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Au cœur du Rite Français, le Grand Chapitre Général du GODF ouvre un nouveau cycle de réflexion

Le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France poursuit son œuvre de transmission et de réflexion avec une nouvelle visioconférence organisée par son Chapitre National de Recherche, présidé par Jean-Francis Dauriac. Grand Secrétaire aux Affaires Intérieures du Grand Chapitre Général depuis 2018, celui-ci joue un rôle essentiel dans l’animation intellectuelle du Rite Français.

Jean-Francis Dauriac

Son engagement se prolonge aussi dans le champ éditorial, puisqu’il a créé et dirige, aux éditions UPPR, la collection Cahiers de francs-maçons, ainsi qu’aux éditions Conform, la collection Les cahiers du Rite Français. Cette double fidélité à la réflexion initiatique et à sa diffusion éclaire l’esprit même de la rencontre proposée. Fidèle à sa vocation de laboratoire d’idées, le Grand Chapitre Général entend explorer ici deux questions de premier ordre, la liberté de l’homme et la plasticité du symbolisme. Autrement dit, deux manières d’interroger la permanence de l’initiation dans un monde mouvant, et de rappeler que le Rite Français demeure un lieu de pensée autant qu’un chemin de pratique.

Le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France confirme, par la vitalité de ses travaux, la place singulière qu’il occupe dans le paysage maçonnique français. À travers son Chapitre National de Recherche, il poursuit un programme ambitieux consacré à « Transmission, évolutions, actualisations », une trilogie qui dit à elle seule l’esprit dans lequel se déploient ces rencontres.

La prochaine visioconférence se tiendra samedi 14 mars 2026 de 10h00 à 12h30, et réunira deux intervenants autour de questions qui touchent au cœur même de l’expérience initiatique. Jean Weill abordera d’abord un thème aussi ancien que toujours actuel

« Liberté de l’homme, entre contrainte extérieure et nécessité intérieure ».

Jacques Le Disez

Une interrogation qui renvoie à l’une des tensions fondamentales de la condition humaine, entre déterminismes sociaux, politiques ou historiques et la construction d’une liberté intérieure qui demeure l’un des horizons du travail initiatique. Jacques Le Disez proposera ensuite une réflexion sur

« La plasticité du symbolisme ».

Sujet essentiel pour la franc-maçonnerie, dont la transmission repose précisément sur des symboles capables de traverser les siècles tout en conservant une étonnante capacité d’adaptation aux contextes culturels et intellectuels contemporains.

Ces rencontres s’inscrivent dans la tradition de recherche du Grand Chapitre Général du Rite Français, qui conjugue héritage initiatique, réflexion philosophique et engagement dans la cité. Elles témoignent aussi d’une volonté d’ouverture, puisque ces visioconférences permettent à un large public maçonnique de participer à des travaux souvent réservés aux cadres rituels des chapitres.

Pierre-Bertinotti-Grand-Maitre-du-GODF, Photo © Yonnel Ghernaouti

Cette dynamique intellectuelle se poursuivra dès le mois suivant avec le séminaire annuel consacré à « La bataille des idées », le samedi 11 avril 2026, qui réunira plusieurs intervenants autour des mutations contemporaines de la pensée et de la culture. Un colloque consacré à « L’antisémitisme et les assassins du genre humain », en présence du Grand Maître du Grand Orient de France Pierre Bertinotti et sous la présidence de Philippe Guglielmi, Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français, viendra également prolonger ce travail de réflexion au cœur même de 16 Cadet.

Philippe-Guglielmi,-Très-Sage-&-Parfait-Grand-Vénérable

Pour participer à la visioconférence du 14 mars 2026, les modalités d’accès sont disponibles dans l’invitation officielle du Chapitre National de Recherche.

Par ces rencontres régulières, le Grand Chapitre Général du Rite Français rappelle que la tradition initiatique n’est pas un héritage figé mais un mouvement de pensée vivant. Entre fidélité aux sources et interrogation du présent, ces travaux invitent à poursuivre une tâche ancienne et toujours recommencée, penser le monde pour mieux y agir.

« Les Jardins du silence », ou l’enquête au feu du secret

Le 21 février dernier, notre annonce de la conférence lyonnaise « Voyage en Franc-maçonnerie avec le rite de Memphis-Misraïm, entre raison et sacré » a suscité un bel écho, avec près de 700 vues en quelques jours. En messagerie privée, plusieurs lectrices et lecteurs nous ont demandé si les conférencières avaient publié des ouvrages. Nous ne pouvions laisser cette question sans réponse. Nous nous sommes donc rapprochés de Monique Molière pour revenir sur Les Jardins du silence, un roman paru en 2012, dont les résonances initiatiques, symboliques et spirituelles demeurent d’une étonnante actualité.

Un château, des ruines, des consciences sous surveillance

Dans ce roman ample, Monique Molière fait du silence une substance qui enferme et qui révèle, tandis que la fin de siècle hésite entre raison proclamée, foi inquiète, science des nerfs et appel des ombres. Au cœur de cette tension, la franc-maçonnerie surgit comme une école de discernement, où le bandeau et le cabinet de réflexion rappellent que la vérité ne se conquiert pas, qu’elle se mérite, qu’elle brûle.

Dans Les Jardins du silence, Monique Molière reconstitue une fin de siècle qui ne se contente pas du décor

Le roman fait entendre la vibration d’une société où l’ordre se paie d’une angoisse diffuse. La République se veut rationnelle, pourtant la rumeur gouverne déjà, la presse nourrit l’indignation, la police collectionne les indices, l’Église dresse des interdits, les salons fabriquent des versions, et les consciences s’épient. Dans cet étau, le silence cesse d’être une absence. Il devient une matière de refuge et d’épreuve. Monique Molière sait que l’histoire se raconte par ce qui se tait, par ce qui se retient, par ce qui s’échange à demi-voix, et nous fait sentir que la vérité, dans un tel siècle, n’est jamais un objet posé sur une table, mais un mouvement qui déplace les êtres.

Monique Molière choisit une voie féconde en superposant les secrets, sans jamais les réduire à une mécanique froide

Clara Martin arrive au château comme une conscience déplacée, encore proche de la terre, confrontée aux codes d’un monde qui préfère les portes closes aux explications. Marguerite de Beaufort serre l’affection jusqu’à l’emprise, et Agnès de Beaufort, absente puis recherchée, met à nu la brutalité des liens qui prétendent sauver. Quand l’incendie frappe les communs et noircit la pierre, la flamme devient une opération alchimique, une calcination qui oblige chacun à regarder ce qui restait caché sous la cendre du rang. Le lieu se change en athanor, et les ruines parlent. Dans cette chaleur, l’enquête menée par Raphaël Millaud ne consiste pas seulement à aligner des preuves, elle consiste à entendre ce que les gestes disent quand les bouches refusent.

C’est alors que la franc-maçonnerie apparaît dans sa vérité la plus vivante, ni mythe d’estaminet ni ornement romanesque

La rencontre dans le Jardin du Luxembourg, l’invitation à une loge et le passage sous le bandeau donnent à l’épreuve une portée. Se laisser conduire sans voir, consentir à ne pas dominer le sens, accepter que le doute précède la lumière. Henri de Beaufort apprend que le serment n’immunise pas contre la faute, et que l’engagement peut devenir une exigence qui brûle. La loge se nomme L’Entente Cordiale, et ce nom dit une volonté de relier au lieu de séparer. Le roman laisse affleurer les tiraillements d’obédience, la tentation de concilier Grand Orient de France et recherche de reconnaissance auprès de la United Grand Lodge of England, tout en rappelant le poids des condamnations venues de Rome, et la peur sociale qui pousse à se cacher plus qu’à se tenir droit.

Nous aimons que l’auteure montre aussi la zone grise, le moment où des Frères veulent étouffer une implication, sauver l’image, garder la main sur le récit.

Puis vient le cabinet de réflexion, avec VITRIOL, le sablier, le sel, le souffre, le coq, les métaux, et cette pédagogie qui oblige à descendre en soi avant de prétendre s’élever

Une phrase suffit à résumer l’éthique proposée, « la fraternité est une alchimie bien particulière ».

Autour de cette voie, Monique Molière fait se heurter les autorités du temps. La religion, lorsqu’elle soupçonne le péché avant d’entendre la douleur, ressemble à une police des âmes. La science des nerfs, avec Jean-Martin Charcot, l’hypnose et la neurasthénie, promet une explication, puis laisse subsister l’abîme. Entre les deux surgit l’occultisme du siècle, la séance où Monsieur Lamberto interroge le feu, la mort, la culpabilité, et où « l’astral m’appelle » résonne comme une tentation de délégation, remettre sa vie à une voix dans le noir. Ce qui nous touche, c’est que ces discours ne s’annulent pas, ils se contaminent, et le roman fait de cette contamination un théâtre du vrai. Luc Danjeaux évoque les gnoses anciennes et les hérésies, et nous comprenons que l’époque cherche moins une preuve qu’un sens. Même le crime, lorsqu’il emprunte une scénographie d’arcane, devient une question adressée à la conscience, non un simple mécanisme de suspense.

Le style de Monique Molière, dense sans raideur, vient d’un long travail de voix

Monique Molliére

Abreuvée aux sources de la littérature classique et moderne, Monique Molière a adapté pour le théâtre « Les Provinciales » de Blaise Pascal et « La Ferme des animaux » de George Orwell. Quand ce chapitre fut épuisé, Monique Molière fonda une agence de relations publiques, et sa plume s’y domestiqua sans rompre avec l’écriture. Avec Lune noire, Monique Molière a mis le pied à l’étrier du roman autobiographique, expérience qui libère et contraint. Autour gravitent d’autres titres, Adam, L’odeur du jasmin, Blasphème, L’arme de Goliath, variations où la parole se mesure à ce qui la dépasse. Nous y trouvons une auteure qui sait que l’initiation n’est pas une pose, qu’elle se prouve dans le doute, dans la patience, dans l’effort de compassion, et que le silence, lorsqu’il est travaillé, peut devenir un langage plus sûr que les grands discours.

Ce qui demeure, bien après les péripéties, tient à une leçon de tenue intérieure

Le secret n’y sert pas à dissimuler, il sert à éprouver, à mesurer, à empêcher la parole de devenir domination. Monique Molière écrit un monde où chaque institution veut imposer son récit, et où la conscience n’a d’autre ressource que de travailler sa propre lumière. Alors le silence cesse d’être un repli. Il devient un outil, presque un rituel, une façon de ne pas trahir l’essentiel quand l’époque préfère le bruit.

Les Jardins du silence

Monique MolièrePublibook/Société des écrivains, 2012, 456 pages, 24 € – numérique 9,99 €

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Les héritiers du diamant, L’île verticale

Les Héritiers du diamant, le nouveau roman de Solange Sudarskis, est un roman d’anticipation qui mêle science-fiction, exploration psychologique et réflexions philosophiques.

Douze âmes, douze flammes nées d’un même éclat. Enfants d’un matin d’il y a vingt ans, ils ont porté à leurs lèvres une poussière dissimulée dans le sucre d’un gâteau. Une poudre étrange, née du creux d’une main qui serrait un diamant alchimique – geste d’Alexander, premier phénomène. Et le phénomène s’est multiplié : douze fois.

Cette Poudre des Étoiles, ainsi nommée plus tard par Mateo, ne s’est pas contentée de les éclairer : elle les a incendiés de l’intérieur. Leurs esprits, jadis déjà vifs, se sont changés en comètes, en fontaines de lumière, en lames de cristal taillant le réel.

Vingt années plus tard, l’an 2040 les rassemble sur un atoll surgi des songes de Jasper, île de verre et d’écume, forgée par la main d’un architecte qui rêve en courbes et en possibles. Là, face à la grande soif énergétique du monde, ils devaient n’être qu’une seule voix. Mais le cœur humain, même génial, reste multiple : rivalités anciennes, amours inachevés, regards qui s’évitent et se cherchent, murmures qui blessent plus que des lames.

Et pourtant, chacun porte son astre personnel :
Léa, qui fait chanter la lumière sur des toiles devenues fenêtres d’autres mondes, hologrammes palpitants comme des cœurs exposés.
Kai, dont l’esprit dialogue avec Hana, l’IA aux yeux de verre et à la voix qui tremble encore d’apprendre la peine humaine.
Sofia, plume traversée d’éclairs, dont les mots naissent parfois directement des fils d’un implant neural, comme une veine ouverte sur l’infini.
Amir, maître des poussières minuscules, capable de tisser des murailles invisibles ou de changer le sable en bouclier vivant.
Priya, danseuse des chiffres fous, qui détourne des fleuves d’or numérique et fait plier les algorithmes les plus arrogants.
Noah, dont les symphonies ne s’écoutent pas seulement : elles envahissent, elles désorientent, elles réveillent des larmes que l’on ignorait porter.
Clara, plongeuse des abîmes intérieurs, lunettes sur le nez, naviguant les océans cachés des consciences.
Diego, frère des organismes nés de laboratoire, qui murmure à l’air pollué et apaise la fièvre des machines.
Elena, gardienne des cristaux quantiques, dont les cœurs battants capturent l’énergie des étoiles mortes.
Jasper, sculpteur d’îles et de cités flottantes, bâtisseur de refuges impossibles.
Et Mateo et Aisha, piliers plus discrets, l’un sage aux gestes simples, l’autre guérisseuse des chairs et des âmes, tous deux gardiens d’une tendresse qui ne plie jamais.

Puis Alexander apparaît, ombre tutélaire, porteur du secret premier. Il leur parle d’une Académie Néoplatonicienne, non pas murs de pierre, mais creuset d’idées et de silences. Un lieu où la science et la quête divine se tiennent par la main, où la Vérité ne se contente pas d’éclairer : elle consume les petites guerres du désir.

Là, ils affrontent Sylvestro Buonvincini, gourou aux yeux de braise, voulant s’emparer du même diamant, mais tourné vers la domination. Ils le défont, non par la force seule, mais par l’harmonie fragile qu’ils recomposent ensemble.

Certains, ensuite, s’échappent vers le monde profane – Tokyo aux néons voraces ou cités qui promettent tout et ne donnent que des miroirs brisés. Kai y regarde Hana vaciller, apprendre la douleur et la contradiction. Sofia y mesure la solitude du verbe sans écho. Noah y entend ses propres mélodies se perdre dans le vacarme.

Mais le monde profane mord. Il brise. Il enseigne l’amertume.

Et un à un, ils reviennent. Vers l’Académie, vers le réacteur quantique qui pulse désormais comme un second soleil, vers les laboratoires où leurs dons ne s’opposent plus mais s’embrassent, vers les nuits de débats et de méditation où naît, mot après mot, une vérité sans nom.

Car les Héritiers du Diamant ont fini par comprendre : leur génie n’était pas fait pour briller seul dans le noir. Il était fait pour se fondre, pour devenir lumière partagée, souffle unique capable de ranimer un monde fracturé.

Et dans ce creuset nommé Académie, ils forgent enfin leur propre éternité.

Sudarskis nous offre sa prose sensorielle et son ambition thématique. Les descriptions – l’océan portant des cités flottantes, le dôme étoilé – évoquent un futur tangible, tandis que les réflexions sur la raison, la liberté et l’amour transcendent le genre. Elle interroge ce qui unit ou sépare les individus dans un monde au bord du gouffre, offrant une réponse nuancée : la vérité n’est ni dans l’isolement ni dans l’utopie, mais dans les liens imparfaits qu’on choisit de tisser.
En somme, « Les héritiers du diamant » est une fresque captivante sur le génie humain, ses gloires et ses fragilités.

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L’étoile tombée du ciel, l’ombre levée en nous

Une pierre venue de l’espace traverse le ciel et, dans son sillage, fracture nos certitudes. Georges Remi installe une inquiétude d’une précision implacable où la science mesure, où la rumeur enfle, où le prophétisme grimace, où l’appétit de conquête s’invite sous le masque du progrès. L’aventure se fait alors épreuve du discernement. Il ne s’agit pas de courir vers l’extraordinaire, mais d’apprendre à ne pas se laisser gouverner par lui, comme si l’astre, au lieu d’éclairer, mettait à nu ce que notre esprit accepte trop vite, ce qu’il désire trop fort, et ce qu’il redoute sans le comprendre.

Dans L’Étoile mystérieuse, Georges Remi fait surgir, au-dessus d’une ville encore endormie, une lumière qui n’est déjà plus une lumière, mais un objet, une masse, une question. L’astre inattendu ne se contente pas d’ajouter une étincelle au ciel, il change la température de la nuit, il fait comme si l’air se mettait à mentir, et c’est précisément cela qui nous saisit. L’univers, d’ordinaire si lointain qu’il nous laisse le loisir de la poésie, devient soudain proche, presque tactile, et notre imaginaire bascule, car nous ne savons plus si nous devons contempler ou nous protéger. Georges Remi installe cette inquiétude dans une économie de moyens qui reste stupéfiante. Un pas sur le trottoir, un regard levé vers la Grande Ourse, un appel téléphonique, et déjà l’ordre de notre monde intérieur vacille. Tout commence par un regard qui s’étonne et qui insiste, et cet entêtement du regard, nous le reconnaissons comme une posture initiatique. Il ne s’agit pas de croire, il s’agit de vérifier, et de consentir à l’inconfort d’une énigme.

Tintin, accompagné de Milou, traverse les premières planches avec cette qualité rare qui n’est ni naïveté ni bravade, mais une disponibilité. Il voit ce que d’autres ne voient plus, parce que l’habitude a limé leur faculté d’étonnement. La rue, la nuit, le ciel, l’Observatoire, tout devient un dispositif de passage, non pas vers un ailleurs exotique, mais vers une autre manière d’habiter le réel. Nous retrouvons là le geste même de la voie symbolique, celle qui commence par redonner aux signes leur tranchant. Le mot étoile, dans la tradition initiatique, n’est jamais un simple décor. Il désigne une orientation, une loi intime, une lumière qui ne s’impose pas, mais qui attire. Or Georges Remi inverse d’emblée la douceur de ce symbole, l’étoile ici n’est pas seulement guide, elle est menace, elle est poids, elle est chute possible. Elle nous rappelle que toute lumière peut brûler, et que l’éclat, quand il devient trop proche, exige une discipline de l’esprit. Même l’étoile que nos usages rituels associent à la mise en ordre, à la verticalité intérieure, peut se retourner et devenir épreuve de discernement, comme si l’album nous demandait quelle étoile commande nos gestes quand le monde se met à trembler.

Le premier lieu où se joue cette discipline est l’Observatoire

La grande lunette, la mécanique, le dôme, l’escalier, tout ce théâtre de la mesure apparaît dans une sérénité presque liturgique. Nous sommes devant une cathédrale de l’œil, bâtie pour organiser le lointain et le rendre lisible. Le savant n’y règne pas comme un prêtre, mais comme un gardien du doute, et l’album se plaît à montrer la science dans ce qu’elle a de plus humain, ses calculs, ses hypothèses, ses sautes d’humeur, son impatience devant le tapage du monde. Pourtant, cette science, qui devrait apaiser, devient elle-même génératrice d’angoisse, parce qu’elle prononce des mots trop grands pour nos nerfs. Quand les journaux s’en emparent, la connaissance se dégrade en agitation, et la peur, qui a toujours faim d’images, se met à produire des récits. Nous observons, planche après planche, le mécanisme exact d’une panique collective. La rumeur s’épaissit, les titres se multiplient, les passants s’affolent, et l’étoile cesse d’être un phénomène pour devenir une histoire, puis une religion de fortune. Cette transformation est capitale, parce qu’elle nous montre comment la modernité fabrique ses mythes en plein jour, non dans la nuit des siècles, mais dans le bruit des rotatives.

Le personnage de Philippulus le Prophète surgit alors comme la face obscure de la quête

Il porte le langage de l’absolu, mais son absolu est malade, il ne conduit pas à l’éveil, il conduit à la stupeur et à la violence. Là où l’initiation apprend la retenue, la justesse du mot, la patience du silence, Philippulus le Prophète vocifère, accuse, condamne, et son geste devient contagieux. Il est fascinant de constater à quel point Georges Remi dessine la figure du faux initiateur, celui qui se nourrit de l’effroi qu’il diffuse. La scène du pendule, des vitres brisées, des injonctions hystériques, dit quelque chose de très profond sur la frontière entre le sacré et sa caricature. Le sacré, lorsqu’il perd la mesure, devient un outil de domination, et le texte graphique de Georges Remi nous oblige à regarder cette dérive sans complaisance. Nous reconnaissons aussi, derrière la comédie, une intuition de l’histoire, celle des foules que la peur rend disponibles, et de l’homme qui se prend pour la voix du ciel parce qu’il ne supporte plus le poids de sa propre solitude.

Cette mise en tension entre le regard scientifique et la démesure prophétique prépare le second mouvement de l’album, celui de l’expédition

Ici, Hergé déplace la question. Il ne s’agit plus seulement de survivre à une menace céleste, il s’agit de comprendre ce qui, dans l’homme, se réveille quand un objet extraordinaire tombe dans le monde. L’aérolithe devient une matière première au sens le plus hermétique, une substance qui éprouve ceux qui la désirent. Nous voyons aussitôt se mettre en place deux logiques rivales. D’un côté, l’élan de recherche, incarné par Hippolyte Calys et l’équipe qui l’entoure, une communauté de travail qui accepte le risque au nom d’un savoir offert. De l’autre, la convoitise organisée, portée par un pouvoir financier qui ne supporte pas qu’une découverte échappe au marché. Le choc est brutal, parce qu’il révèle une vérité initiatique que nous connaissons trop bien. Il existe des biens qui ne devraient pas devenir des marchandises, et le monde, pourtant, cherche toujours à les monnayer.

La mer, dans cet album, n’est pas un simple décor d’aventure

Elle est une épreuve, une étendue où les intentions se dépouillent. Le navire Aurore, par son nom même, porte la promesse d’un recommencement, d’une lumière qui vient après la nuit. Nous éprouvons, avec le capitaine Haddock, toute l’ambivalence de cette promesse. Le capitaine Haddock est un homme de tempête et de tendresse, un homme de débordement. Georges Remi le place au cœur du récit comme une énergie brute, et cette énergie doit apprendre à se gouverner. La scène où une ligue antialcoolique vient remettre un bouquet au capitaine Haddock est, sous son apparence burlesque, un moment d’enseignement. Le capitaine Haddock reçoit une injonction morale sous forme de cérémonie, et nous voyons combien la vertu, lorsqu’elle devient posture sociale, peut provoquer le rire, mais aussi combien elle touche juste, car le capitaine Haddock sait, au fond, que son propre excès le rend vulnérable. Il n’y a pas de transformation sans reconnaissance de nos points d’ombre, et Georges Remi, sans prêcher, nous place devant cette évidence il suppose une transmutation de nous-mêmes, une lente rectification de ce qui déborde.

Autour du capitaine Haddock, l’expédition se compose comme une petite loge profane, où chaque figure apporte une compétence, une humeur, une manière de répondre à l’inconnu. Les portraits des membres de l’équipe, disposés comme une galerie, ont quelque chose d’un tableau de loge inversé. Nous y lisons une distribution de fonctions, non selon des titres rituels, mais selon les nécessités de l’action, le savant, le technicien, le marin, le journaliste. Tout est ordonné pour que l’inconnu devienne accessible, et cette organisation est déjà un symbole. L’initié sait que le chaos se traverse avec des outils, même modestes, et que la méthode n’est pas une froideur, mais une fidélité à la lucidité.

L’adversaire, pourtant, ne se présente pas comme un monstre, il se présente comme une stratégie

Georges Remi fait de la rivalité une mécanique. Un faux message de détresse, un navire fantôme dont le nom même n’existe pas, une ruse qui exploite la solidarité des marins, et nous voici devant une leçon de discernement. La fraternité, quand elle se confond avec l’impulsion, devient manipulable. La compassion, si elle n’est pas éclairée, sert le mensonge. Le capitaine Haddock, qui s’emporte, qui fulmine, qui se trompe, traverse alors une épreuve très fine, celle de distinguer le devoir de secourir et la naïveté qui se laisse détourner. Ce passage est d’une justesse morale étonnante. Il nous dit que la rectitude n’est pas une rigidité, mais un ajustement continuel, et que la décision juste se paye toujours d’une part d’incertitude.

Lorsque l’aérolithe est enfin atteint, la scène se teinte d’une étrangeté presque alchimique

Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques
Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques

La matière tombée du ciel n’a pas seulement une forme, elle a un pouvoir. Elle engendre, autour d’elle, une prolifération, des champignons explosifs, une croissance accélérée du végétal, des disproportions qui donnent l’impression d’un monde pris de fièvre. L’île devient un laboratoire de démesure. Ce n’est plus seulement la science qui observe, c’est la nature qui répond, comme si une autre loi s’était introduite dans la texture du réel. La calystène, ce nom inventé qui sonne comme un métal rêvé, fonctionne comme un substitut de pierre philosophale, non pas parce qu’elle transformerait mécaniquement le plomb en or, mais parce qu’elle révèle, par ses effets, la fragilité de nos catégories. Son visage tacheté de rouge et de blanc, comme une étrange conjonction d’albedo et de rubedo, donne à l’aérolithe une allure de matière en cours d’Œuvre, déjà travaillée, déjà instable, déjà chargée d’un feu qui ne sait pas se contenir. Grand et petit, durable et périssable, utile et dangereux, tout se brouille. Nous sommes renvoyés à une vérité hermétique. La matière n’est jamais neutre, elle est relation, elle est vibration, elle est conséquence.

La présence de l’araignée, agrandie jusqu’à la terreur, condense cette leçon

L’araignée n’est pas seulement un monstre, elle est une forme. Elle est le dessin d’un piège. Elle est le symbole d’un réseau qui se referme, d’une intelligence sans visage, d’une prédation patiente. Qu’elle apparaisse d’abord comme une illusion d’optique dans l’œil de la lunette, puis comme une réalité surgie de la calystène, n’est pas un hasard. Georges Remi met en scène une continuité entre l’image et la chose, entre la peur vue et la peur vécue. Cette continuité, dans une lecture initiatique, nous parle de nos propres fantômes. Nous croyons les tenir à distance parce que nous les regardons, mais ils grandissent parfois dans l’ombre de nos regards, et il faut une action, une décision, un geste net, pour rompre la toile. Tintin agit avec cette netteté. Il ne débat pas avec le monstre, il ne s’y complaît pas. Il cherche la sortie, il cherche le salut, il choisit la vie.

Cette épreuve insulaire se double d’une épreuve plus intérieure, celle du rapport à la possession

Le rival, venu planter son drapeau, cherche à s’approprier l’astre, comme si une chute du ciel pouvait devenir un titre de propriété. Tintin répond par un geste de fidélité à sa communauté, il plante, lui aussi, un signe. Ce duel de drapeaux peut se lire comme une parodie de conquête, mais il porte une question plus grave. Quel signe avons-nous le droit de poser sur ce qui n’appartient à personne. La tradition maçonnique nous apprend à distinguer l’appropriation et la transmission. Le savoir, l’œuvre, la lumière, ne se possèdent pas, ils se reçoivent et se servent. C’est pourquoi l’acte de Tintin, lorsqu’il sauve un fragment de calystène pour Hippolyte Calys, n’est pas un larcin, mais une offrande. Il ne ramène pas un trophée, il ramène une possibilité pour la science, et, plus profondément, une possibilité pour la conscience.

La fin de l’album, avec la disparition de l’aérolithe engloutie, nous laisse une impression paradoxale

Toute la fièvre, toute la course, tout le danger, aboutissent à une perte. La grande masse se dissout dans la mer, comme si le monde refusait, au dernier moment, que l’homme transforme l’inouï en capital. Pourtant, il reste un morceau, un noyau, un reliquat sauvé par la fidélité et le courage. Cette structure ressemble à celle de l’expérience initiatique. Nous cherchons souvent une totalité, nous rêvons d’une révélation intégrale, et nous découvrons que ce qui nous revient est plus discret, plus exigeant, plus dense. Un fragment suffit, parce qu’il contient une loi, et parce qu’il appelle une lecture, une patience, une interprétation. La calystène devient alors une métaphore de l’ouvrage lui-même. Georges Remi ne nous donne pas une vérité massive, il nous donne un matériau à méditer, un éclat qui travaille, un objet qui oblige.

Cette obligation, Georges Remi la soutient par son art graphique, par cette ligne claire qui n’est pas qu’un style, mais une éthique du regard

Tout est découpé avec précision, les volumes sont nets, les espaces respirent, et cette clarté augmente la puissance de l’étrange. Nous croyons être rassurés par la lisibilité, et l’album profite de cette confiance pour introduire l’incongru au cœur de la netteté. Il y a là une leçon symbolique. La lucidité n’abolit pas le mystère, elle le rend plus aigu. La forme la plus contrôlée peut porter les contenus les plus inquiétants. La règle et le compas, au sens maçonnique, ne suppriment pas l’abîme, ils nous apprennent à l’approcher sans perdre notre axe.

Il serait injuste de réduire L’Étoile mystérieuse à un récit d’aventure scientifique

Hergé y tisse une réflexion sur les régimes de vérité. La science observe et calcule, la presse amplifie et déforme, le prophète crie et contamine, le financier capture et instrumentalise, le marin hésite et décide, le reporter agit et relie. Chacune de ces figures incarne une manière de produire du réel. Dans une époque qui connaît l’ivresse des nouvelles rapides, l’album montre combien une information peut devenir une apocalypse en quelques heures, et combien une apocalypse peut se dissiper, laissant derrière elle des vitrines brisées, des nerfs épuisés, et des vies qui reprennent leur cours sans avoir compris ce qui leur est arrivé. Nous y lisons une critique très actuelle de la crédulité moderne, mais aussi une compassion. Georges Remi ne méprise pas ceux qui ont peur. Il montre leur faiblesse, et il la comprend, parce qu’il sait que la peur est souvent la forme la plus immédiate d’une question spirituelle mal formulée.

C’est ici que la dimension maçonnique du livre devient la plus sensible

L’étoile, dans l’imaginaire de la loge, renvoie à une lumière qui ordonne, qui rassemble, qui met en relation.

Georges Remi propose une étoile qui disperse, qui affole, qui excite les intérêts

Il nous invite ainsi à discerner quelle étoile nous suivons, et à quelle étoile nous donnons le pouvoir de gouverner nos conduites. La vraie étoile n’est pas celle qui tombe du ciel en boule de feu. La vraie étoile, nous la cherchons dans la rectification de nos passions, dans la maîtrise de nos emballements, dans la capacité à tenir ensemble le doute et l’action. Tintin, dans cet album, n’est pas un héros de domination. Il est un artisan du passage. Il traverse la panique sans s’y dissoudre. Il traverse la rivalité sans haïr. Il traverse la tentation du butin sans s’y perdre. Il traverse la peur sans se glorifier. Cette sobriété du personnage, cette manière de faire ce qui doit être fait, sans parade, rejoint un idéal initiatique. L’acte juste ne cherche pas à se dire, il cherche à se produire.

Georges Remi, qui signe Hergé, derrière cette sobriété, dépose une part de lui-même

Nous savons qu’il vient d’un catholicisme belge où l’image, la morale, la discipline, ont laissé des traces profondes. Nous savons aussi que le scoutisme, qu’il a vécu jeune, a gravé en lui une fraternité de terrain, une confiance dans les équipes, une esthétique de l’engagement concret. Devenu dessinateur, journaliste, conteur, Georges Remi a fait de Tintin un laboratoire de conscience. Il a inventé un personnage qui reste en mouvement, parce que le mouvement est sa manière de rester loyal à une exigence. Il a bâti, album après album, une œuvre où l’aventure n’est jamais seulement un décor d’exotisme, mais une expérience morale. Dans Le Lotus bleu, Georges Remi apprend à regarder l’autre sans le réduire à un masque. Dans Le Sceptre d’Ottokar, il donne à la politique une dramaturgie de l’honneur et du mensonge. Dans Le Secret de la Licorne et dans Le Trésor de Rackham le Rouge, il fait de la généalogie et de la mémoire un chantier. Dans Objectif Lune et dans Nous avons marché sur la Lune, il transforme l’élan scientifique en épopée de précision et de risque. Même lorsque l’histoire se fait plus sombre, comme dans Tintin au Tibet, Georges Remi cherche une pureté de sentiment qui n’est pas sentimentalité, mais fidélité.

Herge-Italie-1965-Linus

La bibliographie de Georges Remi ne se résume pas à Tintin

Il y a Quick et Flupke, où l’enfance met le monde en désordre avec une joie parfois cruelle. Il y a Jo, Zette et Jocko, où la famille devient un théâtre d’épreuves. Il y a aussi cette œuvre inachevée, Tintin et l’Alph-Art, qui demeure comme une énigme ouverte, un chantier interrompu, et qui dit, à sa manière, que toute œuvre initiatique reste incomplète, parce qu’elle travaille davantage qu’elle ne conclut.

L’Étoile mystérieuse occupe une place singulière dans cet ensemble

Il porte une blessure historique, celle d’une époque où l’Europe se fissure et où les caricatures peuvent devenir armes, où la haine se glisse dans des figures, où la facilité de l’ennemi désigné contamine parfois même les œuvres que nous aimons. Il ne s’agit pas d’absoudre ni de condamner comme un juge extérieur. Il s’agit de regarder cette ombre, parce qu’elle fait partie du matériau, et parce que l’initiation n’a de valeur que si elle accepte de voir ce qui, en nous, cède à la facilité. Georges Remi a d’ailleurs repris, retouché, transformé certaines figures au fil des éditions, comme si l’œuvre elle-même poursuivait un travail de rectification. Ce mouvement de reprise n’efface pas le passé, mais il indique une conscience, et cette conscience, nous la respectons, parce qu’elle témoigne d’un effort, celui de ne pas laisser une image se scléroser dans sa violence.

Nous ressortons de cette lecture avec une sensation de ciel plus proche et de terre plus fragile L’album nous rappelle que la catastrophe n’est pas seulement un événement extérieur. Elle est une manière de parler du monde, et cette manière peut nous détruire plus sûrement qu’une pierre tombée de l’espace. La catastrophe véritable, c’est la perte de discernement, c’est l’avidité déguisée en intérêt général, c’est la panique devenue religion, c’est la science livrée aux titrailles, c’est la fraternité utilisée comme piège. Mais l’album, sans morale pesante, nous montre aussi la possibilité inverse, celle d’une lucidité active, d’une fraternité vigilante, d’un courage qui ne se grise pas de lui-même. Dans le fragment de calystène sauvé des eaux, nous reconnaissons un signe.

L’essentiel n’est pas de posséder l’étoile, l’essentiel est de devenir capables de la regarder sans être aveuglés, et de transformer l’éclat en connaissance intérieure.

Quand l’aérolithe se perd dans la mer, l’album n’abolit pas le mystère, il le rend plus exigeant Il reste un fragment, et ce fragment vaut davantage qu’un trophée, parce qu’il rappelle que la vraie conquête n’est jamais celle d’un objet, mais celle d’une mesure retrouvée. La lumière qui compte n’est pas celle qui tombe, elle est celle que nous entretenons en nous-mêmes, avec assez de rigueur pour résister aux paniques, assez de silence pour déjouer les cris, et assez de droiture pour ne pas confondre le savoir avec la prise.

Les aventures de Tintin – L’Étoile mystérieuse

Hergé – Casterman, 1993, 62 pages, 12,50 €

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

https://450.fm/2026/02/21/le-sceptre-dottokar-ou-lepreuve-du-signe/

Lando Conti, maire franc-maçon assassiné par les Brigades rouges

Quarante ans après, Florence rallume la mémoire

Le 10 février 1986, les Brigades rouges abattaient à Florence Lando Conti, ancien maire de la ville et franc-maçon engagé dans la vie civique. Quarante ans plus tard, la cité toscane et la franc-maçonnerie italienne ont choisi de raviver une mémoire qui ne relève pas seulement du souvenir, mais d’une exigence démocratique. Se souvenir de Lando Conti, c’est rappeler que la liberté publique et l’engagement civique ont parfois un prix.

Florence ravive une mémoire civique qui ne demande pas seulement le recueillement, mais une vigilance

Armes de la ville de Florence

Il y a, dans cet hommage, quelque chose qui dépasse la commémoration. Florence ne se contente pas de déposer des couronnes. Elle rappelle ce que le terrorisme a voulu briser, le lien ordinaire entre le service public et la démocratie vécue, entre l’éthique du mandat et la continuité des institutions. La cérémonie municipale du 10 février 2026 s’inscrit dans cette ligne. Elle s’est tenue dans les lieux mêmes où la mémoire demeure incarnée, au Ponte alla Badia, puis au cimetière de Trespiano, là où repose Lando Conti.

Dans le même mouvement, la franc-maçonnerie florentine a porté la mémoire sur un autre plan, celui de la réflexion et de la transmission

Le 21 février 2026, le Palagio di Parte Guelfa a accueilli une initiative publique de haute portée symbolique, promue par la Respectable Loge Lando Conti n. 884 à l’Orient de Florence, dans le cadre d’un événement organisé par le Grand Orient d’Italie, Palazzo Giustiniani.

Le choix du lieu n’est pas neutre

La Parte Guelfa, avec son épaisseur d’histoire civique, rappelle que la cité italienne s’est longtemps pensée comme une école de responsabilité. Dans ce décor, Lando Conti n’est plus seulement un nom frappé par la tragédie. Il redevient une figure de la chose publique, un homme placé à l’intersection de la conscience et du devoir. La formule reprise par les organisateurs le dit avec une sobriété tranchante, un homme libre, un franc-maçon, un administrateur de la chose publique.

GOI – Blason

Le cœur intellectuel de la journée a été confié à Fulvio Conti, historien de l’université de Florence, autour d’un thème qui donne de la profondeur au seul hommage, Franc-maçonnerie et gouvernement local, les maires francs-maçons entre XIXe et XXe siècles.

Il ne s’agissait pas d’une oraison, mais d’une mise en perspective. Comment, dans l’Italie de la modernisation urbaine et des cultures administratives libérales, certains francs-maçons ont-ils participé à fabriquer une grammaire de l’intérêt général, une manière de servir sans se servir.

Stefano Bisi

La conclusion confiée au Grand Maître du Grand Orient d’Italie, Stefano Bisi, a ramené l’auditoire à l’aujourd’hui

Ce quarantième anniversaire n’a de sens que s’il demeure un acte de mémoire active, un travail qui empêche l’effacement, qui interdit la banalisation des années de plomb, et qui refuse aussi les simplifications commodes, celles qui réduisent la complexité historique à des slogans.

Nous touchons ici à une question très contemporaine

La mémoire publique s’érode vite quand elle n’est plus portée par des récits partagés. Les organisateurs l’affirment clairement, sans un processus vivant de mémoire, les événements traumatisants pour la vie démocratique finissent par s’estomper. Lando Conti devient alors un nom de plaque, non plus une présence qui oblige.

Drapeau de la Toscane

Dans la langue symbolique, le Ponte alla Badia devient malgré lui un signe

Un pont est un passage, un lien, une promesse de continuité. C’est précisément ce lien que la violence terroriste a voulu rompre. Répondre par la mémoire, c’est refuser que la rupture devienne une norme. C’est affirmer que la cité ne se gouverne ni par la peur ni par l’intimidation, mais par une patience démocratique qui accepte le débat, la règle, la lenteur même, parce qu’elle sait que la précipitation est souvent le masque de la brutalité.

L’hommage rendu à Lando Conti dit enfin quelque chose de la place possible d’une obédience dans la société. Non pas une place de pouvoir, mais une place de conscience. Quand la franc-maçonnerie se souvient, elle ne cherche pas à se mettre en scène. Elle rappelle que la liberté n’est jamais acquise, qu’elle se paie parfois, et que la dignité de l’engagement civique peut exiger le prix le plus lourd.

Les démocraties européennes savent depuis longtemps que le terrorisme politique ne cherche pas seulement à tuer des femmes et des hommes.

Il cherche à tuer la confiance, à rendre suspect le débat, à installer l’idée que la peur gouverne mieux que la loi. Les années de plomb italiennes ont été cette tentative de rupture du lien civique, et nous voyons aujourd’hui d’autres fragilités se réinstaller sous d’autres formes, polarisation, radicalisations, violences idéologiques, cynisme numérique qui transforme l’adversaire en ennemi et l’ennemi en cible.

Dans ce paysage, le regard maçonnique rappelle une évidence exigeante. La fraternité universelle n’est pas une formule douce, c’est une discipline. Elle oblige à tenir l’autre pour un être humain avant de le tenir pour un camp, à préférer la chaîne qui relie plutôt que la logique qui sépare, à travailler la cité comme un chantier où la parole doit rester possible, même lorsque la tentation du raccourci, de l’anathème et de la vengeance se présente comme une solution. Se souvenir de Lando Conti, c’est affirmer que la démocratie ne se défend pas seulement par des dispositifs. Elle se défend par une culture intérieure, celle qui refuse la déshumanisation, qui maintient la mesure, qui persévère dans le droit et dans la dignité du dialogue.

Quarante ans ont passé depuis les coups de feu tirés au Ponte alla Badia. Mais l’histoire de Lando Conti ne relève pas du passé clos. Elle appartient à cette mémoire vive qui rappelle que la démocratie ne tient jamais par habitude, mais par la vigilance des consciences. En honorant ce maire franc-maçon tombé sous les balles du terrorisme, Florence ne regarde pas seulement derrière elle. Elle rappelle, à voix basse mais avec fermeté, qu’aucune violence ne peut faire taire durablement ceux qui ont choisi de servir la cité.

Nota bene

Lando Conti a été assassiné le 10 février 1986 au Ponte alla Badia alors qu’il se rendait à Palazzo Vecchio pour une séance du conseil municipal. La commémoration du 40e anniversaire a donné lieu à une cérémonie officielle à Florence le 10 février 2026 ainsi qu’aux Giornate Lando Conti organisées au Palagio di Parte Guelfa le 21 février 2026 à l’initiative de la Respectable Loge Lando Conti n. 884 à l’Orient de Florence.

Source : comune.firenze.it

Humilité : de la terre à la vérité

L’humilité est une attitude intérieure fondamentale du chemin initiatique, qui relie intimement l’homme à la terre et à la vérité. Le mot humilité provient du latin humilitas, lui‑même dérivé de humilis, formé sur humus, « la terre, le sol ». Il exprime l’idée de ce qui est « bas, près du sol », et par extension la modestie, l’absence d’orgueil, la capacité à rester « les pieds sur terre ».

Être humble, c’est reconnaître sa condition, ses limites et sa dépendance à l’égard d’une réalité qui nous dépasse, sans pour autant se dévaloriser. Gandhi résume cette exigence en affirmant qu’il faut devenir aussi humble que la poussière avant de pouvoir découvrir la vérité : humilité et vérité suivent ainsi un même chemin.

Dans cette perspective, l’humilité n’est pas un masochisme ni un culte de sa petitesse, mais une juste perception de notre place dans l’ordre du monde. Elle suppose de comprendre que la vérité ne se conquiert pas par la seule force de l’intellect ni par les honneurs sociaux, mais qu’elle se révèle à celui qui consent à se dépouiller de ses prétentions. Plus l’être humain se vide de sa suffisance, plus il devient réceptif à la lumière intérieure.

Raison, dualité et quête du centre

Sur le plan terrestre, la raison est l’outil propre à notre condition : elle éclaire ce que perçoivent nos sens et obéit aux lois de la logique. Mais elle demeure enfermée dans le champ du mesurable et du vérifiable ; ce qui dépasse la forme et le temps ne peut être entièrement saisi par elle. C’est pourquoi les grandes vérités spirituelles ne se « démontrent » pas au sens analytique, elles se pressentent, se vivent et se vérifient dans l’expérience intérieure.

L’existence humaine se déploie sous le signe de la dualité : bien et mal, beauté et laideur, vérité et mensonge, pureté et souillure rythment notre quotidien. L’image de la balance permet de comprendre que l’excès d’un côté ou de l’autre nous déséquilibre : pencher vers le mal nous défigure, pencher naïvement vers un « bien » sans discernement nous rend vulnérables et insensés. Le véritable travail initiatique consiste à se tenir au centre, au point d’équilibre où la balance ne penche plus, et où les polarités cessent d’exercer leur tyrannie. C’est depuis ce centre que l’on peut dépasser les oppositions simplistes et accéder à une vision plus unifiée de l’existence.

Se tenir au centre, c’est aussi se rendre indifférent aux extrêmes de l’orgueil et de la fausse humilité. Ni écrasement, ni glorification de soi : simplement la conscience tranquille de ce que l’on est, et de ce qui reste à accomplir. Cette position intérieure favorise l’écoute, la réflexion, la méditation, et prépare l’âme à accueillir les enseignements initiatiques.

L’humilité, fruit de cycles de vie et d’ouverture de conscience

L’humilité ne s’acquiert pas en une seule existence, ni par le seul fait d’entrer dans un monastère, une communauté spirituelle ou une tradition initiatique. Elle est le fruit d’un long travail, envisagé ici comme se déployant sur plusieurs cycles de vie, où l’âme apprend progressivement le dévouement, le service, le détachement et le non‑attachement. Ce lent processus d’« ouverture de la conscience » permet de dépasser le simple champ de la raison et de la dualité, pour entrevoir la transcendance qui les englobe.

Plante qui pousse grâce à des gouttes d'eau
Plante qui pousse grâce à des gouttes d’eau

Lorsque nous observons une personne animée d’un esprit de service, simple, discrète, peu attachée aux honneurs et aux biens matériels, nous percevons le fruit d’un long cheminement. L’humilité véritable bannit l’orgueil et l’envie, elle concourt à une paix fondée sur la fraternité humaine, et oriente l’action vers le bien de tous plutôt que vers l’intérêt personnel. Elle s’enracine dans l’amour de la vérité, car l’amour authentique est le fondement de toute vérité vivante.

Certains mots – humilité, amour, bonté, Dieu – appartiennent à un registre qui dépasse le raisonnement discursif. À force de vouloir les définir, on risque de les réduire : ils « sont » avant de se laisser enfermer dans des concepts. L’amour, pris dans sa dimension spirituelle, diffère radicalement du désir : il est libre de l’attachement, du pouvoir, de la jalousie, il ne cherche pas à posséder. Le désir, lui, reste lié à l’ego et à la possession ; lorsqu’il ne trouve plus à se satisfaire, il s’éteint et peut entraîner frustration, violence et désordre social.

Le dépouillement des métaux : mort au profane et naissance à la Lumière

En franc‑maçonnerie, le dépouillement des métaux constitue un moment central du rite d’initiation. Le candidat est invité à laisser à la porte du Temple ses pièces de monnaie, ses bijoux, sa montre, bref tout ce qui brille et signale sa condition sociale. Ce geste ne vise pas à mépriser la matière, mais à signifier que, pour entrer dans le Temple, l’homme doit déposer ce qui pourrait troubler sa vie intérieure.

Les métaux représentent, sur le plan symbolique, les passions, les vices, l’attachement aux illusions matérielles et au prestige, toutes choses qui créent des interférences sur le chemin spirituel. Le dépouillement figure une mort au monde profane : renoncer à ce qui étincelle aux yeux des hommes pour retrouver la « nudité » spirituelle, la simplicité et l’innocence originelle. Il s’agit d’une seconde naissance, d’un passage du monde profane au monde spirituel, condition pour entreprendre véritablement la marche vers la Lumière et l’état primordial.

Ce dépouillement appelle un travail d’équilibre entre nos passions et nos connaissances, pour nous libérer du fanatisme, du dogmatisme, de l’hypocrisie et d’une ambition démesurée. L’initié est invité à se tenir au centre, là où aucun courant ne l’emporte, où il peut écouter, étudier, méditer et assimiler les enseignements sans être dominé par ses attirances ou ses répulsions.

Vérité intérieure, méditation et niveaux de conscience

Le travail maçonnique ne consiste pas tant à « chercher » la Vérité qu’à la comprendre. La Vérité n’est ni au‑dessus, ni au‑dessous, ni à l’extérieur : elle est au cœur de l’être humain, comme une lumière intérieure à laquelle il doit apprendre à se relier. La méditation apparaît alors comme un moyen privilégié pour faire taire le tumulte des pensées et se mettre à l’écoute de cette présence intime.

Quand nous écrivons, enseignons ou échangeons sur des sujets initiatiques en étant reliés à ce centre intérieur, ce n’est plus seulement notre personnalité qui s’exprime, mais notre être profond. La lumière reçue d’autrui ne vient pas tant de la personne que de l’esprit qui l’habite : elle est un rayonnement, non une affirmation de supériorité. Au fil des cycles de vie, chacun est appelé à élever son niveau de conscience pour mieux saisir les messages qui dépassent le monde physique.

Tout, dans ce monde, présente un aspect transcendant et un aspect non transcendant. Les Dix Commandements, les livres de sagesse ou les textes sacrés s’inscrivent dans le registre de la transcendance, car ils orientent l’âme vers l’Absolu. Les lois civiles, constitutions, codes pénaux relèvent, eux, de la non‑transcendance : ils régulent la société mais ne livrent pas en eux‑mêmes la clé de la réalisation spirituelle. L’invitation du Christ à « naître de nouveau » rappelle que cette renaissance passe par le détachement et le non‑attachement, conditions pour se relier pleinement à sa lumière intérieure.

Humilité et renaissance initiatique

L’injonction à « ouvrir la conscience » ne décrit pas une simple curiosité intellectuelle, mais une transformation radicale de l’être. « Vider son cœur de tout sauf de la recherche de la perfection » revient à se libérer des désirs vils et des passions pour laisser place à la lumière. Celui qui demeure prisonnier de ses attachements profanes, de ses passions et de son ego ne peut véritablement comprendre les messages initiatiques, car ils s’adressent à une part de lui qu’il refuse encore de laisser vivre.

L’initiation maçonnique n’est donc pas une simple cérémonie d’admission, mais l’entrée consciente dans un travail exigeant de dépouillement, de centrage et d’élévation de la conscience. Humilité, non‑attachement et ouverture intérieure en sont les conditions permanentes. Partant de la terre – humus – l’homme humble accepte de se laisser façonner par la lumière, apprend à se tenir au centre de la dualité, se dépouille de ses métaux et renaît peu à peu à une vie plus haute, guidée de l’intérieur par la Vérité.

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Comprendre le bouddhisme au-delà des étiquettes

Cet enregistrement a été réalisé à la Pagode Thiện Minh, un temple bouddhiste vietnamien situé à Sainte-Foy-lès-Lyon, connu pour être un lieu de paix, de méditation et d’enseignement bouddhique. Accompagné par Vincent Cao, enseignant bouddhiste, cet enregistrement explore les fondamentaux du bouddhisme et trace le chemin vers l’éveil, en mettant l’accent sur la compréhension des enseignements du Bouddha, la pratique de la méditation et la voie intérieure vers la libération.

C’est une invitation à la réflexion, à l’écoute de soi et à la découverte de l’esprit dans un lieu empreint de sérénité.

Qu’est-ce que le bouddhisme ? Une religion ? Une philosophie ? Un mode de vie ? Une science de l’intérieur ? Un état d’être ? Beaucoup y associent spontanément la compassion, la bienveillance ou l’amour universel. Ces mots résonnent avec notre quotidien. Pourtant, peut-être que le bouddhisme n’est rien de tout cela au sens figé du terme.

Peut-être que le bouddhisme n’a pas besoin d’être enfermé dans une définition. Peut-être est-il avant tout une voie. Une voie d’expérience. Une voie qui ne se comprend pas seulement par les concepts mais par la mise en pratique. Le Bouddha n’a pas proposé un système à croire mais un chemin à parcourir. Un chemin vers la nature de l’éveil et de la sagesse.

Une voie plutôt qu’un système

Si nous sommes ici à réfléchir, c’est que nous avons déjà pris un chemin. Personne ne nous a forcés à sortir de notre cadre initial. Nous avons choisi d’explorer, de chercher, parfois de lutter. Chaque existence est un chemin : parfois un combat, parfois une relation au monde, parfois une remise en question.

Certains chemins n’aboutissent pas. D’autres exigent d’être quittés. Le bouddhisme, dans cette perspective, est une orientation : il indique une direction vers la libération des causes de la souffrance et vers le nirvana, c’est-à-dire l’extinction de l’ignorance et l’éveil à la sagesse.

Se poser la bonne question

Le bouddhisme commence par une interrogation simple : qu’est-ce que je veux réellement ? Être heureux ? Être en paix ? Avoir des relations stables ? Être en bonne santé ?

Nous avons parfois la réponse mais pas le chemin. Ou bien nous pensons avoir le chemin sans avoir clarifié le but. La pratique invite d’abord à revenir à l’intérieur. Avant de vouloir corriger le monde, il faut comprendre son propre fonctionnement.

Le cadre intérieur avant le cadre extérieur

Nous connaissons bien le cadre extérieur : les obligations, les lois sociales, les contraintes. Le Bouddha a insisté sur le cadre intérieur. Regarder ce qui est agité en nous. Observer nos états : colère, jalousie, tristesse, mais aussi joie et sérénité.

Prendre conscience de ces états, c’est déjà sortir d’une ignorance subtile. L’ignorance n’est pas seulement l’absence d’information. C’est une vision erronée que nous prenons pour vraie. Nous projetons notre colère sur autrui et croyons que la cause est extérieure. Nous sommes alors prisonniers de notre propre construction mentale.

Les lois de l’existence

Le Bouddha, personnage historique apparu il y a plus de 26 siècles, a fondé son enseignement sur ce constat : la souffrance existe. C’est la première des quatre nobles vérités. Vieillesse, maladie, mort, séparation, frustration, insatisfaction : ces réalités traversent toute existence humaine.

La loi du karma, celle de l’impermanence et celle de l’interdépendance décrivent un monde en mouvement constant. Refuser ces lois, c’est entrer en conflit avec la réalité. Dire « ce n’est pas juste » face à un événement douloureux, c’est déjà refuser de voir la logique de causalité à l’œuvre.

Discipline et entraînement

La première base de la pratique est la discipline. Sans cadre, pas de progression. Comme dans la méditation : sans posture stable, l’esprit demeure agité. La discipline protège et permet de revenir à ce qui est stable en nous.

Mais la discipline seule ne suffit pas. Elle doit être accompagnée de sagesse. Compassion et sagesse vont ensemble. Sans sagesse, la compassion se transforme en affect et nous épuise. Sans compassion, la sagesse devient froide et distante.

Travailler sur soi avant d’agir pour les autres

Avant de vouloir aider le monde, il faut nettoyer son propre « verre ». Mettre de l’eau pure dans un récipient sale ne la rendra pas pure. De même, agir pour les autres sans avoir clarifié ses propres attachements risque de transmettre sa propre confusion.

Nous donnons aux autres ce que nous sommes. Si nous sommes en paix, nous transmettons la paix. Si nous sommes en souffrance, nous transmettons malgré nous cette souffrance.

La patience face au temps

Planter un manguier et s’impatienter après une semaine serait absurde. Pourtant, face à la méditation, beaucoup disent : « Je pratique depuis six mois et je ne vois aucun résultat. » L’impatience est une forme d’ignorance. Chaque instant est transformation, même si notre perception ne le saisit pas.

Le chemin n’est pas binaire. Il n’y a pas un bouton « agir » et un bouton « résultat ». Il y a une maturation progressive.

Au-delà de la dualité

Le monde fonctionne sur la dualité : bien et mal, équilibre et déséquilibre, succès et échec. Le Bouddha propose de ne pas se balancer sans cesse d’un côté à l’autre. La voie médiane ne cherche pas un équilibre opposé au déséquilibre. Elle dépasse l’opposition elle-même.

Dans la méditation, il n’y a pas d’objectif à atteindre. Si l’on médite pour « devenir zen », on s’éloigne déjà de la nature de la méditation. Méditer, c’est laisser les phénomènes apparaître et disparaître sans s’y accrocher.

Lâcher prise ou ne rien saisir

On parle souvent de « lâcher prise ». Mais on ne lâche que ce que l’on tient. Si aucun attachement ne s’est formé, il n’y a rien à abandonner. Les phénomènes traversent l’esprit comme des nuages dans le ciel.

Le véritable travail consiste à reconnaître ces attachements, à comprendre leur origine et à les dissoudre par la sagesse.

Une transformation intérieure

Le bouddhisme ne promet pas un miracle immédiat. Il propose une compréhension progressive des phénomènes et une transformation intérieure. Il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à soi mais d’enlever les couches d’ignorance.

Quand ces couches tombent, la nature de sagesse apparaît naturellement. Nirvana, éveil, paix intérieure ne sont pas des trophées. Ce sont des états révélés lorsque la souffrance cesse d’être alimentée.

En définitive, le bouddhisme n’impose pas une croyance. Il invite à expérimenter, à observer et à comprendre. Il ne s’agit pas de fuir le monde mais de transformer le regard que nous portons sur lui. Et peut-être qu’en changeant ce regard, le monde lui-même se transformera.

Le Liban des Francs-maçons de Hiram à Gibran Khalil Gibran

Le Liban des Francs-Maçons de Hiram à Gibran Khalil Gibran ne cherche pas la connivence. Le livre pose d’emblée une exigence qui ressemble à une pesée intérieure, comme si la lecture devait quitter l’accumulation pour rejoindre l’enracinement, comme si la connaissance devait cesser d’être un grenier et devenir une responsabilité, avec cette idée décisive que démolir le faux appartient déjà à l’art de bâtir.

La phrase avance avec une densité presque physique, elle comprime et elle féconde, elle travaille la conscience à la manière d’une main sur la terre, non pour l’écraser mais pour en sentir le pouls et y réveiller une force de germination. Dans cette économie du sens, la vérité n’appartient pas aux passants, elle consent aux êtres capables d’arrêt, de lenteur et d’attention, et cette poétique de l’arrêt devient un acte spirituel à part entière. Nous comprenons alors que le livre ne raconte pas seulement un territoire, il propose une ascèse du regard et du souffle, une discipline de l’âme qui refuse le plais

La voix de Jean-Marc Aractingi et la voix de Naji Ali Amhaz se mêlent pour produire une sorte de chant architecturé, où la cosmogonie, le mythe, la religion et la geste maçonnique ne se juxtaposent pas, mais s’appellent, se répondent, se renversent, jusqu’à former une « charte » qui veut embrasser le temps long. Le texte commence dans un silence primordial, il imagine une poussière cosmique, une immobilité sépulcrale, puis il fait naître l’élan de l’esprit, la magie, les mythes, la philosophie, et la montée des religions. Nous recevons cette ouverture comme une genèse de la conscience humaine, où la question du vide et de la terre devient la première énigme, celle qui sépare la simple survie de la quête. La phrase dit que l’âme humaine ne cherche pas tant un passé ou un avenir qu’un “ego cognitif”, une raison de survivre et d’évoluer, et cette formulation, très contemporaine par son vocabulaire, se laisse pourtant lire comme séparation, celle de l’argile et de l’étincelle, du poids et de la lumière.

À partir de là, le livre érige Liban non comme une carte politique, mais comme un lieu-symbole, un troisième espace où la pierre et le verbe s’enseignent mutuellement.

La couverture promet déjà une ruine éclairée par une aube ambiguë, et la prose confirme cette esthétique du clair-obscur. Ce qui se joue ici relève d’une architecture intérieure, où l’édification n’est plus l’accumulation des pierres mais la capacité à discerner le moment où la pierre doit être rompue pour que l’esprit puisse éclore. Tout au long du texte, la métaphore constructive travaille au corps, elle relie les plans du monde aux plans de l’être, et la franc-maçonnerie devient une grammaire qui rend lisibles des couches très anciennes de la mémoire méditerranéenne. Nous ne sommes pas dans une histoire descriptive des loges, nous sommes dans une dramaturgie du bâtisseur, où l’acte de construire devient l’emblème du destin humain.

Cette dramaturgie se fonde sur une triade qui donne au livre son souffle propre

Le premier pôle appartient à Hiram Abiff, figure de la pierre et du silex, celle qui prête au monde le vocabulaire du chantier, de la colonne, du ciseau, et qui rappelle que le Temple n’existe jamais pour un roi, mais pour la naissance d’une humanité capable de se tenir debout. Le second pôle appartient à Gibran Khalil Gibran, figure du verbe, de l’encre et de la langue comme outil, celui qui déplace l’édification vers l’âme, comme si la parole pouvait devenir pierre d’angle. Le troisième pôle appartient aux Druzes, présentés comme “architectes de l’esprit occulté”, non pour ajouter une couleur confessionnelle, mais pour parachever une montée, une ascension de type trinitaire, où la pierre, la parole et l’esprit cessent d’être disjoints, le texte ose dire que ces Unitaires portent un « golgotha intellectuel », comme si la raison, à certaines heures de l’histoire, devait se faire croix, et cette intuition, rude et saisissante, rejoint la mémoire initiatique qui sait que la lumière se conquiert parfois au prix d’une traversée sombre.

Ce qui nous frappe, au fil des pages, c’est la manière dont Jean-Marc Aractingi et Naji Ali Amhaz écrivent la franc-maçonnerie comme une anthropologie de la dignité.

Le motif du Phoenix plane, revient, insiste, non comme ornement, mais comme code

Le Phénix dit que la douleur n’est pas seulement une blessure, elle est un combustible, une matière première, et la résurrection n’est pas un miracle extérieur, elle est une loi de transformation, un devoir de transmutation. Le livre réactive le Phénix cananéen, le relie à la mémoire des cèdres, le fait passer du mythe à l’éthique, et nous comprenons que l’immortalité dont il parle n’est pas l’évasion hors du monde, mais la persistance d’un principe capable de se relever dans les cendres. Le texte l’affirme avec une sorte de ferveur qui ressemble à une incantation philosophique, et cette incantation, loin de nous éloigner, nous oblige à mesurer ce que la franc-maçonnerie met réellement en jeu lorsqu’elle parle de mort symbolique et de renaissance.

Dans ce dispositif, Gibran Khalil Gibran devient une figure initiatique à part entière, parce que le livre le lit comme un fils de la Veuve dans une profondeur qui dépasse l’emblème.

La naissance à Bcharré, la pauvreté, l’ombre d’un père englouti dans la matière, dans la lumière d’une mère décrite comme un cèdre protecteur, puis la dispersion, l’arrachement et cette solitude qui ressemble à une chambre de réflexion, tout cela est interprété comme une forge intérieure. Nous sentons que la légende maçonnique sert ici à penser une condition universelle, celle d’un être contraint de se construire sans garantie, de se donner sa propre légitimité, de refuser les héritages dogmatiques pour gagner une connexion directe au principe. Cette lecture de Gibran Khalil Gibran comme auto-construit transforme l’exil en épreuve des grades, et la géographie en pédagogie de l’âme.

Le livre suit ensuite, avec une intensité presque dramatique, la logique du Phénix appliquée à une vie

Boston devient le brasier de l’incinération, la misère et la mort des proches deviennent cendres, puis le texte imagine l’œuf de la résurrection, et le creuset de l’art comme l’alambic où la souffrance change d’état. Fred Holland Day apparaît comme un passeur, le corps cesse d’être honte et devient icône, les larmes se changent en voie de guérison, et la création prend figure de forge, tandis que l’ombre de Tubal-Caïn traverse l’atelier.

Tapisserie de Giohargius et Tubalcaïn, Invention de la pesée et de l’art de forger, Pays-Bas du sud, début du XVIe siècle, tapisserie en laine, conservée au musée de Cluny

Plus loin, Paris surgit, avec Auguste Rodin et Friedrich Nietzsche, non comme une anecdote culturelle, mais comme un basculement de conscience, celui d’un être qui n’appartient plus à une géographie étroite, et qui reçoit la mission de « rebâtir l’édifice humain brisé ». Nous entendons ici une mystique de la vocation, mais une mystique qui passe par le feu, et qui rappelle que la lumière, dans ce livre, ne se sépare jamais d’une combustion.

by George Charles Beresford, half-plate glass negative, 1902

La beauté du texte tient aussi à sa capacité à faire d’un relief une psychologie. La vallée de Qadisha (« Vallée Sainte ») devient profondeur, prison, douleur, et l’ascension vers la cime du Sannine (« Montagne ») devient liberté, révolte, approche de l’absolu. Nous ne lisons pas une géographie, nous lisons une grammaire de l’âme, où l’être humain se tient entre ravin et sommet, entre ténèbres et lumière, et où la révolte n’est pas un caprice, mais une force motrice, une physique spirituelle. Cette manière de relier l’espace à l’intériorité rejoint une tradition hermétique très ancienne, celle qui refuse de séparer le monde visible du travail invisible, et qui reconnaît dans les paysages des miroirs, des épreuves, des sceaux.

Cette notion de révolte, le livre la pousse jusqu’à une exigence morale tranchante, lorsqu’il médite sur la justice, la loi, et ce que la société ose appeler”, un juge siège sur des crânes, un misérable est enfermé pour avoir volé du pain, et le pain devient plus qu’un aliment, il devient code de survie, pain de vie et pierre d’angle de la dignité. Le passage est violent, parce qu’il accuse tout temple social qui sacralise ses murs en laissant l’homme mourir de faim. La formule citée par le livre, où la main qui vole un pain pour essuyer la larme d’un affamé est dite plus pure que celle qui bâtit des temples avec l’argent des orphelins, résonne comme un coup de maillet sur la conscience. Nous percevons alors une franc-maçonnerie rendue à sa source éthique, celle qui sait que le sacré n’a aucune valeur s’il sert à couvrir l’humiliation.

Cette même logique se déploie dans le motif des trois coups, non comme folklore, mais comme répétition du crime de l’esprit. Ignorance, fanatisme, ambition aveugle deviennent des forces toujours prêtes à abattre l’architecte, à détruire la possibilité même du sens. Le livre ne traite pas ces puissances comme des catégories abstraites, il les montre comme des incarnations modernes, des mécanismes collectifs, des contagions intérieures, et cette lecture, très actuelle, fait entendre que la légende d’Hiram Abiff n’appartient pas au passé, elle décrit une structure permanente du monde humain.

Nous aimons aussi la manière dont l’amour, dans ce livre, quitte le registre du sentiment pour devenir un laboratoire métaphysique

La correspondance entre Gibran Khalil Gibran et May Ziadé est lue comme une expérience gnostique, où la distance devient condition rituelle et où le temple véritable se perçoit par l’intuition. Le texte ose dire que la bien-aimée est parole perdue retrouvée dans l’espace du langage, et que l’esprit peut édifier un pont de lumière défiant la matière et le temps. Puis il aborde le “mal” non comme faute, mais comme révolte de l’âme contre les convenances, et il relie cette révolte au feu de Tubal-Caïn, ce feu qui consume les formes mortes pour remodeler l’humain.

Khalil Gibran en 1913

Nous reconnaissons là une philosophie initiatique du dépouillement, où l’ombre, portée avec courage, ne dégrade plus l’être et devient, peu à peu, maîtresse d’enseignement. L’ensemble possède aussi une qualité liturgique, en ce qu’il met en jeu une parole collective, presque rituelle, et nous recevons certains passages comme des scènes de clôture où le tumulte profane se retire, afin qu’une autre écoute puisse advenir.

Lorsque le texte fait dialoguer un Prince Président et un Premier Surveillant, lorsque le soleil se retire derrière l’horizon de Tyr, lorsque les cèdres accomplissent leur mission et que les bâtisseurs se reposent, la scène dépasse le simple décor. Le livre inscrit alors la mémoire du cèdre dans une dramaturgie de l’âme, et l’abattage des arbres devient un appel à ériger des colonnes dans les temples des cœurs. Nous entendons, derrière ce tableau, la question la plus nue, celle que la franc-maçonnerie ne cesse de raviver, à savoir ce que nous faisons des symboles lorsque la vie exige qu’ils deviennent chair morale.

À ce stade, il devient nécessaire de dire un mot de celles et ceux qui portent cette prose

Les notices publiques présentent Jean-Marc Aractingi comme une figure aux formations multiples, à la fois ingénieur et diplomate, avec une œuvre tournée vers les croisements entre géopolitique, histoire religieuse et traditions initiatiques. Jean-Marc Aractingi a publié plusieurs livres qui interrogent, dans l’aire islamique et moyen-orientale, les circulations de la franc-maçonnerie, des rites et des imaginaires, notamment une vaste enquête intitulée Histoire mondiale de la Franc-maçonnerie en terre d’Islam (Erick Bonnier, 2016) qui comprend des volumes consacrés à la Turquie, à l’Égypte, à l’Iran, puis au Liban, à la Syrie et à la Palestine, et qui a suffisamment marqué le champ maçonnique pour faire l’objet d’une recension dans une revue de référence. Dans une bibliographie plus directement orientée vers les correspondances entre islam, ésotérisme et initiation, Jean-Marc Aractingi a aussi publié un essai sur les rapports entre islam et franc-maçonnerie, et des titres rituéliques ou catéchétiques figurent dans les catalogues généralistes. Ce qui compte ici n’est pas l’accumulation des titres, mais la cohérence d’un geste, celui de chercher, dans les zones de frottement entre traditions, non des prétextes de polémique, mais des lignes de profondeur où le symbolique demeure vivant.

Quant à Naji Ali Amhaz, les traces publiques le décrivent comme un écrivain et chercheur politique libanais, présent dans l’espace médiatique, intervenant comme commentateur, et associé à des plateformes de publication où se déploient des analyses régionales.

Plus anciennement, une mention dans la presse économique libanaise signale qu’un hebdomadaire en langue arabe a été autorisé sous sa responsabilité au début des années 2000, ce qui dessine une relation durable à l’écriture publique et au débat d’idées.

Dans Le Liban des Francs-Maçons, cette double présence, celle d’un auteur versé dans les architectures initiatiques et celle d’un auteur familier de la conflictualité contemporaine, produit un alliage singulier. Le livre avance comme une épopée conceptuelle qui refuse le commentaire tiède, et cette intensité, parfois volontairement incandescente, constitue aussi sa prise de risque littéraire.

Cette prise de risque, nous la lisons dans la manière dont Le Liban des francs-maçons assume une langue de l’absolu

Jean-Marc Aractingi.jpg

Le texte préfère l’élévation au constat, il préfère l’image fondatrice au détail documentaire, il préfère la loi symbolique à la nuance descriptive. Il arrive que cette hauteur emporte tout, qu’elle tende à universaliser, qu’elle transforme l’histoire en mythe, et nous pouvons sentir, par moments, une volonté d’embrasser trop vaste, de surplomber les contradictions du réel. Pourtant, cette hauteur appartient au projet même. Le livre ne veut pas seulement informer, il veut convertir notre manière de regarder, et cette conversion passe par une rhétorique de la nécessité. Chaque motif, le cèdre, la pierre, le pain, l’exil, la vallée, le sommet, devient un instrument de rectification intérieure. Nous ne lisons pas une promenade érudite, nous lisons une tentative de remettre d’aplomb l’idée de bâtisseur, de rappeler que le travail sur soi n’a aucun sens lorsqu’il se sépare du travail sur la dignité du vivant.

C’est ici que la dimension maçonnique du livre touche juste, parce qu’elle ne s’arrête pas aux signes et qu’elle engage une éthique du vrai

Lorsque le texte affirme que Hiram Abiff n’est pas mort et que Gibran Khalil Gibran n’est pas parti, parce que tous deux ont quitté le rang des personnes pour devenir des lois intérieures, il propose une définition exigeante de l’immortalité.

L’immortalité n’est plus la survie d’un nom, elle devient la transmission d’un principe. À la fin, la phrase que le livre prête à Gibran Khalil Gibran demeure comme un viatique, et nous la recevons comme une injonction initiatique adressée à toute civilisation qui confond ses murs avec son âme.

« Ne bâtissez point vos cités de pierre, bâtissez-les de vos rêves ; car la pierre périt, mais le rêve demeure l’unique réalité que le néant ne saurait effacer. »

Le Liban des francs-maçons De Hiram à Gibran Khalil Gibran

Jean-Marc Aractingi – Naji Ali Amhaz

 Independently published, 2026, 152 pages, 10,55 € – Format Kindle 5,92 €

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L’Initiation maçonnique

Nous avons tous, ici, en loge et ailleurs dans notre vie profane, vécu des initiations de toutes sortes. Alors parler de l’initiation n’est pas correct ni suffisamment précis ni suffisamment détaillé. En fait pour traiter correctement ce sujet il conviendrait non de parler de l’initiation mais d’initiations.

Je vous proposerai donc de traiter d’initiation, puis d’initiation et encore d’initiation. Car il y a plusieurs sortes d’initiations qui sont perçues et/ou vécues différemment. René GUENON, pour ne parler que de lui, distingue, l’ initiation exotérique, profane, sociale qui est une base traditionnelle accessible à tous avec ses rites dont il faut approfondir la signification, démarche nécessaire, indispensable pour aller plus avant vers la notion d’ésotérisme initiatique. Il fait également bien la distinction entre la cérémonie d’initiation et l’initiation proprement dite.

L’exotérisme est de culture profane, c’est la partie de toute tradition qui s’adresse indistinctement à tous pour décrire les cérémonies publiques (religieuses, rituelles) dans leur manifestation.

L’ésotérisme est, lui, ce qui n’est pas accessible aux non-initiés. C’est une base spirituelle qui permet, à l’aide d’un guide, d’aller au-delà de leur signification profane, vers la découverte de leurs autres significations.

Généralement, quel que soit le type d’initiation, la cérémonie d’initiation est vécue extérieurement, sans véritable compréhension car transmise à un initié en puissance, encore profane (du grec nouvelle plante). Elle est subie, ce n’est qu’après que l’on peut la comprendre si on la revit en pensée. D’où le rôle important des impressions d’initiation rédigées individuellement puis travaillées collectivement auprès d’un Gourou, d’un Maitre apportant sa présence spirituelle

En maçonnerie, l’initiation est un processus de transformation à la fois externe et interne de l’individu. Elle fait le pari qu’un travail constant de réflexion, grâce aux symboles et avec les Frères, peut aboutir à une évolution intellectuelle, morale et spirituelle positive. Elle vise un perfectionnement en connaissance et en conscience, elle crée, constitue, et reçoit qui y est admis

DÉFINITIONS

Dans le langage courant initiation est souvent confondu avec apprentissage ; je t’apprends à lire, je t’initie à la lecture, tu deviens détenteur d’une connaissance nouvelle que je t’ai communiqué. Il y a un émetteur Moi et un récepteur Toi, c’est de la transmission.

Le dictionnaire, lui, définit l’initiation comme l’action de donner à quelqu’un la connaissance de certaines choses qu’il ignorait. C’est la même chose, mais il y ajoute des précisions sur le récepteur qui est choisi par recrutement ou sélection, et sur l’émetteur, qui peut être issu d’un groupe particulier, une confrérie religieuse un culte à mystères, une société, secrète ou non, dans lequel il sera intégré et avec lequel il partagera cette connaissance. Il y ajoute donc la notion de partage.

L’origine du mot qui vient du latin initum formé du radical it qui a donné iter (chemin) et itus(action de partir, de marcher) y ajoute une notion d’évolution. Il y a une voie, un point de départ, un parcours, donc une destination.

Initier quelqu’un c’est le mettre sur la voie du commencement.

Tu connais ton chemin

Sur ce chemin l’individu qui a reçu l’initiation, l’initié, deviendra détenteur d’une connaissance, d’un art, d’un secret, moyens de réalisation personnelle, révélation permettant le passage d’une potentialité interne non manifestée à une réalisation externe manifestée

C’est pourquoi l’initiation est considérée dans toutes les traditions comme une naissance, comme une genèse dans laquelle le néophyte, qui a reçu la lumière, devient son propre demiurge[1], et est positionné sur un chemin afin de progresser vers un développement personnel (ontologique)[2] dont la direction lui est suggérée.

Le premier acte de l’initiation est la naissance du néophyte mais préalablement la mort du profane. C’est donc aussi la fin de quelque chose comme le révèle le grec telete proche de de teleuté (accomplissement et mort).

 Entre ces 2 extrêmes l’initié doit donc se mettre en marche vers l’accomplissement de son être.

Il est aidé en cela par des guides,( hiérophantes[3]) ainsi que par sa détermination personnelle issue de son environnement social et par un mystérieux élément, lui, de nature spirituelle

RITES – RITUELS

Depuis toujours, d’une civilisation à l’autre, les épreuves différaient mais faisaient et font toujours appel à des rites dont la fonction est d’organiser les transitions et de les accompagner lors de cérémonies au détail et au contenu précis et structuré se déroulant (le plus souvent) en 3 étapes :

  • la séparation ; l’individu est isolé du groupe et de la situation antérieure qui équivaut à une mort symbolique,
  • la mise en marge qui représente une sorte de gestation symbolique,temps d’élaboration d’un ouvrage de l’esprit
  • la réintégration de l’individu dans le groupe avec une nouvelle situation sociale constituant une renaissance symbolique 

Mais la question est : Comment et pourquoi devient-on initié, pourquoi désirer subir volontairement cette initiation encore qualifiée de profane, ce premier type d’initiation dont nous avons parlé ?

Déjà parce que du fait de son statut social, de son appartenance à une civilisation traditionnelle, on ne peut pas y échapper.

  • Ces rites de passage sont obligatoires car traditionnels. Ils sont vécus dès la naissance – (baptêmes, circoncision) – lors du passage de l’enfance à l’adolescence – (communion solennelle, Barmitsva) – puis à l’âge adulte avec ces épreuves physiques et psychologiques, jugées nécessaires pour, par la souffrance, canaliser ses forces et conquérir fièrement ses galons d’adulte responsable.
  • Ces évènements ne laissent généralement pas de traces spirituelles marquantes autres que le comportement du et dans le groupe, la violence du rite apparaissant alors comme indispensable pour instaurer l’ordre nécessaire à l’harmonie de la vie sociale. N’oublions pas que, Harmonie est la fille d’Arès et d’Aphrodite, ou Mars, la guerre et Vénus, la beauté.

Ils permettent de lier l’individu à un groupe mais aussi de structurer sa vie en étapes précises qui lui permettent d’avoir une perception apaisante de la condition mortelle de l’homme. Il s’agit de « fictions collectives qui ont pour but d’ordonner la nature ». En cela, ils participent à la symbolisation du monde pour le rendre plus familier, d’où leur caractère pacifiant et soulageant. Ce phénomène est donc un enjeu important pour l’individu, pour la relation entre l’individu et le groupe ainsi que pour la cohésion du groupe.

Mais là, il faut faire un distinguo car le « rite de passage » se distingue du « rite initiatique » en cela que le premier marque le changement de statut social ou sexuel, une étape dans la vie d’un individu dans son groupe social tandis que le rite d’initiation marque l’incorporation d’un individu dans un autre groupe, social ou religieux : le premier touche indistinctement tous les individus tandis que le second les sélectionne au delà de leur simple statut social.

DU BESOIN D’INITIATION (spirituelle)

Alors, au-delà de cet aspect socialement structuré et imposé, d’où vient ce désir nouveau chez certains, de changement de paradigme qui les rends différents du commun de l’humanité, qui motive leur recherche, qui nous approchent ou sont approché,et dont la motivation est vérifiée lors des enquêtes préalables à leur admission.

A un moment de leur vie, ce genre d’individu la ressent comme incomplète, imparfaite, son aspect strictement matérialisme ne le satisfait plus, ne lui suffit plus, il aspire à plus de spiritualité.

Les images qu’il a du monde lui apparaissent insuffisantes, brouillonnes, pas claires.Ce qu’il est en train de faire,sa vie lui apparait vide,(en partie gâchée ?). Il sent qu’il y a quelque chose qui est là, qui est présent mais qu’il ne voit pas et qu’il ne comprend pas. Il a besoin d’éclaircissements, d’être éclairé et souhaite avoir la révélation d’un autre aspect de ce qui est en lui et autour de lui.

En a-t-il la volonté, le moment est-il venu ?

On peut métaphoriquement comparer cet individu social a un papillon qui, après une longue existence de chenille rampante, est maintenant pleinement développé mais encore enfermé, tout fripé, dans le noir du cocon de la chrysalide. Il faut qu’il finisse par se décider à le crever pour s’envoler vers la lumière de l’azur. On peut imaginer qu’il hésite longuement, (suis-je prêt ?) devant ce saut dans l’inconnu.

Ces étapes il les revit dans le déroulement de l’initiation

C’est bien de saut dans l’inconnu dont il faut qualifier cette initiation car cet événement commence par faire fi du passé.

Comme on ne bâti pas une construction sur du sable, il faut commencer par déblayer le terrain,en faire table rase pour assurer une assise solide résistant au temps. On nettoie le terrain en éliminant les scories des métaux. Egalement analogie avec le grand œuvre alchimique qui commence par dissolution putréfaction

C’est alors seulement que commencent les épreuves dont le but est bien évidemment d’éprouver le courage, la force de caractère et la détermination de l’impétrant qui visent à ;

  • Vérifier et lui faire prendre conscience de ses capacités à assumer la solitude et l’angoisse dans le cabinet de réflexion, période de méditation ou, mis en face de lui-même, entouré d’objets et de messages il sera invité à réfléchir sur leur significations, à mesurer le poids de ses manques à rêver ses espoirs d’amélioration spirituelle et sur l’importance de sa démarche concrétisée par le testament philosophique ;
  • Vaincre les appréhensions et craintes qu’il vie en aveugle dans les et surtout le premier voyage.
  • Accepter en confiance de vider sur ordre la coupe d’amertume.

La Confiance est un partage, une prise de risque. Confiance vient de cofides ,échange . Elle diffère de la fraternité qui viendra et qui est, elle, inconditionnelle. Elle est du domaine du sentiment, de la morale, elle participe comme une transgression acceptée au monde des vertus cardinales que sont la tempérance, la prudence, la justice, et le courage. Toutes épreuves censées forger le caractère et épurer le mental, dont il sort fortifié et purifié par les éléments et enrichi de connaissances nouvelles par le premier contact avec les symboles.

Ce qu’il a vécu, cette initiation, la seule qu’il vivra parmi nous (il est pourtant dit qu’il y en aura une autre plus tard mais considérons ici que c’est une autre histoire) est l’acte fondateur par lequel le postulant profane (pro fanum, celui qui attend devant la porte du temple) est agrégé à notre communauté. Des diverses appellations qu’on lui donne lors de la cérémonie, postulant, récipiendaire, candidat, néophyte il devient ainsi finalement un Frère, terme à connotation génétique qui indique que le pacte acquiert la force d’un lien de sang. D’où les mises en garde et les sentences en cas de manquement à ses nouvelles obligations.

Doit-on pour autant considérer que ce Frère est véritablement initié ?

Certainement pas. Ce qu’il a vécu ce qu’il en a perçu ne peut s’apparenter à cet instant qu’à la simple participation à une importante cérémonie qui est si riche d’évènements que,égaré au départ, nous en avons tous fait l’expérience, tout est encore confus dans sa tête.

Pourquoi donc croyez-vous qu’on lui impose, à chaud, de nous rapporter ses impressions d’initiation ?

Pourquoi jugeons- nous indispensable de lui adjoindre un guide en la personne du 2eme surveillant et lui imposons nous l’obligation d’assiduité ?

Parce que l’initiation n’est pas une cérémonie mais un chemin. L’initié été mis sur la route mais celle-ci est longue et à un but qui lui a été clairement précisé : « La FM n’accorde aucune limite à la recherche de la Vérité » alors cherchez et, peut-être, éclairé par la Lumière qui n’est pour l’instant qu’une faible lueur d’espoir, la trouverez-vous.

Comment ?

La Maçonnerie est une ascèse[4] initiatique, discipline que l’on s’impose pour tendre vers la perfection morale. On n’est plus au moyen âge, on ne se flagelle pas mais on suit des règles de conduite afin de faire émerger, un peu mieux et davantage,ce qui était pourtant déjà en nous, ce que nous sommes en potentialité.

Il nous faut retrouver :

  • Le chemin intérieur qui nous mène vers notre être profond, trouver sa propre connexion au monde, cette alliance féconde du pessimisme de l’intelligence avec l’optimisme de la volonté, le fait de bien agir est le but même de l’action
  • Notre parlé juste, spontané et vrai, d’où l’apprentissage du silence : Mieux vaut être silencieux qu’incompris, il faut être sûr que le message passé soit bien reçu, la liberté de penser doit précéder toujours la liberté de parole. Pour transmettre il faut être simple
  • Notre regard d’enfant avec les yeux du cœur. Ne plus s’opposer au mal mais le transmuer en Bien, et pouvoir sans en subir les malédictions divines, recevoir et porter le collier[5] d’Harmonie. Cela afin de retrouver la Lumière qui éclaire les idées bonnes et permet à l’âme de les contempler

Il est dit que :« On n’est pas initié mais on s’initie soi-même », certes mais cela pas tout à fait vrai car en maçonnerie on n’est jamais seul, on fait partie d’une Loge initiatique et l’on est toujours en contact avec ses Frères et avec l’Égrégore[6] de la Loge. Il y a notre esprit mais il y a aussi l’Aide éléments associés qui permettent la construction du Temple.

Nous l’avons tous ressenti, l’Égrégore, quand il est atteint dans une assemblée en harmonie, il est dit qu’il génère 12 secondes d’éternité dans les relations.

LE SYMBOLISME

La méthode proposée est initiatique et progressive par l’apprentissage du symbolisme, c’est là le PLUS apporté par l’initiation maçonnique.

A cette école l’initié va découvrir la présence d’un espace sacré, séparé et différent du monde matériel, élément du divin à retranscrire sur la terre, en lui, le Temple, son temple intérieur.

Privé de ses métaux, mis à nu, il constate qu’ont été mis à sa disposition des outils dont il va devoir apprendre à se servir mais d’abord à connaitre et à interpréter dans leur signification.

Ces outils, ces symboles, sont des entités à la fois complexes et lumineuses. Leur étude, leur analyse, fait appel à l’intuition, est génératrice d’émotions, de révélations ; séparation d’abord ; Ce qui est là n’est pas seulement ce que l’on voit, ce que l’on touche, dont on se sert mais aussi ce que cela évoque.

Ce sont des représentations porteuses de sens, des images qui représentent autre chose par association ou convention et dont il faut bien discerner leur part de signifiant[7] et de signifié[8]

Aucune représentation n’est unique (symbole[9] vient de « sumbolon », objet séparé en 2 parties qu’il fallait réunir pour en découvrir la parenté. Il y a révélation d’un monde caché à découvrir.

L’équerre, le compas, le livre de la loi sacré, mais aussi l’eau l’air le feu, la terre sont à visiter comme le suggère l’acronyme VITRIOL du cabinet de réflexion.

C’est là mais également « c’est comme » mot clé de l’Analogie, analyse qui fait part égale entre l’intuition et le raisonnement, approche à manipuler avec précaution afin de ne pas prendre les mots pour des idées, invitant à rester dans le juste milieu en raison de leur ambivalence. Par exemple, le feu qui réchauffe certes, régénère la nature mais dont l’excès destructeur brule !

Alors comment conclure cette planche qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse ?

Tout est dans le travail. 

En entrant dans le temple nous pénétrons dans le sanctuaire de la pensée et nous venons y chercher la connaissance, la Lumière, qui fait de nous un serviteur pas un maitre. Hélas, cependant on ne la trouve jamais complétement car les yeux humains ne pourraient en supporter l’éclat[10]. Mais on peut en voir les rayons en étudiant la nature, en observant les phénomènes, en descendant au fond de la conscience et surtout en accordant son être au rythme universel.

Alors serrons bien nos outils dans les poches de nos tabliers. Faisons provisions de symboles pour la route. Ouvrons nos yeux, notre esprit, notre cœur. Et en avant sur le chemin ; Destination le voyage initiatique. Alors …Peut être !!

On ne cherche que ce que l’on a trouvé, nous sommes d’éternels apprentis

Bibliographie

  • Initiation et réalisation spirituelle – René GUENON – Editions traditionnelles 1980
  • L’enseignement initiatique – René GUENON – Conférence faite à la RL THEBAH N° 347– Publiée dans la revue « Le Symbolisme » Janvier 1913
  • L’ascèse initiatique maçonnique – Gérard B. – RL Le lys et l’Acacia – Octobre 5999
  • Le voyage initiatique – Daniel BERESNIAK – Editions DETRAD – 2006
  • Approche ésotérique de la connaissance – Henri LAURENT – Arma Artis
  • A la découverte de l’alchimie – Bernard ROGER – Editions DANGLES
  • La première lettre – Jean-Claude MONDET – Editions du Rocher

[1] Demiurge ; Du grec demiourgos créateur du monde – Nom de Dieu, créateur de l’âme du monde dans la philosophie platonicienne

[2]Ontomogie ; science de l’être

[3] Hiérophante ; Prêtre qui présidait aux mystères d’Eleusis

[4] Ascèse : Ensemble d’exercices ou comportements pratiqués en vue d’une élévation spirituelle

[5] le collier d’Harmonie est un présent de Cadmos, roi de Thèbes, à son épouse Harmonie, fille d’Arès et d’Aphrodite. C’est un bijou divin qui passa de mains en mains entraînant pour ses propriétaires successifs, humains donc indignes de le porter, de funestes destins. Voir histoire de Thèbes

[6]Egrégore : Entité,être collectif issu d’une assemblée.

[7] Signifiant : Valeur acoustique d’un mot qui identifie l’objet : Ex Pomme

[8] Signifié : Concept qui associe l’image mentale que l’on reçoit de l’objet : Ex Fruit ou Apple

[9] Métaphore des morceaux de poterie cassés utilisés en vérifiant qu’ils s’emboitent pour se reconnaitre.

[10] Comme Sémélé, fille d’Harmonie, maitresse de Zeus et mère de Dionysos.

Rencontres Initiatiques 2026, trois haltes pour remettre la vie intérieure au centre

En 2026, les Rencontres Initiatiques reviennent sous le signe de la Spiritualité en franc-maçonnerie et tracent un itinéraire en trois étapes, Lille-Ronchin le 28 mars, Lyon le 6 juin, Marseille le 17 octobre. Première halte dans le Nord, pour une demi-journée de réflexion et de fraternité vivante, entre conférence, table ronde et dédicaces.

La figure qui accompagne ces Rencontres est simple et forte, un triangle habité de lumière, rayonnant sans bruit

Tout y parle de l’essentiel, la tradition comme méthode, la spiritualité comme exigence, l’initiation comme travail patient, à la fois intime et partagé. En annonçant trois dates en 2026, Lille-Ronchin, Lyon, Marseille, les organisateurs dessinent moins un calendrier qu’un chemin, celui d’un dialogue entre héritages, consciences et pratiques, loin des slogans, près des sources.

Le premier rendez-vous aura lieu à Lille-Ronchin, samedi 28 mars 2026, à la Maison des Associations, 3 rond-point des Acacias, 59790 Lille Ronchin. Accueil dès 13h30, travaux de 14h à 18h, entrée gratuite, inscription obligatoire. Le lieu lui-même résonne comme un rappel symbolique, l’acacia, arbre de relèvement, de fidélité et d’espérance, comme si le paysage invitait déjà à la rectification intérieure.

Librairie Les-Quatre-Chemins

Cette deuxième édition s’ouvre avec une présentation de la demi-journée par Yonnel Ghernaouti

Elle se prolonge à 14h avec la conférence de Dominique Vergnolle,

« L’initiation maçonnique, une science de l’Homme ».

L’intitulé dit beaucoup. Il ne s’agit pas d’une science au sens froid du terme, mais d’un art de connaître, de discerner, d’éprouver. Une science au feu doux, attentive aux métamorphoses du sujet, à ce qui, en nous, demande d’être dégrossi, orienté, unifié.

Dominique Vergnolle, Grand Maître et Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules, inscrit ses recherches dans une fidélité exigeante aux traditions illuministes et à l’ésotérisme chrétien, avec un tropisme marqué pour Martines de Pasqually, les Élus Coëns, Jean-Baptiste Willermoz et les chemins d’intériorité qui traversent la théosophie occidentale.

À 15h45, la table ronde porte un titre sans détour, « Franc-maçonnerie et sens de la vie » Animée par le chroniquer littéraire Yonnel Ghernaouti, auteur récemment de Antimaçonnisme : Une fabrique du soupçon, L’art d’y répondre (Éd. L.O.L.) en février 2026, elle réunira Faustin Assouan, Roger Dachez, Bernard Sevin et Dominique Vergnolle.

Là encore, les profils se répondent et se complètent. Roger Dachez, médecin et universitaire, préside l’Institut Maçonnique de France et demeure une référence internationale pour l’histoire maçonnique. Bernard Sevin, spécialiste du Régime Écossais Rectifié, ancien élève de l’École Normale Supérieure et inspecteur d’Académie honoraire, apporte une parole de rigueur et de transmission. Faustin Assouan, grand dignitaire du Grand Prieuré des Gaules, docteur en sciences économiques et engagé dans des études de théologie, ouvre la discussion à l’articulation entre pensée, société et verticalité spirituelle.

La rencontre se conclura par un temps d’échanges avec les auteurs présents et les dédicaces, comme un prolongement naturel du travail, la parole partagée, le livre transmis, la chaîne invisible qui se tisse de main en main.

Deuxième halte à Lyon, samedi 6 juin 2026

Jean-François Var (OE)

Cette date prendra un relief particulier avec la remise du Prix littéraire Jean-François Var. Dans un prix, il y a plus qu’une célébration. Il y a un geste de reconnaissance envers ce qui élève, éclaire, relie. Honorer une œuvre, c’est rappeler que la littérature initiatique n’est pas une parure, mais un outil, et qu’elle continue de tailler des passages dans la confusion du temps.

Troisième halte à Marseille, samedi 10 octobre 2026

Une autre ville, un autre horizon, et la même fidélité à l’essentiel, faire du chemin initiatique un art de présence et une manière de tenir la lumière sans l’exhiber.

Les Rencontres Initiatiques 2026 sont portées par le Grand Prieuré des Gaules (G.P.D.G.), Ordre des Francs-Maçons chrétiens de France, les Loges Nationales Françaises Unies (L.N.F.U.) et la Province d’Auvergne-Opéra de la Grand Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (G.L.T.S.O.).

Elles s’appuient sur le soutien de Franc-Maçonnerie magazine et de la Librairie des Quatre Chemins, librairie indépendante de référence spécialisée dans les littératures de l’imaginaire, partenaires de cette dynamique.

Trois villes, trois dates, une même exigence, faire de l’initiation un acte de présence, une discipline de la lumière, un travail de sens. De Lille-Ronchin à Lyon, puis à Marseille, la route n’est pas seulement géographique, elle est intérieure, et elle rappelle que le plus beau voyage commence toujours par une mise en ordre de soi.