Accueil Blog Page 545

La franc-maçonnerie et le refus des exclusions – 1786

De notre confrère clio-texte.clionautes.org – Par Cécile Dunouhaud 

En 1773, la franc-maçonnerie se réorganise et se structure autour du Grand Orient de France.

La progression est alors rapide puisque ce ne sont pas moins de 656 loges en activité à la veille de la Révolution Française. L’objectif affiché par les francs-maçons est de rassembler les individus indépendamment de leur condition et de leurs convictions, en cohérence avec l’esprit des Lumières. Mais cette volonté est source de critiques et d’hostilités, en premier lieu de la part de  l’Église catholique de l’époque, mais aussi par une partie des francs-maçons eux-mêmes qui n’adhèrent pas encore complètement aux convictions qu’ils sont censés porter, les mentalités et les préjugés étant encore tenaces.

Cet aspect est lisible à travers ce courrier adressé par Louis Salivet, orateur de la Chambre des provinces du Grand Orient, à la Loge La Parfaite située à Nantes en 1786. Le frère Salivet s’interroge sur les motifs qui ont conduit à l’exclusion d’un Frère de confession musulmane, alors en visite, et il  en profite pour rappeler les règles morales élémentaires auxquelles tout maçon doit obéir.


Il nous a été rendu compte qu’un maçon algérien, le Frère Méhémet Celibi, se trouvant à votre Orient, s’est présenté pour obtenir l’entrée de votre temple. Nous avons été instruits que ce frère avait essuyé un refus de votre part. Cette conduite nous a paru renfermer des motifs secrets qui ne nous ont point été communiqués.

Imbus comme nous des principes que tous les maçons ne forment qu’une même famille, nous avons été étonnés, très chers frères, que la différence de religion ait été le prétexte dont vous vous êtes servis pour éconduire le frère algérien. Vous le savez, il n’est point de discours maçonniques qui ne présentent notre société comme un peuple de frères dont le premier devoir est de s’aimer et de se secourir mutuellement de quelque religion qu’il soit. La première religion d’un maçon est l’humanité. Loin de lui tout ce que le fanatisme a inventé pour éloigner l’homme de l’homme, et lui inspirer de l’horreur pour ses semblables ! C’est à la maçonnerie de donner l’exemple de la tolérance, c’est à elle d’aller chercher le Scythe, le Lapon, l’Africain et tout être qui habite le globe pour leur montrer qu’il n’y a de différence entre les hommes que par les sentiments et leur manière de vivre.

Notre ordre, très chers frères, en travaillant à opérer ce rapprochement heureux, peut s’appeler L’Institution de la Nature : il ne suffit pas que son vœu soit continuellement exprimé par nos lèvres, il faut encore que nos cœurs l’accomplissent par des actions dignes d’elle. En est-il de préférable que celle de ramener l’homme à son premier état, en persuadant au plus puissant que le plus faible est son frère ? Nous vous invitons donc à nous faire part des raisons que vous avez eues pour ne pas admettre à vos travaux le Frère Méhémet Celibi, et nous vous prions de nous les expliquer avec cette franchise qui caractérise le vrai maçon. Ces lumières sont nécessaires pour déterminer l’accueil que ce frère étranger mérite qu’on lui fasse dans les ateliers de notre correspondance, s’il se présente pour les visiter.

Frère Louis Salivet, orateur de la chambre des provinces du Grand Orient, courrier adressé à la Loge La Parfaite de Nantes le 15 mai 1786

Source : correspondance de la chambre des provinces, BNF, FM 16, f°186 verso

Texte également disponible dans : Lumières et franc-maçonnerie au XVIIIe siècle–La formation du Grand Orient de France en 1773, Paris, 2013, musée de la franc-maçonnerie, 30 pages

Note : par commodité, et pour faciliter la lecture, les abréviations propres à la franc-maçonnerie telles que T∴ C∴ F∴ n’ont pas été utilisées.

Par : Cécile Dunouhaud

Agrégée – Docteure en histoire Professeur d’histoire-géographie au lycée Marguerite Yourcenar de Morangis (91) Adhérente des Clionautes depuis octobre 2016 Membre du Comité éditorial depuis 2017 Représentante des Clionautes pour la Région Ile-de-France Globe-trotteuse [Europe-Equateur-Chine-Japon-Corée du Nord-Iran-Inde-Egypte …]

Le château de Friedenstein dévoilera les objectifs de la franc-maçonnerie

De notre confrère allemand aussiedlerbote.de

Le thème de l’exposition est le développement précoce de la franc-maçonnerie en Thuringe.

Le château de Friedenstein dévoilera les objectifs de la franc-maçonnerie

Le thème de l’exposition est le développement précoce de la franc-maçonnerie en Thuringe.

Le château de Friedenstein dévoilera les objectifs de la franc-maçonnerie

Le château de Friedenstein dévoilera les objectifs de la franc-maçonnerie

Les origines, les rites et les objectifs de la franc-maçonnerie sont les thèmes d’une nouvelle exposition à la Fondation du Château Friedenstein à Gotha. L’annonce de l’exposition a déjà suscité beaucoup de réactions négatives, a déclaré jeudi le directeur de la fondation, Tobias Pfeiffer-Helcke. « Nous avons clairement soulevé ce sujet parmi nos visiteurs. L’importance de l’exposition est attestée par le fait qu’elle a été patronnée par la Maison mère nationale de Berlin.

Le thème de l’exposition est le développement précoce de la franc-maçonnerie en Thuringe. La franc-maçonnerie et l’Ordre des Illuminati à Gotha sous le règne d’Ernst II de Saxe-Gotha-Altenbourg est le thème central de l’exposition. Une partie de l’exposition est également consacrée au culte du secret, que les francs-maçons cultivaient dans l’Égypte ancienne. Aux postes de presse, les visiteurs peuvent, entre autres, se soumettre à un rituel d’initiation.

L’exposition présente entre autres des vêtements, des objets rituels et des accessoires du quotidien des membres de la loge. La signification de nombreux symboles maçonniques tels que le rapporteur et le compas sera également expliquée. À partir de dimanche, un total de 160 objets seront exposés, tels que des marteaux de loge et de la porcelaine d’inspiration maçonnique. Selon Uta Wallenstein, chercheuse et commissaire de l’exposition, l’un des points forts est les cercueils de momies ptolémaïques récemment restaurés. L’un des cercueils provenait à l’origine de la loge maçonnique de Hambourg et est unique dans ce contexte.

L’exposition sera accompagnée de visites spéciales

Pour l’exposition, la Fondation coopère avec le Centre de recherche Gotha de l’Université d’Erfurt. Ce centre travaille depuis un certain temps sur le thème « Loges maçonniques et sociétés secrètes à la fin du XVIIIe siècle ». L’exposition sera accompagnée de visites spéciales, de conférences et bien plus encore.

Les francs-maçons eux-mêmes se considèrent comme une organisation à orientation éthique et philosophique qui se réunit dans les soi-disant loges. Les francs-maçons sont avant tout une société masculine, mais il existe également plusieurs obédiences féminines et mixtes.

La tolérance, l’amour du monde, la justice sociale et la fraternité jouent pour eux un rôle important. La notion populaire des francs-maçons en tant que société secrète de conspirateurs est associée à de nombreux rituels qui ne sont connus que des membres de l’organisation. Par exemple, ils doivent s’identifier avec des mots de passe ou certains stylos. Les maçons ont été persécutés pendant le régime nazi et les loges ont été interdites en 1934.

La dernière tentation d’Hiram

« Pauvres fous! Serez-vous ingénus au point de croire que nous vous enseignons ouvertement le plus grand et le plus important des secrets ? Je vous assure que celui qui voudra expliquer selon le sens ordinaire et littéral des mots ce qu’écrivent les philosophes hermétiques, il se trouvera pris dans les méandres d’un labyrinthe d’où il ne pourra s’enfuir. » Artéphuis

À cet instant, alors que la lumière du jour venait de prendre cette couleur blanche du plein midi, l’homme se tenait dans le silence du chantier déserté. Les ouvriers, épuisés par la chaleur et tant d’années de labeur, avaient regagné des lieux ombragés. Le temple était achevé. Il était flamboyant et l’homme, dans la solitude, se regardait comme dans un miroir, en un face-à-face avec l’œuvre accomplie, érigée dans la sueur et la connaissance de ses bâtisseurs. Voilà dix ans, déjà, que l’homme avait quitté son pays, le royaume de Tyr, pour venir, ici, sur cette colline, à la demande du roi Salomon, élever un sanctuaire dédié au Dieu des Hébreux. Le silence inhabituel disait l’achèvement des travaux. L’espace sacré était enfin délimité. L’homme avança doucement et pénétra une dernière fois jusqu’au narthex. Entre les 2 colonnes, qu’il avait fondues dans l’airain pour attester de la hiérogamie du ciel et de la terre, il s’arrêta, se retourna, laissant le parvis du Saint des Saints derrière lui, dominant la cité qu’un pur rayon de soleil éclairait.

Jérusalem semblait appartenir au ciel.

Sa souffrance d’être exilé avait disparu depuis longtemps. Une paix indicible l’habitait aujourd’hui. En participant à la création du temple, il était entré en communion spirituelle avec le peuple d’Israël. L’œuvre, en sacralisant une pensée et ses gestes, lui avait permis de se fusionner avec l’univers et dans cette réunification cosmique de trouver la communion avec la lumière. C’est un des messages qu’il avait inscrit dans ses colonnes.

L’homme décida, soudain, dans sa méditation de rentrer préparer son retour à Tyr. Un désir de fermer un cercle, de revenir au point initial pour se ressourcer afin de poursuivre.

– Serait-ce encore possible ? Le début est-il toujours à la même place ? Le temps et mon cheminement sont-ils cercle ou spirale ?  Me laisseront-ils retrouver ce que j’ai quitté ?

Une hâte juvénile le poussa à accélérer ses pas. Il descendit vers une des sorties de l’enceinte.

– Mais oui je pars ! Je rentre. Ce que j’ai achevé ici, je le rebâtirai ailleurs. À Saba peut-être où de nouveaux chantiers s’ouvrent et le message reçu de l’Égypte, inscrit ici, sera révélé là-bas aussi ! Par les bâtisseurs, la parole doit se répandre. Allons !

Avec une énergie revivifiée par ses projets, l’homme se dirigea vers la sortie la plus proche, à la porte du midi[1].

Son visage luisait de cette sagesse qui pour certains, à l’âge mûr, témoigne d’un passé actif au cours duquel les expériences sont intériorisées. La sensualité de ses traits montrait sa générosité, son pas ferme et vif, sa détermination. Grande et svelte, sa silhouette attestait une vie saine dont les seuls excès ne sont que ceux de la pensée. Malgré ses années, une grande force, qu’on devinait inaltérable, lui donnait cette beauté souveraine, faite d’une harmonie délicate où se mêlent l’intelligence, la mansuétude, la spiritualité, la droiture. Le regard de l’homme imposait le respect: C’était celui d’un maître, du Maître d’œuvre du Temple et il s’appelait Hiram Abi. Soudain jaillit une ombre sur le sol.

– C’est certainement un ouvrier, puisque seuls, ils ont accès à ce lieu ! Mais que peut-il faire à cette heure trop ardente, pourquoi ne se repose-t-il pas comme les autres ?

Dissimulé du feu solaire dans les replis de son long vêtement de laine, un compagnon du chantier se plaça entre l’issue sud et Hiram, comme pour lui interdire l’accès. Dans sa main, la règle graduée. Hiram reconnut Séterkin, le maçon aussi appelé Phanor, à la face de lion (l’article de mardi dernier a évoqué d’autres noms des assassins).

– Que la paix soit avec toi. Puis-je t’aider en quoi que ce soit ? Cherches-tu quelque chose ?

– Nous étions un groupe uni de compagnons mais tu as choisi un petit nombre d’entre nous pour les distinguer. Pourtant, nous œuvrions tous ensemble sur le même ouvrage. Aujourd’hui, ils ont la tête ceinte d’un couvre-chef particulier qui les désigne comme nos maîtres. Je sais que tu leur as transmis un mot de passe grâce auquel ils ont accès au pouvoir de diriger. Je ne veux attendre plus longtemps pour bénéficier moi aussi de la marque de leur supériorité. Donne-moi ce mot de passe pour que j’use, moi aussi, de ces privilèges.

– Enfant ! Quelle impudence, pensa Hiram amusé mais déçu par cette vindicte, Dommage ! Un bâtisseur ! Il veut faire comme tant d’autres, là-bas, dehors. Il veut dominer. Il a cédé à la tentation de l’identité dans l’orgueil et la suffisance. Son impatience est un échec de l’enseignement qui lui fut donné. L’ardeur est parfois juste mais il faut d’infinies préparations, d’infinies précautions pour mener à bien une vie d’homme, création même de la création. Nul ne peut accéder à une connaissance qu’il ne soupçonne même pas. Autrement c’est avilir la voie de ceux qui font l’effort d’y avancer. Sa vanité veut précipiter le temps de l’éveil et sa quête est déviée. N’a-t-il pas compris l’indication symbolique de la règle qu’il tient ? C’est une graduation des  12 heures du jour. Une conscience du temps. Mais sans le compas il n’a plus d’ajustement sur la mesure, sur le raisonnablement connaissable. La règle sans le compas, c’est l’imagination exaltée qui poursuit jusqu’à l’infini ses propres envies, en dehors de toute réalité. Son aspiration au pouvoir est une ambition castrante pour la manifestation des modalités généreuses de l’être. Vouloir primer sur les autres, c’est renier l’esprit de fraternité qui est instituée dans cette communauté de bâtisseurs. Il croit encore à une hiérarchie de pouvoirs. Elle n’est que degré de connaissance. Ce sont les devoirs qui sont les véritables sources des droits. C’est dans la différence des devoirs qu’est la distinction des groupes. Par ailleurs…

Avec bonté, Hiram tenta d’expliquer au compagnon son impossibilité, par ailleurs, de lui communiquer le mot du Maître.

– À moi seul je ne puis t’accorder cette faveur.

Le compagnon insiste, paralysé dans sa compréhension par son ambition.

– Insensé, ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu, ni qu’il doit se demander. Travaille, persévère et tu seras récompensé.

Séterkin, le maçon s’emporte, menace. Le maître demeure calme mais inflexible. Alors la main se lève et frappe, visant à la gorge. Mais, déviée, la règle atteint Hiram à l’épaule droite sur la clavicule, qui sous le choc de la surprise et l’onde de cette violence, chancelle et met le genou droit à terre.

– Je ne veux pas l’affronter avec la force. La force ne peut changer un état d’esprit. Laissons-là !

Hiram se relève et s’éloigne pour éviter un combat. Préoccupé par cet incident, endolori, il se dirige vers une autre sortie à la porte de l’occident. Mais le compagnon n’était pas seul. Un complice attendait devant la deuxième issue. Comprenant l’échec de son acolyte, il se montre d’emblée menaçant, figé comme un bouc prêt à foncer :

– À moi tu dois donner le mot de passe. Je suis Otefut appelé aussi Amron, le charpentier. Tu es un mauvais chef. Tu as créé des hiérarchies entre tes ouvriers. Le salaire des Maîtres est plus élevé que le mien, je les envie. Je suis aussi instruit qu’eux, je veux obtenir la même rémunération. Parle et prononce le mot des Maîtres pour que je touche mon salaire en chambre du milieu.

Hiram comprend qu’il y a conjuration. Une inquiétude nouvelle ne le décourage pourtant pas. Il explique avec fermeté en voyant le levier dans la main de l’homme.

– Puisque ton nom Amron veut dire parler, révéler, sache que la parole sans l’action n’est rien. La discipline que tu as consentie à la communauté des charpentiers ne s’accommode ni de la sottise satisfaite ni de la vanité. Il est aberrant que ceux qui entendent travailler avec une équerre se soucient de prestige et de faveurs personnelles. C’est renoncer à l’essence même de la solidarité des bâtisseurs. C’est désobéir à la norme. Ton équerre t’indique que tu ne peux bâtir que sur ce qui est juste, animé par l’esprit d’équité. Le levier que tu tiens, c’est ta volonté qui s’imposera si elle prend un point d’appui sur un dévouement absolu à une cause élevée, noble et généreuse. Tourner les règlements, être le plus malin, plus exigeant, vouloir sans mériter meilleur salaire, c’est condamner la vertu de l’ordre instauré entre les différents groupes de travailleurs. Le secret que tu demandes, il est dans la paix intérieure, dans une réponse que tu te feras à toi-même et qui met toute chose à sa place et tout homme où il peut soutenir l’édifice. Passion, ambition, vanité, déraison t’éloignent de cette voie sur laquelle tu t’étais engagé. Nul ne peut la parcourir à ta place et le mot du Maître se trouve plus loin sur ton chemin. Persévère, travaille, cherche et tu trouveras.

Mais Otéfut n’entend rien, d’un geste fanatique il frappe avec le levier qui atteint la nuque du Maître.

– Un outil lui aussi !

Le coup est fulgurant, douloureux.

– Construire, détruire avec le même objet ! Sublimation et perversion se présentent de la même façon. J’avais raison. Mes colonnes ne le démentent pas. Pervertir l’usage du levier retire tous les fruits de l’enseignement. Cet homme est redevenu profane.

Hiram cherche maintenant à échapper à ce qui se referme sur lui. Ces compagnons impatients et exigeants sont devenus les gardiens d’une ouverture close à jamais. À la porte de l’orient, ultime issue qui évite d’entraîner ses agresseurs vers le kodech kodechim, le Saint des Saints, le Maître se heurte à Habirama le mineur, appelé aussi Méthoushaël, de son autre nom Hoben. La voie du compagnon est stridente comme celle d’un serpent. Hiram mesure d’instinct toute la haine de l’homme. En voyant le maillet qu’il tient dans sa main, il esquisse un sourire malgré la recrudescence de sa souffrance aux deux points d’impact des outils.

– Le symbole du Maître! Ah s’il avait voulu diriger sa pensée vers l’intelligence, la persévérance, la conscience morale, mais son nom, celui qui tue le père, me dit très clairement ce qui va advenir.

Hiram ne doute pas que l’homme cherchera à l’atteindre avec l’outil transformé en arme. Il n’a pas peur. Mais il sait que la mort de l’esprit qu’il lit dans les yeux de son agresseur, c’est sa mort :

– Donne-moi le mot du Maître! Tu ne peux plus t’échapper.

Et sans attendre, avec sa masse, Habirama frappe le Maître au front d’une atteinte mortelle. Ainsi le génie des ténèbres, qui est en chaque être, avait soulevé les passions pour tenter de ruiner l’œuvre, en jetant le trouble parmi les compagnons qui déjà initiés aux premiers secrets de l’art se regardaient comme victimes de l’injustice et de la partialité parce qu’ils n’avaient pas été reconnus comme Maîtres.

– Ne pas tomber, ne pas perdre l’équilibre, lutter encore pour être, refuser la menace, ne plus sentir cette paralysie qui m’asphyxie, qui endort ma conscience. Je veux vivre debout. J’ai créé, protégé, aimé. Tous mes gestes de vivre m’abandonnent. Que j’ai mal ! Je suis si seul. Il suffirait de dire et on m’aiderait, me soutiendrait, me soignerait peut-être. Ah ces tourments de la trahison où tout s’inverse et de la douleur que je ne maîtrise plus. Compagnons,  qu’avez-vous fait de votre enseignement ? Vous ne savez pas ce que vous faites. Vous êtes devenus chimère à tête de lion et de bouc, et à la queue de serpent. Mes forces me quittent, il suffirait d’un mot, ma vie pour un mot – – – Iod – Hé – Vav – Hé, Iod – Hé – Vav – Hé, 10 , 5 , 6 , 5 … Les lettres se succèdent et tournent devant ses yeux.

– Mot de passe, mot de Maître, mot-clef pour ouvrir mais aussi pour fermer, pour le passage de ma vie à la mort. C’est toute la connaissance de la doctrine ésotérique qui est contenue dans ces 4 lettres. Nommer, c’est créer, mais prononcer seul le mot, c’est ne rien dire. Et pourtant, il faut que je vive. Je suis dépositaire d’une partie de la parole qui disparaîtra si chacun des dépositaires ne transmet pas son morceau de clef. Cette parole n’est complète que si réunis avec le roi Salomon et le roi de Tyr, nous prononçons ensemble ce qui est imprononçable, seul.

En ce temps, un roi était un initié au plan supérieur qui était coiffé d’une couronne ou d’une tiare et qui était capable d’enseigner suivant la voie initiatique, la voie royale. Le roi de Tyr possédait tous les matériaux de bois et de métal. En lui la force ! Le roi d’Israël conçut, transforma pour l’élaboration du temple. En lui la fondation ! Hiram, envoyé de Tyr auprès du roi Salomon, en réalisant l’œuvre ferme le triangle en une synthèse indissociable avoir-agir-être.

– Personne ne connaît mon secret. En tant que Maître je dois encore enseigner un autre Maître pour qu’il me remplace et pour que la chaîne ne se brise pas. Il faut que je vive ! Mais comment vivre sans dire à celui qui ne peut comprendre. Je n’en connais que les lettres dans leur forme, pas le phonème. Le tétragrammaton ne se prononce pas. Pas de défi à relever, pas de détermination héroïque. De toute façon, ils ne peuvent comprendre. Alors pourquoi ne pas céder ? Prononcer au moins une fois pour moi-même. Faire cesser le tourment. Réunir mes forces et dire pour survivre.

Il essaya de respirer : AUMMM………

– Dis, vas-y, parle, donne-moi le mot insista le félon.

Hiram ferme les yeux.

– Dire et leur laisser croire que le mot suffit. Non !  C’est le mal dans ma chair qui chavire mes pensées. Il faut que le mal se taise. J’ai témoigné en faveur de la connaissance par ma vie, mon œuvre et ma sagesse. Ma mort doit témoigner aussi. Le secret doit-il être préservé au prix de la vie ? Le secret vaut-il par lui-même ? Ou plutôt par la façon dont on le vit ?  Ma mort sera garante du secret, même si elle l’efface. J’ai cherché la réponse qui terminerait mon questionnement. Cette réponse ne peut être entendue que de moi. Ce n’est pas celle de l’autre, c’est celle que je fais mienne. C’est ma foi. Je ne la trahirai pas en laissant croire à ce compagnon  autre chose. Je suis, même si lui a renoncé à être. Sans ce défi avec l’insupportable, je n’aurais jamais su l’espérance qu’il faut avoir. Ma vie fut comme une journée bien remplie et maintenant, je puis être las. La loi de l’homme n’est pas la possession, c’est l’attente. Dire serait non seulement me trahir mais trahir aussi l’enseignement donné à mes meurtriers. Je me meurs. Mais essayer, au moins une fois, de prononcer seul l’ineffable. Tenter une ultime sonorité intégrant dans l’unité, peut-être enfin trouvée, la totalité des parties.

Un nuage voila le soleil. En s’affaissant, Hiram murmura une parole qu’Habirama n’entendit pas. Elle se perdit dans la mort. L’avait-il prononcé ce mot du Maître ou bien son dernier souffle fut-il pour dire «vanité des vanités» ou bien «buttom of rose» ou tout autre mot d’un rêve désormais impossible. En mourant Hiram entra dans la lumière et la parole fut perdue.

En apprenant la mort d’Hiram, Salomon fut obligé de remplacer la parole perdue par un vocable de substitution : les premiers prononcés par les Maîtres qui découvrirent le corps du mort scellèrent à nouveau le secret de la maîtrise; c’est ce que nous disent les rituels Maçonniques.

Voilà ! «Inventer, frénétiquement inventer, sans se soucier des liaisons, jusqu’à ne plus parvenir à faire un résumé. Un simple jeu de relais, entre emblèmes, l’un qui dise l’autre, sans trêve. Décomposer le monde en une sarabande d’anagrammes en chaîne, et puis croire à l’inexprimable[2].» N’est-ce pas la vraie lecture de la Thora ?

Mais nous nous posons des questions.

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu’aucun d’entre eux n’ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ?

Il semble que le nouveau mot du Maître soit partagé par plus de 3 Maîtres.

Dans le rituel du Rite Ecossais Ancien Accepté, tous ceux qui assistent à l’élévation du corps sont témoins du mot secret (le Grand Expert, les 3 Maîtres qui gardent le cadavre, le 2ème Surveillant, le 1er Surveillant, 7 Maîtres qui délimitent la chambre du milieu. C’est dire que tous les Maîtres ont accès cette parole ! Il y avait donc auparavant une hiérarchie implicite du fait du secret. Celui qui dirige les travaux est-il plus qu’un Maître ? Pour nous, il n’y a rien au-dessus du Maître. Alors que peut  signifier que 3 seulement avaient accès à une connaissance secrète ? Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation orthoptique et totale du mot sacré qu’il vocalisait une fois par an dans le Saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c’est qu’il pensait que son Maître d’œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs.

Ainsi en passant d’un plan d’analyse (le réel) à un autre (le symbolique) et en les confondant dans le raisonnement, on finit par dire presque tout ce que l’on veut et même son contraire. En tout cas, c’est ce genre d’interrogation qui s’impose à la lecture de la légende d’Hiram que nous avons revisitée. Il y a plusieurs tentations d’Hiram évoquées par notre travail :

– Celle de retourner dans son pays pour poursuivre une œuvre. Elle est désir.

– Celle que nous n’avons fait qu’effleurer, mais pas retenue, elle est celle de parler pour céder à la menace des compagnons

– Enfin deux ultimes tentations semblent intéressantes : celle de parler pour survivre et sauver le secret qui est dans une triangulation symbolique des deux rois d’Israël et de Tyr et de Hiram qui est la synthèse des dualismes.

– Celle de prononcer, à lui tout seul, la parole interdite. C’est là à la fois un péché d’orgueil, peut-être, mais surtout une curiosité métaphysique de résonner au plan cosmique avec le nom de l’Ineffable.

Hiram, personnage mythique, incarne pour la Franc-maçonnerie un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition. Cet Hiram-là n’a pas pu avoir l’ultime tentation de prononcer, seul, l’imprononçable. Cela n’a été qu’un artifice psychologique pour nous interroger, car Hiram, en tant qu’initié, sait l’abomination que serait la compréhension littérale de la fiction mythique. Tous les termes désignant le mystère, l’esprit, l’être, la substance, le Un, l’essence, l’alpha et l’oméga, sont des vocables chosifiant ou personnifiant. Seul existe le mystère immanent à l’existence, l’organisation harmonieuse de l’univers et l’émotion humaine devant cet aspect mystérieux auquel participe tout ce qui existe réellement (êtres et choses). Le nom «D.ieu», s’il n’est pas abusivement employé, ne signifie absolument rien d’autre que l’émotion devant l’inexplicable.

Le créateur et le juge du monothéisme (iod, hé, vav, hé) sont unis en un seul symbole dont la signification est le mystère de l’existence, dans lequel est inclus le mystère de la vie humaine. En conséquence le nom «Dieu» implique la responsabilité du choix entre le bien et le mal, ce qu’attestent les Tables de la loi mosaïque. Nommer c’est faire exister. Du latin exsistere, exister se comprend comme «sortir de, s’élever de». L’existence est donc imaginée comme sortie de l’harmonie infinie. L’expulsion, autant dire l’émanation à laquelle la racine du terme «exister» fait allusion n’est pas forcément une réalité, mais une image rejoignant l’image personnifiant des mythes, du symbole du créateur. Pour nous, elle n’est pas explicative. Salomon dit : «l’image s’efforce d’exprimer l’incommensurable. Jérusalem, (la culture hébraïque) sera détruite, comme toute culture, lorsque l’abomination s’installera dans le Temple, lorsque le nom de Dieu sera pris pour le nom vivant». L’abomination serait d’employer le nom sans référence aux mystères. Quelle vanité pourrait être plus grande que la prétention d’une spéculation métaphysique qui non seulement voudrait prononcer le nom Dieu, mais qui, ignorant la signification symbolique, affirmerait en le prononçant la confusion entre le symbole et le mystère nommé Dieu ?

Les centres d’enseignement d’initiation appelés Mystères existant en Égypte, en Grèce, et chez tous les peuples de haute culture, avaient pour but de réveiller l’émotion devant le mystère de l’harmonie universelle, à laquelle l’homme, pour son bien essentiel, doit s’incorporer par voie d’auto-harmonisation ; d’où  s’ensuit le sentiment vivant de l’éthique immanente, véritable religiosité. Hiram, initié, sait que cela ne se prononce pas, non parce qu’il y a interdiction, mais parce qu’il y a impossibilité.

Aujourd’hui, la tentation de certains francs-maçons est de croire savoir prononcer les noms Liberté, Égalité, Fraternité, Tolérance et de se contenter de ces murmures incantatoires en pensant que cela suffit pour les faire exister.


[1] Le Temple n’avait que trois portes. On trouve : la première, celle du nord, était réservée au peuple ; la seconde livrait passage au roi et à ses guerriers ; la porte de l’Orient était celle des lévites. On trouve aussi : l’une à l’orient, qui communiquait à la Chambre du Milieu et qui était réservée aux maîtres; une autre au Midi et la troisième au nord; celle-ci était l’entrée commune à tous les ouvriers. Le Régulateur de 1801 rapporte : «on entroit dans le temple par trois portes : celle destinée aux apprentis et par la suite au temple, étoit à l’occident ; celle destinée aux compagnons, et après l’achèvement du temple aux lévites, étoit au Midi ; et celle destinée aux maîtres et par la suite aux pontifes, étoit à l’Orient.» 

Parce que les conjurés bloquent trois portes, cela signifie qu’il n’y en avait effectivement pas d’autres. Le parcours du maître n’est plus le même selon les rites. Par exemple : son le trajet commence, selon le REAA, au sud puisqu’il est écrit : « « »ayant terminé son inspection des travaux du jour, Hiram allait se retirer par la porte du Midi» puis il se dirige vers la porte d’occident » [?]. Au Rite Français traditionnel, HIRAM s’étant rendu dans le Temple par une porte secrète dirigea ses pas vers la porte d’Occident, où l’attendait le 1er assassin, puis il tenta de sortir par la porte du Midi, et finit pour courir vers la porte d’Orient où il trouve le 3ème mauvais Compagnon. Cependant au Rite Français de référence du GODF, édition 2009,  occident, nord et orient sont, dans l’ordre, les portes du parcours d’Hiram. Mais au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm comme au Rite Opératif de Salomon: sa visite terminée, Hiram sortit de la Chambre du Milieu et se dirigea vers la porte d’Occident [?], puis continua vers la porte du nord. Au Rite Écossais Primitif, Occident [?], Midi et Orient est le trajet d’Hiram. Au Style Émulation, ils [les mauvais compagnons] s’embusquèrent respectivement aux entrées ménagées à l’Est, au Nord et au Sud du Temple, où notre Maître s’était retiré pour faire ses dévotions au Très Haut, ainsi qu’il y était accoutumé à l’heure de midi ; le premier coup est porté au sud, puis le Maître se dirige vers la porte du nord et reçoit le dernier coup à l’est trajet [le plus en accord avec le plan du Temple]. Pour le rite de Misraïm, le parcours est : midi, occident, orient, comme indiqué dans le Rituel de 1820 du Rite de Misraïm. Au RER,  Hiram entré par la porte  d’occident, dirige ses pas vers la porte du midi, où il rencontre le 1er assassin, puis fuit vers celle du nord et finit à celle d’orient. (Rituel du grade de maître au RER, Rédigé au Convent de 1782).

Le trajet se finit toujours à l’Orient de la chambre funèbre de la loge. La narration du meurtre ne se rapporte donc pas toujours à l’orientation du Temple de Salomon, mais plutôt à celle la loge où se joue l’époptie.

[2] Umberto Eco, Le pendule de Foucault.

29/04/23 : Dijon convoque le patriarche Noé et l’architecte Hiram

Dijon est la capitale de la Bourgogne, région historique du centre-est de la France et l’un des principaux territoires viticoles du pays. Elle est connue pour les visites de ses vignobles, sa foire gastronomique en automne et ses styles architecturaux, du gothique à l’art déco.

Dijon le sera désormais pour ses conférences dans le cadre de l’Antenne Bourgogne de l’Académie Maçonnique de Lyon.

Antenne locale qui, à l’issue des conférences, se verra conférée le statut d’ACADÉMIE MAÇONNIQUE de BOURGOGNE. Une Convention signée par le Collège Maçonnique consacrera ce bel événement maçonnique. Pour notre plus grand profit et plaisir.

Pour mémoire, « L’Académie Maçonnique » étudie, entre autres, non seulement l’histoire, mais aussi les structures, le symbolisme, les rites et rituels, les biographies de membres célèbres et moins célèbres, etc. Une véritable référence !

L'Académie Maçonnique Provence
L’Académie Maçonnique

L’Académie vous invite donc à une matinée de conférences,  réservée aux SS & FF Maîtres Maçons (et plus), toutes Obédiences confondues, le samedi 29 avril 202, à partir de 9h30, au Temple de la GLDF.

Le programme :

– 9h30 – accueil autour d’un café en salle humide

René A. Spitz.

 Puis dans le grand temple

– 10h – René A. Spitz : Noé et les fondements noachites de la Franc Maçonnerie

David Taillades.

+ une intervention surprise

– 11h – David Taillades : historien reconnu, ayant travaillé avec Louis Trébuchet et des historiens anglo-saxons, traitera à partir de ses deux ouvrages « Hiram, les mystères de la Maîtrise » et « La Franc Maçonnerie retrouvée ». Ouvrages, notons le, préfacés par Louis Trébuchet, initié en 1990 à la Grande Loge de France où il a contribué pendant plus de vingt ans à la revue de l’Obédience, Points de Vue Initiatiques (PVI) où il a occupé les fonctions de rédacteur en chef de 2006 à 2009, puis de directeur de la rédaction de 2009 à 2012.

D’ailleurs concernant l’actualité littéraire de David Taillades, nous devons mentionner sa dernière publication – qui fera du reste l’objet d’une prochaine note de lecture -, aux éditions Ubik en coédition avec l’Académie maçonnique Provence, Aperçus sur les origines médiévales de la Franc-maçonnerie.

– 12h30 apéritif offert, agapes en salle humide (réservation obligatoire)

Infos pratiques : Matinée réservée aux SS & FF.. Maîtres maçons, et +/tenue de ville simple/Toutes Obédiences – Samedi 29 avril 2023, à partir de 9h30/Temple de la Grande Loge de France – 83 rue Berbisey DIJON, Côtes d’Or.

Participation :

– un forfait de 12 €/pers. sera demandé pour couvrir les frais de logistique du Temple et les frais d’accueil du (ou des) conférencier(s)

repas de qualité : 20 € (3 plats, boissons, café)

Nom …………………. ……          Prénom………….               Mobile : ……………….

Loge : ……………………………………. ………………       Obédience…………….

Adresse mail : ……………………………………………………………………….

O Est intéressé(e)  à suivre en visio les conférences des Académies de Paris, Lille, Lyon

Academie-maconnique
Academie-maconnique

    Provence  (35 € abonnement annuel, envoi des PDF textes inclus) 

 NB : l’abonnement annuel n’est pas requis pour participer à cette réunion strictement dijonnaise

Dijon, Temple de la GLDF.

O participera à la conférence   O sera accompagné(e) de ……………………………. ….         Loge………………………            (nom, prénom)

O participera au repas    O sera accompagné de ….     personne(s) ;   soit ………..euros, à régler sur place, par chèque ou espèces (pas de carte bancaire) –

Dijon, rue Berbisey.

Inscription à renvoyer avant le 26 avril dernier délai, par mail à René A. SPITZ : renealexandre.spitz@numericable.fr/Mob 06 07 75 74 76 – N’oubliez pas de demander le code d’accès au Temple

Dijon, rue Berbisey.

Qu’est-ce qui vient après le diplôme de maître maçon ?

De notre confrère freemasonscommunity.life – Par : Guillaume Régal

Le parcours d’un franc-maçon est rempli d’enseignements profonds, de leçons de morale et d’opportunités de croissance personnelle. Alors que les trois degrés d’Apprenti Entré, de Compagnon et de Maître Maçon forment le fondement de la franc-maçonnerie, le parcours d’un Maçon ne se termine pas avec le diplôme de Maître Maçon.

De nombreux maçons choisissent d’explorer plus avant et de se plonger dans les enseignements des organes annexes de la franc-maçonnerie, notamment le rite York et le rite écossais.

Nous examinerons en profondeur ces deux principaux corps annexes et explorerons les riches expériences qu’ils offrent aux maîtres maçons cherchant à élargir leurs connaissances et leur compréhension maçonniques.

L’importance de la Loge Bleue :

Avant d’explorer les corps annexes, il est essentiel de reconnaître l’importance de la Loge Bleue, également connue sous le nom de Loge Symbolique. C’est ici qu’un maçon reçoit les enseignements fondamentaux de la franc-maçonnerie à travers les trois premiers degrés.

Le conseil souvent donné aux maîtres maçons nouvellement élevés est de prendre le temps d’apprendre les différentes chaises et positions au sein de la « Blue Lodge » avant de s’impliquer dans les organes annexes.

En acquérant une solide compréhension du travail et des enseignements de la Loge Bleue, un maçon peut mieux apprécier les connaissances supplémentaires offertes par les organes annexes.

Le Rite York : développement des enseignements bibliques

Le York Rite est l’un des organes annexes les plus connus de la franc-maçonnerie. Il est souvent décrit comme étant plus basé sur la Bible que le rite écossais. Le York Rite consiste en une série de diplômes et d’ordres qui s’appuient sur et élargissent les connaissances reçues dans la « Blue Lodge ». Les enseignements du rite York sont principalement basés sur la version King James de la Bible et les histoires qu’elle contient.

Il est important de noter que le York Rite exige que ses membres professent qu’ils ont été baptisés en tant que chrétiens et qu’ils défendront la foi chrétienne. Alors que la franc-maçonnerie elle-même n’est pas une religion et ne nécessite qu’une croyance en un être suprême, l’exigence du rite de York reflète sa nature théologique et sa dépendance aux écritures chrétiennes.

Les degrés du Rite York permettent une compréhension plus profonde des leçons transmises dans les trois premiers degrés de la Loge Bleue et offrent une perspective unique aux maçons qui s’identifient à la foi chrétienne.

Rite d'York

Le Rite Écossais : une approche philosophique de la morale

Contrairement au rite York, le rite écossais est décrit comme étant de nature plus philosophique. Les enseignements du rite écossais s’appuient également sur les connaissances reçues dans la loge bleue et les élargissent, mais ils ne se limitent pas à une seule religion ou à un seul système de croyance.

Le rite écossais s’inspire de diverses sources, dont la Torah, le Coran et d’autres documents historiques, pour présenter des leçons morales pouvant s’appliquer à toute l’humanité.

Le rite écossais n’exige pas que ses membres professent une affiliation religieuse spécifique et ses enseignements englobent de nombreuses croyances différentes. L’accent est mis sur la recherche de leçons et de principes moraux communs qui peuvent être appliqués à sa vie, quelle que soit son origine religieuse.

En tant que tel, le rite écossais présente une approche plus universelle de la moralité, encourageant ses membres à considérer la sagesse trouvée dans diverses religions et traditions.

Rite écossais

L’Ordre de l’Étoile de l’Est : une organisation inclusive

Au-delà du rite York et du rite écossais, il existe de nombreux autres organes annexes au sein de la franc-maçonnerie, chacun avec son objectif et ses enseignements uniques. L’une de ces organisations est l’Ordre de l’Étoile de l’Est.

Contrairement à de nombreux autres corps maçonniques, l’Ordre de l’Etoile Orientale est ouvert aux hommes et aux femmes. Les cérémonies et les enseignements de l’Ordre de l’Étoile de l’Est sont dérivés d’histoires bibliques centrées sur les femmes dans les Écritures.

Les cérémonies de l’organisation ont été créées à l’origine par un homme de l’État du Mississippi qui a reconnu l’intérêt des femmes pour les leçons de morale enseignées en franc-maçonnerie et a cherché à créer une cérémonie belle et inclusive qui transmettait des enseignements similaires.

Le travail de diplôme de l’Ordre de l’Étoile de l’Est est très apprécié pour sa profondeur et sa beauté et est un moyen pour les femmes et les hommes de s’engager dans des leçons de morale bibliques.

Ordre de l'Étoile de l'Est 2

Bien qu’il existe de nombreux organismes annexes à explorer, il est important que chaque maçon tienne compte de ses intérêts individuels, de ses engagements en matière de temps et de ses convictions personnelles lorsqu’il décide des organisations à rejoindre. Certains maçons peuvent choisir de suivre à la fois le rite York et le rite écossais, tandis que d’autres peuvent se concentrer sur un seul. De plus, il y a des maçons qui choisissent de ne rejoindre aucun corps annexe, préférant consacrer leur temps et leurs efforts uniquement à la Loge Bleue.

Comme dans toute entreprise, l’équilibre est la clé. La franc-maçonnerie enseigne qu’il existe un ordre approprié pour les choses, en mettant l’accent sur la priorité donnée à la divinité, à la famille et au pays avant la franc-maçonnerie. Il est essentiel que les maçons soient conscients de leurs obligations et engagements et ne se surchargent pas en rejoignant trop d’organisations. Être franc avec ses frères sur sa disponibilité et ses limites est encouragé, car la compréhension et le soutien mutuels sont des principes fondamentaux au sein de la fraternité.

Pour ceux qui choisissent de s’impliquer dans les organes annexes, le voyage offre une mine de connaissances, de perspicacité et de camaraderie. Les enseignements du Rite York, du Rite Écossais, de l’Ordre de l’Étoile de l’Est et d’autres organismes annexes offrent aux maçons de nouvelles opportunités d’explorer et d’appliquer des leçons de morale à leur vie. Que ce soit par l’exploration théologique, la recherche philosophique ou des cérémonies inclusives, ces organisations améliorent l’expérience maçonnique et offrent des perspectives uniques sur la quête universelle de l’amélioration de soi et de la croissance morale.

Conclusion

La franc-maçonnerie offre un parcours d’apprentissage et d’amélioration de soi tout au long de la vie. Alors que la Loge Bleue fournit la base, les organismes annexes, tels que le York Rite et le Scottish Rite, offrent d’autres opportunités d’exploration et de croissance.

Le choix de rejoindre ces organisations est personnel et les maçons doivent tenir compte de leurs propres intérêts et engagements. Quelle que soit la voie choisie, les principes fondamentaux de la franc-maçonnerie – amour fraternel, soulagement et vérité – guident les maçons dans leur quête de sagesse et de vertu.

En parcourant ce voyage, les francs-maçons contribuent à une riche tradition de recherche morale, illustrant des idéaux qui profitent à la fois à l’individu et à la société dans son ensemble.

 27/04/2023 : Marie-Thérèse Besson ambassadrice de la maçonnerie féminine à Roanne

De notre confrère le-pays.fr

Jeudi 27 avril, au Diapason, à Roanne, Marie-Thérèse Besson tiendra une conférence intitulée Femmes et franc maçonnes afin de mieux faire connaître la GLFF, société maçonnique qui suscite encore beaucoup de fantasmes.

La Grande Loge Féminine de France (GLFF) cultive une spécificité dans le paysage franc-maçonnique français : comme son nom l’indique, ses membres sont exclusivement féminins. Et même si l’obédience est moins visible que d’autres comme le Grand Orient de France, il est incontestable que la GLFF n’est pas en reste pour apporter sa pierre à la réflexion maçonnique.

Porter les valeurs de la République

« Il y a sans doute d’autres obédiences qui ont fait des conférences à Roanne, mais je pense que c’est une première fois pour la Grande Loge Féminine de France », entame Marie-Thérèse Besson, ancienne grande maîtresse de la GLFF, qui a souhaité tenir une conférence intitulée Femmes et franc-maçon en premier lieu parce qu’il y a une loge de la GLFF à Roanne, mais pas seulement.

« La franc-maçonnerie n’est pas une société secrète, c’est une société discrète »

« Je crois que faire des conférences publiques contribue à démystifier la franc-maçonnerie et permet de faire taire les fantasmes qui courent sur nous, assure l’ancienne grande maîtresse. C’est important que l’on puisse dire qui on est et ce que nous faisons : nous ne sommes pas des sociétés secrètes, nous sommes seulement des sociétés discrètes. On devrait être fières d’être francs-maçons ou maçonnes, car nous portons les valeurs de la République et d’autres comme le respect de l’autre et de la justice.  »

Plus spécifiquement, pour le GLFF, ces rencontres publiques sont l’occasion d’aller à la rencontre de femmes qui pourraient être intéressées par cette démarche, et qui se questionnent sans trop savoir ce qu’est la Grande Loge Féminine de France, « pour leur expliquer et leur ouvrir une porte afin d’entrer dans une obédience féminine, ou mixte, ou ne pas rentrer du tout en maçonnerie si ça ne leur convient pas. Elles ont le choix, c’est une décision personnelle. »

Par ailleurs, Marie-Thérèse Besson s’étonne de constater que beaucoup de personnes confondent encore franc-maçonnerie et clubs services comme le Rotary ou le Lion’s club. « Là encore, cela vient du fait que l’on ne connaît pas la franc-maçonnerie. Ce n’est pas plus un club service qu’un lieu où l’on viendrait pour y pratiquer du développement personnel, voire y suivre une psychothérapie ! La franc-maçonnerie est avant tout un ordre initiatique. Ce qui signifie, dans le cas de la GLFF, initiation, bien sûr mais aussi travail symbolique en loge et engagement dans la société. » Des termes obscurs pour le ou la profane, que l’ancienne grande maîtresse mettra en lumière lors de son intervention.

Un moment privilégié entre femmes

La conférencière insiste sur un point : une chose qui ne changera pas, c’est le caractère exclusivement féminin de la GLFF qui n’a aucune intention de devenir mixte.

« C’est important de partager avec d’autres femmes, dans un moment de proximité, en évitant tout repli communautariste. La GLFF s’est développée avec des femmes, a été faite par et pour des femmes. C’est un moment privilégié entre femmes, dans une société qui est en mixité en permanence. »

À noter. Conférence publique de Marie-Thérèse Besson organisée par l’association philosophique Le fil , jeudi 27 avril, à 19 h 30, au Diapason, 25 Boulevard de Thiers, à Roanne. Ouvert à tous publics.

La loge maçonnique d’Oeiras organise une cérémonie publique du chapitre Demolay

De notre confrère brésilien tonomural.com.br

Dans la nuit du 15 avril 2023, à la Loge maçonnique Caridade e Justiça Oeirense, n° 11, a eu lieu la cérémonie publique du Chapitre DEMOLAY ; Adalberto Barbosa de Deus N°1171. Dans cette Cérémonie, il y avait le Rituel de la Lumière, qui valorise la morale et les bonnes coutumes et l’investiture du nouveau Maître Conseiller, Pedro Augusto, et du Président du Conseil Consultatif, Sávio Furtado Leite. 

Etaient présents : le Grand Secrétaire d’Etat Adjoint : Adala Carnibi ;  le  Vénérable Maître de la Loge N°11 de Charité et Justice d’Oeirense : João Batista Conrado; les conseillers Gilmar Fontes et Heloísa Helena, ainsi qu’Inácia Rodrigues, présidente de l’Institut historique d’Oeiras.

À la fin, une pause-café a été servie, organisée par Sílvia Martins, Ticiana, Club de Mães e Amigos Demolay et Acácias Douradas. 

Le dessin de… Jissey : « La légende et sa catharsis »

0

Après l’article de Gil Garibal au 22 avril sur la légende d’Hiram notre ami JISSEY se demande si les remords d’un meurtre symbolique doivent se transmettre à toutes les générations de Compagnons, futurs Maîtres justiciers …

Renaître pour se retrouver

De notre confrère italien expartibus.it – de Chrétien de Rosemunda

Il faut reprendre les pas déjà posés, les répéter, et tracer de nouveaux chemins à leurs côtés. Nous devons recommencer le voyage. Toujours.
José Saramago

Je veux dédier chaque mot de cet écrit à tous mes frères et sœurs, en particulier à ceux qui se sentent perdus ou égarés, qui tâtonnent dans le noir, qui n’entendent plus la « Parole« . Et je veux le faire tout de suite, ni hier ni demain, parce que maintenant c’est l’heure de la renaissance, c’est l’heure de se retrouver.

A ces Frères et Sœurs qui, pour les raisons les plus disparates, ont décidé de ne plus fréquenter le Temple, à ceux qui sont dans la balance, un pied dedans et un dehors, mais aussi à ceux qui ont décidé de renaître et de se retrouver à chaque fois…

Je leur réserve chaque mot, en effet, non, ce « Mot », celui-là même qui se répète à l’oreille depuis des siècles, celui qu’il ne faut ni écrire ni graver, mais que nous répétons secrètement dans notre esprit.

Bien sûr, il faut du courage et de la force pour vivre un Carême, voulu ou non, et aussi pour affronter une Passion, mais ensuite, une fois le tremblement de terre passé, il faut aussi de la témérité pour recoller les morceaux, les assembler et faire un base pour redémarrer renouvelé.

Il faut avoir de l’audace pour être franc-maçon. Plus j’y pense, plus je suis convaincu que c’est le cas, car parfois cela signifie fermer un cycle, une porte, en franchir une autre, être prêt à se faire moquer des clichés et des rumeurs, prendre une croix pour pouvoir arriver à la catharsis tant attendue.

Et il faut aussi un peu d’égoïsme sain. Les moments difficiles, les discussions, les départs, les adieux, les clashs, les souffrances, les carences, les mauvaises humeurs sont les bienvenus si cela implique d’avoir l’énergie de ne pas « lâcher », mais de continuer sur ce chemin initiatique, non sans complexité.

L’entreprendre, c’est commencer un voyage de transformation, qui concerne toutes les dimensions qui nous composent. C’est la démarche qui fait la différence : elle enseigne la patience, le courage, la prévoyance, la rigueur du travail et de l’écoute, la tolérance des limites et de la frustration, le désert autant que l’épanouissement.

Pratiquer cet exercice nous amène à voir la vie pour ce qu’elle est, pas comme on le voudrait, mais pas pire encore, une existence pleine de limites mais aussi pleine de possibilités, précaire et fragile oui, mais aussi tenace et résistante.

La renaissance amène un renoncement, un petit ou un grand deuil, quelque chose ou quelqu’un à lâcher, à se retrouver autrement et on n’est pas toujours prêt à faire face à la part de nous qui doit mourir.

Je demande à tous ces frères et sœurs pleins de doutes et de perplexités de s’accorder du temps pour qu’ils puissent identifier la bonne direction dans laquelle aller pour ne pas perdre le bon chemin. Laissez la vie pulser.

Renaître c’est aussi ça.

Prendre soin de soi n’est pas un acte magique, il est plus proche du travail de sculpter sa propre statue, comme disait Plotin, c’est une pratique quotidienne, qui conduit à se donner une forme.

Nous ne venons au monde que partiellement formés ; devenir soi-même est un engagement long et complexe et notre épanouissement dépend de la volonté que nous avons pour y arriver.

On ne peut pas prévoir à quoi ressemblera notre existence, encore moins la « permanence » au sein d’une Loge, mais on peut choisir d’y faire face, de trouver notre mode de vie, notre orientation et de la faire varier au mieux au gré des événements, de l’âge , existence, relations.

Un changement individuel ou collectif peut être vécu de deux manières : le subir passivement ou le chevaucher avec enthousiasme.

Nous, francs-maçons, ne sommes jamais complets, mais en constante évolution à travers les étapes du parcours initiatique. Un Frère ou une Sœur est appelé à recommencer sans cesse dans la vie profane et, parfois, aussi dans la vie maçonnique. Pour cette raison, parmi les vertus qui nous sont si chères, il y a celle de savoir recommencer.

Revenir encore et encore dans le monde est difficile et souvent douloureux et implique de vouloir prendre des risques. Recommencer comme le Phénix qui renaît de ses cendres, car ça vaut toujours le coup !

L’ici et maintenant nous ramène au monde.

Renaître, c’est comme s’ouvrir à l’existence, pratiquer l’être à la fois dans la peur de l’inconnu et dans l’ivresse de l’occasion. Renaître comme cette nuit où nous avons prêté et signé notre serment.

Nous retrouver comme francs-maçons conscients d’avoir entrepris ce chemin, qui comporte et met en œuvre à la fois un chemin de transformation intérieure et la manifestation de cette conversion dans notre quotidien.

Naître ne suffit pas. C’est pour renaître que nous sommes nés. Tous les jours.
Paul Néruda

Les femmes peuvent-elles être franc-maçons ?

De notre confrère d’Afrique du Sud vimbuzz.com

La franc-maçonnerie est une organisation fraternelle qui existe depuis le 17ème siècle. Ses membres, appelés francs-maçons ou maçons, font partie d’un réseau mondial d’hommes qui partagent un intérêt commun pour la philosophie, l’éthique et l’amélioration de soi.

Pour devenir franc-maçon, un homme doit postuler pour rejoindre une loge locale et être parrainé par un membre actuel.

L’organisation a un ensemble de valeurs morales et éthiques que ses membres doivent respecter, y compris un engagement envers les œuvres caritatives, l’honnêteté et la loyauté envers leurs collègues maçons.

L’un des aspects les plus intrigants de la franc-maçonnerie est l’utilisation du symbolisme et des rituels. Les maçons participent à des cérémonies qui impliquent l’utilisation de symboles traditionnels, tels que l’équerre et le compas.

Ces symboles sont censés représenter des vérités morales et servir de rappel des valeurs de l’organisation.

Les femmes peuvent-elles être franc-maçons ?

Oui, cependant, dans le passé, les femmes n’étaient pas autorisées à rejoindre la franc-maçonnerie, car l’organisation était exclusivement réservée aux hommes. Cependant, ces dernières années, il y a eu un mouvement pour permettre aux femmes de devenir membres de l’organisation.

Il existe maintenant plusieurs groupes qui permettent aux femmes de devenir francs-maçons, notamment l’Ordre des femmes francs-maçons et l’Honorable Fraternité des anciens francs-maçons.

Dans l’ensemble, la franc-maçonnerie est une organisation unique qui attire les hommes qui s’intéressent à l’amélioration de soi et aux valeurs morales.

Alors que les femmes étaient historiquement exclues de l’organisation, il existe maintenant des options pour les femmes qui souhaitent faire partie de la tradition maçonnique.

Suite de cet article très (trop) sommaire avec theconversation.com – Françoise Marmouyet

Les franc-maçonnes, pionnières du féminisme en Espagne

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la Science 2018 dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr


L’histoire du féminisme en Espagne est étroitement liée à celle de la franc-maçonnerie. Cet ordre est apparu dans la péninsule ibérique en 1728 sous l’influence de francs-maçons initiés à l’étranger et il s’est rapidement développé malgré des périodes de persécution extrêmement sévères. Seul le règne de Charles III, despote éclairé, avait permis la création du Grand Orient d’Espagne en 1780. La puissance de l’Église bâillonna le mouvement et le roi absolutiste Ferdinand VII le rendit illégal.

Cependant, la Révolution de 1868 suivie du Sexenio Democrático (Sexennat Démocratique) entraînèrent des réformes libérales telles que la liberté de culte, d’enseignement et d’association, ce qui fit surgir un climat de liberté citoyenne permettant le développement et la consolidation de Loges maçonniques qui réunissaient aussi bien des républicains que des spiritistes ou encore des anarchistes.

Les Loges sont au départ masculines mais certains membres, par le principe d’égalité qui est intrinsèquement le code éthique du mouvement, étaient favorables à l’intégration de femmes pour réaliser ensemble le projet déclaré du Grand Orient d’Espagne : éradiquer l’analphabétisme en éduquant, dans des écoles uniques et laïques, loin de l’influence de l’Église, toutes les couches de la société et notamment les enfants, dont les droits fondamentaux se devaient d’être respectés.

Il n’existe pas de statut réglementé sur la présence des femmes dans les Loges. Néanmoins, la diffusion d’idéologies telles que le krausisme et le fouriérisme œuvre pour la reconnaissance de leur condition. Elles intègrent donc des Loges masculines et y assument les mêmes tâches que les hommes. Puis, lorsqu’il y a un nombre jugé suffisant de femmes dans une Loge masculine, elles rejoignent une Loge d’adoption constituée uniquement de femmes et parrainée par une Loge masculine.

Loge d’adoption en Espagne, gravure du XVIIIᵉ siècle. Author provided

Entre 1868 et 1900, 400 femmes rejoignent ainsi la franc-maçonnerie en Espagne et s’engagent dans la vie publique avec l’intention de rejeter les stéréotypes de genre faisant de la femme un « ange du foyer » associé irrémédiablement à la douceur, la discrétion et la soumission. Les franc-maçonnes veulent pour la femme, quelle que soit sa situation sociale, le respect de sa dignité et de son droit à être indépendante. L’instruction pour tous étant une priorité, deux « franc-maçonnes », Ana Maria Ronda Pérez et Matilde Muñoz, dirigent la LEYE (Liga de Educación y Enseñanza – Ligue pour l’Education et l’Enseignement) créée par plusieurs Loges.

Les franc-maçonnes espagnoles du XIXe siècle sont anticléricales, féministes laïques, libres penseuses et très actives : elles animent des meetings, publient des articles et des tribunes dans la presse libérale. Elles créent des associations, organisent des manifestations. À l’intérieur du mouvement, toutes n’ont pas la même sensibilité : si beaucoup sont favorables à une totale émancipation de la femme, une minorité d’entre elles, comme Mercedes Vargas de Cambó, une écrivaine catalane ayant rejoint une Loge en 1883, persiste à lier intrinsèquement la femme, principale influence de l’espace privé et donc éducatrice de sa famille, et la maternité.

D’autres vont plus loin dans la cause féministe. Ainsi Concepción Arenal publie-t-elle en 1869 son essai La mujer del porvenir qui présente la femme comme un individu autonome qui doit être intégré dans la société et le monde du travail. Elle affirme ensuite, dans l’ouvrage La mujer de su casa publié en 1883, que vouloir pour la femme la perfection au sein de son foyer n’est pas source de progrès social mais qu’au contraire, par cette attitude la femme est maintenue dans la subordination et l’ignorance car elle n’a pas d’indépendance financière et son éducation est défaillante. Concepción Arenal était soutenue par Emilia Pardo Bazán, autre écrivaine franc-maçonne qui rejetait l’assujettissement des femmes et réussit malgré de très fortes oppositions à obtenir une chaire de littérature néo-latine à l’Université centrale de Madrid.

Concepcion Arenal. Biografias y vidas

De son côté, lorsqu’elle intègre la franc-maçonnerie en 1886, Rosario de Acuña est déjà une écrivaine engagée qui affirme que les femmes sont les véritables moteurs des changements de la société. C’est l’une des rares franc-maçonnes aristocrates, mais son discours souvent radical sur l’émancipation des femmes et son comportement rejetant parfois les règles strictes des Loges d’Adoption font d’elle un électron libre parfois décrié. En 1891, elle monte El Padre Juan, une pièce de théâtre anticléricale qui fait scandale, et elle crée une exploitation avicole qui fournit toute l’Espagne en œufs d’une qualité exceptionnelle… Pour elle, la régénération sociale n’est possible qu’à partir d’une vie en contact avec la Nature, loin de la consommation à outrance, des diktats de la mode et du rythme effréné de la ville.

Dans ses discours et ses articles, elle appelle les femmes à avoir conscience de leur valeur et de leur capacité à améliorer l’espèce humaine. Malgré un harcèlement continu l’obligeant à s’exiler au Portugal, elle continue son combat sans relâche.

D’autres franc-maçonnes connaissent les mêmes persécutions, telle Ángeles López de Ayala : issue d’une famille bourgeoise libérale dont certains membres sont eux-mêmes francs-maçons, elle intègre rapidement une Loge et s’engage en faveur de l’autonomie des femmes en publiant de nombreux articles dans la presse libérale. Elle anime même une colonne fixe dans Las Dominicales del Libre Pensamiento. Elle déclare ouvertement que la femme doit se libérer aussi bien de l’emprise de l’Église que de la domination masculine et elle rejette la monarchie. Ces idées sont si radicales que sa maison est incendiée et qu’elle fait elle-même l’objet de deux tentatives d’assassinat. Malgré plusieurs séjours en prison, elle continue de défendre publiquement la franc-maçonnerie.

Angeles Lopez de Ayala.

Nous pouvons citer également les sœurs Amalia et Ana Carvia qui intègrent une Loge en 1887 et créent à Huelva une Fondation (la Fundación de Huelva) œuvrant à libérer la femme de la moralité chrétienne.

Afin d’obtenir plus de visibilité et d’écoute, des pactes se nouent entre franc-maçonnes, tel celui unissant, en 1889, Ángeles López de Ayala à Amalia Domingo Soler (romancière et spiritiste) et Teresa Claramunt (ouvrière anarchiste) et menant à la création de la Sociedad Autónoma de Mujeres à Barcelone, avec l’objectif avoué de motiver les femmes de toutes conditions à participer aux débats politiques et culturels.

Car les revendications évoluent et finalement, les femmes ont été bien plus loin que ce que les hommes attendaient d’elles : l’engagement pour un monde meilleur et plus égalitaire mais dans le respect des schémas traditionnels, est devenu une lutte pour la libération de toutes les femmes et à tous les niveaux de la société. À l’instar de Belén Sarragá (intégration en 1896), l’une des premières femmes médecins en Espagne, favorable à la séparation de l’Église et de l’État, les franc-maçonnes féministes de la toute fin du XIXe siècle, refusant de plus en plus la bureaucratie et la hiérarchisation des membres, œuvrent à l’intégration des femmes ouvrières dans les Loges, une nécessité selon elles dans la lutte commune qui s’annonçait à l’aube du XXe siècle : obtenir l’égalité des droits politiques et le suffrage des femmes.