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Le Réel : le souci des « Rencontres Ecossaises 2025 »

Reportage : Claude Lucène

Dans un monde où la réalité semble se dissoudre entre écrans et illusions, les 41e Rencontres Écossaises ont choisi de plonger au cœur du « Réel ». Cette manifestation a réuni près de 600 participants au Centre de Congrès Jean Monnier d’Angers, les 11 et 12 octobre derniers. Organisée par le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté (SCPLF-REAA), cette manifestation annuelle, née en 1984, continue d’incarner un espace unique d’échanges spirituels, philosophiques et ésotériques.

Sans distinction d’obédience, de juridiction ou de genre, elle rassemble francs-maçons, chercheurs et curieux autour d’une quête commune : démêler le tangible du subtil, le mesurable de l’insaisissable.

Samedi : entre poésie, philosophie et rigueur scientifique

Photographie de Bertrand Vergely lors du congrès « soigner l’Homme sauver la Terre » à Aix-les-bains » (Crédit image : Nicolas Abraham)

La journée s’est ouverte sur un accueil courtois de Jacques Azot, président du SCPLF, qui a posé les bases d’un week-end enrichissant. Premier intervenant, le philosophe Bertrand Vergely – habitué des lieux et complice d’un public friand de ses envolées lyriques – a exploré le « Réel au Réellement Réel ». Avec verve et poésie, il a disséqué la perception humaine, refusant de voir dans le réel un adversaire « méchant ». Pour Vergely, la réalité n’est pas une prison, mais une invitation à l’émerveillement, une danse entre le visible et l’invisible qui élève l’âme sans la figer dans le dogme. Son intervention, rythmée d’anecdotes et de métaphores, a captivé l’assemblée, rappelant pourquoi il est l’un des piliers intellectuels de ces Rencontres.

Patrick Peter, physicien

Le contraste n’aurait pu être plus frappant avec Patrick Peter, physicien et ancien directeur de l’Institut d’Astrophysique de Paris, qui a succédé au philosophe. Pas d’envolées lyriques ici, mais une démonstration implacable : pour la science, depuis Galilée, le réel est objectif, forgé par l’observation, l’expérimentation et la modélisation.

« Le réel scientifique, c’est le monde tel qu’il fonctionne, non tel qu’on le ressent »

a-t-il martelé avec humour et empathie. L’expérience, reproductible et mesurable, nous rapproche du réel sans jamais l’atteindre pleinement – d’où l’importance des conditions précises et des instruments. Quant à la mécanique quantique, elle bouleverse tout : plus de « ou » binaire, mais un « et » entrelacé, où particule et onde coexistent. Patrick Peter, avec son bagage de chercheur au CNRS, a maintenu cette rigueur tout au long de la journée, répondant aux questions d’un public fasciné par les galaxies et l’univers primordial, tout en tempérant les ardeurs avec une pointe d’ironie bien dosée.

Françoise Michaud, du SCFF – partenaire fidèle des Rencontres depuis plusieurs années –, a apporté une touche introspective. Pour elle, la prise de conscience du réel passe par un regard attentif, silencieux et respectueux : un regard intérieur, profond, désintéressé.

« Une contemplation pour se fondre dans la présence du réel, toujours imprévisible »

a-t-elle décrit. Cette approche, ancrée dans la tradition écossaise, invite à une fusion entre sujet et objet, loin des certitudes rigides.

L’après-midi a marqué un temps fort avec la 4e édition du Prix littéraire des Rencontres Écossaises, fondé par le SCPLF en partenariat avec le site La Griffe. Après une sélection rigoureuse parmi des ouvrages publiés entre avril 2024 et mars 2025 – mêlant philosophie, spiritualité et ésotérisme –, deux lauréats ont été couronnés : Heinz Wismann pour Lire entre les lignes (Albin Michel), un essai sur les traces de l’esprit européen, et Robert Redeker pour Descartes – Le miroir aux fantômes (Cerf) qui s’est vu remettre le prix par Antoine Sénanque, lauréat 2024.

Ces prix soulignent l’engagement des Rencontres pour une littérature qui éclaire le réel sans le figer

Retour au thème central avec Emmanuel Kessler, qui, en trente minutes chrono, a tressé un fil rouge entre Descartes et Bergson. Le doute cartésien comme outil pour penser, l’optimisme bergsonien comme élan vital : « Vivre, c’est agir », a-t-il rappelé. Face au réel lacanien – « ce qui cogne » – ou à la définition dickienne – « ce qui demeure même quand on cesse de croire en lui » –, Kessler a plaidé pour un espoir revigorant : le réel n’est pas une vue de l’esprit. L’esprit cherche à connaitre et il s’établit alors une relation dynamique entre sujet et monde.

Pour terminer cette première journée de réflexion sur le Reel dans le cadre des Rencontres Ecossaises, les deux dernières interventions se complétaient : celle de Jean Michel Poughon  sur les façons de penser le  corps et le spirituel et celle d’ Annick Lucas sur notre vécu de la démarche initiatique à travers les rituels Ecossais.

René Descartes

Jean Michel Poughon, professeur émérite de droit public  a présenté ce qu’il en était du réel à travers une fine analyse historique du corps comme réalité spirituelle et matérielle. Il a analysé le corps comme réalité duale : spirituelle et matérielle, mécanique – « une machine qui se meut par elle-même », dixit Descartes – mais aussi sacrée, à protéger (le code interdit les actes dégradants, tout en autorisant les dons ciblés). L’intervenant a évoqué la reliance corps-machine, les hybridations cérébrales pour réparer les failles et l’Homme augmenté comme horizon prométhéen : fascinant, paradoxal, potentiellement dangereux dans un présent tourmenté par les disruptions technologiques. Une réflexion qui interroge…

Annick Lucas, Représentante de la juridiction écossaisie féminine, avec patience et justesse, a alors appelé l’attention sur ce qu’il en était du dévoilement du réel lors de l’initiation. Celle-ci est par essence une illumination salvatrice, une naissance à une perception renouvelée. Le réel n’est pas que extérieur (les choses du monde), mais intérieur (la conscience éveillée). C’est ce « moment exquis où se rétablit une alliance d’amour », révélé par le rituel qui traverse, transforme et habite.

Dimanche : synthèse et perspectives

Francis Bardot

Francis Bardot – devenu l’historien officieux des Rencontres et gardien de leur mémoire a précisé ce qu’il en était de la réalisation spirituelle au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Avec son style oratoire fluide et apprécié, il a tracé le chemin parcouru, reliant passé et présent dans une fresque inspirante.

Deux tables rondes ont suivi, animées par Stéphane Demazure et Claude Guichard. Ces échanges, capturés en direct pour l’émission radiophonique Témoignages Écossais du SCPLF, permettront aux absents de les réécouter et de prolonger la réflexion.

Les conclusions officielles, prononcées par le président, ont salué la richesse des débats et annoncé les 42e Rencontres à Grenoble en octobre 2026.

Un moment d’émotion : l’hommage à Alain Chaize

Une tristesse partagée lors de ces 41e Rencontres et un fort moment d’émotion  :  l’annonce de la cessation de l’activité de « Maitre des Cérémonies » de notre bien aimé Frère Alain Chaize, après 36 ans passés dans la direction et l’organisation de ces Rencontres publiques du Suprême Conseil Pour la France. 

Les 41e Rencontres Écossaises, une fois de plus, ont prouvé leur vitalité : un carrefour où science, philosophie et spiritualité dialoguent pour mieux appréhender le réel, ce mystère qui nous émerveille et nous élève.

Rendez-vous à Grenoble pour la suite de cette quête infinie.

Autre article sur ce thème

Le symbole, clé d’accès à l’éveil

Selon René Guénon, la Franc-maçonnerie demeure la dernière voie initiatique traditionnelle valable en Occident. Comme je le répète souvent avec plaisir, sa méthode s’appuie sur la parabole de la construction du Temple pour guider chaque individu dans l’édification de sa propre spiritualité. Après le réordonnancement des états constitutifs de son être – marqué par sa mort symbolique et les trois voyages initiatiques –, l’apprenti peut enfin entamer un travail intérieur.

Aidé par ses Frères en loge, il devient l’artisan de sa propre transformation, non pas dans le vacarme d’un chantier opératif, mais dans le silence méditatif d’une introspection profonde, taillant sa pierre brute avec des outils symboliques.

Qui n’a pas en mémoire sa première rencontre avec les symboles en loge, ce moment où la Lumière lui fut donnée, suivi d’un étonnement mêlé de curiosité ? L’apparition de ces signes énigmatiques – présents dans chaque recoin de l’atelier – et les questions qu’ils suscitent lors des premières tenues restent gravées dans l’esprit de tout nouvel initié.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (comme d’autres rites) se distingue par sa richesse. Dès les premiers pas de l’initiation, il conduit chaque Frère ou Sœur vers des niveaux de conscience spirituelle de plus en plus élevés. Progressivement, la conscience s’éclaire et s’élargit au fil du parcours initiatique, ouvrant la réalité à une dimension spirituelle. Cette voie invite à concevoir le divin – que l’on nomme GADLU, Unité primordiale ou autrement – en travaillant sur les symboles. Elle permet de perfectionner sa vision de soi et du monde, de dompter un ego aveuglant, de se détacher de la matière pour s’élever en esprit, et ainsi mieux intervenir dans le réel et la société. N’est-ce pas là l’essence de toute quête spirituelle : développer une perception spirituelle de la réalité pour favoriser l’humanisation de l’homme ? Ainsi, le développement spirituel de l’individu, loin d’être un luxe égoïste, constitue la base de la liberté de conscience et sert l’humanité tout entière, unissant les aspirations spirituelles et humanistes.

À cet égard, les Frères et Sœurs engagés dans des chantiers sociétaux ou humanistes ont pleinement leur place parmi nous. Leur action renforce la nôtre, à condition qu’elle reste dénuée de partisanerie ou de politique. Car à quoi bon s’élever spirituellement si c’est pour perdre de vue la terre ferme et négliger le bien de l’humanité dans un esprit fraternel ? Une élévation déconnectée de cette réalité risque de conduire à de graves dérives. Ces deux approches – intérieure et sociétale – sont complémentaires et convergent inévitablement vers un même idéal.

Il ne saurait exister de Franc-Maçonnerie spéculative totalement « hors sol » !

Le symbole : clé d’accès à l’éveil

Pour moi, le symbole est la porte d’entrée vers l’éveil dans la méthode maçonnique. Mais comment le définir ? Quelle lecture permet de le saisir ? Qu’est-ce que cet éveil, but ultime de la voie initiatique ? Autant de questions fascinantes auxquelles je vais tenter d’apporter un éclairage.

1. Le symbole, une clé vivante

Crane posé sur les symboles maçonniques

Commençons par quelques définitions. Selon Wikipédia, le terme « symbole », dérivé du grec ancien sumbolon (de sumballein, « mettre ensemble » ou « comparer »), désignait à l’origine un tesson de poterie brisé en deux, partagé entre deux contractants. La réunion des morceaux, s’emboîtant parfaitement, servait de preuve d’identité ou de reconnaissance, un peu comme un mot de passe. Plus largement, un symbole est une représentation pensée, individuelle ou collective, suscitant une idée (sécurité, autorité) ou une sensation (joie, paix) à partir d’une perception sensorielle.Le Larousse le définit comme un signe figuratif – objet ou être – incarnant un concept (le drapeau comme symbole de la patrie) ou une personne exemplaire d’une idée (un symbole de générosité). Avec tant de définitions possibles, sa complexité devient évidente.

En loge, le symbole se distingue du signe profane, qui n’a qu’une signification unique, par sa polysémie : il porte des sens multiples convergeant vers un archétype commun. Tandis que le signe se décode par analogie, le symbole maçonnique se vit par anagogie, une élévation vers un sens supérieur.

Main sur la Bible lors du serment

Le symbole est une entité vivante, indépendante de l’esprit humain. Lors d’une récente initiation au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le serment du nouvel initié invoquait « les Vivants Symboles que je touche de ma main » comme aides, aux côtés du Grand Architecte des Mondes. N’est-ce pas chaque Frère ou Sœur, dès son initiation, un symbole vivant ?

En frappant trois fois le maillet sur sa pierre brute – reflet de son imperfection –, puis en épelant le mot sacré et échangeant signes et attouchements avec les Surveillants, l’initié devient à la fois signifiant et signifié, tel un sumbolon reconstitué. Cette union des parties brisées évoque l’idée de rassembler ce qui est épars pour retrouver l’unité originelle.En serrant la main du Surveillant, l’initié prouve sa qualité d’« ayant droit » au plan symbolique, accédant à des états supra-humains.

Buste de Platon. Marbre, copie romaine d’un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.

On peut ainsi avancer que la méthode maçonnique permet « l’incorporation du symbole en soi », conférant à celui qui l’intègre la capacité d’être lui-même un symbole, ouvrant les portes des réalités supérieures. Cette puissance de l’esprit élargit notre vision du réel, un enseignement clé des grades symboliques. Comme une « réalité augmentée » à redécouvrir, le symbole stimule nos facultés cognitives, un concept que certains philosophes grecs, comme Platon et Jamblique, ont lié à une puissance divine autonome.

Platon voyait dans les idées – archétypes vivants d’où naît la matière – une réalité accessible par élévation vers le monde intelligible, le symbole agissant comme un miroir à double face reflétant une unité supérieure. Jamblique, dans Les Mystères d’Égypte II, 11, renchérit :

« Ce n’est pas notre pensée qui opère [le pouvoir des symboles] ; les signes, par eux-mêmes, réalisent leur œuvre, et l’ineffable puissance des dieux les reconnaît sans notre intervention. »

Jules Boucher

Jules Boucher, citant Jean C.M. Travers, ajoute que le symbole est un être sensible, doté d’une consistance propre, révélant une signification au-delà de lui-même. Qu’il émane du divin ou de l’esprit humain, le symbole fertilise la pensée, liant immanence chamanique et transcendance spirituelle, et inspire même la recherche scientifique.

2. La lecture par le cœur

Les travaux en loge – espace sacré comme la cavité où réside le cœur, délimitée par poumons, diaphragme, sternum et médiastin – ne s’appuient pas sur un intellect discursif. Le symbole relève d’un « sur-intelligible », d’une intuition supérieure. Dans la méthode maçonnique, le divin ou le GADLU se perçoit par une lecture des symboles avec le cœur.

Dès l’initiation, l’épée contre le cœur et le compas pointé vers celui-ci symbolisent un rayon de lumière sacrée perçant l’enveloppe corporelle, tandis que l’écartement du compas guide l’initié vers une ouverture spirituelle.

La tenue rejoue la création de l’univers, propageant la lumière dans le présent, autant à l’extérieur qu’en chacun. Comme je le dis souvent, je suis dans le Temple autant que le Temple est en moi. La compréhension d’un symbole par le cœur émerge avec le temps, variable selon chaque Frère ou Sœur, et reflète une expérience unique, non une vérité absolue.

Pourtant, toutes ces perceptions d’un même symbole convergent vers un principe archétypal commun.

Au centre de la loge, sur le pavé mosaïque, le tableau de loge concentre les symboles, accessibles selon le niveau de conscience de chacun. En passant entre les deux colonnes, du profane au sacré, le Vénérable, aidé des officiers, ordonne le chaos et fait jaillir la lumière. L’Expert lève le voile de l’ego, révélant le tableau – miroir de notre intériorité. Autour de cet axe, de midi à minuit, nous tournons, animant les symboles dans nos cœurs et tissant un égrégore fraternel, reliant chacun à l’unité primordiale.

3. L’éveil : une porte ouverte

Si le symbole est une clé, c’est pour ouvrir la porte de l’éveil. Cette méthode maçonnique, semblable à un empilement de poupées russes, superpose idées et symboles en analogie et anagogie. À chaque tenue, en franchissant la porte des initiés, le Frère ou la Sœur vit un éveil spirituel renouvelé, unique selon le rite et le degré, même dans un même lieu. Lors d’une visite à un atelier différent à Ollioules, j’ai ressenti une expérience distincte, prouvant la puissance agissante des symboles rituels.

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

Les trois premiers degrés, ou « petits mystères », élèvent l’âme sur le plan humain, comme le souligne Guénon : une préparation aux « grands mystères » non abordés ici. L’éveil de l’apprenti est plutôt un « réveil », une récupération de la vision totale de soi et du monde, une conscience éclairée centrée sur sa lumière intérieure – sa pierre philosophale. Le V.I.T.R.I.O.L. guide cette quête, traversant la gangue de l’ego comme Thésée dans le labyrinthe.

Selon le prologue de l’Évangile de Saint Jean, lu avec compas et équerre sur l’autel, « Le Verbe était la vraie Lumière » en chacun, oubliée par le monde. Redécouvrir cette parcelle divine, se retrouver « ni nu ni vêtu, dépourvu de tous métaux », c’est viser l’état originel de l’homme primordial, pour un retour à la Lumière lors de la chaîne d’union.

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L’humanité et la Franc-maçonnerie

L’humanité ? Un mot noble, souvent gravé en lettres d’or… mais rarement poli comme une pierre. Avant de la proclamer, mieux vaut vérifier si elle tient dans la main, ou si elle glisse entre les doigts comme du sable rituel.

L’Humanité comme Alpha et Oméga : Le miroir de l’Autre

Dans un sens purement humain et social (le « regard de l’autre« ), l’humanité est effectivement l’alpha et l’oméga :

  • Alpha (Le Point de départ) : Le regard de l’autre est toujours et d’abord un regard humain. Notre conscience de nous-mêmes (notre « moi« ) se construit par le regard des autres humains (nos parents, nos pairs). L’humanité est donc la source, le point de départ de la construction de l’identité individuelle. On devient humain par et pour l’humain.
  • Oméga (La Finalité) : Ce que nous recherchons dans le regard de l’autre, c’est la reconnaissance de notre humanité. Nous voulons être reconnus comme des êtres dignes, membres à part entière de la communauté humaine. L’objectif final du regard de l’autre est souvent d’atteindre une forme de validation sociale et de légitimation de notre existence au sein de l’espèce.
  • La Limitation du Regard : Au-delà de l’Alpha et Oméga

Cependant, réduire le regard de l’autre à la seule humanité est limitant pour deux raisons majeures :

a. Le Regard Non-Humain (L’Écologie et l’Éthique)

De plus en plus, le regard philosophique s’élargit. Le « regard de l’autre » peut inclure :

  • Les animaux : De nombreux philosophes et écologistes plaident pour l’intégration du regard des êtres sensibles non-humains dans notre éthique. Le traitement que nous leur réservons est une réflexion sur notre propre humanité, mais le regard (ou la souffrance) de l’animal est un autre regard qui n’a pas l’humain pour alpha et oméga.
  • La Nature : Le « regard » d’un paysage ou la « réaction » d’un écosystème à nos actions peut être interprété comme une forme de miroir non-humain.

b. Le Regard Intérieur (La Subjectivité)

L’alpha et l’oméga ultime du regard de l’autre n’est pas l’humanité, mais l’individu.

un sculpteur assis - Tableau de Bernard Bonave
Tableau de Bernard Bonave
  • Même s’il est construit socialement, le regard de l’autre est toujours filtré par ma subjectivité. C’est moi, l’individu, qui décide de la valeur et de l’impact de ce regard.
  • Le regard de l’autre s’arrête là où commence ma conscience de soi. Je peux rejeter ou accepter ce que l’autre me renvoie.

L’humanité est l’arène, le cadre nécessaire à l’expression du regard de l’autre. Elle est le lieu où la relation se tisse.

Mais si on considère que l’alpha et l’oméga est une fin absolue, alors le regard de l’autre doit dépasser l’humain pour englober le sens de l’existence et l’éthique globale (regard du cosmos, de la nature, de la transcendance), où l’humanité n’est plus la fin, mais une étape.

  • Le Symbole est Porté par les Loges Humanistes

Historiquement, les Grandes Loges de tendance libérale ou adogmatique ont souvent fait de l’Humanisme leur cheval de bataille. Elles mettent en avant l’Homme comme la valeur suprême et l’objet central de la construction.

Dans cette optique :

  • Alpha (Le Début) : La Loge travaille pour l’amélioration de l’Homme lui-même (travail sur soi) et le perfectionnement de la société humaine (philosophie).
  • Oméga (La Fin) : Le but ultime est l’avènement d’une humanité éclairée et fraternelle, où l’individu est libre et responsable. Le regard du Maçon, dirigé vers l’extérieur, se termine par la reconnaissance de l’autre comme un Frère, sans distinction de dogme ou de croyance.
  • La Vocation Sociale : Ce symbole justifie l’engagement maçonnique dans les débats de société, la défense des droits humains et la laïcité.
  • Les Loges Traditionnelles : L’Humanité comme Miroir, Non comme Absolu

Pour les Grandes Loges plus traditionnelles, ce symbole est plus nuancé et n’est pas l’absolu :

  • Le G.A.D.L.U. est l’Alpha et l’Oméga : La finalité de la quête n’est pas l’Humanité elle-même, mais le Grand Architecte de l’Univers (G.A.D.L.U.), qui est l’Être Suprême ou le Principe Créateur. L’humanité est alors le moyen (le chantier, le Temple à construire), mais pas la fin suprême.
  • L’Humanité comme Instrument : Le Maçon travaille pour se rapprocher de la Vérité Transcendante. Le regard de l’autre est un miroir qui l’aide à limer sa pierre et à réaliser le plan du G.A.D.L.U
  • La Limitation : L’Homme n’étant pas parfait, il ne peut être l’Alpha et l’Oméga. Le considérer comme tel serait tomber dans un anthropocentrisme qui exclut toute dimension spirituelle ou métaphysique.
  • Dans une obédience humaniste, ce symbole est un pilier fondamental.
  • Dans une obédience traditionnelle, l’humanité est considérée comme une valeur suprême et le champ d’application de la Fraternité, mais elle reste subordonnée à la quête d’un Principe Supérieur.

Dans ce contexte « l’humanité » n’est en fin compte qu’un slogan vendeur et non une réalité abstraite ?

Faut-il penser que le terme « humanité » risque d’être réduit à un slogan vendeur (un « cheval de bataille« ) s’il n’est pas soutenu par une réalité plus profonde.

Pourquoi l’Humanité peut devenir un Slogan

Représentation désuète d’un modèle de société disparu… Ou peut-être pas.

Dans le discours public ou même obédientiel, le terme « humanité » est souvent utilisé de manière vague. Il devient un slogan lorsqu’il est :

  1. Réduit à l’engagement social : Si l’action de la loge se limite à des prises de position publiques ou à de l’activisme social, l’Humanité devient un étendard politique, perdant sa profondeur initiatique.
  2. Dépourvu de métaphysique : Dans les obédiences qui rejettent toute référence à une transcendance (le G.A.D.L.U. ou un Principe Créateur), l’Homme devient sa propre fin. S’il n’y a rien « au-dessus » de l’Homme, le risque est de tomber dans un anthropocentrisme orgueilleux, où l’Humanité est l’objet de son propre culte, ce qui peut freiner la véritable humilité initiatique.

L’Humanité comme Réalité Abstraite et Initiatique

Le véritable sens de l’Humanité en maçonnerie est justement d’être une réalité abstraite et spirituelle, et non un simple slogan.

  • Le Travail sur la Pierre : Le travail du maçon est de polir sa propre « pierre brute » pour la rendre apte à entrer dans le Temple. Cette pierre, c’est l’individu. La somme de ces pierres individuelles et améliorées forme l’Humanité. La réalité abstraite n’est donc pas l’Humanité que l’on voit (la foule), mais l’Humanité que l’on construit (le Temple idéal).
  • La Fraternité Universelle : L’Humanité est l’abstraction de la Fraternité. Elle est l’idée que tout homme est un Frère potentiel. C’est une vision idéale et utopique qui sert de boussole éthique. C’est le devoir d’être humain qui est abstrait, non le fait de l’être.

En fin de compte, la distinction se fait sur le lieu du chantier :

  • Si l’Humanité est le slogan, le chantier est à l’extérieur (dans les médias, les discours).
  • Si l’Humanité est la réalité abstraite, le chantier est à l’intérieur (dans le cœur et la raison de chaque maçon) et se reflète ensuite, naturellement, à l’extérieur.

Le danger est toujours là : toute noble cause peut être réduite à un simple slogan si elle n’est pas vécue dans la profondeur du symbole.

L’exemple le plus frappant pour illustrer à la fois l’absurdité et l’extravagance de considérer l’humanité comme l’alpha et l’oméga du regard de l’autre est le mythe de Sisyphe, tel qu’interprété par Albert Camus.

Sisyphe qui remonte la montagne
  • Le Mythe de Sisyphe : L’Absurdité Humaine

Le mythe de Sisyphe frappe par l’absurdité de la condition humaine lorsqu’on la considère comme sa propre fin.

  • L’Absurdité : Sisyphe est condamné à monter une énorme pierre au sommet d’une colline, pour la voir rouler immédiatement. Ce cycle éternel et vain est l’image parfaite de l’absurdité. Si l’humanité est son propre alpha et oméga, son regard ne mène qu’à une reconnaissance temporaire et illusoire avant que la mort ou l’oubli ne fasse « rouler la pierre » en bas. La finalité (l’oméga) n’est jamais atteinte, car elle est constamment annulée par le recommencement (l’alpha).
  • La vanité : Dans un contexte social, cela reflète la vanité de l’effort : l’individu passe sa vie à chercher la reconnaissance et la gloire dans le regard de ses contemporains (le sommet de la colline), mais cette reconnaissance s’éteint avec le temps, rendant l’effort globalement dérisoire à l’échelle cosmique. L’humanité est son propre point de départ et d’arrivée, mais le voyage est une boucle stérile.

La Révolte de Sisyphe : L’Extravagance Humaine

Camus, cependant, ne s’arrête pas à la condamnation. Il y trouve l’extravagance, au sens de démesure et de défi :

  • L’Extravagance (La Révolte) : L’extravagance de l’humanité réside dans sa prise de conscience de cette absurdité. Au lieu de se résigner, Sisyphe se révolte par sa conscience. C’est dans l’instant où il redescend la colline, sachant la vanité de sa tâche, qu’il devient supérieur à son sort. Il est plus grand que sa roche.
  • Le Triomphe de la Conscience : L’humanité pose son regard sur elle-même et s’autoproclame « alpha et oméga » malgré la connaissance de sa propre finitude et de son insignifiance cosmique. Cette affirmation, ce défi lancé au vide, est l’acte d’extravagance par excellence. C’est l’Homme qui dit : « Ma valeur n’est pas dans ce que je construis, mais dans le fait que je continue de construire en sachant que cela ne sert à rien. »

Ainsi, Sisyphe incarne le dilemme : son effort est absurde (la boucle sans fin), mais sa conscience de cet effort est extravagante et magnifique.

Si Sisyphe incarne l’absurdité de l’effort humain face à l’inutilité cosmique, Atlas, lui, en révèle la limite : non plus celle du sens, mais celle du poids.

Là où Sisyphe pousse sans fin, Atlas ploie sous le Tout. Le premier se révolte par la conscience, le second par la lucidité du fardeau. Ensemble, ils dessinent les deux visages de l’extravagance humaine : l’un dans le défi, l’autre dans le refus.

  • Atlas : La Limite de l’Oméga Humain : 

Atlas, condamné à porter la voûte céleste (parfois assimilée au monde), illustre les limites de l’ambition et de la prétention de l’Humanité à être son propre « Oméga » (la fin et l’accomplissement).

a. L’Absurdité de l’Impuissance (Le Refus)

  • Le Fardeau : Atlas représente l’Humanité qui s’impose ou se voit imposer le fardeau de la totalité, la misère, l’histoire, la responsabilité universelle.
  • Le Cri : La phrase « Je ne peux porter la misère du monde » devient le cri d’alarme de l’Humanité. Elle révèle l’absurdité de cette prétention. L’Humanité, en se déclarant Alpha et Oméga, s’attribue une tâche titanesque qu’elle est physiquement et moralement incapable de réaliser.
  • L’Échec du Regard : Le regard de l’autre est trop vaste, trop lourd. L’Humanité ne peut pas tout englober, tout juger, tout soutenir. L’absurdité est dans l’hybris (la démesure) de croire qu’un seul regard peut suffire à légitimer l’univers entier. Le résultat est l’épuisement et l’écrasement.

b. L’Extravagance du Moment de Délivrance (La Ruse)

pierre brute,outils apprenti,ciseau,maillet
pierre brute avec maillet et ciseau

L’extravagance réside dans le court instant où Atlas dépose son fardeau « grâce à la ruse ».

  • Le Repos Transitoire : Cet instant symbolise la capacité de l’Humanité à déroger à sa propre fatalité. L’extravagance n’est pas de porter le monde, mais de savoir quand le déposer. C’est le moment où l’Homme refuse l’écrasement total et se permet de respirer, de se décharger, de refuser l’absolu qu’il s’est imposé.
  • Le Paradoxe du Regard : L’Humanité, en disant « Je ne peux porter… », se révèle paradoxalement dans toute sa force : celle de la limite lucide. L’extravagance est de reconnaître sa finitude tout en continuant d’exister. C’est un acte de modération qui, dans un monde obsédé par la totalité, devient un geste radical et démesuré.

Atlas ajoute la dimension de l’éthique de la limite : pour que l’Humanité soit l’Oméga (la fin accomplie), elle doit d’abord accepter qu’elle ne peut pas être le Tout.

Conclusion :

Sisyphe poussant sa boule

L’Humanité, donc, n’est ni un slogan à imprimer sur des t-shirts de loge, ni une fin cosmique à graver sur le fronton du Temple. Elle est ce chantier intérieur, ce miroir parfois brisé, parfois grossissant, dans lequel le Maçon apprend à se reconnaître sans se prendre pour le centre du monde.

Car si Sisyphe pousse sa pierre avec panache, et qu’Atlas porte le ciel avec dignité, le Maçon, lui, apprend à poser ses outils… et parfois même à les oublier dans un coin, juste pour le plaisir de contempler le chantier en silence.

Et si l’Humanité devait vraiment être l’Alpha et l’Oméga, espérons qu’elle n’oublie pas de passer par la lettre “H”… comme Humour, Hésitation, et parfois… Hâblerie.

La nature du temps et Franc-maçonnerie

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La nature du temps est complexe et doit être considérée sous différents angles. En physique classique, il s’agit d’un flux absolu et linéaire, inarrêtable et uniforme. Mais la théorie de la relativité d’Einstein l’a redéfinie comme une dimension relative, intimement liée à l’espace, qui se courbe sous l’effet de la vitesse et de la gravité. En physique, la « flèche du temps » est liée à l’entropie et à l’irréversibilité des processus naturels : le passé ne revient pas et le futur est ouvert.

D’un point de vue psychologique et philosophique, le temps est aussi une expérience subjective : un flux de mémoire, de perception et de conscience, qui contraste avec la conception objective de la science.

Mais alors : qu’est-ce que le temps maçonnique ?

Et quel rapport cela a-t-il avec ce temps « réel » que nous mesurons avec des horloges et des calendriers ? Combien de temps consacrons-nous à la Franc-Maçonnerie et quel poids cela pèse-t-il sur nos vies ? Est-ce qu’il y a toujours du temps ? Peut-on le récupérer ? Est-ce une perte de temps ?

Lorsqu’un homme ou une femme rejoint la Franc-Maçonnerie, il ou elle proclame un pacte avec le Temps lui-même. Chaque heure passée, chaque séance, chaque tâche symbolique devient une contrainte pour le Temps.

Ce n’est pas seulement du « temps libre » : c’est du temps consacré, distillé, mis à disposition de la Lumière et de la fraternité. C’est un investissement ésotérique, une offrande.

Dans le temps maçonnique, la minute n’est pas banale : une pause de réflexion, un silence, un regard. Elle incarne la croyance que chaque geste, si petit soit-il, peut être éternel dans le cœur de l’initié. C’est pourquoi, au Temple, on ne parle pas d’heures ordinaires : on parle d’Instants, et ceux qui y entrent le savent.

Mais le regard de l’initié connaît une dure vérité : il n’existe pas de temps réel, parfait et linéaire pour se consacrer à jamais à la Franc-Maçonnerie. Le temps « humain » est rempli de contraintes : travail, famille, engagements, distances. Il est relatif. Mais c’est aussi un terrain sur lequel semer.

Il y a un temps pour étudier, un temps pour construire, un temps pour transmettre. Et il y a un temps où l’on est « hors du temps » : quand on n’a plus cette énergie, quand les blessures de la vie se retournent contre soi, quand l’épuisement engraisse l’âme.

Mais il faut avoir le courage de le dire : être hors du temps n’est pas un péché, c’est une condition ! Ne nous culpabilisons pas, mais cherchons plutôt des moyens de nous rétablir. Un jour, en regardant en arrière, vous réalisez que vous avez laissé des espaces vides, des méditations interrompues, des silences non dits.

Et vous pensez :

J’ai perdu des heures avec des distractions inutiles.

Mais voici la vérité : un franc-maçon qui a parcouru un chemin plus long découvre que le temps n’est jamais perdu. Chaque pas, même le mauvais, a formé la pierre intérieure. Chaque doute a tempéré la volonté. Chaque absence a enseigné le manque comme une étoile directrice.

Le temps maçonnique n’est pas linéaire. Il est circulaire, cyclique et porte en lui erreurs et renaissances. Tu peux te rétablir. Tu peux revenir. Tu peux rattacher les chaînes, relever la boussole, partager le pain des présences retrouvées.

Ce n’est pas facile, car le temps ordinaire passe vite et la vie piétine vos rêves. Mais le temps maçonnique agit comme une toile de fond, c’est un souffle constant qui ne s’arrête jamais.

Les Latins disent :

Temps fugitif.

Le temps passe vite.

Pourtant, dans la Franc-Maçonnerie, il y a un « temps qui reste ».

Tempus edax rerum

Le temps qui dévore toutes choses

Le temps dévore tout.

Mais la mémoire, le symbole et le sacrifice restent des pierres inextinguibles sur notre chemin initiatique.

Michel-Ange a dit un jour :

Le temps est court, l’art est éternel.

Ainsi, le chemin que nous parcourons ne doit pas se mesurer en années, mais en intensité, en cohérence et en lumière.

Je ne veux pas vous cacher que la route est semée d’embûches. Il y a des moments où l’on se demande si l’on a bien fait de choisir ce chemin exigeant. Dans ces moments-là, le temps semble nous punir, nous tirer vers le bas.

Le monde appelle, la vie appelle. Mais ceux qui sont francs-maçons de l’intérieur le savent : ces jours où l’on écoute, plutôt que de fuir, ne sont pas perdus. Le silence n’est pas un temps perdu, car en lui, la voix de Dieu parle plus clairement.

Et quand, après de nombreuses années, un jour donné, en vous regardant dans le miroir, vous dites :

Non, ce n’était pas une perte de temps.

tu as l’impression de ne pas mentir. Car peu importe la fragilité du pas, ce qui compte c’est que vous ayez continué. Pourquoi pouvoir dire

J’ai servi, j’ai aimé, j’ai cherché la Lumière

c’est la seule mesure qui compte.

Le véritable franc-maçon sait que le voyage est sans fin, que même les périodes les plus sombres sont porteuses de germes. Ainsi, tandis que la vie s’écoule au fil des jours et des saisons, le temps maçonnique continue, tissé tel un fil invisible reliant le profane au sacré.

C’est pourquoi vous connaissez le chemin que vous avez emprunté. Non par prétention à maîtriser le temps, mais par loyauté envers le « temps qui vous a choisi ».

Et chaque moment que vous y consacrez, même tard, n’est jamais perdu.

Pour le meilleur.

Vers de plus grandes choses.

Toujours!

Autres articles sur ce thème

La parole du Véné du lundi : « Il ressemble beaucoup au Bouddha… ! »

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Ah, quel bonheur de commencer la semaine avec une bonne dose de cynisme bien tassé ! Aujourd’hui, plongeons dans l’absence criante du corps dans la Franc-Maçonnerie, cette noble institution où l’on parle beaucoup… mais où l’on oublie étrangement d’inscrire son corps dans l’espace sacré. Pas de lien subtil entre les agapes et le symbolisme maçonnique, hein, ni avec les cycles saisonniers – non, non, on ne mange pas, on se goinfre ! Le vin coule à flots, la respiration pendant les tenues ressemble à un marathon de ronflements, et après, c’est la même débâcle. Franchement, on dirait une fête de village déguisée en rituel sacré.

Et que dire du Vénérable ? Il nous sert des sermons moraux à faire pâlir un curé un dimanche matin, avec des discours enflammés sur la vertu et la lumière. Mais quand on regarde la mise en pratique des principes de base appris à l’apprentissage – vous savez, ces bases que même un bleu devrait réciter dans son sommeil –, c’est le blackout total. Un petit rappel pour les distraits qui n’ont jamais croisé leur instructeur ou le Second Surveillant : le fil à plomb pour la loi de la gravité, la lune et le soleil pour l’alternance, le pavé mosaïque pour l’harmonie des contraires, le ciseau, le maillet et la pierre brute pour le principe actif et passif… Ça vous revient, là ? Alors pourquoi étudier tout ça uniquement quand la bavette est relevée, hein ?

Peut-être pour saisir les lois invisibles qui dansent dans notre monde matériel – ou juste pour impressionner les copains avec un air savant ?

Mais soyons sérieux deux secondes (c’est rare un lundi matin) : à quoi bon cultiver la fraternité du Compagnon au deuxième degré si on n’a pas décrypté le sens sacré du premier ? Cultiver son ventre, oui, mais sa sagesse, on repassera. Comme le soulignait avec malice Franck Fouqueray dans une vieille chronique qui m’a inspiré ce brûlot, le maçon ressemble au Bouddha – pas pour la forme éthérée de sa sagesse, non, mais pour la rotondité bien réelle de son abdomen après les agapes. Et franchement, en 2025, rien n’a changé : on parle, on mange, on boit, et le corps reste aux abonnés absents. Allez, à vos maillets les VM, et bonne semaine, mes Soeurs et mes Frères !

EXCLUSIF – Interview de Liliane Mirville – Grande Maîtresse de la GLFF

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En pleine période d’anniversaire des 80 ans de la Grande Loge Féminine de France, la Grande Maîtresse Liliane Mirville, qui vient d’entamer son deuxième mandat, malgré les préparatifs des festivités, elle a accepté de nous accorder un entretien afin de répondre aux questions de notre rédaction.

450.fm – Si vous deviez résumer votre première année de Grande Maîtrise en un mot ou en une image, que choisiriez-vous ?

Réponse : Liliane Mirville

Logo GLFF

Si je devais résumer ma première année de Grande Maîtrise en un seul mot, ce serait « Élan ». Élan vers l’avenir, élan pour renforcer nos valeurs, élan pour accueillir de nouvelles sœurs et dialoguer avec la société.

Liliane Mirville Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France

 Je devais l’illustrer par une image, je choisirais celle d’un arbre en pleine croissance : ses racines profondes plongeant dans notre tradition, son tronc solide grâce à l’engagement des sœurs, et ses branches s’ouvrant vers le ciel, prêtes à accueillir la lumière et à donner des fruits.

Cette année a été pour moi le temps d’ancrer et de transmettre, mais aussi d’ouvrir et de construire.

450.fm : Que signifie, pour vous, porter la charge de Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France ?

Réponse : Liliane Mirville

Cité du couvent

Porter la charge de Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, c’est avant tout :

Un honneur et une grande responsabilité. Histoire, engagement et avenir se mêlent et se rencontrent dans cette fonction :

Un honneur aussi d’incarner une obédience riche de huit décennies de travail et de transmission ;

 Et Une grande responsabilité. La GLFF est la plus importante obédience féminine dans le monde, elle compte aujourd’hui 13 000 sœurs dans 459 Loges réparties dans l’hexagone, les Outre-Mer et à l’étranger Cette place unique dans le monde doit être préservée malgré les convoitises de certaines obédiences.

C’est aussi porter la voix de la GLFF dans la société, de défendre, avec force et vigueur, les valeurs universelles de la République, les droits des femme menacés aujourd’hui et de s’impliquer dans des actions de solidarité comme nous le faisons en interne auprès des Sœurs et au travers de notre fonds de dotation « femmes ensemble » 

Être Grande Maîtresse, c’est plutôt servir, avec humilité, conviction et fidélité à notre idéal : permettre à chacune de trouver sa place, de grandir, et de participer au grand chantier collectif qu’est la construction d’un monde plus juste et plus fraternel

450.fm : Pouvez-vous citer un projet qui, selon vous, a profondément marqué l’obédience cette dernière année ?

Réponse : Liliane Mirville

Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent
Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent

Je crois que la mise en place des orientations stratégiques de la GLFF pour les 3 années à venir, résultante des attentes de toutes les sœurs sur l’ensemble des 13 régions a très fortement marqué l’Obédience.

C’est un véritable changement de méthode culturelle. Je pense qu’il faut savoir écouter toutes les Soeurs, prendre en compte les opinions pour construire l’avenir de la GLFF.

Ce projet illustre parfaitement ma volonté de conjuguer tradition et modernité, et de montrer que la Franc-maçonnerie féminine reste un lieu vivant de réflexion, d’engagement et de fraternité.

450.fm : Quels ont été vos plus grands défis, sur le plan interne comme externe ?

Réponse : Liliane Mirville

Sur le plan interne, après 1 et 4 mois de mandat, mes 3 plus grands défis sont

1. Le premier défi, tout d’abord, c’est la Communication interne. Elle s’est améliorée grâce à la mise en place d’un nouveau système d’information interne EPONA (Espace partage d’Outils de navigation et d’Administration), opérationnel depuis le 3 juin 2024. Cet Outil moderne a permis d’améliorer la transversalité facilitant la fluidité du partage d’informations et de communication entre les salariées, les loges et les instances dirigeantes.

En outre il renforce le sentiment d’appartenance et la transparence. 73% de taux de connexion des Soeurs constatés à ce jour. Nous en attendons davantage car la montée en charge est progressive

 2. le deuxième défi est le renforcement de la cohésion d’équipe par la mise en place en mars 2025 d’une réorganisation administrative du siège social, selon le modèle organisationnel associatif : Dirigeance et Gouvernance avec de nouveaux recrutements dans la cadre d’une masse salariale maîtrisée. Le climat social serein et l’esprit de collaboration et d’entraide sont favorisés.

3. le troisième est l’engagement sociétal Nous nous efforçons de promouvoir nos valeurs humanistes et républicaines. Nous devons naviguer avec prudence dans le paysage sociétal pour éviter les polémiques tout en restant fidèles à nos principes adogmatiques et apolitiques.

Sur le plan externe

Liliane Mirville Grande Maitresse de la GLFF – Inauguration Temple Eliane Brault GLDF

1. Un Reconnaissance institutionnelle s’impose pour un meilleur rayonnement. Bien que le GLFF soit la plus grande obédience féminine dans le monde, elle doit accroître sa visibilité par rapport à d’autres Obédiences. Le développement important des manifestations (conférences publiques, colloques etc..) devrait nous permettre d’avoir davantage d’influence et de capacité à défendre les causes qui nous sont chères.

2. Le Recrutement est également vital pour notre obédience : La moyenne d’âge est de 62 ans, aussi nous devons donner envie aux jeunes profanes de venir nous rejoindre en mettant en valeur nos spécificités féminines et nos valeurs humanistes tout en maintenant la qualité des échanges et de réflexion au sein des loges. C’est un défi constant. Nous devons trouver les moyens innovants pour nous faire connaître et séduire des femmes de toutes origines et générations

450.fm : Quels objectifs considérez-vous avoir pleinement atteints ?

Réponse : Liliane Mirville

Je peux donner quelques objectifs atteints

 L’Expansion internationale et le rayonnement se poursuivent avec la création d’obédiences féminines. Nous avons initié depuis 43 ans (1982) la Fondation de nombreuses loges, d’obédiences féminines dans plusieurs pays en Europe et en Afrique. Ils font partie du Centre de Liaison International de la Maçonnerie Féminine (CLIMAF) qui regroupe aujourd’hui 12 obédiences féminines dans le monde, en Europe et Afrique renforçant les liens et la coopération entre nous.

Au convent 2026, nous voterons pour la création d’un obédience féminine au Gabon.

 S’agissant d’engagement humanitaire et de solidarité, nous poursuivons nos actions avec ardeur et cœur. Nous avons été nombreuses à apporter de l’aide à nos Sœurs Calédoniennes, à l’opération Octobre Rose et aux personnes sinistrées de la catastrophe d’Espagne, à Mayotte A ceci s’ajoute les secours aux sœurs en difficultés.

 La solidarité dans la cité continue grâce aux subventions versées par le Fonds de dotation « Femmes ensemble » au femmes exclues, dans la rue. Enfin, l’association « Ma fraternité Ton Humanité » créée en 2022 en réponse à la guerre en Ukraine, cette association incarne l’engagement fraternel de la GLFF envers les populations en détresse

 Le rayonnement culturel et intellectuel se poursuit par la participation aux journées du patrimoine, Temples ouverts offrant au public une immersion dans notre histoire et nos valeurs

Ces réalisations témoignent de l’engagement constant de la GLFF envers l’émancipation des femmes, la solidarité internationale et la diffusion de ses valeurs humanistes.

450.fm : Au moment des 80 ans de l’Obédience, quels sont vos objectifs prioritaires ?

Réponse : Liliane Mirville

Pour ses 80 ans de notre obédiences, nous entendons, fédérer, stimuler, renforcer la cohésion autour d’un projet historique commun.il doit être la traduction de la fierté d’appartenance à la GLFF, d’en partager ses spécificité, ses valeurs ses combats.

Nous laissons libre-cours aux Soeurs de leurs projets par des actions variées, tels que colloques, conférences, expositions, témoignages, festivités et toutes autres initiatives au cours de l’année à venir qui peuvent enrichir cet événement mémorable autour du thème « Inspiration, Création, Transmission en GLFF », en rappel au livre De la Beauté à la Joie élaboré par et pour nos Soeurs artistes, et qui a inauguré nos célébrations à notre dernier Convent.

450.fm : Pouvez-vous nous en dire plus sur les célébrations autour de cet anniversaire ?

Réponse : Liliane Mirville

C’est tout d’abord, à Paris, UN ÉVÉNEMENT NATIONAL. Le lancement officiel de cet anniversaire aura lieu mardi 21 octobre 2025, matin à la Cité du Couvent à Paris, en présence des invités institutionnels – Grandes Maîtresses, passées Grande Maîtresses, Grands Maîtres des Obédiences amies, maire, journalistes, etc.- et des Soeurs de la GLFF, et aussi en distanciel grâce à une diffusion vidéo en direct, disponible ensuite en replay sur Epona.

En province, UNE PLURALITÉ DE MANIFESTATIONS. Dans tous les territoires de la GLFF, dans toutes les régions, de nombreuses actions se préparent à l’initiative de loges organi­satrices mobilisées pour ce chantier si exaltant.

Dominique ELOUDY-LENYS

Un film, DOCUMENTAIRE institutionnel de 60 minutes, réalisé par notre soeur Dominique Eloudy-Lenys sera présenté le 21 octobre 2025 puis mis à la disposition des loges, sur demande à l’Obédience, en tant qu’outil de communication pour toutes nos manifestions.

Un documentaire de 20 minutes destiné aux profanes sera mis sur le site Grand public.

UN RECUEIL « CÉLÉBRATION DES 80 ANS » rassemblant toutes leurs actions et travaux produits à l’occasion de cet anniversaire sera disponible lors du Convent 2026. Leurs manifestations et les documents sont labellisés par la GLFF

450.fm : Est-ce que les célébrations ne se dérouleront que les 21 et 25 octobre ?

Réponse : Liliane Mirville

Les festivités des 80 ans de notre Obédience se dérouleront pendant une année, jusqu’au 21 octobre 2026. Nous laissons tout le temps aux Loges de s’organiser pour mettre en place des actions. Le chantier sera pluriel et exaltant, à l’image de notre diversité, de notre richesse.

450.fm : Comment la GLFF va-t-elle évoluer selon vous, pendant votre mandat, en termes de vie rituelle, d’organisation et de rayonnement ?

Réponse : Liliane Mirville

En termes de Vie rituelle

 Notre obédience prône la pluralité de rites ce qui est une véritable richesse

Nous maintenons et enrichissons nos rituels traditionnels sans en modifier le sens profond tout en les adaptant aux attentes contemporaines des membres en collaboration avec les garants des rites

Tablier de Maîtresse REAA

Nous développons de nouvelles approches pédagogiques et initiatiques pour renforcer la compréhension et la profondeur des pratiques rituéliques. A cet effet, nous avons organisés une visio conférence sur l’essence de chacun des 5 rites pour toutes les Sœurs de la GLFF. Sa grande qualité et son succès nous amène à reconduire l’essai en 2026

L’écoute et l’ouverture est donc une de mes priorités car le travail rituélique est la base de l‘éveil de nos sœurs, dans ce lieu privilégié que sont les loges.

S’agissant de l’Organisation.

La réforme administrative et la communication interne et externe que je viens d’évoquer, mises en place vont métamorphoser notre organisation

Sur le plan du Rayonnement

Je pense que l’évolution de nos actions sur les territoires et de notre communication externe devrait participer grandement au développement de notre rayonnement dans le monde.

L’Ouverture et le dialogue avec la société civile, les institutions et d’autres obédiences devraient être les principaux vecteurs. La promotion des valeurs fondatrices de liberté, d’égalité et de fraternité sont à traduite à travers des projets concrets et visibles.

Le développement de la visibilité et de la notoriété de la GLFF au niveau national et international sont nécessaires grâce aux outils numériques et digitaux

450.fm : Quelles avancées majeures pensez-vous mener dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?

Réponse : Liliane Mirville

Je constate quelques avancées dans le dialogue interobédientiel au travers d’organisation de rencontres régulières : conférences communes par exemple avec la GLDF le 15 juin sur le thème « Etre Franc maçon citoyens :de la réflexion en loges à l’acte citoyen » bientôt les 80 ans et des tables rondes sur l’initiatique sur le thème REAA fin Janvier à Lyon

La mise en œuvre de chantiers interobédentiels tels que l’observatoire sur l’antimaçonnisme à l’initiative de la GLDF, ou la préparation d’un colloque 2027 avec le DH sur Eliane Braut permettent aussi de renforcer le dialogue inter obédientiel et de démontrer que notre obédience maçonnique féminine est ouverte à la réflexion humaniste

Cependant, ce dialogue inter-obédientiel reste limité à quelques obédiences partageant les mêmes convictions humanistes. Je citerai la signature commune de certains communiqués de presse par un petit nombre d’obédiences. Le dernier en date du 24 Août 2024 portant sur la « Lutte contre l’antisémitisme ; un appel à la vigilance et eu respect de la liberté de conscience », n’a été signé que par 5 obédiences (GODF, DH, GLFF, GLMU, GLMF)

Au niveau européen, la création d’une nouvelle structure UMLI face à l’AME m’a surprise. Je pense que nous devons mettre en place des projets communs sur des valeurs partagées l’éducation, la solidarité permettant de créer un terrain concret de coopération

L’objectif est de dépasser les divergences traditionnelles pour renforcer la visibilité et l’impact social de la maçonnerie féminine dans son ensemble.

Il n’en demeure pas moins que le dialogue entre les obédiences et entre Les grandes Maîtresses et Grands Maitres sont bons Les échanges sont toujours constructifs et fraternels.

450.fm : Et les relations avec la société civile ?

Réponse : Liliane Mirville

Les Relation avec la société civiles s’effectue au travers d’actions menées par la GLFF.

Je pense que notre travail approfondi sur la loi sur la fin de vie a suscité, tant du côté des parlementaires que de la ministre, un intérêt certain. Si on en juge les reprises de certaines de nos propositions dans le premier projet de loi dont nous attendons un vote définitif.

450.fm : Vous rendez hommage aux pionnières mais que souhaitez-vous pour l’avenir de la GLFF ?

Réponse : Liliane Mirville

En hommage aux pionnières qui ont tracé la voie, nous voulons une GLFF vivante, audacieuse et profondément engagée, ouverte à tous les dialogues humanistes – universalistes et résolument tournée vers un avenir solidaire juste et fraternel

450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être poursuivis dans l’immédiat ?

Réponse : Liliane Mirville

Le renforcement de l’identité féminine de la Grande Loge féminine de France dans le paysage maçonnique et le rajeunissement de nos effectifs.

Notre identité féminine doit être mise encore plus en valeur dans un monde de Frères. Notre histoire d’émancipation, nos valeurs féminines, ce qui nous relie, ce qui nous unit etc. Certaines Obédience considèrent le recrutement de femmes comme variable d’ajustement de leurs effectifs, je dis non à ces considérations. En tant que femmes, nous devons être respectées, être à égalité avec les hommes en Franc maçonnerie comme dans la société.         

Le rajeunissement de nos effectifs passe par la réponse à la quête de sens des jeunes femmes. Nous les séduirons par une offre de la spiritualité. Car dans un monde désorienté, débosselé, les jeunes ont un grand besoin spirituel. Ils sont à la recherche d’une école de vie fraternelle. Alors à nous Franc-maçonne de leur offrir une spiritualité ouverte ne les enfermant pas dans une vision conservatrice et communautariste.

450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la Franc-maçonnerie en France et dans le monde ?

Réponse : Liliane Mirville

Fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Franc-maçonnerie doit se réinventer avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, s’engager et éclairer davantage le monde d’aujourd’hui et de demain.

 Je pense que les fondamentaux de notre tradition resterons le socle de notre démarche initiatique mais évolueront dans un contexte sociétal et numérique différent

En ce sens, la Franc Maçonnerie permettra de réaliser une forme d’osmose entre tradition et modernité digitale

L’intelligence artificielle devra respecter un certain nombre de valeurs au regard de la Franc-maçonnerie qui œuvre dans « le ici et maintenant » pour l’amélioration de l’humanité. Les possibilités de l’IA pourraient remettre les valeurs portées par la maçonnerie au cœur du système. L’IA serait ainsi considérée comme un allié extérieur qui ne doit pas nous déconnecter de notre allié intérieur, de notre chemin de Spiritualité, d’émerveillement et de rêve.

La tradition reposant sur la Transmission de nos valeurs et une méthode humaniste, universelle tout en étant délibérément tournée vers la modernité.

450.fm : Quels défis attendent toutes les obédiences dans les prochaines années ?

Réponse : Liliane Mirville

Le non renouvellement de leurs cadres par des jeunes générations conduira inévitablement à un déclin en termes d’effectifs.

Mais le véritable déclin est celui de l’entrée du profane dans nos loges qui n’a pas su se remettre en question, ni offrir aux profanes une spiritualité ouverte. Faute de proposer activement une dimension spirituelle, la Franc-maçonnerie apparaîtra dépassée dans un monde en pleine mutation.

À nous de réagir, de nous renouveler dans notre approche du monde.

La transmission des nouvelles générations seront des incontournables pour la prospérité de la FM. Il faut assurer la continuité des valeurs et du savoir-faire en formant les futurs membres. Mais aussi sensibiliser les nouvelles générations aux enjeux contemporains et aux responsabilités maçonniques.

Il s’agit de trouver un équilibre entre tradition et pratiques contemporaines et développer les outils numériques pour soutenir le travail maçonnique et la vie des loges.

« la tradition n’est pas le culte des cendres, mais la transmission du feu. »

Tel que l’a affirmé Gustav Mahler,

Et ce feu, nous le gardons actif, non pas en répétant mécaniquement, mais en vivant symboliquement, intérieurement et en conscience.

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à toutes les Sœurs et tous les Frères de la FM, quel serait-il ?

Réponse : Liliane Mirville

Chères Sœurs, chers Frères, continuons à marcher ensemble dans l’esprit de fraternité, en restant fidèles à nos valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

 Que notre engagement, notre ouverture et notre entraide éclairent nos loges et la société tout entière, pour bâtir un avenir toujours plus juste et solidaire. »

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

Réponse : Liliane Mirville

Chers Frères et Sœurs de toutes obédiences, continuons à bâtir des ponts entre nos traditions, à cultiver le dialogue, la tolérance et la solidarité, afin que la franc-maçonnerie reste un vecteur de lumière et d’engagement dans le monde.

Franc-maçonnerie en Angleterre : une stigmatisation persistante, symptôme des tensions d’une époque en crise

De notre confrère anglais thesun.co.uk

Dans les brumes londoniennes d’octobre 2025, la Franc-maçonnerie, cette institution séculaire née au XVIIe siècle des guildes de tailleurs de pierre, se trouve à nouveau sous les feux croisés d’une suspicion institutionnalisée. Alors que la Metropolitan Police (Met) – plus grande force de police du Royaume-Uni avec 33 000 agents – envisage d’imposer la déclaration obligatoire des affiliations maçonniques à ses officiers, les Francs-maçons anglais font l’objet d’une stigmatisation renouvelée, mêlant scandales réels, perceptions amplifiées et un contexte sociétal tendu.

Ce n’est pas une chasse aux sorcières isolée, mais un signe des temps : dans une ère de défiance généralisée envers les institutions, de révélations post-#MeToo et de polarisation post-Brexit, la Maçonnerie incarne pour beaucoup un « club d’hommes blancs » opaque, symbole d’un establishment jugé corrompu. Pourtant, derrière les théories conspirationnistes, cette vague anti-maçonnique révèle plus sur les fractures de la société britannique que sur les loges elles-mêmes.

Un scandale déclencheur : l’affaire de l’agression sexuelle et les liens maçonniques

L’étincelle récente remonte à août 2025, lorsque cinq hauts gradés de la Met, basés dans l’ouest de Londres, ont été arrêtés pour suspicion de couverture d’une agression sexuelle. Un sergent-détective est accusé d’avoir molesté une collègue lors d’une fête de Noël ; la plainte, déposée par la victime, a été classée sans suite par une unité de déontologie locale, alimentant les soupçons de protection interne. Parmi les suspects, trois sont francs-maçons – dont l’agresseur présumé et deux complices allégués. Bien que les officiers nient toute irrégularité et que les enquêtes n’établissent pas (encore) de lien causal avec la Maçonnerie, un source policière anonyme confie à The Sun :

« Il n’y a pas de preuve que leurs liens maçonniques aient joué un rôle, mais cela crée une perception de faveurs accordées. »

Cette affaire s’inscrit dans une série de scandales à la Met, comme celui de la station de Charing Cross (2022), où des enregistrements secrets de la BBC ont révélé des propos sexistes et racistes chez des officiers, menant à neuf suspensions. Le commissaire Sir Mark Rowley, sous pression depuis son entrée en fonction en 2022, a réagi en annonçant un « durcissement des politiques sur les sociétés secrètes », visant explicitement la Franc-Maçonnerie. Fin septembre 2025, la Met lance une consultation pour ajouter la Maçonnerie à sa liste des « associations déclarables » – aux côtés des condamnations pénales ou professions comme le journalisme, susceptibles de compromettre l’impartialité. Le commandant Simon Messinger, chargé de la déontologie, justifie : « Nous recevons des rapports d’inquiétude sur l’impact potentiel sur les enquêtes, promotions et fautes disciplinaires. » Cette mesure, recommandée par le rapport Daniel Morgan de 2021 sur un meurtre non élucidé de 1987, pointe la Maçonnerie comme « source récurrente de suspicion et de méfiance dans les enquêtes ».

Une réponse maçonnique ferme : défense des droits et appel au dialogue

GLUA à Londres
GLUA à Londres

La Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), bastion de la Maçonnerie britannique comptant 170 000 membres en Angleterre et au Pays de Galles, n’a pas tardé à répliquer. Le 11 octobre 2025, elle publie un communiqué exprimant sa « préoccupation » face à cette « obligation générale de déclaration [qui] constitue une violation des droits fondamentaux à la vie privée et à la liberté d’association ». La GLUA rappelle que ses membres doivent déjà signaler tout conflit d’intérêts professionnel, et insiste : « Depuis trois siècles, les francs-maçons sont fidèles aux principes immuables d’intégrité, d’amitié, de respect et de service. » Elle attend un « dialogue » avec la Met, tout en évoquant des recours légaux potentiels, comme en 2009 et 2016, quand des politiques similaires ont été invalidées par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour atteinte à l’article 11 de la Convention (liberté d’association). La Met Police Federation, syndicat des agents, se joint à la fronde : son secrétaire général, Matt Cane.

Un historique de suspicions : de Knight à Starmer, 40 ans de préjugés

Cette stigmatisation n’est pas nouvelle ; elle est cyclique, alimentée par un mélange de faits avérés et de mythes conspirationnistes. Dès 1984, le livre The Brotherhood de Stephen Knight popularise l’idée d’un « réseau maçonnique secret » infiltrant police, justice et prisons pour couvrir crimes et promotions indûes – une thèse reprise dans des films comme From Hell (2001) liant les Maçons à Jack l’Éventreur. Des allégations similaires ont visé le naufrage du Titanic ou la catastrophe de Hillsborough (1989, 96 morts), sans preuves.

Les politiques anti-maçonniques officielles culminent en 1997-2009 sous le ministre Jack Straw : une déclaration obligatoire pour policiers et juges, coûtant des millions en ressources, est abrogée en 2010 après une victoire maçonnique à la CEDH. En 2016, le maire de Londres Sadiq Khan bloque un plan similaire à la Met pour « violation des droits humains ».

Pourtant, en 2025, sous le gouvernement travailliste de Keir Starmer, la boucle se referme : le rapport Daniel Morgan relance le débat, et des enquêtes comme celle de Channel 4 (janvier 2025) sur le scandale des grooming gangs de Rotherham accusent l’Independent Office for Police Conduct (IOPC) d’avoir minimisé des fautes pour protéger des officiers maçonniques présumés.

Des études parlementaires, comme celles du Home Affairs Committee (1997-1999), confirment un « problème de perception » sans preuves systémiques de corruption, mais soulignent des risques de biais dans les nominations judiciaires ou enquêtes policières. En 2017, Steve White, ex-président de la Police Federation, démissionne en accusant une « cabale maçonnique secrète » de bloquer ses réformes – une allégation vite démentie comme vengeance personnelle. Sur X, les débats s’enflamment : un post du 2 octobre 2025 lie la Met à un « contrôle maçonnique » empêchant l’avancée des femmes et minorités, tandis que d’autres, comme @Jam_RadioUK, titrent « La Loge dans la Loi : la Met confronte enfin la poigne de la Maçonnerie ». Symptôme des temps : défiance institutionnelle et quête de transparence

Pourquoi cette résurgence en 2025 ? Elle reflète les tensions d’une époque en crise : post-pandémie, la confiance dans la police britannique est au plus bas (seulement 60 % selon un sondage YouGov de septembre 2025), érodée par des scandales comme Rotherham ou les meurtres de Sarah Everard (2021) par un officier Met. Le rapport Casey (2023) sur la culture toxique à la Met dénonce des « WhatsApp groups » d' »old boys’ clubs » – une métaphore qui colle à la Maçonnerie, perçue comme un bastion blanc, masculin et élitiste (malgré ses efforts de diversification : 20 % de nouveaux membres ethniquement divers en 2024, via TikTok pour attirer les jeunes).

Le Brexit (2016) et l’ère Starmer amplifient cela : un gouvernement progressiste promettant « réformes radicales » cible les symboles d’opacité, mais risque de verser dans la discrimination. Comme l’écrit The Spectator (cité dans 450.fm), « Il y a quelque chose de vulgaire chez les francs-maçons » – une phrase qui cristallise un préjugé culturel, où la Maçonnerie oscille entre « rituels absurdes d’hommes âgés » et « société secrète manipulatrice ».

Aux États-Unis, l’anti-maçonnisme a culminé au XIXe siècle ; en Europe, il persiste, avec des lois restrictives en Italie ou Belgique. Les implications sont graves : déclaration forcée expose les Maçons à des représailles – licenciements, accusations infondées, harcèlement. La Met, avec ses taux de refus de recrutement doublés (de 5 % en 2020 à 11 % en 2024), risque une action en justice de la CEDH, comme en 2010. Des experts comme ceux de Legal Lens (2025) avertissent : sans preuves systémiques, cela mine la confiance publique plus qu’il ne la renforce, perpétuant un « cycle de suspicion ».

Vers une résolution ? Un appel à la nuance

En conclusion, la stigmatisation actuelle des francs-maçons en Angleterre n’est pas un complot, mais un miroir des anxiétés sociétales : quête de transparence dans un monde post-vérité, lutte contre les inégalités, et érosion de la confiance institutionnelle. Comme le note The Week (7 octobre 2025), la GLUA nie « tirer les ficelles » et s’ouvre via des campagnes numériques pour « démystifier » son image. Le vrai défi ? Équilibrer légitime vigilance et droits fondamentaux, sans céder aux chimères conspirationnistes. Dans cette « traque sous les lits », la Maçonnerie britannique, fidèle à ses vertus d’intégrité, pourrait bien émerger plus résiliente – à condition que le dialogue l’emporte sur la défiance.

Sources

  1. The Sun – « Met cops arrested over sex assault ‘covered up by Freemasons’ » (https://www.thesun.co.uk/news/36962085/met-cops-arrested-sex-assault-freemasons/) – Article rapportant l’arrestation de cinq officiers de la Met en août 2025 pour suspicion de couverture d’une agression sexuelle, avec des liens maçonniques examinés.
  2. 450.fm – « Scotland Yard traque à nouveau les maçons jusque sous leurs lits » (https://450.fm/2025/10/07/scotland-yard-traque-a-nouveau-les-macons-jusque-sous-leurs-lits/) – Article principal du 7 octobre 2025 détaillant la consultation de la Met sur la déclaration obligatoire des affiliations maçonniques.
  3. 450.fm – « La GLUA répond à la proposition de la Police Métropolitaine sur les déclarations de franc-maçonnerie » (https://450.fm/2025/10/11/la-glua-repond-a-la-proposition-de-la-police-metropolitaine-sur-les-declarations-de-franc-maconnerie/) – Article du 11 octobre 2025 sur la réponse de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) à la proposition de la Met.
  4. Ilkeston Life – Article du 2 octobre 2025, cité dans l’article de 450.fm du 11 octobre, fournissant des détails sur la position initiale de la GLUA.
  5. YouGov – Sondage de septembre 2025 sur la confiance dans la police britannique (60 % mentionné), utilisé pour contextualiser la défiance institutionnelle.
  6. Rapport Casey (2023) – Rapport officiel sur la culture toxique à la Met, mentionné comme contexte des scandales internes.
  7. Channel 4 (janvier 2025) – Enquête sur le scandale des grooming gangs de Rotherham, citée pour des allégations d’influence maçonnique à l’IOPC.
  8. Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) – Statistiques sur les 170 000 membres en Angleterre et au Pays de Galles, tirées de sources officielles GLUA (via 450.fm).
  9. Home Affairs Committee (1997-1999) – Études parlementaires britanniques sur les perceptions de corruption maçonnique dans la police et la justice.
  10. Legal Lens (2025) – Analyse d’experts sur les implications juridiques de la déclaration forcée, citée pour son commentaire sur le « cycle de suspicion ».
  11. The Spectator – Citation indirecte via 450.fm sur la perception culturelle des francs-maçons comme « vulgaire » ou « absurde ».
  12. The Week (7 octobre 2025) – Article mentionnant les efforts de la GLUA pour « démystifier » son image via des campagnes numériques.
  13. X (ex-Twitter) – Posts datés du 2 octobre 2025 et autres, reflétant les débats publics (ex. @Jam_RadioUK sur « La Loge dans la Loi »).
  14. Rapport Daniel Morgan (2021) – Rapport officiel recommandant des mesures contre les influences maçonniques dans les enquêtes policières.
  15. Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) – Références aux décisions de 2009 et 2010 invalidant des politiques de déclaration forcée.
  16. Met Police Federation – Déclarations de Matt Cane, secrétaire général, sur les risques de violation des droits humains.
  17. BBC (2022) – Enregistrements undercover sur les scandales de la station de Charing Cross, contextualisant la crise de confiance à la Met.
  18. Stephen Knight – The Brotherhood (1984) – Livre conspirationniste popularisant les théories sur la Maçonnerie dans la police.
  19. Sadiq Khan (2016) – Déclaration du maire de Londres abandonnant un plan similaire pour atteinte aux droits humains.

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Franc-maçonnerie : l’art de se construire soi-même

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans un monde saturé de solutions miracles et de vérités préfabriquées, où les réseaux sociaux dictent souvent nos identités, la Franc-maçonnerie offre une voie singulière, à la fois ancienne et résolument moderne : celle de la transformation intérieure par ses propres efforts. Loin des clichés conspirationnistes qui la réduisent à des réunions secrètes et des symboles énigmatiques, cette institution fraternelle invite chaque individu à devenir l’architecte de sa propre personnalité. Plus qu’un mystère voilé, elle se révèle comme un atelier vivant où l’homme taille, pierre par pierre, la matière brute de son être.

Une initiation au-delà des apparences

Le port de Rhodes menacé par les Turcs : réception de compagnons près des fortifications Bibliothèque nationale de France

Pour le profane, le Franc-maçon évoque des images de cérémonies occultes, de rituels codés et de symboles cryptiques dévoilés seulement aux initiés. Pourtant, l’essence de cette tradition dépasse ces stéréotypes. Le mot « Maçon » tire son origine du français médiéval, désignant un artisan habile à modeler la pierre, tandis que « Franc-maçon » – du terme « Franc-maçon » – suggère une liberté de travailler en tout lieu, un écho de la conception démocratique qui anime cette confrérie. Dès le Xe siècle en Italie, les Maçons, d’abord « opératifs », bâtissaient des cathédrales et des châteaux avec des outils physiques. Avec le temps, ils ont troqué les marteaux et les ciseaux pour des outils symboliques, devenant « spéculatifs », dédiés à la construction d’un Temple intérieur.Ce Temple n’est pas de pierre ou de mortier, mais un édifice immatériel, façonné par la conscience et les vertus. Comme l’écrit un penseur maçonnique contemporain, « le Maçon est un bâtisseur de Temples, mais sans l’intervention de ses mains physiques : le Temple Intérieur ». Cette métamorphose reflète une évolution profonde : là où l’opératif polissait des blocs pour des édifices majestueux, le spéculatif utilise le symbolisme – sa « Sainte Écriture » – pour induire réflexion et méditation, ouvrant ainsi les portes de la conscience.

La pierre brute et l’art royal

Taille de la pierre cubique

Au cœur de ce cheminement se trouve la métaphore de la pierre brute. Dans le monde profane, l’homme est comparé à une pierre informe, marquée par des passions désordonnées, des préjugés, des dogmes et des vices. Cette matière première, bien que précieuse par son potentiel, est « irrégulière » et demande un labeur ardu. Avec des outils symboliques – l’équerre, le compas, le maillet –, le Franc-maçon s’attelle à tailler cette pierre, un processus qui exige discipline, persévérance et une volonté inébranlable. L’objectif ? Transformer cette rudesse en une pierre cubique parfaite, symbole d’une conscience élevée et d’une personnalité harmonieuse.

Ce travail, qualifié d’« Art Royal », est à la fois manuel et intellectuel. Sur le plan horizontal, l’homme travaille pour vivre ; sur le plan vertical, il vit pour travailler, élevant son Temple intérieur par la pratique des vertus. Chaque coup de ciseau symbolise un effort pour dompter l’ignorance, l’orgueil ou le fanatisme, tandis que le « salaire » promis n’est autre que le savoir et la sagesse acquis. En Franc-maçonnerie, ne pas s’investir dans cette tâche équivaut à « voler le nom de Maçon », une médiocrité que la confrérie réprouve. Le véritable ouvrier, en revanche, devient un temple de perfection, une œuvre d’art magistralement construite sur soi-même.

Un cheminement collectif et universel

Ce processus d’édification personnelle ne se vit pas en solitaire. L’atelier maçonnique, héritier des loges de tailleurs de pierre médiévales, est un espace de fraternité où les frères se soutiennent, se corrigent et s’inspirent mutuellement. Comme un échafaudage indispensable, cette solidarité renforce la délicate tâche de se façonner. L’objectif transcende le bien-être individuel : en cultivant la tempérance, la justice et la force d’âme, le Maçon devient un meilleur citoyen, contribuant à une société plus juste et éclairée.

La Franc-maçonnerie ne cherche pas à imposer une vérité unique, mais à encourager chaque initié à découvrir ses propres principes – Liberté, Égalité, Fraternité – par l’introspection et l’étude. Elle enseigne à bien penser, à développer l’intuition, à pratiquer le silence et à s’affranchir des dogmes. Ce chemin vers une « conscience ouverte » est un idéal, jamais pleinement atteint, mais toujours poursuivi. Comme le souligne un adage maçonnique, « être travailleur de soi-même est ce qui maintient la Franc-maçonnerie vivante depuis des siècles ».

Une réponse moderne à un monde en quête de sens

À une époque où l’on cherche des réponses rapides et une validation extérieure via les réseaux sociaux, l’approche maçonnique apparaît presque révolutionnaire. Alors que la société profane valorise les solutions instantanées, la Franc-maçonnerie insiste sur un travail intérieur, silencieux et constant. Son plus grand secret, accessible à tous mais rarement pratiqué, réside dans cette décision de devenir l’artisan de sa propre vie. En s’engageant dans cette quête, chaque Maçon nourrit spirituellement l’institution, tandis que ses efforts collectifs édifient une société meilleure, pierre par pierre.

Ainsi, loin des légendes obscures, la Franc-maçonnerie se révèle comme un art intemporel : celui de se construire soi-même, avec patience et humilité, pour mieux éclairer le monde.

Un appel à l’action qui, en 2025, résonne avec une urgence nouvelle dans un monde en quête de sens.

Le point de rencontre

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Il n’y a pas de chemin initiatique sans attirance vers un centre. Il n’y a pas de Franc-maçonnerie sans la recherche d’un lieu sacré où tout se rassemble, se réconcilie et se transmute. Ce lieu n’est pas sur une carte, il n’a ni murs ni frontières, et pourtant chaque vrai Frère et chaque Sœur authentique l’a cherché et, parfois, l’a entrevu. C’est le point de rencontre. Non pas un espace physique, mais un… Un point qui se trouve dans chaque cérémonie, chaque geste rituel, chaque mot prononcé en silence.

C’est l’ umbilicus mundi , le centre symbolique d’où tout émane et vers lequel tout retourne. C’est la lumière dans la chambre noire. La graine qui porte en elle la mémoire de l’arbre. La Franc-maçonnerie a toujours attribué une valeur inestimable au concept d’équilibre et de centralité.

Ce n’est pas un hasard si dans de nombreuses loges est évoqué le symbolisme du point à l’intérieur du cercle : une image parfaite de l’homme qui, placé au centre de son propre univers, affronte les limites, les directions et les frontières qui l’entourent.

Au milieu des statistiques virtuelles.

La vertu se trouve au milieu.

les Latins avaient déjà prévenu. Et ce moyen n’est pas la médiocrité, mais l’art subtil de savoir rester ferme au cœur des polarités.

Éliphas Lévi, maître de l’occultisme du XIXe siècle, a écrit :

Le point est le commencement. Sans point, pas de ligne ; sans ligne, pas de surface ; sans surface, pas de corps. Ainsi, le point est l’origine de toute création.

Ici, nous pouvons percevoir le lien entre microcosme et macrocosme : chaque individu, en tant que point, contient en lui-même le potentiel infini du Tout. Trouver le point de rencontre, c’est alors retrouver sa nature la plus authentique, le lien secret qui nous unit au cosmos.

Dans le monde maçonnique, le point de rencontre est la réponse à une fracture originelle. L’homme est divisé, séparé : de lui-même, des autres, du divin. Le rituel existe pour guérir cette fracture. Non pas pour l’effacer, mais pour l’illuminer.

Réconciliatio oppositorum.

Réconcilier les contraires.

C’est l’œuvre de l’Initié.

Feu et eau, Soleil et Lune, parole et silence. Et ce n’est qu’au milieu, au cœur battant du Temple, que cela est possible. La plus puissante des vérités initiatiques se cache dans le sol à damier, qui comprend à la fois le noir et le blanc : le centre ne juge pas, le centre intègre.

Pourtant, on n’atteint pas le centre en restant immobile. Il faut marcher, trébucher, s’effondrer, et seulement alors, retrouver son calme. Il ne suffit pas de dire « Je veux te rencontrer » : il faut être prêt à être rencontré, à être transformé.

Le point de rencontre, dans son essence maçonnique, est le lieu de la transmutation. Il ne s’agit pas de médiation, mais de fusion. Non pas de compromis, mais d’élévation. C’est la flamme bleue qui n’apparaît que lorsque deux polarités opposées cessent de se combattre et choisissent de se reconnaître.

Jung parle d’ individuation : le processus par lequel on devient soi-même en incluant ce qu’on a rejeté.

Quod in aliis videmus, in nobis agnoscimus

Ce que nous voyons chez les autres est ce que nous n’avons pas encore reconnu chez nous-mêmes.

En Franc-maçonnerie, cela se produit chaque fois qu’une Loge s’ouvre, chaque fois que les Lumières sont allumées, chaque fois que des mains sont enchaînées. C’est bien plus qu’un rituel formel. C’est une liturgie de la conscience.

Quand les frères trinquent

Aux pauvres et aux affligés dispersés sur terre et sur mer

ils prononcent une ancienne formule alchimique :

Je vois dans l’autre le fragment de moi-même que j’ai oublié.

Pas très Covid friendly, tout ça!

Même le banquet, l’Agapè, n’est pas seulement convivialité. C’est l’épiphanie du point de rencontre. La table, disposée en fer à cheval ou en demi-cercle, orientée selon les mouvements célestes, devient le lieu où s’entremêlent espace sacré et temps mythique.

La nourriture nourrit non seulement le corps, mais évoque aussi des souvenirs archétypaux : l’œuf, la renaissance ; le pain, le partage ; le vin, le sacrifice et la joie. Chaque geste à table fait écho à d’anciens mystères. Et le silence qui ponctue les toasts est peut-être la plus puissante des rencontres.

Dans le Corpus Hermeticum, nous lisons :

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Le point de rencontre est le seul endroit où cette vérité se révèle pleinement. C’est l’instant où ce qui semblait lointain – le ciel, le sens, l’autre – devient proche, intérieur, palpable. C’est le centre où le Divin se laisse toucher.

C’est pourquoi le Maçon ne cherche pas la vérité à l’extérieur : il la construit au centre, au cœur du Temple et dans le cœur de son Frère. Le centre n’est jamais un point d’arrivée. C’est une invitation éternelle. Un magnétisme qui nous maintient en vie, agités, vigilants.

Le point de rencontre est, en fin de compte, une promesse. Que, malgré les fragilités du monde, nous pouvons encore trouver un lieu où nous pouvons être entiers. Où les mots ne séparent pas, mais unissent. Où le silence est présence, non absence. Où la Lumière n’aveugle pas, mais guide.

Et peut-être, Frère, Sœur, sommes-nous ce point. Chaque fois que nous choisissons le chemin difficile de l’Écoute. Chaque fois que nous rompons le pain, sans jugement. Chaque fois que nous construisons des ponts, sans frontières.

Dans ces moments-là, ne serait-ce que pour un instant, le monde se rassemble à nouveau. Et le centre brille, unissant tout.

Evolution…

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Avant-propos

On mélange tout, par exemple naturisme et libertinage. On entend même dire que dans certains centres naturistes réputés on pratique l’échangisme… Sous prétexte de vivre dans une tendance évoluée au niveau des mœurs on n’hésite pas, sur les réseaux sociaux, à banaliser par exemple « le plan à trois » comme un jeu érotique inévitable et nécessaire à l’épanouissement, lequel se doit maintenant de faire partie de notre vie.

« Les réseaux sociaux valident les nouveaux comportements à venir »

tout comme certains médecins de plateaux valident parfois des recherches un peu douteuses.

Les nouveaux précurseurs qui se croient investis de nouvelles philosophies n’ont à mon avis rien inventé. Un vent de contestations a soufflé depuis paraît-il les années 1968, il nous aurait conduit à la libération politique des mœurs et de la sexualité et dans les autres domaines tels que sociaux et politiques vers des apogées qui relèvent parfois de l’expérimentation.

« Chaque époque propose de nouveau les mêmes questionnements »

et les relèguent au même rang des « marronniers » de la presse afin d’élargir cette pseudo culture censée nous faire progresser et élever notre niveau vers une plus grande connaissance et vers une simplification intellectuelle des symboles.

Notre appartenance à la Franc maçonnerie peut-elle changer notre regard sur les mœurs et ce type de nouveaux comportements ?

Coluche dans un sketch où il évoluait dans un centre naturiste faisait dire à une femme à qui il avait dit « je vous aime » : « je vois ! ». J’aborde un sujet délicat, mais en Franc-maçonnerie nous pratiquons la tolérance. Ceci dit j’ai un grand respect de l’intimité et j’en resterai là. Cependant Il faut avouer que des situations peuvent parfois paraître assez causasses et prêter à sourire également en franc-maçonnerie dans nos loges

Mon propos n’est pas pas d’aborder une étude qui risquerait de déboucher sur une pseudo conclusion psychologique du comportement humain et de ses dérives. Je l’ai souvent dit je n’en suis pas capable car pas qualifié pour.

Je survole, j’en reste à ce type d’analyse. Je ressens fortement en examinant la situation de la franc-maçonnerie, un parallèle avec le contenu que je viens d’évoquer dans le succinct « avant propos » de cet article. Dans ce cas il y a volontairement absence de thématique maçonnique.

« Nous avons ouvert la franc-maçonnerie au monde profane, ce qui est un choix certes inévitable »

mais qui peut nous conduire à des analyses et des situations elles aussi plus proches du monde de la vie de tous les jours que nous côtoyons sur les réseaux sociaux…

La parole circule sur le net et je pense à Coluche qui pourrait dire aujourd’hui: « je me marre Lol ! »

Enfin, quelques fois en visionnant ce que l’on appelle « les perles ou les pépites » nous finissons par découvrir des analyses dignes d’intérêt.

C’est le jeu et le prix à payer.

La culture au rayon des supermarchés pour lui donner un nouveau label afin de la reléguer dans le circuit digne des campings culturels validés.

Je me demande ce qu’en pense Le Grand René dans la vidéo ci-dessous :