plus en plus visés dans le climat instable d’aujourd’hui.
La semaine dernière (dans la nuit de vendredi à samedi), une vidéo de surveillance a filmé un jeune homme escaladant le rebord bas d’un toit pour atteindre et endommager gravement deux enseignes extérieures du centre maçonnique. Les images, diffusées par WSVN-TV7 , montrent le suspect se hisser pour atteindre l’une des enseignes et la détacher du mur. Les dégâts sont estimés à environ 3 000 $. Heureusement, la police de Miami Springs a réagi rapidement : Brian Guanche, âgé de 20 ans, a été inculpé de cambriolage dans une habitation inoccupée et de dégradation de biens. Il a depuis été libéré sous caution, mais l’enquête se poursuit.
Il ne s’agissait pas d’un acte de vandalisme isolé, mais d’un phénomène inquiétant. Ces dernières années , on a constaté une nette recrudescence des attaques violentes, des incendies criminels et des actes de vandalisme visant les bâtiments maçonniques à travers le monde, dont plusieurs sont directement liés à des motivations antisémites. Des loges ont été prises pour cible dans des États comme la Floride, la Pennsylvanie, l’Illinois, l’État de New York, le Connecticut, l’Oklahoma, le Tennessee et même Vancouver (où un incendiaire a ravagé trois bâtiments en une seule matinée, causant des millions de dollars de dégâts). À l’étranger, des loges en Irlande et en Grèce ont subi des attaques similaires et il y en a sans doute eu beaucoup d’autres qui n’ont tout simplement pas été relayées par les médias. Certains auteurs de ces actes ont agi sous l’emprise de délires étranges – comme la conviction que les francs-maçons leur avaient jeté des sorts ou contrôlaient leurs esprits – tandis que d’autres étaient animés par une haine viscérale.
Cette haine découle souvent de la montée dramatique et alarmante de l’antisémitisme aux États-Unis (et ailleurs), ces derniers mois, en particulier depuis le début de la guerre impliquant l’Iran. Malheureusement, la franc-maçonnerie se retrouve prise entre deux feux. Notre symbolisme, puisant dans la Jérusalem antique, le Temple du roi Salomon et l’imagerie de l’Ancien Testament, a été instrumentalisé dans des théories du complot antisémites depuis le XIXe siècle et cela n’arrange rien que des figures historiques comme le pape Léon XIII, influencées par les impostures notoires et par la suite reconnues de l’agitateur anticlérical Léo Taxil dans les années 1880-1890, aient assimilé les francs-maçons à des groupes tels que la « Synagogue de Satan » (expression tirée des épîtres du Nouveau Testament, désignant les persécuteurs des premiers chrétiens qui se réclamaient faussement du judaïsme). Léon XIII a manifestement cru à cette absurdité selon laquelle menaçait l’Église, lors de rituels, une bande de protestants d’âge mûr, se déguisant en personnages de l’Ancien Testament. Cette vieille rengaine calamiteuse, ce ramassis de racontars calomnieux, continue de faire florès aujourd’hui.
Et actuellement, ce phénomène est amplifié par des personnalités influentes disposant d’une large audience. Candace Owens, cette militante des réseaux trumpistes qui a réussi à rassembler près de trois millions d’abonnés sur YouTube en propageant ses idées antisémites, transphobes et conspirationnistes toutes plus extravagantes les unes que les autres, a intensifié ses attaques contre la franc-maçonnerie. Owens (fraîchement convertie au catholicisme) fait feu de tout bois pour accrocher l’attention, s’emparant de toutes les théories marginales susceptibles de générer des clics et de l’intérêt – qu’il s’agisse d’alunissages, de décès de célébrités liés à des « sacrifices » ou de complots maçonniques farfelus.
De même, Shawn Ryan a relayé dans son émission des théories du complot antimaçonniques insensées, invitant des personnes à s’emparer à leur tour d’immondes bobards maintes fois démasqués concernant des « Bibles maçonniques » et des influences secrètes. D’innombrables épigones de moindre envergure lui ont emboîté le pas.
Peu importe votre positionnement politique – gauche, droite, centre… –, diffuser de telles idées est dangereux. Owens est un exemple parfait de la folie amplifiée et débridée qui se déploie sur Internet. Il n’y a plus de filtre de responsabilité : n’importe qui peut lancer un podcast, se créer un personnage et attirer un public crédule ou enragé. Ceux qui gobent ses prétendues « recherches » ne se contentent pas d’acquiescer ; ils passent à l’acte. Nous en avons déjà constaté les conséquences concrètes : menaces, violences et, oui, attaques contre nos bâtiments.
Face à l’exacerbation des tensions géopolitiques et à la montée de l’antisémitisme, la vigilance est de mise. Les temples maçonniques ne sont pas des forteresses, mais les Frères et les officiers de loge doivent prendre des mesures concrètes : vérifier les caméras de sécurité, l’éclairage et les alarmes ; collaborer avec les forces de l’ordre locales ; éviter de laisser des objets de valeur ou des insignes visibles ; et signaler immédiatement toute activité suspecte. La plupart de ces incidents se produisent de nuit, lorsque les bâtiments sont vides ; des mesures proactives peuvent donc faire toute la différence.
La franc-maçonnerie a traversé des épreuves bien plus difficiles pendant des siècles et nous continuerons à œuvrer pour le bien commun : nous réunir en paix, pratiquer la fraternité et l’entraide et former des hommes meilleurs. En toute hypothèse, ignorer les menaces ne les fera pas disparaître. Restons vigilants, restons prudents et prenons soin les uns des autres.
Si vous êtes franc-maçon et que vous lisez ceci, parlez-en en loge. Si vous ne l’êtes pas, mais que vous appréciez les institutions justes qui promeuvent la charité et le progrès moral, sachez que les mêmes fanatiques qui ciblent les synagogues et les communautés juives s’en prennent de plus en plus aux loges maçonniques.
La pensée critique, c’est probablement le vrai secret de la franc-maçonnerie.
Dans ce nouvel épisode, on explore comment la loge devient un véritable laboratoire de réflexion. À une époque où la désinformation est partout, la méthode maçonnique offre des outils concrets pour développer son discernement : la planche, le débat contradictoire, le silence, le symbolisme.
On parle aussi de comment appliquer ces enseignements au quotidien, bien au-delà du temple.
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L’ouvrage Distances se présente comme une série de billets illustrés mêlant texte bref et dessins humoristiques, qui observent la société contemporaine avec ironie et recul critique. L’auteur utilise la forme courte – proche de la chronique ou du billet journalistique – pour commenter les comportements humains, les contradictions sociales et les paradoxes de notre époque. Chaque texte est accompagné d’un dessin qui prolonge ou détourne le propos, créant un dialogue entre raison, suggestion et humour visuel.
L’objectif déclaré de cette forme originale est triple : énoncer, dénoncer et surprendre. Autrement dit, l’ouvrage cherche à mettre en lumière certaines réalités sociales, à pointer leurs dérives ou leurs incohérences, et à provoquer chez le lecteur un effet de décalage qui l’incite à réfléchir.
Une réflexion sur la distance dans les relations humaines
Le titre Distances renvoie d’abord à la distance entre les individus, mais aussi à la distance critique nécessaire pour comprendre la société. L’auteur suggère que l’homme contemporain est pris dans une tension permanente : il vit dans un monde hyperconnecté, mais éprouve souvent une distance intérieure et sociale croissante. Cette distance peut être : sociale, entre groupes, classes ou communautés ; culturelle, entre les valeurs proclamées et les comportements réels, psychologique, entre l’image que l’on donne et ce que l’on est. On peut observer que les sociétés modernes multiplient les moyens de communication, mais paradoxalement les individus peinent à se comprendre réellement. Les dialogues deviennent superficiels, et les échanges se réduisent souvent à des positions idéologiques ou à des réflexes d’appartenance. Ainsi, Le regard humoristique permet de montrer ces contradictions sans moralisme. Par le rire, il révèle que la distance n’est pas seulement un problème : elle peut aussi être un outil de lucidité, permettant de voir le monde avec plus de clarté.
L’humour comme instrument critique
L’originalité du livre tient beaucoup à l’utilisation de l’humour graphique et textuel. Les dessins accompagnant les billets fonctionnent comme des miroirs déformants : ils amplifient les travers humains, soulignent les absurdités sociales et révèlent ce que le discours rationnel ne perçoit pas toujours. Cette approche rappelle la tradition de la satire philosophique, où le rire devient une manière de dire des vérités parfois difficiles à accepter. En faisant sourire, l’auteur désarme la résistance du lecteur et ouvre un espace de réflexion. Les thèmes abordés sont variés :les normes sociales et religieuses, les contradictions morales, les rigidités idéologiques, les comportements collectifs. L’auteur ne s’attaque pas à un groupe particulier ; il met plutôt en scène les incohérences universelles de l’être humain.
Une critique des certitudes contemporaines
Un fil conducteur du livre est la critique des certitudes. L’auteur montre que les sociétés modernes se divisent souvent autour de convictions absolues : idéologiques, morales ou identitaires. Ces certitudes créent des frontières invisibles qui accentuent les distances entre les individus. Alors, les billets suggèrent que ces oppositions sont souvent simplificatrices. Les individus se définissent par des catégories – politiques, culturelles ou religieuses – qui réduisent la complexité humaine. L’humour agit ainsi comme un dissolvant : il met en évidence le caractère parfois arbitraire ou excessif de ces positions. Finalement l’ouvrage invite le lecteur à pratiquer une distance critique face aux discours dominants. Cette distance ne consiste pas à se retirer du monde, mais à garder une capacité d’observation et de questionnement.
La distance comme chemin de lucidité
Au-delà de la satire sociale, Distances propose implicitement une philosophie du recul. Jacques Carletto suggère que la sagesse consiste peut-être à accepter une certaine distance vis-à-vis des passions collectives et des jugements rapides. Cette attitude permet :d’éviter les réactions impulsives, de comprendre la complexité des situations, de reconnaître les contradictions humaines. Dans cette perspective, la distance devient une forme d’intelligence du monde. Elle permet de ne pas se laisser enfermer dans des visions simplistes et d’aborder la réalité avec plus de nuance. Le livre ne donne pas de solutions politiques ou sociales ; il propose plutôt un exercice de regard : apprendre à observer les comportements humains avec ironie, humilité et curiosité.
Une œuvre brève mais réflexive
Par sa structure fragmentée – billets courts et dessins – l’ouvrage se lit rapidement, mais il invite à une lecture lente et méditative. Chaque page fonctionne comme un petit miroir de la société, où le lecteur peut reconnaître ses propres contradictions. Ce format rend l’ouvrage accessible tout en conservant une dimension philosophique. L’humour devient une manière d’aborder des questions profondes sans lourdeur théorique.
AUTEUR
Jacques Carletto est journaliste. Il interviewe chaque semaine un auteur dans le domaine de la spiritualité ou du développement personnel sur son site YouTube et sur 450 FM. Il est également directeur de collection chez DERVY. Il est enfin auteur (J&c) et dessinateur (Jissey)
Dans son numéro 35, Matières à penser explore le vide non comme un manque à fuir mais comme une nécessité à comprendre. Entre réflexion symbolique, expérience intime et vigilance face à la saturation contemporaine, cette livraison des Éditions du Cosmogone propose une méditation dense, habitée, profondément actuelle.
Il est des revues qui ne se contentent pas de réunir des textes
Elles installent un climat. Elles ouvrent un espace de pensée. Elles nous obligent à ralentir. C’est exactement ce que réussit la revue consacrée à une question qui semble abstraite tant qu’elle ne nous a pas traversés de part en part. Le vide.
Dès l’éditorial, la rédaction donne à l’ensemble sa ligne de force
Le vide n’y apparaît ni comme une posture intellectuelle ni comme un vertige romantique. Il est abordé dans sa réalité la plus concrète, celle du silence, de la suspension, de la perte de repères, de la place laissée libre, parfois subie, parfois consentie. Le texte d’ouverture a le grand mérite de ne céder ni à la peur du manque ni à la fascination du néant. Il invite à une conversion du regard. Ce que nous appelons vide n’est pas toujours destruction. Il peut devenir disponibilité. Il peut être l’intervalle nécessaire entre deux formes, la respiration entre deux certitudes, l’espace où quelque chose de plus juste commence à se former.Dans cette riche livraison, nous avons choisi de porter plus particulièrement notre attention sur trois articles.
Le premier article du dossier, « Divin vide ! » de Nadine Auzas-Mille, constitue sans doute le cœur rayonnant de cette livraison
Auteure engagée de longue date dans le travail de l’écriture et du symbole, connue notamment pour Les 22 Portes – Essai pour une approche spirituelle au seuil du 3ème millénaire, à partir de la symbolique des arcanes du Tarotn coécrit avec Michel Auzas-Mille et Envol de Plumes, Nadine Auzas-Mille ne traite pas le vide de l’extérieur. Elle l’écoute dans les mots, dans les lettres, dans leurs résonances, dans leurs glissements secrets. Son texte n’explique pas, il dévoile.
C’est là sa grande force. À travers le jeu du langage, elle montre que le vide n’est pas l’inverse du plein mais sa condition profonde. Rien ne reçoit sans creux. Rien ne naît sans espace. Rien ne se transforme sans une réserve intérieure. Cette méditation, d’une grande finesse, rejoint naturellement les grandes traditions symboliques. Elle parle à quiconque sait que le silence peut être plus fécond que le bruit, que l’attente peut préparer une forme, que le retrait peut être une matrice. Dans une lecture initiatique, cette intuition résonne avec une évidence particulière. Le vide y devient non pas absence morte, mais chambre de résonance.
Au fil des pages, la revue déploie d’autres approches qui élargissent encore le dossier
Jean-Claude-Mondet
La présence de Jean-Claude Mondet, ingénieur chimiste attentif aux métamorphoses de la matière et de l’être, rappelle avec sobriété qu’en transformant le monde, nous nous transformons aussi nous-mêmes. Cette idée traverse en profondeur l’ensemble du numéro. Le vide n’est pas seulement devant nous comme une énigme philosophique. Il agit en nous comme une épreuve, parfois comme une invitation.
Parmi les derniers textes de la livraison, « Le féminin et le vide » d’Emmanuelle Auger s’impose par sa justesse incarnée
Essayiste, Emmanuelle Auger est notamment l’auteure de Les devises latines du Rite Écossais Rectifié, ainsi que de RER – 1er grade – Mémento Apprenti et de RER – 2e grade – Mémento Compagnon – Dirigit Obliqua. Son article aborde le vide à partir du corps, du désir, de l’attente, de la fécondité, du manque, du temps.
Ce qui rend sa contribution précieuse, c’est qu’elle refuse toute abstraction froide. Le vide y est éprouvé, traversé, pensé depuis l’intérieur de l’expérience. Mais cette vérité sensible s’élargit bientôt en vérité spirituelle. Le manque ne se réduit plus à une blessure. Il devient un lieu de dévoilement. Ce qui semblait absence peut aussi devenir espace de gestation. Ce qui paraissait désert peut se révéler présence encore invisible. Cette lecture rejoint avec force une symbolique initiatique du retrait, de l’accueil et de la maturation secrète.
La dernière méditation du numéro, « Réfléchir ! » de Philippe Heckmann, déplace la réflexion vers une question d’une rare actualité. Celle de l’intelligence artificielle et, plus largement, de notre rapport aux outils. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’alchimie mentale, à l’hermétisme et à la substance, Philippe Heckmann ne cède ni à l’enthousiasme naïf ni au rejet convenu. Il reconnaît les puissances de la technique. Mais il rappelle avec fermeté qu’aucun dispositif ne remplacera jamais le discernement, l’intuition, la lente formation du jugement, ni le travail intérieur sans lequel il n’existe pas de véritable sagesse.
Son texte touche juste parce qu’il recentre le débat. Le danger n’est pas seulement dans la machine. Il est dans notre tentation de lui abandonner le cœur même de l’expérience humaine. À force de tout remplir, de tout accélérer, de tout traiter sans le mûrir, nous risquons de perdre la part la plus essentielle de nous-mêmes. Ici encore, le vide redevient nécessaire. Non comme privation, mais comme condition de la décantation. Non comme recul stérile, mais comme espace de présence.
C’est sans doute ce qui fait la réussite de cette livraison
Le vide n’y est jamais un thème décoratif. Il devient une discipline du regard, une école de l’intériorité, une manière de résister à la saturation générale. À l’heure où tout pousse à l’occupation immédiate, à la réaction continue et au commentaire permanent, Matières à penser rappelle qu’il existe des richesses qui ne naissent qu’à la faveur d’une place laissée libre.
Dans cette perspective, le titre même du dossier ne laisse bientôt plus de doute. Le vide n’est pas un prétexte. Il est, profondément, une nécessité intérieure.
Dans un monde qui remplit tout jusqu’à l’épuisement, cette revue rappelle une vérité simple et presque oubliée. Il faut du vide pour qu’une parole juste advienne, pour qu’un symbole travaille, pour qu’une conscience s’éclaire.
MATIÈRES à penser Le vide, prétexte ou nécessité ? Collectif – Éditions du Cosmogone, n° 35, février 2026, 108 pages, 20 €
Le voyageur a marché pendant des jours et des jours, à la recherche des meurtriers d’Hiram. Il sait que les crânes qui ont été brûlés ne sont pas humains. Donc les trois assassins n’ont jamais été capturés, ils sont encore en liberté. Il arrive devant une maison modeste, mais bien construite, en pierre de taille. La plupart des maisons du village sont en terre cuite. Sauf le temple bien sûr, le petit temple qui trône au sommet de la colline, à l’orient du village. Une maison de maître, lui a-t-on dit, d’ailleurs c’est comme cela qu’on appelle son propriétaire : le maître bâtisseur qui s’est installé dans le village il y a sept semaines d’années.
Le voyageur frappe à la porte.
Un œilleton grillagé s’ouvre dans le vantail et on entend une voix qui tonne :
« – Qu’est-ce que tu veux ?
Je cherche Abibalc
Tais-toi, misérable ! Entre.”
La porte s’ouvre.L’homme est âgé. Il porte une simple tunique d’intérieur. Les cheveux blanchis, la barbe courte bien soignée, le regard dûr et pénétrant, une allure aristocratique. Mais la silhouette est courbée, ses épaules fatiguées, comme ces hommes qui ont trop longtemps porté le poids d’une trop longue histoire. Il guide le voyageur à l’intérieur. La maison est simple mais confortable. Il y a des bancs de bois autour d’une table. Par la porte du fond on voit une cour carrelée et une fontaine au centre.
«Il n’y a pas d’Abibalc ici, on t’aura mal renseigné, ne prononce plus jamais ce nom. Que veux-tu ? “
Le voyageur veut d’abord se reposer un peu, il a marché sept jours depuis Jérusalem. On lui apporte de l’eau pour se rafraîchir les pieds, une coupe de vin, du pain et des olives.
« -J’étais de ceux qui ont fouillé le tertre où étaient enfouies les têtes il y a bien longtemps déjà, celles des prétendus assassins d’HIram.
Alors tu as compris.
Oui. Ce ne sont pas des crânes humains, ils sont trop petits, même le feu ne peut pas faire ça.
Et alors ?
Je sais tout
Tu ne sais rien, et quand tu sauras tout, tu ne pourras rien dire. Personne ne voudra que tu parles.
Je sais que les assassins d’Hiram sont toujours vivants
Tu ne sais rien. Hiram n’a jamais été assassiné
Il est toujours vivant ?
Non il n’est pas vivant non plus.
Enfin, il faut bien qu’il soit vivant ou qu’il soit mort, il n’y a pas d’autre voie !
Si, il y en a une : Hiram n’a jamais existé. C’est pour cela que nous nous sommes enfuis, ce secret ne nous laissera jamais en paix
Hiram, le maître Hiram ? Mais enfin, tu racontes n’importe quoi ! Qui aurait construit le temple de Salomon?
Moi, toi, les maîtres. C’est nous tous qui avons construit ce temple, personne d’autre.
Raconte
Il était une fois trois mauvais compagnons…c’est comme cela qu’on t’a raconté l’histoire, n’est-ce pas ? Mais rien n’est vrai. Nous n’étions pas de mauvais compagnons. Nous avions suivi tous les chemins d’apprentissage, comme toi, nous étions des ouvriers assidus, habiles, persévérants, nous ne cherchions pas à nous approprier un titre auquel nous n’aurions pas eu droit. Nous savions que notre tour allait venir, à notre heure, un peu plus tôt, un peu plus tard, peu importait. Nous avions affaire à des maîtres qui nous tenaient en grande estime et nous les tenions en grande estime aussi. Mais nous sentions qu’ils nous cachaient quelque chose. Nous étions des fouineurs, des curieux. Hiram, on ne le voyait jamais. Il restait enfermé dans une loge quelque part au creux du Saint des Saints, peut-être dans une crypte ou un caveau. Quand on voulait lui parler, les maîtres nous disaient : “donne-moi ton message, je lui ferai passer”. Et puis il nous rapportaient une réponse, mais on ne savait pas qui nous l’avait donnée. On ne pouvait jamais lui parler en tête-à-tête.
C’est normal, vous n’étiez que des compagnons, c’était à vos surveillants de vous instruire, de vous donner des ordres, ou d’écouter vos doléances. Le Maître ne peut pas être partout
Il ne peut pas être nulle part non plus. Puisque tout semblait procéder de lui, nous avions besoin de l’entendre nous expliquer ce qu’il attendait de nous, nous raconter sa vision du temple, nous permettre de l’imaginer un peu. Toute la journée nous étions là, à tailler des pierres, selon des cotes précises, en pouces, en palmes et en coudées, sans jamais comprendre à quoi devait ressembler l’édifice une fois terminé. La vision du maître, c’était quoi au juste? Bien sûr, nous avions vu d’autres temples lors de nos voyages de compagnon, mais celui-ci devait être complètement différent, exceptionnel, il devait porter toutes les connaissances du monde, il devait être la maison que les hommes construiraient pour Dieu, l’Unique, le Grand Architecte de l’Univers.
Le temple est aujourd’hui terminé. Les maîtres ont fini le travail comme ils sont pu après la mort de l’architecte. Ils ont rassemblé tout ce qu’ils savaient de lui, essayé de comprendre les dessins qu’il avait laissés.
Mais vous avez bien fini par le voir, ce temple. Après toutes ces années, il était presque terminé.
Et nous n’en savions pas plus. Hiram gardait ses plans pour lui, avec toute sa science d’architecte. Nous rêvions d’aller fureter le soir, une fois que tous les ouvriers auraient quitté le chantier, de retrouver la trace du maître Hiram. S’il habitait quelque part dans le chantier du temple, nous allions le trouver.
Comment l’auriez vous reconnu ? Tu m’as dit que vous ne l’aviez jamais vu.
On le voyait de temps en temps, mais de loin. Il venait visiter nos chantiers, toujours entouré de courtisans. Mais on le distinguait à peine, il disparaissait derrière les hautes statures de sa garde rapprochée et derrière l’aréopage des maîtres qui l’entourait. On apercevait son bonnet brodé d’or qui le faisait ressembler à un empereur, sa toge de lin blanc, son manteau de pourpre et son fameux bijou gravé qu’il portrait autour du cou, son triangle d’or. Furtivement. Presque à la dérobée. De temps en temps il s’adressait à nous. Il montait les marches qui conduisaient au Saint des Saints, nous saluait de la main et prononçait une allocution
Donc vous avez entendu le son de sa voix
Non, on était bien trop loin, ses paroles étaient reprises par vagues, les surveillants les répétaient derrière eux, pour que tout le monde entende, comme le font les généraux quand ils haranguent leurs troupes. Ça ne durait jamais longtemps. Très vite, il tournait les talons et disparaissait dans le fond du temple en construction. Peut-être qu’il habitait là, ou peut-être que c’était l’entrée d’un passage secret qui menait jusqu’à sa demeure. Et tous cas, c’est là qu’il fallait chercher. Une nuit, quand la ville était endormie, nous sommes entrés clandestinement, nous avons fouillé, chaque coin et chaque recoin des travaux. Il faisait nuit noire. Nous sommes passés derrière le rideau qui dissimulait le chantier du Saint des Saints. Nous étions équipés de torches, nous étouffions chaque geste pour ne faire de bruit. Nous dissimulons nos visages sous un voile au cas où nous serions découverts. Il y avait là tout un fatras d’outils, des objets de culte qui attendaient d’être installés. Mais pas de lit, pas d’entrée secrète. Seulement un coffre dissimulé sous une toile…
Et pas d’Hiram ?
Non, je te répète qu’il n’existe pas, mais nous ne le savions pas encore. C’est dans ce coffre que nous avons découvert son bonnet, son manteau, une écharpe marquée des signes de sa dignité, et surtout son bijou en or.
Donc au contraire, il existait vraiment
Tu ne comprends pas. Ses vêtements étaient vides.
Peut-être était-il simplement sorti, habillé en simple maître pour ne pas qu’on le reconnaisse. Peut-être même avait-il disparu sans laissé d’adresse, pour ne pas qu’on le retrouve, peut-être que le rôle d’Hiram lui pesait et qu’il voulait s’en débarrasser ?
Il n’y a pas d’Hiram, je te dis. C’était un simple décor. J’avais été étonné de constater que, même de loin, Hiram paraissait tantôt plus grand tantôt plus petit, tantôt plus gros, tantôt plus mince, tantôt plus jeune, tantôt plus vieux. Comment était-ce possible ? J’avais l’application maintenant. Tout à tour, les maîtres endossaient le costume d’Hiram et ses signes de distinction, il jouaient le rôle du Maître Suprême pour quelques instants et retournaient à l’anonymat.
Le voyageur regarde le vieux maître fatigué. Pourquoi lui dit-il ça ? Sait-il à qui il s’adresse ? Peut-être qu’il divague. Le temps qui a passé lui a brouillé l’esprit.
Qu’est-ce que ça change au fond, qu’Hiram soit un ou plusieurs
Ça change tout. Personne ne détient le savoir ultime, il n’y a pas de bijou sacré où toutes les connaissances seraient inscrites, pas de pierre de la science, de mots sacré, de nombres magiques ou je ne sais quoi. Il n’y a pas de parole perdue. Nous passons notre temps à courir après des secrets que nous ne trouverons jamais parce qu’ils n’existent pas. Toutes les connaissances que nous rêvons d’avoir, nous les avons déjà. A nous de ne pas les perdre.
Alors, tout cela, c’est du vent ?
Pas du tout. Mais il n’y a jamais eu de maître parfait, ni vénérable, ni très sage, ni très illustre, il n’y a jamais eu d’être supérieur qui aurait accumulé toutes les connaissances du monde et les aurait gardées pour lui, sans jamais accepter de les partager avec d’autres. D’ailleurs, si un tel maître avait existé, un monstre d’égoïsme et d’arrogance, il n’aurait certainement pas mérité qu’on le suive. Nous ne l’avons pas tué. Il n’a jamais existé, c’est tout. Hiram,c’est un costume vide. Rien, ce n’est rien.
Pourquoi les maîtres feraient-ils croire à son existence?
Pour se donner de l’autorité. Nous avons découvert au fond du coffre, un parchemin où était inscrites toutes les règles qui devait diriger la vie des maçons et…devine quoi ? Sais-tu ce qui était mentionné en en guise de signature ? Le document était paraphé de l’acronyme H.I.R.A.M., avec, juste en dessous, un sous-titre qui le décomposait : Haute Instance de Régulation des Artisans Maçons. De la mâle manière que le Sénat romain signe ses documents SPQR.
Mais alors, l’assassinat, la suite de l’histoire ?
On ne peut pas assassiner quelqu’un qui n’existe pas. Mais nous avions trop tardé. Dans le Saint des Saints, il n’y a pas de fenêtre, nous n’avions pas vu le jour se lever. Quand nous avons voulu sortir, trois maîtres nous attendaient au tournant, furieux de notre découverte. L’un portait une règle, l’autre une équerre et le dernier un maillet. Ils voulaient s’en servir comme des armes. Mais nous avons réussi à nous enfuir.
Ils ne vous ont pas pourchassé ?
Un peu, au début. Mais sans conviction. Ils savaient que nous ne reviendrons jamais et ça leur allait très bien. Et puis ils étaient bien trop occupés à mettre en scène cette histoire d’assassinat. Après tout, si nous avions trouvé le secret d’Hiram, d’autres pouvaient en faire autant, il était temps de le faire disparaître pour de bon.
Ils sont assis face à face, maintenant, le voyageur et son hôte. L’homme a rempli à nouveau les coupes de vin. Il fait apporter encore un peu de pain et des olives. Et puis des dattes. Ils vont passer la soirée à évoquer des souvenirs, à essayer de comprendre. Le jour commence à baisser. Le voyageur a été invité à rester dormir sur place. On ne laisser pas un pélerin repartir seul dans la nuit.
Près de cinquante ans ont passé, Abibalc, pourquoi n’as-tu jamais cherché à revenir?
Ne m’appelle pas Abibalc, ce sont eux qui m’ont donné ce nom ! Je suis Gabar le bâtisseur. Je suis un maçon moi aussi, ni plus ni moins que les autres, ni plus ni moins que toi et je n’ai jamais tué personne. Et je n’ai jamais été tué, contrairement à ce qu’ils racontent.
Mais alors, les trois crânes ?
Que veux-tu savoir, mon ami le fouineur ? Ils ont fait semblant de lancer des recherches, il fallait bien qu’ils rapportent quelque chose. Des têtes d’hommes ? Tout le monde aurait vu que ce n’était pas nous. Ils ont trouvé ces squelettes de singe. Ils ont rapporté leurs crânes et personne ne leur a posé de questions. Tout le monde a fait semblant de croire que c’était nous. Et finalement, c’était un peu nous quand même.
Mais pourquoi dis-tu que c’était vous ?
Ils les ont exposés aux yeux du peuple pour qu’on nous fasse passer un message. Ces trois singes tu les connais. Il y a celui qui n’a rien vu, celui qui n’a rien entendu et celui qui ne doit pas parler”
Et si Gadar avait raison ? Si Hiram n’avait jamais existé? Alors la mission du voyageur n’aurait aucun sens. Il vient de reprendre sa route. Il s’est arrêté un instant au bord du lac de Tibériade et regarde le jour se lever. Il s’amuse à jeter des cailloux dans l’eau comme autant de questions restées sans réponse. Voici la dernière étape de son voyage, la dernière épreuve avant d’accéder enfin au grade de maître. Ceux qui l’ont envoyé savent-ils ? Alors c’est qu’ils ont voulu partager avec lui ce lourd secret. Mais peut-être au contraire que Gabar a menti et qu’il est bien Abibalc. Mais il y a une troisième hypothèse, celle qu’Abibalc-Gadar ne soit pas du tout ce qu’on croit. En tous cas, il est trop tard maintenant. Le voyageur serre sans son poinng un bijou en forme de triangle d’or qu’il a volé en partant. Que va-il raconter en rentrant à Jérusalem? Laquelle de ces histoires ? Une seule est vraie. Il regarde son couteau qu’il a nettoyé dans l’eau de la fontaine avant de partir. Plus aucune trace de sang. Il enveloppe la lame dans un linge et le glisse dans son sac. Puis Joaben reprend sa route vers Jérusalem.