Un décret du Grand Maître avertit qu’un « frère » a violé le secret maçonnique. Les noms des deux candidats sont affichés dans un lieu réservé aux Francs-maçons, et ils promettent d’être les premiers à intégrer l’obédience la plus influente, jusqu’alors réservée aux hommes.
Nouvel épisode dans la controverse qui a éclaté au sein de l’obédience de la Franc-maçonnerie la plus influente du pays concernant l’initiation imminente de femmes : un Franc-maçon vient d’être suspendu pour avoir publié les noms et les photos de deux femmes qui s’apprêtent à être initiées prochainement.
Le Grand Maître du GOL Fernando Cabecinha
Leurs noms sont déjà affichés dans une zone réservée du temple maçonnique, où ils restent 20 jours, comme l’exige le règlement, avant qu’un membre ne soit initié au Grand Oriente Lusitano (GOL).
Dans un décret signé ce vendredi 3 octobre par le Grand Maître Fernando Cabecinha, auquel CNN Portugal a eu accès, il est expliqué que le « frère » Luís Maia a publié le 26 septembre « dans le groupe WhatsApp nommé : No Feminino » une photo des extraits contenant les données personnelles et les photos de deux candidates à l’initiation ». La divulgation de l’identité des deux femmes s’apprêtant à entrer dans la Loge Delta du GOL remet en question, selon le document, le secret des Francs-maçons.
Prague comme athanor, la Vltava pour miroir, un Golem veillant sous la pierre et, dans l’ombre des bastions, un dispositif qui prétend capturer l’invisible : Dan Brown fait courir le lecteur tout en le ramenant à l’essentiel, là où science et symbole cessent de s’exclure. Entre la noétique de Katherine Solomon et l’art du signe de Robert Langdon, le roman ouvre des portes qu’aucune technologie ne devrait forcer. Ce n’est pas un simple thriller d’érudition, c’est une marche dans la nuit, à la rencontre d’une conscience plus vaste que nos appareillages.
Dans les abysses où les voiles de l’illusion se dissolvent pour libérer les arcanes de l’âme, Daniel Gerhard Brown, dit Dan Brown, émerge comme un maître hermétique des récits contemporains, transmutant les échos des mystères ancestraux en quêtes qui éveillent l’esprit moderne à son héritage éternel.
Fils d’un professeur de mathématiques et d’une musicienne dédiée aux harmonies sacrées, il grandit dans l’enceinte d’un pensionnat élitiste où les chants chorals et les énigmes de la foi épiscopalienne imprègnent ses jeunes années, jusqu’à ce qu’un doute intérieur, vers l’âge de neuf ans, le détache des certitudes dogmatiques pour le tourner vers les rythmes profanes de la musique pop, esquisses sonores d’un cosmos symbolique qu’il explorera ultérieurement par l’écriture.
Psi Upsilon
Après des études à Amherst College en 1982, marquées par son adhésion à la confrérie Psi Upsilon et une double spécialisation en espagnol et anglais, Dan Brown s’aventure à Hollywood en quête de renommée lyrique, mais c’est là qu’il rencontre Blythe Newlon, muse et compagne de douze ans son aînée, qui devient son épouse en 1997 et une collaboratrice discrète, infusant ses investigations dans les trames occultes de ses œuvres.
Dan-Brown,- nov. 2015 – ource-Wikimedia-Commons
Enseignant l’anglais et l’espagnol en Nouvelle-Angleterre – région située au nord-est des États-Unis et composée de 6 États : Maine, Vermont, New Hampshire, Massachusetts, Connecticut et Rhode Island –, il abandonne l’académie en 1996 pour embrasser pleinement la plume, forgeant une œuvre maîtresse où le thriller se fond à l’ésotérisme : Forteresse digitale, premier roman publié aux États-Unis en 1998 et sorti en France en 2007, Deception Point, roman policier publié en 2001 – version française en 2006, soit deux ans après la publication du Da Vinci Code –, et surtout la saga Robert Langdon – professeur de symbologie dans la prestigieuse université américaine Harvard et auteur de plusieurs livres parlant de symbologie et d’iconographie s’intéressant particulièrement à la Franc-Maçonnerie – avec Anges et Démons en 2000, Da Vinci Code en 2003 – ce phare illuminant deux cents millions d’âmes lectrices et suscitant des controverses sur les secrets voilés du christianisme originel –, suivi du Symbole perdu en 2009, Inferno en 2013, Origine en 2017, et enfin Le Secret des secrets en 2025.
Alma Mater de l’université de Cambridge (1600).
Musicien éconduit devenu romancier prolifique, Dan Brown, distingué par le Time en 2005 comme l’une des cent figures influentes et philanthrope généreux envers l’éducation technologique avec un don de deux millions de dollars à son alma mater (mère nourricière) en 2004, tisse une bibliographie où les codes cryptographiques, les sociétés secrètes et les énigmes historiques convergent vers une initiation collective, révélant les liens profonds entre science et spiritualité, invitant l’humanité à transcender ses chaînes profanes pour embrasser une lumière intérieure, maçonnique dans son essence, où chaque symbole élève comme un degré vers le Grand Architecte.
Au sein de cette tapisserie initiatique, Le Secret des secrets nous aspire dans les brumes alchimiques de Prague, cette cité des transmutations où les flèches gothiques transpercent les cieux enneigés pour invoquer les mystères de la conscience libérée des entraves corporelles, écho des rites hermétiques des anciens Rose-Croix qui voyaient dans la dissolution de la forme le seuil vers l’éveil éternel.
Ponts-sur-la-Vltava-à-Prague
Nous nous élevons avec le Dr Brigita Gessner dans un prologue qui évoque le détachement de l’âme, une expérience extracorporelle où l’esprit, essence divine, contemple la Vltava tel un Ka égyptien voguant vers les étoiles, défiant la matérialité pour affirmer que la conscience n’est pas captive du crâne mais un flux cosmique, réverbération des doctrines kabbalistiques où l’Arbre de Vie relie l’individu à l’infini, et où chaque branche symbolise un grade d’ascension spirituelle.
Dan Brown nous guide ensuite aux côtés de Robert Langdon, ce symbologue harvardien dont l’expertise en arcanes sacrés devient la lame qui tranche les voiles de l’ignorance, et de Katherine Solomon, noéticienne visionnaire dont les recherches sur la conscience non locale – ce champ akashique omniprésent où l’esprit capte les signaux comme une radio divine branchée sur l’universel – menacent les gardiens profanes d’un ordre établi, incarnés par Everett Finch et son projet Threshold, un temple souterrain de la CIA niché sous les bastions médiévaux, où des expériences sur la mort imminente, ces seuils initiatiques forcés par implants neuronaux et simulations psychédéliques, visent à militariser l’âme en la détachant du corps pour en faire un outil de surveillance invisible, une vision à distance perfectionnée qui transcende les limites physiques pour espionner les secrets enfouis dans les replis du monde.
Athanor
Nous ressentons la profondeur maçonnique de cette quête, où Prague, avec son Golem mythique – cette créature d’argile animée par le verbe sacré, protecteur vengeur d’une innocence bafouée comme Sasha Vesna, épileptique dont les crises ouvrent les portes d’une conscience élargie, et qui se révèle être l’alter ego tragique de Dmitri Sysevich, une personnalité dissociée née des horreurs d’un asile russe et transmutée en gardien
hermétique – symbolise les épreuves du néophyte affrontant le chaos pour renaître illuminé, traversant le pont Charles ou le Codex Gigas, cette Bible du Diable où les secrets hermétiques se cachent en pleine vue, rappelant comment les francs-maçons encodent la vérité dans l’architecture du monde, des ambigrammes énigmatiques aux fractales cosmiques qui reflètent l’unité infinie. Cette méditation romanesque nous immerge dans une danse symbolique où emblème opératif – le halo comme influx de conscience descendante, la couronne rayonnante évoquant l’éveil spirituel, ou la lance Vel perçante de perspicacité gravée dans les logos secrets – élève notre regard intérieur vers les grades d’une initiation collective, reliant les thématiques philosophiques de la mort comme illusion à l’héritage religieux des mystiques, des alchimistes praguois comme Rodolphe II qui collectionnait les arcanes dans son Speculum Alchemiae, à Nikola Tesla dont l’épigraphe annonce une décennie de progrès en explorant le non-physique, ce royaume où la conscience, fluide quantique, défie les chaînes de la matière.
Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques
Dan Brown, avec une subjectivité engagée qui infuse son œuvre d’une flamme personnelle, nous convie à questionner les chaînes du matérialisme, où la peur de l’anéantissement – ce grand voile profane – est dissipée par la preuve que la conscience persiste, non locale et éternelle, survivant aux dissolutions corporelles comme dans les rites funéraires égyptiens ou les visions Rose-Croix, où l’âme, libérée, vogue vers des royaumes interconnectés.
Rose-croix brodée sur une nappe d’autel.
Le Golem, alter ego tragique né d’une vengeance contre les abus de Threshold – ces expériences qui forcent l’âme à franchir le voile pour des fins militaires, écho des armes psychotroniques soviétiques et des projets Stargate de la CIA – incarne le gardien maçonnique, protégeant l’innocence contre les trahisons des puissants comme Everett Finch, ce maître d’échecs manipulant les ombres depuis son bureau londonien, ou l’ambassadrice Heide Nagel, marionnette involontaire piégée dans les filets de l’agence, tandis que la romance naissante entre Robert Langdon et Katherine Solomon symbolise l’union alchimique du symbole et de la science, fusionnant hermétisme et noétique pour révéler que l’humanité, affranchie de ses terreurs, peut tisser un fil d’or reliant le microcosme au macrocosme, où les implants neuronaux de Threshold, ces puces synthétiques modulant les neurotransmetteurs comme le GABA pour ouvrir les portes de la perception, deviennent les clés d’une conscience élargie, non pas pour dominer mais pour illuminer.
Représentation-du-Maharal-de-Prague-et-du-golem
Cette œuvre nous imprègne d’une contemplation intérieure où les intrigues se déploient comme des grades maçonniques : Robert Langdon, fuyant les poursuites de l’ÚZSI après un prologue de bombe factice au Four Seasons, décrypte les ambigrammes et les codes énigmatiques dissimulés dans les artefacts praguois, du labyrinthe des miroirs au mur de stalactites cachant des passages secrets vers les souterrains de Threshold, tandis que Katherine Solomon, kidnappée et confrontée aux horreurs des capsules d’animation suspendue – ces chambres cryogéniques où la mort simulée libère l’esprit pour des voyages extracorporels enregistrés et militarisés – découvre que sa thèse oubliée sur les neurones artificiels a été volée et pervertie par la CIA pour créer des implants permettant de visualiser l’œil de l’esprit, une technologie hermétique qui transforme la conscience en arme de surveillance, écho des visions à distance des anciens mystiques.
Castillo-de-Praga
Nous vibrons avec les révélations ésotériques, où le Golem, éveillé par les crises épileptiques de Sasha Vesna, arpente les rues de Prague masqué d’argile, gravé du mot EMET – vérité – sur le front, éliminant les bourreaux comme Brigita Gessner dans son laboratoire au Bastion du Crucifix, ou Michael Harris dans l’appartement de Sasha, pour finalement saboter le système SMES de Threshold, déclenchant une explosion héliumique qui pulvérise les abysses secrets, symbolisant la destruction alchimique du profane pour la renaissance du sacré.
Dans cette odyssée initiatique, Dan Brown nous fait ressentir la portée maçonnique de Prague comme laboratoire de notre propre transmutation, où les secrets de la conscience, enfouis sous les bastions et les cathédrales, émergent pour nous unir au Grand Architecte, et où les personnages comme Jonas Faukman, l’éditeur piégé à New York, ou l’agent Susan Housemore, sacrifiée dans les ombres, soulignent les sacrifices sur l’autel de la vérité.
Robert Langdon interprété par Tom Hanks dans Anges et Démons.
Nous émergeons de ces pages transformés, le cœur vibrant d’une espérance ésotérique où le secret ultime – la survie de l’âme au-delà de la chair, prouvée par les expériences non locales et les implants qui ouvrent les vannes de la perception – n’est pas une chimère mais le sceau d’une transmutation intérieure, invitant chacun à franchir son propre seuil vers une unité cosmique, où science et foi se fondent en une harmonie divine, et où la conscience, éternelle et interconnectée, nous élève vers les étoiles sous le regard bienveillant du Grand Architecte.
L’apparition du Golem (1916), illustration de Hugo Steiner-Prag pour Le Golem, roman de Gustav Meyrink.
Quand le fracas se tait et que l’athanor refroidit, il demeure une clarté sans emphase. Le Secret des secrets nous rappelle que l’outil n’est jamais neutre, que la main décide du sens, et que l’œil de l’esprit ne s’offre qu’à ceux qui consentent au silence. Le Golem se dissipe, EMET s’efface, mais la vérité ne quitte pas le front de celles et ceux qui travaillent. Nous refermons le livre comme on replie le compas après l’ouvrage, non pour conclure mais pour reprendre souffle, avec cette certitude simple et haute : la mort n’est qu’un voile, la connaissance une discipline, et l’alliance du symbole et de la méthode le plus sûr chemin pour passer du chantier au Temple. Ordo ab Chao – par le service, par la justesse, par la lumière qui ne s’improvise pas.
Le Secret des secrets
Dan Brown – JC Lattès, 225, 638 pages, 25,90 € – version numérique 16,99 € – livre audio, selon abonnement – Livre audio 2 CD 30,90 €
Panorama de Prague vu depuis le belvédère de Petřín
Notre époque voit se multiplier et s’amplifier les crises dans tous les domaines Sommes-nous obligés de trembler ou devons-nous nous résigner et nous adapter aux lois mortifères du monde ? Le postulat de l’ouvrage déclare que nous sommes des âmes lumineuses incarnées dans un corps et une époque pour en faire l’expérience, grandir et rayonner. En décidant de vivre sans doudous et sans gourous, l’auteur propose des choix sans dieux ni maîtres pour accéder à un SOI rayonnant fait de lumière et de puissance.
Encore faudra-t-il que cette quête personnelle ne se transforme pas en dérive narcissique ou en isolement.
Flavia Mazelin Salvi a été Rédactrice en Chef et conseillère éditoriale du magazine PSYCHOLOGIES. Elle est accompagnatrice spécialisée depuis plus de trente ans en psycho-spiritualité. Elle est l’auteure de livres et d’articles consacrés à la conscience de soi et elle anime des ateliers sur ces thèmes.
Prologue : Le legs Il y eut un départ. Un frère ancien, discret, dont le silence pesait plus que les discours. Avant de quitter le temple, il laissa une consigne :
« Ne remplacez pas ma voix. Posez un homme au centre. Qu’il ne parle pas. Qu’il ne regarde pas. Qu’il soit là. »
On crut à une plaisanterie. Puis on comprit : ce frère avait toujours été miroir. Il ne commentait pas, il reflétait. Il ne jugeait pas, il accueillait. Son absence devint présence. Son retrait, un rituel.
Depuis, à chaque passage délicat, chaque mutation, chaque transmission incertaine, on convoque un maçon.
Un frère volontaire. Il entre par l’Occident, sans insigne, sans parole. Il ne s’installe pas : il se fige. Il devient miroir. Et lorsque le miroir est là, les voix s’élèvent.
Acte I : Le figement
Le temple est silencieux. Un maçon entre par l’Occident. Il ne salue pas. Il ne cherche pas sa place. Il se fige au centre. Ni statue, ni symbole. Juste un homme qui ne prétend rien.
Certains murmurent : – Il croit qu’on va se voir en lui ?
D’autres pensent : – Il est là pour ne pas être là. C’est déjà trop.
Mais personne ne parle. Le silence est plus bavard que les colonnes. Le miroir est en place. Les voix peuvent s’élever.
Acte II : Les deux voix et le voile
Camus (la voix du monde)
– Voilà donc le miroir. Il ne brille pas. Il ne renvoie rien.
Il est l’absurde en costume sombre. Il nous regarde sans yeux. Il est là pour nous rappeler que même le vide a une tenue correcte.
Eckhart (la voix du retrait)
– Voici le miroir. Il ne juge pas. Il ne veut rien.
Il est le vide qui nous oblige à tomber. Il est ce qui reste quand tout est tombé. Il est là pour que nous cessions de vouloir être.
Un souffle traverse le temple. Une présence discrète. Une sœur est là. Elle ne s’est pas annoncée. Elle ne s’est pas installée. Elle est un voile.
La sœur (la voix du trouble)
– Vous parlez trop. Le miroir ne vous écoute pas.
Il attend que vous tombiez dans son silence. Vous cherchez à vous voir. Lui, il vous regarde disparaître.
Camus
– Disparaître, c’est encore exister. Il faut bien quelqu’un pour dire non.
Eckhart
– Il faut surtout quelqu’un pour ne plus dire.
La sœur ne répond pas. Elle s’efface. Le voile est passé. Le miroir reste.
Interlude : Le soupir de l’équerre
Sur l’autel de l’Orient, l’équerre, posée là depuis toujours, pousse un soupir. Personne ne l’entend. Mais tous le ressentent. Ce soupir n’est pas un jugement. C’est un étonnement.
Parce que les voix ont débordé le cadre. Parce que le miroir ne répond pas aux angles. Parce que le temple, ce jour-là, s’est laissé traverser par l’informe.
L’équerre soupire comme on plie sans rompre. Elle ne quitte pas sa place. Mais elle sait : quelque chose s’est dit qui ne se mesure pas. Et pourtant, il faudra bien le tracer.
Acte III : Le passage
Le maçon reste figé. Il est le miroir. Il est la trace. Il est le passage. Les deux voix se taisent. Le temple respire. Quelque chose a été transmis. Personne ne sait quoi. Mais tout le monde le sent.
Acte IV : Le débat
Camus (regardant le temple)
– Ce lieu se veut consacré. Mais consacré à quoi ?
À l’ordre ? À la répétition ? À l’illusion d’un sens partagé ? Je vois des gestes, des silences, des regards. Mais je ne vois pas de vérité. Seulement des hommes qui espèrent que le rituel les sauvera de l’absurde.
Eckhart (regardant le même lieu)
– Ce lieu ne promet rien. Il ne sauve pas. Il dépouille. Il ne donne pas de sens, il retire les masques. Ce que tu appelles illusion, je l’appelle retrait. Ce que tu nommes absurdité, je le nomme grâce silencieuse.
Camus
– Tu veux qu’on se taise pour être ?
Moi je veux qu’on parle pour ne pas disparaître. Ce temple est un théâtre. Et le miroir, un acteur muet. Il ne nous révèle rien. Il nous regarde jouer.
Eckhart
– Justement. Il ne joue pas. Il ne répond pas.
Il est là pour que nous tombions. Et dans la chute, peut-être, un espace s’ouvre.
La sœur (voile traversant)
– Vous parlez comme si le temple vous appartenait.
Mais il ne vous attend pas. Il ne vous juge pas. Il ne vous écoute pas. Il est là pour que vous cessiez de croire que vous êtes là.
Acte V : La clôture
Le débat s’est épuisé. Les voix se sont tues. Le temple ne répond pas. Il respire. Le maçon, figé au centre, ne bouge toujours pas. Mais quelque chose s’est déplacé. Ce n’est pas lui. C’est le regard des autres. La sœur a disparu. Ou peut-être n’a-t-elle jamais été là. Un voile, un souffle, une trace. Camus baisse les yeux. Eckhart ferme les siens. Le miroir ne reflète plus rien. Il n’a jamais rien reflété. Il a seulement été là. Le temple se referme. Sans bruit. Sans verdict. Sans conclusion.
Dernière trace : Sur le bureau
Deux notes manuscrites, côte à côte :
“Je suis entré par l’Occident, pour que tu puisses te voir sans bruit.” “Je suis passée sans bruit. Tu m’as vue trop tard.”
P.S. : Je précise ici ce qui me lie à ces deux philosophes : Camus et Maître Eckhart, que je convoque si souvent.
L’un parle à l’homme debout, l’autre au silence qui le traverse. Entre l’absurde et le retrait, il y a peut-être juste assez d’espace pour un geste juste. Camus éclaire la dignité du refus, Eckhart celle du dépouillement. Le premier résiste sans renier, le second s’efface sans fuir.
Je les convoque ensemble pour que leur tension m’oblige à rester juste, ni trop plein, ni trop vide.
De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
En Franc-Maçonnerie, le mot « règle » n’est jamais neutre. Il ne désigne ni une simple prescription écrite, ni une imposition aveugle à laquelle il faut obéir sans comprendre. C’est un chemin, une frontière qui n’étouffe pas, mais qui guide ; une ligne fine mais forte qui nous accompagne dans le voyage initiatique.
Sans règles, aucune maison ne peut être construite ; sans proportion, aucun temple ne peut tenir debout.
C’est Vitruve, maître de l’architecture et de l’harmonie, qui l’a écrit. De même, sans règles, aucune communauté maçonnique ne peut vivre, grandir et progresser. Il faut cependant le préciser : en Franc-Maçonnerie, les règles ne sont pas contraignantes au sens profane du terme. Personne ne nous menace par la force ou par une loi extérieure. Elles n’ont pas le caractère coercitif du droit civil ou pénal.
Leur force est différente, plus subtile et en même temps plus profonde : c’est la vigueur de la conscience, de la discipline intérieure, de la libre adhésion. La règle maçonnique ne nous enchaîne pas ; elle nous élève. Elle ne nous limite pas ; elle nous guide. Elle ne nous réduit pas ; elle nous façonne.
Le pont du Golden Gate ( litt. « Pont de la porte dorée »)
Imaginez-vous traverser un pont suspendu. Le seul moyen d’éviter la chute est de s’appuyer sur les garde-corps qui l’entourent. Ils n’entravent ni notre progression, ni notre progression ; au contraire, ils permettent de traverser. Telle est la règle : la garde-corps de l’Âme.
Sans règles, le système maçonnique se désintégrerait en une myriade de directions chaotiques, tel du sable emporté par le vent. Grâce à elles, cependant, le Temple intérieur et collectif demeure solide, harmonieux, capable de défier le temps.
Ce n’est pas un hasard si le terme latin regula dérive de regere , qui signifie guider, diriger, mais aussi de rex , celui qui maintient la ligne droite, qui garantit l’ordre du cosmos.
La règle est ce qui dirige le rectum.
Route de montagne saison été et hiver
Les juristes romains le disaient : la règle est ce qui guide sur le droit chemin.
On dit souvent que la franc-maçonnerie est un espace de liberté absolue. C’est vrai, mais pas au sens d’anarchie. La liberté ne signifie pas l’absence de règles, mais plutôt la capacité d’agir consciemment dans un cadre qui donne un sens à l’action elle-même.
La véritable liberté consiste à obéir à la loi que l’on s’est donnée.
Jean-Jacques Rousseau
Et dans la Loge, les règles ne sont pas imposées de l’extérieur : elles sont le fruit de siècles de tradition, d’expérience, d’erreurs et de victoires. Elles représentent la mémoire vivante de l’Ordre. Sans elles, point de progrès, seulement du désordre ; point de continuité, seulement de la fragmentation. Sans règles, même les symboles perdraient leur sens, devenant des images muettes et sans direction.
Pourtant, la vie maçonnique nous enseigne qu’une règle peut être transgressée. Non par insouciance, ni par rébellion stérile, mais parce que, à ce moment précis, historique ou personnel, la règle elle-même doit être repensée, réinterprétée, adaptée. Dans ce cas, la transgression n’est jamais silencieuse ni cachée : elle doit être expliquée, argumentée, partagée.
« Toute action est accomplie en vue d’une fin », nous rappelle saint Thomas : chaque action est accomplie avec une fin en tête. Et si cette fin demeure l’harmonie, la croissance, la vérité, même la transgression d’une règle peut devenir un moment d’élévation, à condition d’être comprise et justifiée.
Rien n’est plus dangereux qu’une infraction non déclarée, un acte qui rompt le pacte commun sans explication. En Franc-Maçonnerie, la transparence fait partie intégrante de la règle : nous agissons et nous expliquons ; nous commettons des erreurs et nous acquiesçons ; nous nous écartons, mais toujours pour trouver une voie plus juste.
La tension entre la règle et la liberté est aussi vieille que l’homme.
La modération est la meilleure des choses.
Hésiode
Platon et Aristote philosophant
Platon, au contraire, parlait du kosmos , de l’ordre, comme condition de toute beauté. La franc-maçonnerie, dans sa sagesse ancestrale, n’élimine pas cette tension : elle la préserve, la cultive et la rend fructueuse.
Être libre sans règles, c’est être prisonnier de l’arbitraire. Être lié par des règles sans liberté, c’est être esclave de la lettre. La voie maçonnique, cependant, est celle du juste milieu : des règles vécues comme des instruments de liberté, une liberté exercée dans le respect des règles.
En ce sens, la règle est véritablement notre boussole intérieure : elle ne nous oblige pas, mais nous indique un cercle ; elle ne nous contraint pas, mais nous guide.
Les anciennes Constitutions d’Anderson de 1723 rappellent :
Un maçon est obligé, par sa condition, d’obéir à la loi morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux.
Ici, le mot « obligé » n’indique pas une soumission servile, mais la reconnaissance d’une vérité supérieure, qui s’exprime à travers des règles partagées.
Et saint Benoît, dans le Prologue de sa Regula Monachorum , affirmait :
Rien d’aspera nobis videatur pro Christo.
Rien ne devrait paraître dur s’il est vécu au nom d’un but supérieur. Il en va de même en Franc-maçonnerie : la règle, vue avec les yeux de l’esprit, n’est pas un fardeau, mais un soulagement, pas une chaîne, mais un soutien.
Aujourd’hui, dans un monde de plus en plus fluide et fragmenté, parler de règles peut paraître impopulaire, mais c’est précisément pour cette raison que la Franc-Maçonnerie se doit d’en réaffirmer la valeur. Les règles sont le pilier qui soutient la proue, le fil à plomb qui maintient l’édifice debout, la boussole qui empêche le navire de se perdre dans les mers houleuses.
Fiat lux : que la lumière soit et la lumière brille à travers la règle.
Ceux qui adhèrent à la Franc-Maçonnerie ne renoncent pas à la liberté ; au contraire, ils la redécouvrent dans sa forme la plus authentique : celle qui naît du respect des règles partagées, de la discipline du cœur, de l’écoute de la Tradition.
Car sans règles, aucun temple ne peut être construit, ni de pierre ni d’esprit. Avec elles, cependant, nous pouvons construire cette cathédrale intérieure qui est le véritable but de notre cheminement.
Ainsi, Sœurs et Frères, gardons nos règles. Reconnaissons-les, aimons-les, expliquons-les si nécessaire.
Elles sont nos garde-fous, notre guide, notre force silencieuse. Sans elles, aucun chemin n’est possible. Avec elles, chaque chemin devient lumière.
Nous allons prendre la devise des compagnons comme une pierre d’angle et bâtir autour d’elle une véritable hygiène de la vie maçonnique. « Ni se servir ni s’asservir, mais servir » n’est pas un slogan mais une discipline.
Rites et mystères chrétiens des Compagnonnages
Si on l’habite vraiment, elle devient un système immunitaire contre les affaires intérieures qui affaiblissent nos Obédiences et brouillent notre parole dans la cité. Je te propose une lecture longue, à la fois symbolique et très concrète, qui montre comment la Franc-Maçonnerie peut s’en inspirer pour prévenir malversations, corruptions, influences indues, avantages particuliers et réseaux d’affaires dévoyés.
Nous savons d’où nous venons.
Le compagnonnage rappelle que le métier n’est pas seulement une technique mais une tenue intérieure. Le Tour décape les certitudes. L’accueil éduque à la différence. La communauté exige et relève. L’Adoption et la Réception gravent dans la mémoire des gestes qui deviennent manières d’être. Transposé en loge, cela définit un art de gouverner. Gouverner une obédience, c’est conduire un chantier dont l’ouvrage est la confiance.La confiance est lente à monter, rapide à s’effondrer. Elle se nourrit de trois nourritures simples et sévères qui déclinent la devise compagnonnique.
Ne pas se servir d’abord.
Cela signifie renoncer à tout usage privatif des charges, des budgets, des réseaux, des symboles. Dans la pratique, cela commence par la clarté des règles. Le fil à plomb de l’éthique se nomme conflit d’intérêts. Toute Sœur, Tout frère appelé à une fonction doit déclarer ses intérêts professionnels, associatifs, familiaux, capitalistiques, et s’abstenir chaque fois qu’une décision peut les toucher. On ne préside pas une commission qui attribue un marché à l’entreprise d’un proche. On ne négocie pas un bail avec un propriétaire frère sans mise en concurrence loyale. On ne transforme pas un véhicule de service en avantage personnel, ni un logement obédientiel en confort discret. On ne glisse pas une location d’appartement ou de salle à des conditions opaques. Les remboursements vivent à l’ombre portée du reçu, les frais se justifient par l’objet, jamais par le rang. Le niveau rappelle que la même règle vaut pour tous, des dignitaires aux membres de base, sans privilèges de caste ni tolérances coutumières.
Ne pas s’asservir ensuite.
Cela signifie refuser les clientèles et les allégeances qui réduisent l’indépendance du jugement. On peut s’asservir à une faction, à une communication, à un mécène, à une admiration, à une peur. La maçonnerie ne doit pas devenir un champ d’attraction d’intérêts profanes qui dictent ses choix. Ici, la règle intervient comme gouvernail. Les nominations s’appuient sur des critères publiés. Les appels d’offres, même modestes, sont tracés du premier courriel à la dernière facture. Les partenariats se déclarent et se bornent. Les dons se consignent. Les invitations et cadeaux reçoivent un registre, et l’on refuse ce qui excède la courtoisie pour ne pas emprunter son jugement. L’on n’accepte pas d’être porte-voix d’un pouvoir temporel ni chambre d’échos d’un lobby. Nous travaillons à couvert mais non dans l’ombre.
L’équerre et le compas, symbole de la franc-maçonnerie, représentés au plafond du grand temple maçonnique de Nancy.
Alexandre Marchi – L’Est Républicain – MaxPPP
Servir enfin.
C’est le cœur de l’affaire. Servir veut dire orienter chaque décision vers l’Œuvre et non vers soi. Dans le rituel, l’étoile flamboyante n’est pas un projecteur. Le Vénérable ordonne, il ne règne pas. Le Grand Maître représente, il ne s’approprie pas. Le maillet n’est pas un sceptre. Le compas commence par se poser sur soi. Servir prend corps dans des dispositifs concrets qui transforment des vertus en procédures. L’humilité devient rotation réelle des charges avec périodes de respiration pour éviter les baronnies. La modestie devient sobriété des honneurs et limitation stricte des dépenses d’apparat. La droiture devient audit régulier confié à des yeux extérieurs et publication claire des comptes. La fraternité devient protection des lanceurs d’alerte pour que celui qui signale un manquement ne soit ni isolé ni brisé. La justice devient procédure disciplinaire contradictoire et lisible, orientée d’abord vers la réparation, ensuite vers la sanction quand il le faut.
Image par Solange Sudarskis
On dira que ce sont des évidences.
Elles ne le sont jamais assez. Les affaires naissent des zones grises. La tentation est douce. La loge, parce qu’elle réunit des compétences, peut aussi agréger des intérêts. Le risque n’est pas d’avoir des frères entrepreneurs ou des sœurs influentes, c’est de laisser leurs réseaux dicter la délibération, ou d’autoriser la loge à devenir un accélérateur d’affaires. Pour prévenir cette dérive, il faut séparer les plans. Dans le Temple, on ne sollicite pas. On ne propose pas à la volée des prestations ou des mises en relation lucratives. Les discussions d’affaires, si elles doivent exister, se tiennent hors Tenue, dans des espaces balisés et transparents, sous peine de corrompre la parole symbolique. Il faut le dire sans détour : la fraternité n’est pas un carnet d’adresses. Elle est une exigence d’honnêteté qui, parfois, impose de dire non.
Ce garde-fou moral se traduit par des gestes précis qui, mis bout à bout, forment un système de prévention. Avant les élections, chaque candidate, chaque candidat, publie une déclaration d’intérêts et un engagement de probité. Les programmes incluent un chapitre éthique qui promet des mécanismes vérifiables et mesurables. Une fois élus, les exécutifs rendent des comptes selon un calendrier connu. Les procès-verbaux des décisions non confidentielles sont diffusés. Les marchés dépassant un faible seuil monétaire connaissent une publicité minimale, trois devis, et une grille simple de choix. Les conventions passées avec des structures tenues par des membres font l’objet d’une mise à distance, avec abstention de ceux qu’elles concernent.
Les frais sont plafonnés, les indemnités clarifiées, les per diem encadrés, les déplacements justifiés par un ordre de mission.
Les véhicules de service répondent à une politique écrite où l’on sait qui y a droit, pourquoi, et comment on contrôle l’usage. Les logements de fonction obéissent à des critères publics de nécessité et non d’agrément. Les sponsors ne dictent ni le contenu ni le casting des événements. L’archive est un biencommun : on la tient avec rigueur, on l’ouvre aux historiens selon la loi et la décence, on n’y fait pas de trous d’air.
Musée du Compagnonnage
À ce dispositif s’ajoute la pédagogie, car on ne prévient pas l’abus par la peur seule mais par la culture. Former systématiquement les officiers à l’éthique des organisations, c’est leur donner un outillage intérieur. On y apprend à reconnaître les conflits d’intérêts, à manier la transparence sans exhiber, à écrire une décision, à justifier un refus, à accueillir un signalement. On y réapprend la grammaire de nos outils. Le fil à plomb enseigne la verticalité de la conscience. Le niveau rappelle que personne n’est au-dessus de la règle. La règle montre que l’on avance par bornes claires. Le levier indique la manière de déplacer des masses sans briser les êtres. Le maillet invite à frapper juste et non fort. Le ciseau apprend à reprendre plutôt qu’à recouvrir. Les arts libéraux, revisités, deviennent des méthodes de pensée contre l’embrouille : la rhétorique pour débusquer la langue de bois, la logique pour démonter les sophismes, l’arithmétique pour lire un budget, la géométrie pour équilibrer un organigramme, la musique pour entendre l’accord juste entre exigences concurrentes.
Certains craindront que cette clarté ne refroidisse l’âme. C’est l’inverse. La probité donne de la chaleur, car elle rend possible la confiance. Elle fait de la fraternité autre chose qu’un mot aimable. Elle permet la parole libre, la vraie, celle qui n’est redevable à personne. Elle libère l’énergie des meilleures volontés. Elle empêche les étouffements silencieux. Elle autorise la critique sans procès d’intention. Elle protège les timides contre les habiles. Elle desserre l’étreinte des réputations. Elle transforme la loge en atelier où l’on ose remettre l’ouvrage.
Pour que cette culture prenne, il faut aussi ritualiser l’éthique.Avant l’ouverture des travaux, on peut lire, à haute voix, une courte prière laïque à la probité. À la fermeture, on consacre une minute à la « question des biens et des devoirs de l’Ordre », temps bref où l’on vérifie un point concret, une décision en attente, un retour à donner. Une fois par an, chaque loge consacre une Tenue à l’éthique de la charge et au bon usage des moyens communs. Chacun y parle en conscience, sans faux héroïsme ni fausse pudeur. Les maîtres y racontent des cas, non pour juger mais pour apprendre ensemble. Les Apprentis entendent que l’équerre ne se porte pas seulement au tablier. Les Compagnons constatent qu’elle s’essaie à la table des décisions.
Il faudra, lorsque survient malgré tout la faute, savoir articuler justice et miséricorde. La justice exige des procédures claires, des délais, des voies de recours, des parités. La miséricorde demande d’accueillir le repentir, de permettre la réparation, de préférer le relèvement à la relégation lorsque cela est possible. Les deux ensemble font de la sanction une étape de vérité et non une vendetta. Les deux ensemble évitent le cynisme qui détruit les maisons.
ÉTHIQUE et ATHÉISME
Reste un point délicat, les réseaux.
La fraternité crée naturellement des liens forts. Ils peuvent devenir une force pour le bien commun si on les met au service d’œuvres nettes et ouvertes. Ils deviennent un poison si on en fait des circuits fermés d’avantages mutuels. La parade est simple et exigeante : ce qui relève de l’intérêt privé ne se cache pas derrière le mot Fraternité.
On ne vend pas la Fraternité, on ne la loue pas, on ne la troque pas.
On peut, hors loge, travailler ensemble à des projets profanes, mais on s’interdit d’instrumentaliser la Tenue, les grades, le secret, le rituel, comme autant de sésames. Le secret protège l’intime initiatique, pas les combines. L’honneur protège le faible, pas le puissant en faute. La main qui serre n’est pas une poignée d’initiés qui s’arrangent, c’est une promesse faite à soi-même de tenir l’équerre face à la pente.
On pourra graver cela dans une petite charte de service, non pour s’enfermer, mais pour se souvenir.
Une page, pas davantage, que chaque officier signe au début de sa charge, que chaque atelier affiche dans sa salle humide, que chaque obédience publie au vu de tous. On y dirait simplement que nul ne se sert des moyens communs pour son bénéfice, que nul n’asservit sa liberté à une faction, qu’ainsi chacun s’engage à servir l’Œuvre. On y fixerait les gestes qui rendent ces mots vrais : déclarer ses intérêts, s’abstenir quand il le faut, rendre des comptes, ouvrir ses livres, accueillir la critique, protéger la parole qui alerte, préférer la rectification rapide à la défense d’honneur.
Alors, la devise compagnonnique cessera d’être une citation élégante. Elle deviendra notre manière d’habiter le Temple.
Nous retrouverons la patience des bâtisseurs qui savaient que la pierre porte si l’on respecte son fil. Nous redonnerons à nos Obédiences l’allure simple des maisons où l’on travaille sans bruit. Nous offrirons à la cité une voix qui ne tremble pas quand elle parle de droiture. Nous relèverons, là où l’on a chuté, non par habileté mais par fidélité. Nous comprendrons enfin que servir n’est ni s’effacer ni s’exalter, mais s’aligner, au quotidien, sur une lumière qui ne s’achète pas.
Ni se servir. Ni s’asservir. Mais servir. Et que cela se voie, non dans nos discours, mais dans la manière dont nous tenons la règle quand nul ne regarde.
Le lieu dans lequel se réunissent les Francs-Maçons s’appelle un Temple. Les Francs-maçons qui s’y rassemblent sont des Frères et des Sœurs. Certains travaillent en suivant les principes d’un Rite, dit « Ecossais Ancien et Accepté » dont le détail a été fixé il y a plus de 120 ans, sur des bases vieilles de plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires.
Certains pourraient croire que la Franc-maçonnerie est un ordre religieux, quand d’autres sont persuadés qu’il s’agit au contraire d’un ordre anti-religieux. En réalité, ce n’est ni l’un ni l’autre. La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité
La Franc-maçonnerie dite « spéculative » telle que nous la connaissons aujourd’hui a repris ou n’a cessé de perpétuer nombre de traditions des guildes et corporations de maçons du Moyen-âge, organisés en loges opératives. Les Devoirs auxquels s’obligeaient les hommes de métier, tels que les décrivent les anciens manuscrits du 14ème, du 15ème et du 16ème siècles, créaient entre eux une solidarité explicite.
Les règles de l’Art royal n’étaient transmises qu’à ceux qui en étaient jugés dignes, de manière progressive et sous le sceau du secret le plus absolu. Lorsque des membres non professionnels, nobles ou notables locaux, vinrent à être acceptés dans ces Loges, ils furent à leur tour instruits de ces secrets en même temps que des devoirs qui s’imposaient aux membres. Peu à peu, se créèrent des Loges dont les hommes de métier étaient absents, mais leur héritage demeurait le ciment liant les membres acceptés, désormais entre eux, qu’il s’agisse des traditions et des usages.
Le mot d’Ordre, qui désigne une institution, mérite d’être explicité : ordre désigne à la fois l’association, la collectivité organisée et hiérarchisée, en même temps que le principe d’organisation, au sens d’agencement, de discipline, de paix et d’harmonie. Tout en se gardant de confondre le mot et les idées qu’il véhicule, on conviendra que cette dualité sémantique mérite d’être explicitée. Si l’on en juge par les dictionnaires, le mot « ordre » a une pluralité de sens, dont on voit pourtant qu’ils procèdent d’une même idée fondamentale. Ils renvoient ici aux ordres de chevalerie ainsi qu’aux religieux ou professionnels.
Ainsi, la Franc-maçonnerie est un Ordre, une organisation structurée et hiérarchisée.
Chacune de nos loges est un groupe d’hommes et/ou de femmes qui choisissent librement de se lier à la structure qui les rassemble par serment, chacun s’engageant à respecter certaines règles non seulement le temps qu’ils passent ensemble mais au-delà, dans leur vie quotidienne, faisant preuve d’exemplarité au nom de principes et de valeurs qui se traduisent en une éthique sans compromis.
Le Serment (Dionysos Tsokos, 1849) illustre une cérémonie d’initiation : le pope semble être Grigórios Phléssas, le combattant Theódoros Kolokotrónis.
La notion de serment librement prêté, d’allégeance librement consentie en pleine conscience, est constitutive de la démarche du Franc-maçon. Le besoin de règles est tout autant essentiel. L’univers est ordonné, par des lois immuables. Les Francs-maçons les attribuent à un Principe Créateur qu’ils appellent Grand Architecte de l’Univers, pour laisser chacun libre de sa foi, de ses convictions religieuses, de sa pratique ou de sa non-pratique. Car la liberté de pensée et de croyance est essentielle.
Sans liberté, point de responsabilité. Sans responsabilité, point de valeur morale aux pensées non plus qu’aux actions. Mais sans serment, point d’engagement véritable. L’engagement est lui aussi constitutif de la responsabilité.
La voie maçonnique est une voie spirituelle, une voie de libération, une voie de responsabilisation. C’est un engagement.
Un engagement qui laisse à chacun de ceux qui s’y engagent la liberté de ses conceptions métaphysiques ou religieuses, en même temps qu’elle est une invitation à se déterminer à progresser vers la part d’universel et d’intemporel dont chaque élément de la Création, chaque être humain notamment, est porteur. C’est précisément en cela que la voie que propose l’Ordre maçonnique tel que nous la concevons n’est pas opposée à celle qu’offrent les religions. Mais elle n’y est pas davantage assujettie.
Les règles qui régissent les mouvements des astres, comme la vie des espèces animales qui peuplent notre planète – la nôtre y comprise bien sûr – sont pour l’essentiel intangibles, ces dernières n’évoluant que pour refléter les évolutions de leur environnement ou pallier d’éventuelles lacunes.
Les règles sont nécessaires pour éviter l’anarchie et la vaine dispersion des énergies. Mais parce qu’elles sont partagées et qu’elles s’imposent à tous de la même façon, les règles sont aussi un facteur de cohésion du groupe ainsi qu’un vecteur d’équité. Une société où règne l’équité est davantage encline à la paix et à l’harmonie. Pour un groupe d’homme qui se voue à la recherche, l’Ordre est le gage d’une indispensable et fructueuse sérénité.
On comprend aussi que la spiritualité n’est pas seulement un champ de recherche ou d’expériences intérieures, mais bien la source vivante de valeurs éthiques, le fondement d’un humanisme authentique. En clair, celui ou celle qui s’engage en Franc-maçonnerie s’engage par là même à adopter et à conserver une posture fondée sur une véritable ouverture à l’autre, qui procède de la conscience au plus profond de soi d’une même filiation. Même s’il est évident que l’élévation spirituelle, le recours au symbolisme ou à des mythes sont des composantes essentielles, pour ne pas dire constitutives, de l’engagement maçonnique, il va de soi que tout Maçon, toute Maçonne, se doit de prolonger au dehors l’œuvre commencée dans le Temple.
En d’autres termes, l’engagement maçonnique ne se limite pas à deux, trois ou quatre fois trois heures dans le mois ; c‘est un engament permanent, qui doit se manifester dans tous les actes de la vie, personnelle comme professionnelle. Il faut donc convenir de ce que le passage du monde sacré au monde profane, est une alternance qui nous permet de progresser, non seulement dans notre cheminement maçonnique mais aussi, et peut-être surtout dans notre vie quotidienne.
L’engagement du maçon ne serait qu’une mascarade s’il se limitait à l’espace de la Loge. C’est en dehors du Temple que les vérités acquises sur les colonnes peuvent et doivent avoir des applications pratiques. La réflexion symbolique et l’implication sociale, certes rigoureusement séparées, sont indispensables l’une à l’autre. Le travail symbolique prend tout son sens s’il nourrit un combat de tous les instants, au sein de sa famille, de son immeuble, de son travail, de son pays…
Pierre-Marie Adam ancien Grand Maître de la GLDF
En fait, un Franc-Maçon n’est rien s’il n’est qu’un homme qui conduit une réflexion métaphysique sur le sens de sa vie. Il lui faut aussi être utilement un humaniste qui apporte sa contribution solidaire au monde qui l’entoure. Comme l’a résumé un ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, Pierre-Marie Adam : « c’est parce que nous nous améliorons nous-mêmes que nous pouvons être et agir différemment, y compris dans le monde. Outre travailler sur le plan symbolique et initiatique, nous nous intéressons évidemment aux progrès du monde, à la technique, la bioéthique, la laïcité, etc. Toutes les grandes questions qui sont la vie en société, l’humanité. »
Les Francs-maçons et Franc-maçonnes réfléchissent à la place que nous devrons avoir dans la société de demain. Ils réfléchissent à ce que nous aurons à dire puisque nous sommes régulièrement interrogés en tant que groupe de pensée. Ils réfléchissent à comment construire un monde plus équitable, moins discriminant, plus égalitaire. Quelles que soient les différences qui, naturellement et très heureusement, nous distinguent, nous partageons les mêmes idées sur l’engagement, la solidarité, l’égalité entre tous les hommes, comme sur l’exemplarité de la maçonnerie.
En clair, au-delà de notre diversité, nous sommes un groupe d’humains qui partageons les mêmes grandes aspirations, qui respectons et promouvons un cadre moral acceptable par tous, commun à tous, et qui place l’Homme au milieu de son projet, mais aussi au centre de son écosystème afin qu’il le protège.
C’est ce que disait Claude Saliceti, auteur de « Humanisme, franc-maçonnerie et spiritualité » (Puf), et de « L’humanisme a-t-il un avenir ? » (Dervy) lorsqu’il écrivait que « le projet central de l’humanisme : [est d’] enseigner à chaque être humain à conduire lui-même sa vie, dans le souci de l’universel, c’est-à-dire du destin commun de l’humanité. Pour ce Franc-maçon d’aujourd’hui, médecin et Franc-maçon engagé, il demeure plus que jamais le seul espoir de rassembler tous les hommes dans la liberté, en leur permettant de donner sens à leur vie, dans le respect et la compréhension de l’autre.
Mais Claude Saliceti était lucide, et il assortissait son espérance d’une précaution indispensable, en poursuivant : « Mais à la condition pour lui de s’affirmer davantage comme une éthique, une spiritualité, de la liberté, de la connaissance et de la responsabilité propres à aider les humains à mieux distinguer et à vivre les valeurs essentielles communes à leurs différentes traditions culturelles et religieuses. »
C’est la raison pour laquelle les Francs-maçons accepte l’expression de toutes les idées qui respectent la liberté de conscience de ses membres, excluant par nature les extrémismes religieux ou politiques de tous bords qui sont incompatibles avec ses principes fondamentaux de respect et de dignité des êtres humains, quelles que soient leur origine ethnique ou culturelle.
La solidarité est l’une des valeurs-clés de la démarche maçonnique. La solidarité s’exerce évidemment vis-à-vis des Frères et Sœurs de sa Loge, lorsqu’ils sont dans la peine ou le besoin. Elle s’exerce aussi vis-à-vis des Frères ou Sœurs des autres Loges, par l’intermédiaire de ce nous appelons l’hospitalerie ou par celui de structures dédiées à l’aide aux enfants orphelins, de frères prématurément disparus, ou à ceux qui recherchent un emploi, un toit, un secours pour franchir un cap difficile de leur vie.
Mais notre démarche de solidarité va bien au-delà. Beaucoup d’obédiences ont créé un Fonds de Dotation, une fondation qui soutient financièrement chaque année des associations, des œuvres, qui aident des adolescents paumés dans telle région de France, ; des enfants palestiniens atteints de malformations cardiaques opérés et soignés dans des hôpitaux israéliens ; des handicapés pris en charge pour développer leur autonomie ; et des dizaines d’autres organisations à travers la France et le monde qui font œuvre d’entraide, d’ assistance, en un mot de solidarité en action.
La solidarité, ce sont aussi les nombreuses actions en faveur de l’Ukraine et des réfugiés ukrainiens, par exemple l’envoi des camions chargés d’un bloc opératoire, d’une salle de réveil et de modules d’accueil. La solidarité, c’est aussi l’action auprès des plus jeunes, qu’il faut d’abord écouter et comprendre, comme la réflexion sur les plus âgés, ceux qui sont au soir de leur vie.
Les Francs-Maçons et Francs Maçonnes ont toujours été à la pointe des réflexions et des propositions concrètes sur des sujets touchant la dignité humaine tels certains anciens Grands Maîtres, Gustave Mesureur, créateur de l’Ecole d’infirmières et directeur de l’Assistance Publique, ou Pierre Simon, fondateur du Mouvement français pour le planning familial.
Le mot « Humanisme» recouvre la notion d’engagement. Les mots transmission et tradition ne sont pas désuets, mais au contraire bien vivants : nous voulons proposer « une démarche de tradition au cœur des enjeux contemporains ».
Finalement, l’engagement maçonnique est d’abord la recherche d’un idéal.
Cet idéal commence et se concrétise dans la Loge, où toutes les conditions sont réunies afin que chacun quels que soient son origine, sa croyance, son statut social, puisse trouver sa place, être entendu et être à l’écoute, échanger avec bienveillance, ce qui permet à chacun de s’enrichir. Au-delà de cette vie intérieure, chaque Franc-maçonnes ou Franc-maçon s’attache à poursuivre au dehors l’œuvre commencée dans le Temple.
Guilde des bâtisseurs
Citoyen engagé, il mettra en pratique l’idéal qu’il conçoit en Loge et cherchera à apporter sa pierre à l’édifice, en agissant dans la société autour de lui comme dans le vaste monde qui l’entoure. L’engagement tel que le vit un Franc-maçon consiste certes à libérer une parole d’espérance, mais aussi à s’impliquer très concrètement dans des actions de solidarité. C’est s’inscrire en fait à la fois dans le respect de la tradition et dans la modernité de notre époque.
C’est donner pleinement son sens à la devise que les obédiences maçonniques partagent avec la République : Liberté – Égalité – Fraternité.
Le 4e Prix littéraire des Rencontres Écossaises est décerné à ROBERT REDEKER pour son ouvrage Descartes – Le miroir aux fantômes publié aux éditions du Cerf et à HEINZ WISSMAN (catégorie essais) pour Lire entre les lignes – Sur les traces de l’esprit européen édité chez Albin Michel. Ces prix seront remis par Antoine Sénanque, lauréat 2024, en présence des récipiendaires à Angers le samedi 11 octobre dans le cadre des 41e Rencontres Écossaises qui réunissent chaque année près de 800 participants.
Le Prix littéraire des Rencontres Écossaises, créé en association avec le site littéraire La Griffe (www.lagriffe.info), distingue des ouvrages publiés entre le 1er avril 2024 et le 31 mars 2025. Ces œuvres peuvent être des essais, documents ou biographies dont le sujet est lié à l’ésotérisme, la spiritualité, la philosophie ou les traditions. Les œuvres primées ne peuvent être des œuvres numériques ou auto-éditées. Ses précédents lauréats ont été : Frédéric Lenoir en 2022 pour Jung, un voyage vers soi (Albin Michel), Françoise Schwab en 2023 pour Vladimir Jankélévitch (Albin Michel) et Antoine Sénanque en 2024 pour Croix de Cendre (Grasset).
9 ouvrages étaient finalistes et présentés à un jury composé de responsables d’associations françaises et étrangères, partenaires des Rencontres Écossaises. Son président d’honneur est Antoine Sénanque, lauréat 2024 pour son ouvrage Croix de cendre publié chez Grasset. Françoise Schwab, lauréate 2023 pour Vladimir Jankélévitch (Albin Michel) est membre d’honneur du jury.
Les finalistes
• Alice au pays des idées de Roger-Pol Droit (Albin Michel) • Comme l’espérance est violente deHaïm Korsia (Flammarion) • Descartes de Robert Redeker (Éditions du Cerf) • Forger le faux de Paul Bertrand (Seuil) • La Gnose antiqued’André Paul (Éditions du Cerf) • La Splendeur du monde de Laurence Devillairs (Stock) • Le médiocre et le génie de Patrice Guillamaud (Éditions du Cerf) • Lire entre les lignes de Heinz Wismann (Albin Michel) • Spinoza code de Mériam Korichi (Grasset)
Les lauréats
Robert Redeker
• Robert Redeker, né le 27 mai 1954 à Lescure (Ariège), est un philosophe français et professeur agrégé de philosophie. Il est l’auteur d’une œuvre remarquée en France comme à l’étranger où plusieurs de ses livres ont été traduits, parmi lesquels les ouvrages majeurs que sont L’Éclipse de la mort et Les Sentinelles d’humanité. Il a publié récemment, aux Éditions du Cerf, L’abolition de l’âme.
Le livre : Descartes – Le miroir aux fantômes
Pourquoi retourner à Descartes aujourd’hui ? Robert Redeker nous convie ici à relire le premier philosophe à avoir écrit en français. Non pas pour adopter toutes ses thèses, mais bien pour retrouver son geste à la fois radical et fondateur : recommencer à philosopher.Il était temps de le faire. Il était temps de clore enfin la parenthèse de la déconstruction et de ses enfants terribles, qui influent sur tous les débats politiques et sociétaux d’aujourd’hui. Il était temps de revenir au doute, sans l’ériger en système, mais pour l’employer en méthode de quête du savoir. À la racine du propos cartésien gît une foi inébranlable en la vérité. Sur le champ de ruines de la pensée moderne, place à la reconstruction !
Au-delà d’un Descartes suivi, puis adulé, statufié, puis critiqué, voici un Descartes complexe et souvent inattendu. Voici un Descartes qui dialogue avec ses successeurs, qui leur parle, qui nous parle. Par un maître, sur un maître, voici un ouvrage pour revenir à la source de la philosophie d’expression française.
Heinz Wismann
• Heinz Wismann est un philosophe et philologue allemand né en 1935 à Berlin, spécialiste en herméneutique et en histoire des traditions savantes. Il est directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales.
Le livre : Lire entre les lignes – Sur les traces de l’esprit européen
Heinz Wismann aime la philosophie et la musique, la philologie et le football, Héraclite et Kant, la France et l’Allemagne, et il n’aime rien tant que penser, non pas seulement en français ou en allemand, en grec ou en latin, mais bien entre les langues, entre les lignes. C’est là qu’il évolue, en funambule, et fait de la capacité de se tenir à l’écart de soi un art de vivre et de penser, librement, loin de tous les schémas imposés. Dans les pas d’un penseur et passeur hors du commun qui a su, en cinquante ans de pérégrination à travers l’Europe, transmettre et reconstruire différentes traditions oubliées – des philosophes présocratiques à la philosophie allemande – pour mieux décrypter le rapport au monde des grandes nations occidentales, ce livre rassemble une œuvre considérable, inclassable, plurielle, qui explique que Heinz Wismann occupe aujourd’hui une place de tout premier plan dans le monde de la philosophie et de la pensée contemporaines.
Pour en savoir plus :
Les Rencontres Écossaises réunissent pendant deux journées un ensemble d’intervenants sur un thème lié à la spiritualité, l’ésotérisme, la philosophie ou les traditions. Pour son édition 2025 (11 et 12 octobre à Angers), le thème choisi est : « le Réel ». Chaque année, ce sont près de 800 congressistes qui assistent à cet événement majeur parrainé par l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan. Parmi les intervenants de cette année, on peut noter la présence de Bertrand Vergely, philosophe, et de Patrick Peter, ancien directeur de l’Institut d’Astrophysique de Paris.
De notre confrère belge rtbf.be – Par Caroline Veyt
À l’occasion de l’Anté Festival, qui se tiendra du 17 au 19 octobre 2025 à Anvers, les amateurs d’histoire, d’architecture et de culture ésotérique auront l’opportunité unique de découvrir des lieux emblématiques de la ville, souvent fermés au public. Parmi les visites incontournables figurent le Palais royal, une loge maçonnique et un château historique, offrant un voyage à travers les strates de l’héritage anversois.
Ces sites, soigneusement sélectionnés pour l’événement, promettent de ravir les curieux en quête d’expériences immersives, avec des guides passionnés pour éclairer les mystères et les anecdotes qui les entourent.
Le Palais royal : un joyau de l’histoire anversoise
Palais royal de Bruxelles – Crédit Diego Delso
Le Palais royal, situé au cœur d’Anvers, est une résidence historique qui témoigne de la grandeur passée de la monarchie belge. Construit au XVIIe siècle, ce bâtiment majestueux allie baroque flamand et influences françaises, avec ses façades ornées et ses salons richement décorés. Lors de l’Anté Festival, les visiteurs pourront pénétrer dans des salles habituellement réservées aux événements officiels, comme la salle du trône et la galerie des glaces. Les guides mettront en lumière l’évolution du palais, de résidence royale à lieu de réception, tout en évoquant son rôle pendant les périodes troublées, notamment durant la Seconde Guerre mondiale.
Un accent particulier sera mis sur les détails architecturaux, tels que les fresques allégoriques et les meubles d’époque, qui racontent l’histoire des souverains belges. Cette visite offrira aussi un regard sur les jardins royaux, récemment restaurés, où des expositions temporaires liées au festival seront présentées. C’est une occasion rare de se plonger dans l’histoire politique et culturelle de la Belgique, avec une touche de glamour aristocratique.
La loge maçonnique : un mystère dévoilé
L’un des temps forts de l’Anté Festival sera l’ouverture exceptionnelle d’une loge maçonnique anversoise, un lieu chargé de symbolisme et habituellement inaccessible. La franc-maçonnerie, bien implantée en Belgique depuis le XVIIIe siècle, a laissé une empreinte significative dans la région, et cette loge, fondée au XIXe siècle, en est un exemple remarquable.
Les visiteurs pourront découvrir l’intérieur orné de symboles ésotériques – compas, équerres, colonnes – et assister à une présentation sur les rituels et la philosophie maçonnique.
Les guides, souvent des membres de la loge eux-mêmes, expliqueront comment cet espace sert de cadre à des débats philosophiques et à des réflexions sur la société, tout en respectant l’anonymat des membres actuels. Une section sera consacrée à l’histoire locale de la maçonnerie, notamment son influence sur les mouvements libéraux et laïcs en Belgique. Cette visite promet d’être une plongée fascinante dans un monde discret, où le secret et la lumière coexistent, et où l’Anté Festival offrira une perspective contemporaine sur ces traditions.
Le château : une forteresse chargée d’histoires
Le troisième incontournable est un château médiéval situé en périphérie d’Anvers, dont les origines remontent au XIIIe siècle. Ce site, jadis une forteresse défensive, a été transformé au fil des siècles en résidence seigneuriale, puis en lieu de mémoire. Lors de l’Anté Festival, les visiteurs exploreront les tours crénelées, les salles voûtées et les cachots, où des reconstitutions historiques seront proposées pour évoquer la vie des chevaliers et des seigneurs d’antan.
Les guides mettront en avant les légendes locales, comme celle d’un trésor caché ou d’un spectre errant, ajoutant une touche de mystère. Une exposition temporaire présentera également des artefacts découverts lors de fouilles récentes, offrant un éclairage sur l’évolution du château à travers les âges. Cette visite combinera histoire militaire, architecture gothique et folklore, faisant de ce lieu un pont entre passé et présent, parfaitement en phase avec l’esprit exploratoire du festival.
Départ pour Laeken lors de la visite en Belgique de la reine Victoria du Royaume-Uni, Palais royal (Bruxelles), août 1852. — La légende de l’Univers illustré est : « Départ du roi Léopold de Belgique de son château de Laeken, le 21 juillet. » Celle-ci comporte deux erreurs : il ne s’agit pas du Château royal de Laeken, mais du Palais royal de Bruxelles, et la date n’est pas le 21 juillet 1863, mais un certain jour d’août 1852…
Pourquoi ces visites pendant l’Anté Festival ?
L’Anté Festival, qui célèbre l’art, la culture et l’histoire sous toutes leurs formes, a choisi ces trois lieux pour leur capacité à raconter des récits multiples. Du faste royal à l’introspection maçonnique, en passant par l’héritage médiéval, chaque site reflète une facette de l’identité anversoise. Les organisateurs ont collaboré avec des historiens, des architectes et des membres de la communauté locale pour proposer des parcours enrichis, incluant des conférences et des ateliers. Les billets, disponibles dès maintenant sur le site officiel du festival, sont limités, alors que les inscriptions pour les visites guidées sont déjà très demandées.
Ces découvertes, programmées du 17 au 19 octobre 2025, coïncident avec le pic de la saison automnale, offrant un cadre visuel spectaculaire avec les feuillages dorés d’Anvers.
Que vous soyez passionné d’histoire, intrigué par les mystères maçonniques ou simplement curieux, ces visites promettent une expérience mémorable, alliant éducation et émerveillement. Ne manquez pas cette occasion de découvrir Anvers sous un nouvel angle, à l’aube de cet événement culturel majeur.
Le 2 septembre 2025, un événement d’une importance historique pour le Vietnam a marqué le 80e anniversaire de la Révolution d’Août (19 août) et la proclamation de l’indépendance de la République démocratique du Vietnam par le Président Hô Chi Minh. Les Vietnamiens ont organisé une parade grandiose, tissant un lien entre les racines profondes de leur histoire et la vision d’une nation moderne, ouverte et fière de son indépendance.
Le 6 octobre 2025, dans le sud du Vietnam, les caodaïstes ont célébré solennellement les 100 ans de la fondation de leur religion. De nombreux frères et sœurs de cette foi se sont réunis au grand siège de Tây Ninh. Le caodaïsme, l’une des religions les plus récentes du Vietnam, est apparu dans les années 1930 dans le sud du pays et a rapidement attiré de nombreux adeptes (environ 3 millions de fidèles sur une population d’environ 20 millions d’habitants vers 1945). Parmi toutes les sectes religieuses du Vietnam moderne, le caodaïsme a connu le plus grand et le plus rapide succès. Officiellement fondé en 1926 par un groupe de fonctionnaires indochinois, les caodaïstes attribuent sa création au vénérable Ngô Minh Chiếu, qui aurait vu l’œil divin lors d’une vision nocturne et décidé, avec ses amis issus de l’école française, d’établir cette religion.
Les nombreux caodaistes sont venus au temple de Tay Ninh pour feter 100 ans de l’anniversaire du caodaisme.
Le caodaïsme est une religion syncrétique, combinant des éléments des religions existantes au Vietnam avec le christianisme, récemment implanté durant la colonisation française. De nombreux caodaïstes se sont rendus au temple de Tây Ninh pour célébrer le centenaire de leur religion.
La cérémonie s’est déroulée dans le temple de Tây Ninh. Bien que la déclaration officielle du caodaïsme date du 7 octobre 1926, l’anniversaire des 100 ans a été célébré en 2025. Selon la tradition asiatique, un an supplémentaire est ajouté, incluant les neuf mois de gestation d’un fœtus. Pendant 20 ans, cette religion a coexisté avec la colonisation française.
En France, l’année précédente, le Grand Orient de France (GODF) avait célébré les 30 ans de la loge « Lumière du Vietnam ». Malheureusement, en juin 2025, cette loge s’est éteinte. L’histoire des liens entre la franc-maçonnerie (FM) et le caodaïsme reste peu connue des adeptes des deux mouvements. Les frères et sœurs (FF et SS) du caodaïsme actuels ne sont pas les mêmes que les FF et SS maçonniques. Le caodaïsme est considéré comme une nouvelle religion, tandis que la FM n’en est pas une. Les fondateurs du caodaïsme ont effacé les traces de l’influence maçonnique. Pourtant, la décoration des temples et la doctrine révèlent clairement une inspiration originale des fondateurs, influencée par la FM.
La cérémonie dans le temple de Tayninh.
Bien que le caodaïsme soit devenu une religion, le gouvernement français n’ignorait pas qu’il pouvait être une forme de franc-maçonnerie adaptée aux masses, visant à mettre en œuvre une politique de réconciliation franco-vietnamienne. Le caodaïsme a servi l’idée de coexistence franco-vietnamienne en Indochine. Malgré son ancrage dans les doctrines extrême-orientales, il présente des similitudes frappantes avec la FM, tant sur la forme que sur le fond :
Le caodaïsme intègre le spiritisme, comme la FM.
Les principes de « Fraternité universelle » et de liberté, chers à la FM, se rapprochent de ceux du caodaïsme.
L’œil divin, révélé lors des séances de médium dans le caodaïsme, trouve un écho dans les temples maçonniques.
Le triangle, emblème typique de la FM, apparaît dans les vitraux du temple caodaïste, parfois orné au centre de l’œil du Cao Đài, sceau de l’investiture céleste des élus.
La lune, les étoiles et le soleil décorent le temple caodaïste ainsi que les vêtements des adeptes, éléments également présents dans les loges, sur les cordons ou tabliers maçonniques.
L’adresse « mes frères, mes sœurs » (Hiền huynh, hiền muội), indépendamment de l’âge, est perçue comme inconvenante au Vietnam.
Le décor des temples caodaïques, avec l’œil, le triangle, la voûte étoilée, le soleil, la lune et le globe, rappelle des caractéristiques maçonniques. La peinture voyante des plafonds n’est pas une tradition dans les pagodes ou temples vietnamiens.
Selon la FM, le pavé mosaïque symbolise la réconciliation des opposés (ténèbres et lumière, bien et mal, Dieu et Diable, infini négatif et positif), un motif également présent dans les temples caodaïques.
La voûte étoilée et la chaîne d’union dans le temple de Tây Ninh
La voûte étoilée et la chaîne d’union dans le temple de Tây Ninh
Après 1945, avec la revendication de l’indépendance vietnamienne, et surtout après 1954 avec la division du pays en deux, les loges françaises ont été progressivement dissoutes sous le régime communiste du Nord et le régime catholique du Sud. Les FF vietnamiens ont renoncé à tout ce qui rappelait la colonisation française, y compris la FM, qui est ainsi tombée dans l’oubli au Vietnam.
L’autel des ancêtres au VN
La grandiose célébration du centenaire du caodaïsme au Vietnam m’incite à réfléchir à l’existence de la loge de mission « Lumière du Vietnam », fondée il y a 30 ans en France. Pendant 30 ans, le GODF a tenté, en vain, de rouvrir une loge au Vietnam. Une loge existe aujourd’hui, mais elle est réservée aux FF expatriés. La « Lumière du Vietnam », créée dans cette optique, s’est éteinte il y a quelques mois. Pendant ce temps, au Vietnam, aux États-Unis et même en France, les caodaïstes ont célébré les 100 ans de leur religion.
L’autel des ancêtre, installé provisoire dans la loge de LVN
Pourquoi cette loge s’est-elle éteinte ? Selon la philosophie vietnamienne, le culte des ancêtres est essentiel dans la vie quotidienne, car leurs esprits reviennent pour protéger. Ce culte doit être vénéré avec respect. Tous les FF et SS de la « Lumière du Vietnam » étant français, ils ignoraient cette tradition. Ils ont organisé le culte des ancêtres de manière banale, le considérant comme une superstition. Au Vietnam, l’autel des ancêtres est toujours placé en hauteur, vénéré avec foi et respect. Dans la loge de la « Lumière du Vietnam », le bureau du Vénérable Maître surpassait en hauteur et en grandeur l’autel des ancêtres. Les esprits des ancêtres, se sentant dédaignés, auraient cessé de protéger la loge, ce qui pourrait expliquer son extinction.
L’autel des ancêtres au Vietnam
L’autel des ancêtres, installé provisoirement dans la loge de la Lumière du Vietnam Les FF et SS maçonniques de la « Lumière du Vietnam » nourrissent encore l’espoir de fonder un triangle en France, où la liberté d’expression reste garantie.