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Nuit de la Saint Barthélémy à Florence

Du site officiel du Grand Orient d’Italie

Hommage à Becciolini au cimetière monumental de Trespiano et visite commémorative des lieux du massacre fasciste où Pilati et Consul ont également trouvé la mort.

Il y a cent ans, dans la nuit du 3 au 4 octobre 1925, Florence vivait sa « Nuit de la Saint-Barthélemy ». La violence fasciste s’abattit sur la ville avec une fureur aveugle et calculée : des escadrons armés s’abattirent brutalement sur les opposants politiques et la franc-maçonnerie, alors considérée comme l’un des plus tenaces bastions de la liberté.

Cette nuit-là, trois hommes incarnant le courage civique tombèrent : Giovanni Becciolini, un franc-maçon doux et généreux, tué pour avoir défendu un frère ; Gaetano Pilati, ancien député socialiste ; et l’avocat Gustavo Console, également franc-maçon, dont les restes reposent au cimetière de la Porte Sante, situé dans le bastion fortifié de la basilique San Miniato al Monte.

À l’occasion du centenaire de leur mort, Florence a rendu hommage à Becciolini, dont les restes reposent au cimetière monumental de Trespiano. La cérémonie s’est déroulée en présence du président du conseil municipal, Cosimo Guccione, de Valdo Spini, président de la Fondation Fratelli Rosselli, et de Stefano Bisi, Grand Maître du Grand Orient d’Italie, qui a consacré un livre à cette nuit sanglante, Le dittature serrano i cuori (Les dictatures qui fermaient les cœurs). La nouvelle édition, récemment rééditée par Betti Editore et enrichie de documents inédits, a été au cœur des réflexions sur cet anniversaire. L’ouvrage redonne voix et dignité à Becciolini, Consul et Pilati, rappelant également comment la franc-maçonnerie italienne, déjà à cette époque, avait fermement défendu la liberté et les institutions démocratiques.

Le même jour, le 3 octobre, le journal Nove da Firenze, premier journal en ligne de la capitale toscane, organise une visite des lieux du massacre : à 20 h, un hommage sera rendu devant la plaque commémorative de Becciolini, via dell’Ariento, lieu de son assassinat ; suivi d’une visite via Dandolo, devant la maison de Pilati, et enfin via Timoteo Bertelli, où Consul est tombé. Il ne s’agit pas d’un simple rituel, mais d’une invitation à revivre la tragédie de ceux qui se sont opposés au fascisme naissant et ont payé de leur vie leur courage.

Pour bien comprendre ces événements tragiques, il faut revenir au climat de ces années-là. Dès 1923, le Grand Orient d’Italie avait clairement pris position contre le régime, dénonçant ses tendances autoritaires. Après l’assassinat de Giacomo Matteotti à l’été 1924, la violence fasciste devint de plus en plus féroce : les loges furent dévastées, les frères menacés, les sièges attaqués.

Le 26 septembre 1925, la direction du Parti fasciste à Florence publia dans le journal Battaglie fasciste une proclamation qui ne laissait planer aucun doute : « Les francs-maçons doivent être frappés dans leur personne, dans leurs biens, dans leurs intérêts […]. Tous les moyens sont bons : de la matraque au revolver, du bris de vitres au feu purificateur. »

Quelques jours plus tard, le 3 octobre, un groupe de Chemises noires fit irruption au domicile du franc-maçon Napoleone Bandinelli, dans le but de s’emparer des listes de membres de la loge. Giovanni Becciolini, son frère d’atelier, tenta de le défendre. Au cours de l’échauffourée, un membre de l’escouade fut touché par balle et la responsabilité lui fut imputée : kidnappé, emmené au quartier général fasciste, puis assassiné en pleine rue avec une cruauté impitoyable.

Sa mort marqua le début d’une semaine sanglante. Pilati et Consul tombèrent avec lui, tandis que les hommes de Non Mollare – le journal clandestin fondé par les frères Rosselli, Ernesto Rossi et d’autres jeunes antifascistes – furent contraints de fuir. Cette brève période de presse libre, qui avait osé défier le régime par la seule force des mots, se termina dans le sang.

Quelques semaines plus tard, le 26 novembre, un décret interdisait la franc-maçonnerie en Italie.

L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers

Ce livre fait paraître un visage que la rumeur brouille depuis trop longtemps, et nous suivons Laura Laloux dans une traversée du regard médiatique où la Franc-Maçonnerie se fige en motif répété par l’habitude alors que l’autrice, patiente et précise, défait les réflexes et rend aux signes leur respiration, donnant à lire une enquête qui ne cherche pas l’effet mais la tenue intérieure d’une parole.

Peu à peu se dessine une archéologie du visible où le compas et l’équerre quittent l’icône pour rejoindre l’énigme, où les images trop vite péremptoires perdent de leur tapage, où s’élève une méthode discrète attentive aux formes, aux couleurs, aux cadrages, à cette petite musique verbale qui s’installe dans la mémoire collective et transforme la presse en atelier de signes façonnant des habitudes de lecture, de sorte que le marronnier n’apparaît plus comme une anecdote de saison mais comme une liane qui enserre l’imaginaire et marque la durée.

Nous avançons alors à travers les hebdomadaires qui règlent le tempo d’une opinion pressée, et nous voyons L’Express cultiver la promesse du dévoilement là où les listes fabriquent des équations rapides entre pouvoir et initiation, tandis que Le Point préfère cartographier l’influence en semant des mots qui dressent des bastions et dessinent des réseaux, quand Le Nouvel Observateur dramatise la politique en modelant des silhouettes et en convertissant les affaires en récit, et que Le Figaro Magazine alterne immersion et coulisse en promettant des voyages au cœur, des accès réservés, des secrets à portée de main. Laura Laloux ne dénonce ni n’excuse, elle décrit avec constance, relie ce qui se ressemble et révèle la grammaire qui rend ces narrations si aisées à croire, ce qui nous conduit naturellement à notre propre part de responsabilité.

Nos silences trop prolongés se transforment en vacance de parole et laissent s’engouffrer des récits prêts à l’emploi, notre discrétion utile à l’ascèse se retournant en opacité sociale, et le secret glissant de la discipline intérieure vers l’écran qui nourrit la suspicion. L’autrice nous aide à retrouver la mesure juste en rappelant que le secret n’est pas une vitre fumée mais une école de parole qui prépare à dire vrai sans bavardage, à ne pas livrer ce qui se profane par simple exposition, et qui exige en retour une présence claire dans la Cité, une voix qui assume son but en élevant, en éclairant, en reliant.

De cette exigence naît une éthique de la communication maçonnique qui refuse la publicité comme la défense réflexe, qui demeure fidèle au travail du Temple tout en consentant à la lumière commune, car le symbole ne se lance pas comme un argument il se propose comme une expérience, et la presse peut alors devenir un miroir utile qui révèle ce qui intrigue et inquiète, signale les angles morts, oblige à préciser la parole. Le livre agit comme un maillet pacifique qui ne frappe pas mais redresse, qui nous invite à dépasser l’alternative épuisante entre mutisme et démonstration, et ouvre une présence publique qui ne renie ni le rituel ni la ville.

Nous mesurons dès lors combien la répétition des mêmes images sculpte la croyance publique, les couleurs vives sur fond sombre, les gants et les tabliers dressés en trophées, les titres qui entretiennent l’idée d’un dessous permanent, autant d’éléments qui finissent par fabriquer une conviction préalable à toute lecture.

Laura Laloux désamorce ces ressorts sans les affaiblir par le déni, elle rappelle que les médias travaillent avec des archétypes disponibles et nous renvoie à notre responsabilité de nourrir d’autres figures, non des contre-légendes mais des présences, des gestes lisibles, des œuvres identifiables, une parole tenue parce qu’elle s’accorde à la pratique. Nous refermons l’ouvrage avec une conviction calme et haute, la Franc-Maçonnerie n’est ni forteresse ni théâtre de masques, elle demeure une école de vie intérieure appuyée sur une éthique de clarté mesurée, et la réponse la plus forte au règne des marronniers consiste à offrir une densité de sens qui n’a pas besoin d’esbroufe, à garder le rythme long au milieu des emballements, à laisser parler les œuvres, à expliquer sans s’excuser, à accueillir la question sans céder aux mises en scène qui enferment.

Laura Laloux nous rend ce service avec une fraternité lucide qui refuse l’amertume comme la plainte, elle convoque notre mémoire d’initiés, nous montre ce que devient notre image lorsque nous l’abandonnons aux autres, et propose un chemin pour reprendre la voix avec tact et fermeté, de sorte que nous sortons lecteurs mieux armés non pour contester chaque couverture mais pour habiter le temps long et construire une présence publique fidèle à la lumière que nous cherchons.

Laura Laloux

Laura Laloux, formée à Sciences Po Aix, explore depuis plusieurs années les représentations médiatiques de la Franc-Maçonnerie et leurs effets sur l’opinion, en associant le patient travail des archives, la lecture des images et l’attention au sous-texte symbolique. L’ouvrage L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers, publié chez Numérilivre dans la collection Voies de la Connaissance dirigée par Yonnel Ghernaouti, rassemble ce travail d’observation au long cours et propose une voie de discernement utile aux initiés comme aux profanes. Il a été nominé à Masonica Lille 2025.

L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers

Laura LalouxÉditions Numérilivre, coll. Voies de la Connaissance, 2025, 200 pages, 22 €

Éditions Numérilivre, le site

Le mot du mois : « Affection »

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Ce mot, en apparence sans équivoque, réserve la surprise de son ambivalence. Affection participe d’une étymologie *dhe-, qui signifie « placer, poser, établir », d’où sont aussi issus la thèse, le verbe faire, la réfection. Au sens propre, l’affection exprime le mouvement *ad, qui porte vers l’objet d’un sentiment. Le chien en mal d’affection qu’on couvre de caresses, l’enfant demandeur des câlins dont il se sentirait privé.

Une lettre pleine d’affection, de propos affectueux, s’adresse à un proche, une personne amie. En témoignage d’un sentiment peut-être teinté d’une émotion qui n’ose dire son nom. C’est ce qui fait écrire à Gustave Flaubert, dans L’Éducation sentimentale :

« Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes ; elles ont peur d’être découvertes et passent dans la vie les yeux baissés. »

Tel le voile pudique dont on grimerait sa nature profonde, en affectant une impassibilité surfaite ?

L’affection est la manifestation d’une tendresse, d’un attachement à l’égard de quelqu’un, sans que cet élan soit irrépressible et passionné. On y vit une relation pleine de quiétude, de sérénité. Un peu tiède, peut-être ? Nulle émotion n’y ferait sortir de soi jusqu’à l’aveu…

Et pourtant, la langue parfois se déporte vers d’autres domaines d’application, médicale par exemple. « De quelle affection souffrez-vous ? Qui affecterait votre quotidien, au point de vous installer désagréablement dans la nomenclature des soins longs et onéreux d’une « affection de longue durée » ?

Telle est peut-être l’ambiguïté de ce mot, qui ne peut échapper totalement au trouble, du corps ou du sentiment. Un entre-deux caractéristique de ce qui se place « au centre ». Un funambulisme entre feu à éteindre et indifférence ?

André Maurois, dans Ariel ou la Vie de Shelley, illustre cette hésitation possible :

« Le mélange de l’admiration et de la pitié est une des plus sûres recettes de l’affection ».

Cynisme ou lucidité ?

Annick DROGOU

« Affectueusement » : un mot simple pour conclure, qui fait passer dans l’écriture un peu de ce qui ne s’écrit pas. C’était le mot des lettres manuscrites, des cartes postales, des correspondances qu’on gardait longtemps dans une boîte. Il a disparu de nos messages sur écran, remplacé par un « bisous », un cœur, un « émoji ». Le mot disait la lenteur d’une tendresse posée. L’ « émoji » dit la vitesse d’une présence immédiate.

« Affectueusement » en signature au bas d’une lettre, pour dire à l’autre :

« Je tiens à toi. Tu comptes pour moi. Je t’entoure d’une douce chaleur. »

Ce n’est pas la passion qui consume, c’est le feu de braise qui ronronne et demeure, celui qu’il convient d’entretenir pour qu’il ne s’éteigne pas.

« Affectueusement » : ce qui t’affecte m’affecte aussi. Comme une vulnérabilité partagée.

Ton bonheur me réjouit, ta peine me touche, ta vie me concerne. Point final, pudeur et signe discret d’un lien plus fort que tout mot.

Jean DUMONTEIL

La Cène, un repas de fête juive

Le banquet d’ordre annuel du Souverain Chapitre doit avoir lieu le jeudi précédant le dimanche de Pâques. Autrement dit le « Jeudi Saint », qui rappelle le jour précédent la mort du Christ, dans la tradition Chrétienne. En fait, Le dernier Repas de Jésus , la veille de sa passion était un « Séder de Pessa’h », un repas de fête juive pascale qu’en tant que juif pratiquant Jésus n’aurait pas manqué de célébrer.

Selon Esdras 6,19, c’est en 515 avant notre ère (soit 72 ans après sa destruction) que la première fête de Pâque est célébrée selon le rituel propre au Temple reconstruit.
La fête de Pâque est décrite par les témoignages de deux ordres :

  • D’une part, le livre des Jubilés (pseudépigraphe attribué à Moïse)  nous propose une relecture des récits du Pentateuque depuis les patriarches jusqu’à l’instauration de la fête de Pâque.
  • D’autre part, certains récits de la Mishna (troisième de l’ordre Moëd) nous rapportent aussi des échos de la manière dont se célébrait Pâque à Jérusalem au temps de Jésus.

Le dernier repas de Jésus est évoqué dans les textes canoniques : l’Évangile  de Mathieu 26, l’Évangile  de Marc 14, l’Évangile  de Luc 22.
Mais c’est dans l’Évangile de Jean à partir du chapitre 13 que l’on trouve des détails de la narration de la Cène où les paroles de Jésus sont rapportées dont son nouveau commandement « Aimez-vous les uns les autres » qui revient en leitmotiv.

Contrairement aux autres Évangiles, aucune mention  de ce que deviendra l’eucharistie n’y est mentionnée, bien que dans le chapitre 6 Jean fait dire à Jésus « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel ».

Cet Évangile est le seul à évoquer la scène du lavement des pieds de Pierre par Jésus durant la Cène.

Édouard Schuré, dans son ouvrage Jésus, le dernier grand initié  en retient :
« Les douze [Barthélemy, Jacques le Mineur, André, Judas, Pierre, Jean, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée, Simon.], formant treize avec le Maître, s’étaient réunis dans la chambre haute d’une maison de Jérusalem. L’ami inconnu, hôte de Jésus, avait recouvert le sol d’un riche tapis.  À la manière orientale, le Maître et ses disciples étaient allongés sur quatre grands divans en forme de triclinium disposés autour de la table.

Lorsque l’agneau pascal et le calice d’or prêté par l’ami furent apportés dans la pièce, et les vases remplis de vin, Jésus, assis entre Jean et Pierre, dit : « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le dis, je n’en mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. » 1

Alors leurs visages s’assombrirent : le silence emplit l’air. « Le disciple que Jésus aimait », qui seul devinait tout, inclina la tête sur la poitrine du Maître. Comme c’était la coutume chez les Juifs au repas de Pâques, pas un mot ne fut prononcé tandis qu’ils mangeaient les herbes amères et le charoset placés devant eux. Finalement, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et le leur distribua en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » Il prit aussi la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous. » 

Cène de Fidèle Patritti sur le décor du chœur de la chapelle des pénitents blancs (Saint-Sébastien)


Parmi les initiés, en Égypte et en Chaldée, comme chez les prophètes et les Esséniens, l’agapè fraternelle marquait la première étape de l’initiation. La communion, sous l’élément du pain, fruit de la gerbe, signifiait la connaissance des mystères de la vie terrestre, ainsi que le partage des bienfaits terrestres, et par conséquent l’union parfaite des frères affiliés.

À un degré supérieur, la communion sous l’élément du vin, sang de la vigne, pénétré de part en part par le soleil, signifiait le partage des bienfaits célestes, une participation aux mystères spirituels et à la science divine. En léguant ces symboles aux apôtres, Jésus en a élargi le sens. Par eux, il étend à l’humanité entière la fraternité et l’initiation, autrefois réservées à quelques-uns. Il y ajoute le plus profond des mystères, la plus grande des forces : celui de son propre sacrifice. Il le convertit en une chaîne d’amour invisible mais indestructible entre lui et ses disciples.

Elle donnera à son âme glorifiée un pouvoir divin sur leurs cœurs, comme sur ceux de tous les hommes. Cette coupe de vérité venue des temps prophétiques lointains, ce calice d’or de l’initiation que le vieil Essénien lui avait offert en l’appelant prophète, ce calice d’amour céleste que les Fils de Dieu lui avaient offert dans l’extase de son plus haut ravissement – ​​cette coupe où il voit maintenant son propre sang se refléter – il la remet maintenant à ses disciples bien-aimés avec l’ineffable tendresse d’un dernier adieu.

Ce texte présente clairement la Cène comme un repas de Pâque juive, en identifiant plusieurs de ses éléments distinctifs

Le cadre du repas : Le texte situe le repas dans une « chambre haute d’une maison de Jérusalem ». Il mentionne également que le Maître et ses disciples étaient « allongés sur quatre grands divans en forme de triclinium ». Cette posture allongée (accoudée) est une coutume distinctive du Seder de Pessah, symbolisant la liberté.

L’agneau pascal : L’un des éléments centraux du Seder de Pessah est le sacrifice et la consommation de l’agneau pascal. L’agneau est l’animal sacrificiel par excellence. Il symbolise l’innocence, la douceur, la pureté. Le sacrifice d’un agneau pour apaiser la colère divine ou fêter le renouveau de la nature est, sans doute, l’un des rares rites antiques qui se soit perpétué jusqu’à aujourd’hui : il est présent dans la Pâque juive, comme dans les Pâques chrétiennes et le Ramadan musulman.


En alchimie, il représente la pierre philosophale, la matière tellement purifiée qu’elle laisse passer la lumière. C’est aussi un des noms de la matière que les vrais Chymistes emploient pour faire la pierre Philosophale. Quand cette matière a passé par les différentes préparations requises pour la purifier de ses parties hétérogènes, on lui donne quelquefois le nom d’agneau sans tache, agnus immaculatus.

Le texte de Schuré indique que « l’agneau pascal… fut apporté dans la pièce », confirmant la nature du repas. Présent à de nombreuses reprises dans l’Ancien Testament, l’agneau, animal fragile et innocent, ne prendra pleinement sa force symbolique qu’avec le Nouveau Testament. Victime pascale par excellence, il représente en images, comme en message, le sacrifice ultime du Christ pour la rédemption des hommes.
Voir l’article Le bestiaire de la Bible : l’incroyable force symbolique de l’Agneau

Les herbes amères et le charoset : Ces deux mets sont essentiels au Seder. Les « herbes amères » (maror) symbolisent l’amertume de l’esclavage en Égypte, et le charoset (une pâte de fruits, noix et vin) rappelle le mortier utilisé par les esclaves hébreux. Le texte de Schuré explicite qu’ils mangeaient « les herbes amères et le charoset placés devant eux ».

Le pain : Le mot pain est issu du latin panis, dérivé du sanscrit , nourrir. Il est étroitement associé à la symbolique du blé.
Vers 1850-1800 avant J.-C., les premières récits bibliques évoquant le pain sont mentionnées dans la Genèse 3,19 lorsque Adam fut chassé du jardin d’Eden, il lui est dit :

« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été pris. »

C’est au cours de la civilisation sumérienne (5000 à 2230 av. J.-C.) que remonte l’écrit le plus ancien concernant la fabrication  du pain levé. à Sumer, les boulangeries étaient rattachées aux temples ; là, étaient préparés les gâteaux utilisés pour les rituels du temple. Selon l’historien George Contenau, ces boulangers «préparaient les gâteaux sacrés que les dévots de la déesse Ishtar [l’Inanna babylonienne] émiettaient et laissaient pour ses colombes». Le grain était considéré comme la personnification d’Inanna et la farine était une substance sacrée tirée de son corps.

L’Égypte avait assimilé le pain et le blé avec la lumière, les cycles de vies et l’éternité. Ainsi, manger le pain consistait à se nourrir du mystère universel, du triomphe de la vie sur les forces destructrices de la mort. Une inscription des pyramides déclare qu’en mangeant du pain, un défunt «avale l’esprit, avale le savoir et l’intelligence du dieu». 

Pour les Grecs, le pain et le vin sont les signes d’une existence libérée de la sauvagerie. La « vie au blé moulu », supposant la domestication de la terre et l’organisation du temps et des saisons, est ainsi complémentaire de la maîtrise des forces obscures que représentent les puissances d’ivresse et de folie. L’épi est pour le pain ce que le raisin est pour le vin. L’un et l’autre constituent les conditions d’un équilibre (toujours précaire) de civilisation. 
Dans la Grèce antique, le premier repas du jour consistait en pain et vin pur, l’akratisme.
Lors des cultes de Mithra, on pense qu’il y avait un repas avec le partage du pain, de l’eau et du vin. 

Le pain et le vin sont à la fois des aliments terrestres et de nature divine. C’est la quintessence des biens de la terre, offerts à l’homme qui les reçoit et qui, en compensation, honorera ses dieux et plus tard son Dieu, par ses offrandes. Dans sa longue histoire, jusqu’au XVIIIe siècle, le pain, l’aliment de base, était le symbole du sacré, de l’espoir, de la justice et de la stabilité.

Au Seder, le pain non levé (matza) est consommé. Le texte mentionne que Jésus « prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et le leur distribua ». Bien que le type de pain ne soit pas explicitement précisé comme étant de la matza, le contexte du repas de Pâque juive implique qu’il s’agissait de pain azyme. Ce geste de rompre le pain est une tradition juive, mais Jésus lui donne une nouvelle signification en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ».

Le vin et la coupe : Le vin est abondamment consommé durant le Seder, avec plusieurs coupes rituelles. Le texte mentionne des « vases remplis de vin » et un « calice d’or ». Jésus prend « la coupe » et, de manière similaire au pain, lui attribue un sens nouveau : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous ». Le texte ajoute que cette « coupe de vérité », « calice d’amour céleste », est remise à ses disciples comme un adieu.

Selon la Bible, la vigne, sinon le vin, existait déjà dans le paradis terrestre, car, on nous dit
qu’après avoir commis le péché, Adam est nu et, pour cacher sa nudité, il n’a utilisé aucune feuille de quel que soit l’arbre, sinon des feuilles de vigne. Le vin est pour les Hébreux le symbole du mystère, de la vie en Dieu, de la joie et de l’amour. Il est utilisé quotidiennement dans la liturgie, dans les sacrifices et dans les libations. Lors de la construction du temple de Jérusalem, le vin était la récompense des ouvriers.

Il est prouvé que le vin existe depuis la préhistoire ; sa fabrication était quelque peu rudimentaire : les grappes étaient simplement pressées avec les pieds et mises à fermenter dans de grandes cuves. Le vin contenait encore les restes des raisins; il était versé à l’aide de récipients à long bec tubulaire qui servaient à la décantation ou encore d’entonnoirs.

Le pressurage a été fait dans les vignes elles-mêmes. Puis, après avoir foulé les raisins, le moût obtenu était transféré dans de grandes jarres à parois minces dont la base se terminait en pointe pour pouvoir être enfoncées dans le sol. Pour apprécier Le mystère du vin, lire l’ouvrage éponyme de 1981 de Louis Charpentier, et l’article de Yonnel Ghernaouti La symbolique du vin, en ce 3e jeudi de novembre…

À remarquer que l’alcool éthylique que contient le vin -ce qui le différencie du jus de raisin- a pour formule chimique C2H5OH, formé de 26 électrons : 12 de Carbone (6×2) + 5 d’hydrogène (5×1) + 8 d’Oxygène (8×1) + 1 hydrogène. Bénir avec du vin, c’est bénir avec le tétragramme (car 26 est une des ses valeurs guématriques la plus communément utilisée).

Le silence : Le texte note que « pas un mot ne fut prononcé tandis qu’ils mangeaient les herbes amères et le charoset ». Bien que le Seder ne soit pas entièrement silencieux, certains moments sont marqués par la solennité et le recueillement, en particulier pendant la consommation de certains éléments rituels.

Seul le silence est propre à exalter la joie du cœur et de l’esprit. Le silence est amour (aleph est la première lettre du mot אוהב, amour), lettre qui ayant laissé place au beth du commencement, marque le retrait volontaire de soi pour laisser place à l´altérité des voyelles et des autres lettres qui viennent lui donner corps. La particularité essentielle de la lettre «Aléf» (א) est qu’elle est la seule des 22 Lettres de l’Alphabet sacré hébreu qui s’écrit mais ne se prononce pas, un silence autour duquel s‘organise le Verbe créateur. Voilà pourquoi, le silence est la Parole des sages, c’est en lui que tout s’élabore et que l’homme y redécouvre l’essentiel ; la Sagesse intérieure.

La spiritualité non visible et non prononçable des vérités cachées mais bien présentes dans ce monde s’expriment subtilement à travers cet aleph, qui semble pouvoir rehausser la qualité de tous nos actes les plus matériels.

Cependant, le texte de Schuré met un accent particulier sur la recontextualisation et l’élargissement du sens de ces symboles par Jésus. Là où l’agapè fraternelle et la communion (pain pour les mystères de la vie terrestre, vin pour les mystères spirituels) étaient déjà des étapes initiatiques chez les Esséniens, les prophètes, en Égypte et en Chaldée, Jésus « élargit le sens » de ces symboles.

Jésus étend la fraternité et l’initiation à l’humanité entière, et y ajoute le « mystère » et la « force » de son propre sacrifice, transformant cette communion en une « chaîne d’amour invisible mais indestructible » entre lui et ses disciples.

Illustration de l’article : La Cène par Giorgio Vasari, 1545

Scotland Yard traque à nouveau les maçons jusque sous leurs lits

De notre confrère freemasonsfordummiespar Christopher L. Hodapp

Enfant, j’ai toujours détesté les rediffusions. Il s’avère que je ne les aime toujours pas à l’âge adulte.

Christopher L. Hodapp

La Police Métropolitaine de Londres (MET) a une fois de plus ressuscité l’idée saugrenue selon laquelle tous les agents des forces de l’ordre devraient déclarer officiellement leur appartenance à la Franc-Maçonnerie. L’allégation floue est que les agents de police maçonniques de la Police Métropolitaine (MET) pourraient se livrer à du favoritisme, à des agissements sournois, voire à des actes criminels, tous passés sous silence par leurs confrères qui placent leurs obligations maçonniques au-dessus de la bonne conduite policière. Leur raisonnement est le suivant : même en l’absence de preuve, certaines personnes et certains agents POURRAIENT PENSER qu’il se trame quelque chose de louche.

Scotland Yard rencontre la Fédération de police de la Met et la Grande Loge unie d’Angleterre, qui protestent toutes deux contre cette règle.

Selon un article de la BBC :

La police métropolitaine ne recense pas actuellement le nombre d’agents francs-maçons et ne leur a jamais interdit d’en faire partie. Cependant, des agents et du personnel ont exprimé des inquiétudes quant à l’impact potentiel de l’appartenance à un tel groupe sur les enquêtes, les promotions et les fautes professionnelles.
Parmi les exemples d’associations déclarables figurent les personnes condamnées pénalement, les personnes licenciées des forces de l’ordre et les professions légales telles que les détectives privés ou le journalisme.
Les agents et le personnel sont déjà tenus de déclarer toute association avec une personne ou un groupe susceptible de compromettre leur intégrité ou de nuire à la réputation de la police.
Cette mesure a été recommandée par le rapport du panel indépendant Daniel Morgan, qui a examiné la gestion par la police du meurtre non élucidé du détective privé Daniel Morgan.
Ce père de deux enfants, âgé de 37 ans, a été tué à coups de hache sur le parking du pub Golden Lion à Sydenham, dans le sud-est de Londres, en 1987.
Une série d’enquêtes menées au fil des décennies a mis au jour des allégations de corruption.
Le rapport de 2021 indique que l’appartenance des policiers à la franc-maçonnerie a été « une source de suspicion et de méfiance récurrentes dans les enquêtes ».

Bien. Une enquête sur un événement survenu il y a 39 ans, à la suite duquel un nombre inconnu de personnes impliquées sont mortes de vieillesse.

Ces absurdités mitées remontent en réalité à 1984, à la suite du livre infondé et stupide de Stephen Knight sur les fantasmes anti-maçonniques, The Brotherhood, dans lequel il expose sa croyance délirante en un vaste réseau secret de francs-maçons secrets, dissimulés au sein des forces de police, des tribunaux, des cabinets d’avocats et du système pénitentiaire, qui conspirent secrètement pour commettre des crimes, cacher leurs propres transgressions, pardonner aux criminels et se promouvoir mutuellement en se faisant des signes secrets, des poignées de main douteuses et en sautillant avec des jambes de pantalon retroussées.

Ou quelque chose comme ça. 

Le gaspillage absurde de pulpe de Knight a alimenté des théories du complot alléguant une multitude d’histoires, allant d’un Jack l’Éventreur maçonnique (tel que dramatisé dans les films  Murder By Order et From Hell ) au naufrage du Titanic. Il y a eu une prétendue dissimulation policière concernant une émeute dans un stade de football de Hillsborough en 1989 ( il a fallu 27 ans d’enquête à Hillsborough avant que plusieurs commissions ne renoncent finalement à établir un quelconque lien maçonnique avec la bousculade et la mort de 96 personnes). On a également recensé d’innombrables allégations infondées au fil des décennies selon lesquelles les francs-maçons n’auraient promu que des frères maçons au sein des services de police de tout le pays. On a constaté à maintes reprises que ces affaires étaient simplement portées par des employés mécontents de ne pas avoir obtenu d’avancement. Mais plus de quatre décennies se sont écoulées, ces théories du complot étant ancrées dans l’opinion publique par des sections entières de la presse qui continuent de diffuser ces rumeurs, au mépris des faits.

Entre 1997 et 2009, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Jack Straw, et sa commission au sein du ministère de l’Intérieur ont promulgué une loi nationale obligeant les policiers et les membres du système judiciaire à ne déclarer leur appartenance à aucun autre groupe que la franc-maçonnerie. Ils ont ainsi gaspillé une somme colossale de l’argent du contribuable et douze ans pour parvenir à la même conclusion à l’échelle nationale : il n’y avait aucune preuve d’influence maçonnique dans les services de police. Point final. La loi n’a été abrogée qu’à la suite d’un procès intenté avec succès en 2009 devant la Cour européenne des droits de l’homme par des francs-maçons italiens qui contestaient une réglementation similaire. L’UGLE a menacé d’intenter une action similaire et le ministère de l’Intérieur a finalement supprimé son obligation d’enregistrement des francs-maçons dans les services de police et le système judiciaire en 2010.

En 2016 , le maire de Londres, Sadiq Khan, a de nouveau annulé à contrecœur l’obligation pour les agents de la police métropolitaine de déclarer publiquement leur appartenance maçonnique, soulignant qu’un tel registre serait illégal. Mais je suppose que depuis le vote sur le Brexit, le gouvernement a décidé qu’il n’était plus obligé de suivre les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme.

Voyez-vous, si seulement l’Angleterre pouvait abandonner ces satanées protections de la vie privée imposées par l’UE et adopter des lois visant spécifiquement à persécuter des personnes comme les policiers, les avocats et les juges maçonniques en raison de leurs relations privées, tout irait bien. Ensuite, une fois les francs-maçons purgés, peut-être pourrait-elle se débarrasser des policiers supporters de Manchester United, des Fabians, des membres de la ligue de bowling, des joueurs de cricket, puis s’attaquer aux membres des clubs de collectionneurs de chauffe-théières.

La Fédération de police du MET agit comme un syndicat de police ou une association professionnelle. En 2018 , son président de l’époque, Steve White, a démissionné juste avant d’être débouté par une motion de censure de ses membres. En quittant son poste, il a affirmé avoir été empêché de mener des réformes sérieuses au sein de la Fédération au cours de son mandat de trois ans par une cabale non identifiée d’agents de la police maçonnique secrète, alors même qu’il ignorait combien de ses agents étaient réellement membres de la confrérie, qui ils pouvaient être, leur influence (ou leur inefficacité) réelle, ou si les francs-maçons avaient réellement fait quoi que ce soit pour contrecarrer ses projets. Imaginez !

Il s’avère que ses collègues officiers n’appréciaient tout simplement pas l’homme ni les changements qu’il proposait. Cela n’avait rien à voir avec les francs-maçons.

Le problème a toujours été que les préjugés antimaçonniques et la haine ouverte sont si répandus au Royaume-Uni et en Europe. Dès lors que les employés de n’importe quelle profession sont tenus de déclarer ouvertement leur appartenance maçonnique, ils s’exposent à des représailles et risquent leur emploi. Les antimaçons utiliseront leur appartenance comme prétexte pour dénoncer des fautes de toutes sortes. Des criminels accuseront les policiers maçonniques d’innombrables complots imaginaires. Des officiers non maçonniques accuseront leurs superviseurs maçonniques de favoritisme et de préjugés, tout comme Steve White l’a fait lors de sa démission en 2018.

La seule raison pour laquelle le public entretient cette perception toxique est que certains membres de la presse et des politiciens opportunistes ont passé plus de 40 ans à marteler sans cesse ce même tambour monocorde et sans fondement. Regardez celui-ci de 2011. Ou celui-ci de 2018 . Aujourd’hui, pour accompagner cet article, l’  éditorialiste du Spectator, Melanie McDonagh, a publié un article incohérent, « Il y a quelque chose de vulgaire chez les francs-maçons » , tellement chargé de mensonges et de ses propres préjugés qu’un rédacteur responsable aurait dû le lui renvoyer pour qu’elle réessaye. Elle n’aime tout simplement pas l’idée même des francs-maçons, en tant que catholique et femme (qui ignore même qu’il y a des milliers de femmes francs-maçonnes en Angleterre). Elle n’aime pas les francs-maçons ; elle n’aime pas la décoration du siège de l’UGLE à Great Queen Street ! ; elle pense qu’il est évident que « la moitié des flics de Londres sont francs-maçons » ; et elle admet ignorer même si ses propres croyances sont vraies. 

La presse présente les francs-maçons de manière contradictoire : d’un côté, un ramassis de vieux hommes blancs, tristes et décrépits, se livrant à des rituels absurdes derrière les portes closes d’immeubles en ruine, et n’ayant aucune raison d’être dans le monde moderne. Mais, du même souffle, elle les traite comme une société secrète toute-puissante qui s’immisce dans des professions comme la police et la magistrature, échangeant des signaux secrets avec des criminels ou des complices pour obtenir des promotions ou échapper à la justice qu’ils méritent tant.

Alors, qu’est-ce qui nous attend ? Des dinosaures stupides sur notre lit de mort collectif, ou des manipulateurs tout-puissants qui choisissent subrepticement les gagnants et les perdants ? Les anti-maçons ne peuvent pas tout avoir, mais ils s’entêtent à s’entêter et à persister dans cette voie.

Heureusement, nous n’avons jamais eu à faire face à ce genre d’absurdités aux États-Unis. Notre pire période antimaçonnique remonte à 200 ans, et même si nous avons connu des accès de violence occasionnels depuis, nous n’avons pas été victimes de la presse avec la même intensité que nos frères anglais depuis les années 1980.  La Grande Loge Unie d’Angleterre rencontrera des responsables du MET mardi . Espérons que ce dernier épisode sera désamorcé comme par le passé. Mais compte tenu du climat politique actuel au Royaume-Uni, où le gouvernement travailliste du Premier ministre Keir Starmer tente de réprimer la liberté d’expression, la liberté d’association et d’autres principes fondamentaux de la gouvernance occidentale, rien n’est sûr.

L’homme aux mille tabliers : quand un donneur de sperme devient le « maître » involontaire d’une loge géante

Sources d’actualités diverses FranceInfoLe Point20 Minutes

Imaginez un instant : un homme ordinaire, blond, charismatique, qui se lance dans une mission philanthropique. Pas pour construire des écoles ou distribuer des repas aux démunis, non. Pour « aider » des familles à fonder leur lignée, en semant généreusement son… héritage génétique. C’est l’histoire de Jonathan Meijer, ce Néerlandais de 44 ans qui, entre 2007 et ses mésaventures judiciaires, a potentiellement fatheré entre 500 et 3 000 enfants à travers le monde. Un record qui ferait pâlir n’importe quel roi biblique.

Mais attendez, on va la tourner à la sauce maçonnique – parce que, avouons-le, il y a un parallèle hilarant (et un peu forcé, d’accord) avec ces vénérables maçons qui, d’un coup de maillet symbolique, se retrouvent parrain de dizaines d’apprentis. Après tout, dans les deux cas, on parle d’un « père spirituel » qui multiplie les « fils » sans trop s’embêter avec les détails administratifs. Et si Meijer n’était qu’un maître non élu d’une loge tentaculaire, où les tabliers blancs cachent des secrets de consanguinité ?

Les origines d’une « initiation » mondiale : de la bonne intention au sperme en kit

Jonathan Meijer

Tout commence innocemment, comme une loge naissante. En 2007, Jonathan Meijer, musicien et influenceur en herbe sur YouTube, découvre le monde des dons de sperme. Des couples infertiles, des mères célibataires cherchent un « donateur bienveillant« . Aux Pays-Bas, pays pionnier en PMA (procréation médicalement assistée), la loi est claire : un donneur ne peut fatherer que 25 enfants maximum, pour éviter que les demi-frères et sœurs ne se croisent un jour au bal de fin d’année et ne recréent un scénario à la Game of Thrones. Meijer, avec son sourire Colgate et ses cheveux blonds dignes d’un publicité pour shampoing, se présente comme le sauveur idéal. Il promet :

« Je ne serai qu’un oncle de loin, et seulement pour cinq familles. »

Les parents, vulnérables, mordent à l’hameçon. Rencontres discrètes à la gare centrale de La Haye, sperme livré en flacon (parfois via la fenêtre de la voiture, pour un zeste d’aventure), et hop, une nouvelle « loge » voit le jour.

Mais voilà, comme un apprenti qui oublie son compas et se met à tracer des cercles infinis, Meijer dérape. Il contourne les règles : 11 cliniques néerlandaises, une banque danoise, des voyages au Kenya pour des « vacances de don payées » (oui, vous avez bien lu), et des inséminations artisanales privées. Résultat ? Au moins 102 enfants confirmés via cliniques en 2017, plus 80 via dons perso, et des estimations folles jusqu’à 3 000 mondialement. Un email anonyme alerte les autorités cette année-là, et boom : blackliste nationale. Mais Meijer, tel un maître maçon récalcitrant face à un Vénérable trop zélé, continue en douce. Il forme même un « duel » avec un autre donneur, Leon, en mélangeant leur sperme pour voir « qui gagne » – une compétition qui sent le mauvais rituel alchimique.

Parallèle maçonnique ?

Pensez aux parrains en loge : ces maçons expérimentés qui « initient » un nouvel apprenti, lui passent le tablier blanc, et le guident vers la lumière. C’est noble, structuré, limité à un parrain par novice. Mais imaginez un parrain qui, pris d’un excès de zèle fraternel, parraine 550 apprentis en cachette, contournant son Obédience pour multiplier les loges comme des lapins. « Frères pour la vie« , qu’il dit, mais sans prévenir que le temple risque de s’effondrer sous le poids des colonnes trop nombreuses. Drôle, non ? Meijer, en semant sa « pierre angulaire » génétique partout, crée une fraternité involontaire – sauf que, contrairement à la maçonnerie où l’on jure discrétion, ses « fils » se découvrent sur Facebook et paniquent :

« Et si mon demi-frère est dans ma classe de CP ? »

Le rituel judiciaire : du maillet du juge au tablier confisqué

L’affaire prend un tour légal en 2023, quand la fondation Donorkind (un peu comme une obédience protectrice des « enfants de la veuve » maçonnique) porte plainte. Le tribunal de La Haye, armé de son maillet symbolique, frappe : interdiction de nouveaux dons, sous 100 000 euros d’amende par infraction. Meijer plaide :

« C’est une castration légale ! Je veux juste aider les infertiles. »

Mais les juges voient clair : risques d’inceste (consanguinité), mensonges aux familles (il jurait fidélité à « seulement cinq » par couple), et un ego gonflé par ses vlogs YouTube, où il dispense des conseils parentaux absurdes – genre, « mangez du cerveau de porc cru pour booster l’immunité » ou « les femmes, soyez des épouses traditionnelles ». Les mères, outrées, le qualifient de « tyran à distance ».

En 2024, Netflix en rajoute une couche avec L’Homme aux 1 000 enfants, un docu en trois épisodes qui suit des parents (Néerlandais, Australiens) dans leur enquête. Interviews larmoyantes : une mère découvre que son enfant a des demi-sœurs partout dans son réseau social. Meijer refuse de participer, accuse le film d’« anti-masculinisme » et d’exagérer (il admet 550, pas 3 000). Il contre-attaque en septembre 2024 avec un procès pour diffamation, clamant que le mélange de sperme avec Leon est une calomnie. Mais en 2025, ça dégénère : janvier, audience pour « contacts indésirables » via vidéos où il s’adresse directement aux enfants (« Choisissez des partenaires qui vous ressemblent ! »). Février : ordre de tout supprimer, 10 000 euros par jour de retard. Meijer, mutin, envisage l’exil en France ou Allemagne pour une « grande famille mennonite-style ». Les familles, unies comme une loge en tenue, respirent enfin.

Humoristiquement maçonnique : imaginez le Vénérable Maître Meijer, tablier taché de… euh, ambition, face au tribunal – une « Grande Loge Judiciaire » qui lui confisque son compas à sperme. Ses « apprentis » (les enfants) forment une chaîne d’union pour le stopper, et lui, tel un maître déchu, crie :

« C’est une conspiration contre la fraternité génétique !

Pendant ce temps, les parrains maçons véritables, eux, se contentent de guider cinq apprentis max par an, sans risquer l’excommunication pour « surproduction de frères ». Si la maçonnerie est un art royal de construction, Meijer en fait un art chaotique de démolition familiale – avec un risque d’effondrement généalogique qui ferait hurler Hiram lui-même.

Les ombres du temple : éthique, narcissisme et leçons pour les « parrains » modernes

Au-delà du grotesque, l’affaire révèle des failles béantes. Réglementairement, les Pays-Bas limitent à 25 enfants pour prévenir l’inceste, mais les dons privés et internationaux (via Cryos au Danemark) échappent au contrôle. En 2025, un scandale plus large éclate : des données montrent que beaucoup de donneurs néerlandais dépassent les quotas, menaçant une réforme du registre (projet d’internationalisation). Meijer incarne le pire : un narcissique qui passe de bienfaiteur à manipulateur, avec des relents eugénistes (inquiétudes sur le « déclin européen » et l’immigration).

Les familles, traumatisées, parlent de « délire de toute-puissance » – un homme qui voulait une armée de clones sans en assumer les conséquences.

Parallèle avec la franc-maçonnerie ?

Jonathan Meijer

C’est là que ça devient cocasse. Dans une loge, le parrain est un guide spirituel : il initie l’apprenti au voyage intérieur, lui enseigne la morale, la fraternité, sans jamais le « fatherer » biologiquement. Limité à un rôle symbolique, il évite la consanguinité des âmes (ou des ego surdimensionnés). Meijer, lui, est le parrain qui abuse : il multiplie les « initiations » en secret, crée une « loge mondiale » de demi-frères/sœurs, et dispense des « travaux » douteux via YouTube (conseils parentaux dignes d’un mauvais rituel). Résultat ? Une obédience en pagaille, où les « frères » se découvrent par hasard et portent plainte pour « violation du serment d’anonymat ». Si les maçons jurent sur l’équerre et le compas pour bâtir un temple intérieur, Meijer jure sur… son égo pour bâtir un arbre généalogique en forme de pyramide instable. Drôle de coïncidence : les deux cherchent l’« élévation », mais l’un finit en cour, l’autre en tenue blanche.

Éthiquement, c’est un miroir pour les sociétés secrètes modernes : que se passe-t-il quand un « maître » dépasse les bornes ? Dans la maçonnerie, l’excès d’ambition mène à l’exclusion ; pour Meijer, à un ban mondial. Les familles, comme des loges unies, montrent la voie : transparence et limites pour protéger les « nouveaux nés » de l’initié.

Un sperme trop libre, un tablier trop serré

Le gynécologue Jacques Oréfice a mis un terme à 40 ans de carrière. Une carrière pendant laquelle, plus de 12.000 bébés sont passés entre ses mains. Photo Jérôme HUMBRECHT

L’histoire de Jonathan Meijer n’est pas qu’un fait divers absurde – c’est une fable contemporaine sur les dangers de la générosité dévoyée. De donneur bien intentionné à « Serial father » interdit, il a semé le chaos dans des centaines de familles, forçant une réflexion globale sur les dons de sperme. En 2025, avec ses procès en cours et ses vlogs spirituels, il reste un fantôme numérique, clamant son innocence face à un monde qui lui dit : « Stop, ton temple est trop grand. » Du côté maçonnique, c’est une leçon hilarante : parrainez avec mesure, ou risquez de finir comme le Grand Architecte d’un bordel généalogique. Après tout, dans la vie comme en loge, le vrai maître sait quand poser le maillet.

Et vous, seriez-vous prêt à devenir le parrain de 550 apprentis… ou préférez-vous un tablier discret ?

« La Voie du cœur » – Un art de vivre l’initiation…

La Voie du cœur – Pourquoi et comment développer une sensibilité initiatique ? de Régis Grandmaison se lit comme un travail de taille intérieure. Nous ouvrons l’ouvrage et nous respirons aussitôt l’odeur de l’atelier. Le maillet n’est pas bruyant. Il cadence une transformation plus subtile. Nous sentons que la pierre n’est pas seulement notre matière première. Elle devient l’emblème d’une conscience qui apprend à prendre la mesure, à recevoir la lumière et à la redonner.

Régis Grandmaison ne plaide pas pour un sentiment vague. Il propose un art de vivre l’initiation par l’affinement d’une sensibilité. Cette sensibilité ne relève ni de la mièvrerie ni d’un ressenti flottant. Elle se construit et s’éduque. Elle se vérifie dans l’épreuve du symbole et dans la fréquentation patiente du rite. Elle s’éprouve dans le service fraternel et dans l’orientation volontaire de la vie vers ce qui dure.

Nous avançons dans ce livre comme dans un Temple où les degrés ne se gravissent pas par performance mais par consentement. La méthode de Régis Grandmaison tient en peu de mots. Nous ouvrons le cœur. Nous réglons notre regard. Nous mettons la volonté sous la Règle. Nous nous exerçons à une écoute qui ne juge pas et qui pourtant discerne. À chaque pas, l’auteur rappelle que la connaissance initiatique ne se conquiert pas à la pointe d’une théorie. Elle sourd d’un langage qui traverse la chair des symboles. La théorie peut éclairer. Elle ne remplace jamais la fréquentation. Les symboles ne sont pas des objets que nous observons à distance. Ils réclament de nous une présence entière. Nous les approchons et déjà ils nous approchent. Une fois mis en mouvement, ils ouvrent la voie intérieure par laquelle la conscience se simplifie, se pacifie, se rend disponible à l’Essentiel.

Nous découvrons alors un cœur qui n’est pas le siège instable des émotions passagères. Le cœur dont parle Régis Grandmaison est un instrument de connaissance. Il recueille, unifie et oriente ! Il met au centre la part la plus haute de l’être. Il reconnaît les affinités secrètes qui relient les choses et donne leur juste portée aux contrastes. Nous comprenons pourquoi la vie initiatique réclame une durée. Le cœur ne devient clair que dans la constance. Une Loge qui travaille prend le temps de faire silence, de nommer et surtout de transmettre. Les rituels offrent la structure, les symboles la nourriture, la fraternité le champ d’expérience. À cette triade s’ajoute l’exigence d’une volonté dirigée. Sans ce gouvernail, la sensibilité se laisse capturer par les vents. Avec lui, elle devient navigation vers l’axe.

Chaque page nous invite à quitter les surfaces. La répétition rituelle n’est pas mécanique. Elle est forge de l’âme. Le geste revient pour mieux percer l’écorce du temps et permettre à la présence de se déposer. Nous reconnaissons ici l’héritage hermétique qui traverse l’ouvrage. Le Grand Œuvre ne se réduit pas à une métaphore mais indique un travail réel. Nous élaborons notre mercure en apprenant l’accueil, nous préparons notre soufre en apprenant l’affirmation, nous cherchons le sel de l’équilibre qui empêche la corrosion de l’ego. L’initiation devient une chimie douce. Elle assemble et épure. Elle rectifie sans violence. Elle oriente la flamme vers son usage juste. Régis Grandmaison parle d’une connaissance qui naît d’un accord entre la pensée et la vie. Rien n’est laissé à la spéculation pure. Tout est invité à devenir œuvre.

La fraternité occupe une place centrale et non décorative. Nous ne sommes pas sauvés de nous-mêmes par l’isolement héroïque. La communauté rituelle nous décentre et nous unit. Elle est ce laboratoire où chacun apporte sa pierre, son histoire, sa blessure, son courage, et où la mise en commun opère une alchimie que nul individu n’obtiendrait seul. L’initiation trouve là sa vérité humaine. Nous ne recevons la lumière que pour la partager. Nous apprenons à servir non pour nous annuler mais pour être ajustés. Servir, c’est délier les énergies, c’est poser des actes qui rendent l’autre plus libre, c’est construire l’habitude d’une parole qui fait vivre.

Le livre dit aussi la rigueur du métier. Il affirme que l’initiation s’enseigne et se transmet. Elle se décline en exercices qui aiguisent la faculté de voir en esprit. Nous passons du regard dispersé au regard rassemblé. Le monde cesse d’être un bruit. Il devient un texte à déchiffrer. La sensibilité initiatique lit au-delà des faits et des slogans. Elle démasque les séductions rapides. Elle préfère le durable à l’immédiateté. Elle ne confond pas intensité et vérité. La patience devient une vertu de connaissance. Nous apprenons à reprendre l’ouvrage. Nous acceptons la lenteur qui laisse mûrir les évidences. Nous reconnaissons que le cœur se forme par une ascèse qui embrasse tout notre être, notre langage, notre travail, nos engagements profanes, nos fidélités spirituelles.

L’érotique de la lumière traverse l’ensemble. Régis Grandmaison ne parle jamais de transcendance comme d’un ailleurs qui nous mépriserait. La transcendance affleure au cœur du monde quand nous le recevons avec justesse. Le rite n’escamote pas le réel. Il l’agrandit. Il soustrait nos gestes à l’anarchie. Il les inscrit dans une dramaturgie qui rappelle à la mémoire l’origine de la vie et son incessant renouvellement. La tradition n’est pas répétition morte. Elle s’avère source. Elle donne la sève à la branche. Elle exige des gardiens qui ne confondent pas conservation et peur. Elle suppose une docilité intelligente, capable d’inventer sans trahir, capable de revenir au principe pour mieux avancer.

Dans cette perspective, la langue devient un outil sacré. Régis Grandmaison nous invite à soigner nos mots. Ils ont du poids. Ils façonnent la pensée. Ils peuvent éclairer ou obscurcir. Une loge qui veut transmettre ajuste son parler. Elle renonce aux approximations faciles. Elle ne se contente pas d’une rhétorique. Elle cherche le mot qui ouvre et qui guérit. Nous entendons ici un écho des écoles sapientielles où le verbe n’était jamais neutre. Parler c’est œuvrer. Taire c’est protéger. Écouter c’est permettre à la lumière d’entrer.

La Voie du cœur offre enfin une éthique. Elle ne moralise pas. Elle propose un accord intérieur qui rend possible la droiture. La sensibilité initiatique ne flotte pas au-dessus du monde. Elle s’incarne dans des choix. Elle favorise ce qui élève. Elle rectifie ce qui blesse. Elle cherche l’harmonie non comme un confort mais comme une fécondité. Le regard finit par se déployer dans une joie sobre. Nous savons alors que l’initiation n’ajoute pas un supplément d’âme à une vie déjà pleine. Elle donne forme à la vie même. Elle en révèle la dignité. Elle nous met en route vers l’invisible actif qui fait de toute rencontre une chance et de toute peine une possibilité d’offrande.

Nous sortons de cette lecture avec le sentiment d’avoir reçu une carte et une boussole. Rien d’autoritaire. Tout d’exigeant. Nous avons retrouvé la simplicité des choses essentielles. Nous savons qu’une loge n’est pas un club. Elle est un corps vivant qui respire d’une respiration ancienne. Elle demande notre présence entière. Elle nous invite à la beauté des gestes justes. Elle nous appelle à devenir des artisans de lumière, non par grandiloquence, mais par fidélité au réel le plus profond.

Régis Grandmaison parle ainsi parce qu’il connaît la maison. Ancien compagnon de la collection qui accueille cet ouvrage – le 109e –, il a déjà exploré les chemins d’une spiritualité initiatique avec un livre qui a marqué bien des lecteurs, Pour une Spiritualité Initiatique – La quête des valeurs (2004). Plus tôt encore, il avait proposé, en 1993, La science de l’initiation, titre programmatique qui annonçait déjà cette volonté d’articuler la ferveur et la méthode. Sa biographie se lit entre les lignes de ses livres. Nous devinons un homme de loge, un homme d’écoute, un homme qui a longuement éprouvé l’ascèse du travail régulier. Son apport à la pensée initiatique se distingue par une pédagogie fine. Il ne cède pas au jargon. Il reste proche de l’expérience. Il sait dire ce qui se passe dans l’âme quand la parole rituelle rencontre une volonté prête à s’ordonner. Il sait faire vibrer la tradition sans la figer. Il nous apprend à aimer l’ouvrage quotidien, à honorer la communauté, à désirer une connaissance qui transfigure la vie.

Nous pourrions restituer ici une bibliographie comme une liste. Il vaut mieux entendre la continuité intérieure qui lie ses titres. La science de l’initiation annonçait la patience d’un artisanat spirituel. Pour une Spiritualité Initiatique approfondissait l’art de tenir ensemble la quête et la règle. La Voie du cœur en offre la mise en œuvre intime. Ces trois livres composent un triptyque où la pensée se fait geste et où le geste devient connaissance. Ils témoignent d’un auteur pour qui la lecture ne se termine jamais sur la dernière page. Elle se poursuit dans la loge. Elle se prolonge dans la cité. Elle se vérifie dans la manière de vivre.

La Voie du cœur rejoint ainsi la grande lignée hermétique et maçonnique qui fait de l’être humain un chantier ouvert sous la voûte étoilée. Nous ne cherchons pas un secret réservé. Nous recevons un art de vivre. Nous marchons. Nous veillons. Nous reformons l’ouvrage. Nous apprenons à voir en esprit. Nous devenons peu à peu capables de reconnaître la présence qui passe et qui demeure. Alors seulement la sensibilité initiatique cesse d’être une idée. Elle devient souffle. Elle devance la parole et la couronne. Elle fait de notre cœur une lampe qui n’éblouit pas et qui pourtant éclaire.

La Voie du cœur – Pourquoi et comment développer une sensibilité initiatique ?

Régis Grandmaison – MdV Éditeur, coll. Les symboles maçonniques, 2025, 128 pages, 12,50 €

MdV Éditeur, le site

Le secret de la vie

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Depuis la nuit des temps l’humanité rêve d’un elixir de longue vie. Ls progrès de la connaissance laissent entrevoir des possibilités concrètes mais aussi des fantasmes irrationnels à travers des mouvements transhumanistes ? Derrière ces mythes de jouvence, les auteurs nous conduisent au cœur d’un savoir millénaire où la rétrocausalité, les synchronicités et le vision alchimique du monde nous aident à comprendre le « bouclage du TEMPS » ce qui nous permettrait de prolonger et transformer nos vies.

Les dernières découvertes en biologie quantique et en physique de l’information laisseraient supposer que l’élixir de jeunesse ne serait plus une substance magique mais un processus dynamique de connexion au futur.

Romuald LETERRIER est chercheur indépendant en ethnobotanique, spécialiste du chamanisme amazonien et des plantes de vision. Il a découvert le principe d’une mémoire du futur et le concept de rétrocausalité sous ses différentes facettes.

Jocelin MORISSON est journaliste scientifique, conférencier, auteur et traducteur. Il travaille sur les ponts entre science, philosophie et spiritualité

Leurs publications aux Editions Trédaniel :

  • Se souvenir du futur
  • Se souvenir de l’au-delà
  • Univers-Esprit, tout est relié

La parole du Véné du lundi : « Les préjugés en Franc-maçonnerie »

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La Franc-maçonnerie aime à se présenter comme un sanctuaire de sagesse, où l’apprenti apprend dès ses premiers pas à tracer la voie du milieu, fuyant les dualités stériles pour embrasser l’unité et la fraternité. Une belle théorie, gravée dans le marbre des rituels… mais que devient-elle face à la réalité des loges ? Récemment, un coup de fil d’un Vénérable Maître a suffi à fissurer cette façade idyllique.

Entre deux banalités, il m’a glissé qu’un Frère de sa connaissance divise les esprits : les uns le jugent charmant et sans danger, les autres le qualifient de « sulfureux », digne d’être évité. Et voilà, en un instant, le préjugé s’invite au banquet fraternel trompant ainsi le súmbolon pour alimenter le diabole.

Ce n’est pas un cas isolé. Réfléchissons : quand avez-vous entendu, pour la dernière fois, une critique acerbe sur une Sœur ou un Frère (généralement absent du dialogue) ? Les loges bleues, ces berceaux des apprenants, ne sont pas épargnées. Pire, les Ateliers de perfectionnement, censés élever l’âme, résonnent de jugements. Et que dire des agapes occasionnelles des Grands Maîtres – et parfois des « passés » Grands Maîtres –, où les absents servent de cible aux ragots les plus savoureux ? On pourrait presque y voir une spécialité maçonnique : la médisance en tablier.

Alors, où trouver une classe de maçons indemne de ce fléau ? La réponse, aussi surprenante qu’évidente, gît chez les Apprentis. Observez-les : silencieux, avides d’apprendre, ils n’ont ni le temps ni l’arrogance de juger. Leur humilité est une leçon. Pourtant, paradoxe cruel, derrière la vitrine promettant fraternité et connaissance de soi, le fond du magasin révèle une autre vérité : coups bas, vengeances, complots. Et l’on s’étonne que les profanes hésitent à frapper à la porte du temple ?

Pour briser ce cercle vicieux, inspirons-nous des anciens. La sagesse grecque, via les trois filtres de Socrate – vérité, bienveillance, utilité –, offre un remède. Avant de colporter une rumeur, posons-nous la question : est-ce vrai ? Est-ce bienveillant ? Est-ce utile ? Un rappel s’impose, consultable ici.

Car si la Franc-maçonnerie veut retrouver son éclat, elle devra balayer les ombres de ses préjugés – ou risquer de n’être qu’un théâtre d’illusions pour personnes en retraite privées de jardinage.

Vous vous trompez, en pensant que le monde va plus mal qu’avant

L’idée de concevoir le monde parfait est une invitation à la réflexion, un exercice qui pousse chacun à projeter ses aspirations les plus profondes. Un tel monde pourrait être baigné de soleil permanent, où la sécurité, la nourriture abondante et la santé seraient des droits universels. On y guérirait les maladies les plus redoutées, on stopperait la perte de biodiversité et le changement climatique et chaque jour se terminerait par l’envie de voir le lendemain. Pourtant, face à ce tableau idyllique, le monde actuel semble souvent décevant : guerres, inégalités, régressions sociales et catastrophes environnementales alimentent un pessimisme répandu. Mais est-ce une vision juste ? En s’appuyant sur des données et une analyse des perceptions, il devient possible de nuancer ce constat.

Nous allons donc explorer l’évolution des conditions humaines, les biais cognitifs qui faussent notre jugement et la possibilité que, malgré ses imperfections, notre époque soit déjà un pas vers le meilleur des mondes, ou du moins un terrain fertile pour l’améliorer.

Un regard sur le passé et le présent : les progrès méconnus

À première vue, le monde d’aujourd’hui peut sembler en déclin. Les démocraties vacillent, les conflits persistent, et les crises climatiques s’intensifient. La violence semble croître, tout comme les cas de dépression, alimentant l’idée que tout va de mal en pis. Pourtant, une analyse factuelle révèle une tout autre réalité.

Il y a deux siècles, 90 % de l’humanité vivait dans une extrême pauvreté ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à moins de 9 %.

En 1990, 58 % de la population mondiale résidait dans des pays à faible revenu, contre seulement 9 % aujourd’hui. L’espérance de vie, autrefois limitée à une trentaine d’années, dépasse désormais les 70 ans en moyenne, atteignant même 80 dans les nations prospères.

Le taux d’homicide, qui atteignait 50 pour 100 000 habitants par an avant l’ère moderne, est aujourd’hui de 6 pour 100 000.

3 Compagnons qui s’apprêtent à assassiner le Maître architecte (photo qui date de l’époque du temple de Salomon 🙂

Ces chiffres, issus de mesures objectives comme la mortalité infantile ou le revenu par habitant, montrent une amélioration significative.

Cependant, cette progression n’est pas linéaire ni universelle. Si la pauvreté a reculé, des inégalités persistent, notamment dans des pays riches où le revenu est concentré entre les mains d’une minorité.

La pauvreté ne date pas d’hier…

Par exemple, au Qatar, les 1 % les plus riches captent une part écrasante du revenu national, tandis qu’en France, cette proportion reste bien plus équilibrée, autour de 12 %. Le produit intérieur brut (PIB), souvent utilisé comme indicateur de prospérité, ne reflète pas ces disparités ni le bien-être psychologique ou environnemental. Ainsi, malgré une croissance économique globale, des défis comme la stagnation de la mortalité infantile dans certains pays riches signalent que les progrès ne sont jamais acquis.

Les illusions du pessimisme : le rôle des biais cognitifs

Pourquoi alors persistons-nous à voir le monde comme un lieu de désolation ? La réponse réside dans la manière dont notre cerveau perçoit la réalité. Les émotions négatives, comme la peur ou l’insécurité, peuvent désactiver le cortex préfrontal, la zone responsable des décisions rationnelles, laissant le système limbique, siège des émotions, prendre le dessus. Cet instinct de négativité, utile à la survie dans un passé où ignorer un danger pouvait être fatal, nous pousse aujourd’hui à nous focaliser sur les mauvaises nouvelles. Les médias, en amplifiant les catastrophes (attentats, pandémies), renforcent cette tendance, créant un phénomène appelé « doom scrolling », où l’on se perd dans un flux incessant de drames.

Un autre biais, celui du fossé, nous amène à diviser le monde en extrêmes – riches contre pauvres, bien contre mal – alors que la réalité est un continuum. Par exemple, de nombreux pays à faible revenu sont devenus des pays à revenu moyen, augmentant la population mondiale dans cette catégorie de 2,6 milliards à près de 4 milliards en deux décennies. Pourtant, les enquêtes montrent que la majorité des gens surestiment les problèmes : 86 % pensent que 40 à 60 % des déchets plastiques finissent dans les océans, alors qu’il s’agit de moins de 1 %. Ce décalage s’explique aussi par le biais de confirmation, où notre cerveau privilégie les informations corroborant nos croyances, rejetant celles qui les contredisent, par peur de remettre en question notre identité.

Mesurer le bien-être : au-delà des chiffres économiques

4 enfants riants au pied d'un arbre
4 enfants riants au pied d’un arbre

Pour évaluer si nous vivons dans le meilleur des mondes, il faut dépasser les indicateurs économiques comme le PIB. Le bien-être humain repose sur des facteurs mesurables : être en vie plutôt que mort, nourri plutôt qu’affamé, en bonne santé plutôt que malade, instruit plutôt qu’ignorant, en sécurité plutôt qu’en danger. Parmi ces indicateurs, la mortalité infantile agit comme un « sismographe » : elle dépend de soins médicaux, d’infrastructures, d’éducation et de ressources, reflétant l’état global d’une société.

Historiquement, près de 50 % des nouveau-nés mouraient avant 15 ans ; ce taux est tombé à 4 % en 2020. Ce déclin, bien que spectaculaire, stagne ou réaugmente dans certains contextes, soulignant la complexité des progrès.

Des ours en peluche gratuits faciliteront le séjour à l’hôpital des enfants de la région, grâce à une bonne cause locale.

Comparée à d’autres métriques, la mortalité infantile offre une vision plus holistique que le PIB, qui ne dit rien des inégalités ou du ressenti psychologique. Par exemple, un pays comme le Qatar peut afficher un revenu par habitant élevé, mais ses disparités sociales le rendent moins « habitable » qu’une nation comme la France, où la répartition des richesses est plus équitable. Ces nuances montrent que le meilleur des mondes ne se mesure pas seulement à l’aune de la richesse, mais à celle de la qualité de vie et de l’équilibre social.

Le rôle de la conscience et de l’action collective

Si les données indiquent une amélioration globale, elles ne garantissent pas un avenir radieux. Les progrès passés – recul de la pauvreté, hausse de l’espérance de vie – sont le fruit d’efforts conscients : identification de problèmes et mise en œuvre de solutions. Cependant, face à des défis comme la hausse de la mortalité infantile dans certains pays riches, liée à des inégalités ou des problèmes de santé maternelle, une action proactive reste nécessaire. Le texte suggère que le pessimisme, alimenté par des biais cognitifs, peut freiner ce progrès en décourageant l’engagement.

Pour briser ce cercle vicieux, une prise de conscience est essentielle.

Reconnaître que notre intuition nous trompe – par exemple, en se concentrant sur les 1 % de plastique océanique plutôt que les 99 % terrestres – permet de réorienter les efforts.

Des solutions concrètes, comme la gestion des déchets dans les fleuves asiatiques, émergent quand on s’appuie sur les faits plutôt que sur les émotions. Cette approche demande humilité et curiosité, un effort pour dépasser les automatismes mentaux et agir collectivement.

Vers un monde meilleur, une possibilité à construire

Vivre dans le meilleur des mondes ne signifie pas qu’il est déjà réalisé, ni qu’il appartient au passé ou au futur. Les données montrent que, malgré ses imperfections, notre époque offre des conditions de vie inédites dans l’histoire humaine. Pourtant, ce progrès n’est pas automatique : il dépend de notre capacité à surmonter nos biais, à nous informer et à agir.

Si nous croyons en un avenir amélioré et orientons nos choix en conséquence, le meilleur des mondes pourrait être en gestation. Ce n’est pas une utopie figée, mais un processus vivant, façonné par notre volonté de le rendre plus juste, plus sain et plus harmonieux.

Ainsi, plutôt que de craindre de quitter la Terre ou de regretter un âge d’or perdu, nous pouvons choisir de bâtir, jour après jour, un monde où chacun trouve sa place.