Frères et sœurs, bienvenue dans cette rubrique où le maillet cogne avec un sourire en coin ! Cette semaine, le thème « Enquête au CHU de Nîmes : des francs-maçons gardois alertent sur des soupçons de dérives » nous tombe dessus comme une planche mal taillée. Midi Libre révèle des liens douteux entre entrepreneurs BTP alésiens, cadres hospitaliers et élus, tous membres d’une loge GLNF, avec des plaintes sur une « dérive affairiste ».
Vicente, lecteur perspicace, soupire : «Triste spectacle d’un temple devenu entrepôt. » Nos ateliers, censés polir des âmes, se muent en dépôts de matériaux ? En vénérable cynique, j’imagine un maître traçant des appels d’offres au lieu de chemins spirituels, transformant le GADU en Grand Architecte des Deals Urbains. Triste, oui, comme un banquet sans vin, juste du vinaigre fiscal !
L’incompétence élevée au rang d’art royal
Rions jaune : chez nous, l’incompétence est une vertu déguisée, à la mode Dilbert – les nullards grimpent, les spirituels polissent. À Alès, avec ses quatre temples et vingt loges, la GLNF, obédience traditionaliste, voit des « frères business » depuis quinze ans détourner tenues en cocktails networking. Recrutement utilitaire, votes pour blacklister des suspects, et certains prêts à « déposer le tablier ». La grande tenue de Gruissan ce week-end, avec 650 frères et le grand maître, promet un exorcisme… ou un apéro. La GLNF clame : « Pas de malhonnêteté ! » Mais perquisitions et un ex-directeur condamné pour favoritisme compliquent l’affaire. Accusons sans preuves ? Non, soupirons comme Vicente et continuons à travailler.
Rire pour mieux rebâtir dans un temple profané
Frères, rions de ce théâtre absurde pour le dépasser. Depuis les opératifs médiévaux jusqu’aux spéculatifs électoraux, la maçonnerie a flirté avec le profane. Face à l’argent et au pouvoir, notre devoir est clair : bâtir en loge, sur soi, avec humilité. Que le temple reste un chantier d’âmes, pas de comptes en banque. Si les marchands y entrent, qu’ils s’amendent – ou paient l’addition ! À la semaine prochaine, pour une planche moins amère. Et souvenons-nous de Pierre Dac :
« La tolérance sait qu’il y a des imbéciles en loge ; la fraternité ne donne pas les noms. »
Le Grand Orient de Californie (GOCA) sera consacré le 15 novembre 2025 à San Francisco. C’est la première obédience libérale, mixte et multilingue fondée sur le modèle maçonnique américain « par État », tout en incarnant les valeurs universelles du Grand Orient de France : liberté, égalité, et fraternité.
Pourquoi le GOCA
Banquet d’ordre a Freemasons hall a San Francisco – Photo du frère James Devuyst (Copyright NV)
Le Grand Orient de Californie (GOCA) est né de plusieurs constats clairs et profondément ancrés dans la réalité maçonnique américaine. D’abord, du besoin d’un Grand Maître en Californie, capable d’accompagner la croissance rapide de la maçonnerie libérale sur la côte Ouest et d’assurer une représentation locale forte, visible et structurée.
Ensuite, du désir d’un rapprochement fraternel avec la Grande Loge de Californie, fondé sur le respect mutuel, sans confusion rituelle, mais avec la volonté sincère d’œuvrer ensemble pour le bien commun et la fraternité universelle.
Grande Loge de Californie pour l’installation du Grand Maître Randall Brill (droite) et Nathalie Valkov (à gauche) – (Copyright NV)
Enfin, de l’expérience vécue : les diversités culturelles, sociales et spirituelles entre les États américains rendent la gestion d’un système maçonnique strictement national complexe et parfois inadaptée.
Dans cette perspective, le GOCA adopte un modèle de Grands Orients autonomes par État, permettant un développement plus souple, plus humain et mieux enraciné dans l’esprit fédéral américain.
Ce modèle favorise la proximité, la réactivité et la capacité d’adaptation, tout en préservant les valeurs fondamentales de la franc-maçonnerie libérale : la liberté absolue de conscience, l’égalité et la fraternité.
Une dynamique déjà bien engagée
(Copyright NV)
Depuis son annonce, le Grand Orient de Californie (GOCA) connaît un essor remarquable, signe d’un réel besoin dans le paysage maçonnique américain. En à peine quinze jours, quinze nouvelles demandes d’entrée ont été enregistrées, témoignant d’un enthousiasme croissant pour une maçonnerie libérale, inclusive et ancrée dans la culture californienne.
(Copyright NV)
L’obédience compte aujourd’hui quatre loges : l’une à Thousand Oaks dans la région de Los Angeles, deux dans la région de San Francisco, dont une à San Francisco même et une autre dans le comté de San Mateo, ainsi qu’une autre à Sacramento. À celles-ci s’ajoutent quatre triangles en plein développement : Anaheim (région de Los Angeles), Sonora (Nord Californie), et même Phoenix (Arizona) et New York dont l’existence deviendra vite évidente .
Le GOCA travaille principalement en anglais, reflet naturel de son implantation, mais demeure ouvert à toutes les langues parlées sur le sol américain. Il espère accueillir prochainement des loges fonctionnant en espagnol et dans toute autre langue qui souhaite trouver une maison initiatique au sein d’une maçonnerie libérale, humaniste et ouverte sur le monde.
Une maçonnerie ouverte et inclusive
Le Grand Maître pressenti Jean Claude Zambelli et Nathalie Valkov. Soirée de la loge de Nevada city de la Grande Loge de Californie. (Copyright NV)
Le Grand Orient de Californie (GOCA) offre une alternative à toutes celles et ceux qui recherchent une voie initiatique ouverte à la diversité humaine, fondée sur la liberté de conscience, la réflexion symbolique et l’action fraternelle. Accueillant des personnes issues d’horizons, de parcours et d’identités variés, le GOCA incarne une Franc-maçonnerie contemporaine, respectueuse de chaque être et fidèle à l’idéal d’une fraternité universelle. Sa démarche s’inscrit pleinement dans la réalité américaine, ouverte à la pluralité culturelle et spirituelle, et résolument tournée vers le progrès humain.
Relations fraternelles avec la Grande Loge de Californie
Les Frères Valdeir (gauche) et James (droite). (Copyright NV)
Le Grand Orient de Californie (GOCA) entretient un dialogue fraternel, concret et respectueux avec la Grande Loge de Californie, dans un esprit d’indépendance et de respect mutuel des traditions. Aucune tenue commune n’est prévue, mais plusieurs formes de coopération non rituelle se sont déjà concrétisées et vont se poursuivre. Des œuvres de charité communes ont été menées, notamment pour venir en aide aux plus vulnérables et soutenir les communautés touchées par les feux de forêt. Parallèlement, des fraternelles non rituelles, telles que dîners, rencontres, soirées et pots fraternels, favorisent la camaraderie, la solidarité et un dialogue amical entre traditions. La Grande Loge de Californie témoigne d’ailleurs de cette fraternité concrète en mettant ses temples à disposition à des tarifs très modiques, afin de soutenir le développement du GOCA et de l’inclure pleinement dans la vie maçonnique californienne. Ces initiatives, déjà bien engagées, annoncent un développement prometteur, conjuguant tradition et modernité, humanisme et engagement civique.
Une passerelle entre traditions et modernité
Soeurs Alix (a gauche) et Rosalinda (à droite). (Copyright NV)
Frère Irving, Vénérable de la Loge Golden Journey à San Francisco
Le Grand Orient de Californie (GOCA) se veut un pont entre la tradition maçonnique européenne et la culture américaine contemporaine. Sa structure encourage la mixité réelle, la rotation des responsabilités, ainsi qu’une pluralité des rites, incluant le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Rite Français et le Memphis-Misraïm. Elle repose sur la transparence, la collégialité et la liberté d’expression, tout en promouvant une coopération inter-obédientielle ouverte et apaisée. Le GOCA travaille déjà à l’émergence du Grand Orient de New York et du Grand Orient d’Arizona, qui partagent le même esprit de liberté, d’inclusion et d’indépendance. À terme, ces obédiences pourront se fédérer librement au sein d’une Confédération des Grands Orients d’Amérique, unies par un ADN humaniste commun et une philosophie fondée sur la liberté absolue de conscience, le respect de la diversité et la fraternité universelle.
Une enquête judiciaire sur des marchés publics irréguliers au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes met en lumière des liens entre entrepreneurs du BTP du Bassin d’Alès, cadres hospitaliers et élus locaux, tous affiliés à la même loge de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Dans un article publié ce vendredi par le Midi Libre, des Francs-maçons gardois, anonymes mais expérimentés, expriment leur malaise face à ce qu’ils qualifient de « dérive affairiste ».
La direction de la GLNF, contactée par 450.fm, réaffirme son attachement aux valeurs spirituelles et appelle à la prudence :
« Nous ne soutenons aucune action malhonnête de nos membres, et cette affaire mérite une enquête approfondie avant tout pronostic. »
En attendant les suites judiciaires, ce dossier illustre les défis des réseaux fraternels face aux soupçons de collusion.
Un contexte judiciaire déjà chargé
L’enquête, ouverte début octobre 2025, porte sur des soupçons de favoritisme dans l’attribution de marchés publics au CHU de Nîmes, impliquant des travaux de construction. Des perquisitions ont visé des entreprises du BTP alésiennes, révélant des connexions entre patrons locaux, responsables hospitaliers et figures municipales. Ce dossier s’inscrit dans la continuité de l’affaire Nicolas Best, ancien directeur du CHU condamné en novembre 2024 à 30 000 € d’amende pour favoritisme – une décision contestée par le Parquet national financier, avec un nouveau procès prévu en 2026.
À Alès, ville au cœur du Gard, la franc-maçonnerie est particulièrement implantée : quatre temples, une vingtaine de loges et la présence des principales obédiences. Les investigations ont mis en évidence des liens au sein d’une loge spécifique de la GLNF, obédience traditionaliste comptant environ 30 000 membres en France, attachée à une pratique spirituelle et reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Des chefs d’entreprise du BTP, des cadres du CHU et des proches de la mairie fréquenteraient ce cercle, soulevant des interrogations sur une possible instrumentalisation fraternelle.
Des voix internes s’élèvent
Trois francs-maçons gardois, avec 20 à 30 ans d’ancienneté, ont accepté de témoigner anonymement pour Midi Libre. Ils dénoncent une « dérive affairiste » où le « travail spirituel » – au cœur de la maçonnerie – céderait la place à des « discussions profanes » et à des opportunités business. « Les marchands sont dans le temple », lancent-ils, invoquant une sentence biblique pour fustiger l’intrusion du profane dans le sacré. L’un d’eux, après avoir visité la loge incriminée, déplore :
« Je n’ai vu aucun travail maçonnique digne de ce nom. Ceux qui rentrent là, c’est uniquement pour le business. »
Ces témoignages soulignent une minorité active : une quinzaine d’années en arrière, des « maçons affairistes » auraient gravi les échelons et recruté leurs relations – bailleurs sociaux, hospitaliers, élus – pour des motifs utilitaires. La grande majorité des frères en serait « malheureuse », certains prêts à « déposer leur tablier » (quitter la loge). Un conflit interne s’est cristallisé : en octobre 2025, un candidat à un poste maçonnique important a été éconduit par vote lors d’une réunion à Nîmes, et des membres suspects se voient refuser l’accès à des ateliers supérieurs à Alès et Nîmes.
Ces alertes internes ne visent pas l’obédience dans son ensemble, mais appellent à des « réponses claires ». Les plaignants évoquent des avantages indus, comme la création d’un temple local, et attendent des mesures lors de la 35e tenue statutaire de la Grande Loge provinciale de Septimanie, prévue ce mois-ci à Gruissan (Aude), avec 650 participants et la présence du grand maître national.
La GLNF : vigilance et appel à la réserve
Contactée par 450.fm, la direction de la GLNF réagit avec fermeté et prudence.
« Nous ne soutenons en aucun cas des actions malhonnêtes de la part de nos membres »
déclare un porte-parole. L’obédience, fondée en 1913 et axée sur une maçonnerie spirituelle et traditionnelle, rappelle ses principes :
« Notre chemin, c’est la spiritualité, nous ne sommes pas en loge pour réaliser des affaires. Si des dérives étaient constatées et si la justice confirmait cette implication, des mesures pouvant aller de la suspensionjusqu’à la radiation seraient prises. »
Les instances nationales sont « avisées » depuis plusieurs mois, et une enquête interne est en cours.
Cette position s’aligne sur les valeurs maçonniques de tolérance et de fraternité, tout en soulignant la complexité du dossier. « Cette affaire est nettement plus nuancée qu’annoncé initialement », précise le porte-parole, invitant à attendre les investigations du Parquet national financier. La GLNF, qui compte des loges dans le Gard et l’Hérault, met en avant son engagement pour la transparence et le respect des lois, loin des stéréotypes conspirationnistes souvent associés à la franc-maçonnerie.
Un réseau local sous les projecteurs
À Alès, la maçonnerie est un pilier discret de la vie associative : obédiences variées, dont la GLNF, coexistent avec des loges du Droit Humain ou du Grand Orient. Mais ce dossier ravive des débats récurrents sur les risques d’instrumentalisation : les loges, espaces de réflexion philosophique et fraternelle, peuvent-elles devenir des réseaux d’influence professionnelle ? Les plaignants insistent : les impliqués ne représentent qu’une « minorité », et le malaise général appelle à une régénération spirituelle.
Le CHU de Nîmes, quant à lui, n’a pas réagi publiquement, se concentrant sur ses opérations quotidiennes. La mairie d’Alès, via ses services, évoque une « routine administrative » pour les liens mentionnés, sans commentaire sur l’enquête.
Perspectives : attente judiciaire et introspection maçonnique
Ce dossier, encore au stade préliminaire, illustre les défis des institutions fraternelles face à la transparence moderne. En attendant les suites – perquisitions en cours, possible audition de témoins –, il invite à une réflexion plus large : comment concilier réseau et éthique dans une société vigilante ? La GLNF, par sa réponse mesurée, semble opter pour l’introspection, fidèle à son idéal de « perfectionnement moral ».
Une affaire à suivre, où la lumière de la justice pourrait éclairer non seulement des pratiques suspectes, mais aussi les vertus d’une fraternité qui se remet en question.
Le Petit Poucet, conte immortalisé par Charles Perrault dans son recueil Histoires ou contes du temps passé, avec moralités (1697), est bien plus qu’une histoire pour enfants. Issu de la tradition orale, ce récit s’inscrit dans la lignée des apologues, ces narrations visant à illustrer une leçon morale à travers des personnages et des situations symboliques. De l’Antiquité avec Ésope à la modernité, en passant par La Fontaine, Grimm ou Andersen, l’apologue traverse les siècles, se distinguant de l’apologie – qui défend ou justifie – par sa portée didactique.
À travers les aventures du Petit Poucet, Perrault tisse un récit riche, oscillant entre horreur historique et symbolisme ésotérique, notamment maçonnique, invitant à une quête intérieure vers la lumière. Explorons ce conte dans ses différentes dimensions : ludique, historique, philosophique et initiatique.
Couverture du Petit Poucet
L’apologue : une tradition millénaire
Un apologue est une histoire conçue pour transmettre une morale explicite, souvent incarnée par des figures symboliques – animaux chez Ésope (VIe siècle av. J.-C.), esclave grec devenu maître des fables, ou humains chez Perrault. Ces récits, accessibles en première lecture, cachent des couches plus profondes. Ésope a inspiré La Fontaine (1621-1695), dont les fables coïncident avec l’époque de Perrault, ainsi que Grimm, Andersen et d’autres, chacun adaptant ce genre à son contexte. Contrairement à l’apologie, qui vise à défendre (un acte courageux, une personne accusée) ou à justifier (un crime, une haine), l’apologue cherche à éduquer, à faire réfléchir.
Préambule : un conte ancré dans une époque sombre
Publié le 11 janvier 1697 sous le titre Contes de ma mère l’Oye, le Petit Poucet s’inscrit dans un XVIIe siècle marqué, notamment dans sa première moitié, par des famines endémiques en France. Ce contexte éclaire la misère des paysans, en particulier des enfants, thème central du conte. La victoire sur la faim y est littérale – survivre à l’abandon – mais aussi métaphorique, évoquant une faim spirituelle. Comme les fables de La Fontaine, le récit propose plusieurs niveaux de lecture :
une première, ludique, captivant les enfants,
une seconde, historique et politique, reflétant les luttes sociales,
une troisième, philosophique et sociétale, questionnant l’existence,
une quatrième, maçonnique, révélant des symboles cachés aux initiés.
Le petit Poucet
Introduction : un temps hors du temps
Les contes, avec leur incipit intemporel « il était une fois », nous plongent dans un univers suspendu, au-delà des limites matérielles. Peter Pan vole, le Petit Poucet fait des pas de géants, la Belle au Bois dormant fige le temps, et les animaux parlent – comme dans Mary Poppins. Ces récits interrogent destin, amour, bien, mal, mort et relations humaines, souvent sous un voile de magie ou de dogme. le Petit Poucet, quittant son « nid » pour une quête initiatique, incarne le pèlerin des contes, guidé par des formules comme « tire la chevillette et la bobinette cherra » (Petit Chaperon Rouge) ou « sésame ouvre-toi » (Ali Baba). Perrault s’inspire-t-il de Thésée, sauvé du labyrinthe par le fil d’Ariane, trahissant Minos par amour ? Cette faiblesse humaine préfigure les multiples sens du conte : historique, allégorique, ésotérique et maçonnique. lire ici exige plus que la simple maîtrise des lettres ; c’est une initiation.
La fée symbolise la lumière intérieure, la sorcière l’ombre et les monstres intérieurs. La forêt, lieu d’épreuves récurrent (Brocéliande, jungle de Tarzan), est un labyrinthe initiatique où l’on se perd pour mieux se retrouver, incarnant nature sauvage et transition. L’expression « c’est l’arbre qui cache la forêt » appelle au discernement. L’enfant, cœur pur, s’oppose au loup (bestialité) ou à l’ogre (avidité), comme dans le Loup et l’Agneau, où le pavé mosaïque (noir et blanc) reflète dualité. Le Petit Poucet regorge de tels symboles, à décrypter selon son niveau de compréhension.
Le contexte : misère et abandon
La misère des parents symbolise leur incapacité à nourrir leurs sept fils, matériellement et spirituellement. Conscients de leur déchéance, ils envisagent l’abandon, acte d’horreur dénoncé par Perrault en première lecture. Symboliquement, c’est laisser s’éteindre une flamme intérieure par négligence, une ruine morale et spirituelle. Le Petit Poucet, dernier et malingre, surnommé ainsi (diminutif de pouce), se distingue par sa curiosité : il écoute aux portes, réagissant avec des cailloux blancs – symbole de pureté, lumière et spiritualité naissante. La pierre (matière) et l’enfant (pureté) s’unissent dans cette image.
Le Petit Poucet au Lit
Abandonnés, les frères cèdent à la peur, sauf le Petit Poucet, qui suit ses cailloux pour revenir. Pourtant, l’histoire évolue : les parents, dotés d’argent (richesse spirituelle potentielle), retombent dans l’inertie. Le Petit Poucet, caché sous un tabouret, entend à nouveau leur plan. Sans cailloux, il éparpille son pain – symbole multiforme – mais novice, il sème superficiellement, et les oiseaux (mauvais augure) le dévorent. La nourriture spirituelle, semée en profondeur, est imputrescible ; la matérielle, éphémère.
L’initiation : de l’ogre aux bottes de sept lieues
Persévérant, le Petit Poucet grimpe sur un arbre, voyant une lumière – quête spirituelle – mais elle le mène à l’ogre, rustre et prédateur. Sa femme, parcelle d’humanité, retarde l’inéluctable, soumise à ses instincts. Dans la chambre, deux lits (dualité) attendent : l’un vide, l’autre avec les sept filles de l’ogre, couronnées d’or (matérialité). Le 7, chiffre d’accomplissement (chakras, péchés capitaux), évoque une loge juste et parfaite. Éveillé, le Petit Poucet échange bonnets et couronnes, rétablissant les vraies valeurs : les auras spirituelles brillent sur ses frères.
L’ogre, aveuglé par ses pulsions, dévore ses filles, éliminant sa propre bestialité. Furieux, il chausse ses bottes de sept lieues (28 km, distance initiatique) pour traquer les garçons. Endormi sur un rocher creux – cabinet de réflexion ? –, il perd ses bottes, volées par le Petit Poucet. Ce dernier ramène ses frères, faisant des « pas de géant » vers la maîtrise de soi, loin de sa condition initiale.
Devenu « grand », il voyage, rencontre la sagesse (le Roi, figure spirituelle), s’enrichit (or philosophal ?) et sauve sa famille. cette richesse intérieure – pas matérielle – évoque Ulysse, Jason ou le Graal, symboles de quête intérieure.
Conclusion : de la bestialité à la sagesse
Autour du Petit Poucet, parents et frères végètent dans ignorance et turpitude. Perrault dénonce la misère intellectuelle, source d’actes horribles. Le Petit Poucet, muet mais attentif, use de son intelligence pour triompher. Son message : chacun, quel que soit son état, peut devenir maître de soi via devoir et responsabilité, vainquant la bestialité par la sagesse. Le conte oppose maison terrestre (parents) et maison de vie (Roi), appelant à couper le cordon ombilical pour trouver son Orient.
Les ogres – avides, dominateurs – s’opposent au Petit Poucet, qui affaiblit les ténèbres sans nuire, laissant l’ignorant accéder à la lumière. La richesse intérieure enrichit l’extérieur, servant autrui avant soi. Du bonnet à la couronne, il retourne au Père, comme David vainquant Goliath, transformant faiblesses en forces. Un poème anonyme conclut :
« Parfois, c’est ce marmot qui sauve la famille. »
Bibliographie succincte
Les 8 contes de ma mère l’Oye (Perrault)
Grimm : Tom Pouce, La maison dans la forêt, Petit frère petite sœur
Andersen : Le Petit soldat de plomb
Réponses possibles
Dans une version, les parents dilapident l’argent en orgies, incarnant misère matérialiste. Dans une autre, l’ogre engraisse les garçons pour les saler, confirmant la vanité de la nourriture profane face à la spirituelle.
Ce conte, paru en 1697, reste un miroir initiatique, où le Petit Poucet guide vers la lumière, pierre par pierre, pour qui sait lire entre les lignes.
Les questions de la dignité et du respect de l’Autre, qui présentent des dimensions multiples, d’ordre philosophique, religieux, spirituel et juridique, est au cœur de notre réflexion, comme elle mérite d’être l’inspiratrice de nos actions. Il y a deux siècles et demi, Kant énonçait que la dignité est le fait qu’une personne humaine ne doit jamais être traitée seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi.
On pourrait dire aussi qu’aucune personne humaine ne doit jamais être traitée comme un objet, mais seulement comme un sujet. De là découle naturellement le respect que je lui dois, en même temps que la responsabilité qui lui revient, en tant qu’être pensant, et ce, d’autant plus qu’il est libre de ses pensées, quand bien même il ne le serait pas de ses actes.
Paul Ricoeur Balzan
Quelle que soit sa naissance, quel que soit son parcours, toute personne a droit au respect absolu de sa dignité. C’est ce qu’exprimait, beaucoup plus près de nous, le philosophe Paul Ricoeur lorsqu’il écrivait, en 1988 :
« quelque chose est dû à l’être humain du fait qu’il est humain ».
Le respect dû par chacun de nous à toute personne humaine est inconditionnel, quels que soient l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, l’identité de genre ou l’orientation sexuelle, la religion, la condition sociale ou l’origine de l’individu en question.
Naturellement, j’entends certains parmi vous dire, avec juste raison, qu’il convient de respecter non seulement tout être humain, mais aussi toute créature vivante, tout animal sauvage que l’on ne saurait tuer par plaisir, autrement que s’il est menaçant, non plus qu’un animal d’élevage, qui ne doit aucunement être maltraité. Et j’entends tout aussi bien ceux qui font justement remarquer que c’est la nature tout entière qu’il nous faut respecter, car l’homme n’est qu’un élément d’un écosystème global, auquel les végétaux, les montagnes, les mers et les rivières appartiennent tout autant que nous, et à dire vrai depuis bien plus longtemps que nous.
Mais je vais concentrer mon propos sur la dignité de l’être humain en ce qu’elle a d’intangible, et sur le respect absolu qui est dû à chacun en cette qualité.
Et s’il fallait justifier cette focalisation, je vous dirais que seul semble-t-il l’homme tue, violente, dégrade et maltraite son prochain par cruauté, malice, plaisir ou désœuvrement, pour l’exploiter, voire au nom d’une idéologie extrémiste qui rejette l’autre simplement parce qu’il est l’autre, simplement parce qu’il est différent.
Un demi-siècle avant que la République en fasse sa devise, les Francs-maçons de la Grande Loge de France avaient adopté ce triptyque que nous connaissons tous : Liberté – Egalité – Fraternité.
La liberté dont il est question ici doit être comprise dans toutes les acceptions du terme.
Nul ne doit être asservi, être l’esclave d’autrui, sous quelque forme que ce soit.
Nul ne peut être contraint dans sa pensée, sa croyance, son expression. Naturellement, cette liberté que chaque être humain peut revendiquer pour lui-même, chaque être humain doit la reconnaître à autrui.
Je suis libre de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, d’aimer – ou d’ailleurs de ne pas aimer – qui je veux, d’avoir telle opinion ou telle préférence politique, et si je revendique ces libertés pour moi-même, je dois évidemment les consentir à autrui. La liberté impose donc la réciprocité, la pluralité et donc la tolérance. Il est donc déjà question ici du respect d’autrui
L’égalité, le second terme du triptyque, est reliée au premier.
Dire que l’autre et moi sommes égaux, cela signifie en particulier que le point de vue de l’autre a la même valeur que le mien, même si je ne le partage absolument pas et même si je le considère infondé. Je peux combattre le point de vue de l’autre s’il exprime une idée que je juge dangereuse, ou malfaisante ; cela ne doit pas m’empêcher de le respecter en tant que tel, et pour cette raison, de laisser l’autre l’exprimer. Encore une fois, la réciprocité suppose simplement que je puisse – et même que je doive – exprimer à mon tour mon point de vue et le faire valoir. Vous connaissez la formule prêtée à Voltaire, bien qu’il ne l’ait en réalité jamais prononcée :
« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ».
Peu importe que le sage de Ferney n’ait jamais tenu ni écrit ces paroles, nous pouvons en faire nôtre le sens ultime : le droit de l’autre à exprimer son point de vue est égal au mien. Et c’est cette égalité qu’il m’importe de défendre.
L’égalité est une expression essentielle du respect de la dignité d’autrui : il faut affirmer en effet l’égale dignité entre les humains quelle que soit leur origine, leurs croyances, leurs convictions… La seule condition, je le répète, est que la dignité et la liberté de chaque individu soient respectées, la mienne y compris, ce qui veut dire réciprocité.
Et naturellement, vous comprenez que cette réciprocité, cette reconnaissance de l’autre comme une personne, nous amène à la notion de fraternité.
L’autre est mon frère, mon frère ou ma sœur en humanité. A ce titre, je lui dois le respect que je revendique pour moi-même. Et à la vérité, je ne peux revendiquer le respect pour moi-même que si je l’accorde à l’autre, quelle que soit sa différence.
Cette notion de la valeur de l’autre, quel qu’il soit, est pour nous fondamentale.
Matt Damon à la Berlinale de 2024
Peut-être certaines ou certains d’entre-vous se souviennent de l’excellent film de Ridley Scott inspiré d’un roman de Andy Veir « Seul sur Mars », avec Matt Damon. Comme souvent dans les œuvres de science-fiction, le synopsis peut nous amener à un constat qui vaut autant pour l’humanité que nous connaissons que pour d’hypothétiques temps futurs.
L’histoire, donc, est celle d’une première mission sur Mars, au cours de laquelle un astronaute est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais en fait, cet astronaute a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. Pendant qu’on s’active à la Nasa pour tenter de le sauver, ses coéquipiers, mis au courant qu’il est vivant, vont faire demi-tour malgré le véto formel de la Nasa pour le récupérer, au péril de leurs vies.
Premier constat : même s’il dispose de moyens et de technologies qui lui permettent de survivre, de se nourrir, de boire, de se protéger du froid glacial ou de la chaleur extrême, un humain cherche avant tout à communiquer, à échanger avec d’autres humains, à partager ses craintes comme ses espoirs.
On se souvient ici des aventures de Robinson Crusoé.
Deuxième constat : pour un humain normalement constitué, la vie d’un autre être humain, surtout s’il le connaît ou si simplement il peut le voir et l’entendre, a une valeur sacrée qui peut aller jusqu’à justifier qu’il se sacrifie pour lui. Pensons par exemple aux volontaires de la société de secours en mer, ou à nos sapeurs-pompiers. On pourrait ajouter qu’aux deux âges extrêmes de la vie, aucun humain ne peut venir au monde ni survivre seul. La valeur première intangible sur laquelle nous pouvons nous accorder est la valeur de l’autre.
Déclaration des droits de l’Homme
Et puisque nous sommes conduits à vivre ensemble, il faut comprendre cette injonction comme « vivre tous ensemble ». Cela signifie agir en faveur de ce qui participe à accueillir, intégrer, inclure. Cela signifie respecter en toutes circonstances la dignité de l’autre, quelle que soit sa différence, et même, s’il y a lieu, quelle que soit sa déviance.
Max de Haan, un franc-maçon néerlandais qui fût professeur de philosophie et recteur de l’Université de La Haye a écrit que la franc-maçonnerierecherche constamment ce qui unit les hommes et veut ignorer ce qui les sépare.
Chacun de nous croit connaitre les termes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Pourtant, nous n’en faisons qu’une citation incomplète, tronquée : tous les êtres humains naissent tous libres et égaux en droits. Restons-en là un instant, c’est-à-dire à l’égalité des droits reconnus à chacun.
Les instructions données aux policiers et aux gendarmes du RAID ou du GIGN sont de tout faire pour appréhender les criminels, meurtriers et autres terroristes, afin qu’ils soient remis à la justice et bénéficient, quelle que soit la gravité ou la barbarie de leurs crimes, d’un procès équitable, sans qu’il soit porté atteinte à leur dignité d’être humain, non plus qu’à l’intégrité de leur personne.
Les Francs-Maçons se définissent volontiers comme humanistes.
L’humanisme est une attitude philosophique qui revendique pour chaque humain la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines.
Selon le Dictionnaire de l’Académie française, l’humanisme vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité.
La relation entre humanisme et dignité humaine est manifeste, immédiate. Répondant à un journaliste, l’ancien Grand Maître de la Grande Loge de France Alain-Noël Dubart a eu cette formule explicite : C’est le respect de la dignité humaine dans la droite ligne de la pensée de Kant. Notre humanisme est celui de la Renaissance revisité par les Lumières ».
René Cassin
C’est à René Cassin que l’on doit la finalisation du texte de la Déclaration Universelle adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies.
Je voudrais attirer ce soir votre attention sur deux courts extraits. D’abord les trois premiers paragraphes du préambule :
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.
Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression…
Puis l’article premier, celui que nous croyons connaître mais dont nous omettons en général deux éléments pourtant essentiels :
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Car la liberté, l’égalité en dignité et en droits de tous les êtres humains ne sont que la conséquence du fait qu’ils sont tous doués de raison, tous dotés d’une conscience. Et appartenant tous à la famille humaine, ils ne sauraient agir entre eux que dans un esprit de fraternité.
C’est sur ce fondement qu’a été rédigé il y a fort longtemps le premier paragraphe de la Constitution de la Grande Loge de France, que je prends pour exemple et pour référence : La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité et constitue une alliance d’hommes libres, de toutes origines, de toutes nationalités et de toutes croyances ayant pour but le perfectionnement de l’Humanité.
Les Francs-maçons savent qu’il est un temps pour la réflexion, ils savent que la sagesse doit présider à toute construction, à toute action. Mais ils savent aussi que la conception doit être au service de l’action, et que celle-ci doit être poursuivie avec force, c’est-à-dire avec persévérance et détermination.
On pourrait, diront certains, faire preuve de tolérance.
Ils n’ont naturellement pas tort, mais la tolérance n’est que la première étape du chemin qui conduit à la pleine acceptation de l’autre. Tolérer, c’est ne pas rejeter, c’est laisser se produire ou subsister une chose qu’on aurait le droit ou la possibilité d’empêcher, c’est aussi supporter avec patience ce qu’on trouve désagréable, injuste. Mais rien de plus, j’allais dire : rien de mieux.
Dans le cadre de l’émission que la Grande Loge de France propose sur France Culture un dimanche matin par mois, le Frère intervenant a trouvé une jolie formule pour exprimer l’idée que je vous propose de méditer :
« la tolérance nous modère, le respect nous modèle, c’est-à-dire qu’il nous donne une forme qui nous érige en modèle d’humanité. »
Et d’ajouter, parce que respecter l’autre c’est entendre ce qu’il a à dire, c’est le laisser s’exprimer, quitte à lui porter la contradiction après l’avoir écouté :
« L’écoute de l’autre…sans l’interrompre, quelle que soit son opinion, son origine, ses croyances ou non, C’est un préalable à un dialogue constructif, où chacun a le droit à la parole et s’enrichit de celle de l’autre. »
Cette notion de dialogue respectueux de l’autre résume en fait un des engagements essentiels du Franc-maçon. Et c’est ce qu’exprime par exemple le nom des Fonds de Dotation ou Fondations qu’ont créé de nombreuses obédiences, institutions de mécénat qui ont pour objet d’aider à réaliser une œuvre ou une mission d’intérêt général, dans l’écoute et le respect de l’autre.
Mais ne faisons pas preuve d’angélisme ni de naïveté : pour promouvoir la dignité et le respect de chaque être humain, le chantier est à l’évidence encore immense, qu’il s’agisse de lutter contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination.
Chacun de nous, dans sa vie propre, à l’échelle de sa famille, de son quartier, de son administration ou de son entreprise, peut – et en fait doit – aussi promouvoir des valeurs actives comme la tolérance, la bienveillance et la fraternité pour cimenter ce socle commun que constitue l’idée d’humanisme, ou plus simplement celle « d’humanité ».
La liberté de pensée, la liberté qui doit être reconnue à chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, doit nous conduire à favoriser le dialogue entre laïcité, religions et spiritualités, sans a priori, sans exclusion d’aucune sorte.
Nombre de nos obédiences sont à l’image de cette société, plurielle, accueillante à des adeptes de toutes les religions, catholiques, protestants, musulmans, juifs, … mais aussi de toutes les formes de spiritualité, comme le bouddhisme ou le taoïsme, tout autant qu’à des agnostiques ou des athées. Nous sommes le contraire d’une secte, puisque nous sommes attachés au respect absolu de la liberté de pensée de chacun. Nous n’avons pas de gourou. Nous sommes une association selon la loi de 1901, et les présidents, qui sont appelés « Grands Maîtres », sont élus pour une durée maximum de trois ans.
L’ancien Grand maître, Marc Henry, viendra à Albi le 7 décembre animer une conférence. JDI (GLDF) – Grande Loge de France
Il y a quelques années le Grand Maître de la GLDF de l’époque, Marc Henry, s’adressant à des étudiants et à des élèves des grandes écoles, avait déclaré : « l’appartenance à une loge de la Grande Loge ne saurait se limiter à la production de discours touchant à la solidarité, l’humanisme, la dignité, etc., aussi élevés soient-ils, mais bel et bien par la réalisation de projets concrets portés par le ou les frères dans le cadre des structures de la société qui est la nôtre. »
Là est, je le répète, l’essentiel. La réflexion n’a de sens que si elle est au service de l’action.
La Franc-maçonnerie que nous pratiquons est dite « spéculative », par opposition à la franc-maçonnerie « opérative » des bâtisseurs de cathédrales. Mais nous sommes nous aussi engagés sur un chantier exigeant. Nous sommes en effet engagés à construire une humanité plus éclairée, plus juste, plus solidaire. Une société plus respectueuse de chacun.
La Franc-maçonnerie est discrète, même si elle n’est pas une société secrète. Mais cela n’empêche pas les Maçonnes et les Maçons d’agir dans leur entourage, dans la cité, non pas selon des mots d’ordre qui leur seraient donnés, mais au nom des valeurs, des principes et des vertus qu’ils perfectionnent en loge.
Je voudrais, avant de conclure et de vous donner la parole, partager avec vous sur trois thèmes qui font souvent l’objet de questions liées au thème de la dignité que nous abordons aujourd’hui.
Le premier est celui du respect que l’on doit non pas à l’autre, mais à soi-même. On peut ne voir là que narcissisme, auto-satisfaction et complaisance, mais c’est un peu court. La fierté, l’amour-propre, une juste estime de soi ne sont pas méprisables, au contraire.
Le personnage que je vois dans le miroir de ma salle de bains chaque matin est-il digne de mon estime, voire de mon respect, tandis que je suis le seul à pouvoir le juger en réelle connaissance de cause ? Suis-je digne de ma propre estime ? Est-ce que je mérite la dignité à laquelle je prétends ?
Je peux tromper mon entourage, les autres. Je peux aussi me tromper moi-même. Mais si je sais être honnête et sincère ne serait-ce que face à mon miroir, suis-je vraiment digne de me respecter moi-même, avant d’être respectable pour autrui ?
Il est donc essentiel de se respecter soi-même, à sa juste valeur, à son juste mérite et en assumant ses propres insuffisances, ses propres marges de progression. Car il va de soi que je ne suis pas parfait. Je cherche seulement à me perfectionner, à progresser plutôt qu’à régresser…
Faisant sans doute référence aux communiqués et prise de parole très fréquentes de certaines obédiences, notamment sur les questions d’actualité, le choix de la plupart des obédiences est sans équivoque : les instances nationales ne s’autorisent à alerter l’opinion publique que si de graves atteintes sont portées aux libertés fondamentales, à la dignité et aux Droits de l’Homme.
En plus de 37 années d’appartenance à la Franc-Maçonnerie, je n’ai été invité qu’à deux reprises à exprimer mon attachement à ces valeurs essentielles et sur lesquelles on ne saurait transiger, en marchant avec mes Frères, cordon ou sautoir en évidence, après l’attentat de la rue Copernic et après le drame de Charlie Hebdo.
On voit donc l’importance qu’ont à nos yeux ces thématiques essentielles.
Second thème : on nous demande souvent pourquoi nous persistons à être une obédience masculine, pourquoi nous ne recevons pas les femmes lors de nos travaux rituels.
Ne serait-ce pas faire insulte à leur dignité ? La réponse est donnée par les faits, par l’histoire.
Maria Deraismes
Ce sont des Frères de la Grande Loge Symbolique Ecossaise, intégrée depuis à la GLDF, – qui ont, par un petit subterfuge réglementaire, initié en 1882 la première femme, Maria Deraismes, puis, à l’initiative de notre Frère le Dr Georges Martin, rejoint cette dernière pour créer une nouvelle loge, devenue rapidement la Grande Loge Mixte « le Droit Humain ».
Ce sont encore les mêmes Frères qui, quelques semaines après la Libération en 1945, ont voté l’abrogation des textes anciens qui n’autorisaient que des loges féminines dite d’adoption, subordonnées à des loges masculines. Ainsi était rendue possible la création d’une obédience féminine indépendante, l’Union Maçonnique Féminine de France, qui deviendra en 1952 la Grande Loge Féminine de France, travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Qu’elles soient membres d’une obédience mixte ou strictement féminine, nos Sœurs sont donc des Maçonnes de plein droit, et nous avons entre nous et entre nos obédiences des liens étroits et fraternels. La dignité de l’autre est pour chacun de nous une valeur sacrée, sur laquelle on ne saurait transiger. Respecter, faire respecter la dignité de chaque être vivant est un devoir absolu, un impératif catégorique. Être reconnu, fût-ce et y compris dans sa différence quelle qu’elle soit, est un besoin vital de chaque être humain. C’est aussi un droit absolu, imprescriptible.
De ce droit découle que nul ne peut être un sujet, au sens d’une personne et non d’un objet, sans un autre qui reconnaisse sa dignité et les droits qui s’y attachent, au-delà de son altérité, quand bien même elle serait radicale.
Il n’est pas de sujet sans un autre qui le reconnaisse comme tel dans sa différence.
La première étape dans la reconnaissance de l’autre comme un être humain respectable en tant que tel, au-delà de l’humanisme en tant que doctrine, en tant que principe philosophique, c’est de s’efforcer de le comprendre, et à tout le moins de le connaître.
Reconnaître, c’est tenir pour véritable. Comment pourrait-on totalement reconnaitre l’autre comme l’un de ses semblables sans avoir cherché à le connaitre, à le comprendre, à savoir ce qu’est son histoire, ce qu’est son référentiel, ce que sont ses valeurs, ses principes ?
Connaître l’autre, c’est la première étape vers accepter l’autre, le respecter pour ce qu’il est, parce qu’il est. C’est la première étape vers aimer l’autre. Quelle que soit votre foi ou votre croyance, vous connaissez le commandement qui nous appelle à la fraternité : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Car tout, au fond, n’est qu’une histoire d’amour…
Et s’il fallait une raison pour que nous fassions tous de ce respect de l’autre et de sa dignité un élément central de notre propre vie, je terminerai en citant l’anthropologue Charles Gardou qui dédie l’un des ouvrages qu’il a dirigé par ses mots :
A ceux qui croient que, faute d’apprendre à se reconnaître comme des semblables et à vivre ensemble en bonne intelligence, nous risquons de disparaître ensemble comme des sots.
Nous parlons souvent en Franc-maçonnerie de symbolisme en s’appuyant sur les outils que nous utilisons depuis des siècles en géométrie… Sommes-nous toujours dans le monde des bâtisseurs, sommes-nous bloqués sur le mode point mort, sommes-nous sur le point de basculer vers des technologies qui vont nous ouvrir de nouvelles connaissances… ?
Lors d’une de mes dernières visites en loge, j’ai eu l’occasion d’assister à une initiation. C’est cette soirée qui m’a inspiré ces quelques lignes que je vous propose dans la courte vidéo ci-dessous :
Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique, et vous tous qui aimez la beauté des lieux, bienvenue en Euskal Herria – le Pays basque, en espagnol País Vasco. À l’extrémité d’Hendaye, la corniche avance comme une proue entre falaises et prairies salées.
Antoine d’Abbadie d’Arrast
Là s’élève Abbadia, château-observatoire voulu par un savant voyageur, Antoine d’Abbadie d’Arrast (1810-1897), né à Dublin d’un père basque et d’une mère irlandaise, esprit polyglotte, géographe, ethnologue, linguiste et astronome, membre puis président de l’Académie des sciences.
Rien d’une fantaisie décorative : Abbadia est l’outil d’une vie
Antoine d’Abbadie d’Arrast revient d’Abyssinie avec des relevés, des manuscrits, des cartes, des amitiés et une curiosité intacte ; il collecte, classe, publie, encourage les jeunes chercheurs, défend la langue basque, organise des concours populaires. Il épouse Virginie de Saint-Bonnet, compagne de route et d’ouvrage, et lègue à l’Académie, à sa mort, le domaine et l’observatoire pour que la recherche continue. Sa bibliothèque comptera plus de onze mille volumes ; sa devise, « Plus estre que paraistre », donne le ton.
Dessin-publié-dans-une-revue-américaine-en-1898
Pour un franc-maçon, c’est un viatique. Être plutôt que paraître, c’est préférer l’atelier au théâtre, la taille au discours, la patience du trait à l’ivresse de l’éclat. Tu y reconnais l’exigence du cabinet de réflexion qui dénude les vanités et ramène chacun à l’essentiel, la pierre à dégrossir, l’outil à apprivoiser, la parole à retenir jusqu’à ce qu’elle devienne juste. Être plutôt que paraître, c’est consentir à l’ordinaire du travail bien fait, à l’angle exact, à la ligne tenue, à cette discrétion qui laisse la place à la lumière sans s’y mirer. C’est préférer la justesse à la réussite, la qualité du geste à la visibilité, l’élévation intérieure à la verticale des honneurs.Dans l’Ordre, cela se lit comme un refus des parades et des réseaux d’influence, une fidélité au silence fécond, à l’humilité active, à l’alliance de la conscience et de l’action. À Abbadia, la maxime devient architecture de vie : un savoir qui ne s’exhibe pas, une maison qui pense, un regard qui pèse ses mots. Pour nous, elle indique la voie – que la tenue intérieure l’emporte sur l’apparence, que la vérité se cherche dans l’ouvrage et qu’au bout du chantier, l’homme vaut par ce qu’il est, non par ce qu’il affiche.
Entée principale
Le site d’abord
Abbadia se tient sur un balcon géologique unique : strates basculées, falaises vivantes, criques et “roches jumelles” qui découpent l’Atlantique. Les vents y tiennent école, les oiseaux y font halte avant les Pyrénées. Le Conservatoire du littoral protège aujourd’hui landes atlantiques, haies bocagères, pelouses aéro-halines ; on croise brebis manex, faucon crécerelle, grand corbeau, et parfois la furtive coronelle grise. Marcher ici, c’est lire un manuel de nature grandeur réelle, où chaque coupe de falaise raconte une ère, où chaque sentier réapprend la mesure du pas.
L’architecte ensuite
On cite Abbadia pour son néogothique. Il faut entendre ce mot comme l’entendait Eugène Viollet-le-Duc (1814 – 1879), esprit de méthode plus que de pastiche, pour qui la forme découle de la fonction et la structure énonce sa logique. Théoricien du chantier moderne avec son Dictionnaire raisonné de l’architecture française et ses Entretiens sur l’architecture, restaurateur deNotre-Dame de Paris, de la cité de Carcassonne, de Vézelay, de Pierrefonds, il apporte ici la même clarté constructive.
À Abbadia, il règle l’ordonnance, simplifie les circulations, soigne l’accueil, cadre les vues, donne sens au vestibule et aux escaliers. Son proche collaborateur Edmond Duthoit prolonge l’intention par la polychromie, les boiseries, les salons dits orientaux nourris d’études sérieuses plutôt que d’un exotisme de salon. On franchit un porche où la pierre parle déjà la langue de la maison, avec inscriptions gaéliques et basques, bestiaire sculpté, visées précises vers La Rhune.
À l’intérieur, tout répond à un usage, chaque matériau sert une idée, du cuir de buffle de la salle à manger aux vitraux héraldiques, des faïences à la serrurerie. Abbadia devient un art total avant la lettre, alliance d’un commanditaire savant, d’un architecte exigeant, d’artisans virtuoses et d’un paysage qui fait corps avec l’édifice.
Escalier-principal
Le propriétaire enfin, dans sa maison
Au rez-de-chaussée, vestibule et fresques éthiopiennes rappellent ses années de terrain et un respect attentif des cultures rencontrées. À l’étage, la bibliothèque – charpente apparente, galerie en châtaignier, proverbes basques sur les poutres – dit la patience du classement et la joie d’apprendre. Plus loin, la chapelle, sobre et recueillie, accueille fermiers et voisins ; la chambre de Virginie s’ouvre sur une tribune afin qu’elle suive l’office.
La chapelle
Dans l’aile nord-ouest, l’observatoire “Ohartzea” loge la lunette méridienne décimale : instrument rarissime gradué en 400 grades, capable de mesures d’une finesse étonnante pour l’époque. On y a enregistré le pouls de la Terre, ses infimes inclinaisons, ses marées solides ; l’observatoire fonctionnera jusqu’aux années 1970. Dans l’escalier, la statued’Abdullah, jeune Oromo affranchi et compagnon de route, lève un flambeau : mémoire d’une vie partagée, rappel que la science se fait avec des visages, des fidélités, des risques.
Escalier-hélicoïdal-de-la-tourelle-sud
Reste l’expérience de visite. Abbadia n’intimide pas, il accueille. Les devises multiples – basque, arabe, latin, anglais, irlandais – tissent une maison polyglotte ; les salons bleus, le fumoir, le “boudoir persan”, les chambres d’Éthiopie et de Jérusalem composent une géographie intime, où les voyages redeviennent usage quotidien. Rien d’ostentatoire : une élégance d’ingénieur, un goût très sûr pour l’utile beau, la joie de relier la carte et le territoire.
Si tu viens, prends le sentier de corniche. Laisse l’Atlantique te donner l’échelle. Entre par le porche, lève les yeux, écoute les langues de la maison. Dans la bibliothèque, choisis un proverbe comme viatique. Puis, dans l’observatoire, imagine la nuit d’hiver où l’on règle la lunette au dix-millième de grade. Tu comprendras ce que voulait Antoine d’Abbadie : une demeure qui pense, un paysage qui enseigne, une science qui se partage.
Abbadia, une arche de la connaissance ancrée en pays basque est aussi un travail à 4 mains : Céline Davadan, Philippe Heckmann, Alain Balasse, Alain Corrente publié aux Cosmogone en 2021.
À la semaine prochaine pour une nouvelle découverte…
Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers du pays Basque !
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz
« Connais-toi toi-même » : cette maxime, gravée il y a plus de 2 000 ans sur le pronaos du temple d’Apollon à Delphes, résonne comme le cœur battant de la sagesse maçonnique. Dans un monde saturé de bruit et de distractions, elle retrouve une actualité saisissante grâce à la franc-maçonnerie, institution millénaire qui en a fait un pilier de son enseignement. Popularisée par Platon et incarnée par Socrate, qui invitait à explorer son intériorité avant de scruter les mystères divins, cette injonction transcende les époques.
Mais que signifie-t-elle vraiment dans le cadre maçonnique ?
Bien plus qu’une introspection passagère, elle engage un travail profond, méthodique, visant à façonner un être meilleur. Voici une exploration concise mais complète de cette quête, guidée par les symboles et les valeurs de la franc-maçonnerie.
Une maxime intemporelle : de Delphes à la loge
Née dans l’Antiquité grecque, « Connais-toi toi-même » s’impose comme un appel universel à la connaissance intérieure. Socrate y voyait le fondement de la philosophie : « Une vie sans réflexion ne vaut pas la peine d’être vécue. » Pour les Francs-maçons, cette maxime n’est pas une relique, mais un outil vivant. Elle suggère que comprendre sa propre vérité – ses forces, faiblesses, passions – ouvre une voie vers la Divinité, qu’ils nomment Grand Architecte de l’Univers (GADU), Tao, ou Allah, selon les croyances.
Ésotériquement, elle reflète une correspondance entre microcosme (l’individu) et macrocosme (l’Univers), l’homme étant une image imparfaite mais perfectible de la création divine.
Ce voyage intérieur n’est pas abstrait : il est concret, architectural. Le Franc-maçon se définit comme un bâtisseur, non de cathédrales de pierre, mais de sa propre personnalité. Son temple est intérieur – un esprit juste, équilibré, vertueux. Pour y parvenir, il doit d’abord identifier ses « pierres brutes » : préjugés, défauts, impulsions. Par un travail conscient, il les polit en « pierres cubiques », symboles d’harmonie et de perfection morale. Cet « Art Royal » ne vise pas une perfection inaccessible, mais un progrès constant, une voie d’amélioration continue.
Une légende fondatrice : la sagesse cachée en soi
Une légende maçonnique illustre cette quête. Les dieux, alarmés par l’ignorance humaine qui pervertit la sagesse, décidèrent de la dissimuler. Ils la placèrent au centre de la Terre, au fond des mers, au sommet des montagnes – mais l’humanité, insatiable, la retrouva partout. Finalement, les dieux conclurent qu’elle serait à l’abri « en eux-mêmes », là où seuls les cœurs purs oseraient chercher.
Cette parabole place la Franc-maçonnerie comme gardienne d’outils, non de réponses dogmatiques. Elle n’impose pas de vérités, mais guide chacun vers sa propre lumière intérieure.
Les outils symboliques du « Connais-toi toi-même »
La loge offre un cadre fraternel où ces outils prennent vie. Le tablier, en peau d’agneau, symbolise le travail acharné requis pour se connaître, tandis que les gants rappellent la pureté d’intention dans chaque action. L’équerre invite à aligner ses actes sur la droiture et l’équité ; le compas, à modérer ses désirs et à respecter autrui. Le niveau souligne l’égalité fondamentale entre tous, cultivant l’humilité ; le fil à plomb teste la solidité de nos convictions, exigeant une rectitude intérieure.
Ces symboles, manipulés dans les rituels, transforment la réflexion en pratique quotidienne.
La sagesse, selon les maçons, n’appartient à aucune école ou religion : elle réside en chacun. Les loges, comme des phares, éclairent ce trésor intérieur. « Connais-toi toi-même » devient alors un salut divin aux visiteurs du temple, un vœu de sagesse pour qui ose se gouverner avant de gouverner les autres. Sans cette autoconnaissance, impossible de développer sa nature ou d’aspirer à un leadership éclairé.
Un cheminement collectif en loge
Le travail maçonnique s’épanouit en loge, communauté de chercheurs soutenant mutuellement leur quête. Ce n’est pas une fin, mais un moyen : un fondement pour une vie épanouie, traduite par un engagement sociétal. Un individu qui se connaît – maîtrisant ses impulsions, agissant avec conscience – devient un citoyen libre, tolérant, dévoué au bien commun.
En 2025, alors que le monde oscille entre chaos et espoir, ce message résonne : la transformation personnelle est le levier d’une société plus juste.
« Connais-toi toi-même » n’est pas qu’un adage : c’est une invitation à bâtir, pierre par pierre, un temple intérieur qui éclaire le monde.
La spiritualité est une dimension de soi-même qui se cultive comme un être vivant, auquel il faut du temps pour croître et s’épanouir, dont la première graine est l’initiation au premier degré de tous les rites quels qu’ils soient depuis les Anciens Égyptiens. Dès l’origine de la Franc-Maçonnerie, cette « croissance » naturelle qui s’effectue d’elle-même s’accompagne dans l’imaginaire des Maçons de la « croyance » préalable en un Grand Architecte de l’Univers, devenue même « régulièrement » dans certains Ordres et Rites une condition nécessaire pour être initié(e).
Le pasteur James Anderson commence ainsi en 1723 son Livre des Constitutions : « Adam, notre premier parent, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’univers, dut avoir les Sciences libérales, particulièrement la Géométrie, écrites dans son cœur ; car même depuis la Chute, nous en trouvons les principes dans le cœur de ses descendants. » Par ailleurs, les Maçons qui cultivent en eux-mêmes leur graine de spiritualité retournent régulièrement au premier paragraphe de ces Constitutions et s’attachent à n’être « ni Athée stupide ni Libertin irréligieux » : « Concernant Dieu et la Religion, un Maçon est tenu de par son Rang, d’obéir à la Loi Morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irréligieux.«
Les travaux des Maçons sont ainsi déterminés depuis 1723 par les mots « jamais (ni) athée stupide » et « ni libertin irréligieux« , une double dénégation et un double paradoxe où chacun peut projeter ses propres convictions et croyances sans craindre de se heurter à celles de ses frères et sœurs en Maçonnerie ou de s’égarer soi-même. Tout en stimulant l’imaginaire par des paradoxes, ces dénégations recentrent les réflexions et la quête des Maçons sur un fond spirituel et dans un espace secret et sacré à construire en soi-même en prenant son temps, médiateur entre l’homme et la divinité. « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. » écrit Nicolas Boileau dans son « Art poétique« , où il ajoute, ce qui ne manque pas de « sel » en Maçonnerie : « Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent« .
Tout est dit par ces mots, mais tout reste à faire… L’élévation spirituelle ne se décrète pas et ne résulte pas d’un titre reçu à la naissance ou conféré par une autorité supérieure, mais s’acquiert par un travail « régulier« , soutenu à la fois par chaque Maçon et Maçonne en son for intérieur et par ses frères et sœurs en Loge. Chacun(e) doit se résoudre à s’éloigner des idées générales où tout et son contraire peuvent être dits et même « pré-dits » par d’autres, pour se retourner vers soi-même et risquer d’affronter des zones d’ombres et des questionnements sans réponses.
Chaque Maçonne et Maçon tend ainsi à remplacer progressivement dans ses travaux les réflexions d’ordre général par des sujets où l’emploi du pronom « je » est associé à des verbes conjugués qui l’impliquent personnellement, à commencer par les mots « Qui suis-je ?« .
Tout commence lors de l’Initiation au premier degré et la scène du miroir où l’initié(e) projette son image, quand le « je » muet, encore « interdit » sous le coup des émotions ressenties lors de la cérémonie, aperçoit cet être extérieur à lui-même et à elle-même qui le (la) constitue et paradoxalement demeure très loin de la dimension intérieure à laquelle il (elle) aspire dorénavant. C’est en apprenant à faire coexister ces deux dimensions extérieure et intérieure, en soi-même et lors des travaux collectifs en Loge, que se révèle le matériau universel par lequel s’élabore l’initiation maçonnique : le langage et ses analogies de sens qui se croisent de plus en plus souvent et intensément dans les paroles écrites et les planches d’orateurs aux titres divers.
Dès l’origine deux voies s’offrent aux Maçons pour travailler ce matériau, soit en démultipliant le sens des mots et des idées véhiculés par le langage, soit en les « réduisant » comme en cultivant un « banzaï » intérieur, à l’essentiel pour les recentrer sur la raison d’être de l’initiation : l’élévation spirituelle du sujet pensant et parlant, par l’activation du « je » central et de ses potentialités reconnues et restaurées. D’un côté la croissance exponentielle des mots et le foisonnement des idées dans de longs discours, semblables à la croissance débridée du feuillage des arbres, de l’autre leur coupe régulière par la limitation des écrits et des paroles à des thèmes de réflexion réducteurs en apparence, mais rapprochant le sujet pensé du je, sujet pensant agissant. D’un côté des thèmes de réflexions et des connaissances générales, multiples et variées, de l’autre des thèmes restrictifs à dominante symbolique, régulièrement re-travaillés.
Ces deux voies initient deux cultures maçonniques qui, sans s’opposer radicalement, demeurent rivales et canalisent différemment l’ardeur et l’énergie des Maçons au travail, « L’une est de se préoccuper des hommes et de la société, ce qui conduit à ce que nous appellerons un Ordre de société, d’essence philanthropique et progressiste. L’autre est de nature spirituelle et recherche l’Initiation. On parle alors d’un Ordre Initiatique et Traditionnel. Toutes les francs-maçonneries existantes participent plus ou moins et de l’Ordre de société et de l’Ordre Initiatique. » (Claude Guérillot, Le Rite de Perfection)
Dans le Temple, la Lune qui préside la colonne du nord est l’astre de la spiritualité qui n’aspire qu’à se révéler en conscience, mais qui se mérite et n’est perçue que par les Maçonnes et Maçons à l’écoute de leur cœur. Cette écoute s’apprenait et se pratiquait comme un art de vivre chez les Anciens Égyptiens, et se traduisait dans le langage par le mot (sḏm, sedjem), le verbe de l’audition le plus employé de la langue égyptienne ancienne qui pouvait signifier, selon les contextes, entendre, écouter, ou obéir. Car l’écoute permet à l’homme d’entrer en contact avec le monde qui l’entoure et avec son propre monde intérieur, et cela bien au-delà des limites physiologiques de l’organe de l’ouïe. Les Anciens Égyptiens donnaient un rôle majeur à l’audition dans le tissage des relations humaines. L’écoute était l’un des fondements de l’éducation égyptienne et de la littérature destinée aux scribes et à l’élite, et la société égyptienne semble n’avoir eu d’autre finalité que de produire des « sḏmỉ« , des écoutants.
« En tant que substantif, sḏm peut aussi désigner le serviteur. Le titre de sḏm-ʿš (sedjemach) signifie littéralement « Celui qui entend l’appel », et celui qui répond à l’appel, qui obéit. Dans certains cas, sḏm peut prendre un dernier sens qui est celui de juger« . (Sibylle Emerit, Autour de l’ouïe, de la voix, et des sons). Le jugement apparaît comme le résultat d’une écoute sélective qui débouche sur un choix ; le juge en égyptien ancien s’appelle d’ailleurs le sḏmỉ « l’écoutant« . Cette imbrication de sens montre que l’écoute et l’obéissance étaient perçues, par les Anciens Égyptiens, comme des valeurs essentielles à acquérir par les jeunes scribes lors de leur apprentissage. De nos jours, chez les Francs-Maçons, les Compagnons du Devoir, et les Rose-Croix, on apprend pareillement à écouter l’autre et à s’écouter soi-même, pour mieux se connaître, se reconnaître, et s’aimer.
La Lune est le passage du cycle au rythme, des séries de phénomènes cycliques omniprésents dans l’univers et en soi-même, à leur reproduction scandée et modulée comme pour les revivifier, pour leur donner du sens et même les faire parler. Le rythme est la sur-vie des cycles, comme la musique est une composition de cycles de notes et d’accords revivifiés par des rythmes variés. La Lune est l’art de les écouter depuis la naissance, comme tout ce qui résonne en soi-même à tous les niveaux, tous les phénomènes physiques et les pensées qui s’y produisent en rythme et tendent naturellement à entrer en résonnance les uns avec les autres.
Dans la Langue des Oiseaux, la Lune est l’art de résonner en raisonnant, résonner du cerveau droit en raisonnant du cerveau gauche, et ainsi croiser les pensées qu’ils génèrent au centre du cerveau et revivifier la conscience. Les Apprenti(e)s sur la colonne du nord apprennent en silence à “résonner” des paroles qui se croisent dans le Temple, tout en raisonnant par analogie pour intégrer le sens de ces paroles et faire émerger des sens nouveaux. Ils apprennent à déclencher régulièrement lors de ces croisements des étincelles de prises de conscience éclairant leur esprit et leur cœur qui les absorbe comme une éponge et se gonfle d’amour à mesure.
La connaissance horizontale matérielle et la conscience verticale spirituelle se concentrent ainsi dans leur cœur comme dans celui des Anciens Égyptiens pour qui un être intelligent était « délié du cœur« , et leur joie était appelée et écrite « dilatation du cœur« . L’intelligence du cœur est le sel de la vie qui permet de saisir la vie en général et la vie spirituelle en particulier, pour à la fois comprendre et aimer, car l’intelligence seule ne saisit qu’en surface le monde tant que le cœur ne pénètre pas l’écorce des êtres et des choses pour les saisir de l’intérieur.
Croix celte
La croix symbolise ce croisement régulier de l’axe de la connaissance horizontale et de la conscience verticale dans le cœur des êtres spirituels en occident, et c’est à chacun(e) qu’il incombe de construire sa propre croix. Le message du symbolisme initiatique en action est : construis ta croix de vie toi-même ! Mets sur l’axe horizontal tes connaissances dans tous les domaines qui s’accumulent en toi depuis que tu es né(e), dès ton premier souffle. Toutes les connaissances sont importantes, qu’elles soient acquises en jouant comme les enfants ou plus tard en étudiant. Tout est source de connaissance quand on aime sa vie, une vie pleine et gourmande des bienfaits distribués à profusion par la vie et par la Nature.
Et plus on aime sa vie, plus on stimule et fait grandir l’axe vertical de la croix où les connaissances prennent une autre dimension, celle de la conscience. Il n’y a rien de plus difficile à définir que cette transformation en soi-même d’une étincelle de connaissance en éclair de lumière illuminant la conscience, qui donne au corps une force nouvelle, à l’esprit de l’intelligence, et à l’âme de la légèreté. Ces étincelles de connaissances et ces éclairs de conscience éclairent en même temps le cœur, l’esprit et l’âme, et les inondent de leurs vertus. Des vertus sous formes de pensées théologiques, de médecine naturelle pour être bien en soi-même intégralement, et même pour être mieux que bien quand nous découvrons notre double nature terrestre et cosmique, car l’homme et la femme sont l’univers en miniature, microcosme dans le macrocosme. Toutes les vertus des minéraux, des plantes, de tout ce qui vibre dans la Nature, est positif dès que nous recueillons ces vertus comme des biens précieux.
Dali Montre explosée
Toute la vie prend ainsi peu à peu le sens d’une œuvre alchimique, d’un Opus témoignant d’un passage à accomplir en soi-même de la vie à une sur-vie, et ceci du vivant même des êtres spirituels accomplis. Auprès d’eux, la vie spirituelle pousuit son cours en toute sérénité en suivant les règles de la Nature et du cosmos, des cycles réguliers de travail et de prière déclenchant l’élévation de l’âme dans la dimension cosmique de l’être. Mais avant d’en arriver là, il convient de ne pas accélérer le temps indûment, et d’apprendre au contraire à le retenir, à contenir en soi-même cette tentation de l’accélérer pour laisser l’Œuvre intérieure de transmutation alchimique s’accomplir d’elle-même, sans le vouloir explicitement et sans l’exprimer par des mots, des noms ou des concepts quels qu’ils soient. Car pour les alchimistes ces mots et ces noms sont du combustible accroissant la puissance de leur feu, jusqu’à brûler et détruire l’œuvre déjà accomplie. Contenir l’accélération du temps comme la puissance du feu est ainsi tout un art, l’art de brûler soi-même intérieurement sans se consumer intégralement, l’art de penser Dieu, et non de penser à Dieu, sans le nommer.
Aujourd’hui cette connaissance et cette conscience n’ont pas bonne presse car elles exigent un minimum d’efforts intellectuels et se méritent. Elles se destinent aux hommes et aux femmes qui recherchent l’idée sous le symbole, à qui l’esprit sous la lettre ne fait pas peur, contrairement à ceux toujours plus nombreux qui se servent des œuvres des penseurs et des artistes pour les transformer en miroirs plats et s’y réfléchir eux-mêmes sans oser en franchir les limites. Pourtant, la pensée est toujours en mouvement, même pendant le sommeil, prête à connaître et vivre ces grands sauts et basculements spirituels. Et comment en serait-il autrement puisque tout est toujours en mouvement en soi-même et dans l’univers, et qu’une spiritualité épanouie est la finalité d’une existence accomplie ?
Le 23 octobre 2025, María Estela Vieras, sérénissime grande maîtresse de la Grande Loge Féminine d’Uruguay, a tenu une conférence à La Posta del Libro, en Uruguay. Cette rencontre visait à démystifier une institution souvent voilée de secret, en partageant ses valeurs et principes avec le grand public. Fondée en 2007, cette obédience rassemble aujourd’hui 1 100 femmes dans 24 loges à travers le pays, incarnant un engagement humaniste et progressiste dans un contexte latino-américain marqué par l’évolution des droits des femmes.
Voici un portrait complet de cette Franc-maçonnerie exclusivement féminine, ancrée dans une tradition initiatique tout en s’adaptant aux défis contemporains.
Un héritage régional : des origines chiliennes à l’autonomie uruguayenne
La Franc-maçonnerie féminine en Uruguay s’inscrit dans un mouvement plus large d’émancipation en Amérique latine, où les loges mixtes et féminines émergent souvent en réaction aux structures patriarcales traditionnelles. L’histoire locale remonte à la fin du XVIIIe siècle, avec l’arrivée d’émigrants et les invasions britanniques de 1807, qui introduisent des loges militaires. La Grande Loge d’Uruguay, fondée en 1856 sous l’égide du Grand Orient du Brésil, domine le paysage maçonnique, mais reste majoritairement masculine.
La branche féminine naît plus tard, influencée par le Chili. En 1994, la Grande Loge féminine du Chili crée la première loge uruguayenne, « Antawara n°7 ». Après plusieurs années d’opérations sous tutelle chilienne, trois loges – dont « Constructoras » à Paysandú – permettent l’autonomie. Le 3 mai 2007, en présence de délégations chiliennes, argentines et brésiliennes, la patente est accordée, marquant la naissance officielle de la Grande Loge féminine d’Uruguay. Cette obédience, membre de la Fédération américaine de maçonnerie féminine (FAMAF) depuis 2013, regroupe aujourd’hui des loges comme « Foi, Espoir et Charité », « Eleusis » (liée au Droit Humain) et « Constructoras », réparties dans des villes comme Montevideo, Salto et Paysandú.
À l’échelle régionale, elle s’aligne sur des initiatives comme le Centre de liaison international de la maçonnerie féminine (CLIMAF), fondé en 1982 par la Grande Loge féminine de France et son homologue belge, qui promeut l’échange entre obédiences féminines. En Uruguay, où la franc-maçonnerie compte environ 5 000 membres au total, cette structure exclusivement féminine représente un espace d’empowerment, contrastant avec les obédiences masculines traditionnelles.
María Estela Vieras : une figure inspirante au sommet
María Estela Vieras, sérénissime grand maître depuis plusieurs années, incarne l’engagement de cette obédience. Née en Uruguay, elle s’engage tôt dans la quête spirituelle et humaniste, rejoignant les rangs maçonniques dans les années 2000. Élue en 2021, elle mène une action dynamique : conférences publiques, comme celle de La Posta del Libro, et participations internationales, telles que le 165e anniversaire de la Grande Loge d’Uruguay en 2023 ou le colloque CLIMAF à Marseille en avril 2025.
Vieras, également active dans des médias comme Canal 4 ou EL PUEBLO, défend une maçonnerie comme « religion du travail », où l’expérimentation personnelle prime. « Le travail est notre religion, car à travers lui nous nous perfectionnons et faisons le bien », affirme-t-elle. Sa vision, teintée d’une spiritualité inclusive, met l’accent sur l’unité des loges et l’amour du prochain, tout en critiquant les dérives sociétales. Sous sa direction, l’obédience célèbre ses 14 ans en 2021, renforçant ses liens avec la FAMAF (incluant Argentine, Bolivie, Mexique, Pérou et Venezuela).
Des principes fondateurs : philosophie, humanisme et initiation
La Grande Loge féminine d’Uruguay se définit comme une institution philosophique, humaniste, philanthropique, progressiste et initiatique. Ces piliers, inspirés des Constitutions d’Anderson (1723) – qui posent tolérance, libre examen et fraternité –, s’adaptent à une perspective féminine.
Philosophique : Elle repose sur une philosophie de vie guidée par la réflexion éthique et morale. Les rituels, « outils de travail », connectent à une énergie supérieure, le « Grand Architecte de l’Univers », sans dogme religieux. Cela évoque les traditions maçonniques libérales, où la quête de vérité transcende les croyances.
Humaniste : L’accent est mis sur l’être humain, particulièrement la femme, dans un pays où les inégalités persistent. Les membres se perfectionnent intellectuellement, éthiquement, moralement et spirituellement, favorisant l’émancipation individuelle.
Philanthropique : Les actions sociétales – aide aux vulnérables, éducation – sont désintéressées, incarnant la solidarité sans retour. Des initiatives locales, comme à Paysandú, soutiennent l’inclusion et l’égalité.
Progressiste : L’obédience évolue avec la société, s’ouvrant aux débats contemporains sur les droits des femmes et la justice sociale, sans rigidité dogmatique.
Initiatique : Le rite d’initiation éveille les « facultés latentes », via symboles et rituels, pour une transformation intérieure. Seules les femmes engagées dans une quête personnelle sont admises, sans barrières ethniques, sociales ou religieuses.
Ces principes s’alignent sur ceux de la Grande Loge féminine de France (GLFF), qui influença indirectement le mouvement via CLIMAF : liberté de conscience, tolérance et perfectionnement de l’humanité.
Valeurs au cœur : tolérance, solidarité et amour du prochain
Au-delà des principes, les valeurs guident l’action quotidienne. La tolérance transcende les différences, favorisant un espace inclusif pour des femmes de tous horizons. La solidarité se traduit par des actions collectives, renforçant les liens fraternels. L’amour du prochain, pivot spirituel, inspire une éthique altruiste :
« Nous nous perfectionnons pour transformer la société en une plus juste, équitable et fraternelle »
martèle Vieras. « Seul changer soi-même permet de changer le monde. »
Ces valeurs, héritées de la maçonnerie universelle, s’adaptent au contexte uruguayen : lutte contre les inégalités de genre, promotion de la laïcité et réflexion sur l’héritage colonial. Elles rappellent Maria Deraismes, pionnière française initiée en 1882, fondatrice du Droit Humain, qui inspira les obédiences féminines latino-américaines.
Impact sociétal : une quête intérieure au service du collectif
Avec 1 100 membres, l’obédience influence discrètement la société uruguayenne, progressiste en matière de droits (légalisation du mariage gay en 2013, avortement en 2012). Les conférences de Vieras, comme celle du 23 octobre 2025, démystifient la maçonnerie, brisant le « silence absolu » qui l’entoure. Les loges, comme « Constructoras » à Paysandú, servent de laboratoires de réflexion, favorisant l’empowerment féminin dans un pays où les femmes représentent 52 % de la population mais restent sous-représentées en politique (20 % des parlementaires).
Internationale, l’obédience participe à la FAMAF, renforçant les échanges régionaux. Elle n’est pas une religion, mais un chemin d’autoconnaissance : « Toutes les femmes sont bienvenues, pourvu qu’elles cherchent en elles-mêmes », insiste Vieras.
Perspectives : un modèle pour l’émancipation féminine
En 2025, alors que l’Uruguay célèbre ses avancées sociales, la Grande Loge féminine d’Uruguay incarne une maçonnerie vivante, où spiritualité et action convergent. Sous l’impulsion de Vieras, elle vise à multiplier les loges et à approfondir les partenariats avec CLIMAF et FAMAF. Son message : transformer l’individuel en collectif pour une société fraternelle.
Une institution qui, par ses valeurs intemporelles, continue d’illuminer le chemin vers l’égalité, prouvant que la franc-maçonnerie féminine n’est pas un mystère, mais un engagement quotidien pour l’humanité.