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EXCLUSIF : Interview de l’influenceur « Le Franc-Maçon » : Qui est-il et que veut-il ?

Que ce soit sur n’importe quel réseau social, sur Google ou sur YouTube, il est impossible d’y échapper : il est partout. On le voit en visite à la Grande Loge de France avec la chaîne LEGEND, au GODF, au DH… ou encore jouter avec un prêtre sur la chaîne Le Crayon. Près d’un demi-million de personnes suivent aujourd’hui ses aventures, générant des millions de vues. On l’admire ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. En quelques années, il est devenu le franc-maçon le plus célèbre de France auprès du grand public, loin devant les maçonnologues qui endorment leur auditoire ou les grands maîtres aux mandats éphémères. On le connaît sous le nom de : lefrancmacon.

La rédaction de 450.fm l’a rencontré lors d’un passage à Paris pour un entretien placé sous le signe des confidences et de la transparence. Initié depuis 12 ans, polytechnicien de formation, il a osé vulgariser l’Art Royal sans filtre ni complaisance.

Le saviez-vous ?

Le Franc-Maçon est aujourd’hui le vulgarisateur maçonnique le plus suivi en France. Pourtant, dans son atelier, il demeure un simple frère parmi d’autres. Son parcours atypique et ses choix audacieux soulèvent des questions que personne n’avait encore osé formuler publiquement.

Regard rétrospectif

1. Comment vous sentez-vous aujourd’hui, après 12 ans de pratique maçonnique et plusieurs années d’exposition médiatique intense ?

Je vais très bien ! L’une et l’autre ont été très enrichissantes. Elles m’ont permis de faire des rencontres qui m’ont marqué, de participer à des projets qui me parlent, et de contribuer bien au-delà de mes espérances initiales.

2. Si vous deviez résumer ces 12 années en un seul mot ou une seule image, lequel choisiriez-vous ?

Un parcours jalonné d’obstacles et de paliers, dont la destination change de visage au fur et à mesure que l’on avance.

3. Que signifie pour vous le fait d’être devenu « lefrancmacon » aux yeux de centaines de milliers de profanes et de maçons ? Est-ce une charge, une joie, ou autre chose ?

Les deux. Une joie de voir l’impact auprès du grand public. Une charge de gérer les retours haineux qu’engendre la visibilité. Mais c’est un petit prix à payer. Concrètement, des millions de personnes ont pu avoir une réponse claire à la question « qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? », au-delà des préjugés. Et les réseaux sociaux mettent désormais en avant mon contenu avant les vidéos complotistes et antimaçonniques qui foisonnaient. C’est, à mes yeux, ce qui compte.

4. Avez-vous déjà regretté d’avoir ouvert cette porte publique ? Y a-t-il eu un moment où vous avez failli tout arrêter ?

Non, car en coulisse, les retours ont été positifs dès mes débuts, et ils ont continué sur cette lancée. Si la partie visible de mon fil de commentaires ressemble parfois à un pot de miel pour jeunes conspirationnistes en herbe, ma boîte de messages privés, elle, est remplie de jeunes profanes entamant leur démarche, de maçons remotivés à poursuivre leur chemin initiatique, de vénérables maîtres dont les colonnes se remplissent, voyant le nom de mon compte dans les demandes de candidature. C’est cela qui me pousse à continuer malgré tout.

Parcours initiatique personnel

1. Quelle a été la véritable révélation de votre initiation que vous n’avez jamais osé raconter publiquement ?

Partant du « connais-toi toi-même », j’ai plutôt ressenti une invitation à un « oublie-toi toi-même ». Un « je pense donc je suis » qui se transforme en « il y a pensée, il y a Être ». Ce ne sont pas mes mots, mais si je devais y mettre les miens : personne n’est vraiment « soi », chacun n’est que la somme de son expérience dans l’instant.

2. Quel est le souvenir le plus marquant de votre passage au deuxième puis au troisième degré ?

L’invitation au Travail une fois démuni, puis les échardes du bois sec de mon habitacle.

3. Avez-vous déjà vécu une tenue où vous vous êtes dit : « je ne suis pas à ma place » ? Racontez-nous.

Non. J’ai parfois été déçu par certains comportements en loge, ou par le manque de courage d’officiers qui auraient dû intervenir. Mais ce ne sont que des épines superficielles sur une rose maçonnique dont l’éclat ne saurait être oublié.

Bons et moins bons souvenirs médiatiques

1. Quelle a été l’interview la plus agréable que vous ayez donnée ? Et la plus gênante ou la plus désagréable ?

L’interview la plus agréable : celle de LEGEND. Guillaume Pley est un animateur d’un talent rare dans l’art de conduire un entretien pour transmettre un sujet complexe à une large audience. Derrière son aisance naturelle, c’est un professionnel doté d’un sens aigu du détail et d’une véritable exigence de perfection dans ce qu’il délivre. J’ai également beaucoup apprécié ma première interview sur la chaîne Le Crayon, davantage axée sur l’histoire maçonnique.

Je garde en revanche un souvenir plus mitigé du débat avec l’abbé Matthieu. Je suis arrivé malade et fiévreux, moins enclin à hausser le ton. J’ai tenté à plusieurs reprises de ramener le débat sur le fond, mais l’abbé est resté dans l’invective et le lieu commun. Dommage, le sujet méritait une autre tournure. Partie remise.

2. Quel(le) journaliste ou média vous a surpris par sa connaissance réelle de la maçonnerie ?

Je n’ai pas le souvenir d’une connaissance réelle dépassant ce que j’avais déjà pu publier dans mes vidéos. La franc-maçonnerie est à la fois publiquement connue et foncièrement méconnue. Un paradoxe intéressant.

3. Quel rapport entretenez-vous avec les médias de la franc-maçonnerie en France ?

Je lis parfois les articles de 450.fm relayés sur les réseaux. J’aime aussi les vidéos d’Hervé Lecoq et d’Inspy, avec qui j’échange. J’apprécie également les rediffusions des conférences de Roger Dachez et de Pierre Mollier sur YouTube. Pour les autres médias, ce sont souvent mes followers qui m’envoient des articles lorsqu’ils parlent de moi.

À ma connaissance, il y a eu deux articles très critiques (voire diffamants) à mon encontre, émanant de sources apparentées qui n’ont pas cherché à me contacter en amont. Dommage : nous ne sommes pas si nombreux à parler de franc-maçonnerie, nous devrions nous serrer les coudes et partager nos retours en privé plutôt que lancer des invectives sur la place publique. Cela ne donne une bonne image ni d’eux-mêmes, ni de la franc-maçonnerie. C’est perdant-perdant.

L’accueil des Obédiences et des maçons

1. Comment les Grandes Loges et obédiences ont-elles réagi quand elles ont découvert votre existence ? Accueil fraternel ou méfiance ?

À mes débuts : accueil fraternel de certaines, méfiance d’autres. Aujourd’hui, l’accueil fraternel est globalement généralisé, même s’il doit rester des exceptions dans la multitude d’obédiences.

2. Les « vieux maçons conservateurs » : quel est le commentaire ou le regard que vous avez le plus souvent reçu de leur part ?

Les vieux maçons qui me connaissent et partagent mon goût pour la tradition sont généralement réceptifs à ma démarche, même si les réseaux sociaux ne font pas partie de leur univers. D’autres, en revanche, se montrent plus virulents et me reprochent de divulguer des secrets maçonniques et/ou de porter des décors dans mes vidéos.

Sur le secret, ma position a toujours été la même, et nos rituels sont très clairs. Les secrets maçonniques se composent : des secrets de grade (éléments de reconnaissance), des secrets de loge (déroulement et discussions) et du secret d’appartenance (qualité maçonnique non dévoilée d’autres individus vivants). Je veille à ce qu’aucun de ces éléments n’apparaisse dans mon contenu public.

Dans certaines vidéos, j’aborde des sujets liés au symbolisme, avec la même ligne depuis mes débuts : « L’analyse symbolique est bienvenue, à condition d’avoir une perspective profane. » La censurer me paraît incongru, ces symboles ayant eux-mêmes été empruntés à d’autres courants plus anciens. Il n’y a donc rien de mal à ouvrir une réflexion sur un symbole, dès lors qu’elle se détache du rituel. Par exemple, on peut parler de la symbolique de l’équerre, sans révéler ni raconter le passage rituel où elle intervient.

Sur le port des décors, il s’agit selon moi d’un tabou propre à la France d’après-guerre. J’ai découvert la franc-maçonnerie au Canada anglophone et aux États-Unis, où le port public des décors n’est pas un sujet. En Angleterre, la Grande Loge Unie communique aussi sur les réseaux, avec des maçons arborant leurs décors. Idem aux États-Unis et en Amérique du Sud, où les loges ont chacune leur compte Instagram, géré par un officier chargé de prendre des photos et des vidéos de la vie de la loge après les tenues.

En France, certaines obédiences l’interdisent, héritage probable d’un traumatisme post-vichyste qui pouvait certes se comprendre à l’époque, mais qui me paraît aujourd’hui anachronique. Les décors maçonniques font partie de notre tradition. Les maçons, dans l’histoire, n’ont cessé de le revendiquer. Aux XVIIIe et XIXe siècles, nos pairs apparaissaient souvent en public avec leurs décors, lors de processions, de funérailles ou de manifestations. On se souvient, par exemple, de la pose de la première pierre du Capitole par George Washington en tablier, ou des frères parisiens défilant avec leurs bannières durant la Commune.

Les décors se respectent, et leur port doit s’inscrire dans un cadre lié à la franc-maçonnerie ou à ses valeurs. Mais les interdire catégoriquement au nom d’une coutume nationale récente, issue de la peur d’un fantôme du passé, ne sert pas, selon moi, notre idéal de transmission.

3. Avez-vous déjà été convoqué ou contacté officieusement par une obédience pour « discuter » de votre visibilité ?

Oui, une fois. Et par l’écoute et le dialogue, tout s’est très bien passé. J’ai vu passer certaines rumeurs dans les commentaires, selon lesquelles j’aurais été radié, ou forcé de démissionner pour éviter une sanction, ou que sais-je encore. Il m’est certes arrivé de démissionner d’une obédience pour en rejoindre une autre, mais cela s’est fait pour participer à un projet local auprès de frères qui m’inspiraient et avec qui je partage une certaine vision de la franc-maçonnerie.

4. Certains maçons vous reprochent-ils d’être trop « jeune », trop « moderne » ou trop « visible » ? Comment réagissez-vous ?

Le « trop jeune » mettra un peu de baume sur ma crise de la quarantaine qui approche. Le « trop moderne » fera sourire les frères qui connaissent mon puritanisme maçonnique. Le « trop visible » vient souvent de ceux qui auraient préféré l’être à ma place.

À titre personnel, je n’ai pas recherché la visibilité. Mes vidéos ont longtemps été des analyses symboliques très nichées, nullement conçues pour « faire des vues ». Je ne m’attendais pas à un tel retour. Aujourd’hui, j’utilise le haut-parleur qui m’est donné au service d’une cause qui m’est chère : le rayonnement de la franc-maçonnerie et sa continuité.

La question des décors et des grades

1. Vous posez parfois avec des décors ou des attributs de degrés supérieurs au vôtre. Cela vous pose-t-il un problème de conscience maçonnique ? Pourquoi le faites-vous quand même ?

Je ne me suis pas affiché avec des décors de grades « supérieurs » au mien à l’heure actuelle (ce qui en surprendra probablement certains maçons). Mais au-delà de cela, je dissocie très nettement mon parcours initiatique personnel du personnage public « Le Franc-Maçon ».

Les décors de hauts grades apparaissent dans les vidéos qui introduisent l’Écossisme. J’ai constaté qu’au sein de la franc-maçonnerie française, trop peu de maîtres poursuivent leur chemin au-delà du 3e degré. Pour certains, c’est un choix de conviction, et c’est tout à fait leur droit. Pour d’autres, c’est souvent un manque d’inspiration.

Or, on sait que la lassitude initiatique est un facteur majeur de dégarnissage des colonnes. À mes yeux, les hauts grades offrent une richesse d’apprentissage qui mérite au moins que l’on s’interroge sur la poursuite de ce parcours. Encore faut-il disposer d’éléments pour nourrir cette réflexion.

Par ces vidéos, mon souhait est d’inviter les maîtres de mon audience, jeunes et moins jeunes, à s’interroger sur leur progression dans les hauts grades de leur rite. Et, par le port des décors, d’ajouter un élément visuel cohérent avec le sujet, important pour faire passer un message sur les réseaux.

2. Avez-vous déjà reçu des remarques ou des critiques internes sur ce sujet ?

Oui, plusieurs. Si c’était à refaire, j’aurais probablement ajouté une explication plus claire sur mon intention.

3. Pour vous, où s’arrête la vulgarisation et où commence la transgression rituelle ?

On parle de « vulgarisation » lorsqu’on souhaite enseigner une science à un public non averti. Je ne cherche pas à enseigner la franc-maçonnerie. D’ailleurs, comment le pourrait-on autrement que par le vécu en loge ?

Mon intention est d’expliquer en quoi consiste la franc-maçonnerie et de répondre aux croyances qui circulent dans l’inconscient collectif. Je pense que les préjugés sur notre Ordre font obstacle à la venue de futures pierres qui pourraient s’y épanouir. Ces idées préconçues, amplifiées aujourd’hui par la viralité des réseaux sociaux, mettent selon moi en péril la continuité de la franc-maçonnerie, comme l’histoire nous l’a montré. D’où ma démarche d’explication et de contre-poids dans l’agora numérique.

Les réalisations marquantes et les projets

1. Quel contenu (vidéo, live, thread) a, selon vous, le plus changé la perception de la maçonnerie auprès du grand public ?

En format court, la vidéo « Comment devient-on franc-maçon ? », qui explique ce qu’est la franc-maçonnerie et a cumulé 4 millions de vues toutes plateformes confondues. En format long, l’interview de LEGEND avec Guillaume Pley, qui répond en deux heures aux interrogations courantes du public sur la franc-maçonnerie, et qui cumule également 4 millions d’écoutes. C’est un record pour LEGEND sur la partie podcast, ce qui, pour un sujet aussi niche, est un accomplissement très encourageant.

2. Quel projet que vous n’avez pas encore réalisé vous tient le plus à cœur ?

Il y en a beaucoup. Je considère n’être qu’au début de ma démarche. J’aimerais un jour prendre le temps d’écrire un livre.

3. À court terme (2026-2027) et à long terme (5-10 ans), quels sont vos objectifs concrets en tant qu’influenceur maçonnique ?

À court terme (2026-2027) : développer la communauté privée « Le Parvis du Temple », où francs-maçons et profanes échangent sur la franc-maçonnerie dans un esprit de bienveillance. Le groupe a été lancé il y a deux mois. Nous sommes déjà 5 000 membres, dont environ 50% de maçons. Nous avons également créé un espace exclusivement réservé aux maçons, et un autre dédié aux maîtres. Je suis chaque jour surpris par la qualité des échanges et des retours. C’est devenu pour moi un véritable refuge virtuel, qui a remplacé le bruit ambiant de mes réseaux sociaux, et je pense que beaucoup le ressentent ainsi.

Poursuivre activement la création de contenu. Développer davantage mes comptes en anglais (« The Freemason »), qui touchent un public plus international, et m’investir dans des projets vidéo plus ambitieux (certains arrivent prochainement).

Participer à la transmission du patrimoine initiatique entre les institutions françaises et américaines, la première pierre devant être posée en fin de mois.

À long terme (5-10 ans) : contribuer à la continuité de la franc-maçonnerie mondiale, en déclin dans de nombreux pays, par une démarche de communication et par une participation à des initiatives d’échanges entre obédiences et entre pays.

Motivations profondes

1. Qu’est-ce qui vous pousse vraiment à continuer ? L’envie de transmettre, le besoin de reconnaissance ou autre chose ?

Le souhait de contribuer au rayonnement de la franc-maçonnerie et de susciter des vocations auprès des futures générations. Je suis entré en loge très jeune, et cela m’a beaucoup apporté, aussi bien dans ma vingtaine que dans ma trentaine. Je pense que la franc-maçonnerie peut offrir énormément aux jeunes générations actuelles.

Nous traversons une véritable crise spirituelle, avec un besoin criant de repères et de cadre. Avec « Le Franc-Maçon », j’ai voulu créer le contenu d’information que j’aurais aimé recevoir il y a 12 ans de la part d’un grand frère.

2. Si demain tous les réseaux sociaux disparaissaient, continueriez-vous à être maçon de la même façon ?

Si l’on parle de ma pratique maçonnique, elle n’a pas changé entre l’avant et l’après « Le Franc-Maçon » ; elle s’est même enrichie des rencontres occasionnées.

Si l’on parle de ma démarche de communication, sans réseaux sociaux (il y a 20 ans, par exemple), j’aurais probablement écrit un livre. Aujourd’hui, l’attention des gens n’est plus dans les pages d’un bouquin, mais dans le fil d’actualité de leur smartphone. Il en est ainsi, et il me semble plus constructif de s’adapter aux médias actuels que de déplorer leur essor.

3. Vous semblez mettre en place un modèle économique sur les réseaux. Vos activités d’influenceur vous rapportent-elles de l’argent ? Si oui, beaucoup ?

Oui, et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt, car cela m’aurait permis de faire bien plus de choses. Dans la création de contenu, la monétisation est cruciale. Un média qui n’arrive pas à s’autofinancer est voué à disparaître, car ce n’est pas tenable sur le long terme.

Quand on a une communauté sur les réseaux, il n’y a pas trente-six façons de monétiser. Principalement quatre : les redevances des plateformes qui rémunèrent la visibilité (YouTube principalement), mais cela suppose de générer énormément de vues, ce qui n’est pas encore mon cas sur YouTube ; les partenariats avec des marques, mais peu veulent s’associer à un sujet aussi clivant que la franc-maçonnerie, et je n’ai aucune envie de me transformer en panneau publicitaire ; la vente de produits dérivés (vêtements à l’effigie de la chaîne), mais vendre des t-shirts fabriqués à l’autre bout du monde que je ne porterais moi-même jamais ne me parlait pas du tout ; enfin, l’infopreneuriat, c’est-à-dire le développement de produits numériques (livres, vidéos d’approfondissement, etc.). C’est la voie que j’ai choisie, parce que cela me correspond réellement. Écrire, créer du contenu et transmettre, c’est, en définitive, tout ce que j’aime faire.

Mon contenu monétisé a évolué depuis ses débuts. Aujourd’hui, il s’agit d’ateliers collectifs réservés aux membres de la communauté privée, dans lesquels nous invitons chaque mois un expert sur une nouvelle thématique liée au symbolisme, à l’ésotérisme, à la philosophie, à l’histoire ou au travail sur soi (sans divulgation de secrets maçonniques). C’est passionnant, je me régale à le faire, et c’est exactement dans la continuité de mes vidéos initiales : joindre symbolisme et travail sur soi. La boucle est bouclée.

Regard vers l’avenir

1. Que souhaitez-vous pour votre propre parcours maçonnique dans les prochaines années ?

Premièrement, progresser dans ma pratique de l’Écossisme. C’est une véritable passion, et les degrés supérieurs sont pour moi un puits sans fond de découvertes et de réflexions. Cette année sera consacrée aux rites Écossais, Français et d’York. Je consacrerai probablement les années suivantes au Régime Rectifié, dont les hauts grades possèdent une singularité particulièrement intéressante.

Deuxièmement, aller à la rencontre des francs-maçons dans le monde et documenter mes voyages. Troisièmement, contribuer localement par la création d’un atelier et d’une loge de recherche dans ma petite commune provinciale (aucune création d’obédience, je rassure : on en a déjà bien assez en France, non ?).

2. Quel conseil donneriez-vous à un jeune frère ou une jeune sœur qui voudrait se lancer dans la vulgarisation comme vous ?

Ayez une intention forte et désintéressée : il est difficile de durer si l’on cherche la gloire ou la reconnaissance, car il n’y en a pas. Ayez le cuir solide pour encaisser les agressions venant de toutes parts (complotistes, extrémistes, maçons belliqueux). N’espérez pas que vos soutiens l’assument publiquement, contrairement à vos détracteurs. N’attendez pas l’aval de qui que ce soit pour agir. Chaque maçon est libre, et si votre démarche est sincère, vos frères et sœurs de valeur comprendront.

3. Si vous étiez Grand Maître d’une obédience demain, quelle serait la première réforme que vous imposeriez ?

Le renforcement de l’instruction me paraît essentiel. Dans toute organisation, une baisse de l’érudition est la signature d’un déclin programmé.

Vision sur la franc-maçonnerie

1. La franc-maçonnerie française est-elle, selon vous, trop fermée, trop politique ou trop timide ?

Elle est avant tout plurielle, et il faudrait préciser de quel courant nous parlons. Mais, de manière générale, je trouve la franc-maçonnerie française très belle. J’ai retrouvé la magie maçonnique dans la plupart des ateliers que j’ai visités (et je voyage beaucoup). J’y ai rencontré certaines des personnes les plus édifiantes que j’aie côtoyées. J’y ai vu un souci de la transmission initiatique que j’ai rarement observé dans d’autres pays.

En revanche, je trouve qu’elle ne s’adresse pas assez aux futures générations. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes Français ont aujourd’hui besoin de tradition et de spiritualité, pas forcément de modernité.

Dans un monde où tout s’accélère, une tradition immuable constitue un rempart rassurant face à la course effrénée à la performance et aux promesses essoufflées du consumérisme d’après-guerre. La franc-maçonnerie doit être au rendez-vous de ce siècle.

Mais ces jeunes cherchants ont surtout besoin d’être inspirés par des ambassadeurs de leur génération pour pouvoir se projeter.

2. Quel est le plus grand danger qui guette notre institution dans les 10 prochaines années ?

Le nivellement par le bas, la toxicité des ego et la baisse de l’érudition. Je me trompe peut-être, et l’avenir nous le dira. Mais je pense que, dans ce climat de polarisation, notre sort se jouera dans le leadership des futurs Grands Maîtres, Vénérables Maîtres et Suprêmes Grands Commandeurs, et dans leur capacité à trancher au risque de déplaire.

À mon sens, il vaut mieux une franc-maçonnerie peu nombreuse mais qualitative qu’une maçonnerie approximative, fermant les yeux sur la perniciosité d’une minorité bruyante. Le ton donné en haut se répercute toujours sur l’ambiance en loge, pour le meilleur comme pour le pire.

3. La mixité, l’internationalisme, la spiritualité : quels sont les atouts que la maçonnerie n’exploite pas assez ?

Peut-être son histoire. Dans la plupart des pays où elle est implantée, la franc-maçonnerie possède un passé solidement ancré, avec ses héros, ses modèles, ses événements et ses rebondissements. Or l’histoire maçonnique, souvent méconnue, est parfois aussi riche d’enseignements que les messages des rituels. Elle nous ancre dans une tradition et nous rappelle nos origines. C’est, à mon sens, essentiel pour bâtir un avenir.

Meilleures questions pour la fin

1. Combien de francs-maçons avez-vous fait démissionner à cause de vos actions médiatiques, selon vous ?

Aucun, à ma connaissance. Je vois mal pourquoi un maçon démissionnerait à cause de moi.

2. Avez-vous une idée du nombre de profanes que vous avez convaincus de devenir francs-maçons depuis que vous œuvrez sur les réseaux ?

Il se chiffre en milliers. J’ai tenté une estimation sur tableur en comptant les témoignages reçus en messages privés, les retours locaux des vénérables maîtres et de leurs apprentis nouvellement initiés, ainsi que les retours des obédiences. J’arrive à une fourchette très large, entre 5 000 et 15 000 nouveaux maçons (en France et dans le monde).

Cela peut être davantage comme moins. Il y a aussi ceux qui avaient déjà une première intention et qui ont été confortés dans leur choix par mes vidéos. Ceux qui ont été inspirés mais n’ont pas encore fait leur demande, souvent parce qu’ils ignorent le processus (raison pour laquelle j’ai créé la communauté privée). Enfin, il y a tous les maçons démotivés qui y ont trouvé l’inspiration pour persévérer dans leur chemin initiatique, et les ex-maçons qui, par élan nostalgique, ont rejoint un atelier après des années de sommeil.

3. En résumé, vous considérez-vous comme un épouvantail ou comme un aspirateur pour la franc-maçonnerie ?

Un épouvantail effraie les corbeaux, et un aspirateur accumule la poussière. Et comme le symbole a du sens chez nous, je dirais : ni l’un ni l’autre. « Le Franc-Maçon » est une figure publique de la franc-maçonnerie, comme il y en a eu d’autres par le passé. Et derrière ce personnage, il y a un simple maçon de province passionné, qui souhaite contribuer à la pérennité de l’Ordre.

Conclusion

1. Si vous pouviez adresser un message direct à tous les frères et sœurs qui ne vous connaissent pas encore…

Suivez-moi sur Instagram !

2. Et un message aux maçons qui critiquent votre action ou qui restent méfiants ?

Je ne vois aucun mal à ce qu’on désapprouve ma démarche ou qu’on ne soit pas d’accord avec moi. Je ne cherche pas à convaincre. Ce qui me dérange davantage, ce sont les critiques qui ne sont que des préjugés déguisés, venant souvent de personnes qui n’ont pas pris la peine de consulter mes comptes ou qui ignorent mes intentions.

Les jugements reposent souvent sur des étiquettes rapides qui coupent court à la réflexion : influenceur, vulgarisateur, parjure, narcisse en quête de reconnaissance, marchand du temple, vendeur de formations… D’autres fondent leur avis sur ce que disent les autres. D’autres encore se laissent emporter par la jalousie. C’est dommage : je suis toujours preneur de retours constructifs, et certains le sont parfois profondément. Mais ce type d’attitude n’aide vraiment pas.

3. Enfin, après toutes ces années, quel est votre plus grand rêve maçonnique encore inachevé ?

Racheter un château et l’aménager en temple dédié à la pratique des degrés supérieurs. On verra bien ce que le Grand Architecte nous réserve…

Gros plan sur la Loge Athanor… de Périgueux

La Loge Athanor à l’Orient de Périgueux apparaît comme un atelier à la fois profondément enraciné dans la tradition maçonnique et résolument tourné vers un travail de transformation intérieure et de construction humaine.​ Notre envoyé spécial a été reçu durant les travaux de l’Atelier… un samedi soir, il y a quelques jours.

Origine et ancrage de la Loge Athanor

Elle se réunit à Périgueux et a allumé ses feux le 16 juin 1985. Elle fêtera dans quelques semaines son quarante et unième anniversaire, ce qui témoigne d’une présence déjà durable dans le paysage maçonnique local. Elle conserve encore plusieurs membres fondateurs, assurant une continuité directe avec l’esprit des origines de l’atelier.​

Pendant plusieurs années, Athanor a été la seule loge de de la GLMF dans tout le Sud‑Ouest avec un atelier situé à Bordeaux, avant d’être progressivement entourée par de nombreux autres ateliers dans la région. Son implantation à Périgueux, en dehors des grandes métropoles, souligne un choix d’enracinement dans un territoire à dimension humaine.​

Le symbole de l’Athanor et sa portée initiatique

La Loge a choisi pour nom « Athanor », en référence au fourneau des alchimistes destiné à transformer le plomb en or dans l’élaboration du Grand Œuvre. Ce four comprend une chambre de chauffe avec un brûleur, surmontée d’une chambre de cuisson en terre ou en verre, en forme d’œuf. Cette forme d’œuf symbolise le passage de l’incréé à la création, et représente la forme germinative de la vie.​

À travers ce symbole, l’atelier souligne que chacun porte en soi les promesses d’un accomplissement, que chaque être humain est apte à recevoir et à donner. L’athanor personnel est décrit comme un sanctuaire individuel et secret, dans lequel s’opère une transmutation personnelle et positive de l’humain. La Loge Athanor se présente elle‑même comme un athanor pour le maçon : un creuset où s’élaborent des vertus permanentes par la connaissance de soi, le libre examen, la réflexion et la communication.​

Un foyer de travail symbolique et philosophique

La Loge pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et a choisi de centrer son travail sur le symbolisme, sans négliger les questions de société qui entourent les membres. Le travail philosophique y est présenté comme se déroulant sans tabous, dans une attitude d’ouverture aux évolutions des mentalités et de la technologie.​

La Loge est décrite comme le foyer où brûlent les scories du temps qui passe, tandis que se déposent les paillettes d’or de la sagesse. L’expérience, les connaissances, la culture et le vécu de chacun, mis en commun, sont appelés à produire un bouillonnement d’idées d’où doit jaillir la lumière. Cette dynamique illustre l’ambition d’un lieu où la réflexion collective vient enrichir la démarche individuelle de chaque franc‑maçon.​

Diversité, éclectisme et esprit d’ouverture

Depuis sa création, Athanor se caractérise par la mixité, le pluralisme, la pluralité des rites au sein de son obédience ainsi que par un adogmatisme revendiqué. La Loge est convaincue que les différences constituent des richesses pour tous, et que l’éclectisme de ses membres offre à chacun l’occasion de découvrir l’autre, d’en apprécier les qualités et d’en tirer un enseignement positif et constructif.​

Cette diversité de parcours, de sensibilités et de points de vue nourrit la réflexion collective et contribue à faire de l’atelier un espace où la rencontre de l’autre est au cœur de la démarche initiatique. La Tradition y est envisagée comme une réalité vivante, qui s’écrit chaque jour pour les générations futures.​

Construire son temple intérieur et la cité

En tant que maçons et bâtisseurs, les membres de la Loge Athanor sont invités à construire individuellement leur propre temple intérieur. Cette construction consiste à progresser sur son propre chemin, réduire ses défauts, développer ses qualités, et aider chacun à faire de même. Il est rappelé que ce travail personnel doit trouver un prolongement concret dans la cité, par des engagements familiaux, professionnels, syndicaux, associatifs ou politiques.​

La construction est donc pensée comme à la fois individuelle et collective, les frères et sœurs de l’atelier s’efforçant d’appliquer cette exigence au quotidien. La franc‑maçonnerie y est décrite comme une véritable école de la vie, un chemin privilégié où le respect et l’écoute de l’autre sont considérés comme prioritaires.​

Une école de la vie et une responsabilité de transmission

La Loge fournit à ses membres des outils et des méthodes issus des anciens bâtisseurs, au sein d’un environnement dédié : la loge, lieu consacré au travail. Chacun y est invité à forger progressivement sa pensée, son cœur et ses actions, afin de devenir une pierre utile dans l’édifice social.​

Chaque membre est déclaré responsable de l’héritage initiatique reçu. Il lui appartient de le transmettre aux hommes et aux femmes à l’extérieur du Temple, de partager ce qui est présenté comme « notre Secret » et de le faire fructifier pour être en mesure de contribuer à bâtir la société de demain. Pour illustrer cette dimension intérieure, le texte cite Antoine de Saint‑Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux », soulignant ainsi la primauté de la vie intérieure sur les seules apparences.​

Vie de la Loge Athanor à Périgueux

Sur le plan pratique, la Loge Athanor se réunit deux fois par mois. Ses tenues se tiennent le 2ᵉ samedi et le 4ᵉ lundi de chaque mois, à 19 h 30, à Périgueux. Pour contacter l’atelier athanor@glmf.fr.​

Ainsi présentée, la Loge Athanor de Périgueux apparaît comme un athanor symbolique où se conjugent travail sur soi, recherche de sagesse, ouverture à l’autre et engagement dans la société.

Maitriser le destin

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Le livre pose la question millénaire et toujours brûlante : « sommes-nous vraiment libres et maîtres de notre existence, ou bien un destin, un déterminisme ou des forces invisibles nous guident-ils ? » Les auteurs explorent cette interrogation sous un angle à la fois scientifique rigoureux et philosophique/spirituel, sans jamais verser dans le dogmatisme. Ils refusent les réponses simplistes (« tout est écrit » ou « tout est libre arbitre absolu ») et proposent une vision nuancée, actualisée par les avancées récentes des sciences.

Les questions essentielles que soulève l’ouvrage :

  • Le hasard existe-t-il vraiment ou masque-t-il des déterminismes cachés ?
  • Le temps est-il une illusion qui conditionne notre perception du libre arbitre ?
  • Quel est le rôle de l’inconscient dans nos décisions ?
  • La physique quantique ouvre-t-elle une brèche pour une forme de liberté ou au contraire renforce-t-elle le déterminisme ?
  • Les expériences de mort imminente (EMI), apportent-elles des indices sur une dimension non-matérielle de la conscience ?

Entre déterminisme strict, libre arbitre absolu et compatibilisme (liberté compatible avec un certain déterminisme), comment interviennent les apports des neurosciences et de la biologie ?

Pour Emmanuel Ransford, l’indétermination quantique n’est pas du pur hasard chaotique, mais pourrait refléter une causalité descendante (top-down) de la conscience sur la matière. La non-localité et l’intrication suggèrent que la réalité n’est pas strictement locale et déterministe.

Enfin l’hypothèse d’une conscience qui transcenderait le cerveau (non purement produite par lui) redonnerait une place au libre arbitre authentique.

En examinant les synchronicités de Jung (coïncidences significatives non causales), les expériences transpersonnelles et spirituelles, les récits d’EMI et de contact avec des « entités » ou défunts, Sans tomber dans le mysticisme naïf, les auteurs  considèrent que ces phénomènes, quand ils sont répétés et étudiés sérieusement, posent question au paradigme matérialiste strict. Ils laissent ouverte la possibilité d’une dimension de réalité plus vaste.

Que penser encore du destin ? Il existe bel et bien des contraintes très fortes (génétique, éducation, environnement, biais cognitifs, conditionnements sociaux, événements extérieurs imprévisibles) mais il reste une marge de liberté réelle, même étroite, que l’on peut cultiver par l’attention, l’intention, la persévérance et peut-être par une connexion à quelque chose de plus grand (conscience élargie, sens transcendant). Finalement,  le « destin » n’est ni rigide ni absent : c’est plutôt une co-création permanente entre déterminismes et choix conscients.

Le livre est accessible, prudent et non-sensationnaliste. Il évite les certitudes absolues et invite le lecteur à penser par lui-même. Les auteurs défendent l’idée qu’une vie pleinement vécue suppose de reconnaître à la fois nos limites et notre capacité à orienter notre existence dans le sens du significatif, de la beauté et de l’amour – même si ce n’est que dans une « fenêtre de liberté » parfois minuscule.

Estelle Guerven est musicienne, diplômée du conservatoire de Versailles. Elle a suivi une carrière de pianiste de jazz et a toujours été passionnée par les questions philosophiques et scientifiques. Elle est l’auteure du documentaire : 1 001 Métamorphoses – un regard inédit sur le vivant, la mort et ses mystères (Guy Trédaniel Editeur)

Emmanuel Ransford, diplômé de l’école polytechnique, a mené des recherches indépendantes  sur les fondements de la physique quantique. Il développe depuis plusieurs année une approche qui tente de concilier  matière et conscience. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages  dont – l’ Univers quantique  enfin expliqué en 8 leçons essentielles sur la science  quantique ( Guy Trédaniel Editeur)

On peut retrouver une interview express de l’auteur qui parle d’un précédant livre réalisé avec Estelle Guerven, Hasard quantique et concience

 

La comtesse de Cagliostro : « Ad lapidem currebat olim regina »

Proposé en exclusivité par Bernard Fontaine

En 1990, les éditions Guy Trédaniel publient un ouvrage de Patrick Ferté intitulé Arsène Lupin supérieur inconnu. Le contenu du livre est explosif et ne laisse personne indifférent : et si Maurice Leblanc n’était pas un auteur de roman policier ?

Dans la préface à la réédition de l’ouvrage de l’abbé hermétiste Henri Boudet, La vraie langue celtique et le cromlecq de Rennes-les-Bains, Pierre Plantard dévoilait une bibliographie où figurait un livre de Maurice Leblanc : La Comtesse de Cagliostro. C’est en se penchant sur ce roman que Patrick Ferté découvrait le sens caché des aventures du gentleman cambrioleur à travers la clé de cet œuvre codé : arcanes, filigranes et cryptogrammes.

Dans sa biographie fictive, la première aventure d’Arsène Lupin, intitulée La Comtesse de Cagliostro, met en scène cette complice et rivale du gentleman cambrioleur. Elle lui confie un secret qui le mène vers l’emplacement d’un trésor dissimulé. Ce secret aurait été détenu par le cardinal de Bonnechose. Maurice Leblanc y introduit un personnage historique, qui fut évêque de Carcassonne (1848-1856), puis d’Évreux (1856-1858), archevêque de Rouen (1848-1855), et enfin cardinal à partir de 1863.

Mgr de Bonnechose,
archevêque de Rouen

Monseigneur de Bonnechose eut longtemps comme bras droit Monseigneur Félix-Arsène Billard qui exerca une influence suffisante pour obtenir sa nomination comme évêque de Carcassonne. C’est ainsi qu’il devint le protecteur de l’abbé Saunière.

Reprenons le roman La Comtesse de Cagliostro. L’évêque de Carcassonne, Monseigneur Bonnechose, reçoit le secret concernant l’emplacement d’un trésor religieux dissimulé. Pour le révéler, il doit déchiffrer un code dont la clé se trouve dans le chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem. Or, une légende évoque la présence de ce même chandelier à Carcassonne, niché a niché au sein d’un trésor fabuleux des Wisigoths.

Les sept branches du chandelier, selon Maurice Leblanc, symbolisent la Grande Ourse qui, lorsqu’elle est projetée sur la terre de Normandie, pointe vers sept lieux précis : sept abbayes. Les cieux ont toujours guidé la construction des hommes sur la terre. Face à cette révélation, Maurice Leblanc écrivait :

« Un grand silence unissait Raoul d’Andrésy et Joséphine Balsamo. Le voile était levé. La lumière chassait les ténèbres. Entre eux, il semblait que toute haine fût apaisée. Il y avait trêve aux conflits implacables qui les divisaient, et plus rien ne demeurait que l’étonnement de pénétrer ainsi dans les régions interdites du passé mystérieux que le temps et l’espace défendaient contre la curiosité des hommes ».

Est-ce une simple coïncidence ou, comme l’affirmait Lacassin, Maurice Leblanc aurait-il délibérément puisé dans l’histoire secrète et hermétique de la France à travers le personnage d’Arsène Lupin ? A-t-il laissé dans cette œuvre policière un véritable itinéraire menant à un secret occulté ?

Selon Patrick Ferté, ce réalisme fantastique, habilement repéré dans l’œuvre d’Arsène Lupin et qui trouve écho dans l’affaire de Rennes-le-Château, ne renvoie pas à un simple trésor matériel. En découvrant la clé de voûte, « (pince) Monseigneur Bonnechose », il s’agirait plutôt de l’énigme de la création humaine, potentiellement téléguidée par une intelligence supérieure. Si Maurice Leblanc demeure un homme sans énigme personnelle apparente, son entourage mystérieux, constitué d’initiés issus de différentes chapelles ésotériques, laisse déjà entrevoir une influence humaine dissimulée derrière ses œuvres.

Maurice Leblanc

Nous vous invitons à plonger dans les deux premiers tomes du livre intitulé Arsène Lupin Supérieur Inconnu. Et si cette œuvre avait été la principale source de Pierre Plantard, dessinateur industriel et géomètre à ses heures, dans son montage du triangle d’or ? S’agit-il d’un procédé littéraire particulier permettant « d’envouter » les lecteurs. Dans Les Templiers sont parmi nous, un hermétiste apparaît à la fin du livre, un certain Pierre Plantard avec qui Gérard de Sède aura un échange passionnant. Pierre Plantard ajoutera une carte de France que nous analyserons dans un second article.

Autres articles de cet auteur

Le faux soleil du soupçon…

Pascal Lardellier appartient à cette famille d’auteurs qui observent les gestes collectifs, les croyances communes, les rites minuscules de la vie contemporaine avec l’attention du socio-anthropologue et la vigilance du moraliste. Professeur à l’université de Bourgogne Europe, auteur d’une trentaine d’ouvrages, il avance depuis des années sur cette ligne de crête où la communication, les imaginaires sociaux, les formes du lien et les dérèglements de la parole publique se laissent lire comme autant de symptômes d’époque.

Sa bibliographie dessine moins une accumulation de titres qu’une fidélité intellectuelle.

Comprendre ce que nos sociétés font de leurs signes, de leurs récits, de leurs peurs, de leurs mises en scène, de leurs appartenances, telle paraît être sa grande enquête

Le nouvel âge du complotisme s’inscrit dans cette trajectoire avec une force singulière, parce qu’il touche à l’un des points les plus sensibles de notre temps, là où la crise de confiance devient crise du vrai, là où le doute quitte le registre de la liberté critique pour se transmuer en passion interprétative sans frein.

Ce livre nous retient d’abord parce qu’il ne traite pas le complotisme comme une extravagance marginale réservée à quelques consciences égarées

Pascal Lardellier le regarde comme une manière de respirer dans une époque saturée de messages, d’images, de mots d’ordre, de fractures symboliques et de défiances accumulées. Nous comprenons alors que le complotisme ne se réduit pas à un catalogue d’erreurs, ni à une pathologie extérieure au corps social. Il naît dans les interstices d’un monde où les autorités se sont usées, où les médiations se sont affaiblies, où la parole publique s’est souvent discréditée par sa propre théâtralité, où les techniques de diffusion donnent à toute hypothèse la possibilité d’un empire instantané. Pascal Lardellier ne dénonce pas seulement des fictions mensongères. Il interroge le terrain spirituel, intellectuel et presque anthropologique qui rend ces fictions désirables.

C’est ici que la lecture devient, pour nous, particulièrement féconde dans une perspective initiatique.

Car le complotisme n’est pas seulement une erreur de jugement

Il est une contrefaçon de la quête du sens. Il mime l’herméneutique sans la discipline de l’interprétation. Il reproduit le goût du secret sans l’ascèse qui seule autorise l’approche du caché. Il promet une révélation, mais cette révélation n’ouvre sur aucun approfondissement de l’être. Elle ne transforme pas intérieurement. Elle enivre. Elle donne à celui qui y adhère le sentiment flatteur d’être séparé de la foule aveugle, d’appartenir à une aristocratie de lucidité, de voir derrière le voile quand les autres n’aperçoivent encore que les ombres. En cela, le complotisme relève d’une pseudo-initiation. Il distribue des signes, des codes, des appartenances, des mots de passe mentaux. Il recompose une communauté d’élus. Il offre l’ivresse d’une connaissance réservée. Mais cette gnose est de contrebande. Elle ne conduit pas à davantage de vérité, elle enferme dans la clôture fascinée de l’explication totale.

Pascal Lardellier perçoit admirablement ce glissement

Son livre montre que le complotiste ne veut pas seulement comprendre, il veut rejoindre une scène secrète du monde où tout s’explique enfin par quelques mains invisibles, quelques cénacles, quelques réseaux, quelques manipulations souveraines. Là réside sans doute l’une des dimensions les plus profondes de l’ouvrage. Derrière le fantasme du complot se loge une passion de la totalité. Rien ne doit demeurer contingent, confus, tragiquement imparfait. Tout doit renvoyer à une cause cachée, à une volonté ordonnatrice, à une architecture occulte. Nous retrouvons là une tentation très ancienne de l’esprit humain, celle qui préfère encore un mauvais ordre à l’épreuve de l’incertitude. La liberté du réel, sa rugosité, son épaisseur contradictoire, sa part d’accident et de nuit, deviennent insupportables. Alors surgit la fable consolatrice. Si tout est voulu, tout est lisible. Si tout est orchestré, le chaos n’existe plus. Le soupçon devient alors un refuge métaphysique.

Dans cette lumière fausse, le monde est moins habité qu’obsédé

L’auteur sait très bien que les sociétés humaines ont toujours produit des récits de persécution, des peurs d’encerclement, des légendes de puissance cachée. Ce qu’il éclaire avec acuité, c’est la mutation contemporaine de ces anciens motifs. Le complotisme numérique n’est pas seulement plus rapide, plus viral, plus spectaculaire. Il épouse une forme nouvelle de solitude connectée. Des individus parfois isolés, blessés, humiliés, déroutés par la vitesse du monde, trouvent dans ces récits une manière de réordonner leur expérience. Le complot apporte une syntaxe à l’angoisse. Il donne un visage à l’invisible. Il remplit les vides. Il transforme l’impuissance en clairvoyance imaginaire. Nous touchons ici à une vérité dérangeante que Pascal Lardellier n’élude jamais. Le complotisme séduit aussi parce qu’il soulage. Il fournit une légende explicative là où les institutions, les médias, l’école, la famille parfois, ne savent plus produire ni confiance, ni méthode, ni horizon partagé.

Vu depuis l’atelier intérieur où nous tentons de polir notre pierre, ce diagnostic porte loin

La tradition maçonnique ne récuse pas le secret. Elle sait au contraire que tout ne se donne pas d’emblée, que le visible ne suffit pas, que le symbole demande un travail, que la vérité n’est pas un objet que l’on saisit mais une exigence qui nous travaille. Pourtant elle enseigne dans le même mouvement que le secret n’est jamais un prétexte à l’arbitraire de l’imagination. Il existe une éthique de l’interprétation. Il existe une probité du regard. Il existe une lenteur nécessaire de l’intelligence. Le complotisme est l’inverse de cette méthode. Il saute par-dessus l’épreuve du discernement. Il préfère la fusion à l’examen. Il substitue à la patience initiatique une immédiateté hallucinée. Il n’éclaire pas la chambre du milieu, il y projette ses propres fantômes.

L’un des mérites les plus précieux du livre tient à sa manière de ne pas mépriser ceux qu’il analyse.

Pascal Lardellier ne flatte jamais le lecteur en lui offrant la commodité d’une supériorité narquoise. Il y a dans son approche une ironie mesurée, parfois un sourire, mais jamais cette morgue qui dispenserait de comprendre. Cela compte infiniment. Car le mépris ne guérit rien. Il redouble même souvent la blessure qui pousse à se réfugier dans des univers d’interprétation parallèles. En approchant la tête des complotistes, Pascal Lardellier ne se livre pas à une dissection froide. Il tente de comprendre les mécanismes de croyance, les ressorts affectifs, les besoin de cohérence, les vertiges narcissiques et les compensations symboliques qui conduisent une conscience à préférer la fiction close à la complexité ouverte. Cette intelligence du phénomène donne à son livre une tenue rare.

Nous avons aussi été sensibles à la manière dont Pascal Lardellier articule le complotisme à la post-vérité

Ce terme, souvent trop vite répété, retrouve ici sa densité véritable. La post-vérité n’est pas la disparition brutale des faits. Elle est plutôt ce moment où les faits cessent de suffire, où l’autorité du réel s’érode au profit des récits qui consolent, excitent, agrègent, enflamment. Ce n’est pas tant le mensonge qui triomphe que la concurrence victorieuse des affects contre les procédures de vérification. Une telle mutation atteint le cœur même de la vie symbolique. Elle modifie notre rapport à la preuve, à la mémoire, au témoignage, à la transmission. Elle rend le monde inflammable parce qu’elle remplace la conversation difficile par des appartenances passionnelles. Elle ruine peu à peu la possibilité d’un espace commun.

Dans cette dégradation, nous pouvons lire un drame presque religieux

Non pas au sens confessionnel du terme, mais au sens où toute société a besoin d’un certain régime de croyance partagée pour tenir debout. Quand plus rien n’est crédible, tout devient croyable. Quand les autorités faillissent, des autorités de substitution s’installent. Quand la vérité perd sa dignité, les révélations de rechange prospèrent. Le complotisme apparaît alors comme la religion pauvre d’un temps désaffilié. Il offre ses démons, ses prêtres improvisés, ses excommunications, ses textes canoniques de fortune, ses communautés ferventes, son salut par la révélation hostile.

Pascal Lardellier touche là, à sa manière, une blessure spirituelle de la modernité

Nous ne souffrons pas seulement d’un excès d’informations. Nous souffrons d’un déficit de verticalité intérieure. Nous ne savons plus toujours distinguer ce qui élève de ce qui excite, ce qui dévoile de ce qui empoisonne, ce qui relie de ce qui sépare.

C’est pourquoi ce livre dépasse largement son objet apparent. Il ne parle pas seulement des complots imaginaires. Il parle de notre faim de sens, de notre incapacité croissante à habiter l’incertitude, de notre difficulté à soutenir une vérité qui ne se donne ni tout entière ni tout de suite. Il parle aussi de la fatigue démocratique, du ressentiment diffus, de l’épuisement des médiations, de la violence produite par les humiliations symboliques. En ce sens, Pascal Lardellier accomplit davantage qu’une critique du complotisme. Il dresse le portrait moral d’une époque qui doute de tout parce qu’elle ne sait plus à quoi accorder sa confiance, et qui, faute de transmission exigeante, confond parfois éveil et suspicion, vigilance et obsession, liberté critique et enfermement paranoïaque.

Lu dans une perspective maçonnique et initiatique, cet ouvrage agit comme un rappel salubre.

Il nous redit que la recherche de la vérité n’a rien à voir avec la compulsion de dévoilement

Il nous enseigne qu’un symbole n’est pas un code secret à déchiffrer fébrilement, mais une forme qui oblige à la mesure, à la méditation, à la transformation de soi. Il nous avertit que le goût du caché peut devenir une servitude lorsqu’il cesse d’être ordonné par la rectitude morale et par l’exigence de justesse. Surtout, il nous reconduit vers une vertu devenue presque ascétique dans le tumulte contemporain, le discernement. Non pas le scepticisme paresseux qui ne croit plus rien, ni la crédulité fiévreuse qui croit tout, mais cette voie plus haute et plus difficile qui accepte de peser, de comparer, de suspendre, de vérifier, de reprendre. Autrement dit, une voie de liberté intérieure.

La réussite de Pascal Lardellier tient enfin à son écriture

Nous sentons derrière ses pages une intelligence mobile, un goût du trait juste, une pédagogie qui n’écrase jamais le lecteur sous un appareil démonstratif trop lourd. Le propos demeure vif, accessible, mais sans abandonner sa gravité. Cette alliance d’humour, de finesse et de vigilance fait beaucoup pour la qualité du livre. Elle lui permet d’aborder un sujet surexposé sans tomber dans le catéchisme civique, ni dans l’indignation pavlovienne. Il y a là une tenue, une sobriété, une manière d’éclairer sans tonner, qui donnent à l’essai sa véritable puissance.

Nous tenons donc avec Le nouvel âge du complotisme un livre nécessaire, non parce qu’il ajouterait un commentaire de plus à l’air du temps, mais parce qu’il atteint le noyau invisible du phénomène.

Pascal Lardellier nous aide à comprendre que le complotisme n’est pas seulement une dérive de la raison

Il est une mystique dévoyée du sens, une dramatique du soupçon, une liturgie de la défiance, un simulacre de dévoilement. En cela, son livre intéresse bien au-delà de la sociologie des croyances contemporaines. Il touche à ce que nous faisons de notre besoin de vérité, à la manière dont nous traversons les ombres, et à la question décisive entre toutes, celle de savoir si nous voulons réellement la lumière, ou seulement l’excitation d’un feu qui ressemble à la lumière.

Le nouvel âge du complotisme – Post Vérité : quand le réel vacille

Pascal LardellierÉditions de l’Aube, coll. Monde en cours, 2026, 200 pages, 17 €

L’éditeur, le SITE

La Voix du GODF #02 – mars 2026

Le deuxième épisode du podcast « La Voix du GODF », daté de mars 2026, donne la parole à Laurent Segalini, conservateur du musée de la franc-maçonnerie, pour une plongée au cœur de ce lieu discret mais central dans la compréhension de l’Ordre maçonnique et de son histoire.

Un musée niché au cœur de Cadet

L’émission présente d’abord le musée de la franc-maçonnerie comme un espace singulier, installé au sein de l’Hôtel du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris. Niché dans ce bâtiment symbolique, le musée se trouve au croisement de l’histoire maçonnique, de la mémoire militante et du patrimoine national. Il n’est pas conçu comme un simple lieu d’exposition, mais comme un véritable espace de transmission, où sont donnés à voir et à comprendre trois siècles de vie maçonnique.

Laurent Segalini y rappelle la vocation double du musée : accueillir le grand public curieux de franc‑maçonnerie et offrir aux frères et sœurs un lieu de ressources, de réflexion et de travail sur leurs propres origines symboliques. Cette position, à la fois au cœur d’une obédience et ouvert aux profanes, confère au musée un rôle de passerelle entre monde maçonnique et société civile.

Trois siècles d’objets, de rites et d’engagements

Le podcast insiste sur la richesse des collections, qui couvrent les trois derniers siècles. On y trouve des objets rituels, des bijoux maçonniques, des tabliers, des gravures, des archives, mais aussi des documents témoignant de l’engagement des francs‑maçons dans les grands combats politiques, sociaux et laïques. Cette diversité montre que la franc‑maçonnerie ne se réduit ni à un folklore, ni à une pure abstraction philosophique : elle s’inscrit dans des pratiques, des gestes, des signes et des combats très concrets.

À travers ces collections, l’auditeur comprend que le musée ne se contente pas d’illustrer une histoire interne : il documente également la manière dont les loges se sont inscrites dans la cité, ont accompagné les mutations du droit, de l’école, de la place de la religion et des libertés publiques. Le musée devient ainsi un observatoire de l’évolution des idées et des sensibilités en France depuis le XVIIIᵉ siècle.

Le reflet des évolutions de l’Ordre

L’un des fils conducteurs du podcast tient au rôle du musée comme miroir des transformations profondes de la franc‑maçonnerie. Plusieurs mouvements de fond sont mis en lumière :

  • La place croissante des femmes dans l’Ordre, que l’on voit apparaître dans les archives, les photographies, les objets et les parcours biographiques conservés au musée.
  • La diversification des pratiques rituelles, tangible dans la variété des rituels, des décors et des symboles exposés, qui témoignent de la coexistence de plusieurs traditions et sensibilités maçonniques.
  • L’affirmation de la liberté de conscience, illustrée par des documents et objets liés aux combats pour la laïcité, la liberté d’expression, la lutte contre les intolérances et les dogmatismes.

Le musée ne fige pas ces évolutions dans une vision nostalgique : il les présente comme un processus dynamique, fait de débats, de tensions et de réajustements permanents. Le visiteur est ainsi invité à découvrir une franc‑maçonnerie vivante, travaillée par son temps autant qu’elle le travaille.

Le rôle de Laurent Segalini, passeur de mémoire

Musée de la FM - GODF

Le podcast donne aussi l’occasion de mieux cerner la fonction de Laurent Segalini à la tête du musée. Historien de formation, spécialiste des marges et des symboles, il est présenté dans d’autres sources comme un « passeur de lumière », dont le parcours conjugue rigueur scientifique et engagement initiatique. Son rôle ne se limite pas à conserver des objets : il consiste à leur redonner sens, à organiser des expositions, à concevoir des parcours pédagogiques et à nouer des partenariats scientifiques.

L’émission laisse percevoir sa volonté de faire du musée un véritable outil éducatif : un lieu où le public peut accéder à une compréhension nuancée de la franc‑maçonnerie et où les francs‑maçons eux‑mêmes peuvent approfondir le sens de leurs rites et de leurs symboles. Le musée est ainsi décrit comme un espace de recherche, de colloques, de publications et de mise en dialogue entre historiens, citoyens et initiés.

Un musée-Temple ouvert aux profanes

Enfin, le podcast met en avant une idée forte : le musée de la franc‑maçonnerie n’est pas seulement un musée au sens classique du terme, c’est un Temple ouvert aux profanes. Les collections sont pensées comme autant de portes d’entrée vers la compréhension des rites, des valeurs et de la culture maçonniques. En ce sens, la visite tient presque du parcours initiatique laïque : elle propose un cheminement, des seuils, des décryptages, qui invitent le visiteur à dépasser les clichés.

À travers ce deuxième épisode de « La Voix du GODF », le musée apparaît donc comme un lieu stratégique : à la fois mémoire de l’Ordre, laboratoire pédagogique et espace de dialogue avec le monde extérieur, au service d’une compréhension plus fine de la franc‑maçonnerie et de ses métamorphoses contemporaines.

Vincent Teite, compagnon du devoir menuisier à Bailleul

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De notre confrère radiofrance.fr – Par Emmanuel Bordeau,  Agnès Delbarre,  Michael Pachen

Vincent Teite, compagnon du Devoir menuisier : le parcours d’un artisan passionné

Installé à Bailleul, au cœur des Flandres, Vincent Teite, compagnon menuisier du Devoir, incarne l’esprit même du compagnonnage : excellence, humilité et transmission. Après un parcours riche en voyages et en découvertes à travers la France et l’étranger, il consacre aujourd’hui son savoir aux jeunes générations d’artisans.

Une vie communautaire fondée sur le partage

Le compagnonnage, selon Vincent, est bien plus qu’un apprentissage technique : c’est une véritable école de vie.

« On vit tous ensemble dans une maison, on mange ensemble, on dort ensemble », explique-t-il.

Cette vie en communauté apprend la rigueur, la solidarité et le dépassement de soi. Les jeunes compagnons découvrent, au-delà du geste technique, une fraternité fondée sur le respect du travail bien fait et l’entraide quotidienne.
Vincent nuance cependant : « Pour certaines personnes, cette vie est faite pour eux, pour d’autres non. Il faut aimer la collectivité, la responsabilité et la transmission. »

Un parcours à travers la France et au-delà

Originaire du Nord, Vincent a commencé sa formation au Mans avant de sillonner la France dans le cadre du Tour de France des Compagnons. De Blois à Montpellier, en passant par Reims ou encore York, en Angleterre, il a découvert la diversité des traditions régionales et perfectionné son savoir-faire. Il a également posé ses outils à La Réunion et dans la Somme, des expériences qui l’ont enrichi humainement et professionnellement.

« J’ai eu la chance de participer à des chantiers exceptionnels, comme au château de Chambord », se souvient-il.

Ces aventures lui ont aussi permis de croiser des figures marquantes du patrimoine et de la culture française, telles que Marlène Jobert ou la famille Decaux, lors de projets d’envergure.

De compagnon itinérant à compagnon sédentaire

Après de nombreuses années de voyage et d’apprentissage au sein de l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir, Vincent a choisi de poser ses valises à Bailleul. Devenu compagnon sédentaire, il poursuit sa mission : transmettre son expérience et former les jeunes menuisiers.

« Une fois cette étape franchie, on devient sédentaire. On reste au même endroit, mais on continue de transmettre aux jeunes. C’est un autre voyage, intérieur celui-là. »

Être compagnon sédentaire, c’est aussi participer à la vie du réseau, encadrer les nouveaux venus et préserver la mémoire du métier. Vincent s’investit dans la formation et le suivi des apprentis, avec la même passion que celle qui animait ses débuts.

Un compagnonnage à l’image de la France : riche et multiple

Les compagnons du Devoir forment une véritable mosaïque humaine. « Il y a des Flamands, des Périgordins, des Angevins… et même des étrangers », raconte Vincent.
Cette diversité culturelle renforce l’ouverture d’esprit des artisans et leur permet de confronter des manières de travailler différentes. Chaque Maison des Compagnons devient ainsi un creuset où s’échangent les techniques, les histoires et les valeurs.

Entre tradition et modernité

Le compagnonnage reste vivant parce qu’il évolue avec son temps. Aujourd’hui, les menuisiers se forment autant sur les techniques traditionnelles que sur les innovations écoresponsables, la menuiserie fine ou les procédés numériques. Vincent en est convaincu : « Le cœur du métier reste le même — le travail du bois et la passion du bel ouvrage — mais les outils et les matériaux changent, et c’est à nous de les apprivoiser. »


Souhaite-tu que je reformule cet article dans un style plus journalistique de presse régionale (avec des accroches plus courtes et dynamiques), ou plutôt dans un style éditorial et descriptif pour une revue spécialisée sur les métiers du compagnonnage ?

Passions

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Avertissement

Le pluriel est utilisé car, au singulier, passion a un sens religieux référant à la mort du Christ : « Souffrances, supplices qui précédèrent et accompagnèrent la mort de Jésus-Christ » (Lexilogos). Cette acception n’est pas examinée ici bien que, dans certains rituels, on évoque la « passion de notre Seigneur Jésus-Christ son cher fils ».

« La passion est ce qui trouble l’âme et nous empêche d’accomplir notre devoir » (Jacqueline Lagrée, Le néostoïcisme). « Et sur mes passions ma raison souveraine
Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine » Corneille, Polyeucte, 1641.

Au sens ancien, la passion nomme les phénomènes passifs de l’âme, c’est-à-dire tout ce qui est subi (du latin passio, action de supporter, de subir, de souffrir). On utiliserait aujourd’hui le mot émotion primaire : joie, colère, peur, tristesse, dégoût, surprise… ce que gère le cortex préfrontal « chaud ». L’opposé est donc la volonté qui est action gérée par le cortex préfrontal « froid ».

Au sens moderne, les passions désignent les inclinations non maîtrisables, en fait toute rupture de l’équilibre psychologique. L’homme est perçu comme rationnel, libre, moral également, au centre de son monde, faute de ne plus l’être pour l’Univers entier. Comme l’empereur Auguste, l’homme moderne doit dire : « Je suis maître de moi comme de l’univers » (Corneille, Cinna).

Vaincre ses passions

La franc-maçonnerie a choisi la voie des stoïciens : « parvenir par un effort de préparation personnel à se libérer des passions du monde profane ». Les passions sont mauvaises, elles perturbent la réflexion. « Elles déshonorent l’homme et le laisse incapable » dit le rituel. Le philosophe comme le franc-maçon repousse et lutte contre ces dérèglements de l’entendement. Si le monde est ordonné, la sagesse est de consentir à ce qui m’est donné de vivre. « Si tu aimes un pot de terre, dis-toi: « J’aime un pot de terre. » S’il se casse, tu n’en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : « J’embrasse un être humain. » S’ils viennent à mourir, tu n’en seras pas autrement bouleversé » (Le « Manuel » d’Épictète).

La franc-maçonnerie dit : « Il vous faudra combattre les passions qui déshonorent l’homme et le rendent si infirme ; il vous faudra pratiquer les vertus les plus nobles et les plus solidaires » (Rituel d’initiation) quand Montaigne écrit : « L’impression des passions ne demeure pas en lui superficielle ; mais va pénétrant jusqu’au siège de sa raison, l’infectant et la corrompant » (Essais, 1580).

Pour la franc-maçonnerie, les passions sont mauvaises et voisinent avec les erreurs et les préjugés. Elles « déshonorent l’homme et le rendent si infirme. ». « Les passions qui s’élèvent et éblouissent de leur fumée l’œil de la raison » (Guillaume du Vair, 1556-1621, De la sainte philosophie morale des stoïques).

Bien sûr, le philosophe considère négativement les passions, mais il réfère aux émotions. Pour Spinoza, elles n’apportent aucune joie, ce moteur de l’appétit de vivre. Elles engendrent violence et inconduites. Elles mènent à des comportements qui paraissent étranger à son auteur. La voie à suivre est bien simple : les dominer, « acquérir un pouvoir absolu sur ses passions » (Descartes, Les passions de l’âme). S’appuyant sur l’exemple du chien de chasse qui a appris à ne plus courir après la perdrix aperçue et à ne plus craindre le bruit du fusil, il est convaincu que « puisqu’on peut, avec un peu d’industrie, changer les mouvements du cerveau dans les animaux dépourvus de raison, il est évident qu’on le peut encore mieux dans les hommes, et que ceux même qui ont les plus faibles âmes pourraient acquérir un empire très absolu sur toutes leurs passions, si on employait assez d’industrie à les dresser et à les conduire. »

Kant qui y voit une pathologie nécessitant « un médecin[1] qui soigne l’âme de l’intérieur ou de l’extérieur, qui sache pour en prescrire le plus souvent, non pas une cure radicale, mais presque toujours des médicaments palliatifs » (Anthropologie du point de vue pragmatique).

La scansion de la cérémonie d’initiation est l’injonction « Combat tes passions ». C’est un appel philosophique à la raison qui paraît aussi une invitation à se conformer aux usages de l’ordre. Cette disposition ordonnée, faite d’équerres au sol et de fermeture du cercle de la L.  sur elle-même conduit à un isolement qui laisse les rumeurs du monde à la porte. Sagesse collective pour une pensée bien unifiée. Les pierres sont assemblées, très bien ajustées mais parce qu’elles sont conformes : une seule mesure.

Vivre avec ses passions

« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt » Hume, Traité de la nature humaine, 1739.

Préférer la destruction du monde entier à une égratignure de son doigt, comment un philosophe a-t-il pu penser cela ? Le débonnaire Hume est un provocateur à penser qui va ébranler Kant dans ses certitudes. « La raison est, et elle ne peut qu’être l’esclave des passions ; elle ne peut prétendre à d’autre rôle qu’à servir et qu’à leur obéir » (David Hume,Traité de la nature humaine). Pour lui, raison et passion ne relèvent pas du même ordre. La raison est inactive, un simple pouvoir théorique sans conséquences pratiques. Comme une passion ne peut jamais être considérée comme déraisonnable, « il est impossible que la raison et la passion puissent jamais s’opposer l’une à l’autre et se disputer le commandement de la volonté et des actes » (Traité de la nature humaine). Pour l’action, les passions sont le moteur de la volonté et fixent les objectifs ; le rôle de la raison se limite à discerner ce qui est utile et les moyens à mettre en œuvre. De même, pour la morale, la raison est impuissante. Cette dernière peut juger, comprendre, bâtir des représentations théoriques, mais elle ne guide pas les actes. Elle ne fait qu’accompagner le désir d’agir et la volonté, sans fournir de motifs d’action. L’Homo œconomicus de Hume est guidé par sa passion irrépressible d’accumuler et non, comme celui des économistes Walras ou Marshall, par la raison. Le droit de propriété est une trouvaille de la société pour encadrer la volonté de richesses. L’amour du gain est après tout plus acceptable que l’envie ou la vengeance. Ce qui s’est longtemps appelé avarice ou cupidité se nomme désormais intérêt. « Rien ne peut contrarier ou freiner l’élan de la passion qu’un élan contraire. Le magistrat ne peut remédier à un vice que par un autre et préférer ce qui nuit le moins à la société. »

Vivre avec passion

« Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion » (Hegel, La raison dans l’histoire).

Et d’ajouter « Les passions constituent l’élément actif. Elles ne sont pas toujours opposées à l’ordre éthique ; bien au contraire, elles réalisent l’Universel. » Comment Hegel ose-t-il réhabiliter ainsi les passions ? Démonstration par ce qu’il appelle « la ruse de la raison » :

1 L’histoire des hommes tend vers la réalisation de la liberté et de la Raison, idées abstraites ; elles n’ont pas de mains pour construire des cathédrales ou renverser des empires.

2 Les hommes n’agissent pas par altruisme, mais de manière intéressée, pour satisfaire leurs passions justement. César, Gengis Khan, Christophe Colomb, Napoléon sont mus par des passions dévorantes (ambition, gloire, désir de puissance). Mais en suivant ces passions, ces buts égoïstes, ils accomplissent sans le savoir quelque chose qui les dépasse. Il y a donc ruse de la raison au sens où la raison utilise les passions humaines pour se réaliser à travers elles. Dans ces « ruses de la raison », on retrouve quelque chose de la main invisible d’Adam Smith ou, pour le franc-maçon, celle du Grand Architecte de l’Univers. Et notre F. Voltaire d’ajouter : « Moi, comme don Quichotte, je m’invente des passions pour m’exercer ».

La raison est le principe qui rend l’histoire intelligible mais ce sont les passions qui lui fournissent son énergie créatrice

Issue des Lumières, la franc-maçonnerie devrait faire sienne la maxime de Diderot : « La raison sans les passions serait presque un roi sans sujets » (Essai sur les règnes de Claude et Néron).

« Qui ôte toutes les passions ôte toutes les vertus. Il n’y a point de victoire, où il n’y a point de combat » (Cardinal Bona, 1609-1674, Guide du chemin du ciel).

Bibliographie

Richard Lévy, Cortex, Albin Michel 2025.


[1] Claude Galien (131-201) le grand médecin grec a écrit un célèbre Traité des passions.

De l’Ombre à la Lumière : similitudes initiatiques

Avant-propos

Les traditions initiatiques africaines, nées d’une même intuition fraternelle que les traditions européennes, portent des résonances profondes avec le travail maçonnique, Deux Francs-Maçons de l’Orient de Dakar ont corédigé cette étude fondée sur les parcours initiatiques Bambara du Mali et Sérère du Sénégal. Ensemble, elle éclaire un chemin de l’ombre vers la lumière qui traverse les siècles et les cultures.

 Sur les conseils d’un vieux sage maçon du GODF, ils m’ont sollicité pour proposer de publier ce travail sur 450.fm. Ce que notre directeur de la publication a accepté.

Les auteurs : une sœur, Fantas, membre d’une loge du DHI, et un frère, Youssef Xodar membre d’une loge du  GODF, tous deux à l’Orient de Dakar (Sénégal)

Alain Bréant

LE PARCOURS INITIATIQUE BAMBARA

Toute initiation commence dans l’obscurité. Les yeux bandés, les mains guidées par un autre, le seuil franchi sans voir où l’on pose le pied. Cette étape est aussi celle que rencontre tout Franc-Maçon à l’entame de son parcours d’initiation.

Il y a des siècles déjà, sur cette terre qui s’étend aujourd’hui du Mali au Sénégal, un jeune garçon Bambara pénétrait dans la brousse sacrée les yeux couverts, conduit par la main d’un ancien. Cette brousse sacrée, appelée Kungo en langue Bambara, n’est pas simplement un espace forestier. Elle est un espace liminal, au sens anthropologique du terme, où l’on quitte un état pour en rejoindre un autre.

Toute initiation comporte cette phase où l’individu n’est plus ce qu’il était sans être encore ce qu’il deviendra.

La cosmogonie de l’équilibre

La tradition Bambara enseigne que l’univers naît d’un germe primordial contenant en puissance toutes les formes futures. De ce germe surgissent deux forces complémentaires.

Pemba est l’élan primordial, associé à la terre et à la matière. Il représente la puissance créatrice non encore structurée. Mais son impatience le conduit à quitter prématurément l’unité originelle, produisant une terre aride et déséquilibrée. Il n’est pas une figure maléfique : il est la condition de toute création. Mais livré à lui-même, son élan produit un monde instable.

Faro intervient pour corriger ce déséquilibre. Associé à l’eau, à la lumière et à la connaissance, il descend apporter la pluie sur la terre aride, instaurer la fertilité et les lois. Être androgyne, il incarne la fonction d’harmonisation : il ne détruit pas la création existante, il la réorganise. Pemba est le chaos fécond ; Faro est le principe d’équilibre.

Chaque être humain porte en lui quelque chose de Pemba : l’élan, la passion, parfois l’impatience. Chaque être humain est appelé à faire descendre en lui Faro : la mesure, la lucidité, la discipline. Le travail initiatique ne consiste pas à étouffer l’énergie vitale, mais à l’orienter vers une forme juste. C’est ainsi que l’histoire cosmique devient une pédagogie intérieure.

Un chemin graduel vers la lumière

Le cheminement Bambara s’organise à travers plusieurs sociétés initiatiques successives, véritables écoles de formation morale, cosmologique et sociale. Leur progression rappelle notre propre cheminement d’Apprenti à Maître.

N’tomo : La première porte. Elle concerne les jeunes garçons et enseigne d’abord la maîtrise du corps et de la parole. Dans le bois sacré (Kungo), les novices apprennent le silence, l’endurance et l’obéissance aux anciens. Les masques du N’tomo, surmontés de cornes verticales symbolisant l’élévation progressive, rappellent que l’homme ne naît pas homme accompli : il le devient par l’effort.

Komo : Gardien des savoirs cosmogoniques. Il transmet les connaissances relatives à l’origine de l’univers ainsi que les savoirs médicinaux et rituels. Le Komo enseigne que le monde est structuré par des équilibres subtils : accéder à cette société, c’est comprendre les lois invisibles qui régissent la nature et la société. Savoir implique devoir.

Nama : Lié à la caste des forgerons (Noumou), détenteurs d’un savoir à la fois technique et sacré. Les Noumou maîtrisent le feu et la transformation des métaux, métaphore puissante du travail initiatique. Ils transmettent l’art de la transformation, la connaissance des rythmes naturels et la patience exigée par tout vrai changement.

Kono : Associé aux chasseurs, il initie à la vigilance et au courage. Pénétrer la brousse, c’est affronter l’inconnu. Le Kono enseigne que l’homme n’est pas maître absolu du monde : il doit négocier avec les forces invisibles. La chasse est aussi une métaphore intérieure, traquer ses propres faiblesses, affronter ses ombres.

Tchi Wara : Lié à l’agriculture, symbolisé par le masque-antilope reliant le ciel (cornes pointées vers le haut) et la terre (le corps). Il célèbre l’alliance harmonieuse entre l’homme et la nature nourricière : travailler la terre, c’est aussi se travailler soi-même.

Korè : Le degré ultime, réservé aux anciens. Non plus une initiation d’apprentissage, mais une initiation de synthèse. Le Korè introduit la sagesse ironique des anciens : toute connaissance doit demeurer humble. L’initié devient à son tour transmetteur.

Cette progression graduelle rappelle le cheminement maçonnique. On ne peut sauter d’un degré à un autre sans risquer le déséquilibre, car chaque étape initiatique prépare la suivante.

Le forgeron, la parole et le Mogoya

Le forgeron Bambara, le Noumou, est maître des quatre éléments : la terre dans le minerai, l’eau pour la trempe, l’air du soufflet, le feu de la forge. Ce sont là les mêmes éléments que nos FF∴ et SS∴ reconnaissent dans nos voyages initiatiques. Le Noumou chauffe le minerai brut jusqu’à le rendre liquide, le façonne, le frappe, et le métal passe de la confusion à l’équilibre. Nous sommes, comme lui, à la fois le forgeron et le métal.

Dans la tradition Bambara, Kuma signifie à la fois « la parole », « le temps » et « l’essence ». C’est par la parole que Faro organise le chaos de Pemba. Cette vérité résonne dans notre Temple : le VM∴ ouvre les travaux par la Parole. Et l’Apprenti, comme le jeune garçon du N’tomo, apprend d’abord à se taire pour comprendre la puissance du verbe.

Au terme de ce long processus se dessine l’idéal du Mogoya : « l’humanité réalisée ». On ne naît pas avec le Mogoya. On le conquiert, jour après jour. L’idéal accompli est celui du Mogo kiléné : « l’homme droit, l’homme debout » : celui qui a traversé les épreuves, maîtrisé ses passions, ordonné son chaos intérieur. Il correspond au maître qui se tient droit entre l’Équerre et le Compas, qui a transformé sa pierre brute en pierre cubique.

Ainsi, pour l’initié bambara comme pour le Franc-maçon, « Sù mana djagna tchokotchoko, kile bɛ wili. » La nuit a beau être longue, le jour finit par poindre.

L’INITIATION SÉRÈRE

Après avoir parcouru les sentiers de la brousse sacrée Bambara et vu comment l’homme, tel le minerai entre les mains du forgeron Noumou, doit être chauffé, frappé et discipliné pour passer du chaos de Pemba à la clarté ordonnée de Faro, nous passons de la métaphore de l’outil à celle de la matrice. Si le Bambara façonne, le Sérère laisse germer. Nous ne sommes plus seulement dans le « faire » ; nous entrons dans l’O kiin : « l’être en devenir ».

Le cosmos Sérère

Dans la cosmogonie Sérère, l’univers est un ordre vivant structuré par une intelligence transcendante : Roog, l’Être suprême.

Non pas une divinité anthropomorphique, mais un principe d’harmonie, source de la vie, intelligence organisatrice du cosmos. Roog est à la fois distance et proximité : distance parce qu’il dépasse toute représentation humaine, proximité parce que toute chose participe de son ordre. La terre, les ancêtres, les arbres, les rivières, les étoiles et les hommes sont liés par un réseau de correspondances qui renvoie à cette origine première.

Dans cette vision, l’ombre n’est pas uniquement l’absence de clarté. C’est un espace de forces invisibles où le monde visible se retire et où le monde invisible s’approche. L’homme lui-même porte en lui son jour et sa nuit.

Les Pangool : ancêtres fondateurs, médiateurs entre Roog et la communauté, occupent une place centrale dans cet édifice. Ils ne sont pas de simples esprits errants ; ils incarnent la mémoire vivante du peuple Sérère. Chaque Pangool est associé à un lieu, à une lignée, à un événement fondateur. Ils rappellent à la communauté l’importance de la justice, de la solidarité et du respect de l’ordre cosmique. L’ombre n’est pas seulement l’espace des peurs ; c’est aussi celui où la mémoire se conserve. La lumière du jour révèle les formes ; l’ombre rappelle les racines invisibles qui les soutiennent.

L’initiation comme traversée de la nuit

Le Ndut est à la fois un lieu d’initiation et un lieu d’ombre. C’est « l’école de l’homme idéal… celui qui sait se maîtriser devant la souffrance, celui qui sait garder le secret», « le Ndut, c’est le nid de l’oiseau. L’oiseau tisse son nid et y enferme ses petits pour leur enseigner tout son savoir. »

Au centre se trouve l’arbre O Mbam, symbole de la coutume ancestrale. L’ombre du Ndut n’est pas négative : elle est matrice, silence nécessaire pour qu’une conscience nouvelle puisse naître.

Le moment central de cette étape initiatique est la rencontre avec le Maam : l’ancêtre, la mémoire collective, la continuité invisible entre les générations. Cette rencontre a lieu dans la nuit. Lorsque l’initié est conduit devant le Maam, la communauté annonce : « Maam a luudaan : il l’a avalé. » L’initié disparaît symboliquement dans l’ombre et meurt à son ancien état. Lorsqu’il revient parmi les siens, la communauté proclame : « Maam a wusa den : Maam les a épargnés. » L’initié est revenu, mais il n’est plus le même.

Pour consacrer cette transformation vient le bain rituel de Bogdah : purification physique, morale et spirituelle. Puis les initiés reçoivent des pagnes blancs : image d’un avenir ouvert où l’homme nouveau doit écrire sa vie avec responsabilité et conscience.

Cette transformation personnelle s’inscrit ensuite dans un ordre cosmique : « Le Selbe se tient au Kumax, le Kumax se tient au Roi, le Roi se tient aux Pangool, les Pangool se tiennent à Roog. » L’initié n’est jamais isolé.

Au sortir du Ndut, il revient avec une responsabilité cosmique. Il « répandra les vérités acquises par l’exemple de ses qualités » et devient gardien d’un ordre qui le dépasse.

Les Pangool veillent sur cette responsabilité, la communauté la rappelle, et Roog en demeure l’origine ultime.

L’initié devient un pont vivant entre la terre et le ciel, entre le visible et l’invisible, entre l’ombre qui enseigne et la lumière qui guide.

La tradition Sérère distingue le mag dag : détenteur des connaissances ésotériques utilisées pour protéger, guérir ou rétablir un équilibre rompu : du naq : celui qui détourne les forces invisibles vers la nuisance et le désordre. La tradition ne condamne pas la connaissance en elle-même : elle condamne l’intention qui la guide. Voilà pourquoi la formation morale est au cœur de l’initiation du Ndut.

Les Saltigués : gardiens de la sagesse et de la connaissance spirituelle : rappellent que la connaissance des forces invisibles n’a de sens que si elle demeure orientée vers la protection de la vie.

Dans notre monde contemporain, l’ombre fait peur. On veut tout éclairer immédiatement. On refuse l’introspection. Pourtant, la sagesse Sérère enseigne que la maturation exige un temps de retrait, un temps d’obscurité féconde. La nuit n’est pas ennemie : elle est passage. De l’ombre à la lumière, le Sérère apprend que l’existence est rythme, alternance, respiration, jour et nuit, visible et invisible, épreuve et élévation.

Ainsi pour l’initié Sérère comme pour le Franc-maçon « Naaga reetu ret, Naaga maadu maad », la nuit a beau être longue, le jour finit par poindre.

Confluences initiatiques

Vitriol-basil_valentin Visita interiora terrae

Ce chemin de l’ombre vers la lumière trouve un écho puissant dans la démarche maçonnique. L’initiation commence dans le silence et l’ombre du cabinet de réflexion, non pour humilier, mais pour préparer. L’ombre maçonnique, comme l’ombre du Kungo ou du Ndut, est une pédagogie : elle désarme l’ego, dépouille les certitudes, confronte l’initié à sa propre nudité intérieure.L’injonction maçonnique gravée dans le cabinet de réflexion : V.I.T.R.I.O.L. (Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem), dit exactement ce que le Ndut enseigne : descendre dans ses propres profondeurs, traverser l’obscurité intérieure, pour en remonter… transformé.

Les convergences sont profondes et non fortuites. Elles renvoient à des interrogations fondamentales que de nombreuses traditions humaines ont cherché à exprimer avec leurs propres symboles : les Bambaras évoquent Pemba et Faro ; les Sérères parlent de Roog et des Pangool ; les maçons parlent d’Ordo Ab Chao, autant de manières de dire, dans des langues différentes, le passage de l’obscurité vers la lumière, du désordre vers l’harmonie.

Conclusion : une même quête

Deux forêts sacrées. Deux peuples. Deux langages du mystère. Mais si vous écoutez avec attention, vous entendrez la même phrase dans des langues différentes : l’homme ne naît pas accompli. Il le devient.

Le Bambara le dit en frappant le minerai. Le Sérère le dit en avalant l’initié dans la nuit du Maam. Et les Francs-maçons, en bandant les yeux du récipiendaire avant de lui donner la lumière.

Pemba, c’est l’élan brut en chacun de nous. Faro, c’est l’ordre que nous devons faire descendre par la discipline. O kiin, c’est ce que nous sommes tous : des êtres en devenir, pas des êtres achevés. Roog ne se représente pas. Le Grand Architecte ne se définit pas. L’absolu résiste à tous les noms. Ce que Bambara et Sérère nous enseignent ensemble, c’est que la vraie question initiatique n’est pas : « qu’est-ce que je crois ? » Mais : « qui suis-je en train de devenir ? »

Dans les deux traditions, la lumière n’est pas possession : elle est quête permanente. Elle appelle à la construction intérieure, pierre après pierre, pensée après pensée, acte après acte. L’homme ne naît pas pleinement éclairé. Il devient lumière en traversant l’ombre. Et peut-être est-ce là le sens ultime de toute initiation : comprendre que l’ombre n’est pas à fuir, mais à intégrer, afin que la lumière acquise soit stable, consciente et durable.

Ainsi, De l’ombre à la lumière, le chemin continue et pour l’initié, la nuit a beau être longue, le jour finit par poindre.

Fantas et Youssef Xodar

Pour aller plus loin

Avec le Chevalier Rose-Croix, le Rite Français referme un cycle et rouvre une exigence

Sous la direction de Claude Beau, Grades de Sagesse du Rite Français, Mémento Quatrième Ordre, Le Chevalier Rose-Croix ne vient ni livrer une doctrine close ni distribuer des certitudes prêtes à l’emploi. Ce volume, qui achève le cycle des quatre Ordres, s’inscrit dans une œuvre de transmission fraternelle où la fidélité au texte de 1786, la profondeur du symbole et la vie des chapitres se répondent avec gravité.

À travers la présentation de la collection « Les Mémentos » par Pierre Pelle Le Croisa, le mot d’Hervé Haouy et l’avant-propos de Claude Beau, cet ouvrage apparaît comme une véritable œuvre de maturation intérieure.

Il faut parfois relire un ouvrage depuis son seuil pour en saisir la tonalité véritable

Non pas seulement depuis son sujet, ni même depuis son contenu, mais depuis la manière dont il se présente à nous, dont il se situe dans une lignée, dont il nomme sa propre ambition. C’est exactement ce que révèle Grades de Sagesse du Rite Français sous la direction de Claude Beau. Car ce livre n’est pas un ouvrage de plus sur un grade prestigieux du Rite Français. Il est l’ultime station d’un cycle et, dans le même mouvement, l’annonce d’un commencement plus intérieur.

La présentation de Pierre Pelle Le Croisa le dit avec une netteté qui mérite d’être retenue

Pierre-PELLE-LE-CROISA
Pierre Pelle Le Croisa

Le « Mémento » n’est pas conçu comme un exposé d’autorité, mais comme une « mémoire », autrement dit comme une quête personnelle sur le contenu des rituels par degré, offerte au partage avec les Sœurs et les Frères lecteurs. Ce choix de mot n’est pas innocent. Il donne sa couleur à l’ensemble de la collection. Nous ne sommes pas ici devant des livres qui prétendraient remplacer l’expérience initiatique par le commentaire. Nous sommes devant des ouvrages pensés comme des compagnons de route, comme des prolongements de la démarche vécue en loge ou en chapitre, comme des outils de travail destinés à nourrir une élévation spirituelle qui ne se sépare jamais du labeur intérieur.

Cette intention confère au volume une dignité particulière

Il ne cherche pas à régner sur son sujet. Il se tient à hauteur de pratique. Il ne prétend pas imposer un sens unique. Il ouvre des lignes de réflexion, il rassemble des points d’appui, il aide à mieux habiter ce qui a été vécu rituellement. C’est pourquoi l’ouvrage trouve d’emblée son juste lieu. Il ne se substitue pas à la vie maçonnique. Il la prolonge. Il ne remplace pas le travail du chapitre. Il en devient l’un des échos les plus féconds.

Le mot d’Hervé Haouy, Suprême Commandeur du Grand Chapitre du Rite Français, vient confirmer avec force cette orientation

Lui aussi prend soin d’écarter toute posture magistrale. L’ouvrage, écrit-il en substance, n’expose pas « la Vérité ». Il offre des ressentis, des perceptions, des pistes nées d’un travail commun appuyé sur les rituels et sur les écrits historiques. Cette réserve est précieuse. Elle rappelle qu’en matière initiatique, la vérité ne se distribue pas comme un savoir de possession. Elle se laisse approcher à travers des signes, des étapes, des traversées, des fidélités, des éclaircies. Le Quatrième Ordre, dans cette perspective, n’est pas l’aboutissement tranquille d’un parcours qui se refermerait sur lui-même. Il est le lieu où le travail recommence plus profondément.

Cette idée, Hervé Haouy l’exprime avec une simplicité très haute lorsqu’il suggère que, avec le quatrième Ordre, le travail est loin d’être terminé et peut-être commence-t-il tout juste.

Voilà sans doute l’une des plus justes définitions de ce que représente le Rose-Croix au Rite Français

Non une couronne d’apparat, non un sommet satisfait de lui-même, mais une chambre plus secrète de l’itinéraire maçonnique, un lieu où l’homme ne peut plus se contenter d’aligner des connaissances ou des rapprochements savants. Il lui faut désormais consentir à une intériorité plus exigeante, à une pauvreté plus lucide, à une forme de dépouillement qui rend enfin possible la joie véritable.

L’avant-propos de Claude Beau éclaire encore davantage la nature du projet

Il rappelle que ce quatrième volume a été rédigé par le même collectif que les précédents, avec Jacques Denville, Rémy le Tallec, Jean-Michel Mencia-Huerta, François-Xavier Tassel et Jean-François Thiolet. Chacun a vu son travail soumis à la lecture critique des autres afin d’offrir une approche cohérente malgré la diversité des sensibilités et des vécus. Ce détail compte beaucoup. Il explique la qualité particulière du texte. Nous ne lisons pas la méditation solitaire d’un seul auteur. Nous entendons une fraternité de recherche. Nous percevons un travail lentement élaboré, discuté, relu, repris, afin que la transmission gagne en justesse sans perdre en épaisseur.

Claude Beau rappelle aussi le double objectif des mémentos

Claude Beau

Il y a la transmission, qui demeure un devoir essentiel pour tout maçon. Il y a la pédagogie, qui vise à permettre aux Frères pratiquant les Grades de Sagesse du Rite Français de nourrir leur propre réflexion en confrontant leur point de vue à ceux qui sont ici proposés. Cette double fidélité donne au livre son équilibre. Il n’est ni pure érudition ni pure évocation. Il transmet et il met au travail. Il éclaire et il oblige à penser. Il reste lisible sans cesser d’être dense. Cette alliance entre clarté et profondeur est sans doute l’une de ses réussites majeures.

Il faut également entendre l’importance de l’ancrage revendiqué dans le texte de référence de 1786, celui des rituels des quatre Ordres rédigés par le Grand Chapitre Métropolitain

Là encore, la fidélité n’a rien d’un repli crispé. Elle est méthode. Elle est probité. Elle est refus du brouillage. Dans un temps où tant de discours maçonniques se dispersent en analogies infinies, en comparaisons hâtives ou en rêveries sans centre, ce choix de revenir à la source propre du Rite Français donne à l’ouvrage sa colonne vertébrale. Claude Beau le précise d’ailleurs sans détour en indiquant que les rédacteurs se sont gardés de faire de la maçonnologie comparée avec les autres rites. Cette retenue honore le livre. Elle lui permet de laisser parler le Quatrième Ordre dans sa langue, dans sa logique, dans sa mémoire.

C’est à partir de là que le fond du volume prend toute sa portée. Le Rose-Croix y apparaît comme un grade de traversée, de réorientation intérieure, de relèvement.

Son référentiel chrétien, pleinement assumé, n’est jamais rabattu sur un exclusivisme confessionnel

Il devient la trame symbolique d’un passage. La tristesse, la perte, l’épreuve, la chambre de réprobation, l’humilité, l’obéissance, la parole retrouvée, la joie, la rose et la croix ne sont pas traitées comme des éléments juxtaposés, mais comme les étapes d’une économie spirituelle où l’homme apprend que la lumière ne se reçoit qu’au prix d’un dessaisissement.

C’est là sans doute que ce mémento touche juste

Il comprend que le Quatrième Ordre ne se réduit pas à une accumulation de signes ou de thèmes élevés. Il met en jeu une métamorphose. La pierre cubique et la rose mystique, par exemple, ne relèvent pas seulement d’un beau répertoire emblématique. Elles disent deux états de l’œuvre et de l’être. Avec la pierre, nous sommes encore dans l’ajustement, dans la rectification, dans la vérité du travail. Avec la rose, quelque chose s’ouvre qui relève d’une transfiguration. La rigueur ne disparaît pas, mais elle cesse d’être le dernier mot. Elle s’épanouit en rayonnement intérieur. Elle devient souffle, parfum, offrande.

Les pages consacrées à Foi, Espérance et Charité vont dans le même sens

Foi Espérance Charité – Église catholique de Paris

Elles rappellent que le Rose-Croix ne saurait vivre de seule intelligence symbolique. Il suppose une transformation de la qualité d’âme. La foi comme fidélité à l’invisible. L’espérance comme persévérance dans la nuit même. La charité comme sortie de soi et comme vérité du lien fraternel. Sans cette triple respiration, le grade se dessécherait dans l’abstraction. Avec elle, il retrouve sa chaleur intérieure, sa gravité tendre, sa puissance de guérison.

Un autre mérite du livre tient à son constant rappel de la vie capitulaire

Ni Pierre Pelle Le Croisa, ni Hervé Haouy, ni Claude Beau n’oublient que le travail essentiel se fait au sein des chapitres. Cette insistance empêche toute dérive individualiste. Le Quatrième Ordre n’est pas présenté comme un trésor intime à consommer dans une solitude savante. Il est vécu dans un corps fraternel, dans une communauté de recherche, dans une vigilance réciproque. Lorsque Hervé Haouy conclut en invitant les Frères à veiller les uns sur les autres, il donne au livre son sceau le plus juste. La sagesse n’y est pas distinction. Elle est responsabilité.

Au fond, ce volume a quelque chose de rare, ne cherchant pas à éblouir mais à faire grandir

Il n’élève jamais le ton pour compenser une faiblesse de pensée. Il avance avec cette retenue propre aux ouvrages qui savent d’où ils parlent et pour qui ils écrivent. Pensé dans l’esprit de collection défini par Pierre Pelle Le Croisa, confié à l’intelligence fraternelle des lecteurs par Hervé Haouy, coordonné avec rigueur par Claude Beau et ses compagnons de travail, ce mémento apparaît comme un livre de transmission authentique, habité par la conscience que la voie initiatique ne se livre jamais tout entière, mais qu’elle peut être servie avec justesse, avec fidélité, avec fraternité.

Le Chevalier Rose-Croix clôt ici un cycle de quatre Ordres. Mais ce livre le montre admirablement

Toute vraie clôture initiatique contient une réouverture. Toute fin digne de ce nom reconduit vers une profondeur encore inexplorée. Et c’est peut-être dans cette délicate leçon que réside la plus belle réussite de l’ouvrage. Il ne remet pas le lecteur à une certitude. Il le remet à un travail.

Sous son apparente modestie de mémento, ce volume porte bien davantage qu’un appareil de repères

Il transmet un climat, une méthode, une tenue intérieure. Il rappelle que le Rose-Croix ne se comprend ni dans la précipitation ni dans le goût des formules, mais dans une patience de l’âme où la fidélité au rite, l’intelligence du symbole et la fraternité capitulaire composent ensemble une même lumière.

Grades de Sagesse du Rite Français – Mémento Quatrième Ordre-Le Chevalier Rose-Croix – Claude Beau (dir.)

Éditions Numérilivre, coll. Les Mémentos, 2026, 80 pages, 15 €

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