Ali Bongo continue de cumuler les moindres parcelles de pouvoirs même ésotériques. Bien que musulman affirmé, il a été élu sans surprise ce samedi à la tête de la Grande loge du Gabon (GLG) au terme de la 38e assemblée générale de son histoire. Celle-ci a eu lieu dans un temple franc-maçon de la capitale gabonaise en présence de plusieurs grands maîtres de grandes loges européennes et africaines. Le Grand maître de la GLG a été installé le même jour dans ses fonctions par Jean-Pierre Rollet, Grand maître de la Grande loge nationale française (GNLF).
Ali Bongo a conservé ce 12 novembre son trône de patron de la Grande loge du Gabon. D’autres personnalités de son régime ont également été promus. Il s’agit notamment de Lin Mombo, patron de l’ARCEP et concubin de la présidente de la cour constitutionnelle. Il a été promu pro-Grand maitre. C’est donc à lui qui reviendra la lourde tâche de seconder Ali Bongo en cas d’indisponibilité.
Lin Mombo, le numéro 2 de la plus puissante loge maçonnique du Gabon
Outre Lin Mombo, un autre époux d’une grande personnalité de la République est passé Ddéputé Grand maitre. Il s’agit de l’indéboulonnable Michel Mboussou, PCA de la Société équatoriale des mines et époux de l’actuelle présidente du Sénat. Avec ce grade, il est ainsi l’adjoint du pro Grand maître donc l’adjoint de l’adjoint d’Ali Bongo dans cette grande famille maçonnique du Gabon.
Plusieurs autres personnalités telles que les anciens ministres Blaise Louembe ou Guy Bertrand Mapangou ont notamment été promus assistants Grands maîtres. Il faut dire que la GLG a été consacrée dans le pays un 12 novembre 1983. Son responsable est élu pour 5 ans et est paradoxalement le véritable maître politique du pays. Ali Bongo étant arrivé à la tête de cette loge maçonnique quelque mois après la mort de son père Omar Bongo et son arrivée sur le trône présidentiel.
Ci-dessous, replongez dans l’installation dans la chaire du roi Salomon d’Ali Bongo Odimba , en novembre 2010, par le TRF François Stifani.
La GLNF et les Grandes Loges « filles » d’Afrique.
En 2008 à Washington, la Grande Loge du Gabon est élue pour accueillir, pour la première fois sur le continent africain, la prochaine Conférence Mondiale.
En novembre 2009, la capitale politique et administrative du Gabon, Libreville, réunit plus de quarante Grandes Loges venues du monde entier. Juste avant, le Grand Maître de la GLNF d’alors installe le nouveau Grand Maître du Gabon.
Le 3 juin 1980, quelques semaines après son Intronisation comme Premier Grand Maître de la Grande Loge de District du Gabon, le Président Omar Bongo (1935-2009) se voyait, pour sa part, décerner la Médaille du Mérite Maçonnique, la plus haute distinction de cette obédience.
Jugez-en par vous-même. Règlement général – Grande Loge Nationale Française – Principes Fondateurs – Statuts Civils – Règlement Intérieur/Suprême Grand Chapitre – Règles Générales
(GLNF, septembre 2021), article 13 : « Le Grand Maître, une fois installé, devient ex officio détenteur et Chef de l’Ordre du Mérite Maçonnique. Il peut dès lors attribuer cette distinction à tout Frère, membre de la GLNF ou appartenant à une Grande Loge Régulière, ayant rendu des services éminents à l’Ordre.
L’attribution d’une telle distinction se matérialise par la remise d’un diplôme et d’une médaille, en même temps qu’elle est consignée dans un registre tenu par le Garde des Sceaux ou, à défaut, par le Grand Secrétaire.
Le nombre total de médailles attribuées à des Frères de leur vivant ne peut être supérieur à douze (12), sans compter celle du Grand Maître en exercice.
Chaque médaille est nominative et porte un numéro unique, ainsi que le nom des Frères qui l’ont successivement portée.
Au décès du titulaire, son nom reste inscrit au registre et sur la médaille, laquelle peut à nouveau être attribuée. Tout Frère ayant quitté l’Ordre pour toute autre raison que ce soit sera radié du registre. »
L’ambition vous concerne quand vous poursuivez un but défini, si vous savez ce que vous voulez et menez les actions pour y arriver. Travailler avec une vision claire de ce que vous voulez est très stimulant et source de plaisir.
L’ambition de performance pousse à en faire toujours plus et mieux, mais cela peut être autant positif que dangereux.
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00:00:00 Introduction 00:00:40 Tour de table 00:14:20 Discussion de l’écriture du livre à propos de la FM et Lucifer 00:26:01 L’ambition 00:53:06 Conclusion de l’épisode
La Filikí Etería, Société amicale, Société des Amis, Société des Compagnons ou encore Hétairie des amis fut créée en 1814 à Odessa. C’était la plus importante des sociétés secrètes nées de la diffusion des idées de la Révolution américaine et de la Révolution française dans la société roumaine, serbe et surtout grecque des Balkans sous occupation ottomane : il y eut la société Frăția (Fraternité) dans les principautés de Moldavie et Valachie, la Skoupchina (Assemblée) serbe de Miloch Obrénovitch et surtout la Filikí Etería dont le but était l’indépendance de la Grèce.
La Filikí Etería fut autant une manifestation du sentiment national grec que la cause qui transforma ce sentiment national en insurrection. Elle connut des débuts difficiles, tant au point de vue du recrutement qu’au plan financier. Si elle ne réussit pas à convaincre Ioánnis Kapodístrias de prendre sa tête, Alexandre Ypsilántis accepta en avril 1820.
Elle joua un rôle fondamental dans la préparation et le déroulement de la guerre d’indépendance grecque. Ce fut à l’initiative de la Filikí Etería que le soulèvement se déclencha dans les principautés de Moldavie et Valachie et dans le Péloponnèse. Le 1er janvier 1822 (13 janvier 1822 dans le calendrier grégorien), l’indépendance grecque fut proclamée par l’Assemblée nationale réunie à Épidaure. Quinze jours plus tard, le drapeau de l’Hétairie était remplacé par le drapeau grec bleu et blanc. La Société était de fait dissoute.
Origine et influences
Emblème de la Filikí Etería. Les drapeaux portent l’abréviation de la devise de la société, qui est aussi aujourd’hui la devise de la Grèce : « ὴ Ελευθερία ή θάνατος », « La liberté ou la mort ».
Dès avant la parution du Chant de Guerre (Thourios, 1797) du poète grec Rigas ou de l’Histoire slavo-bulgare (1762) de Païssii de Hilendar, moine bulgare du monastère de Hilandar au Mont Athos, les aspirations de la « nation orthodoxe » sous domination ottomane se manifestent en quatre étapes :
1) initialement, les chrétiens orthodoxes rebelles à la domination ottomane forment des groupes de klephtes et de haïdouks, à mi-chemin entre le brigandage et le banditisme social ;
2) dans la deuxième étape, à la fin du xviiie siècle, les échos de la Révolution française soulèvent l’enthousiasme des intellectuels chrétiens des Balkans et éveillent leur désir d’émancipation. Ses militants, toutes origines confondues, se regroupent au début du xixe siècle dans des sociétés révolutionnaires secrètes dont la Filikí Etería est la mieux structurée ; le grec est leur langue commune et leur devise est ελευθερία ή θάνατος, libertatea sau moartea ou свобода или смърт : « la liberté ou la mort ». Cette deuxième période, « trans-nationale », prend fin dans les années 1820-1830 avec les débuts puis le succès de la guerre d’indépendance grecque, la révolution moldo-valaque et, peu après, avec les réformes de l’Empire ottoman ;
3) la troisième période va du milieu du xixe siècle à la guerre russo-turque de 1877-1878 et se caractérise par la séparation linguistique des révolutionnaires, et par une manifestation de moins en moins religieuse et de plus en plus nationale des identités et des aspirations : les comitadjis bulgares aspirent à recréer un grand état bulgare sur le modèle de ceux décrits par Païssii de Hilendar, les combattants de l’ORIM développent l’idée d’une autonomie macédonienne dans le cadre ottoman, tandis que les Grecs de leur côté, ayant obtenu l’indépendance de leur pays, aspirent désormais à l’agrandir pour regrouper ainsi le maximum possible de populations hellénophones sous leur bannière. Toutefois, cette séparation et les rivalités qu’elle engendre, notamment en Macédoine, ne les empêche pas encore de rester solidaires face à l’Empire ottoman jusqu’à la première guerre balkanique incluse ;
4) la quatrième période, déjà annoncée par le Congrès de Berlin (1878), se manifeste par la deuxième guerre balkanique : dorénavant, les divers mouvements sont clairement rivaux et le côté religieux a complètement disparu au profit du côté national devenu exclusif, en partie en raison du croisement dans les Balkans, des tendances panslaves soutenues par la Russie, pangermaniques soutenues par l’Autriche et l’Allemagne, auxquelles s’opposent l’Angleterre et la France, chacune de ces grandes puissances instrumentalisant le nationalisme de l’un ou l’autre des peuples balkaniques.
En Grèce, dans la dernière partie du xviiie siècle, Rigas multiplie les ouvrages littéraires et politiques. Il se met d’abord au service des Phanariotes qui régnaient dans les principautés danubiennes de Moldavie et Valachie. Puis, il s’installe à Vienne où il rencontre la communauté grecque. Son Thourios (ou Chant de guerre) de 1797 contient un serment contre la tyrannie et un appel à toutes les populations de Balkans à lutter contre celle-ci. Il rédige aussi un projet constitutionnel pour la Grèce et une confédération balkanique. Franc-maçon, il a l’idée de créer une société secrète œuvrant pour l’indépendance grecque et balkanique en général. Il compte sur l’intervention de Bonaparte après ses victoires en Italie. Il tente même de le contacter à Venise en 1797, juste avant d’être arrêté et exécuté en 1798. Il aurait créé une Etería à Vienne dans les années 1790.
Nikólaos Skoufás
En 1809, des Grecs de Paris organisent une société d’entraide pour l’ensemble des Grecs de France. Son signe d’appartenance est un anneau d’or gravé des symboles de l’association. Athanásios Tsákalov, l’un des fondateurs de la Filikí Etería, en fut membre8. Une autre société dispose aussi d’un anneau comme signe d’appartenance : l’Hétairie des Philomuses (Φiλόμουσος Εταιρεία (Filómousos Etería)) dont les buts sont la conservation des antiquités de la Grèce et l’éducation intellectuelle et morale de la population. Cette Association des Amis des Arts, comme elle est parfois aussi connue, se développe rapidement en Grèce et à l’étranger. Elle recrute même parmi les participants au Congrès de Vienne et l’empereur Alexandre Ier fut l’un de ses plus généreux donateurs, d’où l’ambiguïté entretenue ensuite par la Filikí Etería quant au soutien du souverain russe. Les membres de l’Hétairie des Philomuses portent un anneau d’or et les donateurs un anneau d’airain.
En 1813, Emmanuel Xánthos, un autre fondateur de la société, est initié dans la franc-maçonnerie lors d’un séjour à Leucade. Cette initiation lui donne l’idée de créer une société secrète qui en serait inspirée afin de réunir « tous les kapitanioi des klephtes et des armatoles ainsi que les autres leaders de toutes les classes de Grecs, en Grèce ou ailleurs, en vue, à terme, de libérer la patrie. »
Cette nouvelle société secrète fut fondée à Odessa par Nikólaos Skoufás, Athanásios Tsákalov et Emmanuel Xánthos (en) le 14 septembre 1814 (26 septembre 1814 dans le calendrier grégorien).
Hiérarchie et Organisation
Extrait du serment des membres de l’Hétairie. Traduction : « Je jure, au nom du Dieu véritable, de vouloir de toutes mes forces rester fidèle en tout, à l’Hétairie, durant toute ma vie, de ne révéler absolument rien de ses secrets et de ses échanges, de ne pas donner aux autres l’occasion de s’apercevoir que j’en suis informé, qu’il s’agisse de ma famille, de mon confesseur ou d’un ami. […] Enfin, je fais serment, sur toi, ô sainte mais infortunée patrie, sur les tourments interminables que tu as endurés, sur les larmes amères que depuis tant de siècles tes malheureux enfants ont versées et versent encore, sur les larmes que je verse moi-même en cet instant, et sur la liberté future de mes compatriotes, je fais serment de me consacrer tout entier à toi, ma patrie. » Monument à Kolonaki.
Selon les sources, les membres étaient répartis en trois, cinq ou sept classes :
1) les Frères (ἀδελφοποιητοί (adelfopiití) ou βλάμηδες (vlámides)) pour les membres illettrés ; 2) les Associés ou Recommandés ou Agréés (συστημένοι (systiméni)) pour les lettrés ; 3) les Prêtres (ἱερείς (ierís)) qui pouvaient recruter des membres aux deux niveaux inférieurs ; 4) les Bergers ou Pasteurs (ποιμένες (piménes)) souvent les très riches membres ; 5) les Archipasteurs (ἀρχιποίμενες (arkhipímenes)) ; 6) les Initiés ; 7) les Stratèges ou Chefs des Initiés ; 8) le Directoire Invisible (Ἀόρατη Ἀρχή (Aórati Arkhí)). Au départ, seuls les trois fondateurs (Nikólaos Skoúphas, Athanásios Tsákalov et Emmanuel Xánthos) constituaient ce Directoire Invisible. D’autres y entrèrent ensuite. Le principal avantage de l’invisibilité était d’entretenir la rumeur quant aux membres. Ainsi, il pouvait être suggéré que le Tsar Alexandre Ier de Russie lui-même était le chef de l’Hétairie. Seuls les Initiés et les Stratèges avaient droit à un commandement militaire.
L’initiation était inspirée des rituels maçonniques.
Le sceau de la société
Chaque nouveau membre devait prêter serment sur la foi orthodoxe et des icônes sacrées, mais le Prêtre (hétairiste) officiant expliquait qu’il recevait le nouveau membre « en vertu de la puissance que lui avait livrée les grands-prêtres des mystères d’Éleusis ». Une autre forme d’initiation aurait été inspirée de ce qui se faisait chez les Albanais. Deux hommes qui désiraient devenir frères échangeaient leurs armes autour d’un autel, se serraient la main, et disaient : « Ta vie est ma vie, et ton âme est mon âme », et ils juraient de protéger la famille et la maison de l’autre pendant son absence.
Yánnis Makriyánnis raconte dans ses Mémoires son initiation par un pope, trésorier de l’Hétairie, en 1819 ou 1820. Il semble qu’elle ait seulement été un serment sur des icônes jurant de ne rien révéler ni de la société ni des signes de reconnaissance des membres.
Si on ne demandait au Frère qu’un fusil et cinquante cartouches, l’Agréé devait porter un signe distinctif (une croix au-dessus d’un croissant). On lui tenait ce discours : « Combats pour la foi et la patrie ; engage-toi à haïr, à poursuivre et à exterminer les ennemis de la religion nationale et de ta patrie. » Le but de la société (la libération de la Grèce) n’était révélé qu’à partir du rang de Prêtre, mais tous les membres savaient qu’ils devaient combattre les Ottomans. Le Stratège recevait une épée et on lui disait : « La patrie te la donne pour que tu t’en serves pour elle. » Les membres de la classe des Prêtres étaient très nombreux. Ce grade était un des plus intéressants. Il donnait le droit de recruter et de conférer à d’autres membres le grade de Prêtre, mais la cotisation n’était pas aussi élevée, ni si régulière que dans les grades supérieurs.
Une organisation secrète
Alexandre Ypsilántis venant de passer le Prut en Moldavie le 6 mars 1821 est accueilli par Mihalis Soútsos coiffé de la tiare de hospodar et acclamé par les paysans moldaves. Tableau de Peter von Hess.
Le sort de Rigas avait servi de leçon. Le secret absolu devint la règle de fonctionnement. Tous les documents émis par l’Hétairie étaient codés, avec différents codes. Les diplômes d’appartenance étaient codés avec une simple substitution : 2 remplaçait la lettre Θ, 8 remplaçait la lettre Ω et Ο, 9 remplaçait Π, etc.. D’autres codes étaient plus complexes et certains n’ont pas encore été déchiffrés. Les membres n’étaient connus que par des numéros (Theódoros Kolokotrónis était le 118) ou par un surnom (« Le bon chasseur », « Le noble », « Le paresseux », etc.). Les mots utiles à la préparation de l’insurrection étaient aussi dissimulés : « éléphant » pour « gros navire », « cheval » pour « petit navire », « danseurs » pour « bande de pallikares », « adultère » pour « assassinat », « les hommes durs » pour les « Anglais », « les accroupis » pour les « Turcs » et « les vaillants » pour les « Grecs », etc.
Financement
L’adhésion à l’Hétairie impliquait une obligation de participation au financement. Pour les plus pauvres, une petite somme était demandée lors de l’initiation, accompagnée d’une lettre (au cas où les autorités ottomanes s’en emparaient) expliquant que la somme était destinée à un ami depuis longtemps perdu de vue et dans le besoin. Pour les plus riches, la lettre expliquait leur attachement à leur village natal, dont ils étaient nostalgiques depuis leur exil européen, et leur volonté de participer au financement de l’école du village. En raison du faible recrutement les premières années, le financement fut, lui aussi, réduit. De plus, tous les membres de l’Hétairie, jusqu’au moindre Frère, devaient avoir à leur disposition un fusil et cinquante cartouches.
Les sommes payées lors de l’adhésion variaient en fonction des fortunes. Aléxandros Mavrokordátos, d’origine phanariote versa 1 000 florins en octobre 1816 ; Panayiotis Sekéris donna 10 000 piastres (ou grossia) lors de son initiation en mai 1818, avant de faire durant l’été une nouvelle donation. D’autres membres, comme N. Speliádes (septembre 1816) ou Christóphoros Perrevós (mars 1817) versèrent seulement un florin et Yeóryios Dhikéos dit Papaphléssas (juin 1818) 10 grossia.
Membres
L’étude de quelques listes, mémoires et documents permet de retracer l’évolution du recrutement et de faire des statistiques, pas toujours complètes. Mais, elles montrent les premières difficultés : en 1816, 20 membres et en 1817, 42 membres. À l’été 1818, le nombre de membres n’était que de 51. 311 nouveaux membres furent initiés entre juin 1818 et juin 1819, mais seulement 90 dans la seconde moitié de 1819.
Les statistiques donnent aussi des renseignements sur le profil des membres. En 1819, la Filikí Etería avait 452 membres, dont 153 commerçants et armateurs, 60 notables, 36 soldats, 24 ecclésiastiques, 23 membres d’une administration, 22 enseignants et étudiants, 16 membres de professions libérales variées, 10 docteurs, 4 avocats et 104 de profession inconnue. Ainsi, 44 % appartenaient à la classe marchande et 41 % à la bureaucratie ou l’intelligentsia.
Trente-six de ces membres venaient de Russie, 25 des principautés de Moldavie et Valachie, 62 de Constantinople, 125 du Péloponnèse, 25 des îles de l’Égée et 41 des îles Ioniennes (où les adhésions augmentèrent après une visite de Kapodístrias). Cinquante-sept venaient de divers autres endroits (Italie, Égypte, Syrie, etc.) et l’origine de 81 n’est pas connue. Les membres furent dans les premières années de jeunes hommes dont la proportion diminua. En 1818, plus de 70 % avaient moins de 40 ans. En 1819, ils représentaient moins de la moitié.
Au début de l’insurrection, l’Hétairie comptait 1 093 membres. Les trois-quarts n’habitaient pas en Grèce. La moitié résidait en Russie, en Moldavie et en Valachie. Plus de la moitié avait une activité commerciale : marchands, employés de commerce et capitaines de navires. Les intellectuels (instituteurs, docteurs, etc.) et les « primats » (propriétaires terriens) ne représentaient ensemble que 10 % des membres, tout comme les militaires et les membres du clergé qui ensemble dépassaient à peine aussi les 10 %. Il n’y avait que six paysans.
Le Patriarche de Constantinople Grigorios fut approché lors d’une visite qu’il fit au Mont Athos. Il refusa, mais il aurait fourni en juin 1819 une contribution de 45 000 piastres pour « construire une école » dans le Magne. Que la construction ait été réelle ou une contribution à l’Hétairie, elle servit de preuve aux autorités ottomanes. Cette possible implication dans l’Hétairie fut une des accusations portées contre lui en avril 1821 avant son exécution.
Histoire
Des débuts difficiles
Athanásios Tsákalov
Elle connut des débuts laborieux : en 1816, vingt nouveaux membres seulement avaient été recrutés et en 1817, le chiffre n’atteignait encore que quarante-deux : quelques membres en Italie, un à Vienne mais aucun à Londres, Paris, Marseille ou Amsterdam, grandes villes de la diaspora marchande grecque. En fait, les fondateurs ne faisaient pas vraiment partie de la classe marchande grecque prospère. Ils n’étaient pas assez riches pour disposer des réseaux et de la considération de la diaspora. Les premiers recrutés ne l’étaient pas plus. Ioánnis Kapodístrias les qualifia même de « misérables employés de commerce ».
Dès septembre 1814, les trois fondateurs se séparèrent. Xánthos se rendit à Constantinople. Skoúphas et Tsákalov partirent pour Moscou. Ils y recrutèrent Georgios Sekéris dès octobre. Son frère Panayiotis fut ensuite un des principaux contributeurs. Skoúphas retourna ensuite à Odessa où il initia quatre capitaines grecs de l’armée russe. Ils avaient servi lors de l’occupation russe des îles ioniennes. Ils étaient en route pour Saint-Pétersbourg pour se faire payer leurs arriérés de solde en usant de l’influence de Kapodístrias. L’un de ces quatre capitaines, Anagnostarás, fut un des plus efficaces recruteurs de l’Hétairie : il initia à lui seul quarante neuf nouveaux membres avant le début de la guerre d’indépendance. Skoúphas recruta aussi alors Nikólaos Galátis originaire d’Ithaque et qui prétendait être Comte et avoir l’oreille de Kapodístrias.
Un changement de stratégie
Durant l’hiver 1817-1818, les trois fondateurs réunis à Constantinople pensèrent à dissoudre l’association. Finalement, ils s’accordèrent pour une rationalisation de l’activité. Les trois fondateurs ne s’étaient pratiquement jamais trouvé ensemble dans le même pays depuis la fondation. Ils s’étaient aussi dispersés dans tous les pays d’Europe. Ils décidèrent d’installer le quartier-général de l’Hétairie à Constantinople, capitale de l’Empire qu’ils désiraient abattre, et surtout où la police politique était moins efficace qu’en Russie ou dans les États autrichiens. Il fut surtout résolu de concentrer les activités et le recrutement en Grèce même. Les quatre capitaines initiés à Odessa furent mis à contribution. Anagnostarás fut envoyé à Hydra, Spetses et dans le Péloponnèse, un second dans le nord-est de la Grèce et les deux derniers dans le Magne. La rationalisation passa aussi par la création d’éphories dans les principales villes d’Europe centrale et orientale. Chaque éphorie disposait de ses trésoriers (les commerçants grecs membres les plus riches de la ville) et correspondait avec le quartier-général à Constantinople qui se chargeait de les diriger et de les coordonner. Ioannina, Bucarest, Trieste, Jassy, Moscou, Pest devinrent centre d’éphorie, ainsi que Smyrne, Chios, Samos, Kalamata ou Missolonghi et d’autres.
Les problèmes financiers furent résolus par deux donations de Panayiotis Sekéris (35 000 piastres en tout). Il promit ensuite d’engager l’intégralité de sa fortune au service de la « cause ». Il fut nommé membre du Directoire Invisible.
L’Etería fut cependant frappée le 31 juillet 1818 (12 août 1818 dans le calendrier grégorien) par la mort d’un de ses fondateurs, Nikólaos Skoúphas.
L’échec du recrutement de Ioánnis Kapodístrias
Ioánnis Antónios Kapodístrias
L’étape suivante fut de trouver un chef charismatique dont on pourrait ouvertement se réclamer et qui apporterait le soutien d’une grande nation. Le choix se porta vers Ioánnis Kapodístrias. Xánthos fut envoyé à Saint-Pétersbourg pour tenter de le convaincre. Issu d’une riche famille corfiote, rédacteur de la constitution de la République autonome des Sept-Îles et membre de son gouvernement, il s’était fait remarquer lors de l’occupation russe de l’archipel et était entré dans la diplomatie russe jusqu’à devenir Ministre, associé avec Nesselrode.
Cependant, dès 1817, Nikólaos Galátis avait approché Kapodístrias à Saint-Pétersbourg et lui avait proposé de prendre la tête de l’Hétairie. Il avait essuyé un refus catégorique. Galátis s’était en effet déjà déconsidéré dans la capitale russe. Il y menait grand train, grâce à de nombreux emprunts qu’il ne remboursait pas. Il fréquentait des conspirateurs connus de tous. Il affirmait avoir à sa disposition un millier d’hommes et il se disait prêt, dès qu’il en recevrait l’ordre, à assassiner le Tsar. Cela ne pouvait jouer en sa faveur auprès d’un ministre de l’Empereur. Galátis se rendit alors dans les provinces danubiennes où il recruta de nombreux membres. En 1818, il arriva à Constantinople où il tenta d’extorquer de l’argent aux trois fondateurs en menaçant de les dénoncer. Il fut convaincu d’aller recruter de nouveaux membres de l’Hétairie dans le Magne. Tsákalov l’accompagna. Ils s’arrêtèrent près d’Hermione en Argolide. Galátis fut alors victime d’un «adultère», le premier de l’histoire de l’Hétairie.
Xánthos fut encore précédé en 1819 par Kamárinos, envoyé par le Maniote Petrobey Mavromichalis. Kamárinos était porteur d’une lettre demandant à Kapodístrias de participer au « financement d’une école » dans le Magne et d’un message oral lui demandant de prendre la tête de l’Hétairie. Le refus de Kapodístrias choqua tellement Kamárinos qu’il ne put cesser d’en parler autour de lui lorsqu’il rejoignit Constantinople pour informer le quartier général. Il dut trop parler puisqu’il fut lui aussi victime d’un «adultère».
Les morts brutales et rapides de Galátis et Kamárinos pourraient aussi s’expliquer par le fait qu’ils en auraient trop su, principalement la non implication de Kapodístrias alors que la rumeur le disait membre du Directoire Invisible et apportant le soutien de la puissance russe.
Emmanuel Xánthos
Emmanuel Xánthos avait potentiellement plus de poids. Il était un des fondateurs de l’Etería qu’il dirigeait en tant que membre du Directoire Invisible. Il avait aussi l’avantage, à 48 ans, de la maturité. Il disposait aussi d’une lettre d’introduction écrite par un ami d’enfance de Kapodístrias, Ánthimos Gazís, alors directeur d’école dans le Pélion. En fait, l’idée était, si Kapodístrias refusait à nouveau, de ne pas se l’aliéner par la personnalité de l’émissaire, afin qu’il suggère lui-même une solution alternative. Xánthos arriva à Saint-Pétersbourg en janvier 1820. Il joua immédiatement son va-tout en révélant au ministre du Tsar tous les rouages de l’organisation. Kapodístrias refusa à nouveau principalement parce qu’il était ministre du Tsar. Une seconde rencontre fut organisée par le secrétaire particulier de Kapodístrias, un membre de l’Hétairie. Ce fut un nouveau et définitif refus le 15 janvier 1820 (27 janvier 1820 dans le calendrier grégorien). Il aurait cependant « financé quelques écoles ».
Le soutien puis la trahison d’Ali Pacha
Au début de 1820, les principaux membres de l’Etería dans le Péloponnèse se réunirent à Tripolizza, alors capitale politique ottomane de la péninsule. Ils désiraient, avant de poursuivre plus avant, être sûrs du soutien, suggéré par le Directoire Invisible, de la Russie. Ils désignèrent l’un d’entre eux, Ioannis Paparrigopoulos, comme émissaire auprès du Directoire Invisible (Αρχή) puis de la Russie. Ils réclamaient du Directoire la création d’une éphorie pour la péninsule, afin de coordonner toutes les actions et d’obliger les membres à obéir à celle-ci, sous peine d’exclusion et afin de disposer d’une trésorerie contrôlée par les membres les plus respectables de la région qui centraliseraient les souscriptions des Frères du Péloponnèse et des îles Ioniennes et qui ne dépenseraient les sommes qu’après accord du Directoire. Ils désiraient aussi que la correspondance entre le Directoire et le Péloponnèse fût sécurisée par les Frères d’Hydra, île plus ou moins autonome et dont les navires ne craignaient pas l’arraisonnement par les Ottomans.
Ali Pacha de Janina avait connu Paparrigopoulos quelques années plus tôt. Il l’invita à passer le voir à Prévéza. Le pacha désirait se rendre totalement indépendant de la souveraineté du Sultan. Il se cherchait alors des alliés pour rompre avec la Porte (nom parfois donné au gouvernement de l’Empire ottoman). Il se rapprocha donc de l’Hétairie et espérait ainsi gagner l’amitié de la Russie, puisque l’Hétairie se disait soutenue par l’Empire tsariste. Sur le conseil de Germanos, Paparrigopoulos aurait mis le pacha de Janina dans la confidence. En échange, Ali Pacha accorda son soutien à l’Hétairie et insista pour que Paparrigopoulos le fît savoir au Directoire et à la Russie.
Moldavie et Valachie au début du xixe siècle
Ali Pacha, dans le même temps, essaya d’assassiner un de ses ennemis politiques, Ismaël Pacha, à Constantinople. L’échec entraîna la rupture entre Ali Pacha et la Porte. Le 23 mars 1820, il annonça ouvertement qu’il se faisait le libérateur des Grecs. Paparrigopoulos, depuis Constantinople, lui fit savoir qu’il avait le soutien de l’Hétairie. Le Sultan envoya d’abord Ismaël Pacha, puis Khursit Pacha le gouverneur du Péloponnèse, à la tête de milliers d’hommes pris dans les différentes provinces de l’Empire ottoman pour écraser son sujet rebelle. Des pallikares grecs, commandés par des membres de l’Etería, comme Odysséas Androútsos, combattirent dans le camp d’Ali Pacha. Cette mobilisation des troupes ottomanes en Épire servit aussi les vues de l’Hétairie : les autres provinces étaient découvertes ; les combats pour la libération pourraient y être plus faciles. Cependant, en janvier 1821, Ali Pacha, qui tentait un retour en grâce auprès du Sultan dénonça l’Hétairie et ses membres dans des lettres qu’il envoya à Constantinople. Cette trahison fut un des nombreux éléments qui informèrent la Porte de ce qui se tramait, obligeant l’Hétairie à accélérer le cours des événements. Malgré tout, les troupes ottomanes restèrent concentrées autour de Ioannina laissant le champ libre dans les autres provinces.
La déclaration d’indépendance et la fin de la Filikí Etería
Le 3 janvier 1822 (15 janvier 1822 dans le calendrier grégorien), l’Assemblée nationale d’Épidaure, après avoir proclamé l’indépendance (reconnue près de dix ans plus tard par les puissances occidentales), abandonna définitivement le drapeau de la Filikí Etería pour adopter le bleu et le blanc. C’en était fini de l’Hétairie qui avait joué son rôle dans le soulèvement national et la libération de la Grèce.
Société mondiale fermée, dont les membres, ou frères, qui se reconnaissent à des signes, en possèdent seuls les secrets sous serment. (Un groupe de maçons forme une loge, un groupement de loges forme une obédience.) [Synonyme : maçonnerie.]
La franc-maçonnerie contemporaine, dite « spéculative », se présente comme l’héritière de la franc-maçonnerie « opérative », dont les membres étaient, au Moyen Âge, des professionnels du « franc-métier », architectes et bâtisseurs des édifices religieux et civils.
L’ESPRIT « SPÉCULATIF »
À partir du xvie s., et d’abord en Angleterre, ces associations accueillirent des membres étrangers à l’art de bâtir et appartenant à la noblesse, au clergé ou à la bourgeoisie. Aussi les loges, ou groupes de maçons, s’attachèrent-elles alors à interpréter, selon des perspectives philosophique et scientifique ou morale et spirituelle, les rites et symboles de la maçonnerie traditionnelle.
Temple maçonnique
C’est dans cet esprit « spéculatif » qu’à Londres, en 1723, une « Grande Loge » se donna un code : les Constitutions, publiées par James Anderson (1662-1728) mais dont l’inspirateur semble avoir été, au moins en partie, l’illustre Jean Théophile Desaguliers, membre de la Royal Society. Ces Constitutions demeurent la charte de la franc-maçonnerie universelle et ont pour principes la croyance en Dieu, la pratique stricte de la morale, le respect des pouvoirs civils légitimes et la liberté en matière de confession religieuse.
LES OBÉDIENCES
En France, la maçonnerie, introduite vers 1725 par des jacobites émigrés, se présenta d’abord comme une version nettement chrétienne des Constitutions d’Anderson, puis, à la suite d’une scission, elle prit une forme nouvelle avec la création, en 1773, du Grand Orient de France, qui, aujourd’hui, groupe 500 loges et 40 000 membres.
Cette dernière obédience en vint peu à peu à abandonner la voie symbolique pour l’agnosticisme et se préoccupa d’exercer une influence politique. En 1877, elle supprima de ses Constitutions la mention du Grand Architecte de l’Univers et, sous la IIIe République, elle se trouva à la pointe de l’anticléricalisme.
À côté du Grand Orient, on trouve en France plusieurs autres obédiences maçonniques restées traditionnelles, notamment la Grande Loge de France (GLDF), la Grande Loge nationale française (GLNF) et le Droit humain. Il existe des loges masculines, féminines et mixtes.
LES FEMMES ET LA FRANC-MAÇONNERIE
Joséphine
Dès le milieu du xviiie s., en France, quelques femmes fréquentèrent les milieux maçonniques.
En 1774, le Grand Orient de France décida de leur donner un statut et créa des loges dites « d’adoption », constituées de filles, épouses et femmes proches des francs-maçons. Elles ne recevaient pas l’initiation, mais participaient néanmoins à quelques discussions maçonniques. On sait, par exemple, que Joséphine de Beauharnais appartenait à une loge d’adoption.
En 1882, Maria Deraismes fut la première femme à être initiée, au sein de la loge des Libres-Penseurs du Pecq. En 1893 naquit la première loge mixte au monde : le Droit humain.
LES RITUELS MAÇONNIQUES
Les francs-maçons sont groupés en loges autonomes, dirigées par un président élu appelé « vénérable » et par un collège d’officiers (surveillant, orateur, expert, trésorier, etc.). Dans le cadre national, les loges qui décident de s’apparenter se groupent en obédiences que l’on nomme Grande Loge ou Grand Orient. Ces obédiences sont dirigées chacune par un grand maître, des grands officiers et un conseil.
LES RITES
Les loges choisissent de pratiquer un rite, c’est-à-dire un cérémonial, qui définit en particulier le nombre de degrés, ou grades, constituant le parcours du franc-maçon depuis son initiation jusqu’aux plus hautes responsabilités. Les rites les plus importants sont : – le Rite émulation (en Grande-Bretagne surtout) ; – le Rite écossais ancien et accepté ; – le Rite d’York (États-Unis) ; – le Rite français.
Le Rite de Memphis-Misraïm et le Rite écossais rectifié sont plus rarement pratiqués.
LES VÊTEMENTS ET INSTRUMENTS SYMBOLIQUES
Louis Philippe Joseph, duc d’Orléans, dit Philippe Égalité
La tenue rituelle est constituée par le tablier, ancien vêtement de travail des maçons et dernier signe des origines professionnelles de la franc-maçonnerie. La couleur, la décoration et la façon de porter ce tablier varient selon le grade : – l’apprenti le porte avec la bavette relevée (ou rabattue vers l’intérieur) ; – le compagnon et le maître, avec la bavette rabattue vers l’extérieur ; – celui du maître est bordé de rouge dans le Rite écossais, de bleu dans les autres rites, et orné d’attributs symboliques. Les branches d’acacia, arbre symbolique de l’incorruptibilité, sont particulièrement attachées à la maîtrise.
Les maçons ne portent jamais leur tablier devant un profane.
Symbobles maçoniques
La franc-maçonnerie attribue une valeur symbolique morale à certains instruments, ou « outils », utilisés par les corporations du bâtiment. Parmi eux, l’équerre est le symbole de la rectitude, du droit et de la science maçonnique, le compas celui de la mesure.
L’APPARTENANCE AU GROUPE
Adoubement d’un chevalier
Le vénérable, selon un rituel qui s’inspire de la chevalerie, utilise une « épée flamboyante » – dont la lame ondulée rappelle les ondulations d’une flamme soumise à un vent léger et symbolise la pensée vivante – pour initier le nouveau franc-maçon. Lors de cette cérémonie, le profane, qui était censé vivre auparavant dans les ténèbres, « reçoit la lumière ». Pour ceux qui y adhèrent, la franc-maçonnerie est en effet une école d’initiation, un moyen de progresser sur le plan spirituel.
Le secret joue un grand rôle dans la constitution de l’identité maçonnique. L’appartenance à la franc-maçonnerie ne doit pas être révélée à un profane, même si cette obligation n’a pas de portée absolue. Le secret des rituels doit être observé, tant à l’égard des profanes que des maçons qui n’ont pas encore atteint le même grade. Doit également être respecté le secret des délibérations, y compris auprès des maçons qui n’y ont pas assisté. Enfin, ces derniers sont unis, au sein de la loge et à l’extérieur, par de très forts liens de fraternité.
Jeudi 14 décembre 1503, à Saint-Rémy-de-Provence plus exactement, au sud d’Avignon. Dans une maison de l’actuelle rue Hoche, voit le jour un enfant qu’on baptisera sous le nom de Michel de Nostre-Dame. Il naît sous le signe du Sagittaire.
Personne ne peut se douter que ce nouveau-né… que ce premier enfant d’une fratrie nombreuse deviendra par la suite célèbre dans le royaume de France puis en Europe savante. Ni qu’aujourd’hui son nom résonne encore comme étant l’image, le modèle du devin, du faiseur de prophéties, à la fois entouré de mystères et doué d’intuitions. Personne ne se doute que dans cette maison est né… Nostradamus.
Comment un petit garçon devient l’un des plus grands prophètes ?
Ses études à Montpellier, ses voyages, sa profession d’apothicaire, sa vie de famille, ses multiples combats face à la peste et les suspicions religieuses en pleine période de la Réforme ainsi que la publication de ses fameuses Prophéties par les astres : L’Heure H tente de lever le voile céleste autour de la vie remplie de mystères du célèbre astronome.
De notre confrère brésilien al.es.gov.br – Par Gleyson Tete, édité par Angèle Murad
Les francs-maçons effectuent des services philanthropiques et des actions sociales destinées aux plus nécessiteux.
Lundi soir (7), l’Assemblée législative (Alès) a honoré la franc-maçonnerie et, en particulier, la Grande Oriente do Brasil (GOB), une institution qui a achevé deux siècles d’existence en 2022. Lors de la cérémonie, les personnes présentes ont souligné le rôle social des francs-maçons et leur participation à des événements importants pour l’histoire du Brésil.
Le promoteur de la session solennelle était le député d’État Dr Hercule (Patri), qui a déclaré que la franc-maçonnerie travaille à améliorer la vie des gens. « Il améliore les hommes et les femmes et met les jeunes sur la voie du patriotisme. Il coupe l’être humain de la pierre brute pour devenir une meilleure personne. (…) Il faut montrer la transformation que la franc-maçonnerie opère avec les gens. Ils changent pour le bien.
Le Souverain Grand Maître Général du GOB, Múcio Bonifácio Guimarães, a reçu le Titre de Citoyen d’Espírito-Santense. Il a dit que les membres font cette année une réflexion sur le rôle de la franc-maçonnerie et du GOB. « Quand on parle de deux siècles d’existence, c’est quelque chose d’extraordinaire, il y a très peu d’institutions qui ont 200 ans. Il ne devrait pas en être ainsi, mais nous sommes la seule institution du tiers secteur à avoir accompli deux siècles », a-t-il souligné.
Guimarães a souligné que, pendant cette période, le monde a subi d’énormes transformations, telles que deux guerres mondiales, des crises économiques et sociologiques, a connu des défis dans le domaine de la santé, tels que des épidémies, et que la franc-maçonnerie a surmonté tous les obstacles avec efficacité. Selon le Grand Maître, les francs-maçons étaient présents à l’Indépendance du Brésil, à la Proclamation de la République et au processus de redémocratisation du pays.
Il a expliqué que le GOB était l’embryon d’autres ordres au Brésil, ayant fait face à deux problèmes majeurs dans sa trajectoire : en 1927, avec l’émergence des grands magasins ; et en 1973, avec les unités maçonniques. « Nous ne le voyons pas comme une scission, mais comme un point de vue d’unification des activités. Le but n’est qu’un : servir la Patrie, le respect de la famille et la pratique de l’éthique, de la morale et des bonnes mœurs », a-t-il vanté.
Selon Jussane Guimarães, présidente nationale de la Fraternité féminine Cruzeiro do Sul, l’institution a été fondée en 1967 et est composée de femmes qui collaborent avec la philanthropie et les œuvres caritatives. « Le but de la franc-maçonnerie est de rendre la société de mieux en mieux », a-t-il souligné. La présidente de l’État, Abigail Teixeira, a renforcé leur rôle de bras social de l’organisation. « Il existe de nombreuses actions philanthropiques destinées à ceux qui n’ont pas été servis par le gouvernement », a-t-il ajouté.
En plus de ceux mentionnés, le tableau de l’événement a été composé par Hélio Soares da Luz Sodré, José Francisco Milagres Rabello, Euclésio Ribeiro da Silva, Luiz Alberto Teixeira et José Olívio Grillo (tous de Grande Oriente do Brasil); le vénérable maître de la loge maçonnique União e Progresso, José Augusto César de Souza ; le futur conseiller de Vitória et membre de Loja Beneficência Sete, Leonardo Monjardim (Patri) ; et le juge du Tribunal électoral régional (TRE-ES) Lauro Coimbra.
Lundi 7 novembre, à Vannes, la fondation du Grand Orient a remis un chèque de 7 500 € à Akim Khounchef, responsable du restaurant Ty Colibri.
Créée en 1987 et basée à Paris, la fondation du Grand Orient de France agit dans différents domaines : actions humanitaires, enfance en difficulté, domaine culturel et laïcité républicaine. Lundi 7 novembre, en présence du maire adjoint Mohamed Azgag et de quelques habitants du quartier de Ménimur, son vice-président Michel Brochard a remis un chèque de 7 500 € à Akim Khounchef, responsable du restaurant associatif Ty Colibri.
Des repas à 5 €
« Cet argent servira à proposer des repas à 5 € le lundi midi, après une adhésion à l’association qui gère le restaurant (dont le montant n’est pas encore fixé), des repas à 2 € pour les étudiants et un goûter gratuit aux écoliers du quartier », a précisé Akim Khounchef. Il a aussi présenté Elma, jeune stagiaire de 16 ans qui secondera Auriane au bar pendant deux semaines.
Christiane et Jean, deux habitants du quartier, ont aussi pris la parole en expliquant que le restaurant Ty Colibri est devenu un lieu de convivialité dans le quartier, après avoir été auparavant un lieu de nuisance.
L’exposition temporaire « Baya, icône de la peinture algérienne-Femmes en leur Jardin » vous offrira un retour sur le parcours flamboyant d’une icône de la peinture algérienne.
Baya, L’âne bleu, circa 1950. Gouache sur papier, 100 x 150 cm. Collection Kamel Lazaar Foundation
Arriverons-nous un jour à percer les mystères qui entourent l’œuvre de Baya ?
Plus de 20 ans après sa disparition, l’Institut du monde arabe et le fonds France et Claude Lemand lèvent une partie du voile sur la flamboyante production de cette étoile filante de la scène artistique, sacrée reine de Saba sous la plume d’André Breton.
L’invitation tient en quatre petits mots chers à l’univers de Baya : Femmes en leur Jardin. Nous pénétrons dans un royaume foisonnant peuplé de figures féminines, de chimères ailées et d’oiseaux colorés. Une nature enchanteresse, comme une ode à la vie… Nous redécouvrons ici le bestiaire énigmatique de ses céramiques, la puissance chromatique de ses peintures joyeuses ou l’élégance de ses sculptures d’argile avant de s’immerger dans le dialogue sans fin de ses arabesques.
Baya, Les Rideaux jaunes, 1947. Gouache sur papier, 72 x 91 cm. Musée IMA
« Les mots pour parler de Baya sont souvent piégés, car ils ressassent l’idée du miracle initial ou qualifient son art d’art naïf. L’un obère toute réelle historicité au regard de sa trajectoire et l’autre empêche de voir la singularité de son art, son raffinement, ses évolutions, sa dimension spirituelle. » déclare Anissa Bouayed, chercheure associée au Laboratoire CESSMA, Université de Paris, spécialisée en histoire sociale et culturelle du Maghreb ainsi qu’en histoire coloniale et post-coloniale.
Qui es-tu Baya, reine de Saba ?
Baya, de son vrai nom Fatma Haddad, épouse Mahieddine, est née le 12 décembre 1931, à Bordj el Kiffan (Fort-de-l’Eau, aux environs d’Alger) et est décédée le 9 novembre 1998 à Blida, surnommée « La Ville des Roses », située au contact de l’Atlas blidéen et de la Mitidja et fondée au XVIe siècle pour accueillir des immigrés andalous.
Baya, Musique, 1974. Gouache sur papier, 100 x 150 cm. Donation Claude et France Lemand 2018.
Baya est une peintre algérienne qui signe ses œuvres de son prénom usuel.
Baya commence alors à modeler des personnages ou des animaux fantastiques en argile et elle est encouragée à réaliser des gouaches que le sculpteur Jean Peyrissac montre à Aimé Maeght, de passage à Alger en 1943.
En 1947, une exposition est organisée à Paris par Maeght dans sa galerie. André Breton préface le catalogue. Elle connaît un vif succès. Le magazine Vogue publie la photo de Baya, qui n’a alors que seize ans, avec un article d’Edmonde Charles-Roux. Baya découvre Paris et rencontre le peintre Georges Braque. En 1949, elle réalise à Vallauris des sculptures en céramique dans l’atelier Madoura et côtoie Picasso. En savoir plus sur sa vie et son œuvre https://bit.ly/3UyPgZx
La vidéo de Arts in the City intitulée « Baya, retour sur le parcours flamboyant d’une icône de la peinture algérienne – Exposition » https://www.youtube.com/watch?v=B5rXLwBfl2I
Nec loquens, nec celans, sed significans (ni parlant, ni cachant mais signifiant, Héraclite). Les symboles reflètent la complexité trop souvent inextricable des choses (Oswald Wirth, Le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’Alchimie et la Franc-maçonnerie, p.8, Dervy)
« Un prêtre du IVe siècle, Rufin d’Aquilée, a montré, dans son Explication du symbole des apôtres, comment ce nom est entré dans le monde chrétien : «Le nom grec symbolon peut être traduit par indicium (signe de reconnaissance), mais aussi par collatio, (assemblage, rassemblement), c’est-à-dire ce que plusieurs rassemblent en une seule chose ; c’est ce que firent les apôtres. » En effet, le symbole des apôtres, aussi appelé Credo, est le regroupement en un seul texte des articles de leur foi » (Académie française, Le discobole, la diabole et le symbole, la parabole).
Le Catéchisme duconcile de Trente définit le mot «symbole» ainsi : cette profession de foi et d’espérance chrétienne que les apôtres avaient composée, ils l’appelèrent «symbole», soit parce qu’ils la formèrent de l’ensemble des vérités différentes que chacun d’eux formulât, soit parce qu’ils s’en servirent comme d’une marque et d’un mot d’ordre qui leur ferait distinguer aisément les vrais soldats de Jésus-Christ des déserteurs et des faux frères qui se glissaient dans l’Église pour corrompre l’Évangile.
Par la suite, le nom français «symbole» ajouta à ces sens celui de figure ou d’image qui sert à représenter une réalité, le plus souvent abstraite. On ne s’étonnera pas que ce dernier sens soit assez proche de celui d’«emblème», puisque ce nom est tiré, lui aussi, du verbe grec ballein. Le verbe sumballein, en grec ancien signifie réunir, rassembler, et dérive de bolein, lancer, car sumballein avait primitivement le sens de lancer ensemble. De ce point de vue, son antonyme, diaballein, origine du mot diable, signifie lancer en travers, séparer.
Le mot dérive du grec sumbolon, qui servait à désigner une chose composée de deux parties. Les sumbola, représentaient en Grèce les deux moitiés d’une tablette ou d’un objet quelconque qu’on avait brisé lors d’un contrat et que chacun des deux contractants conservait en souvenir de l’entente. Les symbolon pouvaient également servir de signe de reconnaissance entre deux individus par aboutement des deux morceaux. Le partage en deux permet la reconnaissance et la sécurité à deux personnes ne se connaissant pas : les deux parties de l’objet ou, plutôt, le dispositif lié qu’elles permettent, sont au sens propre un symbole. Les deux parties du sumboleum s’assemblaient par la facette fraîchement apparue, mais comme chacune des parties était en trois dimensions, elles pouvaient se rattacher à de nombreuses autres pierres comme les pièces d’un puzzle, jusqu’à l’infini.
On en voit l’usage avec les objets rattachés aux dossiers d’enfants trouvés ou assistés. En particulier dans cette note jointe à unprocès verbal d’admission d’un enfant trouvé (Théodore Deschamps, admis le 14 mars 1809 sous le matricule 956. Archives de Paris), vraisemblablement rédigée par ses parents. Ces derniers espèrent un jour récupérer l’enfant, et ont laissé avec l’enfant une demi-carte à jouer (6 de pique), grâce à laquelle ils pensent pouvoir, le moment venu, prouver leur identité de parents en présentant l’autre moitié de la carte (illustration de l’article).
Si le signe distingue et donc sépare, le symbole, lui, permet la convergence en réunissant ce qui est épars. En favorisant la pensée intuitive, les symboles facilitent le dépassement des limites personnelles, sociales, présentes ou passées et autorisent l’impression de comprendre ce qui est commun à tous les hommes et à toutes les civilisations.
Le mythe, comme le rite, est un mode d’expression propre à un groupe, à une société, à un moment donné. Son apprentissage, sa transmission dans le cadre d’une éducation, ou d’une tradition, crée un type très particulier de lien entre l’individu et le collectif, un lien où la part de l’imaginaire et du sentiment devient particulièrement importante. Ce lien, les penseurs grecs (surtout les néoplatoniciens) lui ont donné un nom : le symbole, rejoignant ainsi l’autre origine du mot, sumbolé, «l’articulation».
Le symbole ne recouvre pas d’obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste, qu’une parole enfermerait et réduirait dès lors qu’elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l’instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du réel ; comme tout est signifiant, il s’agit de retrouver leur rapport. «Si les formes n’appartiennent pas à la perception ou à la pensée à la manière de conditions de possibilité, elles n’appartiennent pas non plus à la chose où elles résideraient tranquillement en attente d’être découvertes. Elles appartiennent à la problématique de la réalisation conçue comme une conquête» (Jean-Louis Brun, Efficience narrative et la transmission des formes de vie : une approche anthroposémiotique de l’autopoièse dans les pratiques ritualisées, p.285).
Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Gilbert Durand le définit comme «un signe renvoyant à un indicible et invisible signifié étant obligé d’incarner concrètement cette inadéquation qui lui échappe et cela par le jeu de redondances mythiques, rituelles, iconographique qui corrigent et complètent inépuisablement l’inadéquation.» L’expression symbolique est appelée «signifiant», elle est liée à des concepts symbolisés, le «signifié». Le symbole aurait deux parties issues d’une tesselle originelle : une première partie qui reste en notre pouvoir, c’est l’objet lui-même et une deuxième partie hors de notre vue, en possession d’une personne tierce : c’est la contrepartie qui ne réapparaît qu’à l’issue d’un périple. Cette contrepartie va se réunir à la première pour reformer le tout originel.
Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’être. Le signifiant, c’est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c’est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré.
Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d’être qui renvoie à l’Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d’accéder à l’Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement.
« Le décryptage d’un symbole, pour être efficace, exige en effet que soit pratiquée une certaine chirurgie: extraire l’os archétypal. Car c’est lui qui donne le sens. Pour ce faire, un peu de doigté est nécessaire. La pertinence veut que l’on se demande quel est l’archétype actif dans cet objet de pensée ou d’expression. Tout ce qui se monte et participe de la métaphore doit être repéré, retenu comme élément significatif. Sa particularité est à relier à celle des indices voisins au sein d’une cohérence généralement facile à pressentir dans une chaîne de signifiants. Voir en quoi la logique interne de l’image passe d’un indice à l’aube, sans se perdre. La continuité de l’expression imagée est déjà libératrice du sens. » (Dominique Aubier).
La représentation de la déité pose la question : «Comment peut-on dire en images ce qui est sans image et prouver ce qui est dépourvu de mode, qui dépasse toutes les pensées et toute intelligence humaine? (Les noces mystiques du bienheureux Henri Suso, L’anneau nuptial de l’éternelle Déité). Ainsi à la Renaissance apparaissent des emblemata, «proposées à la méditation et à la réflexion, non pas sous la forme du décryptage logique d’un rébus moderne, mais plutôt comme la recherche d’une illumination intérieure». Par exemple en 1548, les Emblemata d’Andreae Alciati.
Au Moyen Âge, il y a des hiérarchies, des interdits des valorisations, par exemple le végétal est toujours plus pur que l’animal, les pierres précieuses et plus encore les perles sont plus valorisées que l’or. C’est le matériau qui donne sa valeur à l’œuvre d’art, ensuite son rapport à lumière que l’on appelle l’éclat, la couleur, la forme et tout en dernier le travail de l’artisan. En nous permettant de découvrir le troisième terme entre deux éléments opposés, le symbole nous apporte la Sagesse; en nous transmettant le numineux, l’énergie propre à l’archétype, il nous communique la Force; en conciliant ce qu’il y a en nous de conscient et d’inconscient, le symbole nous invite à l’Harmonie.
La fonction symbolique s’articule en ses sept aspects essentiels : 1) Sa nature : elle possède une portée ontologique, de l’être, qui n’est pas seulement subjective, poétique ou anthropologique. 2) Sa direction : elle «circule» de haut en bas, permettant ainsi de distinguer l’ordre de l’être, et l’ordre du connaître. 3) Son expression : tout y est donné en bloc dès le départ, puis découvert par un processus d’approfondissement. 4) Son architectonique : à la fois fermement structurée, et indéfiniment ouverte. 5) Sa vie intérieure : animée par une différence ontologique entre le symbolisé et le symbolisant. 6) Sa référence absolue : elle désigne une transcendance non symbolisable, qui est en quelque sorte le « plafond » du symbolisme. 7) Sa correspondance avec des états humains, car la connaissance est continûment assimilée et intériorisée : chaque étape ayant des corollaires dans un niveau d’intelligibilité et dans un stade de la réalisation humaine.
Les symboles sont à la fois substitutifs, projectifs, introspectifs.
En littérature, les bestiaires sont des ouvrages où sont catalogués des animaux, réels ou imaginaires, dont les propriétés, généralement merveilleuses, sont présentées comme symboles moraux ou religieux, ainsi dans le Physiologus, texte grec du IIe siècle, propose à la fois une zoologie spiritualisée et une théologie incarnée dans les bêtes, associant des citations de la Bible à des descriptions d’animaux, créant une typologie chrétienne à partir de la juxtaposition d’une image zoologique et d’un emblème christique. Là aussi il y a une hiérarchie que l’on retrouve dans la matière animale des parchemins. Jamais une reliure de livre religieux ne sera en peau de truie. Il sera en agneau, au mieux en cerf (cervus, le cerf et servus, le serviteur, un des surnoms du Christ).
Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude, et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.
Parce que la pratique du symbolisme en Maçonnerie stimule la conscience par la recherche et la compréhension de la substitution des signes aux choses, du sens aux signes, du symbole au sens, la substitution renvoie à un au-delà, à un invisible. Le sens est ce qui hante énigmatiquement le signe qui lui est substitué.
On pourrait démontrer qu’aucun symbole utilisé en Franc-Maçonnerie n’est de fait spécifiquement maçonnique. Ce qui l’est, c’est le corpus maçonnique dans son ensemble, c’est-à-dire cette capacité qu’a eu la Franc-maçonnerie d’accueillir, et de métisser, surtout au XVIIIe siècle, nombre de symboles ou d’emblèmes tirés de multiples traditions et appareils symboliques qui l’ont précédée. À partir de 1740, la multiplication de Hauts Grades, et avec eux l’enrichissement de la matière symbolique, va nettement faire évoluer les travaux rituels en loge et porter l’attention sur des apports de plus en plus éloignés des considérations opératives et sociales des Anciens Devoirs. L’influence des penseurs ésotériques, comme Martinès de Pasqually puis Louis-Claude de Saint-Martin, va modifier le rôle et la nature de la symbolique pour en faire un objet d’étude à part entière.
«Les symboles peuvent s’étudier en vertu d’une explication morale telle qu’elle est souvent présentée dans les rituels et notamment dans les rituels anglo-saxons ou quasi-théologique comme le fait le Rite Écossais Rectifié. Cependant les explications qui feraient correspondre à chaque symbole un principe moral ou métaphysique ne résument pas l’intérêt qu’ils présentent et présentent l’inconvénient majeur de fermer la réflexion en en fixant définitivement le sens.»
Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. Comme l’écrit Paul Ricœur : «Au contraire des philosophies du point de départ, une méditation sur les symboles part du plein du langage et du sens toujours déjà là; elle part du milieu du langage qui a déjà eu lieu et où tout a déjà été dit d’une certaine façon; elle veut être la pensée avec toutes ses présuppositions. Pour elle la première tâche n’est pas de commencer mais, du milieu de la parole, de se ressouvenir.»
Symbole n’est pas emblème, symbole n’est pas attribut, symbole n’est pas allégorie, symbole n’est pas métaphore, symbole n’est pas analogie, symbole n’est pas parabole, symbole n’est pas apologue.
Comme «les docteurs du Talmud, pour qui la période miraculeuse est close; le raisonnement remplace l’inspiration divine; le commentaire livré à la libre interprétation des rabbins supplée à la loi révélée»; les herméneutes des symboles ouvrent tout questionnement sur l’ontologique. Bel exemple de tolérance : le Talmud rapporte avec soin les opinions individuelles, même lorsqu’elles ont été repoussées par la majorité des docteurs, afin de laisser à chacun le droit de rechercher ce qui lui paraît de plus vrai dans les assertions contradictoires des docteurs. C’est à la raison humaine qu’il appartient de les comprendre et de les l’interpréter.
Peu de mots ont reçu autant d’extension que le mot symbole, la comprendre avec le texte fondamental de Goblet d’Alviella, La migration des symboles.
Il est habituel dans le cadre de l’initiation d’apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d’existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque symbole, apparemment séparé, ne se suffit pas nécessairement par lui-même, c’est pourquoi il renvoie à un ou plusieurs autres faisant éclater le carcan du mot seul qui l’exprime, permettant «de passer d’un sens à un autre, mu par un élan, une sorte de ricochet du raisonnement et de l’imaginaire». Alors se créé un réseau fluide en surface, de symbole en symboles, dynamique plus souvent subreptice, qui fait converger vers une unité, par analogie, congruence, correspondance, opposition, rapprochement, complémentarité, similitude, mêmeté, ipséité, un rassemblement de ce qui était en apparence épars. En somme, la Franc-maçonnerie offre une « intersymbolité » à explorer dans sa structure holarchique. L’holarchie est une hiérarchie de holons, c’est-à-dire d’éléments qui sont à la fois un tout en eux-mêmes et une partie d’un système plus vaste (mot créé par Arthur Koestler dans son livre The Ghost in the Machine). Par exemple, le mythe d’Hiram qui est un mythe complexe car composite, renvoie à d’autres récits traditionnels et peut être décomposé en plusieurs thèmes mythiques, ses holons.
Dire en FM qu’ici tout est symbole c’est comprendre l’holarchie de l’ensemble des degrés d’un Rite, voire de tous les Rites maçonniques.
Conférence du 22 janvier 2022 à l’Université maçonnique , Symboles et rituels, en quoi sont-ils spirituels ? (une petite erreur de diction. En entendant le mot « phénoménologie », comprendre qu’il s’agit de la « phénoménalité »)
Épanadiplose de cet article : vous entendrez à nouveau, à la fin de la conférence, le texte de Gérard Berliner
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent les 1er et 15 de chaque mois.)
Des militants proclament aujourd’hui que le recours à la violence dans les manifestations se justifierait par « l’état de nécessité » où les placerait la Presse, ce mot désuet qui désigne les média. La Presse ? Cet insatiable vampire du sensationnel ! Or ce besoin d’attirer les regards sur la cause les détourne le plus souvent sur le moyen.
On se déchire sur la légitimité des combats, en s’attachant plus à leur forme qu’à leur fond. D’ailleurs, selon les acteurs, nos principes chancèlent plus ou moins : si les « victimes » sont des riches (on est considéré comme riche dans ce pays, quand on dispose d’un revenu mensuel net d’au moins 4 000 euros, si bien qu’on préfèrera parler « d’ultra-riches » quand on pointe du doigt une fantasmagorique « classe possédante » censée résumer à elle seule la complexité du capitalisme contemporain et concentrer sur elle tous ses maux), eh bien, si les « victimes » sont des riches, alors, elles l’auraient peut-être un peu cherché, n’est-ce pas ?
Imaginez maintenant qu’un grand rassemblement sur les Champs-Élysées à la belle saison donne lieu, mieux qu’à une marche silencieuse, à un gigantesque « sit-in », ce mot qui n’a pas d’équivalent standard usuel en français caractérise des participants qui s’assoient pacifiquement, tous ensemble, les uns à côté des autres, sur la voie publique. On se souviendra que les premiers à avoir utilisé cette technique de lutte étaient, à partir des années 60, des militants du mouvement américain des droits civiques. Il me semble que les grandes causes qui nous préoccupent auraient un plus large écho si la conscience des manifestants était assez élevée pour se satisfaire de la gravité d’un recueillement collectif. C’est vrai qu’il y faut du nombre et de la conviction mais on ne demande pas non plus que cela se termine par une grève de la faim ou un jeûne de trois jours…
Foin des black blocs irresponsabilisés par leurs foulards noirs ! Il est, d’ailleurs, symptomatique que l’expression « militants anti-masques » renvoie plutôt à des citoyens mobilisés contre le port du masque lors de la crise de la Covid qu’aux opposants des premiers prônant de porter fièrement leurs revendications à visage découvert. N’y a-t-il pas ici matière à réflexion ? Nous qui nous présentons comme des adeptes de l’écoute mutuelle et de la bienveillance, nous appliquons-nous sincèrement à faire toujours école, ne serait-ce qu’entre nous, sur la base de ces vertus ? L’énormité des défis qui pèsent sur les épaules de l’Humanité en ce siècle-ci ne nous impose-t-elle pas, en toute occasion et même de toute urgence, de songer à la non-violence comme véritable état de nécessité[1] ?
[1] Ne sont pas ici visées les situations qui ont déjà dégénéré en conflits armés et qui ne peuvent cesser sous les seuls assauts d’un pacifisme béat mais non plus sans un travail diplomatique incessant. En revanche, à mon sens, la COP 27, Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se réunit du 6 au 18 novembre à Charm el-Cheikh en Égypte, doit, par exemple, être prolongée par des programmes contraignants que gouvernants et gouvernés doivent élaborer ensemble, dans les perspectives propres aux régions et aux ressources de tous ordres dont ils disposent.