Chers amis, Sœurs, Frères, une fois n’est pas coutume, j’ai envie de dire, à chacun, chacune sa solution.
Je ne sais pas si c’est l’âge qui petit à petit commence à me guider sur les voies de la sagesse, mais plus j’avance sur ce chemin, plus je suis surpris par mes nouvelles découvertes, comme par exemple les similitudes des propos que les gens tenaient déjà à une certaine époque !
Il me revient à l’esprit quelques phrases de ces anciens, animés par le bon sens :
Ah les temps ne vont pas si mal
« Les gens sont encore partis aux sports dhiver cette année »
Quand on regarde la télé, on se dit :
« il faut vraiment pas grand chose pour divertir les gens »
Les places sont bonnes en politique tout le monde veut son siège et…
« En plus, ils magouillent un max, car ils en ont jamais assez dans les poches ».
Et un peu partout dans le monde, depuis des siècles, on entend « la justice pour tous, d’accord mais aussi pour les cols blancs » sans parler de politique, bien entendu.
Permettez moi de vous narrer cet événement de la vie quotidienne. Je regardais l’autre jour un bref reportage où un homme politique proche des valeurs humanistes pourrions-nous dire, démontrait les bienfaits du casque pour les utilisateurs de trottinettes en ville, question de fond et de haute importance bien sûr, surtout qu’elle peut déboucher par la suite sur des récoltes d’amendes qui peuvent rapporter gros.
Ici pas de problèmes de fond, je résumerais par : « le bon sens au service du bla bla bla », histoire de parler de civisme, de citoyenneté et au delà de solidarité. Tiens en Franc-maçonnerie, si je n’m’abuse ça rime avec avec Liberté, Égalité Fraternité!
On n’en sort pas! A ce propos cet élu d’une grande ville méditerranéenne n’a pas parlé des problèmes au sein de sa ville des crottes de chiens « ou de vieux », comme disait un célèbre humoriste en évoquant les défécations présentes en abondance dans la capitale des fleurs et du carnaval, néfastes à la sécurité et au bon déplacement de nos fameuses trottinettes!
« On peut espérer que ce casque servira aussi dans le cas ou ces politiques en viendraient à perdre la tête. »
Je tenais à prendre ce cas d’école pour faire prendre conscience de la force que peut developper notre réflexion maçonnique où nous traitons normalement les questions en les abordant par le fond en priorité.
Méfions-nous de la politique et des déclarations qu’elle propose, car j’ai l’impression que parfois, elles font ombrage aux véritables questions dans ces moments d’expression où mêmes les personnes animées de bon sens perdent la maîtrise de leurs conclusions, censées être la conséquence de longes réflexions.
Qu’en est t-il de ces interrogations, et du comportement des Francs-maçons ? Je laisse le soin au Grand René de s’exprimer dans sa vidéo ci dessous :
Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique, Levons les yeux ! Au-dessus de la porte d’un commerce, un bas-relief ouvre son atelier de pierre. Deux bâtisseurs s’y répondent comme dans un miroir fraternel.
L’un tient l’épure, maquette et trait réunis, l’autre la désigne du doigt comme on indique l’étoile polaire : avant la pierre, la pensée ; avant le geste, la visée. Au loin, arcs, cintres et échafaudages apprivoisent le temps, et la couronne de laurier ceint l’ensemble non pour flatter la vanité, mais pour saluer la maîtrise conquise sur soi.
Linteau -12,rue Monge Paris Ve
Sous leurs mains, la grappe d’outils compose un véritable tableau de loge. L’épure d’abord, où se déposent axes, portées, courbes et naissances : c’est le sol discret sur lequel l’œuvre se rêve à grandeur réelle.
Opérativement, on y calcule, on y ajuste, on y prévoit la résistance des matières ; spéculativement, nous y apprenons l’orientation intérieure, ce « pourquoi » sans lequel le
Linteau -12,rue Monge Paris Ve
« comment » se disperse. Vient l’équerre, ce coin de lumière qui vérifie l’angle droit, dresse un piédroit, assure l’assise ; dans notre lecture, elle devient la droiture des mœurs, cette fidélité simple qui fait tenir un être comme tient un mur. Le compas, compagnon de la proportion, trace les cercles, reporte les mesures, établit l’harmonie ; pour nous, il circonscrit les passions, ouvre la conscience quand il s’écarte, la recueille quand il se referme, et rappelle au Maître la juste limite de tout pouvoir.
À côté, certains y verront la grande règle – latte des chantiers – ligne, mesure, guide le ciseau ou la scie ; elle nous enseigne l’exactitude du quotidien, ce « peu à peu » qui, sans éclat, bâtit pourtant l’Œuvre.
D’autres distingueront un levier… Outil sobre, presque modeste, et pourtant premier des “puissances mécaniques” qu’enseigne le Compagnon : une barre, un point d’appui, un effort déplacé – et la charge consent à bouger. Chez l’ouvrier, il soulève un linteau, redresse une pierre, corrige une assise rétive ; il économise la force, mais n’économise pas la justesse : tout dépend du fulcrum, de l’instant choisi, de l’angle trouvé. Chez nous, spéculatifs, il devient l’allégorie du gouvernement de soi : trouver le point d’appui dans le VLS (Volume de la Loi sacrée), poser l’épaule de la volonté au bon endroit, et déplacer non la pierre mais l’obstacle intime. Le levier nous apprend qu’on ne triomphe ni par fracas ni par magie, mais par mesure, patience et art du pivot ; qu’un millimètre d’intelligence du réel vaut mieux qu’une tonne de brutalité. Ainsi la vertu travaille en silence : un bras, un appui, une charge – et l’âme se dégage d’un poids qui la clouait au sol.
Le maillet, force chaude, transmet l’élan au métal : trop faible, il bavarde ; trop fort, il brise ; juste, il délivre la forme. Chez l’Apprenti, il convertit l’intention en acte. Le ciseau, lui, écoute la pierre, enlève l’inutile, ouvre une feuillure, dresse une moulure : il figure l’éducation du jugement, la parole qui taille sans meurtrir. Le niveau pose à plat, règle l’horizontalité, garantit la paix des assises ; il devient l’égalité vécue, cette fraternité concrète où rien ne domine ni ne s’affaisse. La perpendiculaire – fil à plomb – vérifie l’axe, assied la charge, exige l’aplomb ; elle nous tient debout dans le vent des circonstances. Et, plus haut dans l’art, le cordeau trace au sol les lignes fondatrices, tandis que le crayon inscrit, prépare, transmet : pour le Maître, cordeau, crayon et compas dessinent la ligne de vie, la mémoire des actes et la proportion de l’âme.
Ainsi la façade raconte la chaîne opérative – mise au trait, taille, montage – et, sur ses bords, de petites figures murmurent la transmission : on devient par le faire, on apprend par le service. Elle rappelle aussi l’ancienne Société de secours mutuels des Artisans Maçons, fraternité de métier dont les emblèmes chevauchent naturellement ceux de la Maçonnerie spéculative : entraide, travail réglé, perfectionnement de soi.
Tout ici dit Ordo ab Chao – locution latine signifiant « l’ordre à partir du chaos » ou « l’Ordre naît du désordre », devise du Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) – : l’ordre ne tombe pas du ciel, il naît du geste ajusté. L’Apprenti s’ordonne par la règle du temps, le maillet et le ciseau ; le Compagnon stabilise par l’équerre, le niveau et la perpendiculaire ; le Maître proportionne par le cordeau, le crayon et le compas. Même chant, trois tessitures.
rue Monge
Au 12, rue Monge, la pierre parle notre langue. Elle montre comment l’outil de l’ouvrier devient, entre nos mains de spéculatifs, boussole intérieure et discipline de liberté. La beauté n’est pas un luxe : elle est l’effet d’outils tenus avec justesse. À chaque passage, levons les yeux. L’atelier est encore ouvert.
Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Paris, éternelle Ville Lumière !
Perspectives après son entrée en fonction à la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU)
Élue le 11 octobre 2025 à la tête de la Grand Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU), Géraldine Lethielleux succède à Jean-Louis Cottigny, interviewé par 450 fm, le 20 mai 2024. En tant que nouvelle dirigeante de cette obédience maçonnique reconnue sur tout le territoire national, elle incarne à la fois la Souveraineté, l’Unité, l’Ouverture aux défis et Opportunités contemporains.
Dans une interview exclusive accordée à 450.fm, réalisée le 16 octobre 2025, Géraldine Lethielleux revient sur ses premiers pas en tant que Grand Maître, l’héritage qu’elle reçoit, les défis à relever et sa vision pour l’avenir de la GLISRU et de la franc-maçonnerie moderne.
Le Saviez-vous ?
La GLISRU fête cette année ses 52 ans d’existence.
Un Regard sur les Débuts
450.fm : Comment vous sentez-vous après votre récente élection en tant que Grand Maître de la GLISRU ?
Geraldine-Lethielleux – Grand Maître de la GLISRU
Géraldine Lethielleux : Je suis plutôt calme et sereine car je ne me vois pas comme seule mais pouvant m’appuyer sur les capacités et les qualités de chaque Sœur et Frère composant le Grand Conseil. De plus, il y a cohérence entre ma vie profane et ma vie maçonnique. Ayant déjà plusieurs années d’expérience de Conseiller Fédéral, en tant que Grand Secrétaire, je sais ce qu’il y a à faire. Je ne suis pas perdue dans les arcanes maçonniques et je suis connue auprès de la plupart de mes SS et de mes FF de la GLISRU.
Être élue comme Grand Maître d’une Obédience est un gage de confiance de ses pairs. C’est aussi et surtout un devoir vis à vis de ses SS et FF mais également une continuité.
Je n’ai pas la prétention de révolutionner quoi que ce soit à la GLISRU qui existe depuis 52 ans. La responsabilité est grande tant au sein de l’Obédience que sur le plan Inter-Obédientiel. L’Humilité est le maître mot. Les choses se mettent en place naturellement. Je sais que je ne mélange pas vitesse et précipitation. Mes années maçonniques et mon expérience profane m’ont appris que je sais naviguer quelle que soit l’état de la mer, calme ou agitée.
450.fm : Si vous deviez résumer ce début de mandat en un mot ou une image, lequel choisiriez-vous ?
GL : RESPIRATION !
450.fm : Que signifie pour vous porter la charge de Grand Maître de la GLISRU ?
GL : C’est de la responsabilité vis à vis de mes Soeurs et de mes Frères membres de la fédération, parce qu’on sait très bien qu’une seule personne peut être à l’origine de tout faire s’écrouler ou tout faire réussir et autant vous dire que seule la seconde option m’inspire.
Les Objectifs Initiaux
450.fm : Lors de votre élection le 11 octobre 2025, quels étaient vos objectifs prioritaires pour la GLISRU ?
GL : A la GLISRU il n’y a pas de campagne – ce n’est pas la même dynamique qu’une grande Obédience. Et on n’aspire pas à devenir une grande Obédience. Ici nous n’avons pas de salariés, pas de locaux.
Rien n’est comparable. Ce n’est que du Bénévolat.
Aussi, nous sommes dans la continuité de ce qui est, de ce qui fonctionne dans un partage commun au sein du Conseil Fédéral et surtout dans l’intérêt commun pour tous les membres de la GLISRU.
450.fm : Quelles ambitions espérez-vous concrétiser au cours de votre mandat de trois ans ?
GL : Clairement, mieux nous faire connaître car nous sommes un peu trop discrets sur le paysage maçonnique par rapport à nos valeurs multirites (Rites Unis) / notre avancée sur la mixité en Loge (52 ans, je le rappelle) loges mixtes, masculines, féminines.
Notre dynamique est horizontale dans son mode de fonctionnement. Aucunement verticale – le Grand Maître est très abordable ! Ainsi que tous les membres du Conseil Fédéral.
450.fm : Pouvez-vous citer une initiative ou un projet que vous souhaitez rapidement mettre en avant pour marquer votre mandat ?
GL : Mieux nous faire connaître dans le paysage maçonnique (bis)
450.fm : Y a-t-il une priorité imprévue qui s’est déjà imposée depuis votre prise de fonction ?
GL : Aucune
Le Saviez-vous ?
L’Obédience est composée de 250 membres, 18 loges et 10 rites
Les Défis à Venir
450.fm : Quelles leçons tirez-vous des expériences de votre prédécesseur, Jean-Louis Cottigny, pour aborder ces défis ?
Jean-Louis Cottigny, Passé Grand Maître de la GLISRU
GL : Notre Passé Grand Maitre, notre Frère Jean-Louis Cottigny a pris ses responsabilités. Parfois, il faut trancher pour le bien-être collectif ! Il a toujours été dans la fraternité, dans l’union aussi bien sur des sujets litigieux que sur des sujets sans heurts.
Il a su laisser parler tout le monde pour trancher ensuite. Il faut que chacun puisse s’exprimer librement. Même lorsque nous ne sommes pas d’accord. Ne pas mettre de veto. Laisser les SS et FF s’exprimer, ce qui permet d’accepter plus facilement la décision finale… et ce n’est pas la partie la plus simple. L’expression, l’écoute, le collectif et la fraternité permet cela.
Même, si c’est un travail collectif, c’est la responsabilité du Grand Maitre qui sera mise en avant. C’est son travail donc ; la Fraternité et l’Amour doivent primer avant tout.
L’Évolution de l’Obédience
450.fm : Quelles avancées espérez-vous dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?
GL : Nous sommes fondés sur la mise en lumière de la maçonnerie à travers plusieurs rites donc plusieurs lectures. Multi rites, c’est à dire que chacune de nos Loges met en avant un rituel différent. Dans le dialogue inter-obédientiel, on met en avant des accords d’amitiés avec toutes les grandes obédiences. Notre origine tire sa force justement de cette vie rituelle dans le dialogue et la fraternité absolue.
450.fm : En quoi les valeurs fondamentales de la GLISRU guideront-elles vos choix stratégiques ?
GL : Notre devise est : « Aimer vous les Uns les Autres » – si on décortique cette phrase, ce n’est pas de s’aimer de façon narcissique et/ou égotique mais c’est apprendre à se connaître soi et si on apprécie cette parole, il est beaucoup plus facile d’aller vers les autres – je lis donc cette devise en deux temps. C’est une grande découverte de soi-même jouxtée à un immense travail sur soi et collectif.
Le Saviez-vous ?
Notre présence est très active dans les salons maçonniques
Les Moments Forts
450.fm : Quel moment vous a particulièrement marquée durant votre week-end d’élection le 11 octobre 2025 ?
GL : Ce fut 3 séquences consécutives qui ont durées à peine 1 minute au total. Cela a démarré lorsque le président du Convent de la Loge, mise à l’honneur cette année, m’a remis le maillet. Nous nous sommes fait les 3 bises fraternelles. Je me suis tournée vers tous les membres, où tous les regards sont sur soi.
Moment précis où j’ai ressenti au plus profond de moi ce pour quoi je m’étais engagée. J’ai pris quelques secondes. Une profonde respiration ! et c’est lancé !
450.fm : Une rencontre ou un échange qui vous a profondément touchée ?
GL : Tous les messages que j’ai reçu après de mon Obédience au-delà de « on est ravi » et « on a confiance » même auprès des Soeurs et des Frères que je n’ai pas encore rencontré. Ce sont des appels et messages qui touchent énormément et qui sont assez désarmant. C’est là que l’on se rend compte de la puissance de Notre Fraternité au sein de la GLISRU.
450.fm : Un événement maçonnique marquant depuis votre prise de fonction ?
GL : Oui le hasard (Si le hasard existe ?) a voulu que dès le lundi suivant, ma première sortie, une fois élue, a été dans la loge de notre passé Grand Maitre. Ce fût symboliquement un très joli moment, assez émouvant. Tout le monde était encore focus sur le Convent. Je crois pouvoir dire que ce fut un moment fort aussi bien pour lui que pour moi. Il m’a tellement transmis.
Regard Vers l’Avenir
450.fm : Quelle est votre vision pour l’avenir de la GLISRU d’ici la fin de votre mandat ?
GL : Qu’on continue à grandir bien évidemment. Tout en restant une obédience à taille humaine avec le fonctionnement que l’on a.
450.fm : Quels conseils croyez-vous que pourrez donner à votre successeur ou successeure en 2028 ?
GL : On verra ce que j’ai appris au terme de mes 3 ans de grande maitrise. Je me laisse porter. Je suis dans l’impermanence. Les choses, les situations évoluent, changent d’instant en instant, se transforment tout le temps donc je ne peux me prononcer maintenant sur une projection à 3 ans.
450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être lancés ou poursuivis immédiatement ?
GL : Ecrire régulièrement des chroniques sur la vie de notre Obédience dans 450.fm par exemple. La communication aussi bien GLISRU que pour les Loges qui nous composent est primordiale ! On ne diffuse pas encore assez.
Vision sur la Franc-Maçonnerie
450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la franc-maçonnerie en France et à l’international ?
GL : Je ne me prononcerais pas sur l’internationale ou la française. C’est difficile à répondre dans le paysage actuel. Ce que l’on fait dans notre vie maçonnique, on a l’obligation de l’irradier dans notre vie profane. A petite échelle oui, à grande échelle si on en a l’opportunité.
450.fm : Quels défis majeurs attendent les obédiences maçonniques dans les années à venir ?
GL : Les membres doivent avoir une relève sinon la Franc Maçonnerie va péricliter. On a du mal à recruter et à remplir les colonnes. La transmission, notre transmission maçonnique doit se faire avec beaucoup d’éléments en oralité. La Franc Maçonnerie y perdra si cette oralité se perd.
450.fm : Quels sont, selon vous, les atouts et les défis spécifiques de la GLISRU dans le paysage maçonnique contemporain ?
GL :
Multirites – Rites Unis
Plurielle – Loges mixtes, masculines, féminines – Il y a 52 ans, nous étions les seuls donc à l’avant-garde
Avec des conventions (accords d’amitiés) avec toutes les grandes obédiences du paysage maçonnique
Conclusion
450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à tous les membres de la GLISRU…
GL : Aimer vous les uns les autres, travaillons, espérons, prospérons !
450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?
GL : J’aime comme mantra : Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux. Et je crois profondément que la GLISRU y correspond beaucoup. On travaille vraiment en profondeur mais sans se prendre au sérieux. La Fraternité est notre maitre mot ! Comme le mot Tolérance : le maçon doit continuer à apprendre encore et toujours !
450.fm : Enfin, quels sont vos projets, maçonniques ou profanes, pour les années à venir ?
GL : Prospérer et continuer à apprendre dans la sérénité. De ne jamais oublier qu’avant d’être Grand Maître, je suis une Sœur ! Et qu’avant tout, nous sommes toutes les Soeurs et tous les Frères.
Chers lecteurs et passionnés de philosophie, de mystique et d’islamologie, l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin vous invite à la 20e Journée d’études Henry Corbin.
Henri Corbin 1973
Depuis 2003, les « Journées Henry Corbin » illuminent le paysage intellectuel français, organisées à l’École Pratique des Hautes Études – PSL, avec le soutien précieux du CNRS et de l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin.
Ces rencontres annuelles visent à explorer et à diffuser les réflexions inspirées par l’œuvre riche et profonde de Henry Corbin*, non seulement dans le domaine de l’islamologie, mais aussi dans les sciences religieuses, en lien étroit avec la philosophie et la mystique.
C’est avec un grand plaisir que nous vous annonçons la tenue de la 20e Journée d’études Henry Corbin, placée sous le thème captivant de « Loi et spiritualité».
Cet événement aura lieu le samedi 22 novembre 2025, de 9h30 à 17h, à la Sorbonne (Escalier E, Salle Gaston Paris, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris).
Pour celles et ceux qui ne pourraient se déplacer, une retransmission en direct via Zoom sera assurée, permettant à un public plus large de participer à ces échanges enrichissants.
La matinée de cette journée sera dédiée à approfondir ce rapport dialectique entre le visible et l’invisible, le littéral et le symbolique.
L’après-midi, un atelier interactif réunira des chercheurs pour témoigner de la fécondité toujours actuelle de la pensée corbinienne dans la recherche contemporaine.
Programme détaillé de la journée
9h30 – 10h30 : « Le double statut de la Loi révélée selon Avicenne » – Meryem SEBTI (CNRS)
10h30 – 11h30 : « L’interprétation ésotérique de la « prière abrahamique » chez Ibn ‘Arabî » – Francesco CHIABOTTI (Inalco)
11h30 – 12h30 : « De la lettre à l’esprit : la charia selon la lecture symbolique d’Ibn ʿArabî » – Kahina BAHLOUL (EPHE – PSL)
14h30 – 16h30 : « La fécondité de la pensée de Henry Corbin pour le temps présent », atelier avec la participation de Mohammad Ali AMIR-MOEZZI (EPHE – PSL), Amélie NEUVE-EGLISE (Inalco), Daniel PROULX (UQAT Canada), et Mathieu TERRIER (EPHE – PSL).
La journée se clôturera par un verre amical, offrant un moment convivial pour prolonger les discussions. Pour des raisons logistiques et de sécurité, l’inscription est obligatoire pour accéder au site de la Sorbonne.
Nous vous invitons à vous inscrire dès maintenant via [ce lien](www.ephe.psl.eu) (ou consultez l’affiche jointe pour plus de détails, incluant un QR code pour l’inscription).
Nous rappelons également que votre cotisation à l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin doit être à jour pour participer pleinement.
Vous pourrez la régler sur place par chèque, ou dès à présent via le formulaire d’adhésion (disponible sur www.amiscorbin.com ou joint à cet article).
Les tarifs sont les suivants : Membre régulier : 25€ pour un an / 50€ pour deux ans – Membre étudiant ou retraité : 15€ pour un an / 30€ pour deux ans.
L’Association, présidée par Isabelle Gastambide, avec Daniel Gastambide comme Président d’honneur, Daniel Proulx comme Vice-président, Marc Gastambide comme Trésorier, Sylvie Gastambide comme Trésorière suppléante, et Pierre Lory comme Secrétaire, se réjouit d’avance de vous accueillir nombreux pour cette édition anniversaire.
Ne manquez pas cette occasion unique de plonger dans l’univers corbinien et de contribuer à la vitalité de ces réflexions intemporelles. Pour plus d’informations, visitez www.amiscorbin.com ou www.ephe.psl.eu. Bien cordialement, L’équipe de l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin.
Ma vision de la vie et de l’œuvre d’Henri Corbin, Franc-Maçon… une vision que j’intitule « Une odyssée de l’âme à travers les voiles du mystère »
Cher voyageur des royaumes intérieurs, initié aux arcanes où la Lumière se voile pour mieux se révéler, approchez-vous de ce sanctuaire scripturaire où je trace, de ma main maçonnique, les contours symboliques d’une existence qui fut pont entre les mondes.
Henry Corbin, ce hiérophante des sagesses orientales, né sous les auspices du 14 avril 1903 dans la cité des Lumières qu’est Paris, émergea comme un phare ésotérique dans les ténèbres de l’ère matérialiste. Tel un Apprenti taillant la pierre brute de son destin, il s’immergea dans les eaux primordiales de la philosophie, de la germanistique, de l’arabe et du persan, servant humblement comme gardien des grimoires à la Bibliothèque nationale. Ses maîtres, Étienne Gilson et Jean Baruzi, furent les premiers guides sur le sentier de la philosophie médiévale et de la mystique, où l’âme s’éveille à la présence du Divin caché.
Ephe
En 1933, l’union sacrée avec Stella Leenhardt scella un pacte alchimique, transformant leur chemin en une quête conjointe des mystères. Corbin, tel un chevalier templier des lettres, traduisit en 1937 les paroles oraculaires de Martin Heidegger dans Qu’est-ce que la métaphysique ?, ouvrant les portes de l’herméneutique existentielle à la France. Influencé par Louis Massignon, il discerna la théosophie orientale de Sohrawardi, ce maître de la Lumière des Lumières, qui illumina sa vocation vers l’Islam iranien. Les conférences Eranos, de 1949 à 1976, le lièrent à Carl Gustav Jung, où les archétypes de l’inconscient collectif se mêlèrent aux visions imaginales, formant un mandala de la psyché profonde.
Franc-Maçon initié au Rite Écossais rectifié, membre de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), Henri Corbin reçut les grades honorifiques entre 1962 et 1975, gravissant les échelons symboliques où le compas et l’équerre mesurent les harmonies cosmiques. De 1939 à 1945, exilé en esprit à l’Institut français d’Istanbul, il fonda ensuite le département d’iranologie à Téhéran, érigeant la « Bibliothèque iranienne » comme un temple des textes persans oubliés. Succédant à Louis Massignon (1926 – 1954 ) en 1954 à l’École pratique des hautes études, il veilla sur la section « Islamisme et religions de l’Arabie », tel un gardien du Graal spirituel. À partir de 1970, l’Istituto ticinese di alti studi à Lugano, en Suisse, l’accueillit pour enseigner, et en 1974, il engendra le Centre international de recherche spirituelle comparée à l’Université Saint-Jean de Jérusalem, un sanctuaire où les traditions abrahamiques dialoguent en secret.
Le 7 octobre 1978, à Paris, son enveloppe mortelle s’effaça, mais son essence persiste, irradiant les âmes éveillées. Henri Corbin forgea une philosophie prophétique, un ta’wîl initiatique réconciliant la raison et la vision, opposant à la profanation occidentale l’ésotérisme des Livres saints. Il révéla le mundus imaginalis, ce royaume intermédiaire où l’imagination créatrice engendre les formes angéliques, le corps spirituel et l’angélologie comme clefs du temple intérieur.
Bibliothèque, Sorbonne
Dans les jardins mystiques de l’islamologie, il cultiva l’Islam iranien, traduisant et interprétant Sohrawardi, Molla Sadra, Ibn Arabi et Rûzbehân, dévoilant les échos zoroastriens dans le chiisme duodécimain et l’ismaélisme. Il montra que la sagesse islamique, loin de s’éteindre avec Averroès, fleurit en Perse comme un rosier éternel. Dans la mystique, il explora l’amour divin, la théopathie et la coincidentia oppositorum, tissant les fils du soufisme iranien avec les trames platoniciennes et chrétiennes, où le ta’wîl élève le zâhir apparent vers le bâtin caché, tel un escalier maçonnique menant à la Chambre du Milieu.
Son legs scripturaire, divisé en phases alchimiques – jeunesse de 1933 à 1939, maturation dans les années 1950, et opus magnum dès 1960 – s’ouvre avec Pour l’anthropologie philosophique : un traité persan inédit de Suhrawardî d’Alep en 1933, suivi de la traduction heideggérienne en 1937. Puis vinrent Avicenne et le récit visionnaire en 1954, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ’Arabî en 1958 – réédité en 2004 et 2006 comme un élixir immortel. Les quatre tomes d’En Islam iranien. Aspects spirituels et philosophiques de 1971-1972 forment une cathédrale de savoir, tandis que L’Archange empourpré en 1976 recueille les traités mystiques de Sohrawardi. Corps spirituel et terre céleste : de l’Iran mazdéen à l’Iran shî’ite en 1979 – réédité en 2005 – explore le véhicule subtil de l’âme. Le Paradoxe du monothéisme en 1981 – réédité en 2003, traduit en espagnol et allemand – médite sur l’Unité divine. Temple et contemplation en 1981 – réédité en 2007, traduit en espagnol en 2003 – contemple le sanctuaire intérieur. Temps cyclique et gnose ismaélienne en 1982 – traduit en espagnol en 2003 – décrypte les cycles éternels. Enfin, Face de Dieu et Face de l’Homme en 1983 – réédité en 2007 – unit le Créateur et la créature en un miroir symbolique. Ces œuvres, rééditées et traduites en italien, espagnol, allemand, attestent d’une rosace éternelle irradiant la gnose.
L’héritage de Corbin, gardé par l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin, s’anime dans les Journées d’études annuelles à l’EPHE, où l’équilibre entre zâhir et bâtin illumine les défis spirituels de notre ère.
*Initié au Rite Écossais Rectifié (RER), il appartient d’abord à une loge de la Grande Loge nationale française à Saint-Germain-en-Laye. Il est reçu apprenti le 5 mai 1962 à Les Compagnons du Sept n° 3 (GLNF-Opéra), passe compagnon en 1963 puis maître en 1964.
Au sein du RER, il accède au grade de Maître Écossais de Saint-André (MESA) en 1972, devient écuyer novice en janvier 1973, puis est créé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS) le 15 septembre 1973, sous le nom d’ordre Eques ab insula viride. « Régularisé » en 1974 à Le Centre des Amis n° 1 (GLNF) – (selon le Ligou, il est aussi membre de la RL Europe Unie n°64 -, il rejoint le Grand Prieuré des Gaules et un Chapitre de la Sainte Arche Royale de Jérusalem.
Le Centre des Amis n°1, Medaille
En 1975, il est nommé membre honoraire de la Loge Nationale de Recherche Villard de Honnecourt ; le 7 juillet 1978, il est reçu membre de la Royal Order of Scotland à Édimbourg.
Dorian Decker nous convie à une méditation, à la fois rigoureuse et vibrante, sur ce que parler veut dire lorsque la parole n’est plus un moyen mais une voie. Son livre n’appartient pas à la rhétorique des discours mais à la métaphysique du Verbe. Dans la Loge, l’architecture de la parole obéit à un rythme qui est aussi une respiration du monde.
Rien n’y est dit sans être reçu, rien n’y circule sans être transfiguré. Ce que l’auteur nomme la triangulation devient l’armature invisible du Temple. Elle relie les êtres comme les colonnes, elle fait passer l’échange du duel à l’unité vivante, elle rend possible la naissance de l’égrégore, cet organisme de lumière que les Frères et les Sœurs nourrissent ensemble. En éclairant le principe trinitaire de la parole maçonnique, Dorian Decker ne livre pas une théorie du rite, il en révèle la respiration secrète.
La Parole et la Loge
La triangulation n’est pas un protocole, c’est une ascèse.
Elle tempère la parole pour la rendre juste, elle la discipline pour la rendre féconde. Entre le Vénérable Maître et les Surveillants s’établit un triangle d’énergie où la parole, filtrée, s’élève comme une offrande. Le Verbe y trouve un ordre, le geste un sens, le silence une densité. Dans cette géométrie opérative, la communication se fait prière, la parole devient une œuvre au noir où se dissout l’ego avant d’être recomposé dans la lumière commune. Rien n’est ici laissé au hasard : la posture du corps, la marche en trois temps, la mesure des interventions, la voix qui s’élève ou s’efface selon les degrés, tout participe à un même dessein – faire que l’espace du Temple soit à la fois lieu d’écoute et de transmutation.
Ce livre rappelle que la Loge n’est pas un forum d’opinions mais un champ vibratoire où la parole se purifie de l’orgueil du monde profane. Dorian Decker analyse avec une grande finesse la fonction symbolique de cette triangulation : elle ordonne le chaos des discours, géométrise le verbe, rend possible une médiation qui dépasse les dualités. Dans un monde saturé de paroles inutiles, cette parole rituelle, mesurée, donnée et reçue, apparaît comme un antidote au bruit contemporain. Elle enseigne qu’aucune liberté ne s’épanouit sans rythme, qu’aucune fraternité ne survit sans médiation, qu’aucune lumière ne jaillit sans ombre préalable.
Dorian Decker
Sous la plume de Dorian Decker, la triangulation devient un modèle du lien universel. Elle épouse les lois du triangle sacré – thèse, antithèse, synthèse – et montre comment, au sein même des oppositions, peut naître une harmonie vivante. Elle s’inscrit dans une longue tradition initiatique, de la Trinité chrétienne aux trois colonnes de la Kabbale, de la triade hermétique aux trois vertus théologales. L’auteur y voit la clef d’un humanisme maçonnique qui n’exclut rien mais réconcilie tout : l’esprit et la chair, la rigueur et la grâce, la règle et la liberté. Le Temple devient alors le lieu d’une alchimie du verbe, où le dire et l’être s’échangent leurs métaux.
Chaque page de cet essai respire la précision du rituel et la profondeur du symbole. Dorian Decker parle à la fois en philosophe et en initié. Il ne décrit pas la franc-maçonnerie, il en révèle la dynamique interne, ce mouvement qui relie les trois points du triangle maçonnique – l’espace, le temps et l’esprit. La parole, loin d’être simple expression, est ici une mise en ordre du monde, une géométrie vivante de la conscience. Ainsi le Temple devient un organisme respirant, où chaque mot, chaque silence, chaque regard participe à la construction invisible de l’édifice intérieur.
Le livre se lit comme une marche rituelle. D’abord la mise en place du triangle, puis la montée de la parole vers l’égrégore, enfin la révélation d’une parole intérieure, virtuelle, qui appartient à la fois à l’individu et au collectif. Cette parole « triangulée » se fait instrument de transmutation. Elle sculpte le temps, elle équilibre le mouvement des colonnes, elle relie le visible à l’invisible. Dorian Decker invite à comprendre que la véritable parole maçonnique n’est pas ce que nous disons, mais ce qui se tisse entre nous quand nous parlons avec mesure. Le Temple n’est pas seulement le lieu du Verbe, il est sa chair et sa mémoire.
L’écriture de Dorian Decker, limpide et dense, garde toujours la transparence d’une eau profonde. Elle ne cherche ni l’effet ni la démonstration, mais l’évidence lente des vérités symboliques. Chaque phrase semble taillée à la main, comme une pierre qu’on polit pour qu’elle renvoie la lumière. Ce texte ne se contente pas d’expliquer, il élève. Il parle du Verbe comme d’un souffle divin qui traverse les âges et les rites, rappelant à chacun que la parole donnée est déjà une promesse tenue.
Ce livre se situe dans la continuité des travaux maçonniques contemporains qui cherchent à redonner à la parole sa dignité opérative, sa dimension spirituelle et transformatrice. Il dialogue avec les pensées de Pascal Lardellier, Michel Foucault, Gilbert Garibal, Régis Debray, Édouard Plantagenet, mais il le fait avec une voix singulière, à la fois poétique et rigoureuse. Dorian Decker offre ici un texte d’une clarté rare, qui parle autant au cœur qu’à l’intellect. C’est une œuvre de passage, au sens initiatique du terme : un guide vers l’intériorité.
La parole devient ici pierre d’angle. Elle soutient la construction du Temple comme elle soutient celle de l’âme. En redonnant à la triangulation sa profondeur initiatique, Dorian Decker rappelle que le Verbe n’appartient pas au monde profane, mais à celui des bâtisseurs d’esprit. Entre silence et parole, entre offrande et écoute, il trace une voie où la fraternité se vit dans le dire mesuré, la lenteur assumée, la justesse du ton. Une parole qui ne conquiert pas, mais relie. Une parole qui ne séduit pas, mais éclaire. Une parole qui ne s’impose pas, mais s’accorde.
Dans cette perspective, La Parole et la Loge dépasse le simple essai maçonnique pour devenir une œuvre de philosophie spirituelle. Il nous rappelle que la Maçonnerie n’est pas un système clos mais une pédagogie de la relation, une école du Verbe et du silence. Ce livre s’adresse à celles et ceux qui veulent comprendre que la parole n’est pas un pouvoir, mais un service ; qu’elle ne s’improvise pas, mais s’accomplit ; qu’elle n’est jamais acquise, mais toujours à conquérir dans le travail intérieur.
Petit compte pour maçons sages
Dorian Decker, à qui nous devons en 2018, chez le même éditeur, Petit compte pour maçons sages, poursuit ici une quête patiente du Verbe vivant. Auteur et chercheur, membre de la Fédération belge de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain et essayiste, il éclaire les dynamiques symboliques et spirituelles de la parole, explore la correspondance intime entre langage, rite et transformation de soi, écrit avec une exigence qui épouse la clarté sans perdre la profondeur, relie la tradition initiatique aux questions de notre temps sans rompre le fil des maîtres.
La Parole et la Loge prend place dans la lignée de celles et ceux pour qui dire revient à créer et unir. Le livre se reçoit comme un passage et comme une écoute, il fait de la parole une architecture de lumière, il rappelle que la dignité du Temple se mesure à la justesse du Verbe, il invite chacune et chacun à travailler la langue comme on polit une pierre, jusqu’à ce que la fraternité devienne forme et souffle.
La Parole et la Loge – Au commencement était le verbe
Dorian Decker – Éditions f deville, coll. Les carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques, 2025, 96 pages, 15 €
Halloween, la dernière nuit d’octobre, enveloppe le monde d’un voile d’épouvante et de surnaturel. Des parades spectaculaires illuminent les rues de villes entières, tandis que petits et grands se parent de déguisements qui font frissonner l’échine. Citrouilles grimaçantes, sorcières sur balais, fantômes et squelettes envahissent les quartiers, transformant la nuit en un carnaval hors normes. Contrairement à une idée reçue tenace, Halloween n’est pas une invention américaine. Ses origines plongent bien plus loin, dans les brumes celtiques d’Irlande et de Gaule, remontant à une célébration ancestrale : Samain (ou Samonios en gaulois, Saen en gaélique irlandais).
Cette fête marquait le seuil de l’hiver, un temps de rassemblement, de préparatifs et de passage où les frontières entre les mondes s’amincissaient. Esprits, êtres féériques et âmes des défunts circulaient librement, offrant un accès mystérieux à l’avenir et à un royaume invisible. Aujourd’hui, de récentes découvertes archéologiques en Irlande et en France éclairent ces racines oubliées, reliant les feux de joie modernes aux rituels préchrétiens. Suivons ce périple fascinant, des légendes américaines aux sites millénaires celtiques, pour démêler l’histoire d’Halloween.
L’Écho Américain : de sleepy hollow à l’explosion commerciale
Sleepy Hollow, New York, États-Unis. Bienvenue à Sleepy Hollow
Notre voyage commence au nord de New York, dans la petite ville de Sleepy Hollow. Ici, Halloween résonne avec une intensité particulière depuis la publication, au début du XIXe siècle, de La Légende de Sleepy Hollow par Washington Irving. Cette nouvelle terrifiante a imposé un archétype indélébile : un cavalier sans tête hantant un cimetière et les environs boisés. Une nuit, l’instituteur du village, Ichabod Crane, croise le chemin du revenant. Pris de panique, il fuit à bride abattue pour franchir une rivière salvatrice. Mais le cavalier lui lance sa tête… qui s’avère être une citrouille ! L’instituteur disparaît à jamais.
Plus de deux siècles plus tard, cette histoire reste indissociable d’Halloween aux États-Unis. Adaptée au cinéma, à la télévision, en bandes dessinées, en reconstitutions et en parcours immersifs, elle a perpétué des motifs comme le fantôme à la citrouille, les farces surnaturelles et les superstitions de fin octobre. Aux États-Unis, Halloween est devenu un univers foisonnant de spectres, démons, squelettes et sorcières – un carnaval débridé qui attire des millions. À Long Island, par exemple, des festivals illuminent des milliers de Jack-o’-lanterns (citrouilles creusées et éclairées) au pied des arbres.
Halloween
Pourtant, cette americanisation masque des origines plus profondes. Halloween a essaimé dans le monde entier, mais en Irlande, il souffle un vent de « celtitude ». À Trim, dans l’est du pays, le festival de Púca attire des milliers de participants avec une parade enflammée où défilent les êtres fabuleux des mythes irlandais : la Morrigan, terrifiante déesse de la guerre, en tête. Âmes sensibles s’abstenir !
Les racines celtiques : Samain, la fête du passage
Les racines d’Halloween ne sont ni anglo-saxonnes ni américaines. Elles remontent à des centaines, voire des milliers d’années, au cœur de l’Europe celtique. Samain (Sawen en irlandais ancien) était la plus importante des quatre grandes fêtes saisonnières qui rythmaient l’année celtique : Imbolc, Bealtaine, Lughnasadh et Samain. Divisée au gré des cycles agricoles et des solstices/équinoxes, cette calendrier marquait les transitions climatiques par des foires et des rassemblements.
Samain, célébrée autour du 1er novembre, symbolisait la fin de l’été et le début de l’hiver – une « fissure dans le déroulement du temps », un « temps hors du temps ». C’était la fin de l’année païenne et le commencement de la nouvelle, un moment crucial de transition mystique. Les frontières s’effaçaient : temporelles (entre saisons), saisonnières (abondance vers obscurité) et mystiques (monde des vivants vers l’au-delà). Esprits malveillants, fées et défunts pouvaient franchir le voile, rendant la nuit périlleuse mais propice à la divination et à la communication avec l’invisible.
Patrice Bordage – Acrylique sur lin – F12 – 50×61 – janvier 2024
Le feu jouait un rôle central. Dès les prémices de l’automne, les communautés ramassaient du bois pour allumer des feux de joie – source de chaleur, de réconfort et de protection. Ces flammes repoussaient l’obscurité et les entités qui l’habitaient, invoquant parfois le soleil pour conjurer l’hiver. La tradition, vieille de plusieurs millénaires, unissait la communauté en un rempart lumineux contre les forces invisibles.
Découvertes archéologiques : des sites millénaires témoignent de Samain
À 50 km de Dublin, la colline de Tlachtga (ou Hill of Ward) est le berceau présumé de Samain, selon l’historien du XVIIe siècle Geoffrey Keating. Les druides y allumaient le feu sacré, puis le propageaient à tous les foyers d’Irlande. Des païens modernes perpétuent ce rituel, transportant la flamme jusqu’au village voisin de Athboy.
Des fouilles récentes ont révélé l’importance du site dès l’âge de pierre. Bien que peu de traces de calcination soient visibles en surface, la géophysique a détecté un monument enseveli : une tranchée ouverte dans une structure cachée a mis au jour des preuves d’activités cérémonielles, avec des feux allumés puis le site comblé rituellement. Ce pourrait être le plus ancien témoignage de Samain.
Samain
À 100 km au nord, le fort de Navan (Emain Macha), en Ulster, offre une autre clé. Occupé dès 3000 av. J.-C. et culminant à l’âge du fer, ce n’était pas un fort défensif (fossé intérieur, talus extérieur) mais un containment pour empêcher les forces libérées de déferler sur le monde. L’archéologue Patrick Gibson a cartographié via géophysique des complexes antérieurs (700-100 av. J.-C.) : un bâtiment en forme de 8 symbolisant le cosmos – un cercle pour le monde humain, l’autre pour le divin, leur jonction comme passage de la mortalité à l’immortalité. Une structure massive de 40 m de diamètre, avec pieux concentriques, fut construite puis intentionalement brûlée et comblée de calcaire – une « porte vers l’au-delà ».
Samain y était un grand rassemblement, comme dans la légende du roi Conchobar Mac Nessa (Ier siècle) : absents risquaient folie et mort. Le fort évoque les assemblies royales (óenaig) et les dangers surnaturels de la nuit.Plus au sud-ouest, le cercle de pierre de Grange (Grange Stone Circle), daté de 4000 ans (Néolithique), s’aligne non sur le solstice d’été mais potentiellement sur le coucher du soleil à Samain, via la pierre 69. Les bâtisseurs observaient la métamorphose saisonnière : chute des feuilles, gelées, migrations d’oiseaux.
La Jack-o’-Lantern et les rituels alimentaires : de l’Irlande à l’Amérique
L’icône d’Halloween, la citrouille lumineuse, tire son nom de la légende irlandaise de Jack, un cordonnier rusé. Ayant piégé le diable dans un fauteuil magique, Jack erre après sa mort avec un navet contenant un charbon ardent. Les villageois creusaient des navets pour l’égarer, mimant des feux follets. Exposé au Musée de la Vie Rurale Irlandaise, un moule en plâtre d’un navet de 1903 (comté de Donegal) témoigne de cette tradition. Les citrouilles, plus faciles à sculpter, ont remplacé les navets aux États-Unis au XIXe siècle.
Les denrées d’Halloween portaient une magie divinatoire. Regina Sexton, spécialiste du folklore alimentaire, explique : pommes et noix n’étaient pas de simples gourmandises mais outils rituels. Peler une pomme en un seul ruban, le jeter par l’épaule : la forme formait l’initiale du futur conjoint. Manger une pomme à minuit face à un miroir invoquait le promis dans le reflet. Le barmbrack (gâteau aux fruits) cachait des objets prophétiques : alliance (mariage), chiffon (pauvreté), dé à coudre (célibat), bâton (violence conjugale, aujourd’hui abandonné). Le colcannon (purée de pommes de terre au chou, beurre et lait) était offert aux fées en migration d’été à hiver, pour s’attirer leurs faveurs.
Déguisements, farces et l’autre monde
Pour se fondre parmi les esprits, on se déguisait : peaux d’animaux, masques (comme un en peau de lièvre au musée). Cela permettait farces et transgressions, imitant les tours des entités surnaturelles.L’« autre monde » (Sí en irlandais) était gouverné par les Tuatha Dé Danann, immortels majestueux repliés dans les collines après l’arrivée des Gaëls. La Morrigan, déesse polymorphe de guerre et destin, en sortait à Samain via la grotte d’Oweynagat (Cave of the Cats) à Rathcroghan – portail légendaire d’où surgissaient monstres et guerriers.
Dans Les Aventures de Nera (récit médiéval, potentiellement plus ancien), Nera attache un pendu à Samain ; le cadavre revit, boit et tue une famille par regurgitation (pour avoir négligé le ménage rituel : disperser cendres et eaux usées). Nera suit une armée dans l’autre monde, épouse une femme qui révèle une illusion et prévient d’une attaque future. Écho chamanique : trance, visions, dialogue avec l’inconscient.
Des fouilles à Oweynagat datent un passage artificiel d’au moins 650 ans (calcite via uranium-thorium), potentiellement médiéval pour réconcilier païen et chrétien. À proximité, une idole en chêne de 3 m (encoches comme côtes décharnées) évoque sacrifices contre famine.
Liens Gaulois et Européens : le calendrier de Coligny
Druides
En France, à Coligny (Ain), un calendrier bronze du Ier siècle (découvert fin XIXe) inscrit en gaulois (écriture latine) mentionne Samoni – homologue de Samain, fin d’été/début hiver. Trinox Samoni (« trois nuits de Samain ») correspond à l’irlandais tráth na Samhna. Produit par des druides gaulois (attestés par César), il prouve une célébration ternaire commune aux Celtes insulaires et continentaux.Des chemins en bois comme Corlea (Irlande, âge du fer) ressemblent à ceux d’Allemagne, avec totems sangliers. Tourbières comme portails intermédiaires.
De la famine irlandaise à l’americanisation
halloween – Sorcière
La Grande Famine (1840s) force deux millions d’Irlandais à émigrer aux USA, emportant Samain. Avec pommes et noix, ils recréent jeux et veillées. Halloween explose : à Atlanta, mêmes divinations aux pommes. La sorcière à chapeau pointu vient d’Écosse (procès XVIe), pas d’Irlande (pas de chasses). À Salem, festivals honorent ancêtres, mais l’image est littéraire.
Conclusion : un héritage universel
De feux païens à cercles de sorcières modernes, Halloween franchit frontières. Sites comme Castro de Baroña (Galice) ou Porte des Enfers à Hiérapolis (Turquie, gaz CO2 toxique sacralisé) montrent un besoin humain universel : contacter l’invisible face à l’incertitude.
Samain/Halloween nous rappelle notre fragilité saisonnière et existentielle. Des festivals de Púca aux citrouilles de Derry, célébrons comme bon nous semble – en honneur à ces ancêtres qui, face à l’hiver, allumaient des lumières pour défier les ténèbres.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Le 1er novembre, dans la tradition catholique, à la différence du 2 novembre qui commémore les défunts, célèbre la vie, celle multiple qui, en actes comme en pensées, s’est élevée vers Dieu, vers plus grand que soi, vers la cause et la finalité de tout. C’est donc une fête joyeuse qui vibre de tous les échos du temps qui passe, à l’approche de l’hiver.
La terre entre dans un temps de repos, dans l’obscurité des lentes gestations, dans le repli silencieux des promesses inconnues qui, pourtant, se renouvellent, d’année en année. Les défunts, nos morts et les morts de nos morts, sont partout, dans ce que l’on a détruit comme dans ce que l’on a construit. Les morts, s’ils avaient su, s’ils avaient accepté qu’ils mourraient un jour, auraient-ils mieux vécu ? Auraient-ils mieux propagé un sens plus profond et, en définitive, plus aigu du savoir vivre (sans trait d’union, c’est-à-dire en les renforçant tous), à défaut d’un savoir mourir qu’on n’appréhende réellement qu’avant la nuit ultime, celle des adieux à tout ce que l’on a connu ?
4 Saisons maçonniques
Je suis assez vieux pour me souvenir du rythme des saisons, comme on le ressentait autrefois, dans la France agraire, lente et muette, soumise à de multiples servitudes – vies collées au rythme des terroirs, des semailles et des sonnailles… On n’y vivait pas dans les mirages de la télé-réalité, mais dans la rude simplicité du réel. Il y avait une sagesse du labeur et du laboureur, liée au cycle des saisons, aux caprices de la Nature, à un sourd consentement aux conditions de la vie.
Ce n’est que dans les rituels de la Saint-Jean d’été que l’on retrouve la mouvante combinaison des forces de la Terre, suivant l’orbite elliptique de notre globe. Nos rituels ordinaires sont abstraits, sur ce plan. Ils témoignent de l’expérience des bâtisseurs. Ils sont imprégnés des rigueurs de la pierre taillée qui résiste au temps. Il est vrai que, le moment venu, la terre ne nous reçoit pas comme une semence, mais nous dissout à jamais.
Quoi qu’il en soit, le parcours s’arrête et nous le savons. La mort toute récente de mon Frère Georges D. me le rappelle encore. Pour autant, je ne sais pas si nous savons mourir. J’aimerais y croire. Mais je sais que la mort, comme fait inéluctable, devrait nous apprendre à vivre, nous incliner à la modestie, ou plus justement à l’humilité[1], au sentiment de la terre d’où tout jaillit, où tout s’ensevelit. Nous inciter à cultiver les vertus qui rendent la vie gracieuse, propice au partage. Ce n’est pas trop de dire que l’élévation de l’esprit peut contribuer à l’élargissement de la conscience, au conciliant embrassement de la diversité, mêlant aux lumières du passé les flamboiements de l’avenir. Bref, ce que l’on appelle le présent dans sa combustion perpétuelle.
Et au-dessus, juste au-dessus, l’idée que nous pourrions être tous saints et saufs.
[1] L’humilité qui dérive du latin humus (« terre ») est définie dans la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française, comme une « vertu qui nous donne le sentiment de notre faiblesse, qui réprime en nous les mouvements de l’orgueil ». Elle abaisse, en fait, la considération de soi à la mesure de ce que l’on est réellement sur terre. Elle se distingue ainsi, comme sentiment intime, de la modestie qui en est la manifestation sociale, se prêtant aisément elle-même à d’hypocrites démonstrations, attitude que l’on stigmatise d’ordinaire, sous le vocable de « fausse modestie », quand quelqu’un minimise son rôle, d’une manière affectée, sans en penser un traître mot.
Le 27 octobre 2025, sous un ciel radieux des Canaries, le Temple Maçonnique d’Añaza a rouvert ses portes au public après des années de restauration méticuleuse. Cet événement solennel, marqué par la présence des autorités locales et régionales, célèbre non seulement la renaissance d’un monument emblématique, mais aussi la préservation d’un patrimoine culturel unique en Espagne. Propriété de la municipalité de Santa Cruz de Tenerife depuis 2001, ce bâtiment classé d’intérêt culturel transforme désormais ses espaces en un musée dédié à l’histoire de la Franc-maçonnerie et en un centre de conférences ouvert à tous.
Ce reportage, capture l’émotion palpable de ce moment historique : des discours vibrants, des applaudissements nourris et les lumières qui s’allument à nouveau sur une façade égyptisante restaurée dans ses moindres détails.
Pourtant, cette réouverture n’a pas manqué de susciter des polémiques.
Un article publié sur le site reinformation.tv a récemment crié au scandale, affirmant que trois millions d’euros d’argent public auraient été détournés pour restaurer un « temple maçonnique » responsable d’attaques historiques contre l’Église catholique, et lié à des persécutions antireligieuses pendant la Guerre civile espagnole. Ces allégations, qui invoquent une idéologie anti-chrétienne persistante et une influence occulte des « Frères », reposent sur une lecture partielle et biaisée de l’histoire.
Crédit Image Yonnel Ghernaouti (2024)
En réalité, le Temple d’Añaza appartient à la ville depuis plus de deux décennies, comme le confirme sans ambiguïté la page Wikipedia dédiée au monument. Acquis en 2001 pour 470 000 euros auprès du gouvernement espagnol, il a été intégré à un vaste plan de rénovation du patrimoine architectural de Santa Cruz, financé par des fonds publics alloués à la réhabilitation de biens culturels. Les travaux, lancés en 2021 et achevés en 2025, visent explicitement à en faire un espace muséal et éducatif, loin de toute utilisation sectaire. L’article en question ignore ces faits pour privilégier une rhétorique conspirationniste, rappelant les légendes noires qui ont souvent entouré la franc-maçonnerie.
Une Histoire Richesse et Résilience : Des Origines à la Guerre Civile
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Pour comprendre la portée de cette réouverture, il faut plonger dans l’histoire fascinante du Temple d’Añaza, qui incarne à lui seul l’évolution de la franc-maçonnerie aux Canaries. La loge Añaza, fondée le 8 août 1895 sous la protection du Grand Orient Ibérique, émerge d’un terreau intellectuel fertile. Ses membres fondateurs proviennent des anciennes loges de Tenerife des décennies 1870-1880, des hommes imprégnés d’idées progressistes qui cherchaient à promouvoir l’éducation, la philanthropie et la liberté de pensée dans une société insulaire encore marquée par des structures traditionnelles.
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Légalement constituée en 1904 comme une association à caractère philanthropique, éducatif et de loisir, la loge Añaza se distingue rapidement par son engagement social. Le 27 janvier 1909, elle inaugure dans ses propres locaux l’« école d’Añaza », un centre d’enseignement laïque offrant des cours du soir gratuits aux personnes issues des milieux les plus défavorisés. Cette initiative, qui perdure jusqu’à la disparition de l’atelier en 1936, contribue à diffuser la culture et les valeurs de progrès dans toute l’archipel. Añaza joue un rôle pivotal dans la réorganisation et la consolidation de la franc-maçonnerie canarienne, devenant un phare intellectuel pour Tenerife et les îles voisines.
Le projet phare de la loge reste cependant la construction de son temple propre. Le 29 mai 1899, une commission composée d’Emilio Rosa, José Arado Canal, José Ruiz, Miguel Rodríguez et Francisco Delgado présente un rapport ambitieux : acquérir un terrain de 552 mètres carrés à Calle San Lucas pour un coût de 2 208 pesetas (à 4 pesetas le mètre carré). Les plans initiaux, signés par l’architecte Manuel de Cámara et conservés dans les archives (aujourd’hui à Salamanque suite à la Guerre civile), prévoient un bâtiment fonctionnel : une loge d’entrée, un parvis, un secrétariat, une salle des actes (le temple proprement dit), une salle à manger et des pièces de service. Construit entre 1899 et 1902 par la loge elle-même, le temple est inauguré et consacré le 24 septembre 1904, bien que les finitions intérieures – revêtements, ornementations – se poursuivent jusqu’à la fin des années 1920.
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Architecturalement, le Temple d’Añaza est une merveille : le plus grand temple maçonnique d’Espagne, conçu spécifiquement pour cet usage. Sa façade d’inspiration égyptienne, ornée de colonnes évoquant le Temple de Salomon, de sphinx et de l’œil provident sur le fronton, symbolise la quête de vérité, d’évolution et de sagesse. Ces éléments, loin d’être anti-chrétiens comme le prétend l’article polémique, s’inscrivent dans une tradition symbolique universelle, partagée par de nombreuses cultures et philosophies.
La loge Añaza jouit d’une longévité exceptionnelle : elle existe jusqu’au 18 juillet 1936, date fatidique marquant le début de la Guerre civile espagnole. Le 15 septembre 1936, le régime franquiste saisit le bâtiment, confisque ses archives et le réaffecte à des usages militaires – dépôt pharmaceutique, centre optique, hébergement de soldats jusqu’en 1990. Ce chapitre sombre reflète les persécutions subies par les francs-maçons sous Franco, souvent assimilés à des ennemis de l’ordre établi. Pourtant, cette période de spoliation ne définit pas l’essence du temple : elle en souligne au contraire la résilience.
La Restauration et la Réouverture : Un Projet Public au Service du Patrimoine
En 2016, le bâtiment, partiellement endommagé par les outrages du temps et les usages franquistes, attend une restauration. Classé monument historique et reconnu comme l’un des plus beaux exemples d’architecture maçonnique espagnole, il intègre un plan municipal ambitieux. En 2023, une dotation de trois millions d’euros est allouée dans le cadre de la rénovation du patrimoine architectural de Santa Cruz. Ces fonds publics, loin d’être un « scandale », s’inscrivent dans une politique de préservation culturelle : transformer le temple en musée et centre de conférences, avec une ouverture prévue en 2025.
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Un reportage photo publié le 2 février 2024 par la rédaction de 450 fm témoigne des travaux en cours : échafaudages, restauration des fresques, consolidation des structures. Jesús Soriano, représentant du Suprême Conseil du 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté d’Espagne, collabore depuis un accord signé en 2013, assurant une expertise historique sans empiéter sur la vocation publique du site.
Le 27 octobre 2025, la réinauguration rassemble le maire José Manuel Bermúdez, le président des Canaries Fernando Clavijo, le ministre Ángel Víctor Torres et la présidente du Cabildo Rosa Dávila. Le maire déclare : « Santa Cruz s’honore elle-même en rallumant une lumière qui n’aurait jamais dû s’éteindre, un joyau architectural et symbolique qui brille à nouveau au cœur de notre ville. » Il insiste sur les valeurs de progrès et de liberté de pensée promues par les bâtisseurs originaux. Le ministre Torres ajoute que cette réouverture « rend aux citoyens un bien culturel spolié » et recouvre la mémoire de la franc-maçonnerie canarienne, défenderesse de la liberté, l’égalité, la fraternité et l’éducation laïque.
Crédit Image Yonnel Ghernaouti (2024)
Depuis le mercredi suivant l’inauguration, le public peut visiter ce musée vivant. Les espaces exposent l’histoire de la loge, ses contributions éducatives, et même la réédition numérique du magazine ¡Luz! (lancé en 1931 et relancé en 2025 avec le Parlement des Canaries). En 2023, le temple a reçu le titre de Monument à la Mémoire Historique, honorant les victimes – maçons et non-maçons – du franquisme.
Vers un Avenir Ouvert et Éducatif
La réouverture du Temple d’Añaza n’est pas une glorification sectaire, mais une victoire pour le patrimoine partagé. En réfutant les accusations infondées de l’article de reinformation.tv, qui mélange faits historiques et interprétations partisanes, nous célébrons un lieu qui transcende les clivages. Ce musée et centre de conférences invite tous les citoyens – croyants, athées, curieux – à explorer une page essentielle de l’histoire canarienne.Longue vie à ce nouveau joyau !
Que ses portes restent ouvertes à la connaissance, au dialogue et à la beauté architecturale. Santa Cruz de Tenerife, en rallumant cette lumière, illumine son propre avenir.
« On comprend alors que la révolte ne peut se passer d’un étrange amour. Ceux qui ne trouvent de repos ni en Dieu ni en l’histoire se condamnent à vivre pour ceux qui, comme eux, ne peuvent pas vivre : les humiliés »
Albert Camus (L’homme révolté. 1951)
Le changement de société, la révolution, passent souvent à nos yeux par le texte, les déclarations d’une philosophie élevée ou un discours tonitruant, voire par la violence. Mais est-cela qui va amener le vacillement d’un monde qui a fait son temps ? L’exposition organisée par le musée du Petit Palais, intitulée : « Jean-Baptiste Greuze, l’enfance en lumière », sur le peintre des Lumières, un peu oublié par l’histoire de l’art et qui voudrait nous prouver, si besoin en est, que l’artiste serait là pour nous montrer que peinture, musique ou théâtre sont les instruments implacables de la vision prémonitoire des tremblements de terre qui se préparent, cela souvent se découvrant à-travers la beauté mais la banalité des sujets qui en sont le discours même.
I- UN DRÔLE DE CITOYEN !
Jean-Baptiste Greuze Autoportrait
2025 marque les 300 ans de la naissance du peintre et l’exposition tombe à propos. Il est né le 21 août 1725 à Tournus en Bourgogne et est le sixième enfant du maître couvreur Jean-Louis Greuze et de Claudine Roch. Son père le rêvait architecte, mais c’est vers la peinture (Tant mieux !) qu’il va s’orienter et peindre de préférence ce qui relève plutôt de la nature du plus faible à la raison du plus fort, d’où son engouement vers l’enfance et la vie du « petit peuple ».
A l’Académie royale de peinture et de sculpture, il sera qualifié de « peintre de genre ». Il va obtenir rapidement un grand succès, car doucement les lieux du pouvoir évoluent : à l’influence prépondérante de l’aristocratie se manifeste désormais la présence, dans tous les domaines, de la bourgeoisie et des classes-moyennes auxquelles appartient Greuze.
Ce futur « Tiers-Etat », supportant de plus en plus mal les disparités de la société, va se reconnaître dans l’œuvre du peintre et contribuer à son énorme succès à l’époque. A son retour d’un voyage en Italie il épousera Anne-Gabrielle Babuty, fille d’un riche libraire de la rue Saint-Jacques qui lui donnera deux enfants, dont Anne-Geneviève, qui deviendra peintre à son tour. Sa femme et lui, tous deux de caractères bien trempés, seront en conflit permanent et ils profiteront finalement des nouvelles lois pour divorcer en 1793. Au crépuscule des Lumières, l’ami Denis Diderot est mort, ainsi que Jean-Jacques Rousseau qui avait exercé tant d’influence sur lui. Le monde change et le vent tourne : la Révolution, avide d’héroïsme, va discréditer la peinture de Greuze qu’elle juge mièvre et surtout pas suffisamment représentative de la Bourgeoisie qui devient le fer de lance des bouleversements. Ruiné, Greuze meurt en son appartement du Louvre en mars 1805 peu avant ses 80 ans. Ce jour-là le monde des Lumières s’éteignit pour faire place au retour de la souveraineté napoléonienne. Cependant, ineffaçable, le message demeurait comme acte de résistance …
Maison natale à Tournus, au no 5 de la rue Greuze.
II- AH CES CHERS ENFANTS !
Ce sont, théoriquement, les vedettes de l’exposition il y en a partout, à l’image d’une garderie ! Ils sont d’ailleurs magnifiquement peints, ce qui jouera un rôle capital dans la notoriété du peintre à son époque. Il utilisera largement aussi ses filles comme modèles. Quand il sera passé de mode, on utilisera encore certains de ses tableaux, jusqu’à notre époque, comme publicité pour les boîtes de chocolat ! D’où, en visitant l’exposition de ressentir une certaine familiarité.
Mais, la beauté picturale dépassée, d’autres images prennent le pas : d’abord, l’extraordinaire sérieux des visages d’enfants. Aucun ne rit, comme si Greuze nous montrait des sujets, tournés vers un avenir incertain qui amène une certaine anxiété au lieu de la pseudo « joie et insouciance de l’enfance ». Les enfants sentent que le monde des adultes bascule et que c’est eux qui vont prendre la relève d’un avenir bien sombre.
L’Oiseleur accordant sa guitare (1757), musée national de Varsovie.
Le deuxième aspect qui en découle est la ségrégation des scolarités et leur manque de pédagogie : l’école, souvent privée et religieuse, ne répond plus à un besoin de démocratie laïque qui se fait jour. Greuze, à-travers ses tableaux, se fait l’apôtre de Jean-Jacques Rousseau auquel il reste profondément attaché, plus qu’à Voltaire ou à son ami Diderot. A cette époque, l’« Emile ou de L’éducation », devient un best-seller, même si son auteur a mis ses propres enfants à l’assistance publique ! Il écrit : « Nous naissons faibles, nous avons besoin de forces ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation. Cette éducation nous vient ou de la nature, ou des hommes, ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est l’éducation de la nature ; l’usage qu’on nous apprend à faire de ce développement est l’éducation des hommes ; etl’acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l’éducation des choses.
L’Enfant gâté (1765), Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage.
Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres. Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d’accord avec lui-même : celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son but et vit conséquemment ». La psychologie infantile vient de naître : chaque sujet a une personnalité et ne peut être traité de manière globale. Il n’entre pas d’emblée dans un « costume trois pièces » sociétal !
Mais, chez Greuze, le pire arrive également dans ses tableaux : bien avant nos dénonciations contemporaines, il accuse son époque d’exploiter l’enfant à des fins économiques et sexuelles (Le célèbre tableau intitulé « La cruche cassée » qui illustre symboliquement une scène après un abus sexuel). En ce 18e siècle finissant, Greuze nous laisse entendre que l’enfant est encore considéré comme une sorte d’esclave par son environnement, qu’il ne représente pas « l’enfance en majesté » et que la Révolution passe d’abord par sa libération…
III- N’OUBLIEZ PAS VOS SERVITEURS MON BON SEIGNEUR !
Madame Greuze, lavis d’encre de Chine, Rijksmuseum Amsterdam.
Au fil des ans les portraits d’enfants vont être dépassés, chez Greuze, par la production de gravures qui vont rencontrer un succès considérable. Ce sont, pour la plupart des scènes de genre, dépeignant le monde rural traditionnel ou des milieux citadins très modestes. Il est intéressant de constater que les principaux acquéreurs de ces gravures sont des aristocrates ou des bourgeois, un peu comme si, d’un seul coup, ils découvraient l’existence d’un monde majoritaire qu’ils avaient relégués aux oubliettes et qui méritaient leur attention, comme une tribu étrange découverte au fond de l’Amazone. Avec cependant une certaine anxiété, ne connaissant pas cette étrange groupe humain qu’on appelait « le peuple ».
Les Œufs cassés (1756), New-York, Metropolitan Museum of Art.
Greuze va aller plus loin : il représente ce peuple avec sympathie et montre qu’il a conservé jusqu’à présent les valeurs que les hommes de pouvoir et l’Églises n’observaient plus depuis longtemps : la famille comme noyau de la société, la référence à un Principe qui n’est pas forcément celui des Eglises, une organisation hiérarchique dans la famille où, au 18e siècle, le père de famille représentait la figure d’autorité. Sur ce dernier point, confronté à la génération montante plus agressive et plus ambitieuse, le père ne représente plus la figure essentielle de la famille et apparaît comme défaillant.
Le Fils puni (1778), Paris, musée du Louvre.
Au « Nom du Père » succède le « Meurtre du Père » freudien, qui fera d’ailleurs l’objet d’un tableau d’un parricide raté qui déclenchera de nombreuses critiques : « L’Empereur Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner » (dit aussi : « Septime Sévère et Caracalla »). Greuze comprend qu’au-delà des très théoriques discours sur la morale et l ‘héroïsme « à la romaine », se cache un fauve prêt à attaquer l’autre, son voisin, voire son père ou des membres de sa fraterie. Ne reste plus que le passage à la malédiction paternelle du fils pour sauvegarder l’équilibre précaire de la famille, garante d’une sécurité toujours remise en cause par les événements extérieurs.
C’est l’image aussi d’une nouvelle jeunesse de la société française, confrontée à une pensée et des mœurs passéistes qu’il faudrait changer. Le blocage du conflit va déboucher, naturellement, sur la Révolution de 1789. Avec, à la clef, des intérêts différents qui vont se poursuivre et s’amplifier jusqu’à nos jours.
IV- MAIS QUE VA-T-ON FAIRE DES FEMMES ?
Dans l’œuvre de Greuze, les femmes sont nombreuses, mais différentes de la vision contemporaine où elles étaient considérées principalement comme objets de plaisir : les œuvres grivoises sont multiples et la peinture illustre le libertinage comme une fin en soi. Pour citer quelques exemples de mémoire : « L’odalisque » de François Boucher (1703- 1770) ; « Le verrou » de Jean Honoré (1732-1806). Fin d’une époque où l’on sent d’ailleurs une certaine mélancolie, car nous pressentons bien qu’après l’« Pèlerinage à l’isle de Cythère », vers la déesse de l’amour Aphrodite, d’Antoine Watteau (1684-1721), le ciel s’obscurcit. On commence à rire jaune…
La Dame de charité (1773), Lyon, Musée des beaux-arts de Lyon.
Pour Greuze, la femme n’est pas un objet inférieur vouée au plaisir de son partenaire, mais une collaboratrice égalitaire dans la famille qui est pour lui l’organisation fondamentale du bon fonctionnement de la cité. Idées qui prenaient de plus en plus corps dans les philosophies nouvelles des Lumières et qui aboutiront à des engagements féministes, plus tard, comme chez Olympe de Gouges. Mais, cette place de la femme à égalité avec l’homme, où on la retrouve présente dans de multiples tableaux ou gravures de Greuze, suppose chez lui qu’elle doit avoir un engagement dans la vie familiale et notamment dans son rôle de mère : il est pour l’allaitement de l’enfant et non pour le confier à une nourrice, comme cela était souvent la coutume à l’époque. Il va même écrire un livre (qu’il va intituler « roman » !) à ce propos : « Bazile et Thibaut ou les Deux Educations » (1765-1769). Il y met en scène deux garçons : le premier est élevé dans une famille affectueuse et le second est mis en nourrice. De là des destins contrastés qui sont soutenus, nous nous en doutons, par la philosophie rationaliste et matérialiste de Denis Diderot ! Bazile va vivre une existence heureuse et équilibrée, tandis que son alter ego, Thibaut, s’enfonce dans le crime et sera logiquement condamné à mort, sentence prononcée par Bazile, devenu entre-temps, lieutenant-criminel ! L’outrance de la moralité d’époque du texte, nous fait percevoir cependant une approche importante de la psychologie par la manière dont l’enfant est souhaité, perçu et entouré. Par la mère notamment qui joue un rôle central.
Militant pour l’allaitement naturel de la mère, Greuze ne sera d’ailleurs pas avare de poitrines dénudées et… d’enfants ravis !
V- FRANC-MACON EVIDEMMENT !
Tombe de Greuze au cimetière de Montmartre à Paris, ornée de La Cruche cassée par Ernest Dagonet
Greuze ne pouvait qu’être sensible aux idéaux de la Franc-Maçonnerie. C’est pourquoi il sera initié le 28 novembre 1778 à la très célèbre loge des « Neuf Soeurs » qui accueillera un grand nombre de personnalité en son sein, dont Voltaire naturellement ! La loge se réunissait chez Court de Gébelin (1728-1784) qui était son secrétaire. Ce dernier était pasteur, grand défenseur de la minorité protestante en France, (notamment avec l’affaire Callas dont Voltaire sera le révélateur et l’avocat) et mythologue en quête des sources de la tradition spirituelle primordiale qui inspirera fortement René Guénon dans sa recherche sur la « tradition primordiale ». Court de Gébelin avait aussi des liens amicaux avec Benjamin Franklin, qui l’incitèrent à son entrée dans la Maçonnerie.
Il est intéressant, pour nous, de constater que la référence à l’appartenance maçonnique de Greuze soit notifiée dans l’exposition comme une normalité qu’il ne conviendrait pas de dissimuler, comme auparavant.
Les choses bougent un peu, mes Soeurs et mes Frères. Sans doute que Jean-Baptiste Greuze y est un peu pour quelque chose !
BIBLIOGRAPHIE
Revue Connaissance des Arts (Hors-série) : Jean-Baptiste Greuze-L’enfance en lumière. Paris. Petit Palais. 2025.
Rousseau Jean-Jacques : Emile ou De l’éducation. Paris. Ed. Flammarion. 2009.
La Justice, la Tempérance, la Prudence, et la Force, sont quatre vertus célébrées depuis l’antiquité, les vertus cardinales (du latin« cardi« , gond, axe) qui déterminent un espace charnière où l’être spirituel s’applique à faire œuvre de Justice avec Tempérance, et à déployer sa Force avec Prudence.
Tombeau croix
Ces vertus sont représentées sur la Fontaine Saint-Michel à Paris, et aux angles du tombeau de François II et de Marguerite de Foix, édifié par la future reine de France Anne de Bretagne pour ses parents, François II et Marguerite de Foix, en la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes.
Elles sont reliées et les liens des deux couples Justice-Tempérance et Prudence-Force se croisent et forment un X en reliant la tête et le pied du tombeau.
Justice Tombeau de François II
C’est la Justice, pour Platon, qui régule les relations entre la Tempérance, la Force, et la Prudence, des vertus et des concepts philosophiques nécessaires à la vie sociale des cités grecques, qui seront repris par les Pères de l’Église et deviendront des vertus chrétiennes.
Hérodote Histoires Tome 2
Mais d’où viennent ces concepts et ces vertus de Platon ?
De l’Égypte où il étudia 13 ans, comme avant lui les grands penseurs grecs comme Pythagore qui y étudia 22 ans. L’Égypte fut le terreau, la terre noire (kemet) de leurs connaissances philosophiques, scientifiques et de leur humanisme, mais à quel niveau ? À l’époque, comme aujourd’hui, il y avait deux niveaux de connaissances : exotériques délivrées au plus grand nombre, et ésotériques réservées à des initié(e)s, transmises lors de cérémonies secrètes dans des lieux où les grecs comme Hérodote, le grand historien, n’avaient pas accès. Il le dit dans son livre Histoires à propos d’un immense labyrinthe souterrain : « les Égyptiens gouverneurs du labyrinthe ne permirent point qu’on me les montrât. » Et on peut deviner pourquoi quand on met en regard la pensée égyptienne où la magie et les forces invisibles sont très actives et la pensée grecque où règne la raison.
Heka Énergie cosmique
Héka est le nom égyptien de cette énergie cosmique qu’il s’agit de canaliser pour relier le spirituel et le matériel, par la mise en œuvre de rites et de formules efficaces. Chaque Égyptien et chaque Égyptienne pouvait devenir son propre Mage et canaliser par la magie cette énergie, se renforcer ainsi physiquement et spirituellement et insuffler de l’énergie à ses actions et à ses pensées en étant plus intensément vertueux. C’est toute la différence entre la vertu grecque et religieuse, conceptuelle et statique, et la vertu égyptienne dynamique qui transforme l’être spirituel tout en étant transformée par lui. Les vertus égyptiennes sont ainsi à géométrie variable comme les temples qui s’élèvent depuis leur premier lieu d’ancrage dans un lieu chargé d’énergie invisible, par exemple près d’une source d’eau et d’une grosse pierre en puissance, leurs forces s’élevant de plus en plus haut jusqu’aux clés de voûtes où elles se croisent.
Autrement dit, les vertus cardinales sont destinées pour les grecs à maintenir l’ordre moral qui doit régner dans toute communauté, qu’elle soit civile ou religieuse, mais cette forme collective de vertu se prive de la puissance des pensées vertueuses égyptiennes dont elles dérivent.
Mâat Ordre cosmique
La Justice grecque dérive de la Mâat, la Vérité intégrale égyptienne ; la Tempérance grecque recherche l’équilibre de valeurs morales en occultant les forces qui les relient, et à l’inverse la Tempérance égyptienne s’attache aux forces qui relient ensemble ces valeurs pour mieux les « mettre en valeur », chacune individuellement ; la Force grecque est une forme allégée de Héka, la puissante énergie cosmique ; la Prudence grecque s’en remet à des connaissances rationnelles qui entravent ses pensées dans le noir de la conscience, et la Prudence égyptienne pense d’abord avec son cœur, en toute connaissance de cause, avant de reformuler sa pensée intellectuellement, elle « sait » avant de connaître.
Les quatre Éléments
Déjà pointait à l’horizon la pensée occidentale écartelée entre l’universalité de la sagesse égyptienne et l’universalisme enchâssé dans les dogmes idéologiques et religieux à venir. Les grands penseurs grecs présocratiques assurèrent la dispersion des éléments fondateurs de la pensée antique comme les quatre Éléments, l’Eau, le Feu, l’Air, et la Terre, et se les réapproprièrent à tour de rôle, le recyclage et l’appropriation de la pensée égyptienne étant la marque de la pensée occidentale dès sa naissance : l’Eau pour Thalès, le Feu pour Héraclite, l’Air pour Anaximène, et les quatre Éléments ensemble (en rajoutant la Terre) pour Empédocle. Ils désagrégèrent ce corps de sagesse antique comme le corps d’Osiris fut démembré, sans jamais lui permettre de se reconstituer en un tout autonome et rayonnant.
Matière noire
Mais la pensée magique et hermétique enseignée dans les Écoles de Mystères égyptiennes est passée à travers les filets de la raison grecque et les interdits des dogmes monothéistes, car elle dépasse l’entendement rationnel. La pensée rationnelle, par nature masculine et dominatrice, fait croire qu’elle « pense àtout », qu’elle « pense tout » même amputée de la pensée intuitive plutôt féminine, comme les hommes de science ont pensé l’univers et découvert ses lois jusqu’au siècle dernier sans tenir compte de la matière noire et de l’énergie sombre, qui constituent pourtant 95% de la matière de l’univers, donc en ne raisonnant qu’à partir des 5% restants.
De la même manière, depuis 2000 ans en Occident, 5% de pensées rationnelles feignent d’ignorer l’existence des 95% de pensées restantes, qu’elles soient subconscientes, intuitives, irrationnelles, ou autres, et si les pensées monorationnelles et les religions monothéistes dirigent encore le monde aujourd’hui, c’est à contre-courant d’une pensée scientifique spiritualisée qui les a supplantées dans le cœur intelligent des êtres spirituels de notre temps.
Les anges attentifs
Leur cœur intelligent sait voir derrière les apparences qui voilent la réalité et troublent le regard, jusqu’à voir s’animer le marbre du tombeau de François II et de Marguerite de Foix, sa seconde épouse. Ce chef-d’œuvre de la Renaissance fut sculpté par Michel Colombe, sur des plans de Jean Perréal, alchimiste, de 1502 à 1507 en collaboration avec des artistes italiens. Et il s’agit bien de renaissance, puisque nous retrouvons les amoureux François et Marguerite, morts aux apparences et en sur-vie dans une dimension invisible en soi-même, sous la bonne garde des quatre vertus cardinales. Sous le regard attentif et attendri des anges, les amoureux prient et communient ensemble dans une même prière, et de leurs deux cœurs en symbiose émanent des ondes qui les élèvent vers d’autres niveaux de conscience en soi-même.
Épée de la Justice
À leur tête, près de François II, veille la Justice armée d’un glaive massif tenu verticalement. Sa lame lève le voile qui dissimule la vérité éclairée par le soleil rayonnant de son pommeau. Sa lame en losange aplati est si large qu’elle renvoie comme un miroir deux images de cette vérité aussi vraies l’une que l’autre, mais elle ne tranche ni d’un côté ni de l’autre et se maintient verticalement car la seule vérité qu’elle retient est renvoyée par l’arête centrale verticale. Par elle souffle l’esprit de justice inspirant une vision juste de la réalité quelle qu’elle soit, celle des conflits ou celle d’une vie pacifiée, celle du chaos ou celle de l’ordre. Tout doit se voir en vérité, en croisant les deux aspects d’une même réalité, quitte à se détacher de la justice humaine et des contingences terrestres. Car la justice humaine horizontale qui applique les lois et résout les conflits est complémentaire de l’esprit de justice qui souffle verticalement en vérité.
Le grand mystère de l’esprit juste n’est pas qu’il souffle en vérité, mais qu’il souffle où et quand il veut. Il ne suffit pas d’être vertueux pour être et penser « en vérité », il faut qu’un esprit supérieur le souffle en soi-même, et ce moment ne se décrète pas, il se reçoit et se recueille comme un don du ciel, le Don de Dieu des grands penseurs de la Renaissance et des Alchimistes. « Dieu, disent les maîtres, donne la sagesse à qui il lui plaît et la transmet par l’Esprit-Saint, lumière du monde ; c’est pourquoi la Science (l’Alchimie) est dite un Don de Dieu. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales)
Balance de la Justice
La balance tenue en main gauche par la Justice l’exprime autrement, en pesant à la fois les pensées et les actions de l’être moral en société, et les prises de conscience de l’être éthique intérieur. Les choix de l’être moral, ses principes et ses règles de vie sont identifiables et ne concernent que des secteurs de vie particuliers : la santé, le travail, l’argent, alors que les prises de conscience de l’être éthique sont imprévisibles, car elles sont dues souvent à des évènements imprévus : chocs émotionnels, épreuves physiques, révélations spirituelles. Elles impactent tous les secteurs de vie en même temps, leurs marques en mémoire sont définitives et entraînent de profonds bouleversements intellectuels et spirituels.
L’être moral et l’être éthique forment ensemble une globalité et un tout « doué de vie » (formule d’eulogie des Anciens Égyptiens), doué de propriétés propres que n’avaient ni l’être moral ni l’être éthique pris séparément. Autrement dit, de leur union « émerge » un Esprit nouveau de justice, une surconscience qui s’affirme à mesure que se développe la conscience d’une justice absolue pesant et jugeant globalement tous les choix de l’être effectués consciemment et subconsciemment sur tous les plans, physique, moral, mental, et spirituel. Ce principe de justice transcendante, à l’œuvre pareillement en soi-même comme dans tout l’univers, est celle de la déesse égyptienne Mâat, principe d’ordre de l’univers, à l’œuvre depuis sa création.
Mâat
« En » la Mâat, la connaissance est conscience, la vie de l’âme est à la fois terrestre et céleste, et participe à l’inévitable évolution de la création, transformant la vie créative en re-création et en récréation et le principe d’ordre de la Mâat en facteur de joie intérieure. « En » la Mâat, la conscience est holistique et l’être fait l’expérience exaltante de sa propre méta-morphose, et même d’une méga-morphose renforcée par la vie ritualisée des Égyptiens, retenant le temps et allégeant l’espace, suspendue en cet espace/temps régénéré.
Cette conscience holistique de la Mâat se réduit à « la plume de Mâat« lors de la pesée du cœur des défunts au moment du Jugement d’Osiris, un jugement qui prépare, s’il est positif, le passage des défunts dans un au-delà cosmique commun qui se mérite individuellement. Mais ce Jugement n’est pas le Jugement Dernier des religions monothéistes, car il n’a rien de définitif, la vie matérielle et spirituelle ici-bas et au-delà formant un tout indissociable en continuité l’un de l’autre où une même vie spirituelle se perpétue.
Tribunal dOsiris
Pour en prendre pleinement conscience, l’être spirituel doit travailler régulièrement à coordonner les propriétés des quatre vertus cardinales, car activées par une pensée morale et une conscience éthique revivifiées, ces vertus conditionnent le passage du visible à l’invisible, d’une vie naturelle à une sur-vie surnaturelle puissante et lumineuse.