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GODF et Grande Loge ANI (Canada) : Le traité d’amitié est signé !

Le Grand Orient de France (GODF) a récemment célébré l’élection de son nouveau Grand Maître, Guillaume TRICHARD. Dans le sillage de cet événement, une délégation de la Grande Loge ANI du Canada, dirigée par le Frère Franco HUARD, Grand Maître, et Sylvain PAQUETTE, Grand Maître Adjoint aux affaires extérieures, a fait le déplacement pour officialiser un traité d’amitié entre les deux obédiences.

De gauche à droite : Dominique Larson, Grand Maître du Grand Orient du Québec – Guillaume Trichard Grand Maître du GODF – Nadja Gordon, Grande Maîtresse de la Grande Loge Haïtienne de St-Jean des Orients d’outre mer – et Franco Huard Grande Loge ANI du Canada

Lors d’une entrevue exclusive avec 450.fm, le Frère Franco HUARD, également connu pour sa contribution au journal via son émission « Sous le Bandeau« , a exprimé sa vision de cette collaboration :

« C’est un jalon mémorable pour la maçonnerie libérale et adogmatique canadienne. Bien que cette forme de maçonnerie soit encore naissante au Canada, elle compte déjà 500 membres, un chiffre modeste comparé aux 200 000 maçons affiliés à la maçonnerie dite régulière en lien avec la Grande Loge Unie de l’Angleterre. Avec nos 200 membres éparpillés à travers le Québec, notamment à Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau, nous sommes fiers d’être la plus grande obédience libérale du pays. Ce traité avec le Grand Orient de France ouvre une nouvelle page d’échange et d’apprentissage pour nous. »

Guillaume Trichard à gauche et Franco Huard à droite.

Ce traité renforcera également les relations avec la seule loge du GODF au Québec, le Lys et la Rose, ainsi qu’avec le chapitre Léon Patenaude qui utilise le temple de Montréal de la Grande Loge ANI du Canada.

La Grande Loge ANI du Canada, fondée il y a plus de quatre décennies, est une institution profondément humaniste, philosophique et progressiste. Elle vise la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle s’engage à améliorer la condition humaine, tant sur le plan matériel que moral, et à promouvoir l’épanouissement intellectuel et social. La loge se distingue par ses principes de tolérance mutuelle, de respect de l’autre et de soi-même, et par son engagement envers la laïcité et la liberté de conscience. Sa devise, « Liberté, Égalité, Fraternité« , reflète ses valeurs fondamentales.

Franco Huard Grand Maitre de la Grand Loge ANI du Canada et Nadja Gordon, Grande Maîtresse de la Grande Loge Haïtienne de St-Jean des Orients d’outre mer

La Grande Loge ANI du Canada a vu le jour grâce à l’inspiration de ses fondateurs d’origine arménienne anglaise. Elle tire son nom de la ville d’Ani, ancienne capitale de l’Arménie, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au fil des années, elle a évolué pour embrasser le multiculturalisme, accueillant des membres de divers horizons professionnels et culturels.

Pour en savoir plus sur la Grande Loge ANI du Canada et ses activités, visitez leur site officiel.

La kabbale, cette autre Bible

La Kabbale (de l’hébreu Qabalah, tradition, acceptation) peut se définir simplement comme une lecture commentée des textes bibliques. Mais elle est bien plus ! Comment est née cette mystique juive? Voici son histoire : Entrons dans la légende…

Origines légendaires

Imaginons. Nous sommes en 1250 avant Jésus-Christ, au pied du Mont-Sinaï, dans le djebel Mousa, où les Hébreux sortis d’Egypte ont installé leur camp. Ce matin-là, alors que le soleil levant incendie le ciel, soudain le son strident d’une batterie de trompettes déchire l’air, terrorisant les nomades réunis. Moïse, leur chef charismatique, saisit un vase rempli du sang d’un mouton sacrifié et, pour sceller l’alliance avec le Seigneur, en asperge le premier rang des bergers, qui en ont le visage rougi. Selon la demande divine, il monte ensuite seul en haut de la montagne, peu à peu enveloppée dans un épais nuage de fumée couleur d’encre, et il entend la voix du Dieu d’Israël dont l’écho retentit jusqu’au creux de la vallée: « Viens jusqu’à moi ! Voici les tablettes de pierre sur lesquelles j’ai écrit les Commandements de la Loi, pour que tu les enseignes aux Israëlites ! ». A cet ordre, Moïse pénètre lentement dans l’écran de fumée noire et disparaît : il surgira 40 jours plus tard sur la montagne, dans le triangle d’une lumière éblouissante. Avec en mains les deux pierres plates gravées, pour passer les consignes divines à son peuple de fugitifs qui l’a attendu. Ils l’écoutent, subjugués, puis partent avec lui vers leur destin…

…Une donnée importante apparaît ici : Dieu vient d’indiquer aux hommes que leur outil de communication est le Verbe mais ce Dieu qui est descendu sur le Mont-Sinaï pour transmettre au peuple les premiers éléments de la Torah, c’est à dire de la Bible naissante, ce Dieu qui a pris la parole humaine pour se faire comprendre, est absent de la terre des Hommes, il n’habite pas parmi eux, parmi cette foule bruissante qui s’étire dans le désert ! En quelque sorte, il a abaissé le ciel d’où il vient et il en est descendu pour se mettre au niveau de l’homme. Ce qui signifie, à l’inverse, que l’homme, lui, peut tenter de s’élever vers le ciel, royaume de la perfection, paradoxalement en se penchant avec humilité sur le texte sacré ! Dieu étant la perfection, l’homme est donc invité, c’est évident, à la verticalité spirituelle pour se parfaire et à l’horizontalité sociale pour communiquer avec ses semblables. Ainsi naît déjà la symbolique de l’équerre, qui rejoint celle du lumineux compas créateur.

La Bible, un grand livre d’aventures

Il faut donc, se disent les témoins érudits de l’époque, consigner par écrit ce Verbe, l’enrichir des prescriptions divines et des aventures humaines conséquentes. Il faut rapporter la vie de ce peuple méditerranéen qui lutte, souffre, réfléchit, rencontre Dieu et dialogue avec lui. Il faut l’enseigner par toute la terre, grâce à un livre de référence, de fait un modèle de vie, qui va devenir le grand livre de l’humanité. La Bible, née au désert avec Moïse, au XIIIème siècle avant Jésus-Christ, sera ainsi écrite pendant quelque huit cent ans, au fil de 40 livres, par des scribes appliqués sous la dictée des héritiers de la tradition orale. Elle est composée de deux parties : Primo, l’Ancien Testament (qui veut dire ici Alliance) comprenant en 13 livres communs aux Juifs et aux Chrétiens, tous les écrits se rapportant précisément à l’alliance de Yahvé, le dieu des juifs, avec ce peuple. Et secondo, le Nouveau Testament, concernant en 27 livres propres à l’ensemble des confessions chrétiennes, l’alliance établie ensuite par Jésus-Christ. Il sera achevé après sa mort, au premier siècle de notre ère.

La Bible écrite, Jésus-Christ crucifié, l’errance et les batailles stoppées, une sorte de grand silence méditatif s’installe sur le monde occidental. Les sages et docteurs juifs, ces décrypteurs de la Bible, appelés les « massorètes », font le bilan des millénaires écoulés. Apparaît alors dans leurs échanges, la métaphore du sang et de l’encre. Le sang, c’est le ciel rougeoyant derrière Moïse sur le Mont-Sinaï, c’est celui du mouton sacrifié, c’est encore celui des milliers de guerriers qui se sont entretués pendant un millénaire, c’est enfin le sang du Christ mort, le cœur transpercé par une lance. L’encre, c’est le nuage noir sur le même Sinaï, au moment de la réception des tables de la Loi par Moïse; l’encre, c’est aussi les milliers de pages noircies par l’écriture de la gigantesque Bible. Le sang, c’est la vie quand il est contenu dans un corps, et la mort quand il est répandu. En revanche, l’encre, répandue dans les signes tracés, c’est la vie consignée par écrit, mais c’est aussi la mort quand l’encre reste contenue dans un flacon, puisque la page, sans signes, reste blanche et muette…

…Le sang, symbole de l’imagination, de l’instinct et des pulsions et l’encre, symbole de la raison, de la maîtrise de soi et de la sagesse, ne sont-ils qu’une même réalité combinée, qu’un même secret ? La Bible ne les contient-elle tous les deux? Et partant, ce livre sacré, par quelque magie de ses concepteurs, ne recèlerait-il pas des vérités cachées ? Ne faut-il les chercher au fil de ses pages ? Dieu lui-même ne s’est-il interposé dans la calligraphie de la Torah, pour lui donner un sens à découvrir ? En fait, n’aurait-il pas donné à Moïse, en même temps que les Tables de la Loi, une autre Loi, orale et secrète ? Autant de questions que se posent plusieurs rabbins, dans le renouveau culturel et religieux qui anime le midi de la France, notamment le Languedoc, dans les années 1150/1200.

La Kabbale, une théosophie complémentaire

Ainsi voit le jour, autour de Montpellier, un nouveau livre de connaissances, une suite de la Bible en quelque sorte. Ainsi, un millénaire après Jésus-Christ, apparaît la Kabbale, ou Quaballah, mot qui, nous venons de la dire, signifie à la fois tradition et acceptation. Tradition, comme véhicule de la transmission ésotérique et initiatique de maître à élève. Acceptation, parce que la Kabbale est transmise alors à des initiés qui sont des « acceptés » devant Dieu et qui la reçoivent, tel un cadeau.

Comme la Bible, la Kabbale est une théosophie formée d’une succession de livres et de textes, dont on connaît certains auteurs. Son écriture, sa réécriture même, vont s’étaler également sur plusieurs siècles, jusque dans les années 1700 , à partir de premiers textes retrouvés, notamment le « livre d’Enoch » (anagramme de Cohen) datant de la destruction du second Temple de Salomon et du « livre de la création » (Sefer Yetsirah) écrit au 3ème siècle. Les deux grands ouvrages générés par les précédents sont le « Livre de la clarté » (Sefer Habahir) et le « livre de la Splendeur », plus connu sous le nom de Zohar. Celui-ci aurait été commencé par le rabbi Bar Yochaï en Palestine et, ce dont on est sûr, c’est qu’ il a été reformulé par l’espagnol Moïse de Léon au XIIIème siècle. D’autres grands noms sont attachés à la Kabbale, comme Isaac l’aveugle, qui aurait reçu des révélations divines. Puis Moïse Cordovero, Abraham Aboulafia, et Isaac Louria, le cabaliste de l’époque moderne : chacun d’eux a travaillé sur des milliers de documents, avec l’obsession de découvrir des sens cachés dans la Torah.

L’idée centrale de la Kabbale, c’est que tout le processus cosmogonique s’est construit et continue de se construire à partir du souffle du dieu vivant (Rouah). Elle n’hésite pas à utiliser des allégories sexuelles à propos de « l’ein sof », l’infini, l’Etre supérieur fécondant l’univers. C’est cette semence divine qui a crée les sons, les ondes sonores, donc le Verbe, et partant une « mise en lettres » de ces sons pour former les 22 lettres de l’alphabet hébraïque, qui correspondent elles-mêmes aux 22 premiers nombres. L’ensemble constitue la « vibration primitive ». La poésie kabbalistique affirme que ces 22 lettres sont des anges, artisans de la création!

L’arbre séphirotique, un transmetteur d’énergie

Comment matérialiser cette force divine au service de l’homme ? Le livre de la création a proposé l’image de l’arbre dont la sève se propage au long de ses branches. Ainsi après l’idée centrale de la Kabbale, le souffle, sa construction centrale, c’est l’arbre de vie. La Kabbale postule que, par la racine du mot même et donc de l’arbre, l’homme reçoit et accepte de Dieu une voie tracée par les archétypes inscrits dans cette arborescence. Quand on parle de « voie tracée », il s’agit précisément de « traces divines » : elles sont impalpables à la manière de flammes, dont le brasier serait Dieu. Ces émanations divines sont au nombre de 10. Elles se nomment les sephiroths. Ce mot vient de « saphir » la pierre précieuse. En ce sens, les sephiroths reflètent l’éclat de la divinité.

Cette symbolique circulaire est tellement riche qu’avec l’arbre séphirotique, on peut penser que « tournent » la parole, la lumière, l’énergie, l’eau, etc. Sur le diagramme (cf schéma ci-après) qui représente cet arbre séphirotique, nous pouvons voir le positionnement de desdites séphiroths. Le schéma se lit de haut en bas, mais aussi de bas en haut. Le plus simple est d’imaginer que les cercles sont des vases alimentés par l’épanchement de la lumière originelle, émanant du vase supérieur. Ces vases sont aussi bien des récepteurs que des transmetteurs d’énergie. Dans l’ordre, ils ont pour nom : 1. KETHER, la couronne symbolisant Dieu- 2. HOKHMA, la sagesse – 3. BINAH, l’intelligence – 4. HESSED, l’amour – 5. GEBOURAH, la force – 6. TIPHERET, la beauté – 7. NETSAH, la victoire – 8. HOD, la gloire – 9. IESOD, le fondement – 10. MALKHOUT, le royaume. Les séphiroths symbolisent également, entre autres, le système planètaire et son mouvement.

Une lecture horizontale de l’arbre séphirotique, montre trois niveaux de l’être humain. Le premier niveau est lié à l’esprit, le second à l’affectivité, le troisième à l’action (celui qui concerne, précisément, le Grand Pontife, au 18ème degré du REAA). Une lecture verticale révèle une double centralité avec la beauté, qui représente l’équilibre suprême du cœur et le fondement, qui suggère la transmission et constitue la base de la reproduction de l’arbre, en quelque sorte la stabilité de l’édifice.

En tant que symboles, les séphiroths ne reflètent que les signifiants et signifiés que chacun y projette. Lorsque la Kabbale précise qu’elles émettent des vibrations, en termes d’émanation, de création, de formation (œuvre) et d’action, c’est donc l’esprit et la sensibilité individuelle qui sont interpellés ou non. L’interprétation rationnelle ou irrationnelle appartient à l’utilisateur du diagramme. Les mages kabbalistes affirment pour leur part, qu’une patiente fixation des graphismes des noms choisis sur l’arbre séphirotique, fait surgir une vive et bienfaisante lumière. Elle pénètre alors les yeux du contemplateur et installe en lui les sentiments exprimés par le principe observé. A chacun ses visions, bien entendu !

Un fait est certain, en matière de sens caché à découvrir, c’est que toutes les sephiroths, qui sont en soi les caractéristiques même de l’être humain, sont citées dans la Bible, et pour certaines de nombreuses fois, ce qui a permis de les repérer. Elles sont vues par la Kabbale en tant que nombres ayant participé à la création de l’univers. C’est à partir du « Livre de la clarté » où elles sont qualifiées « d’attributs divins », qu’elles ont été recensées au 12ème siècle, puis organisées ensuite par Isaac l’Aveugle, pour finalement devenir la matière du Livre de la splendeur, le célèbre Zohar, conçu par le précité Moïse de Léon en 1280.

L’arbre séphirotique ci-après indique la correspondance traditionnelle des séphiroths avec les officiers de la loge maçonnique.

Kabbale et franc-maçonnerie

Comment la Kabbale s’est-elle introduite dans les loges maçonniques ? Souvenons-nous que la franc-maçonnerie spéculative, qui à ses débuts, comptait dans ses rangs des astrologues, des hermétistes, des alchimistes mais aussi des cabalistes, a incontestablement été influencée par ces « sciences parallèles » de l’époque. C’est ainsi que la numérologie kabbaliste, dénommée alors « guematria » – d’où la géométrie a tiré son nom – a pénétré les rituels et perdure aujourd’hui, à travers la symbolique maçonnique des nombres, de 0 à 10.

Il faut d’ailleurs rappeler ici que la maçonnerie a bien failli basculer dans l’occultisme pur et dur au XIXème siècle, quand nombre de loges, tant en France qu’en Allemagne, ont connu la tentation magique et l’influence du spiritisme. A noter encore que des grands noms de la maçonnerie comme Papus, René Guénon, Jules Boucher, ont participé à ce mouvement ésotériste avancé à travers la mystique martiniste. C’est d’ailleurs à Boucher que l’on doit l’établissement d’une correspondance entre les dix séphirots et le positionnement des officiers de loge bleue dans le temple, tel qu’il apparaît sur le diagramme.

On ne peut convenir d’une simple coïncidence quand on sait qu’après les nombres, le deuxième thème cardinal de la Kabbale est la mise en lumière de l’homme comme microcosme, et la loge maçonnique symbolisant elle-même ce microcosme. Nous sommes bien ici, avec le collège des officiers, en présence d’un organisme vivant et s’articulant par connexions, à l’image exacte de l’arbre séphirotique. A ceci près toutefois, que l’emplacement des officiers pouvant différer selon les rites, le réseau analogique connaît obligatoirement des variantes.

En conclusion, il convient de dépasser la mauvaise réputation faite à tout ce qui a trait au «kabbalistique», si l’on veut saisir ce qu’est la vraie Kabbale. Elle est une grille de lecture de la Bible, certes, mais aussi à sa façon, une doctrine d’initiation à une spiritualité qui, si je puis dire, ouvre plus grands encore, les yeux de l’imagination. C’est cette dimension instructive supplémentaire, cet élargissement métaphorique de notre connaissance, qui doivent être retenus par les francs-maçons que nous sommes, et non la représentation fausse d’une turbulente théosophie magico-occultiste. « Là où finit la philosophie, commence la sagesse de la Kabbale » dit le Rabbi Nahman de Braslav.

Franc-maçonnerie : notre Top 10 des livres en anglais…

Alors qu’en France pointe la rentrée littéraire classique – 466 livres dont 321 romans français, 145 traduits et 74 premiers romans – et son sempiternel cortège de recommandations, 450 innove et vous propose, pour changer, une sélection d’ouvrages maçonniques en anglais. En quelque sorte un TOP 10 !

Avouons aussi que le site de la Juridiction nord du Rite Écossais Ancien et Accepté – Scottish Rite Masonic Museum & Library – a été une bonne source d’inspiration…

Des ouvrages, en anglais bien sûr, traitant du symbolisme maçonnique, de l’histoire de la franc-maçonnerie, aux États-Unis principalement.

Notre coup de cœur va à notre dixième et dernière proposition…

albert Pike.

Albert Pike’s The Porch and the Middle Chamber: The Book of the Lodge: A Ritual of the Scottish Rite Blue Degrees

by Arturo de Hoyos

Le porche et la chambre du milieu d’Albert Pike : Le livre de la loge : un rituel des degrés bleus du rite écossais par Arturo de Hoyos

Arturo De Hoyos a préparé la seule impression complète et autorisée du rituel du Rite Écossais de Pike pour les trois degrés symboliques. Cette réimpression du rituel et des diplômes de Pike comprend une introduction de 100 pages, des annexes et des traductions de deux premiers rituels. Il s’agit d’une excellente lecture pour les étudiants en histoire du rite écossais et les frères intéressés à en savoir plus sur les origines de notre rituel.

Approaching the Middle Chamber: The Seven Liberal Arts in Freemasonry & the Western Esoteric Tradition

by Jaime Paul Lamb

Approche de la Chambre du Milieu : les sept arts libéraux de la franc-maçonnerie et la tradition ésotérique occidentale par Jaime Paul Lamb

Un livre bien écrit, bien documenté et très accessible qui explore les liens entre les sept arts et sciences libéraux et la franc-maçonnerie, ainsi que d’autres traditions ésotériques. Décrit comme un « classique instantané et une lecture incontournable pour tous ceux qui ont emprunté l’escalier en colimaçon menant à la chambre du milieu ».

The Archetypal Temple and Other Writings on Masonic Esotericism

by Jaime Paul Lamb- Le temple archétypal et autres écrits sur l’ésotérisme maçonnique par Jaime Paul Lamb

Cette collection d’essais mettant en lumière la relation de la franc-maçonnerie avec l’ésotérisme occidental « regorge d’idées et d’observations sans précédent ». Lamb examine le rituel et le symbolisme maçonniques du point de vue de l’astrologie, de la cosmologie et de la philosophie occulte, illustrant la franc-maçonnerie en tant que tradition vivante et évolutive. Chaque essai stimulant de cette collection augmentera votre compréhension de la franc-maçonnerie et approfondira votre lien avec le métier.

Brought to Light: Contemporary Freemasonry, Meaning, and Society

by J. Scott Kenney –

Mis en lumière : franc-maçonnerie contemporaine, sens et société par J. Scott Kenney

Après plus de 15 ans en tant que franc-maçon, le frère J. Scott Kenney a décidé d’appliquer les méthodes et les outils théoriques de la sociologie contemporaine pour étudier l’expérience des francs-maçons modernes. Ce livre éclairant est le résultat d’une étude approfondie de la part de l’auteur. S’appuyant sur sa propre expérience dans le métier, Kenney a également mené des entretiens avec 121 francs-maçons contemporains à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse et a recherché des séquences vidéo tournées pour un long métrage sur la franc-maçonnerie contemporaine.

The Fraternal Atlantic, 1770-1930: Race, Revolution, and Transnationalism in the Worlds of Freemasonry

edited by Jessica L. Harland-Jacobs, Jan C. Jansen and Elizabeth Mancke.

L’Atlantique fraternel, 1770-1930 : race, révolution et transnationalisme dans les mondes de la franc-maçonnerie édité par Jessica L. Harland-Jacobs, Jan C. Jansen et Elizabeth Mancke.

The Fraternal Atlantic examine la franc-maçonnerie dans le monde atlantique des XVIIIe et XIXe siècles. Réparti à travers six études de cas uniques, cet ouvrage scientifique illustre le rôle crucial que la fraternité a joué dans l’impérialisme, les migrations à grande échelle et les bouleversements sociopolitiques de la révolution qui ont façonné le monde atlantique. Découvrez comment le fraternalisme a offert aux gens la possibilité de nouer des liens dans des régions du monde diverses et largement séparées à une époque charnière de l’histoire.

Freemasonry and the Origins of Latter-day Saints Temple Ordinances

by Jeffrey M. Bradshaw

La franc-maçonnerie et les origines des ordonnances du temple des saints des derniers jours par Jeffrey M. Bradshaw

Pendant des années, les chercheurs ont réfléchi aux similitudes entre l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, leur temple et la doctrine introduite par Joseph Smith – fondateur des Mormons et franc-maçon lui-même (rejoignit la fraternité en 1842) –, le prophète, et la franc-maçonnerie. Ce texte fait une comparaison réfléchie et intellectuelle entre le culte du temple des saints des derniers jours et la franc-maçonnerie moderne. Comme l’écrit l’historien et auteur Don Bradley, Bradshaw « présente la révélation de Joseph Smith sur les anciens rituels du temple et ses rencontres avec la franc-maçonnerie non pas comme des récits concurrents sur l’origine du culte des saints des derniers jours au temple, mais comme des aspects d’un seul et même processus divinement guidé. » [NDLR : L’UNADFI dénonce le mouvement de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours comme secte en raison du rôle de la femme qu’elle juge subalterne et de l’enseignement religieux des enfants qu’elle qualifie d’endoctrinement. Le CCMM (Centre contre les manipulations mentales) ne considère pas ce mouvement comme dangereux. La Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) a estimé que l’Église est « un groupe religieux qui ne pose pas de problèmes en France » et Miviludes déclare que les mormons ne constituent pas une secte.]

Freemasonry in the Revolutionary Atlantic World

by Hans Schwartz – La franc-maçonnerie dans le monde atlantique révolutionnaire par Hans Schwartz

Le XVIIIe siècle a été une période de profonds changements politiques, sociaux et économiques dans le monde transatlantique. Ce travail récent de Schwartz jette un nouvel éclairage sur le rôle de la franc-maçonnerie dans la formation de réseaux commerciaux internationaux, l’organisation de la résistance à la domination britannique dans les colonies américaines et le développement d’Haïti, des Caraïbes et de l’Afrique atlantique. Tous les amoureux de l’histoire américaine apprécieront ce livre et son examen de l’impact de la franc-maçonnerie sur le monde atlantique et les premières républiques américaines. Disponible chez Barnes and Noble

Freemasonry on the Frontier – La franc-maçonnerie à la frontière

Cette collection de dix-sept articles originaux rédigés par d’éminents chercheurs et universitaires maçonniques a été soumise pour la conférence 2020 du Quatuor Coronati Lodge aux États-Unis. Ces textes académiques retracent l’évolution de la franc-maçonnerie en Amérique depuis les treize colonies originales vers l’ouest jusqu’à la côte du Pacifique.

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Freemasonry : Ritual, Symbols, & History of Secret Society

by Mark Stavish – Franc-maçonnerie : rituels, symboles et histoire de la société secrète par Mark Stavish

« Avec des exercices et des suggestions de lectures, cette exploration passionnante est un outil d’apprentissage essentiel qui permettra de répondre aux questions et d’éclairer d’autres mystères maçonniques, dont l’initiation et la Parole perdue. »

Ce livre est une lecture fascinante, que vous soyez nouveau dans la franc-maçonnerie ou un franc-maçon chevronné du rite écossais. Écrit par l’auteur et franc-maçon Mark Stavish, il examine la philosophie de la maçonnerie et le code moral partagé par tous les maçons. Les lecteurs découvriront comment les diplômes supérieurs de la maçonnerie, en particulier les diplômes du rite écossais, ont été influencés par des croyances et des pratiques occultes, et comment la maçonnerie est liée au roi Salomon, à l’architecture gothique et bien plus encore.

Inventing the Future: the 1723 Constitutions

by Ric Berman – Inventer le futur : les Constitutions de 1723 par Ric Berman

Il y a 300 ans, les Constitutions des francs-maçons – les « Constitutions de 1723 » – étaient publiées en Angleterre. Dans son nouveau livre, l’auteur Ric Berman explique comment les principes des Lumières, notamment la tolérance religieuse et la démocratie constitutionnelle, ont constitué les fondements philosophiques de la franc-maçonnerie moderne. Cet excellent ouvrage historique cadre le contexte politique et social de la création des Constitutions, identifie les principaux protagonistes et examine certaines des conséquences de sa création.

Le Dr Richard (Ric) Berman est l’auteur de The Foundations of Modern Freemasonry, « Les fondements de la franc-maçonnerie moderne », publié pour la première fois en 2011 et qui en est maintenant à sa deuxième édition ; Schism (2013), une étude sur les origines de la franc-maçonnerie des Anciens et son conflit avec la première Grande Loge d’Angleterre, Les Modernes et Loyalists & Malcontents (2015), qui retrace les origines de la Franc-Maçonnerie dans le Sud profond de l’Amérique.

Notre Frère Ric est titulaire d’une maîtrise en économie de l’université de Cambridge et d’un doctorat en histoire de l’université d’Exeter. Il a poursuivi ses recherches au centre de recherche sur l’histoire de l’Europe moderne de l’université d’Oxford en tant que chercheur principal à l’université Brookes d’Oxford. Ses principaux domaines d’étude sont l’histoire britannique, irlandaise et nord-américaine du XVIIIe siècle. Il a été le conférencier Prestonian pour 2016.

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L’obélisque : un monument pour quelle grandeur ?

Pour commémorer la visite que Monsieur, frère du roi, avait faite, en 1775, des travaux furent entrepris par les associés de la Compagnie Perrache pour la jonction des deux branches de la route de Lyon/Paris dans le faubourg de Vaise.

Jean François Lallié (ou Lallier) alors ingénieur en chef de la province, de la Généralité, accomplit en 1782 les agencements de convergences d’itinéraires de plusieurs grandes routes et c’est pourquoi lui sont confiés les plans techniques de l’obélisque pyramidal destiné à en célébrer la fin des travaux avec dédicace au roi victorieux et pacificateur du traité de Versailles, Louis XVI. L’Académie fut consultée pour les inscriptions à y mettre. L’obélisque sera achevé en 1783.

La nouvelle porte de Lyon fut désignée par l’appellation de la Place de la Pyramide de la Paix. Le lieu recevait son nom du signe de son aménagement.

Cet édifice allégorique fut naturellement et symboliquement abattu lors du siège de Lyon par les révolutionnaires, le 5 décembre 1793. Beaucoup de Vaisois périrent victimes de la haine des Jacobins qui s’en prirent même aux monuments. C’est ainsi que le 15 frimaire fut démolie la pyramide élevée à la gloire de la Paix. On planta à sa place un arbre factice de la Liberté.

Par la suite elle fut remplacée par une fontaine en bassin de pierre. La place devint Place Valmy le 30 Octobre 1944 mais le nom d’origine perdure dans la toponymie locale et dans la mémoire collective des habitants.

La pyramide de la Paix fut installée au milieu d’une place circulaire, c’est un obélisque d’environ cinquante pieds de hauteur (16,50 mètres) surmonté d’un globe en métal doré semé de fleurs de lys, sur lequel repose une colombe portant au bec un rameau d’olivier. Cet obélisque est entouré de 12 bornes unies entre elles par de fortes chaînes en fer. La place a quatre cent soixante-dix pieds de circonférence (155 m, soit 50 m de diamètre environ) ; elle est plantée de tilleuls, avec des bancs en pierre dans les intervalles.

Il s’agit d’un monument à base carrée, monté sur trois marches, en pierre claire à grain fin de type pierre de Villebois ou pierre de Sault-Brenaz (Ain) ; il y avait au XVIIIe siècle, une tradition de transport des pierres par barges sur le Rhône supérieur.

Des inscriptions sont portées sur les quatre tables du piédestal :

Sur la table, orientée face à la ville de Lyon, figure une dédicace au roi de France, rédigée en latin :

Sur la table orientée face aux deux voies royales est seulement gravé : MDCCXXXIII. Ce millésime évoque les deux traités  de Versailles du 3 Septembre 1783. Le premier mit fin à la Guerre d’Indépendance américaine et reconnaissent l’indépendance des 13 États-Unis d’Amérique, à la suite de la défaite des anglais. Le même jour, un traité franco-anglais confirmait à la France les possessions coloniales acquises par elle, en Amérique notamment.

Sur les deux autres tables est fait mention des voies royales qui aboutissent à cet endroit : La voie royale 6, qui part de Fontainebleau, dite route de Bourgogne et se rejoint avec la voie royale 7 qui part également de Fontainebleau, dite route du Bourbonnais.

Comparaison des obélisques jumeaux dédiés à la famille royale et placés aux extrémités des deux routes reliant Paris et Lyon

Pyramide de la Paix à Vaise érigée en 1783Obélisque à Fontainebleau érigé en 1785
  Site choisi Au centre d’une place ronde où aboutissent plusieurs voies en étoile marquant l’achèvement des deux routes importantes reliant Paris et Lyon Celle par la Bourgogne (la royale 6) et celle par le Bourbonnais (la royale 7)  
  Architectes  
Jean-François Lallier Ingénieur en chef de la Généralité de Lyon Sous l’intendance de M. de FlessellesRousseau pour M. de Chayssac Grand Maître des eaux et Forêts
  Hauteur du sol à la pointe du pyramidion  
  16 mètres21 mètres copie réduite de moitié de l’obélisque de la place St Pierre à Rome
  Matériau : Pierre de taille  
Pierre de Villebois dans l’AinCalcaire blanc
Ornement sommital  
Globe de métal doré semé de fleurs de lys sur lequel est posé une colombe portant au bec un rameau d’olivier
Symbole de la Paix
En 1785, ornement inconnu En 1792, massue surmontée d’ un bonnet phrygien en fer blanc. En 1805, l’aigle impérial. En 1814, enlèvement de cet ornement.
Symbole de Liberté.
Ornements de la base  
12 bornes en pierre disposées selon un carré et reliées entre elles par des chaînes.16 bornes en pierre disposées selon un cercle et reliées entre elles par des chaînes. En plus, 4 colonnettes (bornes militaires) placées en 1785 aux angles de l’obélisque, restaurées et transférées en 1817 à l’origine des routes qu’elles indiquent
Inscriptions  
En latin : à Louis XVI…   Le millésime de 1783 commémore les traités de Versailles   Les voies royales qui aboutissent à cet endroitA Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France et à ses trois enfants Côté Nord : à Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France et de Navarre Côté Est : Louis-Charles, Duc de Normandie, né le XXVII mars MDCCLXXXV Côté Sud : Louis-Joseph, dauphin, né le XXII octobre MDCCLXXXI Côté Ouest : Marie-Thérèse de France, Madame, née le XXVIII décembre MDCCLXXVIII  
Actuellement  
Démolie le 5 décembre 1793   Subsistent des archives – dessins, plans avec coupes côté. Descriptions précises permettant la reconstruction à l’identiqueRestaurée en 1990 par M. COLETTE, architecte en chef des monuments historiques   Subsistent les plans d’origine, côtés, plus détaillés que ceux de Vaise, donc permettant de les compléter pour le détail

L’Obélisque de la Paix doit-il resté détruit parce qu’il fut dédicacé à Louis XVI, au traité de Versailles ? Alors pourquoi celui de Marie-Antoinette a-t-il su retrouver son faste?

Il est à la charge des artisans des mondes nouveaux de reconstruire sans cesse sur le plan symbolique, les repères de l’unité de la nation. La reconstruction de Notre Dame de Paris, après son incendie, en est un des témoignages contemporains. Les historiens s’attèlent à l’écriture de l’histoire d’un peuple ; l’école se charge de sa diffusion. Pierre Nora a raconté comment, en France, se sont constitués lieux de mémoires et stéréotypes, Alésia et Verdun, Jeanne d’Arc et Louise Michel, Napoléon III et Victor Hugo, tout un matériau composite, vivant parce que sans cesse retravaillé, réécrit, réinvesti par des sensibilités nouvelles, des parti pris, des passions partisanes.

Le sens des obélisques

Broche à rôtir c’est ce que signifie en grec le mot obéliskos qui a donné obélisque. L’origine du nom nous dit la forme : un pieu pour traverser l’animal à rôtir. Notre obélisque s’est redressé et ce qu’il traverse c’est le ciel, l’espace, il est une flèche pointée en direction du centre immuable de la lumière : le soleil ; il devient lui-même un rayon de soleil. L’obélisque sera l’intime de ce que permet de faire le soleil. Le soleil donne le temps, celui qui partage le jour, celui qui répète les saisons. Le soleil regarde la terre et la mesure. Interrogeons le.

Dis soleil, quelle heure est-il ?

L’obélisque sera gnomon, aiguille de cadran solaire géant dont l’ombre portée indique le temps ; et plus il est haut, plus les calculs sont précis.

Au temps d’Edfou, entre Karnak et Assouan, construit sur l’ordre de Ptolémée III et de son fils, il y a un pylône célèbre, le 6ème qui a joué le rôle de gnomon.

L’empereur Auguste en fit construire un à Rome, sur le Champ de Mars, en l’an 10 avant notre ère. Le cadran était constitué d’un obélisque de 22 mètres de hauteur environ, rapporté d’Héliopolis. L’obélisque se trouve toujours à Rome, mais sur la place Montecitorio. Il portait une ombre sur un demi-cercle tracé sur un pavage de marbre au sol. Il ne comportait pas de graduation et l’heure était uniquement indiquée par la position de l’extrémité de l’ombre, repérée grâce à des lignes horaires. Ce type de cadran solaire a un inconvénient : l’extrémité de l’ombre devient floue dans la pénombre. Pour y remédier, les Romains ont placé une sphère en haut de l’obélisque, qui portait une ombre plus nette.

Déjà pour Anaximandre (présocratique) la pointe du gnomon est l’image  de la terre flottant dans l’univers, comme les cathédrales seront les coques renversées du bateau-terre glissant dans les cieux.

 Dis soleil, quelle date sommes-nous ?

L’obélisque sera bien sûr méridienne

L’image du Soleil se projette chaque jour sur la ligne méridienne au moment du vrai midi solaire. Chaque jour, cette image change de place sur la ligne méridienne et marque ainsi la date. Les positions extrêmes sont atteintes aux solstices. Une méridienne est ainsi un calendrier naturel.

À Paris, deux méridiennes historiques existent : L’une, tracée selon les calculs de Gio Domenico Cassini par son fils Jacques, se trouve à l’observatoire. L’autre, commencée par l’horloger Henri Sully et achevée en 1743 par l’astronome Charles Le Monnier se trouve dans l’église Saint Sulpice. C’est une bande de cuivre de 40 mètres de longueur encastrée dans le marbre: elle part du transept Sud et se poursuit jusqu’à un obélisque placé contre le transept Nord qui reçoit des tâches de lumière indiquant les équinoxes. La ligne de cuivre établie en 1727, représente la course du rayon de soleil qui pénètre dans l’église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord sur l’obélisque, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l’obélisque, on arrivait ainsi à déterminer l’équinoxe du printemps, le dimanche de Pâques et l’heure de midi. Cet ensemble est ce qu’on appelle une méridienne

Dis soleil, donne nous la mesure de la terre 

 En grec, ce mot de gnomon désigne ce qui comprend, décide, juge, interprète et distingue, règle qui permet de comprendre. La construction du cadran solaire met en scène l’ombre et la lumière naturelle interceptés par cette règle, appareil de connaissance.

C’est à l’aide d’un obélisque (en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av. J.-C.) qu’Ératosthène (il fut nommé à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie), vers 205 avant notre ère, calcule la première estimation de la circonférence terrestre[1]. En se servant de la différence d’inclinaison des ombres du Soleil, le jour du solstice d’été. Ératosthène sait qu’à Syène, aujourd’hui Assouan en Égypte, le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith.

L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que font les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur d’un méridien (circonférence passant par les pôles), il «suffit» à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. Selon le mythe, un bématiste[2] compta alors 5000 stades. Le calcul de proportionnalité avec un angle de 7,2 degrés (l’angle au centre égal celui calculé sur la surface d’après la propriété des angles alternes-alternes) et une mesure de 157,5 mètres pour 1 stade donne 39375 km (le cercle ayant 360° le calcul s’établit ainsi: 5000×157,5/7,2×360) à comparer avec les 40007,8 actuellement mesurés!

Ainsi le gnomon, donnant ce passage du lumineux au sombre, dit qu’il connaît. Cette idée est dans ces paroles de Michel Serres : «Oui, la géométrie porte justement le nom de sa mère la terre sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l’aide du gnomon, elle demeure à l’ombre comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science; la géométrie sommeillait sous la terre ou rêvait dans l’éclat du soleil. Le gnomon des anciens Grecs ou des Babyloniens l’a, peu à peu, réveillée le long des formes singulières communes à l’ombre et à la lumière». C’est ce que fit Thalès en élaborant au VI e siècle avant J.-C. les fondements de  la géométrie, il le fit notamment dans l’ombre de la pyramide de Khéops. Ayant établi un rapport entre la taille de sa propre hauteur et de son ombre portée sous le soleil égyptien, et ayant mesuré la longueur de l’ombre de la pyramide, il transposa ce même rapport pour calculer la mesure de la hauteur de la pyramide. Ce rapport qui permet de passer du petit au grand, dans la similitude des proportions, est dit rapport d’homothétie.Peut-être fut-ce un bâton planté dans le sable qui servit de mesure? Peut-être était-ce Khéphren ou Mykérinos, peu importe. Nous sommes, comme Thalès, à l’ombre de toutes les pyramides qui, dans un rapport d’homothétie, à partir de l’ombre d’un bâton ou de nous-mêmes debout dans toutes les lumières, nous permettent de calculer l’immensité, de la ramener à notre dimension ou inversement de nous donner la mesure du plus grand que nous.Nous sommes des géomètres parce que nous sommes entrés ici.

L’obélisque sera l’intime de la représentation symbolique du ciel et de son immensité.

Par sa verticalité, l’obélisque s’apparente à la vaste famille des pierres levées, il devient le lien entre ciel et terre, le médiateur entre ici-bas et l’infini, entre la finitude de la vie et l’éternité de la mort. C’est pourquoi l’obélisque sera dressé, comme un lien avec les forces cosmiques, à l’entrée des temples,  des tombeaux.

Pour les Égyptiens, le sommet de l’obélisque, appelé pyramidion, est souvent recouvert d’or parce qu’il est la montagne cosmique, la colline primordiale, la première terre émergée des eaux sur laquelle se posa le premier rayon de soleil. Une idée analogue est prêtée à Hermès Trismégiste pour qui le sommet pyramidal symboliserait le verbe démiurgique, puissance première inengendrée mais émergée du père et gouvernant toute chose créée. C’est pourquoi les obélisques pouvaient être faits de matériaux précieux : Thoutmosis III (v. 1504 – v. 1450 av. J.-C.) fit édifier deux obélisques en électrum massif (métal contenant 75 % d’or), mesurant 6,50 m de haut et pesant 32 tonnes chacun.

La forme du pyramidion nous oblige à dire tout de même quelques mots sur la symbolique du triangle quand il est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l’origine. Pour Pythagore Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l’Esprit manifesté, de la matière, et de l’Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique , c’est ce que dit aussi hermès Trismégiste.

Cette monade trinitaire est un triangle équilatéral. Le sommet est le UN ; non pas le nombre mais l’unité qui est en contact avec le vide, l’Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L’unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu’il faut qu’il y ait le 2 pour qu’il y ait soit augmentation, soit division, pour qu’il y ait autre chose et c’est ce quelque chose d’autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l’unité indénombrable. Avec le 2, le 1 se sépare de l’unité. C’est dans la manifestation du commencement que le Un devient le nombre un. (voir l’article La Tétraktys ou une théorie de l’émanation)

Auguste va exploiter ces symboles dans le cadre de sa propagande personnelle. En effet, comme le rappelle Valbelle : « Dès le règne d’Auguste, le transport et l’érection à Rome d’un obélisque héliopolitain dédié au dieu soleil associent ces monuments caractéristiques de la religion solaire égyptienne à une théologie solaire intégrée à l’idéologie impériale. »

Ses successeurs ne manquèrent pas d’en faire de même. Caracalla fit d’Isis une divinité de l’État romain. Néron, admirateur du despotisme à l’oriental, montra un vif intérêt pour les symboles égyptiens et particulièrement pour les obélisques. Aurélien adopta même le dieu solaire comme dieu suprême de l’Empire. Enfin, Constantin fit lui aussi déplacer des obélisques d’Égypte à Rome. Ornant les places, les temples, les cirques, les bâtiments funéraires, l’obélisque est devenu un élément ornemental incontournable de la Rome antique.

Le monumental de l’obélisque se fait reportage sculpté et prendra place naturellement pour célébrer des évènements marquants d’un règne.

Depuis la nuit des temps, les représentations figurées du Roi dans la capitale, les palais et les châteaux fonctionnent en tant que mise en scène de la monarchie.

Signes de puissance qui signalent où réside l’autorité, ces signes participent de la représentation politique et de ses avatars.

Comme forme architecturale, la pyramide c’est déjà un vestige. Avant de répondre à quelque fonction que ce soit, avant de témoigner de ce qui a eu lieu où elle s’élève, elle s’offre comme le monument d’elle-même : mémoire de la mémoire ou monument dédié à la mémoire. La pyramide inscrit le lieu dans le lieu, rappelle le lieu à sa mémoire de lieu. D’où la faveur qu’elle connaît chez les architectes placés devant la commande d’un signal urbain.

Cathala en 1790 projette ainsi une place de la Bastille avec une colonne qui « représenterait les événements les plus intéressants du règne de Louis XVI et de la Révolution.

 » Les bas-reliefs parleraient de la prise de la Bastille, de l’arrivée du roi et de la reine à Paris, du serment de Sa Majesté sur la Constitution et de l’adhésion des provinces aux décrets de l’Assemblée.

Le 13 juillet de la même année, Barère demande que soit décrété un obélisque construit avec les pierres de la Bastille, où l’on graverait les droits de l’Homme, la prise de la Bastille et la Fédération. Une députation d’artistes vient à la tribune en septembre 1791 proposer que soit édifiée une colonne sur le Champ de la Fédération, où seront gravées les conquêtes de la Liberté, tandis que Mangin et Corbet suggèrent de commencer sans plus tarder un monument consacré aux événements de la Révolution, « figurés sous des traits symboliques. »

Il y a 40 ans, le président Gamal Abdel Nasser inaugurait l’obélisque de Port-Said érigé à la mémoire des martyrs de la ville. Cet obélisque qui se dresse toujours au milieu d’une grande place. est planté sur un immense socle de 6 mètres de hauteur orné de bas-reliefs représentant les différentes phases de la lutte populaire contre l’impérialisme: Révolution du 23 juillet 1952, nationalisation de l’ancienne Compagnie du Canal de Suez. Un verset du Coran est gravé sur le socle.

Sous le Directoire (gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les États-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes républiques avec, de part et d’autre, des saisies de bateaux marchands

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon , qui était un admirateur des États-Unis, il avait un buste de George WASHIGNTON dans son bureau (n’est-ce pas Mr Zins ?) , Bonaparte travailla à restaurer la paix et l’amitié entre les deux nations.

Il invita le Président John ADAMS à entamer des négociations de paix. En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800. Bonaparte put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de «Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine pour le commémorer. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d’allégories célébrant l’union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords.

Comme art investi d’une finalité expressive, l’obélisque en France veut marquer le pouvoir absolu de ses monarques, il veut en scander l’étendue. Pourtant le culte du roi Louis XIV, malgré la propagande royale organisée par Colbert, n’est pas parvenu à soumettre tous les Français dans une commune adoration de son souverain. C’est que ce culte est tourné en priorité 1 – vers la postérité (d’où l’importance de l’obélisque qui symbolise la renommée éternelle), 2 – vers les classes supérieures (il est bien rare de trouver une statue du roi dans un village de cette nation de paysans), 3 – vers les cours étrangères.

Faim, froid, épidémies, la guerre par surcroît : voilà l’origine des grandes révoltes paysannes de ceux qu’on appelait les Croquants, les Nu-Pieds, les Lustucrus, voilà l’origine du mécontentement qui gronde non seulement chez les protestants, mais aussi chez les proches du roi. Ils se retrouveront en 1793 devant l’obélisque pyramidal de Vaise, pour le détruire parce que cet obélisque affirmait, forcément, tout ce qui vient d’être dit à propos des obélisques.

Il est dit que le franc-maçon se construit comme un temple (de Salomon) ou comme une cathédrale. Mais, me souvenant de ces vers extraits du Recueils d’Automne de Victor  Hugo Hélas ! Plus de grandeur contient plus de néant/ La bombe atteint plutôt l’obélisque géant/ Que la tourelle des colombes, je me demande s’il ne serait pas plus humble qu’il se construise en ruche ? Nous en reparlerons dans un prochain article.


[1] La méthode utilisée par Ératosthène est décrite par Cléomède dans sa Théorie circulaire des corps célestes.

[2] Un bématiste (du grec ancien βηματιστής) est un arpenteur de la Grèce antique qui mesurait la distance entre deux points en comptant le nombre de pas (en grec βῆμα / bêma) ; ici en l’occurrence ceux d’un chameau dont les pas étaient réputés égaux et réguliers.

Discours d’installation de Guillaume TRICHARD, Grand Maître du GODF

CONVENT 6023 – 23, 24, 25 et 26 août 2023

Comment commencer ce discours sans vous parler de la chanson que vous venez d’entendre. Elle a pour titre « Barayé » qui signifie en persan (pour) et a été écrite et composée en septembre 2022 par Shervin Hajipour*.

« Pour danser dans la rue. Pour ne plus avoir peur de s’embrasser. Pour ma sœur, la tienne, les nôtres. Pour le regret de ne pas avoir une vie ordinaire… »

Cette chanson est devenue un hymne à la liberté de tous les Iraniens !

Il y a presque un an, le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, une étudiante iranienne de 22 ans, était tuée par la police des mœurs pour « avoir mal porté son voile ». Depuis, la révolution « Femme, vie, liberté » a fait du chemin. Le régime des mollahs est contesté chaque jour par une jeunesse qui n’en peut plus de vivre sous un régime théocratique. Des centaines de morts, des milliers de prisonniers, c’est le prix que sont prêts à payer des Iraniens soumis à des règles insupportables, et en premier lieu les femmes !

Le 16 septembre prochain, le Grand Orient de France s’exprimera sur ce sujet et j’invite vos Loges à faire de même. Le combat pour l’émancipation n’a pas de frontières.

Quand nous entendons sous nos latitudes dire, parfois même dans nos rangs, que la laïcité serait périmée, pensons un seul instant aux Iraniens.

Pensons aussi aux Polonais qui descendent dans la rue régulièrement pour se dresser contre un régime qui interdit pratiquement l’avortement et dont la législation anti-IVG a déjà causé la mort de dizaines de femmes.

 Non, la laïcité n’est pas un combat franco-français réservé à nos seules frontières hexagonales. Plus que jamais, le Grand Orient de France doit être et sera à l’avant-garde.

Aucun relativisme ne nous fera reculer.

C’est en ayant en mémoire le visage de ces femmes et de ces hommes que j’assume aujourd’hui la charge de Grand Maître de notre belle et grande Obédience, avec émotion et responsabilité.

Avant de vous parler des axes prioritaires de ma Grande Maîtrise, permettez-moi de partager avec vous l’émotion que je ressens à cet instant.

Mes premières pensées sont pour les Conseillers de l’Ordre qui m’ont accordé leur confiance par un vote sans équivoque. C’est la beauté et la force de notre Obédience que ce système démocratique où chaque année, quels que soient les mandats, dans les loges, dans les congrès régionaux, dans les instances nationales, au sein du Conseil de l’Ordre, l’on remet son mandat en jeu et on se soumet aux suffrages de ses frères et de ses sœurs. Au-delà de l’appellation “Grand Orient de France” choisie en 1773, c’est ce modèle démocratique original et précieux que nous avons célébré durant cette année et que nous devons protéger.

Emotion, disais-je, car le rituel que je viens de vivre avec vous est riche. Dans notre ordre initiatique, il symbolise cette transmission qui est si chère aux cœurs des Francs-Maçons. C’est l’occasion pour moi de saluer tous les Frères qui m’ont précédé dans cette fonction, et ce sans exception.

Bien sûr j’ai une pensée fraternelle pour notre Très Cher Frère Georges SERIGNAC qui, à la sortie de la crise sanitaire, période tragique pour de nombreuses loges endeuillées, difficile pour notre Obédience, l’a remis sur la bonne voie. Les chiffres encourageants de nos effectifs peuvent en témoigner. Il m’a fait confiance lors de mes deux premières années de mandat en me confiant l’office de Grand Trésorier Adjoint puis de Président du Comité de Direction de la SOGOFIM. Ces deux mandats m’ont donné une connaissance fine des enjeux cruciaux de notre Obédience. Merci mon Très Cher Frère Georges.

Ma deuxième pensée est aussi fraternelle qu’affectueuse, elle est pour notre Très Cher Frère Philippe GUGLIELMI. Grâce à la politique d’extériorisation qu’il a mis en œuvre alors qu’il était Grand Maître de notre Obédience, il a fait en sorte qu’un jour de janvier 1999, au lendemain de l’émission « Des racines et des ailes » que je vous invite à revoir, dont le reportage se passait dans la belle ville de Troyes, le jeune étudiant de l’Institut National des Télécommunications que j’étais, a décidé de frapper seul à la porte du Temple… initié quelques mois plus tard au sein de la Respectable Loge « Acacia » à l’Hay-les-Roses…

Il est vrai que je n’ai pas été parrainé… Mais cela ne signifie pas que je n’ai pas eu la chance de rencontrer, sur le chemin initiatique, plusieurs Maîtres bienveillants qui m’ont tant appris, tant transmis, qu’il s’agisse par exemple de notre regretté Frère Christophe HABAS avec qui je partageais plus que de la fraternité mais une complicité intellectuelle. Ce grand esprit me manque tant aujourd’hui.

 Mais il y a eu également notre Très Cher Frère Philippe FOUSSIER avec qui je partage cet attachement viscéral aux combats maçonniques pour l’universalisme républicain, notre regretté Frère Patrice BILLAUD-DURAND, mes frères et sœurs de « La Rose du Parfait Silence » et bien sûr ceux de la Loge que j’ai eu le plaisir de présider “Sub Rosa”.

Voilà ma filiation maçonnique.

Et comment vous parler de filiation sans vous parler d’une femme exceptionnelle à qui je pense fort aujourd’hui. Il s’agit de ma grand-mère chérie, Louise, bientôt 102 ans, qui a travaillé dur dans les vignes du Beaujolais aux côtés de mon grand-père, élevé ses enfants, qui m’a transmis des principes simples : le goût du travail, l’attachement aux terroirs et à leur histoire, le respect des autres et de soi-même, la solidarité avec les plus faibles, le sens du devoir.

 Voilà ma filiation profane…

 C’est peut-être là qu’est née ma vocation de défendre les travailleurs et les travailleuses. Ce que je fais depuis 20 ans en tant que syndicaliste. Dès lors, vous l’aurez compris, la justice sociale est dans mon ADN.

Je suis fier de ce parcours syndical, des hommes et des femmes que j’y ai rencontré. Cela a forgé l’homme de convictions que je suis.

Mais je veux être clair avec chacun d’entre vous. Alors que je deviens aujourd’hui le Grand Maître du Grand Orient de France, je ne porterai qu’un seul étendard, le nôtre. Durant mon mandat, je ne serai le porte-parole que d’une seule organisation, notre belle Obédience. Par souci de clarté et de transparence. Par efficacité aussi.

Je serai le garant des expressions plurielles qui font la force de notre Obédience, son indépendance aussi.

Aujourd’hui en prêtant serment devant vous, délégués de chacune des Loges du Grand Orient de France, ce n’est pas seulement le responsable associatif de notre institution investi, grâce à vous, d’une responsabilité profane éminente qui accomplit cette coutume annuelle. C’est aussi et je dirais même d’abord celui qui a, au-delà de sa dimension associative, la charge de diriger et de représenter temporairement la « puissance symbolique souveraine » sous les auspices de laquelle nous plaçons nos réflexions et nos actions.

« Puissance symbolique souveraine », chacun de ces termes a son égale importance.

La démarche initiatique en amont, la résolution du fait social en aval, voilà une définition qui sied parfaitement à l’ambition qui doit être celle des Francs-maçons du Grand Orient de France. Là encore, c’est cette complémentarité et cet équilibre que nous devons en toute circonstance préserver, et que nous tenons de ceux qui ont construit notre Obédience au XVIII esiècle et de ceux qui, ensuite, patiemment, ont préservé tout en les adaptant les traditions héritées de nos fondateurs. Cela s’appelle la transmission.

Oui, nous le revendiquons clairement, nous ne sommes pas de ceux qui considèrent que tout a commencé aujourd’hui, nous sommes les continuateurs, les passeurs, les vecteurs de traditions forgées par nos anciens. Mais parce que nous sommes aussi les tenants d’une franc-maçonnerie adogmatique et je l’espère même son avant-garde, nous considérons que ces traditions sont là pour nous faire réfléchir et non pour nous conduire à la génuflexion. Elles peuvent et doivent être réinterrogées sans cesse.

Au fond, nous sommes des fils et des filles de la lumière, héritiers des fils et filles des Lumières. Ce legs, qui nous a permis de sortir de siècles voire de millénaires d’obscurantismes religieux et politiques, est précieux. Il est l’objet d’attaques sans précédent depuis longtemps.

Soyons-en les fiers défenseurs et promoteurs. Ainsi, nous aurons été dignes de notre serment, celui que nous avons pris devant les Francs-maçons du Grand Orient de France réunis autour de nous le jour de notre initiation.

Comptez sur moi pour avoir en tête toute l’année cette exigence et cela aussi je l’ai appris au cours de mon parcours initiatique : plus on dispose de droits, plus on a également de devoirs. C’est à l’aune de cette obligation morale que je prends aujourd’hui librement devant vous, que j’exercerai le mandat que vous me confiez.

Émotion disais-je mais responsabilité surtout.

Car mon élection en tant que Grand Maître du Grand Orient de France, plus importante obédience maçonnique libérale et adogmatique du monde, s’inscrit dans un contexte mondial, européen, français très particulier.

Dans le monde, changement climatique menaçant désormais la survie même de notre espèce…Des millions d’êtres humains sont déjà victimes du changement climatique et du réchauffement planétaire, de la pollution de l’air, de l’eau, de la terre et des mers. La pollution provoquerait entre France entre 40 000 morts prématurées et 100 000 morts par an.

Par ailleurs, nous vivons une quatrième révolution industrielle qui est numérique et robotique, elle est aussi celle de l’Intelligence Artificielle. Couplée aux nanotechnologies, aux biotechnologies et aux sciences cognitives, elle est déjà une réalité qui bouleverse la vie des êtres humains.

En Europe, la guerre en Ukraine, à quelques 2000 km de notre Convent de Lille, nous ramène à une période historique que nombre d’entre nous n’avaient jamais connu. En Europe toujours, les partis extrémistes continuent leur ascension, notamment l’extrême droite.

En France, la crise sociale a enjambé la crise sanitaire, suivie par une crise démocratique, une crise politique.

Ainsi, jamais ces crises n’auront été aussi aiguës, complexes et menaçantes.

C’est dans ce contexte et dans ce monde où les régimes autoritaires ou illibéraux gouvernent plus de la moitié de l’humanité, où les firmes transnationales n’ont jamais été aussi puissantes, que notre République, celle que nous chérissons, la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, notre chère République vacille… affaiblie par des décennies de renoncement, pour ne pas dire plus.

Comme vous, je crois à ces quatre piliers que notre Franc-Maçonnerie a toujours défendus.

La République indivisible, c’est celle qui ne distingue pas les êtres humains en fonction de leur genre, de leur couleur de peau, de leur supposée croyance religieuse, de leur orientation sexuelle, de leur métier, région d’origine, etc. C’est celle qui refuse le racialisme autant que le racisme. C’est celle qui rejette toute discrimination fut-elle qualifiée de « positive ». C’est celle qui assure l’égalité des citoyens partout sur le territoire français.

 L’article 1 er de la déclaration universelle des droits de l’homme dit “Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

Est-ce le cas dans notre République où selon que l’on naisse dans le 16e arrondissement de Paris ou dans un charmant village de la Drôme appelé les Petits Robins, l’être humain n’a pas les mêmes accès à l’école, aux soins, aux actes d’état civil…

Est-ce le cas dans notre République où selon qu’il habite dans la métropole lyonnaise ou bien dans un charmant petit village du Var ou en Guadeloupe, l’être humain n’a pas accès à l’eau potable ?

Est-ce le cas dans notre République où l’on ose nier la montée du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie ?

L’indivisibilité de la République au Grand Orient de France nous y sommes attachés mais mes TT⸫CC⸫FF⸫, mes TT⸫CC⸫SS⸫, à nous de lutter pour qu’elle survive à ces assauts identitaires d’extrême droite comme d’extrême gauche !

La République laïque, c’est celle qui protège la liberté absolue de conscience, cette liberté fondamentale, ce libre choix, ce libre arbitre qui est le fondement de toutes les autres libertés.

Les adversaires de la laïcité sont nombreux. Bien sûr il y a les ennemis visibles, les intégristes générés par tous les monothéismes et hélas aucun n’en a le monopole même si l’un d’entre eux, l’islamisme, se distingue depuis quelques décennies par son macabre bilan, mais il y aussi leurs compagnons de route, ceux qui préparent ou facilitent leur influence sur nos sociétés.

Nous savons quel a été le combat de nos prédécesseurs pour faire reculer le cléricalisme, soyons dignes de cet engagement. Vous pourrez compter sur moi : il n’y aura aucune complaisance, aucune indulgence, aucune ambiguïté sur ces questions, comme sur les autres d’ailleurs.

Nous continuerons à œuvrer pour la promotion et la défense de la laïcité, en particulier avec les obédiences maçonniques amies et les associations engagées depuis près de 20 ans au sein du Collectif laïque national.

La République démocratique, c’est celle qui donne une place à chaque être humain dans la cité, c’est celle qui respecte les élus du peuple, les corps intermédiaires, la société civile organisée. C’est celle qui n’a pas peur du citoyen et ne l’enferme pas dans un simple rôle d’électeur. C’est celle qui respecte la séparation des pouvoirs, l’Etat de Droit.

Cet idéal de gouvernance du peuple, par le peuple et pour le peuple a été dévoyé ces dernières années.

Oui, la France vit une crise démocratique. Les fondements sur lesquels nous avons bâti notre société sont ébranlés. Cependant, c’est précisément dans ces moments de turbulence que notre engagement de Francs-maçons envers les principes démocratiques doit être renouvelé et renforcé.

La République sociale, si chère à mon cœur, c’est celle qui devrait placer la justice sociale au cœur de toutes les politiques publiques, au cœur de toutes les lois. Mais peut-on dire que c’est le cas ces dernières décennies ?

Les émeutes urbaines que nous avons vécu au début de l’été nous rappellent violemment que la société française est profondément fracturée, que la cohésion sociale n’est plus qu’un vœu pieux.

Nous en avions eu une démonstration d’une nature différente avec l’épisode des Gilets Jaunes, pendant plus d’un an. La crise sociale et politique que nous avons également connue depuis le début de cette année civile, avec l’opposition d’une majorité de nos concitoyens au recul de l’âge du départ en retraite nous l’avait aussi confirmé.

Ces émeutes, plus violentes et étendues que celles de 2005, éclairent d’un jour particulier les tensions qui traversent notre société. De manière croissante, ce sont tous les symboles républicains, et au-delà, ceux de la puissance publique qui constituent des cibles.

Nous avons même assisté à une gradation car ce sont désormais des mairies et des écoles qui ont été brûlées, des élus de la République attaqués et plus seulement des forces de l’ordre ou des sapeurs-pompiers, ce qui était déjà insupportable.

Parallèlement, l’extrême droite étend son influence, contamine les esprits, infiltre les médias, et les faits successifs semblent tous agencés pour alimenter sa progression jusqu’au pouvoir…

Face à cette situation de fragilité du corps social, de tension latente, d’« archipélisation de la société » pour reprendre la formule de Jérôme Fourquet, les Francs-maçons, et notamment ceux du Grand Orient de France, me semblent avoir un rôle éminent à jouer. Ils ne peuvent ni se résoudre à ces attaques répétées contre la République, ses symboles et ceux qui la servent, ni se résigner à une possible victoire de l’extrême droite aux prochaines élections européennes et nationales. Nous devons avec notre méthode et nos outils nous emparer de toutes les questions pour proposer des pistes de réflexion mais également des actions.

Notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale est en danger comme elle ne l’a sans doute pas été depuis plus d’un demi-siècle !

Et le Grand Orient de France dispose de la légitimité pour se saisir de cette problématique qui devient selon moi prioritaire. On peut en effet redouter qu’une fois les tensions passagèrement apaisées, beaucoup s’efforcent de passer à autre chose et à mettre une fois de plus la poussière sous le tapis. On doit craindre que les partis politiques n’aient que des solutions à court terme, tributaires de leurs propres échéances et du jeu politicien auxquels ils se livrent hélas trop souvent en renvoyant les responsabilités vers leurs adversaires.

La République mérite mieux, beaucoup mieux, et dans ces circonstances particulières, le Grand Orient de France peut, s’il en a la volonté, jouer un rôle comme il a su et doit le faire à certaines occasions de sa longue histoire.

La défense de la République ne passera pas seulement par nos débats dans nos temples. Nous devons aller dans le profanum. Notre constitution nous le dit dans son article II : « La Franc- Maçonnerie a pour devoir d’étendre à tous les membres de l’Humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe.

« Elle recommande à ses adeptes la propagande par l’exemple, la parole et les écrits ».

Aller dans le monde profane, non pas seuls mais accompagnés, avec nos partenaires, nos réels compagnons de route. Pas ceux qui ont tourné le dos à la République universaliste, pas ceux qui ont renié leurs engagements originels ou s’accommodent de quelques arrangements par clientélisme ou électoralisme.

Être dans l’action, oui. Mais comment ?

Je vous le dis, si nous voulons lutter contre les extrémismes et notamment celui de l’extrême droite aux portes du pouvoir, il nous faudra rappeler ce que sont ces partis qui se nourrissent de l’exclusion, qui génèrent l’intolérance et prônent les discriminations : nous sommes bien placés, hélas, au regard de l’histoire du siècle précédent, pour savoir que ces idéologies peuvent conduire au pire.

Aussi, le voyage mémoriel à Auschwitz qui n’avait pu être organisé en 2020 en raison du Covid sera à nouveau programmé. Cela sera l’occasion de rappeler ce que ces théories peuvent générer de pire pour l’humanité : en particulier l’antisémitisme, qui a conduit des millions d’êtres humains à la mort pour le seul fait d’être nés juifs. Cela sera aussi l’occasion pour les Francs- maçons, en cette année d’élections européennes, de rappeler que le GODF est fondamentalement attaché à une Europe de la Fraternité, de la Tolérance, de la Paix. Comment ne pas penser à ce que vivent les Ukrainiens depuis le 24 février 2022 ? Comment ne pas penser non plus à ce que vivent les Arméniens dont leur pays risque d’être rayé de la carte et eux avec !

Au-delà de ce devoir de mémoire, il nous faudra réinvestir le débat public sur les maux de notre société qui font le lit de ces extrémistes.

Que pensons-nous de la dignité humaine mise à mal dans notre pays ? Ces migrants qui se regroupent de fortune dans des campements peuplés autant par les hommes que par les rats.

Ces travailleurs pauvres qui dorment dans leurs voitures sur les parkings des sites industriels !

Ces condamnés entassés dans des prisons insalubres encadrés par des fonctionnaires qui manquent de moyens !

Ces étudiants précaires qui font la queue dans les banques alimentaires pour pouvoir se nourrir ?

Ces plus de 10 millions de pauvres qui vivent sous le seuil de pauvreté ?

Que pensons-nous et que proposons-nous sur les questions des services publics. Quelle école voulons-nous pour nos enfants ? Quelle Police ? Quelle Justice ? Quel système de santé ? Quel accompagnement pour nos plus anciens ?

Je désignerai un Grand Officier délégué à la réflexion sur les services publics. Il aura pour mission de travailler avec les Loges pour que notre Obédience soit force de propositions d’ici le prochain Convent.

Permettez-moi de revenir sur l’École et l’instruction publique. Ce sujet est fondamental pour le devenir de la République.

Je souhaite aussi que nous poursuivions nos réflexions collectives autour de l’école. Depuis plusieurs années déjà, les Journées Jean Zay ont permis à notre Obédience de s’exprimer sur ce point et je veux ici saluer le travail réalisé. Il me semble néanmoins indispensable que cette expression se prolonge car s’il est bien un sujet sur lequel les Francs-maçons du Grand Orient de France ont une légitimité à s’exprimer, c’est bien celui-ci.

Tant de nos anciens ont contribué, dès le 18e mais plus encore au 19e siècle , à l’édification de l’école publique, laïque et obligatoire, ce creuset de la République, cette institution qui en constitue le cœur même.

Vous connaissez tous probablement cette phrase célèbre d’un des pères de l’école publique, Ferdinand Buisson : « Le premier devoir d’une République, c’est de faire des républicains ». C’est notamment le rôle de l’institution scolaire. A l’heure où la République fait l’objet de contestations croissantes de la part de courants qui veulent s’en distinguer voire s’en débarrasser, il nous appartient de dire combien l’idéal républicain mérite bien au contraire d’être revivifié et réincarné, et quel rôle nous assignons à l’école dans cette perspective. Les Journées Jean Zay seront donc à nouveau un rendez-vous dans notre calendrier de l’année maçonnique qui commence.

Concernant les questions de police et de justice, le débat entamé il y a quelques mois va bien au-delà des questions de libertés publiques et individuelles. Nous devons conduire une véritable réflexion sur l’état de droit en France. Un Grand Officier sera désigné pour organiser cette réflexion avec le concours des Loges si elles souhaitent s’en saisir.

Par ailleurs, je vous propose de prolonger ou d’ouvrir de nouveaux chantiers cette année.

– Les Utopiales Maçonniques, ces événements populaires qui ont permis à nos Loges de s’ouvrir au monde profane seront organisées au printemps prochain. Elles auront pour thème « Résister ».

– Des fêtes de la laïcité seront organisées partout sur le territoire le 9 décembre prochain.

A l’heure où les menaces pèsent sur la laïcité et notamment la loi de 1905, les Francs- maçons organiseront des fêtes populaires autour de la laïcité pour expliquer ce qu’elle est, un principe de concorde, de paix et de liberté.

Et 2024 ce sont aussi les jeux olympiques Paris 2024 organisés dans notre pays. Le Conseil de l’Ordre va réfléchir à la manière dont nous pourrions célébrer les valeurs de l’Olympisme et sera à l’écoute de vos éventuelles suggestions sur ce point.

Mais pour renforcer la République, encore faut-il que le Grand Orient de France soit fort lui-même. Loin de moi de crier haro sur le beaudet, cela serait trop facile et même injuste. Je veux dire que je m’inscris dans la droite ligne de mes prédécesseurs car c’est cela aussi la maçonnerie : assumer l’héritage que l’on nous a transmis.

Aussi, je ne vais pas lister ce matin tout ce qui doit être amélioré. Cependant, permettez-moi de définir trois axes prioritaires pour que notre Obédience soit en ordre de marche pour contribuer à défendre la République :

– 1° axe : Améliorer notre communication externe et interne.

La communication interne est cruciale. Si nous voulons que le fait obédientiel soit mieux ressenti par les FF⸫ et SS⸫ dans nos Loges, alors il faut aussi moderniser notre façon de communiquer en interne.

Ainsi, nous allons lancer une nouvelle initiative. Nous proposerons à nos Loges de convier leurs apprentis à des voyages intitulés « Une journée au Grand Orient de France ». Durant cette journée à l’Hôtel de la Rue Cadet, ils visiteront notre superbe musée de la Franc-Maçonnerie car la culture est un magnifique outil de transmission de la mémoire maçonnique. Ils échangeront avec des représentants du Conseil de l’Ordre et de nos instances nationales pour mieux appréhender le fonctionnement interne de notre Obédience.

En termes de communication externe, nous définirons un véritable plan de communication avec une agence. En effet, si nous voulons nous adresser par exemple à la jeunesse, il nous faut utiliser les médias pratiqués par notre jeunesse. A ce titre, permettez-moi de vous annoncer qu’un grand officier délégué à la jeunesse sera désigné.

Mieux communiquer, cela passera aussi par davantage de moyens financiers pour soutenir les efforts d’extériorisation de nos loges. Plus de TBO, plus de conférences publiques, plus d’expositions. La force du Grand Orient de France ne réside pas dans la voix de son Grand Maître, mais dans ce maillage territorial de nos 1400 Loges.

Car les idées sont là. Elles n’ont jamais quitté le Grand Orient de France. Il était, est et restera un fantastique laboratoire d’idées. Non, les lumières ne sont pas éteintes ! Dans nos Loges, dans nos commissions nationales, dans nos congrès régionaux, les frères et les sœurs du Grand Orient de France réfléchissent, proposent, élaborent. Nos travaux méritent d’être mieux connus.

Le Grand Officier délégué à la Communication aura cette lourde tâche à mettre en œuvre.

– 2e axe : Définir une politique internationale à la hauteur des défis géopolitiques.

Le rayonnement du Grand Orient de France et la diffusion de nos valeurs universalistes et humanistes à l’international sont essentiels. Si nous sommes attachés à la République, nous sommes également attachés à cette République universelle, telle que la pensait le Chevalier de Ramsay. Pour tous les habitants de ces pays où la liberté d’expression n’existe pas ou plus, où, la liberté de conscience est un espoir à vivre, nous devons repenser notre “présence”, cela ne passe pas forcément par la création de Loges en tout lieu et tout temps, mais aussi par des partenariats avec des obédiences amies…

Trois zones me semblent prioritaires : l’Europe, l’Afrique, et l’Amérique Latine.

L’Europe

Le chantier européen sera une claire priorité pour l’année maçonnique qui commence. Les urgences s’additionnent, que ce soit sur le plan climatique comme je l’ai déjà évoqué mais aussi sur le plan démocratique.

Les régimes illibéraux prolifèrent, partout les partis extrémistes, et notamment d’extrême droite, gagnent du terrain, les nationalismes ressurgissent, les intégristes religieux infiltrent avec efficacité les institutions communautaires, les tenants du séparatisme ethnique relèvent la tête, tout cela génère de la xénophobie et nous éloigne peu à peu de la démocratie, tout cela fabrique du différentialisme au détriment de l’universalisme qui nous est si cher.

J’aime cette citation de l’ancien Grand Maître Jacques Mitterrand (1973) : « Partisans convaincus depuis toujours des Etats-Unis d’Europe, les frères examinèrent avec circonspection les projets des Bidault, Schuman, Adenauer et de Gasperi : l’Europe, pour les francs-maçons, ne devait pas être celle des trusts ni celle du Vatican, mais celle dont avaient rêvé Byron et Victor Hugo ».

Le Grand Orient de France prendra des initiatives, s’entourera des Obédiences amies qui partagent nos préoccupations, et en premier lieu au sein de l’Alliance maçonnique européenne, car aucun Franc-maçon ne peut céder au fatalisme. La guerre est à nos portes, les nostalgiques des régimes fascistes ne craignent plus d’afficher clairement leurs sinistres filiations, beaucoup d’ingrédients sont réunis pour que l’Europe connaisse des aventures que son histoire n’a que trop expérimentées. Nous nous servirons bien-sûr des contributions fournies par les Loges, car je sais que cette préoccupation est aussi très largement partagée au sein de notre Obédience.

L’Afrique

J’ai eu la chance dans ma vie professionnelle de voyager dans plusieurs pays d’Afrique.

La France a un devoir par rapport à ce magnifique continent. Le Grand Orient de France a un devoir vis à vis de nos Frères et Soeurs attachés à la Franc-maçonnerie libérale et adogmatique.

Nous avons des partenaires anciens, réunis au sein de la Conférence des puissances maçonniques africaines et malgaches (CPMAM), c’est avec eux que je souhaite que nous puissions réfléchir de manière féconde sur les défis migratoires qui concernent nos deux continents. Les Etats, c’est normal, ou plutôt c’est logique, ont en général des visions à court terme de ces enjeux, sont souvent plongés dans la gestion des urgences, et pas toujours de la meilleure manière, les drames humanitaires que l’actualité nous rappelle hélas trop fréquemment sont là pour en témoigner.

En revanche, il y a une réelle carence sur une approche à moyen et long terme de ces problématiques et je pense que les francs-maçons européens et africains doivent y consacrer une part significative de leurs réflexions communes. Là encore, je sais que nombre de vos Loges -y compris africaines bien sûr- ont travaillé sur ces questions, cet acquis nous sera précieux. Nous engagerons ce chantier dans les toutes prochaines semaines. Et je vous annonce que mon premier déplacement à l’étranger aura lieu en Afrique.

L’Amérique Latine

L’Amérique Latine est une terre maçonnique. Nombre d’indépendances ont été conquises grâce aux actions de francs-maçons : Mexique, Venezuela, Cuba. Mais aujourd’hui, à l’instar de ce qui s’est passé au Brésil avec Bolsonaro, l’heure est plus que jamais à la promotion de nos valeurs humanistes. Le Grand Orient de France occupe une place singulière dans le paysage sud- américain, de par les liens fraternels qui nous lient à une multitude d’Obédiences libérales et adogmatiques avec qui nous devons renforcer nos liens.

Comment parler de l’Amérique Latine sans évoquer le 50e anniversaire du coup d’Etat au Chili du 11 septembre 1973 ? Les Francs-maçons du Grand Orient de France ont une histoire particulière avec les maçons chiliens réfugiés en France après la mort de notre Frère Salvador Allende et l’arrivée au pouvoir de Pinochet.

Ils auront l’occasion de le rappeler dans quelques jours, et je fais confiance à deux de nos nouveaux Conseillers de l’Ordre, nos sœurs Anita et Gloria, à raison de leurs attaches avec le Chili, pour y prendre toute leur part.

– 3e axe : Exécuter une politique immobilière ambitieuse au service des Loges.

Je le dis souvent de façon triviale, sans temple pour protéger nos travaux, plus de tenue et donc plus de maçonnerie.

Aussi qu’il s’agisse de la SOGOFIM d’une part, des Loges propriétaires ou de la SCI Location dont vous avez autorisé hier la création et l’expérimentation, notre politique immobilière doit être à la hauteur des enjeux de demain : indépendance de notre Obédience, protection de nos Loges partout dans le monde, rayonnement de notre obédience avec de grands pôles d’attractivité maçonnique.

Pour résumer, communication interne et externe modernisée, politique internationale à la hauteur des enjeux, politique immobilière ambitieuse. Ces trois axes forts d’amélioration interne de notre obédience étant désormais définis, je ne peux terminer mon discours sans vous parler de la solidarité et de la fraternité.

La solidarité est la clé de voûte de notre Obédience, c’est l’application opérative de la fraternité. Comment imaginer l’engagement maçonnique sans solidarité. Solidarité envers les nôtres, nos frères et sœurs. Et je veux saluer le travail incroyable des délégués à l’INSM, pleinement impliqués dans leur rôle, mais également celui du Grand Hospitalier et à travers lui tous les Hospitaliers de nos Loges.

Solidarité envers tous. C’est notamment l’œuvre éminent de la Fondation du GODF qui mérite d’être davantage soutenue par nos frères et sœurs. Ses actions humanitaires participent aussi au rayonnement de notre obédience.

Voilà ce que je tenais à vous dire mes Très Chers Frères, mes Très Chères Soeurs.

Les Francs-maçons du Grand Orient de France ont désormais une responsabilité historique, celle de contribuer à réparer notre République pour que ses principes respectables soient partout respectés, pour que la République universelle et fraternelle ne soit plus une promesse mais une réalité, pour que l’avènement d’une humanité meilleure et plus éclairée ne soit pas qu’une incantation dans nos tenues, pour que l’extrême-droite n’accède plus jamais au pouvoir et reste là où elle doit être, c’est à dire dans les sombres pages des livres d’Histoire.

Au Grand Orient de France, nous ne nous résignons pas à voir l’extrême-droite arriver au pouvoir. Et nous devons nous jeter de toutes nos forces dans ce combat essentiel.

Bertold Brecht disait « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu »

C’est unis, que nous réussirons à relever ces défis.

C’est unis, que nous continuerons à faire aimer notre ordre.

C’est unis, que nous allons écrire une nouvelle page de l’Histoire du Grand Orient de rance.

Vous pouvez compter sur moi pour être le centre de l’union et œuvrer avec l’ensemble du Conseil de l’Ordre à la réalisation de cette union désormais indispensable.

Mes Très Chers Frères, mes Très Chères Soeurs, unissons-nous et reprenons l’ouvrage. C’est notre vocation, c’est notre devoir.

Unus Omnibus !

Bannière du GODF – UNUS OMNIBUS (UN POUR TOUS). Photo officielle GODF.

[NDLR : * Barayé – Shervin Hajipour – Official Music + Vidéo]

La Franc-maçonnerie dominicaine unie dans la solidarité avant la tempête tropicale franklin

De notre confrère reddenoticias.online

Grand Temple maçonnique national, Saint-Domingue – 22 août 2023.

La Grande Loge, la plus respectable de la République dominicaine a lancé un fort appel à la solidarité à travers le décret n° 010-2023, en réponse à la menace que représente la tempête tropicale Franklin dans diverses régions. régions du pays. L’histoire de la franc-maçonnerie dominicaine est marquée par la fraternité, l’égalité et la solidarité, et dans les moments d’adversité, ces valeurs deviennent encore plus cruciales.

Le décret reconnaît la nécessité d’une réponse unifiée aux situations de catastrophe et souligne l’importance de la collaboration et des efforts conjoints. La franc-maçonnerie dominicaine montre non seulement son engagement envers les personnes touchées par la tempête, mais rend également hommage aux équipes de secours, au personnel médical, aux forces armées et aux volontaires qui travaillent sans relâche dans l’intervention.

Les francs-maçons sont invités à être des exemples de solidarité et d’empathie dans leurs communautés, en apportant un soutien à la fois émotionnel et matériel à ceux qui font face à des difficultés. Un appel est lancé pour la collecte de ressources essentielles et de dons financiers pour aider ceux qui en ont le plus besoin, en travaillant en collaboration avec les organisations locales et gouvernementales pour assurer une distribution efficace.

La franc-maçonnerie dominicaine, à travers ce décret, réaffirme son attachement aux valeurs de solidarité, de fraternité et d’égalité, et s’engage à collaborer étroitement avec les autorités et les organisations impliquées dans la réponse à la crise.

Le Grand Temple Maçonnique National de Saint-Domingue a été témoin de ce moment historique d’unité et de solidarité, scellé de la signature du Très Respectable Grand Maître (Pro tempore), Amilcar D. Carrasco Rodríguez et du Grand Secrétaire, Carlos Tomas Mora De los Santos. La franc-maçonnerie dominicaine démontre sa détermination à être une lueur d’espoir et de soutien dans les moments difficiles.

La grande mer-Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens

Professeur émérite d’histoire méditerranéenne à l’université de Cambridge, David Abulafia en a présidé la faculté d’histoire. Ses recherches portent essentiellement sur l’Espagne, l’Italie et la Méditerranée médiévales.

Publié initialement en langue anglaise chez Penguin Books Litd, Londres sous le titre original The Great Sea en 2014 et remarquablement traduit par Olivier Salvatori, l’ouvrage permet désormais aux lecteurs s’exprimant dans la langue de Molière de pouvoir se plonger dans l’histoire de la Méditerranée, du latin mediterraneus qui veut dire « au milieu des terres », mer intercontinentale presque entièrement fermée. Grand spécialiste de cette mer, nous devons aussi à David Abulafia The mediterranean in history (Thames & Hudson, 2021).

Le bassin méditerranéen a été, est et restera une des régions plus importantes pour l’histoire du monde. Elle constitue le point de départ de plusieurs grandes civilisations (Grèce, Phénicie, Égypte, Carthage, Rome, Byzance, etc.) dont s’est nourrie la civilisation occidentale.

Holbergprisen symposium. David Abulafia. Foto: Marit Hommedal/SCANPIX ; 2010.

Dans son étude mémorable, David Abulafia retrace l’histoire de la Méditerranée à la fois espace de conflits – fractures et conflits au sein des civilisations – et, avec la Méditerranée médiévale, espace d’échanges. Échanges économiques avec ses routes commerciales mais aussi culturels, avec ses lieux de rencontres et débats intellectuels, symbole de quasi-tolérance.

Unité et diversité, c’est, en 3000 ans d’histoire, ce que l’auteur nous fait vivre. De la première Méditerranée – 22 000‑1000 av. J.-C. – à la cinquième Méditerranée, de 1830 à nos jours.

Visitant l’histoire des peuples, de tous les peuples (marchands et héros, peuples de la mer et de la terre, diasporas), mais aussi de toutes les croyances, anciennes et nouvelles, par-delà les frontières de la chrétienté et de l’islam, et de toutes les histoires, retraçant mort et renaissance des empires, le livre de David Abulafia a su redonner à la Méditerranée ses lettres de noblesse et nous faire sans doute prendre conscience que nous sommes les dignes successeurs de nos anciens. Héritiers d’un formidable bien commun à transmettre, malgré toutes les diversités – ethnique, linguistique, religieuse, politique. Incontournable, ce très grand livre est une référence valant à David Abulafia le qualificatif de plus grand historien vivant de la Méditerranée…

Richement illustré (76 illustrations), avec 39 cartes pour une meilleure visualisation, véritable aide à la compréhension et à l’analyse, avec un index et une abondante bibliographie (43 pages), cet ouvrage a reçu le prix de la British Academy ainsi que le Mountbatten Maritime Award et est lauréat du Prix Mare Nostrum (Notre Mer) Histoire et géopolitique, 2022.

Un ouvrage encensé par la critique : « Un très grand livre. » (Le Figaro Histoire) ; « Un ouvrage de référence. » (Le Point) ; « Ce livre est incontournable. » (Historia) ; « Un récit foisonnant de personnages et de vie. » (Le Monde des Livres) ; « Un travail remarquable. » (L’OBS).

Une première de couverture est une reproduction d’une enluminure issue du très célèbre manuel médiéval sur la santé le Tacuinum sanitatis. À la fin du Moyen Âge, le Tacuinum, dans sa version généreusement illustrée, est très populaire en Europe de l’Ouest.

Une belle façon d’aborder autrement ces sociétés à mystères qui avaient, à l’époque, un but essentiellement religieux, reposant sur l’initiation, notamment en Égypte antique, ou dans les cultes à mystères du monde gréco-romain… Le chapitre « Anciennes et nouvelles croyances » nous fait comprendre comment la Méditerranée dite occidentale s’est détachée de celle dite orientale.

Les Belles Lettres est une maison d’édition française de littérature et de sciences humaines spécialisée, à l’origine (1919), dans la publication d’auteurs antiques. Son catalogue comprend aujourd’hui plus de mille textes grecs, latins, chinois, japonais, sanskrits, donnés aussi dans des éditions bilingues et issus de disciplines diverses qui ont marqué le progrès de la connaissance humaine. La légende, sûrement apocryphe, attribue l’idée originelle des Belles Lettres au linguiste et celtiste Joseph Vendryes (1875-1960). La chouette, première de couverture des Belles Lettres depuis 1920, symbolise cette belle maison.

Dans le Dictionnaire des symboles (1re éd., 1969 ; éd. revue et corrigée, Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant à l’entrée « chouette », on peut lire que : « … Guénon a noté que l’on pouvait voir là, ainsi que dans le rapport avec Athéna-Minerve, le symbole de la connaissance rationnelle – perception de la lumière (lunaire) par reflet – s’opposant à la connaissance intuitive – perception directe de la lumière (solaire). C’est peut-être aussi pourquoi elle est traditionnellement un attribut des devins : elle symbolise leur don de clairvoyance, mas à travers les signes qu’ils interprètent. La chouette, oiseau d’Athéna, symbolise la réflexion qui domine les ténèbres… »

Nous attribuons à la chouette une symbolique riche que nous retrouvons dans de nombreuses traditions : intuition, capacités intuitives, capacité de voir ce que les autres ne voient pas ; voir au-delà de la tromperie et des masques, sagesse, guide spirituel, messager en contact avec le monde spirituel et l’intuition, curiosité pour les mystères de la vie et l’inconnu, connexion avec le « moi supérieur », annonce du changement, etc.

Les Belles Lettres, le site / Les Belles Lettres, le livre

La Grande Mer-Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens

David Abulafia Les Belles Lettres, 2022, 702 pages, 35 € – Format Kindle 24,99 €

Le Républicain Lorrain interview en vidéo Sylvain Zeghni sur ses priorités

De notre confrère republicain-lorrain.fr

Fraîchement élu Grand Maître national de l’Ordre mixte international le Droit Humain lors du scrutin du 26 août 2023, Sylvain Zeghni dévoile sa feuille de route pour son mandat à la tête de cette organisation, la première obédience mixte de la franc-maçonnerie. Il veut profiter de la tenue prochaine des Jeux Olympiques de 2024 à Paris pour « aller vers les jeunes » et organiser une grande réunion réunissant les athlètes initiés du monde entier.

Le Dessin de… Jissey « Grain de sel maçonnique »

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Dans son petit tour de l’humain de son éditorial du 15 août, Christian Roblin souligne l’importance de l’humour qui serait, selon lui, le « page de la résilience ». Comprenons que l’humour serait serviteur de ce qui permet de continuer à se projeter dans l’avenir malgré les événement déstabilisants. L’humoriste JISSEY applaudit des 2 mains.

Il y a 60 ans déjà, Martin Luther King et son « I have a dream »

Notre frère en humanité Martin Luther King Jr., né Michael King Jr., plus couramment appelé Martin Luther King, est né à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929, et est mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, dans le Tennessee. C’était un pasteur baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement américain des droits civiques, fervent militant pour la paix et contre la pauvreté.

Foule à la marche sur Washington de 1963.

Il prononce un discours célèbre le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington, D.C. durant la marche pour l’emploi et la liberté : il s’intitule « I have a dream ». Ce discours est soutenu par John Fitzgerald Kennedy dans la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Le président Lyndon B. Johnson, par une plaidoirie infatigable auprès des membres du Congrès, arrive à faire voter différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968, qui mettent juridiquement fin à toutes les formes de ségrégation raciale sur l’ensemble des États-Unis.

28 août 1963 : « I have a dream », discours de Martin Luther King

Aujourd’hui, lundi 28 août 2023, 60 ans après « I have a dream », nous vous proposons un retour sur le discours prononcé à Washington D.C., devant 250 000 personnes, qui fit de Martin Luther King l’une des figures emblématiques de la lutte contre la ségrégation et le racisme.

Portrait datant de 1964.

À lire et relire, mais aussi à écouter. Où le pasteur prononce les mots de liberté, égalité et fraternité…

L’intégralité du discours en français, puis la vidéo YouTube

« Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation.

Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

Bus historique de Rosa Parks exposé au Henry Ford Museum.

C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Martin Luther King Jr,1964.

Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes-nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sacrifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

Rosa Parks vers 1955 avec Martin Luther King.

1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de se défouler et qu’il se montrera désormais satisfait, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée biraciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Rencontre entre Martin Luther King et le président américain Lyndon Johnson à la Maison-Blanche, 1966.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “ Quand serez-vous enfin satisfaits ? ” Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos corps, lourds de la fatigue des voyages, ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes.

Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “ Réservé aux Blancs ”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Le président Lyndon B. Johnson signant le Civil Rights Act devant Martin Luther King le 2 juillet 1964.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Continuez à travailler avec la certitude que la souffrance imméritée vous sera rédemptrice.

Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez-en Georgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Martin Luther et Coretta Scott King, 1964. La vie dans les bidonvilles à Chicago a été très dure pour la famille de King.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Martin Luther King à un rassemblement pour la liberté, 1962.

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “ Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! ” Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !

Signature de Martin Luther King Jr.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New-York !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado !

Que la cloche de la liberté sonne depuis les pentes harmonieuses de la Californie !

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Georgie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee !

Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que sonne la cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres ! ”. »

King parlant à la marche sur Washington à Washington, D.C., le 28 août 1963.

« Martin Luther King au nom de la Fraternité » : l’expo des 50 ans

Souvenons-nous, en 2018 – du 3 avril au 30 septembre – à Champagney, en Haute-Saône (région Bourgogne-Franche-Comté), l’association Valmy retraçait, au sein de la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme Négritude qui fait partie du réseau « Route des Abolitions de l’esclavage », la vie et les combats de Martin Luther King, militant pour l’avancée des droits civiques aux Etats-Unis dont on commémorait cette année-là, le 50e anniversaire de sa disparition.

Le Youtube « Martin Luther King et son discours « I have a dream »

Écoutez, en 6 vidéos, quelques rencontres exceptionnelles ou témoignages avec le pasteur Martin Luther King.

 
Le Dr Martin Luther King, Jr. prend la parole au Prince Hall Masonic Lodge à Columbus, en Géorgie, le 1er juillet 1958. (Columbus Black History Museum).

450.fm avait déjà consacré un papier, le 13 février 2022 à Martin Luther King Jr. titrant « USA : Lié par la fraternité – Martin Luther King Jr. et la Franc-maçonnerie », et en publiant, du reste, une photo du pasteur en conférence à Prince Hall

Le balcon du Lorraine Motel où a été assassiné Martin Luther King. Le bâtiment abrite désormais le musée national des droits civiques.

Remember

Le pasteur Martin Luther King (1929-1968), leader du mouvement américain pour les droits des Noirs, est mortellement blessé de plusieurs coups de feu, alors qu’il tient un discours au balcon d’un hôtel de Memphis, dans le Tennessee.

Tombe de Martin Luther King au Martin Luther King, Jr. National Historical Park à Atlanta sur laquelle on peut lire « Free at last » (Enfin libre).

King avait joué un rôle décisif dans les entretiens qu’il avait eus avec les autorités fédérales américaines ; il n’aura malheureusement pu assister à la ratification du document qu’il avait défendu, la loi 168 sur les droits du citoyen, qui sera signé une semaine après sa mort par le président Lyndon B. Johnson. La loi contient des dispositions pour l’abolition des principales discriminations qui frappent la population noire.

55 ans déjà. Et l’Amérique toujours entre rage et désespoir !

Sources : Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme ; Wikipédia, Wikimedia Commons

Le président Barack Obama faisant visiter le Bureau ovale à un groupe d’Afro-Américains, où il a placé un buste de Martin Luther King et la proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln.