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Liberté, ÉGALITÉ, fraternité

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

            Que claquent les mains dans la joie superficielle et tonitruante de la triple devise. Avec l’ornement médian de l’Égalité ! Mais au-delà du plaisir de résonner ensemble, est-il bien sûr que l’Ordre soit une organisation, un lieu, des valeurs qui illustrent cette Égalité ? En bref, la pratique maçonnique est-elle en accord concret avec la noble déclamation ? Je ne crois pas du tout. J’estime même que les Francs-maçons sont entrainés à vivre l’inégalité, sans la moindre conscience. Et que, ce faisant, ils sont loin de devenir des militants de cette Égalité Ce formatage ne saute pas aux yeux. Je te propose donc une argumentation, que je crois justificatrice de mon assertion. Tu jugeras, en prenant le recul nécessaire, éloigné(e) de tes convictions vissées en toi. Et du brouillard trompeur de tes émotions rituelles.

Symbolisme oblige, l’affaire sera dépouillée en trois points : Les obédiences et leurs prétentions ; la tenue tant dans la couverture de son espace que dans sa structure jamais étudiée ; les conséquences sur la qualité de ses membres, les candidats, les Sœurs. Je prétendrai que la pédagogie maçonnique mérite le mitard. Parce que l’Ordre, aux yeux de solides Frères, Oswald Wirth en tête, est une « spiritualité pour agir » comme j’aime à le dire. Les Lumières, la Révolution, et les bouffissures humanistes sans atterrissage, ça suffit ! La fameuse Tradition (majuscule SVP !) est toujours et encore brodée des oripeaux érudits et historiques auto-justificateurs. La tradition maçonnique n’a que faire des planches savantes et des remugles du passé. Elle vise, c’est son génie, du moins dans les rites de style français, à trébucher sur le pont des symboles ancrés en soi, en l’humain. Puis, sur l’autre rive, devenir peu à peu un artisan discret et solide, ouvrier des mutations utiles de sauvetage de la société. Cela ne suffira pas. Les Maçons, entre autres sont amenés à aller plus loin, plus haut. Et avec l’effondrement annoncé (Club de Rome, GIEC…) de la planète, aux prémices évidentes, les Francs-maçons ont un boulot colossal. S’ils survivent, ils pourraient bien esquisser des ébauches d’une écologie frétillante. L’Égalité, pas celle de la bien-pensance mais celle qui sauve les 10 000 enfants qui meurent chaque jour de faim et de malnutrition. Au revoir la pédagogie maçonnique de grand papa. Bonjour la Maçonnerie égalitaire, non point dans ce qu’elle prétend mais dans ce qu’elle est capable, je le crois fermement, de trouver dans ses arcanes et ses désirs réalistes de réforme, une réponse qui contribuera à sauver les lendemains.

C’est bien là que se pose le triple questionnement d’une transmission dépassée, allongée sur un lit d’espoir. Trois points ? Allons-y !

D’abord l’organisation de l’Ordre, partout dans le monde : les obédiences qui portent si bien l’étymologie de leur dénomination : obéir. La plus grande inégalité les oppose, entre celles qui se disent relever de l’histoire et les nouvelles, qui se prétendent plus authentiques, nimbées des retrouvailles avec un passé de pacotille. Que quelles soient elles donnent le ton de l’obéissance voire de la soumission. Les Loges obéissent dans une inégalité de dépendance acceptée et justifiée : il faut bien de l’ordre : les Chambres, les Comités, les Conseils de l’ordre auto justifiés vont plus loin, dans les grandes obédiences ; et les inégalités de pouvoir sont affirmées avec des régions, des provinces, des territoires… Vite, oublions demain ces constructions ubuesques fomentées par les désirs de pouvoir. Vivent les réseaux de Loges, indépendantes et reliées. Elles partagent les mêmes valeurs, la même conviction d’une spiritualité pout agir. Il en existe déjà quatre ou cinq dans notre pays. Elles se portent bien

Et nulle n’est tributaire des autres dans son fonctionnement au sens le plus large. Certaines même ont le culot d’inventer des séquences rituelles ! Ce n’est plus l’obédience qui fait, par la voix du Grand Maître de grandes déclarations humanitaires et indignées à cause des malheurs du monde ; Les Loges libres, indépendantes s’attellent à la tâche ; les comités de soutien agissent. Et là la Maçonnerie anglo-saxonne avec ses faiblesses rituelles (par rapport aux nôtres) vit des réalités clubistes. Elles, bien ancrées et efficaces. J’explique tout cela dans mon dernier livre « Plaidoyer pour la survie de la Franc-maçonnerie ». Voilà bien l’Égalité, celles des dignités et des engagements concrets, audibles et palpables. Ces Loges, pour mener à bien leurs engagements peuvent regrouper des comités de soutien. Note que ce concept est déjà décrit dans une grande obédience, L’Égalité commence à poindre comme plusieurs trouvailles que l’on trouve ici et là et qui préfigurent l’avenir. L’Ordre a des ressources, des essais, des prémonitions, isolées certes mais qui entonnent les chants initiatiques futurs.

Doucement, nous renouons avec les traditions ; je veux dire des manières de vivre en dehors des organisations obédientielles ; Les Loges indépendantes, en réseaux, n’évoquent-elles pas le renouveau des communautés urbaines ou agrestes (500 environ en Occident) ? L’égalité y est de mise Elle est le germe de l’échange, de l’affection, de la liberté et du respect de l’autre. Bref d’une vie en petits groupes qui respirent la chaleur, la joie et les tâches imbibées d’Égalité. Chacun(e) est ainsi égal(e) aux autres. L’émission de télévision, Des racines et des ailes chante souvent la vie harmonieuse de ces villages qui renaissent.

Nos loges ne seraient-elles pas prêtes à vivre ainsi ? Celles qui sont indépendantes, déjà ; pourtant les autres, dans les obédiences, ont en elles les graines de l’Égalité. Germeront-elles ? Je l’espère ! Mais les structures de pensée universelles bloquent sauvagement mais en « loucedé » les rites et soumettent les tenues, en toute inégalité. Quel est donc ce frein qui nous rend ainsi ? Chez les humains presque partout. La Franc-maçonnerie, en particulier, doit, pour son avenir, prendre conscience de sa soumission au mode de pensée assassin de l’Égalité.

Pas un endroit, un enseignement, une organisation, quelle que soit sa vocation, qui ne se plie au diktat de la pyramide : en haut, le pouvoir qui s’émiette au fur et à mesure que l’on dévale sur ses flancs. Des dictatures aux démocraties, des riches qui font plier les pauvres et in fine les planches souvent aux relents universitaires. La constatation, au fond est banale, transmise dans les deux mots : « dominant-dominé » 

Partout l’organisation pyramidale confortent les degrés, l’existence des officiers qui dirigent et souvent, la manière de s’exprimer des membres de la Loge ; toujours la pyramide du pouvoir ! Cette manière de vivre le fonctionnement de la meute humaine, définit la composition des rites et le vécu des tenues. Soyons impertinent : le grand symbole de notre Ordre n’est-il pas un triangle, avatar graphique de la pyramide ? Notre désir d’Égalité que nous clamons, se dessèche dans cette manière de vivre ensemble.

Vue de près, la Franc-maçonnerie adopte, sans ambages et avec une rare conscience, sa soumission à l’organisation pyramidale. Pourtant, peut-être que l’avenir qui va nous bouleverser va réveiller notre attention. Pour trouver d’autres voies que le diktat de la pyramide. A l’école, au travail, dans les loisirs donc dans nos rites et nos tenues, vivons différemment l’harmonie égalitaire. Mais là, nous ne sommes pas prêts. Pourtant rappelle-toi : nous nous voulons des « Maçons libres dans une Loge libre » ? Apparemment, peut-être pour les moins observateurs, trop ancrés dans la relation universelle, de la domination-soumission. D’ailleurs quand les soumis se rebellent, c’est pour imposer une autre hiérarchie de pouvoir. Quelques essais, à contre-courant de la nature humaine ont essayé de vivre la société autrement. J’ai évoqué plus haut les communautés actuelles, en   partie héritières de mai 68. Avec l’anarchie en étendard. Son père, Joseph Proudhon harangua avec cette belle définition : « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ». Mais cela fait tellement peur de quitter notre native relation pyramidale que l’anarchie est devenue un vocable chargé de mépris et de ridicule.

Mais je t’entends, toi qui lis ces lignes : « Justement, la Franc-maçonnerie échappe à cette construction ». Je ne le crois pas du tout et, dans le sens de cet article, je crois même qu’avec douceur, falbalas et une fermeté cachée et puissante, elle renforce chez ses adeptes la soumission, qui apporte tant de confort. Rappelle-toi : les titres pompeux, les fioritures des décors portés avec gloriole, la construction sociale et nos valeurs de dominants : des Apprentis, tout en bas et les Maîtres en haut. Mais ce n’est pas assez, et nous prolongeons la Loge bleue par des degrés appelés, note-le, « supérieurs ». Participent en outre à ce conditionnement, la disposition même de l’espace : une salle en longueur, serrée dans des murs droits. Et des estrades pour ceux qui détiennent le pouvoir. On objectera : « Peut-être mais cela marche bien comme ça et partout, depuis des siècles. » Alors, changer, mais pourquoi ?

Je ne reviendrai pas sur les Loges indépendantes ni sur celle, disséminées qui osent l’anarchie dans le souffle transmis par nos Frères Francisco Ferrer et Léo Campion si bien connus dans les années 70-90 ; Léo Campion braillait sans sourciller : « La dictature est une forme autoritaire de la démocratie dans laquelle tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit » ; et je n’évoquerai pas la discipline de nos tenues, par exemple dans la prise de parole. Non point qu’elle ne soit de mise, mais parce qu’elle durcit encore la leçon dominant/dominé.

Mais ne pourrions-nous pas nous transformer dans cet effondrement planétaire qui est annonce ? Je crois que le pari est audacieux et quasi grotesque tant il parait irréaliste. Mais pas impossible pour les personnes éprises d’égalité, nous, en particulier. Mais pour ce faire, il faut descendre en nous et ne pas nous chicaner sur les comparaisons entre les systèmes politiques, les choix économiques, les tissus d’idéaux et de valeurs affichée… Laissons de côté les psychologies, sociologies ; descendons encore et allons, dans une audace incroyable jusqu’à l’éthologie. Là peut être comprendrons nous le pourquoi de la pyramide du pouvoir. Et alors, enfin, qui sait, changer avec labeur, et lourdeur notre manière de vivre depuis les 400000 ans que nous existons. Alors nous pourrions nous joindre à la foule grossissante de celles et ceux qui refusent l’étendue de la domination-soumission.

L’éthologie est une science qui a pour but d’observer les comportements animaux dont les 8 milliards de prédateurs humains font partie. Science mal vue et peu clamée : ne détruit-elle pas cette insupportable anthropocentrisme qui nous posent, avec une insolence folle, comme maîtres de la création. Pour l’éthologie, ; nous somment comme l’a écrit joliment le frère Daniel Beresniak des « humanimaux ». Allons-y : étudions-le comme tel. Nous allons découvrir, ce faisant, une inégalité maçonnique, souvent dénoncée mais sans suite palpable. L’inégalité des sexes dans la maçonnerie. « Ça ne va pas ; les Sœurs ont totalement leur place dans l’ordre ». Par leur présence physique, oui, certainement, mais pas par la singularité de leur génie. Depuis les années 70, les études, les expériences, les cohortes observées, les analyses comparées, des livres bien connus sont formels : des différences existent entre les deux sexes : physiques, comportementaux, émotionnels, sociaux et autres.

Or qu’observons-nous dans la Franc-maçonnerie. Des essais déjà : elles sont « acceptées » ; on disait « adoptées » ; sous-entendu par les Frères dont elles enfilaient les caractéristiques. Attention, parenthèse :  je ne dis jamais tous les mâles, toutes les femelles. Il n’y a que des proportions dans la      population et dans la tête de chacun-e. N ’empêche, on peut être sidéré par la soumission des Sœurs aux dispositifs, valeurs et organisations des mâles. Pourquoi ? Car les humains sont des animaux de meute. C’est à ce niveau, celui de l’éthologie que tout s’éclaire. Je développe un paragraphe dans mon livre déjà cité : « Plaidoyer… ». Je t’y renvoie parce que je vais maintenant affirmer mon point de vue et peut-être te faire bondir.

Une meute animale est quasiment toujours constituée ainsi : en haut de la pyramide, les dominants, les seigneurs, les mâles les plus forts, ceux qui sont capables de protéger la meute. Puis en descendant les mêles moins musclés. Enfin et, le plus souvent, dans le socle de la pyramide du pouvoir les femelles. Et elles se sentent bien, protégées, en lieux sûrs, les dangers écartés. Et tout cela grâce aux dominants qui règnent sur les corps et les esprits. C’est le fonctionnement des meutes, la nôtre en particulier.

Mais, depuis un siècle, nous assistons à un incroyable révolution dans cette soumission des femelles, en Occident et plus rarement ailleurs (il y a quand même un peu plus de trois milliards de femmes soumises). Les féminismes naissent ci et là et, quelle que soient les nuances : les réponses varient sur l’égalité des hommes et des femmes. Alors, dans la Maçonnerie, nous avons réussi à la faire depuis la fin du XIX° siècle, avec les obédiences féminines et mixtes. J’ose et je m’inscris dans une autre lecture. Plus haut, nous avons observé que la Franc-maçonnerie comme l’écrasante majorité des organisations humaines, renforçait l’organisation pyramidale. Celle des mâles dominants. Ils ont donc construit (un temple !), à partir de légendes historiques qui cautionnent sans chic, une maçonnerie typiquement masculine. Je ne reviendrai pas sur la distribution du pouvoir dans l’ordre ; même s’il nésite pas à se déjuger, en dénonçant les abus de pouvoir ailleurs.

Les femelles de la meute, les Sœurs, prétendent que les arcanes maçonniques sont universels et qu’elles peuvent de les approprier. Ne peuvent-elles pas faire comme les frères ? Et, mais ce n’est que mon point de vue, elles se sentent bien dans cette soumission ; Alors elles se justifient et persévèrent. Les obédiences féminines qui croient dur comme fer qu’elles peuvent tout à fait vivre tenue comme les frères, en ont tout à fait le droit.  Mais sans prétendre, selon moi, à une quelconque égalité. De même dans les loges mixtes mais la question est plus complexe. Or des études récentes démontrent que les femmes sont tout à fait capables de s’adapter à d’autre valeurs et organisations. Elles ont une souplesse de compréhension qu’ont plus rarement les mâles. Des obédiences mono genres, mixtes, pourquoi pas ? Mais, je le souligne, dans la perpétuation de l’inégalité ; car les femmes sont capables, avec leur génie propre, de repousser sans haine les construits dominants des hommes. Et d’inventer une autre voie spirituelle, initiatique dans le droit fil d’une « spiritualité pour agir » Avec une cohorte d’arcanes (rite, mythes et symboles) revus à leur aune., leur créativité et leur ouverture.

Voici donc, en bref, voici ma conviction à propos de l’Égalité des sexes, dans la voie maçonnique : Les Sœurs acceptent, en plein accord inconscient la voie telle qu’elle a été récupérée et habillée depuis trois siècles par des hommes épris d’un cheminement initiatique qui soit le leur. Cette reprise a deux origines : la première est universelle, simplement humaine. Par exemple : un lieu consacré, une entrée, le silence et la méditation, une couleur, des temps distincts, un travail sur soi avec les autres… La seconde est un habillage social. Les frères, évidemment ont revêtu l’universel de leurs propres vêtements : espace longiligne, hiérarchie, planches, place éminente de la Loi…Les sœurs, quant à elles, vivent, par nature, l’universel. Mais elles se soumettent, dans le même élan, au construit social des frères. Les sœurs restent sagement, dans leur corps et dans leur tête, là où la nature les a placées : dans les bas de la pyramide. Et elles sont capables de trouver juste et authentiques cette loi de la meute humanimale. Quoiqu’il en soit, pas question donc de supposer que l’Égalité est une solide branche initiatique de notre maçonnerie masculinisée et figée. Que chacune choisisse mais en toute conscience, condition impérieuse.

Mes Sœurs, grâce à plusieurs d’entre vous, c’est, en bonne partie, par votre grande et indubitable singularité que les temps maçonniques basculeront. Enlevez les oripeaux culturels de vos frères et revêtez-vous de vos propres vêtures. Avec vous, survivra, renouvelée, enrichie, notre si belle Maçonnerie de racines universelles. Alors l’Égalité chantera dans nos tenues accueillantes à toutes les sensibilités.

Du sens, le bon sens

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Le sens : vieux problème de l’homo sapiens, questionnement permanent du franc-maçon. C’est bien l’Homme qui a inventé ce concept, lequel se réduit (à première vue) à nos deux questions « éternelles » : pourquoi ? comment ? (Et inversement !).

Montent pourtant à l’esprit deux autres questions, l’une entraînant l’autre :

  • D’où vient ce mot ? Sa provenance est à la fois latine (sensus, sentir -> sensation, jugement, signification) et germanique (sinno vers -> direction)
  • Qu’est-ce que çà veut dire ? Deux notions apparaissent avec cette formulation : Le « çà » freudien et la volonté avec le verbe vouloir.

C’est humain : après le constat d’une chose, instinctivement, nous voulons la comprendre, lui « donner du contenu ». A l’image de la nature, le vide nous est insupportable ! Une fois comblé par l’explication « donnée » nous désirons que ce sens se « déroule » dans le temps. Partant est né le récit et son jalonnement en étapes répétitives (invention du calendrier, des dates, fêtes saisonnières et autres rites).

Nous avons besoin de « nous raconter des histoires » ! Nous vivons de la sorte dans la fiction, régal de notre imaginaire ! Selon ce processus, certains philosophes grecs ont voulu voir du sens (au vrai de la « vision humaine) dans la Nature, allant jusqu’à lui attribuer raison, bonté, harmonie, morale, pour en constituer un modèle à imiter. Nous pouvons vérifier chaque jour – ne serait-ce qu’avec le fonctionnement de ses quatre éléments – entre autre, son pouvoir de destruction…qui n’a pas de sens, sinon celui que nous lui donnons en la personnalisant, jusqu’à la taxer de cruauté. Donc en continuant inconsciemment de lui attribuer une intention, donc une « supposée » intelligence, à la manière antique.

Sur ce mode cosmologique, la recherche d’un sens à tout ce qui est, c’est instaurer le principe que la Nature est l’expression d’une volonté invisible, pour ainsi dire cachée. « L’intelligence de ce qui est » … est de fait la projection de la nôtre. C’est une définition de la philosophie.

Il en est de même avec le symbole (que nous croyons à tort faire parler !) et son soi-disant langage, alors qu’il n’est que « l’ombre de nos mots ». Même abondant, il n’est qu’évocation. Et au total, lui aussi n’est que notre « projection sur l’objet ». Il fait alors de nous – producteurs de sons par la voix -… des ventriloques !

Prenons garde, dans notre recherche éperdue de sens – comme nous le rappelle le rituel – à ne pas prendre les mots et les symboles pour des idées. Et produire au final des contre-sens ! Ecoutons cette phrase du philosophe Brice Parain, que rapporte son ami Albert Camus :

« Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge. »

A force d’attribuer des sens, nous pouvons finir par les croire. Bref, nous vivons encore largement – poètes que nous sommes – dans la pensée magique. Certes, elle nous est utile : quand on a fait le tour de toutes les utopies, il nous reste à penser que le sens de la vie, c’est d’aimer ! « Notre premier devoir », dit le précité Albert Camus. Envers et contre toutes les évidences qui nous montrent que l’homme actuel – n’ayant pas de « centre de l’amour » dans le cerveau, comme il a un centre de la toux – est fait pour constituer de l’autre un rival. Et prendre si possible sa place !

Dans ce contexte, parmi les choses de la vie, la lumière maçonnique créée par le « frottement » de nos pierres individuelles est une magnifique opportunité : Des étincelles surgissent à la fois l’éclairement de la raison et la chaleur fraternelle ! L’un nous permet de mieux approcher la vérité, l’autre nous invite à aimer lorsque la bonne volonté rencontre les sentiments authentiques. Là, dans cet amour, est le vrai sens, au cœur de la relation interpersonnelle. Il s’agit que le lien se noue par l’accord des acteurs. Alors s’exprime « le sens de l’autre ». Pour mieux dire, le souci de l’autre. Les paléontologues ne prévoient la naissance de ce fameux centre de l’amour que dans plusieurs milliers d’années! En attendant, il ne tient qu’à nous de vivre une riche vie d’initiés parmi les Hommes. Et d’en initier d’autres pour le bien commun.

Lorsque l’humanité aura disparu, comme les autres espèces, le soleil brillera toujours. Et le mystère de l’univers, cette quête présomptueuse de l’homo sapiens, disparaîtra avec lui. Fin du « pourquoi/comment » !

 Dès lors, restons forts et confiants, réalistes et joyeux. Mais humbles. Parce que notre sort est, si je puis dire, « simplement » de nous perfectionner dans notre être – selon la sage recommandation du philosophe Baruch Spinoza – évertuons-nous à grandir. Etre adulte, c’est s’épanouir. Pour, autant que possible, tâcher d’être heureux, sur le chemin…du bon sens !

Protégeons notre fragile Liberté Absolue de Conscience

Dans notre lutte pour la liberté absolue de conscience nous avons identifié les GAFAM comme une menace potentielle. La résistance a commencé , et le rapport Bronner propose un jeu structuré de mesures de compensation. La dernière faiblesses de notre cerveau détectée, « la théorie argumentative du raisonnement », se rajoute à la déjà longue liste de nos biais cognitifs.

Dans un précédent papier, nous comprenions comment rationalité et irrationalité peuvent cohabiter dans un même crâne. Les penseurs du siècle des Lumières se disaient que la diffusion libre des connaissances était la solution idéale pour vaincre l’obscurantisme .

Au siècle de Wikipédia force est de constater que cela n’a pas suffi. Et non seulement cela n’a pas suffi, mais plusieurs indices nous font craindre que les idées les plus rétrogrades, telles que racisme, sexisme et autres discriminations, sont en train de regagner du terrain . On a beau jeu d’incriminer les réseaux sociaux, mais ceux-ci se défendent en montrant que le volume de trafic complotiste/extrémiste est fortement minoritaire.

On peut leur concéder que les rumeurs et la médisance ne datent pas d’hier, mais nous n’oublions pas que les algorithmes, tout à leur objectif de maximiser la durée passée sur les écrans, ont attribué aux communications comportant des affects ( colère/indignation/tristesse ) un coefficient de référencement majoré, alors que ces émotions favorisent déjà naturellement les partages et captations d’attention, bref la viralité.

Autre reproche que l’on peut adresser aux GAFAM :  la tendance, boostée par les algorithmes, à créer des bulles cognitives où les tenants d’une pensée se retrouvent entre eux, favorisant la radicalisation.

Serions tout simplement instrumentalisés par les GAFAM et conditionnés ( après pompage de nos profils par le Big Data ) à passer notre temps libre, acheter, voire même voter comme on nous le dit ?

Pas étonnant en tous cas que la commission Bronner préconise des mesures de régulation et surveillance des réseaux sociaux, tant par les opérateurs de plateformes eux-mêmes que par la recherche et les pouvoirs publics.

Mais revenons à notre petit cerveau à chacun de nous.

Les prix Nobel Kahneman et Tversky ont consciencieusement décrit les deux systèmes à l’œuvre, l’un correspondant à la pensée intuitive ( automatique, rapide, axée sur nos envies, mais peu fiable )  et l’autre à notre raisonnement volontaire et logique ( lent, consommateur d’énergie…). Il semblait qu’on pouvait à force de volonté se brancher sur son système raisonnant afin de profiter de sa précision et ainsi se garantir des prises de décision efficaces.

Notons au passage que la commission Bronner préconise aussi de nombreuses actions concernant ce domaine de la connaissance de nos faiblesses…celui qui fait que nous maçons sommes ( ou « devrions être » ) passionnés par le sujet.

D’abord, il faut cesser de considérer le numérique comme un phénomène séparé de la connaissance générale. Wikipédia est l’outil idéal de jointure entre les « bibliothèques » et le Numérique ! L’EMI, éducation aux médias et à l’information, doit encore être améliorée.

Ensuite, il s’agit de développer un esprit critique, qui ne soit ni de la pensée angélique ni du rejet généralisé . L’esprit analytique est à développer dans les cursus scolaires, et parmi ses ennemis à connaître il y a  bien entendu les fameux biais cognitifs ( biais de confirmation, le plus célèbre ; biais d’agentivité, qui voit une intention derrière tout phénomène ; biais d’investissement , qui invite à ne jamais reconnaitre un mauvais choix si on y a consacré beaucoup d’énergie, etc. ), mais aussi l’ « avarice cognitive », un genre de fainéantise intellectuelle qui cantonne la pensée à la sphère intuitive, avec toutes les erreurs qui en découlent .

Jusqu’ici donc, on pourrait conclure que le numérique, qui nous a tout de même apporté de très nombreux bienfaits, n’est  pas à jeter avec l’eau du bain GAFAM, pourvu que les mesures correctives des quelques faiblesses et menaces soient appliquées et portent leurs fruits.

Il reste un élément final : c’est que la liste des faiblesses de notre cerveau s’est encore allongée, par ce que son découvreur Hugo Mercier a appelé la théorie argumentative du raisonnement. Kézako ?

La conception du raisonnement généralement admise est qu’il s’agit d’une faculté que nous mobilisons pour augmenter nos connaissances ou prendre de bonnes décisions. Mais de nombreux résultats d’expériences montrent que le raisonnement peut conduire à des distorsions épistémiques ou à de mauvaises décisions.

Les études de Hugo Mercier et Dan Sperber montrent que le raisonnement est plutôt un outil de construction et évaluation d’argumentaires, d’où  son intrication profonde avec le biais de confirmation, et l’exceptionnelle force de celui-ci,  expliquant aussi la vulnérabilité de l’humain à la désinformation. Il a été montré que les argumenteurs aguerris ne sont pas à la recherche de la vérité mais cherchent des arguments qui vont dans le sens de leurs croyances : ils cherchent à persuader.

Ce phénomène se manifeste aussi chez ceux qui proactivement cherchent à défendre une position, avec le bénéfice secondaire que la préparation rend la position aisée à défendre. Par suite, l’individu préférera les conclusions pour lesquelles des arguments sont disponibles.

Bien, ces nouvelles ne sont pas à voir comme négatives : notre connaissance de nous-mêmes progresse, nul doute que la science nous fournira bientôt les moyens de défense contre ce défaut à notre cuirasse !

En attendant, je vous rappelle que l’intelligence collective, d’une loge par exemple, permet d’éliminer pas mal de raisonnements buggés !

(Éphéméride) 3/02/1468 : Décès de Johannes Gutenberg. Une Confrérie porte son nom !

Johannes Gutenberg, inventeur de la presse à imprimer, meurt dans sa ville natale de Mayence, en Allemagne. Il a inventé une méthode pour grouper des caractères dans des moules pour tirer de multiples copies d’un document. La reproduction d’un manuscrit devient ainsi mécanisée et beaucoup plus rapide, alors que jusque-là le travail se faisait manuellement à l’aide de copistes. C’est vers 1456 que Gutenberg a terminé la célèbre bible qui porte son nom.

La Confrérie des Compagnons de Gutenberg… Un peu d’histoire.

C’est à Paris, en 1979 que vingt et un passionnés de l’écrit et de l’imprimé ont fondé la Confrérie des Compagnons de Gutenberg. Ces personnalités du monde des médias, de la littérature, du journalisme et des industries graphiques l’ont portée sur les fonts baptismaux.   C’est l’illustre écrivain, Robert Sabatier, le fameux auteur des « Allumettes Suédoise » qui présida, le premier, aux destinées de la Confrérie.  En 1983 Louis Pauwels grand écrivain, journaliste, éditorialiste, Directeur du Figaro Magazine lui succédait. Rappelons qu’il est le coauteur avec Jacques Bergier, ingénieur chimiste, de « Le Matin des magiciens, introduction au réalisme fantastique », livre culte publié en octobre 1960 et se présentant comme une « introduction au réalisme fantastique ».

En 1990, Philippe Dechartre, ancien ministre du Général de Gaulle et éminent humaniste, doyen du Conseil économique, social et environnemental, présidait à son tour la Confrérie. En 1999, Jean Miot succède à Philippe De chartre.  Depuis 2009, il partage sa fonction de Grand Maitre avec Yvan Lesniak.

Strictement française à ses débuts, la Confrérie avait pour but de défendre et de promouvoir sous toutes ses formes la culture française. Au fil du temps et de la création de nouveaux jumelages (Allemagne, Pologne, Italie, Brésil), le serment a évolué. L’essentiel est pour chacun de défendre la langue et la culture de son pays, plus particulièrement l’écrit qui est le conservatoire de la culture.  Dans le cadre des jumelages étrangers il convient de noter le travail remarquable réalisé par les deux derniers jumelages : le Maroc et la Suisse.

Inspirée de la Chevalerie, la Confrérie a une vocation culturelle et humaniste. La gestion est assurée par « l’Association Gutenberg » composée d’un Président, d’un Secrétaire Général et d’un Trésorier. La partie culturelle et humaniste est soutenue par les Grands Maitres, le Grand Chancelier, le Grand Chambellan, les Grands Officiers, les représentants des jumelages étrangers.  Aux grades déjà mentionnés s’ajoutent ceux de Commandeurs, Officiers, Chevaliers. La majorité des membres de la Confrérie est composée de dirigeants d’entreprises du monde de la presse, de l’édition, des industries connexes, et de l’économie sociale …. Mais également d’écrivains, de journalistes, d’universitaires.  Tous sont issus du monde de la Culture et de la Communication au sens le plus large du terme.

La section marocaine de la Confrérie des Compagnons Gutenberg

Chaque année, grâce aux cotisations perçues et à ses fidèles membres bienfaiteurs, la Confrérie apporte son soutien à une association, un projet éducatif ou culturel.  Ces projets sont annoncés à l’occasion des Chapitres Solennels annuels qui se déroulent à Paris, Genève et Casablanca. Chaque Jumelage étant libre de décider des actions à mener.

Au fait, la lettre « G » ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose…

Peintures templières découvertes dans une église landaise

De notre confrère francebleu.fr – Par Nina Valette 

Des peintures du Moyen Âge ont été découvertes dans l’église Saint-Martin à Linxe, dans les Landes. Une œuvre révélée par un cabinet d’architecture spécialisé dans le patrimoine, qui permet de mieux comprendre l’histoire de la Nouvelle-Aquitaine.

C’est une découverte « exceptionnelle » pour Rémi Desalbres, architecte du patrimoine. Avec l’entreprise Arc&Sites Architectes du Patrimoine, ils ont dévoilé des peintures templières qui permettent de confirmer la présence de l’ordre des templiers à la fin du 12e siècle à Linxe, dans les Landes. L’architecte raconte à France Bleu Gascogne cette découverte.

France Bleu Gascogne : pourquoi vous vous êtes intéressé à l’église de Linxe ?

Rémi Desalbres : Ça fait plusieurs années que je travaille sur les églises du littoral aquitain, étant moi-même originaire du coin. Il y a deux ans, l’association des amis de l’église Saint-Martin de Linxe s’est constituée. Ses adhérents m’ont demandé conseil, pour entreprendre la restauration du site. J’ai conseillé la réalisation de sondages, à l’intérieur, parce que je savais que cette église faisait partie de celles fortifiées sur le littoral des Landes. Je soupçonnais des vestiges, des décors sur les voûtes du cœur.

Après deux jours à gratter plusieurs couches de peinture, le décor est désormais visible
Après deux jours à gratter plusieurs couches de peinture, le décor est désormais visible © Radio France – RD

Visiblement, l’opération a été concluante.

Oui, après une 2e campagne de sondage, nous sommes tombés sur ces décors templiers tout à fait exceptionnels. Notamment des grandes croix et des arbres de vie à forte valeur symbolique dans des tons rouges. Un décor très peu connu, en Aquitaine.

Quelles sont les conséquences d’une telle découverte ?

Elle change totalement la connaissance que l’on a des églises du littoral aquitain. Cette découverte confirme la présence templière et le rôle des templiers, de l’ordre militaire des templiers, durant la fin du 12e et le début du 13e siècle. Cette découverte, confirme que ce sont les templiers qui ont mené la transformation de cette petite église romane, en grande église fortifiée. Ça confirme aussi la présence d’une voie littorale, empruntée par des pèlerins des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. À la fin du 12e, début du 13e siècle, les templiers avaient pour mission de sécuriser l’itinéraire des pèlerins, qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle par la voie littorale. C’est précisément cette découverte qui permet de confirmer le rôle des templiers dans les Landes, en Aquitaine. C’est une découverte exceptionnelle !

Je ne suis pas sûr d’avoir d’autres occasions de découvrir des peintures templières aussi complètes dans ma carrière

Il y avait des doutes concernant l’existence de ce chemin ?

Si certains itinéraires sont bien connus pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle, notamment les chemins de Conques, par Toulouse et les Pyrénées, cette voie littorale a été contestée par des historiens. Finalement, cette voie était bien organisée, et c’est cette découverte qui permet de l’attester. C’est-à-dire qu’il s’agit véritablement d’un chemin sécurisé, qui permettait aux Anglais, aux Hollandais, aux pèlerins du nord de l’Europe, de se rendre sur le chemin. C’est la preuve qui nous manquait. C’est une découverte rare qui a été faite à Linxe, une découverte exceptionnelle pour l’histoire de l’art, et la connaissance de cette période du Moyen Âge, en Aquitaine. Je ne suis pas sûr d’avoir d’autres occasions de découvrir des peintures templières aussi complètes et aussi intéressantes, dans ma carrière.

Après les premiers sondages, une croix est désormais visible
Après les premiers sondages, une croix est désormais visible © Radio France – RD

L’association va-t-elle pouvoir financer les travaux pour dévoiler l’ensemble des peintures ?

Actuellement, l’église n’est pas protégée au titre des monuments historiques. Alors, nous allons engager, avec le maire, une demande auprès de la direction régionale des affaires culturelles, pour solliciter une protection. Elle permettra à la commune propriétaire de l’édifice de pouvoir bénéficier de subventions. 

William James « Count » Basie 21/08/04 – 26/04/84 La locomotive à swing était membre de la LOGE WISDOM n°102 de Chicago

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Image extraite de la BD « Des Filles Formidables » page 16 du génial Denis Frémond.
Il a hélas abandonné la BD au profit de la peinture

Tu préfères les Beatles ou les Rolling Stones ? Voilà la question que l’on se posait au lycée dans les années 60. Moi je ne tranchais pas, j’aimais les deux et je les aime toujours. Mais cette question s’est également appliquée à Duke et à Count une bonne décennie avant. Là non plus je ne peux pas trancher, tant je les aime aussi tous les deux.

Dans ses mémoires Quincy Jones rend hommage à Basie ne tarissant pas d’éloge sur sa gentillesse, son professionnalisme et sur sa droiture. Il faut tout de même mettre un petit bémol à toute cette histoire.

Le livre d’Albert Murray « Good Morning Blues Count Basie » écrit en collaboration avec Basie, ne nous apprend strictement rien sur la part intime du pianiste et chef d’orchestre. Je me suis rarement autant ennuyé à la lecture d’une biographie de musicien. Sur plus de 500 pages vous parcourez de long en large et en travers les États-Unis et à partir des années 60 le monde entier, mais pour le reste… Rien. C’est à peine si on connaît la date de son mariage ; sur la naissance de sa fille handicapée : pas un mot ; sur son addiction à la boisson, aux femmes, au jeu : pas un mot. C’est le trompettiste Clark Terry, qui, toujours dans la bio de Quincy, nous apprend que la course au cachetons de l’orchestre de Count, était en grande partie liée à ses dettes de jeu. Tous l’appréciaient, car il donnait sa chance à tous ceux qui frappaient à sa porte, il était fidèle en amitié et en collaboration musicale, mais à ses débuts, la vie chaotique qu’il menait, a failli lui coûter cher plus d’une fois.

La pudeur extrême est la caractéristique de Basie. Celle-ci commence très tôt. N’étant pas doué pour les études, il ne rêvait que d’une seule chose : jouer d’un instrument et faire partie d’une troupe itinérante. Dès son plus jeune âge il est fasciné par le cirque, et comme il le dit, donner à boire aux éléphants aurait déjà amplement suffit à son bonheur. Le Kid de Red Bank préférait la batterie au piano à ses débuts, mais finalement il opta à 15 ans pour les 88 notes, dégoûté par son copain, le batteur Sonny Greer, qui intégra l’orchestre de Duke dès 1919.

À partir des années 20 il émigre à Harlem et va côtoyer tous les musiciens les plus en vue de l’époque. Seulement, n’ayant pas fait beaucoup d’études de musique, Basie passa son temps, voir une majorité de sa vie, à éviter de se confronter avec les pianistes concurrents. Il ne s’est jamais senti à la hauteur de ces batailles musicales qui faisaient rage entre les deux guerres. Certaines boîtes, ou clubs avaient leur pianiste attitré et les « déloger » était très difficile. Count Basie ne s’y est jamais essayé. De cette trouille, comme il le dit lui-même, il va en sortir, après maintes péripéties, une volonté de jouer de l’orchestre. En effet, je ne vois pas d’autre meilleure définition de ce musicien. Il joue de son orchestre et à partir de 1935, à la mort de Bennie Moten, il ne va plus jamais cesser d’exercer son art de chef d’orchestre contre vents et marées.

Comme pour Duke, la radio jouera un rôle primordial dans la diffusion de la musique du Count. Que ce soit lors des retransmissions en direct dans des salles de concerts, des clubs, ou par la diffusion des disques, ce média servira de catalyseur pour bon nombre de musiciens, dont les grandes formations étaient en tête d’affiche dans les années 30.

Une rencontre au sommet.

Il fit pourtant une rencontre importante dans ses débuts en la personne ô combien charismatique de Fats Waller. Fats pris le Count sous son aile et lui appris à improviser sur l’orgue du Lincoln Theater. C’était l’époque du cinéma muet, où un pianiste, ou mieux et plus riche, un organiste improvisait au cours du film projeté à l’écran. Count savait très bien qu’il ne pouvait pas se frotter techniquement à Fats, mais leur relation ne fut jamais construite sur ces rapports de force. Au contraire, Waller fut toujours de bon conseil et d’une aide permanente sur lesquelles Count pouvait compter. Lui qui avait toujours peur de trouver un pianiste meilleur que lui en travers de sa route, (il raconte qu’il sauta plusieurs fois par la fenêtre d’un bar ou d’un club afin d’éviter de se faire « virer » par un sérieux client prêt à en découdre) et d’éviter une humiliation, Fats fut une chance qu’il sut utiliser à bon escient.

À partir des années 20 il ne remit plus jamais les pieds à l’école, et passa son énergie à entrer dans un orchestre et partir en tournée. De même que Duke, Count ne prit pas beaucoup de vacances au cours de sa carrière. Entre désir et amour du swing, et nécessité de gagner sa vie, sans compter ses travers qui lui posaient problème, une sorte de frénésie et de course au cachet furent sa marque de fabrique pendant les 60 ans de carrière de son orchestre.

Hormis une petite baisse de régime à la fin des années 50, lorsque les grandes formations n’avaient plus la cote, Basie ne s’arrêta plus jamais de tourner. Comme il est mentionné dans certaines biographies, ce fut une cavalcade que seul son cancer du pancréas interrompit, et encore pas définitivement, car l’orchestre continua à se produire sans son chef pendant plusieurs décennies sous la direction du trompettiste Scotty Barnhardt.

La modestie, on peut même dire l’extrême timidité de Basie, ne l’a pas empêché en revanche d’avoir un goût parfaitement sûr pour le choix de ses musiciens et vocalistes qui ont très largement contribué au succès populaire de son orchestre. Il fut, et c’est tout à son honneur, un découvreur de talent hors pair. Dans la liste impressionnante de célébrités qui ont participé à la construction de cet édifice musical on peut citer en vrac : Lester Young, l’ineffable guitariste Freddie Green pilier indéboulonnable de l’orchestre, les immenses Ben Webster et Coleman Hawkins, Joe Turner, Billie Holiday, Ellen Humes, Jimmy Rushing, Buck Clayton, Illinois Jacquet, Lucky Thompson, Eddie Lockjaw Davis, Paul Gonsalves (qui passera chez le Duke ensuite pour y rester définitivement), Buddy Rich, Wardell Gray, Tommy Turrentine, Idrees Sulieman, Joe Newman, Paul Quinichette, Zoot Sims, Ernie Wilkins (également arrangeur), Buddy De Franco, Fred Astaire, Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Serge Chaloff, Stan Getz, Thad Jones (qui fondera plus tard le Thad Jones Mel Lewis ensemble), Frank Foster, les collaborations d’arrangeurs fantastiques comme Neal Hefti, Quincy Jones, Sam Nestico (qui nous a quitté récemment), etc.

Extrait d’un concert au milieu des années 60 pour la BBC et deux fameux tubes du Comte.

Avec plus de 120 albums de son vivant et plus d’une vingtaine sortie après sa mort, on peut également ajouter quelques apparitions dans plusieurs films.

« Hit Parade » et « Top Man » en 1943, ainsi que les documents absolument exceptionnels de la télévision CBS 1957, où on le voit esquisser un très léger sourire à l’écoute intriguée de Thelonious Monk, et également dans le film déglingué de Mel Brooks Blazing Saddles de 1974, traduit ici par le titre improbable « Le Shérif Est En Prison ».

Choisir dans cette discographie est impossible car je ne connais pas un seul mauvais disque de Count Basie. De son complexe d’infériorité et d’une certaine manière d’une difficulté à apprécier la réalité de son succès arrivant très tôt dans sa carrière, son besoin d’excellence voulant tirer le maximum de son orchestre, Count Basie aura lui aussi accompagné l’évolution du jazz pratiquement de ses débuts jusqu’aux formes les plus modernes. Il tint compte des évolutions, et se produisit dans de nombreuses tournées avec C. Parker et Dizzy Gillespie. On sait qu’il appréciait le Be-Bop, était toujours très admiratif de ses contemporains comme Oscar Peterson, et même lorsqu’il ne comprenait pas toujours la démarche de certains, il se considérait souvent comme très inférieur. Je me souviens d’une interview de lui avant sa mort, dans un « blindfold test », qu’il disait apprécier Cecil Taylor, pianiste de free-jazz radical, sans émettre la moindre critique négative. En résumé, ils étaient tous très bons, sauf lui.

Cette satanée absence de confiance en lui ne l’a jamais vraiment quittée et cette incroyable contradiction entre son désir de bien faire, sa course au succès, tout en ne voulant pas y attacher autant d’importance que ça, sa réussite mondiale aura finalement été bénéfique pour nous, jazz fans, musiciens et autres admirateurs et admiratrices.

De cette abondante discographie, qui n’est finalement qu’un pâle reflet de ce que fut la réalité de Basie, car lorsque l’on tourne 360 jours sur 365 pendant 60 ans de carrière, beaucoup de choses n’auront jamais été captées.

La musique de Basie aura toujours été caractérisée sous le signe du swing absolu et d’une incroyable énergie. Même dans les ballades en tempo lent ou moyen, l’orchestre aura toujours ce balancement qui fait frétiller les arpions. D’ailleurs à ses débuts, la plupart des orchestres étaient dédiés à la danse et Basie a fait gambiller des millions et des millions de danseurs et danseuses, dans des shows et revue à traves les USA mais également dans le monde entier.

Contrairement à Duke qui cherchait dans de nombreuses directions, et souvent trouvait, la musique de Count, si on est bien attentif, est toujours la même. Des « heads  arrangements » (arrangements de tête) des débuts dans les années 20, elle va juste évoluer, se peaufiner, se complexifier (un peu) au fil du temps, en fonction de l’arrivée de musiciens de plus en plus expérimentés, d’arrangeurs modernes qui sauront insuffler une couleur et une remise à jour de thèmes qu’il ne cessera de jouer tout au long de ses prestations, et point important à noter, une attention particulière à la qualité de son d’ensemble, tenant avantageusement compte des progrès technologiques.

Il va polir sa pierre encore et encore pour qu’elle devienne un chef-d’œuvre, ce qu’il aura parfaitement réussi, malgré ses dénégations.

Cet extraordinaire document CBS de 1957 avec Coleman Hawkins, Lester Young, Ben Webster, Gerry Mulligan, TH. Monk, Billie Holiday, est émotionnellement très fort.

Il sera avec le Duke et Woody Hermann (dans une moindre mesure avec Thad Jones & Mel Lewis) un des derniers rescapés de cet âge d’or des bigbands issus de la danse, machines à swing que le rock’n’roll finira par tuer définitivement. Saluons également cette performance et cette incroyable longévité.

Le principe de sa musique est toujours le même qui sera sa signature reconnaissable à la première seconde. Il introduit au piano le thème par quelques petites notes dans l’aigu du clavier à la façon « stride » (style de piano des années 20), et ensuite l’orchestre attaque en nous mettant une grande claque dans la figure. Imparable d’efficacité, et un bonheur musical sans pareil. Et il conclue pratiquement chaque morceau de la même manière. Trois petites notes égrenées en forme de résolution de l’accord par un chromatisme ascendant, un petit « one more time » et voilà. Tout Basie est résumé dans cette pirouette magique.

William James « Count » Basie était membre de l’obédience prince hall, loge wisdom N°102, Chicago, Illinois et membre des Shriners de NYC (New York City).

Sur son initiation, rien. Son engagement maçonnique, rien. Dans sa biographie, il dit qu’il n’a jamais souffert du racisme car étonnamment, enfant il était dans une école mixte, chose extrêmement rare à l’époque. Il était parfaitement au courant de ce qu’il se passait au USA, mais il ne voulait pas le voir. Fuyant la réalité comme il fuyait les pianistes concurrents, il passera à côté des conflits de son époque avec plus ou moins de bonne foi. Il confie son amitié indéfectible envers ses amis qu’ils soient blancs ou noirs, ceci n’avait pour lui strictement aucune importance et il ne voyait que le musicien et sa capacité à bien jouer ou pas. Il exprime également le même sentiment avec les managers de salle, les imprésarios et tous ceux qui se sont occupés de sa carrière. Je suis certain de sa sincérité de ce point de vue, tous les témoignages concordent en ce sens.

Il a également obtenu bon nombre de médailles et de décorations pour son œuvre mais une nous intéresse particulièrement c’est celle de 1970 du « Phi Mu Alpha Sinfonia » « Mu Nu Chapter », groupe paramaçonnique comme il en existe beaucoup aux USA. Celui-ci étant axé sur le développement spirituel et fraternel des musiciens et étudiants en musique.

On dit que choisir c’est renoncer, mais je vais tout de même vous donner quelques titres de disques qui ont ma faveur.

Il y a évidemment le fameux Atomic E=Mc2 de la période dite « Roulette », nom du label qui fit redémarrer la carrière de Basie dès 1959 et qui gagna un Grammy Award à cette occasion. Un classique, un must, un « ile déserte » (expression raccourcie en réponse à la question : quels disques emporteriez-vous avec vous sur une ile déserte ?).

Le « sublimissime » Basie avec Sarah Vaughan, qui est un disque d’autant meilleur qu’elle chante avec Basie, et l’orchestre est d’autant meilleur qu’il accompagne Sarah.

Toujours chez Roulette, ceux signés par Quincy Jones et Neal Hefti sont également des totems gravés dans le marbre.

Et puis j’ai un faible pour la toute dernière période lorsqu’il signe avec le label Pablo créé par son ami (l’ami de tous les musiciens) Norman Granz.

Warm Breeze est représentatif et une pure merveille ; le Live In Montreux 77 évidemment, le Live In Japan 78, bref tous les Live sont absolument merveilleux avec une mention spéciale pour le coffret en 5 volumes Live At The Crecendo 1958.

Enfin la crème de la crème (comme disent les états-uniens) LA rencontre entre le Duke et  le Count, une aristocratie totalement prévisible, mais tellement réjouissante ! Basie avait une admiration sans borne pour le Duke (qui ne l’a pas ?) et c’est un pur régal que d’entendre cette fameuse « bataille » de géants qui, telles deux étoiles se rencontrant, firent de cette magnifique collision un bonheur inégalé. Là, ici, oui ici, on entend la fraternité exploser d’un feu d’artifice cosmique aussi rare que jouissif.

Le Count est bon ? Oh que oui ! Vous en reprendrez à chaque fois que le blues vous prendra, n’hésitez pas il n’y a aucune contre indication.

À lire :

Les mémoires de Quincy Jones par Quincy Jones

Good Morning Blues Count Basie par Albert Murray & Count Basie

Le roman du jazz en trois volumes par Philippe Gumplowitz

Jazz & Franc-Maçonnerie une histoire occulté Yves Rodde-Migdal

En anglais, The World Of Count Basie de Stanley Dance

Photo de tête du double album Super Chief, compilation datant de 1972

À consulter également sur la toile :

https://en.wikipedia.org/wiki/Count_Basie

https://web.archive.org/web/20170909105308/

http://www.thecountbasieorchestra.com/cbo-history

https://imusic.am/artist/10105

http://www.swingmusic.net/Count_Basie.html

http://www.soulwalking.co.uk/Count%20Basie.html

TV : La Franc-maçonnerie est-elle une grande famille ?

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Suivez en vidéo l’émission de BTLV du 02/02/2022 avec des invités de marque

Crée en 1598, selon certains, en Ecosse et formée au départ de bâtisseurs, la Franc-Maçonnerie est rapidement devenue une société secrète et dans tous les cas discrète. Se décrivant, elle-même, comme une « association essentiellement philosophique et philanthropique », certains la voient plus comme un cercle d’influence redoutable à travers le monde. En 2022, elle compte 2 à 4 millions de frères contre 7 millions en 1960. Si elle compte moins d’adhérents aujourd’hui, la Franc-Maçonnerie reste connue et reconnue pour ses rites qui fascinent depuis longtemps tous ceux qui n’en font pas partie. S’appuyant sur des textes fondateurs datant du XIVème et XVIIIème siècle, elle encourage ses membres à travailler sur le progrès de l’humanité. C’est peut-être une des raisons qui lui donne aux yeux du monde, l’image d’un cercle de pouvoir. Bon nombre de dirigeants politiques, de sociétés privées ou encore de hauts fonctionnaires en sont issus, du coup les opposants à la Franc-Maçonnerie la considèrent comme un réseaux d’influence dangereux. Dans ce nouveau n° des Affranchis de l’info, Bob Bellanca et Philippe Lienard reçoivent Yonnel Ghernaouti, membre de la Grande Loge Nationale Française, qui pratique le Rite Écossais Rectifié, Gérard Contremoulin, membre du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France qui pratique le Rite Français et Didier Ozil, ancien Grand-Maitre et membre du Oitar, qui pratique le Rite Opératif de Salomon.

Si les profanes les considèrent comme unis, eux ne semblent pas toujours partager les mêmes points de vues. La Franc-Maçonnerie est-elle une grande famille ?

A voir sans attendre

La légende d’Elzéard Bouffier : «L’Homme qui plantait des arbres»… comme d’autres, bâtissent des cathédrales

Les Francs-maçons travaillent à l’amélioration de leur être intérieur, mais aussi au perfectionnement de la société dans son ensemble. Par ce récit, nous assistons à la construction d’un temple végétal gigantesque par la volonté inébranlable d’un seul homme. Ce maçon « sans Tablier », libéré de ses passions par les aléas de la vie, entreprend d’améliorer le monde sans aucune attente, ni contrepartie.

Cette histoire se classe sans nul doute dans la catégorie des romans initiatiques.

«L’Homme qui plantait des arbres» 

est une nouvelle écrite en 1953 par l’écrivain français Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Dans ce court récit, le narrateur évoque l’histoire du berger Elzéard Bouffier, qui fait revivre sa région, en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant des arbres. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, la nouvelle parvient à inciter le lecteur à croire à l’existence réelle du berger et de sa forêt.

Écrite à la suite d’un concours du magazine américain Reader’s Digest, la nouvelle a eu un retentissement mondial. Elle est aujourd’hui considérée comme un manifeste à part entière de la cause écologiste. En effet, le berger ne parvient pas seulement à créer une forêt : celle-ci a des conséquences sociales et économiques, qui permettent aux villages des alentours d’accueillir de nouvelles familles alors qu’ils étaient menacés de désertification. Avant même l’invention de la notion de développement durable, la nouvelle en donne ainsi une illustration poétique.

La nouvelle véhicule de nombreux messages : écologiques, humanistes, politiques. L’histoire d’Elzéard Bouffier est en effet considérée dans la littérature écologiste comme une parabole de l’action positive de l’homme sur son milieu et de l’harmonie qui peut s’ensuivre. La nouvelle est également une ode au travail, à l’opiniâtreté, à la patience, à l’humilité, et à la ruralité.

Le récit de Giono a donné lieu à un film d’animation canadien du même titre en 1987, réalisé par l’illustrateur Frédéric Back et lu par Philippe Noiret, et qui a obtenu plus de quarante prix à travers le monde.

L’Homme qui plantait des arbres est aujourd’hui reconnue comme une œuvre majeure de la littérature d’enfance et de jeunesse et elle est, à ce titre, étudiée en classe.

Résumé

Le narrateur, personnage anonyme, fait une randonnée dans une contrée située entre les Alpes et la Provence, « délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, de sa source jusqu’à Die ; à l’ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux », région désertique où plus rien ne pousse excepté la lavande. Il campe alors auprès d’un « squelette de village abandonné », au milieu d’une « désolation » sans pareille, où pourtant la vie a jadis existé. Après une nuit de repos, il reprend son chemin mais manque bientôt d’eau. Il fait par chance la rencontre d’un berger silencieux nommé Elzéard Bouffier, qu’il prend, au début, pour « le tronc d’un arbre solitaire ». Celui-ci lui propose de passer la nuit chez lui. Le narrateur est impressionné par la bonne tenue de la demeure, bien construite en pierre, au toit en bon état, bien différente de l’abri précaire dont bien des bergers se contentent. Son estime à l’égard du berger augmente encore lorsqu’il constate la propreté du logis, le soin mis à entretenir, nettoyer, repriser… mais surtout combien calme et sereine est la vie de cet homme qui vit seul en compagnie de son chien et de son troupeau de moutons.

Alors que la nuit s’avance, le narrateur observe le berger occupé à examiner, classer, nettoyer puis sélectionner, « un tas de glands ». Il en choisit finalement cent, qu’il met de côté, puis va se coucher. Le lendemain, le narrateur, intrigué, demande au berger s’il lui est possible de demeurer chez lui une journée de plus. Le berger accepte puis prend la route avec son troupeau et son sac de glands. Le narrateur décide de suivre un chemin parallèle à celui du berger afin d’observer ce qu’il compte faire de ses glands. Ce dernier s’arrête enfin sur une petite clairière désertique et, à l’aide d’une « tringle de fer », fait un trou dans lequel il met un gland, puis rebouche le trou. Le narrateur comprend qu’Elzéard Bouffier plante des chênes et, ce jour-là, il en plante cent, « avec un soin extrême ». Engageant de nouveau la conversation, le narrateur apprend qu’Elzéard plante depuis trois ans des arbres : « Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il pensait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant ».

La passion de cet homme consiste donc à planter des arbres, dans une parfaite solitude. Le narrateur ne parvient cependant pas à lui donner un âge. Le berger entreprend de planter d’autres essences, parmi lesquelles des bouleaux, des hêtres et des frênes. Il entend métamorphoser la région en plantant des milliers d’hectares de surface sylvicole. Le lendemain, le narrateur quitte la compagnie du berger et l’année suivante il est appelé sur le front de la Première Guerre mondiale. Pendant quatre années passées dans les tranchées, il oublie Elzéard Bouffier et son incroyable passion. Mais, lorsqu’il décide de faire à nouveau une randonnée dans la région, le souvenir du berger silencieux lui revient.

Il retrouve le planteur, qui a changé de métier et qui est maintenant apiculteur (ses moutons étant en effet une trop grande menace pour ses plantations). Celui-ci lui fait visiter sa nouvelle forêt dont les chênes datent de 1910. La création d’Elzéard fait alors « onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur » et impressionne le narrateur qui a le sentiment d’avoir sous ses yeux une œuvre de création divine : « Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction ». Le milieu a littéralement changé et, même, la reproduction des arbres se fait dorénavant toute seule, le vent aidant à disperser les graines. La transformation de la contrée s’opère si lentement que personne ne s’en aperçoit.

Dès 1920, le narrateur rend régulièrement visite au berger solitaire, il constate ainsi la propagation des arbres, en dépit de quelques infortunes. Elzéard plante même d’autres essences, comme des érables. En 1933, le berger reçoit la visite d’un garde forestier, ce qui témoigne de l’importance de la forêt ainsi constituée au fil des années. Pour accélérer son projet, Elzéard Bouffier décide de fabriquer une maison afin de vivre au milieu des arbres. En 1935, le narrateur rend visite au berger en compagnie d’un ami garde forestier, à qui il dévoile le mystère de cette « forêt naturelle ». Ce dernier jure de conserver le secret et voit en Elzéard Bouffier un homme qui a trouvé par cette activité « un fameux moyen d’être heureux ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est décidé de commercialiser le bois de la forêt, pour produire le charbon de bois qui alimentera les voitures à gazogène. Le projet avorte toutefois car la région est trop éloignée de tout circuit logistique. Le narrateur revoit une dernière fois le berger, en juin 1945. Ce dernier a alors 87 ans et il continue sa tâche de reforestation. Autour de lui, la région est revenue à la vie, notamment le village de Vergons où les habitants sont désormais plus nombreux, et surtout prospères et heureux. Ainsi, « plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier ». Le narrateur a une dernière pensée pour le berger, sa générosité et son abnégation, qui font de sa réalisation « une œuvre de Dieu ». Enfin, « Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l’hospice de Banon »

Notre Frère Georges Bertin (1948-2022) est passé à l’Orient Éternel

Docteur HDR en sciences sociales, retraité du CNAM des Pays de la Loire, président fondateur de Cercle d’études nouvelles d’anthropologie, Georges Bertin est membre de plusieurs sociétés savantes et d’études initiatiques. Essayiste conférencier, il a dirigé durant 10 ans la revue internationale Esprit Critique. Ses derniers ouvrages parus : De la loge aux réseaux, la franc-maçonnerie au défi des temps, éd. Cosmogone éditions, 2019 ; Un imaginaire transculturel, éd. Cosmogone, 2018 ; Entre caverne et lumière. Essai sur l’imaginaire en loge de francs-maçons, éd. Cosmogone, 2017, prix Cadet Roussel ; De quête du Graal en Avalon, préface de Fatima Gutierrez, éd. Cosmogone, 2016. Son dernier ouvrage, paru en en 2021, est consacré aux Mystères de l’Apocalypse de Jean. Il était intervenu à de nombreuses reprises aux Imaginales Maçonniques et Ésotériques d’Épinal.

Le 18 octobre 2021, nous vous avions présenté son dernier livre

https://bit.ly/3AQGpcL

L’hommage de Céline Byron-Portet, Professeure des universités en sociologie, sur les réseaux sociaux :

« Mon collègue et ami, Georges Bertin, s’en est allé cette nuit… Il a enfin recouvré la paix. Certains d’entre vous le connaissaient. Georges était un homme d’exception, tant au plan humain qu’aux niveaux intellectuel et spirituel, en d’autres termes, un individu accompli. Mais surtout, c’était un être solaire. Aussi j’aime à penser qu’il a rejoint la lumière, un peu comme Ulysse retrouvant sa patrie. Tu vas nous manquer, mon cher Georges ! »

« Gémissons, Gémissons mais Espérons ». « Espérons, Espérons en confiance, Espérons en confiance et en sérénité ! »

Puisse Dieu, l’Être Éternel, le Très Haut, Grand Architecte de l’Univers, accueillir ce digne Fils de la Lumière en Sa demeure céleste où, désormais, il résidera en paix.

(Éphéméride) 2/2/2022 : la Chandeleur et le retour de la lumière. Tout un symbole !

Quelle est sa signification symbolique de cette fête chrétienne et païenne. Comment l’interpréter et comprendre son sens profond…

À l’origine, la Chandeleur est une fête païenne présente dans l’Empire romain, qui consiste à célébrer les progrès de la lumière solaire dans l’attente du printemps. C’est alors une fête paysanne associée à différents dieux symbolisant la fertilité et l’agriculture (Lupercus chez les Romains, Brigit chez les Celtes, etc.).

Avec le basculement de l’Empire romain dans le christianisme (IVe siècle après J.-C.), cette tradition est progressivement associée à la fête de la présentation de Jésus au Temple. C’est la commémoration du moment où Jésus a été présenté et offert au Temple de Jérusalem par ses parents, conformément à la Loi divine exprimée dans le livre de l’Exode (« Consacre-moi tout premier né parmi les enfants d’Israël… ») :

Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur. Luc 2, 22

C’est le pape Gélase Ier qui, à la fin du Ve siècle, contribue à faire de la fête de la présentation de Jésus au Temple la « fête des chandelles » (candela signifie « chandelle » en latin), ou Chandeleur.

La Chandeleur a aujourd’hui retrouvé son caractère païen. Elle est fêtée le 2 février, soit 40 jours après Noël. Elle est associée à la fabrication et à la consommation de crêpes.

Entrons plus en détails dans la fête de la Chandeleur et dans sa signification symbolique.

Dans l’Antiquité, la Chandeleur est intimement liée à la fertilité de la terre : on effectue des processions, on invoque les dieux de la Nature et de la fécondité. On espère une terre pure, un climat propice et une bonne moisson.

Ainsi la Chandeleur se fête dans l’espoir d’une bonne année, favorable et prospère ; elle évoque la bonne fortune. De nos jours et dans certaines familles, il est de coutume de faire sauter la première crêpe en tenant un louis d’or dans la main gauche, en signe de chance. De même, faire sauter correctement une crêpe sans la casser ou la faire tomber constitue un signe favorable.

Les crêpes de La Chandeleur.

Dans l’Antiquité romaine, au moment des semailles d’hiver, les paysans utilisaient la farine excédentaire de l’année passée pour confectionner des galettes ou des gâteaux, en particulier dans le cadre de la fête des Lupercales.

On consommait ainsi les restes de l’année passée, comme pour tourner une page et marquer l’entrée dans un temps nouveau, chargé d’espoir et de promesses.

La tradition des crêpes de la Chandeleur pourrait aussi venir du pape Gélase Ier (véritable créateur de la fête chrétienne des chandelles) qui faisait distribuer des crêpes aux pèlerins visitant Rome.

Pâte à crêpes

Pour mémoire, l’étymologie de crêpe vient de l’adjectif d’ancien français cresp « frisé, ondulé » est issu du latin crĭspus. Substantivé au féminin, il a pris le sens de « genre de pâtisserie » attesté au XIIe siècle. En effet, la crêpe est caractérisée par les ondulations que fait la pâte finement étalée lors de sa préparation.

La fête de la lumière et du soleil.

Tout comme Noël et l’Epiphanie, la Chandeleur célèbre le retour de la lumière. En février, les jours rallongent très vite et le printemps s’annonce. C’est le temps du renouveau.

Les crêpes, avec leur forme ronde et leur couleur dorée symbolisent le cercle solaire, mais aussi la loi des cycles. Le cercle évoque en outre le domaine de l’esprit et du divin ; une interprétation qui est aussi valable pour la galette des rois.

Soleil – Maître enlumineur Jean-Luc Leguay

Dès l’Antiquité, la Chandeleur se fête au flambeau, symbole de la lumière qui finit par percer les ténèbres de l’hiver. Dans les églises, des cierges sont allumés et les fidèles les emportent chez eux comme pour perpétuer la lumière christique. Aujourd’hui encore, on allume des bougies dans les maisons le jour de la Chandeleur.

Dans certaines régions d’Europe, la Chandeleur correspondait à l’ancienne fête de l’ours (ou « Chandelours »), donnée en l’honneur de cet animal qui sort de sa sombre tanière au cours du mois de février pour retrouver la lumière et la vie.

Ainsi, la Chandeleur marque l’éloignement des ténèbres. C’est aussi une invitation à élever notre conscience, à traverser les côtés sombres de notre personnalité : c’est la voie de l’éveil spirituel.

La fête du Christ solaire.

Alors que l’Épiphanie (du grec epiphaneia : “manifestation, apparition”) symbolise la manifestation de Dieu aux hommes, la Chandeleur est la présentation de Jésus au Seigneur dans le Temple de Jérusalem. C’est le signe que les hommes ont reconnu le caractère divin de l’Enfant.

La Chandeleur est donc la suite logique de l’Épiphanie. Dans certains pays, celui qui obtient la fève de l’Épiphanie est chargé de préparer la Chandeleur.

Notons que dans le Temple, Syméon reconnaît le Messie et le prend dans ses bras, proclamant qu’il est la « lumière du monde » (Luc 2, 25 et suivants).

De fait, Jésus peut être associé à la lumière solaire : il incarne le feu spirituel qui vient éclairer les consciences. Son arrivée sur Terre ouvre une nouvelle ère, remplie d’espérance.

La Chandeleur et le symbolisme de la purification.

La Chandeleur marque un moment de purification. C’est la terre qui ressort purifiée de l’hiver. C’est l’éclat nouveau du soleil qui purifie le monde, signe d’une renaissance spirituelle.

Alors, « Bon appétit bien sûr », en souvenir de l’émission de notre regretté Frère Joël Robuchon (OE).

Source : JePense.org – À la recherche de la vérité…