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Légendes de France ou d’ailleurs : L’Ankou, l’ouvrier de la mort

On l’entend avant de le voir. En Bretagne, l’Ankou n’est pas la grande Faucheuse, mais son ouvrier : dernier mort de l’année, promu pendant douze mois au rang de serviteur de la Mort, il parcourt les chemins avec sa charrette grinçante et ramasse les âmes comme d’autres ramassent les gerbes. De paroisse en paroisse, de Monts d’Arrée en littoral, sa silhouette maigre, son large chapeau et sa faux retournée hantent l’imaginaire breton. Et pour qui travaille à l’Orient, difficile de ne pas voir, derrière cette figure, une étrange parenté avec le Frère qui conduit la chaîne vers l’Orient éternel.

Ploumilliau_Église paroissiale

En Bretagne, la nuit n’est jamais tout à fait silencieuse

Le vent qui force sur les talus, le ressac qui remonte les estuaires, les roues de char qui ont longtemps crissé sur les chemins creux : tout cela finit, un jour, par prendre forme. L’Ankou naît là, dans ce fond sonore, comme si la Mort avait eu besoin d’un visage, d’un pas, d’un outil pour se rendre plus proche et, paradoxalement, moins terrifiante.

Dans la tradition bretonne, l’Ankou n’est pas la Mort elle-même

Il en est le serviteur, l’« ouvrier de la mort » (oberour ar maro), chargé de collecter les âmes de ceux dont l’heure est venue. On le décrit tantôt comme un vieil homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, abrité sous un large feutre, tantôt comme un squelette drapé d’un linceul, la tête tournant sans cesse pour embrasser d’un seul regard toute la paroisse qu’il doit parcourir.

Son outil n’est pas une faux tout à fait comme les autres

Le fer est monté à l’envers, le tranchant tourné vers l’extérieur. Celui qui fauche l’herbe ramène la lame vers lui ; l’Ankou, lui, projette sa faux en avant, comme s’il ouvrait la route aux âmes en partance. On lui prête parfois un maillet, le mell benniget, le « maillet béni » qui, autrefois, dans quelques chapelles, servait à hâter en douceur le trépas des agonisants, geste ambigu où le christianisme le plus tendre conserve une mémoire païenne de la puissance qui donne et retire la vie.

Mais c’est sa charrette qui fait de lui une présence inoubliable. Le karr an Ankou, ou karrig an Ankou lorsqu’on l’imagine plus modeste, est ce véhicule grinçant que l’on entend au cœur de la nuit. L’essieu mal graissé pousse son cri caractéristique, ce « wig ha wag » dont parlent les conteurs, et ceux qui l’entendent savent qu’il vaut mieux ne pas se montrer à la fenêtre. Le bruit ne prévient pas seulement les voisins : il désigne aussi celui dont l’âme va bientôt prendre place à l’arrière de la charrette. Sur les côtes, la roue devient barque : la bag noz, la barque de nuit, glisse entre les rochers en recueillant les anaon, les âmes des trépassés, comme un Charon armoricain.

L’un des traits les plus singuliers de l’Ankou est sa manière d’entrer en fonction

Dans de nombreux récits, ce n’est pas une entité immémoriale mais un humain qui change de statut. Le dernier mort de l’année, dans une paroisse, devient l’Ankou de cette paroisse pour l’année suivante. Douze mois durant, il va chercher les morts de chez lui, comme s’il connaissait encore personnellement ceux qu’il vient conduire de l’autre côté. Lorsque les décès sont plus nombreux qu’à l’ordinaire, on entend parfois ce commentaire fataliste : « Celui-là, c’est un Ankou méchant… »

La Bretagne a pris cette figure très au sérieux

On la retrouve sculptée sur les ossuaires, les bénitiers, les porches d’églises : à La Roche-Maurice, un Ankou squelettique, armé d’une faux, surmonte un bénitier avec cette inscription lapidaire : « Je vous tue tous. » A Ploudiry, Lannédern, Brasparts, d’autres silhouettes osseuses rappellent aux vivants ce destin commun. L’Ankou veille au cimetière, il garde les morts, mais il circule aussi dehors, sur la lande, dans les Monts d’Arrée où beaucoup le situent en résidence principale, comme s’il y avait là une concentration particulière de brume, de pierre et de silence.

Souvestre_-Les_merveilles_de_la_nuit_de_Noël

Les récits ne manquent pas pour décrire ses tournées

Anatole Le Braz, écrivain et folkloriste breton, grand collecteur des traditions de l’Armorique, raconte ces nuits où un paysan, croyant surprendre enfin la fameuse charrette, se cache dans un bouquet de noisetiers au bord du chemin. Lorsque l’Ankou s’arrête justement là pour réparer son essieu avec une branche coupée dans le fourré qui lui sert de cachette, l’imprudent survivra quelques heures, tout au plus. D’autres histoires le montrent frôlant, la nuit de Noël, les épaules de ceux qui ne verront pas l’année s’achever.

Ce qui frappe, pourtant, dans la figure de l’Ankou, c’est qu’il ne relève pas du diable

Il n’est ni tentateur ni juge. Il ne punit pas, il ne décide pas : il exécute. Il est l’ordre des choses, le rouage qui fait passer la mort de l’abstraction au concret. On le craint, bien sûr ; mais on le respecte presque autant qu’on le redoute, parce qu’il assume une tâche que personne ne souhaite occuper, et qu’il accomplit sans haine. Le lien avec la mythologie celtique affleure encore : personnage psychopompe, parfois rapproché de divinités comme Sucellos ou le Dagda, l’Ankou semble être un reste de ces dieux qui maîtrisaient les cycles de vie et de mort, reconverti en simple fonctionnaire de la finitude humaine.

Vu depuis la Bretagne d’aujourd’hui, il y a dans l’Ankou quelque chose d’étonnamment moderne. Dans un monde où la mort est souvent aseptisée, médicalisée, tenue à distance, ce personnage rappelle crûment que nous sommes tous, un jour, l’inscrit anonyme sur une liste, l’arrêt programmé d’un cœur parmi d’autres. Sa charrette grinçante, c’est le bruit de fond de notre condition, que nous faisons beaucoup d’efforts pour couvrir, mais qui finit toujours par se faire entendre.

L’Ankou, la chaîne et l’Orient

Pour un Franc-Maçon, la figure de l’Ankou peut sembler, de prime abord, bien éloignée du Temple. Elle s’en rapproche pourtant si l’on prend au sérieux ce que disent les mythes de notre rapport au passage, à la limite, à l’Orient que nous appelons « éternel ».

D’abord, l’Ankou est un serviteur. Il ne commande pas, il accomplit. Cette posture d’« ouvrier de la mort », pour reprendre l’expression bretonne, rejoint la façon dont, en loge, nous évoquons le Frère ou la Sœur « qui nous a précédés à l’Orient éternel ». Il existe, dans certains rituels, un Frère qui conduit la chaîne, qui ouvre symboliquement le passage entre le cercle des vivants et celui de celles et ceux qui ont déposé leurs outils. Le psychopompe breton et ce « conducteur » rituel ne jouent pas dans le même registre, mais ils disent la même chose : personne ne passe seul.

Ensuite, l’Ankou est « le dernier de la chaîne » avant de devenir, pour un temps, celui qui la tient.

Il est le dernier mort de l’année, celui qu’on aurait pu croire définitivement sorti du jeu, et c’est lui qui prend la charge de venir chercher les suivants. Là encore, le symbole est parlant pour l’initié : nous recevons notre lumière d’anciens qui, un jour, quitteront la colonne, et nous aurons à notre tour la responsabilité de transmettre, d’accompagner, de tenir la main de ceux qui s’avancent vers le seuil – dans leurs épreuves, leurs deuils, leurs renoncements.

La charrette de l’Ankou, enfin, ressemble à une anti-procession funèbre : pas de grand apparat, pas de discours, mais un véhicule rustique, grinçant, qui fait sa tournée quoi qu’il arrive. Cette sobriété brutale peut être entendue comme une mise en garde : à force de sublimer la mort dans les mots, nous risquons d’oublier qu’elle est d’abord un fait. Le regard maçonnique ne se complaît ni dans l’horreur ni dans le déni. Il reconnaît la nécessité du passage, il le place sous le signe de la lumière, mais il n’en gomme pas la réalité concrète.

L’Ankou breton nous rappelle, à sa manière rugueuse, qu’il existe un travail de fin de chantier : celui qui consiste à accepter que nos œuvres soient finies, nos outils reposés, nos colonnes incomplètes. C’est précisément parce que le voyage a une fin que chaque pierre posée, chaque geste fraternel, chaque parole dite en loge prend un poids particulier.

L’Ankou ou la Mort en Bretagne [Daniel Giraudon]

D’ici là, si d’aventure, au détour d’un chemin creux de Bretagne, il vous semble entendre grincer une charrette dans la nuit, souvenez-vous que les légendes parlent souvent davantage de notre peur de mourir et de notre désir de sens que de la mort elle-même. Gardons l’esprit en éveil, le cœur disponible et le pas fraternel… et retrouvons-nous dimanche prochain, pour une nouvelle légende de France ou d’ailleurs, si vous le voulez bien…

Convent de Lausanne : 150 ans d’universalisme, une voix féminine au cœur du Rite

Pour les 150 ans du Convent de Lausanne, le Suprême Conseil Féminin de France propose une relecture dense et fraternelle d’un acte fondateur du REAA, où l’universalisme se mesure à la place qu’il sait faire au féminin.

Un livre peut commémorer un texte fondateur comme on fleurit une stèle. Celui-ci choisit une autre voie. Il se tient au bord de la source, il écoute encore le bruit de l’eau, et demande ce que devient un principe lorsqu’il traverse un siècle et demi d’histoire, de combats silencieux, d’émancipations lentes et de fidélités renouvelées.

L’ouvrage s’inscrit dans l’année anniversaire du Convent de Lausanne. Mais ce qu’il propose n’est pas une simple célébration du passé. Il s’agit d’un geste plus intérieur, plus exigeant. Une invitation à relire le Convent de 1875 depuis une conscience féminine pleinement initiatique, sans rien retirer à la vocation universelle du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA).

Le féminin n’est pas convoqué comme un thème d’actualité. Il est traité comme une profondeur de champ. Une manière de mesurer la vitalité d’un universalisme qui ne serait pas proclamé mais incarné.

La préface de Catherine Quentin, Très Puissant Souverain Grand Commandeur, donne à cette entreprise sa juste tonalité. Elle ne se contente pas d’ouvrir un volume collectif. Elle ouvre une porte. La mémoire, ici, n’est pas une mécanique patrimoniale. Elle est un travail de l’esprit. Le Convent ne vaut que s’il demeure une orientation vivante. Un texte de principe qui oblige à l’examen, à l’actualisation, à la responsabilité. La tradition écossaise ne survit pas en s’arc-boutant sur elle-même. Elle se fortifie en acceptant d’être éprouvée avec la même droiture que celle qu’elle enseigne.

Ce cadre préfaciel devient d’autant plus fécond que les contributions du volume se répondent avec une cohérence discrète. L’ouvrage ne juxtapose pas des articles. Il déploie une progression où l’histoire sociale et symbolique prépare l’histoire maçonnique proprement dite, et où l’histoire maçonnique relance, en retour, une interrogation sur le présent. Ainsi naît une architecture, une colonne de sens plus qu’une simple table des matières.

Le texte de Françoise Moreillon s’inscrit dans cette logique de fondations. Il explore les regards masculins portés sur les femmes au XVIIIe siècle, mais en refusant les raccourcis trop faciles. Ce n’est ni un procès sommaire ni une galerie de préjugés rabattus en quelques formules. C’est une lecture plus fine, attentive aux oscillations d’une époque où la liberté s’invente encore pas à pas, entre curiosité savante, tensions sociales et recompositions de la pensée.

décors maçonniques

Le livre montre ainsi comment la modernité féminine ne naît pas uniquement d’un changement de statuts juridiques ou d’un retournement politique. Elle naît aussi d’une conquête de l’espace intellectuel, d’une familiarité active avec les sciences, la philosophie, la culture du débat. Cette atmosphère prépare, au moins en partie, le terrain des loges d’adoption, puis celui d’une maçonnerie féminine structurée. Elle rend plus intelligible ce que l’histoire institutionnelle, seule, expliquerait mal.

C’est ici que Viviane Henry apporte une pierre essentielle. Son approche sur « La femme dans l’histoire de la Franc-maçonnerie » inscrit le sujet dans le temps long, celui des métiers, des guildes, des confréries, des réalités sociales où les femmes ont souvent tenu une place active quoique discrète. L’auteure rappelle le rôle de la Mère dans le compagnonnage, cette présence à la fois domestique et structurante qui représente une autorité de l’accueil, de la continuité et de la transmission. La Mère n’initie pas par un rituel écrit. Elle initie par une éthique de la durée, par la patience de la maison ouverte, par la constance d’une protection quotidienne. Cette figure suggère que l’initiatique n’est pas seulement le moment où l’on reçoit un mot ou un signe. Il est aussi la lente construction d’un monde de confiance où la personne devient digne de ce qu’elle cherche.

Viviane Henry élargit ensuite le cadre en rappelant combien les salons ont constitué un autre foyer discret de cette histoire du féminin. Ils donnent à la parole des femmes une épaisseur historique et presque initiatique. La marquise de Rambouillet et d’autres grandes dames de la conversation apparaissent comme des puissances de structuration culturelle. L’art du langage y devient un art de gouverner l’esprit du temps. Il est difficile de ne pas entendre l’écho d’un apprentissage symbolique. Car qu’est-ce qu’un salon, sinon une chambre intermédiaire entre la cité et le temple, où l’on apprend à parler juste, à écouter en profondeur, à peser l’idée sans blesser la personne. Cette délicatesse formatrice ressemble à une éducation du cœur et de l’intelligence que la maçonnerie des Lumières ne pouvait qu’entendre.

À partir de là, la question des Loges d’Adoption cesse d’être une simple anecdote historique. Elle devient un passage crucial. Le livre en montre bien l’ambivalence. Les loges d’Adoption furent, pour une part, une forme d’ouverture. Elles permirent à des femmes d’approcher un univers initiatique longtemps réservé aux hommes. Mais elles portèrent aussi les marques d’un siècle encore prisonnier de ses hiérarchies de genre. Le féminin y est parfois valorisé par des qualités morales ou sociales attendues. L’histoire avance souvent par des formes imparfaites. Une première porte n’est pas encore une maison entière, mais sans cette première porte rien ne s’édifie.

Les pages consacrées à James Anderson et au chevalier de Ramsay donnent une densité supplémentaire à ce débat. L’ouvrage confronte les textes et les mentalités, mesure ce qu’ils autorisent et ce qu’ils verrouillent. La non-mixité apparaît moins comme une essence intangible que comme une photographie culturelle d’un moment. Une tradition peut être authentique sans être immobile. L’ordre initiatique ne peut demeurer fidèle à sa vocation d’humanisation qu’en reconnaissant ce que le temps rend progressivement plus visible.

Probable Caricature de Ramsay par Pier Leone Ghezzi

Le chapitre historique de Bernadette Dorfiac sur le Convent de Lausanne vient alors occuper naturellement le centre du volume. Le Convent est rappelé dans son ambition première. Unifier sans effacer. Harmoniser sans appauvrir. Fonder un langage commun à des suprêmes conseils issus d’histoires diverses. Cette architecture politique et doctrinale pourrait sembler éloignée de la question féminine. Elle ne l’est pas. Car l’enjeu réel est celui de l’universalisme. Si le Convent incarne un geste d’unité, il devient un laboratoire idéal pour interroger la manière dont l’unité sait accueillir et reconnaître des expressions différentes d’une même quête.

Monique Rigal, en présentant l’Alliance des Suprêmes Conseils Féminins Écossais (ASCFE), illustre cette maturation. L’Alliance n’est pas seulement un fait organisationnel. Elle représente une consolidation symbolique de la présence féminine au sein du monde écossais. Une manière de dire que la lumière du Rite est une lumière de relation. Elle croît par l’accord des consciences, par la reconnaissance mutuelle, par cette fraternité au sens large, capable d’embrasser le féminin sans le réduire à une exception.

Évelyne Grimal-Richard approfondit cette dimension avec ses réflexions sur l’universalisme au Convent. Son regard refuse deux pièges symétriques. Celui d’un universalisme abstrait, qui proclamerait l’unité sans se confronter aux réalités humaines. Et celui d’un particularisme frileux, qui ferait de la différence un prétexte à la séparation. L’universalisme écossais, tel qu’elle le relit, apparaît comme une discipline exigeante. Il oblige à un travail intérieur. Il demande d’habiter l’unité comme une tension créatrice, pas comme une uniformité.

Enfin, la contribution d’Anne-Marie Escoffier, présentée simplement comme femme politique, apporte au volume une ouverture sur le temps présent. Son texte relie les principes initiatiques aux défis civiques contemporains. Le Rite Écossais Ancien et Accepté ne se vit pas contre le siècle, mais en responsabilité à l’intérieur du siècle. Le féminin est alors perçu comme une force de régénération, non comme une correction cosmétique de l’histoire maçonnique, mais comme un élargissement de la conscience initiatique, une manière de redonner à l’idéal humaniste sa pleine amplitude.

Ce livre réussit ainsi un mouvement subtil. Il part des formes sociales du féminin, métiers, salons, figures d’autorité discrète, et les conduit vers les formes initiatiques structurées, jusqu’au grand texte fédérateur du Convent. Ce trajet n’est pas seulement historique. Il est symbolique. Il fait sentir que l’initiation des femmes au sein de la famille écossaise n’est pas un ajout tardif. Elle est une maturation d’un principe plus ancien, qui demandait à être mieux entendu.

L’objet lui-même participe d’une pédagogie d’ensemble. La clarté de la mise en page, la présence d’iconographies, la sobriété des transitions donnent au lecteur l’impression d’un ouvrage maîtrisé, conçu pour transmettre plutôt que pour impressionner. On peut l’emporter comme on emporte un outil de chantier. Il n’est pas un monument. Il est un instrument.

Au terme de la lecture, une impression demeure. Ce volume ne cherche pas à opposer un féminin contre un masculin. Il cherche la phrase plus vaste où les deux deviennent intelligibles dans une même grammaire de sens. C’est peut-être là la plus belle fidélité à Lausanne. Car un Convent n’est pas seulement un lieu où l’on rédige une constitution. C’est un moment où l’on décide que le Rite doit être assez vaste pour porter l’humain entier.

Et c’est précisément ce que cette déclinaison au féminin réussit à rappeler, sans bruit inutile, sans posture, avec la force tranquille de celles qui savent que l’universel ne se réclame pas. Il se prouve. Par le travail, par la mémoire active, par la loyauté à l’esprit plutôt qu’à la lettre, et par cette manière très écossaise de faire du passé non pas une cage, mais un feu transmissible.

Ce livre ne demande pas qu’on ajoute le féminin au REAA comme un chapitre tardif. Il suggère, plus radicalement, que l’universel n’est crédible que lorsqu’il devient habitable par toutes celles et tous ceux qui cherchent la même lumière.

L’esprit du Convent de Lausanne, déclinaison au féminin

Suprême conseil féminin de France

Éditions Numérilivre, 2025, 116 pages, 20 € – ISBN : 978-2-36632-355-9

L’éditeur, le site

Marie Curie reçoit des fonds bien nécessaires de la Loge de Franc-maçonnes de Bridlington

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De notre confrère anglais bridlingtonecho.co.uk

Dans une démonstration touchante d’esprit communautaire et de générosité caritative, les membres de la Loge St. Mary’s Priory de Bridlington se sont réunies pour une rencontre informelle autour d’un café afin de remettre un chèque de 1 200 £ à Mme Eileen Johnston, représentant la branche locale de Marie Curie Care. Cette donation généreuse, collectée au cours des 12 derniers mois grâce à une série d’événements sociaux engageants organisés par les dames de l’Ordre des Femmes Francs-Maçons, souligne l’engagement continu des groupes locaux à soutenir les services essentiels de soins en fin de vie dans la région.

Les fonds ont été recueillis via diverses activités orientées vers la communauté, notamment un café matinal festif de Noël, une soirée intrigante dédiée à la voyance, une soirée animée de musique irlandaise interprétée par les musiciens locaux « The Shenanigans », et un café matinal vibrant d’été.

Ces événements n’ont pas seulement servi d’opportunités de collecte de fonds, mais ont également favorisé des liens sociaux entre les participants, en accord avec les valeurs fondamentales de camaraderie et de service qui définissent la franc-maçonnerie féminine.

Marie Curie, la principale association caritative britannique pour les soins en fin de vie, fournit des soins experts et un soutien aux personnes atteintes de maladies terminales depuis plus de 75 ans. Fondée en 1948 et nommée d’après la scientifique pionnière Marie Skłodowska-Curie, l’organisation propose une gamme de services incluant des soins infirmiers à domicile (comme un soutien nocturne), des soins en hospice, et un accompagnement émotionnel via sa ligne de soutien et ses ressources en ligne.

La vue de Bridlington, East Riding of Yorkshire, Angleterre, depuis les portes du quai.

Dans le Yorkshire, où se trouve Bridlington, Marie Curie gère des groupes de collecte de fonds locaux qui aident à délivrer des soins personnalisés aux familles confrontées à une maladie terminale, garantissant que personne ne meure sans le soutien nécessaire, quelle que soit sa condition ou son emplacement. Des donations comme ce chèque de 1 200 £ peuvent faire une différence tangible ; par exemple, seulement 23 £ financent une heure de soins infirmiers spécialisés, tandis que des montants plus importants permettent un soutien nocturne prolongé pour les patients et leurs proches. Dans la région de Bridlington, de tels fonds aident à maintenir des initiatives communautaires, permettant à l’association d’atteindre plus d’individus pendant des périodes critiques, y compris les fêtes comme Noël où l’isolement peut être particulièrement aigu.

L’Ordre des Femmes Francs-maçons, l’organisation derrière la Loge de Bridlington, est le plus ancien et le plus grand corps maçonnique féminin au Royaume-Uni, établi en 1908. Avec environ 4 000 membres répartis dans plus de 200 loges à travers le pays et à l’étranger, il reflète la structure et les principes de la franc-maçonnerie traditionnelle tout en mettant l’accent sur l’autonomisation, la tolérance et les œuvres caritatives. Les valeurs centrales telles que l’Intégrité, l’Amitié, le Respect et le Service guident ses membres, qui doivent être des femmes de plus de 21 ans, de bonne moralité et croyantes en un Être Suprême, indépendamment de leur race ou de leur foi.

La Loge St. Mary’s Priory de Bridlington illustre cet ethos par son implication active dans la philanthropie locale, en organisant des événements qui non seulement collectent des fonds, mais favorisent également la croissance personnelle et les liens communautaires.

La Maîtresse de Loge pour l’année, Jane Farrant, a joué un rôle pivotal dans ces efforts et a personnellement collecté un montant supplémentaire de 1 200 £, qui sera dirigé vers d’autres œuvres caritatives maçonniques. Cette double orientation met en lumière la mission philanthropique plus large de l’Ordre, qui a une histoire de contributions significatives ; par exemple, en mars 2025, le Grand Fonds Caritatif a donné 25 000 £ à la Royal British Legion et 25 000 £ supplémentaires aux banques alimentaires de l’Armée du Salut. Des actes de générosité similaires de la part de groupes francs-maçons ne sont pas rares – récemment, les Francs-Maçons du Warwickshire ont donné 4 500 £ à un hospice Marie Curie, aidant aux services essentiels de soins et de soutien.

Cette donation arrive à un moment crucial pour Marie Curie, qui dépend fortement des collectes de fonds communautaires pour combler les lacunes dans les soins en fin de vie au Royaume-Uni. Avec une demande croissante due au vieillissement de la population et aux besoins croissants en santé, les contributions de groupes comme la Loge des Femmes Francs-Maçons de Bridlington garantissent que un soutien expert et compassionnel reste accessible. Comme l’a noté un rapport local, ces fonds fournissent un « coup de pouce financier majeur » au groupe Marie Curie de Bridlington, leur permettant de poursuivre leur travail essentiel.

Des événements comme ceux-ci non seulement bénéficient à des causes dignes, mais renforcent également les liens communautaires à Bridlington, une ville côtière connue pour ses organisations locales dynamiques. En mélangeant plaisir social et don significatif, l’Ordre des Femmes Francs-Maçons démontre comment les efforts de base peuvent créer un impact durable. Pour ceux qui souhaitent soutenir Marie Curie ou en apprendre davantage sur la Franc-maçonnerie féminine, il est recommandé de visiter leurs sites web respectifs ou d’assister à des événements locaux.

Un post-it vert

Ou comment Hermès a gravé l’univers sur un post‑it vert

Avant‑hier, entre deux cafés et trois soupirs, je suis tombé sur une pépite : la fameuse Table d’Émeraude. Ce petit texte, aussi bref qu’un tweet, mais aussi dense qu’un traité de physique quantique, prétend contenir le secret du Grand Œuvre alchimique. Rien que ça.

Planche représentant une version latine de la Table d’émeraude gravée sur un rocher dans une édition de l’Amphitheatrum Sapientiae Eternae (1610) de l’alchimiste allemand Heinrich Khunrath.

On raconte qu’elle fut gravée par Hermès Trismégiste, alias Thot, alias le scribe des dieux, alias l’homme qui aurait inventé les pyramides entre deux parties de go. Retrouvée dans son tombeau, sur une tablette d’émeraude, ce qui prouve au moins qu’il avait du goût.

  1. Hermès, Thot et les autres

Hermès, c’est le dieu du Verbe, du mystère, du courrier express entre les mondes. Les néo‑platoniciens l’ont sacré “trois fois grand” : roi, prêtre et législateur. Bref, un multitâche avant l’heure. Il incarne à la fois l’homme, la caste et le dieu. Un peu comme si Platon, Moïse et Mercure avaient fusionné en un seul être, coiffé d’un casque ailé.

La Table a voyagé : grecque, traduite en syriaque, puis en arabe, avant d’atterrir en Occident au XIIe siècle. Albert le Grand, ce bon vieux dominicain, l’a propagée comme on distribue des tracts ésotériques. À Cordoue, on savait lire les étoiles autant que les grimoires.

Le texte sacré (ou presque)

Voici ce que le prêtre Sagijus aurait dicté à Balinus, dans une chambre sacrée, face à un vieillard assis sur un trône d’or. L’homme tenait une tablette d’émeraude, et dessus était gravé, comme un tweet sacré :

« L’en haut est comme l’en bas et l’en bas est comme l’en haut, l’œuvre du miracle de l’unique.
Et les choses sont émanées de cette substance primordiale par un acte unique.
Combien merveilleuse est cette œuvre ! C’est le principe majeur du monde et son conservateur.
Son père est le soleil et sa mère la lune, le vent la portée dans son sein et la terre l’a nourri.
Le père du talisman et le protecteur des miracles dont les pouvoirs sont parfaits et dont les lumières sont conformes.
Un feu qui vient de la terre.
Sépare la terre du feu et tu atteindras le subtil encore plus inhérent que le grossier, avec soin et sagacité.
Il s’élève de la terre jusqu’aux cieux, afin de tirer les lumières à lui et les descendre jusqu’à la terre ; ainsi en son sein sont les forces de l’en haut et de l’en bas : du fait de la lumière des lumières en son sein, ainsi les ténèbres s’enfuient à son approche.
La force des forces, qui vainc toute chose subtile et pénètre dans toute chose grossière.
»

Très bien. Mais alors, où commence le bas ? Est‑ce le plancher des vaches ou le fond du fond ? Et le haut, est‑ce le ciel étoilé ou le plafond du Temple ?

Si l’on suit cette logique, le sommet du crâne devrait refléter la plante des pieds. Ce qui expliquerait pourquoi certains marchent sur la tête et pensent avec leurs chaussures.

Le philosophe s’interroge : si le haut descend et que le bas monte, à quel moment faut‑il s’inquiéter ? Et le franc‑maçon, pince‑sans‑rire, ajoute : “Tout dépend du niveau… et du fil à plomb.

Science et sagesse : même combat ?

Démocrite (1705), par Giuseppe Torretti. Portego, Ca’ Rezzonico, Venise

La science moderne, avec ses chambres à bulles et ses rayons cosmiques, nous dit que l’infiniment petit ressemble à l’infiniment grand. Louis Alvarez, prix Nobel, aurait pu être alchimiste s’il avait porté une robe et parlé en métaphores.

Les Orientaux, eux, ont résumé tout cela en deux mots : Yin et Yang. Les contraires s’attirent, se complètent, se chamaillent. Comme Parménide et Démocrite.

Parménide dit : “Seul l’être est.

Démocrite répond : “Oui, mais il est fait d’atomes qui tourbillonnent dans le vide.

Et voilà comment l’ontologie devient mécanique, et le néant, un terrain de jeu pour particules.

Égypte, pyramides et autres mystères

Pyramides de Gizeh - Egypte
Pyramides de Gizeh – Egypte. Désert – Chameau.

Le Sphinx, ce grand silencieux, aurait été construit bien avant les pyramides. Amenhotep le dit, Mariette le confirme, Pline l’Ancien le soupçonne. Et pourtant, on continue à le dater comme un monument de la IVe dynastie, parce que cela rassure les manuels scolaires.

La grande pyramide, elle, est censée être le tombeau de Khéops. Mais aucune momie, aucun rite funéraire, aucune statue digne de ce nom. Juste un sarcophage trop grand pour passer par la porte. Comme si les bâtisseurs avaient oublié le mètre ruban.

Certains pensent que les Égyptiens ont été aidés par des rescapés du Déluge. D’autres disent que Thot lui‑même a dirigé le chantier. En tout cas, il avait le compas dans l’œil.

  1. Civilisations englouties et objets impossibles

Un fil d’or dans une roche écossaise, un calice en argent dans du granit, une vis en fer dans une mine du Nevada…
Soit les anciens avaient des perceuses Bosch, soit notre chronologie a besoin d’un bon coup de burin
Et que dire du Zodiaque de Dendérah, daté de 9792 avant J.‑C., ou de l’ordinateur d’Anticythère, remonté d’une épave grecque ? Ce mécanisme modélisait les planètes, les éclipses, les cycles lunaires… bien avant que l’Europe ne découvre que la Terre n’était pas plate.

Démocrite, encore lui, enseignait que les étoiles sont des soleils et que la Terre flotte dans l’espace. Pendant ce temps, nos ancêtres grattaient des parchemins en expliquant que les étoiles étaient des trous dans le ciel.

  1. Dialogue sur une terrasse entre Thot et Champollion
Jean-François Champollion.*oil on canvas.

Le soleil tape doucement sur les coupoles du vieux Caire. Dans le souk, les étoffes ondulent comme des pensées. À la terrasse d’un café, deux hommes discutent. L’un porte une coiffe ibis et un sceptre‑lotus, l’autre un gilet de velours et des lunettes rondes.

Champollion :

Alors, cette fameuse Table… Vous l’avez vraiment gravée vous‑même, sur une émeraude ?

Thot (sirotant un karkadé, appelé aussi hibiscus, est une infusion de couleur rouge clair) :

Je l’ai dictée. Le support importe peu. Émeraude, papyrus, disque dur… Ce qui compte, c’est le Verbe.

Champollion :

Et ce Verbe commence par : “Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.”

Très poétique. Mais un peu flou, non ? Où commence le bas ? Et le haut, c’est avant ou après le café ?

Thot :

Le haut, c’est l’idée. Le bas, c’est la matière. Entre les deux, il y a l’homme, qui cherche à relier.

Mais attention : certains confondent le haut avec le sommet de leur ego, et le bas avec le fond de leur portefeuille.

Champollion :

Et d’autres marchent sur la tête et pensent avec leurs chaussures.

Je traduis des hiéroglyphes depuis vingt ans, et je peux te dire que le sens est souvent inversé.

Thot :

Tu vois, tu es alchimiste sans le savoir.

La Table ne donne pas des réponses, elle pose des miroirs.

Champollion :

Un, peut‑être. Mais les pyramides, elles, sont bien Trois.

Tu es sûr que ce n’est pas un ancien centre de données ?

Thot :

Disons que c’était un lieu de passage.

Entre le haut et le bas.

Entre l’oubli et la mémoire.

Et entre deux civilisations qui ne se sont jamais croisées… sauf dans les rêves.

Champollion :

Et le Sphinx ?

Il regarde l’Est depuis des millénaires, mais personne ne sait ce qu’il pense.

Thot :

Il pense que les hommes aiment les énigmes, mais détestent les réponses.

Il pense que le temps est une spirale, pas une ligne.

Champollion :

Tu parles comme Parménide.

Mais Démocrite dirait : “Tout est atomes et vide.

  1. Conclusion

… Et dans ce silence, parfois, une voix fraternelle qui murmure :

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas… mais ce qui est en toi, c’est ce qui relie les deux.

Et moi, je dis :

Tout est signes et silences ; l’homme est la grammaire qui relie le haut et le bas.

Qui sont les « anti-crèches » qui s’indignent pour des santons dans une mairie ?

Fortement inspiré par l’article de notre confrère nlto.fr

Lien historique avec la Franc-maçonnerie

En décembre 2025, une nouvelle controverse agite le débat public en France autour de la laïcité : l’installation de trois santons provençaux dans une mairie provoque l’indignation de groupes militants qualifiés d’ « anti-crèches ». Ces organisations, qui voient dans ces figurines traditionnelles un symbole religieux menaçant la neutralité républicaine, relancent un rituel annuel de recours administratifs et de communiqués virulents.

Cet épisode, rapporté dans un article satirique publié le 4 décembre 2025, met en lumière des associations comme la Fédération nationale de la Libre Pensée, la Ligue des droits de l’Homme et le Grand Orient de France, toutes impliquées dans la défense d’une laïcité stricte. Mais au-delà de cette affaire locale, ces groupes entretiennent des liens étroits avec la Franc-maçonnerie, une institution historique qui a joué un rôle pivotal dans la promotion de la laïcité en France. Cet article explore les faits, les arguments et le contexte historique, en s’appuyant sur des sources documentées.

La controverse des santons : un rituel annuel de la laïcité militante

Chaque année, à l’approche de Noël, des municipalités françaises installent des crèches ou des santons dans leurs halls d’accueil, souvent présentés comme des éléments culturels patrimoniaux plutôt que religieux. En 2025, l’attention se porte sur une mairie où trois simples santons – des figurines en argile représentant des personnages provençaux – déclenchent une vague d’indignation. Les militants « anti-crèches » qualifient cette décoration d’« attentat décoratif contre la République », un « cheval de Troie religieux » et un « oxymore culturel » qui viole la neutralité des espaces publics.

Selon ces groupes, même une crèche dite « culturelle » porte un message confessionnel codé, transformant un bébé en plastique, un bœuf et un âne en symboles d’une menace théocratique.

Cette affaire n’est pas isolée. En 2024, à Beaucaire (Gard), une crèche provençale installée par un maire du Rassemblement national a été contestée devant le tribunal administratif de Nîmes, qui a ordonné son retrait sous 48 heures, arguant d’une violation de la laïcité.

De même, à Fréjus, la ville installe annuellement des santons sans être inquiétée, mais ces cas illustrent une application variable du droit : le Conseil d’État autorise les crèches si elles ont un caractère culturel, festif ou artistique, sans prosélytisme religieux manifeste.

Pourtant, les militants persistent, engorgeant les tribunaux avec des recours sur des détails symboliques, au détriment d’affaires plus urgentes.

Les organisations impliquées : des minorités agissantes

Les principaux acteurs de ces campagnes sont des associations laïques militantes, souvent subventionnées par l’État. La Fédération nationale de la Libre Pensée*, fondée en 1892, est en première ligne. Elle défend une laïcité « intégrale et mène des actions contre toute présence religieuse dans les espaces publics, y compris les crèches municipales.

* Un lecteur nous demande de préciser que ce mouvement ne reçoit aucune subvention d’aucune provenance.

Avec quelques milliers d’adhérents, elle se positionne comme un rempart contre le cléricalisme, mais est critiquée pour son approche « sourcilleuse » qui impose une vision minoritaire au grand public.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), créée en 1898 lors de l’affaire Dreyfus, rejoint souvent ces combats. En 2024, elle a reçu 719 000 euros de subventions publiques et soutient les recours contre les crèches, arguant qu’elles entravent la liberté en favorisant un culte spécifique. Enfin, le Grand Orient de France (GODF), la plus grande obédience maçonnique française, est explicitement associé à ces mouvements. Issu de la Franc-maçonnerie, il promeut une laïcité absolue et participe à des actions contre les symboles religieux publics.

Ces groupes, décrits comme une « poignée d’organisations hyper-militantes », se rêvent en gardiens de la République mais sont accusés d’autoritarisme : ils protègent le peuple « contre lui-même », en interdisant des traditions populaires comme les marchés de Noël ou les sapins décorés.

Les arguments : une laïcité rigide contre le patrimoine culturel

Les « anti-crèches » s’appuient sur la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État, qui garantit la neutralité des pouvoirs publics. Selon l’article 28 de cette loi, « il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte ». Pour eux, les santons, même provençaux et folkloriques, représentent la Nativité chrétienne et constituent un prosélytisme déguisé. Ils craignent un « coup d’État liturgique » ou une « théocratie provençale », transformant des figurines inoffensives en « armes de destruction massive » symboliques.

Laurent Wauquiez en 2021

Cependant, des jurisprudences nuancent cela : en 2017, Laurent Wauquiez a installé cinq crèches au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes sous couvert d’une exposition sur l’art des santons, contournant l’interdiction. Le Conseil d’État, en 2016, a précisé que les crèches peuvent être tolérées si elles n’ont pas de visée religieuse explicite. Malgré cela, les militants persistent, voyant dans ces tolérances une dérive.

Le lien avec la Franc-maçonnerie : un héritage anti-clérical

Le rôle de la Franc-maçonnerie dans ces controverses n’est pas anecdotique. Le Grand Orient de France, fondé en 1773, est une obédience maçonnique qui, sous la Troisième République (1870-1940), s’est impliquée dans la vie politique pour promouvoir la laïcité et combattre l’influence de l’Église catholique. Les francs-maçons ont été constitutifs de l’armature républicaine, soutenant les lois sur l’éducation laïque et la séparation des Églises et de l’État en 1905.

Les liens avec la Libre Pensée sont « forts et ambigus » : dans l’esprit public, ces deux mouvements sont souvent assimilés, partageant un combat contre le dogmatisme religieux. La Libre Pensée agit de manière conséquente pour défendre la loi de 1905, et reçoit le soutien de la LDH, elle-même influencée par des idéaux maçonniques. Historiquement, la Franc-maçonnerie française, hostile à toute position dogmatique, a combattu pour la liberté absolue de conscience, incluant une laïcité qui exclut les symboles religieux des espaces publics.

En Méditerranée orientale au XIXe siècle, les loges maçonniques latines (française, italienne, espagnole) ont même promu une éducation laïque anti-religieuse. Aujourd’hui, cette tradition se perpétue dans les luttes contre les crèches, où le GODF et ses alliés voient une défense des valeurs républicaines contre toute ingérence cléricale. La LDH, fondée en partie sur des principes maçonniques, intègre l’athéisme et la laïcité comme piliers, aux côtés de la Libre Pensée.

Contexte historique et perspectives

La laïcité française, issue des Lumières et de la Révolution de 1789, a été renforcée par la Franc-maçonnerie lors de la querelle scolaire et anti-cléricale du XIXe siècle. Sous la Troisième République, les maçons ont influencé les politiques éducatives et sociales, promouvant une société sécularisée. Ces combats se retrouvent aujourd’hui dans des régions comme la Corse, où l’identité insulaire défie parfois la laïcité continentale, avec des crèches installées malgré les controverses. Des critiques soulignent cependant une dérive : dans un pays où l’on soupçonne un santon de menace politique, la joie des fêtes est éclipsée par des débats stériles.

La Franc-maçonnerie, autrefois force progressiste, est parfois accusée d’imposer une vision totalitaire sous couvert de neutralité.

En conclusion, l’indignation autour de trois santons illustre un clivage persistant entre tradition culturelle et laïcité militante. Les liens avec la Franc-maçonnerie, via le GODF et ses alliés, rappellent un héritage anti-religieux ancré dans l’histoire républicaine.

Si ces groupes défendent une liberté absolue, ils interrogent aussi sur la tolérance envers les coutumes populaires dans une France diverse.

La Franc-maçonnerie en 2026 : moins de conférences, plus de culture et d’after works

À Paris comme en province, la conférence publique maçonnique ressemble trop souvent à un rituel de communication qui s’épuise à force d’être rejoué à l’identique. L’intention est respectable, mais l’effet s’émousse, d’autant que la sociologie locale impose une discrétion que ces formats ignorent superbement.

Une assemblée studieuse écoute un conférencier
Le conférencier montre le tableau blanc devant une assemblée

À l’heure où la Franc-maçonnerie française a globalement retrouvé, toutes obédiences confondues, ses effectifs d’avant le Covid, autour de 175 000 membres, continuer à faire “comme avant” n’est plus un signe de stabilité, mais déjà une forme de régression.

Si elle veut parler au monde de 2026, elle doit changer de tempo, de scène et de langage, en misant sur la culture, les after works, les partenariats et des expériences ouvertes où l’on peut approcher sans s’exposer.

Il faut le dire sans agressivité mais avec lucidité : la conférence publique maçonnique classique, surtout en province, tourne de plus en plus à la liturgie d’autosatisfaction

Un dignitaire, un titre rassurant, un lieu institutionnel, une heure de discours bien tenu, quelques questions polies, et l’on se félicite d’avoir “ouvert” l’Obédience à la cité. En réalité, nous rejouons la même pièce devant le même type de public, avec des outils de la fin du XXᵉ siècle pour un monde qui vit déjà au rythme de la prochaine notification.

Toutes obédiences confondues, le scénario est devenu terriblement prévisible : conférences « exceptionnelles » pour fêter les 80 ans de ci, les 300 ans de là, les 40 ans, les 50 ans, les 10 ans…

Et, surtout, cette déclinaison infinie des mêmes intitulés génériques, qui finissent par sonner comme une comptine institutionnelle :
« Entrer en Franc-Maçonnerie en 2026 »,
« Devenir franc-maçon en 2026 »,
« Devenir Franc-maçon de la … en 2026 : des valeurs pour l’avenir »,
Tralalitralala, et l’on pourrait presque ajouter : « même heure, même salle, même discours, revenez l’an prochain. »
Ces titres, censés rassurer, finissent par sonner comme des slogans interchangeables. Tout est poli, rassurant, convenu. Rien ne mord, rien ne surprend, rien ne donne vraiment envie de franchir un seuil intérieur.

Pendant ce temps, la réalité de terrain est plus rude. Oui, la Franc-maçonnerie française a retrouvé ses chiffres d’avant-Covid

Mais ne pas avancer, c’est déjà reculer. Cet apparent retour à l’équilibre masque un phénomène que chacun connaît : un énorme turnover dans les deux premières années, des Frères et des Sœurs qui partent aussi vite qu’ils sont venus, déçus par l’écart entre le discours lyrique sur les “valeurs” et la pratique concrète des loges. À quoi bon empiler les conférences d’introduction si nous ne soignons pas les premières marches du parcours initiatique ?

Dans les petites villes, la sociologie locale ajoute une difficulté supplémentaire. Venir à une conférence maçonnique, ce n’est pas se fondre dans une foule anonyme, c’est être vu, reconnu, commenté. Le coût social de la curiosité est élevé. Nous faisons comme si ces territoires fonctionnaient comme un quartier parisien, alors qu’ils obéissent à une autre grammaire : celle des réputations, des rumeurs, des appartenances visibles. Les formats institutionnels ne prennent pas assez en compte cette psychologie des lieux.

L’époque, elle, a changé

Tv,Interview, journaliste, gilet jaune
une interview de rue, journaliste micros tendus

Le public d’aujourd’hui ne veut plus seulement entendre ce que la Franc-maçonnerie dit qu’elle est. Il veut sentir ce qu’elle fait, ce qu’elle ose, ce qu’elle transforme. Une conférence généraliste sur “les valeurs” ressemble de plus en plus à une plaquette orale. L’initiation, elle, commence par un frisson d’intelligence, par une émotion de sens, pas par un discours d’autopromotion, même bienveillant.

C’est là qu’une autre voie, culturelle, apparaît avec force

Musée de la FM - GODF

Le musée de la Franc-maçonnerie, au 16 rue Cadet à Paris (9ᵉ), installé au siège du Grand Orient de France, bénéficie depuis 2003 de l’appellation officielle « Musée de France » délivrée par le ministère de la Culture. Labellisé ainsi, il inscrit la Franc-Maçonnerie dans le patrimoine national au même titre que les autres grandes institutions culturelles : là, elle ne se justifie plus, elle se donne à voir comme un fait historique, artistique et intellectuel à part entière.

Là, elle ne se justifie pas : elle se donne à voir comme un fait historique, artistique, intellectuel. Elle sort du fantasme pour entrer dans la culture. Surtout, le visiteur y entre librement, sans s’exposer socialement, sans “se montrer” : il vient voir un musée, point. C’est une première rencontre à bas bruit, discrète, respectueuse des pudeurs locales.

Ce modèle peut inspirer une refonte des pratiques publiques

Plutôt que d’aligner des soirées “Devenir Franc-maçon en 2026”, pourquoi ne pas multiplier :

  • des after works, formats souples, conviviaux, où l’on échange vraiment, en petit nombre, sans tribune et sans liturgie ;
  • des soirées autour d’un livre, d’un auteur, d’un moment d’histoire locale, qui permettent d’aborder la Franc-Maçonnerie par la culture, l’art, la mémoire ;
  • des mini-expositions dans des médiathèques, des maisons de quartier, des lieux patrimoniaux ;
  • des rencontres croisées avec des musiciens, des historiens, des artisans d’art, des acteurs associatifs ;
  • des partenariats avec les institutions culturelles de la ville, où la maçonnerie se dévoile comme une composante parmi d’autres du paysage intellectuel.

Dans ce cadre, la Franc-Maçonnerie n’apparaît plus comme un bloc identitaire à défendre, mais comme un ferment : une manière de travailler le réel, de penser la parole, de tisser du lien.

Encore faut-il, là aussi, oser des thèmes qui prennent le monde à bras-le-corps

Remplaçons les intitulés paresseux par des angles qui interrogent la vie de chacun :

  • liberté de conscience face aux crispations identitaires ;
  • comment vivre le désaccord sans violence ;
  • jeunesse, quête de sens et transmission ;
  • éthique de la parole à l’ère des réseaux ;
  • solitude contemporaine et fraternité réelle.
Laïcité, point ! – Avant-propos inédit

Sur ces terrains, la Franc-maçonnerie peut parler avec crédibilité, en racontant ses pratiques : le temps de parole en loge, la lenteur assumée de la délibération, l’apprentissage du silence, la fraternité comme discipline et non comme slogan.

Reste un point décisif : la façon dont nous présentons la démarche elle-même. Tant que nos conférences ressembleront à des promesses commerciales déguisées en exposés de valeurs, le malentendu perdurera. Il est temps de dire clairement que la voie maçonnique demande du temps, du travail, de la constance ; qu’elle n’est ni un club de réseautage, ni un produit de développement personnel, mais un chemin exigeant. C’est cette vérité-là qui fidélise, bien plus que les titres ronflants.


La tradition n’a rien à craindre de la modernité quand elle accepte de changer d’écrin.

À l’heure des territoires sensibles et des curiosités pressées, il ne s’agit plus d’expliquer la Franc-maçonnerie comme un concept, mais de la faire rencontrer comme une culture vivante. Tant que nous multiplierons les conférences génériques pour célébrer nos anniversaires et répéter les mêmes slogans sur “devenir franc-maçon en 2026”, la parole publique restera une belle porte… qui ouvre sur la même pièce.

Moins de vitrines, plus de culture, plus d’after works, plus de lieux où l’on peut approcher sans s’exposer : c’est à ce prix que la Franc-Maçonnerie pourra, réellement, entrer dans le troisième millénaire.

La Franc-maçonnerie face au métavers : loges virtuelles et fraternité numérique

La Franc-maçonnerie, héritière de traditions pluriséculaires et pourtant toujours convoquée à penser le temps présent, se trouve désormais placée devant un nouveau chantier : celui du métavers. Là où hier l’Atelier se rassemblait à l’ombre des colonnes d’un Temple de pierre, se dessinent aujourd’hui des espaces immersifs, en trois dimensions, où des avatars se rencontrent sous la voûte numérique d’un ciel artificiel.

Sous le terme de « métavers », popularisé par les grandes plateformes numériques, se regroupent des mondes virtuels persistants, accessibles au moyen de casques de réalité virtuelle, augmentée ou mixte, dans lesquels les utilisateurs incarnent des doubles numériques – leurs avatars – pour interagir, travailler, se divertir… ou, potentiellement, tenir des réunions maçonniques.

Dans ce contexte, l’idée de loges virtuelles surgit presque naturellement : si nous pouvons déjà nous réunir en visioconférence, pourquoi ne pas franchir un pas supplémentaire, et déplacer la tenue dans un Temple reconstruit en 3D, avec décors, colonnes, tapis de loge et plateau du Vénérable Maître reconstitués avec une fidélité impressionnante ?

La crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 a agi comme un accélérateur. Là où, autrefois, l’idée même d’une tenue en ligne aurait paru sacrilège, beaucoup d’Ateliers ont découvert les vertus mais aussi les limites des outils de visioconférence. Cette expérience a ouvert un champ de réflexion : que peut apporter, mais aussi que peut risquer un métavers maçonnique ? Comment articuler cette « profanation numérique » apparente avec les valeurs fondatrices de la Franc-maçonnerie – la tolérance, le progrès, la fraternité vécue dans le cadre d’une démarche initiatique ?

L’enjeu n’est pas seulement technique ; il est profondément spirituel et anthropologique. Il s’agit de savoir si la Franc-maçonnerie peut habiter ces nouveaux espaces sans se renier, et comment elle pourrait y transposer, ou non, l’expérience de la loge.

Les potentialités : une fraternité augmentée et une pédagogie renouvelée

Le métavers, pris au sérieux et non comme simple gadget, offre des possibilités réelles pour la vie maçonnique. D’abord, il ouvre la voie à une fraternité élargie, potentiellement planétaire. Là où les distances, les coûts, l’âge ou les contraintes de santé limitent parfois la participation aux tenues, des loges virtuelles pourraient rassembler des Frères et des Sœurs dispersés sur plusieurs continents, dans un même Temple numérique.

Imaginons une tenue au cours de laquelle un Maître maçon d’Amérique latine, un Compagnon d’Afrique francophone, une Sœur d’Europe centrale et un Frère d’Asie se retrouvent, dans un même espace immersif, capables de se voir comme avatars, de circuler, de prendre la parole à l’Orient, de se recueillir en silence au pied de l’Autel. Des systèmes de traduction automatique, pilotés par l’intelligence artificielle, rendraient les échanges fluides, permettant à chaque intervenant de s’exprimer dans sa langue, tandis que les autres l’écouteraient dans la leur.

Cette fraternité augmentée donnerait à la Chaîne d’Union une dimension littéralement mondiale. La tolérance, principe vivant de la Franc-maçonnerie, y trouverait un terrain d’expérimentation privilégié : diversité de cultures, de rites, de sensibilités spirituelles, le tout articulé dans un espace commun, à la fois symbolique et numérique.

Le métavers pourrait également devenir un extraordinaire outil pédagogique. Des « académies maçonniques » virtuelles, administrées par des Frères et des Sœurs expérimentés, pourraient proposer des parcours de formation initiatique, historique, symbolique. L’intelligence artificielle (IA) y jouerait un rôle de soutien :

  • accompagnement personnalisé des lectures,
  • simulation d’anciens chantiers opératifs,
  • visualisation des grandes cathédrales ou des temples antiques,
  • reconstitution d’épisodes historiques de la Maçonnerie.
e-commerce, internet, achat en ligne
Achat virtuel

Là où, aujourd’hui, l’Apprenti doit se contenter de schémas, de photos ou de descriptions, il pourrait déambuler dans des espaces reconstitués, suivre le tracé de la voûte étoilée, contempler à l’échelle humaine les outils symboliques, entrer au cœur du symbolisme par une expérience directe, immersive.

Sur le plan matériel, l’existence de loges virtuelles pourrait réduire certains frais généraux : loyers, charges immobilières, coûts d’entretien des locaux. Sans remplacer les Temples physiques, des structures hybrides seraient envisageables :

  • loges « mères » ancrées dans la réalité physique,
  • loges ou ateliers d’étude numériques, rattachés à ces loges physiques, mais fonctionnant dans le métavers pour des travaux spécifiques, des conférences, des rencontres interobédientielles.

La dimension administrative et caritative

L’usage de technologies comme la blockchain pourrait, de son côté, contribuer à renforcer la sécurité et la transparence. Des systèmes d’authentification numérique, fondés sur des « jetons non fongibles » (NFT) ou des certificats cryptographiques, serviraient de cartes d’identité maçonniques virtuelles.

Chaque membre disposerait d’un identifiant numérique infalsifiable, lié à son parcours : initiation, élévations, affiliations, fonctions occupées. L’accès aux espaces virtuels – loge, temple, bibliothèque, musée – serait conditionné à la vérification de ces identifiants, réduisant le risque d’intrusion profane.

Dans le domaine de la philanthropie, ces mêmes technologies permettraient :

  • des dons dématérialisés, fractionnés, traçables,
  • des collectes internationales rapides en faveur d’œuvres de bienfaisance,
  • une gestion transparente des fonds, consultable en temps réel par les membres autorisés.

La charité maçonnique, traditionnellement discrète mais active, y gagnerait en efficacité sans perdre sa dimension éthique : elle deviendrait plus réactive aux urgences, plus coordonnée entre obédiences, tout en restant fidèle aux principes de solidarité et de désintéressement.

Espace muséal Grande Loge de France

Patrimoine et musées (GRATUITS) virtuels
Les musées maçonniques virtuels constitueraient un autre champ d’application prometteur. Plutôt que de limiter la découverte du patrimoine à ceux qui peuvent se déplacer dans quelques grandes villes, des expositions immersives ouvertes à tous les initiés – voire, pour certaines parties, au public profane – permettraient de faire connaître l’histoire, les rites, l’iconographie maçonniques.

Des objets rares, des manuscrits, des décors de loge, reproduits en haute définition dans un environnement 3D, seraient visibles partout dans le monde, à toute heure. Des parcours scénarisés, des commentaires audio, des reconstitutions historiques feraient dialoguer l’érudition et la pédagogie.

La tolérance y trouverait un vecteur puissant : présentation de la pluralité des rites (écossais, français, émulation, suédois, etc.), des traditions continentales et anglo-saxonnes, des obédiences mixtes, masculines, féminines, des liens avec d’autres familles initiatiques. Le progrès, entendu comme élargissement du savoir et partage de la connaissance, y serait pleinement à l’œuvre.

Les risques : secret, corps, santé et fracture numérique

Cependant, l’ombre du Temple numérique n’est pas sans zones d’inquiétude. Les potentialités du métavers maçonnique ne doivent pas masquer des risques sérieux, parfois structurels, qui engagent la nature même de l’Ordre.

Le secret et la discrétion initiatique
La Franc-maçonnerie repose sur un engagement personnel à conserver la discrétion sur ses travaux, ses rituels, ses signes de reconnaissance. Le Temple de pierre, la loge fermée à la curiosité profane, participent de cette protection. Dans un environnement virtuel, même sécurisé, le risque d’intrusion, de captation, de diffusion non autorisée est objectivement plus élevé.

Des avatars anonymes peuvent être contrôlés par des personnes malveillantes ou curieuses ; des enregistrements clandestins de réunions peuvent être réalisés sans que les autres participants en aient conscience ; des fuites massives peuvent survenir à partir d’une faille logicielle.

Même avec des systèmes d’authentification renforcés, la sécurité n’est jamais absolue. Là où un Temple matériel peut être protégé par un Tuileur vigilant, la loge virtuelle est exposée à des menaces invisibles, parfois distantes de milliers de kilomètres.

C’est pourquoi certaines Grandes Loges, notamment dans le monde anglo-saxon, rappellent avec insistance l’importance de la présence physique comme caractéristique essentielle de la tenue régulière. Pour elles, l’essence de la Maçonnerie réside dans la rencontre réelle, le partage du même espace, la perception mutuelle des corps, des voix, des regards.

La perte d’épaisseur humaine et symbolique

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Les rituels maçonniques sont des expériences vécues avec tout l’être : déplacements dans le Temple, sensations physiques, jeux de lumière, odeurs de cire, chaleur des mains lors de la Chaîne d’Union, intensité des silences partagés.

Transposés dans un métavers, ces éléments risquent d’être réduits à des simulations :

  • l’embrassade fraternelle devient un simple geste d’avatar,
  • la poignée de main est mimée par une animation,
  • la voix est filtrée par un micro,
  • le regard devient un faisceau de pixels.

Certes, la symbolique peut survivre à ce passage ; mais une partie de la profondeur anthropologique de l’initiation pourrait s’affadir. La fraternité pourrait se voir réduite à une convivialité distante, proche de celle des réseaux sociaux, où l’émotion partagée est plus fragile, plus volatile.

Le risque est alors de glisser d’une Franc-maçonnerie incarnée vers une Franc-maçonnerie « dématérialisée », où la quête intérieure serait moins stimulée, remplacée par une succession d’expériences numériques séduisantes mais superficielles. Un rituel vécu en casque VR ne produit pas nécessairement le même travail intime qu’un rituel vécu dans l’épaisseur du silence et de la nuit du Temple.

Les risques psychosociaux et sanitaires
Le métavers n’est pas sans conséquences sur la santé mentale et physique. Les études sur les usages intensifs des environnements immersifs signalent :

  • risques d’addiction, par la répétition d’expériences gratifiantes,
  • tendance à l’évitement du réel, lorsque le monde virtuel devient refuge,
  • troubles du sommeil, fatigue cognitive, isolement social.

Pour des Frères et des Sœurs déjà très connectés dans leur vie professionnelle, ajouter des heures de Temple virtuel, parfois tardives, peut accentuer ces déséquilibres. La Maçonnerie, censée aider à mieux habiter sa vie, pourrait involontairement participer à une fuite hors du réel.

Les technologies immersives posent aussi des questions physiques :

  • nausées, vertiges, maux de tête liés au conflit sensoriel (ce que l’on appelle parfois le « mal de réalité virtuelle »),
  • fatigue oculaire,
  • douleurs cervicales dues au poids des casques,
  • risques infectieux liés au partage de matériels mal désinfectés, dans le cas d’usages collectifs.

Or, les tenues maçonniques sont souvent longues (trop, même !), structurées, exigeantes en attention. Des sessions virtuelles dépassant une heure peuvent rendre ces symptômes difficilement compatibles avec un travail initiatique de qualité.

Fracture numérique et exclusion silencieuse
Un autre risque majeur tient à la fracture numérique. Toutes les Fraternités ne disposent pas des mêmes moyens techniques, toutes les régions du monde ne bénéficient pas d’une connexion fiable, tous les Frères et Sœurs ne maîtrisent pas avec aisance les outils informatiques, ni n’ont les moyens d’acquérir un casque de réalité virtuelle coûteux.

Si l’Atelier choisit de basculer une partie significative de sa vie dans le métavers, il pourrait, sans le vouloir, exclure les plus âgés, les plus précaires, ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas s’équiper. Une tolérance mal pensée, qui se voudrait « moderne », deviendrait alors paradoxalement un facteur d’exclusion.

Tolérance et progrès : critères pour un discernement maçonnique

Face à ces potentialités et à ces dangers, la Maçonnerie ne peut ni se précipiter, ni se crisper. La tentation existe, d’un côté, de rejeter en bloc ces outils au nom de la tradition ; de l’autre, de les adopter sans distance au nom du progrès.

Pourtant, les deux valeurs invoquées – tolérance et progrès – invitent plutôt à un discernement actif.

Tolérance

La tolérance maçonnique n’est pas indifférence ; elle est accueil de l’altérité dans un cadre structuré. Appliquée au métavers, elle pourrait conduire à :

  • favoriser des loges virtuelles ou des ateliers d’étude inter-obédientiels, dédiés au dialogue entre différentes familles maçonniques,
  • ouvrir certains espaces virtuels à des profanes en recherche, pour des conférences, des expositions, des débats publics,
  • accueillir la diversité des sensibilités numériques, en laissant une place pleine et entière à ceux qui souhaitent rester attachés à la seule loge physique.

Mais la tolérance impose aussi la protection des plus vulnérables :

  • prévention du harcèlement dans les espaces virtuels,
  • refus des comportements agressifs ou intrusifs facilités par l’anonymat des avatars,
  • mise en place de règles claires, de modération, de procédures de signalement.

Une fraternité numérique digne de ce nom ne peut accepter que l’espace virtuel devienne un terrain de jeu pour les egos débridés.

Progrès
Le progrès maçonnique n’est pas la simple accumulation de nouveautés techniques ; il est amélioration de l’humain, élévation de la conscience, approfondissement de la liberté intérieure.

Le métavers n’est acceptable maçonniquement que si :

  • il reste un moyen au service de cette élévation,
  • il ne supplante jamais l’expérience initiatique incarnée,
  • il ne réduit pas les Frères et les Sœurs à des profils, des données, des flux.

L’analogie avec la maîtrise de l’énergie atomique est éclairante : la même découverte peut engendrer lumière et destruction. De même, un métavers maçonnique peut devenir :

  • un laboratoire de fraternité, d’étude, de création symbolique,
    ou
  • une machine à distraire, à diviser, à marchandiser le sacré.

Le critère sera toujours de savoir si l’outil numérique accroît la liberté intérieure, la lucidité, la capacité de service, ou s’il les diminue.

Pour une navigation maçonnique dans le métavers

La Franc-maçonnerie se trouve, avec le métavers, devant un carrefour.

D’un côté, des possibilités enthousiasmantes :

  • accessibilité accrue pour les personnes éloignées ou empêchées,
  • fraternité mondiale concrète et non plus seulement déclarative,
  • pédagogie initiatique renouvelée par l’immersion,
  • philanthropie rendue plus efficace et transparente,
  • valorisation du patrimoine par des musées virtuels.

De l’autre, des risques structurants :

  • fragilisation du secret et de la discrétion,
  • réduction de l’initiation à une expérience de divertissement,
  • atteintes à la santé mentale et physique,
  • fracture numérique,
  • possible marchandisation de symboles et de rituels.

Pour ne pas se laisser déborder, la Maçonnerie pourrait :

  • affirmer clairement la primauté de la loge physique pour les rites initiatiques proprement dits,
  • réserver les espaces virtuels à des travaux d’étude, de formation, de conférences, de réunions inter-obédientielles ou de coordination caritative,
  • élaborer une véritable « charte éthique numérique » maçonnique, fixant les conditions d’usage de ces outils,
  • former les Officiers à la culture numérique, afin qu’ils puissent encadrer et guider ces expériences,
  • veiller à ce que les innovations soient toujours évaluées à l’aune de la dignité de la personne humaine, de la liberté de conscience et de la fraternité vécue.

Le métavers ne doit pas devenir un nouveau Temple, mais un chantier. Un chantier où les outils symboliques – équerre, compas, maillet et ciseau – servent à tailler la pierre brute de nos usages numériques, afin que ceux-ci ne s’érigent pas en idoles, mais restent instruments au service du perfectionnement humain.

Dans cette perspective, des obédiences ou des loges pionnières expérimentent déjà des projets : expositions virtuelles, visites guidées numériques, collections artistiques maçonniques sécurisées par blockchain, espaces d’échanges internationaux. Il est essentiel que ces expériences fassent l’objet de retours, d’analyses, de débats internes, afin de nourrir un discernement collectif.

Si cette réflexion trouve un écho dans des publications comme 450.fm, elle pourrait s’ouvrir à des témoignages de Frères et de Sœurs ayant participé à des tenues en ligne, à des travaux d’étude dans des environnements immersifs, ou à des actions caritatives numériques. Le métavers ne sera alors ni condamné, ni idolâtré, mais abordé comme ce qu’il est : un nouveau territoire, à explorer avec prudence, lucidité et espérance, par des femmes et des hommes qui n’oublient pas que, derrière les écrans et les avatars, demeure toujours l’essentiel – la rencontre d’une conscience avec elle-même, avec les autres, avec le mystère qui la dépasse.

Le fil à plomb républicain nommé laïcité…

Nous pouvons lire Laïcité, point ! – Avant-propos inédit comme un texte bref en volume, mais volontairement ample en intensité, un essai qui choisit la densité de l’aphorisme civique et la netteté de la ligne doctrinale. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier écrivent à deux voix sans brouiller la direction du propos. Nous sentons une plume politique et une plume d’analyse qui avancent côte à côte, avec ce désir commun de soustraire la laïcité à l’inertie des slogans et à la fatigue des controverses répétitives. Leur ambition se lit dans un geste simple, presque martial, rendre à ce mot usé par trop d’usages une puissance d’architecture intérieure, une fonction de charpente, une exigence de cohérence.

Le livre affirme une idée qui traverse chaque page comme une ligne de force

La laïcité n’est pas une option décorative de la République française. Elle n’est pas un confort moral réservé aux temps paisibles. Elle est une discipline de l’universel, une mécanique de justice, un art politique de la coexistence qui refuse les féodalités de croyances lorsque celles-ci prétendent régenter la loi commune. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier insistent sur une République française conçue comme unité de droit et de destin civique. L’image du morcellement communautaire est repoussée au profit d’une conception plus verticale de l’appartenance républicaine. Ce refus de la fragmentation n’est pas un caprice lexical. Il engage une vision du peuple comme sujet politique indivisible. Nous reconnaissons ici une vieille querelle française, héritière de la Révolution française et de la loi de 1905, mais durcie par les tensions contemporaines où certains voudraient réinstaller des territoires d’exception morale au milieu même de la cité.

Cette insistance sur l’unité n’a rien d’une abstraction froide

Marlène Schiappa et Jérémie Peltier la relient à la liberté de conscience, non comme privilège privé, mais comme droit public garanti par un État qui ne choisit pas les âmes et ne classe pas les convictions. Leur laïcité est d’abord un pacte d’émancipation. Elle libère la croyance de l’emprise politique et elle libère la politique de l’emprise croyante. Un double mouvement, presque alchimique, où la séparation devient un acte d’équilibre, non une hostilité. La laïcité protège le croire et le ne pas croire par un même geste juridique et symbolique. Elle offre à chacun une place de citoyen avant toute appartenance d’origine, de foi ou de culture.

La dimension initiatique de ce texte, si nous acceptons de l’entendre dans une écoute maçonnique, apparaît dans cette pédagogie de la limite. La laïcité trace une frontière qui n’humilie pas. Elle donne une règle qui rend possible la fraternité sans la confondre avec la fusion. Dans cette perspective, le livre rappelle que la République française n’est pas une religion de substitution. Elle est un ordre de droit qui permet aux religions d’exister sans devenir des souverainetés concurrentes. Cette distinction peut sembler évidente. Elle ne l’est pas dans une époque où la confusion entre conviction intime et injonction collective devient une tentation régulière, parfois stratégique, parfois sincère. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier défendent une laïcité qui ne craint pas d’être nommée comme combat politique, parce que la neutralité de l’État n’est pas un état naturel du monde social, mais une conquête fragile.

Nous trouvons aussi une veine féministe clairement assumée. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier posent la laïcité comme condition concrète de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ici, la théorie se colle au réel. La laïcité n’est plus seulement un principe d’organisation institutionnelle. Elle devient une garantie de corps, de destins, de liberté d’existence. Le propos se durcit lorsque les auteurs s’attaquent aux logiques de domination qui se camouflent derrière l’argument religieux et qui visent en priorité l’autonomie féminine. Cette manière de lier la laïcité à l’émancipation des femmes inscrit le livre dans une tradition républicaine de vigilance. Nous entendons une voix qui refuse de réduire l’égalité à une déclaration abstraite lorsque la pression sociale, communautaire ou dogmatique continue de dicter des normes de vie.

Ce qui frappe dans cet essai, c’est le refus d’une laïcité molle ou de pure intention

Marlène Schiappa et Jérémie Peltier préfèrent une laïcité gouvernante, structurante, présente dans l’école, dans les services publics, dans la culture civique du quotidien. Nous pouvons discuter le ton et parfois la rapidité du trait, mais la logique d’ensemble demeure cohérente. Les auteurs veulent réinstaller la laïcité dans une dimension d’État et de cité. Ils rappellent que la neutralité du service public n’est pas un détail administratif, mais une promesse faite à chaque citoyen de recevoir un même traitement, sans filtrage confessionnel, sans hiérarchie implicite d’appartenances. Cette égalité de guichet et d’institution est une égalité de dignité.

La texture du texte joue sur l’efficacité, parfois au détriment de la nuance historique. Pourtant, ce choix stylistique peut servir la visée politique. Nous avons affaire à un ouvrage de mobilisation intellectuelle. Il ne cherche pas l’archive exhaustive. Il cherche la clarté d’une orientation. Dans une lecture maçonnique, cette clarté évoque un outil de chantier. Ce n’est pas la fresque finale. C’est l’instrument qui rectifie l’angle. Un rappel au fil à plomb de la République française lorsqu’elle menace de s’incliner sous les pressions d’identités concurrentes. L’essai ne prétend pas résoudre toutes les tensions. Il propose une posture de discernement et de fermeté.

Portrait-de-Victor-Hugo-par-Nadar-vers-1884

La présence de Victor Hugo dans l’horizon du livre n’a rien d’ornemental. Elle signale une filiation rhétorique et morale. Nous retrouvons cette confiance hugolienne dans la capacité d’un principe républicain à porter une anthropologie du progrès. Pour Marlène Schiappa et Jérémie Peltier, la laïcité est une énergie. Elle n’est pas seulement un cadre. Elle est un mouvement qui empêche la République française de redevenir un théâtre de privilèges religieux ou culturels. Nous pouvons entendre ici une conception quasi initiatique du citoyen. Devenir citoyen ne consiste pas seulement à appartenir à un territoire. Devenir citoyen consiste à consentir à une loi commune qui dépasse les fidélités particulières sans les nier.

Blason GODF
Blason GLFF

Cette lecture s’éclaire encore si nous la mettons en relation avec le paysage maçonnique français. Il est frappant de constater que des obédiences majeures comme le Grand Orient de France, la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique d’Europe continentale, né en 1728 sous le nom de Première Grande Loge de France et ayant pris sa forme et son nom actuels en 1773, aujourd’hui fort de plus de 56 000 membres réunis dans plus de 1400 Loges, ainsi que la Grande Loge Féminine de France, inscrivent dans leurs textes constitutifs la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité. Nous pouvons y voir une chambre d’écho institutionnelle naturelle de la laïcité, une manière d’assumer que l’idéal maçonnique, dans sa déclinaison française, dialogue intimement avec la matrice civique de la République française.

Blason GLNF

À l’inverse, la Grande Loge Nationale Française, qui se réclame d’une « régularité » adossée à la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne reprendrait pas cette devise dans ses constitutions et règlements généraux. Cette différence n’est pas un simple détail de sémantique obédientielle. Elle dessine des styles de relation au politique et à l’héritage républicain. Elle rappelle que la laïcité, même lorsqu’elle est largement partagée comme climat commun, n’est pas vécue de manière uniforme dans les familles maçonniques.

La force d’un livre aussi bref est de nous obliger à questionner notre propre grammaire intérieure de la République française. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier invitent à refuser la tentation de l’arrangement permanent, cette pente douce qui transforme la laïcité en variable d’ajustement au nom de la paix sociale. Ils affirment au contraire que la paix sociale durable exige une règle claire, parce que seule une règle claire protège réellement les plus vulnérables contre le retour des puissances normatives. Ce point rejoint une intuition initiatique essentielle. La liberté ne survit pas sans cadre. La fraternité ne survit pas sans loi commune. L’égalité ne survit pas sans neutralité effective.

Pour situer ces voix, une brève mise en perspective s’impose

Marlène_Schiappa,_2017 – Wikimedia Commons

Marlène Schiappa est une figure politique française associée à des combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes et à une défense publique de la laïcité dans un contexte de tensions autour du séparatisme et du fait religieux. Ses essais et prises de parole ont souvent cherché à relier la justice sociale, la lutte contre les violences et la protection du cadre républicain. Jérémie Peltier, intellectuel et analyste des politiques publiques, a travaillé sur la laïcité, la radicalisation et les dynamiques de citoyenneté au sein de la Fondation Jean-Jaurès (codirecteur général), apportant une approche plus structurelle, attentive aux fractures contemporaines et à la nécessité d’outils politiques lisibles. Leur bibliographie respective, faite d’essais et de travaux engagés, explique la nature de cet ouvrage. Nous reconnaissons chez Marlène Schiappa une veine militante nourrie par la question de l’émancipation et chez Jérémie Peltier une volonté d’analyse pragmatique des défis républicains. Leur rencontre produit un texte qui assume le tranchant de la formule et l’urgence de la clarification.

Jérémie Peltier

Ainsi, Laïcité, point ! – Avant-propos inédit peut être lu comme une petite pierre vive dans l’édifice républicain. Sa taille modeste ne diminue pas sa charge symbolique. Nous y sentons un appel à la droiture civique, à la vigilance sur le langage, à la fermeté sans crispation. Le livre ne prétend pas pacifier toutes les oppositions. Il choisit d’affirmer une direction et de rappeler un principe de construction collective. Dans une époque où les mots chancellent, Marlène Schiappa et Jérémie Peltier veulent rendre au mot laïcité une netteté d’outil et une gravité de serment. Cette volonté, que nous partagions ou non chaque accent, mérite d’être entendue comme un acte de responsabilité intellectuelle au cœur de la République française et, pour nous qui lisons aussi avec les lunettes du symbole, comme une invitation à faire de la liberté de conscience non une bannière d’occasion, mais une exigence quotidienne de justesse.

Laïcité, point ! – Avant-propos inédit

Marlène Schiappa – Jérémie Peltier

Éditions de l’Aube, coll. Mikrós, 2021, 72 p., 6,90 €

L’éditeur, le site

La laïcité garde la République droite et nous garde libres, ensemble, afin que vive la concorde universelle

Une « loge maçonnique » pour « vétérans du SVO » a été créée à Rostov-sur-le-Don. Son fondateur a des liens avec les services de renseignement russes

De notre confrère russe theins.ru

La Grande Loge de Russie a annoncé la création d’une loge maçonnique militaire, qui opérera à Donetsk, dans l’oblast de Rostov. Selon les révélations de The Insider, l’initiateur de cette organisation est un habitant de Donetsk, en Ukraine occupée, qui a soutenu l’invasion russe et combattu aux côtés des Russes en 2014.

« Première installation dans l’histoire de la franc-maçonnerie russe moderne par le Vénérable Maître de la Loge Militaire Éveillée Valor n° 20 dans l’est de Donetsk, oblast de Rostov », un message est apparu sur la page VKontakte de la Grande Loge de Russie le 17 novembre. Selon le message, la nouvelle organisation a rejoint la loge provinciale « Sud ».

Des photos de l’événement qui s’est tenu à Stavropol le 15 novembre montrent le président de la Grande Loge de Russie, le stratège politique Andreï Bogdanov. À ses côtés se trouve un homme nommé Anatoly Gelyukh.

Page instagram de la Grande Loge de Russie
  • Anatoly Gelyukh (à gauche) et Andrey BogdanovPage VKontakte de la Grande Loge de Russie
  • Anatoly Gelyukh (à gauche) et Andrey BogdanovLa page Instagram de la Grande Loge de Russie

Une source proche du dossier a confié à The Insider que Gelyukh était à l’origine de la « loge militaire » et que le plan consistait à recruter des « frères » parmi les militaires revenant de la guerre en Ukraine :

Gelyukh participait à des opérations militaires dans l’est de l’Ukraine depuis 2014. Il dirigeait sa propre unité, avec laquelle il menait des missions hautement spécialisées. Selon ses dires, il travaillait pour le FSB. Il y a environ six mois, il a été contraint à la retraite de manière inattendue.

Gelyukh nourrissait l’idée d’un pavillon militaire depuis six ou sept ans. L’occasion de la concrétiser s’était enfin présentée.

On a proposé à Bogdanov d’ouvrir une loge à Donetsk, en Ukraine, mais il a catégoriquement refusé. La principale valeur de la franc-maçonnerie réside dans ses liens internationaux. Une loge doit être reconnue par les loges des autres pays. Bogdanov craignait, à juste titre, que l’ouverture d’une loge dans les territoires occupés ne fasse perdre à toute son organisation sa reconnaissance internationale et la rende tout simplement inutile.

Récemment, Bogdanov a adopté une position résolument pro-gouvernementale et a également commencé à ouvrir activement de nouvelles loges. Je pense que le choix de Donetsk, dans la région de Rostov, pour la création d’une « loge militaire » n’est pas un hasard. Beaucoup ignorent qu’il existe deux Donetsk : l’une en Russie, l’autre en Ukraine. Quand on entend le nom de Donetsk, on pense immédiatement à la ville occupée. Et il est fort probable que les soi-disant « activités », c’est-à-dire les réunions maçonniques, s’y déroulent également. Mais à toute question de la communauté internationale, on répondra qu’il s’agit de Donetsk en Russie. Initialement, la loge devait ouvrir ses portes à Shakhty, également dans la région de Rostov.

Page instagram de la Grande Loge de Russie

Plusieurs autres éléments indiquent que la « loge militaire » concentrera ses activités principalement sur Donetsk, en Ukraine, plutôt que sur la région de Rostov. Premièrement, selon une source de The Insider, la famille Gelyukh réside toujours à Donetsk, ville occupée. Deuxièmement, en septembre, Gelyukh a publié sur sa chaîne Telegram une photo, apparemment prise en territoire ukrainien (à en juger par le texte en ukrainien sur le panneau d’affichage), accompagnée de la légende suivante : « La première loge maçonnique militaire de l’histoire de la Russie moderne apportera le bien et la lumière à ce qui était récemment le royaume des ténèbres fascistes. »

Une source de The Insider a confirmé que la chaîne Telegram « Da Vinci’s Cat » est gérée par Gelyukh lui-même.

Comme l’a découvert The Insider, Anatoly Gelyukh a obtenu la nationalité russe en 2018. Ses informations personnelles sont classifiées, ce qui indique des liens avec les services de renseignement russes.

Cellule de combat

Selon la source de The Insider, il y a environ six mois, Bogdanov a déclaré avoir eu l’idée de créer une « escouade maçonnique de combat » :

« Il rencontre des difficultés au sein de la franc-maçonnerie en Russie. Il a besoin de combattants pour le protéger si quelqu’un tente de lui ravir le pouvoir. Andreï souhaite créer une cellule militante. Parallèlement, je pense qu’Anatoly poursuit ses propres objectifs. Autrement dit, chacun d’eux a ses propres projets pour cette structure et espère, à terme, en prendre le contrôle total. Mais ce n’est pour l’instant qu’une supposition. »

Andrei Bogdanov lui-même a déclaré, lors d’une conversation avec The Insider, qu’il souhaitait depuis longtemps perpétuer les traditions des « loges militaires russes des XVIIIe et XIXe siècles » :

« J’ai participé à de nombreuses réunions de loges militaires en Angleterre, aux États-Unis, en Australie, au Chili, au Japon et ailleurs. Les Argentins (une loge militaire sous la juridiction de la Grande Loge d’Argentine) nous invitent régulièrement, nous, la Grande Loge de Russie, à leur réunion annuelle des loges militaires, qui se tient dans leur temple. Nous avons toujours décliné l’invitation, car nous n’avons pas de loge de ce type. »

L’idée a germé en 2016, mais ce n’est que maintenant que dix frères d’armes en sont devenus les fondateurs. Les objectifs sont les mêmes que ceux des autres Loges : faire de l’homme bon un homme encore meilleur ! Je suis convaincu que la Loge s’imprégnera des traditions des Loges régimentaires des XVIIIe et XIXe siècles, auxquelles ont appartenu le généralissime Alexandre Souvorov, les maréchaux Mikhaïl Koutouzov et Nikolaï Repnine, ainsi que les amiraux Samuel Greig et Nikolaï Mordvinov.

Interrogé sur la possibilité que des « vétérans du SVO » rejoignent la loge de Donetsk, Bogdanov a répondu de manière évasive, sans toutefois le nier :

« Pourquoi ne pas demander qui sont les membres des loges militaires américaines ? Partez du principe qu’ils sont composés de ceux qui ont combattu en Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan. Tous les militaires sont fidèles à leur serment envers leur nation, et c’est bien normal ! »

Bogdanov a expliqué que le choix de l’emplacement du nouveau pavillon était dû à la demande des « frères » :

« Les frères pétitionnaires ont mentionné cette ville dans leur requête ; il semble qu’il soit plus pratique pour la plupart d’entre eux de s’y réunir. C’est la troisième loge de la région de Rostov. Il y a aussi Acacia à Shakhty et Concordia à Rostov-sur-le-Don. »

Nous ne pouvons ouvrir de loges, et nous le faisons, que sur les territoires reconnus par l’ONU comme appartenant à la Russie. Autrement, nous perdrions la reconnaissance de toutes les Grandes Loges régulières !

Invités de marque

Selon la source de The Insider, outre Bogdanov et Gelyukh, plusieurs autres personnalités étaient présentes à la cérémonie d’ouverture de la « boîte militaire » :

« Pavel Stroganov, un officier du FSB, a participé. Son frère, Alexander Stroganov, travaille pour ANNA News 

[une agence de presse pro-Kremlin où Stroganov écrit principalement sur la guerre en Ukraine – The Insider] . Yevgeny Kosmatykh est un franc-maçon à l’allure étrange, lié au monde politique 

[Kosmatykh est le président de la commission électorale du district de Sokol à Moscou ; ses activités et ses biens au Monténégro 

Annonce officielle de la création de la Fédération Maçonnique Internationale des Grades Supérieurs (F∴M∴I∴G∴S∴)

I. Un événement fondateur pour les Degrés Ultimes du monde entier

Le 29 novembre 2025, dans le recueillement solennel du Temple maçonnique de Brignoles, s’est tenu, devant près de 100 Frères et Sœurs, le premier Convent de la Fédération Maçonnique Internationale des Grades Supérieurs (F∴M∴I∴G∴S∴).

Cette instance historique marque la concrétisation d’un projet mûri depuis de nombreuses années par plusieurs juridictions de Grades Supérieurs. Pour la première fois, quatorze structures maçonniques Ultimes ou Supérieures féminines, masculines et ou mixtes, représentant divers Rites et Régimes, ont répondu à l’appel et ont unanimement :

  • Adhéré à la Charte fédérative,
  • Signé la Convention d’adhésion,
  • Reconnu la F∴M∴I∴G∴S∴ comme espace commun de coordination, d’étude et de rayonnement des Hauts-Grades maçonniques.

La Fédération avait été légalement enregistrée le 17 février 2025, sous le n° W832022585, au sein de l’Association « Fédération Philosophique ».

II. Une vocation : unir sans uniformiser, rassembler sans confondre

La création de la F∴M∴I∴G∴S∴ répond à une double nécessité : préserver la Tradition et favoriser l’unité des Grades Supérieurs dans un paysage maçonnique international marqué par :

  • La multiplication des juridictions ;
  • La perte de profondeur initiatique ;
  • Les crises de légitimité ou de reconnaissance ;
  • Le manque d’un cadre éthique commun ;
  • La difficulté d’établir un langage partagé entre les Rites.

Les juridictions fondatrices ont ainsi voulu :

  • Restaurer un dialogue international constant ;
  • Préserver la pureté doctrinale et rituelle ;
  • Sécuriser la transmission initiatique ;
  • Offrir un espace neutre de reconnaissance mutuelle ;
  • Animer une réflexion philosophique et symbolique de haut niveau.

La Fédération n’intervient ni dans la souveraineté, ni dans la gouvernance interne de ses membres, ni dans les sujets sociétaux, politiques et religieux. Elle est un pont, un carrefour, un lieu de concorde et d’élévation.

III. Principes fondateurs de la Fédération

1. Une structure au service des Grades Supérieurs

La F∴M∴I∴G∴S∴ regroupe les Juridictions, Rites et Régimes maçonniques œuvrant :

  • dans le cadre d’une Tradition initiatique authentique,
  • pour le perfectionnement intellectuel, moral et spirituel,
  • dans l’esprit universel de la Franc-Maçonnerie symbolique.

2. Ses missions principales

La Charte définit les axes majeurs de son action :

  • Fédérer la progression initiatique au-delà du 3ᵉ degré ;
  • Accompagner ou administrer les Ateliers rattachés ;
  • Diffuser les enseignements par ouvrages, supports numériques et publications ;
  • Organiser colloques, congrès, séminaires, conférences ;
  • Préserver la conformité rituelle et doctrinale des travaux.

3. Une gouvernance représentative

La Fédération se structure autour de :

  • un Conseil d’Administration,
  • un Bureau des Juridictions,
  • un Directoire des Rites,
  • un Grand Chancelier – Garde des Sceaux,
  • un Grand Trésorier,
  • un Secrétaire administratif,
  • et un collège permanent des Présidents de juridictions membres.

Cette architecture garantit collégialité, transparence et équilibre.

IV. Dispositions pratiques : cotisations, passeports et entraide inter-juridictions

Afin de soutenir son fonctionnement et les actions nationales et internationales entreprises, la F∴M∴I∴G∴S∴ prévoit que :

1. L’adhésion est assortie d’une cotisation proportionnelle

Chaque juridiction contribue selon une cotisation calculée en fonction du nombre de ses membres. Ce principe assure une participation juste, équilibrée et adaptée aux réalités de chacun.

2. Un passeport maçonnique nominatif est remis à chaque juridiction

Chaque juridiction adhérente reçoit de la Fédération l’ensemble des passeports nominatifs officiels permettant :

  • aux membres de visiter toutes les structures ultimes / supérieures affiliées,
  • d’être reçus avec la certitude d’une reconnaissance mutuelle authentique,
  • d’incarner la dimension initiatique de l’Art Royal.

Ce passeport constitue un garant de régularité, un symbole d’unité, et un outil de mobilité initiatique.

3. Entraide et soutien lors des travaux et élévations

Les juridictions membres s’engagent à :

  • participer aux travaux des autres juridictions (newsletters, revues, planches, articles de fond, livres, etc) lorsqu’elles y sont invitées,
  • apporter leur soutien au cours des cérémonies d’élévation,
  • renforcer ainsi la solidarité initiatique entre Rites et Régimes,
  • assurer la qualité et la profondeur des transmissions rituelles.

Ce principe fondateur fait de la Fédération un véritable ordre de coopération initiatique entre juridictions souveraines.

V. Un appel aux juridictions de degrés ultimes : rejoignez-nous !

La F∴M∴I∴G∴S∴ est désormais ouverte à l’adhésion de toutes les structures pratiquant des degrés ultimes ou supérieurs, dans le respect des critères suivants :

  • Antériorité ou légitimité initiatique ;
  • Transmission rituelle conforme à la Tradition ;
  • Organisation structurée et régulière ;
  • Engagement à respecter la Charte et la Convention.

Les juridictions qui désirent :

  • participer à un espace international d’excellence,
  • renforcer la lisibilité et le rayonnement de leurs travaux,
  • mutualiser leurs recherches symboliques et historiques,
  • garantir l’avenir de leur héritage initiatique,

sont invitées à prendre contact avec la F∴M∴I∴G∴S∴.

V. Un acte pour l’histoire maçonnique

En consacrant cette Fédération, les juridictions fondatrices affirment une conviction profonde :

  • Les Hauts-Grades sont des chemins de sagesse et de transformation. Leur unité, même symbolique, est essentielle à l’avenir de la Maçonnerie universelle.

La F∴M∴I∴G∴S∴ n’est ni une superstructure, ni un nouvel Ordre. Elle est l’expression contemporaine d’un idéal ancien : l’Art Royal qui relie, élève et transfigure.

VI. Contact – Adhésions – Informations

FÉDÉRATION MAÇONNIQUE INTERNATIONALE DES GRADES SUPÉRIEURS – F∴M∴I∴G∴S∴

Siège : 247, route de Cabasson – 83230 Bormes-les-Mimosas – France

📩 Contact : contact@fmigs.info

Conclusion

Avec la création de la FMIGS, une nouvelle page s’ouvre pour les Degrés Supérieurs au XXI siècle : celle dune fraternité retrouvée, d’une harmonie entre les traditions, et d’une ambition universelle au service de l’élévation humaine et spirituelle.