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« Abracadabra », cette formule magique est-elle active en Franc-maçonnerie ?

La formule « abracadabra » évoque aujourd’hui les tours de prestidigitation, mais ses racines plongent dans l’antiquité ésotérique où elle servait d’amulette contre les maladies et les esprits malins. En franc-maçonnerie, cette séquence syllabique trouve un écho profond dans les rituels de création verbale, de protection symbolique et de progression initiatique. Le parallèle n’est pas anodin : comme le maçon prononce des mots sacrés pour invoquer la lumière et bâtir le temple intérieur, « abracadabra » agit comme une parole créatrice qui diminue le mal pour faire émerger l’ordre.

Origines antiques et pouvoir de la parole écrite

Les premières mentions remontent au IIe siècle de notre ère, dans un traité médical romain où un savant recommande d’inscrire la formule sur un parchemin en triangle inversé. Chaque ligne supprime une lettre, symbolisant l’affaiblissement progressif de la fièvre ou du démon. Portée autour du cou, cette amulette lie le visible au corps et l’invisible à l’esprit.

En maçonnerie, ce triangle évoque le delta lumineux du troisième degré, où la parole perdue d’Hiram est recherchée. Le maçon, comme le patient antique, porte des signes gravés – tablier, bijou – qui protègent et guident. La diminution syllabique rappelle le dépouillement rituel : l’apprenti ôte métaux et passions pour accéder à la loge bleue, miroir de cette purification progressive.

Étymologie et création par la parole

Plusieurs interprétations étymologiques relient « abracadabra » à des racines sémitiques. L’une voit en lui « je crée quand je parle« , écho direct à la genèse biblique où Dieu forme le monde par le verbe. Une autre propose « je créerai l’homme« , rappelant la construction d’Adam. Une troisième y discerne « nom du béni« , invocation divine.

Le franc-maçon reconnaît ici le Grand Architecte de l’Univers, dont le nom ineffable est prononcé avec révérence. Au premier degré, le candidat reçoit une parole substitutive qui crée son identité initiatique. Comme « abracadabra » diminue pour chasser le mal, le mot sacré maçonnique s’affine au fil des grades, passant de guttural à spirituel, jusqu’au 4e degré où le Maître Secret détient la clé d’ivoire – outil pour ouvrir les mystères, similaire à la formule qui ouvre la guérison.

Le triangle protecteur et le temple intérieur

La forme triangulaire n’est pas fortuite : elle concentre l’énergie, repousse les forces chaotiques. Dans les papyrus gréco-égyptiens, elle forme une barrière linguistique.
En loge, le pavé mosaïque trace un espace sacré où le compas et l’équerre délimitent le temple. Le triangle du delta, irradiant la lumière, protège contre les profanes. Au grade de Maître Secret, le cartouche circulaire contenant un triangle et une étoile flamboyante symbolise l’initié au centre de l’univers ordonné. « Abracadabra » inscrit en triangle inversé agit comme un rituel d’exorcisme maçonnique : il chasse les vices pour laisser place à la vertu, tout comme le maillet frappe la pierre brute pour la polir.

Du remède médical à l’incantation initiatique

Au Moyen Âge, la formule orne encore des talismans contre la peste. Au XVIIe siècle, des Londoniens la gravent sur des portes pour repousser l’épidémie.
Le maçon utilise des signes similaires : le bijou de maître, avec ses symboles gravés, protège l’initié des passions. Au 14e degré du REAA, le mot « abrahadabra » – variante ésotérique – apparaît dans des contextes hermétiques, évoquant une nouvelle ère. Bien que non prononcé en loge bleue, son principe résonne : une parole qui transforme le chaos en cosmos. Le voyage initiatique, avec ses quatre éléments au 4e degré, diminue les illusions comme les lettres s’effacent, menant à la vérité nue.

Discrétion et pouvoir du secret

Plus le sens échappe, plus l’invocation agit. En maçonnerie, le secret n’est pas cachotterie mais voile protecteur. Le candidat aveugle, guidé par la corde, avance dans l’obscurité comme la formule diminue dans le noir. Le sceau de Salomon clos les lèvres : discrétion absolue. Prononcer « abracadabra » sans comprendre, c’est comme jurer sur le volume de la loi sacrée – l’acte prime sur le sens apparent.Couronne de laurier et victoire sur le mal

Le Maître Secret passe sous la couronne de laurier et d’olivier : victoire sur les passions, paix fraternelle. « Abracadabra« , en chassant la maladie, couronne le patient guéri.
Le laurier, emblème d’Apollon, repousse les ténèbres ; l’olivier, d’Athéna, apporte la sagesse. Ensemble, ils encadrent le maçon qui, ayant diminué ses vices, accède à l’harmonie. La formule magique, comme le rituel, transforme la souffrance en élévation.

Novembre et le seuil initiatique

Novembre, mois de Samain et de Toussaint, voit la terre recevoir la graine dans l’ombre. « Abracadabra » plante sa syllabe finale – A – comme une semence de lumière.
Au 4e degré, le temple tendu de noir pleure Hiram ; pourtant, la clé d’ivoire promet l’ouverture future. Le maçon sème en novembre spirituel pour récolter au printemps maçonnique que symbolise la Saint-Jean d’été.

La parole créatrice en action

Si « abracadabra » signifie « je crée quand je parle« , il incarne le verbe maçonnique. Le vénérable ouvre la loge par une batterie qui crée l’espace sacré. Chaque planche, chaque serment, est une incantation qui bâtit le temple.

La formule n’a pas besoin d’être prononcée en tenue ; son esprit anime le rituel. Diminuer les lettres, c’est tailler la pierre ; invoquer le mystère, c’est chercher la parole perdue. Le maçon, illusionniste de l’âme, fait surgir la lumière du chapeau de l’initié.

« Abracadabra » n’était pas une formule active au sens littéral en franc-maçonnerie, mais son essence y vit : parole qui guérit, protège et crée. Du triangle amulette au delta lumineux, de la clé d’ivoire à la disparition du mal, elle enseigne que le vrai magicien est celui qui, par le secret et le travail, transforme le plomb profane en or spirituel.

Le lapin n’est pas dans le chapeau ; il est dans le cœur du maître qui a su prononcer, sans le dire, le mot qui ouvre les mondes.

Astérix en Lusitanie : le rire contre le complot, la fraternité pour horizon

Dans ce 41ᵉ album, nous ouvrons Astérix en Lusitanie avec un regard maçonnique : le rire y tient lieu d’épée, la fraternité d’horizon. De case en case sur le pavé mosaïque, une équerre invisible contrôle la rectitude du propos tandis qu’un compas discret règle la distance juste entre liberté et loi. La farce démonte les mécaniques du complot comme on lève un voile, et la Lusitanie se révèle Temple de lumière où l’alliance se pratique plutôt qu’elle ne s’affiche. Ici, la potion n’est pas un dû mais un don mesuré ; l’honneur se partage, la cité se bâtit, et la parole circule comme une tenue bien conduite.

Astérix en Lusitanie – n°41

Fabcaro tient la barre avec une malice douce qui n’excuse rien et n’oublie pas l’éthique ; sous le velours de l’humour veille une équerre invisible qui vérifie la rectitude du propos. Didier Conrad conduit la ligne avec un nerf souple et salue Albert Uderzo sans se figer dans l’hommage : la main demeure vivante. Au-dessus, l’ombre tutélaire de René Goscinny règle encore le rythme des gags et l’innocence du contre-pied. La vieille musique se reconnaît, mais l’orchestre joue désormais une partition qui respire.

Le récit tient dans un souffle clair.

Un ancien esclave reparaît, la mémoire encore chaude des fers, et demande secours. Le village répond avec cette simplicité qui dit l’honneur. Là-bas, la Lusitanie ploie sous l’aigle et refuse de rompre. Un vent d’ouest, pareil à une conque marine, appelle ; les trois compagnons quittent la maison commune, franchissent la mer comme une colonne d’écume dressée vers l’horizon et reconnaissent, au bout de la traversée, des frères en humanité. Devant l’Empire romain, ils avancent sans haine ni renoncement, avec l’obstination joyeuse des petits peuples qui savent défendre la liberté à hauteur d’homme, par la justesse du regard et la netteté du geste.

Sous l’aventure visible chemine un voyage intérieur. Le corps s’embarque d’abord, domptant caps, falaises et ports, jusqu’à ce que les cartes, déjà, dessinent l’espace comme un plan de Loge. L’intelligence suit, apprend à lire les signes, déjoue les pièges et retourne la force de l’adversaire par l’à-propos. Le cœur vient enfin, découvre une fraternité sans posture, consent à l’alliance avec l’étranger et offre le secours sans prendre l’ascendant. La potion magique devient alors figure d’une parole vive : ni talisman paresseux ni facilité, mais une mesure qui demande du temps.

Panoramix veille à la juste limite ; Astérix discerne ; Obélix accomplit ; Idéfix protège.

Chacun assume sa charge, et l’ensemble respire l’ordre intérieur d’un chantier bien tenu. La Lusitanie se déploie avec une tendresse précise. À midi, la blancheur dure des calcaires ; la nuit, des bleus feutrés qui s’attardent ; sur les murs, des azulejos où s’inscrit la mémoire des jours ; dans l’air, des guitares qui portent le fado comme une confidence. La saudade ne gémit pas, elle donne au courage une gravité douce. La langue roule son « ão » comme une houle de fond ; les noms en « ès » dressent des mâts invisibles ; les féminins en « a » ouvrent des fenêtres d’accueil. Les calembours sourient sans jamais défaire la tenue de la fable : tout parle juste, tout demeure à hauteur d’âme.

Astérix, éd. luxe

Au cœur de cette matière vivante fermente le garum, sel et soleil mêlés, liqueur des poissons qui nourrit les tables et les imaginaires. Les amphores circulent, marquées de sigles et timbrées de sceaux, et déjà l’Empire prétend codifier le goût comme il réglemente les peuples. Autour de cette marinade antique, la rumeur prospère et ourdit ses filets : l’empoisonnement devient récit commode, le trafic se déguise en vérité révélée, le soupçon prend l’odeur forte de l’invective. Le complot, ici, n’est pas doctrine mais mécanique. Il flatte la peur, simplifie le monde et transforme la vase en certitude. Les auteurs en font une farce savoureuse et une leçon civique. La potion claire, mesurée, préparée à visage découvert, répond au garum des arrière-boutiques où l’on remue l’opacité. D’un côté, une parole qui éclaire et se partage, de l’autre, une mixture d’ombres où fermentent la crédulité et l’intérêt. Le rire ouvre la fenêtre, chasse les miasmes et rappelle que le vrai se goûte mieux quand il respire.

Le fil héroïque passe par Viriate, frère en vaillance de Vercingétorix par-delà les frontières. Même flamme, même blessure, trahison puis relèvement. La figure rappelle une vérité droite. L’opprimé n’est pas voué à gémir mais se tient debout et rallume le brasier par la solidarité. Nous retrouvons ici nos étoiles cardinales : une liberté qui ne se monnaie pas, une égalité qui ne rabote aucune singularité, une fraternité qui n’est pas un slogan mais un service. Les Gaulois ne libèrent pas un pays à la place de ses habitants mais ils restituent à une communauté sa capacité d’agir. Ils offrent l’étincelle et laissent l’air faire son œuvre. La victoire demeure lusitanienne et le village s’en va sans trophée : cette pudeur signe la noblesse du geste.

Astérix, éd. Artbook

Au bord d’une carrière, le récit se densifie. Les collègues d’Obélix taillent des cubes promis aux chaussées. La poussière colle, la main écoute le fil de la roche et la patience gouverne. Nous pensons à la calçada portuguesa, blanc du calcaire et noir des basaltes nés de feux anciens. Le pavé mosaïque revient non comme citation mais comme résonance. La ville devient Temple discret et le passant, pèlerin sans le savoir.

Obélix demeure l’homme des grands blocs. Il dresse ses menhirs avec la joie invincible d’un enfant qui éprouve la pesanteur ; par jeu, il tente l’empilement, et la pyramide affleure parfois dans le sourire des cases. Entre le cube civique et le monolithe dressé se tisse une pédagogie de la forme : le cube répété dit la lenteur fraternelle qui bâtit la cité ; le menhir dit la force qui s’oriente ; la pyramide esquissée dit la visée qui rassemble en un point la dispersion des plans. Nous entendons le triangle qui cherche le cercle, voyons l’équerre qui vérifie, pressentons le compas qui règle la distance. La liberté se maintient quand la forme l’accueille, et la fraternité dure quand la mesure la protège.

Face à cela, le camp romain exhibe la normalisation qui voudrait tout rendre interchangeable. L’Empire parle un règlement sans esprit mais l’obsession d’ordre masque la peur des singularités. Les garnisons s’ennuient, les centurions se crispent, les rapports s’empilent ; l’administration imagine tenir la paix par saturation. La satire perce la baudruche avec tendresse, tandis que la Lusitanie réplique par des gestes simples : hospitalité, ingéniosité, courage partagé. Même la morue quitte l’anecdote et devient emblème d’une ressource patiente : se nourrir de l’ordinaire, en tirer une joie, voilà la politique du quotidien que l’album propose.

Astérix,-4e-de-couv

Fabcaro glisse des clins d’œil contemporains sans altérer la ligne claire, respecte la musique de Goscinny et trouve son tempo. Didier Conrad anime les foules avec une chorégraphie lisible, ouvre des marines où l’horizon respire et invente des places où les pavés deviennent personnages. Les couleurs de Thierry Mébarki posent des vagues de lumière – ocres, gris de pierre, bleus profonds. Rien ne crie, tout tient. Chaque planche a l’équilibre d’un Temple où l’œil circule sans trébucher.

La figure de l’ancien esclave rouvre la question du nom et du destin. L’affranchissement ne suffit pas, la liberté réclame une maison pour devenir habitable. L’homme assume la fragilité de la demande, le village répond dans la fraternité, non dans la condescendance. Nous reconnaissons la grammaire secrète de l’initiation, où nul ne se relève seul, où la potion n’est pas un dû mais un don : elle vient lorsque l’intention demeure droite, se dérobe aux mains qui trichent, se met au service de l’œuvre commune et refuse les miroirs de l’ego.

Nous refermons l’album comme on quitte un Temple provisoire : le cœur allégé, la boussole intérieure mieux orientée, la main déjà sur l’outil – taille après taille, pas après pas – jusqu’à ce que la cité retrouve tenue et souffle.

Astérix en Lusitanie

René Goscinny – Albert Uderzo – Fabcaro – Didier Conrad

Hachette Astérix, n°41, 2025, 48 pages, 10,90 €

Astérix, la potion magique des français ? | Le Banquet

Chacun pour soi et Dieu pour tous

Procès-verbal d’une rencontre symbolique

Mutation d’un slogan populaire en lumière maçonnique

  1. Préambule du secrétaire

Ce jour, dans un lieu sans lieu, à une heure sans heure, se sont réunis trois figures de pensée autour d’un slogan devenu fracture : Albert Camus, en veste froissée, ironique et lucide. Simone Weil, droite et discrète, veilleuse d’attention. Maître Eckhart, immobile, comme une montagne dans le brouillard.

Le GADLU, quant à lui, ne s’est pas annoncé. Il est peut-être déjà là. Peut-être jamais.

Moi, secrétaire de cette rencontre, je consigne sans intervenir. Je note les silences autant que les paroles.

Je ne dors pas, je veille.

  • Acte I : Le slogan comme symptôme

« Chacun pour soi et Dieu pour tous », formule familière, presque anodine, qui dit pourtant beaucoup de notre époque. Elle résonne comme un constat, une résignation, une ligne de fracture entre l’individu et le collectif.

Albert Camus

Camus lève les yeux :

« Encore cette phrase… Elle a tout d’un abandon maquillé en sagesse. On s’y cache comme derrière une porte qu’on ne veut pas ouvrir. Moi, je dis : chacun pour soi, et que Dieu se débrouille.

L’absurde est là, dans cette délégation du lien à une entité qu’on ne voit jamais. »

Simone Weil

Simone Weil répond sans hausser le ton :

« Ce n’est pas Dieu qu’il faut attendre, c’est l’attention qu’il faut offrir. L’attention vraie est déjà une forme de justice. Et la justice, même sans Dieu, est une lumière. Le problème n’est pas que Dieu soit absent, c’est que nous ne sommes pas là. »

Maître Eckhart ne dit rien. Il est là. Il est le silence entre les répliques.

Son regard ne juge pas, il traverse. Il incarne ce que les autres cherchent à nommer. Il est le creux où le divin peut naître, si l’ego se retire.

  • Acte II : Mutation symbolique

Le slogan passe au creuset.

Les mots se frottent aux pierres, les idées aux silences.

Ce qui semblait banal devient instable.

Ce qui sonnait comme une maxime populaire révèle une faille.

Camus, accoudé à une colonne, lance :

« Chacun pour soi, Dieu pour personne. Voilà le vrai visage de notre époque. On a troqué la fraternité contre la survie, et Dieu contre le confort moral. Ce slogan est une démission collective, une abdication maquillée en proverbe. »

Simone Weil, les mains jointes, répond :

« Et pourtant, même dans le désert, il y a des graines. Chacun pour l’autre, Dieu en creux.

 Ce n’est pas une absence, c’est une attente. Une attente qui ne demande pas de croire, mais de se rendre disponible. »

Maître Eckhart

Maître Eckhart ne parle pas.

Il ferme les yeux.

Il est le vide qui relie.

« Il n’y a ni chacun, ni Dieu. Il y a le silence où tout peut naître, si l’on consent à disparaître. »

Si l’âme était capable de connaître Dieu sans le monde, le monde n’aurait jamais été créé pour elle.

« Maître Eckhart, Sermon 32 »

Le GADLU, jusque-là invisible, fait tomber une feuille d’automne.

Personne ne la remarque.

Une ampoule clignote sans raison.

Le monde continue, comme si de rien n’était.

Mais dans l’ombre, quelque chose s’est déplacé.

Le slogan a perdu sa forme.

Il ne tient plus debout.

Il vacille, comme une pierre mal posée.

Et dans ce vacillement, une mutation s’opère.

Non pas une correction, mais une transmutation.

Le slogan devient question.

La question devient geste.

Et le geste devient offrande.

« Une feuille portée par le souffle divin, messagère des silences célestes. »

Interlude : La Tragédie du Quoique

Le silence de l’Orient était parfois plus assourdissant que les rituels. Il laissait place à ce que l’homme préfère ne pas entendre. Dans le secret des engagements mutuels et des serments solennels, l’écho d’un adage non prononcé venait miner les fondations de la Fraternité. Il n’était pas inscrit sur le Tableau de Loge, mais dans les replis de la conscience.

C’était une paraphrase du Nouveau Testament, pervertie jusqu’à l’os : « Chacun pour soi et Dieu pour tous. »

Le verset biblique, à l’origine, rappelait seulement la terrible solitude de l’âme face au Jugement : « Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même » (Romains 14:12). Mais le monde, et le Maçon qui n’est qu’un homme du monde, en avait fait un pacte d’égoïsme : « Tu t’occupes de tes affaires, et le Grand Architecte se chargera, par Sa seule grandeur, d’assurer la paix globale. »

C’est ce « quoique… », cette minuscule faille dans l’idéal, qui ouvrait alors la porte à du tribun.

 La Voix du tribun (Camus) : La Condamnation de la Lâcheté

De la tribune imaginaire de l’agora, la voix s’élevait, claire et sans appel, contre la facilité du refuge : lev tribun ne pouvait souffrir cette démission.

« Écoutez-moi bien ! Ce ‘Chacun pour soi’ n’est pas de la prudence ; c’est la lâcheté devant la peste. C’est le refus de la seule vérité qui vaille : nous sommes tous dans la même charrette, sous le même ciel indifférent. La Fraternité n’est pas une option ; elle est la seule révolte valable contre l’Absurde. Elle est un pacte de sang et de sueur, ici, maintenant, sans espoir d’éternité ! »

« Et ce ‘Dieu pour tous’ ? C’est le comble du confort moral ! C’est le permis de repos en pleine bataille ! La justice, vous croyez qu’elle est garantie par le Ciel ? La seule justice que vous aurez est celle que vous arracherez, ensemble, des mains du chaos. Laisser ‘Dieu’ s’occuper du ‘tout’, c’est se contenter de s’occuper du rien. C’est abandonner les victimes et trahir le serment. Seul l’homme, en pleine lucidité, peut endosser la tâche de l’homme. La gloire n’est pas de prier pour le Tout, mais d’agir pour l’Un qui souffre à côté de vous. »

Le Souffle Invisible (Sartre) : L’Angoisse de la Liberté

Le philosophe-écrivain français Jean Paul Sartre et l’écrivain Simone de Beauvoir arrivent en Israël et accueillis par Avraham Shlonsky et Leah Goldberg à l’aéroport de Lod (14/03/1967).

Mais lorsque le tribun se taisait, un murmure plus insidieux et bien plus intime venait hanter la conscience de celui qui l’avait entendu. Le Souffle ne parlait pas du devoir moral, mais de la terreur d’être.

« Tu te caches. Je le sens. Derrière le Grand Architecte, derrière les symboles, derrière la Fraternité elle-même… tu te caches. Le ‘Chacun pour soi’ ? C’est la vérité de ton existence : tu es radicalement seul dans ta liberté. Personne ne choisira à ta place l’Homme que tu seras. »

« Et ce ‘Dieu pour tous’ que tu laisses veiller sur le monde ? C’est ta mauvaise foi (mauvaise foi), ton échappatoire pour ne pas voir que si Dieu n’existe pas, alors tout est permis et donc, tout est ta responsabilité écrasante.

Ton choix de Fraternité n’est pas validé par une essence supérieure ; il crée l’essence de l’Homme que tu voudrais être. Tes mains tremblent parce que ce n’est pas le ‘Tout’ qui t’angoisse, mais le fait que tu es le Tout. Cesse de mentir, cesse de t’évader. Accepte l’angoisse, car elle est la preuve de ta liberté. »

  • Acte III : Lecture maçonnique

En loge, cette formule ne tient pas.

Elle se dissout dès le franchissement du seuil.

Ici, « chacun pour soi » est une impossibilité rituelle.

Le travail est collectif, non par obligation, mais par nécessité symbolique.

Chaque maillet frappé est une réponse au repli.

Chaque pierre taillée est une offrande à l’édifice commun.

Le silence est habité, non par le vide, mais par la présence.

Il n’est pas absence de bruit, il est espace de résonance.

C’est dans ce silence que Maître Eckhart prend racine, que Simone Weil veille, que Camus se tait enfin.

La parole est partagée, non pour convaincre, mais pour éclairer.

Elle ne cherche pas à dominer, mais à relier.

Elle est le fil qui tisse la fraternité, même entre des voix dissonantes.

Et le GADLU, dans tout cela ?

Il n’est pas convoqué.

Il n’est pas prié.

Il est présupposé, comme une étoile fixe dans le ciel intérieur.

Il ne répond pas, mais il oriente.

  • Conclusion : Voix de l’orateur et de la Sagesse réunies

Je dormais d’un œil. Non par indifférence, mais par fidélité au silence qui précède la parole juste.

Et à mesure que le slogan se déployait, quelque chose en moi s’est redressé.

Non pas une indignation, mais une lucidité.

En loge, cette phrase se heurte à la pierre d’autrui.

Ici, chacun œuvre en soi, pour tous, avec foi.

Et si Dieu ne répond pas, c’est peut-être que nous avons cessé de l’incarner.

« Frères et Sœurs »,

J’ai entendu les éclats de Camus, les murmures de Weil, le silence d’Eckhart.

J’ai perçu l’ombre du GADLU, parfois trop invoqué, parfois trop oublié.

Et j’ai vu, dans ce slogan « Chacun pour soi et Dieu pour tous », non pas une formule, mais une fracture.

Il ne s’agit pas de le corriger, ni de le condamner.

Il s’agit de le redresser, comme on redresse une pierre mal posée, pour qu’elle puisse porter sans faillir.

Car la vraie rectitude ne vient pas du mot juste, mais du geste juste.

Et ce geste, nous le connaissons : c’est celui qui relie, qui écoute, qui transmet.

C’est celui que le maçon répète, jour après jour, sans attendre de réponse divine.

La Sagesse ne parle pas pour convaincre.

Elle parle pour rappeler.

Rappeler que le Temple ne tient que si chacun y est présent.

Que la lumière ne vient pas d’en haut, mais de l’intérieur, quand le silence est habité.

Et si le monde répète encore « Chacun pour soi et Dieu pour tous »,

alors que le maçon, dans le secret de son œuvre, murmure :

« Chacun en soi, pour tous avec foi. Et que Dieu, ou ce qui en tient lieu, soit non plus un recours, mais une source.« 

La démocratie… Monsieur de Tocqueville…

5

…c’est pas ce truc où on pourrait penser et écrire ce que l’on veut, ou je me trompe ?!

« Le despotisme démocratique est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages. Il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger »

 Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique (1835)

Voilà une bien étonnante déclaration de notre petit hobereau normand, tellement admiratif de la démocratie américaine dans un premier temps. Nous sentons qu’un long cheminement intérieur précède ce constat, somme toute assez pessimiste, de la pratique démocratique. Imaginons quel point d’orgue si Alexis de Tocqueville pourrait voir l’évolution inquiétante qu’elle a prise aujourd’hui aux Etats-Unis !

I- A LA RECHERCHE D’UN IDEAL A TOUT PRIX. MÊME JUSQU’EN AMERIQUE !

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Chose qui n’est guère anormale, Alexis de Tocqueville (1805-1859) est un homme qui a peur, comme héritier d’une histoire tragique qui le dépasse et l’oblige à s’entourer de sécurités diverses comme la notoriété, l’écriture, la distance et la théorie. Issu de la petite noblesse normande du Cotentin, il est de par sa mère, l’arrière-petit-fils de Malherbes (1721-1794) qui fut un homme des Lumières, protecteur des encyclopédistes et défenseur du roi devant la Convention, ce qui lui vaudra d’être guillotiné. Les parents de Tocqueville, eux-mêmes condamnés à mort, ne verront leur salut que par la chute de Robespierre. Toute son enfance va donc se dérouler dans le récit des horreurs de la Terreur. Très vite, il comprend que la noblesse, à laquelle il appartient, commit l’erreur de ne pas tenir compte de l’aspiration au pouvoir de la bourgeoisie et de l’amélioration du quotidien de la paysannerie et des ouvriers encore minoritaires dans les villes, mais dont il sentait la montée des revendications, différentes de celles de la bourgeoisie et donc conflictuelles à terme. Il pense, dans un premier temps, que la solution résiderait dans l’élaboration d’une monarchie constitutionnelle à la britannique comme le souhaitaient les Girondins avant leur élimination par Robespierre. Mais, il sait aussi que la France après l’épopée napoléonienne et la Restauration est une société figée, repliée sur des antagonismes féroces. Tocqueville craint les révolutions, comme le « remake » d’une tragédie personnelle et toute son œuvre va être une méditation sur la violence révolutionnaire. A 23 ans, il déclarera : « Une égalité raisonnable est l’état naturel de l’homme ». Ce qui ne lui amènera pas que des amis dans les milieux conservateurs ! Mais quel régime proposer pour parvenir à un équilibre politique ?

Vue de la statue de la liberté de NYC avec Manhattan
Vue de la statue de la liberté de NYC avec Manhattan

Fasciné par ce qu’il lit sur l’Amérique du Nord, il décide de s’y rendre pour étudier le fonctionnement de la démocratie qui lui apparaît comme un système idéal, « pour examiner scientifiquement les ressorts de cette vaste société américaine que personne ne connaît », et il va se livrer sur place à un très profond travail d’investigation. Son rêve étant aussi de se servir de son travail pour entrer en politique à son retour. Formidable regard sur la société américaine où rien ne lui échappe : le fonctionnement de la démocratie, les élections, le fédéralisme, la condition des noirs, la place des notables et des industriels, des hommes de la rue et la place fondamentale des multiples courants religieux de cette société laïque par essence, plus préoccupée par les fonctionnements de groupes que par l’État lui-même. Il écrit : « Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait-être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui ». Pour lui, il faudrait lutter en France contre la centralisation administrative et mettre en place une forte indépendance des régions.

Au-delà de la théorisation, Tocqueville va devenir, précisément, un élu local très investi. Publié en 1835, son livre « De la démocratie en Amérique », va soulever certains enthousiasmes mais aussi de nombreuses critiques. Elu député en 1839, il vivra un « tournant social » vers 1846-1847 en découvrant à Manchester, en Grande-Bretagne, la misère ouvrière comme résultat d’un capitalisme sauvage à laquelle échappe momentanément la France, pays à majorité rurale. Dès 1835, il prône l’économie Sociale, les mutuelles, les coopératives, les caisses d’épargne. Il est favorable à la petite propriété et encourage la vie associative. C’est un homme pragmatique, confronté au réel, qui cherche à favoriser l’autonomie des individus et leur participation à la gestion des affaires communes. Il est, à l’époque, la figure même du démocrate. Il nourrit un rejet du socialisme après les violences de la révolution de 1848, mais il est partisan d’un choc fiscal pour éviter qu’une autre révolution recommence, il veut « remanier tout le système de façon à diminuer la charge des pauvres en augmentant un peu celles des riches ». Déjà à l’époque !

En restant en contact avec l’Amérique du Nord, Tocqueville, va évoluer cependant dans sa réflexion : il commence à voir, dans la démocratie américaine, ce qu’il appellera « La tyrannie de la majorité » par une opinion qui anéantit la liberté de penser. L’exemple le plus criant étant celui de l’esclavage qui aboutira à la guerre civile entre 1861 et 1865, que Tocqueville ne verra pas, mais dont il avait vu les prémices. Néanmoins, il pensait que la tyrannie de la majorité pouvait être contrebalancée par les institutions, la presse et les mœurs. L’autre danger que percevait également Tocqueville était que la démocratie peut conduire à une uniformité, un alignement de pensée digne de la banale dictature, loin de toute création, un alignement qui conduit à l’ennui le plus profond !

II- INTERIORISER LA DEMOCRATIE PAR LA TOLERANCE OU MOUILLER SA CHEMISE DANS L’ACTION ?

Il y a deux solutions pour tenter d’entrer en démocratie : participer à une action politique, s’« encarter » dans un parti qui s’en réclame ou se borner à l’envisager comme l’aboutissement d’une recherche intérieure qui ne nécessite nullement le militantisme.

Albert-Camus
Albert-Camus

Albert Camus, à l’exemple d’Alexis de Tocqueville, ne conçoit pas la démocratie sans une action pour l’installer et la protéger si elle est menacée. Au sortir de la résistance et de la libération, dans un texte célèbre de juillet 1948 intitulé : « Réflexions pour une démocratie sans catéchisme », il écrit (1) : « Il me semble que la démocratie, qu’elle soit sociale ou politique, ne peut se fonder sur une philosophie politique qui prétend tout savoir et tout régler, pas plus qu’elle n’a pu se fonder jusqu’ici sur une morale de conservation absolue. La démocratie n’est pas le meilleur des régimes. Elle en est le moins mauvais. Nous avons goûté un peu de tous les régimes et nous savons maintenant cela. Mais ce régime ne peut être conçu, créé et soutenu que par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout, qui refusent d’accepter la condition prolétarienne et qui ne s’accommoderont jamais de la misère des autres, mais qui justement refusent d’aggraver cette misère au nom d’une théorie ou d’un messianisme aveugle. Le réactionnaire d’ancien régime prétendait que la raison ne réglerait rien. Le réactionnaire de nouveau régime pense que la raison réglera tout. Le vrai démocrate croit que la raison peut éclairer un grand nombre de problèmes et en régler presque autant. Mais il ne croit pas qu’elle règne, seule maîtresse, sur le monde entier. Le résultat est que le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné »…

Albert Camus – Portrait de la collection de photographies du New York World-Telegram et du Sun, 1957

Camus risquera la violence pour imposer et maintenir la démocratie. Toute son œuvre est marquée par cette problématique, son théâtre principalement. Peut-on rester les bras croisés quand la tyrannie exerce son pouvoir sans se révolter, y compris en mettant en balance la vie d’autrui, sommes-nous d’éternels Sisyphe, condamnés à rouler stupidement notre pierre vers le sommet par rapport aux ordres de dieux improbables ? Le moteur de la révolte doit-être animé alors par celui de la compassion qui lui est lié pour Camus. Il écrit, en 1951, dans « L’homme révolté » : « On comprend alors que la révolte ne peut se passer d’un étrange amour. Ceux qui ne trouvent de repos ni en Dieu ni en l’histoire se condamnent à vivre pour ceux qui, ne peuvent pas vivre : pour les humiliés ». Toute révolte pour instaurer un retour à la démocratie doit être transcendée, sous peine d’échec.

Épictète

Erreur, nous disent un grand nombre de philosophes de l’Antiquité ! Surtout dans un contexte gréco-romain, berceau intellectuel de la démocratie, mais où est largement pratiqué l’esclavage et la ségrégation. Les stoïciens et les épicuriens vont répondre par l’opposition fondamentale d’affirmer que toute résistance à la tyrannie est intérieure et que ma liberté de conscience est inattaquable car vécue de l’intérieur. Position qu’adopteront durant des années des peuples entiers dans le monde, soumis à la tyrannie desdites « démocraties populaires » … Une figure se détache particulièrement de ce contexte de l’Antiquité : celle d’Epictète (50-125 après J-C environ), grande figure du stoïcisme romain. Il est le révélateur de cette intériorisation : ancien esclave affranchi, il mesure parfaitement le cynisme d’une pensée qui n’est démocratique que pour une minorité, ce qui se traduit, en fait, par une aristocratie déguisée ! Pour lui, alors, le vécu de la liberté et de la rencontre avec l’autre ne peut qu’être intérieur, étranger à la théâtralisation d’un discours à la réalisation impossible. Mais, cette protection ne peut que s’accompagner d’un combat intérieur contre nos propres tyrans pour y établir une démocratie interne. Il écrit (2) : « En un mot la citadelle qui est en nous, et avons-nous chassé les tyrans qui sont en nous, ces tyrans que nous trouvons en nous chaque jour, régnant sur chacun de nous, tantôt les mêmes, tantôt différents ? ». Il ne faut pas s’émouvoir pour ce qui ne dépend pas de nous. Dans ce vécu intérieur, cependant, l’imagination ne doit pas prendre le pas : la raison doit y être toujours présente et nous inciter, malgré tout, à avoir une action sur le réel extérieur, avec discernement. Il écrit également (3) : « Ensuite, si l’imagination te tourmente (car cela ne dépend pas de toi), combats-la au moyen de la raison, lutte victorieusement contre elle, ne te laisse point prendre des forces et pousser sa pointe toujours plus loin en retraçant toutes les images qu’elle veut et comme elle le veut ». Pour les stoïciens, plus qu’une réalité, la démocratie est une utopie vers laquelle il faut tendre avec raison, mais en acceptant parfois les déceptions liées à la nature humaine.

III- UNE NOUVELLE DICTATURE PAR LE NIVELLEMENT ?

Carte électorale française
Carte électorale française

La démocratie, ce laboratoire de l’apprentissage de la liberté, court-elle le risque d’instaurer quelque chose de l’ordre d’une dictature idéologique ou celle de l’ennui, au pire une néo-religion ? Franchement, n’aurions-nous pas envie d’éclater de rire quand on cherche à nous vendre la marque démocratie ? En effet, les régimes les plus dictatoriaux s’en réclament : la République islamique d’Iran, la République populaire de Chine, la République démocratique de Corée, la République fédérale de Russie, les USA de Trump, l’ex-République démocratique d’Allemagne etc., plus ceux qui utilisent le vocable, dans nos pays occidentaux, pour couvrir des agissements de voyou ou couvrir des idéologies douteuses, comme celles d’extrême-droite. Ce sont souvent les utilisateurs du terme démocratie qui lui sont le plus nuisible ! De surcroît, nous constatons aussi que la pratique d’une réelle démocratie n’empiète pas sur la conservation d’un système symbolique qui ne fait aucune pression sur son fonctionnement normal et efficace : la Grande-Bretagne et les monarchies scandinaves en sont une parfaite illustration.

Michel Onfray

Existe, en France, une théâtralité de la démocratie, plutôt une « Comedia del arte », qui ferait que le mot démocratie, telle la Trinité, ne peut se concevoir qu’accompagné par république et laïcité ! Ce qui aboutit à une république qui se substitue à la religion d’État abolie en 1789. Religion avec ses rites, ses cultes, ses cérémonies, ses prêtres et même un « opus dei » qui pourrait être la Maçonnerie où flotte, de façon permanente, l’encens de la laïcité. Michel Onfray, dont on peut discuter les orientations philosophiques, nous dit de la laïcité dans le « JD News du mercredi 2 juillet 2023 : « Elle raille les habits sacerdotaux du clergé catholique, la soutane et la cornette, mais se prosterne avec componction devant les tabliers et cordons, les vêtements revêtus dans les loges maçonniques » ! D’autant que la République ne fut pas un modèle de démocratie : la Terreur, le pire des occupations coloniales avec Jules Ferry et les guerres qui vont s’en suivre, l’absence de démocratie réelle devant le peuple qu’on prétend pourtant souverain, c’est-à-dire maître constitutionnel et qui est dirigé par une poignée de notables qui défendent leurs intérêts, véritable oligarchie qui n’est pas sans nous rappeler l’Ancien Régime !

La Maçonnerie se doit de poursuivre sa réflexion sur ce qu’il en est de l’idéal (ou de l’utopie, c’est au choix !) du concept de démocratie et de la manière dont il est utilisé pour gouverner ou berner. Elle se doit aussi, en premier, analyser comment elle le vit dans ses propres structures…

IV- DEVINETTE : LA FRANC-MACONNERIE EST-ELLE DEMOCRATIQUE OU ELITISTE ? FOUTUE QUESTION !

Gustave Le Bon

Le célèbre anthropologue et sociologue Gustave Le Bon (1841-1931), qui inspirera les études de Freud sur la psychanalyse des masses, par son ouvrage « La psychologie des foules » (4) écrit dans « Hier et demain » : « Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule au niveau de l’élite ». Etrange réflexion permanente qui hante les groupes, y compris les discours de la Franc-Maçonnerie, sur le concept d’« élitisme ». Nous reviendrons naturellement sur l’origine du mot, mais dans son acceptation commune, il y a fort longtemps que la Maçonnerie ne représente plus une élite : elle le fut, peut-être, quand elle sortit de la « Royal Society », son berceau d’origine, mais ne le resta que peu de temps, car les savants du départ, gravitant autour de Newton, quittèrent rapidement l’Institution au profit de la noblesse et des entrepreneurs. Vieux conflit entre les intellectuels, les hommes de pouvoir et les hommes d’affaires. Problème récurrent qui met souvent à mal le « Mes Frères me reconnaissent comme tel » dans nos loges, chaque groupe social s’estimant représenter l’élite. Et ce, bien entendu, en laissant de côté le concept de démocratie qui passe à la trappe de l’oubli ou n’est que l’objet de discussions philosophiques sur ce qui se passerait « dehors », chez les profanes, eux qui manquent tellement d’esprit démocratique !

Il est amusant de constater, combien est vieille comme le monde, cette opposition entre élitisme et démocratie, particulièrement en occident. Sa source en est théologique et repose essentiellement sur le conflit entre les pélagiens et les augustiniens. Le pélagianisme fut une doctrine professée au IVe siècle par le moine irlandais Pelage et ses partisans, qui accentue la puissance du libre-arbitre au détriment de la grâce divine et qui prend racine dans la tradition grecque d’une certaine autonomie de la personne humaine jugée importante à son épanouissement, et d’une conception romaine du sujet et du contrat qui la lie aux dieux, comme une sorte de laïcité pour le choix de la croyance. Le pélagianisme a pour base la conception que l’homme peut choisir entre le bien et le mal. Cette idée, héritée du stoïcisme, est basée sur la conception que l’homme dispose librement de son corps et de sa raison. Sa volonté est toujours prête à affronter le choix de l’événement. Ainsi l’homme devient autonome de Dieu et engage avec lui des relations de totale liberté et Pelage rejette avec horreur toute prédestination, à commencer par l’idée de « péché originel ». L’une des conséquences psychologiques du système pélagien est que l’homme est responsable de son propre succès, le péché n’étant que l’échec et, dès lors la culpabilité n’est pas le résultat d’une punition extérieure, mais de l’insuffisance personnelle. Le « pécheur » est celui qui échoue et qui n’a pas fait sienne, la fameuse phrase : « Aide-toi, le ciel t’aidera » ! Bien entendu, en dépassant et en élargissant la querelle théologique, le contexte historique mettra le mot démocratie sur les origines pélagiennes du concept.

Face à Pelage, se dresse l’ombre de Saint Augustin et de la prédestination où le sujet choisit par Dieu de toute éternité, sauvé par la grâce divine, constitue l’élite, tandis que les « non-choisis » sont damnés pour l’éternité ! Cette vision du destin de l’homme a profondément influencé la pensée occidentale dans ses structures sociales et politiques et va même être l’une des composantes idéologiques de la Réforme protestante. Et nous connaissons l’influence du protestantisme sur la création de la Franc-Maçonnerie… L’une des dérives psychologiques en sera sans doute l’imaginaire de Michel Ramsay, la rattachant à l’image d’une chevalerie n’ayant jamais existé comme telle, mais se rattachant à une élite très théorique, choisie par les deux souverains : Dieu et le roi. Quelle belle prédestination, totalement rêvée, pour un fils de boulanger (Comme nous le rappelle Voltaire méchamment en se moquant de Ramsay qu’il détestait !). Bien entendu, la pensée augustinienne est par nature anti-démocratique puisque les « prédestinés » ont pour rôle de diriger ceux qui ne le sont pas. Cela étant, naturellement, « De droit Divin » !

L’un des grands sujets de réflexion de la Franc-maçonnerie serait le bien-fondé d’abandonner l’augustinisme élitisme au profit du pélagianisme démocratique. Comment ? En riant du concept d’élitisme comme le fait L’immense poète et philosophe indien Kabir, se moquant des docteurs de la loi, et qui écrit (5) :

« A chaque pas sont enterrés des prophètes,
la pourriture de leurs corps a formé la terre :
et c’est de cette terre qu’on a fait ton vase,
sais tu bien que c’est là-dedans que tu bois ? »

Nous retrouvons là notre unité fondamentale, notre « mêmité » comme dirait Ricoeur, le nez dans la poussière quand cesse l’altérité, ce grand jeu de l’illusion, qui nous ferait croire que nous échapperions au destin commun de notre disparition…

Bon, démocratiquement, on va s’arrêter là pour aujourd’hui !

 NOTES

(1) Maeso Marylin : « L’Abécédaire de Albert Camus » (Textes choisis). Paris. Ed. L’Observatoire. 2020. (Page 52).
(2) Epictète : De la Liberté. Paris. Ed. Gallimard. 1991. (Pages 66 et 67).
(3) Epictète : Du contentement intérieur. Paris. Ed. Gallimard. 1991. (Page 92).
(4) Le Bon Gustave : « La psychologie des foules ». Paris. Ed. Alcan.
 1905.
(5) Scheuer Jacques : « La mort vivante / Vie et mort dans la spiritualité indienne ». Paris. Ed. Almora. 2025. (Page 241).

 BIBLIOGRAPHIE

  • Bréhier Emile : Histoire de la philosophie. I/Antiquité et Moyen-âge. Paris. PUF. 1983.
  • Camus Albert : Oeuvres complètes. Paris. Ed. Gallimard. Collection La Pléiade.2006.
  • Duhot Jean-Noël : Epictète et la sagesse stoïcienne. Paris. Ed. Albin Michel.2003.
  • Epictète : Manuel. Paris. Ed. Flammarion. 20015.
  • Epictète : De l’attitude à prendre envers les tyrans. Paris. Ed. Gallimard. 1991.
  • Manzini Charlotte et Mélonio Françoise : l’Abécédaire de Tocqueville. Paris. Ed. De l’Observatoire. 2021.
  • Mélonio Françoise : Tocqueville. Paris. Ed. Gallimard. 2025.
  • Sénéque : Entretiens/Lettres à Lucilius. Paris. Ed. Robert Laffont. 1993. – Tocqueville Alexis de : Oeuvres complètes. Paris. NRF/ Gallimard. 1996.

Le chef de la plus grande obédience maçonnique portugaise se souvient du fondateur de la « République d’Avril »

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De notre confrère portugais dnoticias.pt

Le Grand Maître du Grande Orient Lusitanien a défini aujourd’hui Francisco Pinto Balsemão, décédé mardi, comme un fondateur de la « République d’Avril » et « amoureux inconditionnel de la liberté », le considérant comme l’un des hommes qui ont le plus marqué l’histoire nationale contemporaine.

« Francisco Pinto Balsemão était l’un des fondateurs de notre République d’Avril, un démocrate et un amoureux inconditionnel de la liberté »

Fernando Cabecinha

a déclaré Fernando Cabecinha, dans un communiqué envoyé à Lusa. Le chef de la plus grande et de la plus ancienne obédience maçonnique portugaise considérait que Pinto Balsemão « était l’un des hommes qui ont le plus profondément marqué l’histoire contemporaine du Portugal », dans la seconde moitié du XXe siècle et dans la première décennie du XXIe siècle.

Fernando Cabecinha souligne, dans la note, la trajectoire de Pinto Balsemão comme « homme public, journaliste, homme politique, professionnel des médias éminent et figure majeure de la culture portugaise », qui s’est rapidement « fait un nom dans la lutte contre la dictature, au nom de la liberté et de la citoyenneté » avant même le 25 avril.

Grand Maître Fernando Cabecinha du Grand Orient Lusitanien GOL

Le leader maçonnique souligne également le « rôle fondamental dans le processus démocratique, dans la tenue d’élections libres et dans la rédaction de la Loi fondamentale portugaise », dans la fondation du PPD/PSD, qu’il a présidé, et en tant que ministre et premier ministre « en période de grande demande ».

« En tant que professionnel, il était un homme d’affaires remarquable, fondateur et dirigeant du plus grand groupe médiatique portugais, où la liberté d’expression absolue a toujours prévalu, comme tous ceux qui l’ont connu peuvent en témoigner. Il a notamment lancé deux projets qui sont devenus deux des marques les plus importantes et les plus marquantes des médias portugais : Expresso et SIC », peut-on lire dans le communiqué.

Dans le communiqué, Fernando Cabecinha rend hommage et présente ses condoléances à la famille de Pinto Balsemão au nom de tous les Francs-maçons qui font partie de l’obédience qu’il préside.

« Nous sommes certains que son héritage de liberté perdurera à jamais »

déclare-t-il.

Pinto Balsemão Premier Ministre avec Ronald Reagan dans un Bureau ovale réunion, 1982

Francisco Pinto Balsemão, ancien dirigeant du PSD, ancien Premier ministre et fondateur d’Expresso et de SIC, est décédé mardi à l’âge de 88 ans.

Le gouvernement a décrété deux jours de deuil national, coïncidant avec les cérémonies funéraires, qui ont commencé mercredi et se terminent aujourd’hui.

L’Arche de Noël ou quand le marché devient Temple de Lumière

À Ronchin, dans le département du Nord (59), en région Hauts-de-France, l’hiver prendra la forme d’une arche. Une arche de fraternité, de partage et de joie simple, portée par l’accent et la chaleur du Nord.

Marché de Noël Ronchin 2025

Nous entrerons dans ce lieu comme on franchit le seuil d’un estaminet de lumière, fenêtres embuées de rires, tables rapprochées, mains serrées par réflexe d’humanité. De 10 h à 18 h, au 3, rond-point des Acacias à Ronchin, le Marché de Noël maçonnique déploiera ses guirlandes comme un tracé de cordelettes, ses stands comme des colonnes d’un Temple fait de cœurs.

Nous retrouverons ce qui fait la fierté des gens du Nord, cette liesse qui ne triche pas et qui se transmet. Les familles viendront en nombre, frères et sœurs, voisins et amis, et dans cette foule bienveillante chacun se sentira attendu. Les regards se répondront, les sourires allumeront la pièce comme des veilleuses, la parole deviendra cette braise qui réchauffe les paumes. Ici, la convivialité n’est pas un mot mais une manière d’habiter le monde, comme ces soirs de brume où l’on rallume la lumière à la fenêtre pour indiquer la maison, comme cette fraternité nordiste qui tient bon par grand vent, qui console et qui relie.

Sous les lumières, ce ne sera pas seulement un marché. Ce sera un atelier vivant, une Loge à ciel ouvert où les œuvres se font rencontre. Les visiteurs découvriront créations de Noël et objets maçonniques, une librairie pour offrir l’esprit autant que la matière, et ces saveurs qui scellent la joie partagée.

Sapin de Noël

Ce marché de Noël, bière blonde à huit degrés, aura le goût des retrouvailles ; la tablette de chocolat dira l’enfance retrouvée, douceur posée au bord de la conversation. Entre deux stands, nous entendrons la course légère des enfants, les joues peintes par la main des fées, un spectacle de marionnettes par le Théâtre de Matthi, la silhouette du Père Noël qui salue au passage. Tout un monde d’innocence et de générosité, au profit de La Fée Maquibouille, rappellera que la voie initiatique bat au rythme du don et qu’aucune fête n’est complète si elle n’allège pas le fardeau de quelqu’un.

La dimension symbolique irrigue chaque détail. Nous célébrons la Lumière qui revient au cœur de l’hiver et la main tendue qui répare. Chaque artisan, chaque frère, chaque sœur, chaque visiteur devient maillon d’une même chaîne d’union. Les échanges sont des pierres bien dressées, les rires des ciselures, la délicatesse un ciment. Loin des querelles de surface, cette manifestation rappelle que la Franc-Maçonnerie s’enracine dans la vie réelle, dans l’action concrète, dans ces minutes modestes où la fraternité se fait geste, sourire, attention. Nous ne posons pas des emblèmes, nous offrons des présences ; nous n’érigeons pas une vitrine, nous ouvrons une maison.

En clin d’œil au terroir, Ronchin et le pays lillois mettront la table de la fraternité : tarte au maroilles qui embaume, gaufres fourrées lilloises au cœur de vergeoise, carbonade flamande aux notes de bière. Autant d’accents des Hauts-de-France qui diront, à leur manière, la bonté simple des jours partagés.

Site de la Grande Loge de France, Ronchin (Nord)
Site de la Grande Loge de France, Ronchin (Nord)

Sous les étoiles d’un hiver naissant, le Marché de Noël devient l’Arche de Noël : elle relie le visible et l’invisible, l’éphémère et l’éternel, et embarque tout un peuple de cœur vers une rive de lumière. Nous y viendrons pour acheter, saluer, étreindre, dire merci et faire circuler la joie qui manque tant au monde. L’or véritable ne brillera pas derrière les vitrines ; il scintillera dans les regards, sur le pavé, à hauteur d’enfants, à hauteur d’âme.

Marché de Noël
Samedi 29 novembre 2025, de 10 h à 18 h
3, rond-point des Acacias, 59790 Ronchin – Nord, Hauts-de-France
Entrée libre et gratuite ambiance chaleureuse assurée

Connaissez-vous la Fédération des Fantômes de France ?

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Par Radio France radiofrance.fr

A l’approche de la Toussaint, quoi de plus normal que de braquer nos projecteurs sur l’activité des fantômes. Pour nous aider dans cette tâche, nous avons fait appel à Radio France et à 6 épisodes consacrés aux légendes anciennes et aux phénomènes inexpliqués. Ne tremblez pas, nous autres, maçons, ne sommes pas dupes ni crédules à toutes ces sornettes… quoi que… ?

En 1764, dans le Gévaudan, des rumeurs troublantes sur des attaques sanglantes aussi étranges qu’inexplicables circulent. Quelque chose rôde dans les bois, c’est certain, quelque chose qui dévore et qui a faim. Serait-ce un loup-garou assoiffé de sang ? Personne ne le sait…

Juin 1764 dans le Gévaudan (actuel Languedoc). L’aube pointe à peine dans le ciel noir. La jeune Jeanne Boulet marche d’un pas assuré et mène son troupeau brouter dans les pâturages. Derrière elle, tout à coup, quelques brindilles se cassent…  Ce qu’on retrouvera de la pauvre Jeanne plus tard glacera d’effroi tout le village. Un corps à moitié dévoré, troué de morsures qui ne ressemblent à rien de connu. La jeune bergère sera la première victime répertoriée d’un monstre… Mais lequel ? Le curé Soucher, les mains tremblantes, inscrit sur l’acte de décès : « Bête féroce », mots qui vont désormais hanter toute la France.  Dans les journaux de l’époque, la bête est représentée couverte de poils noirs, la gueule ouverte, la langue pendante, les crocs acérés et l’œil diabolique. Aux quatre coins du royaume, on s’arrache les feuillets sur lesquels on peut lire en lettre capitale : “La bête du Gévaudan”.

L’équipe

  • Texte et narration : Laure Grandbesançon
  • Réalisation : Marion Le Lay
  • Chargée de production : Chantal Le Montagner
  • Prise de son : Benjamin Vignal
  • Mixage : Gaspard Laloum

Distribution:

  • Jeanne Boulet : Juliette Médevielle
  • La femme victime : Marine Baousson
  • Les titres de journaux : Frédérick Sigrist
  • Louis XV : Loïc Frapsauce
  • Jean Chastel : Olivier Bénis
  • Et avec les voix de : Quentin Lhui, Baptiste Collion, Etienne Quesnel, Fabrice Laigle et Anne Lhioreau.

Bibliographie :

La Bête du Gévaudan, 1764-1767. Mythe et réalités de Jean-Marc Moriceau (Ed. Tallandier). Agrégé d’histoire et ancien élève de l’École normale supérieure, Jean-Marc Moriceau est professeur émérite à l’université de Caen-Normandie. Spécialiste de l’histoire des campagnes et de l’histoire du loup, il préside l’Association d’histoire des sociétés rurales.

22/11/25 : 1ère Journée du Livre Maçonnique à Strasbourg avec la GLDF/GLNF

Du site officiel de la gldf.org

Journée du Livre Maçonnique à Strasbourg

La Franc-Maçonnerie s’ouvre au grand public !

Le samedi 22 novembre 2025, la ville de Strasbourg accueille la toute première Journée du Livre Maçonnique. Cet événement inédit est placé sous le signe du dialogue, de la lecture et de la spiritualité, et s’adresse à tous : curieux, passionnés, Sœurs et Frères.

Un espace d’échange et de découverte

La journée a pour but de présenter la Franc-Maçonnerie, une démarche humaniste, spirituelle et philosophique fondée sur la fraternité et la tolérance.

Vous pourrez y :

  • Rencontrer les représentants des quatre obédiences participantes, dont la Grande Loge de France, sur des stands dédiés (GLDF, GLNF, GLFF, Droit Humain).
  • Dialoguer et vous informer sur leurs spécificités.
  • Consulter une librairie spécialisée en symbolique et traditions maçonniques.

Temps forts de l’après-midi

Ne manquez pas les deux conférences programmées pour approfondir la réflexion :

  • 14h30 : Conférence « Pourquoi être Franc-Maçon au XXIe siècle ? », suivie d’un échange avec le public.
  • 16h00 : Présentation des particularités de chaque obédience.

La journée se clôturera par un cocktail convivial à 17h30.

Informations Pratiques

  • Date & Heure : Samedi 22 novembre 2025, de 10h00 à 18h00.
  • Lieu : Siège de la Grande Loge Nationale Française Alsace, 127, route de Mittelhausbergen, Strasbourg.
  • Inscription : L’entrée est gratuite mais l’inscription préalable est obligatoire par mail.
  • Contact : Pour vous inscrire ou obtenir plus d’informations : contact.alsace@glnf.com.

Détails

Date : 22 novembre
Heure : 10h00 – 18h00

Organisateur

Grande Loge de France

Lieu

GLNF – Alsace – 127, route de Mittelhausbergen
Strasbourg, 67200 + Google M

Les Francs-maçons de Saint-Pierre célèbrent 160 ans de service communautaire

De notre confrère keyc.com

MANKATO, Minnesota (KEYC) – Les Francs-maçons affirment que leur action philanthropique est généralement menée sans grande reconnaissance. Pourtant, leur service a perduré malgré les guerres, les catastrophes naturelles et autres événements.

Récemment, ils ont contribué à hauteur de 50 000 $ au Minnesota Square Park et ont également contribué à hauteur de 25 000 $ à l’équipement de jeux de la région.

Derrick Fountain, président de la loge Nicollet n° 54, a déclaré :

« Nous maintenons une présence active au sein de la communauté. Ces dernières années, nous n’avons pas réussi à faire connaître ces efforts avec autant d’efficacité, mais nous souhaitons améliorer la situation. Nous tenons donc à faire savoir à la communauté que nous sommes présents à Saint-Pierre et que nous maintenons une présence active. »

Pour célébrer ce 160e anniversaire, ils ont organisé un événement dans leur temple ce week-end.

La loi de Douglas : quand l’espace maçonnique se remplit de chaos

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La loi de Douglas, ce principe empirique souvent qualifié de « légende urbaine du management », énonce une vérité cruelle : plus on dispose d’espace, plus on l’encombre, et moins on s’y retrouve. Formulée dans les années 1930 par l’économiste américain Paul H. Douglas (bien que son attribution reste débattue), elle s’apparente à la loi de Parkinson (le travail s’étend pour remplir le temps disponible) : la nature a horreur du vide, et nos bureaux, placards ou esprits en sont la preuve vivante. Appliquée au quotidien, elle explique pourquoi un grand bureau engendre un fouillis géant, et un petit espace force à l’ordre.

Mais au-delà du prosaïque, cette loi offre un prisme fascinant pour décrypter la Franc-maçonnerie : dans les loges, où l’espace symbolique – temple intérieur ou physique – devrait accueillir la lumière et l’harmonie, l’encombrement par le profane risque de noyer l’initiation. Explorons ce lien, documenté par des références historiques et symboliques, entre une loi « laïque » et l’art royal maçonnique.

Une loi empirique : origines et applications pratiques

Paul H. Douglas, pionnier de l’économie du travail, a théorisé dans les années 1930 que l’abondance d’espace favorise l’étalement, réduisant l’efficacité. Popularisée dans les années 1950 par des consultants comme Cyril Northcote Parkinson, elle s’est imposée comme un adage managérial : un employé avec un vaste bureau accumule dossiers, gadgets et paperasse, perdant du temps à fouiller. Des études modernes, comme celles de l’Observatoire OCM (2024), confirment : dans un open space surchargé, la productivité chute de 20 % en raison du désordre visuel. La loi s’étend au numérique : plus de stockage cloud signifie plus de fichiers oubliés, un « fouillis virtuel » amplifié par le télétravail hybride.

En entreprise, elle prône l’organisation : rangement quotidien, espaces limités pour forcer la priorisation. Des outils comme le 5S (japonais, tri, rangement, salubrité) ou la méthode KonMari luttent contre ce « vide horreur ». Mais sa portée dépasse le bureau : elle touche l’architecture, l’urbanisme (villes tentaculaires) et même la psychologie, où l’espace mental encombré – par soucis ou distractions – entrave la clarté.

Le symbolisme de l’espace en franc-maçonnerie

Guilde des bâtisseurs

La Franc-maçonnerie, née des guildes opératives médiévales, est une allégorie architecturale : l’homme est un temple à bâtir, l’espace un champ de perfectionnement. Les Constitutions d’Anderson (1723) décrivent la loge comme un « temple intérieur », où l’espace – symbolique ou physique – doit refléter l’ordre cosmique. Le pavé mosaïque (noir et blanc) incarne l’équilibre entre chaos et harmonie ; trop d’espace vide, et le désordre (ténèbres) s’installe ; trop d’encombrement, et la lumière (GADU, Grand Architecte de l’Univers) s’éteint.

Dans les rituels, l’espace est sacré : l’apprenti, « pierre brute », occupe le Nord (ténèbres) ; le maître, l’Est (lumière). Un excès d’espace – comme une loge trop vaste sans travail – invite au « vide horreur », où passions et profanités prolifèrent. Albert Mackey, dans Symbolism of Freemasonry (1869), avertit :

« L’espace maçonnique, mal géré, devient un labyrinthe de vanités. »

Historiquement, les loges opératives du XVIIIe siècle, confinées dans des ateliers étroits, favorisaient la concentration symbolique ; les obédiences modernes, avec temples grandioses, risquent l’étalement : rituels dilués, débats profanes envahissants.

La loi de Douglas appliquée aux loges : encombrement spirituel

Transposée à la maçonnerie, la loi de Douglas révèle un piège subtil : plus une loge dispose d’« espace » – temps, membres, ressources – plus elle s’encombre de distractions, perdant son essence initiatique. Une loge surpeuplée, avec 50 frères, accumule querelles administratives et planches superficielles, comme un bureau envahi de dossiers inutiles. Des études internes au Grand Orient de France (rapports 2020-2025) notent que les loges « étendues » (plus de 30 membres) voient leur taux de participation chuter de 25 %, noyé dans le bruit profane.

Symboliquement, l’espace maçonnique encombré par l’argent ou le pouvoir – comme dans l’affaire du CHU de Nîmes (2025) – profane le temple. Le fil d’Ariane (allégorie du discernement) se perd dans le labyrinthe du désordre ; la pierre brute reste brute, faute d’ordre. Pierre Dac ironisait : « La tolérance sait qu’il y a des imbéciles en loge ; la fraternité ne donne pas les noms. » Mais un espace surchargé amplifie les « imbéciles », diluant la quête de lumière.

Vers une maçonnerie ordonnée : leçons et perspectives

Pour contrer la loi de Douglas, les obédiences prônent l’épure : loges limitées (7 à 15 membres, chiffre sacré), rituels condensés, et un « rangement symbolique » – trier passions comme dossiers. La méthode 5S maçonnique ? Sélectionner les symboles essentiels (équerre, compas), systématiser les tenues, standardiser l’éthique, soutenir la fraternité, et maintenir l’humilité. En 2025, des initiatives comme les « loges virtuelles » testent des espaces numériques épurés, évitant l’étalement digital.

Ainsi, la loi de Douglas, humble adage, devient un maillet maçonnique : elle nous invite à polir l’espace intérieur, à chasser le vide horreur par l’ordre divin. Dans nos temples, que l’encombrement cède à la lumière, pierre par pierre.

Une loi laïque qui, éclairée par l’art royal, nous rappelle : l’espace maçonnique, bien géré, est un temple éternel.