Le Grand Musée égyptien — quand la pierre retrouve la parole
Grand Musée égyptien GEM
À Gizeh, le XXIᵉ siècle s’avance vers les pyramides comme un pèlerin vers son sanctuaire. Le Grand Musée égyptien (al-Matḥaf al-Miṣrī al-Kabīr, GEM) ne s’ajoute pas au paysage : il l’interprète, l’accorde, l’ouvre. Temple contemporain de la mémoire pharaonique, il conjugue géométrie, lumière et transmission — et, depuis son inauguration officielle le 1ᵉʳ novembre 2025, il parle au monde d’une seule voix : souviens-toi, transmets, élève.
L’architecture comme langue sacrée
Le GEM est né d’un concours international placé sous l’égide de l’UNESCO. Lauréat, le cabinet Heneghan Peng Architects a composé un édifice qui n’empiète pas sur le plateau : il habite l’entre-deux – entre vallée du Nil et désert, entre vie et au-delà. Son plan, tendu par des axes de visée vers les pyramides, refuse l’angle droit et privilégie la figure du triangle, allusion continue au geste des bâtisseurs antiques. Les parois d’albâtre/onyx tamisent le jour ; la nuit, elles respirent une lueur intérieure. La scénographie confiée à Atelier Brückner épouse ce rythme : le visiteur ne traverse pas des salles, il franchit des degrés. Au centre, un grand escalier de statues trace une colonne vertébrale spirituelle. Tout en haut, une baie cadre l’horizon de Gizeh : l’ascension devient regard. Et, dès l’atrium, Ramsès II, colosse de onze mètres pour quatre-vingt-trois tonnes, veille comme un gardien du seuil — la royauté du passé confiant au présent la charge de la parole tenue.
Colosse Ramsés II
Un chantier pharaonique, une volonté longue
On a parlé d’un chantier « comme une dynastie » : deux décennies de conception, de crises, de reprises ; un budget dépassant le milliard de dollars ; un montage où les prêts japonais ont joué un rôle décisif ; et, côté réalisation, la co-entreprise Orascom/BESIX pour la phase majeure (contrat d’environ 810 M$). La fête d’inauguration – lumière, musique, délégations venues du monde entier – a scellé cette patience nationale qui fait des œuvres durables.
Le musée comme laboratoire vivant
Le GEM n’est pas qu’un écrin : c’est un organisme. Derrière les galeries, 17 laboratoires et un centre de conservation souterrain accueillent, restaurent, étudient. Ce n’est plus l’Égypte dispersée, c’est l’Égypte qui se soigne chez elle et parle en son nom. L’institution assume en même temps une mission publique – conférences, GEM Talks, médiation – pour faire du musée un forum de mémoire active.
Le voyage des œuvres : de Toutânkhamon à la barque solaire
masque funéraire Toutânkhamon
Le parcours permanent déploie des dizaines de milliers de pièces exposées (plus de 50 000 au démarrage) sur des milliers de mètres carrés ; au total, des centaines de milliers de vestiges conservés et documentés. Point d’orgue : l’ensemble de Toutânkhamon présenté comme jamais auparavant, avec ses chars, coffres, étoffes, armes, parures — non pas pour l’éblouissement, mais pour la lecture d’une vie, d’un royaume, d’un rite de passage. La barque solaire de Khéops, patientée et restaurée, rappelle que la navigation de l’âme exige art et mesure.
Lecture initiatique : du chantier au Temple
Pour l’initié, le GEM est une loge à ciel ouvert.
Le seuil : l’atrium n’accueille pas, il appelle. Ramsès, figure du verbe incarné dans la pierre, interroge : Que fais-tu de ta mémoire ?
L’escalier : degré après degré, la statuaire agence un catéchisme silencieux — naissance, règne, mort, renaissance.
La lumière : filtrée par l’albâtre, elle devient matière ; à mesure que l’on monte, elle s’affine : épreuve de clarté.
Le triangle : matrice de l’architecture, signe du trois — mesure, équilibre, médiation ; appel discret aux triades (Osiris-Isis-Horus) comme à nos propres ternaires opératifs.
Le masque de Toutânkhamon : miroir de l’immortalité active ; non point déni de la mort, mais travail du passage.
Pour celles et ceux qui cheminent aux Rites égyptiens – Memphis, Misraïm, Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm (RAPMM) – la correspondance est immédiate : pesée du cœur, géométrie du Temple, lumière de seuil ; la visite devient relecture rituelle du monde.
Le profane, lui, y gagne une éthique du regard : apprendre à voir juste.
Le Roi Ramses II (1279-1213 avant J.C.), diorite,19e dynastie, temple d’Amon, Thébes
Politique de civilisation : mémoire, économie, hospitalité
Le GEM n’est pas seulement une prouesse muséale ; c’est un acte de politique culturelle. L’Égypte entend redevenir foyer de l’égyptologie, capter un nouveau flux de visiteurs et, plus profondément, montrer qu’une nation soigne sa mémoire pour soigner son avenir. Les autorités visent une fréquentation quinze à vingt mille visiteurs par jour à régime de croisière, avec un effet d’entraînement attendu sur le tourisme et l’emploi.
Cartouches-de-20-pharaons
L’inauguration : le moment où la parole devient geste
Le soir de l’ouverture, la façade s’est faite écran de lumière ; musique, chorégraphies, feux et lasers ont raconté la longue route d’une idée devenue lieu. Délégations officielles, chefs d’État et de gouvernement, monde scientifique et culturel : le rituel civil a consacré le Temple moderne. Ce faste n’était pas ostentation ; c’était allégeance au temps long — reconnaissance aux artisans, aux savants, aux gardiens.
« La pierre retrouve la parole » : un vade-mecum pour le visiteur
Entrer comme on franchit un pré-parvis : déposer les opinions, chercher le juste.
Monter lentement : laisser l’escalier faire œuvre en nous.
Regarder les cartouches et lire des noms : comprendre que nommer, c’est tenir.
S’arrêter devant Toutânkhamon : se demander ce qu’est, pour soi, peser un cœur.
Sortir vers les pyramides : sentir que la géométrie n’est pas calcul, mais éthique.
Grand-Musée-égyptien, localisation
En guise de pierre finale
Le Grand Musée égyptien n’est pas un mausolée : c’est un chantier d’âmes. Il rappelle que la culture survit moins par la conservation des objets que par la transmission des symboles. De l’outil à la liturgie, de la pierre brute à la pierre d’angle, l’humanité apprend ici à mesurer pour servir. Le désert, une fois encore, enseigne la sobriété ; la pierre, la patience ; la lumière, la justice.
Découvrez le début de la cérémonie d’inauguration du Grand Musée égyptien du Caire (France 24)
J’ai entrepris de réécrire mon Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie dans un style humoristique. Les références, elles, restent intactes, car on ne touche pas aux ornements du texte. L’humour agit comme un levier subtil qui décolle les esprits des sentiers battus, offrant une distance salutaire face à un texte ou une situation. En provoquant un rire ou un sourire, il crée un espace où l’on peut observer sans être englué dans l’émotion brute. Cette distanciation, à la manière d’un zoom arrière théâtral, permet de voir au-delà des détails immédiats, révélant des perspectives inédites. Par exemple, en ridiculisant un dogme ou une convention, l’humour ouvre une brèche pour questionner des vérités établies, comme un oiseau qui s’élève pour survoler un paysage complexe.
Des études en psychologie sur le soulagement cognitif montrent que l’humour réduit le stress et favorise une pensée latérale, élargissant ainsi le champ de vision. Appliqué à un texte, cela invite à explorer ses sous-entendus avec légèreté, rendant l’analyse plus fluide et créative. En voici quelques extraits autour du thème du couvre-chef pour vous en demander votre avis (attention, il n’y aura plus d’illustrations dans ce nouvel ouvrage).
LE CHAPEAU : L’ACCESSOIRE MAÇONNIQUE QUI TE FAIT TOUT DE SUITE PLUS ROYAL
En Orient, le chapeau n’était pas juste un truc pour éviter les coups de soleil, c’était carrément l’étendard de l’honneur et de la dignité. On jurait même par lui, et si quelqu’un osait y toucher, c’était l’insulte ultime – pire qu’un commentaire désobligeant sur les réseaux sociaux.
Sa forme rappelle le dôme des édifices religieux, une sorte de mini-sphère céleste – en gros, quand tu mets un chapeau, tu deviens un médiateur entre la Terre et le Ciel, rien que ça. En le portant, tu fais le lien entre le Ciel et la Terre, comme un axis mundi – un homme debout, le regard vers les étoiles, prêt à canaliser les énergies divines. Tu portes le ciel sur ta tête, et hop, te voilà connecté au divin – un vrai pont cosmique ambulant.
Dans la Bible, le grand-prêtre portait un couvre-chef, mais ce n’est qu’au IIe siècle que les juifs ont généralisé le port du chapeau après un débat talmudique bien animé sur le respect de Dieu. Au Moyen Âge, tout le monde s’y met, et on décide que chacun est un peu comme un grand-prêtre – mais aussi que le chapeau rappelle qu’il y a toujours un truc entre toi et Dieu, histoire de rester humble. Le Talmud dit que la kippa (le couvre-chef) sert à te rappeler que Dieu est l’Autorité suprême au-dessus de toi – une sorte de pense-bête divin. Ce «connais-toi toi-même» te pousse à l’humilité : avec un chapeau, tu sais où est ta place – pas trop haut, pas trop bas.
Le chapeau, c’est aussi un substitut de la couronne – un symbole de royauté temporelle et spirituelle. Virgile le dit à Dante avant de le laisser avec Béatrice pour un aller simple au paradis : «Je te couronne au-dessus de toi-même» [p.47/50]. En gros, mets un chapeau, et tu deviens un roi spirituel – ou au moins, tu as l’air d’en être un.
En Maçonnerie française, le Chevalier Ramsay aimait bien voir les maçons coiffés – un franc-maçon du XVIIIe siècle avec un chapeau, c’était un peu le look officiel (Revue Points de vue initiatiques n° 31-32, p. 73).
LeRégulateur du Maçon (1802) précise pour le grade de Maître : «Tous les Frères seront vêtus de noir, le chapeau en tête et rabattu» (p. 8 et 26). On rendait au nouveau Maître son épée, puis son chapeau, avec un petit speech : «Désormais, vous serez couvert en Loge de maître, cet usage très ancien annonce la liberté et la supériorité» – un peu comme si on te donnait un badge VIP pour te pavaner en loge.
À l’époque, un geste avec le chapeau pouvait même servir de convocation à une tenue – un SMS version XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, dans certains rites maçonniques, les maîtres doivent porter un couvre-chef. Au Rite Opératif de Salomon (ROS), lors de l’élévation à la Maîtrise, l’Expert équipe le nouveau Maître avec tablier, écharpe et chapeau – un vrai relooking initiatique. Au Rite Écossais Rectifié (RER), si on suit la tradition à la lettre, tous les maîtres doivent être couverts : «Que ce chapeau soit sur votre front le symbole de l’esprit de justice, de tempérance et de prudence qui doit accompagner les maîtres. Désormais, vous pourrez vous en couvrir en loge, pour annoncer la supériorité sur les apprenants et compagnons.» Quand ils parlent, les frères (sauf le Vénérable et les Surveillants) se découvrent – et si le Vénérable enlève son chapeau pour accueillir un frère, tout le monde suit, un peu comme un jeu de «Simon dit» version maçonnique.
Depuis le XVIIIe siècle, leur chapeau est un tricorne noir avec un galon doré, la calotte ronde symbolisant le ciel – un style que les Quakers d’Amsterdam auraient validé Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde .
Au Rite Français Groussier, le chapeau ? Pff, rangé au placard, démodé. Même chose au REAA, sauf pour le Vénérable qui le sort juste pour ouvrir et fermer la séance, comme un DJ qui met ses lunettes de soleil pour le final. Au Rite Émulation, c’est carrément interdit, même si des vieux parchemins anglais disent que le Maître devait être couvert. Va comprendre. Au Rite York, le Vénérable Maître se la joue Gatsby avec un haut-de-forme ou un clac, le genre de chapeau qui te donne l’air d’un magicien prêt à sortir un lapin.
Dans les loges féminines ou mixtes, les sœurs ont troqué le chapeau pour une mantille ou un calot, mais l’idée reste la même : style et symbolique au top. Par contre, dans tous les rites, pas de chichi : quand on parle au Grand Architecte de l’Univers, le chapeau, on l’enlève. Respect, toujours.
Le chapeau, ce n’est pas juste un truc pour éviter les coups de soleil, c’est un passeport pour le cosmos, un clin d’œil à l’humilité et une couronne pour les humbles.
LE BONNET PHRYGIEN : LE CHAPEAU RÉVOLUTIONNAIRE QUI TE FAIT … UN PEU ROUGIR.
Ce couvre-chef légendaire crie « liberté » plus fort qu’un coq français au lever du soleil ! Son nom vient de la Phrygie, une contrée antique où on savait faire la fête… et les chapeaux. Il y avait un culte complètement délirant chez les Phrygiens, une sorte de rave party mystique pour Cybèle, la déesse de la nature qui faisait pousser les salades et les passions. Son fiston Atys, un prêtre VIP divinisé, jouait les profs de sciences nat’ en initiant les Phrygiens aux secrets de Mère Nature. Atys, c’est un peu le soleil qui fait bronzer les légendes : il meurt (en mode drama queen) et ressuscite comme une star de télé-réalité, à la manière d’Osiris ou d’Adonis. » (Rebold, Histoire Générale De La Franc Maçonnerie, 1850). Cette histoire mythique, c’est comme un scénario Netflix pour expliquer la cérémonie du 3e degré maçonnique. Suspens et symbolisme garantis !
Regardez le prince Pâris, ce bellâtre troyen, sur un sarcophage romain : il porte le bonnet phrygien parce que sa môman Hécube venait de Phrygie. C’était la mode à l’époque, un peu comme les sneakers aujourd’hui.
Le nom « bonnet phrygien » ? Merci les Grecs, qui l’appelaient aussi « bonnet oriental », genre « le it-bag de l’Est ». Mais attention, ce n’était pas une exclusivité phrygienne ! Ce couvre-chef faisait fureur chez les tribus iraniennes, des Cappadociens aux Scythes, qui le portaient comme des hipsters sur les bas-reliefs de Persépolis. Même un marchand zoroastrien de Samarcande, en road-trip en Chine au 8e siècle, arborait fièrement ce bonnet avec son look sogdien. C’était LE must-have intercontinental !
Ce feutre légendaire, appelé libéria chez les fans de Mithra, pileus par les Romains, ou pilos chez les Grecs, était le signe distinctif des esclaves affranchis. Genre : « T’es libre, mec, mets ce bonnet et fais la fête ! »
Le bonnet phrygien, c’est l’accessoire qui change tout selon sa posture : penché en avant, en arrière, ou dressé. Chaque position raconte une histoire, comme un emoji capillaire.
Côté coquinerie, quand le bonnet pointe en avant, il évoque… disons, l’élan viril. Regardez le tableau de David, L’amour d’Hélène et de Pâris: ce bonnet dressé, c’est du pur marketing érotique !
Priape, le dieu de la fertilité, le portait aussi, et on va dire qu’il n’était pas du genre discret
Et Marianne, notre icône républicaine ? Son bonnet phrygien pointe toujours en avant, comme pour dire : « Je suis une meuf, mais j’ai du punch ! » Une petite touche de virilité pour booster son charisme.
Pendant la Révolution française, les bonnets phrygiens ont débarqué quelques mois après la prise de la Bastille, en mode fashion statement rouge pétard. Les sans-culottes, ces rebelles aux pantalons rayés, les portaient pour crier leur patriotisme. Apparemment, ce look venait des marins et galériens du Sud, qui ont dû se dire : On va apporter un peu de style méditerranéen à Paris ! «Ils étaient faits de tissu rouge, et s’accordaient aux vêtements rayés des plus fervents révolutionnaires, les sans-culottes. Il semblerait qu’un bonnet pratiquement identique coiffait les marins et les galériens de la Méditerranée, et il est possible que les révolutionnaires venus du Midi les aient amenés à Paris. Porter le bonnet phrygien était en effet une façon d’afficher son patriotisme» (M. Heydari-Malayeri, Observatoire de Paris).
Le bonnet phrygien, c’était le gri-gri ultime des sans-culottes, un talisman qui disait : Touche pas à mon style, même au milieu du chaos révolutionnaire !
C’était aussi le badge officiel des Initiés, ceux qui avaient débloqué le niveau max des mystères.
Le savant Pierre Dujols raconte qu’à l’étape d’épopte (le boss final des initiés d’Éleusis), on demandait au candidat s’il avait le mojo, la volonté et le courage pour le Grand Œuvre. Puis, bim, on lui collait un bonnet rouge sur le crâne en lançant : «Couvre-toi de ce bonnet, vaut mieux que la couronne d’un roi » (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales, note p. 31). Les alchimistes, comme des rockstars ésotériques, le portaient fièrement, et Julien
Champagne l’a même dessiné dans Splendor Solis, où un philosophe marche avec son bonnet comme s’il allait conquérir l’univers.
Dès le Moyen Âge, le bonnet phrygien se fait un nom de scène : le prépuçan ! Oui, oui, c’est le surnom rigolo que je colle à ce chapeau pointu pour désigner les Juifs dans les sculptures, en mode « coucou, on sait que vous êtes circoncis ! » Sur le tympan méridional de l’abbatiale Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne (début XIIe siècle), les sculpteurs se sont lâchés : les Juifs portent fièrement leur prépuçan, et certains vont même jusqu’à exhiber leur circoncision, histoire de dire « on assume tout ! » [youtu.be/JrxOm46wkCo]. C’est un peu l’ancêtre des pancartes « Fier d’être moi » !
Dans l’art chrétien des enluminures, c’était la même vibe : le prépuçan comme badge officiel du Juif. Dans le Florilège de la France du Nord vers 1280, Aaron, le grand prêtre qui joue les DJ en allumant la ménorah du Temple, arbore ce bonnet comme une star de la Torah. Pas de doute, avec ce couvre-chef, tout le monde sait qui est le boss du chandelier !
Au XVe siècle, l’enluminure de la Bible traduite en français par Jean de Sy (Genèse, chap. VIII, 1 – Deutéronome, chap. XXXIV, 6) met le paquet : le bonnet phrygien devient l’accessoire fétiche pour illustrer la circoncision d’Abraham. C’est comme si les artistes disaient : « Bonnet pointu = club des circoncis, bienvenue ! »
Et au XVIe siècle, dans les Heures de Rohan, rebelote ! Le Juif qui rachète la tunique de Jésus au légionnaire romain est repérable à dix lieues grâce à son prépuçan. C’est comme un néon clignotant : « Juif en action, acheteur de reliques vintage ! »
Le bonnet phrygien te fait briller en révolutionnaire, initié, désigné juif ou un peu coquin. Alors, prêt à pointer ton bonnet ?
Au cœur de l’Auvergne romane, la Grande Loge de France (GLDF) propose à Issoire, le samedi 15 novembre 2025 à 14 h, une conférence publique qui sonne comme un viatique : « Pour ne pas se soumettre au chaos du monde : la voie maçonnique de la GLDF ». L’orateur, Robert de Rosa, ancien directeur de la rédaction de Points de Vue Initiatiques (PVI), artiste et pédagogue, viendra déployer une boussole intérieure : comment l’initiation, vécue au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), engendre un ordre vivant de la conscience. Un ordre qui n’écrase pas mais qui libère.
Blason de la ville d’Issoire
Issoire, la pierre romane comme école de mesure
Ville de seuils et de passages, Issoire respire la géologie et la mémoire. Entre Allier et Couzes, la cité s’est façonnée aux rythmes de la lave et de l’arkose, de la vigne et des marchés. Son joyau, l’abbatiale Saint-Austremoine, chef-d’œuvre de l’art roman auvergnat, offre cette leçon que tout initié reçoit en silence : l’harmonie n’est pas l’absence de tensions, mais l’équilibre des forces. Chapiteaux historiés, polychromies restituées, alternance de teintes – la basilique enseigne la liturgie de la mesure et de la nuance. À quelques pas, les ruelles et la tour de l’Horloge rappellent que la cité fut un carrefour d’échanges ; bref, un lieu idéal pour interroger ce que « faire société » veut dire lorsque le monde vacille.
Robert de Rosa – Source Dervy
Robert de Rosa, l’art de l’atelier et la rigueur de la plume
Né en 1945, formé aux Beaux-Arts de Bourges, Robert de Rosa a mené une double vie fertile : enseignant et conseiller pédagogique en arts plastiques pour l’école élémentaire d’un côté ; artiste de l’autre – peinture, gravure, surtout émail sur cuivre, discipline dans laquelle il a reçu distinctions et commandes (notamment Tokyo, 1998).
Membre de la Grande Loge de France, il a dirigé la rédaction de Points de Vue Initiatiquesde 2012 à 2017, marquant la revue d’une ligne claire : haute tenue spirituelle, fidélité au symbolisme, dialogue exigeant avec l’histoire et les humanités.
Auteur éclectique, il a publié des romans (L’Œil de la Providence, Les Ombres de Glozel, Chaos), des ouvrages de synthèse (Laïcité, Tolérance & Franc-maçonnerie ; Histoires de la franc-maçonnerie, Numérilivre) et, en 2021, un essai programmatique chez Dervy : L’Initiation maçonnique, à quoi ça sert ? On y lit sa conviction : l’initiation n’est pas un folklore d’accueil, mais une méthode d’accomplissement personnel au sein d’une communauté, capable de répondre au désir contemporain de spiritualité « en dehors et à côté des religions ».
Du chaos à l’ordo intérieur : la voie de la GLDF
Parler de chaos n’est pas céder à l’emphase. Le mot désigne notre époque : flux informationnels, violence des affects, dislocation des repères, tentation du complot comme de la simplification. Face à cela, la Grande Loge de France propose une voie : non un système clos, mais un art de vivre l’esprit. Cette voie se joue en Loge, au Rite Écossais Ancien et Accepté : travail régulier, symboles mis en œuvre, liberté de conscience assumée, fraternité éprouvée. L’équerre y redresse, le compas ouvre, le maillet tranche, la règle mesure : quatre gestes sobres qui convertissent la confusion en calme opératif. L’initiation, telle que la conçoit Robert de Rosa, n’impose pas un dogme : elle apprend à ordonner. Ordonner sa pensée, sa parole, ses actions ; tenir ensemble vérité et bienveillance ; lier la laïcité à la tolérance, le devoir à la joie.
Dans le langage de l’atelier, ne pas se soumettre au chaos, c’est refuser l’esclavage des pulsions et du zapping. C’est habiter un centre : là où la conscience se dresse, écoute, puis décide. Le symbolisme de la GLDF n’est pas une décoration d’érudits : c’est une ascèse, humble, patiente et fraternelle, pour que l’homme retrouve la souveraineté de son jugement et la douceur exigeante d’une fraternité qui construit.
Une soirée pour passer du “bruit du monde” à la parole juste
La conférence d’Issoire invite ainsi à un déplacement : quitter l’immédiateté du tumulte pour retrouver le temps long de la transmission. L’abbatiale voisine dira en pierre ce que l’orateur proposera en mots : la beauté comme preuve d’ordre, l’ordre comme service de l’humain. On y parlera d’initiation, de méthode, de symboles, mais aussi de civisme, de laïcité apaisée, de responsabilité personnelle. Pour les profanes curieux comme pour les frères et sœurs désireux de retremper leur serment, la rencontre promet une chose simple et rare : sortir avec plus de lumière que l’on n’en avait en entrant.
Infos pratiques Conférence publique et gratuite – Grande Loge de France Samedi 15 novembre 2025, 14 h Résidence La Passerelle, Chemin du Bout du Monde, 63500 Issoire Inscription
Politica Hermetica est un véritable laboratoire d’études sur les liens entre ésotérisme et politique. Dans le paysage intellectuel français dédié à l’histoire des idées, peu d’associations ont su explorer avec autant de profondeur et de constance les intersections entre l’ésotérisme et la politique que Politica Hermetica.
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Fondée en 1985, cette association loi 1901 s’est imposée comme un pilier incontournable pour les chercheurs, historiens et passionnés de franc-maçonnerie, de théosophie, de gnosticisme et d’autres courants occultes, en les reliant systématiquement aux sphères du pouvoir et de la société. À l’occasion du prochain colloque international, le XLIe (41e), prévu le 6 décembre 2025 à l’Institut national d’histoire de l’art à Paris, nous plongeons dans l’histoire de cette institution unique, ses publications et, surtout, les biographies des intervenants invités. Ce thème, « Ésotérisme, colonialisme et politique », résonne particulièrement avec les enjeux maçonniques, où les sociétés initiatiques ont souvent joué un rôle dans les dynamiques impériales et postcoloniales.
Origines et histoire de Politica Hermetica
Politica Hermetica naît en 1985 d’une initiative collective d’historiens et de penseurs fascinés par les rapports entre métaphysique occulte et action politique. Parmi les fondateurs figurent Victor Nguyen, historien de l’Action française ; Jean-Pierre Laurant et Jean-Pierre Brach, tous deux éminents spécialistes de l’ésotérisme ; Jean Saunier ; Étienne Kling ; et Francis Bertin. L’objectif premier est clair : éclairer les liens souvent obscurs entre ésotérisme et politique, en s’appuyant sur une approche rigoureuse d’histoire des idées. L’association est présidée aujourd’hui par Jean-Pierre Laurant et Jean-Pierre Brach (de l’École Pratique des Hautes Études), avec Jérôme Rousse-Lacordaire en charge des publications.
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Dès sa création, Politica Hermetica adopte un format annuel de colloques à Paris, où des spécialistes du monde entier se réunissent pour débattre de thèmes transversaux. Ces rencontres ne se limitent pas à des exposés théoriques ; elles intègrent des analyses d’archives, des entretiens et des comptes rendus critiques d’ouvrages. L’association publie les actes de ces colloques sous le titre Politica Hermetica, d’abord aux éditions L’Âge d’Homme, puis chez L’Harmattan. Avec la disparition de la revue Aries, elle reste l’une des rares publications francophones dédiées à l’histoire de l’ésotérisme et à ses implications politiques.
L’évolution thématique des colloques reflète une exploration progressive et exhaustive
Le premier volume, en 1987, porte sur « Métaphysique et politique : Guénon et Evola », posant les bases d’une réflexion sur les penseurs traditionalistes. Suivent des sujets comme « Doctrine de la race et tradition » (1988), « Gnostiques et mystiques autour de la Révolution française » (1989), ou encore « Maçonnerie et antimaçonnisme » (1990), qui soulignent l’intérêt pour la franc-maçonnerie et ses antagonismes. Au fil des ans, les thèmes s’élargissent : du complot (1992) à l’ésotérisme au féminin (2006), en passant par l’astrologie et le pouvoir (2003), ou plus récemment « Géopolitique et ésotérisme » (2019) et « Ésotérisme et action politique » (2023). En 2024, le n°38 aborde « Ésotérisme, littérature et politique ». Cette richesse démontre comment Politica Hermetica sert de laboratoire pour étudier l’ésotérisme non comme une marge, mais comme un acteur central des dynamiques historiques et politiques.
L’association s’inscrit dans un réseau international, collaborant avec des institutions comme l’European Association for the Study of Religions (EASR), où Jean-Pierre Laurant a présenté Politica Hermetica comme un outil essentiel pour analyser les « tentations politiques » de l’ésotérisme occidental.
Son site web offre un accès gratuit à de nombreux actes, favorisant la diffusion des connaissances auprès d’un public élargi, y compris les francs-maçons intéressés par l’histoire initiatique.
Le XLIe Colloque : Ésotérisme, Colonialisme et Politique
Le 41e colloque, programmé le samedi 6 décembre 2025 à l’Institut national d’histoire de l’art (salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 2 rue Vivienne, 75002 Paris), explore un terrain fertile pour les études maçonniques : les liens entre ésotérisme, colonialisme et politique.
Ce thème met en lumière comment des courants occultes – théosophie, franc-maçonnerie, martinisme – ont influencé les politiques impériales, de l’Afrique à l’Asie, en passant par l’Amérique latine.
Le programme se divise en deux sessions : matin (9h30) et après-midi (14h30), avec six intervenants de renom. Leurs contributions, basées sur des recherches approfondies, promettent d’éclairer des facettes méconnues de l’histoire coloniale, où l’initiatique rencontre le géopolitique.
Focus sur les intervenants
Ce qui fait la force de Politica Hermetica, c’est la qualité de ses conférenciers. Pour ce colloque, les intervenants sont des experts internationaux, souvent issus de milieux académiques où l’ésotérisme est étudié avec rigueur historique. Voici un développement détaillé de leurs biographies, en lien avec leurs thèmes respectifs.
Matin : Session sur l’Europe et l’Orient Colonial
Reinhard-Markne
Reinhard Markner : « L’Idée coloniale allemande de l’Afrique à l’Inde. L’entreprise coloniale et théosophique de Wilhelm Hübbe-Schleiden (1846-1916). » Né en 1967, Reinhard Markner est un historien et philologue allemand spécialisé dans les sociétés secrètes de l’époque moderne. Il est reconnu comme un expert des Illuminati de Bavière, ayant édité Die Korrespondenz des Illuminatenordens (en plusieurs volumes, couvrant 1776-1783), une référence pour l’étude des réseaux initiatiques au XVIIIe siècle. Reinhard Markner a également contribué à des ouvrages sur la franc-maçonnerie, comme The Secret School of Wisdom, et explore les théories du complot.
Chercheur indépendant, il a collaboré à des projets sur Robert Musil et Johann Gottfried Herder. Sa communication portera sur Wilhelm Hübbe-Schleiden, un théosophe allemand impliqué dans des projets coloniaux, reliant ésotérisme et impérialisme germanique – un angle pertinent pour comprendre comment les idées maçonniques et théosophiques ont soutenu l’expansion européenne.
Davide-MARINO
Davide Marino : « Matgioi : Occultism and the Politique d’Association in French Indochina. » Né en 1987, Davide Marino est un chercheur postdoctoral à l’Université de Göttingen, spécialisé dans les interactions entre religions est-asiatiques (notamment chinoises) et ésotérisme européen. Titulaire d’un master en philosophie de l’Université de Turin (2013) et d’un doctorat en études religieuses de l’Université chinoise de Hong Kong (2023), il explore le traditionalisme et ses adaptations en Asie.
Auteur de publications sur le guénonisme et la religion chinoise, Marino s’intéresse aux transferts culturels occultes. Son intervention sur Matgioi (pseudonyme d’Albert de Pouvourville), un occultiste français en Indochine, analysera comment l’ésotérisme a influencé la « politique d’association » coloniale française, mêlant taoïsme et impérialisme.
Paul-André Claudel : « Le Caire, 1904 : le cercle de Il Convito / النادي [al-Nâdî], entre promotion de l’islam initiatique et vitrine – ambiguë – d’une alliance Orient-Occident. » Paul-André Claudel est un universitaire et auteur spécialisé en histoire des idées et des relations Orient-Occident. Il a publié des ouvrages sur des thèmes victoriens et islamiques.
Son expertise porte sur les cercles initiatiques au Proche-Orient, où franc-maçonnerie et soufisme se croisent. Sa contribution examinera le cercle « Il Convito » au Caire en 1904, un espace ambigu promouvant un islam ésotérique comme pont entre Orient et Occident, avec des implications pour les politiques coloniales britanniques et françaises.
Après-midi : Session sur l’Amérique Latine et l’Afrique
Mariano-Villalba
Mariano Villalba : « Franc-maçonnerie, martinisme et théosophie dans les politiquesd’expansion territoriale en Argentine (1878–1900). » Historien formé en histoire culturelle et études religieuses, Mariano Villalba se concentre sur l’Amérique latine, particulièrement le Mexique et l’Argentine. Postdoctorant à Harvard (Center for the Study of World Religions) en spiritualité et arts, en collaboration avec la Fondazione Giorgio Cini, il explore l’impact des mouvements occultes sur l’art mural mexicain post-révolutionnaire.
Sa thèse doctorale a démontré comment la franc-maçonnerie et l’ésotérisme ont influencé des figures comme Diego Rivera et José Vasconcelos. Mariano Villalba a publié sur la culture matérielle maçonnique et les exclusions genrées dans l’ésotérisme. Son exposé sur l’Argentine de la fin du XIXe siècle mettra en lumière le rôle des sociétés initiatiques dans l’expansion territoriale, un chapitre clé pour les francs-maçons latino-américains.
Muriel Pécastaing-Boissière : « L’importance de la Théosophie dans la lutte d’Annie Besant pour l’auto-détermination de l’Inde. » Maîtresse de conférences en civilisation britannique (études victoriennes) à la Sorbonne Université, Muriel Pécastaing-Boissière est une spécialiste du socialisme victorien, du féminisme et des mouvements alternatifs. Auteure de Annie Besant (1847-1933) : Struggles and Quest (Theosophical Publishing House, 2017), elle a exploré la vie de cette théosophe, suffragiste et militante pour l’indépendance indienne.
Ses recherches incluent les liens entre suffragisme et socialisme (1884-1914). Muriel Pécastaing-Boissière a traduit des œuvres historiques et publié sur les actrices victoriennes. Sa communication soulignera comment la théosophie d’Annie Besant a servi d’outil politique pour l’auto-détermination indienne, reliant ésotérisme et anticolonialisme.
Jean-Luc Le Bras : « Ésotérisme et politique coloniale à Madagascar (1895-1950). » Jean-Luc Le Bras est un chercheur et auteur spécialisé en histoire de Madagascar, avec un focus sur les dimensions ésotériques et politiques du colonialisme français. Auteur de Madagascar (2020), un ouvrage illustré sur l’île, il explore les intersections entre folklore africain, christianisme et occultisme local. Ses travaux s’inscrivent dans des encyclopédies sur le folklore africain et des études sur les religions malgaches.
Son intervention couvrira la période coloniale (1895-1950), analysant comment l’ésotérisme – incluant des influences maçonniques – a modelé les politiques françaises à Madagascar, un terrain où traditions locales et impérialisme se confrontent.
Un rendez-vous incontournable pour les passionnés de l’initiatique.
L’échange des corps que ce soit entre le Hamas et Israël ou entre la Russie et l’Ukraine renvoie à une loi symbolique universelle : on ne peut faire le deuil sans présence du corps du défunt !
Le symbolisme peut être considéré comme un prisme qui nous aide à comprendre l’actualité en privilégiant une approche de fond par rapport à la forme factuelle. C’est aussi un des intérêts de la démarche maçonnique de nous apprendre, par l’étude des symboles, à porter un autre regard sur l’actualité.
Cette loi universelle, concernant l’acceptation du deuil par les proches, repose sur des croyances ancrées dans l’esprit humain depuis notre création ; ces croyances ont plusieurs fondements :
1 – Un fondement anthropologique : le corps comme médiateur du passage
Dans la quasi-totalité des cultures, le corps du défunt est le support concret du rite de passage entre le monde des vivants et celui des morts. Sans lui, il n’y a pas de frontière visible, donc pas de séparation rituelle possible.
L’anthropologue Arnold Van Gennep, dans Les Rites de passage (1909), explique que :
“Le deuil n’est pas seulement une émotion, c’est un processus social de réintégration des vivants après la séparation.”
Le corps ou sa représentation symbolique (cercueil, effigie, objet personnel) permet :
d’ancrer la mort dans le réel (preuve tangible de la perte),
d’accomplir les gestes rituels (toilette, offrande, inhumation),
et d’opérer la transition entre présence et absence.
Sans cette médiation, l’esprit reste suspendu — le deuil ne peut “se fixer”.
2. Un fondement psychologique : la nécessité de la preuve sensorielle
Sur le plan psychique, Freud dans Deuil et mélancolie (1917) puis Bowlby dans sa Théorie de l’attachement, ont montré que : “L’être humain a besoin de voir et de toucher la réalité de la perte pour la symboliser.”
La présence du corps :
confirme la mort (permet le travail de réalité),
déclenche le processus d’intégration du manque,
autorise la mémoire à se détacher progressivement de la matérialité.
En son absence (disparition, guerre, accident), le deuil reste bloqué dans l’attente — ce qu’on appelle parfois un deuil suspendu ou inachevé.
3. Un fondement symbolique et spirituel : rendre au monde ce qui retourne à lui
Dans la plupart des traditions spirituelles, le corps est vu comme l’enveloppe sacrée de la vie. Le rituel funéraire a pour but :
de restituer le corps à la terre ou à la flamme,
de libérer l’âme ou le souffle vital,
et de réconcilier les vivants avec la mort.
Chez les anciens Égyptiens, Grecs, Hébreux, Indiens ou dans le bouddhisme, la mise en terre ou la crémation sont toujours accompagnées de gestes symboliques : fermer les yeux, laver, couvrir, offrir, nommer. Ce sont des actes de reconnaissance du corps comme médiateur entre visible et invisible.
Sans ce passage incarné, la mort demeure abstraite — donc psychiquement insoutenable.
4. Un fondement social : le deuil comme acte communautaire
La présence du corps est aussi ce qui rassemble la communauté :
autour du mort (pour lui rendre hommage),
et entre les vivants (pour reformer le lien après la perte).
L’absence du corps empêche ce rituel collectif ; le deuil devient alors solitaire, intérieur, parfois pathologique.
C’est pourquoi les sociétés ont inventé des symboles de substitution : portrait, nom gravé, objet, tombe vide (cénotaphe). Ces substituts répondent au besoin universel de voir pour croire, et de croire pour laisser partir.
L’importance que les familles accorde aux corps de leurs défunts, trouve cependant des exceptions :
Dans les Évangiles, lorsque Marie-Madeleine et les disciples découvrent le tombeau vide, ils ne trouvent ni cadavre ni trace de corruption, mais seulement les linges pliés.
“Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité.” (Luc 24,5)
Pour justifier l’absence du corps, les évangélistes ont inventé une raison qui ne vaut que pour Jésus-Christ : l’absence du corps de Jésus n’est plus vécue comme un déni du réel, mais comme la preuve d’une transformation : le corps n’a pas été volé, il a été transfiguré — passé de la matière à la lumière.
De la même manière, dans les rituels maçonniques il y a deux lectures possibles de la disparition du corps d’Hiram emporté par les mauvais compagnons :
soit il est considéré comme virtuellement ressuscité (à la manière de Jésus) dans le nouveau maître
soit on prétend le retrouver pour constater que « la chair quitte les os ».
Cette importance accordée au corps pour réaliser le deuil mérite notre réflexion et cette actualité est l’occasion d’y réfléchir.
Nous ouvrons ce numéro comme on pousse la porte d’une maison de métiers à l’aube. L’air a la tiédeur des œuvres de la veille, la poussière de pierre tient encore au rebord des établis, le bois parle à voix basse. La première parole de Frédéric Thibault installe une clarté qui ne force rien. La fraternité ne sert pas d’ornement. Elle devient charpente. Elle tient les murs invisibles où se forment les gestes. Elle relie des générations qui ne se sont jamais vues et qui se reconnaissent pourtant au regard, au soin, à la patience partagée dans l’adversité.
À cet instant précis, le mot reprend son poids de pierre. Il dessine un horizon calme qui nous empêche de glisser vers l’indifférence et nous reconduit à l’œuvre commune, non comme à une habitude mais comme à une promesse toujours recommencée.
Le Compagnonnage n°842
Nous avançons dans l’édito avec la sensation d’une parole qui refuse la posture. Frédéric Thibault rappelle que l’unité ne consiste pas à lisser la différence. La fraternité ne gomme rien. Elle reconnaît, elle écoute, elle élève. Elle demande une discipline intérieure qui protège la singularité tout en la reliant à plus vaste qu’elle. Nous entendons alors l’éthique d’un chemin. Réussir n’a de sens qu’inscrit dans le collectif. L’honneur d’un métier ne s’éprouve pas dans l’isolement. La transmission ne s’improvise pas. Elle suppose une maison, des seuils, des voix qui guident, des silences qui enseignent. Elle exige ce tact du cœur qu’aucune affiche ne remplace.
Vient la tension de notre époque et l’édito la nomme sans fétichisme ni effroi. L’intelligence artificielle calcule, assiste, anticipe. Elle ne ressent pas. Elle ne sourit pas à l’imperfection signifiante qui donne vie à un objet. Elle ignore ce que transmet un regard quand un geste hésite puis se corrige. Si la relation humaine se réduit à un échange d’informations, nous perdons ce que l’expérience fait naître de plus juste. Pourtant rien n’est condamné. L’outil peut servir le métier. Il peut libérer du temps, documenter autrement, prolonger l’apprentissage plutôt que le contrefaire. Une condition demeure. Ne pas déplacer l’axe. Tenir l’humain au centre. Préserver le lien fraternel qui rend tout le reste possible. L’édito trace cette ligne de crête qui refuse les slogans et propose un passage praticable entre prudence et fécondité.
Le remerciement adressé à François Icher (photo) et à Jean-Louis Ermine ne relève pas d’une courtoisie de surface. Il manifeste une méthode. Élargir le regard par la rigueur de l’histoire et par l’intelligence des systèmes. Faire entrer des disciplines voisines pour mieux nommer ce qui arrive. Le compagnonnage n’a jamais vécu en vase clos. Il respire par des fenêtres ouvertes. Il avance avec ceux qui savent. Il réinterprète ses signes sans renier leur source. Cette circulation apaise les crispations, réhabilite le temps long du jugement et nous équipe contre les emballements stériles.
La revue tout entière prolonge cet esprit. Nous la parcourons comme une visite de chantier. Un vitrail signé Parisienne la Bienvenue fait jouer la lumière avec une intelligence de la matière qui refuse la facilité. L’arbre y devient compagnon de route. Les racines demeurent profondes, l’élévation reste contenue, la fraternité des forêts se devine d’une pièce à l’autre. La technique ne s’oppose pas à la symbolique. Elle la sert. Le linolé, le plomb, la grisaille et le jaune d’argent s’unissent pour dire une vérité simple et haute. La beauté n’est pas une parure. Elle répond à une exigence. Elle naît de l’accord juste entre procédés anciens et essais contemporains. La pièce choisit l’harmonie plutôt que l’effet. Elle s’adosse au nombre d’or comme à une cadence intérieure qui tient dans la durée. Nous recevons ce vitrail comme un exercice d’élévation. Il forme l’attention autant que le regard.
Plus loin, la revue descend vers le granit des idées. Le dossier qui met face à face intelligence artisanale et technologies apprenantes marche droit. Il rappelle que l’outil calculant propose des réponses rapides là où l’atelier réclame des temps de maturation. Il redonne au geste sa densité d’intentions et met en garde contre la standardisation du vivant, cette imitation sans compréhension. L’innovation n’est pas exclue. Elle reçoit une mesure. Elle protège l’auteur au cœur de sa pratique pour que l’emprunt ne devienne pas appropriation, pour que la création demeure réponse singulière à une matière qui résiste et qui répond. Nous sortons de ces pages avec la conviction que la main pense et que l’artisan demeure un esprit en acte.
Union Compagnonnique des Compagnons du Tour France des Devoirs Unis
Des visages gardent les maisons. L’hommage rendu à Patrick-Jean Insa ne se contente pas d’un bouquet de souvenirs. Il trace la silhouette d’un homme qui a porté la parole commune avec discrétion et fermeté. Les années d’engagement, les responsabilités assumées, la confiance reçue n’ajoutent pas des titres. Elles attestent une manière de se tenir dans la chaîne. La gratitude n’efface pas la peine. Elle l’apaise et montre ce que signifie partir en laissant une empreinte qui n’écrase personne et qui élève ceux qui la suivent. Nous recevons cette leçon comme un viatique et, à travers elle, nous mesurons combien le journal lui-même est une œuvre collective tenue par des mains patientes.
Au détour d’un entretien, un chantier médiéval se lève. Rien de spectaculaire. Du vrai. Des savoirs rassemblés, des volontés accordées, un lieu où la pierre retrouve son poids et où le temps reprend son droit. Ce chantier dit l’essentiel. Nous ne restaurons pas seulement des murs. Nous fabriquons des passages. Nous offrons à des jeunes la chance de se découvrir par l’effort et la beauté. Nous réapprenons la lenteur qui instruit et la collaboration qui ajuste. Nous retrouvons la joie du travail partagé qui fait communauté.
La revue se referme sur une respiration de lectures qui ouvrent l’atelier à la cité des symboles. Les signes lapidaires de Notre-Dame deviennent prières gravées. Un monument se lit comme un livre que l’on feuillette avec les doigts. Une marque anonyme témoigne d’un serment tenu. Le compagnonnage des forêts, des cousins, des charbonniers et des fendeurs retrouve ses clairières et ses feux. L’arbre redevient axe du monde. Une aquarelle, un récit, une archive nourrissent une éthique de transmission qui dépasse les disciplines. Nous sortons de ce cabinet de travail avec l’esprit orienté et les mains prêtes.
Union Compagnonnique des Compagnons du Tour France des Devoirs Unis
Tout se tient. Ce numéro n’additionne pas des rubriques. Il compose un récit. Il transmet une manière d’habiter la durée. Il donne envie d’apprendre mieux, de former à notre tour, d’accueillir avec tact, de protéger le lignage des gestes sans l’emprisonner. La tradition ne ferme pas. Elle promet. La modernité ne rompt pas quand elle respecte l’auteur, la matière, la durée. L’atelier et la bibliothèque, la cuisine et la cathédrale, la Cayenne et la ville, la mémoire et l’avenir se tiennent ensemble. L’intelligence du geste demeure une attention au monde qui ne triche pas. Chacun retrouve son compas intime. Là se décide la justesse.
Frédéric Thibault, Provençal la Quête du Savoir, compagnon tailleur de pierre des Devoirs Unis, dirige la rédaction du journal et imprime à ce numéro un élan net. Sa parole place la main et le cœur au centre du faire, veille à l’usage mesuré des outils numériques, coordonne le débat entre l’historien et le technologiste, honore la mémoire d’Agricol Perdiguier. Son apport ne se réduit pas à des responsabilités. Il tient un fil qui unit la pierre à la pensée et donne à l’ensemble sa tenue à la fois opérationnelle et méditative.
Écharpe de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France Des Devoirs Unis
Nous refermons la revue avec le goût du pain partagé, l’éclat d’un verre peint qui pense la lumière, la fermeté d’un tailleur qui mesure avant de frapper, la chaleur d’une communauté qui sait remercier ses aînés. Rien d’un point final. Un outil prêt à l’usage. Un maillet posé près de la conscience. Un appel discret à reprendre le chantier.
Compagnonnage – tradition & modernité
Revue trimestrielle, mutualiste, professionnelle, philosophique et littéraire
Union Compagnonnique, N°842, 3e trimestre 2025, 42 pages, 9 €
Scoop – Le premier salon maçonnique de la bande dessinée se tiendra à Clichy le 30 mai 2026
À l’issue de la remise des prix littéraires du salon Masonica Nice 2025, le Très Respectable Frère Pierre Lucet, Grand Maître de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, dite L’Alliance, a créé la surprise en annonçant un nouvel événement : Masonica Clichy BD, premier salon maçonnique de la bande dessinée. 450.fm a le plaisir d’en révéler la date : samedi 30 mai 2026, à Clichy (Hauts-de-Seine ; région Île-de-France).
Patrick Weslinck
Le lieu précis reste à déterminer… Peut-être le siège de l’Obédience, ou un espace culturel tout aussi emblématique. À la manœuvre, Patrick Weslinck, Jiri Pragman et votre serviteur.
Masonica BD image générée par IA
Un rendez-vous qui prolonge l’esprit de Nice : conjuguer rigueur initiatique et esprit de fraternité joyeuse. La culture maçonnique y prouvera qu’elle peut rire d’elle-même sans se trahir, et que le dessin, le trait et la bulle peuvent être d’authentiques outils d’élévation.
Masonica, une histoire belgo-française
Né à Bruxelles en 2013, le salon Masonica s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur pour les passionnés de franc-maçonnerie, d’histoire des idées et de spiritualité. Pensé dès l’origine comme un espace ouvert, exigeant et fédérateur, il s’inspire du Salon du Livre et de la Culture Maçonniques de Lille, fondé en 2005.
Le salon lillois, solidement implanté, a depuis adopté le nom de Masonica Lille et s’est associé à son frère bruxellois dans un esprit de coopération et d’alternance. De cette alliance féconde est née une véritable constellation maçonnique :
Masonica Bruxelles, matrice originelle et carrefour européen du livre initiatique ;
Masonica Lille, ancrée dans la tradition du Nord et de l’humanisme maçonnique ;
Masonica Tours, inaugurée en 2024, sur la terre des bâtisseurs et des cathédrales ;
Masonica Nice, née en 2025 sur la Côte d’Azur, entre Méditerranée et Lumière.
Chaque salon garde son identité locale tout en participant à une même respiration symbolique : faire du livre maçonnique un vecteur d’ouverture, de dialogue et de transmission. Tables rondes, conférences, signatures, expositions, débats : Masonica, c’est un carrefour des pensées, une agora fraternelle où la littérature, la philosophie, l’histoire, l’ésotérisme et même la bande dessinée dialoguent librement.
Masonica n’est pas une foire commerciale : c’est un lieu de sens, une passerelle entre mémoire et modernité.
Quand la BD devient un Temple graphique
Le futur Masonica Clichy BD s’inscrit dans cette tradition de création vivante et d’ouverture culturelle. Depuis plusieurs années, la bande dessinée s’empare du symbolisme maçonnique avec un talent et une profondeur remarquables. De Didier Convard (Le Triangle secret, Hertz) à Éric Giacometti et Jacques Ravenne (Marcas, maître franc-maçon), de La Franc-Maçonnerie dévoilée (Arnaud de la Croix & Bercovici) à L’Épopée de la Franc-Maçonnerie (Glénat), sous la direction de Didier Convard, la BD a su rendre visible l’invisible : l’initiation, la transmission, le secret, la fraternité. À côté de ces grandes sagas graphiques, les créations humoristiques ou satiriques, plus rares, proposent un autre regard : celui d’une maçonnerie capable d’autodérision bienveillante et d’esprit libre.
Fullmetal Alchemist
Mais la révolution visuelle ne s’arrête pas là. Les mangas initiatiques et philosophiques rencontrent un large public en France : des œuvres japonaises comme Fullmetal Alchemist, Saint Seiyaou Mushishi explorent, à leur manière, la transformation intérieure, la quête de la lumière, l’éveil de la conscience, autant de thèmes familiers à l’initié. Là encore, le Temple n’est plus seulement bâti de pierre, mais de signes, de cases et de traits.
Le Masonica Clichy BD entend rassembler ces univers : BD maçonnique, symbolique, historique, ésotérique, humoristique et manga initiatique, dans un même esprit d’ouverture. Un Temple de papier où se rencontrent le rire et la sagesse, la création et la tradition.
Un archipel de Lumière
De Bruxelles à Clichy, de Lille à Nice, Masonica forme aujourd’hui un archipel de culture et de fraternité. Chaque édition est un chantier vivant : les Frères et les Sœurs y travaillent à la gloire du Verbe et du Savoir, les auteurs taillent leur pierre dans la page, les lecteurs bâtissent des passerelles invisibles.
Le salon Masonica Clichy BD prolongera ce mouvement : une initiation par le dessin, un chantier du rire éclairé, un Temple du neuvième art.
Dans Le Tarot, miroir des symboles– Études du Tarot d’Oswald Wirth(Éditions Le Livre de Ma Vie, 2025), Christophe Martin offre bien davantage qu’une étude érudite du célèbre Tarot d’Oswald Wirth. Il tisse une vaste méditation sur le langage sacré, les archétypes et la parole créatrice. Entre Kabbale, Franc-Maçonnerie et quête intérieure, son livre révèle le Tarot comme un alphabet vivant de l’âme, une architecture initiatique où chaque lame devient un acte de connaissance de soi. Un ouvrage lumineux, à la croisée du symbole et du Verbe.
Le Tarot miroir des symboles
Dans Le Tarot, miroir des symboles– Études du Tarot d’Oswald Wirth, Christophe Martin ne livre pas une simple étude ésotérique du jeu de Wirth, il orchestre une véritable symphonie de correspondances entre langage, nombre, image et esprit. Ce livre s’inscrit dans la lignée d’une tradition hermétique, mais il la réanime avec une ferveur singulière, à la fois pédagogique et initiatique, érudite et intérieure. Rien ici du jargon fermé ou des formules abstraites. Le texte respire la clarté de la quête authentique, cette lumière lente des chercheurs de sens qui savent que chaque symbole n’éclaire que celui qui s’y laisse consumer.
Christophe Martin interroge le Tarot comme un miroir vivant de l’univers, une architecture du sens où chaque lame devient un degré de conscience. Loin de la divination, il en fait un itinéraire spirituel : un chemin d’éveil où l’image devient verbe, où le symbole devient acte. La puissance du propos réside dans ce refus de réduire le Tarot à un art de prédiction. Il le rend à sa dignité de livre muet, de « Bible universelle », selon le mot de Wirth. En cela, Christophe Martin accomplit un travail comparable à celui des hermétistes du XIXe siècle – Court de Gébelin, Éliphas Lévi, Papus, Stanislas deGuaita, Oswald Wirth – tout en l’ouvrant à une sensibilité contemporaine, moins dogmatique et plus intérieure.
Le numéro 4, l’Empereur, du jeu de Jean Dodal (début XVIIIe siècle)
Le cœur de son livre palpite d’une tension féconde entre raison et mystère. Il embrasse Spinoza et la Kabbale, Carl GustavJung et Oswald Wirth, la géométrie sacrée et la franc-maçonnerie, dans une respiration unique. Le divin n’y est pas une transcendance lointaine, mais la substance même du réel, le souffle invisible qui ordonne la matière. L’auteur rappelle que le Tarot, avant d’être un jeu, fut un alphabet spirituel, un langage total comparable aux lettres hébraïques. Chaque arcane devient dès lors un signe opératif, une lettre de feu qui participe à la création continue du monde. Le Bateleur, Aleph vivant, ouvre le cycle ; le Monde, Tav du couronnement, le clôt dans la transparence du Tout. Ce parcours des vingt-deux arcanes s’apparente à une montée initiatique, semblable à celle des degrés maçonniques : chaque carte est un travail de taille intérieure, un exercice de rectification où la matière de l’âme s’épure jusqu’à devenir lumière.
Ce qui traverse tout l’ouvrage, c’est la conviction que le symbole est vivant. Martin l’exprime avec un lyrisme contenu mais pénétrant. Le symbole n’est pas un code à déchiffrer, il est une rencontre à vivre. Il agit à la manière d’une pierre levée sur le chemin : repère, obstacle et seuil tout à la fois. Le lecteur est convié à cette lente ascension du regard, à cet apprentissage du voir. Car voir, ici, c’est comprendre que l’image pense. Et que penser, c’est déjà prier. Chaque arcane, dit l’auteur, agit comme un miroir de notre propre conscience, et sa lecture devient acte de connaissance de soi. L’homme ne contemple pas le Tarot : il s’y contemple, il y découvre le visage changeant de son âme en travail.
Le Tarot miroir des symboles
La structure du livre, d’une grande richesse, retrace l’histoire du Tarot depuis ses origines italiennes jusqu’à sa transfiguration par Wirth et ses héritiers. Mais cette érudition historique n’est jamais stérile. Elle éclaire le fil d’or d’une transmission spirituelle, celle d’une sagesse dissimulée sous les apparences du jeu. L’auteur montre comment chaque époque a ajouté une couche de sens sans effacer les précédentes, à la manière des bâtisseurs qui, en relevant une cathédrale, respectent les fondations invisibles. L’histoire devient herméneutique. Les cartes, depuis les Tarocchi de Milan jusqu’au Tarot de Marseille, apparaissent comme les vitraux successifs d’un même Temple de la Connaissance.
L’un des aspects les plus féconds de l’étude réside dans la correspondance que Christophe Martin établit entre les arcanes majeurs et la morphologie des contes analysés par Vladimir Propp. Ce rapprochement entre science du récit et symbolisme initiatique révèle que le Tarot ne se contente pas de représenter le monde : il raconte la métamorphose de l’âme. Le héros des contes traverse les mêmes épreuves que le voyageur des arcanes, de la naïveté du Bateleur à la transfiguration du Monde. Cette lecture narrative renouvelle profondément l’approche du Tarot, en le replaçant dans l’horizon universel des mythes de passage. La lame devient épisode, l’épreuve devient symbole, et le tirage, une dramaturgie du destin.
Mais c’est surtout dans sa méditation sur la Parole et sur l’écriture sacrée que le livre atteint sa pleine dimension initiatique. Christophe Martin rappelle que la lettre hébraïque n’est pas un signe arbitraire, mais un acte créateur, un souffle matérialisé. Il retrouve ici l’intuition maçonnique selon laquelle la Parole perdue n’est pas absente, mais voilée, et que chaque geste de connaissance la ressuscite. L’alphabet devient l’échelle de Jacob du langage, chaque lettre un degré reliant terre et ciel. En reliant le Tarot à cette tradition des alphabets sacrés, l’auteur propose une vision unifiée du monde : tout y est langage, tout y est signe, tout y est communication entre visible et invisible. Ainsi, le Tarot n’est pas seulement un miroir, mais un verbe incarné, un instrument d’écriture de soi.
La prose de Christophe Martin se distingue par sa limpidité et son rythme apaisé. Elle refuse l’effet spectaculaire pour privilégier la lenteur méditative, la précision des enchaînements, la lumière intérieure des mots. C’est une écriture de pèlerin, non de démiurge. Elle guide sans imposer, elle éclaire sans aveugler. Sous sa simplicité apparente, elle recèle une profonde maîtrise du langage symbolique, et une capacité rare à en révéler la cohérence. L’auteur n’est pas seulement un exégète : il est un passeur, au sens initiatique du terme. Il traduit la langue des symboles en langage du cœur, et restitue à l’étude du Tarot sa vocation première : unir science et sagesse, savoir et amour, géométrie et âme.
Christophe-MARTIN
Christophe Martin s’inscrit dans la filiation d’Oswald Wirth, mais il en prolonge l’esprit plutôt qu’il ne le répète. Là où Oswald Wirth cherchait à ordonner la symbolique, Martin cherche à l’habiter. Son approche est moins doctrinale que vivante : elle respire la liberté du chercheur qui ne craint pas de croiser Spinoza, Jung, la Kabbale, la Franc-Maçonnerie ou la mythologie grecque pour tisser un réseau de correspondances universelles. Dans cette vision, le Tarot devient un organisme spirituel où se rencontrent toutes les traditions. L’alchimiste y reconnaît ses transmutations, le maçon ses degrés, le psychologue ses archétypes, le mystique sa prière.
L’auteur vit dans le Var, où il se consacre depuis plusieurs années à l’étude du symbolisme et à la transmission des sciences spirituelles. Christophe Martin partage une réflexion patiente et exigeante sur la pensée initiatique et la symbolique universelle, en fidélité aux grands héritages hermétiques et à l’enseignement d’Oswald Wirth, avec une attention constante à la clarté, à la justesse et à l’expérience intérieure.
Ses publications précédentes, consacrées à la symbolique des nombres et aux mystères de la lumière, témoignent déjà de cette volonté d’unir l’ésotérisme savant et la quête existentielle.
Le Tarot, miroir des symboles n’est pas un manuel de plus dans la bibliothèque des curieux de l’occulte. C’est un livre qui engage celui qui le lit. Vendu sans jeux de cartes, il nous rappelle que la connaissance véritable ne consiste pas à accumuler des notions, mais à consentir à une métamorphose intérieure. En cela, il rejoint la tradition maçonnique : celle du travail sur la pierre brute, où chaque symbole devient un outil de rectification. Le Tarot, tel que Christophe Martin nous l’offre, n’est ni un objet de savoir ni un instrument de pouvoir, mais une lampe de l’âme, un miroir où se réfléchit la part divine de l’homme. À travers lui, nous apprenons que le symbole ne sert pas à comprendre le monde, mais à le transfigurer. Et c’est peut-être là le plus haut secret que ce livre transmet silencieusement, à qui sait lire entre les lignes de lumière.
Un événement en ligne organisé par Norfolk Healing Rooms aura lieu le samedi 22 novembre pour guider les participants dans la récitation de prières de rupture avec la franc-maçonnerie. Ruth Scorey, directrice de Norfolk Healing Rooms, explique l’événement.
Network Norfolk Logo
« Dans de nombreux milieux chrétiens, il est reconnu que la franc-maçonnerie joue un rôle néfaste en gâchant des vies de toutes sortes, et cela n’affecte pas seulement ceux qui y sont nés. Lorsque j’ai participé à la récitation des prières de rupture avec la franc-maçonnerie à la Norfolk School of Prophets il y a quelques années, j’ai été très surprise de ressentir moi aussi un apaisement, même si je ne pensais pas qu’il y ait de lien. Plus tard, ma mère m’a confié soupçonner que la franc-maçonnerie était à l’origine du licenciement injuste de mon père de son poste important, une affaire entachée de mensonges, qui a entraîné une atteinte à sa réputation et a probablement contribué à sa santé fragile précoce. Après de récents voyages en Écosse, je suis pleinement consciente de l’emprise de la franc-maçonnerie sur les communautés écossaises, mais son influence peut se manifester partout et toucher n’importe qui. »
Infirmière totalement gantée et protégée en laboratoire
Pendant la pandémie de Covid-19, Alaric et Jane Hunt ont guidé de nombreuses personnes confinées de Healing Rooms à travers les prières de rupture avec la franc-maçonnerie tirées du manuel d’Yvonne Kitchen, « Death in the Family » (épuisé). Alaric et Jane proposent une nouvelle session de quatre heures via Zoom le samedi 22 novembre 2025, de 10h à 14h. Alaric et Jane Hunt, anciens membres de Norfolk Healing Rooms, sont désormais missionnaires en Ouganda, où ils vivent de leur foi et ont fondé l’association First Love Global Ministries.
Panneau miracle
Vous et toutes les personnes de votre entourage touchées par la pauvreté êtes les bienvenus. Merci de ne pas diffuser l’événement sur les réseaux sociaux. Pour vous inscrire, veuillez contacter Ruth Scorey par courriel à norfolk@healingrooms.org.uk . La session est gratuite pour tous les inscrits, mais nous vous encourageons à faire un don généreux à First Love Global Ministries. Cette association a pour mission de transformer les communautés en luttant contre la pauvreté, en soutenant les personnes vulnérables comme les veuves et les orphelins, et en partageant le message de Jésus-Christ. Pour ce faire, elle forme et équipe les individus, propose des formations, encourage la création de petites entreprises et de coopératives, distribue de la nourriture et des ressources, et travaille en partenariat avec les églises locales. Leur travail vise à redonner dignité et espoir grâce à une aide bienveillante et au renforcement des capacités communautaires. Voici le lien vers leur bouton de don : https://firstloveglobalministries.com/donate/
Image ci-dessus d’Alaric et Jane Hunt, réalisée par Ruth Scorey à l’aide de l’application Fotor
Ce samedi 15 novembre à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra,lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée :
« Au cœur de l’Art royal »
Didier OZIL,Passé Grand Maître Général de l’Ordre initiatique et traditionnelde l’Art royal (OITAR), Ce webinaire est gracieusement accessibleaux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences,titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable :
Dans son cycle annuel 2025-2026 qui a pour thème général : « Paroles de vie maçonnique(s) » et qui se tient en ligne le 3e samedi de chaque mois de 10h30 à midi, l’Académie maçonnique Paris recevra, ce 15 novembre, le T⸫ C⸫ F⸫ Didier OZIL, Passé Grand Maître Général (2013-2015) de l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal (OITAR), auteur de : Le rite opératif de Salomon au cœur de l’art royal (Éditions DETRAD aVs, 2022).
Initié dans cette Obédience en 1992, le conférencier s’attachera à en présenter les caractéristiques essentielles. Il expliquera notamment en quoi les rituels qui y sont pratiqués dérivent du Rite français, à partir de recherches conduites par celui qui devait fonder l’OITAR en 1974, Jacques de La Personne, alors président de la commission des rituels et grand orateur adjoint du Grand Orient de France. Ces travaux s’inscrivaient dans le sillage du mouvement conduit à l’époque par des frères comme René Guilly.
Conférence Zoom sur ordinateur portable
Il s’agira ici d’une approche très symboliste de la franc-maçonnerie, qui se traduit par un lustre singulier réservé au cérémonial des réunions maçonniques. Une occasion donc d’élargir ou de mieux préciser ses connaissances, également à la lumière des échanges qui suivront l’exposé initial…
Didier Ozil, réalisateur et scénariste dans la vie profane, depuis 1980, présente la particularité d’avoir repris des études, sur le tard, sa nouvelle formation s’étant achevée par une thèse de doctorat en Études culturelles, soutenue en 2024 à l’université Montpellier 3. Quelles que furent ses activités, Didier Ozil aura été, sa vie durant, un passeur de savoirs et de savoir-faire, un partageur de valeurs.
Un thème et une personnalité qui promettent moult enrichissements !