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Aperçus sur l’initiation

Dans cet entretien passionnant, Jean-Marc Vivenza nous donne des clés pour comprendre quelles sont les conditions requises pour être un véritable et authentique « initié » et pas seulement un « initié virtuel » selon l’expression de René Guénon.

La voie initiatique n’est pas un chemin tranquille et facile. Elle demande au contraire une constance à toute épreuve dans la recherche de l’élévation spirituel, ce qui suppose un immense travail sur soi pendant plusieurs années.

Il ne suffit pas de rejoindre une organisation initiatique traditionnelle, de participer aux cérémonies qui s’y déroulent et de porter les « habits » et ornements propres à cette organisation. Non, le travail à effectuer est beaucoup plus vaste et profond. Il suppose que le futur initié soit prêt à vivre une sorte de « transmutation » intérieure totale qui bouleversera toute sa vie et ses anciennes certitudes.

C’est cela la vraie initiation qui engage l’être dans sa globalité.

Le Sénat honore la Franc-maçonnerie : « Nous avons des secrets, mais nous ne sommes pas secrets »

De notre confrère brésilien portaldeprefeitura.com.br – Par Rodolfo Kosta

C’est ce que déclare le sénateur en participant à un événement et en se déclarant franc-maçon. Vendredi dernier, le 18 août, une séance solennelle s’est tenue au Sénat pour commémorer la Journée de la franc-maçonnerie, présentée par les sénateurs Izalci Lucas, Hamilton Mourão et le général adjoint Girão.

Les participants à la séance solennelle de commémoration de la Journée de la franc-maçonnerie, vendredi 18 août dernier, célébrée ce dimanche 20 août, ont rappelé que la franc-maçonnerie a joué un rôle fondamental dans l’indépendance du Brésil et ont affirmé que l’organisation doit s’efforcer de préserver les principes démocratiques.

La séance a été demandée par les sénateurs Izalci Lucas (PSDB-DF), Hamilton Mourão (Republicanos-RS) et le général adjoint Girão (PL-RN).

Pour Izalci, qui a présidé la session, les francs-maçons d’aujourd’hui devraient s’inspirer de leurs anciens collègues pour défendre les progrès dans des domaines tels que la sécurité publique, la santé et l’éducation.

« C’est ce jour-là [le 20 août], en 1822, que Joaquim Gonçalves Ledo [franc-maçon et journaliste de Rio de Janeiro] prononce un discours retentissant en faveur de l’indépendance du Brésil. Il a déclaré : « C’est maintenant qu’il faut reprendre possession de la liberté (…) Les gens ne sont la propriété de personne. Le discours sensibilisa le prince régent [Dom Pedro I], qui dans quelques jours proclamerait l’Indépendance (…). Les francs-maçons d’aujourd’hui ont incorporé une grande tâche, qui nous met au défi de brandir la bannière d’un nouveau mouvement de libération face aux réalités de notre temps. La phrase qui nous a libérés du Portugal peut nous libérer de la drogue et de la violence et devrait être notre exigence envers les élus pour représenter le peuple brésilien », a-t-il déclaré.

Mourão a souligné que la franc-maçonnerie doit préserver et défendre ses valeurs historiques. Pour lui, certaines actions du pouvoir judiciaire ont provoqué une crise de la démocratie et de l’État de droit, considérés comme des principes de la société et de l’organisation maçonnique.

« La franc-maçonnerie est régie par des principes et des valeurs qui, quand on regarde autour de soi, semblent être écrasés. Par conséquent, la franc-maçonnerie doit continuer son travail silencieux. La démocratie souffre d’un déséquilibre entre ses pouvoirs. Il y a un poids croissant dans le pouvoir judiciaire. L’Etat de droit est fissuré à partir du moment où l’arbitraire est commis par les plus hauts représentants du Pouvoir Judiciaire. Quand on a des enquêtes où les responsables dénoncent, enquêtent, jugent et sont victimes, où est l’Etat de droit ?

Histoire

Le général adjoint Girão a expliqué que la franc-maçonnerie est une association de personnes intéressées par le développement social et intellectuel.

« La franc-maçonnerie n’est pas une religion, ce n’est pas un parti politique, ni un club social. C’est l’union d’hommes libres de bonnes mœurs, une société philosophique, philanthropique et universelle. Leurs ateliers s’appellent des loges, que l’on retrouve sur les cinq continents de la planète. Nous avons des secrets mais nous ne sommes pas secrets. Nous mettons un point d’honneur à valoriser au quotidien l’historique de notre commande », précise-t-il.

L’implication des francs-maçons dans l’indépendance du Brésil a été un sujet discuté en profondeur par le député Lafayette de Andrada (Republicanos-MG). Selon lui, la libération de la domination portugaise en 1822 a été précédée d’une autre lutte, menée par les francs-maçons : la révolution de Pernambuco, en 1817. Le parlementaire a également souligné que l’organisation avait déjà vu ses libertés restreintes dans le passé.

« La franc-maçonnerie [au Brésil] a commencé à la toute fin du XVIIIe siècle, avec l’Aeropago de Itambé, à Pernambuco, Cavaleiros da Luz, à Bahia, et União, à Rio de Janeiro. En 1808, Dom João VI est venu au Brésil et a commencé à étendre plus de magasins. Un historien de l’Université de Bahia a découvert un document imprimé à Londres par Hipólito da Costa [journaliste franc-maçon et fondateur d’un des premiers journaux brésiliens, Correio Braziliense] visant la Révolution [Pernambucana] de 1817, qui serait l’indépendance de Brésil. Tout est planifié par la franc-maçonnerie, les principaux dirigeants sont fusillés, d’autres arrêtés… En 1817, Dom João VI interdit la franc-maçonnerie au Brésil, qui tombe alors dans la clandestinité. Tous les ordres ont commencé à se cacher en secret, jusqu’à ce qu’en 1822, avec le retour de Dom João VI au Portugal, la franc-maçonnerie ait refait surface », a déclaré le député,

Selon Izalci, la franc-maçonnerie moderne, dont l’étymologie vient du mot « maçon », a été initialement fondée par « des maçons de profession, ainsi que des architectes, des peintres et d’autres professionnels de l’art » dans le contexte des idées des Lumières.

Ont également participé à la session le Grand Maître Adjoint du Grand Orient du Brésil (GOB), Adalberto Aluízio Eyng, le Président Grand Maître de la Confédération Maçonnique du Brésil (Comab), Cristian Adrian Flores Maldonado, et le Secrétaire Général du Confédération de la franc-maçonnerie symbolique du Brésil (CMSB), Edilson de Oliveira.

GODF : les lumières clignotent-elles ?

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Peut-on être Franc-Maçon sans être laïcard, rationaliste ou même tenant d’un progressisme matérialiste dévastateur ?

Dans cet ouvrage à teinture pamphlétaire le Grand Orient semble avoir abandonné sa tradition et sa recherche spéculative, considéré les symboles et rituels comme un décor obsolète pour devenir, selon l’auteur, un « club politique » , un « think tank » socialisant. Les sujets abordés en loge paraissant de plus en plus préoccupés par les débats dits « sociétaux » relevant du genrisme et de sujets wokistes. La tolérance d’un Ordre traditionnel serait remplacée par le cléricalisme laïciste qui condamne et exclut les penseurs non favorables à cette situation.

Cet éloignement de la liberté de penser propre à un Voltaire, un Joseph de Maistre, un Gilbert Durand ou un Bruno Etienne condamnerait les jeunes générations à s’éloigner d’une démarche qui demeurerait  initiatique si elle répondait à un supplément d’ âme et de spiritualité.

L’AUTEUR : Michel Maffesoli, philosophe, sociologue et professeur émérite à la Sorbonne, membre de l’Institut universitaire de France, docteur honoris causa de nombreuse Universités étrangères, a consacré son œuvre à la définition du paradigme postmoderne.Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits dans une quinzaine de langues.

Tarot initiatique-Les 4 voies

Présentation de l’éditeur

Le Tarot de Marseille a conservé à travers ses 22 arcanes majeurs mais aussi avec les 56 arcanes mineurs le cheminement initiatique que tout être humain est appelé à parcourir. Celui de ramener l’être « initiable » au Point Initial, c’est-à-dire à son Unité, à son Immortalité, à l’existence au-delà des temps.

Ces arcanes nous révèlent par leur iconographie les valeurs du Moyen Âge qui a connu son âge d’or avec notamment l’essor des corporations et des villes. On voit se bâtir les cathédrales, les échanges commerciaux se développent mais se manifeste également toute une Tradition initiatique véhiculée à travers quatre Filières qui virent leur plein épanouissement :

La voie Christique ;

La voie de la Chevalerie ;

La voie Alchimique ou Hermétique (de Hermès) ;

La voie Kabbalistique.

Ces Filières ont marqué de leur empreinte le symbolisme du Tarot dans son ensemble par l’aspect ésotérique de leurs enseignements. Les arcanes mineurs, comme les arcanes majeurs, ont conservé dans les noms des suites des résonances appartenant au monde médiéval imprégné des valeurs de la Chevalerie :

Les deniers ne sont-ils pas la monnaie d’échange utilisée à cette époque,

La Coupe ne réfère-t-elle pas à une quête mythique, celle du Graal,

L’épée n’est-elle pas l’arme de combat du Chevalier

et Le bâton celui du commerçant, du pèlerin, du paysan ?

C’est justement l’Unité sous-jacente à ces quatre grandes Filières, au-delà de leur coloration respective, qui nous a permis d’établir les corrélations qui existent entre elles.

Biographie de l’auteur

Kinthia Appavou, de par son origine indienne, nous apporte dans son livre du Tarot Initiatique une vision unique qui mêle à la fois les enseignements de Ramana Maharshi et les enseignements de Iéshoua, notamment à travers les évangiles apocryphes qui ont surgi à la surface de la Terre il y a quelques années… Son sens du symbolisme s’est très tôt manifesté dès la parution de son premier article dans le n° 106 du magazine Le Monde Inconnu : « Propos sur un film : La Vouivre » tiré du roman de Marcel Aymé.

Puis, suite à une fructueuse collaboration avec Régor R. Mougeot, elle publie La Vouivre, un symbole Universel et un autre article naît dans le n° 156 du Monde Inconnu sur « La Maîtrise de la Vouivre ».

[NDLR : Avant d’entrer dans les arcanes de l’ouvrage, commençons tout simplement par effleurer l’histoire de cet art divinatoire qui utilise les cartes du Tarot de Marseille. C’est fort justement ce que précise Kinthia Appavou dans son étude fondée sur une édition Grimaud de 1963. L’auteure nous prévient aussi que nous trouverons également des différences orthographiques entre le français ancien et le français moderne dans les citations qu’elle met en avant. Cela ne nuisant bien évidemment nullement à la compréhension de son texte.

Le tarot est l’ancêtre de tous les jeux de cartes. Introduit en Europe par les sarrasins lors de l’invasion de l’Italie au Xe siècle, les tarots furent les premières cartes européennes. Le premier jeu connu date de 1379. Mais si, jusqu’à la Renaissance, ils étaient utilisés uniquement pour prédire l’avenir, les tarots ne restèrent pas longtemps l’apanage des cartomanciennes, des mages et des diseuses de bonne aventure. Rappelons qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, le tarot possède également un usage occulte et mystique. Mais le tarot reste surtout un jeu dont le succès persiste depuis maintenant plus de cinq siècles.

Le mot tarot vient de l’italien « torocco » ; mais là commence le mystère. D’aucuns ont avancé que le mot dérivait de « rota, la roue », ce symbole du destin. Pour d’autres, il viendrait de tora ou torah, la loi hébraïque. On a pensé également à un terme égyptien désignant le chemin de la vie et à un mot grec pouvant se rapporter à l’ornementation du dos de ces cartes fait de compartiment en grisaille.

Quant à l’hermétisme, souvent compris comme un savoir occulte ou ésotérique, il s’agit en réalité d’un ensemble de doctrines ésotériques qui sont censées constituer la révélation du dieu égyptien Thot (auquel les Grecs donnèrent le nom d’Hermès Trismégiste) et qui donnent certaines bases à l’alchimie du Moyen Âge.

Après quelques propos introductifs – sur l’historique du jeu de carte – et sur le Tarot Initiatique – avec des précisions quant aux 22 lettres initiales, l’auteure présente les 4 voies, à savoir : la coupe ou la voie christique, l’épée ou la voie de la chevalerie, les deniers ou la voie hermétique et le bâton ou la voie kabbalistique.

La colonne vertébrale de l’ouvrage se découpe en trois parties. Une première consacrée au « plan incarnationnel, du terme incarnation qui n’est autre que l’action par laquelle une divinité, un esprit s’incarne dans le corps d’un homme, une deuxième traitant de « La voie intérieure » et la troisième de « La sortie du monde ». Chaque partie offre aux lecteurs les atouts maîtres du jeu donnant une image et citant soit un guidance spirituelle et une lettre hébraïque soit l’explication de la vertu cardinale ou encore une explication symbolique.

Indian mystic Ramana Maharshi (1879-1950).

La conclusion est suivie d’un index des mots sanscrits et d’une bibliographie.

Kinthia Appavou qui a côtoyé le guru indien de l’Advaita Vedānta Ramana Maharshi (1879-1950), considéré comme l’un des plus grands sages de l’Inde traditionnelle, nous offre un ouvrage hors du commun. Intéressant donc la réunion des quatre voies qui, jusqu’alors, n’ont jamais été réunies. De plus le format 25 x14,5 x 25 cm, quasiment un format royal, rend la lecture très agréable, invitant au voyage et à la découverte des lames et de toutes leurs symboliques. Aventurons-nous donc en dehors des sentiers battus et entrons dans les voies, désormais pénétrables, de ces 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille universellement connus.

Illustrations : Exposition Tarots Enluminés, Musée de la Carte à Jouer, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) : Maitre du chariot Milan vers 1441-44 ; Tarot dit de Charles VI, la Force – Florence vers 1460, BnF ; Tarot dit de Charles VI, le valet – Florence vers 1460,

Tarot initiatique-Les 4 voies

Kinthia AppavouLes Éditions du Cosmogone, 2023, 358 pages, 29, 80 €

ISBN-10 ‏ : ‎ 2810303339 / ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810303335

À commander chez l’éditeur

Maçons célèbres… : Amélie André-Gedalge

Amélie André-Gedalge, née Amélie-Alexandrine d’Obigny de Ferrière le 22 février 1865 à Paris et morte le 20 juillet 1931 à Saint-Égrève est une professeure de chant, autrice et franc-maçonne française. Elle fait partie des premières femmes initiées au sein de l’Ordre maçonnique mixte international « le Droit humain », elle en coécrit avec son époux André Gedalge l’hymne officiel. Elle publie également plusieurs ouvrages sur la symbolique maçonnique

Franc-maçonnerie

Avec son mari, Amélie André-Gedalge demande à être initiée au sein du Grand Orient de France au sein de la loge l’Union maçonnique qui pose la question au conseil de l’ordre. Celui-ci refuse la demande en rappelant la « non-initiabilité » des femmes en son sein. Son mari est reçu au sein du Grand Orient, elle est alors reçue dans la loge no 1 du Droit humain le 24 février 1907 par Georges Martin un de ses fondateurs. Elle gravit rapidement les échelons initiatiques aidée par ses connaissances symboliques travaillées dès sa jeunesse et nourries au sein de la société Théosophique dans la mouvance d’Annie Besant.

Elle donne de nombreuses conférences sur les thèmes de l’initiation et de la musique au travers de son expérience de musicienne et de franc-maçonne, elle se forge des convictions empreintes de solidarité et de prise de conscience contre les égoïsmes. Elle milite pour une initiation mixte affirmant que l’étude des symboles n’est pas réservée aux hommes. Convaincue durant sa vie que la franc-maçonnerie par sa méthode symbolique universelle est un art qui permet par la maitrise de soi-même d’avancer vers une plus grande liberté personnelle. Elle s’investit de manière importante dans l’ordre maçonnique et l’étude des symboles, elle publie régulièrement ses travaux dans des revues spécialisés comme Le Symbolisme ou le bulletin mensuel du Droit humain. Elle est également l’auteur des paroles de l’hymne du Droit humain, dont son mari André a composé la musique.

Amélie André-Gedalge rédige et publie au début des années 1920, deux ouvrages portant le nom de Manuel interprétatif du symbolisme maçonnique consacrés aux grades d’apprenti et de compagnon. Ces rédactions s’appuient sur ses recherches maçonniques personnelles, mais aussi sur sa culture théosophique. Elle s’éteint avant d’avoir publié un troisième volume consacré au grade de maître, dont le manuscrit n’est pas retrouvé. Elle est la première franc-maçonne à publier des manuels sur les grades maçonniques.

Sa grande culture musicale lui permet également d’écrire des ouvrages qui exposent les perceptions symboliques et initiatiques au travers de contes de fées ou encore d’opéras. Elle participe en rédigeant de nombreuses notices à la rédaction du dictionnaire Rhéa publié en 1921 et consacré à la théosophie, l’ésotérisme et l’orientalisme.

Biographie

Amélie André-Gedalge est la fille d’un musicien, Henri d’Obigny de Ferrière, professeur de musique. Elle fait des études musicales et obtient un 1er prix de solfège en 1882 et le 1er prix d’harmonie en 1884 au Conservatoire de Paris. Professeur de musique et de chant de grande réputation, elle compose diverses œuvres mélodiques ou pour piano. Elle rédige et publie un recueil de Leçons de pédagogie musicale, un autre sur Les gloires musicales du monde. Elle épouse en juillet 1887 André Gedalge, compositeur et pédagogue avec qui elle à cinq enfants, quatre filles et un garçon.

Franc-maçonnerie et Lumières, ensemble ou mélangés ? Des encyclopédistes qui frappaient à la porte des loges

De notre confrère religionenlibertad.com

Le mouvement culturel et politique des Lumières, et son expression maximale dans l’ Encyclopédie, est considéré comme le fondement et le fondement du monde moderne et la matrice de son éloignement progressif du christianisme. La revue La Nef (n° 360, juillet-août 2023) lui a consacré un dossier complet à partir duquel nous publions un article de l’historien Yves Chiron sur les relations complexes entre Lumières et franc-maçonnerie.

Lumières et franc-maçonnerie

Les Lumières (Aufklärung  en allemand, Enlightenment en anglais, Illuminismo en italien) ne sont ni un système ni une philosophie. C’est un courant, une tendance. En 1784, répondant à la question « Qu’est-ce que les Lumières ? », Kant disait que les Lumières étaient une issue au « matérialisme, au fatalisme, à l’athéisme, à l’incrédulité des libres penseurs, au fanatisme et à la superstition […], une sortie d’une minorité », dont seul l’homme est responsable. Plus d’un siècle plus tôt, Descartes avait lui aussi la même volonté d’émancipation. : il faut s’appuyer sur la conscience et la raison pour la recherche de la vérité à la lumière naturelle, recherche qui doit être menée « sans emprunter le secours de la religion ou de la philosophie ».

Il s’agit d’un raccourci historiquement intenable pour identifier les Lumières et la Franc-maçonnerie. Si l’on considère les écrits de John Locke (1632-1704) et de Newton (1642-1727) comme les initiateurs des Lumières, on constate qu’ils sont antérieurs à la fondation de la franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie n’apparaît qu’en 1717 à Londres, et son texte fondateur, les Constitutions d’Anderson, date de 1723. Ce livre précise que le franc-maçon « ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin sans religion » ; ce qui compte, c’est la tolérance en matière religieuse et politique. On pourrait facilement retrouver ce type de formule chez certains philosophes des Lumières, mais on pourrait aussi citer des auteurs des Lumières qui professaient un athéisme, ce qui n’était pas accepté par la franc-maçonnerie avant la Révolution.

En ce qui concerne la France, certains philosophes des Lumières étaient également francs-maçons, tandis que d’autres ne l’étaient pas, malgré la réputation que leur accordaient certains auteurs francs-maçons. L’initiation de Montesquieu à Londres, le 12 mai 1730, a été publiée dans le  British Journal  le 16 mai. Ce n’est qu’à la fin de sa vie que Voltaire fut reçu à la loge des Neuf Sœurs à Paris, le 7 avril 1778, sept semaines avant sa mort, comme un honneur qu’il accepta, ainsi que celui d’entrer à l’Académie française.

Lecture chez Diderot : une gravure de Louis Monziès (1849-1930).

Lecture chez Diderot : une gravure de Louis Monziès (1849-1930).

En effet, en 1764, dans l’article « Initiation » du  Dictionnaire philosophique , il se moquait de ces « pauvres francs-maçons » et de leurs « mystères ennuyeux ». Diderot , D’Alembert et Condorcet devaient être reçus en franc-maçonnerie dans la même loge des Neuf Sœurs le 28 novembre 1778, mais aucun des trois ne se manifesta et ne furent reçus par la suite.

Le cas significatif de l’Encyclopédie

L’histoire de l’ Encyclopédie est à cet égard significative. Ce monument intellectuel du XVIIIe siècle n’a pas d’origine maçonnique, mais il faut dire que la franc-maçonnerie a su se l’approprier . Ses deux fondateurs et directeurs, D’Alembert et Diderot, n’étaient pas francs-maçons et, sur les 270 collaborateurs, dix-sept seulement l’étaient.

Mais le Supplément à l’Encyclopédie , paru en 1776 et 1777 (quatre volumes de texte et un de planches), s’inspire largement de la franc-maçonnerie : Diderot refuse de diriger et de collaborer à ce supplément, et le directeur Jean-Baptiste-René Robinet et le L’éditeur/imprimeur Panckoucke était franc-maçon. L’article « Francs-maçons » a été rédigé par le grand astronome Lalande, qui fut également l’un des fondateurs et le premier vénérable de la loge des Neuf Sœurs. Cet article est considéré par les francs-maçons comme la première histoire officielle de leur ordre.

Il convient également de souligner que certains des opposants les plus déterminés aux Lumières – Palissot , Fréron , Lefranc de Pompignan – étaient des francs-maçons.

Nous ne pouvons pas identifier les Lumières avec la Franc-maçonnerie, pas plus que nous ne pouvons identifier la Révolution française avec la Franc-maçonnerie.

La vérité est que l’idéologie fondamentale des francs-maçons (sans tenir compte des exceptions susmentionnées) et le projet intellectuel des Lumières ont en commun une volonté d’émancipation et de fondation d’un nouvel ordre.

« La religion maçonnique est ouvertement déiste, note Jean de Viguerie dans son  Histoire et dictionnaire du temps des Lumières , et elle s’oppose également à la société traditionnelle […] pour son esprit égalitaire et fraternel. » Les Lumières, quant à elles, cherchaient à promouvoir une connaissance rationnelle du monde et à libérer la raison du discours de l’autorité. Les points de convergence ne pouvaient manquer.

Le maçon parfait

De notre confrère brotherallatt.substack.com – Par DARREN ALLATTDARREN ALLATT

Découvrir la véritable identité d’un maçon « parfait » – cela pourrait-il être un contraste frappant avec vos notions initiales ? Une exploration réfléchie vous attend !

Au cours du week-end, je présentais un séminaire d’adhésion intitulé « La franc-maçonnerie expliquée ! »

Cette séance d’information pour les hommes qui s’intéressent à la franc-maçonnerie est conçue pour les aider à comprendre ce que signifie devenir franc-maçon.

Il couvre tout ce qu’il faut savoir sur la franc-maçonnerie avant de prendre la décision de devenir maçon.

J’ai travaillé sur ce programme parce que malheureusement, dans de nombreux cas, cette étape est marquée dans nos processus pour les candidats, et nous les précipitons sans préparation approfondie.

Nous les invitons simplement pour 3 entretiens, leur disons qu’ils le découvriront une fois qu’ils auront rejoint, puis ils passeront leur temps à passer des diplômes à essayer de comprendre ce qu’est la franc-maçonnerie.

Mais plus important encore, cela les aide à comprendre la différence entre «rejoindre» et «devenir», efface les mythes et les idées fausses, et donne les bonnes informations afin qu’ils ne soient pas conduits aux périls de toutes les ordures en ligne sur le Craft.

A la fin du séminaire, il y a une période de questions/réponses. J’encourage tous les participants à poser toutes les questions qui leur viennent à l’esprit et je promets d’y répondre avec sincérité et transparence, sous réserve que si la réponse révèle un « spoiler » ou un « secret », je partagerai ce que je peux sans aller loin.

Une question s’est posée qui m’a fait réfléchir.
Un candidat potentiel a demandé: « Qu’est-ce que le parfait maçon? »
Cette question sensée m’a poussé à réfléchir à la façon dont on pourrait définir le maçon « parfait », et à quoi cela ressemblerait dans la vraie vie.

Quand on imagine un maçon « parfait », on pense souvent à quelqu’un qui :

Assiste à toutes les réunions de loge et événements maçonniques,

A occupé tous les postes au sein de la loge, y compris Maître,

Récite parfaitement les rituels,

Participe à tous les ordres maçonniques et a été dans toutes les chaires,

Assiste et contribue continuellement à ces commandes,

Peut accomplir spontanément n’importe quel degré de travail maçonnique,

A servi la Grande Loge dans tous les rôles possibles,

Donne à la charité en temps et en argent.

Cette liste de contrôle pourrait décrire le « maçon parfait » aux yeux de certaines personnes, le genre de personne que nous admirons. Mais pour moi, cela ne décrit pas du tout le maçon parfait.

GLTSO : La Collection Héritage Willermoz s’enrichit d’un nouveau cahier, le 007

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) se présente ainsi :

La Franc-maçonnerie est l’une des plus anciennes fraternités du monde. Elle n’est ni une religion, ni un club. Elle s’efforce d’être une école de vertu et de sagesse.

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (G.L.T.S.O.) est une obédience maçonnique, c’est-à-dire une association de loges de Francs-maçons, unis par des valeurs et des principes communs. Sa désignation juridique est Fédération Opéra (fédération d’associations, régies par la loi du 1er juillet 1901).

Quelles sont ses valeurs et principes ? La fraternité, la tolérance, l’honnêteté, la bienfaisance, le respect de ses engagements maçonniques, celui des règles de l’Ordre et des lois de son pays et enfin, la confidentialité sur les rituels et les travaux auxquels les maçons participent. La G.L.T.S.O. est une obédience masculine.

Le 29 mai 2022, 450 vous avait présenté les cahiers de la Collection Héritage Willermoz sont une référence pour qui s’intéressent ou mieux encore, pratiquent, le Rite/Régime Écossais Rectifié (RER). Elle vient de s’enrichir d’un septième opus consacré au « cahier de l’introducteur au grade d’Apprenti » ainsi que du « rituel du grade de Compagnon ».

Pour nos TTCCSS & TTCCFF qui ne connaissant pas encore le RER, nous les invitons à prendre connaissance de sa présentation sur le site de la GLTSO.

Extrait : « Le Rite Écossais Rectifié – majoritaire à la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra – est avant tout un Rite maçonnique, c’est-à-dire qu’il bénéficie des apports philosophiques et symboliques du siècle des Lumières.

Contribution d’hommes sages et érudits, il a su également puiser dans les sources traditionnelles millénaires ce qui rend la pratique de ce Rite très universelle.

Le Rite Écossais Rectifié bénéficie d’une démarche initiatique – ou éveil de la pensée individuelle – très bien structurée. Son cheminement pédagogique associe, sans prétention, réflexion, sensibilité et intuition avec l’appui du langage symbolique. Il est donc accessible à des personnes d’horizons très variés en quête de réponses aux interrogations les plus essentielles sur leur vie et qui s’inscrivent dans une recherche de nature spirituelle.

Ce parcours initiatique se poursuit dans une démarche chevaleresque qui vient la parachever… » La suite ICI.

Le sommaire du n° 7 :

ÉditorialPhilippe Meiffren*, TRGM de la GLTSO

Avant-propos – François Caux

Dominique Daffos, président Loge de Recherche « Héritage n° 2 ».

IntroductionDominique Daffos**

Les 9 lumières d’ordreGérard Gendet***

Commentaire du cahier de l’Introducteur – Fadi Caledit

Le cahier de l’introducteur et sa transcription MS FM4 519

La mise à l’épreuve du candidat pendant la cérémonie de réception au 1er grade du Rite Écossais Rectifié – Jean-Claude Sitbon

Le rituel du grade de compagnon (Édition 2022) avec introduction – Lionel Léturgie

  • Principes et méthodologie
  • Les modifications significatives
  • Les manuscrits d’origine, MS4 527 – 531

Philippe Meiffren, Grand Maître de la GLTSO d’alors en signe l’éditorial.

Extraits : « … En revenant aux sources mêmes du Rite Écossais Rectifié et des manuscrits de Jean-Baptiste WILLERMOZ, il ne s’agit donc pas moins que de nous transmettre le plus pur esprit de notre illustre Frère, dont le rôle, l’action et la pensée ont été si déterminants pour la Franc-Maçonnerie Rectifiée.

Dans une démarche que l’on pourrait qualifier de maçonnologique, les rédacteurs des articles qui sont proposés à notre lecture nous offrent une contribution essentielle pour parfaire notre connaissance de ce Rite et de ses rituels afin de nous permettre d’y adhérer et de les pratiquer tant en esprit qu’en vérité. Si le Rite est une aspiration vers quelque chose d’indistinct, un Principe créateur de tout être et de toute chose, les rituels ont pour but d’assurer le maintien des éléments fondamentaux de celui-ci sans lesquels il serait en définitive inopérant, ne permettant ni la mise en rapport avec ce Principe, ni de lier le maçon au groupe qui l’accueille, ni enfin de communiquer la forme sous laquelle le Principe se manifeste dans ce groupe.

Il apparait donc essentiel, indispensable même, de bien connaître l’enseignement que véhiculent ces rituels et de les pratiquer avec l’exigence qu’ils nécessitent. C’est bien là le but que poursuit la Loge de Recherche Héritage, qui dans un souci de tradition, revient aux textes originaux… »

Jean-Baptiste Willermoz – Source Franc-maçon Collection

Un imposant volume « consacré au troisième poste non définitivement établi dans la loge, celui du frère/de la sœur introducteur/introductrice » confie Dominique Daffos dans son introduction.

Effectivement, le frère introducteur joue un rôle extrêmement important. Il a des fonctions essentielles auprès du candidat avant la cérémonie de réception et pendant ladite cérémonie.

D’ailleurs, le frère introducteur, comme au grade d’Apprenti, ne quittera le candidat qu’au moment où, ayant été reconnu par ses Frères, il aura travaillé en Compagnon.

De plus, l’ouvrage,  au 1/16e de mètre carré c’est-à-dire au format 21×29,7 cm, propose des reproductions originelles de manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

*Ce remarquable numéro est paru en février 2023 sous la grande maîtrise de Philippe Meiffren.

TRGM Philippe Cangémi, actuel GM de la GLTSO.

Rappelons que la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra a tenu son Convent et l’Assemblée générale de la Fédération Opéra le 22 avril 2023, à Paris. Après trois ans à la tête de l’obédience, le frère Philippe Meiffren est descendu de charge et le frère Philippe Cangémi a été élu pour lui succéder.

**Le 3 juin 2021, le Groupe de recherche Alpina (GRA) et la Loge de Recherche « Héritage n° 2 » de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra ont signé une charte de coopération fraternelle encourageant les échanges concernant les recherches et leurs publications maçonniques. Dominique Daffos, ancien Grand Archiviste de la GLTSO et président de la Loge de Recherche « Héritage n° 2 » est le signataire dudit traité. Cette charte d’amitié vise à établir des relations plus étroites entre le GRA et certains organes de recherche.

Charte de coopération fraternelle.

Pour mémoire, le GRA est une association créée à Berne en 1985 et a pour but de réunir des frères maîtres maçons ayant intérêt à la recherche dans les domaines du symbolisme, des rituels, de la philosophie, de l’histoire, de la littérature et de l’art, mais aussi de la prospective en franc-maçonnerie. Le Groupe de Recherche Alpina a été reconnu par La Grande Loge Suisse Alpina, obédience dite régulière et de tradition, en 2002. Le GRA est autonome et entretient des rapports avec plusieurs Groupes ou Loges de recherche dans le monde.

Gérard Gendet.

***Ancien cadre dirigeant au sein de multinationales informatiques et fondateur d’une société de services informatiques, Gérard Gendet est aujourd’hui retraité. Passionné d’histoire des courants ésotériques, il mène des recherches sur les mouvements illuministes français au XVIIIe siècle. En février 2022, il soutient sa thèse à l’École Pratique des Hautes Études (5e section, Sciences Religieuses – Histoire des courants ésotériques dans l’Europe moderne et contemporaine) consacrée au Traité de la Réintégration des Êtres de Martinès de Pasqually, pour l’obtention du diplôme en histoire des sciences religieuses de l’EPHE. Un travail réalisé sous la direction de Jean-Pierre Brach, directeur d’étude de la chaire d’Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l’Europe moderne et contemporaine

Loge de recherche Héritage n° 2

Cahier n° 7Collection Héritage WillermozGLTSO, 2023, 236 pages, 18 €

ISBN 978-2-9564787-6-8/EAN 9782956478768

À commander à Fédération Opéra, 9 place Henri Barbusse – 92300 Levallois-Perret/Tél. 01 41 05 98, 68/Courriel ou sur le site

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La collection Héritage Willermoz, le bon de commande


Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824).

La Fédération française du DROIT HUMAIN présente son nouveau site web

En sa qualité de deuxième plus ancienne obédience française et branche hexagonale de l’unique organisation maçonnique mixte présente sur les cinq continents, LE DROIT HUMAIN veut, particulièrement en cette année d’anniversaire de ses 130 ans, continuer à se singulariser par la transgression dans la tradition, par la modernité dans la permanence de ses idéaux humanistes mais aussi par la fraternité dans l’adversité du monde.

Ainsi, durant le mandat de Grand Maître National d’Amande Pichegru (qui arrive à son terme ce 26 août 2023), une attention particulière a été portée à la visibilité et à l’affirmation des spécificités du DROIT HUMAIN (mixités, internationalisme, continuité initiatique du 1er au 33ème degré du R.E.A.A.) dans l’environnement maçonnique, public, médiatique et numérique. Une pièce maîtresse de ce chantier d’extériorisation du DROIT HUMAIN est la mise en ligne, à quelques jours de l’ouverture du Convent National annuel organisé du 25 au 27 août 2023 à Aubervilliers, d’une nouvelle version de son site public.

www.droithumain-france.org

Ce site entièrement revisité a été conçu pour répondre aux trois principaux objectifs suivants :

  1. « Demande et on te répondra ». Il s’agit de présenter avec le maximum de transparence et de pédagogie aux non francs-maçons (et aux francs-maçons qui connaîtraient mal le DROIT HUMAIN) la démarche initiatique et progressiste offerte par un parcours maçonnique au sein de ses loges en France et dans le monde. Témoignages de francs-maçons, réponses aux questions fréquentes sur la franc-maçonnerie, vidéos de conférences publiques, recommandations d’ouvrages…donnent les clés nécessaires à une bonne connaissance du DROIT HUMAIN et de ce qu’un engagement maçonnique implique.
  2. « Porter au dehors l’œuvre commencée dans le temple ». Il est apparu utile de partager de manière plus accessible encore l’ensemble des contributions au débat public élaborées cette dernière décennie par les membres, loges et commissions thématiques de la Fédération française du DROIT HUMAIN. Ces contributions traitent de questions éthiques-bioéthiques, de laïcité et de droits humains, d’enjeux européens, de nouvelles perspectives sociétales, de questions sociales à l’étude des loges… Des dossiers thématiques d’actualité offrent par ailleurs matière à réflexion sur « Le bien-vieillir et la fin de vie », les enjeux de « Genres, familles et procréation » ainsi que sur « La nouvelle donne écologique ».
  3. « Frappe et l’on t’ouvrira ».  Pour donner encore plus de force aux valeurs d’ouverture et d’inclusivité du DROIT HUMAIN vis-à-vis de candidats souhaitant rejoindre une loge maçonnique, ce site veut faciliter la rencontre entre non-maçons et membres de la Fédération française. Cela passe notamment par une information claire sur l’ensemble des évènements publics organisés en métropole et outre-mer, sur la localisation des 740 loges françaises et pays où l’Ordre est présent, sur la clarté du processus d’adhésion et aussi la facilitation de la démarche de candidature via ce site Internet.

La dynamique des quatre réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, YouTube) et la régularité de la newsletter publique de la Fédération française enrichissent le dispositif de présence active du DROIT HUMAIN dans le monde numérique. Ces outils de communication collectifs complètent la démarche initiatique personnelle en loge pour répondre à l’invitation maçonnique du « Prenez place ! » dans la cité.

Que peut-être la philosophie pour un franc-maçon ?

Composé de philos φιλεῖν, «aimer» et de sophia σοφία, «la sagesse», le savoir, littéralement l’Amour de la sagesse. C’est une tradition de discours en relation avec les concepts de vérité, raison, idée, éthique, être, comment vivre, comment mourir, comment savoir.

Je voudrais pour commencer reprendre les premières phrases de l’Introduction écrite par Manly P. Hall  dans son ouvrage The secret teachings of all ages.

« La philosophie est la science de l’estimation des valeurs.La supériorité de n’importe état ou substance sur un autre est déterminé par la philosophie.En attribuant une position de première importance à ce qui reste quand tout ce qui est secondaire a été supprimé, la philosophie devient ainsi le véritable indice de priorité ou d’accent dans le domaine de la pensée spéculative.La mission de la philosophie a priori est d’établir la relation des choses manifestées à leur cause ou nature ultime invisible. « La philosophie » a été définie comme : la science des choses divine et humaine, et des causes dans lesquelles elles sont renfermées [Cicéron] ;la science des effets par leurs causes [Hobbes] ;la science des raisons suffisantes [Leibniz];la science des choses possibles, en tant qu’elles sont possibles [Wolf];la science des choses évidemment déduit des premiers principes [Descartes];la science des vérités, sensibles et abstraites [de Condillac] ;l’application de la raison à ses objets légitimes [Tennemann] ;la science-rapport de toute connaissance aux fins nécessaires de la raison humaine [Kant] ; la science de la forme originelle de l’ego ou moi mental [Krug] ;la science des sciences [Fiche] ;la science de l’absolu [von Schelling];la science de l’indifférence de l’idéal et du réel [von Schelling] – ou, l’identité de l’identité et de la non-identité [Hegel].« 

 « Les six rubriques sous lesquelles les disciplines de la philosophie sont communément classées aujourd’hui sont : la métaphysique , qui traite de sujets abstraits comme la cosmologie, la théologie et la nature de l’être ; la logique , qui traite des lois régissant la pensée rationnelle, ou, comme on l’a appelé, « la doctrine des sophismes » ; l‘éthique , qui est la science de la moralité, de la responsabilité individuelle et du caractère – qui concerne principalement un effort pour déterminer la nature du bien ; la psychologie , qui se consacre à l’ investigation et à la classification de ces formes de phénomènes se rapportant à une origine mentale ; l’épistémologie , qui est la science concernée principalement par la nature de la connaissance elle-même et la question de savoir si elle peut exister sous une forme absolue; et l’esthétique , qui est la science de la nature et des réactions suscitées par le beau, l’harmonieux, l’élégant et le noble. »

La philosophie serait née de la rationalisation des grands mythes grecs. L’Odyssée (nom grec d’Ulysse), que Platon connaissait par cœur, raconte une quête de la sagesse.

Le mot « philosophe » aurait été employé pour la première fois par Pythagore  qui lui donnait le sens de « celui qui tente de découvrir». Avant lui, la philosophie était appelée science ou sagesse et les philosophes portaient le nom de savants ou de sages. C’est avec Platon que les premières définitions suffisamment explicatives et descriptives de la signification du terme nous parviennent, exprimées dans au moins trois de ses Dialogues (où on trouve un personnage portant le même nom, Euthydème) : Cratyle, Le Banquet et La République.

Philosophia est le terme par lequel Philon désignait le judaïsme ; les synagogues étant pour lui des «écoles de sagesse» fusionnant les influences réciproques de la théologie et de la philosophie grecque dans la pratique des homélies. L’enseignement de la philosophie grecque se faisait sous trois formes : 1- par une école patentée et permanente, dirigée par un scolarque (l’Académie, le Lycée, le Portique ou le !jardin). 2- par des maîtres isolés. 3- par des philosophes errants, prédicateurs dans des espaces publics, improvisant des dialogues avec leurs auditeurs (les cyniques et les stoïciens en particulier)[1].

Suivant Cicéron, les anciens définissaient la philosophie comme la science des choses divines et humaines et des causes qui les expliquent. La philosophie était une science purement rationnelle, se distinguant des sciences théologiques qui reposent sur la révélation. D’après cette définition, la philosophie doit comprendre deux parties bien distinctes : une partie subjective traitant de l’esprit humain considéré comme sujet de la connaissance (la logique, la psychologie et l’ontologie générale), une partie objective traitant d’objets suprêmes (la cosmologie, l’anthropologie, la théologie naturelle ou théodicée, et la morale ou éthique).

La méthode philosophique employée par les Pères de l’église est éclectique ou élective, avec cela de particulier que la révélation chrétienne, ou la foi, était le principe d’où partait leur philosophie, le fondement sur lequel ils en élevaient l’édifice et la règle qui dirigeait toutes leurs recherches. C’est par les dogmes, les articles de foi que l’Église a codifiés et universalisés, que le culte rendu à la divinité est organisé. Les religions instituées se définissent à travers une hiérarchie cléricale et supposent une communauté de fidèles rassemblés autour d’une même confession. C’est dire que la raison y est l’ancillaire de la foi et se trouve soumise aux dogmes et à l’autorité de l’Église.
C’est contre cette soumission de la raison que s’élèvent les libres penseurs des XVIIe et XVIIIe siècles, pour qui la foi en la raison doit se substituer à la foi religieuse, tout comme la religion naturelle doit se substituer à la religion révélée.

L’influence de la Royal Society, à laquelle appartenait Isaac Newton, est incontestable dans les prémices de la maçonnerie spéculative : « Il faut accueillir librement des hommes de religion, pays et professions de vie différents (…). Parce qu’ils professent ouvertement, non de vouloir la fondation d’une philosophie anglaise, écossaise, irlandaise, papiste ou protestante, mais d’une philosophie de l’humanité. » Ainsi le newtonisme, inspiré des théories d’Isaac Newton, est une philosophie progressiste qui remet en cause la scolastique en faisant vœu de transposer l’harmonie du monde céleste dans une harmonie du monde humain. Comme pour Spinoza, la philosophie newtonienne est un naturalisme. Le naturalisme ne cherche pas à déterminer ce qui est juste ou bien, mais ce qu’il pense exister dans la nature. C’est sur cette revendication de ce qui est naturel ou contre-nature que le naturalisme veut imposer ce qui devrait être ou ne pas être.

Jean Théophile Désaguliers est le premier à percevoir l’ampleur de la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ces idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de philosophie expérimentale. Cette philosophie naturaliste inspire fortement les Constitutions dites d’Anderson de 1723. La religion catholique à laquelle se réfère Anderson désigne, au sens étymologique, la religion universelle.

Dès ses débuts, la Franc-maçonnerie spéculative reprendra les idées newtoniennes. On peut lire dans le livre de Willam Preston Illustrations of Masonry (1781) les instructions du deuxième grade au rituel anglais : « C’est la contemplation de la nature et l’observation de la beauté de ses proportions qui a incité l’homme à imiter le plan divin et à étudier l’ordre et la symétrie. Ainsi naquirent la vie en société et tous les arts utiles. »

Voltaire fut un zélé propagandiste du newtonisme en France.

La philosophie, cette puissance de la réflexion et de l’interrogation, est un rapport au savoir dont elle questionne l’usage, à la raison d’être pour laquelle elle cherche une réponse intellectuelle, à l’élévation de pensée dont elle affirme les ressources spirituelles. Le cœur de la philosophie est le mystère et son rôle est de veiller à ce que la question du sens ne soit jamais close. «Le philosophe tamise et purifie le chaos. Il l’ordonne. Il cherche à en faire à nouveau un monde, et par l’acte philosophique il instaure un microcosme, un philosophème [une proposition philosophique nouvelle] qui n’est donc pas l’expression d’une pensée préexistante chez le philosophe, mais l’achèvement de la formation de cette pensée, la survenance successive et ordonnée des Formes à partir d’un «amorphe indéfini» pour s’achever en un monument séparé, comme en un paradigme, à travers lequel, peut-être ensuite, on reverra le monde»[2].

Écouter Michel Serres répondant aux questions : Comment vient une idée en philosophie ? À quoi ressemble l’atelier du philosophe ? Comment se fabrique un concept ? Et quel rôle le philosophe choisit-il d’endosser face à l’actualité ?  

La visée de la philosophie est la question de l’être, celle de la religion est celle de Dieu et celle du kabbaliste est celle de l’existence de l’univers.

Pour les alchimistes, qui se nomment aussi Philosophes, la patronne de la philosophie est Cybèle.

Le franc-maçon est un philosophe, son amour de la sagesse place ce mot en tête de la triade « Sagesse, Force, Beauté ». Le philosophe est un archéologue de la pensée humaine. Le Franc-maçon est un spéléologue du monde intérieur s’appuyant sur la philosophie qui, pour l’homme (ou la femme) qu’il est, sera cet effort amoureux vers la sagesse toujours inaccompli ; mais qui lui apportera toutes consolations.

Philosopher pour un franc-maçon c’est résister, ainsi s’exprime le philosophe Gilbert Garibal dans son article Philosopher c’est résister. résister à la philosophie même, résister aux certitudes, résister au culte du « moi », résister aux fureurs de la cité pour vivre en cohérence avec les valeurs maçonniques qu’il résume par un néologisme « Philomaçonner » à savoir : Construction de soi grâce à autrui. Respect réciproque qui fonde la fraternité. Sentiment d’appartenance à la société sacrée des Hommes. Art de la contemplation. Souci de la parole juste et recherche de la vérité. Maîtrise des passions, santé du corps et de l’esprit. Empathie, accueil et écoute des opinions diverses voire contraires. Opposition à l’intolérable. Courage face aux aléas de la vie et acceptation de la finitude.

La philosophie pour un franc-maçon ressemble beaucoup à ce qu’en dit André Comte-Sponville

Il n’y a jamais ni philosophie ni philosophes en dehors d’un groupe, d’une communauté, en un mot d’une école philosophique et, précisément, une école philosophique correspond alors avant tout au choix d’une certaine manière de vivre, à un certain choix de vie, à une certaine option existentielle, qui exige de l’individu un changement total de vie, une conversion de tout l’être, finalement à un certain désir d’être et de vivre d’une certaine manière. Cette option existentielle implique à son tour une certaine vision du monde, et ce sera la tâche du discours philosophique de révéler et de justifier rationnellement aussi bien cette option existentielle que cette représentation du monde[3].

Ainsi pour Le Chevalier Ramsay : «toute philosophie qui s’arrête à la compréhension sans atteindre le cœur n’est au mieux qu’une romance ingénieuse» (Principes philosophiques de la religion révélée).

Je vous propose de terminer avec ce paradoxe philosophique exprimer par Nietzsche : le dégoût de la Vérité à tout prix, la nécessité de l’élégance en restant à la surface des apparences, être superficiel par profondeur !

Fabrice Luchini et Michel Onfray pour en parler à partir de 1h05′.

Illustration à partir du Déjeuner des philosophes [probablement au café Procope], gravure à l’eau-forte (XVIIIe siècle) de Jean Huber. De gauche à droite : Voltaire, le père Adam, l’abbé Maury, d’Alembert, Condorcet, Diderot, de La Harpe.


[1] Maurice Sachot, L’Invention du Christ. Genèse d’une religion, Éditions Odile Jacob 2011, p.135

[2] Jean-Louis Brun, à propos de l’œuvre à faire et citant Souriau, Efficience narrative et la transmission des formes de vie : une approche anthroposémiotique de l’autopoièse dans les pratiques ritualisées, p.283).

[3] Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ? p.18, Gallimard, 1995