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Le bestiaire maçonnique

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Entre terre et ciel, l’oiseau – Voler, le plus vieux rêve de l’Homme !

Sommes-nous venus sur terre avec des ailes, perdues aujourd’hui ? Nous pouvons marcher, courir, sauter, nager, mais notre structure physique ne nous permet pas de voler. D’où notre admiration teintée de regret – et même de quelque jalousie inconsciente, sans doute – envers l’oiseau, maître du ciel !

S’élever et se déplacer dans les airs ! La mythologie grecque l’a imaginé en dotant ses dieux d’ailes, tel Mercure ou Hermès itinérants aériens. Pour sa part, le philosophe Aristote essaie de comprendre celui des oiseaux, pour passer de la théorie à la pratique mais sans succès.

Les religions rêvent aussi. Les anges et archanges, séraphins et chérubins – la bonté par définition – sont décrits dans la Bible avec des ailes. Plusieurs autres livres saints (notamment l’Avesta, livre de la religion mazdéenne) mentionnent des êtres ailés bénéfiques dans leurs contes.

Ainsi, en mythologie et symbolique, l’oiseau est en général, positivement connoté. Avoir des ailes, c’est à la fois se soustraire à l’attraction terrestre et se rapprocher du divin ! Même si la légende d’Icare précitée met l’homme en garde contre toute vanité à dépasser les limites que lui impose sa nature !

L’imaginaire maçonnique n’est pas en reste en termes ornithologiques. Quatre oiseaux, du plus modeste au plus majestueux, porteurs de puissantes métaphores, sont en bonne place dans le bestiaire de ses rites. Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, apparaissent la colombe, le phénix, le pélican et l’aigle. Approchons-les :

 LA COLOMBE

Colombe de la paix

La colombe (du latin Colomba) est un volatile de la famille des pigeons, généralement blanc, et synonyme de pureté, dans l’imagerie populaire. Sa grâce a évoqué très tôt douceur et tendresse. Et en a fait un volatile de légende.

Dans la Bible, la colombe est liée à l’aventure de l’arche de Noé Celui-ci en lâche une pour vérifier si les eaux ont baissé, après le déluge. Au premier vol, elle ne trouve pas d’endroit où atterrir et revient sur le bateau. Il la lâche à nouveau sept jours après, et cette fois, elle revient se poser sur sa main, avec un rameau d’olivier tout frais dans le bec : pour Noé, c’est le signe de la fin du cataclysme : la terre est réapparue et la végétation avec elle. Il libère la colombe qui s’envole et file vers le jardin d’Eden. D’où l’image pacifique qui lui est attribuée. Ce symbole de la paix a été mondialement valorisé par Picasso avec son célèbre dessin sur affiche de la « Colombe au rameau d’olivier » (1949).

On retrouve la colombe, descendant du ciel, au-dessus des eaux du fleuve Jourdain, lors du baptême de Jésus par Jean le Baptiste. Elle se pose un instant sur sa tête, après son immersion. La colombe représente le Saint-Esprit (le souffle divin dans l’Ancien Testament). Elle est porteuse de sept privilèges et qualités (Sagesse, raison, conseil, savoir, force, piété, respect de Dieu) que sont censés recevoir, en sa présence, les premiers chrétiens lors de leur baptême. Ils en font ainsi un Christ spirituel.

Dans la Rome antique, la médecine avance que la colombe n’a pas de bile, ce qui la rend paisible. Les plantes médicinales dont elle se nourrit, procure soi-disant à sa chair, son sang et sa fiente un fort pouvoir guérisseur. La colombe apparaît plus tard (1688) en pendentif de la croix huguenote : elle symbolise, pour la religion protestante, le don de paix accompli pour les Hommes, par le sacrifice de Jésus.

En maçonnerie spéculative, la colombe s’inscrit dès le XVIIIème siècle, comme symbole de concorde et de fraternité, dans plusieurs rites : notamment, aux degrés de Chevalier Rose-Croix et Chevalier du Soleil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, dans la structure de la maçonnerie « égyptienne », ainsi qu’en Loge des Mariniers de l’Arc Royal (Rite d’York- Grand Orient de France). Une séquence de son rituel invite les maçons à tendre la main droite, pour reproduire le geste de Noé, accueillant la colombe sur l’arche, au retour de son deuxième vol.

Le précité R.E.A.A. assimile la colombe à un « esprit universel », donneur de vie aux trois règnes de la nature : végétal, minéral et animal.

Le Phénix

Phénix

Le phénix, (mot issu du grec, signifiant couleur de feu) oiseau d’apparence mi-aigle, mi-héron, appartient au fonds légendaire égyptien. Son origine probable, si l’on peut dire son modèle, est l’oiseau sacré égyptien Benu, un héron cendré, premier être volant qui s’est posé sur la colline d’Héliopolis, ville antique égyptienne. Il y était vénéré, d’autant qu’il n’y apparaissait que tous les cinq cents ans ! Sa particularité était de vivre dans le soleil, perché sur ses rayons et de venir mourir sur la terre. Pour y renaître et s’envoler à nouveau vers l’astre de lumière.

Lors de son passage parmi les hommes, il bâtissait un nid de branches aromatiques, et s’enflammait en augmentant sa température, puis laissait un œuf dans ses cendres odorantes. D’où renaissait un nouvel oiseau, prêt à vivre un demi-millénaire. De nombreuses mythologies antiques se sont emparés de cet oiseau, avec pour symbolique mort et résurrection.

Dans la Rome antique, il représente la force vitale, d’où son apparition sur les pièces de monnaie et les décorations en mosaïques des Palais. Les chrétiens l’apprécient comme symbole de l’immortalité de l’âme et de la résurrection du Christ.

Pour les alchimistes, le phénix, sous la forme d’un œuf, signifie le chaos. Puis, par le jeu du feu, il se transforme. L’opération symbolise alors la libération de l’âme et son envol. De la destruction et la recomposition de la materia prima, surgit la pierre philosophale.

En Chine, il rejoint la dualité du yin et du yang. Dans les légendes juives, le phénix (nommé Milcham) ne se laisse pas tenter par le fruit défendu proposé par Eve. Il est ainsi récompensé par son entrée dans le cycle éternel « oiseau-poussin ». La mystique musulmane assimile le phénix au Simorgh, oiseau angélique qui voyage vers l’Orient et en revient, dans le même esprit cyclique. Le symbolisme du phénix rejoint celui de l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, emblème de l’éternel retour.

La franc-maçonnerie spéculative, pour sa part, considère le phénix, comme un médiateur entre le ciel et la terre. Sa dimension sacrée est à voir dans la liaison qu’il est censé établir entre l’homme et le divin.

Le phénix, par ses morts et renaissances successives, symbolise parfaitement les démolitions et reconstructions du Temple de Salomon.

 Le Pélican

Grand palmipède à long et large bec plat, le pélican possède sous la mandibule inférieure, une poche membraneuse dilatable, dans laquelle il stocke sa nourriture. Celle-ci, constituée principalement de poissons y est prédigéré. Il la régurgite pour nourrir ses petits.

Une légende tenace, née dans le bassin méditerranéen, persiste à faire croire que le pélican se déchire la poitrine avec son bec pour alimenter sa progéniture de ses entrailles ! En réalité, ce sont les régurgitations, parfois teintées du sang des poissons laissant des trainées rouges sur le plumage du pélican, qui évoquent son flanc béant. Alors qu’il n’en est rien !

Venue d’Egypte, du Liban ou de Judée, cette fable très ancienne, passée plus tard par la Grèce, a été ensuite adoptée par le Christianisme, qui l’a répandue aussi bien dans son imagerie et sa littérature, que dans les sculptures et sur les vitraux de ses monuments. Ainsi, plusieurs cathédrales européennes donnent à voir, en couleurs, le pélican les ailes déployées et le poitrail ouvert, offrant ses viscères ensanglantés, aux becs avides des oisillons.

Une autre interprétation, plus dramatique encore, raconte que le pélican, après avoir tué ses petits, leur redonne vie après trois jours, en se perforant l’abdomen et en les arrosant de son sang. Il s’agit ici de la Passion du Christ, auquel Dieu redonne la vie le troisième jour.

Pour l’alchimie, le pélican se présente comme symbole de la pierre philosophale, dissoute dans le plomb liquide, pour le transformer en or. Le fait de voir sept petits au lieu de trois, portée habituelle, renvoie au nombre de l’Homme : ses deux natures sont réunies par l’addition du quatre, nombre de la matière et du trois, nombre de l’esprit.

En franc-maçonnerie, au degré de Rose-croix du Rite Ecossais Ancien et Accepté, le pélican symbolise à la fois la purification du corps et du cœur et partant, l’Amour. Considérée dans sa version « dramatique », la légende évoque cet Amour, poussé jusqu’au sacrifice.

Vue « normalement », c’est à dire sans théâtralisation sanguinolente, la légende du pélican invite à l’Amour du prochain, à l’Amour de l’Humanité. Elle signifie aussi l’Amour des Frères et des Sœurs entre eux, dans la loge. Elle évoque enfin, la transmission du savoir et le don des connaissances des plus anciens aux plus jeunes. Le but même des francs-maçons et des franc-maçonnes.

 L’Aigle

Aigle

Choisi comme symbole à divers titres depuis des siècles, l’aigle est bel et bien représentatif d’une puissance particulière, toujours « techniquement » impressionnante ! Avec en moyenne un poids de 6kg, 1 mètre de longueur, 2 mètres d’envergure les ailes déployées, une vue amplificatrice de la lumière (lui permettant de voir un objet de 15cm à 1500 mètres d’altitude) et une possibilité de domination d’un territoire de quelque 150km carrés : Un bel exemple d’adaptation animale, selon la théorie de l’évolution de Darwin !

L’aigle, roi des oiseaux 

L’aigle serait le seul oiseau pouvant regarder le soleil. Il plane très haut et son œil perçant repère effectivement ses proies très loin. Il a une vision générale du monde sous forme de plan. Il observe aussi bien ce qui se passe au-dessus de lui qu’en dessous. Il inspire ainsi une idée d’universalité, de surnaturel même.

Pour le philosophe Pythagore, qui en possédait un, l’aigle tient sans aucun doute de Zeus ! Lors de l’enterrement de Marc-Aurèle (mort en 180 après JC) un aigle a été lâché au-dessus de sa tombe. Symbolisant le dieu des dieux, il était censé transporter l’âme de l’Empereur vers l’Olympe.

Dans la pratique occultiste, l’aigle, « roi des oiseaux », représente une synthèse, précisément divine : il réunit la puissance, l’esprit, l’intelligence, la sagesse et l’âme ! Cette notion de puissance a fait évoquer en première maçonnerie des Hauts-Grades, le « Saint-Empire » précité : Il convient de l’interpréter aujourd’hui, non plus dans son sens historique de « Saint-Empire romain germanique » mais avec son évocation spirituelle, c’est à dire l’union de tous les maçons pratiquant les Grades supérieurs (side degrees, « degrés latéraux », pour les anglais, qui les « pensent » horizontalement).

L’Aigle bicéphale

Aigle bicéphale, symbole d’Orient et d’Occident dans les hauts grades maçonniques du Rite écossais ancien et accepté.

Il est compréhensible que les capacités exceptionnelles de l’aigle aient pu enflammer l’imaginaire de nos ancêtres ! Jusqu’à lui ajouter une deuxième tête sur les armoiries et autres bannières de la palette héraldique ! Peut-être par souci graphique de symétrie avec les deux ailes déployées, ou pour souligner la faculté de l’oiseau de voir dans plusieurs directions ?!

L’aigle bicéphale est un symbole très ancien : il est présent chez le peuple Hittite en Asie Mineure 2000 ans avant Jésus-Christ. Puis au fronton des temples chaldéens, cinq siècles avant Jésus-Christ. Il est aussi gravé dans le sanctuaire de la Pythie de Delphes, qui ne manquait pas de l’interroger avant de délivrer ses prédictions.

On le retrouve ensuite au XIIIème siècle chez les Turcomans au Turkménistan et en Syrie. Puis enfin en France, notamment sur l’armure de Bertrand du Guesclin au début de la guerre de cent ans.

L’aigle à deux têtes entre ainsi dans l’armoirie des Chevaliers. Au XVème siècle, il investit les pays germaniques, pour constituer, précisément, l’emblème de l’empereur du Saint Empire germanique. Il réapparaît en France au XVIIIème, en 1761. Il y devient, l’emblème du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

L’Aigle bicéphale en Art Royal

Si cet aigle bicéphale, rapace fabuleux, a évoqué puissance et autorité (pouvoir temporel et autorité spirituelle) au sein de l’Empire romain germanique précité, il est plutôt à interpréter en franc-maçonnerie des Hauts-Grades des années 1760, comme le symbole de prestige d’une organisation souveraine. Quoique privée, ne possédant évidemment de pouvoir que dans sa sphère d’influence.

Pour leur part, les historiens maçonniques décodent dans cet aigle bicéphale tenant dans ses serres une épée, une demande de vengeance divine en faveur du Chevalier Jacques de Molay, injustement supplicié et mis à mort par Philippe le Bel.

L’aigle bicéphale inspire une symbolique binaire (Adam et Eve, Soleil-Lune, Orient-Occident, Rome-Constantinople, Sacerdoce-Empire, Justice-Miséricorde, les deux Saint-Jean, les deux couleurs Blanc et Noir) autrement dit deux pouvoirs réunis en un seul corps. L’aigle bicéphale maçonnique apparaît précisément moitié blanc, moitié noir, une tête tournée vers le passé, l’autre vers l’avenir.

Comment lire « maçonniquement » aujourd’hui cet aigle bicéphale ? En tant que « logo », il est le signe de reconnaissance spécifique et « continuateur » de la symbolique première. Vu par chaque membre, il est d’évidence laissé à sa libre interprétation. Avec ses deux cerveaux, ledit aigle est censé disposer ainsi d’une double capacité de réflexion, donc d’une intelligence augmentée. L’une des têtes évoque la paix, l’autre la justice.

A noter que les ailes déployées de cet oiseau bicéphale exposent 22 rémiges (grandes plumes) qui renvoient – selon certains rituels – aux 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Les plumes de la queue, quant à elles, sont au nombre de 7 : elles évoquent, entre autres, les 7 jours de la semaine et les 7 planètes correspondantes (Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, Soleil).

L’aigle représenté de face tient dans ses serres un glaive. Il est orienté de l’Orient vers l’Occident pour indiquer la direction de la lumière. Sur le glaive sont gravés ces deux mots : « Neccum Adonay » traduits en français par « Vengeance à Dieu ». Il s’agirait des dernières paroles de Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers. En forme de malédiction, dit-on, visant le pape Clément V et Philippe le Bel, qui moururent peu après.

 Cette « bi-coloration » de l’aigle (séparation verticalement en deux parties, blanche et noire) peut suggérer l’opposition des contraires, notamment la victoire de la lumière sur les forces obscures. Mais elle évoque aussi, en l’occurrence, la tendance naturelle de l’imaginaire humain à la binarité. En effet, celui-ci nous fait sans cesse voir le monde de façon manichéenne, et en quelque sorte symétrique, alors qu’il est asymétrique (la femme n’est pas le contraire de l’homme, la lune n’est pas le contraire du soleil !). Blanc et noir nous inspire, presque naturellement bien et mal, bon et mauvais, beau et laid, facile et difficile, heureux et triste, etc. Nous faisons ainsi le constat que la pensée binaire (ou absolutiste) est limitante : voir les choses seulement en noir et blanc, limite le point de vue, au sens littéral du mot.

 Laissons aller notre imagination quelques instants. Ainsi décrit, l’aigle bicéphale devient un pertinent miroir : il reflète notre image d’homme binaire et… il nous invite aussi, pourquoi pas, à élargir notre pensée ! C’est à dire à passer du binaire au ternaire, dans le sillage même du philosophe Emmanuel Kant, précisément promoteur de la « pensée élargie » ! En l’occurrence, l’élargissement peut se traduire ainsi : Qui dit pensée ternaire, dit nombre 3 vers lequel nous sommes renvoyés ! Or le 3 dérive de l’addition obligée des 2 premiers nombres : l’unité est toujours composée de trois éléments. La vraie compréhension commence donc avec l’appréhension du delta !

Continuons-nous raisonnement « imaginal ». En écartant symboliquement l’arête entre le noir et le blanc, sur la poitrine de l’aigle, nous ouvrons par métaphore notre esprit. Avec un regard positif, nous sortons du piège de nos limites : nous sommes disposés au compromis, à la coopération avec les autres et à l’acceptation de leurs visions du monde !

Exactement comme lorsque nous écartons en pensée l’arête sur le pavé mosaïque entre la dalle noire et la dalle blanche. Alors apparaissent entre les deux – nous l’avons plus haut – toutes les couleurs signifiantes de l’arc-en-ciel ! Alors nous sortons des sempiternels contraires pour laisser enfin s’étaler et vivre les éléments complémentaires, soudain mis en relief. Et nous passons bien de la sorte du binaire au ternaire, philosophie et but même de chaque degré du rite.

Ainsi devient panoramique notre champ de vision…et partant, notre point de vue ! Osons opérer de la même manière symbolique avec l’aigle bicéphale : Il nous est loisible – en nous positionnant sur l’arête séparant le noir et le blanc sur sa poitrine – de devenir sa troisième tête. Pour voir et vivre le présent, ici et maintenant. Avec des yeux d’aigle ! 

Colombe, Phénix, Pélican, Aigle. Quatre oiseaux prestigieux, porteurs d’imaginaire, de symbolique et de réel ! Respectivement, ils nous renvoient, par métaphores interposées, à la paix, au cycle mort/renaissance, à l’Amour, à la hauteur de vue. Un quaternaire spécifique qui démontre la puissance opérationnelle de la fiction ! Il illustre la condition humaine, les valeurs auxquelles sont attachés le franc-maçon et la franc-maçonne et leurs buts élevés, à poursuivre résolument, en droite ligne. A vol d’oiseau !

300 ans des Constitutions d’Anderson

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Les AmphisVDR ont organisé le mercredi 25 janvier une rencontre et conférence inter-Obédiences pour les 300 ans des Constitutions d’Anderson

Ont participé à cette rencontre :

  • Gérard ICART (Grand Chancelier) pour la GLNF ;
  • Alain-Noël DUBART (Ancien GM) pour la GLDF ;
  • Marie-Thérèse BESSON (Ancienne GM) pour la GLFF ;
  • Pierre MOLLIER (Directeur de la bibliothèque et du musée de la FM) pour le GODF ;
  • Pascal BERJOT (Ancien GM) pour la GLTSO ;
  • Jerôme GRYNSZPAN (Membre du suprême conseil de l’OMMI DH) pour le DH.

Les Sentiers Initiatiques sur Youtube

06/02/2023 : TBF à la GLDF sur « Maître Eckhart et le détachement : un chemin initiatique ? »

La Loge « La Rose Ecarlate » N° 888 de la Grande Loge de France, organise une Tenue Blanche Fermée sur ce thème :

Éric Mangin – Photo Ultreia !

Monsieur Éric MANGIN, philosophe, théologien spécialiste et traducteur des Sermons de Maître Eckhart est un philosophe et théologien français. Il est maître de conférences et doyen de la Faculté de philosophie de l’Université catholique de Lyon. Traducteur et spécialiste de Maître Eckhart, il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages dont L’intellect et ses actes chez Maître Eckhart (Vrin, 2017).

Monsieur Mangin se présente lui-même :

« Depuis plusieurs années mes recherches portent sur les rapports entre philosophie, théologie et littérature dans l’œuvre de maître Eckhart. J’enseigne également la philosophie médiévale, et en particulier la pensée arabe et celle des femmes comme Hadewijch d’Anvers ou Christine de Pisan. Depuis sept 2014, je suis doyen de la faculté de philo et du pôle SHS à Lyon.

Mes compétences : Philosophie et christianisme. Histoire de la philosophie antique et médiévale. Maître Eckhart, traductions et commentaires. »

Monsieur Mangin sera disponible pour une séance de dédicace à l’issue de la tenue, si les frères le souhaitent.

Eckhart von Hochheim, dit Maître Eckhart (vers 1260 — 28 janvier 1328), est un théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans. Il étudia la théologie à Erfurt, puis Cologne et Paris. Il enseigna à Paris, prêcha à Cologne et Strasbourg. Maître et théologien de la vie spirituelle, il administra également la province dominicaine de Teutonie depuis Erfurt.

Il est connu essentiellement pour ses « Sermons » qui sont d’une beauté et d’une profondeur spirituelle hors du commun.

Vous comprenez bien qu’il s’agit d’une soirée tout à fait exceptionnelle qui vous est proposée par les frères de la Loge « La Rose Ecarlate » de la Grande Loge de France. Venez nombreux pour découvrir Maître Eckhart et les mystiques rhénans et leur influence sur la spiritualité maçonnique

Une délégation du Conseil Fédéral de la Grande Loge de France sera présente, menée par le Second Grand Maître Adjoint de la Grande Loge de France, Jean-Laurent Turbet. Sera présent également l’Inspecteur de la loge, Gilles Gruel.

Les Loges Cosmos N°288, Goethe N° 379, Loi d’Action et Guillaume Tell réunis N° 475-704, L’Étoile Écossaise N° 635, Per Hank – Maison de vie N° 1464, et le Labyrinthe Écossais N° 1554, s’associent à la Loge organisatrice La Rose Écarlate, pour cette soirée.

Les frères de la Loge La Rose Écarlate nous ont préparé une soirée exceptionnelle !

Important : Ne peuvent donc assister à cette tenue blanche fermée que les frères de la Grande Loge de France et des obédiences connues.

Lundi 6 février 2023 à 19 h 45 – Grand Temple Pierre Brossolette – 8 rue Puteaux 75017 Paris/Métro Rome, bus Rome-Batignolles/Parkings à proximité.

La participation à cette tenue est évidemment gratuite (c’est une tenue, venir avec les décors de son grade) mais il convient, pour des raisons d’organisation et de sécurité  de s’inscrire au préalable : Cliquez ici

04/02/2023 : Conférence sur le revenu universel à Plérin par le GODF

De notre confrère breton letelegramme.fr

Elle sera animée par Bernard Lancien, membre du Grand Orient de France.

Le « revenu universel inconditionnel », aussi appelé « revenu de base », consiste dans l’attribution à chaque citoyen, sans condition de revenus, sans contrepartie et cumulables avec d’autres revenus, d’une somme d’argent suffisante pour vivre dignement.

Il s’agit du sujet d’une conférence organisée par la loge Fraternité d’Armor du Grand Orient de France.

le samedi 4 février, à 15 h 30, à l’hôtel Le Chêne Vert de Plérin (Côtes d’Armor).

Cette conférence sera animée par Bernard Lancien, président du groupe régional de réflexion sur le revenu universel inconditionnel au sein du Grand Orient de France.

Présentation du « Revenu de base »

Pièces jaune au mieux de feux
Pièces jaune au mieux de feux

Le revenu de base, encore appelé revenu d’existence, revenu universel ou allocation universelle, est une somme d’argent versée par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur une base individuelle, de façon inconditionnelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. Ce mode de fonctionnement économique est appliqué dans quelques pays ou à titre expérimental dans certaines zones.

Parmi les arguments invoqués pour sa mise en œuvre on trouve les principes de liberté et d’égalité, la réduction voire l’élimination de la pauvreté, le combat pour des conditions de travail plus humaines, l’amélioration de l’éducation, la réduction de l’exode rural et des inégalités régionales. Le revenu de base peut aussi être justifié comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques reçus en héritage. Cette mesure permettrait aussi de lutter contre le chômage et d’améliorer la flexibilité du marché du travail en luttant contre les trappes à inactivité créées par les mesures de type revenu minimum ou les baisses de charges sur les bas salaires.

Cette forme de sécurité sociale est aussi appelée : « revenu universel », « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d’existence », « revenu minimum d’existence », « revenu social », « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen », « dotation inconditionnelle d’autonomie » ou « dividende universel ».

Définitions

Certaines définitions du revenu de base sont plus restrictives et impliquent par exemple un montant minimum permettant de satisfaire les besoins primaires d’une existence, ou de remplacer les transferts sociaux. Ces termes sont parfois aussi repris pour des mesures qui, proches de l’impôt négatif sur le revenu, versent cette allocation selon la situation des ménages, ou qui incluent des contreparties, et qui ne sont donc pas des formes de revenu de base selon la définition du BIEN.

Elle est parfois confondue ou mise en opposition avec celle de « salaire à vie » (ou « salaire à la qualification personnelle ») imaginé initialement par Bernard Friot et promu notamment par le réseau salariat.

Le revenu de base a été expérimenté notamment au Canada, en Inde et en Namibie. L’Alaska a mis en place l’Alaska Permanent Fund, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l’État. Le revenu de base est défendu au niveau mondial par des politiques allant des altermondialistes aux libéraux néoclassiques, des universitaires, des personnalités et des associations notamment regroupées au sein du BIEN.

Selon Liêm Hoang-Ngoc deux branches existent pour l’allocation universelle : une marxiste et une libérale ; la branche marxiste s’inspirerait de l’Introduction générale à la critique de l’économie politique, ouvrage dans lequel Karl Marx imagine le développement d’une société où l’humanité sera sortie du salariat et où les machines seules assureront la création de richesses, qui seront reversées sous la forme d’un « revenu socialisé universel ». La branche libérale considèrerait qu’il convient d’accorder une certaine somme d’argent aux citoyens, tantôt « filet de sécurité », tantôt « capital de départ », pour qu’ils puissent consommer et participer à la vie de la société. À chacun, ce faisant, d’organiser ses dépenses comme il l’entend.

Regard sur… Voyage astral

Le voyage astral est une expression de l’ésotérisme qui désigne l’esprit qui se dissocie du corps physique pour vivre une existence autonome et explorer librement l’espace environnant. Il existe plusieurs synonymes de cette expression incluant « décorporation », « dédoublement astral », « excursion psychique », « expérience hors du corps » (EHC),« projection astrale », « projection du corps astral », « sortie hors du corps » (SHC), « transe ecsomatique », « voyage hors du corps », « sortie astrale » et « voyage astral ». L’expression d’expérience de hors-corps est plus récente et relève davantage de la médecine et la psychologie.

L’expression est liée à la croyance des occultistes en un corps astral et en un plan astral. L’expérience se produirait en diverses occasions : à l’approche de la mort, au cours d’une opération sous anesthésie, sous le coup d’une douleur intense, au cours d’une méditation, lorsque le corps est dans un état de relaxation avancé, lors du sommeil profond, sous l’emprise de drogues hallucinogènes, en période de stress, lors de paralysie du sommeil ou même sans aucune raison directe et à tout moment. Il n’existe pas de preuve acceptée par la communauté scientifique quant à la possibilité d’un « voyage astral » mais ce concept est utilisé dans certaines œuvres de science-fiction ou fantastiques ou dans des « fictions ésotériques » (comme dans les ouvrages de Lobsang Rampa) ou ceux d’Anne Givaudan et Daniel Meurois.

Introduction et définitions

« Séparation du corps et de l’esprit » issue de l’ouvrage chinois sur la méditation Le secret de la fleur d’or.

Les personnes les ayant pratiqués distinguent le voyage astral de l’autoscopie. Dans l’autoscopie, la personne verrait son double depuis son corps physique, à l’extérieur d’elle-même, alors que dans un voyage astral, la personne a la sensation de voir son corps physique depuis l’extérieur de celui-ci. Des descriptions de ces sensations sont perçues dans l’occultisme, dans la magie ou le chamanisme. Elles sont connues des milieux ésotériques, dans le mouvement hippie (les drogues pouvant induire la sensation) et étudiée par la métapsychique et la parapsychologie. Elles furent d’abord connues sous les noms de « bilocation », de « translation » puis de « dédoublement » ou de « décorporation ».

Elles sont étudiées par plusieurs communautés et associations.

Des recherches médicales, au début des années 2000, donnent plutôt une explication neurologique à cette sensation. D’après une étude datant de 2005, environ 10 % de la population aurait expérimenté dans sa vie une telle sensation de sortie du corps.

Histoire

Un passage du Dao De Jing (Voie de l’harmonie) est parfois cité comme une description du voyage astral (ou d’une extase chamanique). Le Moyen Âge occidental chrétien s’est davantage intéressé aux bilocations, une forme du voyage astra, dans lequel un individu aurait été vu en même temps en des endroits différents. Les historiens citent les noms suivants : Antoine de Padoue (1195-1231), François-Xavier (1506-1552), Philippe Neri (1515-1595), Jean de la Croix (1542-1591), Joseph de Copertino (1603-1663), Alphonse de Liguori (1696-1787), Padre Pio (1887-1968). Alphonse de Liguori a affirmé être allé assister à Rome le pape Clément XIV sur son lit de mort (1774), alors qu’il est resté au palais épiscopal. Hélène Renard note une différence entre bilocation et état hors du corps : dans la bilocation, les témoins disent avoir touché, entendu le mystique dédoublé, avoir dialogué avec lui, alors que dans l’état hors du corps, le sujet dédoublé ne se fait ni voir ni entendre, il ne communique pas, et il ne peut agir, déplacer les objets. L’extériorisation de la sensibilité et le dédoublement ont été étudiés à l’époque du magnétisme animal par Pelletier, Hector Durville, le docteur Sicard et le docteur Luys notamment. Ces expériences ont été confirmées par Gurney, Myers, de la Psychic Research Society (Londres), par Charles Lancelin, et par Camille Flammarion, qui ont recueilli plus d’un millier d’observations tendant à confirmer les sensations, notamment le cas célèbre d’Émilie Sagée.

Ernest Hemingway

Ernest Hemingway, blessé d’un éclat d’obus au cours de la Seconde Guerre mondiale, a eu l’impression de quitter son corps : « Mon âme ou quelque chose qui sortait de mon corps comme quand vous tirez un mouchoir de soie de votre poche, mon âme, donc, se déploya autour de moi, puis revint et réintégra mon corps, mais je n’étais pas mort ». La première expérience de voyage astral contrôlée scientifiquement a été conduite par Charles Tart, de l’université de Californie. Mme Z. devait lire ce qui était inscrit sur une feuille de papier et l’heure affichée sur une horloge, objets qu’elle ne pouvait atteindre, alors qu’elle se trouvait en sortie astrale. Expérience réussie, et attestée par le fait que l’électroencéphalogramme enregistre à l’heure vue par Mme Z. diverses anomalies.

Robert Monroe dit avoir trouvé des témoignages très anciens de ce phénomène dans le christianisme : Ecclésiaste, 12:6-7 : la corde d’argent ; Ezéchiel, 3:14 : « L’esprit m’enleva et me prit » ; Deuxième épître aux Corinthiens 12:2-4 : « Cet homme-là fut ravi jusqu’au troisième ciel ». ; Apocalypse de Jean 1:10 : « Je tombai en extase ». Surtout, Robert Monroe, qui dit avoir réalisé plus de 600 voyages astraux, a donné diverses techniques pour y arriver. L’une consiste à se relaxer, puis à inhiber les sens, puis à concentrer sur l’emplacement du troisième œil (entre les sourcils), puis à projeter vers le haut deux rayons lumineux qui partent des yeux pour se rejoindre à un point situé à trente centimètres, enfin à imaginer le point visualisé comme s’il était soumis à une pression et qu’il était projeté en arrière jusqu’à ce qu’il tombe sur le sol. Jeanne Guesné a laissé de nombreux témoignages sur ses dédoublements volontaires

Synthèse des témoignages

Les auteurs et « projecteurs » (un nom parfois donné à ceux qui disent vivre une « projection astrale » ou « voyage astral ») relatent que les expériences de sensations extra-corporelles sont limitées dans le temps et ne durent généralement pas plus de quelques dizaines de minutes ou, au maximum, quelques heures. Selon ces personnes, le temps lors de ce voyage astral diffère du temps dans la réalité. Cependant, Robert Monroe, quant à lui, notait des voyages d’une durée de moins de 10 minutes à plus d’une demi-heure.

Conceptions

Trois approches différentes se partagent les explications du phénomène des sensations de « sortie du corps » dont l’approche ésotérique, l’approche parapsychologique et l’approche scientifique.

Approche ésotérique

Selon le taoïsme, le bouddhisme, la théosophie, en Égypte, ou encore chez Platon, il existerait plusieurs corps dont les plus connus sont le corps éthérique et le corps astral qui pourraient se détacher du corps physique. Le corps énergétique/éthérique bioénergétique serait constamment lié au corps physique duquel il serait entièrement dépendant. Les organes du corps énergétique sont connus, dans la tradition yogique, sous le nom de « chakras ». Le corps énergétique/éthérique entrerait, pendant la relaxation, transe, ou sommeil, en expansion, afin de s’énergiser. En temps normal, il resterait contracté. Son expansion semble être nécessaire pour que puisse intervenir une expérience de sortie hors du corps, ce qui explique l’utilisation des techniques de transe et relaxation.

L’astral est un terme qui désigne, chez les occultistes (Helena Blavatsky, Papus, Rudolf Steiner) des plans de conscience non physiques, mais aussi un des corps subtils de l’homme. Des mouvements comme la théosophie séparent l’astral en sept niveaux, alors que certains bouddhistes en font état de 31. La majorité des auteurs distinguent de nombreux plans et sous-plans, comme le bas-astral, moyen-astral, et haut-astral. Ces notions sont non scientifiques et relèvent de la subjectivité des expérimentateurs. Plus le plan de conscience serait élevé, moins il serait « dense » et plus il serait « lumineux ». Par ailleurs, il semble que l’expérimentateur se retrouve dans le milieu lui convenant le mieux, parfois même entraîné par des entités. Les entités que les principaux auteurs sur la projection disent rencontrer sont de natures très diverses. Selon les auteurs plus ésotériques (dans la Wicca par exemple) Il existerait une « faune astrale », composée de nombreux organismes aux formes variées, qui se nourrissent d’énergie comme le suggère également Carlos Castadena. Il y aurait également des « negs » (entités négatives) plus ou moins intelligentes, qui elles tentent de se nourrir de l’énergie de l’esprit. Selon certaines croyances, le danger serait plus grand une fois le corps astral détaché du corps physique. Il est dit que l’on peut rencontrer d’autres entités nous ressemblant dans d’autres mondes, et parfois des entités plus évoluées ou protectrices comme le relatent les expériences de mort imminentes. Ces informations sont données par les auteurs sur la projection, la majorité des scientifiques considérant ces phénomènes comme hallucinatoires ou oniriques.

Approche parapsychologique

Représentation artistique de l’étape de séparation d’une expérience hors du corps, qui précède souvent la liberté de mouvement – Crédit photo Rad el Baluvar.

La théorie défendue par les milieux ésotériques se base sur la croyance en l’esprit. Lorsque nous dormons l’esprit ou l’âme sortirait du corps physique et irait dans l’astral, les rêves étant la création d’un monde de formes-pensées où l’âme visite un plan astral qu’il a conçu ou pas. Un certain état d’esprit et de détente (méditation), permettrait à la conscience de rester éveillée et ainsi de sortir du corps matériel lors d’un sommeil paradoxal. On appelle cela une transe. Ainsi, le corps astral pourrait se promener comme bon lui semble jusqu’à ce qu’il retourne, volontairement ou non au corps physique. Selon l’après-vie, de Hélène Renard, ou selon d’autres auteurs plus ésotériques comme Silver Raven Wolf, les sorties hors du corps peuvent intervenir sous diverses conditions ; par exemple lors d’une intervention chirurgicale, lors d’une émotion ou stress intense, ou lors d’états modifiés de conscience spécifiques (transes chamaniques ou transes des derviches tourneurs par exemple).

Différents niveaux de conscience peuvent être observés :

  • Niveau de conscience aussi élevé ou plus élevé que lors d’un état de conscience normal (veille).

C’est le cas lors de projections volontairement induites depuis une transe (sans qu’il y ait d’interruption de conscience), ou lors de certaines NDE.

  • Projection en semi-conscience.

Elle peut être induite pendant le sommeil (depuis un rêve lucide par exemple), et elle présente des interruptions de conscience au moment de la sortie ou de la réintégration. Les projections semi-conscientes sont les plus fréquentes. Lorsque le niveau de conscience est très bas, l’expérimentateur se souvient juste, au réveil, qu’il est sorti de son corps, mais sans plus de précisions. Avec l’entraînement, le niveau de conscience lors des projections peut être considérablement augmenté.

Ces sensations liées à un état favorable à la projection astrale sont les « symptômes » les plus fréquemment notés, lors de l’état d’un état de conscience modifié favorable au voyage astral se retrouvent dans plusieurs ouvrages traitant sur le sujet, par exemple le livre de William Buhlman : Voyages au-delà du corps ou encore Journey’s Out of the Body de Robert A. Monroe :

  • Bourdonnement ou rugissement,
  • Sensations inhabituelles de fourmillement ou d’énergie s’irradiant depuis la nuque ou apparaissant progressivement sur le corps tout entier,
  • Des voix, des rires, ou bien des appels,
  • Sensation d’apesanteur ou légèreté,
  • Toute vibration interne sortant de la norme,
  • Sensation d’énergie semblable à un courant électrique,
  • Un balancement, tournoiement, sensation de vertige léger,
  • Bras ou jambes qui semblent s’élever,
  • Afflux soudain d’énergie à travers le corps,
  • Tout bruit sortant de l’ordinaire, vent, moteur, musique, cloches, …
  • Impression de rater une marche à l’endormissement ou au réveil (signe d’un déphasage et retour brusque du corps astral dans le corps physique) Cette forte secousse est dite « hypnique ». Elle est souvent associée à une sensation de chute dans un trou,
  • Impression que le rythme cardiaque s’accélère considérablement sans que ce soit le cas.

Ces symptômes seraient le signe d’un état favorable à une décorporation. Le sujet aurait alors la possibilité de faire un voyage astral plus ou moins conscient.

Les auteurs et projecteurs ont développé de nombreuses méthodes afin de produire le voyage astral. Il faudrait d’abord un état modifié de conscience passant par la méditation, appelée la condition A (relaxation), puis une transe légère dans laquelle on pourrait percevoir des sons étranges et des visions. Ensuite, surviendrait une transe profonde où l’on perdrait l’usage de son corps entier tout en restant conscient. Enfin, apparaîtrait un état vibratoire plus ou moins aigu. Une action mentale (fort désir, volonté de sortir de son corps…), après avoir dépassé ses limites de peur (peur de l’inconnu, peur de mourir, peur de la possession, peur de ne pas pouvoir réintégrer son corps, …) et qui s’articulent, en général, autour de ces éléments : Tous ces éléments seraient très semblables à la marche à suivre pour provoquer un rêve lucide par le biais d’un endormissement conscient, le rêve lucide dont l’existence, contrairement à la projection astrale, est prouvée scientifiquement.

  • Visualisation

Exemples : visualiser son double et y déplacer sa conscience ou encore : visualiser un endroit, un lieu, une personne, et y déplacer sa conscience. Techniques de la cible.

  • Auto-suggestion

Exemples : se répéter en journée et avant de s’endormir que l’on va sortir de son corps.

  • Induction à partir du rêve lucide

Exemples : prise de lucidité dans un rêve et on se jette sur le ventre ce qui stoppe le rêve et provoque une sortie. Induire une sortie depuis un rêve lucide est une très bonne technique pour le débutant.

  • Utilisation des vibrations

Le phénomène vibratoire peut être amplifié et permettre une sortie. Puis appliquer une pression directe sur le corps astral. Exemples : pousser vers le haut, se sentir s’élever, rouler sur le côté, imaginer une corde et y grimper, etc..

  • Utilisation de programmes d’ondes cérébrales

Développés par l’Institut Monroe, les Brainwaves permettent la modification des ondes cérébrales. Les Brainwaves peuvent favoriser le phénomène de PA. Le processus équilibre l’activité du cerveau et centre la force cérébrale au milieu de celui-ci, les deux hémisphères intervenant à parts égales. Par ailleurs, c’est de cette manière que l’explique D.J. Conway : Lorsque les ondes cérébrales de l’hémisphère droit oscillent entre le niveau alpha et thêta surviennent généralement les expériences d’altération de conscience(entre Alpha : 4 à 13 cycles secondes et thêta : 4 à 7 cycles secondes) le cerveau est semi-conscient, semi-endormi, sachant que les ondes cérébrales de sommeil atteignent un très bas niveau (Delta : 0.5 à 3.).

  • Par l’hypnose ou magnétisme

Il est possible d’induire, par l’hypnose ou le magnétisme, l’extériorisation de la conscience.

  • Par méditation

À l’aide de la méditation qui relaxe le corps et la pensée, la transe peut être activée. Il s’agit alors de ne pas penser ni bouger. Si l’environnement est favorable (calme, sans interaction avec l’expérimentateur), certaines conditions favorables apparaissent comme un cillement dans l’oreille, puis un bourdonnement intense qui parcourt le corps. Ces conditions peuvent alors être poussées au maximum par l’autosuggestion et l’hypnose ou autres méthodes.

  • Par l’usage de drogues hallucinogènes

Comme le LSA, le LSD le Stilnox ou la salvia divinorum, qui bien que ne garantissant pas une expérience de dissociation durant le « trip », est le moyen le plus simple pour vivre une expérience de ce type.

D’après Robert Monroe, la fin d’un voyage astral peut aussi être causée par un manque d’énergie. Dans ce cas, une des techniques pour éviter de sombrer dans l’inconscience est de regarder sa main ou bras astral et d’« aspirer » l’énergie de son « corps énergétique » ou physique.

Approche scientifique

À l’heure actuelle, la recherche scientifique suggère que ces sensations sont liées à un dysfonctionnement de la jonction temporo-pariétale. Plusieurs personnes affirment avoir flotté au-dessus de leur corps après un accident (c’est l’expérience de mort imminente) ou lors d’un voyage astral. Des chercheurs suisses pensent avoir trouvé une explication rationnelle à ce phénomène. Selon les neurologues Olaf Blanke et Margitta Seeck, les expériences de mort imminente (EMI) proviendraient de perturbations d’un processus complexe de coordination, qu’ils localisent maintenant dans le cerveau. Pour eux, la représentation corporelle est troublée lorsqu’on stimule électriquement la jonction temporo-pariétale du cerveau. À ce moment, le cerveau génère une image délocalisée, comme projetée sous le corps, en face de lui ou derrière lui. Dans les deux premiers cas, les personnes reconnaissent encore leur propre image. Toutefois, dans le dernier, ils ressentent une présence autre, parfois sombre et menaçante. Ces observations ont été réalisées par hasard pendant que les scientifiques stimulaient électriquement des zones clés du cerveau afin d’ôter des parties du cortex responsables de formes sévères d’épilepsie. Les chercheurs travaillent au département de neurosciences cliniques de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE) et à l’Institut des neurosciences de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Des psychologues s’étant intéressés au rêve lucide, comme Stephen LaBerge, Paul Tholey ou Susan Blackmore affirment que les projections astrales sont des rêves lucides et que les sensations de sortie du corps (que l’on retrouve lors de la pratique de certaines méthodes d’induction de rêves lucides) seraient d’ordre onirique et ne présumeraient pas de la sortie réelle d’un autre corps depuis le corps physique.

Conséquences et effets

Les souvenirs de ces expériences demeurent longtemps vivaces, mais sont parfois volontairement refoulés. De nombreuses personnes font état, après de telles sensations, d’un intérêt accru pour la spiritualité, la philosophie, les sciences, la psychologie, ainsi qu’une diminution de la peur de la mort.

Les drogues (narcotiques, électuaires, enthéogènes, LSD, etc.) et produits psychédéliques permettraient d’augmenter l’illusion d’un voyage astral, on les retrouve d’ailleurs dans le chamanisme amazonien (ayahuasca) ou dans des rites religieux pour le peuple Mazatèque en utilisant la Salvia Divinorum. La kétamine, plus particulièrement, a la réputation de provoquer des « sorties du corps ». Cependant, tous les auteurs sur la projection déconseillent leur consommation : en effet, l’expérimentateur en général, ne contrôle plus le phénomène (risque d’un bad trip, ou épisode délirant). Le voyage astral induit sans drogues est donc bien plus avantageux, l’expérimentateur est alors en pleine possession de ses moyens. En revanche, l’usage de sons (Hemi-Sync de Monroe par exemple), de parfums et d’ambiances colorées, ionisées (Yram)41 peuvent être des auxiliaires sans effets néfastes.

Science-fiction

De nombreux personnages de science-fiction sont capables de voyage astral.

  • Dans plusieurs œuvres de Marvel Comics. Dans Les X-Men, tous les télépathes peuvent se projeter (et combattre) sur le plan astral. Par ailleurs, le sorcier Docteur Strange et son mentor l’Ancien sont capables de se projeter hors de leur corps physique.
  • Dans le livre Les Thanatonautes de Bernard Werber qui parle de la découverte du continent des morts, les explorateurs (ou thanatonautes) utilisent des techniques médicales d’anesthésie ou la méditation pour provoquer une décorporation (ou voyage astral) et voyager à la découverte du paradis.
  • Dans l’épisode Corps astral de la troisième saison de X-Files : Aux frontières du réel, un homme-tronc se sert d’une technique asiatique d’auto hypnose pour projeter son corps astral, pleinement membré.
  • Dans Inception, film avec Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard, les personnages se relient à une machine et font des rêves lucides et des rêves partagés à plusieurs (de même que dans le livre Les Thanatonautes). Les problématiques des projections astrales, des problèmes du subconscient non résolus, du temps relatif, du retour, etc. sont abordées.
  • Dans le film Insidious de James Wan, Projection astral de Patrick Wilson pour rejoindre son fils dans « l’autre monde ».
  • Dans la série américaine Charmed, l’aînée des trois sœurs, Prue, peut projeter son corps astral où et quand elle le désire.
  • Dans le manga Ghost Hound, série animée du studio Production I.G, d’après un concept de Shirow Masamune, les trois personnages principaux Taro, Makoto et Masayuki, font régulièrement des expériences de voyage astral.
  • Dans le dessin animé Avatar, le dernier maître de l’air, Aang et les autres avatars ont la capacité d’entrer dans le monde des esprits grâce à une projection astrale.
  • Dans le dessin animé Conan, le fils du futur (épisode 26 : Le Dénouement), Lana retrouve Conan au milieu de l’océan grâce à un voyage astral.
  • Dans la série Stranger Things de Netflix, Eleven est capable de se voir et se déplacer dans le « monde à l’envers » sans y être présente.
  • Dans la série Mon amie Adèle, Adèle effectue des voyages astraux lors de sommeils profonds. Elle partage cette capacité avec Rob et Louise.
  • Dans la série Sabrina, l’apprentie sorcière, Sabrina, Ambroise et les autres sorciers utilisent les voyages astraux.
  • Dans le film britannique Astral de Chris Mul (2018), Alex essaie la projection astrale pour renouer le contact de sa défunte mère avant que cette expérience se tourne au cauchemar.

ChatGPT : l’outil pour faire écrire ses planches maçonniques par l’Intelligence Artificielle

Une nouvelle vague technologique est en train de déferler sur nos ordinateurs. Elle porte le nom de ChatGPT. Elle est née en décembre dernier et seulement cinq jours après son lancement, plus de 5 millions d’utilisateurs avaient téléchargé ce programme. Il pourrait bien remplacer les planches déjà écrites, trouvées grâce à Google, par cette intelligence artificielle, développée par OpenAi. Il s’agit d’une entreprise spécialisée dans le domaine de l’IA, basée à San Francisco.

Concernant les réseaux sociaux et toutes les autres intelligences artificielles, en décembre dernier, le congrès américain a interdit à ses députés d’utiliser TikTok[1]. Pour ChatGPT le mouvement est plus fort encore et le phénomène est tel que des universités de renom sont en train d’interdire son usage. L’exemple le plus récent est la célèbre université de Stanford en Californie, qui développe DetectGPT, un logiciel pour contrer ChatGPT[2]. Depuis quelques jours[3], la ville de New York interdit ChatGPT dans ses écoles publiques pour éviter la triche. Le quotidien français « Le progrès » titrait[4] : « ChatGPT utilisé par la moitié des élèves de Master pour rédiger leurs devoirs. »

Logo ChatGPT

Pour être concret, Le chat est un fil de discussion interactif sur Internet et GPT est l’acronyme de : « Transformateur génératif pré-entraîné ».  Le but de ChatGPT est d’offrir aux utilisateurs un site qui rédige automatiquement du texte. Ce dernier est produit par l’intelligence artificielle à partir d’une simple requête lancée par l’utilisateur.

La rédaction de 450fm s’est donc intéressée à l’utilisation de ce service pour le travail des planches de nos Sœurs et Frères en Loge. Il faut avouer que le système est certes très intelligent, mais pas encore très efficace pour les initiés. La preuve, pour la recherche dans le domaine symbolique, il confond actuellement compas avec boussole. Cela résulte bien évidement de la mauvaise traduction de l’anglais. Mais ce n’est pas tout, notre enquêteur en chef à lancé une requête encore plus précise en posant la question suivante : « Qui a écrit – L’invention de la franc-maçonnerie… » ?

La machine indique comme auteur du livre de notre regretté Frère parti à l’Orient éternel il y a quelques semaines Alain Bernheim. Vous imaginez la tête de son réel auteur, j’ai nommé Roger Dachez[5] lorsqu’on l’a informé ?

Nous avons essayé avec un autre ouvrage assez célèbre. Vous allez le constater, le résultat est très décevant :

Effectivement, Brent Moris a bien commis quelques ouvrages dont un livre intitulé : The Idiot’s Guide to Freemasonery.

En revanche, cela n’a rien à voir avec le livre demandé. Il n’a jamais écrit le livre : Freemasons For Dummies dont l’auteur est Christopher Hodapp et la version française La Franc-maçonnerie pour les Nuls est adaptée par Philippe Benhamou, mais certainement pas Brent Morris !

Nous avons testé de nombreuses requêtes et nous vous confirmons qu’il est encore nécessaire de vérifier les résultats qui sont parfois approximatifs ou totalement erronés tel que nous venons de constater.

En résumé, pour le moment, les plagieurs peuvent rester sur Google pour faire du copier/coller, mais il est certain que d’ici très peu de temps, c’est-à-dire quelques mois tout au plus, nous allons assister à une évolution fulgurante de ces systèmes dits intelligents.

Les outils de contrôle qui analysent et comparent les textes potentiellement plagiés vont eux aussi faire d’énormes progrès.

Sous peu, les fraudeurs auront face à eux des systèmes de vérification et de traçage très performants grâce à la même Intelligence Artificielle. Pour résumer, c’est l’éternelle histoire de la course à l’innovation entre les cambrioleurs et de la résistance des coffres forts.

La seule question qui vaille la peine d’être posée concerne le travail personnel lors des instructions d’Apprentis et de Compagnons… et de Maîtres, car la recherche personnelle et l’introspection vont devenir des denrées de plus en plus rares.


[1] Lien vers l’article

[2] Lien vers l’article sur Radio France

[3] Lien vers l’article sur Ouest-France

[4] Lien vers l’article de presse

[5] Amazon (lien vers l’ouvrage)

Entretien avec Michel Maffesoli sur : « Le temps des peurs »

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Jouant sur la peur archétypale, la caste politique dominante multiplie les procédés de contrôle en instrumentalisant les dangers et menaces afin de contraindre les comportements individuels et de restreindre les relations sociales.

Guerre aux frontières de l’Europe, Crise climatique, pandémie, inflation … Tout devient sujet à injonctions, surveillances, théâtralisations, wokisme,  lutte contre le complotisme , caricature des éléments de langage qui singeraient les formules magiques du maintien de la peur.

Mais les divers mouvements de rebellions de l’ère des soulèvements du peuple,  prouvent que ce dernier peut refuser une idéologie mortifère. Après le paradigme de la modernité issu des «  lumières » de 1789   dans laquelle le droit primait sur le devoir, émerge la post-modernité qui valorise un « enracinement dynamique » et le désir de vivre ensemble 

Sommes-nous à une époque de mise à mal des logiques de domination , moment qui remplacerait le  contrat social du XVIII e siècle par le pacte tribal du XXI e siècle, situation qui conduirait  à la renaissance de la Tradition et du sacré  ?

L’AUTEUR

Professeur émérite à la Sorbonne, où il a occupé la chaire de Durkheim, membre de l’Institut de France, Michel Maffesoli est l’auteur d’une œuvre sociologique et politique fondamentale.

Il a déjà publié (entre autres) car plus de 42 ouvrages parus

  • L’Ere des soulèvements ( Ed du Cerf)
  • Logique de l’Assentiment ( Ed du Cerf)
  • La France étroite ( Ed du moment)
  • Ecosophie ( ED Cerf)
  • L’ombre de dionysos ( Ed Cerf)
  • Le temps des tribus ( Le relié)
  • La force de l’imaginaire ( Liber)
  • La conquête du présent ( Descl »s Debrouwer)
  • La connaissance ordinaire ( librairie des méridiens)
  • La violence totalitaire ( Desclés de Brouwer)
  • Essaissur la violence ( Biblis)
  • Après la Modernité ( Eyrolles)
  • La contemplation du monde ( Grasset)
  • La faillite des élites (Lexio)
  • Le voyage ou la conquête du monde ‘ Dervy)
  • Le rythme de la vie ( Gallimard)
  • Homo éroticus ( CNRS ed)
  • La part du diable (Flammarion)
  • Sarkologie ( Albin Michel)

Antimaçonnisme : « Peut-on faire confiance à une Franc-maçonnerie qui aide la mafia ? »

De notre confrère italien iacchite.blog – Par Fabio Ménin 

Il ressort désormais clairement des investigations que Matteo Messina Denaro est resté fugitif pendant 30 ans non seulement parce que les personnes qu’il fréquentait faisaient semblant de ne pas le connaître, mais grâce à un réseau de protection sociale qui a mis en place pour lui la franc-maçonnerie de TrapaniJ’ai beaucoup de mal à l’appeler « franc-maçonnerie déviante » car il s’agit plutôt d’une loge maçonnique officiellement reconnue. Maintenant que la franc-maçonnerie gère les principaux postes de commandement également dans la province de Cosenza, dans la capitale et aussi dans la ville de Corigliano-Rossano, je pense que les démocrates sincères doivent se poser une sérieuse réflexion .

Des professionnels, des avocats, des entrepreneurs, des politiciens et même des mafiosi ont été signalés plus d’une fois par les forces de l’ordre et par des enquêtes judiciaires, également en Calabre et dans la province de Cosenza parmi les membres de la franc-maçonnerie. Je ne suis pas expert en franc-maçonnerie mais il faut dire aussi qu’il existe des loges secrètes dont les listes ne sont pas connues de la justice (mais elles peuvent être demandées par celle-ci si les investigations l’exigent), auxquelles appartiennent parfois des personnalités publiques importantes qui préfèrent rester anonymes concernant les relations avec les loges maçonniques.

Or, l’unification de l’Italie a été réalisée avec l’argent de la franc-maçonnerie anglaise et française prêté à la monarchie savoyarde donc on ne peut pas parler de cette association en se référant uniquement à la période historique actuelle. Mais aujourd’hui, il semble assez clair que s’inscrire à la franc-maçonnerie et en faire partie signifie accepter un compromis (ou le risque d’un compromis) avec des forces qui ne sont fidèles ni à la Constitution ni aux lois de la République italienne, c’est-à-dire à la mafia ou à Délinquance ‘Ndrangheta.

Je comprends que cette déclaration soit plutôt indigeste par les nombreux professionnels inscrits dans les loges maçonniques même dans notre province de Cosenza qui ne partagent certainement pas ces relations confidentielles avec le crime organisé. Et pourtant, il vérifie concrètement que l’économie légale de la Calabre et de Cosenza est de plus en plus assombrie par la présence d’activités qui ont de nombreux points de contact avec les activités criminelles de la ‘Ndrangheta (en Sicile la mafia de Messine Denaro et Totò Riina).

Je pense donc que les démocrates sincères, au-delà du fait qu’être membre de la franc-maçonnerie comporte certainement des avantages sociaux indéniables, doivent être clairs sur le fait qu’avec leur présence maçonnique, ils contribuent substantiellement à un mélange entre la légalité et l’illégalité. Peu importe si l’on dit : mais avec mes affaires je n’ai rien à faire avec des criminels. Très bon. Mais si vous participez effectivement à la franc-maçonnerie locale, au-delà de la volonté des individus, vous vous mettez en contact avec une association qui entretient des relations plus ou moins stables avec le crime organisé. Et cela est prouvé par de nombreuses enquêtes judiciaires et maintenant par la connivence évidente entre la franc-maçonnerie sicilienne et la mafia.

J’inviterais donc ceux qui aujourd’hui, par besoin de s’affirmer dans leur travail, ont accepté de faire partie de la franc-maçonnerie, à une réflexion sérieuse avec leur propre conscience. Une chose sont les intentions plus que réelles des individus, une autre chose totalement différente sont les faits qui prouvent objectivement le lien plutôt étroit entre la bourgeoisie maçonnique et la mafia.

J’ajoute également une réflexion plus large: y a-t-il quelqu’un qui puisse raisonnablement penser que la situation dégradée dans laquelle se trouve toute notre Calabre, en particulier ses institutions incapables de faire face aux problèmes qui étreignent la région depuis longtemps, est aussi lié au manque de classes dirigeantes modernes et à l’œuvre avec des implications délétères sur le plan social de la franc-maçonnerie qui accueille la classe dirigeante calabraise ?

Qu’a fait la franc-maçonnerie calabraise, qui compte de nombreux membres, pour moderniser les classes dirigeantes calabraises en leur faisant léguer l’héritage d’une mentalité post-féodale ? Rien ou presque, car l’appartenance maçonnique est servie et ne sert qu’à cristalliser l’existant en garantissant la suprématie sociale ou en tout cas la réussite sociale à des personnages individuels qui sont aidés à entrer dans diverses institutions politiques grâce auxquelles les individus peuvent travailler.

Par conséquent, étant donné qu’être dans une loge maçonnique ne signifie pas être un membre de la ‘Ndrangheta ou de la mafia, et nous sommes d’accord là-dessus, cependant le revers de la médaille nous dit que la même loge maçonnique dans son ensemble est également disposée à aider ceux qui sont contre la loi de la république.

Ce n’est que lorsque la franc-maçonnerie, à partir de ses groupes dirigeants nationaux, décidera d’abjurer publiquement les associations mafieuses et décidera d’expulser en son sein toute personne ayant eu des relations avec le crime organisé, alors la discussion pourra avoir un sens. Au lieu de cela, malheureusement, nous avons été témoins du fait que des personnes qui voulaient dénoncer publiquement la connivence entre la franc-maçonnerie et la mafia ont été expulsées d’une loge maçonnique dans notre région, en plein dans notre région, et je fais référence à l’épisode qui a impliqué l’ avocat AMERIGO MINNICELLI, expulsé après avoir écrit dans un article paru dans la presse des liens entre la franc-maçonnerie et le crime organisé. Je pense donc que si les vrais démocrates veulent être en paix avec leur conscience, ils doivent abandonner la franc-maçonnerie qui aujourd’hui a envahi les rues où les affaires se font dans le brouillard avec le crime organisé. Malheureusement, la franc-maçonnerie d’aujourd’hui est devenue un méli-mélo où les honnêtes gens ne peuvent s’empêcher d’avoir du mal à accorder la bonne foi.

« Circuits historiques à Recoleta »: la franc-maçonnerie de 1869 à 1900

De notre confrère du Paraguay elnacional.com.py

Avec un thème exclusivement maçonnique, la dernière des quatre rencontres intitulées « Visites historiques à Recoleta » s’est tenue le samedi 28 janvier à 16h00, dans le cimetière du même nom.

Fabián Chamorro

Ainsi, avec la franc-maçonnerie de 1869 à 1900 comme thème, s’est terminé un cycle commencé au début du mois, proposé par l’historien Fabián Chamorro*, dont l’objectif est de partager des anecdotes de personnages notables de l’histoire paraguayenne dont les restes reposent dans le lieu, y compris d’anciens présidents, des héros de guerre et des éducateurs.

La visite comprend une visite des tombes de grands personnages de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en accordant une attention particulière à l’architecture funéraire et aux sculptures.

L’activité est conçue pour les personnes de tous âges. La partie ancienne du cimetière est couverte, à proximité de l’église de la Recoleta.

Comme Chamorro l’a dit aux médias, ce type d’action vise à susciter l’intérêt du public pour un site qui, en plus de sa valeur historique, pourrait être un lieu d’attraction touristique. Des cimetières célèbres sont connus dans le monde entier et doivent être visités, comme le Père Lachaise à Paris, le cimetière Colón à La Havane ou la Recoleta à Buenos Aires.

*Vous pouvez suive le Facebook de Fabián Chamorro qui met en ligne de nombreuses photos maçonniques.

Société secrète… Rose-Croix

Au début du xviie siècle paraissent en Allemagne les manifestes de la fraternité de la Rose-Croix. La Rose-Croix y est présentée comme un ordre secret qui aurait été fondé au xve siècle par un personnage mythique, Christian Rosenkreutz. Relevant de l’hermétisme chrétien, du néoplatonisme et de paracelsisme, ils en appellent aux savants et aux gouvernants de l’Europe, proposant de leur révéler leur mystérieuse sagesse. Ils sont vraisemblablement l’œuvre d’un groupe de jeunes théologiens, médecins et philosophes de l’université luthérienne de Tübingen, autour de Johann Valentin Andreae (1586-1654). Ils eurent un retentissement considérable à l’époque, suscitant enthousiasmes et controverses dans toute l’Europe.

Le Temple de la Rose-Croix, gravure du Speculum Sophicum Rhodostauroticum (Miroir de la sagesse des Rose-Croix) de Teophilus Schweighardt Constantiens (pseudonyme de Daniel Mögling), 1618.

À partir du xviiie siècle, en marge et au sein de la franc-maçonnerie, puis dans les milieux occultistes du xixe siècle jusqu’à aujourd’hui, de nombreux mouvements se sont réclamés de l’ordre de la Rose-Croix ou se sont référés à une « tradition rosicrucienne ».

Les manifestes Rose-Croix

Introduction

Les « manifestes Rose-Croix », la Fama Fraternitatis et la Confessio Fraternitatis, furent publiés en Allemagne de 1614 à 1615 et firent pour la première fois, mention de cette Fraternité en une période de tensions politiques et religieuses (la guerre de Trente Ans commence en 1618), et d’avancées scientifiques. On leur associe généralement un autre texte : Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz publié en 1616.

La Fama Fraternitatis (1614)

Édition originale de la Fama Fraternitatis, 1614.

En 1614, paraît à Cassel, à l’imprimerie de Wilhelm Wessel (en), un ouvrage anonyme en allemand : Réforme générale et commune de l’univers entier, suivie de la Fama Fraternitatis de la Très Louable Confrérie de la Rose-Croix, à l’adresse de tous les savants et souverains d’Europe, accompagnée d’une brève réponse du Seigneur Haselmeyer qui pour ce motif a été jeté en prison par les Jésuites et mis aux fers dans les galères. Aujourd’hui donnée à imprimer et portée à la connaissance de tous les cœurs sincères.

Cette « réforme générale » est un récit satirique sur les projets de réforme qui fleurissaient à l’époque. En appendices de ce texte, se trouve la Fama Fraternitatis, (Les Échos de la Confrérie) manifeste de l’ordre de la Rose-Croix, ainsi que la réponse d’un certain Adam Haselmayer.

Le nom du fondateur (C.R.C.), ainsi que ceux des membres de la Fraternité ne sont mentionnés que par leurs initiales.

La Fama Fraternitatis narre la vie du fondateur mythique de l’ordre. Allemand, orphelin d’une famille noble mais désargentée, il est élevé et éduqué dans un couvent. Un périple entrepris autour de la Méditerranée lui permet d’acquérir les sagesses et les connaissances de l’Orient et de les confronter à celles de l’Occident. À son retour, il s’entretient avec les savants d’Europe « leur montrant les erreurs de nos Arts, comment les corriger, d’où l’on pourrait tirer des indices certains sur les siècles suivants et en quoi ils devaient concorder avec les siècles passés ; aussi comment réformer les défauts de l’Église et toute la philosophie morale ». Mais ces derniers, se voyant contraints de se remettre en question et craignant que leur réputation n’en souffre, le rejettent. Il fonde alors en Allemagne un cloître appelé « maison du Saint-Esprit »; afin d’y rassembler, conserver et consigner ses connaissances, il y invite trois de ses anciens condisciples qui lui jurent fidélité et silence : « Ainsi commença la Fraternité de la Rose-Croix, avec quatre personnes seulement ». L’Ordre se donne une règle, et se disperse à travers le monde.

L’histoire relate que 120 ans après la mort du fondateur de l’Ordre, les Frères de la troisième génération, refaisant en « bons architectes » la maçonnerie de leur « maison », redécouvrent son tombeau. L’inscription « Post 120 annos patebo » (« après 120 ans, je m’ouvrirai ») indique que cette découverte apparemment fortuite avait été prévue.

Dans ce « temple-tombe », illuminé « par un autre soleil », se trouve le corps intact de C.R.C. tenant dans ses mains un petit livre d’or, intitulé Livre T. L’autel circulaire est entouré de formules de sagesse et d’axiomes comme « Nequaquam vacuum (« nulle part n’est le vide » en latin) ». Les Frères décident alors de révéler au monde cette sagesse chrétienne censée réconcilier les connaissances du passé et celles de l’avenir, et proposer une réforme universelle des sciences, de l’art et de la religion. Ils expliqueront les 37 raisons de cette décision dans une Confessio, et promettent plus d’or « que le roi d’Espagne n’en peut rapporter des deux Indes ». La Fama Fraternitatis, qui devait être écrite en cinq langues, invite les sages, savants et chefs de l’Europe intéressés par cette offre à se faire connaître de quelque manière « et en quelque langue que ce soit ».

La Fama s’achève par la phrase : « Sub umbra alarum tuarum Jehova » (À l’ombre de tes ailes Jéhovah).

L’ouvrage se termine par la Courte réponse faite par Adam Haselmayer qui, pour cela, a été arrêté et emprisonné par les Jésuites et mis aux fers sur les galères.

Bien que la Fama fût en général publiée seule par la suite, l’ensemble de l’ouvrage original (Reformatio, Fama et la Réponse de Haselmayer) forme un tout, dont le sens général est que la vraie réforme ne peut se faire de l’extérieur comme le promouvaient penseurs et législateurs, mais qu’elle doit être intérieure, spirituelle et mystique.

La Confessio Fraternitatis (1615)

De Macrocosmi historia, de Robert Fludd.

En 1615, une seconde édition de la Fama paraît chez le même éditeur. Il y est joint un second texte, en versions latine et allemande (d’ailleurs sensiblement différentes) : « Confessio Fraternitatis Rosæ Crucis. Ad eruditos Europæ. » (« Confession de la Fraternité de la R. C. Aux savants de l’Europe »).

Cette « Confession » (ou profession de foi), où s’expriment les Frères de la Rose-Croix, fait référence à la Fama, et renouvelle son appel aux savants, mais aussi aux humbles, et ses promesses de réforme chrétienne universelle et de révélation des secrets de la Nature. Dans la forme, elle s’inspire de la Confession d’Augsbourg. Plus que la Fama, elle met l’accent sur le millénarisme et l’antipapisme.

Les Frères se défendent des accusations d’hérésie :

« Comment pourrions-nous être jamais soupçonnés d’hérésie, de menées et de complots coupables contre l’autorité civile, quand nous condamnons les sacrilèges dont Notre-Seigneur Jésus-Christ est l’objet, et dont l’Orient comme l’Occident se rendent coupables (entendons Mahomet et le pape), et quand nous présentons au chef suprême de l’Empire romain notre prière, nos mystères et nos trésors ? »

Ils font l’éloge de la Bible et de la vie évangélique :

« Contre eux, nous professons et témoignons publiquement qu’il n’a pas existé depuis les débuts de ce monde de livre supérieur, de livre meilleur, de livre aussi merveilleux, aussi salutaire que justement la sainte Bible. Et bienheureux son détenteur, bienheureux plus encore son lecteur assidu, au comble de la félicité celui qui en a épuisé l’étude. Qui sait la comprendre ne peut être plus près de Dieu ni plus semblable à lui. »

Le prénom du fondateur de la Fraternité apparaît : Christian R.-C. Il serait né en 1378 et aurait vécu cent six ans. La Confessio Fraternitatis propose une philosophie chrétienne, et aussi un état de vie merveilleux qui « figurait à l’origine du monde avec Adam » accessible à l’homme régénéré. La Confessio annonce la fin du mahométisme et du catholicisme, et la venue d’une nouvelle ère liée à l’avènement d’une mystérieuse quatrième monarchie et à l’apparition de signes, d’étoiles dans les constellations du Serpentaire et du Cygne.

Les Frères disposent d’une « écriture magique », semblable à la langue originelle des patriarches bibliques Adam et Hénoch, qui leur permet de lire et de comprendre la volonté divine.

La Confessio évoque l’alchimie en tant que force guérissante, capable certes d’opérer la transmutation des métaux (ce qu’ils ne prisent pas), mais surtout comme « remède suprême » pour la libération de l’humanité :

« Maintenant, il est nécessaire que cède toute erreur, ténèbre et servitude qui se sont progressivement emparées des sciences, des œuvres et du gouvernement des humains… de sorte que la majorité des hommes se sont obscurcis… Il n’est cependant d’autre philosophie pour nous que Celle qui est la Couronne de toutes les facultés, sciences et arts. En ce qui concerne notre siècle elle comprend surtout la Théologie, la Médecine, et avant tout la Science du Droit ; c’est une philosophie qui sonde le ciel et la terre à l’aide d’un excellent art d’analyse ou qui, en un mot exprime essentiellement que l’homme est un microcosme, et l’étendue de son art dans la nature. »

Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz (1616)

Édition originale (1616) des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz

En 1616 paraît à Strasbourg chez Lazare Zetzner, sans nom d’auteur et en allemand, Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz. Si ce texte, plus long que les deux manifestes Fama et Confessio, et dont la qualité littéraire est largement reconnue, est aujourd’hui celui qui retient le plus l’attention tant des ésotéristes que des historiens, il n’eut à l’époque que peu d’influence : jamais traduit en latin, il ne le fut en anglais qu’en 1690, et en français qu’en 1928.

Ce texte allégorique et mystique narre, à la première personne, l’expérience initiatique de Christian Rosenkreutz, nom symbolique qui peut se traduire par « le chrétien à la Rose et à la Croix » ; les rosicruciens francophones le nomment « Christian Rose-Croix ». L’action se situe en 1459. Au cours de sept journées, pleines d’évènements merveilleux et symboliques, Christian Rosenkreutz participe aux noces alchimiques du roi et de la reine, qui culminent avec la décollation et la résurrection du couple royal. Cet ouvrage est suivi en 1619 d’une interprétation de l’auteur dans le PRACTICA LEONIS VIRIDIS. En effet, dans l’édition de 1616 des Noces Chymiques, ce dernier y écrit page 23 lorsqu’il mentionne deux colonnes du portail des Noces : « je les décrirai et les expliquerai dans peu de temps si Dieu me le permet ». Trois ans plus tard paraît ce LEONIS VIRIDIS, dont on peut considérer en toute logique qu’Andreae lui-même est l’auteur.

L’avertissement introductif indique le caractère ésotérique de l’œuvre :

« Les arcanes s’avilissent quand ils sont révélés ; et, profanés, ils perdent leur grâce. Ne jette donc pas de marguerites aux pourceaux, et ne fais point à un âne une litière de rose »

L’alchimie, dans les Noces chymiques de CRC comme dans les autres « manifestes », est considérée comme un processus de régénération spirituelle et une source de purification et de renaissance intérieure.

Ce texte a fait l’objet de nombreux commentaires.

Analyse des manifestes rose-croix

Hypothèses sur les auteurs des manifestes et leurs motivations

Depuis leur parution anonyme, de nombreuses hypothèses ont été faites sur l’identité du ou des auteurs des manifestes, ainsi que sur leurs motivations et leurs desseins.

Antoine Caron, Les Funérailles de l’Amour (1560-1570) (musée du Louvre) – ce tableau allégorique typique du maniérisme constitue selon Bernard Gorceix une illustration du style des Noces Chymiques.

En ce qui concerne les Noces Chymiques, Johann Valentin Andreæ (1586-1654) déclarera dans son Autobiographie, qui ne fut publiée qu’en 1799, en avoir été l’auteur dans sa jeunesse (entre 1602 et 1604). Il s’agissait d’« une plaisanterie (ludibrium)) pleine de scènes d’aventures. À (ma) surprise ce livre fut apprécié par certains et expliqué par des interprétations subtiles, quoique ce ne soit qu’une petite œuvre insignifiante et qu’il représente les vains efforts de la curiosité ». Inspecteur ecclésiastique, chargé de fonctions diplomatiques puis prédicateur de la cour de Stuttgart, Andreæ fut aussi connu pour ses écrits satiriques qu’il justifiera ainsi : « C’est l’affaire du Christianisme qui me tenait à cœur et je voulais le faire progresser par tous les moyens ; et comme je ne pouvais le faire par des chemins rectilignes, je tentai de la faire par des détours et des pitreries, non point, comme il a semblé à certains, avec un esprit de raillerie mais en recourant à la manière dont usent beaucoup de gens pieux, en ce sens que par le truchement d’une plaisanterie et par une charmante malice, je poursuivais un but sérieux et j’insufflais l’amour du christianisme ».

Le ou les auteurs des manifestes ne sont pas connus avec certitude. L’analyse stylistique et thématique des différents textes (Fama et Confessio mais aussi leurs préfaces, la Reformatio et la Réponse de Haselmayer), tend à montrer qu’il s’agit de l’œuvre de plusieurs auteurs. Il semble probable que ces textes ont été écrits au sein d’un groupe d’intellectuels luthériens, rassemblés à partir de 1607 avec Andreæ sous la houlette du théologien Johann Arndt (1555-1621). Ce groupe, qu’on appelle Cénacle de Tübingen, promouvait notamment l’imitation de la vie de Jésus-Christ. Si Andreæ eut sans doute un rôle inspirateur et central, on trouve également la marque de ses amis, en particulier Wilhelm Wense, Tobias Hess et Christoph Besold (1577-1638). Ainsi un groupe de jeunes luthériens allemands, qui avait eu maille à partir avec les autorités universitaires « s’est dressé clandestinement contre l’orthodoxie desséchante à laquelle il a opposé tout à la fois la mysticité antique et médiévale, l’esprit scientifique naissant et l’œuvre sociale enseignée notamment par Campanella, avec ses études et sa Cité du Soleil socio-théocratique »

La publication des manifestes : le rôle de Adam Haselmayer

Johann Valentin Andreæ a publié Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz en 1616.

La Fama semble avoir été rédigée vers 1608 et avoir rapidement circulé sous forme manuscrite (quatre exemplaires originaux ont aujourd’hui été retrouvés) dans les milieux alchimiques : en 1611, le médecin danois Ole Worm en avait reçu une copie, probablement de la part de Johannes Hartmann (en), qui tenait la première chaire de « Chymie » d’Europe, à l’université de Marbourg.

Mais c’est Adam Haselmayer, l’auteur d’une réponse à la Fama publiée en même temps qu’elle, qui joua un rôle déterminant dans la publication des manifestes. Donné dans la préface comme secrétaire de l’archiduc Maximilien, il a longtemps été considéré comme un personnage fictif. Des recherches récentes ont permis de retrouver sa trace. Il s’agit d’un paracelsien du Tyrol. Ayant lu la Fama dès 1610, il en offrit en 1612 une copie qu’il tenait de Tobias Hess à son protecteur Auguste d’Anhalt-Plötzkau, féru d’alchimie et des textes de Paracelse et de Valentin Weigel dans l’espoir que ce dernier devint le leader politique de la réforme universelle annoncée par les Rose-Croix. Ce fut sans succès, car Auguste de Anhalt qui avait renoncé à toute ambition politique en laissant le gouvernement de la principauté d’Anhalt à son frère, se contenta de faire imprimer secrètement une centaine d’exemplaires de la réponse de Haselmayer, dans l’espoir de susciter la réaction des Rose-Croix. L’enthousiasme de Haselmayer se tourna alors vers son suzerain le catholique archiduc Maximilien III d’Autriche, qui cependant le fit arrêter et envoyer aux galères.

On a retrouvé une version de ce texte imprimée en 1612, et il s’agirait donc de la première « réponse » à l’appel de la Fama. Haselmayer déclare avoir lu un manuscrit de la Fama en 1610 (ce qui permet de supposer que le texte circulait quelques années avant sa publication en 1614). Dans ce texte apocalyptique et mystique, il voit dans les frères de la Rose-Croix des disciples de Paracelse, et annonce l’imminence de la fin du monde et l’avènement de l’empire du Saint-Esprit (règne dénommé « Quatrième Monarchie » dans la Fama).

Les sources et les références

Une des gravures alchimiques de l’Atalanta Fugiens de Michael Maier : le sage marchant dans les traces de la Nature.

Tant par le style que par le fond, les manifestes sont caractéristiques de la pensée de l’époque, au tournant de la Renaissance et de l’âge baroque. Ils puisent leur inspiration, comme la multitude d’écrits alchimiques qui fleurissent alors, dans le fond séculaire de la littérature mystique et hermétique. Ainsi, on peut y trouver des références et allusions au néo-platonisme, aux pythagoriciens, à la philosophie arabe, à la kabbale, à la Gnose, et même aux sages de l’Inde.

Paul Arnold a remarqué que les Noces Chymiques sont inspirées par le Livre I du poème The Færie Queene (1590) d’Edmund Spenser. En particulier, on y trouve les aventures similaires d’un « chevalier de la Croix-Rouge », qui deviendra le « Frère de la Rose-Croix rouge » dans les Noces Chymiques, avec le glissement en allemand de Rotes-Kreutz à Rosen-Kreutz. Andreæ a pu aussi s’inspirer de son blason familial qui comprenait quatre roses rouges entre les branches d’une croix rouge, blason lui-même peut-être inspiré des armes de Luther, représentant une croix noire sur un cœur rouge entouré d’une rose blanche.

La General reformatio, est en fait l’adaptation en allemand de l’avis LXXVII d’un ouvrage satirique de Trajano Boccalini : Ragguagli di Parnasso (Nouvelles du Parnasse), publié à Venise en 1612. Cet ouvrage eut un grand succès à l’époque et était connu des membres du Cénacle de Tübingen et en particulier de Christoph Besold.

Sceau de Luther.

Les textes de la Fama et de la Confessio sont probablement inspirés de l’utopie de Tommaso Campanella : La cité du soleil. Parmi les contemporains allemands, on y trouve l’influence d’écrits alchimiques tels que l’Amphitheatrum Sapientiæ Æternæ (1595) de Heinrich Khunrath (~1560-1605) et la Naometria (1604) de Simon Studion (1543-1605).

Le personnage de Christian Rosenkreutz ferait référence aux vies de Joachim de Flore, de Thomas a Kempis, ainsi que d’un certain Ægidius Gutman (1490-1584) dont la biographie touche à la légende.

Controverses sur l’existence et l’origine de l’ordre

Il n’existe aucune preuve historique de l’existence d’un ordre de la Rose-Croix avant ou au moment de la parution des manifestes, au début du xviie siècle. Les mouvements qui se sont par la suite baptisés « Rose-Croix » n’ont pas le moindre lien de filiation directe avec le groupe des auteurs des manifestes (le Cénacle de Tübingen). La société rosicrucienne AMORC (fondée en 1915) se prévaut, quant à elle, de « l’authentique » tradition Rose-Croix.

Les opinions sur l’existence et l’origine de l’ordre peuvent schématiquement être classées en quatre catégories différentes :

  1. Pour les universitaires Yates, Arnold, Edighoffer, Faivre (« Bien que, de 1615 à l’époque actuelle, quantité de faussaires n’aient cessé de brouiller les pistes, on peut affirmer qu’entre 1614 et 1620 il n’existe pas de « Fraternité Rose-Croix », à moins d’entendre par là qu’une amitié spirituelle rapprochait les amis du cénacle »), Christian Rosenkreutz et l’ordre de la Rose-Croix sont des fictions inventées par les auteurs des manifestes, et ces textes relevaient à l’origine du « ludibrium » (c’est-à-dire du « jeu », de la « plaisanterie ») ésotérique d’un jeune luthérien malicieux et cultivé, Johann Valentin Andreæ. Les manifestes de la Rose-Croix ne seraient pas une preuve de son existence mais seulement la narration de son mythe. Ils auraient pris rapidement une dimension polémique dans l’âpre contexte de la Réforme. Les affiches parues à Paris en 1623 (voir ci-dessous) ne seraient quant à elles qu’un canular. Les idées développées dans les manifestes n’ayant rien de particulièrement original ni de spécifique, leur succès non démenti tient à leur qualité littéraire, à leur parfum de secret et de mystère, et à l’association, puissamment évocatrice dans la culture occidentale, des noms et symboles de la rose et de la croix.
  2. Ceux qui, tout en croyant à l’existence d’une fraternité de la « Rose-Croix », estiment que les détails historiques fournis dans les manifestes sont à prendre au moins en partie dans un sens symbolique. L’ordre aurait été constitué du regroupement d’esprits brillants autour de Johann Valentin Andreæ. La Rose-Croix exprimerait les aspirations spirituelles et profondes qui imprègnent encore aujourd’hui l’imaginaire de l’Occident.
  3. D’autres tenants de l’interprétation symbolique des manifestes croient à une existence ancienne voire antique de l’ordre. C’est ainsi que plusieurs auteurs rosicruciens du xxe siècle, parmi lesquels Harvey Spencer Lewis, le fondateur de l’AMORC, ont affirmé que l’ordre de la Rose-Croix avait une origine traditionnelle égyptienne.
  4. Certains enfin ont réinterrogé avec Serge Hutin le concept d’ordre initiatique en y voyant un courant de pensée — organisé par des principes et fondé sur la reconnaissance tacite entre ses contributeurs de leurs autorités morales respectives — plutôt qu’une organisation secrète hiérarchisée de manière formelle.

Les réactions au xviie siècle

Un retentissement considérable

Robert Fludd.

Les manifestes Rose-Croix eurent très vite un retentissement considérable. Il y eut rapidement plusieurs rééditions. Leur appel (et surtout les références à Paracelse) fut reçu par nombre de « chymistes » d’Allemagne, et aussi d’Europe. La Bibliotheca Hermetica Philosophica d’Amsterdam a recensé 400 réponses imprimées dans les dix années qui suivirent leur parution et environ 1 700 entre les xviie et xviiie siècles. Pour Carlos Gilly : « le succès des manifestes Rose-Croix tenait non seulement à leur habillage mythique (sans lequel ils n’auraient suscité que fort peu d’intérêt), mais aussi et surtout à l’idée d’avoir présenté la Fraternité comme déjà constituée, et au fait d’avoir invité les savants et les princes d’alors à y donner réponse par la voie de l’imprimé ».

Des polémiques ne tardèrent pas à naître. Les rose-croix furent accusés d’imposture et, plus grave à l’époque, de sorcellerie et d’hérésie.

Michael Maier.

Cependant, Michael Maier, l’influent médecin de l’empereur Rodolphe II28, prit fait et cause pour les Rose-Croix dans son Silentium post clamores (1617) puis son Themis Aurea (1618), voyant en eux les héritiers d’une antique tradition philosophique. L’Anglais Robert Fludd, qui publie en Allemagne, médecin et auteur d’un certain nombre de traités rosicruciens, se voulut, principalement dans Apologia Compendiera (1616), dans le Tractatus apologeticus Integritatem Societatis de Rosea Cruce defendens (1617) puis dans le Summum bonum (1629), un porte-parole de cette fraternité. Fludd et Maier furent les principaux défenseurs et promoteurs des Rose-Croix, leur donnant leurs lettres de noblesse et accréditant l’existence d’une fraternité immémoriale de sages possédant toutes connaissances et vertus. Ils expliquèrent et développèrent les idées rosicruciennes en y adjoignant certaines qui leur étaient propres.

Parmi les autres défenseurs des idées rosicruciennes, le médecin et astronome Daniel Mögling fait éditer coup sur coup plusieurs ouvrages en réponse aux calomnies. Tout d’abord en 1617 , il fait imprimer un justificatif de la Fama sous le pseudonyme de Florentinus de Valentia : « Jhesus Nobis Omnia Rosa Florescens ». Cet ouvrage est une description de la Fraternité de la Rose-Croix et une défense de ses membres contre les accusations d’un certain Menapius (Friedrich Grick)31. Puis, toujours en 1617, « Pandora ou le miroir de la grâce » qu’il considèrera comme le préliminaire de l’ouvrage suivant publié en 1618, sous le pseudonyme de « Theophilus Schweighardt Constantiensem », « Speculum Sophicum Rhodostauroticum (Miroir de la sagesse des rose-croix). En 1620 Il poursuit son projet de description des travaux de l’Ordre de la Rose-Croix dans « prodromus rhodo-stauroticus parergi philosophici, » qui traite de la pierre philosophale.

Mystérieuse, sans existence avérée, la Fraternité inspira les interprétations et les réactions les plus diverses et parfois les plus fantaisistes. Ce ne furent pas seulement des théologiens et des hommes de science qui se jetèrent dans le débat, mais aussi des âmes en quête de spiritualité, et parfois même des escrocs.

Des princes comme Frédéric V du Palatinat et Gustave Adolphe de Suède ont pu être inspirés par certaines idées des manifestes. Frances Yates note que ces derniers ont été publiés dans le contexte politique d’une tentative d’union des princes protestants européens, projet qui culminera en 1613 avec le mariage de la princesse Élisabeth Stuart d’Angleterre avec Frédéric V du Palatinat, et l’acceptation par ce dernier de la couronne de Bohême alors en rébellion contre l’empereur Ferdinand II de Habsbourg. Selon Frances Yates, les manifestes rose-croix seraient le reflet ésotérique de ces projets de réforme politique, sous l’influence de l’astrologue et mathématicien anglais John Dee (1527-1608). Cela expliquerait la bonne réception que reçurent les manifestes en Angleterre, dans la lignée de Robert Fludd : en 1652 Thomas Vaughan, sous le pseudonyme de Eugene Philatete, traduisit la Fama et la Confessio, et publia plusieurs ouvrages sur la Rose-Croix qui influenceront Elias Ashmole (1617-1692). La thèse de Yates manque cependant de preuves historiques directes . Quoi qu’il en soit, le « règne d’un hiver » de Frédéric V du Palatinat s’acheva en 1620 avec la victoire des impériaux catholiques à la bataille de la Montagne-Blanche.

Les réactions des membres du Cénacle de Tübingen

Daniel Mögling, médecin, astronome, professeur de l’université de Tübingen.

Pour leur part, les auteurs des manifestes semblèrent dépassés tant par leur succès que par les polémiques engendrées, et se désolidarisèrent. Tobias Hess mort en 1614, Andreæ fut le principal suspecté, sa participation semblant avoir été notoire. Il adopta une attitude complexe et ambigüe (voir les analyses de Arnold et Edighoffer) pour se défendre des accusations et calomnies. Il semble avoir voulu d’abord rectifier l’interprétation des Manifestes en publiant les Noces Chymiques et le Theca Gladii Spiritus (fourreau du glaive de l’esprit). En même temps, il attaqua ou dénigra dans ses écrits (MenippusTurris Babel) certains aspects des manifestes, tout en défendant d’autres. Et finalement, il essaya tout au long de sa vie de promouvoir des sociétés d’union chrétienne, dans lesquelles on peut retrouver une part du projet utopique des rose-croix, dépouillé de leur contenu alchimique et hermétique.

Christoph Besold fit éditer en 1623 De la monarchie espagnole de Tommaso Campanella, pourtant l’un des inspirateurs des manifestes, avec cette phrase mettant en doute l’existence même de la fraternité et le sérieux des manifestes :

« Et déjà la fameuse Fraternité des Rose-Croix déclare que dans tout l’univers circulent des vaticinations délirantes. En effet, à peine ce fantôme est apparu (bien que Fama et Confessio prouvent qu’il s’agissait du simple divertissement d’esprits oisifs) il a aussitôt produit un espoir de réforme universelle, et a engendré des choses en partie ridicules et absurdes, en partie incroyables. Et ainsi, des hommes probes et honnêtes de différents pays se sont prêtés à la raillerie et à la dérision pour faire parvenir leur franc parrainage, ou pour se persuader qu’ils auraient pu se manifester à ces frères, à travers le Miroir de Salomon ou d’autre façon occulte. »

Quoi qu’il en soit, la Fraternité ne s’exprima plus publiquement.

L’affaire des placards en France

En juin ou juillet 1623, alors qu’en Allemagne les polémiques s’éteignent peu à peu devant le silence des rose-croix et face aux débuts de la guerre de Trente Ans (1618-1648), des affiches reprenant l’appel des manifestes sont placardées dans tout Paris. Les auteurs de ces affiches sont restés longtemps inconnus, mais selon un témoignage de Nicolas Chorier découvert en 1971, il s’agirait d’un canular lancé par un jeune étudiant en médecine, Étienne Chaume, avec quelques amis.

Il existe plusieurs versions du texte de ces affiches, et il semble qu’en fait plusieurs textes aient été affichés simultanément.

« Nous Députés du Collège principal des Frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne le cœur des Justes. Nous montrons et enseignons à parler sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur et de mort. »

Cette première affiche est rapidement suivie par une seconde :

« S’il prend envie à quelqu’un de nous voir par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec nous ; mais si la volonté le porte réellement et de fait de s’inscrire sur le Registre de notre Confraternité, nous qui jugeons des pensées, lui ferons voir la vérité de nos promesses ; tellement, que nous ne mettons point le lieu de notre demeure, puisque les pensées jointes à la volonté réelle du Lecteur, seront capables de nous faire connaître à lui et lui à nous. »

Leur texte est reproduit dans un ouvrage publié la même année par Gabriel Naudé, qui mena une enquête : Instruction à la France sur la Vérité de l’Histoire des Frères de la Rose-Croix où l’auteur expose la légende de Christian Rosenkreutz et ironise sur la prétention des Frères de la Rose-Croix de réformer le monde. Il voit en eux des êtres acharnés à détruire la religion catholique et le pouvoir royal. La réaction française, à la différence de l’accueil anglais et allemand, fut extrêmement négative et pour tout dire, les textes et proclamations rosicruciennes y provoquèrent la panique. L’avis général fut que les rosicruciens pratiquaient la magie noire et que ces « invisibles » étaient donc des sorciers. Les idées rosicruciennes y furent perçues comme des idées d’agents de l’étranger, principalement de l’Angleterre, Robert Fludd en étant la figure emblématique.

Dépassé par l’ampleur des réactions et des polémiques, Chaume s’enfuit de Paris pour faire ses études à Montpellier.

Cyrano de Bergerac (1619-1655), dans son Histoire comique des États et Empires du soleil, en parle comme d’« une certaine cabale de jeunes gens que le vulgaire a connus sous le nom de « Chevaliers de la Rose-Croix ».

Controverses autour de Descartes, Leibniz, Comenius et d’autres personnalités

Afin d’accréditer l’existence et l’influence de la fraternité, les auteurs rosicruciens ont souvent mis en avant les relations que des personnalités illustres, notamment Descartes, Leibniz et Comenius, mais aussi Spinoza ou Newton, auraient eues avec la Rose-Croix. Ces relations iraient parfois jusqu’à l’appartenance effective à l’Ordre.

Leurs contradicteurs objectent que les éléments historiques disponibles relèvent de l’anecdote tant pour la vie et l’œuvre de ces personnages que pour l’histoire du rosicrucisme. Ces éléments font d’eux des hommes de leur temps plutôt que des membres de la Rose-Croix ou même de la mouvance rosicrucienne :

« On a voulu voir également du rosicrucisme chez Leibniz et chez bien d’autres ; jeu stérile, puisqu’au xviie siècle l’ésotérisme moniste est de toute manière la philosophie de presque tous les gens qui pensent. »
— Antoine Faivre

Sociétés rosicruciennes et rosicrucianisme au xviiie siècle

Après un oubli relatif pendant la seconde moitié du xviie siècle, une nouvelle efflorescence rosicrucienne apparaît au xviiie siècle. Parallèlement à l’essor de la franc-maçonnerie, différents mouvements et groupements rosicruciens se forment, touchant les sphères aisées de la société.

Les plus importants de ces groupements furent les différents groupes dénommés « Rose-Croix d’or » et celui de la « Rose-Croix d’or d’ancien système » (ces organisations n’ont pas de lien historique avec le Lectorium Rosicrucianum contemporain, dont il est question plus loin, hormis une prétention alchimique commune).

L’ordre de la Rose-Croix d’Or (1710)

Détail d’une des gravures d’Altona, 1785.

En 1710, parut à Breslau et en allemand, sous le nom de Sincerus Renatus (pseudonyme du prédicateur silésien Samuel Richter (de)) : La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale par la Fraternité de l’Ordre de la Rose-Croix d’Or.

Ce texte, qui est essentiellement un traité d’alchimie, se termine par l’énumération des cinquante-deux règles de l’Ordre (instituant comme chef suprême le grade d’« Imperator » qui sera repris plus tard).
L’ordre décrit par Richter ne semble pas avoir existé, mais divers conventicules, de doctrine plutôt floue et reliés entre eux de façon assez lâche, prirent le nom de Rose-Croix d’or et se développèrent en Allemagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie, aux Pays-Bas et jusqu’en Russie. C’est au sein de ces groupements que serait née vers 1750 la théorie de la filiation templière de la franc-maçonnerie, avec pour intermédiaires les rose-croix. Cette théorie se développa ensuite au sein de la branche dite rectifiée de la franc-maçonnerie, avant d’être démentie par le convent de Wilhelmsbad en 1782. Toutefois, cette mise au point ferme sur le plan historique n’empêcha pas une partie du symbolisme alchimique et chevaleresque introduit dans les hauts grades maçonniques à cette occasion d’y demeurer par la suite.

Les Figures secrètes de la Rose-Croix des xvie et xviie siècles, imprimées en deux parties, en 1785 puis en 1788, à Altona près de Hambourg, constitueraient le « testament spirituel » des Rose-Croix d’or. Elles comportent entre autres 36 planches d’images et de symboles alchimiques, théosophiques et hermétiques. L’auteur en est inconnu. On y distingue l’inspiration de Valentin Weigel, Heinrich Khunrath et Jacob Boehme, précurseurs des pensées rosicruciennes et théosophiques.

L’ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système (1777)

Détail d’une des gravures d’Altona, 1785.

En 1777, un officier prussien, Johann Rudolf von Bischoffswerde, et un ancien pasteur, Jean Christophe Wöllner, fondent à Berlin l’« Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système » à partir de la loge maçonnique des Trois Globes. Ils font remonter la généalogie des rose-croix, non au fondateur supposé Christian Rosenkreutz, mais à « Adam lui-même ». Cette sapience divine aurait ensuite été conservée et transmise par les patriarches bibliques, les sectes à mystères, les pythagoriciens et les druides. L’ordre lui-même aurait été fondé par Ormus, un prêtre d’Alexandrie baptisé par saint Marc. Il se serait perpétué en Palestine jusqu’à l’époque des croisades, où il se serait transporté en Europe. La Rose-Croix d’or d’ancien système eut un succès certain et compta, dès 1779, 26 cercles et 200 membres en Allemagne. Les deux fondateurs, grâce à diverses mystifications teintées d’occultisme, parvinrent à s’attirer les bonnes grâces des hautes sphères politiques. Ils furent ainsi nommés ministres en 1786 et suspendirent alors les activités de l’ordre qui devenait suspect et comptait alors plusieurs milliers de membres.

La symbolique rosicrucienne dans les milieux maçonniques

Le premier document connu rapprochant la rose-croix et la franc-maçonnerie date de 1638 à Édimbourg. Il s’agit d’un bref extrait du poème de Henry Adamson La Thrène des muses :

« For what we do presage is not in grosse,
For we be brethren of the Rosie Crosse:
We have the Mason word and second sight,
Things for to come we can foretell aright. »

Il est possible que des personnes sensibles aux idéaux de l’utopie rosicrucienne se soient affiliées aux loges maçonniques du xviie siècle en Angleterre et en Écosse.

Dans la seconde moitié du xviiie siècle, le mot « rose-croix » fait beaucoup plus référence à un état d’ultime sagesse et de complète réalisation qu’à une organisation : on dit à l’époque « un rose-croix » pour désigner un de ces supposés initiés ultimes et « l’ordre des Rose-Croix » pour parler de leur organisation.

Mention du grade de « chevalier de Rose-Croix » dans un rituel maçonnique français de 1769.

C’est dans cette acception qu’apparaît en franc-maçonnerie, vers 1760, le grade dénommé « chevalier rose-croix ». Il se présente alors comme un grade terminal de l’écossisme avant de devenir, en 1801, le 18e grade du rite écossais ancien et accepté. Le « bijou » traditionnel de ce grade est un compas orné d’une rose-croix et d’un pélican qui nourrit ses petits avec son propre sang. Dans certains autres de ces rituels maçonniques, on trouve des développements ésotériques du mythe de la construction du temple de Salomon qui rappellent la symbolique du temple-tombe de Christian Rose-Croix, « image et abrégé de l’Univers ». À l’inverse, on trouvera, dans les rituels de nombreux groupes rosicruciens contemporains ou fondés au xixe siècle, des emprunts à des rituels maçonniques attestés dès la fin du xviiie siècle. Ces influences mutuelles s’expliquent aisément par le fait qu’à l’instar de Papus, Lewis, Hutin et bien d’autres, les auteurs rosicruciens des xixe et xxe siècles seront très souvent également francs-maçons.

Bijou maçonnique du grade de chevalier rose-croix.

À la même époque, Martines de Pasqually fonde un « ordre des Chevaliers élus Cohen » au sein duquel il enseigne sa doctrine, proche de l’hermétisme chrétien (comme celle des rose-croix) et dont les membres les plus avancés pratiquent la théurgie et portent le titre de « réaux-croix ». Le mot « réaux-croix » semble avoir été inventé par Pasqually, par analogie avec rose-croix, tout en s’en distinguant, réau signifiant le « grand Adam » et « puissant prêtre ». Ses successeurs Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin (« le philosophe inconnu ») mirent l’ordre en sommeil après la mort de Pasqually en 1774, mais sa doctrine inspira en partie Willermoz dans sa contribution à la rédaction des derniers hauts grades maçonniques du rite écossais rectifié à l’occasion du « convent des Gaules » en 1778.

En 1798, l’abbé Augustin Barruel publie ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme dans lesquelles il accuse les Illuminés de Bavière (fondés en 1776, interdits en 1784 et éteints en 1790) d’être à l’origine d’un complot mondial qui aurait été la véritable cause de la chute de la monarchie en France. Bien que réfutée depuis longtemps par la plupart des historiens, cette théorie du complot et ses dérivées ont encore aujourd’hui un certain nombre de partisans qui estiment que les rose-croix faisaient eux aussi partie de ce supposé complot. Quoique les idées des « illuminés » de Bavière, branche radicale des Lumières, semblent incompatibles avec la doctrine mystique « illuministe » des rose-croix et des rosicruciens, la confusion lexicale fut et reste fréquente.

Les rose-croix dans l’art et la littérature au xviiie siècle

Les proches des rosicruciens contemporains voient de fréquents symboles rosicruciens dans l’art et la littérature des xviie et xviiie siècles. Certaines de ces influences sont avérées, d’autres sont plus discutables. Les symboles utilisés par les rosicruciens sont comparables à ceux utilisés par d’autres mouvements férus d’ésotérisme et d’alchimie déjà existants.

Les manuels initiatiques des Rose-Croix d’or et le texte des Noces Chymiques marquèrent une partie de l’œuvre de Gœthe, notamment dans Les Mystères, le Conte et le second Faust61. Dans son poème inachevé Les Mystères (1784-1786) on trouve notamment la phrase : « Qui donc a marié les Roses à la Croix ? ».

Pour les rosicruciens, l’opéra La Flûte enchantée de Mozart constituait une allusion à peine voilée aux rites initiatiques supposés de la Rose-Croix, notamment pour ce qui concerne les épreuves du feu et de l’eau que traversent les deux héros à la fin de l’opéra. Il est néanmoins communément admis que, Mozart et Emanuel Schikaneder — son librettiste — étant tous deux francs-maçons, cette œuvre adopte une symbolique maçonnique.

Personnages célèbres

L’appartenance de certaines personnalités aux organisations rosicruciennes du xviiie siècle a parfois été évoquée.

Influencé par les idées de Josef Hoëné-Wronski, l’occultiste Éliphas Lévi a prétendu que Napoléon Bonaparte était rosicrucien, et avait reçu pour mission d’unifier l’Europe. D’autres auteurs, tels Papus ou Harvey Spencer Lewis ont aussi soutenu cette idée.

La Golden Dawn (1887)

Nous avons eu l’occasion d’en parler dans les colonnes de 450.fm à plusieurs reprises.

En 1887, à Londres, est fondée la « Fraternity of the Esoteric Order of the Golden Dawn », connue plus tard sous le nom d’« Hermetic Order of the Golden Dawn » (« ordre hermétique de l’Aube dorée ») par le Dr. William Wynn Wescott, William R. Woodman et Samuel Liddell MacGregor Mathers, membres de la SRIA.

Un de ses membres importants sera l’occultiste et alpiniste Aleister Crowley, par ailleurs membre d’un ordre martiniste et de l’Ordo Templi Orientis. On y rencontre aussi l’écrivain Bram Stoker et le poète irlandais William Butler Yeats.

Sous l’impulsion de Mathers se développa au sein de l’ordre un « cercle intérieur » rosicrucien, l’« ordre de la Croix d’Or et de la Rose Rubis », dont les membres pratiquaient la théurgie et qui eut une influence considérable sur la pensée rosicrucienne moderne.

Hostiles à Crowley et à la magie opérative, Arthur Edward Waite (auteur d’études historiques sur la Rose-Croix) et Yeats réforment l’ordre et fondent le Saint Ordre de l’Aube dorée. La Golden Dawn traditionnelle survit sous la forme de la Stella Matutinaat.

L’ordre kabbalistique de la Rose-Croix (1888)

Alexandre Séon, Portrait de Joséphin Peladan (vers 1892), musée des beaux-arts de Lyon.

Fondé en 1888, en France, par Stanislas de Guaita et Joséphin Peladan, l’ordre kabbalistique de la Rose-Croix a compté, parmi ses membres Papus, Paul Sédir, l’abbé Alta. L’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix enseignait la Kabbale et l’occultisme au sein d’une université libre. L’ordre décernait des grades de « bachelier en kabbale », « licencié en kabbale » et « docteur » au cours d’examens écrits et oraux. Selon Jean-Pierre Bayard, le but en était « de mener simultanément une action occulte en vue de préserver la civilisation judéo-chrétienne et une action diffusante au cœur d’un public de profanes mais curieux de sciences occultes ». L’épisode de la guerre « occulte » de ces rosicruciens avec le moine défroqué Joseph-Antoine Boullan, mage noir réputé et exorciste, a alimenté les chroniques mondaines de l’époque et fut l’occasion de proclamations et d’anathèmes jetés par journaux interposés. Prétextant un refus de la magie opérative, Peladan se sépare du groupe en 1891 pour fonder l’ordre de la Rose-Croix catholique et esthétique du Temple et du Graal. Cet ordre sera à l’origine des « Salons de la Rose-Croix » qui connurent une grande fréquentation. Le compositeur Erik Satie fut un moment proche de Peladan, en témoigne, quelques titres de ces compositions : Le Fils des Étoiles, Wagnerie Kaldéenne de Sâr Peladan, Première Pensées et Sonneries de la Rose+Croix. Entre mai 1890 et mars 1893 éclata « la guerre des deux roses ». Il s’agit de l’opposition entre Stanislas de Guaita, fondateur de l’ordre kabbalistique de la Rose-Croix, et de son ancien ami Joséphin Peladan, fondateur de l’ordre de la Rose-Croix Catholique du Temple et du Graal.

De 1920 à 1942 Pierre Piobb réserve son enseignement à un petit nombre d’élus mais refuse de fonder un ordre. Cependant, cet ordre existe et est encore actif de nos jours. Son siège est aux USA, à Las Vegas, dans le Nevada.

L’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (AMORC) (1915)

Le Château d’Omonville, en Normandie, est le siège de la juridiction francophone de l’AMORC, ainsi que de l’Université Rose-Croix Internationale (URCI).

Nous avons l’occasion de présenter l’AMORC grâce à son Grand Maître Serge Toussaint. Nous vous livrons un texte de présentation sur le lien qu’il nous avait offert.

À la suite de son initiation à Toulouse le 12 août 1909, Harvey Spencer Lewis fonde l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix ou AMORC le 1er avril 1915 aux États-Unis.

Pour l’AMORC, Christian Rose-Croix, ou Christian Rosenkreutz, est un personnage légendaire. L’ordre aurait été créé par un collège d’initiés : le Cercle de Tubïngen (début du xviie siècle) et sur le plan traditionnel, remonterait aux écoles de mystères de l’Égypte antique.

L’AMORC a publié en 2001, ce qu’il définit comme étant un « quatrième manifeste rosicrucien », suivi en 2014 de l’Appellatio Fraternitatis Rosæ Crucis et en 2016 d’un sixième manifeste, Les Nouvelles Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz.

Le symbolisme de la rose et de la croix

Rose-croix brodée sur une nappe d’autel.

Ce symbole classique au xviie siècle a été repris par l’AMORC sous forme d’une croix en or trilobée ayant en son centre une seule rose rouge : la croix représenterait le corps physique, et la rose l’âme en voie d’évolution, comme la fleur s’ouvre lentement à la lumière. Il désignerait symboliquement un état spirituel à atteindre, et l’aboutissement de la quête d’une connaissance d’ordre cosmologique en rapport avec l’hermétisme chrétien. Cette vision toute moderne du symbole de l’ordre ne saurait en limiter la signification. À ce titre, il est intéressant de rappeler que, d’après Robert Fludd, le symbole de l’ordre serait une rose rouge sur une croix rouge (Summum bonum, 1629). S’inscrivant dans la lignée des manifestes rosicruciens du xviie siècle, Robert Fludd situe cette symbolique dans le christianisme en ajoutant que « les Rose-Croix s’appellent Frères parce qu’ils sont tous fils de Dieu et que la rose est le sang du Christ, que, sans la croix interne et mystique, il n’y a ni abnégation, ni illumination ».

Les sociétés rosicruciennes passées et présentes ont décliné le symbolisme de la rose et de la croix de diverses manières : l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Stanislas de Guaita et Joséphin Peladan avait pour symbole une croix inspirée de la croix de Malte ornée d’un pentagramme et de quatre roses, la Rosicrucian Fellowship a pour symbole une croix ornée d’une couronne de roses, etc.

L’École de la Rose-Croix d’Or désigne la rose épanouie comme étant le symbole de la perfection divine de l’âme, matérialisée par l’or. La croix d’or représente le corps de l’homme transfiguré. Cette école évoque un chemin, vécu à travers trois roses, soit trois phases de transformation :

  • la rose blanche représente la purification ;
  • la rose rouge évoque le sang de l’amour répandu pour tous, par le service à autrui ;
  • la rose d’or est l’accomplissement, la réintégration du corps, de l’étincelle divine (l’âme) et de l’esprit dans l’harmonie originelle divine.