Pour son dessin N° 40 dans 450fm, JISSEY a trouvé que Georges Martin associé à Maria Deraismes étaient des pionniers avancés de la Franc-Maçonnerie Universelle. Mais les Gaulois résistent toujours en 2023 au camp romain de Babaorum

Pour son dessin N° 40 dans 450fm, JISSEY a trouvé que Georges Martin associé à Maria Deraismes étaient des pionniers avancés de la Franc-Maçonnerie Universelle. Mais les Gaulois résistent toujours en 2023 au camp romain de Babaorum

De notre confrère italien expartibus.it – Par Chrétien de Rosemunda
D’une certaine manière celui qui décide d’entreprendre le chemin initiatique est un peu Hercule.
De même que le fils héros d’Alcmène Zeus, mi-homme mi-dieu, incarne la non-perfection, qui lui permet de trouver le courage de pouvoir affronter ces épreuves à travers lesquelles il pourra faire ressortir la part divine qui est déjà en lui, de même celui qui a frappé à la porte du Temple a pris sa vie en main et a décidé d’affronter son cheminement intérieur consterné et éprouvé par l’effort accompli.
Les travaux d’Hercule illustrent ce que sera le progrès de l’âme de l’ignorance à la sagesse, du désir matériel à l’accomplissement spirituel, de sorte que le but ultime peut être de devenir franc-maçon.
Il se tenait devant son Maître. Il comprenait vaguement qu’une crise était sur lui et qu’elle entraînerait un changement dans sa Parole, son Attitude et son But.
Les travaux d’Hercule

Les actes d’Hercule expliquent comment ses travaux représentent les étapes franchies par le néophyte sur le chemin initiatique. Un balancement d’émotions joyeuses et infructueuses, qui, à la fois, le rendent euphorique et désespéré, lui permettant de se rapprocher des mystères de l’Univers.
À maintes reprises, il se débarrassera de la peur et des désirs matériels et s’élèvera de plus en plus pour atteindre un état de Félicité et de Conscience.
Le franc-maçon commence son parcours en disciple et, au commandement de son âme, affronte les épreuves du parcours initiatique. Le mythe d’Hercule représente cela, il représente chaque Vampire qui cherche à entrer dans cette voie pour démontrer le contrôle de sa nature humaine.

Un franc-maçon peut être défini comme tel lorsque, après un long et constant travail sur lui-même, il parvient à dominer son propre esprit afin qu’il soit toujours lucide, capable de donner des réponses judicieuses à ceux qui lui posent des questions.
Il est essentiel qu’il sache tenir à distance sa partie émotionnelle, qui doit toujours être en phase avec son corps humain, sans jamais oublier que l’Âme est en lui.
Et c’est l’Âme qui l’aidera sagement, le guidera et le soutiendra pour affronter et surmonter les nombreuses tâches qui lui seront confiées et pour lesquelles il devra attendre pour mieux équarrir sa Pierre et se rendre meilleur.
Mais pourquoi un Frère devrait-il s’inspirer d’Hercule ?
Par une ferme volonté et par ses vertus, non pas chrétiennes, mais héroïques.
Ses exploits, ses adversités peuvent incarner à la fois une métaphore de la vie et, avec une valeur symbolique, les épreuves qu’il devra affronter tout au long de sa carrière maçonnique.
Comme Hercule décide enfin de pouvoir se passer de tout don reçu au cours des douze travaux, ne gardant que la peau de lion et la massue de bois, objets qu’il s’est procurés et fabriqués lui-même, à un certain point de son parcours le sage Maître s’apercevra que ce dont il a besoin est devenu une partie de lui-même et il poursuivra son chemin toujours plus allégé, car son bagage sera constitué des connaissances acquises qu’il exprimera par quelques sages paroles.
En lisant et en étudiant les douze travaux d’Hercule, le néophyte saura quel type de travail spécifique il devra viser pour que ses émotions et ses particularités se manifestent. Chaque capacité personnelle acquise lui servira à surmonter le « prochain effort » pour rectifier le « soi » profond.
Pour ce but, parfois, une vie ne suffit pas, encore moins une vie maçonnique, c’est pourquoi nous restons des « éternels apprentis ». Vous n’aurez jamais fini d’apprendre et, aussi lisse et carrée que notre pierre nous apparaît, elle aura toujours des imperfections !
De notre confrère france3-regions.francetvinfo.fr – par Morgane Hecky
Saviez-vous que Besançon était jadis une terre d’accueil pour les francs-maçons ? Elle devient la ville de garnison de l’écrivain Pierre Choderlos de Laclos, qui gravite dans la loge L’Union. La série Besançon la Romanesque explore ces sphères de la Franc-Maçonnerie.
Début des années 2000 : dans le presbytère abandonné du petit village de Remoray-Boujeon, fiché entre les départements du Doubs et du Jura, le responsable du musée du papier peint de Mulhouse n’en croit pas ses yeux. Il découvre alors un exceptionnel panorama imprimé deux cents ans plus tôt et qui sommeille sur les murs d’une chambre oubliée dans l’indifférence la plus complète.
Mais outre sa remarquable qualité et son très bon état, c’est le motif qui retient l’attention de l’expert : il a sous les yeux l’un des plus anciens exemplaires européens de tenture à motifs maçonniques. Incontestablement, un indice du profond enracinement de la Franc-Maçonnerie au cœur d’une province où la discrétion est une vertu cardinale.
La Franc-Maçonnerie, société discrète et initiatique, si elle excite de nos jours les fantasmes complotistes de quelques-uns, apparaît au plus grand nombre comme un club un peu étrange, voire désuet.
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Pourtant, il fut un temps où des esprits audacieux y forgèrent la modernité : parmi ces figures de progrès, l’auteur des Liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos se distingue par son combat féministe avant la lettre. Comtois et Bisontin pour quelques années d’une carrière militaire en demi-teinte, la Franc-Maçonnerie, aux côtés de la littérature et de la guerre, sera l’un des grands engagements de sa vie.
Une histoire au cœur de Besançon la Romanesque : une dangereuse liaison, qui revient en effet sur les liens intimes que l’écrivain officier aura noué avec sa ville de garnison et le monde qui y gravite à la veille de la Révolution. La Franc-Maçonnerie y apparaît comme une vocation finalement naturelle tant Besançon et la Franche-Comté semblent, à cette époque, assumer le statut de terre d’accueil pour les maçons de toute sensibilité.
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Une histoire riche en rebondissements, aux figures hautes en couleur, une partie méconnue de la mémoire collective régionale : sait-on que les fameux trois points, qui symbolisent la franc-maçonnerie dans le monde entier, y auraient été inventés ? 2024 marquera d’ailleurs les 260 ans de la plus ancienne loge de la région : nul doute que l’événement sera l’occasion, pour la Franc-Maçonnerie locale, de communiquer davantage, et de dissiper, par la même occasion, les rumeurs et les malentendus.
Texte d’Alexandre Perret-Gentil (Dans la Boucle productions)
La mer d’airain est cette immense cuve pour les bains rituels, fondue par le maître bronzier Hiram, dont le nom varie selon les rites maçonniques. Elle est placée devant le Temple.
Une interprétation spirituelle dans un texte de 7 pages, écrit par un Daniel Beresniak halluciné, qui illumine le rituel du Conseil de Maîtres Installés du Rite Opératif de Salomon. Sont évoqués tour à tour les trois grands fondements du chemin initiatique : après l’inévitable et fondatrice Fraternité, les voies de la Souffrance ; enfin celle du Nulle part
Commençons par le texte splendide et éclatant de sous-entendus révélateurs et lumineux.
L’œuvre qui devait terminer le Temple était la « mer d’airain », une cuve colossale destinée aux sacrifices. À force de travaux et de veilles, Hiram avait achevé ses modèles et creusé avec art dans la terre l’empreinte de la « mer d’airain ». Elle devait être coulée sur place, solidement tenue par des contreforts de maçonnerie auxquels, plus tard, on devait substituer des sphinx gigantesques destinés à servir de supports. La fonte liquide envahissant plusieurs rigoles, le vide compris entre les plans devait emprisonner des barres d’or massif, rebelles à la fusion particulière au bronze et faire corps avec elles.

Sept fois le soleil avait fait le tour de la terre depuis que le minerai avait commencé de bouillir dans la fournaise couverte d’une haute et massive tour de briques, qui se terminait à soixante coudées du sol par un cône ouvert d’où s’échappaient des tourbillons de fumée rouge et de flammes bleues pailletées d’étincelles.
Une excavacation, pratiquée entre les moules et la base du haut fourneau, devait servir de lit au fleuve de feu lorsque viendrait le moment d’ouvrir avec des barres de fer les entrailles du volcan.
Pour procéder au grand œuvre du coulage des métaux, on choisit la nuit : c’est le moment où l’on peut suivre l’opération, où le bronze, lumineux et blanc, éclaire sa propre marche. Et, si le métal éclatant prépare quelque piège, il s’enfuit par une fissure ou perce une mine quelque part, il est démasqué par les ténèbres.
Ainsi l’achèvement du Temple érigé à la gloire de l’éternel était l’épreuve solennelle qui devait immortaliser ou bien discréditer le nom d’Hiram. Jamais fondeur n’avait engagé si redoutable partie.
Depuis treize années, Hiram avait dirigé cent mille ouvriers. Pendant ce temps, il avait réuni le bois, la pierre et les métaux pour ériger la demeure de l’Arche d’Alliance et cette demeure était digne de tous les éloges.
Or, la construction de la « mer d’airain » devait être l’apothéose de ses efforts. S’il échouait dans cette dernière épreuve, tout serait pour lui comme si rien n’avait été. Et cet échec annulerait d’un coup la totalité de ses efforts et de ses mérites.
Or, la fonte de la « la mer d’airain » était une œuvre gigantesque, un défi du génie à la nature et à l’opinion des experts qui, tous, avaient déclaré le succès impossible. Aussi, des gens de tout âge et tout pays, attirés par le spectacle de cette lutte, envahirent-ils de bonne heure la colline de Sion.
Déjà l’étoile du soir s’abaissait sur la mer ; la nuit, profonde, épaissie des nuages roussis par les effets fourneau, annonçait que le moment était proche. Suivi des chefs ouvriers, Hiram, à la clarté des torches, jetait un dernier regard sur les préparatifs et, courant ça et là, s’assurait de mille détails. Sous le vaste appentis adossé à la fournaise, on entrevoyait les forgerons, coiffés de casques de cuir à larges ailes rabattues et vêtus de longues robes blanches à manches courtes, occupés à arracher de la gueule béante du four, à l’aide de longs crochets de fer, des masses d’écume à demi vitrifiées, scories qu’ils entraînaient au loin. D’autres, juchés sur des échafaudages portés par des massives charpentes, lançaient, du sommet de l’édifice, des paniers de charbon dans foyer qui rugissait au souffle impétueux des appareils de ventilation.
De tous côtés, des ruées de Compagnons armés de pioches, de pinces, erraient, projetant derrière eux de longues traînées d’ombre.
Une fanfare annonça d’arrivée dans la cour : Salomon parut avec la reine de Saba et fut reçu par Hiram qui le conduisit au trône improvisé pour ses nobles hôtes. L’artiste avait endossé un plastron de buffle ; un tablier de laine blanche lui descendait jusqu’aux genoux ; ses jambes nerveuses étaient garanties par des guêtres en peau de tigre et son pied était nu car il foulait impunément le métal rougi.
« Vous m’apparaissez dans votre puissance, dit la reine de Saba au roi des ouvriers. Vous êtes comme la divinité du feu. Si votre entreprise réussit, nul ne pourra dire : plus grand que Maître Hiram ».
Ces paroles assombrirent le visage du roi Salomon et, avant que Hiram ne pût répondre à ces propos flatteurs, il lui dit : « Maître Hiram, ne perdez pas un temps précieux et retournez à vos labeurs ».
Salomon, roi des Hébreux, voulait, en construisant le Temple, associer sa propre gloire à celle de l’Éternel et, pour cette raison, la réputation de Hiram le gênait. « S’il accomplit sa tâche, pensait-il, il honore le Temple de l’Éternel d’un monument incomparable, mais il ajoute de l’éclat à sa renommée et celle-ci peut éclipser la mienne… ».
En outre, il désirait passionnément la reine de » Saba et avait remarqué que celle-ci était subjuguée par l’étonnante et rayonnante personnalité d’Hiram. Aussi, la jalousie s’était installée dans son cœur et y faisant des ravages, en affaiblissant son caractère, en détruisant la noblesse de ses sentiments et en diminuant son intelligence.
Depuis plusieurs lunes, Salomon n’était plus un grand roi… Il était devenu un petit homme nerveux et inquiet, incapable d’élever sa pensée au-delà de ce qui regardait sa personne. Et, comme il était revêtu de l’autorité royale, il commit une vilaine action : pendant les préparatifs de la coulée, il ordonna à trois Compagnons d’exécuter faussement les ordres du Maître, afin que le travail ne pût se dérouler convenablement et que, la « mer d’airain » ne pouvant être menée à terme, tout se terminât par la confusion et la honte d’Hiram.
Et voici ce qui arriva. Sur un signe de Hiram, les manœuvres s’écartèrent et le Maître, tandis que les marteaux faisaient retentir l’airain, souleva une massue de fer, l’enfonça dans l’embouchure du fourneau bâillonnée de terre cuite, la tourna et l’arracha avec violence. A l’instant, un torrent de liquide, rapide et blanc, s’élança dans le chenal et s’avança comme un serpent d’or strié de cristal et d’argent jusqu’à un bassin creusé dans le sable, à l’issue duquel la fonte se dispersa et suivit son cours le long de plusieurs rigoles.
Tandis que la fonte ruisselante emplissait les cavités de la « mer d’airain » – dont le vaste contour, déjà, se traçait comme un diadème d’or sur la terre assombrie – des nuées d’ouvriers portant de larges pots à feu des poches profondes emmanchées de longues tiges de fer, les plongeaient tout à coup dans le bassin de feu liquide et couraient verser le métal dans les moules destinés aux lions, aux bœufs, aux palmes, aux chérubins qui devaient supporter la « mer d’airain ». Ils faisaient boire à terre de grandes quantités de feu. Couchés sur le sol, les bas-reliefs traçaient les silhouettes claires et vermeilles des chevaux, des taureaux ailés, des cynocéphales, des chimères monstrueuses enfantés par le génie d’Hiram.
Tout à coup, Hiram s’aperçoit que le fleuve de fonte déborde. La source béante vomit des torrents ; le sable, trop chargé, s’écroule. Il regarde la « mer d’airain » : le moule regorge et une fissure se dégage au sommet, la lave ruisselle de tous côtés.
Il exhale un cri si terrible que l’aire en est rempli et que les échos se répètent dans les montagnes. La terre, trop chauffée, se vitrifie. Alors, Hiram saisit un tuyau flexible aboutissant à un réservoir d’eau et dirige cette colonne d’eau sur la base des contreforts ébranlés du moule de la vasque. Mais la fonte, ayant pris l’essor, dévale jusque-là : les deux liquides se combattent, une masse de métal enveloppe l’eau, l’emprisonne, l’étreint. L’eau se vaporise et fait éclater ses entraves. Une détonation retentit : la fonte rejaillit dans les airs en gerbes éclatantes à vingt coudées de hauteur ; on croit voir s’ouvrir le cratère d’un volcan furieux. Ce fracas est suivi de pleurs, de hurlements affreux ; car cette pluie d’étoiles sème en tous lieux la mort : chaque goutte de fonte est un dard ardent qui pénètre dans les corps et qui tue. La place est jonchée de mourants et, au silence, a succédé un immense cri d’épouvante. La terreur est à son comble : chacun fuit ; la crainte du feu précipite ceux que le feu pourchasse. Les campagnes illuminées, éblouissantes et empourprées, rappellent cette nuit où Gomorrhe et Sodome flamboyaient, allumées par les foudres de Jéhovah.
Hiram, éperdu, court ça et là pour rallier les ouvriers et fermer la gueule à abîme inépuisable. Mais il n’entend que des plaintes et des malédictions, il ne rencontre que des cadavres, le reste est dispersé. Salomon, seul, est demeuré, impassible, sur le trône. La reine de Saba est restée, calme, à ses côtés. Ils font encore briller le diadème et le sceptre dans les ténèbres.
Hiram, qui passait près d’eux, l’entendit ; il s’éloigna en rugissant de douleur. Plus loin, il rencontre un groupe d’ouvriers qui l’accablent de mépris, de calomnies et de malédictions.
Il s’avance, calme et résolu, vers le fleuve qui coule encore son onde embrasée de métal fondu et qui, ça et là, pétille au contact humide d’un cadavre. Il s’avance et voit les tourbillons de fumée violette et fauve qui voilent le théâtre abandonné de cette lugubre aventure. Là, il s’abîme dans sa méditation et tombe, foudroyé.
Dans les profondeurs de la terre, Hiram entendit une voix grave qui prononçait son nom… Trois fois cette voix retentit et Hiram sentit qu’il se réveillait d’un lourd sommeil.
Alors il vit s’approcher de lui une forme humaine colossale, coiffée d’une mitre vermeille et tenant dans sa main un marteau. Ce fantôme s’avança, grandit encore en s’approchant, abaissa sur Hiram de grands yeux brillants et doux et lui dit d’une voix qui semblait arrachée des entrailles du bronze :
Ils s’avançaient ensemble dans la région profonde de silence et de nuit. Aux régions humides et froides avait succédé une atmosphère tiède et raréfiée ; la vie intérieure de la terre se manifestait par des secousses, par bourdonnements singuliers. Des battements sourds, réguliers, périodiques annonçaient le voisinage du cœur du monde.
Soudain, il tressaillit. Tubalcaïn parlait :
Hiram exhale un long et doux soupir ; il lui semblait qu’un poids accablant – qui toujours, l’avait courbé dans sa vie – venait de s’évanouir pour la première fois.
Tubalcaïn lui sourit gentiment et lui dit :
Et Hiram entendit parler Caïn :
Avant d’enseigner le meurtre à la terre, j’ai connu l’ingratitude, l’injustice et les amertumes qui corrompent le cœur. J’ai arraché notre nourriture au sol avare ; j’ai inventé les charrues qui contraignent la terre à produire et, en me sacrifiant, j’ai fait renaître pour eux l’Eden qu’ils avaient perdu. Ô comble d’iniquité ! Adam ne m’aimait pas ! Il se souvenait d’avoir été banni du Paradis pour m’avoir mis au monde et son cœur était tout à son Abel… Lui, dédaigneux et choyé, me considérait comme le serviteur de tous ! Aussi, quand j’arrosais de mes sueurs la terre où il se sentait roi, lui-même oisif et insouciant, il faisait paître ses troupeaux en sommeillant sous les sycomores. Je me plains : mes parents invoquent l’équité de Dieu et nous lui offrons des sacrifices.
Mon sacrifice : des germes de blé que j’avais fait éclore – les prémices de l’été. Le mien est rejeté avec mépris. C’est ainsi que ce dieu jaloux repousse le génie inventif et fécond et donne la puissance avec le droit d’oppression aux esprits vulgaires.
Par jalousie, j’éteignis le flambeau d’Abel. Adam se vit renaître plus tard dans la postérité de Seth et, pour effacer mon crime, je me suis fait le bienfaiteur des enfants d’Adam. Je construisis la première ville, les premières maisons pour les abriter. C’est à moi-même et à mes enfants qu’ils doivent tous les arts, l’industrie et les sciences ».
Et Hiram entendit parler Adam :
Des profondeurs de l’abîme, Hiram entendit gémir Caïn et Adam. Tubalcaïn dit alors :`
Entre le moment où Hiram, déchiré par la douleur et totalement désespéré, entra volontairement dans le fleuve de feu qu’il ne maîtrisait plus et le moment où il en ressortit, indemne et flamboyant neuf, muni du maillet et d’une ceinture sur laquelle brillait le Tau, il ne s’était écoulé, pour les hommes, qu’un instant.
Les ouvriers se rangèrent autour de lui et la panique cessa. Il donna des ordres précis qui furent exécutés promptement et tout rentra dans l’ordre, comme par miracle. Là où les moules éclataient, il frappa de son maillet et ils se remettaient en place. Le fleuve de feu entra dans le lit qui lui avait été préparé. La volonté du Maître vainquit la fureur déchaînée des éléments.
Enfin, la « mer d’Airain » se fit et apparut telle qu’elle avait été conçue dans la pensée du Maître.
A l’aube, le soleil se leva et resplendit.
Salomon, en contemplant le Temple enfin terminé se repentit et dit à Hiram :
Roi Salomon, tu étais un homme qui voulait être roi ? Maintenant, moi, Hiram, je te fais roi véritable, car notre épreuve est commune et nous l’avons subie ensemble, chacun à notre manière.
Ce maillet, je l’ai reçu au centre du Monde ! Il me confère un pouvoir que j’exercerai en ta personne car, désormais, nous ne formerons qu’une seule et même entité.
J’ai dit.
Mes commentaires…
La prose de ce scénario, rutilante, lumineuse, éblouissante raconte la fonte de la mer d’airain qui se trouvait devant le Temple. Mais les paillettes étourdissantes recèlent trois niveaux de lecture : la jalousie de Salomon : nos faiblesses, la coulée elle-même : notre œuvre et le message spirituel, en trois voies.
C’est ce dernier qui m’a bouleversé. Pourquoi ? Notre pratique maçonnique est grosse de la première voie : elle éclate d’abord. Puis elle esquisse avec gêne la deuxième. Enfin, pour certains(es), la troisième est susurrée en pleine invisibilité rituelle.
Que chantent les trois voies : de la Mer d’airain ?
La voie de la FRATERNITÉ – Celle qui est la bannière, le porte-étendard de l’association, partout dans le monde. Celle qui est diffusée, tambours battants, par les hauts parleurs de l’Ordre. Des dizaines de livres érudits et souvent sans grand intérêt hors l’accumulation des savoirs, paraissent chaque mois. La Maçonnerie de salon !
La voie de la SOUFFRANCE – Nul(le) ne peut nier que les souffrances perturbent nos vies. Le meurtre d’Hiram n’évoque, en aucun cas, le mal que ressent le bâtisseur. C’est juste une resucée adroite du complexe d’Œdipe masculin. La souffrance, c’est descendre dans les tréfonds de soi et accepter les mélanges insupportables à la conscience, des pulsions de vie et des pulsions de mort qui régissent l’humanimal que nous sommes. La voie de la souffrance est surtout la confrontation avec notre mort. Elle peut mener au suicide. C’est elle que choisit Hiram quand il se précipite dans le foyer ardent. Elle sera en fait pour lui non pas un suicide mais la confrontation avec la souffrance extrême d’où il ressortira grandi.Cette voie est passage spirituel obligé selon de profonds philosophes, de Schopenhauer à Cioran. Même Voltaire a écrit :« Nous sommes des victimes condamnés toutes à la mort ; nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui bondissent en attendant qu’on les égorge. Leur grand avantage sur nous est qu’ils ne se doutent pas qu’ils seront égorgés, et que nous le savons ».
Avec le risque du passage à l’acte, le suicide donc, pour certains. Citons le quatrain prémonitoire et grandiose de Gérard de Nerval :
Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie
Gérard connut le « baiser de la reine » en se pendant à un arbre. Ressentit-il la voie suivante, celle du nulle-part ?
La voie de la Souffrance fait mauvais ménage avec la voie de la Fraternité celle de la joie, si on ne travaille que sur elle. En Maçonnerie, nous ne travaillons pas du tout la peur et l’attrait mêlés de la mort ; d’où la dispute envenimée entre Jacques Lapersonne et Daniel Beresniak, lui qui connut, par sa famille, les atrocités nazies. La mort désirée par Hiram, en se noyant dans le brasier de la Mer d’airain, sera, en fait, l’épreuve de la souffrance ultime, l’acceptation de la fin de la vie. Mais Hiram fait partie de ceux et celles qui osent regarder la mort en face et, de ce fait, atteignent la dernière voie, le nulle-part.
La voie du NULLE-PART, dans la sensation brumeuse – Indescriptible, d’être partout, dans l’énergie non point de l’univers mais du multivers. Rien dans les rituels sinon, de-ci de-là, des allusions. Sauf dans certains qui osent évoquer le « Un et le Tout », sorte de résumé de la dispersion quantique, parfois ressentie dans le mutisme complet. Peut-être celui que nous embrasserons après le passage de la Mort.
Fraternité, Souffrance et Nulle part interloquent et convoquent les profondeurs du vagabondage initiatique. Ce sont les messages subliminaux. Ils sont clairs, au moins dans la doxa , faute de l’être dans le creux de son humanitude : La joie et l’être ensemble, dans le vécu plus ou moins réel ( ) des Loges. Puis, dans la voie de la Souffrance, l’intériorité et la solitude. Le cabinet de réflexion et autres endroits d’attente, pour l’élu(e) de sa future cérémonie. Mais la souffrance n’y est pas convoquée rituellement. Dans la voie du Nulle-part, toute sensation de vie ici-bas, plantes et animaux, dont nous, les humanimaux (néologisme de Daniel B.) , est abolie. Le vertige seul pour humer de nos pauvres narines, le partout et l’énergie cosmique. Certain(es), en tenue, dans des moments d’ivresses sans saccades, partiraient ainsi. Dans cet ailleurs…
Dans le texte de la mer d’Airain, nous trouvons, éparses des expressions qui nous clignent de l’œil, vers, selon les cas, les trois voies ; donc au-delà de la doctrine maçonnique. J’en ai glané neuf. Elles montrent bien le cheminement spirituel de l’auteur ou ses espoirs qu’il sait transmettre avec tant d’étincelance ! Je laisse à chacun(e), selon sa sensibilité de rattacher ces extraits aux voies de Souffrance et de Nulle- part. La dernière, pour la Fraternité spirituelle :
Cet ouvrage, publié sous la responsabilité de la Commission Nationale de Réflexion sur le Développement Durable (CNRDD) du Grand Orient de France, interroge, avec ce Livre 3, sur les relations franc-maçonnerie et écologie.

Cet opuscule consacré au vivant, à l’homme, au maçon et à cette doctrine visant à un meilleur équilibre entre l’homme et son environnement naturel ainsi qu’à la protection de ce dernier que nous nommons écologie est au cœur des préoccupations des français.
Dans son préambule, le président de la CNRDD nous déclare que « La Commission Nationale de Réflexion sur le Développement Durable, créée sur décision du Convent 6007, a été installée le 21 mars 2008. Elle a pour mission de « sensibiliser tous les membres de l’obédience aux problèmes environnementaux et aux relations de l’homme avec la nature, de produire des avis et des éclairés et d’émettre des alertes sur les sujets préoccupants ».
Il s’agit là du texte de présentation de la CNRDD et de ses missions, sur le portail du GODF, onglet CNRDD.

Le président précise d’ailleurs que « le choix de ce travail collectif avec les loges est de donner force en réunissant ce qui est épars ». La plaquette recueille les contributions de 14 coauteurs et de 60 loges.
Une publication que nous estimons fraternelle et solidaire et visant à nous donner une relation respectueuse et harmonieuse entre l’Homme et la Nature.
La CNRDD a pour devise « S’engager pour le futur du vivant ».

Le sommaire
Préambule
Introduction
Partie 1 – Humanisme et écologie
Introduction/Qu’est-ce que l’Humanisme/L’Humanisme, une idéologie ?/Un outil essentiel : l’Écologie/L’Humanisme, ADN de la Franc-Maçonnerie/Le chemin vers un progrès véritable : le Développement Durable/La Voie de la raison et du cœur, vers la concorde universelle

Partie 2 – Universalisme et écologie
Universalisme et Écologie des termes « abîmés »/Universalisme et Écologie au regard de la Franc-maçonnerie/L’Écologie et l’Universalisme, la voie de la coopération dans le vivant/L’Écologie une science sociale des biens communs, symbole de l’Universalisme/Universalisme et Écologie : écrire un nouveau récit/En conclusion

Partie 3 – Émancipation et écologie
Émancipation de la pensée, les Lumières/L’émancipation de la pensée et l’ère des Lumières/L’Émancipation : l’impensée de l’écologie ?/La faiblesse intrinsèque d’un certain discours écologique traditionnel/Le Mythe d’Icare au secours de l’écologie/S’émanciper ? Une nouvelle vision du Progrès et la République Universelle/S’émanciper de l’Homme ? De la Nature ?/Gloire au travail/Fraternité contre contrainte/Une quête d’harmonie
Partie 4 – Solidarité et écologie
La solidarité un outil efficace pour affronter les crises écologiques/Une solidarité incarnée : les
« communs »/Quelles solutions / ou remèdes pouvons-nous envisager à la lumière de nos principes et de nos
symboles ?/Quel cadre institutionnel ?/En conclusion

Partie 5 – Utopie et écologie
Un conte Utopique : la 33e Constitution/Vers un nouveau récit mythique/Utopie et dystopie
Une nouvelle utopie/Utopie et réalité : quel est le chemin ?/Conclusion : une utopie pour réussir dès demain

Franc-maçonnerie et écologie-Livre 3-Convent 2023
Collectif-CNRDD/Conform édition, 2023, 80 pages, 10 €/14 € port compris
À commander sur le site de Conform édition.
En novembre 2021, nous nous étions déjà fait l’écho des publications de la CNRDD avec
République et Écologie – Éléments de réflexion

Par ailleurs, il faut noter la présence très active du président de la Commission Nationale de Réflexion sur le Développement Durable, Georges de N., au colloque Liberté, Egalité, Fraternité… une illusion ?! du 17 juin dernier, à la mairie du 9e arrondissement de Paris et plus particulièrement à la table ronde « Migrations, Crise Climatique, l’Occident face au défi de l’humanisme » avec, à ses côtés, Nelly Robin, directrice de recherche à l’IRD, chercheuse associée (CNRS – Université de Poitiers) et Julien Bayou, député de Paris.
Un table ronde de plus instructives car les effets du changement climatique sont en Europe et dans le monde entier ; parce que ce soit en France ou dans l’hémisphère sud, des citoyens ne peuvent plus rester chez eux : extrêmes chaleurs et submersion des côtes à Ajaccio ou La Rochelle et disparition des îles en Asie, famines dans le Sahel, etc. Parce que si jusqu’à présent 20 millions migrent pour trouver de quoi vivre, ils seront 10 fois plus en 2050 à cause des conditions climatiques !

Rappelons aussi que la Franc-maçonnerie est un espace de réflexion, d’échanges d’idées, rassemblant des femmes et des hommes de tout horizon, de toute confession, de tout niveau social et où l’utopie humaniste guide nos vies et notre engagement dans la cité. Des valeurs qui ne doivent pas disparaître et qui nous poussent à intervenir. Les sœurs et frères seront toujours là afin de donner une réponse humaniste à la crise climatique et migratoire à venir…
Si on doit à Sigmund Freud la découverte de l’importance de l’acte manqué dans l’interprétation psychanalytique, il y a une autre manière de comprendre la place de l’acte manqué dans ce que l’on appelle vulgairement « la recherche initiatique » !
Simplement, il s’agit d’une action qu’un individu entreprend mais qui ne va pas jusque sa finalité !

Tout un chacun réalise ainsi au cours de sa vie une multitude d’actes manqués ; un vase que l’on échappe et qui tombe à terre en se fracassant, un lapsus malencontreux qui fait rire « jaune », des larmes qui viennent aux yeux en regardant un film, des objets que l’on perd, un rendez-vous manqué, etc.
Bien souvent on pourrait les regrouper car ils appartiennent à la même « famille » ou plutôt à la même « causalité » qui remonte à l’enfance.
La plupart du temps on ne comprend pas trop ce qui se passe ! Il suffit parfois, d’une lecture ou d’un entretien avec un aidant, pour nous ouvrir les yeux et on comprend mieux !
Comprendre ses propres actes manqués permet d’abord de se connaître et en particulier de connaître ses propres contradictions !
Comme tout regard que l’on porte sur soi, dans notre propre intimité, l’examen et la compréhension des actes manqués est une souffrance qui renvoie à un vécu sensible dans notre propre enfance.
Si dans la vie profane, dans la grande majorité des cas, les actes manqués rejoignent le monde de l’inconscience, du non-dit et de l’enfouissement dans les couches profondes d’un « oubli » bien agréable, dans la « recherche initiatique », c’est un outil extraordinaire qui nous permet d’être « clair » avec nous-mêmes !
Cela s’intègre, bien sûr, dans cette recherche de la Vérité qui ne supporte pas la médiocrité de la superficialité du « paraître » !
Si l’approche la plus intéressante concerne l’élucidation de nos propres actes manqués, remarquons que dans les rituels maçonniques, certains gestes peuvent être analysés comme l’utilisation d’actes manqués pour raconter une histoire.
Citons quelques exemples :


On pourrait ainsi interpréter l’association acte manqué – recherche initiatique comme un avertissement : « Tu es là ! Je t’accueille MAIS fais attention et ne joue pas au malin car sinon tu sais ce qui t’attend ! »
« Bizarrement » on retrouve cette approche dans les relations avec certains « hauts gradés » qui bien souvent ne se prennent pas pour rien et ont un malin plaisir de faire croire qu’ils en savent plus !
Pour bien se connaître, explorer ses propres actes manqués est une bonne entrée ! Cela nécessite d’être aidé par un ou une psychothérapeute !
Dans une approche « au 2ème degré », certains gestes rituels peuvent aussi s’interpréter comme des actes manqués !
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Les neurosciences actuelles montrent beaucoup de déterminisme dans nos comportements. Mais le libre arbitre n’est pas exclu .
Notre monde occidental a érigé en valeur forte la liberté individuelle. Au début, c’était certes un privilège réservé à quelques puissants, souvent justifié par une (bien pratique) volonté divine, mais petit à petit l’idée fit son chemin. Les Lumières l’ont particulièrement mise en avant. Pas étonnant donc qu’on la retrouve comme socle de nos textes rituéliques. Certains vont jusqu’à proclamer la liberté absolue de conscience, d’autres n’en pensent pas moins.
La liberté d’expression fait souvent partie du package, souvent considérée comme symbole de la démocratie, laquelle vise à faire cohabiter harmonieusement des citoyens libres mais aux opinions diverses. La liberté des uns s’arrêtant aux portes de la liberté des autres, ceux qui se pensent défenseurs de la liberté accepteront de mettre la liberté d’expression sous surveillance, afin d’y réfréner les discours haineux, d’autres voient la liberté comme intouchable.
Les Grecs se voulaient être les garants de leurs actions, responsables de leur propre vie et libres d’agir comme ils le choisissaient. L’une des définitions du bonheur pour les Grecs était qu’il consistait à pouvoir exercer ses capacités pour s’améliorer dans une vie libre de contraintes. Les Chinois de l’Antiquité différaient en ceci qu’ils mettaient l’accent sur les obligations sociales ou l’action collective. L’équivalent chinois d’être acteur de sa vie était l’harmonie. Avec l’harmonie comme but, toute confrontation ou débat était dissuadé.
Depuis l’Antiquité, écrivains, théologiens, philosophes, se sont succédé pour analyser ces phénomènes de liberté de choix, avec à chaque fois une explication qui se voulait cohérente, y compris avec les observations…ou pas, quand par exemple un dogme était en jeu. Plus récemment, les psychologues sont arrivés, avec un jeu d’explications basées sur nos désirs et pensées intimes, souvent personnalisées car il n’y a pas deux individus pareils, dès qu’on reconnaît l’influence de l’inné et de l’acquis.
Les lois darwiniennes viennent éclairer de nombreux de nos traits : ceux qui nous ont procuré à une époque donnée un avantage adaptatif et reproductif . Les sociologues ont aussi débarqué, avec leurs puissantes corrélations statistiques. Une forte proportion des sociologues, dans le sillage de Pierre Bourdieu, ont considéré que les effets sociologiques à forte corrélation sont déterministes. L’exemple fréquent est ici l’ascenseur social, qui semble en panne malgré le soutien par les institutions, et déclenchant toute une kyrielle d’explications possibles, dont certaines empreintes de noirceur idéologique…
L’idée initiale selon laquelle l’ADN est le « plan de la machine » a rapidement fait long feu. Idem pour la grande lenteur supposée des évolutions génétiques dans une espèce donnée. D’une part, il y a l’épigénétique qui trouve des caractéristiques transmissibles mais réversibles , et d’autre part on a pu démontrer qu’une règle sociale acquise peut impacter immédiatement les avantages reproductifs du groupe porteur. Dans nos sociétés, si les femmes décidaient en consensus de ne jamais choisir d’homme violent comme partenaire pour la reproduction ( et y réussissaient ) , la violence conjugale disparaîtrait en peu de générations.
La dernière-née des sciences de l’humain se nomme neurosciences. Un de ses outils d’investigation est l’observation fonctionnelle du cerveau sous IRM. Première découverte : la « plasticité » du cerveau, capacité à s’adapter à de nombreuses lésions ou circonstances environnementales diverses, existe mais n’est pas toute simple, notamment parce que la précision ( des sens, par exemple ) n’est obtenue que par une spécialisation forte du système nerveux ( fibres, synapses, etc. ) …tout n’est donc pas possible.
En matière de libre arbitre et conscience, gros choc lorsqu’on découvrit que le moment de la décision consciente arrive presque toujours plusieurs secondes après que les préparatifs d’action ne soient initiés et en cours d’exécution.
Comment ne pas en déduire que nous sommes pilotés en automatique par le cerveau, et que
…qui nous raconte, après coup, la belle mais fausse histoire de notre décision ?
Du calme, du calme ! D’abord, nous devons faire le deuil du cerveau tour de contrôle, où arrivent toutes les informations et où un être super-intelligent ( vous ) analyse toutes les données et décide du haut de ses connaissances supérieures. Le cerveau est une juxtaposition de modules spécialisés qui agissent automatiquement ; grâce aux interconnexions, ça se passe bien, ouf, et tant pis si nous n’y avons pas de mérite. Et pourquoi ça ne se passe pas comme nous l’avions rêvé, s’il vous plaît ? Eh bien parce que la transmission d’infos est consommatrice d’énergie mais surtout de temps, il faut donc traiter l’info dès qu’elle est suffisamment élaborée et renvoyer la décision dès qu’elle est prise dans un module spécialisé.
Un module célèbre est celui dit de « l’interprète ». Situé dans l’hémisphère gauche, celui du langage, il est chargé de trouver des explications aux phénomènes rencontrés. Vous vous souvenez, pendant la pandémie, tous ces pseudo-experts qui à la télé vous expliquaient tout, un jour, et son contraire le lendemain ? Et nous d’y aller d’autres hypothèses ? Ben voilà, c’est l’interprète aux commandes. On le voit aussi à l’œuvre quand un politicien est interviewé : « tout plutôt qu’admettre qu’on ne sait pas ». Et nous les maçons courons après la « Vérité »…good luck, brother ! Combien d’entre nous restent calés au « connais-toi toi-même » ?
Bref, pas mal de neuroscientifiques sont encore sur la ligne du déterminisme. Mais alors, à quoi sert la conscience, cette jolie mise en scène cohérente du grand tout ? Serait ce le produit de l’interprète débridé, décidément plus fort que Netflix ?
Une explication, mise en avant par Michael Gazzaniga, est celle d’un niveau supérieur de complexité. La complexité, c’est dire que si on a tout compris aux particules élémentaires et aux atomes, il reste des choses à découvrir au niveau d’interactions entre atomes, à savoir la chimie, qui subira certaines contraintes venues du monde subatomique, mais ajoutera tout ce que les molécules apportent, jusqu’aux plus complexes…Ces dernières nous apportent la vie, la reproduction, l’évolution, puis les animaux inventeront la société, avec ses règles, etc.
Il existe un niveau de complexité qui lie entre eux les cerveaux des membres d’une société. Il existe un contrat social entre les membres, qui fait que dans l’immense majorité des cas les règles sont suivies, même par ceux qui ont des lésions au cerveau, et qu’une justice existe. C’est à ce niveau que joue la conscience et qu’un libre arbitre peut être exercé . La responsabilité individuelle, séparément de tous nos frères et sœurs en humanité, c’est un peu dur à trouver, et cela simplement parce que la responsabilité est une notion distribuée, un peu comme les modules de nos cerveaux. C’est comme ça que nous fonctionnons vraiment. Oublions le centre de contrôle ; pour nous en convaincre, gardons à l’esprit que si ce centre existait, on pourrait critiquer la conception car ce centre serait un point unique de défaillance. C’est important que le centre ne se situe pas dans les modules mais dans les règles auxquelles les modules doivent se conformer.
De notre confrère anglais myjoyonline.com
La Grande Loge du District de Cape Coast a organisé un dépistage médical gratuit pour les habitants de Cape Coast et ses environs. L’exercice qui faisait partie de la célébration du troisième centenaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre était d’aider les membres à connaître leur état de santé.
Cela faisait également partie d’un programme caritatif annuel, où les membres de la loge identifient une communauté ou une institution dans le besoin dans leur zone de chalandise et vont à leur aide.
L’événement a coïncidé avec l’Oguaa Fetu Afehye.

Les bénéficiaires de l’exercice ont été dépistés pour l’hypertension, le cholestérol, le diabète, le VIH/SIDA, les problèmes oculaires, les accidents vasculaires cérébraux, le paludisme, entre autres, et ont reçu des médicaments gratuits ainsi qu’une éducation sur l’importance de vivre en bonne santé.
Plus de quatre cents personnes ont bénéficié de l’exercice.
L’exercice de dépistage médical a été mené par une équipe médicale composée de médecins et d’infirmières issus des établissements de santé de la métropole de Cape Coast.
Le frère Perry Mensah, un grand directeur du district principal, a déclaré que la loge avait organisé une conférence de sensibilisation au cancer et une marche de santé pour éduquer les membres sur la façon d’éviter les maladies.
Il a déclaré que la franc-maçonnerie est une société qui a prospéré sur trois piliers fondamentaux : le service à l’humanité, l’humilité envers la société et l’équité envers tous.
Il s’intéresse aux moins privilégiés de la société.
Il a déclaré que le lodge est convaincu que lorsque les gens sont en bonne santé, ils peuvent s’engager dans des activités économiques pour contribuer de manière significative au développement socio-économique du pays.
Frère Mensah a déclaré que la loge considérait la santé d’un individu comme primordiale, d’où la livraison d’un scanner de cancer mobile ultra moderne à l’hôpital universitaire Korle Bu à Accra.
Le frère Ekow Freeman, ancien grand directeur adjoint du district, a déclaré que la loge se lance chaque année dans des programmes de santé et d’éducation ainsi que dans des programmes de charité sociale dans le cadre de ses piliers fondamentaux de service à l’humanité.
Certains des bénéficiaires de l’exercice qui se sont entretenus avec l’agence de presse du Ghana ont félicité les francs-maçons pour ce geste et les ont exhortés à étendre cet effort à d’autres communautés défavorisées.
De notre confrère italien nuovogiornalenazionale.com par Aldo A. Mola
Les « grands événements » de 1923 n’ont pas suscité l’enthousiasme de ceux de 1921, lorsque, par exemple, le centenaire de la fondation du Parti communiste d’Italie a été célébré à grand renfort de livres et d’émissions de radio et de télévision. Il n’a pas ressuscité. La succession de Staline à Lénine, la reconstitution de l’Internationale socialiste au congrès de Hambourg et les nombreux votes du Parlement italien en faveur du gouvernement Mussolini installé le 31 octobre 1922 sont passés inaperçus.2024 sera, entre autres, le centenaire du décès de Giacomo Matteotti. Elle offrira matière à une réflexion générale sur sa vie. Parmi ses moments les moins mémorables, il y a sa participation au XIVe Congrès du Parti socialiste italien à la fin du mois d’avril 1914. Cela mérite réflexion car, à cette époque, le maximalisme l’emportait sur le réformisme.
En avril 1914, l’Europe était au bord de la conflagration générale. Comme amplement documenté à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, les chefs d’État, les chancelleries, les dirigeants militaires, politiques et économiques de divers grades ont fait preuve de tranquillité. Ils étaient les « Somnambules » décrits par Christopher Clark. Pas seulement. Les « pacifistes » célébraient des congrès bondés, agrémentés de banquets, sûrs de la solution pacte des tensions héritées des conflits anciens. La crise la plus aiguë concernait l’Alsace-Lorraine, qui changea plusieurs fois de mains entre la France et « l’Allemagne ». C’était un rien alors que les frontières entre l’Inde et la Chine étaient définies et que les États-Unis d’Amérique, en bombardant le Mexique, réaffirmaient la « Doctrine Monroe » : « L’Amérique aux Américains », c’est-à-dire sous le contrôle de Washington.
L’Italie aussi avait une épine saignante : la revendication des « terres non rachetées », Trente, Trieste et une « Adriatique » indéterminée, pour faire coïncider les frontières politiques avec les frontières géographiques. Les nationalistes, aux programmes asymétriques, le réclamaient. D’une part, ils visaient à rompre avec Vienne et à endiguer la germanisation du lac de Garde. De l’autre, ils admiraient le modèle étatique allemand, fondé sur l’idée d’un empire militaire.
Dans la première moitié de 1914, il y a des signes d’inquiétude : l’avancée de la droite revancharde en France aux élections d’avril, le déclenchement d’une grève générale en Grande-Bretagne par la « triple union » et la montée du maximalisme dans les rangs des socialistes fêtes, surtout en Italie. Leur domination accéléra la « finis Europae » jusqu’au moment où se contenta de la paix inquiète racontée par Florian Illies en « 1913. L’année avant la tempête » (éd. Marsilio).
Le crépuscule de l’ère libérale
Le 26 avril 1914, le XIVe congrès du Parti socialiste italien s’ouvre à Ancône. Il faut se rappeler que les députés socialistes n’étaient liés ni au parti ni à la Confédération générale italienne des travailleurs. Les « gauches » n’étaient en aucun cas unies ou univoques. Comme pour l’afficher, certains parlementaires éminents, comme Filippo Turati, ne se sont pas présentés. Deux ans plus tôt, au congrès de Reggio Emilia, à l’instigation du trentenaire Benito Mussolini, les maximalistes avaient expulsé Leonida Bissolati, Ivanoe Bonomi et Angiolo Cabrini, immédiatement fondateurs du parti socialiste réformiste. Réalisateur de « Avanti! » (50 000 exemplaires, égal au nombre de membres du parti, en croissance continue), Mussolini avait fondé en novembre 1913 le bimensuel « L’Utopia » pour prêcher ses « visions » sans contraintes : exaltation des minorités volontaristes par opposition aux « masses amorphes » et appels à la révolution. Il déclamait, il n’avait aucun sens des institutions ni celui de la solitude qui fait la différence entre les contestataires (yeux grands ouverts, cris menaçants…) et les hommes d’Etat. Il a rassemblé un large public parmi les jeunes militants, convergeant avec l’extrême droite nationaliste et avec des « démocrates », comme Gaetano Salvemini, dans la guerre bruyante contre les réformateurs libéraux menés par Giovanni Giolitti.
Un mois avant le Congrès socialiste d’Ancône, Giolitti a démissionné de son poste de Premier ministre. C’était la quatrième fois. Le « grand ministère » prend fin, marqué entre autres par la guerre contre l’empire turc pour la souveraineté de l’Italie sur la « Libye » (octobre 1911) et par les premières élections au suffrage masculin quasi universel (octobre 1913). Les avertissements remontaient au débat qui, le 11 décembre 1913, avait ouvert la nouvelle législature. Le syndicaliste Arturo Labriola (« va-t’en, honorable Giolitti… »), le nationaliste Luigi Federzoni et le jeune Orazio Raimondo, socialiste, franc-maçon, maire de Sanremo, assez impétueux pour mériter les compliments ironiques de l’homme d’État, soucieux de son oncle, Giuseppe Biancheri.
Le 21 mars 1914, le ministère présidé par Antonio Salandra, leader de la droite conservatrice sudiste, entre en fonction, soutenu par les partisans de Sidney Sonnino, deux fois Premier ministre pendant la soi-disant « ère Giolitti ». Comme une dizaine de gouvernements s’étaient succédé depuis le début du siècle, personne ne pariait sur la durée du nouveau gouvernement, d’autant plus que le sicilien Antonino Paternò Castello, marquis de San Giuliano, est resté aux Affaires étrangères, précisément sous la pression de Giolitti. Selon la tradition, Salandra se réservait l’intérieur, mais la politique intérieure était une variante de la politique étrangère et, par conséquent, de la politique militaire. Le nouveau gouvernement à Rome était très loin d’imaginer le bouleversement qui allait bientôt submerger l’Europe.
Socialistes et franc-maçonnerie ? Mussolini : nettoyer
C’est dans cette atmosphère de suspension qu’ont eu lieu les travaux du XIVe congrès du PSI. Selon Luigi Cortesi (« Le socialisme italien entre réforme et révolution. Débats du Congrès, 1892-1921 », Laterza, 1969) c’était « aussi calme que jamais ». Le récit sténographique des œuvres dit tout le contraire. Ceci est attesté par le « Document LXXVI » (« Quarterly Archive », 1985). Le reportage du réalisateur de « Avanti! » il a été précédé d’une « manifestation enthousiaste criant vive Mussolini ». Spontané? Organisé? Une voix s’éleva de la salle : « Il a remis la fête sur les rails. Mussolini se vantait de son « opposition tenace à la guerre en Libye », de sa déploration des « guerres de brigandage et de conquête menées par les monarchies criminelles dans les Balkans » et des « massacres » de prolétaires, une « spécialité italienne », comme l’avait s’est passé à Roccagorga. Il a appelé à des grèves générales. Enfin, il revendiquait la lutte implacable contre l’ambiguïté de la démocratie qui, aux élections de 1913, avait installé à la Chambre des socialistes « pas tous dignes de porter le drapeau du parti ». Il avait besoin d’être nettoyé. Mais par où commencer ? C’était prévu par le 8e point à l’ordre du jour du Congrès : « Socialistes et franc-maçonnerie ».
L’affaire traînait depuis une décennie. Le VIII Congrès (Bologne, 1904) avait déjà mis en cause « Le PSI et la franc-maçonnerie », immédiatement après « le PSI et la lutte contre l’alcoolisme » et « l’agitation antimilitariste ». Il était revenu au X Congrès (Florence, 1908) sous le nom de « socialisme et anticléricalisme ». C’est l’année de la défaite de la « motion Bissolati » pour l’exclusion de l’enseignement de la religion catholique dans l’enseignement obligatoire, approuvée par 65 des 508 députés en exercice : une défaite fracassante du Grand Orient d’Italie, qui porte à procès à l’intérieur des députés francs-maçons non alignés sur les directives du grand maître Ettore Ferrari, un républicain sans si ni mais. Resurgi sous la formule « action et législation anticléricales » (immédiatement avant « Les socialistes et le duel »), la question revint massivement à Ancône. Giovanni Zibordi s’est prononcé en faveur de l’incompatibilité entre les sections du parti et les loges. Alfredo Poggi, un franc-maçon, est intervenu en sa faveur. Si jusque-là les débats s’étaient déroulés dans une certaine tranquillité, Bocconi, président de la séance qui s’ouvrait à 14 h 35 le 27 avril, s’est senti obligé de recommander « le maximum de calme et le maximum de silence, afin que la discussion se déroule réellement avec le maximum régularité ». Que le climat se réchauffait était prévenu par les « escarmouches » de la veille. Ciarlantini a tenté de poser la question en termes nouveaux : composer moins avec la franc-maçonnerie qu’avec le « franc-maçon », une sorte de « catégorie de l’esprit » qui a imprégné la vie publique, dominée par les « serpents verts ». Les tentatives de divers délégués d’inverser l’ordre du jour et de discuter des tactiques du parti avant que l’épineux différend sur la relation entre la franc-maçonnerie et le socialisme ne se heurtent aux chœurs du non. La même chose s’est produite pour la proposition de le faire régler par un congrès de l’Internationale socialiste parce qu’il ne pouvait pas être limité à l’intérieur des frontières nationales. En effet, si le socialisme ne pouvait être réalisé dans un seul pays (comme Staline et ses successeurs à la tête de l’Union soviétique l’ont affirmé plus tard), la franc-maçonnerie était universelle. C’est ce qu’a déclaré Giuseppe Garibaldi, « le premier franc-maçon d’Italie », lorsqu’en 1871 il s’est éloigné des communards français et a déclaré qu’il appartenait à l’Internationale (bleue) depuis son initiation à la loge, en 1844.
Les tentatives de report et d’adoucissement du ton se sont heurtées à la volonté de Mussolini d’arriver à la confrontation finale et à un prononcé clair. Giovanni Lerda a fièrement déclaré : « Je suis franc-maçon ! », a déploré l’isolement au sein du parti dû aux préjugés anti-maçonniques désormais répandus et a demandé que le congrès affronte le gant et se prononce. Zibordi résume : soit la fête, soit la loge. Se détachant de la croyance religieuse, il n’eut aucun mal à rejeter le Grand Architecte de l’Univers « pour une continuité logique de pensée ». La lutte des classes a pris le pas sur les complots des organisations occultes. Le moment était venu de demander aux « camarades » maçons « de se mettre à l’écart », « de nous laisser frapper par la franc-maçonnerie telle que nous la voyons et la vivons ! ».
Poggi, un franc-maçon ouvertement, a commencé « déterminé à une condamnation à mort certaine ». Il revendiquait l’affinité philosophique et idéologique de la franc-maçonnerie et du socialisme. Tous deux visaient l’éducation de l’homme. Il a nié que la franc-maçonnerie était une association de favoritisme mutuel et un creuset de « blocs populaires » formés par des libéraux, des radicaux et des socialistes réformistes. Selon la loi, il était non partisan.
Le débat a failli devenir incontrôlable. Puisqu’il y avait désormais une vingtaine de participants inscrits, et tous « lourds » (Ciccotti, Bordiga, Vella, Raimondo, Angelica Balabanoff, Modigliani…), Bocconi a proposé d’aller au vote. La proposition a été acceptée après un ouragan d’interventions. Parmi les nombreux se distingue Orazio Raimondo, qui se proclame franc-maçon et prône avec passion la compatibilité, mais dans un climat de plus en plus exaspéré. Interrompu par un sifflement, Raimondo éclata : « Qui est l’imbécile qui siffle ? S’il y a quelqu’un qui a quelque chose à dire sur moi, il me trouvera ici et hors d’ici… ». Il a mis en garde contre ceux qui cacheraient l’initiation pour rester dans les rangs du parti.
Mussolini a immédiatement précisé que les socialistes ne combattaient pas les prêtres en tant que « représentants d’une entité existante ou non », c’est-à-dire Dieu, mais en tant qu' »instrument des propriétaires terriens et des industriels ». « Organisation de soldats, de guerriers, pas de philosophes et d’idéologues », après une décennie de discussions, le parti devait se libérer une fois pour toutes de l’infection franc-maçonnique. Après d’autres discours, de plus en plus enthousiastes (Lerda, Zibordi, Poggi, Bacci et encore Mussolini), Bocconi demande vérification des pouvoirs et ouvre le vote sur les quatre « ordres du jour du jour ».
Matteotti a-t-il gâché le jeu de Mussolini ?
Giacomo Matteotti est alors intervenu pour soutenir son programme. Déjà favorable à la proposition de Zibordi, il rejette l’expulsion des francs-maçons des loges imposée par Mussolini en plus de l’incompatibilité entre les deux « militants ». « Sinon on en arrive à ceci – observe-t-il – que dans chaque section s’ouvre un procès inquisitoire et des individus peuvent être expulsés, pour simple suspicion de franc-maçonnerie (grands cris). Nous reviendrons donc à la liste noire. » Après lui (réduit au silence par des cris « Assez, votez !) et deux discours en faveur de la liberté d’appartenir à toute institution non en conflit avec le programme du parti, Bocconi a mis aux voix les agendas de Poggi (en faveur de la compatibilité),
Ce dernier mérite d’être relu : « Le Congrès, réaffirmant le désaccord profond qui sépare la conception socialiste de la conception maçonnique sur la manière de mettre en œuvre les principes de progrès, de liberté et de justice et sur l’essence même de ces principes ; considérant que l’action anticléricale fait partie du programme socialiste avec un caractère particulier et une méthode différente et contraire à celle de la franc-maçonnerie ; considérant que l’action défensive du droit individuel contre la réaction, que la franc-maçonnerie prétend utiliser, elle est aujourd’hui confiée aux organisations de classe et au mouvement professionnel ; voyant dans la franc-maçonnerie un incubateur de mélanges politiques et de mariages nuisibles à la physionomie claire de notre parti et contraires à ses intérêts suprêmes à l’heure actuelle ; et jugeant l’adhésion à la franc-maçonnerie particulièrement nuisible à l’intransigeance morale des jeunes ; invite les camarades doyens à cesser toutes leurs relations avec l’institution et déclare l’entrée dans la franc-maçonnerie incompatible pour les socialistes ».
Les représentants des sections ont voté par ordre alphabétique à partir de 20h40. Le 28 avril à 9 h 40, le troisième jour de travail, le résultat a été communiqué. Sur 34 152 électeurs, 1 819 ont voté pour la compatibilité ; la seule incompatibilité, proposée par Matteotti, a été soutenue par 2 296 voix ; L’agenda de Montanari en comptait 2 845. Celui de Zibordi et de Mussolini a obtenu 27 378 consentements. Il y avait 174 abstentionnistes.
La motion de Matteotti a été ignorée par les délégués de la plupart des provinces. Il obtint une certaine suite à Alessandria (Alessandria, fraction Cristo, Acqui, Fubine, Ricaldone, Spinetta Marengo…), à Florence, à Ravenne (où cependant Mussolini dépeupla) et à Rovigo (y compris la section de « ses » Fratta Polesine). Il en obtint un couple dans la province de Cuneo, qui n’en enregistra aucun en faveur de Poggi et compta l’abstention des sections peuplées de francs-maçons.
Beaucoup, et pas seulement à cette époque, se demandaient si Matteotti était intervenu au Congrès sur l’épineuse question de la compatibilité entre loges et parti parce qu’il était secrètement affilié ou sous l’impulsion d’un « serpent vert ». La province de Rovigo avait une solide tradition de libéraux, de démocrates, d’anciens garibaldiens et, pourquoi pas ?, de socialistes. Avec une bonne culture juridique et à l’époque utilisé dans des tons farouchement « révolutionnaires », comme le rappelle son biographe le plus autorisé, Gianpaolo Romanato, dans « Un italien différent » (éd. Longanesi), avec son agenda Matteotti visant à mélanger les cartes . Sans préjudice de l’incompatibilité entre loges et sections du parti pour lui aussi, il tendit la main aux « vieux maçons ». Dans bien des cas, leur initiation remonte à on ne sait quand et n’impliquait aucun lien mortifiant. La franc-maçonnerie comptait parmi ses affiliés Giosuè Carducci et nombre de ses disciples, Andrea Costa, pionnier du socialisme intégral (c’est-à-dire ouvert à toutes les tendances), Giovanni Pascoli, Nicola Badaloni, dans l’enseignement duquel Matteotti s’est reconnu, et une longue liste de « socialistes ». sans carte de membre ». Il suffisait de baisser le volet pour séparer ce passé des urgences d’un présent de plus en plus alarmant. Mussolini en a pris note. Matteotti s’est avéré être un adversaire pour ceux qui, comme lui, voulaient « tout et tout de suite », sans toutefois préciser quoi. À Ancône, fin avril 1914, le « fils du forgeron » convainc Dovizioso Matteotti. Elle redevient ainsi en 1922 et, à nouveau, en 1924, juste après l’enlèvement et la mort de Matteotti : un « accord » qui aurait mis en péril la permanence du « duc » à la tête du gouvernement si l’opposition ne s’était pas perchée à l’extérieur de la Chambre au lieu d’offrir à Vittorio Emanuele III le pied statutaire dont le roi avait besoin pour intervenir en cas de crise. Contrairement à Giolitti et Gramsci, restés à la Chambre pour faire entendre l’opposition, les « Aventiniens » se sont révélés dépourvus du sens de l’État et des institutions. Et cette erreur a coûté cher. Pas seulement pour eux.
Aldo A. Mola
BOÎTE
Matteotti était -il franc-maçon ?
Avant 1914, ou après, Matteotti a-t-il jamais franchi le seuil du Masonic Times ? Pour l’exclure, il ne suffit pas de constater que son nom ne figure pas dans le matricule du Grand Orient d’Italie (Domizio Torrigiani, qui en fut aussi le grand maître), ni dans celui de la Grande Loge d’Italie ne figure pas là non plus. Ce qui est certain, c’est qu’il a eu des contacts avec des francs-maçons anglais, qui ne s’occupent officiellement ni de politique ni de religion, mais qui ne font qu’un avec la Couronne et avec les fortunes de la Grande-Bretagne et qui, au cours des siècles, ont dispensé « l’attention » aux « capables et méritants ». » et peut-être aussi à d’autres, s’ils correspondent à leurs desseins.
Dans la Circulaire du 16 juin 1924 sur « La pensée et la parole de l’Ordre pour l’assassinat du député G. Matteotti », Torrigiani élève « ce martyr italien » au rang d’emblème de la lutte pour la justice et la liberté. Trois ans plus tard, il est condamné à la garde à vue avec un seul chef d’inculpation : « franc-maçon », il y a lieu de s’en souvenir en vue du centenaire de la mort tragique de Giacomo Matteotti.
C’est comme ça que ça s’est terminé. En 1924-1925, à l’instigation de Benito Mussolini, massonophage en tant que fasciste comme il l’avait été en tant que maximaliste social, les loges furent attaquées et détruites. L’Italie est tombée dans le régime liberticide.
Aldo A. Mola
LÉGENDE : Une loggia à Florence attaquée et détruite par les escadrilles de Mussolini.
En mémoire du Très Illustre Frère Alexandre Adler de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (GLCS), nous vous offrons la note de lecture faite, en son temps, de son remarquable ouvrage le temps des apocalypses (Grasset, 2018).

À l’occasion de son passage à l’Orient Éternel, 450.fm lui avait, tout naturellement, consacré un article ce 19 juillet courant. La GLCS perd un éminent maçon, comme il est rare d’en rencontrer. J’avais eu la chance de croiser le chemin de cette très belle personne, mon frère Alexandre, journaliste spécialiste des relations internationales. À cette heure, mes pensées vont vers son épouse Blandine Kriegel.
Notre recension de 2018 :
Apocalypse : écrit du judaïsme ou du christianisme ancien contenant, généralement sous forme de visions, des révélations notamment sur la fin des temps. Est donc venu, avec Alexandre Adler, le temps des apocalypses…

Si celle de saint Jean l’Évangéliste, exilé dans l’île de Patmos, est étrange et déconcertante, c’est pourtant un livre d’Espérance. Pour le commun des mortels, apocalypse, est synonyme de catastrophe, épouvante ou encore cataclysme. En fait, sa transcription d’un terme grec signifie aussi dévoilement.
Auteur de plusieurs livres consacrés à la géopolitique contemporaine – nous donnant ici et maintenant définition et historique – dont J’ai vu finir le monde ancien (Grasset, 2002), qui lui valut le Prix du Livre politique, Alexandre Adler, agrégé d’histoire et journaliste, spécialiste des relations internationales, nous offre sa vision forte éclairante sur l’avenir de notre monde. Il met donc à nu cette science qui étudie les rapports entre la géographie des états et leur politique, nous révèle ce qui était caché, dissimulé.
Et ce, malgré un environnement des plus troubles, l’auteur pose la question du devenir de nos civilisations, avec, en point d’orgue, changement climatique, extinction massive, répartition géographique mondiale, biodiversité en forte chute, mais aussi terrorisme, résurgence des conflits et, sans doute, à l’horizon, menace d’une nouvelle guerre mondiale.
Dans une abondante introduction, Alexandre Adler, dont le maître est Louis Althusser (1918-1990), revient sur les attentats de 2001 avec aujourd’hui encore une sorte
d’« éternel retour ». Il dresse un portrait sans complaisance, mais tellement juste et parfait, d’une géopolitique internationale à la main des États-Unis, qualifiant d’ailleurs le XXe siècle de « siècle américain », analysant tant les tentatives d’une laïcisation des pays du Machrek que les problèmes de suprématie maritime, ou encore des champs de force qui apparaissent soit de pays de la « vieille Europe », dont la France et l’Allemagne sont les piliers, que des pays comme la Chine, le Japon, l’Asie du sud-Est, le Brésil ou des émergences d’états africains, sans oublier Turquie, Iran ou Irak.
Composé de cinq grands chapitres qui nous permettent de découvrir des notions du passé -historiques, économiques, sociales, mais aussi du présent et futur, l’auteur trace comme une ligne du temps. Avec une grande pédagogie, l’auteur nous conduit de pays en continents : l’Europe dans tous ses États, France et Russie pour un retour de la « bonne alliance », Empire du milieu, Amérique en crise, nouvelles centralités en gestation du Moyen Orient. D’une lecture facile, l’ouvrage est donc pour tout public.

Des pays qui agissent et réagissent entre eux, comme des principaux acteurs de la tectonique des plaques, à la fois à origine, moteur, avec ou sans convergences. Si le visage de notre planète Terre n’a cessé de changer depuis sa formation, force est de constater que, d’un point de vue géopolitique, tout va plus vite et s’accélère, dont la résultante pourrait être une collision. Malgré une immense réconciliation abordée en conclusion entre Israël et l’Arabie Saoudite, avec la notion de « Lieux saints ».
Alexandre Adler, avec le trait de plume que nous lui connaissons, sublime l’histoire en distinguant causes et finalités. Il nous fait vivre aussi les influences et décisions de grands hommes tels que Churchill, de Gaulle, Mandela, Gorbatchev, Trump, Luther King, etc. Et nous livrer ses clés d’analyse et de compréhension des enjeux stratégiques contemporains, dans notre société en perpétuelle mutation.

Qui dit révélation dit secret. L’auteur, messager des révélations, est un visionnaire à sa façon qui a vu « le ciel ouvert ». Avec fidélité et vérité, Alexandre Adler, a le mérite de nous ouvrir les yeux !
le temps des apocalypses
Alexandre Adler – Grasset, 2018, 688 pages, 26 €