Jour 1 – lundi 30 mars 2026 Quand le silence de L’Alliance laisse la presse raconter seule la chute d’Athanor
À la demande de nos Frères et de nos Sœurs, nombreux à vouloir suivre avec précision une affaire qui éclabousse bien au-delà d’un seul atelier, 450.fm ouvre aujourd’hui une revue de presse hebdomadaire consacrée au procès Athanor.
Cinq jours après notre article «Athanor ou quand une loge devient l’ombre d’elle-même», l’ouverture des débats devant les assises de Paris confirme une évidence. Quand une obédience se tait, ce sont les médias généralistes, les récits judiciaires et les imaginaires les plus sombres qui occupent seuls le terrain.
Le 25 mars, nous écrivions déjà qu’Athanor n’était pas seulement le naufrage d’une loge…
L’ouverture du procès, ce lundi 30 mars 2026, donne à ce constat une portée plus grave encore
Devant la cour d’assises de Paris, 22 accusés comparaissent dans un procès annoncé comme fleuve, appelé à durer plus de trois mois, tandis que 17 parties civiles découvrent pour beaucoup, dans le même espace judiciaire, les visages de ceux qu’elles n’avaient jusque-là croisés qu’à travers les pièces de procédure.
Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)
Dès ce premier jour, un fait saute aux yeux. La presse nationale ne traite pas cette affaire comme un simple contentieux pénal parmi d’autres. Elle la présente comme une affaire hors norme, une dérive d’ampleur, un basculement. La Croix évoque le « creuset d’un réseau criminel ». Le Dauphiné parle d’une « incroyable cellule criminelle ». TF1, Euronews et Le Parisien décrivent une loge « dévoyée », devenue le support de barbouzeries, d’intimidations, de violences et, selon l’accusation, de crimes allant jusqu’à l’assassinat. Nous ne sommes donc plus dans le registre du fait divers isolé. Nous sommes dans celui d’une contamination symbolique massive, où le mot franc-maçonnerie entre dans la phrase judiciaire comme un accélérateur d’effroi médiatique.
Les premiers récits publiés ce 30 mars dressent un tableau accablant
ATHANOR, by J.-L.leguay, coll. part.
Les accusés viennent d’univers qui, dans l’imaginaire public, condensent déjà la puissance, l’opacité et la technicité de la violence légale ou illégale. On y trouve d’anciens policiers, des militaires, un retraité du renseignement intérieur, des agents de sécurité, des chefs d’entreprise et plusieurs membres de la loge Athanor de Puteaux. Le procès porte sur une pluralité de faits allant de l’intimidation organisée à la tentative de meurtre, jusqu’à l’assassinat, avec treize accusés exposés à la réclusion criminelle à perpétuité.
Ce que retient déjà l’opinion, et ce que la presse met en avant avec une redoutable efficacité narrative, c’est l’idée d’une loge devenue officine
Une structure initiatique supposée travailler à l’élévation morale se voit décrite comme un lieu d’entremise, de fascination virile, de fantasmes d’espionnage, de services rendus dans l’ombre, de passages à l’acte commandités. Le Monde rappelle que les cibles de ce réseau présumé furent des personnes sans lien apparent entre elles, prises dans une mécanique où des intérêts privés, des haines personnelles et des imaginaires de toute-puissance auraient fini par se rencontrer. Le Parisien insiste, lui, sur le face-à-face glaçant entre des accusés qui « ressemblent à des hommes comme tout le monde » et des victimes confrontées à l’humanité banale de ceux qui auraient voulu les faire disparaître.
C’est ici que commence, pour la franc-maçonnerie française, la question la plus sérieuse
Car une affaire pénale n’engage pas mécaniquement tous les maçons, toutes les loges ni toutes les obédiences. Nous devons le dire avec force. Il n’existe pas de culpabilité initiatique collective.
Mais il existe une responsabilité de parole.
450.fm avait déjà rappelé que la loge Athanor relevait bien de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF), dite L’Alliance, et que l’obédience avait autrefois pris des mesures conservatoires allant jusqu’à la fermeture de l’atelier. Ce point ne peut être nié. Mais une fermeture ne vaut pas explication. Une suspension ne vaut pas parole. Une dissolution ne vaut pas réponse.
Au moment même où la presse nationale déploie les récits les plus accablants sur cette affaire, une question simple s’impose
Où est la parole publique de L’Alliance. Où est la mise au point claire, nette, intelligible, qui permettrait de distinguer sans ambiguïté l’idéal initiatique d’une dérive criminelle qui en constitue la négation même.
C’est là que le silence devient faute
Non parce qu’il effacerait les mesures prises dans le passé, mais parce qu’il laisse aujourd’hui le champ libre aux seuls récits judiciaires, aux seuls titres anxiogènes, aux seuls fantasmes que ce type d’affaire réveille immanquablement dans l’opinion. Une obédience peut fermer un atelier. Elle ne saurait pour autant se dispenser d’éclairer, d’assumer et de nommer.
Le contraste devient alors presque cruel
D’un côté, une institution qui sait exister lorsqu’il s’agit de son rayonnement, de sa visibilité et de son image. De l’autre, un mutisme presque incompréhensible lorsque s’ouvre l’un des procès les plus dévastateurs de ces dernières années pour l’image publique de la franc-maçonnerie. Or c’est précisément dans de tels moments qu’une parole d’autorité devient nécessaire, non pour esquiver la justice, mais pour rappeler ce qu’une loge ne peut jamais devenir sans trahir tout ce qu’elle prétend servir.
Ce silence est une faute politique, maçonnique et symbolique
Politique, parce qu’une obédience n’est pas seulement une administration des décors, des décors et des cérémonies, mais aussi une autorité morale tenue d’assumer les heures de tempête.
Maçonnique, parce qu’une institution initiatique devrait être capable de nommer la chute quand elle survient, de rappeler ce qu’est une loge et ce qu’elle ne peut jamais devenir.
Symbolique enfin, parce qu’en laissant le réel n’être raconté que par le lexique du crime, de l’espionnage, des barbouzeries et des « faux services », L’Alliance abandonne à d’autres le soin de définir, dans l’espace public, ce que serait la maçonnerie. Et ce vide est aussitôt rempli par les fantasmes.
Pierre Lucte, Grand Maître de L’Alliance
Il faut le dire nettement. Le problème n’est pas seulement qu’Athanor ait existé
Le problème est qu’au moment où son nom revient à la une de la presse nationale…
L’Alliance n’oppose aucune parole claire, visible, ferme et intelligible.
En laissant seule la chronique judiciaire gouverner l’image de cette affaire, elle ne protège ni ses Frères irréprochables, ni ses ateliers loyaux, ni même l’honneur élémentaire de la démarche initiatique qu’elle prétend servir. Une obédience vivante ne se contente pas de gérer l’embarras. Elle éclaire. Elle distingue. Elle condamne. Elle assume.
Ce premier jour de procès livre donc une double vérité
La première est judiciaire. Ce qui se joue à Paris est immense par le nombre des accusés, la gravité des faits reprochés, la durée annoncée des débats et la charge symbolique du dossier. La seconde est institutionnelle. Plus la presse généraliste installe le récit d’une loge dévoyée devenue réseau criminel, plus le silence de L’Alliance devient lui-même un fait. Et ce fait-là, désormais, mérite d’être observé avec la même vigilance que l’audience elle-même.
Athanor fut jadis, dans l’imaginaire hermétique, le four où s’opérait la transmutation. Ici, tout semble inversé. Ce n’est plus le plomb qui cherche la lumière, mais une part obscure de l’humain qui a utilisé les apparences du rite, du secret et de la fraternité comme autant de paravents. Le plus grave, pour L’Alliance, n’est peut-être plus seulement d’avoir eu Athanor parmi ses loges. Le plus grave est de laisser croire, par son mutisme, qu’elle ne sait plus trouver les mots quand l’ombre exige enfin qu’on lui oppose la lumière.
Le deuxième jour confirme et amplifie ce que le premier laissait déjà entrevoir.
Jour 2 – Mardi 31 mars 2026 Maintenant, la presse internationale s’y met
Au deuxième jour du procès Athanor, un seuil médiatique est franchi. Après la presse française, c’est désormais la presse étrangère, les plateformes virales et les formats internationaux de reprise qui s’emparent du dossier. Et ce déplacement n’est pas neutre. Il accentue encore la charge symbolique de l’affaire.
Là où la presse nationale décrivait déjà une loge dévoyée, un réseau criminel, un mélange de barbouzerie, d’emprise et de violence, la presse internationale pousse plus loin encore le ressort dramatique.
Le vocabulaire se durcit. Les angles se simplifient. Les mots frappent plus vite
Une loge maçonnique française y est présentée comme ayant commandité des meurtres, mobilisé des tueurs à gages, mêlé anciens agents secrets, figures d’influence et fantasmes de toute-puissance.
Ecostylia reste sur un terrain de structuration judiciaire et insiste sur l’emboîtement des dossiers et l’ampleur du procès. Gradski va droit au fait le plus spectaculaire en plaçant dès le titre l’idée de meurtres commandités. CNews parle d’« officine franc-maçonne » et de « projets criminels », fixant un vocabulaire qui arrache définitivement l’affaire au simple registre pénal pour la faire entrer dans celui de la dérive organisée.
Avec TF1, l’affaire prend un visage presque existentiel. « Mon meurtre était planifié » devient la formule de sidération qui résume à elle seule la brutalité du dossier. La logique n’est plus seulement celle du réseau ou du complot. C’est aussi celle de victimes confrontées à la conscience d’avoir été désignées, suivies, promises à l’effacement.
Mais c’est surtout dans certains relais étrangers et populaires que le basculement devient révélateur.
The Sun et The Sun US parlent de « club secret », de tueurs à gages et d’espions LifeSiteNews radicalise encore davantage en évoquant un « réseau mafieux franc-maçon ». Brut, sur TikTok, fait entrer l’affaire dans la circulation ultra-rapide du récit criminel contemporain, celui qui condense en quelques secondes francs-maçons, services secrets, contrats d’assassinat et imaginaire occulte.
Ainsi, ce deuxième jour confirme une donnée essentielle. Le procès Athanor n’est plus seulement jugé à Paris.
Il est déjà raconté ailleurs
Et raconté souvent avec moins de nuances, plus de spectaculaire, plus de simplification et plus de puissance fantasmatique.
C’est précisément ce que nous redoutions. Lorsqu’une obédience ne parle pas, d’autres parlent à sa place. Et plus l’affaire franchit les frontières, plus la distinction entre une dérive criminelle particulière et la réalité de la démarche initiatique devient difficile à faire entendre dans l’espace public.
Le plus préoccupant n’est donc pas seulement l’onde de choc judiciaire
C’est la vitesse avec laquelle le récit international transforme l’affaire Athanor en symbole global, où la franc-maçonnerie n’apparaît plus comme une institution diverse, complexe et historique, mais comme le décor disponible de tous les scénarios noirs.
Le troisième jour confirme l’étendue des dégâts… Jour 3 – Mercredi 1er avril 2026
Après l’internationalisation du deuxième jour, le troisième est aussi celui de la personnification du récit. Après les titres sur la loge dévoyée, le réseau criminel ou les barbouzes, vient le temps des visages, c’est-à-dire d’une narration plus incarnée, plus dramatique, plus facilement mémorisable par le lecteur.
Avec son édition numérique du 1er avril, Le Figaro s’inscrit pleinement dans cette logique en mettant en avant « les 22 visages » de l’affaire. Le procès n’est plus seulement décrit comme un système ou une mécanique criminelle. Il devient une galerie de figures, une scène où se distribuent rôles, responsabilités et imaginaires. Ce déplacement est essentiel. Il transforme une affaire judiciaire en récit incarné, plus accessible, plus mémorisable, mais aussi plus chargé symboliquement. La loge Athanor cesse d’être seulement un cadre. Elle devient le décor d’une dramaturgie humaine où se mêlent trajectoires individuelles, dérives et projections.
C’est ainsi qu’en ce 1er avril, le « volatile » ne sert pas un poisson mais une affaire bien réelle. Et dans l’athanor judiciaire, rien ne relève de la farce
Dans son édition du jour,Le Canard enchaîné, fidèle à sa tradition satirique et d’enquête, traite l’affaire Athanor sur un registre à la fois ironique et glaçant.
Sous le titre détourné « Bande d’Athanor dures », l’hebdomadaire résume l’affaire comme l’une des plus lourdes de l’année, évoquant une série de projets criminels mêlant anciens agents, réseaux d’influence et fantasmes de puissance.
Le journal souligne surtout le contraste saisissant entre l’imaginaire alchimique du nom Athanor, censé désigner une lente transformation, et la réalité brutale décrite par l’accusation, faite de violences rapides, d’intimidations et d’un meurtre abouti. En quelques lignes, le « volatile » condense ainsi ce que d’autres développent longuement. Une affaire où, selon son trait acéré, l’alchimie n’a pas transmuté le plomb en or, mais précipité certains hommes dans leur propre obscurité.
Mais ce troisième jour voit aussi apparaître un autre registre de parole
Sur YouTube, la chaîne Le Franc-Maçon propose une lecture de l’affaire qui tranche avec l’emballement médiatique dominant. La vidéo rappelle que le cœur du dossier tiendrait d’abord à quelques individus précis, Daniel, Frédéric et Jean-Luc, et non à la franc-maçonnerie comme telle. Elle insiste sur le fait que la loge Athanor fut d’abord un atelier ordinaire, travaillant selon les usages maçonniques classiques, avant d’être dévoyée par une poignée d’hommes qui auraient utilisé la loge comme lieu de rencontre et non comme cause véritable de leurs dérives.
Le propos cherche ainsi à desserrer l’étau du récit sensationnel. Il rappelle que l’institution maçonnique aurait, selon cette lecture, sanctionné les principaux protagonistes bien avant le procès d’assises et refuse l’amalgame entre quelques hommes compromis et l’ensemble des francs-maçons.
La vidéo va même plus loin en soulignant que, si les mêmes individus s’étaient connus ailleurs que sous le couvert d’une loge, l’affaire aurait sans doute été racontée autrement, non comme « l’affaire Athanor », mais peut-être comme une sombre histoire de réseaux privés, d’anciens policiers et de sous-traitance violente.
Cette prise de parole n’efface évidemment rien de la gravité des faits reprochés
Mais elle a le mérite d’introduire, pour la première fois dans cette séquence médiatique, une tentative de distinction entre la dérive criminelle d’un petit nombre et la réalité plus large d’une institution initiatique. Après le fracas des gros titres, après les caricatures du sensationnalisme, après la mise en scène internationale d’une loge devenue décor de tous les fantasmes, voici donc un contrepoint. Il ne disculpe pas. Il distingue.
Et cette distinction devient de plus en plus nécessaire
Car au troisième jour du procès, une évidence s’impose. L’affaire Athanor n’est plus seulement un dossier d’assises. Elle est devenue un champ de bataille narratif où s’affrontent désormais trois récits. Celui de l’accusation judiciaire. Celui de la presse spectaculaire. Et celui, plus défensif, de francs-maçons soucieux de rappeler qu’une trahison de l’idéal ne saurait tenir lieu de définition de l’idéal lui-même.
Ainsi, en l’espace de quarante-huit heures, trois niveaux de récit se superposent, le judiciaire, le médiatique et désormais le narratif. Et plus ce récit circule, plus il s’éloigne de la complexité du réel pour rejoindre un territoire bien connu, celui où la franc-maçonnerie, faute de parole claire pour se distinguer, devient le support disponible de toutes les fictions sombres.
Le quatrième jour fait entrer le procès dans les visages et les stratégies de défense… Jour 4 – Jeudi 2 avril 2026
Au quatrième jour du procès Athanor, le récit médiatique franchit un nouveau seuil
Après la sidération initiale, après l’extension internationale, après la mise en scène des visages, vient désormais le temps des profils, des trajectoires individuelles et des lignes de défense.
La presse ne décrit plus seulement un réseau. Elle entre dans les hommes.
Le Parisiens’attarde ainsi sur la figure de Sébastien Leroy, présenté comme la cheville ouvrière de cette « PME du crime », mêlant assassinat, tentatives de meurtre et violences. Le portrait esquisse celui d’un individu en quête de reconnaissance, nourri de références culturelles et de projections personnelles, au cœur de presque tous les volets du dossier.
Dans le même mouvement, Boursorama, relayant une dépêche AFP, met en lumière un autre profil marquant, celui d’un ancien militaire de la DGSE décrit comme « mythomane », pris dans ses propres récits et dans une construction de soi oscillant entre fantasme et réalité.
BFMTV, de son côté, éclaire l’un des points juridiques centraux du procès en s’intéressant à la notion de « commandement de l’autorité légitime », invoquée par la défense. L’argument est lourd de conséquences. Il suppose que certains accusés auraient agi en croyant obéir à une autorité étatique, introduisant dans le procès une question vertigineuse sur la manipulation, la croyance et la responsabilité individuelle.
TF1 Info ramène quant à lui l’affaire à un format pédagogique et accessible, en rappelant les faits et les accusations dans une synthèse destinée au grand public, confirmant que le dossier est désormais installé dans le paysage médiatique national.
À l’étranger, la dynamique se poursuit
MSN USA et Byoblu en Italie reprennent l’affaire en la structurant autour d’un récit fortement scénarisé mêlant franc-maçonnerie, services secrets et meurtres, dans une tonalité qui oscille entre enquête journalistique et imaginaire de thriller.
Mais parallèlement, un autre phénomène s’accentue
Hors du cadre journalistique traditionnel, des relais militants ou ouvertement antimaçonniques s’emparent du dossier. Sur Facebook, Odysee, X ou Instagram, l’affaire Athanor devient le support d’un discours beaucoup plus large, où la critique d’un dossier judiciaire glisse vers une mise en cause globale de la franc-maçonnerie, de son influence supposée et de son rôle dans la société.
Odysee / « Loge Athanor Quand la Franc-Maçonnerie Devient une Entreprise de Mort »
Ainsi, au quatrième jour, trois dynamiques se superposent et se renforcent : -le travail judiciaire qui entre dans le détail des hommes ; -le travail médiatique qui construit des figures et des récits ; -et le travail idéologique qui détourne l’affaire vers des lectures globalisantes.
Le procès devient alors autre chose qu’un procès. Il devient un espace où se croisent la vérité des faits, la narration des médias et les projections d’une époque.
Quatre jours ont suffi pour le comprendre
L’affaire Athanor ne se joue plus seulement dans l’enceinte d’une cour d’assises. Elle se joue désormais dans l’espace public, dans les mots qui la racontent, dans les images qui la fixent et dans les silences qui l’accompagnent.
Du fait judiciaire au récit médiatique, du récit médiatique à la projection fantasmatique, une mécanique s’est enclenchée. Elle dépasse les accusés, dépasse la loge, dépasse même l’affaire elle-même. Elle touche à ce que la franc-maçonnerie donne à voir d’elle quand elle ne dit rien.
Car c’est bien là que se tient désormais le point de bascule
Non dans la seule gravité des faits, que la justice établira. Mais dans la manière dont, jour après jour, l’absence de parole laisse s’installer d’autres vérités, d’autres récits, d’autres interprétations.
L’athanor, dans la tradition, est le lieu de la transformation lente, du travail intérieur, de la purification par le feu
Ici, le feu est bien réel. Mais il n’éclaire pas. Il consume. Et faute d’une parole claire pour en maîtriser la lumière, il projette ses ombres bien au-delà du prétoire.
Une institution initiatique peut traverser les épreuves. Elle ne peut survivre à l’indifférence au sens, ni à l’abandon de la parole.
Le procès continue. Mais déjà, une autre épreuve a commencé. Celle de savoir qui, dans le tumulte, saura encore nommer la lumière sans laisser l’ombre parler seule.
Mise en garde
Il convient enfin d’exercer une vigilance lucide face à la nature des sources qui relaient et commentent l’affaire. Tous les espaces médiatiques ne procèdent pas du même souci d’information. À côté du travail des rédactions, certains relais présents sur les réseaux sociaux ou sur des plateformes alternatives développent des lectures ouvertement orientées, voire explicitement antimaçonniques.
Dans ces espaces, l’affaire Athanor n’est plus seulement un dossier judiciaire. Elle devient le prétexte d’une mise en accusation globale de la franc-maçonnerie, présentée comme un système d’influence occulte, voire comme une structure criminelle par essence. Les faits y sont souvent simplifiés, amplifiés ou détournés, et la distinction nécessaire entre des individus mis en cause et l’institution dans son ensemble tend à disparaître.
Cette confusion n’est pas anodine. Elle alimente des représentations anciennes, des réflexes de suspicion et des constructions idéologiques qui dépassent très largement le cadre du procès en cours.
Informer n’est pas accuser. Analyser n’est pas amalgamer. Et comprendre une affaire exige de ne pas céder à la facilité des généralisations.
Dans un moment où les récits circulent plus vite que les faits, la responsabilité de chacun – lecteurs comme observateurs – est de maintenir cette exigence de discernement.
« Affaire de la loge Athanor et des barbouzes de la DGSE les 22 visages de l’officine criminelle dont le procès fleuve s’est ouvert à Paris » 1er avril 2026
Il me semble, à rebours de certaines attentes, que l’absence de réaction publique tonitruante de la GLAMF (dont je ne suis pas membre) dans l’affaire de la loge Athanor n’a rien de choquant. Elle procède, au contraire, d’une forme de retenue qui mérite d’être comprise plutôt que suspectée.
D’abord, il convient de distinguer les registres. Une institution initiatique n’est ni une autorité judiciaire ni un organe de communication de crise. Elle n’a pas vocation à commenter, à chaud ou sur le vif, un procès criminel en cours, encore moins à se substituer à la justice dans l’appréciation des faits et des responsabilités. Se taire, en pareil contexte, n’est pas se dérober. C’est reconnaître la primauté du temps judiciaire sur le temps médiatique.
Ensuite, l’idée selon laquelle une parole « vigoureuse » serait nécessaire pour dissiper les inquiétudes repose sur un présupposé discutable qui est de croire que le bruit dissipe le bruit. En réalité, l’expérience montre l’inverse. Plus une affaire est chargée d’affects et de soupçons, plus la surenchère déclarative tend à nourrir les interprétations les plus hostiles. Celui qui est déjà convaincu d’y voir la confirmation de ses préjugés n’attend pas d’explications mais des motifs supplémentaires d’indignation. Dans ce contexte, la parole obédientielle si elle devient défensive ou démonstrative risque de se retourner contre la GLAMF.
Par ailleurs, il faut rappeler une évidence trop souvent négligée : les éventuels agissements délictueux de personnes, qu’elles soient membres, anciennes membres ou simples proches d’une structure, n’engagent pas ipso facto l’institution dans son ensemble. Exiger d’elle une prise de position publique systématique revient, en creux, à lui imputer une responsabilité collective qui n’est ni juridiquement fondée ni intellectuellement rigoureuse.
Enfin, il y a une question de méthode et de finalité. Une institution qui se veut attachée à la réflexion, à la discrétion et à la construction intérieure ne peut raisonnablement adopter les codes d’une communication émotionnelle dictée par l’urgence médiatique. Elle perdrait alors ce qui fait précisément sa singularité. La crédibilité ne se construit pas dans l’immédiateté des réactions mais au contraire dans la constance des principes et la cohérence des comportements sur le temps long.
En conclusion, je crois que refuser d’ajouter une parole de plus à un environnement saturé n’est pas une faiblesse. C’est parfois la seule manière rationnelle et intelligente de ne pas participer à la confusion générale. Ceux qui veulent comprendre n’ont pas besoin d’un communiqué de circonstance. Ceux qui ne veulent pas être convaincus ne le seront pas davantage par une déclaration, fût-elle la plus ferme.
Merci pour tout ces commentaires qui me semble être d’une grandes sagesse et qui m’éclaire, et me rasure sur la définition du FM .
Je pense que l’autorité d’une loge doit être donnée a un FM ayant acquis le grade de compagnon, dont le parcours est pour le moins le plus exigeant
En d’autre termes , dans un parcours initiatique. N’est pas Vénérable qui veut.
Bonjour. Je pense qu’il faut désormais cesser de contourner le cœur du problème.
Non, le sujet n’est pas de savoir si, après vingt-cinq ou trente ans de maçonnerie, chacun a croisé quelques personnages troubles, vaniteux, mythomanes ou fantasques. Cela, personne ne le nie. On en trouve partout. Le rappeler n’éclaire rien. Au contraire, cela risque de banaliser ce qui ne doit surtout pas l’être.
Car le vrai sujet ne commence pas avec l’existence d’un individu déviant. Il commence lorsque des signaux faibles deviennent des signaux forts, lorsque des alertes ne produisent aucune réaction à la hauteur, lorsque des incohérences s’accumulent sans contrôle sérieux, lorsque l’institution tarde à parler, à agir, à protéger, à expliquer. À partir de là, il ne s’agit plus d’une simple dérive personnelle. Il s’agit d’une défaillance collective de vigilance, de discernement et de responsabilité.
Et c’est précisément là que l’argument du « cela existe dans tous les groupes humains » devient irrecevable. Une obédience maçonnique ne se présente pas comme un groupe humain quelconque. Elle ne se définit pas comme un club parmi d’autres. Elle revendique une exigence morale, une méthode de sélection, une discipline intérieure, une exemplarité. Elle prétend former des hommes meilleurs, ou du moins plus lucides sur eux-mêmes. On ne peut donc pas, dans le même mouvement, invoquer l’élévation des principes lorsque tout va bien, puis se réfugier derrière la banalité des faiblesses humaines lorsqu’une affaire grave surgit.
Il faut dire les choses plus nettement encore s’agissant de la GL-AMF. Cette obédience est née d’une scission avec la GLNF dans les heures les plus sombres de la crise ouverte en 2010. Elle s’est constituée sur une promesse implicite mais forte : rompre avec certains errements anciens, restaurer une gouvernance plus saine, incarner un modèle plus rigoureux, plus sobre, plus vertueux. Son fondateur, Alain Juillet, a porté cette ambition. Dès lors, la GL-AMF ne peut pas demander à être jugée comme n’importe quelle structure. Elle doit être jugée à l’aune de la promesse fondatrice sur laquelle elle s’est construite.
Or c’est précisément cette promesse qui fait défaut lorsque surgit l’affaire Athanor.
Car une obédience née d’une crise aurait dû, plus qu’aucune autre, prévoir la possibilité d’une crise. Elle aurait dû penser l’hypothèse de l’intrusion, de la cooptation défaillante, du contrôle insuffisant, de la gestion d’un scandale, du risque réputationnel, du risque judiciaire, du risque moral. Elle aurait dû se prémunir contre la tentation, toujours funeste, de faire primer le nombre sur l’exigence, l’élargissement des effectifs sur la qualité des admissions, la croissance sur la vigilance. Quand une organisation se montre moins attentive à ce qu’elle intègre qu’à ce qu’elle additionne, elle prépare elle-même les conditions de ses futures fragilités.
L’affaire de la loge Athanor apparaît dès 2020. Il est exact que la loge a été dissoute et que, selon les éléments rappelés publiquement, une large part de ses membres a été radiée. Mais il faut être clair : ces mesures, si elles ont bien été prises, ne suffisent pas à solder le problème. Une dissolution n’est pas une doctrine. Une radiation n’est pas une explication. Une sanction interne n’est pas une parole de vérité. Depuis l’origine, ce qui manque est évident : une communication transparente, une ligne claire, une capacité à dire ce qui s’est passé, ce qui a été compris, ce qui a été décidé, ce qui a été corrigé, et ce qui ne pourra plus se reproduire. Or les gouvernances qui se sont succédé ont donné le sentiment inverse : celui d’un silence défensif, d’une parole tue, d’une obédience qui espère que le temps fera disparaître ce que seule la vérité peut traiter.
Il faut également répondre à l’argument du silence prudent. Oui, la justice doit faire son travail. Oui, il faut respecter la présomption d’innocence. Oui, il faut se garder des emballements. Mais rien de cela n’impose le mutisme. Attendre la justice ne dispense pas d’assumer une responsabilité morale et institutionnelle. La justice dit le droit. Elle ne remplace ni l’exigence interne, ni le devoir d’alerte, ni l’obligation de prévention, ni la nécessité d’une parole nette lorsqu’une institution est atteinte dans sa crédibilité.
Le « non-agir » peut relever d’une sagesse spirituelle dans certains domaines. Il devient une démission lorsqu’il sert à justifier l’inaction face à des faits graves ou à des risques identifiés. Dans certaines circonstances, se taire n’est pas être sage. C’est laisser pourrir. Et laisser pourrir, dans certaines affaires, c’est déjà laisser faire.
Ce point est essentiel, car l’affaire Athanor n’est malheureusement pas isolée dans ce qu’elle révèle du rapport de la gouvernance au réel. En septembre 2025, une formulation à caractère discriminatoire a, selon plusieurs frères, failli être introduite dans les textes de l’obédience. Qu’elle ait finalement été stoppée par la vigilance de certains ne règle pas le problème de fond. Le problème est qu’une telle rédaction ait pu être pensée, portée, présentée, et qu’elle ait pu l’être au sein d’une Maison qui se réclame de l’universalisme. Même sans préjuger ici d’une qualification juridique définitive, chacun comprend qu’un tel choix aurait pu exposer l’obédience à un risque majeur, y compris sur le terrain contentieux, et potentiellement pénal si une autorité compétente avait estimé que la ligne rouge était franchie. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une maladresse secondaire, mais d’un symptôme grave de dérèglement du discernement.
Et sur ce point encore, que constate-t-on ? Le même mal. La même surdité. Le même mutisme. La même incapacité à regarder lucidement ce qui est en cause. La gouvernance est sourde lorsque des frères alertent. Elle est muette lorsqu’il faudrait expliquer. Elle ne répond ni sur l’affaire Athanor avec la clarté requise, ni sur cette tentative de formulation discriminatoire avec la gravité qu’un tel sujet impose. Ce n’est plus un simple défaut de communication. C’est une manière de gouverner par évitement, comme si l’absence de réponse pouvait tenir lieu de ligne politique.
À ceux qui disent souffrir pour l’image de la maçonnerie, on peut répondre ceci : la souffrance est légitime, mais elle ne doit pas conduire à l’aveuglement. Ce n’est pas la mise en lumière des faits qui abîme d’abord l’institution. Ce sont les faits eux-mêmes, et plus encore l’incapacité à les affronter. Ce n’est jamais la vérité qui fait le plus de mal à long terme. C’est le déni. C’est le réflexe corporatiste. C’est le refus de nommer les fautes. C’est la confusion entre protection de l’institution et protection des apparences.
À ceux qui redoutent l’excès de parole, il faut rappeler une distinction simple mais décisive : relater des faits, poser des questions, demander des comptes, exiger des explications, ce n’est pas diffamer. Ce n’est pas condamner à la place des juges. C’est exercer un devoir élémentaire de vigilance civique et morale. La présomption d’innocence protège les personnes dans l’ordre judiciaire. Elle ne saurait devenir le paravent commode d’un silence collectif sur les responsabilités institutionnelles.
À ceux qui estiment qu’aucune structure humaine ne peut empêcher toutes les dérives, il faut répondre qu’on ne demande pas l’infaillibilité. On demande autre chose, et c’est déjà beaucoup : de la vigilance en amont, du courage au moment critique, de la clarté après coup, et de la cohérence toujours. Une institution sérieuse n’est pas celle à qui rien n’arrive. C’est celle qui sait reconnaître ce qui lui arrive, en tirer les conséquences et corriger ce qui doit l’être.
Enfin, il faut en finir avec ce faux argument selon lequel exiger toute la lumière ferait le jeu des antimaçons. C’est exactement l’inverse. Ce qui nourrit les adversaires de la franc-maçonnerie, ce n’est pas l’exigence de vérité. C’est l’entre-soi défensif. C’est l’embarras muet. C’est la tentation de minimiser. C’est la répétition de crises mal pensées, mal dites, mal traitées. Une institution initiatique ne se grandit pas en cachant ses angles morts. Elle se grandit en montrant qu’elle sait les voir, les nommer et les corriger.
La question n’est donc pas : qui n’a jamais croisé un énergumène ?
La question est bien plus grave, et bien plus précise : comment une obédience née pour rompre avec les fautes d’hier a-t-elle pu se montrer si peu préparée à celles d’aujourd’hui ? Comment a-t-elle pu traiter l’affaire Athanor sans parole transparente ? Comment a-t-elle pu laisser émerger, en 2025, une formulation jugée discriminatoire par certains de ses propres frères ? Comment peut-elle rester, sur l’un comme sur l’autre dossier, à la fois sourde aux alertes et muette devant les conséquences ?
C’est là que commence la responsabilité.
Et c’est aussi là que finit l’excuse.
Merci à Patrick pour ce remarquable exposé sur cette (déjà) lamentable affaire, si délétère pour l’ensemble de la Franc-Maçonnerie.
Depuis quelques jours que « circule » cette affaire dans la presse, je ne cesse de partager avec les FF que je rencontre en loge et en visites, que l’ensemble des (principales) Obédiences, à travers la personne de leurs Grands Maîtres et Grandes Maîtresses respectifs/ves, doivent se réunir et s’unir pour un/des communiqué(s) de presse, voire une conférence de presse, pour dire très précisément ce qu’est et ce que n’est pas la Maçonnerie, et prendre définitivement et radicalement la distance nécessaire et suffisante avec cette affaire.
Sinon, le préjudice sera considérable et durable vis-à-vis de toutes les institutions maçonniques en général, et de tous et toutes les Maçons et Maçonnes en particulier.
Et il y a urgence !!
Fraternellement vôtre,
Jérôme Lefrançois
après un quart de siècle en maçonnerie qui n’a pas croiser de drôles d’énergumènes?
on sais que dans chaque groupe humains il y a des individus étranges. la FM comme toute association a ce type de personnage. Qui n’a jamais rencontrer un frère qui s’étai construit une légende?
une fois ceci dit qu’en faire?
tant qu’il ne franchi pas certaines limites RIEN.. dans un club de boulistes le danger est faible par contre dans un creuset recevant et regroupant des personnes issues de cercles sensibles je crois qu’une grande vigilance est de mise.je n’arrive pas à comprendre au regard des faits. que personne n’ai vraiment réagi. Le secret maçonnique n’existe plus quand il sert de couverture à des actes contraires à la loi. il n’y a pas d’états d’âmes à avoir ;la FM est une question d’exemplarité avant tout le reste n’est que roman. Sur cette triste histoire qui ne sert que les antimaçons je souhaite que toute la lumière soit faite et que la justice soit impitoyable; rien d’autre.
La vérité se dévoilera par elle même. L’agir par le non-agir est une sagesse qui se repose sur le laisser-faire de la nature, comme l’eau qui suit les méandres qu’elle creuse suivant la nature du sol sous ses pieds. Car plus on s’agite rapidement pour se défendre, plus on peut générer des réactionss encore plus dures.
oui a la philosophie mais dans la réalité on ne peut pas ne pas agir il y a des DEVOIRS à remplir que ce soi dans l’univers maçonnique ou profane ;la vérité ne se dévoile pas d’elle même
Alain Juillet aurait été bien avisé de porter la parole de la GL-AMF dès le début de cette sinistre affaire.
Grand spécialiste du renseignement, ancien directeur à la DGSE, sa parole compte parmi les plus écoutées,
notamment au titre de fondateur de l’obédience, mais pas que.
Dommage …
30 ans de maçonnerie je suis un « ancien » de la GM AMF et je souffre de cette situation qui ternit notre image.
Ce n’est pas la première fois, j’ai souvenance d’un juge niçois (ancien valenciennois) qui avait à se prononcer sur des indiscrétion d’un frère policier de son état. Cela avait défrayé les chroniques et certaines revues (Express) s’en sont données à cœur joie. A l’heure où force est de constater une démotivation sur la spiritualité et d’un engagement initiatique ça ne fait que rajouter de l’huile sur le feu. Pour ma part, j’évite le sujet dans mon entourage et je moralise en disant que partout rien n’est parfait.
Cette affaire démontre que toute réunion d’hommes ne peut échapper au fait que justement ce ne sont que des individus et que toute individualité est susceptible de dérives. Aucune vigilance, aucune précaution prise avant d’accepter de tels individus ne pourra prémunir contre les écarts que ceux-là pourraient effectuer.
Quelle attitude faut-il adopter lorsque des membres de l’association commettent les actes décrits ?
Toute obédience se veut une association d’hommes professant des valeurs qui appartiennent au sens le plus sacré de l’humain. Beaucoup ont pour horizon cette culture des valeurs qui font la grandeur de l’homme.
Au nom de ce qui s’est passé porter l’opprobre sur l’ensemble de l’association parce qu’elle préfère le silence, ne relève pas de ces valeurs. Passer de l’énoncé de faits avérés à la condamnation par le verbe est à la frontière de la diffamation. La vigilance et le discernement ne peuvent pas uniquement servir à la sélection des membres d’une association mais aussi aux propos que l’on peut tenir. Que la presse, avide de sensationnel, fasse cela, c’est certes se tenir à distance de la vérité; mais vendeur. Collaborer à cette diffusion n’appartient pas à ceux qui ont au cœur de vivre selon les valeurs sacrés de l’humain.
Seule la justice, peut espérer s’approcher de la vérité, Peut-être est-il plus sage de se taire, peut-être est-il plus sage d’apporter, avec prudence et sagesse quelques lumières.
Dans tous les cas, ne vaut-il mieux pas laisser à la justice le fin mot ?
Mais trop de déclarations, avant que celle-ci ait pu s’exprimer, ont déjà appliqué leurs sanctions ignorantes.
Cela aussi est un défaut de l’individu. N’est-il pas temps de passer de l’individu à l’homme ?
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.
Il me semble, à rebours de certaines attentes, que l’absence de réaction publique tonitruante de la GLAMF (dont je ne suis pas membre) dans l’affaire de la loge Athanor n’a rien de choquant. Elle procède, au contraire, d’une forme de retenue qui mérite d’être comprise plutôt que suspectée.
D’abord, il convient de distinguer les registres. Une institution initiatique n’est ni une autorité judiciaire ni un organe de communication de crise. Elle n’a pas vocation à commenter, à chaud ou sur le vif, un procès criminel en cours, encore moins à se substituer à la justice dans l’appréciation des faits et des responsabilités. Se taire, en pareil contexte, n’est pas se dérober. C’est reconnaître la primauté du temps judiciaire sur le temps médiatique.
Ensuite, l’idée selon laquelle une parole « vigoureuse » serait nécessaire pour dissiper les inquiétudes repose sur un présupposé discutable qui est de croire que le bruit dissipe le bruit. En réalité, l’expérience montre l’inverse. Plus une affaire est chargée d’affects et de soupçons, plus la surenchère déclarative tend à nourrir les interprétations les plus hostiles. Celui qui est déjà convaincu d’y voir la confirmation de ses préjugés n’attend pas d’explications mais des motifs supplémentaires d’indignation. Dans ce contexte, la parole obédientielle si elle devient défensive ou démonstrative risque de se retourner contre la GLAMF.
Par ailleurs, il faut rappeler une évidence trop souvent négligée : les éventuels agissements délictueux de personnes, qu’elles soient membres, anciennes membres ou simples proches d’une structure, n’engagent pas ipso facto l’institution dans son ensemble. Exiger d’elle une prise de position publique systématique revient, en creux, à lui imputer une responsabilité collective qui n’est ni juridiquement fondée ni intellectuellement rigoureuse.
Enfin, il y a une question de méthode et de finalité. Une institution qui se veut attachée à la réflexion, à la discrétion et à la construction intérieure ne peut raisonnablement adopter les codes d’une communication émotionnelle dictée par l’urgence médiatique. Elle perdrait alors ce qui fait précisément sa singularité. La crédibilité ne se construit pas dans l’immédiateté des réactions mais au contraire dans la constance des principes et la cohérence des comportements sur le temps long.
En conclusion, je crois que refuser d’ajouter une parole de plus à un environnement saturé n’est pas une faiblesse. C’est parfois la seule manière rationnelle et intelligente de ne pas participer à la confusion générale. Ceux qui veulent comprendre n’ont pas besoin d’un communiqué de circonstance. Ceux qui ne veulent pas être convaincus ne le seront pas davantage par une déclaration, fût-elle la plus ferme.
Merci pour tout ces commentaires qui me semble être d’une grandes sagesse et qui m’éclaire, et me rasure sur la définition du FM .
Je pense que l’autorité d’une loge doit être donnée a un FM ayant acquis le grade de compagnon, dont le parcours est pour le moins le plus exigeant
En d’autre termes , dans un parcours initiatique. N’est pas Vénérable qui veut.
Bonjour. Je pense qu’il faut désormais cesser de contourner le cœur du problème.
Non, le sujet n’est pas de savoir si, après vingt-cinq ou trente ans de maçonnerie, chacun a croisé quelques personnages troubles, vaniteux, mythomanes ou fantasques. Cela, personne ne le nie. On en trouve partout. Le rappeler n’éclaire rien. Au contraire, cela risque de banaliser ce qui ne doit surtout pas l’être.
Car le vrai sujet ne commence pas avec l’existence d’un individu déviant. Il commence lorsque des signaux faibles deviennent des signaux forts, lorsque des alertes ne produisent aucune réaction à la hauteur, lorsque des incohérences s’accumulent sans contrôle sérieux, lorsque l’institution tarde à parler, à agir, à protéger, à expliquer. À partir de là, il ne s’agit plus d’une simple dérive personnelle. Il s’agit d’une défaillance collective de vigilance, de discernement et de responsabilité.
Et c’est précisément là que l’argument du « cela existe dans tous les groupes humains » devient irrecevable. Une obédience maçonnique ne se présente pas comme un groupe humain quelconque. Elle ne se définit pas comme un club parmi d’autres. Elle revendique une exigence morale, une méthode de sélection, une discipline intérieure, une exemplarité. Elle prétend former des hommes meilleurs, ou du moins plus lucides sur eux-mêmes. On ne peut donc pas, dans le même mouvement, invoquer l’élévation des principes lorsque tout va bien, puis se réfugier derrière la banalité des faiblesses humaines lorsqu’une affaire grave surgit.
Il faut dire les choses plus nettement encore s’agissant de la GL-AMF. Cette obédience est née d’une scission avec la GLNF dans les heures les plus sombres de la crise ouverte en 2010. Elle s’est constituée sur une promesse implicite mais forte : rompre avec certains errements anciens, restaurer une gouvernance plus saine, incarner un modèle plus rigoureux, plus sobre, plus vertueux. Son fondateur, Alain Juillet, a porté cette ambition. Dès lors, la GL-AMF ne peut pas demander à être jugée comme n’importe quelle structure. Elle doit être jugée à l’aune de la promesse fondatrice sur laquelle elle s’est construite.
Or c’est précisément cette promesse qui fait défaut lorsque surgit l’affaire Athanor.
Car une obédience née d’une crise aurait dû, plus qu’aucune autre, prévoir la possibilité d’une crise. Elle aurait dû penser l’hypothèse de l’intrusion, de la cooptation défaillante, du contrôle insuffisant, de la gestion d’un scandale, du risque réputationnel, du risque judiciaire, du risque moral. Elle aurait dû se prémunir contre la tentation, toujours funeste, de faire primer le nombre sur l’exigence, l’élargissement des effectifs sur la qualité des admissions, la croissance sur la vigilance. Quand une organisation se montre moins attentive à ce qu’elle intègre qu’à ce qu’elle additionne, elle prépare elle-même les conditions de ses futures fragilités.
L’affaire de la loge Athanor apparaît dès 2020. Il est exact que la loge a été dissoute et que, selon les éléments rappelés publiquement, une large part de ses membres a été radiée. Mais il faut être clair : ces mesures, si elles ont bien été prises, ne suffisent pas à solder le problème. Une dissolution n’est pas une doctrine. Une radiation n’est pas une explication. Une sanction interne n’est pas une parole de vérité. Depuis l’origine, ce qui manque est évident : une communication transparente, une ligne claire, une capacité à dire ce qui s’est passé, ce qui a été compris, ce qui a été décidé, ce qui a été corrigé, et ce qui ne pourra plus se reproduire. Or les gouvernances qui se sont succédé ont donné le sentiment inverse : celui d’un silence défensif, d’une parole tue, d’une obédience qui espère que le temps fera disparaître ce que seule la vérité peut traiter.
Il faut également répondre à l’argument du silence prudent. Oui, la justice doit faire son travail. Oui, il faut respecter la présomption d’innocence. Oui, il faut se garder des emballements. Mais rien de cela n’impose le mutisme. Attendre la justice ne dispense pas d’assumer une responsabilité morale et institutionnelle. La justice dit le droit. Elle ne remplace ni l’exigence interne, ni le devoir d’alerte, ni l’obligation de prévention, ni la nécessité d’une parole nette lorsqu’une institution est atteinte dans sa crédibilité.
Le « non-agir » peut relever d’une sagesse spirituelle dans certains domaines. Il devient une démission lorsqu’il sert à justifier l’inaction face à des faits graves ou à des risques identifiés. Dans certaines circonstances, se taire n’est pas être sage. C’est laisser pourrir. Et laisser pourrir, dans certaines affaires, c’est déjà laisser faire.
Ce point est essentiel, car l’affaire Athanor n’est malheureusement pas isolée dans ce qu’elle révèle du rapport de la gouvernance au réel. En septembre 2025, une formulation à caractère discriminatoire a, selon plusieurs frères, failli être introduite dans les textes de l’obédience. Qu’elle ait finalement été stoppée par la vigilance de certains ne règle pas le problème de fond. Le problème est qu’une telle rédaction ait pu être pensée, portée, présentée, et qu’elle ait pu l’être au sein d’une Maison qui se réclame de l’universalisme. Même sans préjuger ici d’une qualification juridique définitive, chacun comprend qu’un tel choix aurait pu exposer l’obédience à un risque majeur, y compris sur le terrain contentieux, et potentiellement pénal si une autorité compétente avait estimé que la ligne rouge était franchie. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une maladresse secondaire, mais d’un symptôme grave de dérèglement du discernement.
Et sur ce point encore, que constate-t-on ? Le même mal. La même surdité. Le même mutisme. La même incapacité à regarder lucidement ce qui est en cause. La gouvernance est sourde lorsque des frères alertent. Elle est muette lorsqu’il faudrait expliquer. Elle ne répond ni sur l’affaire Athanor avec la clarté requise, ni sur cette tentative de formulation discriminatoire avec la gravité qu’un tel sujet impose. Ce n’est plus un simple défaut de communication. C’est une manière de gouverner par évitement, comme si l’absence de réponse pouvait tenir lieu de ligne politique.
À ceux qui disent souffrir pour l’image de la maçonnerie, on peut répondre ceci : la souffrance est légitime, mais elle ne doit pas conduire à l’aveuglement. Ce n’est pas la mise en lumière des faits qui abîme d’abord l’institution. Ce sont les faits eux-mêmes, et plus encore l’incapacité à les affronter. Ce n’est jamais la vérité qui fait le plus de mal à long terme. C’est le déni. C’est le réflexe corporatiste. C’est le refus de nommer les fautes. C’est la confusion entre protection de l’institution et protection des apparences.
À ceux qui redoutent l’excès de parole, il faut rappeler une distinction simple mais décisive : relater des faits, poser des questions, demander des comptes, exiger des explications, ce n’est pas diffamer. Ce n’est pas condamner à la place des juges. C’est exercer un devoir élémentaire de vigilance civique et morale. La présomption d’innocence protège les personnes dans l’ordre judiciaire. Elle ne saurait devenir le paravent commode d’un silence collectif sur les responsabilités institutionnelles.
À ceux qui estiment qu’aucune structure humaine ne peut empêcher toutes les dérives, il faut répondre qu’on ne demande pas l’infaillibilité. On demande autre chose, et c’est déjà beaucoup : de la vigilance en amont, du courage au moment critique, de la clarté après coup, et de la cohérence toujours. Une institution sérieuse n’est pas celle à qui rien n’arrive. C’est celle qui sait reconnaître ce qui lui arrive, en tirer les conséquences et corriger ce qui doit l’être.
Enfin, il faut en finir avec ce faux argument selon lequel exiger toute la lumière ferait le jeu des antimaçons. C’est exactement l’inverse. Ce qui nourrit les adversaires de la franc-maçonnerie, ce n’est pas l’exigence de vérité. C’est l’entre-soi défensif. C’est l’embarras muet. C’est la tentation de minimiser. C’est la répétition de crises mal pensées, mal dites, mal traitées. Une institution initiatique ne se grandit pas en cachant ses angles morts. Elle se grandit en montrant qu’elle sait les voir, les nommer et les corriger.
La question n’est donc pas : qui n’a jamais croisé un énergumène ?
La question est bien plus grave, et bien plus précise : comment une obédience née pour rompre avec les fautes d’hier a-t-elle pu se montrer si peu préparée à celles d’aujourd’hui ? Comment a-t-elle pu traiter l’affaire Athanor sans parole transparente ? Comment a-t-elle pu laisser émerger, en 2025, une formulation jugée discriminatoire par certains de ses propres frères ? Comment peut-elle rester, sur l’un comme sur l’autre dossier, à la fois sourde aux alertes et muette devant les conséquences ?
C’est là que commence la responsabilité.
Et c’est aussi là que finit l’excuse.
Merci à Patrick pour ce remarquable exposé sur cette (déjà) lamentable affaire, si délétère pour l’ensemble de la Franc-Maçonnerie.
Depuis quelques jours que « circule » cette affaire dans la presse, je ne cesse de partager avec les FF que je rencontre en loge et en visites, que l’ensemble des (principales) Obédiences, à travers la personne de leurs Grands Maîtres et Grandes Maîtresses respectifs/ves, doivent se réunir et s’unir pour un/des communiqué(s) de presse, voire une conférence de presse, pour dire très précisément ce qu’est et ce que n’est pas la Maçonnerie, et prendre définitivement et radicalement la distance nécessaire et suffisante avec cette affaire.
Sinon, le préjudice sera considérable et durable vis-à-vis de toutes les institutions maçonniques en général, et de tous et toutes les Maçons et Maçonnes en particulier.
Et il y a urgence !!
Fraternellement vôtre,
Jérôme Lefrançois
après un quart de siècle en maçonnerie qui n’a pas croiser de drôles d’énergumènes?
on sais que dans chaque groupe humains il y a des individus étranges. la FM comme toute association a ce type de personnage. Qui n’a jamais rencontrer un frère qui s’étai construit une légende?
une fois ceci dit qu’en faire?
tant qu’il ne franchi pas certaines limites RIEN.. dans un club de boulistes le danger est faible par contre dans un creuset recevant et regroupant des personnes issues de cercles sensibles je crois qu’une grande vigilance est de mise.je n’arrive pas à comprendre au regard des faits. que personne n’ai vraiment réagi. Le secret maçonnique n’existe plus quand il sert de couverture à des actes contraires à la loi. il n’y a pas d’états d’âmes à avoir ;la FM est une question d’exemplarité avant tout le reste n’est que roman. Sur cette triste histoire qui ne sert que les antimaçons je souhaite que toute la lumière soit faite et que la justice soit impitoyable; rien d’autre.
La vérité se dévoilera par elle même. L’agir par le non-agir est une sagesse qui se repose sur le laisser-faire de la nature, comme l’eau qui suit les méandres qu’elle creuse suivant la nature du sol sous ses pieds. Car plus on s’agite rapidement pour se défendre, plus on peut générer des réactionss encore plus dures.
oui a la philosophie mais dans la réalité on ne peut pas ne pas agir il y a des DEVOIRS à remplir que ce soi dans l’univers maçonnique ou profane ;la vérité ne se dévoile pas d’elle même
bravo 450.fm de porter un maximum de lumière sur cette affaire en effet hors norme
Alain Juillet aurait été bien avisé de porter la parole de la GL-AMF dès le début de cette sinistre affaire.
Grand spécialiste du renseignement, ancien directeur à la DGSE, sa parole compte parmi les plus écoutées,
notamment au titre de fondateur de l’obédience, mais pas que.
Dommage …
30 ans de maçonnerie je suis un « ancien » de la GM AMF et je souffre de cette situation qui ternit notre image.
Ce n’est pas la première fois, j’ai souvenance d’un juge niçois (ancien valenciennois) qui avait à se prononcer sur des indiscrétion d’un frère policier de son état. Cela avait défrayé les chroniques et certaines revues (Express) s’en sont données à cœur joie. A l’heure où force est de constater une démotivation sur la spiritualité et d’un engagement initiatique ça ne fait que rajouter de l’huile sur le feu. Pour ma part, j’évite le sujet dans mon entourage et je moralise en disant que partout rien n’est parfait.
Cette affaire démontre que toute réunion d’hommes ne peut échapper au fait que justement ce ne sont que des individus et que toute individualité est susceptible de dérives. Aucune vigilance, aucune précaution prise avant d’accepter de tels individus ne pourra prémunir contre les écarts que ceux-là pourraient effectuer.
Quelle attitude faut-il adopter lorsque des membres de l’association commettent les actes décrits ?
Toute obédience se veut une association d’hommes professant des valeurs qui appartiennent au sens le plus sacré de l’humain. Beaucoup ont pour horizon cette culture des valeurs qui font la grandeur de l’homme.
Au nom de ce qui s’est passé porter l’opprobre sur l’ensemble de l’association parce qu’elle préfère le silence, ne relève pas de ces valeurs. Passer de l’énoncé de faits avérés à la condamnation par le verbe est à la frontière de la diffamation. La vigilance et le discernement ne peuvent pas uniquement servir à la sélection des membres d’une association mais aussi aux propos que l’on peut tenir. Que la presse, avide de sensationnel, fasse cela, c’est certes se tenir à distance de la vérité; mais vendeur. Collaborer à cette diffusion n’appartient pas à ceux qui ont au cœur de vivre selon les valeurs sacrés de l’humain.
Seule la justice, peut espérer s’approcher de la vérité, Peut-être est-il plus sage de se taire, peut-être est-il plus sage d’apporter, avec prudence et sagesse quelques lumières.
Dans tous les cas, ne vaut-il mieux pas laisser à la justice le fin mot ?
Mais trop de déclarations, avant que celle-ci ait pu s’exprimer, ont déjà appliqué leurs sanctions ignorantes.
Cela aussi est un défaut de l’individu. N’est-il pas temps de passer de l’individu à l’homme ?