Samedi 13 décembre 2025, au « 16 Cadet », le Grand Orient de France (GODF) a choisi de célébrer la Fête de la Laïcité avec des œuvres, des voix, des images et des performances. Une journée où l’on pouvait voir, entendre et ressentir la liberté de conscience. Le musée de la franc-maçonnerie, ouvert gratuitement de 10h à 20h, a permis de faire le lien entre l’histoire, la société et le présent.
musée de la franc-maçonnerie, portes fermées
Certains discours promettent l’ouverture, mais cette journée l’a prouvée. Nous reprenons l’expression oser franchir les portes car elle décrit bien ce qui s’est passé au « 16 Cadet ». L’image d’une porte fermée, souvent utilisée comme une métaphore facile, a été confrontée à une réalité simple : de nombreuses personnes sont venues, ont franchi la porte, ont regardé, ont posé des questions et ont compris que la laïcité n’est pas juste un principe, mais une façon de vivre ensemble, une discipline de l’esprit et une éthique.
musée, nos amis profanes osent pousser les portes !
Le thème choisi, « La laïcité à travers les arts et la culture », a donné le ton. L’objectif n’était pas d’accumuler des arguments, mais de rendre la laïcité palpable. Dès 14h30, la projection de La Séparation (2005) de François Hanss, sur un scénario de Bruno Fuligni, a rappelé que la loi et ses combats peuvent être vus comme un récit national, marqué par des tensions, du courage et de la lucidité. La présence de l’équipe du film a transformé la séance en un moment de partage, une façon de donner un visage à des débats qui se réduisent souvent à des idées abstraites. La salle Groussier, Grand temple du GODF, était pleine à craquer.
Porte-d’entrée-et-accueil-bienveillant-au-GODF
Plus tard, le Théâtre de l’Impossible de Paris a présenté deux spectacles
À 16h30 et à 20h, a été joué Laïcité – Liberté de conscience – Engagement, inspiré de Dieu au parlement de Bruno Fuligni, écrit avec Robert Bensimon. Ici, la laïcité s’est exprimée à travers les mots de Robespierre, Fabre d’Églantine, Victor Hugo, Clemenceau, Louise Michel, Malraux, Henri Caillavet et René Char.
Le mélange de comédiens, de soprano, de piano et de violon, avec la présence de la jeune Xiaorao Li, a rappelé une chose simple : la République se transmet aussi par l’art, car l’art apprend à écouter, à nuancer, à distinguer et à ne pas confondre la ferveur avec la domination.
À 17h, la projection de Les 3 Vies du Chevalier (2014)
Ce documentaire-fiction de Dominique Dattola, a été l’un des moments les plus forts de la journée. Le film retrace l’histoire de la liberté de penser de 1765 à 2005, en se concentrant sur le procès du chevalier de La Barre. Ce jeune homme, devenu un symbole malgré lui, incarne la façon dont l’intolérance s’acharne sur une conscience et cherche à intimider les autres. La force du récit réside dans cette double perspective : d’un côté, l’affaire d’origine, avec sa tragédie d’Ancien Régime, où l’accusation sert d’instrument au pouvoir et où la justice se transforme en vengeance ; de l’autre, l’histoire des femmes et des hommes qui, au fil des générations, refusent l’oubli et continuent de se battre pour la réhabilitation.
Carte postale française coloriée, vers 1906. Monument au chevalier de La Barre, Paris (18e arrondissement), au Sacré-Cœur de Montmartre, déplacé ensuite en 1926, puis fondu par l’Allemagne nazie (Troisième Reich).
Le film montre que la liberté de conscience n’est pas apparue par hasard : elle s’est construite dans la douleur, avec le temps, grâce à la détermination, aux discours, aux textes, aux mobilisations et à la mémoire. En replaçant La Barre au centre de cette histoire, le documentaire-fiction met en lumière le prix à payer, hier comme aujourd’hui, lorsqu’une conscience refuse de se soumettre et de sacrifier sa dignité. C’est là que la laïcité se révèle dans sa forme la plus authentique : non pas comme une simple règle administrative, mais comme une conquête, une vigilance et une fidélité. Fidélité à ceux qui ont été punis pour un geste, une parole ou un soupçon ; fidélité à l’idée qu’aucune croyance, aucune non-croyance, aucun dogme et aucune majorité ne peuvent priver l’individu de sa liberté de pensée.
À 18h, la rencontre avec l’artiste Françoise Schein a ouvert une autre perspective, profondément symbolique
Son travail, en particulier le projet Human Rights for Schools, a rappelé à chacun cette question : comment une société inscrit-elle ses principes dans la pierre, la céramique, l’espace public et la mémoire des enfants ? L’évocation de son œuvre à la station Concorde, où la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est affichée sur la voûte, a résonné comme une leçon : les droits ne sont pas seulement proclamés, ils doivent être gravés, relus et intégrés dans notre quotidien.
À 20h, la journée s’est scindée en deux, offrant un choix
La projection de Laïcité Liberté Égalité Fraternité (2025) de Yannick Séguier, racontée par Bruno Solo, en présence de l’équipe du film, et un concert de musique classique avec le Collectif Fractales, où la voix de Coline Infante a interprété Haendel, Bach, Fauré, Dvořák, Borodine et Verdi. Deux approches complémentaires : l’image qui raconte et la musique qui élève, toutes deux capables de faire ressentir la fraternité sans la simplifier.
Julie Le Toquin, artiste diplômée avec mention de l’EESAB – source Francoiseartmemo
Enfin, l’exposition de Julie Le Toquin, avec les oiseaux de la laïcité, a discrètement accompagné la journée
L’œuvre de cette belle personne qu’est notre très chère Julie sur la mémoire collective et individuelle a culminé avec la mise à feu finale : les mots et les maux de la laïcité. Ce geste, loin d’être un simple spectacle, a donné forme à ce que chacun ressent. La laïcité vit, se défend, se réinvente et parfois se consume pour renaître plus forte. Brûler des mots, c’est aussi refuser qu’ils deviennent des armes ; c’est rappeler qu’un principe se protège en le comprenant, et non en l’utilisant à des fins personnelles.
Au cours de cette journée riche, le musée de la franc-maçonnerie a parfaitement rempli son rôle de lieu de passage
La Marianne noire, copie
Musée de France depuis 2003, il n’a pas été un simple décor. Il a été un lieu d’apprentissage. Les bénévoles, les médiateurs culturels et les membres de l’équipe du musée ont accueilli, expliqué, contextualisé et répondu aux questions sans condescendance ni détour.
Épée-de-La-Fayette, détail
Ils ont patiemment montré comment la franc-maçonnerie s’inscrit dans l’histoire sociale, artistique, intellectuelle et politique de notre pays ; comment elle a accompagné des aspirations, suscité des controverses, porté des idéaux et parfois payé le prix de la liberté ; et comment, depuis ses origines, elle peut être vue comme un laboratoire discret de formes, de symboles et de débats qui traversent la société.
Tablier-dit-de-Voltaire
C’est ici que la journée a pris sa dimension la plus profonde, au sens noble du terme. Non pas celle du secret, mais celle du passage.
Entrer dans un musée, pousser une porte et franchir le seuil, demander pourquoi, écouter une réponse, regarder un objet différemment, relier un tablier à une époque, un rituel à une histoire, une devise à une exigence morale.
Dans ce contexte, la laïcité cesse d’être une simple querelle d’étiquettes : elle redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, une façon d’établir la paix, une façon de fixer des limites et une fraternité qui ne s’achète ni ne s’impose, mais qui se construit.
Au « 16 Cadet », ce 13 décembre 2025, nous n’avons pas seulement parlé de la laïcité : nous l’avons vue à l’œuvre, dans la culture, dans la rencontre, dans la transmission, dans ce geste simple mais exigeant qui consiste à franchir une porte pour aller vers l’autre sans renoncer à soi.
C’est peut-être cela, au fond, la meilleure définition : une lumière qui n’agresse personne, mais qui éclaire le chemin que nous partageons.
Un pari journalistique ouvert à toutes et à tous !
« La Fraternité » c’est une revue internationale numérique trimestrielle gratuite , en trois éditions (francophone, hispanophone et anglophone) créée par des Francs-maçons mais ouverte à toutes les formes de pensée à la condition de se respecter et de communiquer dans la bienveillance.
Notre désir est de rassembler, dans le cadre d’une revue, des contributions du monde entier et de toutes les sensibilités mais aussi des non-maçons, pour donner un sens à une fraternité universelle !
Notre choix éditorial, c’est un dossier thématique et des rubriques ! Nous en sommes au 3ème numéro.
Cette fois-ci le dossier concerne le thème « Musique et Fraternité« .
Les contributeurs sont grec, argentin, belge et français !
Sur les 38 pages de ce numéro, le dossier « Musique et Fraternité » occupe 22 pages ; sans être exhaustif de nombreux thèmes sont abordés et en tout premier lieu le caractère spiritualiste de la composition musicale !
Pour les autres rubriques on notera entre autres articles:
un « droit de réponse » de Michel Weber qui conteste la « vision écologique majoritaire » du changement climatique,
la rubrique de Yonnel Ghernaouti qui présente une sélection des nouveaux livres maçonniques,
Un hommage à Xavier Emmanuelli par Patrick Chambard,
Un poème de Vanessa.
Si vous souhaitez prendre connaissance des trois éditions de ce numéro, vous pouvez les télécharger gratuitement en cliquant sur ce lien.
Vos réactions nous intéressent ! Merci de participer à ce pari et de nous faire connaître !
La Franc-maçonnerie et le naturisme, deux pratiques souvent entourées de mystères et de malentendus, partagent des racines philosophiques profondes ancrées dans la quête de liberté, d’égalité et d’harmonie avec soi-même et la nature. La Franc-maçonnerie, société initiatique fondée sur des rituels symboliques et des principes fraternels, remonte officiellement au XVIIIe siècle, bien que ses origines opératives (liées aux corporations de maçons) soient plus anciennes. Le naturisme, quant à lui, est un mode de vie promu au début du XXe siècle, encourageant la nudité sociale pour favoriser le respect du corps, l’écologie et la tolérance.
Bien que ces deux domaines ne soient pas intrinsèquement fusionnés, leurs intersections se manifestent à travers la symbolique de la nudité, des figures historiques influentes et des principes spirituels communs. Cet article explore ces liens de manière exhaustive, en s’appuyant sur des sources historiques et actuelles, pour démystifier leurs connexions et examiner leur évolution jusqu’à nos jours.
Les origines historiques des liens entre Franc-maçonnerie et Naturisme
Les Racines Antiques et Médiévales de la Nudité Initiatique
La nudité, élément central du naturisme, trouve un écho dans les rituels maçonniques dès leurs formes primitives. Dans l’Antiquité, la nudité était une évidence : les statues grecques et romaines la célébraient comme un idéal de beauté et de pureté, tandis que les bains publics (thermes) la pratiquaient quotidiennement. Hippocrate, père de la médecine, prônait déjà le naturisme pour ses bienfaits hygiéniques et spirituels.
Ces pratiques influencèrent les rites initiatiques mondiaux, des cérémonies africaines aux rituels aborigènes australiens, où la nudité symbolisait un retour à l’état fœtal, une renaissance spirituelle dépouillée de tout artifice social.
Rituel d’initiation d’un candidat
En Franc-maçonnerie opérative (médiévale), liée aux guildes de constructeurs, les rituels incluaient déjà des éléments symboliques de dépouillement. Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIe-XVIIIe siècle (marquée par les Constitutions d’Anderson en 1723), la nudité partielle devint codifiée dans les initiations. Le candidat est placé dans un état « ni nu ni vêtu » : yeux bandés (symbolisant l’ignorance profane), corde au cou (esclavage moral aux vices), bras gauche et poitrine dénudés (triangle de la nudité, pour exprimer sincérité et vulnérabilité), genou droit découvert (humilité et respect), et pied gauche nu (déséquilibre pour souligner la dépendance au guide initiatique).
Ce dépouillement évoque la fragilité humaine, la libération du matérialisme et l’égalité fraternelle, des thèmes qui résonnent avec le naturisme naissant. Le christianisme, dès le VIe siècle, réprima la nudité en l’associant à la honte et au péché originel, influençant les mœurs européennes. Cependant, la Franc-maçonnerie conserva ces éléments symboliques, les adaptant à une quête spirituelle laïque.
Le Début du XXe Siècle : Un Zeitgeist de Renouveau Culturel
Au tournant du XXe siècle, un « esprit du temps » (Zeitgeist) de réforme sociale et culturelle émergea en Europe, liant franc-maçonnerie et naturisme dans une critique de la modernité industrielle et des normes victoriennes. La nudité devint un outil de libération : hygiénique (contre les maladies liées aux vêtements serrés), sociale (contre les distinctions de classe) et morale (pour une esthétique révolutionnaire).
Elisée Reclus
Élisée Reclus (1830-1905), géographe anarchiste et franc-maçon éphémère (initié en 1858 à la loge Les Émules d’Hiram du Grand Orient de France), incarna cette jonction. Végétarien et naturiste, il prônait la nudité pour favoriser l’égalité sociale, critiquant les vêtements comme marqueurs de hiérarchie (vêtements fins pour les élites, grossiers pour les ouvriers). Reclus voyait dans le naturisme une osmose avec la nature, alignée sur les principes maçonniques de liberté et de fraternité. Bien qu’il ait quitté la maçonnerie rapidement, ses idées influencèrent des cercles para-maçonniques.
Des revues comme L’En-Dehors (1922-1939), anarchiste et pro-nudiste, diffusèrent ces idées, reliant naturisme à des mouvements émancipateurs. La Franc-maçonnerie, avec ses structures organisées, inspira des groupes naturistes, promouvant une renaissance culturelle contre l’hypocrisie bourgeoise.
Gerald Gardner et l’Influence sur la Wicca
bijou Wicca
Une connexion marquante émerge avec Gerald Gardner (1884-1964), fondateur de la Wicca moderne, Franc-maçon et naturiste fervent. Initié en 1910 à la loge Sphinx No. 107 (Ceylan), il atteignit le troisième degré et réintégra la maçonnerie en 1927. Passionné par l’occultisme, l’anthropologie et le nudisme, Gardner acheta un club naturiste à Bricket Wood (Angleterre) en 1945, qui devint un centre pour ses pratiques wiccanes.
Gardner intégra la nudité rituelle (« skyclad ») dans la Wicca, inspirée des rituels maçonniques (dépouillement symbolique) et de ses expériences naturistes. Influencé par Aleister Crowley, le folklore et la franc-maçonnerie, il publia High Magic’s Aid (1949) et Witchcraft Today (1954), présentant la Wicca comme une religion païenne survivante. La nudité y symbolise l’égalité, la pureté et la connexion à la nature, écho direct au naturisme et aux initiations maçonniques.
Cela causa des controverses, certains wiccans rejetant la nudité pour des raisons pratiques, mais elle reste pratiquée dans des covens traditionnels.
Le symbolisme de la nudité : pont entre les deux pratiques.
Dans la Franc-Maçonnerie
Jules Boucher
La nudité maçonnique n’est pas littérale comme dans le naturisme, mais symbolique : elle représente le dépouillement de l’ego, la vulnérabilité et la renaissance. Dans le cabinet de réflexion, le candidat est confronté à sa « nudité intérieure », miroir de sa vérité sans masques sociaux. Ce « triangle de la nudité » (bras, poitrine, genou) évoque l’humilité et l’égalité, forçant à juger l’autre sur son essence.
Historiquement, elle rappelle les épreuves antiques, où la nudité marquait la transition du profane au sacré. Des auteurs maçonniques comme Jules Boucher soulignent que cet état « ni nu ni vêtu » réduit le candidat à un mendiant, symbolisant la fragilité humaine et la libération du superflu (métaux, vêtements ostentatoires).
Dans le naturisme et ses liens spirituels
Le naturisme, défini par la Fédération Internationale de Naturisme (INF) comme un mode de vie en harmonie avec la nature via la nudité collective, partage avec la maçonnerie l’idée de tolérance et de respect mutuel. La nudité y efface les hiérarchies sociales, favorisant une « osmose » avec l’environnement et une libération psychique.
Philosophiquement, elle rejoint la maçonnerie en rejetant les « oripeaux » (vêtements comme masques sociaux), promouvant un amour fraternel (agapè) et une discipline des passions. Des liens artistiques renforcent cela : de la Vénus de Willendorf (préhistoire) à Michelangelo ou Rodin, la nudité exalte la fertilité et la réflexion spirituelle, thèmes maçonniques.
Aspects contemporains et Actualité
Évolution des pratiques maçonniques
Aujourd’hui, la nudité reste symbolique en Franc-maçonnerie, limitée aux rituels d’initiation. Certaines loges explorent des formes plus audacieuses, comme des présentations nues avec tablier d’apprenti pour intensifier l’extase spirituelle, mais cela reste marginal et controversé, souvent rejeté pour des raisons de « décence ».
En France, leader mondial du naturisme avec plus de 500 sites, des influences culturelles (Mai 68, acceptation familiale de la nudité) pourraient inspirer une évolution, mais les obédiences traditionnelles maintiennent des protocoles stricts.
Dessin de Gerald Gardner (fondateur de la Wicca gardenienne). Note : Il s’agit d’un dessin personnel (Ruhrgur) basé sur une photographie sans aucune indication de droits d’auteur. L’utilisation est permise selon l’article 23 UrhG, cf. jugement de la Cour fédérale de justice du 07.04.2022, numéro de dossier ZR 222/20
Le naturisme moderne et ses échos maçonniques
Le naturisme contemporain, boosté par l’écologie et le bien-être, compte des millions d’adeptes. En France, des associations comme la Fédération Française de Naturisme (FFN) promeuvent la nudité comme outil de tolérance, écho aux valeurs maçonniques. Des discussions en ligne (sur X/Twitter) relient sporadiquement les deux, comme des posts évoquant Gardner ou des critiques conspirationnistes liant maçonnerie, naturisme et occultisme. Dans la Wicca actuelle, influencée par Gardner, la nudité rituelle persiste dans certains groupes, fusionnant naturisme et éléments maçonniques. Des événements récents, comme des conférences sur l’initiation et la nudité (e.g., articles en 2023 sur 450.fm), montrent un intérêt croissant pour revisiter ces symboles face à l’individualisme moderne.
Défis et perceptions actuelles
Les deux pratiques souffrent de malentendus : la maçonnerie est accusée de complotisme, le naturisme d’exhibitionnisme. Pourtant, elles partagent une discrétion protectrice contre les jugements profanes. En actualité, des débats sur la laïcité et l’écologie pourraient renforcer leurs liens, avec des appels à une maçonnerie plus « nue » spirituellement pour contrer le déclin des adhésions.
Liens philosophiques et spirituels
Franc-maçonnerie et naturisme convergent sur la liberté (du corps et de l’esprit), l’égalité (sans artifices sociaux) et l’harmonie (avec la nature et la fraternité). La nudité y est un outil de déconstruction-reconstruction, favorisant une « mens sana in corpore sano ». Spirituellement, elles évoquent un amour altruiste, reliant l’humain au divin sans dogmes.
Conclusion
Les intersections entre Franc-maçonnerie et naturisme, de la nudité symbolique antique aux réformes du XXe siècle via Reclus et Gardner, illustrent une quête commune d’authenticité humaine. Aujourd’hui, ces liens persistent dans des pratiques marginales et des débats philosophiques, invitant à une réflexion sur notre rapport au corps et à la société. Bien que distincts, ils enrichissent mutuellement la compréhension de la liberté spirituelle dans un monde en mutation.
Avec Grand manuel de parapsychologie scientifique, Renaud Evrard, Claude Berghmans et Paul-Louis Rabeyron s’avancent là où tant de discours trébuchent. Ils n’ornent pas l’étrange, ils l’examinent. Entre invariants culturels, clinique des expériences exceptionnelles et exigence expérimentale, ils dessinent une voie rare où la curiosité n’abolit jamais la rigueur. Nous lisons cette somme comme un exercice de discernement, presque un travail d’atelier, tant elle nous oblige à séparer le fait du récit, le vertige de la preuve, l’intuition de la projection.
Il arrive parfois qu’un livre prenne la forme d’un geste presque rituel, non pas pour sacraliser un objet, mais pour remettre de l’ordre dans une zone de brouillard où l’imaginaire, la rumeur, la peur et l’espérance se disputent la même place. Renaud Evrard, Claude Berghmans et Paul-Louis Rabeyron proposent avec ce Grand manuel de parapsychologie scientifique une entreprise de désembrouillage, ample, patiente, obstinée, qui refuse deux facilités également commodes, l’adhésion béate au merveilleux et le scepticisme de posture qui se croit rationnel parce qu’il se dispense d’examiner. Le volume revendique cette ambition d’embrasser un champ vaste, de croiser les disciplines, de faire communiquer les langages, et de tenir ensemble la culture des faits et la pudeur devant l’inexpliqué, dans une somme de grande ampleur dont la pagination varie selon les éditions.
Ce qui frappe d’abord, au-delà des débats habituels, c’est la manière dont l’ouvrage installe une éthique du discernement
Nous reconnaissons là une exigence très proche de la pédagogie initiatique, non parce qu’elle flatterait quelque goût du secret, mais parce qu’elle apprend à distinguer, à séparer, à éprouver, à ne pas confondre la pierre et son reflet. Il y a des récits, des vécus, des effractions intimes, des coïncidences qui donnent le vertige, et il y a la tentation d’en faire trop vite une preuve, une doctrine, un drapeau. Or le livre ne méprise jamais l’expérience humaine. Il la traite comme une matière première, précieuse et dangereuse, qui demande d’être taillée, mesurée, replacée dans des cadres d’interprétation où l’erreur est possible, où l’illusion est fréquente, où la souffrance aussi peut se loger. Cette attitude, à nos yeux, vaut déjà comme leçon, car elle rappelle qu’aucun phénomène, même étrange, ne dispense d’une ascèse intérieure, celle qui consiste à accepter la lenteur de la preuve, la difficulté du tri, l’humilité devant ce qui résiste.
Parapsychologie, un chercheur qui cherche…
La force de ce manuel tient à une idée simple, mais lourde de conséquences, qui traverse sa démarche comme un fil conducteur
Nous pouvons chercher des invariants, repérer ce qui se retrouve d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre, non pour conclure hâtivement à l’existence d’un “autre monde”, mais pour comprendre comment l’humain fabrique, transmet, transforme et parfois endure l’extraordinaire. Nous pouvons aussi écouter la clinique des expériences dites exceptionnelles, en considérant la subjectivité non comme un défaut à éliminer, mais comme un territoire à explorer avec méthode, et surtout avec tact. Nous pouvons enfin tenter l’épreuve expérimentale, celle qui met le phénomène au défi d’apparaître dans des conditions contrôlées, et qui oblige la pensée à préciser ce qu’elle entend, ce qu’elle mesure, ce qu’elle infère. Cette triple exigence, culturelle, clinique, expérimentale, dessine une architecture de travail qui rappelle le chantier maçonnique, où l’intuition n’est pas bannie mais orientée, où la symbolique n’est pas un refuge mais un outil, où la raison n’est pas un glaive mais une règle, une équerre, un instrument de rectitude.
À mesure que nous avançons dans cette matière, une question sourde devient centrale
Que cherchons-nous exactement quand nous parlons de “psi” et pourquoi ce mot attire-t-il autant d’images parasites. Le manuel fait sentir, sans dogmatisme, que la parapsychologie n’est pas un folklore, mais une zone de tension entre reconnaissance et disqualification, où les erreurs historiques, les récits sensationnalistes, les récupérations idéologiques ont souvent pris la place des résultats réels.
Nous comprenons alors que l’enjeu n’est pas seulement de “prouver” ou de “réfuter”, mais de restaurer les conditions mêmes d’un débat digne, où la critique ne soit pas une moquerie, où l’ouverture ne soit pas une crédulité. C’est ici que la lecture prend, pour nous, une coloration initiatique. Le livre ne promet pas une illumination. Il propose une discipline. Il ne vend pas un pouvoir. Il reconduit à l’effort. Il n’offre pas une certitude confortable. Il apprend à habiter l’incertitude sans se dissoudre en elle.
Dans cette perspective, la distinction entre une expérience vécue comme extraordinaire et un phénomène réellement attribuable à une anomalie psi devient décisive
Nous savons combien l’esprit humain est capable d’élaborer, de combler, de relier, parfois avec une puissance poétique bouleversante, parfois avec une violence qui déstabilise. Le manuel n’humilie jamais ces récits. Il les traite comme des faits psychiques et sociaux, et c’est déjà une manière de leur rendre justice. Il rappelle que l’écoute, l’accompagnement, la compréhension des cadres culturels et des vulnérabilités individuelles comptent autant que les chiffres et les protocoles.
Là encore, une résonance maçonnique se lève, car nous reconnaissons ce que signifie accueillir une parole sans l’absorber, la respecter sans l’avaliser, la protéger sans la mythifier
Lorsque l’ouvrage aborde l’expérimentation, il change de texture, comme si la phrase devait se serrer un peu plus près du monde mesurable. Nous sentons que la parapsychologie expérimentale se heurte à des obstacles spécifiques, parce que le phénomène, s’il existe, semble dépendre de conditions humaines, d’états de conscience, d’interactions fines, et parce que le moindre biais méthodologique devient une porte ouverte à la critique. Le livre ne contourne pas cette difficulté. Il la met au centre, et nous y voyons une invitation à la probité intellectuelle, cette vertu rare qui consiste à préférer une hypothèse moins séduisante mais mieux étayée à une explication flamboyante mais fragile. Il y a, dans cette probité, quelque chose d’une morale de l’atelier, où l’on ne triche pas avec la mesure, parce qu’une pierre mal taillée compromet l’édifice entier.
Vient ensuite la question des théories…
Et nous découvrons ici un autre mérite du manuel. Il ne se contente pas de dresser un état de la recherche, il montre qu’un champ peut être contesté et néanmoins théorisable, qu’il peut être polémique et cependant intelligible. L’ouvrage fait apparaître des tentatives de modélisation, des manières de penser ce que serait un transfert d’information, une interaction psychokinétique, des liens hypothétiques entre conscience, matière et information, sans céder à la facilité du jargon, ni à la tentation de plaquer des mots prestigieux sur des inconnues. Nous apprécions cette retenue, parce qu’elle garde la pensée ouverte tout en la maintenant responsable.
Le rapprochement avec les neurosciences, puis l’ouverture vers la spiritualité et la culture, achèvent de donner à l’ensemble une portée qui dépasse largement le seul cercle des amateurs de paranormal. Ce livre parle, au fond, de notre rapport au réel, de la manière dont une civilisation autorise ou interdit certains récits, de la façon dont des expériences singulières deviennent des symptômes, des croyances, des œuvres, des blessures, parfois des chemins. Et c’est là que notre lecture, volontairement maçonnique, trouve sa pleine matière. Car l’initiation n’est pas une collection de réponses, c’est une éducation du regard. Elle nous apprend à supporter que tout ne se laisse pas réduire, sans pour autant idolâtrer le résidu. Elle nous apprend à travailler la frontière, non pour s’y perdre, mais pour y affûter le sens de la limite. Le manuel, dans son exigence transdisciplinaire, nous semble participer de cette même école intérieure, où la lumière n’est pas une croyance, mais une conquête progressive sur le brouillard des approximations.
Les trois coordinateurs de l’ouvrage incarnent, chacun à sa manière, cette tension féconde entre clinique, recherche et réflexion
Renaud Evrard, maître de conférences HDR en psychologie à l’Université de Lorraine, travaille depuis des années sur la psychopathologie clinique et sur les expériences exceptionnelles, avec une attention particulière aux zones où la souffrance, le sens et l’étrange se nouent.
Claude Berghmans-Laboratoire-InterPsy
Claude Berghmans, chercheur associé au laboratoire Interpsy de l’Université de Lorraine, inscrit ses travaux à l’intersection de la psychologie, des approches intégratives, de la spiritualité et des terrains parapsychologiques, avec cette sensibilité de praticien-chercheur qui refuse les caricatures.
Paul-Louis Rabeyron, professeur à l’Université catholique de Lyon, apporte une profondeur supplémentaire, en articulant les enjeux de la clinique, de la conscience et des représentations, et en assumant que ces questions touchent aussi la culture, donc notre manière de dire l’humain.
Renaud-Evrard-Laboratoire-InterPsy-EA
Pour situer brièvement quelques repères bibliographiques, nous pouvons rappeler que Renaud Evrard a notamment publié Phénomènes inexpliqués chez HumenSciences en 2023, texte qui explore déjà la zone trouble où se rencontrent témoignages, controverses et recherche, et qu’il a aussi travaillé sur les expériences de fin de vie et les récits de seuil avec Aux frontières de la mort.
Côté Claude Berghmans, ses publications et travaux accessibles montrent un intérêt constant pour les articulations entre santé mentale, spiritualité, et phénomènes limites, dans une perspective de psychologie de la santé et de recherche.
Paul-Louis Rabeyron – source Vertical Project
Quant à Paul-Louis Rabeyron, il apparaît également comme contributeur à des travaux de sciences humaines autour des pratiques et représentations aux marges de la médecine, ce qui éclaire, par contraste, la prudence du manuel face aux amalgames contemporains.
Au terme de cette lecture, ce qui demeure n’est pas une thèse à brandir, mais une discipline à garder
Parapsychologie, un chercheur qui a trouvé ?
Nous ressortons avec une sensation rare, celle d’avoir été accompagné dans un territoire controversé sans jamais être pris en otage, ni par le sensationnel, ni par la dérision. Ce Grand manuel de parapsychologie scientifique nous paraît ainsi offrir, à qui veut travailler sérieusement la question, un double viatique. D’une part, une cartographie rigoureuse qui rend à la parapsychologie ce que les caricatures lui ont confisqué, la possibilité d’être discutée avec exactitude. D’autre part, une leçon de méthode qui dépasse le sujet, et qui touche à une vertu fondamentale de l’esprit initié, apprendre à penser sans se mentir, apprendre à douter sans se dessécher, apprendre à chercher sans se payer de mots.
Et si la leçon la plus précieuse n’était pas de trancher, mais d’apprendre à tenir la frontière. Dans ce livre, l’invisible cesse d’être une promesse ou un épouvantail pour devenir une question tenue droite, à la fois humaine et méthodique. Nous y gagnons moins une certitude qu’une tenue intérieure, celle qui préfère l’examen à l’incantation, la probité à l’emportement, et qui rappelle, silencieusement, que toute quête digne de ce nom commence par la maîtrise de soi.
Grand manuel de parapsychologie scientifique
Renaud Evrard, Claude Berghmans, Paul-Louis Rabeyron (dir.)
Même si la curiosité est un vilain défaut, combien de profanes frappent à la porte de nos temples, alléchés par le mirage du pouvoir que la Franc-maçonnerie offrirait à ses adeptes ? J’en suis convaincu : ils sont bien plus nombreux qu’il n’y paraît.
Évidemment, personne ne l’avouera jamais haut et fort. Une fois la déception initiale digérée – quand ils réalisent que la Lumière n’est pas un chèque en blanc –, un puissant élastique les retient encore : celui des sièges du « pouvoir ». Je parle bien sûr de ces charges ronflantes, offices prestigieux et reconnaissances qui distribuent médailles et rubans comme des bonbons à une kermesse.
Rappelez-vous cette scène mythique dans Indiana Jones et la Dernière Croisade, où le chevalier croisé scrute le choix du Graal dans la grotte sacrée :
Il a choisi… bien mal.
Il ne devrait pas être en or.
C’est la coupe d’un charpentier.
Il n’y a qu’un moyen de le savoir.
Tu as choisi judicieusement.
Mais le Graal ne doit pas franchir la dalle scellée.
Telle est la limite… et le prix de l’immortalité.
La coupe n’a d’effet qu’au cœur du sanctuaire. Il en va de même pour nos décors et nos titres maçonniques :
leur vraie valeur réside dans l’enceinte du Temple, où ils symbolisent l’humilité, la fraternité et la quête intérieure.
Le drame ? Trop de Frères – et de Sœurs – tentent de les emporter dehors, comme un trophée profane, pour briller dans le monde extérieur. Et rappelez-vous : dans le film, le Temple s’effondre lors de cette transgression fatale.
La question qui me hante est celle-ci :
à force d’initier des maçons en quête d’or et de médailles en chocolat, nos Temples ne sont-ils pas en train de s’écrouler sous le poids de leur propre vanité ?
Je vous laisse méditer là-dessus… pendant que je me mets à l’abri.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Quand j’étais enfant, à cette période de l’année, on attendait Noël. On voyait alterner en ville des banderoles où étaient peints en lettres éclatantes des vœux de saison : « Joyeuses fêtes ! », « Joyeux Noël ! » Je n’ose y penser, désormais. Imaginez… Noël ? Quel scandale ! Une laïcité sourcilleuse surveille tous les lieux où une crèche pourrait être installée. Mais qui s’avise de dénoncer ceux qui, dans certains quartiers, s’improvisent en chaperons de toutes les femmes qui ne porteraient pas, dans la rue, un foulard sur la tête ?
Ces variations me semblent, en réalité, tenir à la force ou à la faiblesse des relations que des populations entretiennent avec tel ou tel culte. Il y a beau temps que la République n’est plus une conviction mais une commodité.
À l’occasion du 120e anniversaire de la loi de 1905, le Grand Maître de la Grande Loge de France s’interrogeait gravement dans les colonnes du Figaro[1] : « Faut-il se résigner au crépuscule de la liberté de conscience ? » La réponse est évidemment négative. Nous devons combattre en faveur d’une pensée libre, cherchant à s’abreuver d’idées exigeantes, ouverte aux discussions raisonnées. L’esprit critique est nécessairement au fondement de toute trajectoire humaine se refusant aux diktats des puissants, aux mensonges multiples gouvernés en sous-main par des intérêts souvent inavoués. Plus encore, cette instrumentalisation qui envahit désormais l’espace public à tout bout de champ rend impérieuse la pratique de débats respectueux et argumentés. Cela va au-delà de la liberté de conscience comprise comme n’intéressant que le for intérieur, puisque c’est alors une condition préalable à toute vie authentiquement démocratique, permettant de construire tous ensemble une société de paix et de partage.
Au premier plan, l’écrivain et philosophe français Jean Paul Sartre.
En rien, cela n’interdit à personne d’avoir ses croyances. Sartre a pu dire : « On croit qu’on croit mais on ne croit pas[2] » (il souhaitait, par cette formule, révoquer l’illusion de la foi, notamment en raison des détours qu’elle aménage, dans la méditation sur soi). Pour ma part, je dirais plutôt : « On croit qu’on ne croit pas mais on croit toujours trop », tant il demeure, d’aussi loin que nous nous en détachions, des axiomes et des préjugés à la source même de nos convictions. Qu’on le veuille ou non, on ne cesse d’être enveloppé d’un voile mystérieux de sens ; bref, on est toujours plus ou moins conditionné par son temps, forgé par les réalités qu’on a connues. Cela n’empêche pas d’être honnête et sincère – or voilà bien deux épithètes un peu passées de mode, auxquelles il faudrait redonner un lustre inséparable de toute dignité.
Il n’est pas sans ironie de relever que le mot laïc est lui-même emprunté au vocabulaire ecclésiastique, provenant du grec d’église λαϊκός / laikos, « commun, du peuple[3]», par opposition à κληρικός / klerikos, « clerc », qui désigne un membre du clergé ou, plus largement, d’une institution religieuse. Pour autant, à une époque reculée où l’incroyance était inconcevable, le laïc en question n’en observait pas moins le culte considéré. Aujourd’hui, le mot résonne en toute indépendance vis-à-vis du clergé et de l’Église, et plus généralement de toute confession religieuse. Il va jusqu’à se colorer d’une certaine « hostilité envers toute influence, toute emprise de l’Église et du clergé sur la vie intellectuelle et morale, sur les institutions et les services publics[4] ».
J’ai la faiblesse de penser que notre beau principe de laïcité se suffit à lui-même. Certes, il a son histoire. Il est même né des convulsions de l’Histoire mais il n’en demeure pas moins, pour moi – et dieu merci, si je puis dire, pour combien d’autres ! –, un concept dont chacun, Occidental ou non, peut s’emparer et s’inspirer, en raisonnant sur les catégories de pensée et en inscrivant cette règle dans le respect de la liberté de chacun et, plus globalement, au service des êtres humains entre eux. C’est en cela que la laïcité est consubstantielle à un idéal de liberté. Elle sous-tend a minima la neutralité des États qui renoncent à imposer à leurs peuples une adhésion à des dogmes entravant la diversité des voies de réflexion.
Libre à chacun de choisir sa potion. En tout état de cause, la laïcité est politiquement un antipoison.
[1] Pour lire la tribune de Jean-Raphaël Notton sur le Blog des Spiritualités qu’anime Jean-Laurent Turbet, cliquer ici.
On peut également se reporter à mon article intitulé : « Liberté de conscience et laïcité », paru en mars 2021 dans le numéro 199 de la revue de la Grande Loge de France, Points de Vue Initiatiques (pp. 67-77) ou écouter sa présentation sur France-Culture.
[2] Jean-Paul Sartre, Merleau-Ponty (Première version, manuscrite), dans Les Mots et autres écrits autobiographiques, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2014, p. 1130.
[3] Précision supplémentaire : le grec Λάος / Laos renvoie à la notion de « peuple » au sens de petit peuple ou, parfois, de masse d’hommes assemblée. C’est ainsi qu’il s’oppose à δῆμος / dêmos, le peuple comme institution politique ; δῆμος / dêmos désigne à l’origine (VIe siècle av. J.-C.) un dème, c’est-à-dire une unité villageoise, puis, par dérivation, il en est venu à signifier « peuple », entrant, par exemple, en combinaison avec κράτος / krátos, « pouvoir », dans le mot δημοκρατία / dēmokratía, « démocratie », où le pouvoir appartient au peuple, qui l’exerce directement ou par l’intermédiaire de représentants élus… ou qui est censé le faire, tant nous avons d’exemples où cette prétention est, pour le moins, frelatée.
[4] Trésor de la Langue Française Informatisé, s.v. « laïque».
Patience, justice intérieure et alchimie de la colère
« Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre. »
Lao-Tseu
Cette phrase circule comme une lame courte, polie, tranchante, et, comme souvent avec les lames, elle coupe d’abord celui qui la manie. On l’attribue volontiers à Lao-Tseu, parfois à Sun Tzu, parfois à une sagesse “chinoise” ou “japonaise” indéterminée. Les recueils proverbiaux sérieux la rangent plutôt du côté d’un énoncé moderne, “dit” dériver d’un proverbe d’Extrême-Orient, et surtout recommandant la patience plutôt que la vengeance active.
Déjà, cette incertitude sur l’auteur nous enseigne quelque chose d’initiatique. Les paroles, comme les symboles, voyagent. Elles changent de temple, de langue, de siècle, et se chargent de projections. Dans la tradition maçonnique, nous savons combien l’important n’est pas seulement “qui a dit”, mais ce que cela opère en nous, ce que cela réveille, ce que cela révèle, ce que cela exige comme travail.
Le fleuve : la grande figure du Temps
La vengeance a un rythme : elle veut l’immédiat. Elle réclame l’instant, la riposte, la symétrie brutale. Le fleuve, lui, appartient à un autre ordre : celui du temps long, de la durée qui use les angles, polit les aspérités, et finit par rendre visible ce qui était caché.
S’asseoir au bord de la rivière, ce n’est pas “ne rien faire”. C’est changer de régime d’action. C’est renoncer à l’agitation qui nourrit l’offense, pour entrer dans une attention plus vaste. Dans un langage taoïste, nous reconnaissons l’ombre du wu wei : non pas l’inaction molle, mais l’art de ne pas forcer, l’intelligence de laisser le réel accomplir ce qu’il sait accomplir.
Initiatiquement, le fleuve représente aussi la loi du passage. Tout passe : la colère, l’humiliation, la rumeur, la réputation, la puissance. Et cette loi du passage n’est pas une consolation pour faibles. Elle est une discipline de souveraineté : tenir sa place, ne pas se laisser déporter par le choc, ne pas donner à l’ennemi le pouvoir de régler notre tempo intérieur.
Le mot qui dérange, c’est “cadavre”. Il fait surgir une image dure, presque impure : celle d’une victoire sans combat, d’une revanche rendue par la vie elle-même. D’un point de vue philosophique, la phrase peut être comprise comme une apologie cynique de la patience vengeresse : “attends, le monde s’en chargera.”
Or la lecture initiatique, elle, ne s’arrête pas à la surface. Elle demande : qu’est-ce qui meurt, au juste ? Est-ce l’autre… ou bien est-ce, en moi, quelque chose qui doit mourir ?
Dans l’atelier intérieur, le “cadavre” peut être lu comme la mort de l’illusion : l’illusion que la vengeance répare, qu’elle guérit, qu’elle rend ce qui fut pris. La vengeance promet une restitution, mais elle ne sait fabriquer que du double : elle reproduit le mal au lieu de le résoudre. Elle rend l’offense interminable, car elle l’inscrit dans une chaîne.
Nous touchons ici un point très maçonnique : la différence entre justice et vengeance. La justice cherche la mesure, la réparation, la vérité des faits, la protection du lien social. La vengeance, elle, cherche la satisfaction d’un feu intime. Elle se nourrit moins du tort que de la brûlure du tort. Et ce feu, si nous le laissons gouverner, devient maître de loge à notre place.
La leçon maçonnique : quitter l’équerre de la riposte pour l’équerre de la rectitude
La Franc-maçonnerie, dans son éthique, invite à une transformation des passions en vertus. Cela ne signifie pas “tout pardonner” au sens naïf, ni s’exposer indéfiniment au même abus. Cela signifie :
Ne pas laisser la violence de l’autre déterminer notre forme intérieure.
L’équerre, dans notre imaginaire symbolique, n’est pas l’outil qui frappe : elle est l’outil qui redresse. Le compas n’est pas la pointe qui blesse : il est la mesure qui limite. Relire la citation au prisme de ces outils, c’est entendre ceci :
« Ne te venge pas, parce que la vengeance te déforme. »
S’asseoir au bord du fleuve, c’est reprendre la maîtrise de son propre chantier. C’est refuser la contamination. Car l’offense a un pouvoir secret : elle veut nous faire ressembler à ce que nous condamnons.
Une ascèse de l’attente : l’initiation comme contre-rythme
La phrase, malgré sa brutalité, dit une vérité psychologique : le temps finit souvent par dévoiler les conséquences. La médisance revient, la malhonnêteté se paie, la manipulation s’effondre sous son propre poids. Le proverbe, tel que le présente la tradition proverbiale moderne, plaide d’abord pour la patience plutôt que la vengeance.
Mais, sur le plan initiatique, la question la plus exigeante est ailleurs : qu’attendons-nous, exactement, au bord de la rivière ?
Si nous attendons la chute de l’autre comme une friandise, nous demeurons prisonniers. Nous avons simplement remplacé l’acte vengeur par la rêverie vengeresse. Or l’initiation n’est pas un art de la frustration ; c’est un art de la transmutation. Il ne s’agit pas de réprimer la colère, mais de la travailler jusqu’à ce qu’elle devienne lucidité, exigence, discernement, capacité à poser des limites justes.
Autrement dit : nous pouvons nous asseoir au bord de la rivière, oui, mais pas comme un guetteur de noyés. Plutôt comme un veilleur. Un veilleur qui regarde passer les eaux pour y lire les mouvements de son propre cœur.
Convergences spirituelles : taoïsme, stoïcisme, et fraternité
Cette sagesse rejoint, par d’autres chemins, des traditions très différentes.
Le stoïcisme dirait : ne livre pas ta paix à celui qui t’a blessé ; garde la citadelle intérieure.
Une lecture chrétienne rappellerait que pardonner, ce n’est pas effacer le mal, c’est refuser de devenir son miroir.
Une lecture bouddhique inviterait à voir que la haine est un charbon ardent : celui qui le serre se brûle le premier.
La Franc-maçonnerie, quant à elle, tient ensemble ces fils : elle n’abolit pas l’exigence, elle n’idéalise pas la faiblesse, mais elle enseigne que la dignité humaine se reconnaît à ceci : ne pas répondre à la nuit par une nuit supplémentaire.
Le sens profond : déplacer le centre de gravité
Au fond, la phrase ne parle pas de l’autre. Elle parle de nous.
Elle nous demande : où plaçons-nous notre centre de gravité ? Dans l’événement (l’offense) ou dans l’être (ce que nous choisissons de devenir malgré l’offense) ?
S’asseoir au bord de la rivière, c’est déplacer le centre. C’est dire : “Je ne te donnerai pas le pouvoir de faire de moi un homme de ressentiment.” C’est une déclaration de liberté intérieure. Et cela, pour un regard maçonnique, est déjà une victoire.
Reste la dernière épreuve : lorsque le “cadavre” passe — c’est-à-dire lorsque le temps donne tort à celui qui nous a offensé — savons-nous demeurer justes sans devenir cruels ? Savons-nous préférer la paix au triomphe ? Savons-nous, surtout, reconnaître que la plus belle revanche n’est pas la chute de l’autre, mais notre propre rectification ?
Le fleuve emporte beaucoup de choses. À nous de décider ce que nous y laissons : la rancune, l’orgueil blessé, l’avidité de punir. Alors, peut-être, ce qui passe n’est pas “son cadavre”, mais la forme morte de nous-mêmes — celle qui croyait que la vengeance était une justice.
Une gratitude particulière à celui qui me souffla cette citation
Je voudrais, pour finir, adresser une gratitude particulière à celui qui me souffla cette phrase, comme on glisse une braise sous la cendre afin que la nuit, sans bruit, se mette à éclairer.
Bouddha
C’est un vieux sage, un Franc-maçon de ces trempes rares qui ne cherchent ni à convaincre ni à briller. Il transmet comme on pose une main sur l’épaule, avec cette pudeur des hommes qui ont beaucoup vu et qui ont compris que la parole n’a de prix que lorsqu’elle naît d’un long silence. Dans sa Loge, il n’élève jamais la voix. Il l’incline. Il la mesure. Il la dépose. Et, fait plus précieux encore, il écoute. Il écoute vraiment, avec cette attention patiente qui donne aux autres le courage de se dire, et parfois même de se réparer.
Je le revois, immobile et simple, comme un arbre ancien. Il parle peu, mais chaque mot a le poids d’une pierre juste. Il ne distribue pas des sentences, il offre des repères. Ses phrases ne ferment pas, elles ouvrent. Elles n’écrasent pas, elles relèvent. On devine, derrière cette sobriété, un puits sans fond de lectures, de rites vécus, d’épreuves traversées, de fidélités tenues. Un puits d’où il ne tire pas pour lui, mais pour désaltérer ceux qui passent.
Et quand je pense à lui, une image revient toujours
Au fond de la vallée, là où le tumulte se dissout, coule une rivière. Elle ne fait pas de discours, elle ne règle pas de comptes. Elle va. Elle passe. Elle emporte, elle polit, elle décante. Elle ne se précipite pas, mais rien ne l’arrête. Ainsi est sa Loge, ainsi est sa présence : une eau vive, tenue, régulière, qui apprend aux pierres à devenir moins tranchantes.
À l’oreille des Maçons, il murmure cette sagesse qui ne cherche pas la vengeance, parce qu’elle sait ce qu’elle coûte. Il rappelle que l’offense est un crochet qui voudrait nous arracher à nous-mêmes, et que la vraie victoire consiste à demeurer debout, sans se salir les mains, sans perdre la forme intérieure. Il dit cela sans morale, sans posture. Il le dit comme on indique un chemin quand la brume tombe.
Alors, oui, merci à toi, Frère discret, veilleur au bord des eaux. Merci pour cette phrase offerte comme un outil, non comme une arme. Merci pour cette transmission qui n’est pas un héritage figé, mais une respiration. Et merci, surtout, pour cette écoute. Car tu sais mieux que quiconque que la parole la plus juste ne se crie pas : elle se reçoit. Puis elle se travaille. Et, quand le moment est venu, elle s’écoule à son tour, humblement, comme une rivière au fond de la vallée.
La grenade, chez Magali Aimé, n’est jamais un fruit décoratif posé au sommet de colonnes ou au bord d’un plat. Elle devient une sorte d’astre miniature, un monde serré dans sa peau rugueuse, que la parole patiente de l’autrice ouvre grain après grain. À mesure que nous la suivons, nous comprenons que ce petit livre n’est pas un manuel symbolique de plus, mais une méditation très incarnée sur la façon dont le végétal peut irriguer un chemin spirituel, maçonnique et intérieur.
Tout commence dans le jardin d’enfance. Magali Aimé n’aborde pas la grenade depuis un laboratoire d’érudition, mais depuis un parc familial où les arbres portent le prénom des enfants et des proches. Chaque plantation marque une naissance, un deuil, un anniversaire. Son père, attentif aux pierres comme aux arbres, cueille les grenades d’automne pour les déposer sur un plateau, les laisser finir de mûrir. La grenade entre ainsi dans la mémoire affective avant d’entrer dans la symbolique. Ce choix de départ n’est pas anodin, il donne au texte une tonalité de confidence, presque de journal initiatique. Lorsque plus tard, en loge, une sœur lui demande un travail sur les végétaux, la grenade remonte naturellement, comme un fil rouge qui relie l’enfance aux colonnes du Temple.
Le livre épouse alors un mouvement de spirale. Magali Aimé part de la franc-maçonnerie, y revient sans cesse, mais explore entre-temps mythes fondateurs, religions, poésie, peinture et alchimie. Dans la loge, la grenade accompagne l’apprenti. L’initiée découvre les fruits à l’occident, au moment où elle franchit la porte basse. Le compagnon, passant entre les colonnes, rencontre à l’orient le mot de passe de son grade, riche de résonances végétales. L’auteure montre comment épi de blé et grenade se répondent, l’un tourné vers la croissance de la graine, l’autre vers l’abondance des fruits. La franc-maçonnerie apparaît alors comme un art d’habiter les cycles de la nature, et non comme une abstraction hors sol.
Magali Aimé déploie longuement la présence des grenades au sommet des colonnes du temple de Salomon. Elle rappelle le passage biblique où sont évoquées ces centaines de grenades disposées en deux rangs autour des chapiteaux. À partir de cette image, elle conduit une réflexion profonde sur l’unité et la multiplicité. Vue de l’extérieur, la grenade est une sphère rouge, presque un blason d’unité. Une fois ouverte, elle se révèle constellation de perles écarlates. La loge se lit de la même manière. Depuis la porte, nous percevons un corps fraternel apparemment unifié. À l’intérieur, chaque sœur, chaque frère surgit comme un grain singulier, autonome et pourtant relié à tous les autres par la même enveloppe rituelle. La grenade devient alors métaphore de la communauté initiatique, où la diversité des parcours ne contredit pas l’aspiration à une même lumière.
Grenades
La réflexion maçonnique se nourrit aussi d’une triade végétale que Magali Aimé met en avant. Le blé, la grenade, l’acacia. Le blé pour la naissance, le renouveau, l’élan de la vie qui se régénère. L’acacia pour l’immortalité, la fidélité, la promesse de l’éveil qui résiste à la corruption. La grenade pour l’étrange alliance de l’individuel et du collectif, de l’intime et du communautaire. Chaque grain représente une parcelle de connaissance, parfois cachée dans l’épaisseur de la cosse, parfois offerte à la vue de tous lors des travaux. La sœur ou le frère travaille sa propre graine de vérité tout en sachant que l’ensemble des grains fait sens pour la loge entière. À travers ces images, Magali Aimé offre au lecteur maçon une sorte d’examen de conscience symbolique. Quelle place acceptons-nous de prendre dans ce fruit commun qu’est la loge. De quoi nourrissons-nous réellement nos travaux.
L’ouvrage ne se limite pas à l’espace rituel. L’auteure est allée chercher la grenade dans les lointains géographiques et temporels. Le fruit devient messager de la Perse ancienne, du Caucase, des rives méditerranéennes, des sagesses zoroastriennes comme des mystiques chrétiennes. Une belle anecdote raconte Zoroastre enfant, obligatoire dégustateur de feuilles de grenadier avant son initiation, à l’âge de 7 ans. Plus loin, la lecture de saint Jean de la Croix (1542 – 1591)rappelle que la grenade, pour la tradition carmélitaine, condense les mystères les plus élevés de Dieu, les jugements profonds, les perfections divines. La rondeur du fruit évoque l’éternité, les grains, innombrables et uniques, figurent les effets multiples de la grâce. Ces résonances montrent comment un même symbole circule d’une tradition à l’autre, change de langage sans perdre son noyau de sens.
Grenades
La partie consacrée aux mythes et aux saisons fait dialoguer les légendes de Perséphone et de Déméter avec les rythmes cosmiques que la franc-maçonnerie connaît bien. La grenade que la jeune fille goûte dans le monde souterrain marque la rupture, la transgression, mais aussi l’entrée dans une nouvelle forme de connaissance. Il y a l’avant où rien n’est encore goûté, l’après où la saveur, aussi minime soit-elle, a tout changé. Nous retrouvons là le passage initiatique, ce moment où la candidate goûte à un mot, à un signe, à une lumière intérieure qui ne la quittera plus. La grenade devient fruit de passage, médiatrice entre l’hiver et le printemps, entre la descente dans le noir et la remontée vers l’orient.
Jésus à la grenade
Lorsque Magali Aimé rapproche la grenade des solstices et des équinoxes, elle ne fait pas un jeu d’érudition. Elle donne au lecteur la sensation qu’un fruit de marché peut contenir tout un calendrier sacré.
Une autre force du livre réside dans l’attention portée aux couleurs et aux formes. Magali Aimé parle de la rondeur du fruit, de cette petite couronne qui surmonte sa peau, de la difficulté à l’ouvrir, de la résistance presque farouche de son enveloppe. Il y a là une pédagogie du désir. Ce qui s’ouvre sans effort se dissipe souvent sans mémoire. La grenade, elle, demande un geste décidé, parfois un couteau, parfois les doigts qui s’enfoncent, une patience devant les membranes à écarter. Cette résistance renvoie à nos propres réticences à laisser apparaître nos richesses intérieures. Une fois l’écorce rompue, la chair explose en lumière rouge, en géométrie de grains alignés.
Carl Gustav Jung
Magali Aimé cite Carl Gustav Jung pour rappeler que le symbole agit comme un pont entre le conscient et l’inconscient. La grenade, avec sa forme quasi mathématique et son cœur vibrant, devient ce pont incarné. Elle nous invite à reconnaître que la vérité ne se donne jamais tout entière à la surface, qu’il faut accepter de traverser la peau de nos habitudes pour accéder aux arilles de sens cachés en nous.
L’épisode intitulé « Un éclat d’Éternité » donne à ce fruit une dimension presque cosmique. La grenade y apparaît comme un petit monde prêt à se briser pour mieux se donner. Fruit de l’abondance et de la rupture, elle contient une couleur vive, une diversité de saveurs, une promesse de renouveau au cœur même de la fragilité de sa peau. Chaque grain devient une semence d’avenir, une étoile minuscule lancée dans la nuit humaine. Nous sentons dans ces pages l’écho d’une théologie implicite. Rien n’est clos qui ne puisse s’ouvrir. Rien ne se brise sans offrir, dans les éclats, une possibilité de recomposition. Cette manière de parler de la grenade rejoint profondément le travail maçonnique sur la mort et la renaissance, sur la nécessité de laisser tomber certaines formes anciennes pour laisser passer plus de lumière.
Magali Aimé, en bonne contemplatrice des symboles, ne néglige pas les arts. La peinture de Botticelli où l’enfant Jésus serre une grenade dans sa main, la littérature de Shakespeare, les poètes qui chantent les fruits et les fleurs, tous viennent nourrir la méditation. La grenade rejoint ici le vaste cortège des objets quotidiens que l’art transfigure en supports d’élévation. Pour un lecteur maçon, ces incursions artistiques rappellent que la loge ne se suffit pas de ses propres références, qu’elle gagne à laisser résonner en elle la polyphonie des cultures. La grenade devient ainsi un point de jonction entre l’atelier, le musée et la bibliothèque.
Cette ampleur de références, pourtant, ne submerge jamais la voix de Magali Aimé. Son écriture garde quelque chose de la conversation fraternelle, d’un entretien mené après les travaux autour d’une table où circulent pain, vin et fruits. Ce n’est pas un hasard. Avant d’écrire sur les symboles, Magali Aimé a exploré le monde de la gastronomie et de la communication. Journaliste pour Gault Millau, Côté Sud, Génération Santé, elle a appris à regarder les aliments comme des paysages, à écouter ce que racontent les recettes et les façons de dresser une table. Elle a ensuite transmis cette expérience dans l’enseignement de la communication à Paris et à Aix-en-Provence. Quand elle est initiée à la Grande Loge Féminine de France, et bien qu’ayant changée d’obédience depuis, son regard sur la nourriture se charge d’une dimension rituelle. Ses ouvrages précédents, Les vignes de la Franc-Maçonnerie(Dervy, 2006) et Femme et Franc-maçonne – Parole d’apprenties, silence de compagnonnes (Dervy, 2010), avaient déjà marié terroir et Temple, corps de femme et parcours initiatique. La Grenade prolonge cette œuvre en se concentrant sur un fruit unique, mais ce fruit concentre désormais tout un univers.
Dans ce parcours d’auteure, La grenade occupe une place singulière. Le format modeste, la brièveté apparente, contrastent avec la densité de ce qui est donné. Nous sortons de la lecture avec l’impression d’avoir consulté à la fois un carnet de loge, un manuel de mythologie et un traité de phénoménologie gourmande.
Grenades
Magali Aimé parvient à toucher plusieurs publics à la fois. Les gourmandes et gourmands de symboles y trouveront matière à réflexion sur la manière dont la franc-maçonnerie assume ou oublie ses racines végétales. Les sœurs et frères attentifs à la pédagogie de l’atelier y repéreront des pistes de travaux pour les apprenties et les compagnons, autour du blé, de la grenade, de l’acacia, mais aussi autour du rapport entre spirituel et matériel, entre ce que nous mangeons et ce que nous devenons. Les lectrices et lecteurs moins familiers de la loge découvriront que la franc-maçonnerie ne se réduit pas à quelques clichés sur les outils et les colonnes, qu’elle sait aussi parler de fruits, de saisons et d’amour.
Car l’amour traverse discrètement ce livre. Il se lit dans les souvenirs d’enfance, dans la façon dont Magali Aimé évoque la main de son père déposant les grenades sur un plateau. Il se lit dans la fraternité de loge, dans la figure de la seconde surveillante qui l’accompagne patiemment vers une compréhension plus fine des symboles. Il se lit enfin dans ces dernières pages où la grenade rejoint une devinette turque adressée à la fiancée, puis une phrase d’Oscar Wilde qui rappelle que l’amour ne se vend ni ne s’achète. Là encore, la grenade sert de miroir. Elle rappelle que tout lien véritable exige une part de mystère, que la multiplicité des grains n’abolit pas l’unité du cœur.
Magali Aimé
Lire Magali Aimé, c’est accepter de tenir une grenade dans la paume, de sentir son poids, sa rugosité, sa couronne minuscule, d’hésiter avant de l’ouvrir et de consentir enfin à la voir éclater en petites étoiles rouges. À travers ce geste imaginaire, nous éprouvons ce que peut être un symbole vivant. Non un signe figé sur un diagramme, mais une réalité qui nous accompagne à table, en loge, dans les jardins de mémoire et au seuil de la mort. La grenade Tarente offre ainsi aux sœurs et aux frères, mais aussi à toutes celles et tous ceux qui cheminent vers davantage de conscience, un compagnon de route discret et puissant. Un fruit qui rappelle que la vraie nourriture n’est jamais seulement destinée au corps, qu’elle vient aussi rassasier la soif de lumière qui brûle en secret dans chacune et chacun de nous.
La grenade
Magali Aimé – Les Éditions de la Tarente, coll. Ces symboles qui nous nourrissent, 2025, 72 p., 12 € / L’éditeur, le site
« La Franc-maçonnerie proclame, comme elle a toujours proclamé, l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. »
Cette formulation conservait la formule traditionnelle «Grand Architecte de l’Univers » sans plus la rattacher obligatoirement à une foi en un Dieu personnel et transcendant. Elle ouvrait ainsi très clairement les portes de la Franc-maçonnerie aux déistes, ce qui correspondait aux évolutions survenues dans les franc-maçonneries.
« Avec de la méthode et de la logique on peut arriver à tout, aussi bien qu’à rien. »
Pierre Dac
1875 : Convent de Lausanne. Adoption du symbole du Grand Architecte de l’Univers comme Principe créateur.
Lorsqu’un juge d’instruction recherche la vérité au cours d’une affaire, il instruit à charge et à décharge, en pesant le pour et le contre, en étayant ses affirmations de preuves puis en tentant de se faire une opinion la plus juste possible.
Je vais tenter, si cela est possible, de faire de même pour répondre à la question :
Pourquoi n’y aurait-il pas quelque chose plutôt que rien ?
Les athées proposent comme réponse de dire que l’univers est éternel, sans début et sans fin, voilà tout.
A partir de ce principe, toutes réflexions ou interrogations existentielles sont vaines et dérisoires. Toutefois, nous Franc-maçons, pouvons-nous nous satisfaire d’une telle réponse ?
Nous sommes des cherchants, des quêteurs de lumière à la recherche de la « Connaissance suprême ». Devant la condition humaine et ce qui le dépasse, le REAA proclame, l’hypothèse de l’existence d’un Principe Créateur et ordonnateur du Chaos. Il lui donne pour nom Grand Architecte De L’Univers, nom qui est assurément en tant que symbole celui qui permet le plus large consensus car chacun est libre de mettre ce qu’il veut derrière ce symbole. N’étant lié à aucune croyance, il se veut rassembleur et humble, il exprime la foi du Maçon Écossais dans la liberté totale de sa conscience. Il reste une entité métaphysique principe de la connaissance, de la lumière qui est notre but. Son rôle devient essentiellement spirituel et cette position, ne s’oppose nullement à une quelconque religion.
Même si la démarche maçonnique nous donne des outils comme support de notre démarche spirituelle, elle ne répond pas pour autant à la question posée. Elle donne une explication philosophique qui ne peut satisfaire le cherchant curieux.
1° Peut-il exister quelque chose à partir de rien ?
2° Quelles sont les réponses humaines et notamment religieuses ?
3° La Franc-maçonnerie nous aide-t-elle à répondre à cette énigme ?
1° Peut-il exister quelque chose à partir de rien ?
Nu dans le désert, hors de portée de tout, je réfléchis à la possibilité de m’alimenter, de boire, de me protéger des agressions du soleil, bref de survivre. Autour de moi du sable à perte de vue. Situation insoluble en apparence et même en réalité définitive. Peine perdue certainement, à partir de rien, il est semble impossible de produire, de créer quelque chose. Je suis donc voué à disparaître.
Gottfried Wilhelm von Leibniz
Soudain un orage d’une intensité peu commune éclate. Les chutes d’eau provoquent des regs, des torrents de boue, des troncs d’arbre arrachés on ne sait où ? J’en enfourche un et me retrouve entrainé par le courant. Quelques heures plus tard, je me retrouve à proximité d’un village, sauvé !
Ainsi donc, un miracle venait de se produire. La nature avait réglé mon problème. A partir de rien, il pouvait se produire quelque chose !
Le philosophe Leibniz est le premier qui, dans « les Principes de la nature et de la grâce (1714 »), a formulé cette question telle quelle. Cette question est au fondement de notre vision du monde. Elle est indéniablement de nature métaphysique. Dès lors, il n’est pas étonnant que la réponse de Leibniz fasse intervenir l’Etre suprême, Dieu, et reprenne l’articulation de la métaphysique exposée pour la première fois par Aristote.
2° Quelles sont les réponses humaines et notamment religieuses ?
L’analyse que Leibniz donne va lui permettre de formuler une réponse à cette question d’apparence insoluble. Le néant absolu n’est pas de ce monde puisqu’il existe des choses. Or s’il y a des choses, au lieu d’un « rien » plus facile, plus évident, il doit bien y avoir à cela une raison. Cette raison, même si elle est inaccessible, doit être cherchée le plus en amont possible de l’existence des choses, à leur origine. Pourquoi y a-t-il eu création à un moment donné ? Tout naturellement Leibniz en vient donc à parler de Dieu. S’il y a des choses, il faut qu’il y ait une raison ; et cette raison se trouve en Dieu, le créateur.
« Parler de rien, c’est déjà quelque chose ! »
Bernard Shaw
Fort de l’idée que Dieu existe, qu’il est l’être suprême, et par conséquent l’être le plus parfait, Leibniz assure que le monde est ainsi fait parce que Dieu, dans son infinie bonté, a choisi le monde le plus parfait pour sa création, le meilleur des mondes possibles.
« Selon la théorie du Big Bang, tout l’univers est entré en existence à un point précis d’un passé lointain. Tout défenseur d’une telle théorie, du moins s’il s’agit d’un athée, doit croire que la matière de l’univers est venue de rien et par rien. » (Anthony Kenny)
On voit bien que cette explication repose essentiellement sur la théorie qui précise que si la matière et l’être existent, ils ne peuvent être issus que de Dieu.
« Demandez-le à Dieu, celui qui, selon toute vraisemblance, a créé les choses existantes, celui qui a donné l’être du monde. Et Dieu existe forcément puisqu’il y a des choses dans le monde. L’existence de celles-ci rend évident l’existence de Dieu, puisqu’il faut donner une raison à leur existence. Si Dieu n’était pas là, elles n’existeraient pas, puisqu’il n’y aurait aucune raison pour les justifier. »
Proverbe : Le monde n’existe pas parce qu’il a une raison d’exister mais parce qu’il n’y en a aucune qui s’oppose à ce qu’il existe.
3° La Franc-maçonnerie nous aide-t-elle à répondre à cette énigme ?
« Ce qui est le plus incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. »
Albert Einstein
Ca’ Rezzonico – Eraclito 1705 – Giuseppe Torretti
Depuis Héraclite, nous avons l’habitude de penser le temps comme un fleuve qui emporte tout dans une seule direction et un seul sens, mais le temps du chaos, de l’absurde, est plutôt comme un océan dans lequel chaque goutte d’eau peut se déplacer dans toutes les directions et dans tous les sens.
Les mythes de la création, les cosmogonies antiques sont rarement des créations du monde ex nihilo mais des créations à partir d’un chaos, d’un océan primordial, d’une mer de lait, d’un œuf originel. La création n’est pas un jaillissement du néant mais une organisation, une sortie de l’indistinct. « Le chaos, ou plutôt, l’océan primordial, la mer de lait est barattée par le serpent de la logique. »
Pythagore et ses disciples croyaient en la métempsycose. L’âme d’un humain ou d’un animal est réincarnée dans un autre humain ou dans un autre animal après la mort. Une autre de leurs croyances pourrait se résumer en « Tout est nombre ». Le nombre entier est la cause des qualités des divers éléments de l’univers. L’harmonie est divine, elle consiste en rapports numériques. Cette dernière croyance les a amenés à étudier avec passion les propriétés des nombres entiers.
Socrate
Ce que nous faisons en Loge n’est pas vraiment innocent. Le rituel maçonnique est un pont entre le visible et l’invisible. Il est souvent basé sur la répétition de formules, de litanies ou d’acclamations. Comme le tintement des cloches, il agit comme une vague qui engendre un état second. Le symbolisme s’adresse au subconscient et non au conscient. Comme la prière, il jaillit des lèvres et s’intériorise. Il permet d’atteindre une forme d’inconscient collectif qui est source de paix, d’harmonie et de connaissance de soi. Il se poursuit inconsciemment dans le silence de la nudité de l’être avant de relier les êtres dans le mystère de la Chaîne d’Union, au-delà des mots et des différences. Il devient contemplation lorsque la voix extérieure et la voie du dedans n’éprouvent plus la nécessité d’utiliser des mots, pour enfin devenir illumination lorsque l’homme devient éveillé, lucide, détaché de son ego pour être relier à la chaîne mystique, à l’inconscient collectif. C’est ainsi que l’initié entre dans le Temple pour finalement créer son propre Temple intérieur. Là, est le secret de la devise de Socrate améliorée :
« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux ».
La devise « ordo ab chaos » implique l’action d’un Principe d’ordre, ce chaos d’où vient chacun d’entre nous symbolise, la souffrance et la déroute de l’esprit humain qui précède le cheminement vers une vie spirituelle dans la paix et la fraternité.
Notre mission en tant que Maçon est donc de faire surgir l’ordre de ce chaos. Il devient une source d’espérance pour celui qui est dans les ténèbres, et qui aspire à la Lumière.
Le déisme est une représentation mentale reconnaissant l’existence d’une puissance supérieure, ou Principe Créateur, dénommé génériquement Dieu, et que nous Franc-maçon nommons GADLU, cette façon de penser rejette toute révélation, tout dogme.
« S’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème. »
Proverbe Shadok – Jacques Rouxel
L’impossibilité du néant absolu peut être étendue à la mort éternelle si l’on estime que la mort est un néant et que l’éternité est un absolu. Chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. À force d’en parler, le néant finit par avoir de la consistance. (Léo Ferré, Ludwig)
La pensée n’a pas plus horreur de l’absurde que la nature n’a horreur du vide. Philosopher, c’est apprendre à mourir, Platon
Buste de Platon. Marbre, copie romaine d’un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.
Je ne parlerai pas de la mort dont il est difficile de parler en termes initiatiques, mais j’essaierai de traiter de ce que signifie pour nous Maçons, l’immortalité de l’âme, célébrée par Socrate et Platon, ainsi que le point de vue de nos ancêtres et des Anciens sur la question. Le rituel nous dit que les questions métaphysiques ont toujours un lieu d’incertitude et que pour cette raison nous nous défions de tous les dogmes. Mais le rituel nous dit aussi que les symboles parlent et s’ils parlent, s’ils sont signifiants c’est qu’ils sont susceptibles de conduire à quelque vérité, même partielle et approchée.
De plus pouvons-nous vivre sans croyances ?
Certes une croyance ne peut être une certitude rationnelle, ce n’est qu’une conviction subjective, comme par exemple la croyance aux valeurs morales. Mais elle a le mérite de nous inspirer des règles de vie et même de fonder une éthique capable d’orienter et de structurer une existence. Voyez comme peuvent se conduire parfois tans de gens qui affirment « ne croire en rien » ce qui est un mal caractéristique de notre siècle.
Dans cette optique, il est toujours nécessaire de s’interroger sur l ‘au-delà de la vie et de la mort. On ne vit pas de la même manière si on croit que la mort est un pur anéantissement de l’être et de la personne et si I’on pense que notre âme a des chances de survivre dans un espace inconnu et pourquoi pas, de poursuivre là bas sa progression vers la Lumière. Et à cet égard je peux dire que le Rite de notre Ordre parle souvent et avec une force d’illumination incomparable.
Quand un de nos Frères, comme celui que nous pleurons aujourd’hui, nous a définitivement privé de sa présence, nous disons qu’il est passé à I’Orient étemel. L’Orient est pour nous un terme familier qui désigne le lieu où siège la plus haute Lumière, celle du Delta symbole de la Suprême Pensée qui anime le monde comme elle guide et éclaire notre quête spirituelle. C’est pourquoi c’est aussi celui où siège le Vénérable Maître de la Loge.
Mais il est clair que l’Orient parce qu’il suggère une éternité de Lumière, se situe au delà du Temple et du monde matériel, qu’il a un rapport avec la Présence du Grand Architecte de l’Univers, et qu’il est ce lieu sacré et inconnu où se retrouverons ceux qui ont quitté ce monde et tous nos Frères disparus.
Portrait-de-Victor-Hugo-par-Nadar-vers-1884
Nous Maçons, nous voyons l‘Orient étemel comme un espace où la vie se perpétue, puisque nos Frères dans notre esprit demeurent vivants, immortels, que nous les associons comme nous le ferons tout à l‘heure, à notre Chaîne d’Union rituelle où nous les pensons là, nous tenant par la main et poursuivant cependant ailleurs et dans une autre Lumière l’œuvre de perfection à laquelle ils se sont voués.
Victor Hugo, qui fut aussi un grand poète initié par la vie, n’a t-il pas écrit: « Les morts sont des vivants mêlés à nos combats » ? Lui aussi ne pouvait les concevoir séparés de la vie et surtout de notre vie, de nos espérances et de nos travaux.
Mais le plus grand symbole maçonnique de l’immortalité de l’âme est certainement celui de la résurrection d’Hiram que chaque maître a été appelé à vivre à l’occasion de son initiation au 3ème degré. Celui qui incarne les plus hautes vertus maçonniques, l’architecte assassiné du Temple de Jérusalem, se relève de son cercueil et apparaît « aussi radieux que jamais » dans le rayonnement de l’orient éternel.
Cette résurrection exemplaire apparaît comme le symbole de la résurrection de tous les initiés, de tous ceux qui sont attachés à suivre le chemin de l’esprit en quête d’élévation, de sérénité intérieure et de perfection. L’exemple d’Hiram nous enseigne l’ultime finalité de la quête initiatique: nous rendre dignes de la connaissance totale dans le royaume de l’Esprit par la pratique de la sagesse et la persévérance dans la recherche.
Nos ancêtres ont toujours cru à la survivance de l’esprit des morts et les premiers gestes funéraires des humains primitifs témoignent pour les spécialistes de la préhistoire de la préoccupation d’un passage des disparus dans un autre monde.
Le culte des esprits a été la première religion de l’humanité, il a duré des dizaines de milliers d’années et on en trouve de multiples témoignages dans d’innombrables cultures actuelles d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Les Romains ont toujours honoré dans les foyers les mannes de leurs ancêtres, ils mettaient une pièce de monnaie dans la bouche des morts pour qu’ils paient leur passage sur le grand fleuve qui conduit vers l’au-delà.
Quant aux Egyptiens toute leur religion était tournée vers la vie future et préparait tous les humains au voyage de l’âme dans les sphères célestes qu’ils devaient accomplir dans la barque d’Isis en forme de croissant de lune.
Et que signifieraient le mot d’espoir qui suit les multiples « gémissons » de la batterie de deuil, et le fait qu’elle soit toujours suivie d’une batterie d’espérance, de confiance et de sérénité, si ce rite ne nous invitait pas à croire que la vie se prolonge ailleurs dans un monde de lumière où un frère initié connaîtra l’initiation véritable.
Est-ce que nous dirions: « Les corps de nos Frères disparus ont rejoint les ténèbres, mais leur esprit brille encore » si nous ne partagions cette espérance d’une survie future que toutes les symboliques initiatiques et religieuses nous ont toujours enseignée?
Chères lectrices, chers lecteurs, cette semaine je vous livre dans la vidéo ci-dessous quelques réflexions sur mon expérience et mon vécu de Franc-maçon. Je dois vous avouer que je ne suis pas allé loin pour trouver mon inspiration et j’ai trouvé matière en feuilletant numériquement notre journal. Il y a de nombreux articles de fond développés par des auteur(e)s de qualités et j’avoue que j’y trouve mon bonheur en tant qu’éternel apprenti.
De plus, il ne met pas toujours facile de me rendre en tenue en France car je réside en Italie sur une île, loin de tout… C’est donc un bonheur de lire les articles de mes confrères sans aller en tenue régulièrement pour y découvrir de nouvelles planches.
Je profite aussi de ces propos pour préciser que le diffuseur : (YouTube), passage obligé de mon canal Youtube : Le grand rené
se sent obligé de préciser à chaque diffusion de propos maçonniques que la Franc-maçonnerie est une association etc… une précision proche du propos douteux ou limite contrôle, comme une sorte de label qu’on nous soumettrait avant diffusion. Je réponds ainsi aux lecteurs et téléspectateurs qui me questionnent à ce sujet!
Je laisse place maintenant à la video du Grand René :