Le mot est prononcé: mystère. Avec l’âge on s’aperçoit que le monde des adultes aime entretenir le mystère.
dans la vie en grandissant il va falloir apprendre à vivre avec le et les mystères…
Je me suis couvent demandé pourquoi, enfant j’aimais tant Zorro, j’étais dans un environnement classique, Tintin, Pif le chien et le début de la libération dans la bande dessinée. Je devenais un jeune homme, je découvrais les animaux, le monde qui m’entourait et petit à petit j’avançais dans la vie qui me fascinait.
Mes sœurs, elles plus âgées que moi, me faisaient découvrir les chanteurs à la mode, la musique, les premiers romans et m’emmenaient avec elles aux bals en fin de semaine.
Mes autres frères eux plus âgés m’ignoraient un peu et je sentais à mon égard qu’ils ne souhaitaient pas spécialement me faire partager leur monde, celui qu’ils entourait d’un certain mystère.
Mystère de la vie, mystère de ce que l’on comprend pas, mystère que nous étudions sans toujours bien comprendre…
Quand on se sent attiré par tout ce qui nous apparaît mystérieux, il semble assez logique qu’à un certain moment le monde de la Franc-maçonnerie nous interpelle.
Pour répondre à mes questionnements d’adolescent puis d’adulte, j’ai exploré des voies diverses pour essayer d’aborder la connaissance des énigmes métaphysiques spirituelles ou tout simplement philosophiques.
Sans cesse reviennent toujours ces notions de mystère, ce mystère qui accompagne notre parcours maçonnique, ce mystère qu’il faut mériter un peu comme une récompense qui arrive comme un accomplissement.
Nous restons de grands enfants qui deviennent parfois des héros
Je ne pense pas que le Grand René va me contredire dans sa video ci-dessous :
La place Saint-Gervais, ancienne et trapézoïdale, est un cœur battant de Paris. Située dans le 4ᵉ arrondissement, au pied de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais, elle s’inscrit dans un tissu urbain chargé d’histoire.
Église Saint-Gervais-Saint-Protais
Autour d’elle débouchent les rues François-Miron et de Brosse, tandis que la rue de Lobau la borde à l’ouest, à l’arrière de l’Hôtel de Ville. Ce parvis fut jadis un lieu de justice et de rassemblement, dominé par l’orme séculaire sous lequel se réglaient les affaires communes.
Cette église, desservie depuis 1975 par les Fraternités monastiques de Jérusalem, porte en elle une présence spirituelle singulière : celle de la vie monastique enracinée au cœur de la cité, rappelant que le silence, la prière et la fraternité peuvent habiter l’espace urbain le plus vibrant. Tout autour, l’histoire du compagnonnage affleure : à quelques pas, rue de la Mortellerie, les maçons puisaient leur outil symbolique, et sur la place de Grève, marché des bâtisseurs, ils se faisaient embaucher. La maison des compagnons du Devoir se dresse encore au numéro 1 de la place, rappelant que cet espace fut, des siècles durant, un foyer vivant du travail de la pierre et de la fraternité des ouvriers. L’on « topait » alors sous l’orme de Saint-Gervais, comme pour sceller d’un geste la solidarité des bâtisseurs.
Le jardin du 13 novembre 2015
C’est sur ce sol traversé par l’histoire spirituelle et compagnonnique qu’a été inauguré en 2025 le jardin du 13 novembre. Ce lieu n’est pas un aménagement ordinaire, mais un temple silencieux, édifié au cœur même de la cité, où la mémoire des victimes se déploie en symboles visibles et invisibles. Il est jardin du souvenir, jardin mémoriel ou encore jardin de la fraternité, mais toujours sanctuaire de mémoire et d’espérance.
Le tracé reprend la géométrie des six lieux touchés par les attentats : le Bataclan, le Stade de France, La Belle Équipe, Le Carillon et Le Petit Cambodge, Le Comptoir Voltaire, La Bonne Bière et le Casa Nostra. Arrachés à leur contexte originel, ces plans urbains recomposés deviennent des allées, des pavages, des parcours de méditation. Ils ne sont plus les cartographies du chaos mais des itinéraires de résilience. Chaque site, dans ce dessin, cicatrise avec les autres, comme pour signifier que la fraternité ne se répare pas dans la séparation mais dans l’unité.
Les stèles de granit, issues de la carrière de Lanhélin, s’élèvent telles des colonnes où sont inscrits les noms des 131 victimes. Le granit, pierre dure, incarne la permanence, l’indestructible souvenir, mais il est aussi une pierre bleue, couleur du ciel et de l’esprit. Chaque bloc rappelle à la fois la fracture et l’élévation, le poids de la douleur et la verticalité de la dignité.
La nuit venue, plus d’une centaine de lueurs scintillent à la manière de bougies éternelles. Leur disposition n’est pas aléatoire : elle suit la voûte céleste telle qu’elle se présentait dans le ciel de Paris le soir du 13 novembre 2015. Ainsi, la mémoire terrestre s’unit au cosmos, les noms gravés dans la pierre répondent aux constellations, et les victimes se trouvent inscrites à jamais dans la trame des étoiles. Nous découvrons là une vérité initiatique : la mémoire n’est pas seulement humaine, elle est cosmique.
Deux arbres structurent le jardin comme les colonnes d’un temple : l’orme séculaire de Saint-Gervais, enraciné dans le Moyen Âge et témoin des justices rendues jadis à son pied, et l’olivier de la paix, planté en 2025 comme signe d’un avenir réconcilié. L’un incarne la tradition, la permanence de l’histoire, l’autre la promesse et l’espérance. Ensemble, ils forment un seuil symbolique : passer de l’ombre du passé à la lumière de l’avenir.
Le jardin n’est pas figé. Selon la pensée de Gilles Clément, il s’inscrit dans le concept de « jardinage par soustraction » : un jardin qui évolue avec le temps, qui accueille le passage des saisons, le souffle des vents, la venue des oiseaux. Ainsi, le jardin n’est pas un monument statique, mais un espace vivant, mouvant, en perpétuelle métamorphose. Il nous rappelle que la mémoire elle-même est une œuvre vivante, qui ne cesse de se transformer, de se réinscrire dans le présent.
Les oiseaux y trouvent refuge, et leur chant résonne comme une liturgie naturelle. Ils symbolisent les âmes qui échappent à l’emprise des règles terrestres, franchissant toutes les frontières visibles ou invisibles. Leur vol est une métaphore de la liberté ultime, un appel à ne jamais enfermer la mémoire dans la douleur seule, mais à la laisser s’élever vers la lumière.
L’enceinte de pierre qui entoure le jardin rappelle la brutalité de l’événement, l’éruption soudaine de la violence. Mais en son centre, la clairière herbacée s’ouvre comme une respiration. Cette clairière, propice au recueillement, évoque un sous-bois lumineux, une oasis au cœur du tumulte urbain. Elle nous enseigne que toute fracture recèle une ouverture, tout chaos contient un passage vers l’apaisement.
L’olivier
Espace de mémoire, certes ! Mais bien plus encore… Il est une architecture symbolique, un lieu initiatique qui nous invite à transformer la douleur en fraternité, la fracture en unité, la mémoire en espérance. Dans ses pierres, dans ses arbres, dans ses lumières, il nous murmure que la lumière ne s’éteint jamais, même dans la nuit la plus noire.
Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Paris, éternelle Ville Lumière !
Nous effleurons d’abord les contours matériels de cette œuvre, comme nous touchons les arêtes d’une pierre avant d’en approcher le cœur, afin d’ancrer notre méditation dans la réalité tangible qui porte les mystères.
Manual de francmasonería
Le Manual de francmasonería (Manuel de franc-maçonnerie) paraît chez Editorial Masonica.es, et nous invite à une lecture, en langue castillane, qui ne sépare jamais la lettre et l’esprit, la main qui tourne la page et l’intelligence qui s’éveille.
Le visage de Richard Carlile se dessine alors, non comme une icône lisse, mais comme une trajectoire fervente. Richard Carlile naît en 1790 à Ashburton dans le Devon (Angleterre). Son père change de métiers au gré des nécessités, cordonnier, percepteur, enseignant, soldat, auteur d’un recueil d’adages mathématiques, pris dans des tourments qui mènent à l’abandon familial. Sa mère donne à l’enfance un bain de piété et de rites qui ne s’éteindra jamais tout à fait. Richard Carlile grandit dans les écoles de charité, apprend vite, travaille le fer blanc, subit la pression des machines nouvelles, quitte Portsmouth, rejoint Londres, épouse Jane, fille de cottage du Hampshire, élève trois fils dans une économie rude. Dès 1813, le souffle radical l’emporte.
Thomas Paine
Il vend des pamphlets, puis les édite, diffuse Thomas Paine, écrit, imprime, répond, entre en conflit avec les lois sur le blasphème et la sédition. Les emprisonnements se succèdent. Dorchester devient pour lui, de 1819 à 1825, une cellule et un atelier. Il publie, encouragé par sa famille et par des volontaires, comme si la presse pouvait devenir une lampe à huile dans la nuit. Jusqu’à sa mort en 1843, lorsqu’il décide d’offrir son corps à la dissection afin de rompre un tabou, Richard Carlile tient sa ligne. Nous reconnaissons en lui un éditeur de conscience, un passeur qui veut que la lumière circule dignement, un veilleur qui voit dans la maçonnerie non une rigidité sectaire, mais un véhicule ancien de sagesse, un déisme lucide, une mémoire solaire, une discipline morale et intellectuelle capable d’émanciper l’esprit.
Pour mieux comprendre son manuel, encore fallait-il connaître le parcours de son auteur.
Cette réédition que nous ouvrons porte cette tension entre courage civil et exigence initiatique. Nous y entrons comme dans une Loge. Rien ne cherche l’effet, tout convoque l’exactitude. La narration des degrés ne constitue pas un escalier social, elle ordonne une grammaire de la lumière.
L’Apprenti se présente dépouillé de métaux, prêt à recevoir la secousse d’un lever de bandeau qui n’humilie pas mais redresse. La Loge se montre à lui comme un monde mesuré par Sagesse, Force et Beauté. Les mots sont des poids, les gestes sont des angles, la marche est un tracé. Nous sentons dans le premier degré l’ouverture d’une vigilance, une manière de regarder, de répondre, de se taire.
Tablier de Compagnon
Le Compagnon accède aux arts libéraux, la géométrie s’impose comme science du monde et du cœur, non comme culte d’une abstraction, mais comme méthode de proportion, d’aplomb, de justesse.
Le Maître traverse la légende d’Hiram Abiff. La mort initiatique n’est pas une scène pour frissonner. Elle mesure le courage, éprouve la fidélité, exige la mémoire. Le relèvement n’est pas un geste théâtral, il devient un engagement intime, une manière de ressusciter à la responsabilité.
Richard Carlile connaît l’ambiguïté de toute divulgation et en fait une ligne de crête. Révéler sans profaner, instruire sans dessécher, partager sans trahir. Les catéchismes, loin d’ériger une clôture, ouvrent un couloir d’air entre mémoire et vigilance. Les tableaux de loge ne sont pas des images de musée, ils travaillent l’esprit comme des opérateurs. La parole que nous disons perdue ne surgit pas comme une trouvaille de cabinet. Elle se cherche dans les ruines, source discrète qui réclame patience et service. Nous lisons alors un livre de gestes et d’attitudes morales, une échelle intérieure où chaque barreau n’existe qu’à la mesure de la conscience qui le foule. Cette sobriété n’est jamais froide. Elle tient de la ferveur retenue. Elle laisse la place au silence, afin que les signes ne retombent pas en cendres.
Richard Carlile
Après tout, au premier degré du Rite Anglais Style Émulation, dans les « questions et réponses que l’apprenti f.m. doit savoir avant son passage au deuxième grade », la question « qu’est-ce que la franc-maçonnerie » reçoit cette réponse « un système particulier de morale enseigné sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles ». Selon les Anglais, la Maçonnerie n’est que cela, rien que cela, mais tout cela, loin des discours pseudo philosophiques où certains se prennent pour des philosophes en accumulant quelques citations dans leurs planches, discours, allocutions ou autres morceaux d’architecture…
Lorsque le chemin nous mène vers d’autres architectures, la Tau et la Croix entrent en conversation. Elles ne sont pas opposées, elles se répondent. L’une dit la vie conservée, l’autre la construction assumée. Les degrés de Marque engagent notre responsabilité, ils rappellent que signer son œuvre ne relève pas de la vanité, mais d’un devoir envers la communauté de travail. Le Royal Arch récapitule, rassemble, tient ensemble l’histoire sacrée et l’alchimie intérieure. Nous y percevons la voûte qui fait retour sur les pas, les épreuves, les relances, et nous rappelle que la connaissance se disperse si elle ne s’ordonne pas à une unité plus haute. Les chapitres chevaleresques n’excitent pas un imaginaire de croisade, ils le transfigurent. Protéger le pèlerin revient à prendre soin de l’âme en marche. Les signes d’ordre deviennent autant d’exigences de vigilance, d’attention, de tempérance.
Manual de francmasoneria
Nous avançons ainsi dans une cartographie de fidélités. Le Maître Secret et le Maître Parfait donnent une profondeur aux sentiments de deuil et de régénération, ils enseignent la discrétion comme vertu active, ils renvoient aux ministères de la parole juste et du silence utile.
L’Intendant du Bâtiment rappelle que servir l’ouvrage implique de tenir l’équilibre intérieur, cinq points pour une harmonie, autant de repères pour ne pas se perdre. Les Élus des Neuf pensent la justice sans vengeance aveugle. Les Noachites méditent l’humilité devant la confusion des langues. Les ordres orientés vers Babylone et vers l’Orient figurent la libération des captifs, c’est à dire la délivrance de ce qui, en nous, restait prisonnier. Enfin l’aigle blanc et le pélican, puis la rose et la croix, couronnent un voyage où le sacrifice devient charité active et où la résurrection cesse d’être une image pour devenir un style de vie. Rien ici ne se pose en doctrine close. Tout respire comme une méthode.
La biographie de Richard Carlile se fond dans la texture du livre. Les rééditions de Thomas Paine, les colonnes du Republican, l’Address to the Reformers, l’acharnement à publier malgré l’enfermement, tout cela donne au Manuel une tenue singulière. Nous n’entendons pas un compilateur froid, nous écoutons un travailleur de presses qui sait la valeur d’un mot juste prononcé au bon moment. Nous savons que certaines éditions connurent des feuillets scellés. Ce détail, qui pourrait paraître anecdotique, porte une leçon. Le secret n’est pas une rétention jalouse. Il est ajustement de la parole à la maturité de l’écoute. Cette délicatesse fait loi, et nous touche. Elle protège la flamme afin qu’elle éclaire sans brûler.
Le mérite de Richard Carlile n’est pas d’avoir arraché un voile, il est d’avoir rappelé que l’initiation ne se confond pas avec une énigme. Ainsi le Manual de francmasonería se tient pour nous comme une pierre d’angle. Il nous aide à conjuguer tradition et liberté, fidélité et recherche, mémoire et espérance, et à faire de la lumière non un éclat qui aveugle, mais une constance qui oriente.
MASONICA EDITORIAL
Manuel de franc-maçonnerie
Richard Carlile–Introduction Dr. David Harrison/Editorial Masonica, coll. Textes historiques et classiques, 2025, 454 pages, 24,99 €
MASONICA, la maison d’édition avec le plus grand catalogue au monde de livres sur la franc-maçonnerie en espagnol., le site
LA DÉCOUVERTE DE LA PERSONA ET LA DIFFÉRENCIATION (2/6)
Thésée, Athéna et le Minotaure
La découverte de la « persona » et les phénomènes psychiques liés la « différenciation », qui constituent la deuxième étape du processus d’individuation dans la psychologie analytique de C.G. Jung, conduisent l’être en quête de soi-même dans un voyage initiatique intérieur vers le Soi équivalent à l’Atman hindou.
La persona est un masque dissimulant la personnalité et l’identité profonde sous des traits superficiels, conformes d’une part à des règles de vie sociale extérieures conçues par d’autres, et d’autre part à des processus de vie mentale intérieure révélateurs en dernière instance du Soi profond. Le labyrinthe symbolise ce voyage en soi-même de la périphérie vers le centre, d’où l’on ressort en suivant le chemin inverse du centre vers la périphérie, à moins de s’en évader par les airs en s’envolant du centre verticalement.
Labyrinte
Le Sage du Labyrinthe (52è degré de la Maçonnerie égyptienne) connaît et pratique ces deux voies, la première horizontale à dimension humaine illustrée par le mythe de Thésée, la seconde verticale pour se relier au Soi d’essence divine, symbolisée par le récit des Noces de Philologie et de Mercure. (Martianus Capella, Vè siècle de notre ère). C’est sur la voie horizontale du labyrinthe que l’être découvre sa persona et trouve ses propres repères en se rectifiant à l’équerre et en se désorientant, comme le font les Maçonnes et les Maçons à tous les degrés pour demeurer vigilant(e)s et éveillé(e)s spirituellement. La différenciation effectuée sur la voie verticale de la conscience et de l’amour leur est donnée par surcroît comme une récompense pour le travail effectué sur soi-même afin de se connaître, s’accepter, et s’aimer.
Thésée
Ces voies horizontale et verticale conduisent Thésée à retrouver ses origines humaine et divine symbolisées par ses deux pères potentiels Égée et Poséidon, sa mère Aethra s’étant unie au dieu Poséidon après son étreinte avec le roi Égée. La vie de Thésée est une suite de combats et d’épreuves révélateurs de cette double nature humaine et divine. Durant ses voyages et avant d’affronter le Minotaure dans le labyrinthe, il doit combattre et vaincre cinq criminels enfreignant les règles morales et éthiques en vigueur dans les mondes conscient et subconscient. Avec le premier, il apprend qu’au niveau conscient comme au niveau subconscient, on est traité comme on se comporte, et il tue son adversaire en retournant son arme contre lui et en écoutant les messages de son subconscient.
Le second lui apprend qu’on peut se sentir écartelé par des forces opposées et centrifuges, et il se sert de ce sentiment ressenti par le criminel pour le retourner contre lui et le maintenir écartelé, alors que lui-même s’en libère en inversant le sens des forces et en les recentrant en soi-même. Il apprend avec le troisième à se défier de la fausse humilité conduisant à la soumission et à la paralysie morale, et à en triompher par la ruse en neutralisant la cause de la soumission. Le quatrième lui apprend à triompher en s’appuyant consciemment sur son habilité et son inventivité, en évitant de s’en remettre excessivement au subconscient pour tout solutionner. Avec le cinquième, il combat la fausse conformité aux fausses règles, et détruit le pouvoir tyrannique qui réduit la diversité individuelle naturelle à une uniformité collective artificielle.
Combat contre le Minotaure
Le combat le plus célèbre de Thésée se déroule en Crète dans le labyrinthe, où il tue le Minotaure jusqu’alors invincible. Cet exploit individuel est aussi la victoire collective des dieux et déesses appelés par Thésée à regrouper et conjuguer leurs forces pour triompher. Ariane, fille du roi de Crète Minos et demi-sœur du Minotaure, lui donne par amour la pelote de fil conduisant de l’entrée vers le centre, et donc en sens inverse du centre vers la sortie du labyrinthe ; Héphaïstos, dieu du feu,lui forge une épée pour tuer le Minotaure. Thésée accomplit le double exploit d’accéder au centre du labyrinthe du subconscient où demeure le Soi, et de ressortir consciemment du labyrinthe en suivant le fil d’Ariane. Le mythe de Thésée conte l’exploit accompli dans l’horizontalité du dédale et la découverte de ses ombres, prochaine étape du voyage vers l’individuation. Il associe aussi le fil d’Ariane à cet exploit, le fil des pensées éclairées par la lumière de la conscience, qui, grâce à cette lumière, sait mémoriser et donner une raison d’être à son parcours dans la nuit du subconscient.
Les Noces de Philologie et de Mercure
La deuxième sortie du dédale par le centre est effectuée dans la verticalité de la conscience par Thésée et tous les initiés qui sont eux aussi des héros mi-dieux mi-humains, car ils travaillent intensément sur eux-mêmes et surmontent les épreuves du processus d’individuation qui les conduit à découvrir, accepter, et aimer leur nature divine. « Les Noces de Philologie et de Mercure » de Martianus Capella symbolisent cette ascension par la mise en scène du mariage du dieu Mercure et de Philologie, une mortelle choisie par les dieux pour la récompenser de ce travail intérieur. Dans ce récit, à l’origine, Mercure décide de se marier. Il a d’abord pensé à prendre pour femme Sophia, déesse de la Sagesse, mais celle-ci veut rester vierge, puis Psyché, mais elle s’en remet au pouvoir de l’Amour. Finalement, Apollon lui propose Philologie, qui est une mortelle mais qui passe ses veillées à étudier et dont la curiosité est insatiable.
Apothéose
Jupiter accepte cette union, à condition que Philologie reçoive son « apothéose », une cérémonie célébrant l’élévation dans les cieux auprès des dieux, et l’intégration pleine et entière en soi-même de ce niveau divin de l’être. À cette fin, la litière dans laquelle elle s’élève doit être précédée par le cortège des muses et suivie par Periergia, la curiosité, et être guidée et protégée par ceux et celles qui ont formé la disciple de Pallas pour être l’épouse rêvée de Mercure : Labor impiger, le Travail acharné, Amor, l’amour pour les choses d’en haut qui tient éveillé, Epimelia et Agrypnia, le Soin et la Veille. Par ailleurs, Philologie elle-même prépare son apothéose, son départ de la Terre et son ascension vers la Voie lactée où l’attend l’assemblée des dieux, et elle se demande si le mariage qu’on lui propose sera propice.
Pour le savoir, elle procède à une opération de divination basée sur la numérologie en calculant les nombres que représentent son nom (total = 724) et celui du dieu égyptien Thot, équivalent du dieu Mercure (total = 1218). Elle divise ensuite ces nombres par 9 et obtient un reste de 4 pour elle et de 3 pour Thot, deux nombres qui présagent l’harmonie entre les dimensions matérielle (le 4) et spirituelle (le 3) dans la tradition pythagoricienne. Pour être plus légère, elle vomit les livres qui pèsent lourdement sur sa poitrine, puis elle monte dans la litière qui doit la conduire jusqu’à l’assemblée des dieux en traversant les sept sphères célestes qui forment la gamme musicale, selon la théorie de l’harmonie des sphères reprise dans les milieux néoplatoniciens. Une fois arrivée auprès des dieux, Mercure lui offre sept jeunes filles comme demoiselles d’honneur, représentant chacune un art que Philologie s’applique à intégrer tour à tour parfaitement en elle-même.
Mercure
Cette élection et cette élévation de Philologie au rang des dieux glorifient tout son travail effectué sur terre et au cours de son élévation par l’action conjuguée des nymphes et des muses, dédiées non seulement à la réalisation du travail en cours, mais à son achèvement dans la perfection. Le travail partiel de Philologie lié aux circonstances de son parcours spirituel se parachève ainsi en œuvre globale de toute une vie. Autrement dit, l’amour du travail est la source de l’amour et des noces de Mercure et de Philologie, car le travail attire les vertus naturelles et sur-naturelles comme un aimant et nettoie comme l’eau purifie, dans le cours d’une vie dédiée à l’étude de soi et de l’univers. Car tout est lié et l’on ne travaille pas à son propre perfectionnement sans être relié à l’univers, sans attirer et travailler avec les forces du cosmos où évoluent les principes spirituels des dieux en action, notamment les nymphes et les muses.
Le feu occupe une place capitale dans l’aspiration de Philologie à rejoindre les héros et les dieux dans la Voie lactée. « La prière que Philologie adresse au démiurge suprême lorsqu’elle s’agenouille sur le dos de la voûte céleste, au terme de son ascension planétaire, c’est à « la fleur du feu » qu’elle sera offerte (le purpura, le pur du pur des alchistes). L’essence du Dieu ineffable, maître tout-puissant de la musique des sphères traversées par Philologie montant vers son époux avec le consentement des dieux, est le feu mystérieux et la flamme inextinguible. Elle sait que le démiurge suprême de ce monde sensible s’est retiré en dehors de la connaissance même des autres dieux-démiurges, car il a franchi les espaces qui se trouvent dans les béatitudes hyper-cosmiques pour y jouir joyeusement d’un monde qu’on appelle igné. » (Jean Préaux, Le culte des muses chez Martianus Capella)
Après les deux premières étapes sur la voie conduisant à l’individuation de C.G. Jung, marquées par le feu du trauma et le feu de l’aspiration spirituelle, la troisième étape consacre le surgissement en soi-même du Phénix renaissant perpétuellement de ses cendres.
Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation, sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)
Patrick Carré donne rendez-vous à ses lecteurs devant la Fontaine Saint-Michel le samedi 11 ocobre 2025 à 10h, pour une conférence interactive (durée 2h).L’article de l’auteur déjà paru sur 450.fm à cette adresse prépare activement à cette conférence. Venez nombreux !
Le Minotaure est l’une des figures les plus fascinantes de la mythologie grecque, incarnant un mélange troublant d’humanité et de bestialité. Ce monstre mi-homme, mi-taureau, doté du corps d’un homme, de la tête et de la queue d’un taureau, trouve ses origines dans une histoire complexe de passion, de trahison et de châtiment divin. Selon le mythe, il naît de l’union contre-nature entre Pasiphaé, reine de Crète, et un magnifique taureau blanc envoyé par Poséidon.
Combat contre le Minotaure
Ce taureau avait été offert à Minos, roi de Crète, comme preuve de la faveur divine, à condition qu’il soit sacrifié. Refusant ce sacrifice, Minos attire la colère du dieu, qui pousse Pasiphaé à s’éprendre de l’animal. De cette union naît le Minotaure, une créature monstrueuse que Minos, honteux, décide de dissimuler.
Parallèles avec la Franc-maçonnerie : symbolisme et initiation
Le mythe du Minotaure et de son labyrinthe offre des résonances profondes avec les symboles et les rituels de la franc-maçonnerie, une fraternité initiatique fondée sur des principes de connaissance, de transformation intérieure et de quête spirituelle. Plusieurs liens et images peuvent être établis entre ces deux univers.
Minotaure, copie d’une statue de Myron, Musée national archéologique d’Athènes.
Le Labyrinthe comme Métaphore de l’Initiation En franc-maçonnerie, le cheminement initiatique est souvent représenté comme un parcours à travers un labyrinthe symbolique, où l’apprenti doit surmonter des épreuves pour atteindre la lumière de la connaissance. Le labyrinthe de Dédale, avec ses couloirs tortueux et son apparente absence de sortie, reflète cette quête intérieure. Comme Thésée, le franc-maçon doit trouver son propre fil d’Ariane – la sagesse et la vertu – pour transcender les ténèbres de l’ignorance.
Le Minotaure comme Représentation des Pulsions Le Minotaure, mi-homme mi-bête, peut être vu comme une allégorie des instincts primitifs et des passions que la franc-maçonnerie invite à dompter. L’objectif de l’initiation est de transformer l’individu brut en un être éclairé, maîtrisant ses bas instincts – une lutte intérieure que le mythe illustre par la confrontation de Thésée avec le monstre.
Dédale, Architecte et Maître Maçon Dédale, artisan du labyrinthe, évoque le rôle du maître maçon, architecte de son propre destin et de son temple intérieur. Sa capacité à concevoir une structure aussi complexe symbolise la maîtrise des arts et des sciences, un idéal central en franc-maçonnerie. Cependant, sa fuite avec des ailes de cire rappelle aussi les limites humaines et les dangers de l’orgueil, un avertissement implicite pour les maçons.
Le Fil d’Ariane et la Lumière Le fil donné par Ariane peut être interprété comme un symbole de la guidance spirituelle ou de la tradition maçonnique, qui éclaire le chemin des initiés. Cette image renvoie aux outils et aux enseignements transmis au sein des loges pour aider les membres à naviguer dans les complexités de la vie.
Le Sacrifice et la Rédemption Les tributs envoyés au Minotaure évoquent les sacrifices nécessaires à une transformation personnelle, un thème récurrent dans les rituels maçonniques. La victoire de Thésée symbolise la rédemption et l’émergence d’un homme nouveau, aligné sur des valeurs morales et spirituelles.
Pour conclure
Le mythe du Minotaure, avec son labyrinthe oppressant et sa créature hybride, offre un riche terrain d’interprétation pour la franc-maçonnerie. Il incarne la lutte entre l’ombre et la lumière, la bête et l’esprit, le chaos et l’ordre – des dualités que les maçons cherchent à harmoniser à travers leur parcours initiatique. Ce parallèle souligne l’universalité des récits mythiques, qui continuent d’inspirer des réflexions profondes sur la condition humaine, bien au-delà de leur contexte originel.
L’amour est une vertu, une éthique, à laquelle on nous demande d’être fidèle tout au long de notre cheminement maçonnique. Un Franc-maçon se doit d’aimer ses frères, et plus au delà l’humanité entière et tout le Vivant. Et pourtant, lequel d’entre nous n’a jamais éprouvé des difficultés à s’acquitter de ce devoir si simple et si exigeant ? Comment aimer cet autre que je trouve stupide ou arrogant, ou qui m’a fait du mal ? L’amour étant un sentiment, comment diriger un sentiment par la simple volonté du devoir ?
Une des origines de ces difficultés me semble être que les sens que l’on peut mettre sur ce mot peuvent être très différents.
Jeune garçon et son chien
« J’aime mon chien ». « J’aime ma femme ». « J’aime les couchers de soleil ». « J’aime le beefsteak ». « J’aime mon frère »… Chacun sent bienque l’on ne parle pas de la même chose dans toutes ces affirmations.
Alors de quoi parle-t-on quand on parle d’amour ?
Les définitions du dictionnaire, tellement diverses vont nous être de peu d’utilité : « Elan physique ou sentimental qui porte un être humain vers un autre. Disposition à vouloir le bien d’une entité humanisée. Affection entre les membres d’une famille. Inclination envers une personne le plus souvent de caractère passionnel… »
Or pour appréhender un concept, pour pouvoir se l’approprier intimement, certes intellectuellement par la pensée, mais aussi physiquement et sensoriellement à travers notre ressenti corporel, on a besoin de mieux pouvoir définir ce mot. Le mot va alors pouvoir devenir vivant dans notre représentation, et s’incarner concrètement dans notre corps. « A l’origine était le verbe… et le verbe s’est fait chair » Prologue de l’Evangile de Jean. Il n’y a pas du Verbe sans une chair qui va l’incarner.
Par exemple, les esquimaux disposent dans leurs langue de 27 mots différents pour nommer ce que nous appelons « neige ». Suivant qu’elle est lourde, légère, floconneuse, humide, fraiche, cristalline… elle prendra des noms différents. Et cela leur est nécessaire car dans leur expérience de la vie quotidienne la qualité de la neige à un certain moment, et le rapport qu’ils entretiennent avec cet élément est très important et a un impact direct, dans leur chair, sur leur existence.
Alors on peut se dire que pour appréhender et vivre ces mots « aimer, amour », il serait intéressant d’enrichir notre vocabulaire en différenciant ces mots. Les anglophones différencient déjà « like », aimer une chose inerte et « love », aimer un être vivant. Cela donne déjà une première précision.
Mais c’est du coté des racines grecques de notre langue que nous allons trouver de quoi enrichir et colorier notre vocabulaire.
En effet le grec ancien dispose d’au moins 10 mots différents pour qualifier ce que nous nommons « amour ». Et plus nous pourrons nuancer et affiner ce mot, plus nous gagnerons en liberté et en sensibilité pour nous y retrouver dans toutes les gammes de sentiments divers qu’il évoque. Plus à l’aise pour exprimer un ressenti particulier, nous serons aussi plus à l’aise pour partager et communiquer avec l’autre sur ce ressenti spécifique, et ainsi en acquérir une plus grande maitrise. On peut mieux exprimer, définir et ressentir dans sa chair quelquechose en utilisant une palette de différentes couleurs qu’en limitant notre outil au seul crayon noir.
Nous allons donc passer en revue les différents mots que l’on trouve dans le grec pour signifier « amour ». Je me suis pour cela appuyé sur un livre que j’ai découvert il y a une dizaine d’années : « Qui aime quand je t’aime ? » de Catherine Bensaïd et Jean-Yves Leloup.
Le premier sens que l’on peut donner au mot amour est Pornéia : l’amour appétit, l’amour captatif, celui du nourrisson pour le sein maternel ou de l’enfant pour les petits plats mitonnés par sa maman ou son papa. Mais quel que soit notre âge, il y a toujours de l’enfant en nous, et l’adulte que nous sommes devenus pourra continuer à demander à l’autre de combler son manque, de le rassasier par une disponibilité constante. L’autre serait alors réduit à n’être que la pâture, que l’objet dont on a besoin pour calmer son appétit, la source qui viendra étancher notre soif insatiable. « Aime-moi sans compter ». C’est un amour qui consomme l’autre. Cet autre pouvant d’ailleurs être la femme aimée dans un couple, ou le Frère ou la Loge, la Loge Mère justement, dont je peux vouloir lui demander qu’elle me nourrisse toujours sans pour autant me préoccuper de ce que je peux lui apporter.
Puis viennent Pothos, l’amour besoin, et Mania, l’amour passion. On est ici dans la passion amoureuse, un amour possessif, qui va ajouter à la dimension pulsionnelle la dimension émotive. C’est le premier amour de l’adolescence : « Je t’aime comme un fou », « je ne pourrais pas vivre sans toi », « je t’ai dans la peau… ». La sensation voluptueuse d’être possédé s’accompagne de la nécessité de vouloir posséder l’autre.
Mais après l’exaltation du coup de foudre peut venir la cendre de la désillusion : et cet amour peur être fugace, et on peut bruler ce qu’il y a peu encore on adorait.
On rencontre parfois dans nos Loges des Frères impatients qui, la passion exaltante de l’Initiation, ou de la Maîtrise, retombée, nous quittent en maugréant sur cette passion retombée comme un soufflé. Passion et patience ne font jamais bon ménage.
Avec Eros, on entre dans l’amour érotique, celui du jeune homme ou de la jeune femme, dans le domaine du désir. Désir sexuel, désir de désirer, d’être désiré, mais aussi de s’envoler vers quelque chose qui nous dépasse, qui nous pousse à nous élever : un femme et la jouissance érotique, mais aussi peut-être la poursuite éperdue de la Connaissance, de la Vérité, de la Perfection, d’autant plus désirable qu’elle s’éloigne quand on l’approche.
Eros est ce jeune Dieu ailé qui va déclencher, grâce à la flèche qu’il décoche, le désir dans le coeur de celui qui en sera transpercé. Pour le meilleur et pour le pire, le meilleur étant l’énergie éperdue qui va le transcender, le pousser à s’élever toujours plus haut, et le pire étant la chute pour celui qui, comme Icare, s’élève trop vite et trop haut et dont les ailes fondent sous les rayons ardents du soleil qui vient le consummer.
Avec l’âge mur, l’amour va entrer dans Philia, l’amour amitié, l’amour durable, l’amour confiant, qui ne brûle pas des feux de la passion, mais qui est la braise qui demeure sous la cendre, qui résiste au temps et à toutes ses vicissitudes. Il est basé sur un échange, la confiance, la construction patiente d’une vraie relation, que chacun prendra soin d’entretenir car tout ce qui est vivant (et une relation est vivante si elle n’est pas morte) n’est jamais éternel et nécessite que l’on en prenne soin. Il est précieux de pouvoir se mettre à nu et être accueilli devant l’ami, non pas tel que nous aimerions être mais tel que nous sommes vraiment, avec nos faiblesses, nos vulnérabilités et nos zones d’ombre.
C’est sur cet amour là que nous comptons quand en Loge, nous prenons le risque de demander au Vénérable Maître à prendre la parole et partager devant nos Frères, avec parfois maladresses et tâtonnements, notre quête vers la lumière. Ou que nous allons à la rencontre d’un Frère dont nous percevons qu’il se trouve en difficulté.
En continuant de monter les barreaux de l’échelle de l’amour, nous passons à l’amour Storgé, l’amour tendresse et Harmonia, l’amour harmonie, l’amour bonté. L’amour ici n’est plus dépendant d’une relation mais est considéré comme un état d’être, un rayonnement de notre Etre profond, qui se manifeste comme une infinie tendresse à l’égard de tous les êtres et plus, à l’égard de tout notre environnement et de toute la création. Il ne s’agit pas seulement de poser des actes d’amour, mais d’être amour, rayonnant de tendresse et de bonté. « Ayez un soleil en vous-même », comme l’ont dit le Christ comme le Bouddha.
Lorsque des êtres rayonnent de cet amour, il ne leur appartient plus mais il les traverse et ils peuvent être source d’harmonie, harmonie du ciel et de la terre, du masculin et du féminin, du fort et du faible, de l’enfant et du vieillard, du yin et du yang, de tous les contraires et de toutes les dualités qui dès lors ne sont plus séparées.
C’est cet atmosphère d’harmonia que nous éprouvons quand, au contact de certaines personnes, ou dans certains lieux, ou pour ce qui nous concerne dans certains moments de notre rituel comme la Chaîne d’Union, nous ressentons brusquement une joie profonde nous envahir ; sentiment de paix, d’être à sa juste place, de simple appartenance à l’univers, alors que parfois rien autour de nous n’a changé par rapport à l’instant d’avant.
Antoine Caron, Les Funérailles de l’Amour (1560-1570) (musée du Louvre) – ce tableau allégorique typique du maniérisme constitue selon Bernard Gorceix une illustration du style des Noces Chymiques.
A un autre degré est l’amour Eunoia, amour dévouement, amour compassion. Amour de la joie à donner plus qu’à recevoir, à servir plus qu’à être servi. Là nous ne sommes plus du coté de la soif mais du coté de la source, plus du coté de la demande ou du désir mais du coté du don, du don gratuit, de la compassion à l’égard de l’autre quel qu’il soit. Joie de servir, mais de servir sans ostentation ou fausse humilité, de servir en toute liberté. Car on sait bien que l’amour est la seule richesse qui augmente d’autant plus qu’on la distribue autour de nous.
C’est l’amour Eunoia qui va guider le Frère Hospitalier vers un Frère de la Loge qui peut se trouver dans le besoin. C’est Eunoia qui va conduire le Vénérable Maître et ses Officiers à servir la Loge, les Maîtres à servir les Apprentis et les Apprentis à servir les Maîtres.
Enfin avec Charis, l’amour gratitude, l’amour célébration, et Agapé, l’amour gratuit et inconditionnel, il devient difficile de trouver les mots car l’expérience, pour la plupart des gens, et tout au moins en ce qui me concerne, n’est que furtive, effleurée. La Charis, c’est donner et se donner avec joie ; l’égo, les désirs, les demande ne sont plus des obstacles, mais sont vite débordés par la puissance d’un amour qui vient d’ailleurs, qui est donné gratuitement, et qui se donne gratuitement. Ce serait ce qu’on peut appeler « l’état de grâce ». Tout est simple, l’amour coule de source, et il se nourrit et s’exalte même des obstacles qu’il rencontre.
Avec l’Agape, l’amour devient divin et inconditionnel. Il devient saint et totalement libre. Amour et liberté s’embrassent, il n’y a plus de dualité, l’homme est ouvert dans toutes les dimensions de son être : la hauteur, la largeur, la profondeur. Il demeure dans l’ouvert : une porte, des bras se sont ouverts en lui et nul ne peut les fermer.
Cène de Fidèle Patritti sur le décor du chœur de la chapelle des pénitents blancs (Saint-Sébastien)
Pour les chrétiens, ce moment est représenté par la Cène, ce repas et ce pain partagé par le Christ avec ses disciples. Le bouddha qui a vécu cette épreuve et avait fait l’expérience de la vanité de toutes choses, pouvait déclarer à ce sujet « Il n’y a pas de Soi, il n’y pas d’Être ».
Pour nous Francs-maçons, nous tentons de le retrouver lors de nos agapes, et plus particulièrement lors de la Saint Jean d’hiver, et je crois qu’il est bon de rappeler ici ce qui devrait nous inspirer à ce moment là, et qui est particulièrement sacré.
Ainsi donc voila rapidement brossées les diverses définitions que l’on peut donner au mot Amour. Comme les différentes couleurs d’un arc en ciel, chacune participe, à sa mesure, au tableau global. A chacun de s’y reconnaître dans la juste utilisation de ces couleurs pour que l’oeuvre soit la plus belle et précise.
L’amour d’Hélène et Paris Jacques-Louis David
De l’amour Pornéia à l’amour Agapé, on pourrait également les représenter sur les 10 barreaux d’une échelle, en mettant Pornéia en bas, au premier barreau, et Agapé en haut, au dernier. Et, comme Jacob dans son songe, tout au long de notre vie, en fonction des circonstances extérieures ou de nos différents états intérieurs, nous nous déplaçons tout au long de cette échelle. Déplacements qui peuvent nous élever et nous amener à vivre l’amour dans ses manifestations les plus nobles, mais aussi nous conduire à redescendre ces différents barreaux, et pas toujours harmonieusement et avec grâce, mais parfois plus maladroitement quand nous loupons quelques barreaux de l’échelle, et que nous chutons et nous retrouvons à terre, mordant la poussière. Il ne nous reste plus alors qu’à se relever et à reprendre notre ascension, plus fort de l’expérience acquise, car « c’est en se plantant que l‘on forge ses racines ».
Alors l’important n’est pas tant de juger et de hiérarchiser le niveau d’amour auquel je suis arrivé sur cette échelle que de faire preuve de clairvoyance et de lucidité sur là ou j’en suis, ici et maintenant et dans cette circonstance, de ma qualité d’amour. C’est de pouvoir définir ou j’en suis qui va me permettre de décider si j’ai le désir, la volonté, et la force, de grimper un barreau supplémentaire ; ou si je choisis de descendre prudemment sur le barreau inférieur car le ne m’y sens plus en sécurité.
Pouvoir définir les différentes manières d’aimer permet par ailleurs de dédramatiser ce « devoir d’amour » que nous avons accepté en devenant Franc-maçon.
N’étant pas de constitution Divine mais simplement humaine, je ne peux pas aimer tous mes Frères d’un amour agapé, totalement libre et inconditionnel. Par contre par exemple l’amour eunoia, de dévouement et de compassion, est celui qui va m’animer lorsque je me mets au service de mes Frères ou l’amour philia quand je prends soin de la relation qui lie chaque Frères les uns aux autres.
Et je peux passer d’une forme d’amour à une autre, tout en étant toujours fidèle à ce devoir d’amour. Et aimer des personnes diversesde manières différentes ; ou encore aimer la même personne différemment, suivant les circonstances changeantes de la vie. En somme faire preuve de tolérance avec moi-même dans mes multiples modalités d’aimer. Et donc faire preuve de tolérance avec l’autre dans ses différentes manières d’aimer également.
Alors « que l’amour règne parmi les hommes » pourra être aussi entendu comme « que les amours règnent parmi les hommes ». Et devenir ainsi peut-être un peu plus accessible à chacun d’entre nous.
Quand le pouvoir politique rencontre les ombres de l’initiation
Dans les méandres de la politique locale française, l’affaire de chantage qui secoue Saint-Étienne depuis 2022 ressemble à un drame antique, où les passions humaines – ambition, trahison, vengeance – se heurtent aux exigences d’une éthique supérieure. Centrée sur une vidéo compromettante utilisée comme arme de coercition, cette intrigue impliquant le maire Gaël Perdriau et ses proches collaborateurs met en lumière les dérives du pouvoir : un « barbouzage » politique qui évoque les intrigues des cours royales ou des loges secrètes.
À partir du 22 septembre 2025, le Tribunal correctionnel de Lyon jugera cette affaire hors norme, potentiellement explosive à l’approche des élections municipales de 2026.
Labyrinthe
Mais au-delà du scandale médiatique, comment aborder cette histoire sous un angle maçonnique ? La franc-maçonnerie, en tant que tradition initiatique, valorise des principes intangibles : la fraternité, la bienveillance, la recherche de la vérité et la maîtrise de soi. Elle enseigne que le pouvoir véritable réside dans la lumière intérieure, non dans les manipulations obscures. Cette affaire, bien que n’impliquant pas directement des loges maçonniques – du moins publiquement –, offre un terrain fertile pour une réflexion symbolique. Le chantage, comme un labyrinthe minoen, piège l’âme dans les ténèbres de l’ego ; la vidéo, tel un miroir déformant, révèle les faiblesses humaines que l’initié doit transcender. En explorant chronologiquement les faits, nous verrons comment ces événements interrogent les valeurs maçonniques, invitant à une introspection collective sur la corruption morale et la quête de sagesse.
Chronologie détaillée : de la passion cachée à la chute publique
Gaël Perdriau
Pour comprendre l’ampleur de cette affaire, remontons aux origines, en retraçant les faits tels qu’ils ont été révélés par Mediapart et les enquêtes judiciaires. Cette chronologie, établie sur la base des éléments publics, met en scène un quatuor central : Gaël Perdriau (maire LR de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole), Pierre Gauttieri (son directeur de cabinet), Samy Kéfi-Jérôme (adjoint à l’éducation) et Gilles Rossary-Lenglet (ex-compagnon de la victime, Gilles Artigues). Le cœur du scandale : une vidéo intime datant de janvier 2015, filmée à l’hôtel sans consentement lors d’une rencontre avec un escort-boy à Paris, utilisée pendant huit ans pour « contrôler » Artigues, premier adjoint à l’urbanisme.
Gilles Artigues en 2012.
Janvier 2015 : L’Origine du Piège Tout commence par une soirée privée à Paris. Gilles Artigues, alors figure montante de la droite stéphanoise, est filmé à son insu lors d’un massage érotique. Les images, capturées par un tiers, deviennent un « assurance-vie » pour ses rivaux internes au sein des Républicains (LR). Bien que l’identité du caméraman reste floue, la vidéo circule dans les cercles politiques comme une arme dissuasive, empêchant Artigues de contester l’ascension de Perdriau.
2014-2022 : Huit Ans de Contrôle Silencieux Durant cette période, Artigues grimpe les échelons : élu conseiller municipal en 2014, il devient premier adjoint en 2020. Mais sous la surface, la vidéo plane comme une ombre. Selon les audios publiés par Mediapart, Gauttieri et Perdriau l’utilisent pour « verrouiller » sa loyauté, l’empêchant de briguer des postes rivaux ou de critiquer les décisions municipales. Des subventions publiques – environ 50 000 euros – sont versées à des associations liées à Rossary-Lenglet et Kéfi-Jérôme pour services rendus, un détournement qualifié de « rémunération » pour leur rôle dans le chantage. Ce « barbouzage » interne, digne d’un thriller politique, transforme la mairie en un nid d’intrigues.
23 Mai 2022 : La Première Fissure Artigues démissionne de son poste de premier adjoint, invoquant un retour à la vie professionnelle. Perdriau salue publiquement sa décision, mais les enregistrements ultérieurs révéleront une jubilation privée : la vidéo a servi son objectif, neutralisant un rival potentiel.
26 Août 2022 : L’Explosion Médiatique Mediapart frappe fort avec son enquête « Sexe, chantage et vidéo : l’odieux complot ». Des captures d’écran de la vidéo sont publiées, montrant Artigues nu, aux côtés de Kéfi-Jérôme et d’un troisième homme. Les audios accablants suivent : Gauttieri avoue agir « comme un criminel », tandis que Perdriau évoque une utilisation discrète de la vidéo en « petits comités ». Le montant du chantage financier est chiffré à 50 000 euros, prélevés sur des fonds publics via des subventions occultes. L’affaire éclabousse immédiatement la droite locale, avec des accusations de chantage aggravé, abus de biens sociaux et non-dénonciation de crime.
27-29 Août 2022 : Réactions en Chaîne et Plainte La Région Auvergne-Rhône-Alpes suspend Kéfi-Jérôme. Perdriau, lors d’une commémoration, minimise : « C’est une affaire privée », niant l’existence de la vidéo ou son usage politique. Artigues porte plainte le 29 août pour embuscade organisée, chantage aggravé, menaces et détournement de fonds. L’enquête est confiée à Lyon pour impartialité.
12 Septembre 2022 : Les Audios Dévastateurs Mediapart publie de nouveaux enregistrements : Perdriau y parle de « disposer » de la vidéo pour influencer des « cercles restreints ». Gauttieri, dans une conversation avec Rossary-Lenglet, détaille le montage financier.
13 Septembre 2022 : Gardiens et Exclusions Perdriau, Gauttieri, Kéfi-Jérôme et Rossary-Lenglet sont placés en garde à vue, puis relâchés sous contrôle judiciaire. Les Républicains lancent une procédure d’exclusion contre Perdriau.
20-26 Septembre 2022 : Les Démission et Remous au Conseil Gauttieri est limogé avec une indemnité de 33 500 euros (20 553 euros de la Ville + Métropole). Perdriau se met en retrait de la présidence de Saint-Étienne Métropole. Kéfi-Jérôme démissionne. Le conseil municipal du 26 septembre est électrique : l’opposition quitte la salle, Perdriau invoque la présomption d’innocence.
11 Octobre 2022 : L’Exclusion de Perdriau LR l’exclut unanimement, marquant la fin de sa carrière au sein du parti.
30 Novembre 2022 : L’Insulte à Wauquiez Un audio révèle Perdriau insultant Laurent Wauquiez (président LR de la Région), l’accusant de corruption sexuelle. Wauquiez porte plainte pour diffamation. Perdriau s’excuse publiquement.
Janvier 2024 : Le Lien Maçonnique Évoqué Dans une interview au Progrès, Perdriau mentionne brièvement la franc-maçonnerie : « Je ne suis pas franc-maçon, mais je sais que certains le sont et que cela joue dans les réseaux. » Cette phrase isolée, sans lien direct avec l’affaire, alimente les spéculations sur les influences occultes en politique locale.
Octobre 2024 : Mises en Examen Tous les protagonistes sont mis en examen pour chantage aggravé et abus de biens sociaux. L’instruction s’achève, pavant la voie au procès.
22-26 Septembre 2025 : Le Procès Imminent Devant la 17e chambre correctionnelle de Lyon, l’affaire sera jugée. Les enjeux : peines potentielles de 10 ans de prison pour chantage, plus des amendes pour détournement. À six mois des municipales, elle pourrait redessiner la carte politique stéphanoise.
Analyse maçonnique : le chantage comme épreuve inversée de l’initiation
Sous l’angle maçonnique, cette affaire transcende le scandale pour devenir une parabole sur la dérive des ombres. La franc-maçonnerie, avec ses rituels symboliques, enseigne que l’initié doit affronter ses propres ténèbres pour accéder à la lumière : le cabinet de réflexion, où l’on médite sur la mort et la vanité des passions, en est l’emblème. Ici, le chantage opère à l’inverse : il enferme la victime dans un labyrinthe de honte, utilisant la vulnérabilité intime comme chaîne. La vidéo, tel un « miroir noir » maçonnique dévoyé, ne révèle pas la vérité libératrice mais asservit l’individu à la volonté d’autrui.
La fraternité trahie : du lien sacré à la manipulation
En loge, la fraternité est un pacte inviolable, scellé par serment sous le regard du Grand Architecte. À Saint-Étienne, elle est pervertie en réseau de contrôle : Gauttieri, « directeur de cabinet » comme un Vénérable Maître corrompu, orchestre le « barbouzage » ; Perdriau, en retrait comme un apprenti déchu, minimise ses responsabilités. Les 50 000 euros détournés évoquent un abus des « fonds du temple » – ces ressources collectives qui, en maçonnerie, servent la bienfaisance, non l’enrichissement personnel. Schopenhauer, cité dans les réflexions maçonniques sur la compassion, verrait ici une absence totale d’empathie : le chantage ignore le bien-être de l’Autre, préférant la domination.
Le pouvoir et l’épreuve de la vertu
Aristote, dont les vertus sont au cœur de l’éthique maçonnique (Nicomacheque Éthique), prône la bienveillance comme recherche du bien d’autrui. Perdriau, en utilisant la vidéo pour « verrouiller » Artigues, incarne l’inverse : une phronesis (sagesse pratique) détournée en machiavélisme. Kant, avec son impératif catégorique, condamnerait ce calcul utilitaire. L’affaire de Saint-Étienne illustre l’échec : huit ans de silence forcé, comme une « nuit noire de l’âme » non transcendée.
La mention isolée de la franc-maçonnerie par Perdriau en 2024 ajoute une couche symbolique. Bien que sans preuve d’implication maçonnique (aucune loge n’est citée dans l’enquête), elle renvoie aux stéréotypes des « réseaux occultes » que la maçonnerie combat depuis des siècles. Historiquement, des affaires comme celle des « frères » impliqués dans des scandales financiers (ex. : l’affaire des fiches en 1904) ont terni l’image des loges, rappelant que l’initié n’est pas immunisé contre les vices profanes. Ici, le parallèle est clair : le pouvoir politique, sans garde-fou éthique, devient un faux temple, où les colonnes J et B symbolisent non l’équilibre, mais la dualité destructrice entre apparence et réalité.
L’auto-bienveillance manquante : vers une transformation intérieure
Maçonniquement, la bienveillance commence par soi : reconnaître ses faiblesses sans jugement, comme dans l’épreuve de l’eau ou du feu. Artigues, victime piégée, incarne l’apprenti confronté à son ombre ; mais les chantagistes, en niant leurs actes, refusent cette introspection. Le détournement de fonds publics – une trahison de la « pierre brute » sociétale – appelle à une réforme : comment les élus, potentiels « maçons du monde profane », peuvent-ils incarner la sagesse sans pureté ?
Implications politiques et sociétales : un appel à la lumière
Laurent Wauquiez en 2021
À l’approche du procès, l’affaire risque de fracturer la droite stéphanoise : Perdriau, toujours maire malgré l’exclusion de LR, pourrait se présenter sans étiquette, mais avec un passif judiciaire lourd. Wauquiez, visé par les insultes, observe de loin, tandis que l’opposition (PS, écologistes) y voit une opportunité. Financièrement, les 50 000 euros ne sont que la partie visible : l’enquête explore d’autres subventions occultes.
Sociétalement, ce scandale interroge la normalisation du chantage numérique – une « épée de Damoclès » moderne, opposée à la discrétion maçonnique qui protège, non qui détruit. Il met en lumière les luttes internes aux partis, où l’ambition l’emporte sur l’honneur.
Vers une fraternité authentique
Rudyard Kipling
L’affaire de Saint-Étienne n’est pas qu’un fait divers ; c’est un miroir tendu à la société, et particulièrement aux cercles initiatiques comme la franc-maçonnerie. Elle nous rappelle que le vrai pouvoir n’est pas dans la coercition, mais dans la transformation : dompter le Minotaure intérieur pour sortir du labyrinthe. Que le procès de septembre 2025 soit un moment de vérité, invitant chacun – profane ou initié – à pratiquer la bienveillance sans modération. Comme l’enseigne le rituel maçonnique :
« Tu seras homme, et tu connaîtras l’univers. ».
Cultivons la lumière, non les ombres. Belle réflexion à tous les chercheurs de vérité.
Dans les replis verdoyants du massif vosgien, où les forêts ancestrales murmurent les secrets du temps, se prépare un événement qui marie l’antique sagesse maçonnique à la fulgurance de l’Intelligence Artificielle (IA).
Les Horizons Maçonniques du Massif Vosgien, organisés par le Souverain Chapitre VOSEGUS sous les auspices de la Chambre d’Administration du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France (GODF), invitent à une réflexion profonde et plurielle sur « L’I.A. dans tous ses états».
L’I.A. dans tous ses états
Du 26 au 28 septembre 2025, au Pont du Metty à La Bresse (88250)
Ce rassemblement ouvert à toutes les Obédiences amies, rites et grades, promet de transcender les frontières habituelles pour explorer les enjeux éthiques, sociétaux et philosophiques de cette technologie omniprésente.
Philippe Guglielmi
À la tête de cette initiative inspirée, le Très Sage & Parfait Grand Vénérable Philippe Guglielmi affirme avec conviction : « L’avenir passe par la formation et la connaissance de nouveaux concepts des nouvelles générations et ces questions vitales méritent débat. Formons des projets qui dépassent notre cadre habituel pour revenir en finalité à nos vraies valeurs : la citoyenneté et ce que nous voulons voir porté par une société républicaine, universaliste et laïque, fidèle à l’esprit des Lumières. »
Le Grand Chapitre Général du Rite Français : Gardien d’une tradition maçonnique
Au cœur de cet événement se trouve le Grand Chapitre Général du Rite Français, une institution vénérable au sein du Grand Orient de France (GODF).
Fondé dans les années 1728 et agrégé au GODF en 1786, le Grand Chapitre Général veille à la préservation et à la pratique des Ordres de Sagesse, les grades supérieurs du Rite Français – un rite codifié par le GODF entre 1783 et 1786. Ce rite, ancré dans l’esprit des Lumières, met l’accent sur la raison, l’universalisme et la laïcité, tout en favorisant le perfectionnement intellectuel et moral de ses membres.
Refondé et consolidé au fil des siècles, le Grand Chapitre Général représente aujourd’hui un pilier de la Franc-Maçonnerie obédientielle, avec environ 85 % des loges du GODF travaillant au Rite Français. Il supervise les chapitres locaux, comme le Souverain Chapitre VOSEGUS, et promeut des initiatives qui allient tradition rituelle et engagement contemporain. Sous la direction de sa Chambre d’Administration, il encourage des débats ouverts sur les défis sociétaux, tels que l’impact de l’intelligence artificielle, en harmonie avec les valeurs républicaines. Ce cadre institutionnel garantit une continuité historique tout en s’ouvrant aux enjeux modernes, faisant des Horizons Maçonniques un exemple vivant de cette dynamique.
Stèle votive pour Vosegus
Une tradition maçonnique ancrée dans le territoire vosgien
Les Horizons Maçonniques du Massif Vosgien ne sont pas juste une manifestation isolée. Ils incarnent un ensemble vivant d’activités, de conférences et de rencontres qui animent la vie maçonnique dans les Vosges.
Portés par des chapitres locaux comme le Souverain Chapitre VOSEGUS – Vosegus est dans l’héritage gallo-romain un dieu topique de la faune –, ces horizons couvrent des cycles de conférences, des expositions et des rencontres qui rassemblent membres et sympathisants des loges disséminées autour d’Épinal, Mirecourt, Remiremont et Saint-Dié-des-Vosges. Parmi les formats les plus emblématiques, les Imaginales maçonniques et ésotériques d’Épinal se distinguent par leurs intervenants de renom, leurs conférences publiques et leurs ateliers dédiés aux traditions rituelles, à la philosophie maçonnique et à l’histoire locale des loges.
Le massif vosgien abrite une typologie riche de loges : l’emblématique Fraternité Vosgienne à l’Orient d’Épinal ou la Loge de Remiremont, qui célèbre plus de 150 ans d’implantation régionale. Les temples maçonniques, tels ceux de Saint-Dié-des-Vosges et d’Épinal, souvent inscrits au patrimoine local, ouvrent leurs portes au public lors de journées dédiées, invitant les curieux à plonger dans le symbolisme et la culture maçonnique. Ces activités visent le perfectionnement individuel, la valorisation de la symbolique du compagnonnage et la transmission des rites propres aux obédiences vosgiennes. Thèmes récurrents : la diversité rituelle, la mixité, l’histoire régionale, l’engagement citoyen et fraternel, à travers des expositions comme « Voyages du Franc-maçon » ou des visites guidées en lien avec le département.
L’Intelligence Artificielle au cœur des débats : des intervenants d’exception pour une réflexion de haut vol
Cette édition 2025 place l’intelligence artificielle au centre des réflexions, explorant ses multiples facettes – de ses apports salvateurs à ses dérives potentielles. Dans un monde où l’I.A. redéfinit les contours de l’humain, ces horizons maçonniques proposent un dialogue éclairé, fidèle à l’esprit des Lumières : universaliste, laïque et républicain. La qualité des intervenants, sélectionnés pour leur expertise pointue et leur engagement interdisciplinaire, garantit un programme d’une rare profondeur, alliant science, philosophie, droit et politique pour décrypter les implications sociétales de l’I.A.
Le programme, riche et varié, débute le vendredi 26 septembre à 14h00 avec « L’apport de l’IA en chirurgie, un éclairage éthique », animé par Michel Caillol.
Ancien interne et assistant chef de clinique en chirurgie orthopédique et traumatologique aux hôpitaux de Marseille, Michel Caillol a exercé dans des établissements à but non lucratif avant qu’une blessure ne le mène à une reconversion profonde. Docteur en philosophie spécialisé en éthique et politique, titulaire d’un Master en gestion et politiques de santé de Sciences-Po Paris, il est aujourd’hui formateur en éthique médicale et hospitalière, dirigeant un organisme dédié à ces questions. Président national de la CNSPB (Commission Nationale de Santé Publique et Bien-être) du Grand Orient de France, il apporte un regard unique de soignant devenu patient et philosophe, enrichi par des interventions régulières sur les dilemmes éthiques du numérique en santé. Son expertise allie pratique clinique et réflexion morale, offrant un éclairage précieux sur les avancées technologiques en chirurgie.
Didier Desor
Le samedi 27 septembre s’ouvre à 10h00 sur deux conférences successives. D’abord, « Le contrôle social à l’heure de l’IA » par Didier Desor, professeur émérite des Universités et enseignant en Neurosciences du Comportement à la Faculté des Sciences de l’Université Henri Poincaré (aujourd’hui Université de Lorraine).
Âgé de 62 ans lors de ses dernières publications actives, Didier Desor est un chercheur renommé en neurosciences des comportements sociaux, avec une spécialisation dans les mécanismes alimentaires, la nutrition et les interactions humaines. Il a enseigné également à l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges en psychologie, et ses travaux, souvent accompagnés de projections-débats, explorent comment les algorithmes pourraient influencer nos comportements collectifs. Son approche scientifique rigoureuse, forgée par des décennies de recherche, promet d’analyser les risques de surveillance algorithmique avec une précision neuroscientifique.
Stéphane Viry – Source Assemblée nationale
Suivie de «L’impact futur de l’IA dans le domaine de l’emploi» par Stéphane Viry, député de la première circonscription des Vosges et membre influent de la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale. Élu en 2017 sous l’étiquette Les Républicains, réélu en 2022 et 2024, Stéphane Viry est une figure politique ancrée localement, avec un cabinet à Épinal. Ancien cadre du secteur privé, il s’est distingué par ses interventions sur les questions sociales, l’emploi et la transition numérique, défendant une vision républicaine équilibrée face aux disruptions technologiques. Sa position au cœur du législatif français lui confère une expertise unique, idéale pour anticiper les transformations du marché du travail induites par l’I.A.
L’après-midi, à 14h00, deux interventions complémentaires : «L’IA : dérives et danger et implication dans l’éthique animale» par Anaëlle Martin, docteure en droit public de l’Université de Strasbourg (thèse soutenue en 2020). Spécialisée en droit de l’Union européenne, elle est formatrice en droit français et européen relatif à l’expérimentation animale auprès des Comités Régionaux de Biosécurité (CRBS).
Travaillant activement dans l’éthique du numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi que l’éthique animale, Anaëlle Martin excelle dans les croisements philosophiques et juridiques, comme en témoigne sa conférence récente sur les distinctions légales entre humains, animaux et machines. Ses prédilections – philosophie, théorie du droit et éthique appliquée – en font une voix autorisée pour questionner les biais éthiques de l’I.A. envers les non-humains.
Le temple de la loge « La Fraternité Vosgienne », à l’Orient d’Épinal
Puis, «L’IA générative environnement et climat» par Henry Dufaure de Citres, ingénieur chevronné dans l’économie circulaire. En tant que bénévole associatif, il mobilise les données pour promouvoir des pratiques durables, intervenant sur les interfaces entre technologie et écologie. Son expertise pratique en ingénierie environnementale, alliée à un engagement militant pour la transition écologique, permettra d’explorer comment l’I.A. générative peut accélérer – ou entraver – les solutions climatiques, avec un regard concret sur l’économie circulaire.
La journée se poursuit par une découverte poétique de La Bresse et ses environs à 17h00, suivie d’une réunion des T∴S∴P∴M∴ avec le T∴Ill∴F∴ Richard Guth, Délégué Régional de la Chambre d’Administration du G∴C∴G∴, figure respectée au sein du Grand Orient de France pour son rôle dans la coordination régionale des rites. Un dîner convivial à 19h30 scellera ces échanges fraternels.
Blason GODF
Enfin, le dimanche 28 septembre à 9h30, un conseil ouvert aux Maîtres du GODF et Obédiences amies présentera l’histoire du Rite Français par le B∴A∴F∴ Yvan Viry du Chapitre Vosegus, initié chevronné dont l’expérience maçonnique locale enrichit les débats sur les traditions vosgiennes, enrichi d’un témoignage personnel de Richard Guth, soulignant les enjeux contemporains du compagnonnage.
GCGGO Rite Français (Source Wikipedia – Kagaoua)
Un appel à la fraternité et à l’ouverture
Ces Horizons Maçonniques incarnent la mémoire et le présent du compagnonnage lorrain, dans des formats accueillants qui favorisent le dialogue public et la continuité rituelle. Grâce au leadership du Grand Chapitre Général du Rite Français et de Philippe Guglielmi, l’événement élève le débat sur l’I.A. à un niveau maçonnique exemplaire, nous rappelant que cette technologie, dans tous ses états – créative, disruptive, éthique ou périlleuse –, doit être appréhendée avec la sagesse des bâtisseurs. Comme un écho aux valeurs maçonniques, cet événement invite à former des projets qui transcendent les cadres habituels, pour revenir à l’essentiel : la citoyenneté, l’universalisme et la laïcité.
Que vous soyez initié ou simple curieux, ces horizons vosgiens vous attendent pour un voyage intellectuel et fraternel inoubliable.
Indiquez rapidement le nombre de participants ; les validations se font à réception du règlement via le coupon d’inscription. Source :Grand Chapitre Général du Rite Français (GCGRF)
Le 23 juin 2025, des Frères du monde entier se sont réunis pour célébrer les liens durables de la Franc-maçonnerie lors d’un événement du Grand Temple organisé au Freemasons’ Hall sous les auspices de la Loge Kennington n° 1381 du Met et de la Loge Artifex n° 4555 de la Province du Kent oriental. L’occasion a marqué la visite distinguée du Très Vénérable Frère Bernie Khristian Albano, Grand Maître du Territoire de la capitale australienne et de la Nouvelle-Galles du Sud, accompagné de ses Grands Officiers, dans une démonstration de fraternité internationale et de valeurs partagées.
Le Grand Temple était en effervescence alors que les dignitaires et les membres se rassemblaient sous les plafonds voûtés historiques du Grand Temple, coordonnés avec une parfaite synchronisation par le Grand Directeur adjoint métropolitain des cérémonies, W Bro David Cresswell, avec ses Grands Intendants métropolitains.
Le Frère Khris Albano, figure vénérée de la communauté maçonnique australienne, a prononcé un discours émouvant soulignant l’importance de la fraternité, du service et du soutien mutuel au-delà des frontières. Il a également évoqué certains rituels traditionnels australiens, mettant en lumière la riche histoire de la maçonnerie dans le Territoire de la capitale australienne et au sein de la Grande Loge Unie de Nouvelle-Galles du Sud. Il a rappelé que Lord Carrington, alors gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, avait été proclamé premier Grand Maître de l’UGLNSW.
Son discours a eu un profond écho auprès des participants, réaffirmant les principes universels au cœur de la franc-maçonnerie.
L’entrée et la présence du Grand Inspecteur Métropolitain W Bro Huw Pritchard ont ajouté une touche particulière à la cérémonie. Leader et représentant respecté, il a prononcé une invocation poignante qui a donné le ton à l’unité et à la fraternité.
Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)
Les hymnes nationaux britannique et australien ont été interprétés et orchestrés avec brio par le grand organiste, W Bro Nick Murdoch. Tout au long de la journée, un sentiment de camaraderie et de partage d’un objectif commun a régné.
Cette visite souligne l’engagement continu de la GLUA et de ses partenaires internationaux à favoriser les liens fraternels et à promouvoir les valeurs d’intégrité, de charité et de fraternité.
Alors que les Frères partaient, après un conseil festif dans les salles Connaught, ils sont repartis avec une inspiration renouvelée et un dévouement réaffirmé à la franc-maçonnerie, unis dans un but à travers les continents.
L’ouvrage rappelle que la laïcité française est un pilier démocratique issu de la loi de 1905, fruit d’un compromis historique avec l’Église catholique. Ce principe assure la liberté de conscience, en séparant clairement le domaine spirituel du domaine politique. La République garantit ainsi à chaque citoyen de mener sa quête métaphysique en toute indépendance.
Or, depuis plusieurs décennies, la laïcité est mise à l’épreuve par l’émergence de l’islam en France.
Cette religion, dans son acception stricte, ne sépare pas le spirituel du temporel. Elle entre donc en tension avec la neutralité de l’espace public telle que l’entend la République. L’ouvrage dénonce, par ailleurs, le laxisme politique et ce qu’il appelle un « abus de démocratie », ouvrant la voie au communautarisme.
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Pour cet essai, la laïcité est plus qu’une règle : c’est un ciment de la Nation et un facteur d’unité.
En insistant sur la nécessité de défendre un modèle fondé sur l’égalité, la liberté de pensée et la fraternité, la solution passerait soit par une réforme profonde de la lecture des textes islamiques, soit par une rupture nette. La France pourrait encourager une élite musulmane moderniste capable d’inventer un islam compatible avec la laïcité. Enfin elle pourrait restaurer la confiance en la Nation par une pédagogie de la laïcité à l’école.
L’AUTEUR : Le Général Henri Roure
Officier général, Saint-Cyrien, breveté de l’enseignement militaire supérieur, docteur d’État en Sciences politiques, le Général Henri Roure a fait sa carrière dans les Troupes de Marine. Il a notamment servi en Afrique et en état-major dans les Relations internationales. Il est membre du Cercle de Réflexion Interarmées, conseiller pour les questions africaines et géopolitiques et conférencier. Il est auteur d’une douzaine d’ouvrages et de nombreux articles.