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Défense de la franc-maçonnerie dans l’Espagne de 1900

De notre confrère nuevatribuna.es – Par Edouard Montagut

Dans cet article, nous retrouvons les réflexions d’un franc-maçon et théosophe, José Vidal , qui, en 1900, depuis Minorque, voulait défendre la franc-maçonnerie contre les critiques qu’elle recevait, notamment de la part de l’ Église , dans les pages d’un des principaux journaux de la libre pensée. Espagnol,  Las Dominicales del Libre Pensamiento . Cela suppose une contribution plus modeste au chapitre de la défense publique qu’ont apporté les maçons de l’institution dans l’histoire contemporaine de l’Espagne.

L’argumentation de Vidal reposait sur plusieurs points. En premier lieu, il y avait son antiquité, et au cours de cette longue histoire, elle aurait fourni des services ou des avantages à l’humanité, tant sur le plan social et politique qu’humanitaire. Mais je n’allais pas les raconter car ils étaient nombreux et parce que les statuts de la franc-maçonnerie l’interdiraient, faisant allusion au secret.

Les accusations de la franc-maçonnerie comme responsable d’innombrables régicides, soulèvements, vols, homicides, etc., seraient fausses. Les francs-maçons n’étaient ni des meurtriers, ni des régicides, ni des voleurs, ni des magiciens.

Le problème était que, certes, les francs-maçons utilisaient des procédés qui pourraient paraître étranges à ceux qui ne les connaissaient que par référence, mais qui seraient très sérieux et totalement exempts de ridicule. La fin de la franc-maçonnerie , mais qui n’était pas précisée pour l’instant, n’était pas encore réalisée, même si l’auteur considérait qu’elle était sur le point de se réaliser, mais il exigeait une réserve auprès des profanes. C’était tout, à son avis.

Quelque chose à propos de la fin de la franc-maçonnerie semblait être évoqué lorsqu’il expliquait alors que pour recevoir dans son sein ceux qui se sentaient encouragés par « l’amour inconditionnel de l’humanité » , il ne fallait que de l’honnêteté et de la moralité. On ne demandait pas au profane combien il possédait, mais qui il était et ce qu’il voulait. En son sein se trouvaient des empereurs, des princes et des nobles, mais aussi des artisans de la ville et des ouvriers de la campagne, c’est-à-dire que tous étaient admis quel que soit leur statut social, tous avec une valeur égale et dans la mesure où ils le pouvaient. Et maintenant, il expliquait les objectifs de la franc-maçonnerie, car sa défense, si elle n’était pas évoquée, constituerait de très minces excuses.

Le « grand travail » de la franc-maçonnerie était divisé en trois objectifs. Le premier serait le « soulagement matériel » de l’humanité souffrante. Le deuxième des objectifs concernait l’enseignement par la raison de « l’humanité ignorante » et, enfin, le troisième faisait référence à la liberté dans tous les domaines (matériels, intellectuels et religieux) de « l’humanité esclave ». Ces fins seraient nobles et démontreraient la « conduite élevée des francs-maçons », mais pour les catholiques, elles constitueraient, à son avis, des « crimes horribles ». L’Inquisition ne pouvant plus agir, la diffamation et l’excommunication furent utilisées à leur encontre.

Source et bibliographie :

Las Dominicales del Libre Pensamiento , numéro du 31 mai 1900. Bien qu’en réalité l’auteur ne fasse pas référence à la Théosophie dans son œuvre, ceux qui s’intéressent au cas espagnol peuvent se référer à la référence suivante : Vicente Penalva Mora, E l Orientalism dans la culture espagnole du premier tiers du XXe siècle. La Société Théosophique Espagnole, 1888-1940 . Thèse de doctorat UAB, 2013. (consultable sur le web).

Gabon : Le franc-maçon Bongo en appelle aux Enfants de la Veuve…

Jeune Afrique se fait régulièrement l’écho de l’actualité maçonnique sur le continent le plus chaud de la planète.

À commencer par son article de 2012 en libre accès intitulé « Franc-maçonnerie : l’Afrique bien logée ». Et avec Ali Bongo, déjà…

Extrait : « Depuis plus de vingt ans, la Grande Loge nationale française (GLNF) mène une large offensive afin de s’implanter dans les cercles du pouvoir africain où ministres et chefs d’État ont déjà été initiés. L’ex-grand maître Jean-Charles Foellner*, très souvent en mission en Afrique, et son successeur, l’avocat d’affaires niçois proche de Nicolas Sarkozy, François Stifani, ont été les principaux artisans de cette conquête… »

Président Bongo en 2022.

Le 22 août dernier, notre confrère de gabonreview.com titrait « Réélection d’Ali Bongo : Montée au filet de la Grande loge du Gabon ? »

Extrait : « Montée au filet de la Grande loge du Gabon ?

Nombreux parmi les membres du Mouvement des amis d’Ali Bongo Ondimba, et sans doute le plus grand nombre, sont des franc-maçons. Ils sont connus comme tel pour avoir déjà été vus dans une vidéo relayant, en novembre 2010, l’intronisation du président Ali Bongo Ondimba comme grand maître de la Grande loge du Gabon par François Stifani (ancien grand maître de la Grande loge nationale française). Est-ce à dire que la franc-maçonnerie locale entend jouer, en dernier lieu, un rôle pour la réélection d’Ali Bongo ? Ou alors Lin Mombo n’a recruté avant tout qu’au sein de sa loge ?

Selon les révélations, en novembre 2022, du journal L’Aube, lors de le 38ème assemblée générale de la Grande loge du Gabon (GLG), tenue à Libreville les 11 et 12 novembre 2022, Lin Mombo avait été fait «Pro Grand Maitre». Le mari de Marie Madeleine Mboranstuo recevait ainsi «la charge de coordonner, en sa qualité de Pro Grand maître, les activités de la Grande loge maçonnique du Gabon» et de remplacer désormais Ali Bongo partout quand il est indisponible. Visiblement, l’élection présidentielle se joue également dans les arrière-boutiques des société secrètes et la GLG semble avoir décidé de monter au filet, de sortir de sa discrétion et de jouer à découvert… »

Étonnant cette positon d’une grande loge dite « régulière » qui semble donc faire, a priori, un pas de côté.

Rappelons les « Principes de base pour la reconnaissance de Grandes Loges », plus communément appelés « Basic principles », édictés le 4 septembre 1929 par la Grande Loge Unie d’Angleterre – « 7 – Que les discussions à caractère religieux ou politique doivent être strictement interdites en Loge ». Et comme sous-entendu, sous le regard du Grand Architecte de l’Univers et en Sa volonté révélée, de ne jamais intervenir dans le domaine social et/ou sociétal…

Freemasons’Hall, Jean-Pierre Rollet nommé Passé Premier Grand Surveillant de la GLUA, le 26 avril 2023.

Ce grand média gabonais est, semble-t-il, un grand observateur de la vie maçonnique du pays. Le 14 novembre 2022, Tokyo Yabangoye consacrait déjà un papier à « Franc-maçonnerie : Anecdotes et fumisterie autour de la 38è A.G. de la Grande loge du Gabon ».

L’art royal, un sujet qui semble bien passionner nos confrères africains, puisqu’Africain Intelligence suit toutes ses affaires de près avec son « Franc-maçonnerie : face aux loges africaines « régulières », la GLNF se démène pour conserver son pré carré ». Extrait du 19 mai 2021 :

« Le voyage au Bénin du grand maître de la Grande loge nationale française, Jean-Pierre Rollet, a crispé les obédiences africaines rattachées à la loge française, qui vivent de plus en plus mal sa tutelle et regardent avec envie du côté des loges dites « régulières », proches de la Grande loge unie d’Angleterre… »

Nous ne pouvons que vous recommander aussi la lecture de 1913 – 2013 100 ans de spiritualité maçonnique LE LIVRE DU CENTENAIRE (Dervy, 2015) pour bien comprendre la franc-maçonnerie en Afrique.

Un ouvrage qui ne contient pas moins de 18 occurrences concernant l’Afrique, y compris sur Hôpital Assistance International. C’est depuis les années 60 que la GLNF prend pied en Afrique noire… par ailleurs, Jean Mons, Grand Maitre de la G.L.N.F. 1980-1989, tout en continuant l’action de ses prédécesseurs, en développant la maçonnerie à l’international, constitue la Grande Loge du Gabon en 1983 – avant 1998, six grandes loges sont consacrées. Une construction maçonnique sérieuse et durable, en toute indépendance, tout en gardant une fidélité en amitié…

Relisez nos différents articles sur Ali Bongo et la Grande Loge du Gabon :

Le 11 juin dernier, « Les Frères de la « Grande Loge du Gabon » boycottent l’invitation du Très Vénérable Ali Bongo »

Le 16 novembre 2022, « Ali Bongo réélu sans surprise à la tête de la Grande loge du Gabon », où vous retrouverez la vidéo « Franc-Maçonnerie Intronisation d’Ali Bongo Odimba.flv ». Une vidéo de son intronisation en 2009.

Le 21 novembre 2022, « 38e Assemblée générale de la GL du Gabon, Ordre misanthrope et profane ? »

Alors, que feront donc les bien-aimés frères envers le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte Ali Bongo ? Son appel sera-t-il entendu ?

Le YouTube France 24 intitulé « Coup d’Etat en cours au Gabon : dans une vidéo, le président Ali Bongo appelle à l’aide ».

Le général Brice Oligui Nguema, chef de la garde républicaine, est désigné président par intérim par les soldats, tandis qu’Ali Bongo est placé en résidence surveillée. Chef d’une unité militaire d’élite, et jusqu’à peu très proche du régime Bongo, il a donc été nommé « président de la Transition » par les putschistes.

Brice Oligui Nguema.

Alors Brice Oligui Nguema, bonnet blanc ou blanc bonnet ? Est-il lui aussi franc-maçon ?

Le média Mondafrique – le site qui décrypte sans clichés ni préjugés l’Afrique de l’ouest et le Maghreb – nous apprend qu’il est « Propriétaire millionnaire ! Mais Brice Clothaire Oligui Nguema est aussi dans les « affaires ». Ainsi, il dispose de plusieurs propriétés aux États Unis d’Amérique d’une valeur de plus d’un million de dollars selon une enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) de 2020. En 2018, par exemple, il a acheté – en cash ! – une propriété à Silver Spring dans le Maryland à 447 000 dollars ! »

J.-C. Foellner – Source LinkedIn.

*Sur J.-C. Foellner, Grand Maître d’Honneur de la GLNF, relisez notre article du 24 novembre 2022 « GLNF et LinkedIn… du réseautage ? »

« Dès que vous aurez vos trois loges, je vous donne votre Grande Loge de Maurice »

De notre confrère de l’Ile Maurice lemauricien.com

Dans le sillage de la publication de son livre, intitulé La Veuve égyptienne et ses héritiers, Le-Mauricien a rencontré Joseph Tsang Mang Kin, ancien diplomate et ancien ministre de la Culture. Il s’appesantit sur l’histoire de la franc-maçonnerie égyptienne dans le monde, dans la région et à Maurice. Pour lui, la présence à Maurice de trois courants de la maçonnerie, à savoir le courant français continental, le courant anglo-saxon et le courant égyptien, fait de Maurice une île maçonnique. « C’est le résultat de l’histoire du pays » , dit-il, ajoutant qu’il « n’y a pas de pays plus tolérant et plus généreux que notre île Maurice »

Vous venez de publier « La veuve égyptienne et ses héritiers ». Parlez-nous de votre livre…
Il a été publié il y a quelques mois déjà et est déjà disponible en France et en Grande-Bretagne. Je voulais initialement le lancer depuis longtemps à l’hôtel Hennessy, mais cet établissement hôtelier est en rénovation. Finalement, mon livre a été lancé à Bagatelle, et j’en suis très heureux.

Ce livre est venu combler une lacune. J’avais commencé à l’écrire depuis longtemps. Je disposais d’une masse d’informations sur la situation de la franc-maçonnerie à Maurice, qui est assez exceptionnelle dans le monde. Très peu de pays ont la chance d’avoir les trois courants de la maçonnerie, à savoir le courant français continental, le courant anglo-saxon et le courant égyptien. C’est la raison pour laquelle j’avais dépeint à l’époque Maurice comme une île maçonnique, qui est le résultat de l’histoire du pays.
Mon livre a plusieurs objectifs. Je raconte l’histoire de la maçonnerie depuis l’ère égyptienne jusqu’à nos jours. La deuxième partie raconte comment la maçonnerie égyptienne a progressé à Paris et en Europe au 18e siècle. Elle s’est surtout répandue en Italie et en France. Et la troisième partie évoque l’histoire de la maçonnerie égyptienne dans l’océan Indien, notamment à Madagascar et aux Seychelles.

Vous vous êtes donc penché sur l’histoire de la franc-maçonnerie en général ?
Je me suis toujours intéressé à l’histoire de la maçonnerie à Maurice et dans le monde. Je dois dire merci à mon frère Rivaltz Quenette, qui nous a quittés, et qui était une sommité de la franc-maçonnerie, pour les recherches effectuées concernant Maurice. Je ne finis pas de regretter que son rêve, qui est aussi le mien, du fait que j’ai appartenu à sa loge pendant quelque temps, ne se soit pas réalisé. Les francs-maçons de tradition française à Maurice n’ont pas pris leur indépendance jusqu’à aujourd’hui.

Lorsque nous regardons à Madagascar et dans les pays africains, nous nous rendons compte que la plupart de ces pays, après avoir obtenu leur indépendance politique, ont recherché leur indépendance maçonnique de manière à mettre fin aux relations qui rappellent trop ces rapports de l’ère coloniale. La vérité est que ce sont non seulement les Mauriciens qui ne veulent pas se séparer des Français, mais aussi que ces derniers refusent également de le faire.

Je vous raconte une anecdote. Alors que j’étais ministre de la Culture (1995-2000) j’ai reçu un de Grands Maîtres de la GODF à la demande du Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam. En présence des membres de sa délégation et des hauts fonctionnaires de mon ministère, je lui avais demandé s’il n’était pas temps d’avoir à Maurice un Grand Orient de Maurice. Il s’est emporté et m’a dit : « Que voulez-vous ? Les Mauriciens sont contents d’être là. » Et agacé, il a ajouté qu’il n’avait aucune leçon à recevoir. Donc, la responsabilité est partagée. Il y a ceux qui ne veulent pas d’indépendance et ceux qui ne veulent pas donner l’indépendance.

Or, lorsque j’ai rencontré Robert Ambelain, alors Grand maître mondial du rite maçonnique de Memphis-Misraim, en mai 1977, il m’a dit : « Dès que vous aurez vos trois loges, je vous donne votre Grande Loge de Maurice. » C’était une mentalité différente. Il y a donc à Maurice ce courant français qu’on connaît bien grâce aux livres de Rivaltz Quenette et d’autres, dont Serge L’Hortalle. Mais les colosses de cette génération sont tous partis. Le dernier en date a été Joseph Foy. Je pense que je suis le dernier des Mohicans, tant d’un point de vue maçonnique que d’un point de vue politique, puisque je suis un des derniers à avoir connu Seewoosagur Ramgoolam, qui était non seulement le père de la nation, mais également maçon.

Que connaissez-vous du courant anglais ?
Du côté des Anglo-saxons, je ne connais aucun auteur mauricien qui a écrit sur eux. Il y a surtout eu des publications de circonstance, des livrets ou des documents pour célébrer le jubilé de telle ou telle loge anglaise ou écossaise. Donc, cette maçonnerie n’est connue que des Anglais. La seule chose que tous les Mauriciens savent est qu’il y a une loge maçonnique à Phoenix. Ce que nous savons moins, c’est que la franc-maçonnerie anglo-saxonne a fait son entrée à Maurice juste après la conquête de Maurice par les Britanniques. Cela s’est passé au moment du grand triomphe de l’Empire britannique. Les Britanniques avaient une vision du monde avec une seule obédience maçonnique à son service.

Cette ambition avait été exprimée par le gouverneur général du Bengale, commandant en Inde, Lord Moira, qui était le Grand Maître adjoint de la Grande Loge d’Angleterre, peu après son débarquement à Maurice en août 1813, après l’installation de Robert Farquhar au poste de gouverneur de l’île. Il s’était étonné de voir que dans cette étrange colonie de sa Majesté, les loges maçonniques étaient toutes françaises. Sous son impulsion, une loge Provinciale de l’United Grand Lodge vit le jour à Maurice en 1816, soit trois ans après la naissance de l’United Grand Lodge of England au Royaume-Uni. Le Provincial Grand Master était sir Robert Farquhar. Pour l’histoire, il faut savoir que c’est Lord Moira qui avait participé à une procession maçonnique sortie du temple afin d’effectuer la pose de la première pierre de la Cathédrale Saint-Louis.

Un autre moment historique, évoqué dans mon livre, il y a eu la séparation entre les loges anglaises de celles d’obédience françaises en France, en 1778. Les Français ont donné aux Anglais un prétexte en or pour les rejeter définitivement lorsqu’un Grand Maître français d’alors a, au nom de la tolérance, introduit le concept de liberté de conscience, au lieu de parler uniquement du Grand architecte de l’Univers. Les Anglais ont traité les Français d’athées et se sont séparés définitivement d’eux.

C’est à partir de ce moment que nous parlons des francs-maçons réguliers et irréguliers, les Anglais se considérant comme réguliers et fidèles à la tradition. Cette décision a eu des répercussions à Maurice, où les francs-maçons entretenaient de bonnes relations d’amitié et n’étaient pas d’accord avec cette querelle franco-britannique. Finalement, les Français ont reconnu que le cas de Maurice était assez exceptionnel et que les francs-maçons mauriciens pouvaient faire ce qu’ils voulaient.

Le courant égyptien se présente donc comme la troisième force à Maurice…
J’ai été initié en loge égyptienne à Bruxelles. J’ai tellement apprécié ce rite que j’ai commencé à entreprendre des démarches pour obtenir une patente du rite Memphis-Misraïm. C’est ainsi que j’ai été amené, après avoir franchi plusieurs étapes, à rencontrer le Grand Maître mondial Robert Ambelain. J’avais à l’époque qu’une année de maîtrise. Ce qui ne l’a pas empêché de me donner la patente pour la création des loges à Maurice et dans la région de l’océan Indien.

J’ouvre une parenthèse dans mon livre pour expliquer l’importance de l’obédience Memphis Misraïm. Pendant la guerre, lorsque les Allemands sont entrés dans Paris, ils ont occupé le siège du Grand Orient de France. Ils ont saisi les archives et les fiches qu’ils ont transportées en Allemagne. Par la suite, à la fin de la Guerre, tous les documents sont partis en Russie. Ils ont ensuite rendu une partie à la France.

À cette époque, toutes les loges étaient fermées et interdites en France. Les vénérables ont été arrêtés et certains ont été envoyés en camp de concentration. Il n’y avait pas de maçonnerie pendant trois ou quatre ans dans l’Hexagone. La seule maçonnerie qui avait réussi à survivre durant la Deuxième Guerre mondiale était celle de Robert Ambelain. Il avait créé une loge Alexandrie d’Égypte et avait réussi à s’arranger pour organiser des tenues chez lui, dans la clandestinité, pendant quatre ans sans arrêt.

Cette loge a initié de grandes personnalités françaises. Il y a eu des témoins. À la fin de la guerre, Robert Ambelain est devenu héros de la résistance en raison de son courage. De facto, on lui a confié la direction de l’obédience Memphis-Misraim, reconnue par les grandes loges de l’Europe et de l’Amérique latine, sauf l’Italie, qui revendiquait la grande maîtrise mondiale. Toutefois, ils n’étaient pas qualifiés pour le faire. Il se trouve que si les franc-maçonneries anglaises et françaises utilisent un corpus ésotérique judéo-chrétien, une large partie des grades de la franc-maçonnerie égyptienne est puisée en dehors de ce corpus.

Vous avez donc participé au développement de l’obédience Memphis-Misraïm ?
Comme je vous l’ai dit plus tôt, j’ai obtenu la patente de Memphis-Misraïm en mai 1977 des mains de Robert Ambelain. J’ai facilité son implantation dans la région de l’océan Indien. À un moment, alors qu’il y avait de problèmes au sein de l’obédience en Europe, on a fait appel à moi pour avoir des patentes afin de travailler dans les hauts grades. Il n’y avait plus de succession de Roberd Ambelain. Moi qui suis encore vivant, j’étais devenu son dernier héritier direct.

Est-ce vous disposiez des patentes de Memphis-Misraïm ?
Oui, jusqu’à septembre de l’année dernière, lorsqu’une dizaine de pays se sont réunis à Maurice pour créer une Confédération des souverains sanctuaires de l’océan Indien. C’est cette confédération qui a pris le pouvoir. Je me suis mis en retrait. Nous avons mis fin aux rapports quasi coloniaux. Dans chaque pays, il y a un souverain sanctuaire qui est indépendant et qui se rencontre au sein de la confédération.

Pourquoi avoir choisi ce titre, « La veuve égyptienne et ses héritiers », pour votre livre ?
Tous les francs-maçons sont les enfants de la veuve. La seule différence est que Memphis-Misraïm est de tradition égyptienne. Pour être plus précis, je peux dire que notre maçonnerie nous vient de l’Égypte ancienne.

Quelle preuve avez-vous pour affirmer cela ?
C’est une question qui m’a beaucoup tourmentée parce qu’on ne pouvait pas avoir de preuves. Les francs-maçons travaillent dans le secret. C’est seulement au milieu du siècle dernier que les égyptologues ont mis la main sur un document qui dormait dans un sarcophage depuis plusieurs millénaires. Celui qui est enfermé dans ce sarcophage a subi des initiations dans trois endroits. Il a fait un compte rendu de ses initiations. Comme il n’avait pas le droit de parler, il les a écrits pour lui-même. Aujourd’hui, nous avons donc des documents de ces initiations et nous nous sommes à l’évidence que ce qu’il a décrit correspond à près de 80% à ce qu’on pratique aujourd’hui dans la maçonnerie égyptienne. Donc, on a aujourd’hui des preuves d’une source première.

Comment avez-vous procédé pour effectuer vos recherches ?
Comme je l’explique dans la préface du livre, c’est une version remaniée de  »Les héritiers de la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm ». Ce livre est le résultat de mes recherches à travers la lecture d’une centaine de livres, de documents et de photocopies que j’ai reçus, achetés, conservés et archivés depuis bientôt un demi-siècle, et qui sont à la base de mes recherches et écrits. J’ai aussi consulté de nouvelles informations mises à jour par de nombreux chercheurs, entre autres par le biais d’Internet. Grâce aux applications qui permettent la traduction instantanée de textes, j’ai pu avoir accès à des publications et écrits en italien, qui sont d’importance capitale dans les études des rites égyptiens.

En fait, votre livre est un récit historique…
Je raconte le cheminement d’une partie de l’histoire de l’humanité et je donne mon interprétation personnelle de plusieurs situations historiques. Par exemple, je critique l’empereur Constantin pour ce qu’il a fait de l’église catholique et je réhabilite le roi d’Angleterre Henri VIII , ainsi que des personnalités comme John Yarker, un homme de droiture.

Entre l’an 325 et l’arrivée d’Henri VIII, toute l’Europe était catholique grâce à l’empereur Constantin, jusqu’à ce qu’Henri VIII décide de rompre avec l’église catholique de Rome pour créer l’église d’Angleterre, dont il est devenu le chef.

Lorsque j’étais au collège, je détestais ce roi qui avait répudié ses femmes. Par la suite, j’ai pris conscience que grâce à lui, les esprits se sont libérés. Car en prenant son indépendance par rapport à l’église de Rome, il a permis aux écrivains britanniques de s’exprimer.

Francis Bacon, un des pionniers de la pensée scientifique moderne, a commencé à écrire des essais qui sont des réflexions sur soi et sur la société. Cela n’était pas possible à cette époque. C’est le début de la littérature anglaise avec William Shakespeare. À la Royal Society of Science, la recherche scientifique se développe et on voit l’émergence de scientifiques de l’envergure d’Isaac Newton, entre autres, dont les découvertes sont encore valables jusqu’à aujourd’hui. Tout compte fait, je n’ai fait qu’ouvrir des pistes de recherches pour les chercheurs à l’avenir.

Vous dites que vous n’auriez pas écrit ce livre si vous n’étiez pas né à Maurice…
Tout à fait. Naître dans cette île, c’est avoir la chance de devenir un citoyen du monde universel. Vivre dans cette île, c’est côtoyer quotidiennement des héritiers de trois grandes aires de civilisation : l’Europe, l’Afrique et l’Asie. C’est baigner dans les cultures autres qu’occidentales, les cultures indiennes, chinoises, malgaches, africaines, et connaître de l’intérieur les richesses millénaires que transportent et véhiculent les descendants des immigrés que nous sommes tous, nés ici.

Être né à Maurice, c’est non seulement avoir accès dès sa naissance à l’anglais, au français et au créole, mais également aux principales langues de l’Asie, dont le tamoul, l’hindi, le télougou, le marathi, le mandarin, le cantonais, le hakka, que d’ailleurs nous entendons tous les jours, soit autour de nous, soit par le biais de nos radios ou télévisions nationales.

On dit que je suis Chinois, mais je n’ai pas de passeport chinois. Et je suis plus riche que ceux qui sont nés là-bas, avec une seule culture. Étant né à Maurice avec la culture mauricienne, cela me permet de comparer et de voir qui a raison et qui a tort.

Si vous lisez les livres des auteurs français sur la maçonnerie égyptienne, ils critiquent tous les francs-maçons belges. Ils ont tort, dans ma réinterprétation de l’histoire, et je réhabilite des francs-maçons belges. Parce que nous sommes nés à Maurice, nous sommes forcés d’avoir un esprit ouvert et une attitude de tolérance vis-à-vis de nombreuses croyances, même si l’on pense sincèrement qu’elles sont pour la plupart des fables, des mythes ou des superstitions. Il n’y a pas de pays plus tolérant et plus généreux que notre île Maurice.

C’est fort de cette expérience multiculturelle et multireligieuse que j’ai été amené à regarder l’histoire des rites égyptiens non pas avec les yeux des Français, des Belges, des Anglais ou des Italiens, ou même des Égyptiens, mais avec ceux d’un Mauricien.

D’autres publications en préparation ?
Certainement. Dans le cadre de la recherche de la vérité, j’ai plusieurs projets pratiquement prêts pour la publication. Je dois toutefois faire quelques retouches afin de les peaufiner. J’ai récemment publié deux essais dans la Collection Radical. Ils avaient été présentés dans le cadre des travaux initiés par Jack Bizlall et un groupe d’amis sur une nouvelle Constitution pour Maurice. Les essais sont intitulés: Les malheurs des 60-0 et Le projet Fair-play. Dans le premier, je dénonce l’amendement No 2/1982 introduit par le gouvernement MMM-PSM après la victoire de 60-0 en 1982. Je tiens pour responsable Paul Bérenger, parce qu’il était l’homme fort de ce gouvernement. À mon avis, cet amendement est à la source de nos problèmes institutionnels et sociaux d’aujourd’hui. Dans le projet Fair-play, je propose une réforme électorale susceptible de répondre aux aspirations des Mauriciens.

Néo-ésotérisme : du neuf avec du vieux, mais toujours toxique

Effet de vase communicant : la religiosité est en baisse, et les ésotérismes ont un succès croissant. Mais la science est, elle aussi, de plus en plus décriée. Panorama.

L’Express s’est fendu en août d’un numéro spécial dédié au néo-ésotérisme, faisant un tour de piste complet de son actuel succès auprès du grand public. Tentons de le comprendre.

Freud nous l’avait bien dit : le désir est le moteur universel. Mais il faut croiser ça avec notre besoin irrépressible de se raconter un beau récit, à peu près cohérent, sur le monde, avec nous dedans, de préférence au centre. Il y a un réel « désir de narratif ». Problème :  ça tombe un peu de tous les côtés, d’une manière telle qu’il est difficile de qualifier la marche du monde autrement que de « chaotique ». Ou serait-ce chaotique ? Ah non, l’idée d’un chaos non contrôlé est insupportable. D’ailleurs, j’ai lu quelque part « ordo ab chao », devise de gens bien.

On n’obtiendra une belle histoire lisse qu’en malaxant les faits, en en escamotant les « incongruités ». Et voilà le biais de confirmation : c’est la méthode de transformation de la somme de nos perceptions en une histoire-thèse conforme à nos désirs-besoins. Notre cerveau gauche a un module dédié à cela : « l’interprète », module qui fonctionne 100% en automatique, sans appel à la conscience.  Il pond en continu des justifications pour nos intentions, et d’autres, après coup, pour les actes commis. D’ailleurs tous les actes posés dans l’urgence sont décidés par d’autres modules tout aussi automatiques, et plusieurs secondes avant leur apparition à la conscience.

Mais revenons à nos besoins.

Un besoin permanent est celui du sentiment de contrôle.

L’incertitude, le hasard, sont des ennemis absolus, allumant les circuits négatifs, avec sensations désagréables, dans nos cerveaux (amygdale, insula etc.).

Nos ancêtres, face à l’hostilité apparente de leur environnement, ont d’abord eu envie de croire qu’un être supérieur veillait à leur bien-être, un peu genre le patriarche de la tribu. Et ce fut l’essor des religions. Nous connaissons les avantages et inconvénients des religions. Tout au long de l’Histoire des espèces de précurseurs des « gros rebelles » d’aujourd’hui ont contesté les enseignements prodigués par les clergés. Ces clergés étant menaçants pour les auteurs de pensées dissidentes, une plongée dans le secret était la suite logique. Le plaisir de se classer parmi les « sachants » et/ou « l’élite secrète » crée un liant, toujours actif ces jours-ci parmi les complotistes et autres alternatifs. Cela fait aussi partie des ressorts de succès de la franc-maçonnerie, soyons en certains. 

Les religions, qui ont toutes commencé par imposer une lecture littérale de leurs textes dogmatiques, écrits à des époques anciennes, ont progressivement perdu leur crédibilité sous les avancées de la science et ses preuves par des expériences reproductibles. Une vie agréable dans une société entièrement sécularisée est un modèle crédible… Non il n’est pas nécessaire qu’une morale, officiellement édictée dans le cadre d’une religion « révélée », soit présente. Et oui, des membres des clergés ont plusieurs fois été pris en flagrant délit de choses pas nettes du tout. Notre civilisation internet nous soumet à une pluie continue d’infos qui génèrent de l’indignation morale. Sous cette pluie incessante, notre seuil d’indignation ne cesse de baisser. Comme le constate Gérald Bronner, une insensibilisation grandissante nous guette.  

Bref, dans nos pays, la religiosité est en baisse, et notre soif de morale semble rester non étanchée.  

Tout de même, il faut admettre que plein d’aléas tels que les maladies ou les accidents ne sont pas planifiables, et l’angoisse correspondante continue d’exiger une réponse anxiolytique. L’ésotérisme a donc fait florès au 19e siècle. Théosophie, anthroposophie, apports asiatiques constitueront le terreau du New Age du 20e siècle et du néo-ésotérisme actuel.

Il faut dire aussi que la science, dès le début du 20e siècle avec la théorie quantique, a quitté son caractère simple et prédictif. Or nous recherchons tous un narratif simple. A la place, on trouve une complexité mathématique que l’on dirait voulue pour être réservée à une petite élite, et le retour de l’ennemi avec le « principe d’incertitude ». Ajoutons que la pensée politique fait souvent l’amalgame science = industrie = capitalisme = ennemi du peuple. Pour couronner le tout, les changements climatiques créent un apitoiement sur les « douleurs » que nous infligeons à la nature, et la crainte d’une vengeance de la nature ainsi humanisée (ou déifiée). Là encore, il est pratique de glisser la culpabilité sur le dos de l’ingénieur/chercheur/capitaliste. N’oublions pas que la science affiche l’état actuel des théories et s’autorise à les réviser si de nouveaux éléments s’imposent. Ce processus est normal mais compris par certains comme une dangereuse instabilité : des erreurs dramatiques qui imposent des révisions complètes. L’erreur est intolérable.

Bref, le besoin de croire est bien là et actif.

Les médias ont acté que les articles bienveillants envers toutes ces croyances rencontrent plus de succès que ceux au ton critique. Leur choix a donc été vite fait : chacun y va de son dossier, et sans questionner la chose.

Et voilà entre autres pourquoi internet nous offre une palette d’histoires en « prêt-à-croire » comme jamais . Toutes sont assorties d’un mille feuilles argumentatif bien pensé, qu’un individu si érudit soit-il ne peut réfuter tout seul. Arrive alors ce qui doit arriver :  chacun se choisit son histoire favorite et se met à la défendre, au besoin violemment. Les réseaux sociaux mettent en relation ceux qui pensent pareil, et les histoires clamées haut et fort deviennent des signes de reconnaissance. Celui qui parle le plus fort finit par monopoliser le média et étouffer les objections des uns et des autres. Il suffit de quelques gardiens du temple, suiveurs sourcilleux du gourou, pour que les textes soient figés et désormais enseignés comme des dogmes.

Les auteurs de pensées divergentes subiront diverses vexations. Bref, sectes et groupes ésotériques, même processus. La boucle est bouclée. Les pigeons seront plumés par les prédateurs :  stages onéreux, pleins de verbiage creux, questions gênantes interdites. Les institutions privées ou publiques seront cibles d’entrisme. Le système s’entretient en recrutant de nouveaux adeptes à la recherche d’histoires simples , avec des rôles clairs (bons et méchants), une hiérarchie très carrée (synergie possible avec l’extrême-droite, surtout s’il y a une dimension antisystème). La Miviludes tient tout ce petit monde à l’œil, ce qui ne l’empêche pas de prospérer.

La Franc-maçonnerie de notre pays reflète bien tout cela, je crains.

Le temple maçonnique de Teichtmeister défiguré en rouge sang

De notre confrère allemand heute.at

Il existe un mystérieux lieu d’hommage sur la propriété de la famille Teichtmeister. Il a ensuite été attaqué par des inconnus.

Depuis environ un an, dans un champ près de Langenlois (Basse-Autriche), connu des habitants sous le nom de « Temple Teichtmeister », se trouve une étrange structure: quatre colonnes et un toit étroit avec l’inscription « Temple de l’amour humain général ». Sur les côtés se trouvent les inscriptions « Memento mori » et « Connais-toi toi-même, contrôle-toi et ennoblis-toi ». Comme beaucoup d’autres éléments de la sculpture, ce sont des références assez évidentes à la Ligue maçonnique.

Son membre était jusqu’il y a peu le mime accusé de dépeindre des abus sur mineurs. Selon la Grande Loge maçonnique, Teichtmeister a rejoint les maçons en tant qu’acteur en herbe. Lorsque les allégations portées contre lui ont été connues, il a été immédiatement exclu : « Il nous a trompés tout autant que l’ORF, le Burgtheater et le public tout entier… »

Attaque du temple Teichtmeister

Evidemment, il n’y a pas que les francs-maçons qui se sentent trompés et indignés. Selon les médias, des inconnus auraient défiguré le lieu d’hommage sur la propriété des Teichtmeister avec de la peinture rouge. Des poupées d’enfants étaient également attachées à la structure, probablement en référence aux allégations. En outre, la maison familiale aurait également été enduite de peinture et la police enquête actuellement sur les auteurs inconnus.

Bartolomé Mitre, le père du récit historique argentin et « Grean Mestre » de la franc-maçonnerie

De notre confrère argentin marcelobonelli.cienradios.com – Par Fernando Del Corro

Le 19 janvier 1906, il y a environ 117 ans, à l’âge de 84 ans, l’ancien président et père du récit historique national Bartolomé Mitre, descendant d’une famille grecque dont le nom d’origine était Mitrópoulos qui est arrivé dans l’actuelle Argentine au XVIIe siècle lorsqu’un navigateur vénitien d’origine hellénique s’y installa.

Laissant derrière lui les grands héros de l’indépendance tels que José Francisco de San Martín et Manuel José Joaquín del Sagrado Corazón de Jesús Belgrano, dont il a écrit les biographies, Mitre a été l’homme politique et l’écrivain qui a le plus de poids pour l’avenir des Argentins car, en effet, il a déjà mis fin au système de gouvernement fédéral en en faisant une simple fiction et a donné la parole à un système économique de nature oligarchique à travers l’élimination par décret de l’annexe économique de la Constitution nationale préparée par Mariano Antonio Fragueiro.

Elle fut également décisive pour la formation définitive des États sud-américains en facilitant la victoire du Chili sur la Bolivie et le Pérou dans la guerre du Pacifique entre ces pays, ce qui permit aux premiers de s’emparer des bandes côtières de leurs pays vaincus, condamnant la Bolivie à terrain enclavé. Quelque chose pour lequel il a arrêté au Sénat national l’accord que son successeur, Domingo Faustino Valentín Quiroga Sarmiento, avait signé, par lequel des garanties étaient données aux vaincus ultérieurs en cas d’agression chilienne.

Et bien sûr, son héritage a été décisif sur le plan historique puisque pendant des décennies son modèle a été en vigueur, enseigné dans les écoles et même dans les universités à travers lesquelles s’est établie une légende du bien et du mal. Une histoire romancée comme le démontre sa lettre à Vicente Fidel López dans laquelle il se réjouit de la façon dont, entre eux, ils ont uruguayen José Gervasio de Artigas, dont les idées étaient dangereuses pour l’oligarchie de River Plate, minimisant autant que possible son rôle dans River Plate. lutte contre les colonialistes. Artigas, décédé au Paraguay, après avoir rejeté l’indépendance de la République orientale de l’Uruguay, se définissait comme argentin-oriental.

Tout au long de sa carrière politique, outre l’Argentine, où il a débuté comme opposant à Juan Manuel de Rosas, il a participé aux affaires intérieures de l’Uruguay, de la Bolivie, du Pérou et du Chili, toujours liés aux secteurs de ce qu’on appelle aujourd’hui la droite , et finissent toujours expulsés lorsqu’ils sont vaincus.

Il a eu une activité journalistique intense tout au long de son activité politique dans ces pays, en particulier au Chili, mais son point culminant a été la création en Argentine du journal matinal « La Nación », historiquement l’un des plus importants, et actuellement le deuxième en tirage après « Clarín ». Il y a peu de temps, c’était le 150ème anniversaire du lancement de « La Nación », un organe qui est toujours entre les mains de ses héritiers et qui, tout au long de ce siècle et demi, a maintenu une politique cohérente alignée avec les secteurs historiquement liés à Bartolomé lui-même.

Le responsable de la chute du gouvernement constitutionnel de Justo José de Urquiza et de ses successeurs Alejandro Vicente López y Planes et Juan Esteban Pedernera fut cependant en réalité associé au premier d’entre eux lors de la soi-disant « Guerre de la Triple Alliance », en réalité la « Triple Infamie » contre le Paraguay. Mitre était alors président argentin tandis qu’Urquiza, toujours gouverneur d’Entre Ríos, était le grand fournisseur de la cavalerie utilisée par l’armée brésilienne. Même si l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil furent les vainqueurs officiels, le grand bénéficiaire de ce conflit fut l’empire brésilien de l’époque, qui finit par s’approprier une grande partie du territoire. La reconnaissance que Mitre reçut du gouvernement impérial n’était pas le fruit du hasard.

Une fois son mandat présidentiel terminé en Argentine, il a continué à être un homme clé de la politique nationale au cours des gouvernements qui lui ont succédé, comme dans le cas susmentionné de son opposition à son fils successeur, Sarmiento, lorsqu’il voulait éviter que la Bolivie ne soit condamnée à un pays enclavé. En 1890, il fut l’un des dirigeants de la Révolution du Parc dirigée, entre autres, par Leandro Nicéforo Alem et qui, bien que vaincu, provoqua la démission du président Miguel Ángel Juárez Celman et son remplacement par le vice-président Carlos Enrique José Pellegrini.

Plus tard dans sa vie, entre le 24 août 1893, il y a 130 ans, et le 24 août 1894, il fut le vingtième « Grand Maître de la Grande Loge des Maçons Libres et Acceptés », il y a 129 ans, en Argentine, tandis qu’entre 1898 et 1902 il fut président provisoire du Sénat National, étant Président de la Nation Alejo Julio Argentino Roca, terminant ainsi sa carrière avec des fonctions publiques dont la première étape en tant que dirigeant avait commencé en 1860 dans la province de Buenos Aires. 1862 et 1868 comme plus haute autorité nationale.

Né le 26 juin 1821 dans l’actuelle Ville Autonome de Buenos Aires, il présida jusqu’à sa mort en 1906 l’Union Civique Nationale, créée en 1891 à la suite de l’Union Civique formée en 1890. De cette division naquit également l’Union Civique Radicale. dirigé par Leandro Alem. En 1874, Mitre avait dirigé le Parti nationaliste et, entre 1862 et 1874, le Parti libéral, après avoir été membre du Parti unitaire de 1851 à 1862 et, auparavant, du Parti Colorado lors de son exil en Uruguay.

Clairement en contradiction avec les seigneurs de guerre fédéraux qu’il a vaincus, ses relations internationales ont favorisé les pays européens. Même avant le décès de l’ambassadeur d’Argentine aux États-Unis d’Amérique, il lui a fallu plusieurs mois pour désigner Sarmiento à ce poste. C’est ainsi qu’elle a ignoré l’occupation française du Mexique et l’occupation espagnole de Saint-Domingue, raison pour laquelle l’Argentine n’a pas participé au Congrès panaméricain tenu à Lima en 1862 pour traiter de ces graves questions.

La position de Mitre à cet égard a été exprimée par le ministre des Affaires étrangères Rufino Jacinto de Elizalde, qui a souligné : « L’Amérique indépendante est une entité politique qui n’existe pas et ne peut être constituée par des combinaisons diplomatiques. L’Amérique, composée de nations indépendantes, avec leurs propres besoins et moyens de gouvernement, ne pourra jamais former une seule entité politique. Et il a ajouté: « En ce qui concerne la République argentine, elle n’a jamais craint aucune menace de la part de l’Europe dans son ensemble, ni de la part d’aucune des nations qui la composent », pour laquelle il a conclu que « On peut dire que la République s’identifie à l’Europe »autant que possible ». Voilà la brève explication de ce qui s’est passé dans le pays pendant la majeure partie du siècle et demi écoulé .

« Adogma », la revue de l’ADLPF

L’Association des libres-penseurs de France (ADLPF) vient de publier un numéro spécial intitulé « La Commune de Paris ». Qui plus est, un numéro double. Un tel sujet le méritait bien. Ce grand épisode historique marque encore les mémoires.

Adogma – Revue de réflexions des libres-penseurs, est la revue de l’ADLPF. Les Libres-Penseurs se sont toujours méfiés des dogmes et des vérités immuables. Sa méthode c’est l’usage de la raison et l’analyse critique. Les Libres Penseurs dans une permanente conquête, sans cesse renouvelée, de la liberté prennent en compte les nouvelles possibilités qu’apportent les développements de la science et de la technique en maintenant le cap d’un Humanisme laïque libérateur et qui renforce l’autonomie de l’être humain pour la recherche du bonheur.

L’ADLPF, défenseur de la libre pensée

Constituée par une scission d’avec la FNLP (Fédération nationale de la Libre Pensée) en 1995, l’ADLPF considère que toutes les religions sont critiquables et aucune ne mérite faveur ou crédit. Le libre penseur rejette donc toutes absurdités aliénantes quelles que soient les conditions sociales et économiques de leur apparition.

Rappelons que la Libre-Pensée défend les droits et les libertés de l’Homme, la laïcité de l’École et de l’État, la justice sociale et la paix.

Dans son éditorial, Thierry Mesny, directeur de publication, nous remémorise ce qu’est une prise en compte du temps présent, notamment avec les événements douloureux, depuis plus d’un an, de la guerre sur un théâtre d’opération européen, en Ukraine et le temps long, qui est le temps de travail des historiens, ici avec un dossier spécial consacré au 150e anniversaire de la commune de Paris. Il rappelle la tradition pacifiste et antimilitariste de la Libre-Pensée. Il ne donne pas au lecteur juste une vision, mais une vision juste.

Illustration de couverture : cocarde en tissu rouge arboré le 28 mars, jour de célébration de la Commune. Coll. particulière.

Ensuite, nous avons le bonheur de lire dans le chapitre « Tribunes libres » – dans un contexte journalistique, une tribune libre est réservée à des contributions extérieures, généralement des articles d’opinion ou des commentaires rédigés souvent par des experts ou des personnalités publiques – les propos de Jean Javani, ancien grand maître adjoint du Grand Orient de France ou encore de Charles Coutel, universitaire spécialiste des Lumières françaises et de l’œuvre de Condorcet, contributeur et par ailleurs contributeur régulier à La Chaîne d’Union du GODF, la plus ancienne revue maçonnique française.

Le dossier spécial s’ouvre ainsi. Extrait : « La Commune de Paris.

Le cent-cinquantenaire de la commune est passé inaperçu aux yeux de la commémoration officielle. Rien d’étonnant de la part de la droite louis-philipparde qui nous gouverne. Mais il est fort attristant de constater que la « gauche parisienne », bien peu héritière de son histoire, n’a pas trouvé mieux que de faire classer le Sacré-Cœur, une construction décidée dans le cadre de l’instauration d’un « ordre moral » faisant suite aux événements de la Commune de Paris. La grande peur des bourgeois qui tremblaient de voir la populace capable de qualité politique et gouvernementale semble s’être transmise à cette prétendue gauche… »

Un dossier commençant par une interview de l’historien spécialiste du mouvement ouvrier Michel Cordillot qui étudia les pionniers du mouvement ouvrier et socialiste français au temps de la première Internationale et de la Commune de Paris. Nous lui devons la coordination de La Commune de Paris 1871 : Les acteurs, les évènements, les lieux (Éditions de l’Atelier, coll. « Maitron », 2021).

La 3e de couverture.

Chaleureusement remercié pour avoir mis à la disposition d’Adogma sa riche collection iconographique, il nous éclaire quant à la méthode employée et au choix qu’il a réalisé pour coordonner un tel ouvrage – un collectif d’une trentaine de chercheurs. Il y aborde, l’évènement continuant toujours de faire l’objet de beaucoup de mythes et de fantasmes, les causes de la commune, les enjeux soulevés, la répression, la démocratie directe, etc.

Vous pourrez aussi prendre connaissance de nombreuses notes de lecture. Nous vous recommandons l’article due à la plume érudite de Philippe Foussier, grand maître du GODF de 2017 à 2018, sur « La Commune de Paris et l’Église : une brutale Séparation ».

Nous avons particulièrement apprécié la « Chronologie de la Commune de Paris » que nous devons à Thierry Mesny et qui nous conduit du 19 juillet 1870, avec « La France déclare la guerre à la Prusse » au, cinq pages plus loin, 28 mai 1871 avec les « Derniers coups de feu » et la « Mort de Varlin » – Louis Eugène Varlin (1839-1871), militant socialiste et libertaire, membre de la Première Internationale et de la Commune de Paris.

Le sommaire du numéro double (numéro 8-9) consacré à la Commune de Paris.

Jean Javani.

Tribunes libres :

Jean Javanni : Laïcité, tolérance et non-discrimination

Charles Coutel : La paix universelle et humaniste, horizon de l’hospitalité

Entretien avec Louise El Yafi, auteur de : Lettre à ma génération. La jeunesse face aux extrêmes

Danièle Briquet : Poète baroque, libertin d’esprit et de mœurs, Théophile de Viau, promoteur des idées nouvelles au XVIIe siècle

Dossier La Commune de Paris :

Entretien avec Michel Cordillot, coordinateur de l’ouvrage : La Commune de Paris, 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux

Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia : La Commune, mouvement patriotique au carrefour du combat laïque et du mouvement social

Philippe Foussier : La Commune de Paris et l’Église : une brutale Séparation

Claire Turillon : Les femmes et la Commune de Paris

Dessin de la 4e de couverture, par Richard Delécolle.

Entretien avec Jean-François Dupeyron : sur l’œuvre scolaire de la Commune

Georges Châtain : La Commune en Limousin

Roland Labregère : Lucien Félix Henry, communard et artiste

Gérard Delfau : De la Terreur à la Commune : Jules Vallès, lecteur de Quatrevingt-treize

Patrick Berthe : Louise Michel et Victor Hugo

Gilles Poulet : Les écrivains du XIXe siècle et la Commune

Gérard Oberlé : Léon Cladel, le « rural écarlate »

Thierry Mesny : Chronologie de la Commune de Paris

Philippe Foussier.

Lectures

Les communards : Jean-Pierre Azéma, Michel Winock

Le Cri du peuple : Jacques Tardi, Jean Vautrin

Autoportrait en noir et blanc. Désapprendre l’idée de race : Thomas Chatterton Williams

La Commune de Paris, 1871.  Les acteurs, l’événement, les lieux : Michel Cordillot

Le Bêtisier du laïco-sceptique : Renée Fregosi, Nathalie Heinich, Virginie Tournay, Jean- Pierre Sakoun, Xavier Gorce

Eugene Varlm, internationaliste et communard : Michel Cordillot

La Grande Révolution (1789-1793) : Pierre Kropotkine

ADLPF, le site

Adogma – Revue de réflexions des libres-penseurs

La Commune de Paris

CollectifADLPF, 2023, 174 pages, 2 numéros/an – 20 €

Pour commander la revue : Bulletin-abonnement-ADOGMA

Maçons célèbres… : Joseph-Ignace Guillotin

Joseph-Ignace Guillotin, né le 28 mai 1738 à Saintes et mort le 26 mars 1814 à Paris, est un médecin et homme politique français. Il est connu pour avoir fait adopter, sous la Révolution française, la guillotine comme mode unique d’exécution capitale.

Origines et débuts

Joseph Ignace Guillotin est le neuvième des treize enfants de Joseph-Alexandre Guillotin, avocat en la Cour et conseiller du roi en l’élection de Saintes, et de Catherine-Agathe Martin. Une légende familiale veut qu’il soit né près d’une place à Saintes où avaient lieu les exécutions : l’émotion provoquée par les cris d’un condamné fait Mme Guillotin se sentir prise des douleurs de l’enfantement et elle le met au monde.

Il fait des études théologiques pendant sept ans dans le collège des jésuites de Bordeaux et y obtient son baccalauréat. Jésuite, il est d’abord professeur du collège des Irlandais à Bordeaux. En 1763, il choisit les études de médecine d’abord à Reims (où les études sont moins onéreuses) puis en 1768 à Paris, pendant trois ans grâce aux bourses d’études. Il devient pupille à la Faculté de médecine de Paris, obtient un doctorat de régent le 26 octobre 1770 et enseigne l’anatomie, la physiologie et la pathologie dans cette même faculté (de 1778 à 1783).

En même temps, il exerce en cabinet et se partage avec son confrère Jean-Paul Marat la clientèle des maisons des frères du roi, le comte de Provence, futur Louis XVIII, et le comte d’Artois. Il effectue des expériences scientifiques sur le vinaigre ou les caractéristiques de la rage. Le 14 juillet 1787, il se marie à la paroisse Saint-Victor à Paris avec Marie Louise Saugrain.

Parcours politique

Reçu de la Société Galvanique en date du 20 février 1803, signé par Joseph-Ignace Guillotin à titre du président

Peu avant la Révolution française, Guillotin se rend célèbre pour avoir publié plusieurs ouvrages politiques et avoir proposé un certain nombre de réformes. Dans sa Pétition des six corps (ou Pétition des citoyens domiciliés à Paris) rédigée le 8 décembre 1788, il réclame le vote par tête (et non par ordre aux États généraux) et que le nombre des députés du tiers état soit au moins égal à celui des députés des deux autres ordres réunis. Cette proposition lui vaut la réprobation du roi (plusieurs personnes avaient déjà adressé ce genre d’écrit au souverain, mais dans une correspondance personnelle et non en en appelant à lui publiquement par voie de requêtes) et il passe en jugement.

Le Parlement de Paris le condamne le 19 décembre 1788 pour la forme et non pour le fond, comme le fait remarquer le conseiller Lefebvre : « Ce jugement concerne la forme de votre écrit et son mode de diffusion. Quant au fond, le Parlement, dont je suis ici l’interprète, n’y trouve rien à redire. » La pétition est alors interdite de diffusion. Le 27 décembre 1788, sur la demande de Necker, elle est acceptée par le Conseil d’État du roi, pour ce qui est du nombre de députés.

Initié en 1772 à la loge la Parfaite Union d’Angoulême, il devient en 1776 vénérable maître de la loge la Concorde fraternelle à l’orient de Paris et en 1778 membre affilié à celle des Neuf Sœurs (côtoyant les peintres Jean-Baptiste Greuze ou Claude Joseph Vernet, Voltaire, le duc d’Orléans ou le duc de Chartres). Il fréquente tout au long de sa vie des ateliers et des cercles tel les Philalèthes, empreints de rationalité, de connaissance et de liberté. Il joue un rôle important dans la formation du Grand Orient de France et devient orateur de sa « chambre des provinces » qui recevait chaque année le tableau des membres de toutes les loges de provinces, et exerçait sur elle une tutelle. Il cesse ses activités maçonniques pendant la Révolution, à l’issue de laquelle et malgré l’insistance d’Alexandre Roëttiers de Montaleau, il ne réintègre pas la franc-maçonnerie.

Élu le 15 mai député du tiers état de la ville et des faubourgs de Paris aux États généraux de 1789 réunis à l’hôtel des Menus-Plaisirs de Versailles, c’est lui qui propose la réunion dans la salle du Jeu de paume, lorsque les députés trouvent leur salle fermée le 20 juin. Après que l’Assemblée a décrété dans sa séance du 9 octobre qu’elle se transporterait à Paris, Guillotin fait partie de la commission de six membres chargée de déterminer et faire disposer le local le plus adapté à la tenue de ses séances. S’inspirant des théâtres anatomiques, Guillotin suggère de réunir les élus du peuple dans une salle en demi-cercle, afin que tous puissent se voir et s’entendre, ce qui donnera naissance plus tard à l’hémicycle du Palais Bourbon.

Dans l’immédiat le choix de la commission se porte en deux jours sur la salle du Manège au jardin des Tuileries ; elle désigne l’architecte Pierre-Adrien Pâris afin de procéder aux modifications et aménagements voulus pour permettre l’installation des parlementaires. L’Assemblée y tient sa première séance le 9 novembre 1789, après avoir, depuis le 19 octobre, en attendant l’achèvement des travaux, siégé provisoirement dans la grande salle de l’Archevêché, nommée aussi Chapelle des Ordinations. Le 1er février 1790, Guillotin est choisi comme l’un des trois secrétaires de l’Assemblée chargés d’organiser les séances parlementaires souvent chahutées, ce qui lui vaut des attaques malveillantes de la presse parlementaire déçue par la mise en discipline des séances.

Adoption de la « guillotine »

Guillotin, alors président du comité de salubrité de l’Assemblée nationale constituante, propose le 1er décembre 1789 avec l’appui de Mirabeau (député et secrétaire de l’Assemblée nationale constituante), un projet de réforme du droit pénal dont le 1er article dispose que « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l’état du coupable », et demande que « la décapitation fût le seul supplice adopté et qu’on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau ». L’utilisation d’un appareil mécanique pour l’exécution de la peine capitale lui paraît une garantie d’égalité, qui devait, selon lui, ouvrir la porte à un futur où la peine capitale serait finalement abolie.

La proposition de Guillotin vise également à supprimer les souffrances inutiles. En effet, jusqu’alors, l’exécution de la peine capitale différait selon le forfait et le rang social du condamné : les nobles étaient décapités au sabre, les roturiers à la hache, les régicides et criminels d’État écartelés, les hérétiques brûlés, les voleurs roués ou pendus, les faux-monnayeurs bouillis vifs dans un chaudron. Son idée est adoptée en 1791 par la loi du 6 octobre qui dispose que « la peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu’il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés » et que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ».

L’appareil, inspiré d’anciens modèles de machines à décapitation existant depuis le xvie siècle, est mis au point en 1792 par son confrère Antoine Louis, chirurgien militaire, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie (d’où son premier nom de Louison). Après plusieurs essais sur des moutons puis trois cadavres à l’Hospice de Bicêtre le 15 avril 1792, la première personne guillotinée en France fut un voleur, du nom de Nicolas Jacques Pelletier, le 25 avril 1792.

Malgré les protestations de Guillotin qui n’a nullement inventé cette machine, celle-ci se voit rapidement affublée du nom de guillotine. Ce sont les rédacteurs du journal royaliste Les Actes des Apôtres qui auraient employé ce mot, dès les premiers jours, contre sa volonté. Cette méchante plaisanterie fut reprise, avec joie, par les gribouilleurs de copies que Guillotin avait exclus des séances de l’assemblée où ils semaient le trouble. Le docteur en manifesta le regret jusqu’à sa mort en 1814, appelant sa fameuse machine « la tache involontaire de [sa] vie ».

L’erreur de Guillotin aura été de plaider maladroitement pour cette machine le 1er décembre 1789 : « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point. La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus. »

« Il y a des hommes malheureux. Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte ; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention. »

— Victor Hugo

Guillotin espérait instaurer une exécution plus humaine et moins douloureuse. Mais dans les périodes qui suivent, celle qui est désormais affublée de nombreux surnoms – la Mirabelle surnom dérivé de Mirabeau, la Monte-à-regret, la Veuve, le Rasoir national, le Moulin à silence, la Cravate à Capet après son emploi sur Louis XVI, la Lucarne au xixe siècle, le Massicot, la Bécane, la Bascule à Charlot (du prénom de Charles-Henri Sanson, le bourreau de Louis XVI), etc. – a largement contribué à multiplier les exécutions capitales.

Désolé de son impuissance à sauver quelques victimes, attristé de voir couler le sang à flots, écœuré d’entendre continuellement prononcer le mot de guillotine, jusque dans des chansons, d’apercevoir, sans cesse, l’image de la sinistre machine (sous la forme de hideux bibelots, d’ignobles bijoux, boucles d’oreilles, cachets de montre, etc.), Guillotin quitte Paris pour se délivrer de cette tragique obsession, car, en l’an II, on le trouve, à Arras, directeur des hôpitaux militaires, installés dans l’abbaye Saint-Vaast, après l’expulsion des bénédictins. Emprisonné le 16 vendémiaire an IV (8 octobre 1795) au cours de la réaction thermidorienne, Guillotin est remis en liberté le mois suivant le 13 brumaire an IV (4 novembre 1795).

Il passe ensuite le restant de ses jours loin de la vie politique et ne se consacre plus qu’à la médecine, s’activant à propager la pratique de la vaccination contre la variole. Il préside le Comité central de vaccine créé en mai 1800, sous le Consulat par le ministre de l’intérieur, Chaptal. C’est, en cette qualité, que, le 10 ventôse an XIII (1er mars 1805), il est reçu avec le comité, en audience particulière, par le pape Pie VII. Il est chargé d’installer le premier programme cohérent de santé publique en France à l’échelle de la nation. Guillotin est également le fondateur de la Société Académique de Médecine, ancêtre de l’actuelle Académie nationale de médecine.

Une légende veut que Guillotin aurait lui-même été exécuté par « sa » machine et s’explique par une coïncidence : un médecin lyonnais, J. M. V. Guillotin (sans lien de parenté avec lui), est exécuté par la guillotine. Joseph Ignace Guillotin est en réalité mort chez lui, de causes naturelles (anthrax à l’épaule gauche), le 26 mars 1814 (à 75 ans).

Mort dans sa maison, à l’époque no 33345 (aujourd’hui no 20947) de la rue Saint-Honoré à Paris (au coin de la rue de La Sourdière), sans enfants, il laisse pour donataire universelle, en usufruit, Marie Louise Saugrain, sa veuve, et pour seule héritière, sa sœur Marie-Marguerite-Agathe-Monique Guillotin, épouse de Jean-François de La Charlonnie. Deux jours plus tard, après un éloge funèbre d’Edme-Claude Bourru, ancien doyen de l’ancienne Faculté de médecine de Paris, il est inhumé dans une concession temporaire au cimetière du Père-Lachaise. Sa tombe, dans l’actuelle 8e division, a depuis longtemps disparu.

La charité au XXIème siècle

« La charité est une patrie quand elle est vraie » (Henry de MONTHERLANT)

Plusieurs définitions habillent le mot « charité ». Issu du latin ecclésiastique « caritas », il nous indique d’entrée que « l’autre, notre frère,  nous est cher ». La charité – avec la foi et l’espérance – est une vertu théologale qui prône l’amour de Dieu et de son prochain. Cette connotation religieuse ne doit toutefois pas nous faire oublier que « charité » signifie aussi,  laïquement parlant,  bienveillance, complaisance et encore bonté, bienfaisance.   Bref, la charité nous renvoie avant tout à l’homme, à sa force et à sa faiblesse.  Donc à sa dimension altruiste.

La solidarité

Il y aurait effectivement à desespérer du descendant des primates, belliqueux par nature, s’il n’était pas en même temps habité par un sentiment de commisération pour la souffrance de ses semblables, à la différence des autres animaux. Cette pitié reste toutefois suspecte quand elle nous fait agir sur les seuls effets de la misère et pas sur les causes. Nous avons encore beaucoup de progrès à accomplir pour ajuster nos actes à notre devise républicaine “Liberté, Egalité, Fraternité”. Ce dernier mot de la trilogie, qui devrait nous faire considérer notre alter ego comme notre frère  ou  sœur de chair, donc l’aimer comme tel, mérite toute notre attention!

En entrant dans le troisième millénaire, il faut espérer que nous laisserons derrière nous nos attitudes égoïstes des années fastes. Un nouveau temps d’ouverture à autrui  paraît s’annoncer avec le formidable développement des associations humanitaires. Elles nous permettent  en pratiquant le bien et en “donnant de nous-mêmes”,  de trouver dans l’action collective, un épanouissement personnel. Bien entendu, chacun de nous peut, selon sa nature, s’intéresser à titre personnel à son entourage immédiat en difficulté et y trouver un enrichissement,  sans  obligation de s’enrôler dans l’ un de ces groupes.

 Matière inerte, matière vivante, matière ra

rampante, matière dressée,  matière pensante…telle a donc été  la progression humaine, et qu’elle continue, au fil de notre fantastique voyage sidéral, emportés  par la flèche du temps. En tant qu’êtres “in-finis”, ne nous reste-t-il encore à devenir matière aimante, au vrai et noble sens de ce terme? C’est-à-dire cet homo amorosus, qui s’estime lui-même, qui aime les autres, d’accord, mais aussi qui voit ces autres comme des égaux. Qui donc souffre de leurs souffrances! Et qui s’émeut en leur  tendant une  main secourable pour les remettre debout.

Nous aurons vraiment atteint cette sixième étape de notre développement quand cet amour – dont nous n’avons pas encore de centre dans le cerveau – sera devenu physiologiquement et psychologiquement  émotion, à côté des quatre autres, peur, colère, tristesse, joie.  Alors nous serons enfin passés de l’humanité à l’humanitude, selon le mot combien profond du généticien-philosophe Albert Jacquard.

Si l’idée de “reliance” des vivants à une force ou un Etre supérieur a pu introduire la notion de “sacré” dans notre existence et nous inciter au respect et à l’enterrement des morts, ce sur toute la planète, il est observable que nous n’avons pas universellement le même respect pour les vivants, nos frères! Certes, contrairement aux bêtes qui abandonnent leurs congénères défavorisés, un esprit de solidarité propre à notre espèce, nous engage généralement, à assister nos plus faibles – enfants et vieillards -, à soulager les souffrants et à prendre en charge leurs divers handicaps…

…Mais en même temps un esprit de compétition, un désir de suprêmatie et possessivité – réalité humaine justement dénommée “hiérarchie de dominance” par le biologiste Henri Laborit – anime les peuples nantis. Il est incontestable qu’elle les pousse à tenir à distance les populations démunies avec seulement des aides alimentaires ponctuelles et des dons de matériels dépassés, à type de lunettes recyclées et de lits d’hôpitaux “relookés”.

Ainsi, pour simplifier, le nord, géographiquement avantagé, tend à entretenir la misère du sud, en le maintenant en état d’urgence et de dépendance, quand il faudrait opérer des transferts technologiques massifs (et pas seulement l’informatique et Internet!). Autrement dit l’occident joue encore trop le rôle de pompier de service, alors qu’il devrait devenir le jardinier du monde.

Paraphrasant le prophète, on peut dire que le riche préfère donner du blé au pauvre, plutôt que de lui apprendre à semer. Nous pourrons vraiment parler de progrès humain, quand en France même, nous aurons appris à transmettre savoir et savoir-faire, dans le cadre même de notre trilogie républicaineet le respect de la dignité des personnes des « autres rives ». Qu’il s’agisse  d’un pays lointain ou  du trottoir d’en face!  Ainsi, le mot “solidarité” retrouvera son  sens authentique, magnifique en soi, issu de  l’espagnol ancien solidaridad : “qui offre le soleil”!

Aller plus loin

Il y aura toujours un observateur ou statisticien pour déclarer que notre analyse est caricaturale, que les choses vont au contraire de mieux en mieux, précisément  grâce aux aides nationales et  mondiales qui se multiplient.

Il n’empêche, les flux migratoires montrent, eux,  que la géographie est têtue : l’homme ne peut pas encore faire pousser du blé sur tous les terrains arides, et  – à l’image des  troupeaux qui se déplacent au gré des pâturages – il se dirige lui aussi  tout naturellement,  vers les lieux où il peut survivre. Par ailleurs,  comme existe une baisse de natalité persistante  dans les pays industrialisés, ceux-ci ont besoin d’une  main-d’œuvre supplémentaire et en auront besoin des années encore. L’homme du sud est ainsi  fait pour rencontrer l’homme du nord, et inversement! Ce constat, par sa simplicité même, permet à la fois de raisonner et d’exposer notre registre émotionnel à l’épreuve des faits. C’est ici, hors de toute considération politique et de volonté polémique, mon  unique but, dans le cadre même de cette colonne gravée.

A la différence des animaux qui n’alimentent et ne soignent que leur progéniture au seul titre de la pérennité de l’espèce, nous autres humains – parce que l’intelligence de notre coeur peut dominer le “biologique” – sommes capables autour de nous d’actes altruistes, parfaitement désintéressés.

  • Une dame rate la marche du trottoir en traversant la rue et s’étale de tout son long. Je me précipite pour l’aider à se relever. Elle a le genou “couronné”, et souffre visiblement. Je la  soutiens et l’accompagne chez le pharmacien proche qui lui prodigue  tout de suite des soins.
  • Au moment de payer mon journal au kiosque sur le boulevard, un voleur  m’arrache mon porte-monnaie et s’enfuie en courant. Sur le coup, je suis dépité, sans un sou pour rentrer chez moi. Un témoin, que je ne reverrai jamais,  me réconforte et m’offre un ticket de métro.

Deux gestes, que chacun de nous est d’évidence à même d’accomplir,  simplement  par élan solidaire, voire instinctivement. Et de plus sans attendre de retour particulier,  sinon  d’éprouver après ces attitudes compatissantes, le  bref sentiment de  satisfaction  du citoyen  attentif venant  de faire son devoir.

Le schéma n’est pas tout à fait  le même avec la charité.  Lorsque je vois tous ces gens demander l’aumône aux feux rouges, sur les trottoirs ou les quais du métro, quel comportement  dois-je adopter? Emu, je donne une pièce au plus grand nombre si je le peux,  en constituant pour cela un budget quotidien… ou, gêné,  je détourne  résolument mon regard,  jugeant que ces quêteurs sont  tous des pochards,  dont je n’ai pas à entretenir le vice!

Au vrai, aucune des deux manières n’est la bonne. En distribuant quelques pièces selon mes moyens, donc sans me priver, je m’achète  une bonne conscience…à bon compte! En demeurant indifférent, je m’abrite derrière l’excuse facile de l’alcoolisme, mais au fond je ne suis pas tranquille,  parce que je  sais bien qu’il y a de vrais démunis parmi ces personnes!   Ainsi, après mon obole, cette exigence morale, je peux aller plus loin…

L’effet et la cause

Aller plus loin, proposition faite aux maçons par  les Constitutions d’Anderson –  qu’est-ce-à-dire? Il vaux mieux, certes,  prendre le risque de donner quelques francs à un clochard qui vont se transformer en un litre de vin rouge,  tant pis, que de ne rien donner du tout et finalement priver de nourriture  une personne  qui, dans le lot des divers  solliciteurs,  a vraiment faim. Si celle-ci meurt dans la rue et l’indifférence, il sera trop tard ensuite pour s’apitoyer, en dinant  tranquillement devant mon écran de télévision!

On voit bien ici  que la pratique de la charité place celui qui donne en position de supériorité, et celui qui reçoit en situation de dépendance. Le don, quand il est de la sorte  lié à la fantaisie, au caprice du donneur, peut être humiliant pour le receveur, comme le dit très bien un proverbe africain : “la main qui donne est toujours plus haute que celle qui reçoit”. Nous constatons en l’occurrence le côté pervers de la charité, son comble même, quand le pauvre se croit obligé (à entendre ici comme tenu et  redevable) de remercier le riche, ainsi conforté, gratifié, dans une démarche condescendante qui ne lui demande aucun effort, aucune privation et ne lui coûte rien.

Mon propos ne se veut pas culpabilisant mais d’abord analytique, pour déboucher sur une solution efficace. Je souhaite  effectivement montrer la nécessité de dépasser le processus dominant/dominé, générateur du très discutable sentiment de pitié,  le plus souvent davantage lié à la parole qu’à l’acte.  Et partant, fausse monnaie en soi, si  la commisération n’est pas suivie d’une mesure réparatrice de l’injustice sociale constatée.

Il s’agit en fait, dès que l’on veut  bien manifester son intérêt pour le démuni, de prendre en compte, non seulement les  effets de la misère, mais aussi ses causes, je le disais plus haut. C’est toute la différence qui existe entre un pansement gastrique pour soulager  un ulcère et une psychothérapie pour en supprimer la raison, donc le faire disparaître.

Autrement dit, plaindre son semblable “deshérité” (entre nous, un mot bien inadapté pour désigner quelqu’un privé d’un héritage…inexistant!) est évidemment insuffisant. Il convient, dans le cadre même de la dignité humaine (thème du prochain colloque maçonnique) et de l’égalité morale caractérisant les Droits de l’Homme qui nous sont si chers, de permettre à la personne stoppée et jetée à terre pendant son parcours, de se relever et de reprendre sa marche autonome. Avec ses droits, justement!

Aller plus loin en sa faveur  veut dire dès le départ “être au clair” avec soi-même, en tant que bienfaiteur. C’est-à-dire  avoir la pleine conscience de notre  tendance ancestrale, blottie au fond de notre cerveau reptilien,  à  vouloir dominer l’autre. Nous voyons bien ici l’utilité de nos règles sociales et pour nous maçons,  l’intérêt de nos valeurs fraternelles.  En polissant la pierre rugueuse et blessante que nous cherchons à rester par réflexe archaïque, nous sommes enclins  à l’expression de nos émotions et sentiments positifs. Du respect à l’estime, de l’amitié à l’amour, et finalement, progression logique,  de l’acte de  charité à l’acte de partage. Encore faut-il que nous abandonnions  préjugés et  rancunes tenaces, pour tels ou tels groupes, ethnies ou communautés. Il n’y a qu’à cette condition que nous pouvons  aider l’autre, sans arrière-pensées et avec Amour.

La fraternité

En maçonnerie, le naturel et l’automatisme aidant  qui recouvrent l’appellation de « frère »,  peuvent nous faire oublier son sens fédérateur, à étendre à la cité. Au vrai,  y a-t-il une conception plus belle de l’humanité que de voir tous les êtres humains comme notre fratrie, en sortant du Temple?  Positionner notre  vie sur cet “esprit de famille”,  ô combien positif,  c’est immédiatement refuser l’égoïsme, le repli sur soi, l’indifférence, l’intolérance. C’est aimer,  accueillir, aider, secourir l’autre comme notre  frère ou notre sœur de chair. C’est aussi, à travers cette fratrie, occasion d’altruisme (la fameuse philia d’Aristote, du grec philein, aimer),  c’est aussi dissoudre notre peur de l’autre dans le plaisir de la rencontre et favoriser notre épanouissement personnel.

Certes, nous savons que “l’homme est un loup pour l’homme”, tel que l’a défini le poète latin Plaute, il y a plus de deux mille ans. Ce que Freud a confirmé depuis en démontrant que l’instinct de destruction de ses semblables est inhérent à l’être humain, dans un contexte groupal.  Mais nous le savons aussi habité par un instinct de conservation propre à son espèce. Il est donc possible de parier sur cette contradiction : Puisque notre survie est tributaire de la société, ne sommes-nous pas condamnés…à fraterniser?!

Il  faut bien dire qu’en Europe, dans la liesse des “trente glorieuses” – ces années d’abondance qui ont suivi la dernière guerre – s’est forgé un climat d’individualisme exacerbé instituant largement le règne du “chacun pour soi”.  Il a fallu le “choc pétrolier” de 1973, avec l’augmentation du prix de l’énergie et la grave crise économique correspondante,  malheureusement durable,  pour qu’intervienne une salutaire prise de conscience. Chômage, précarité, manque de logements, exclusions, ont brutalement comme l’on dit, “remis les pendules à l’heure” en rappelant la société des hommes à ses devoirs. Alors,  comme autant de petites lumières dans cet interminable  tunnel,  sont apparues nombre d’initiatives individuelles d’assistance aux “blessés de la vie”, parallèlement aux actions humanitaires des réseaux associatifs. L’Europe du nouveau millénaire ouvre enfin les yeux sur sa grande famille et se met en position d’ouverture et de partage.

Partager  est vu ici sous l’angle du don de soi, avec ses diverses formes.  Il s’agit donc d’aller plus loin que le devoir de charité, nous le répétons, en donnant de sa personne. Littéralement, je peux  de mon vivant, faire “don de moi” en offrant sang ou moelle osseuse à l’hôpital le plus proche. Je peux aussi faire en sorte qu’après ma mort, soit permise  la vie d’une autre personne, grâce au don de mes organes. Je procède ainsi à une offrande physique, et je donne bien “une part de moi-même”,  sur le champ ou à long terme. Il n’est qu’à voir l’émotion d’un “receveur” parlant  de son “donneur d’organe”, pour sentir  ce que ce  transfert de vie a de merveilleux!

On voit ici comment la charité peut nous faire aller plus loin, lorsqu’elle est entendue dans son sens d’amour d’autrui,  et telle qu’elle est comprise par l’Ecossisme.  Donner de soi revient alors à donner littéralement « de sa personne », « de sa chair »,  mais encore à offrir  temps, régularité, compétence, idées,  dialogue, sourire aussi.  Parce que le démuni a autant besoin d’un regard chaleureux pour exister que de secours matériels.  On trouve toujours de l’argent. Beaucoup moins des “caresses de l’âme”!

L’aide sociale

Conditionné par son instinct de mort, l’homme  – à qui il ne suffit pas de seulement se défendre – éprouve dans les limites de son territoire   une envie irrésistible de l’agrandir et  un besoin viscéral répétitif d’attaquer quelque pays proche,  histoire de tester ses derniers matériels militaires dévastateurs!

En attendant la suppression des Etats  – pour l’instant une belle utopie – qui pourrait,  dit-on,  éviter ces fléaux que sont  la guerre et sa barbarie – la planète est sans cesse embrasée par des séries de conflits, responsables de millions de victimes, depuis des générations.  L’Organisation des Nations Unies et “le droit d’ingérence” dans les pays concernés constituent une première réponse de “l’intelligence émotionnelle” de l’homo modernus, mais il lui reste beaucoup d’avancées à accomplir, si l’on en juge par la constance de ses actes de sauvagerie,  que la télévision nous montre jusqu’à la nausée.

Paradoxalement, notre  sentiment d’appartenance à une nation, une ethnie, un groupe, un clan, qui peut  armer notre main droite pour tuer autrui, guide dans le même temps notre main gauche pour le soigner et l’aider…puisque nous n’aimons pas qu’il souffre, ni qu’il soit en difficulté! Non, décidément, cette contradiction le démontre, nous ne sommes pas des êtres finis : il nous manque bien une dimension mentale! Affaire à suivre…

Cet esprit d’entr’aide,  ce désir “de préserver la vie”, qui espérons-le,  supplantera totalement un jour notre pulsion  de mort, n’est pas nouveau bien sûr. Au Moyen-Age, les confréries professionnelles regroupaient  notamment nos célèbres aînés les  constructeurs de cathédrales, unis par le “mestier” et la foi religieuse, dans le but de leur assurer assistance matérielle,  formation artisanale et  épanouissement spirituel. Quand on sait que la plupart de ces  “éleveurs” de pierre,  ne voyaient pas la fin de l’œuvre lancée vers le ciel, on peut imaginer la puissance de leur investissement physique et affectif!

Qu’il s’agisse de la franc-maçonnerie, du compagnonnage ou des diverses guildes du bâtiment et du commerce, ces organisations, qui percevaient des adhésions pour assurer leur fonctionnement, peuvent être considérées aujourd’hui comme  les ancêtres des syndicats et mutuelles, voire de notre sécurité sociale. 

Dans notre monde anonyme du XXIème siècle,  où l’on communique de plus en plus mais où l’on se parle de moins en moins, n’est-il pas bon de s’inspirer de ces valeureux opératifs, nos prédécesseurs, dit-on? Chacun de nous peut, à sa mesure, “bâtir sa propre cathédrale”.  En approchant sa voisine ou son voisin  de palier, parfois malades, souvent inconnus. En se présentant à la mairie de son domicile ou au bureau local d’un mouvement caritatif. Pour qui est tenté  par le bénévolat,  cette charité que j’appelerai active, le chantier est immense : famille, justice, droits de l’Homme, anti-racisme, délinquance, chômage, éducation, immigration, consumérisme, culture, loisirs, environnement, santé, sports, aide internationale, tiers-monde…Autant de pierres à tailler et à superposer pour élever l’édifice social!

 Au stade actuel de son évolution, l’homme est donc toujours capable du pire et du meilleur. Nous venons plusieurs fois d’évoquer le pire, dont on peut être horrifié certes, puisqu’il est clair que chacun de nous  abrite un démon. Il ne s’agit pas de désespérer toutefois, puisque l’ange est aussi notre hôte,  pour la réalisation du meilleur!

Celui-ci, quand il a invité à  la compassion les fondateurs des grands mouvements humanitaires,  s’est toujours manifesté chez eux  par  une vive émotion préalable, nous précise l’histoire. Un jour, un être est fortement choqué par la misère  ambiante et décide d’agir, seul d’abord, ensuite avec une équipe, puis d’autres encore, qui se répandent dans le monde.  Quelques cas de “dons de soi” célèbres, fournissent une chronologie  très édifiante, en matière de charité  : 

1099.Le Frère Gérard touché par l’état de faiblesse des pélerins leur ouvre  l’hôpital de Jérusalem. Godefroy de Bouillon admire son organisation et  crée un Ordre Hospitalier.Celui-ci fixé  en 1550 sur l’île de Malte,  en prend  le nom puis vient à Rome en 1831,où l’Ordre de Malte siège aujourd’hui.

1617. Un prêtre, Vincent Depaul, qui deviendra  Saint Vincent de Paul,  est sensibilisé par une famille en détresse dans l’Ain. Il crée avec ses paroissiens la première Confrérie de Charité, puis fonde avec Louise de Marillac une oeuvre qui aboutira aux actuelles Equipes Saint-Vincent. 

1864. Révulsé  par le carnage de la bataille de Solférino auquel il assiste, un philanthrope suisse, Henry Dunant,  pense à  la création d’une assistance  aux blessés de guerre. Avec quatre amis,  il fonde la Croix Rouge, qui deviendra la première organisation humanitaire mondiale.

1878. Un jeune et pauvre anglais William Both est très affecté par le spectacle des desoeuvrés errant dans les rues de Londres, du fait de la révolution industrielle. Devenu pasteur, il réunit ces malheureux en un grand groupe qu’il structure de façon militaire. L’Armée du Salut est née!

1899. En Afrique Australe, le Général anglais Robert Baden-Powell résiste aux Boers. Il y  utilise de jeunes garçons comme estafettes. Surpris par leur civisme, il a l’idée la paix revenue, de fonder le scoutisme (de l’anglais scout, éclairer) qui forment les  jeunes  et  les incitent  à l’entr’aide. (Nos tabliers sont ornés de cette croix scoute).

1946. Très impressionné lors du pèlerinage à Lourdes de 100 000 prisonniers de guerre rapatriés, Monseigneur Jean RHODAIN, lui-même ancien prisonnier évadé, crée le Secours Catholique, organisation charitable, filiale de Caritas Internationalis (œuvre allemande née en 1897)

1949. Un soir d’hiver, l’abbé Pierre, recueille un “sans-logis” suicidaire. Bouleversé par sa détresse, il le convaint de l’aider à fonder une communauté  de chiffonniers. Avec le produit de ses ventes, celle-ci crée Emmaüs (du nom de cette localité de Palestine où des désespérés reprirent goût à la vie).

Sept exemples parmi des centaines. Chacun de ces pionniers, avec une idée différente, s’est élevé lui-même en faisant “la courte échelle” aux autres!

L’action collective

 Que nous montre ce millénaire  traversé au pas de course? Que la solidarité – qu’on la nomme compassion, fraternité  ou charité – véritable “élan émotionnel” consistant à soigner spontanément  la misère corporelle,  a  progressivement  évolué, du moine Gérard de Martigues  à l’abbé Pierre,  vers une continuité de soins et aides matérielles, certes, mais assortie de l’invitation des démunis   à leur autoresponsabilisation. Aujourd’hui, le vocable « charité » ne devrait plus signifier  « aumône » mais « resocialisation ».

Sur cette idée , en 1947,  un autre prêtre, Joseph Wresinsky, révolté par le spectacle des familles vivant dans des bidonvilles de la région parisienne, décide de créer avec elles, des “cités autoadministrées”. Du coup le démuni redevient acteur social. Ainsi apparaît ATD Quart-Monde (Aide à Toute Détresse et Quart-Monde en référence aux indigents, “le quatrième ordre”,  qui a tenté sans succès de s’affirmer aux Etats Généraux , sous la révolution française en 1789).

Cette entreprise humaniste visant à  redonner aux personnes défavorisées, un cadre d’accès à la citoyenneté et à la parole, selon les termes même du père Wresinsky, ne se veut pas une exclusivité religieuse, bien au contraire.  A côté des organisations chrétiennes – dont l’Entraide Protestante – tout à fait  dans leur philosophie, le monde laïque, par le biais du Secours Populaire Français, entre autres, prône  lui aussi cette “assistance de réinsertion” depuis 1926, date de sa fondation avec une devise universelle: “Tout ce qui est humain est nôtre”

Comme en écho à cette affirmation, et dans la mouvance des avatars politico-économiques du turbulent XXème siècle, nombre d’associations humanitaires nationales et internationales  ont vu le jour, avec à leur tête de fortes personnalités, interpellées  par le triste sort de leurs semblables. Exemple :

L’Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés, initiée en 1948 par un groupe de  familles touchées par le handicap mental, et longtemps animée à Paris, par l’un des nôtres, Gérard MESNIL.

Et puis encore, crées ensuite, S.O.S. Amitié, l’ Association Française Contre les Myopathies, Amnesty International, Médecins Sans Frontière et Médecins du Monde,  les Restaurants du cœur, suggérés par Coluche pour distribuer nourriture et aide sociale aux démunis.

Ces associations, et des dizaines d’autres, ont besoin de bénévoles. Leur proposer notre concours, c’est participer illico à une action collective menée entre  authentiques compagnons  (du latin companem, qui partagent le pain).

Le développement personnel

Je l’ai dit, il n’est pas nécéssaire d’entrer dans une association pour faire le bien autour de soi. Des milliers de gens, individuellement,  discrètement, donnent argent, nourriture  et vêtements à des malheureux, apprennent à lire et compter à des enfants en retard scolaire dans leur immeuble, rendent visite à des malades hospitalisés, à des vieillards  ou a des détenus, etc. C’est cela aussi la charité.

Il est indéniable toutefois qu’adhérer à un groupe caritatif, important ou non, c’est d’emblée s’intégrer à une nouvelle famille, c’est profiter de sa dynamique, dans la joie d’être utile ensemble. Si l’on aime le travail en équipe, c’est aussi donner une dimension supplémentaire à sa vie.  

Il y aurait en France, quelque dix millions de personnes, qui, indépendantes ou associées, “servent”  ainsi  leur prochain. Ce verbe “servir”, devenu “servir nos seigneurs les malades” dans la magnifique devise de l’Ordre de Malte,  est aussi superbement conjugué par “les clubs-service”. Ces mouvements pour la plupart d’origine maçonnique,  ont été créés au début du siècle, d’abord aux Etats-Unis et en Angleterre, puis dans le monde entier, alors que n’existait  nulle part  de   protection sociale.  Qu’il s’agisse du Rotary, fondateur d’Hôpital Sans Frontières  ou du Lions-Club, co-organisateur en France du Téléthon.  

II faut avoir participé un jour à une quête sur la voie publique,  par exemple au profit des non-voyants,  pour percevoir combien l’altruisme peut impliquer tout le registre émotionnel avec :  La peur, quand au début, vous  sollicitez les gens en tendant  une sébile. La tristesse, quand cette sébile reste désespérément vide dans votre main. La colère, lorsque les regards se détournent du vôtre pour ne pas donner. La joie, lorsqu’enfin les pièces tintent  et s’accumulent dans  la boîte en fer. L’amour, lorsque heureux vous embrassez une grand-mère,  pour la remercier de son obole.

Oui, c’est tout çà à la fois la pratique du don de soi et de la charité :  une école de maîtrise et de développement personnel, d’expression orale et gestuelle,  d’estime de l’être humain. Crever sa bulle auto-protectrice pour s’intéresser aux autres, permet d’entrer d’un seul coup dans le monde de la rencontre, de la générosité, de la sérénité. Et de ressentir en fait, une profonde satisfaction.   Cette notion de plénitude  est importante pour moi à souligner  en terminant cette planche, car elle est synonyme d’énergie. Cette énergie que nous fabriquons dans cet atelier même et que nous emportons dans la cité, au service du prochain  

Aller vers l’autre en difficulté pour lui offrir une véritable charité  reconstructrice, c’est donc en même temps nous renforcer pour mieux existerComme l’a dit Melvin Jones en 1917, cet agent d’assurances fondateur du Lions International : “On ne va pas bien loin dans la vie, si l’on ne commence pas par faire quelque chose pour quelqu’un!”

GODF et Grande Loge ANI (Canada) : Le traité d’amitié est signé !

Le Grand Orient de France (GODF) a récemment célébré l’élection de son nouveau Grand Maître, Guillaume TRICHARD. Dans le sillage de cet événement, une délégation de la Grande Loge ANI du Canada, dirigée par le Frère Franco HUARD, Grand Maître, et Sylvain PAQUETTE, Grand Maître Adjoint aux affaires extérieures, a fait le déplacement pour officialiser un traité d’amitié entre les deux obédiences.

De gauche à droite : Dominique Larson, Grand Maître du Grand Orient du Québec – Guillaume Trichard Grand Maître du GODF – Nadja Gordon, Grande Maîtresse de la Grande Loge Haïtienne de St-Jean des Orients d’outre mer – et Franco Huard Grande Loge ANI du Canada

Lors d’une entrevue exclusive avec 450.fm, le Frère Franco HUARD, également connu pour sa contribution au journal via son émission « Sous le Bandeau« , a exprimé sa vision de cette collaboration :

« C’est un jalon mémorable pour la maçonnerie libérale et adogmatique canadienne. Bien que cette forme de maçonnerie soit encore naissante au Canada, elle compte déjà 500 membres, un chiffre modeste comparé aux 200 000 maçons affiliés à la maçonnerie dite régulière en lien avec la Grande Loge Unie de l’Angleterre. Avec nos 200 membres éparpillés à travers le Québec, notamment à Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau, nous sommes fiers d’être la plus grande obédience libérale du pays. Ce traité avec le Grand Orient de France ouvre une nouvelle page d’échange et d’apprentissage pour nous. »

Guillaume Trichard à gauche et Franco Huard à droite.

Ce traité renforcera également les relations avec la seule loge du GODF au Québec, le Lys et la Rose, ainsi qu’avec le chapitre Léon Patenaude qui utilise le temple de Montréal de la Grande Loge ANI du Canada.

La Grande Loge ANI du Canada, fondée il y a plus de quatre décennies, est une institution profondément humaniste, philosophique et progressiste. Elle vise la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle s’engage à améliorer la condition humaine, tant sur le plan matériel que moral, et à promouvoir l’épanouissement intellectuel et social. La loge se distingue par ses principes de tolérance mutuelle, de respect de l’autre et de soi-même, et par son engagement envers la laïcité et la liberté de conscience. Sa devise, « Liberté, Égalité, Fraternité« , reflète ses valeurs fondamentales.

Franco Huard Grand Maitre de la Grand Loge ANI du Canada et Nadja Gordon, Grande Maîtresse de la Grande Loge Haïtienne de St-Jean des Orients d’outre mer

La Grande Loge ANI du Canada a vu le jour grâce à l’inspiration de ses fondateurs d’origine arménienne anglaise. Elle tire son nom de la ville d’Ani, ancienne capitale de l’Arménie, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au fil des années, elle a évolué pour embrasser le multiculturalisme, accueillant des membres de divers horizons professionnels et culturels.

Pour en savoir plus sur la Grande Loge ANI du Canada et ses activités, visitez leur site officiel.