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GLFF : 28/09/23 – Journée internationale de mobilisation pour le droit à l’avortement

« Les droits des femmes sont des droits humains »[1]


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La Grande Loge Féminine de France, soucieuse de l’autonomie et de la liberté des femmes, s’associe à la journée de mobilisation pour le droit à l’avortement, ce 28 septembre.

Les Nations Unies, lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995, ont adopté un programme d’action qui a affirmé, en autres, le droit des femmes à avoir accès à des services de santé sexuelle et reproductive sûrs et efficaces. Pourtant, 41% des femmes dans le monde vivent encore dans des pays où la législation sur l’avortement est restrictive et l’accès effectif inexistant. Soulignons l’horreur des violences sexuelles dont sont victimes des femmes et filles en zone de guerre mais aussi dans leur exil, migrations et camps où elles ne peuvent avoir recours à l’IVG au nom d’un infléchissement idéologique.

Les avortements clandestins restent la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.

Alors que la mobilisation massive des femmes a permis des avancées récentes dans quelques pays[2], la situation générale reste préoccupante et des régressions inquiétantes se multiplient.

Aux États-Unis, depuis que la Cour Suprême a révoqué l’arrêt Roe v. Wade de 1973, ce sont quatorze États qui ont restreint le recours à l’IVG ou l’ont totalement criminalisé.

En Europe, l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux reste impossible tant que la règle d’unanimité n’aura pas été modifiée. Dans le même temps, la montée d’idéologies ultra conservatrices s’est accompagnée de graves remises en cause de ce droit[3].

Même en France, où la législation est une des plus avancées, les droits des femmes à la santé sexuelle et reproductive appellent une grande vigilance. La nécessité d’inscrire le droit fondamental à l’IVG dans notre constitution est désormais posée.

Conformément à ses convictions et son engagement, La Grande Loge Féminine de France est solidaire des mobilisations des femmes partout dans le monde pour leurs droits au libre choix et à la libre disposition de leur corps.


[1]    Hillary Clinton, 4e conférence des Nations unies, Pékin 1995.

[2    Argentine, Mexique

[3]    Hongrie, Pologne, Croatie

Contact : communication@glff.org

Les bracelets de pied : Les significations mystiques et symboliques

De notre confrère actualnet.fr

Dans le monde entier, les bijoux et les accessoires étaient souvent associés à des significations mystiques et spirituelles. Parmi ces objets précieux, les bracelets de pied occupent une place particulière. Utilisés depuis des siècles par différentes cultures et traditions, ils sont devenus un symbole fort de mysticisme et d’ésotérisme. Les bracelets de pied, aussi appelés chevillières, sont bien plus que de simples ornements : leur port est chargé de sens et de croyances diverses.

Nous vous invitons à découvrir les multiples facettes de ces bijoux fascinants, leurs origines, les différentes significations qui leur sont attribuées et leur rôle dans les pratiques spirituelles et ésotériques. Préparez-vous à un voyage initiatique à travers les âges, les cultures et les symboles qui entourent ces bijoux de l’âme.

Les origines historiques et culturelles des bracelets de pied

Avant d’aborder les différentes significations mystiques des bracelets de pied, il est essentiel de comprendre leur histoire et leur évolution à travers les âges et les cultures.

De l’Égypte antique à l’Inde en passant par l’Afrique, ces bijoux ont conquis le monde et ont été le témoin d’échanges et de métissages culturels.

Les premières traces de bracelets de pied remontent à l’Égypte antique. Déjà à cette époque, les femmes et les hommes portaient des chevillères, souvent en or et agrémentées de pierres précieuses, pour symboliser leur statut social et affirmer leur appartenance à une classe supérieure. Les danseuses et les musiciennes arboraient des bracelets de pied, dont le tintement rythmait leurs pas et leurs mouvements.

Le port de bracelets de pied était très répandu en Inde. Selon la tradition hindoue, les jeunes mariées devaient porter des chevillères en argent pour attirer la chance et la prospérité au sein de leur foyer. Les bracelets de pied étaient portés par les danseuses classiques indiennes, qui les utilisaient pour ponctuer leurs mouvements gracieux et élégants. Dans certaines régions de l’Inde, les bracelets de pied sont associés à la déesse Lakshmi, symbole de richesse et de prospérité.

En Afrique, les bracelets de pied ont une longue histoire et sont présents dans de nombreuses cultures et traditions. Chez les Maasaï, par exemple, les femmes portent des bracelets de pied en perles colorées pour exprimer leur statut matrimonial et leur appartenance à une ethnie précise. Dans d’autres cultures africaines, les bracelets de pied sont utilisés comme talismans protecteurs ou pour éloigner les mauvais esprits.

Les significations mystiques et symboliques des bracelets de pied

Outre leurs fonctions esthétiques et sociales, les bracelets de pied sont chargés de significations mystiques et symboliques.

En fonction des cultures, des croyances et des traditions, ils peuvent représenter des notions telles que la protection, l’amour, la prospérité ou encore la purification.

  1. Protection et éloignement des ondes négatives : Dans plusieurs traditions, les bracelets de pied sont considérés comme des amulettes protectrices. Ils sont censés éloigner les énergies négatives et les mauvais esprits qui pourraient nuire à la personne qui les porte. Les bracelets de pied en argent, par exemple, sont réputés pour leur capacité à purifier l’aura et à éloigner les ondes négatives.
  2. Amour, séduction et féminité : Les bracelets de pied sont souvent associés à la notion d’amour et de séduction. Dans certaines cultures, les femmes portent des chevillères pour mettre en valeur leur féminité et attirer l’attention de leur partenaire ou de leur futur époux. Les bracelets de pied sont considérés comme des symboles de l’amour éternel et de la fidélité dans le couple, en particulier lorsqu’ils sont offerts en cadeau lors d’un mariage ou d’une cérémonie d’engagement.
  3. Prospérité et richesse : Comme évoqué précédemment, les bracelets de pied sont souvent liés à la déesse Lakshmi dans la tradition hindoue. Porter des chevillères en argent ou en or est ainsi censé favoriser la prospérité et la richesse dans la vie de la personne qui les porte. Ce symbole est présent dans d’autres cultures, où les bracelets de pied sont considérés comme des objets de chance et d’abondance.
  4. Purification et guérison : Les bracelets de pied peuvent être utilisés dans un contexte de purification et de guérison spirituelle. Certaines pierres et métaux, comme le cristal de roche, le lapis-lazuli ou l’argent, sont réputés pour leurs vertus thérapeutiques et leur capacité à équilibrer les énergies du corps et de l’esprit. Porter un bracelet de pied composé de ces matériaux peut ainsi aider à nettoyer son aura et à favoriser la guérison émotionnelle et spirituelle.

Les bracelets de pied dans les pratiques spirituelles et ésotériques

Au-delà de leurs significations symboliques, les bracelets de pied ont été intégrés dans diverses pratiques spirituelles et ésotériques au fil du temps.

En effet, ils peuvent servir d’outils de méditation, de supports pour la prière ou encore d’objets magiques.

Les bracelets de pied sont souvent utilisés comme supports de méditation et de concentration dans certaines traditions spirituelles, notamment en Yoga et en Tantra. Le port de ces bijoux peut aider à focaliser l’attention sur le moment présent, sur la respiration et sur les sensations corporelles, favorisant ainsi un état de relaxation profonde et de pleine conscience. Les chevillères peuvent être utilisées pour stimuler certains points d’énergie, appelés chakras, situés au niveau des pieds et des chevilles.

Dans d’autres pratiques ésotériques, comme la Wicca ou la Magie Cérémonielle, les bracelets de pied peuvent être utilisés comme objets magiques et consacrés. Ils peuvent servir à invoquer des divinités, des anges ou des esprits, à canaliser des énergies spécifiques ou à réaliser des rituels de protection et de purification. Les chevillères peuvent être chargées d’énergie lors de la pleine lune, de la nouvelle lune ou d’autres événements astronomiques, afin de renforcer leur pouvoir et leur efficacité.

Enfin, les bracelets de pied peuvent être intégrés à des pratiques de guérison énergétique, comme le Reiki, le Qi Gong ou le Pranic Healing. Dans ce contexte, ils servent de conduits pour transmettre l’énergie de guérison du praticien vers le patient, en passant par les pieds et les chevilles, qui sont des zones clés pour l’ancrage et l’équilibre énergétique.

Comment choisir et porter un bracelet de pied ?

Si vous êtes séduit par les mystères et les significations des bracelets de pied, vous vous demandez peut-être comment choisir et porter cet accessoire avec élégance et harmonie.

Voici quelques conseils pour vous aider :

  • Choisissez un bracelet de pied en accord avec vos goûts et vos croyances : Il existe une grande variété de modèles, de matériaux et de styles de chevillères, allant des plus simples aux plus sophistiqués. Prenez le temps de choisir un bracelet de pied qui vous correspond, tant sur le plan esthétique que sur le plan symbolique.
  • Veillez à la qualité et à la provenance des matériaux : Les bracelets de pied peuvent être fabriqués à partir de divers métaux et pierres précieuses ou semi-précieuses. Assurez-vous de choisir des matériaux de qualité et, si possible, issus d’une source éthique et responsable. Les métaux et les pierres utilisés dans la confection de votre chevillère peuvent influencer les énergies et les vibrations qu’elle dégage.
  • Portez votre bracelet de pied avec élégance : Les chevillères peuvent être portées aussi bien avec des chaussures qu’avec des pieds nus. Toutefois, il est important de les associer à une tenue adaptée et de veiller à ce qu’elles soient bien ajustées à votre cheville, ni trop serrées ni trop lâches. Vous pouvez choisir de porter un seul bracelet de pied ou d’en porter plusieurs, selon vos préférences et le style que vous souhaitez adopter.
  • Entretenez votre bracelet de pied : Comme tout bijou, les chevillères nécessitent un entretien régulier pour conserver leur éclat et leur beauté. Nettoyez-les régulièrement avec un chiffon doux et, si nécessaire, avec un produit adapté à leur matériau. Vous pouvez les purifier énergétiquement en les exposant à la lumière de la pleine lune ou en les passant sous un filet d’eau fraîche.

Les bracelets de pied sont bien plus que de simples accessoires esthétiques : ils sont porteurs de significations mystiques et spirituelles profondes, qui varient en fonction des cultures et des croyances.

Que vous soyez attiré par leur histoire, leurs symboles ou leur rôle dans les pratiques spirituelles et ésotériques, les chevillères vous invitent à explorer un monde fascinant, où l’art, la spiritualité et la beauté se rencontrent et s’entrelacent.

Portez-les avec fierté et conscience, et laissez-vous guider par les énergies et les vibrations qu’elles dégagent, pour un voyage initiatique au cœur de l’âme humaine et de ses mystères.

Construire la République

De notre confrère portuguais maisribatejo.pt – Par Arnaldo Vasques

Une exposition avec des pièces d’Aires Henrique, économiste, homme de culture, propriétaire du plus grand et plus important Musée de la République et de la Franc-maçonnerie de la péninsule ibérique, basé à Troviscais, un village de Pedrógão Grande. De cette collection unique, 52 pièces ont été extraites et ont constitué l’exposition de Coimbra, inaugurée samedi 16 septembre dernier, par le maire, Dr. José Manuel Silva.

Très bien encadrés, dans une salle lumineuse et moderne propice à une exposition de cette envergure, sont présentés les symboles maçonniques au moment de la constitution de la République, au Portugal, le 5 octobre 1910 .

Comment la République est arrivée à Coimbra, l’ultimatum anglais, le soulèvement du 31 janvier 1891 à Porto. Propagande républicaine, régicide, projet républicain, symboles républicains nationaux, mouvements républicains à Coimbra, grèves et convulsions étudiantes, ne sont que quelques-uns des nombreux écrits qui nous amènent à mieux comprendre ce qui a constitué le mouvement et l’action qu’il a menée jusqu’à la chute du La monarchie.

L’exposition nous aide à comprendre comment se sont formées les sociétés secrètes : outre la franc-maçonnerie, Carbonária et son parcours, dans le but de mettre fin à une monarchie corrompue, sans éclat ni gloire, face à un pays dont la population ne croyait pas au système. . En gros, une royauté sans éclat ni gloire et un pays endetté. L’urgence du changement semble ressortir clairement de la manière dont les politiques de l’époque étaient menées ! Renversée par la force, comme nous le savons, le rôle de la Carbonária secrète s’est accentué, qui avait recruté plus de 40 000 adhérents, recrutés dans les couches populaires et les rangs militaires inférieurs, prêts à renverser la monarchie décadente. Après l’instauration de la République, cette société secrète a fini par disparaître. On parcourt cette exposition à travers des écrits bien construits : « Après que toutes les oppressions aient été détruites, Il est nécessaire de construire de nouvelles institutions économiques et politiques pour la liberté. Cela doit être notre travail incessant (…) », paroles de Bernardino Machado ; ou, par Jorge Abreu : « La révolution devait être faite avec le peuple et avec les troupes – le peuple ouvrant la voie aux troupes » ; plus loin, par Bernardino Machado : « La République n’est pas née comme un événement imprévu, un incident fortuit, sans racines dans le passé : elle a été la conséquence logique et incontestable de siècles de luttes pour notre rédemption obstinée ».

Alors que l’ on célèbre le 50e anniversaire d’avril , les faits ne sont plus si éloignés en raison de la forme et du contenu dans lesquels se sont produits ces changements vitaux dans la société portugaise ! Il y a des ingrédients qui se répètent et conduisent au combat pour la Liberté et la Démocratie, au-delà des sacrifices imposés à notre quotidien.

La sorcellerie en Ecosse

De notre confrère nouvelles-du-monde.com

L’eau parfumée dans les bouteilles noires ne doit pas seulement sentir bon. Certains assurent la « clarté intérieure », d’autres favorisent l’énergie érotique ou éveillent le « divin féminin » chez les gens. “Je suis fière des huiles parfumées et des bougies, je les fabrique toutes moi-même”, déclare Brooke Mackay-Brock.

La femme de 42 ans est habillée comme sa boutique : du noir. Son métier : sorcière. “Nous proposons également ici aux touristes une première approche de la sorcellerie et de l’occultisme”, précise-t-elle. La boutique Black Moon Botanica située sur Candlemaker Row à Édimbourg propose des cartes de tarot et des livres occultes sur des étagères noires, ainsi que des bouteilles noires d’eau de Cologne. Seulement de temps en temps, un crâne brille de mille feux entre les bric-à-brac.

“La sorcellerie est florissante à Édimbourg depuis quelques années”, explique Mackay-Brock, ce qui a probablement quelque chose à voir avec le fait qu’Harry Potter a été écrit dans la ville. Mais la femme insiste : “Je suis sorcière depuis l’âge de 11 ans, je travaille avec les plantes, j’étudie l’astrologie, je me suis toujours intéressée aux pratiques occultes et ésotériques.” Tout cela s’inscrit dans la capitale écossaise. Cela ressemble un peu à un musée. Il n’y a pas de chaînes de magasins modernes dans la vieille ville, mais plutôt des boutiques de whisky, des boutiques de souvenirs et des magasins de pulls et de laine. Et il y a du tourisme entre les murs centenaires. Des groupes de touristes se bousculent avec des guides déguisés et hurlants, des joueurs de cornemuse en tenue de combat se tiennent à chaque coin de rue et le château domine de 120 mètres toutes les ruelles, dont les murs les plus anciens datent du XIIe siècle. Un coup de canon y est tiré tous les jours à 13 heures.

Des légendes d’hier aux séries d’aujourd’hui, la magie et la sorcellerie d’Écosse fascinent depuis des siècles. Dans un pays qui aime les récits au point d’ériger 2022 en « année des histoires », découvrons quelques-uns des lieux et personnages qui témoignent de cette longue tradition…

De lieux et de légendes écossaises

Couvrant le tiers nord de l’île de Grande-Bretagne, l’Écosse est un pays constitutif du Royaume-Uni. Ce sont peut-être ses spectaculaires paysages qui ont donné naissance aux nombreuses histoires qui sont le socle de la culture d’Écosse ? 

Bien des légendes sont parvenues jusqu’à nous pour expliquer la genèse de multiples sites naturels. Avec ses quarante kilomètres de long, le Loch Awe aurait par exemple été créé lorsqu’une sorcière endormie aurait inondé la vallée par accident… Le château de Blair, ancien site des ducs et comtes d’Atholl et siège de la dernière armée privée d’Europe, serait quant à lui entouré de collines abritant une puissante sorcière capable de se transformer en créature sauvage. 

Le château de Blair © Visit Scotland
Le château de Blair © Visit Scotland

À la redécouverte des vertus de la nature

Lochs envoûtants, forêts préservées, littoral sauvage et montagnes majestueuses… que l’on considère ces lieux magiques ou non, les vertus curatives de la nature qui s’y développe sont désormais prouvées. 

Les algues occupaient une place de choix dans la pharmacopée des sage-femmes et guérisseurs d’antan. Des stages sont aujourd’hui organisés sur la côte de Fife pour découvrir les propriétés de ce légume marin. 

Dans l’Aberdeenshire, cette région maritime située dans le nord-est de l’Écosse, l’école de Glen Dye est spécialisée dans le bien-être en plein air. Au cœur d’un domaine de 12 000 hectares, le visiteur apprend à fabriquer ses propres outils à la main, à se nourrir de plantes sauvages, ou encore à sculpter le bois. 

À Édimbourg, des adresses célèbrent enfin les relations entre l’Écosse et la magie. Si au Cauldron Co. on peut participer à un atelier de préparation d’élixirs en tous genres ou déguster un thé sorcier, au Cailleach’s Herbarium ce sont les vertus réelles liées à l’herboristerie et aux pratiques populaires qui sont à l’honneur. 

Dans les forêts de l'Aberdeenshire © Visit Scotland
Dans les forêts de l’Aberdeenshire © Visit Scotland

Des parcours de femmes persécutées

Même si, souvent, on la considère seulement comme une part d’un plaisant folklore, la sorcellerie a entraîné la persécution et l’assassinat de bien des femmes. Situé au pied du château d’Édimbourg, le Witches’ Well, le puits des sorcières, commémore les centaines de victimes accusées de sorcellerie et brûlées au bûcher entre les XVème et XVIIIème siècles. 

La visite intitulée « Les vraies femmes d’Édimbourg » permet de découvrir l’histoire de femmes hors du commun ayant vécu dans la capitale écossaise, y compris de supposées sorcières. Au pub de Maggie Dickson, on apprendra par exemple l’incroyable façon dont la prétendue tueuse d’enfants survécut à une exécution publique au XVIIIème siècle. 

Dans le Parc national de Cairngorms, dans les Highlands, on trouve une pierre sur laquelle est gravé le mot « Witch » (sorcière). L’histoire de cette femme, transmise de génération en génération, est de nos jours contée par des guides touristiques.

Le château d’Édimbourg © Visit Scotland
Le château d’Édimbourg © Visit Scotland

En 2022, l’Écosse a créé un « itinéraire des sorcières » pour valoriser cette histoire et ce patrimoine unique, l’occasion de plus d’enchantement encore lors de la découverte de ce superbe pays ! 

Plus d’informations : 
https://www.visitscotland.com/fr-fr/ 

Merci à voyage.tv5monde.com

  

Francs-maçons célèbres… : Hugo Pratt

Hugo Pratt auteur de bande dessinée italien. Flamboyant, voyageur insatiable, séducteur entre deux valises, penseur érudit, franc-maçon convaincu, écrivain passionnant, maître du noir et blanc et aquarelliste de génie, Hugo Pratt fut tout cela et bien plus…

Entre légende et affabulation, il y a toujours chez lui quelque chose de mystérieux, à tout jamais indéfini ; comme chez Corto, son marin maltais aux jambes interminables, à la casquette anglaise et à la redingote la plus classe de la Marine marchande !

Hugo Pratt, nom de plume d’Ugo Eugenio Prat, né à Rimini en Italie le 15 juin 1927et mort à Pully en Suisse, le 20 août 1995, est un auteur de bande dessinée italien. Son œuvre la plus connue est Corto Maltese(1967-1991), qui a largement dépassé le champ de la bande dessinée.

À propos de l’œuvre de Pratt on peut retenir quelques mots-clés, indissociables de sa vie : voyages, aventure, érudition, ésotérisme, mystère, poésie, mélancolie. Le terme « dessin intelligent » est souvent employé pour décrire l’ensemble de son œuvre. Son sens des contrastes entre le noir et le blanc et ses talents de conteur ont fait de lui un des plus grands maîtres du « neuvième art ».

Hugo Pratt rencontre la franc-maçonnerie dans les années 1970, il fait sa demande le 8 juin 1976 à la Loge Hermès Trismégiste de Venise appartenant à la Grande Loge d’Italie. En 1989, Hugo Pratt accède au 4e degré du Rite écossais ancien et accepté. Il est élevé à ce grade dans une loge de Nice en présence des deux Souverains Commandeurs des Suprêmes Conseils du Grand Orient de France et de la Grande Loge d’Italie.

Corto Maltese, marin aventurier antihéros solitaire, individualiste, égocentrique et ironique

Le père d’Hugo Pratt, fasciste et anti-maçon, avait participé en 1925 au pillage organisé des temples maçonniques sur ordre de Mussolini. Comme tribut de ses razzias, il avait rapporté chez lui une épée flamboyante, outil attaché à la fonction de vénérable maître. Marqué par ce souvenir, Hugo Pratt entreprend des recherches familiales et finit par la retrouver avant d’en faire don à sa loge.

Une exposition lui est consacrée en 2012 à Paris au Musée de la franc-maçonnerie.

Il faut à tout prix lire cette bande dessinée :

Fable de Venise (1977) A.L.G.D.G.A.D.L.U !

Hugo Pratt passe son enfance entre Venise et l’Éthiopie, où il apprend le swahili et réalise ses premiers dessins. De retour en Italie en 1943, forcé de porter l’uniforme allemand, il s’enfuit pour rejoindre les Alliés et devient interprète de la VIIIe armée britannique.

Après avoir lancé, avec M. Faustinelli et A. Ongaro, un journal de bandes dessinées, il part en Argentine, où la bande dessinée connaît un grand succès populaire, et publie, en 1945, son premier titre, l’As de pique. Au cours des treize années qu’il passe dans ce pays, dessinant des milliers de planches, il donne naissance, avec le scénariste Hector Oesterheld, à de nombreux albums, tels Sgt Kirk, Ticonderonga, Ernie Pike.

Revenu en Italie au début des années 1960, Pratt lance un magazine de bandes dessinées où figure pour la première fois, dans sa Ballade de la mer salée, en juillet 1967, le personnage de Corto Maltese. Il entame ensuite une nouvelle carrière en France grâce à l’hebdomadaire Pif Gadget, où dès avril 1970, il publie les aventures de Corto Maltese, ce « gentilhomme de fortune » portant un uniforme d’officier britannique et voyageant aux quatre coins du monde.

Le trait, le noir et blanc et l’aspect à la fois très romancé et très documenté de ses récits d’aventures font de Pratt un créateur de référence. Auteur phare des éditions Casterman, il publie de très nombreux albums, dont les Éthiopiques (1978), Ann de la jungle (id.), Fable de Venise (1981), Corto Maltese en Sibérie (1982), les Scorpions du désert (1989), Jesuit Joe (1990), Mû (1992) et Saint-Exupéry (1995). Édité dans quatorze langues, consacré lors du Salon international de la bande dessinée d’Angoulême 1995, Hugo Pratt a contribué à faire de la bande dessinée un art.

Quelle Franc-maçonnerie pour les générations qui viennent ?

L’avenir de la Franc-maçonnerie malgré le chaos civilisationnel et les évolutions générationnelles …

Introduction : les cycles civilisationnels.

Parlons ici seulement du monde « blanc », de l’occident, de l’Euroland ; mais les autres mondes, indiens, asiates et, dans une monde mesure les mondes « noir » (plus diffus) et musulman (beaucoup plus récent), ont suivi les mêmes courbes d’évolution.

Pour l’Europe, l’histoire civilisationnelle se décompose en quatre cycles bien distincts, séparé chacun d’un suivant par une période chaotique et par une bifurcation radicale de système de représentation (de paradigme).

Ces quatre cycles européens ont une durée très semblables d’environ 1650 ans (soit, chacun, la concaténation de trois cycles socio-économiques successifs – voir mon livre : « Où va l’Humanité ? – Ed. Diateino – 2022),

Après les premiers cycles néolithiques de maîtrise de la pierre, de l’élevage et de l’agriculture, viennent trois cycles plus proches et mieux connus.

Le premier cycle couvre les âges du bronze et du fer : c’est la civilisation de la Forge (de -2900 à -1250).

Le deuxième cycle est celui de l’Antiquité : c’est la civilisation des Cités (de -1250 à 400).

Le troisième cycle est celui de la Messianité : c’est la civilisation du Salut (de 400 à 2050).

Autour de la Méditerranée, ce cycle de la civilisation du Salut se subdivise en trois cycles successifs de 550 ans en moyenne chacun :

  • celui de la Christianité (de 400 à 950) : christianisme unitaire,
  • celui des Religions (de 950 à 1500) : catholicisme, orthodoxie, islamisme.
  • celui du Progrès (de 1500 à 2050) : protestantisme, philosophisme,  technologisme, idéologisme.

On constate donc que notre époque vit la fin de la civilisation du Salut et du paradigme du Progrès (et donc de toutes les idéologies qui en découlent marxistes, nationalistes, collectivistes, financiaristes, populistes, mondialistes, colonialistes, machinistes, industrialistes, etc …).

Ce double effondrement civilisationnel (le fin des promesse de Salut) et paradigmatique (la fin de la croyance en le Progrès) est le fondement des immenses malaises de nos contemporains : ils ne croient plus ni au Salut promis par les idéologies politiques d’un « monde d’après des lendemains qui chantent », ni au Salut promis par les religions dans un autre monde céleste, angélique et divin fait de béatitude éternelle.

Le virage actuel.

On le voit bien : les masses se détournent tant des pratiques religieuses que des militances politiques. Les religions et la politique n’intéressent plus grand monde et la fréquentation des urnes et des cultes est en berne.

En revanche, l’inquiétude – voire les angoisses et anxiétés – s’installe et la consommation d’alcool, de drogues, de médicaments, d’antidépresseurs augmentent encore plus vite que le taux des suicides.

Partout, les ressources matérielles s’épuisent, la démographie galope, les flux migratoires débordent, les pouvoirs d’achat diminuent, les taux de chômage, d’inflation et de pauvreté s’amplifient.

L’universalisme et son versant économique, le mondialisme, se sont irréversiblement fracturés. et, par suite, le monde humain s’est cassé en deux grands blocs : les « nostalgiques » d’un « bon vieux temps » qui n’a jamais existé mais qu’il faut restaurer par la force (Russie ; Chine et Corée du Nord ; Iran, Afghanistan et Islamie en général ; dictatures mafieuses ou militaires en Afrique noire et en Amérique latine ; Etats-Unis gérontocratiques, minés de wokisme ; …) et les « comiques » qui, surtout en Europe, en Inde et en Océanie, croient que tout peut et va continuer comme avant, moyennant quelques soubresauts passagers et grâce aux avancées miraculeuses de la technologie.

Ils ont bien sûr tous tort pour de simples raisons thermodynamiques : les systèmes et processus complexes ne sont jamais réversibles : il n’y aura aucun retour en arrière, ni aucune continuité en avant. Nous vivons une vraie et profonde bifurcation chaotique, c’est-à-dire l’effondrement irréversible de la civilisation du Salut (et donc de l’Espérance) et du paradigme du Progrès (et donc du « Toujours plus »). Et il faut maintenant se consacrer à l’accouchement de la nouvelle civilisation de l’Alliance (sortir de l’anthropocentrisme narcissiste et nombrilique de ces derniers siècles, et construire, par reliances et résonances, un humain cosmocentré au service du Réel) et du nouveau paradigme de la Noéticité (sortir de l’accumulation quantitative du matériel – posséder pour paraître – pour marcher gaillardement sur la voie de l’accomplissement immatériel, intellectuel et, surtout, spirituel – connaître et devenir).

Et la Franc-maçonnerie dans tout cela ?

A son origine, la Franc-maçonnerie est une mystique opérative chrétienne, qui est née, dans les cloîtres monacaux, à la fin de la christianité unifiée.

Elle a magnifié la féodalité en construisant des cathédrales christiques contre les fragmentations et conflits entre Eglises, entres Religions, entre Territoires, entre Pouvoirs, entre Armées, …

Son leitmotiv a toujours été celui-ci : construire le Temple du Grand Architecte de l’Univers sur les Chantiers du monde. C’est ce principe qui fonde la Régularité maçonnique intrinsèque, indépendamment des problématiques administratives de « reconnaissance ».

Depuis que le terreau chrétien ou christique s’est largement tari (surtout à la fin du 18ème siècle), la Franc-maçonnerie devenue spéculative a été confrontée à l’émergence des idéologies qui devaient remplacer les religions dans la promesse du Salut : le Salut par la Piété se mua en un Salut par le Progrès.

Fallait-il choisir entre préserver précieusement ses racines mystiques, initiatiques et spirituelles, ou se lancer dans les idéologies du progrès technique, social, économique, politique, juridique, etc … ?

Là (sous la férule d’un Desaguliers en Angleterre et d’un Napoléon en France) se place l’émergence de ce que Jean Baylot a judicieusement appelé la « Voie Substituée » : certaines factions qui étaient encore maçonniques, ont renoncé à la voie initiatique pour se lancer, à corps perdu, sur la voie idéologique (voir à ce sujet l’excellent livre récent de mon ami Michel Maffesoli : « Le Grand Orient – Les Lumières sont éteintes »).

Aujourd’hui, ces factions « progressistes », filles des obscures « Lumières », s’effondrent naturellement avec la Modernité qui les porte.

L’avenir de la Franc-maçonnerie.

Des analyses qui précèdent, il appert que, outre la disparition des factions « idéologiques », seules les obédiences maçonniques régulières, cultivant leur intention mystique, leur pratique initiatique et leur logique spirituelle pourront passer le cap de l’actuelle énorme bifurcation tant civilisationnelle (passage de la voie du Salut à la voie de l’Alliance) que paradigmatique (passage de l’accumulation matérielle à l’accomplissement noétique).

Ce saut est immense !

Mais, paradoxalement, la Franc-maçonnerie régulière est particulièrement bien armée, non seulement pour franchir ce cap, mais pour aussi en être le moteur !

En effet, toute la spiritualité (la mystique) maçonnique tient en ces quelques assertions :

  • La Franc-maçonnerie a pour seule mission de construire, sur le chantier du monde, le Temple où doit habiter la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.
  • La Franc-maçonnerie a une vocation purement spirituelle et initiatique, et ne doit avoir, en tant que telle – ses membres restant libres de leurs opinions – aucun lien, de quelque nature que ce soit, avec le monde profane qui a ses propres organes et institutions.
  • La Franc-maçonnerie trace le chemin de la Sacralisation de la Vie et de l’Esprit au sens  cosmosophique.

Nous sommes bien là au cœur de la bifurcation civilisationnelle en cours : abandonner les colifichets matériels du paraître (et ses expressions en termes de fortune, de pouvoir et/ou de gloriole), et remettre l’humanité au service de l’accomplissement du Réel, c’est-à-dire de la Vie (de toutes les formes positives et constructives de Vie) et de l’Esprit (de toutes les formes positives et constructives d’Esprit).

Pour le dire plus fortement et plus fermement : la Franc-maçonnerie régulière peut devenir le moteur spirituel et initiatique de la révolution civilisationnelle qui marquera la fin de tous les messianismes et qui établira l’Alliance panenthéiste entre les humains et tout ce qui existe dans le Réel.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on constate que les « cherchants » qui, aujourd’hui, ont déjà compris la faillite de toutes les religions et de toutes les idéologies, ainsi que le passage inéluctable de l’abondance à la frugalité, se tournent souvent vers les vieilles spiritualités monistes orientales comme les yogas, les méditations, le taoïsme, et quelques autres.

C’est le fondement dualiste (le monde des humains face au monde de Dieu) propre à l’occident qui s’effondre sous nos yeux.

Les deux problèmes actuels de la Franc-maçonnerie régulière.

Ces deux problèmes concernent les difficultés de recrutement et les difficultés de fidélisation.

Surtout chez les jeunes, l’aventure spirituelle maçonnique n’attire plus assez d’initiables.

Fréquenter physiquement et assidument une Loge est un indispensable comportement assez éloigné des zappings incessants au départ des ordiphones (c’est le mot choisi par l’Académie française).

La mauvaise réputation des factions idéologiques qui se disent maçonniques, induit une atmosphère délétère de méfiance ou de ringardise. Ces factions auxquelles les médias ne cessent de tendre leurs micros et leurs unes, et de consacrer leurs « marronniers », parlent d’un paradigme profane censé être progressiste, laïcard, athée, anticlérical, républicain, socialisant, humaniste, universaliste, etc …, donc d’un paradigme qui n’existe déjà plus et d’idéologies gauchisantes qui font rire.

La génération qui vient a un impérieux besoin de donner du sens et de la valeur à sa propre existence, et cela appelle une quête spirituelle dont la Franc-maçonnerie est la seule vraie porteuse occidentale à l’heure actuelle. Encore faut-il que cela se dise pour que cela se sache !

Encore faut-il que chaque Frère – qui doit être un parrain multiple potentiel, un « sergent recruteur » – en soit convaincu et œuvre hardiment et efficacement en ce sens. Être Franc-maçon, c’est aussi s’engager à propager la Franc-maçonnerie en assumant ses devoirs de parrainage qui ne s’arrêtent pas lors du rituel de réception du nouvel Apprenti, mais qui se prolongent toute la vie durant !

De plus, beaucoup de Loges constatent, avec aigreur et tristesse, le nombre croissant des désaffections de leurs nouveaux initiés, même seulement après quelques tenues. Le processus de fidélisation, alors, a raté. Pourquoi ?

Parce que le processus d’intégration et de fraternisation est un processus difficile d’empathie, de formation, de partage, d’accomplissement d’une communion dans la joie. Les deux Surveillants ont un rôle capital à jouer dans ce processus. Le rituel, quelque magnifique soit-il, ne suffit pas. Les Surveillants doivent s’engager personnellement et profondément et continûment dans ce travail d’intégration et de fraternisation. Ce n’est pas au jeune impétrant d’aller à la rencontre de la Loge, mais c’est, au contraire, à la Loge à tendre vers lui, à l’entourer, à fraterniser, à le stimuler et à l’encourager continuellement.

En bref :

  • pour le parrain : recruter bien et suivre,
  • pour le deuxième Surveillant : former bien, continûment.
  • pour le premier Surveillant : motiver fort et continuellement.

Quelques aphorismes en guise de conclusion.

La Franc-maçonnerie régulière se fonde sur une Foi commune et rejette catégoriquement toutes les croyances et toutes les superstitions.

La Foi maçonnique tient en une seule phrase : la seule vocation du Franc-maçon est de contribuer inlassablement à la Construction spirituelle du Temple du Grand Architecte de l’Univers sur le Chantier du Réel, selon les Plans esquissés par le Maître Hiram dans le Volume de la Loi Sacrée.

La vie du Franc-maçon est tout entière consacrée à construire, selon les Règles de l’Art Royal et de la Géométrie Sacrée, le Temple du Grand Architecte de l’Univers, selon les plans immémoriaux donnés dans la Volume de la Loi Sacrée, et ce, sur le chantier de son monde.

Le Milieu divin est Un et se déploie sous trois modalités intriquées et toujours conjointes selon des proportions variables : la Matière qui fonde, la Vie qui évolue et l’Esprit qui construit.

La Pierre (qui est le matériau). Le Chantier (qui est le travail). Le Temple (qui est l’idée). Quoi ? Comment ? Pour quoi ?

Dieu[1] se trouve dans la beauté de la Pierre.

Dieu se trouve dans la communion du Chantier.

Dieu se trouve dans la sacralité du Temple.

Et Dieu est Un. Et Dieu est le Réel tout entier.

Chacun est une Pierre.

Chacun est un Chantier.

Chacun est un Temple

Ne sont Frères que ceux reconnaissant le même Père (intention) et la même Mère (tradition).

La Fraternité maçonnique repose sur l’intention commune de construire le Temple intérieur sacré à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, et sur la tradition commune de pratiquer rigoureusement les Rituels initiatiques répartis sur une échelle d’au moins trois degrés dans le respect des Anciens Devoirs.

Il faut en revenir aux fondamentaux : la Fraternité implique même Père et même Mère, et résulte d’une communion c’est-à-dire du fait de construire ensemble (cum munire) un même édifice, d’accomplir ensemble un même projet, une même vocation, une même mission.

Ainsi la Fraternité maçonnique appelle :

  • un même Père : Le Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire le Logos, l’Esprit, la Logicité qui préside à l’évolution du Réel qui est le grand Tout-Un dont l’humanité est une infime partie prenante ;
  • une même Mère : la Tradition initiatique, c’est-à-dire une rituélie hiérarchisée sur trois étages : la réception des Apprentis, le passage des Compagnons et l’élévation des Maîtres ;
  • une même Mission : construire le Temple de l’Alliance, c’est-à-dire accomplir l’humain et remettre l’humanité au service du Réel, de la Vie et de l’Esprit.

L’essence de la Franc-maçonnerie …

Le Prêtre parle de Dieu avec des Mots que porte la Voix.

Le Maître-maçon montre le Divin avec des Formes que révèle la Lumière.

Des bipolarités fondamentales se révèlent dans ces deux assertions : la Voix (qui vient de l’intérieur) et la Lumière (qui vient de l’extérieur), les Mots (la Théologie) et les Formes (la Géométrie), le Dieu (personnel et surnaturel du dualisme théiste) et le Divin (impersonnel et cosmique du monisme panenthéiste).

Marc Halévy

Septembre 2023


[1] Le Dieu dont il est question ici n’est, en aucun cans, le Dieu personnel et créateur, étranger au monde, tel que décrit par les théismes dualistes. Il s’agit bien du Dieu de Spinoza et d’Einstein.

Renaissance italienne-Les messages cachés des grands maîtres

L’écrivaine américaine Renée Mulcahy a mis toute sa passion dans cet ouvrage qui dévoile le langage secret d’une fraternité d’artistes tel Michel-Ange, Léonard de Vinci, Botticelli ou encore Raphaël et tant d’autres moins connus.

Renée Mulcahy.

Son intérêt pour l’art se concentre sur Rome et Florence où elle décrypte les mystères de la Renaissance italienne, décodant plus de 160 œuvres des grands maîtres soutenus par cette puissante famille de Florence du Quattrocento que sont les Médicis. L’auteure déchiffre les œuvres – peintures et sculptures –, et montre une autre réalité, donne des clés de compréhension et révèle un message caché.

Non perceptible au premier abord et donc non interprétable, nous comprenons ainsi le sens donné par les artistes, parfois membres de sociétés et de fraternités secrètes. Une fois reçus, et en vertu du serment prêté, ils s’engageaient à maintenir le secret… mais se sont efforcés de conserver, dans leur création, la mémoire du message des initiés. Les œuvres présentent les nombreux gestes, signes et postures du corps de ce langage secret. Ne pouvant toutefois détailler chacune d’entre elles, l’auteure a choisi deux grandes thématiques pour nous les présenter.

L’une liée aux corps et à la vêture : la gorge, la main – ouverte ou non –, les doigts – pointés ou non – et toute la symbolique s’y rattachant comme le silence, la bouche, l’oreille, les jambes, le pied – la plante du pied, le pied touchant –, mais aussi les vêtements et leurs couleurs, la symbolique de l’agencement des étoffes et des plis étant savamment détaillés. L’autre, plus générale, étudiant par exemple, les signes et symboles particuliers de la Corporations d’arts et métiers médiévales de Florence, des artisans de la pierre et du bois et le tabernacle de la Guilde des tailleurs de pierre et charpentiers – issue du célèbre Collège romain des constructeurs (Collegium Fabri) ? – ou encore la transmission du langage secret ou la représentation picturale de la Fraternité. Dans ses conclusions humanistes, l’auteure laisse entendre que ce langage secret n’aurait pas disparu… Bien au-delà des renseignements donnés pour identifier une œuvre d’art, des questionnements suscités, cet ouvrage, très richement illustré, nous enseigne finalement à regarder tout autrement ces trésors de la Renaissance.

Concernant plus précisément « Les Quatre Saints couronnés » (Tabernacolo dei Maestri du pietra e legmane, soit Tabernacle de la Guilde des tailleurs de pierres et des charpentiers ; 1416-1417), la statue se situe dans l’église d’Orsanmichele (abréviation de San Michele in Orto , Saint-Michel-au-Jardin, nom du sanctuaire initial), à Florence, capitale de la Toscane. Les Quatre Saints couronnés (Quattro Santi Coronati est un groupe de statues en marbre sculptées par Nanni di Banco vers 1409-1417 pour une des niches extérieures d’Orsanmichele.

Les pages 16 à 19 sont consacrés à cette remarquable sculpture en marbre de Nanni di Banco vers 1409-1417.

La statue comprend, à son sommet, une reproduction du Christ et, en son centre, les statues originelles des Quatre Saints couronnés que sont Claude, Symphorien, Nicostrate et Castorius, sculpteurs romains convertis au christianisme et qui, refusant d’exécuter une statue d’idole pour l’empereur Dioclétien (c. 244-c. 311), furent martyrisés.

Et au pied du tabernacle, la reproduction d’un atelier florentin de sculpteurs pratiquant les savoir-faire de leur art. Remarquez le pied que le tailleur de pierre de gauche dissimule derrière le muret qu’il construit pour les membres de la Fraternité. Le pied et la main cachés derrière le mur auraient été des signes immédiatement identifiables.

Un très beau livre qui, tant par le texte que par ses illustrations ne manquera pas de susciter chez le lecteur l’envie de voir in situ toutes les œuvres, sculptures et somptueux tableaux, décrites avec beaucoup de sérieux. Le langage secret des grands maîtres de la Renaissance enfin décrypté…

Renaissance italienne-Les messages cachés des grands maîtres

Renée Mulcahy

Éditions Dervy, 2022, 176 pages, 21 €

L’ouvrage est notamment disponible chez l’excellentissime librairie DETRAD.

Pour l’acheter, cliquez ICI.

27/09/23 : « La franc-maçonnerie en Pays d’Ancenis », à Orée-d’Anjou (44)

Le Cercle Reconnaissance et Amitié du Grand Orient de France (GODF), dont le siège est à Ancenis, organise une conférence-débat le mercredi 27 septembre, à 20 heures, à la salle de la Corderie, 65, rue Alexis-Carrel à Ancenis-Saint-Géréon.

Intitulée « La franc-maçonnerie en Pays d’Ancenis » sera animée par le vénérable maître fondateur, assisté de membres du cercle, certains sont Oréens.

Elle aura pour objet de mieux faire connaître la Franc-maçonnerie en général. Une première partie sera consacrée au thème « qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? » notamment celle du Grand Orient de France, et une seconde partie évoquera l’histoire du Cercle Reconnaissance et Amitié, dont les travaux ont commencé dès 1803.

La loge du pays d’Ancenis* fut proclamée officiellement en 1803. Bien que prospère, elle fut fermée en 1815 à la demande du préfet après la chute de Napoléon. Ce n’est qu’en 2015 qu’un petit groupe de maçons de Nantes a repris le flambeau et procédé à « un réallumage des feux » en jargon maçonnique. La loge compte une vingtaine de membres hommes et femmes. La conférence permettra au public de comprendre pourquoi, la franc-maçonnerie n’est ni une secte, ni une religion.

Le Grand Orient de France, puissance symbolique régulière souveraine, est la plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d’Europe continentale. Il est même, depuis le Brexit, l’obédience la plus importante de l’Union européenne et reste toujours la plus importante obédience libérale au monde.

Pour mémoire, dans ses Constitutions et ses « Principes Généraux de l’Ordre Maçonnique », il est stipulé que : « La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité. Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »

Francs-maçons-Trois siècles de pensée libre, d’actions et de fantasmes
Francs-maçons-Trois siècles de pensée libre, d’actions et de fantasmes

Aujourd’hui, elle est forte de plus de 52 500 frères et sœurs au sein de 1392 Loges.

Récemment, Historia a consacré un dossier intitulé « Francs-maçons-Trois siècles de pensée libre, d’actions et de fantasmes », à l’occasion des 250 ans de l’appellation Grand Orient de France.

*Le pays d’Ancenis est une Région naturelle française située à l’est du département de la Loire-Atlantique. Ce pays traditionnel de Bretagne fait partie du Pays nantais.

Contact : 06 27 59 57 19.

Source : Le Courrier de l’Ouest

La franc-maçonnerie contre-révolutionnaire

De notre confrère philitt.fr – Par PAUL DUCAY

Souvent, progressistes et réactionnaires, partisans et opposants à la franc-maçonnerie, se rejoignent par leur attribution du projet révolutionnaire aux idéaux maçonniques, prétendument libéraux et irréligieux. Il existe pourtant une réalité moins connue de l’Ordre : sa fidélité aux principes de l’institution monarchique et de l’institution catholique traditionnelles, et sa contestation de l’entreprise révolutionnaire.

Paul Lecreux, Marianne maçonnique (1887)

En 1910, le sulfureux chanoine Henri Delassus dénonce dans La Conjuration antichrétienne la franc-maçonnerie comme le principal « poison » qui désagrègerait les institutions traditionnelles : « Religion, Famille, Patrie, Propriété, Armée ». Depuis l’avènement de la Troisième République, l’écart n’avait certes cessé de se creuser entre beaucoup de loges maçonniques et l’Église catholique. Durant cette période, décrit André Combes, « les maçons jouent aux côtés des associations anticléricales et de libres penseurs un rôle moteur dans la propagande et l’adoption des lois laïques, dont l’aboutissement est la loi de séparation des Églises et de l’État. »[1] Tant et si bien qu’après l’interdiction, par le gouvernement républicain sous l’influence de francs-maçons, de tout enseignement religieux dans les écoles publiques, contemporaine de l’expulsion de 265 congrégations religieuses en 1880, le pape Léon XIII ripostait en prononçant la huitième condamnation pontificale de la franc-maçonnerie, dans son encyclique Humanum genus en 1884. Dans ce contexte fut entretenue l’idée d’une incompatibilité foncière entre la conception catholique de la société, apparemment héritière de l’Ancien Régime, et la conception maçonnique, prétendument héritière de la Révolution. Cette opinion est-elle pourtant justifiée ? La Franc-Maçonnerie est-elle vraiment cette « religion de la République » dont le rôle essentiel aurait été celui de se substituer à l’ancienne religion du Royaume, le catholicisme ?[2] Ou bien faut-il croire à l’inverse, comme l’écrit Joseph de Maistre au baron Vignet des Étoles, que « la franc-maçonnerie en général, qui date de plusieurs siècles […], n’a certainement, dans son principe, rien de commun avec la révolution française »[3] ?

Catholicisme maçonnique

Le Comte Joseph de Maistre, père de la pensée contre-révolutionnaire et franc-maçon du Rite Écossais Rectifié

En aval de la précédente encyclique de Léon XIII, l’histoire de la libéralisation des orientations du Saint-Siège depuis le Ralliement de ce pape à la République française en 1892 suffirait à montrer la manière avec laquelle la religion catholique elle-même a assumé l’héritage de la Révolution. Mais puisqu’il est ici question du point de vue contre-révolutionnaire, nous allons voir, en amont, que l’examen du siècle de la Révolution française atteste clairement de la distance qui sépare l’idéal révolutionnaire des pratiques traditionnelles de la franc-maçonnerie. L’engagement contre-révolutionnaire de la franc-maçonnerie est surtout connu doctrinalement, en la personne de Joseph de Maistre (1753-1821). Ce comte du Piémont, qui n’était donc pas Français, était un catholique fervent, engagé en faveur de l’ultramontanisme contre le gallicanisme qui, de l’autre côté de la frontière, protégeait, comme nous le verrons plus bas, ses homologues franc-maçons. Nul motif d’opportunité ne justifiait donc son appartenance à la franc-maçonnerie, mais des convictions profondes. Ce sont les conceptions maçonniques de Joseph de Maistre qui déterminent à la fois son interprétation de la Révolution, sa théologie et son projet métapolitique. 

Le Comte proposait en effet tout d’abord une lecture ésotérique de la Révolution Française : il regardait cet événement comme une punition nécessaire de la Providence. Ensuite, sa foi catholique n’était pas exclusiviste, mais elle s’enracinait dans une certitude selon laquelle les multiples traditions sacrées de l’humanité proviennent d’une révélation commune dont la vérité s’est transmise secrètement jusqu’à sa mise en évidence chrétienne. Enfin, Joseph de Maistre a établi un projet d’union des peuples et des Églises sur la base d’une conception renouvelée de la Chrétienté, tel qu’il en fait part, dès 1782, dans son Mémoire maçonnique au duc de Brunswick.[4] Cet engagement maçonnique en faveur de la Tradition est renouvelé au cœur même des événements révolutionnaires, lorsque le Comte de Maistre réitère sa fidélité à l’ancienne maçonnerie par sa lettre datée d’avril 1793 au baron Vignet des Étoles, quelques mois après la mort du « Roi des Français ». La même année, Joseph de Maistre adhère à la loge de La Stretta Osservanza du Rite Écossais Rectifié lors de son séjour à Turin, avant de fréquenter, durant son exil à Saint-Pétersbourg, la loge de Curt von Stedingk, ambassadeur de la Suède auprès du tzar. C’est donc bien en tant que Maçon, et par une influence souterraine, que Joseph de Maistre espérait subvertir l’idéal révolutionnaire et obtenir des élites européennes et françaises une régénération spirituelle. Comme le remarque l’historien Jean-Louis Darcel, son chef d’œuvre contre-révolutionnaire, Considérations sur la France, a été rédigé « au début de 1797 dans le milieu lausannois où les maçons étaient nombreux et divisés en deux obédiences rivales : le Grand Orient acquis aux idées émancipatrices de la Révolution, et les loges mystiques rattachées au Rite Ecossais Rectifié où le Philosophe inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, était en grand honneur. » [5] Une division profonde existait donc à cette époque, au sein de la franc-maçonnerie, entre partisans du projet révolutionnaire et ceux qui en étaient rigoureusement étrangers, sinon opposés. 

Le cas de Joseph de Maistre n’est donc nullement isolé, et pour cause : de manière générale, la franc-maçonnerie devait pâtir autant que l’Église du processus révolutionnaire, car, tandis que l’on dénombre près de mille loges avant la Révolution, seules dix-huit loges parviennent à se réunir plus ou moins régulièrement en 1796, soit 1,8% d’entre elles, et à peine soixante-quinze en 1800, selon l’historien Roger Dachez.[6] Dans cette perspective, contrairement au lieu commun hérité de la théorie du complot jacobin et maçonnique exprimé à la fin du XVIIIᵉ siècle par l’abbé Barruel, les loges maçonniques n’ont pas été essentiellement les lieux d’élaboration du projet révolutionnaire, car, à côté de la diffusion des opinions nouvelles des Lumières, laquelle avait d’abord lieu dans les salons les plus officiels, on rencontre en fait un phénomène de convergence parfois radicale entre la Maçonnerie et l’esprit religieux traditionnel jusques et pendant la Révolution. À ce propos, l’historien Michel Taillefer fait même observer que « nous n’avons pas trouvé dans les documents maçonniques antérieurs à 1793, la moindre trace d’anticléricalisme ».[7] 

Tolérance gallicane et piété maçonnique

José Antonio Ferrer-Benimeli, jésuite, historien de la franc-maçonnerie

D’un côté, l’absence d’anticléricalisme dans la maçonnerie antérieure à la Révolution s’explique, en France, par la tolérance dont bénéficiaient les francs-maçons grâce au gallicanisme. En effet, dans le contexte des traditions gallicanes du Royaume, les décisions pontificales ne pouvaient être efficientes qu’en étant au préalable transformées en lois par le Roi puis enregistrées comme telles par les parlements. Or, les deux bulles pontificales qui condamnent, au XVIIIe siècle, l’appartenance à des loges maçonniques, celles de Clément XII du 24 avril 1738 et puis celle de Benoît XIV du 18 mai 1751, n’ont pas été enregistrées par ces institutions. C’est pourquoi, comme le note Taillefer, « il est probable que la très grande majorité des catholiques français ont ignoré jusqu’à leur existence, dans la mesure où la plupart des évêques ne les ont pas portées à leur connaissance ».

Cette indifférence légale du Royaume de France à l’égard de ces deux bulles pontificales s’explique par ce qui ressort des savants travaux du P. Ferrer-Benimeli, s. j., qui montre, dans Les archives secrètes du Vatican et de la Franc-Maçonnerie. Histoire d’une condamnation pontificale (1989), que ces deux premières bulles obéissaient plus à des motifs de politique intérieure qu’à des raisons doctrinales. En condamnant la franc-maçonnerie, le « pape-roi de Rome » ne faisait qu’imiter l’initiative de plusieurs gouvernants avant lui, protestants et catholiques, qui frappaient d’interdit les loges maçonniques afin de continuer à suspendre toute association et toute réunion à leur autorisation. La suspicion politique de Clément XII fut d’ailleurs renforcée lorsque, consultant les rapports du Grand Inquisiteur florentin, il découvrit la fréquentation d’Anglais non-catholiques dans la loge de Florence. 

N’étant pas spécialement inquiétés en France, les francs-maçons au XVIIIe siècle étaient, pour un nombre non négligeable d’entre eux, des membres du clergé catholique. Cette tolérance de fait explique, note Ferrer-Benimeli, que « l’affluence de catholiques et d’ecclésiastiques ait été massive dans les loges, d’autant plus qu’on y respectait la religion et dans une égale mesure la fidélité aux principes monarchiques et aux autorités constituées ». On sait en effet, d’après les travaux d’Alain le Bihan et Daniel Roche, qu’avant la Révolution, moins 4% des initiés maçons à Paris et dans les autres grandes villes de Province, et jusqu’à 5,2% à Toulouse, appartenaient au clergé catholique, et plus précisément au clergé régulier pour la moitié ou presque d’entre eux. Surtout, les francs-maçons ne se contentaient pas d’un respect de fait à l’égard de l’Église et de l’institution monarchique, mais manifestaient une déférence de droit à leur égard, enregistrée dans les statuts relatifs à leurs propres rites. La franc-maçonnerie traditionnelle ne se définissant pas en principe comme une religion, mais comme une pratique initiatique élitaire prenant sa source sur les textes et symboles sacrés qu’elle partage avec la religion instituée sans se substituer à son rôle et à ses desseins, Taillefer observe que « les initiés assistaient ès-qualité à de nombreux offices religieux, auxquels les statuts de leurs loges leur faisaient obligation de participer ». L’historien énumère : « messes du Saint-Esprit  avant l’élection des officiers, grands-messes pour l’installation des dignitaires et les principales fêtes de l’Ordre (la Saint-Jean d’été le 24 juin et la Saint-Jean d’hiver le 27 décembre) ; messes de Requiem à l’intention des frères défunts, Te Deum pour fêter les événements politiques profanes (traités de paix ou naissances royales) ». Dans cette perspective, les documents maçonniques de cette époque témoignent, bien au-delà d’un simple conformisme extérieur, d’une « inspiration authentiquement et sincèrement chrétienne », laquelle se retrouve en particulier dans la symbolique biblique et judéo-chrétienne utilisée par les initiés.

Pour Dieu, pour le Roi

Tableau des 14 martyrs de Laval dans l’église de saint-Ouën-des-Toits, en Mayenne (détail)

L’opposition de Maçons à la Révolution apparaît nettement à partir de la Constitution civile du clergé, que l’Assemblée nationale constituante décrète le 12 juillet 1790 afin de placer le clergé séculier directement sous l’autorité de l’État révolutionnaire. Dans ce contexte, les loges maçonniques ne sont pas plus divisées que ne l’est le clergé français, lequel est partagé entre clergé constitutionnel, composé des prêtres « jureurs » qui prêtent serment à cette nouvelle Constitution, et clergé réfractaire, opposé au décret révolutionnaire. Or, c’est à cette occasion que « l’inspiration chrétienne de la maçonnerie » s’illustre, non pas théoriquement, mais empiriquement. En effet, à la veille de la Révolution, une certaine loge, la Loge de Laval, dans le Maine, comptait en 1786 cinq prêtres sur vingt-deux membres. L’un d’eux, l’abbé Jean-Marie Gallot, qui y occupe une fonction d’officier maçonnique, celle d’ « Architecte », est aussi aumônier des Bénédictines et sous-chantre de l’église paroissiale de la Trinité lorsque souffle la tempête de la Constitution civile du clergé. Or, tous les prêtres de la loge de Laval s’y opposent : les quatre autres sont déportés, mais lui, qui souffre de la goutte, ne peut les suivre dans l’exil. L’abbé réfractaire Jean-Marie Gallot est donc guillotiné à Laval le 21 janvier 1794, à l’âge de 46 ans. Nonobstant l’excommunication censée frapper, dans l’ancien droit canonique, les catholiques appartenant à une loge maçonnique, Jean-Marie Gallot fut béatifié presque deux siècles plus tard, en 1955, par le pape Pie XII. La sentence est irrévocable, comme le veut le principe Roma locuta est, causa audita est : « Pie XII a placé sur les autels, comme martyr de la foi, un prêtre franc-maçon », ainsi que le salue le frère trappiste Élie Lemoine.[8] 

Martyr de la foi, mort pour la cause de Dieu, le Bx Jean-Marie Gallot ne fut pas le seul franc-maçon à s’être illustré, au péril de sa vie, par son engagement contre-révolutionnaire. Une autre personnalité fameuse de la franc-maçonnerie en France, Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil, né à Pondichéry en 1745 d’un père administrateur de la Compagnie des Indes et d’une famille havraise, s’est voué quant à lui pour la cause du Roi. Ce zélé juriste a été tout d’abord pris à tort pour un opposant à la monarchie française, car le 6 mai 1788, soupçonné de vouloir révéler en séance le projet des ministres visant à remplacer le Parlement par une Cour plénière, il fut arrêté avec Goislard de Monsabert puis exilé pendant quatre mois sur l’île méditerranéenne de Sainte-Marguerite. Depuis 1776, d’Éprémesnil était membre, au sein du Grand Orient de France, de la loge des Neufs-Sœurs. Or, loin d’être un agent actif de la Révolution, comme aurait pu le faire croire son appartenance à cette loge imprégnée des opinions libérales des philosophes des Lumières, le noble maçon fut au contraire impliqué secrètement contre la Révolution dès le départ. Après les violentes journées des 5 et 6 octobre 1789, où deux des gardes de la reine Marie-Antoinette furent assassinés, d’Éprémesnil s’entendit avec des députés de la noblesse et d’autres aristocrates du club monarchique afin d’échafauder une série de plans d’évasion de la famille royale, parmi lesquels la célèbre fuite de juin 1791, soldée par l’arrestation imprévue du roi à Varennes. Aussi le réseau royaliste allait-il se réorganiser autour de Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil, lorsque la figure tutélaire, le roi Louis XVI, mourut sous la guillotine le 21 janvier 1793. Mais douze mois plus tard, après le siège de Toulon – où s’illustra un certain Bonaparte –, d’Éprémesnil fut accusé, sans aucune preuve documentaire, d’intrigue visant à livrer le port du Havre aux Anglais. L’auteur de Nullité et despotisme de l’Assemblée nationale est alors guillotiné à Paris le 22 avril 1794, à l’âge de 48 ans, victime de sa loyauté à la Couronne de France. Sa femme, Françoise-Augustine, dont il avait fait la rencontre dans la loge des Neufs-Sœurs, le suivit deux mois plus tard sur l’échafaud.

Finalement, la divergence entre francs-maçons contre-révolutionnaires et révolutionnaires s’enracine dans une opposition plus structurelle, celle des Maçons Anciens et des Maçons Modernes. Comme l’explique Patrick Geay dans son introduction aux Mystères et significations du temple maçonnique (1997), ces derniers, au confluent de divers mouvements adhérant à la Réforme protestante, en particulier le courant andersonien, entreprirent avant 1717 une progressive « décatholicisation » de la Maçonnerie, par la « minimisation [de ses] composantes ésotériques judéo-chrétiennes », « l’évacuation des mystères », l’« altération des Old Charges (Anciens Devoirs) et des rituels ». La « vampirisation » des symboles maçonniques par les acteurs de la Révolution a donc été rendue possible par la « substitution »[9]  d’une voie par une autre au sein de la Maçonnerie. L’histoire n’est pas celle d’un complot de la franc-maçonnerie contre l’Église et le roi, mais plutôt celle d’un conflit interne entre Anciens et Modernes maçons : comme le résume le P. Ferrer-Benimeli, « face à une Maçonnerie régulière ou orthodoxe, il faut placer une Maçonnerie irrégulière, hétérodoxe, qui, en beaucoup de cas peut-être, n’est pas plus qu’une organisation paramaçonnique, qui n’a pris, de la Maçonnerie authentique, que son organisation et sa nomenclature. »


[1] André Combes, « Regard des francs-maçons sur l’Église », Humanisme, vol. 277, n° 2, 2007, p. 51.
[2] Roger Dachez, « “La franc-maçonnerie est une religion de substitution” », L’Express, 27 avril 2011 : https://www.lexpress.fr/societe/la-franc-maconnerie-est-une-religion-de-substitution_986544.html.
[3] Joseph de Maistre, Écrits maçonniques de Joseph de Maistre et de quelques-uns de ses amis francs-maçons : Œuvres, t. 2, Genève, Slatkine, 1983, p. 133.
[4] Cf. René Guénon, « Un projet de Joseph de Maistre pour l’union des peuples », Vers l’Unité, mars 1927.
[5] Jean-Louis Darcel, « Joseph de Maistre, nouveau mentor du prince : le dévoilement des mystères de la science politique », in Sylvie Triaire et Alain Vaillant, Écritures du pouvoir et pouvoirs de la littérature, Presses universitaires de la Méditerranée, Collection des littératures, 2001, pp. 129-141.
[6] Roger Dachez, Histoire de la franc-maçonnerie française, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2003, p. 79.
[7] Michel Taillefer, « Aux origines de l’anticléricalisme maçonnique : l’évolution de l’attitude religieuse des franc-maçons toulousains pendant la Révolution française », in Bulletin de Littérature Ecclésiastique, juil.-sept. 1989, Actes du colloque L’Église et la Révolution Française des 27-29 janvier 1989.
[8] Élie Lemoine, Theologia sine metaphysica nihil, chap. 5 : « Église catholique et franc-maçonnerie », Éditions traditionnelles, Paris, 1991, p. 119.
[9] Jean Baylot, La Voie substituée. Recherche sur la déviation de la franc-maçonnerie en France et en Europe, Dervy, 1985.

Contes, légendes et mythes: des analogies d’Hiram

L’aire géographique de la Maçonnerie, c’est, en gros, le monde de la Bible, ou ce qu’on appelle encore « le monde connu des Anciens », en somme le bassin méditerranéen, avec des prolongements plus ou moins avancés, au nord, dans le continent européen. Les traditions auxquelles la Maçonnerie est « unie par de multiples liens », sont donc, parmi les traditions vivantes, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, et, parmi les traditions moins répandues, les traditions égyptienne, gréco-latine et celtique. C’est donc là que nous retrouvons des histoires qui racontent l’unité et l’identité fondamentales des traditions qui toutes n’ont pas manqué de soulever la question de la violence, du meurtre et du relèvement de l’assassiné.

L’époptie d’Hiram présentée aux francs-maçons, dès le 3ème degré, soulève également la question de la violence, du meurtre et du relèvement de l’assassiné. C’est pourquoi, je vous propose d’explorer quelques contes, légendes et mythes qui dans leur récit montrent à l’évidence des analogies avec celui d’Hiram.

LE CONTE (ou la fable) est une narration qui se transmet dans le temps par le biais de l’oralité. Il est né de l’oubli progressif du caractère religieux du récit.

Le conte apparaît comme le miroir de l’homme, dévoilant ses défauts et ses haines, mais faisant connaître aussi la force de ses idéaux. Pour Bruno Bettelheim «Tel est exactement le message que les contes de fées, de mille manières différentes délivrent à l’enfant : que la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intrinsèque de l’existence humaine , mais que si , au lieu de se dérober , on affronte fermement les épreuves attendues et souvent injustes , on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter victoire.»

Le conte est un récit court appartenant à l’univers de la poésie. Avant le XIXe siècle, il fait partie du registre du merveilleux,  ensuite de celui du fantastique.

Tout ce qui est décor fabuleux ou terrifiant, fées, magie, dragons, génies et elfes, constitue ces contes qui séduisent l’imagination, sans inquiéter plus qu’il n’en faut, pressentant un dénouement heureux. Le conte nous emmène parfois dans des contrées fabuleuses où le temps n’existe pas.

Conte d’Alice aux pays des merveilles

Écrit en 1865 par Charles Lutwidge Dodgson, sous le nom d’emprunt de Lewis Caroll (franc-maçon ?), le conte d’Alice aux pays des merveilles est un texte surréaliste dont une analyse peut être appréciée grâce aux illustrations de l’auteur.

Ce conte peut aussi être interprété comme une suite d’évènements en rapport avec l’initiation maçonnique, dévoilant le parcours intérieur de l’Initié. Une plaisante suggestion herméneutique peut être visionnée comme la suite de la vidéo précédente.

Conte de Blanche-Neige

Blanche-Neige apparaît comme initiée en effectuant les voyages symbolisés d’abord par la fuite au travers de la forêt considérée comme une descente aux enfers, puis par le travail, comme le ménage, dans la maison des nains, ensuite par la mort à laquelle elle échappe grâce à la bonté d’âme du chasseur, enfin par la résurrection sous forme de réveil entouré d’animaux dans un climat rassurant bercé de lumière et de tranquillité.

Lors de sa rencontre avec les sept (7) nains, Blanche-Neige personnifie la domination de l’âme spirituelle sur les facultés de l’âme individuelle représentée par eux.

L’héroïne accède à un niveau spirituel avec sa seconde mort initiatique, lors de son empoisonnement par la reine. La reine, qui apparaît désormais sous l’aspect d’une sorcière, incarne les possibilités infernales de l’être humain, prenant alors une dimension satanique pour disparaître, toutefois, dans le néant (chute dans le ravin, symbole illusoire de telles possibilités) poussée par les nains (symbole des facultés de l’âme humaine pouvant anéantir le mal).

Travaillant dans une mines, les 7 nains ont souvent été considérés comme une représentation alchimique  des sept métaux (l’or, l’argent, l’étain, le cuivre, le fer, le plomb, le mercure). 

Blanche-Neige aura atteint dans un premier temps la mort de l’état profane, au travers de sa fuite dans la forêt et, dans un second temps, la mort de l’individualité en croquant la pomme. Elle renaîtra sous le baiser du cavalier divin, éclairé par les rayons de l’astre de lumière. Quant aux nains, devenus symboles des puissances de l’âme, ils demeurent seuls, dans un monde parallèle, hors d’atteinte.

La reine vaniteuse, jalouse et destructrice, est contrainte de chausser des escarpins rougis au feu et de danser avec eux jusqu’à la mort.

Le conte dit de façon symbolique que si nos passions ne sont pas réfrénées et contrôlées, elles finissent par nous détruire.

Comme de nombreux contes, Blanche-Neige montre que changer c’est devoir abandonner quelque chose dont on a joui jusqu’alors, au prix d’expériences difficiles et douloureuses qui ne peuvent être évitées.

LA LÉGENDE , du latin legenda, est ce qui doit être lu. C’est ce sens du mot légende qui correspond à une explication, un commentaire ajouté à un dessin, un plan. De manière populaire le mot «légende» est devenu  un récit traditionnel où le réel est déformé et embelli,

Contrairement aux contes qui se déroulent dans le monde de l’imaginaire, les légendes ont un caractère vraisemblable et font le récit d’évènements qui ont eu lieu ou qui auraient pu avoir lieu.

La légende contient des éléments du merveilleux et repose dans certains cas sur des faits historiques qui ont été transformés par des croyances, ou par l’imagination populaire, ou par l’invention poétique.

La forme de la légende est simple et son objet essentiel est le miracle.

À  l’origine, la légende racontait la vie des saints. De nos jours, il s’agit de récits merveilleux d’un événement passé fondé sur une tradition authentique mais souvent modifiée au fil du temps. À la différence du mythe, la légende ne repose pas sur les divinités.

Nous ne trouvons que deux fables dans toute la Bible: celle des arbres choisissant un roi (Jug 9:8,15) et celle de l’épine et du cèdre (2Ro 14:9). Mais il existe de nombreuses légendes contenues dans ce que l’on désigne sous le nom de Hagada. « Esdras, ses disciples et leurs successeurs, qu’on désigne par le nom de «Sopherim» (hommes du Livre, commentateurs de la Loi), procédèrent à la rééducation du peuple [les Judéens de retour de l’exil à Babylone] au moyen de lectures publiques de la Bible traduite en araméen et accompagnées d’explications, de commentaires et de paraphrases. Cette lecture de la loi avait lieu toutes les semaines, les jours de fêtes, les samedis et les jours de marchés, afin que les « gens de la campagne » puissent, en s’y rendant, profiter de cet enseignement. En même temps qu’on l’expliquait, on faisait des sermons sur le texte biblique (homélies), on l’illustrait d’anecdotes et de paraboles, dont un grand nombre s’est conservé » (La formation du mariage en droit biblique et talmudique) .

La légende de Bazalliel (ou Betsaléel)

Le Manuscrit Graham de 1726, catéchisme maçonnique, rapporte trois récits légendaires dont celui de Bazalliell qui prend place entre celui de Noé et celui d’Hiram.

Dans les Constitutions d’Anderson de 1738 apparaît un certain constructeur, Betsaléel, qui pourrait bien être le Bazalliell du manuscrit Graham, lequel renverrait alors au Beçalel (nom qui signifie «à l’ombre de Dieu», étonnant quand on sait qu’il aurait sculpté les chérubim qui obombraient l’Arche d’Alliance), artisan expérimenté du Tabernacle et de ses accessoires, de l’Arche, de ses ornements et des vêtements sacerdotaux. Il était doté de la sagesse divine, versé dans la Torah, le Talmud et la science des lettres, ancêtre de Salomon et compagnon d’Oholiav (l’Aholia des Constitutions de 1738 et, peut-être, Alboyn du Graham) avec lequel il a contemplé le sanctuaire céleste sur le Sinaï.

Betsaléel (בְּצַלְאֵל) apparaît dans la Bible (Exode 35, 30 à 35) comme le premier constructeur du temple mobile des Hébreux abritant le tabernacle dans le désert. Le nom de Betsaleël signifie probablement : « à l’ombre de Dieu », ou « sous sa protection ». Celui d’Oholiav : « la tente du père ». Outre sa capacité à exécuter «toutes sortes d’ouvrages, pour concevoir des projets, pour travailler l’or, l’argent et le bronze, pour tailler des pierres à enchâsser, pour sculpter le bois de manière à réaliser toutes sortes d’ouvrages», il savait, dit le Talmud, combiner les lettres par lesquelles furent créés le ciel et la terre. Il eut ainsi la responsabilité de la fabrication du pectoral (poche à oracles qui renfermait l’Ourim et le Toummim, c’est-à-dire les moyens de divination qui guidaient les règnes des rois d’Israël) et de l’éphod du grand prêtre (‘hochen éphod, וְאֵפוֹד חֹשֶׁן). C’est avec le shamir qu’il aurait pu graver le pectoral [sculpture généralement attribuée à Moïse].

Betsaléel est désigné comme le maître d’œuvre de : l’arche de bois de sittim (Ex. 37, 1-9), la table de bois de sittim (10-16), le chandelier d’or pur (17-24), l’autel de l’encens (25-28), l’huile sainte (29), l’autel de l’holocauste (Ex. 38, 1-7), appelé aussi l’autel d’airain (2 Chr. 1, 5), la cuve d’airain (8), le parvis (9-20). Le chandelier d’or pur, la ménorah, fut réalisé selon le modèle montré à Moïse au moment de la révélation du Sinaï (Exode 25,31 : Tu feras un chandelier d’or pur ; ce chandelier sera fait d’or battu; son pied, sa tige, ses calices, ses pommes et ses fleurs seront d’une même pièce). Ce candélabre devait être fait en un seul bloc d’or, seul un artisan hors du commun aurait pu exécuter une telle prouesse.

C’est grâce à trois vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 «rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir». On peut rapprocher les capacités de Betsaléel de celles d’Hiram dans le 2ème Livre des Chroniques 12-13 : «je t’envoie donc maintenant un spécialiste doué d’intelligence, Houram-Abi, fils d’une femme danite et d’un père tyrien, qui sait travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, la pourpre, le violet, le lin et le carmin, exécuter toute sculpture et réaliser tout projet qui lui sera confié.»

Sans transition avec la légende de Noé, le Manuscrit Graham (1726) raconte que pendant le règne du roi Alboïn naquit Betsaléel, qui fut appelé ainsi par Dieu avant même d’être conçu dans la matrice. Et ce saint homme sut par inspiration que les titres secrets et les attributs principiels de Dieu étaient protecteurs, et il bâtit en s’appuyant dessus, de sorte qu’aucun esprit infernal et destructeur n’osa prétendre renverser l’œuvre de ses mains. Aussi ses ouvrages devinrent si fameux que les deux plus jeunes frères du roi Alboïn, déjà nommé, voulurent être instruits par lui de sa noble manière de construire. Il y consentit à la condition qu’ils ne la révèlent pas sans que quelqu’un soit avec eux pour composer une triple voix. Ainsi ils s’engagèrent par serment et il leur enseigna les parties théoriques et pratiques de la maçonnerie. Alors les salaires des maçons augmentèrent dans ce royaume, des maçons furent comptés parmi les rois et les princes.

Cependant, Betsaléel à l’approche de la mort voulut être enterré dans la vallée de Josaphat et que fut gravée une épitaphe selon son mérite. Ceci fut accompli par ces deux princes et il fut gravé : « ci-gît la fleur de la maçonnerie, supérieure à beaucoup d’autres, compagnon d’un roi et frère de deux princes. Ci-gît le cœur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés. »

Alors, après sa mort les habitants de ce pays crurent que les secrets de la Maçonnerie étaient complètement perdus parce qu’on n’en entendait plus parler car personne ne les connaissait, à part ces deux princes qui s’étaient engagés par serment à ne pas les révéler sans quelqu’un d’autre pour former une triple voix.

L’intérêt de cette légende est l’affirmation que seule fut perdue l’expression de la parole, mais que cette parole existe toujours et que chaque maître en est dépositaire.

L’histoire de Betsaléel présentée dans le  Manuscrit Graham est un prototype de la Légende d’Hiram.

La légende de Maître Jacques

Le compagnonnage du Devoir (ou du Saint-Devoir de Dieu comme on le nomme parfois) prétend avoir été créé par un personnage fabuleux nommé Maître Jacques.

Dans l’antique tradition des Compagnons passants de la fraternité dite des «enfants de Maître Jacques», et chez les actuels Compagnons passants des devoirs,  Jacques est un pyrénéen originaire de Carte. Il fut mandé par Hiram de Tyr, pour le compte du roi Salomon, afin de construire le Temple de Jérusalem aux alentours de 900 avant Jésus-Christ. C’est un jars, un maître tailleur de pierres, initié à la nature de la pierre et la légende note bien qu’il taillait la pierre depuis l’âge de quinze ans. Cette même légende donne Maître Jacques comme responsable de la colonne Jakin et peut-être également de la colonne Boaz du premier Temple de Jérusalem. Pour Perdiguier, il bâtit deux colonnes dodécagones, la colonne Vedrera et la colonne Macaloe. Sur ces colonnes étaient sculptées diverses scènes de l’Ancien Testament : la chute d’Adam et Ève, le songe de David ainsi que des épisodes de la vie de Maître Jacques lui-même.

Certains légendaires racontent que, le Temple achevé, Jacques quitta la Judée en compagnie d’un autre maître, Soubise, avec lequel il se brouilla bientôt et dont il se sépara. Le navire qui portait Soubise aborda à Bordeaux. Jacques débarqua à Marseille avec ses treize compagnons et ses quarante disciples. Il voyagea encore trois années pendant lesquelles il eut à se défendre contre les embûches des disciples de Soubise qui un jour l’assaillirent et le jetèrent dans un marais ; il parvint à se cacher derrière des joncs. Ses disciples arrivèrent et le secoururent. Enfin Jacques se retira en Provence dans l’ermitage de la Sainte-Baume. L’histoire de sa fin paraît avoir été calquée sur le récit de la Passion du Christ. Un de ses disciples, l’infâme Jéron (nommé aussi Jamais), le trahit. Un matin, alors qu’il était en prières dans un lieu écarté, Jéron vint le trouver, lui donna le baiser de la paix, c’était le signal convenu. Cinq assassins se jetèrent sur Maître Jacques et le percèrent de cinq coups de poignard. Il vécut cependant encore quelques heures et put, avant d’expirer, faire ses adieux aux compagnons tardivement accourus. Au moment de mourir, il donna le baiser de paix à ses frères et leur recommanda de le donner aux futurs initiés afin que la tradition ne soit pas interrompue : «s’ils sont fidèles à leur Devoir, je les protègerai.»

Maître Jacques, assimilé à Osiris, fut symboliquement découpé en morceaux, son chapeau alla aux chapeliers, sa tunique aux tailleurs, son manteau aux menuisiers, sa ceinture aux charpentiers, son bourdon aux charrons et ses sandales aux serruriers. Ce qui fut dispersé c’est ce qu’il représentait : tous les corps de métiers.

La légende de Melchisédech

Hénoch, après avoir visité la création et discuté avec Dieu, est retourné auprès de sa famille afin de régler ses affaires et transmettre les livres qu’il a écrits à son peuple. Dieu lui avait donné 30 jours avant de le rappeler à lui. Après moult conseils, préceptes et exhortations, Hénoch parti, ce fut Mathusalem qui devint prêtre et remplaça son père Hénoch. A la mort de Mathusalem  (oui, oui, …), c’est Nir qui devint prêtre.

Ce dernier avait une femme, Sophonim. Celle-ci trop âgée pour enfanter, délaissée par son prêtre d’époux depuis qu’il fut désigné comme prêtre par Dieu, était malgré tout enceinte. Nir finit par le découvrir, échangea quelques mots avec son épouse qu’il accusa, bien sûr, d’infidélité. Celle-ci lui expliqua qu’elle ignorait tout de son état. Elle finit par tomber aux pieds de Nir, morte. Nir, fortement perturbé – on peut le comprendre – appela son frère Noé. Celui-ci rassurant, proposa d’aider Nir à creuser une tombe en secret pour son épouse décédée. Les deux hommes étendirent Sophonim sur un lit, l’habillèrent de noir et partirent creuser une tombe.

Or, de retour dans la pièce où ils avaient laissé le corps de Sophonim, ils découvrirent un jeune enfant. Ce dernier, venant de naître, se tenait assis, parlait et louait Dieu. Les deux hommes lavèrent et habillèrent l’enfant de vêtements de sacerdoce (prêtre). Ils changèrent Sophonim pour la revêtir de plus beaux vêtements, et lui construire un autre tombeau plus glorieux et moi anonyme. Enfin, ils appelèrent l’enfant Melchisédech. « Et Noé dit à son frère : «Garde l’enfant en cachette jusqu’au moment favorable, parce que le peuple est devenu méchant sur toute la terre, et de quelque façon ; le voyant, ils le feront mourir» ».

Nir s’occupa ainsi de Melchisedech. Or, le temps était passé, la destruction promise par dieu étant inéluctable, Nir demanda à dieu de sauver l’enfant du massacre à venir. Dieu – qui était bien plus loquace dans ces temps reculés qu’il ne l’est aujourd’hui – lui répondit

«[…] mais pour l’enfant n’ait pas de souci, Nir, parce que moi, dans peu de temps, j’enverrai mon archistratège Michel, et il prendra l’enfant et le placera dans le jardin d’Eden […] et il sera mon prêtre des prêtres, je le sanctifierai ; et je le changerai en un grand peuple qui me sanctifiera.» Nir bénit dieu – et la précision sur la naissance qu’il donne ne manque pas de piquant : «[…] parce que ta parole a donné un grand prêtre dans la matrice de Sophonim ma femme. Car je n’ai pas de descendance et cet enfant me tiendra lieu de descendance, il deviendra comme mon fils, et tu le compteras parmi tes serviteurs  [….] et Mélchisedech sera la tête des prêtres dans une autre race.»

Quarante jours après cet échange, l’Ange Michel fut envoyé, comme prévu, récupérer l’enfant. Dans un premier temps, Nir ne le reconnut pas, refusa de le remettre craignant que l’enfant soit tué par le «peuple pervers». (Résumé écrit par La Maçonne à partir du texte du Livre des secrets d’Hénoch, Naissance miraculeuse de Melchisédech. page 21) 

La Légende de Noé : voir l’article Les légendes de Noé.

La Légende de Renaud de Montauban

La légende du maître d’œuvre Renaud de Montauban, bâtisseur de la cathédrale de Cologne est très proche du mythe d’Osiris. Trahi et assassiné par des ouvriers, il fut jeté dans le fleuve. Les poissons se rassemblèrent pour sortir son corps hors des eaux, corps illuminé par trois cierges. Une autre légende raconte que ce fut une femme, allusion à Osiris, qui découvrit le corps. Dans le Tiers Livre, Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban qui aurait tué un neveu de Charlemagne. Une miniature célèbre, construite comme un échiquier, montre « comment Renaut occit Berthoulet, le neveu de Charlemagne, en jouant aux échecs ». Puis il se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier mais, victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la Maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.

La Légende du shamir voir l’article Le mystère du shamir.

La légende d’Œdipe

Le Parricide contrairement au fratricide fait la place à la disparition d’une hiérarchie surplombante. Cette hiérarchie ou cette autorité est une sous-représentation du divin. Hiram est un artifex, tout comme Hiram de Tyr est Rex et Salomon est Rex-Pontifex.

Dans la mythologie grecque, Œdipe était le fils de Laïos et de Jocaste. Pour échapper à la prédiction d’Apollon, qui prétendait qu’il serait tué par son propre fils, Laïos ordonna à un serviteur d’abandonner l’enfant sur le Mont Cithéron, avec ses deux pieds cloués, pour qu’il soit dévoré par les bêtes sauvages. Mais, au lieu de cela, le serviteur le confia à un berger qui plus tard le donna au roi de Corinthe Polybe et à sa femme Mérope, sans descendance. Ils l’appelèrent Œdipe (Oidipous signifiant pieds enflés) et l’élevèrent comme leur fils. Œdipe grandit et des rumeurs laissent entendre qu’il n’est pas le fils de ses parents. Il presse Mérope de lui dire la vérité, mais les réponses de cette dernière sont énigmatiques. Il consulte alors la Pythie de Delphes (son voyage à Delphes, qu’il entreprit seul, avait pour but de lui permettre d’entendre l’oracle d’Apollon, le dieu de la Lumière et de la Vérité) qui prédit, sans lever le secret de ses origines, qu’il tuera son père et épousera sa mère.

Son parcours le conduit ensuite près du Mont Cithéron où il avait été exposé à la mort lorsqu’il était enfant. Ce lieu néfaste représente en réalité la remise en acte de ce qui s’était produit des années auparavant, à cet endroit précis, dans des circonstances qui furent gravées dans sa mémoire de manière ineffaçable. Se rappelant la malédiction fatale de la prophétesse, Œdipe entend résonner la sentence de mort énoncée par son père. Œdipe fut pris de vertige, ce qui confirme l’émergence du traumatisme précoce. En sortant du temple, il revit la dissociation des émotions générées par l’acte brutal, raison pour laquelle il lui sembla que son cœur devenait pierre. Au carrefour, un vieil homme arrogant et vindicatif qui se trouve devant Œdipe n’est autre que Laïos, son bourreau, entouré de ses hommes de main. Le fils est maintenant un guerrier porté par l’énergie de sa rage si longtemps réprimée. Il peut revivre l’extrême violence qui lui fut infligée par ces mêmes protagonistes et résoudre enfin l’origine même de sa névrose. Lorsque son père lève sa main, il se soustrait à la mort en assommant celui-ci et en tuant ses gardes du corps. Son emportement fatal révèle, en fait, la brutale cruauté de l’ordre patriarcal incarné par le père.

Comme Freud, qui pensa Œdipe à partir de celui de Sophocle, le psychiatre japonais Kosawa aborda le complexe d’Ajase à partir d’un mythe tiré d’un récit du moine bouddhiste Shinran qui vécut au XIIe siècle. On y retrouve l’ambivalence, le meurtre, le destin et une notion connue sous l’expression «rancune prénatale».

En reprenant ce type de motif allégué dans ces légendes, les mauvais compagnons, qui tuent le maître, ne seraient-ils pas des travailleurs opprimés par un mauvais patron qui refusait toute augmentation de salaire ? Ne seraient-t-ils pas les révoltés d’un ordre pesant, injuste et fermé ? Les rites de restructuration et de purification ne relèvent-ils pas d’un sentiment de culpabilité, voire d’une psychose obsessionnelle ?

La légende des Quatre couronnés

Ces saints étaient quatre frères dont les noms furent longtemps ignorés. On les appela les Quatre Couronnés parce qu’ils reçurent la palme du martyre et furent couronnés au Ciel en 304. Leur apologie se trouve, entre autre, dans le Manuscrit Régius de 1390 (au quinzième point).

Les Quatre Saints Couronnés de Nanni di Banco façade de l’Orsanmichele à Florence

On les confond souvent avec les saints Claude, Nicostrate, Symphorien et Castorius (et Simplice qu’ils convertirent) qui étaient les merveilleux sculpteurs de Rome et qui furent condamnés, par Dioclétien, au supplice pour avoir refusé de sculpter l’image du dieu Esculape, considérant qu’il s’agissait d’une idole. Les cercueils de plomb, où ils furent enfermés encore vivants, furent retrouvés par un certain Nicomède qui inhuma leurs dépouilles chez lui. Deux ans plus tard, ayant fait édifier un temple dédié au culte d’Esculape, Dioclétien ordonne à ses légionnaires de rendre hommage au dieu de la médecine. Quatre soldats, eux aussi convertis au christianisme, refusent de participer aux sacrifices. Ils sont arrêtés et battus à mort. Leurs noms ne seront connus que plus tard : Second, Sévérien, Carpophore et Victorien. Entre-temps, sculpteurs et soldats auront été inscrits au martyrologue chrétien sous l’appellation des Quatre couronnés (Guy Chassagnard).

Par suite de cette confusion, les premiers sont devenus les patrons des constructeurs et des statuaires et, en général, des maçons, sculpteurs, tailleurs de pierre. On leur donne souvent pour attributs un maillet, une équerre, une règle ou même une couronne sur la tête comme on le voit parmi les enluminures du bréviaire d’Isabelle de Castille (1490, p. f.484v).

Dans toute l’Europe les activités des architectes, tailleurs de pierre et des maçons étaient sous la protection des quatre Saints Couronnés.

Voici comment la Legenda Aurea  (XIIIe siècle) de Jacopo da Varagine nous décrit l’histoire hagiographique des Quatre Couronnés : « Les quatre couronnés furent Sévère, Séverin, Carpophore et Victorin qui, par l’ordre de Dioclétien, furent fouettés à coups d’escourgées de plomb jusqu’à ce qu’ils en moururent. D’abord leurs noms furent inconnus, mais longtemps après Dieu les révéla. On décida donc que leur mémoire serait honorée sous les noms de cinq autres martyrs, Claude, Castorius, Symphorien, Nicostrate et Simplicien, qui souffrirent deux ans après eux.

Or, ces derniers martyrs étaient d’habiles sculpteurs qui ayant refusé à Dioclétien de sculpter une idole, et de sacrifier aux dieux, furent mis vivants, par ordre de cet empereur, dans des caisses de plomb et précipités dans la mer vers l’an du Seigneur 287. Le pape Melchiade ordonna d’honorer sous les noms de ces cinq martyrs les quatre précédents qu’il fit appeler les quatre couronnés, avant que l’on découvrît leurs noms; et l’usage en a toujours prévalu, même quand on eut su comment ils se nommaient réellement ».

Seule la France n’a pas adopté ce patronage pour les corps de métier du bâtiment, ayant choisi comme patron saint Thomas.

La première Loge maçonnique à avoir consacré ses travaux à la recherche maçonnologique porte le nom de Quatuor Coronati Lodge n°2076 ;  elle fut fondée en 1884, sous les auspices de la Grande Loge Unie d’Angleterre.

LE MYTHE vient du grec muthos, récit, fable ou  parole. C’est un récit anonyme et collectif qui remplit une fonction socio-religieuse. Il sert le plus souvent d’élément de cohésion entre les individus d’un groupe. Le mythe met en scène des personnages le plus souvent surhumains qui ont des pouvoirs surnaturels mais avec des comportements et des sentiments humains. Le mythe est une parole, une fable qui se réfère à des événements anciens chargés de sens. Dans les sociétés primitives, il sert d’explication du monde, rapportant comment les choses ont commencé et pourquoi les hommes en sont là aujourd’hui. Il est tenu pour absolument vrai et récité dans des circonstances bien précises, ce qui le distingue de la fable, du conte et de toutes les histoires inventées. Dans sa composition, il est le plus souvent très court et d’un agencement parfait. Chaque détail est chargé d’une signification intense.

Les sociétés industrielles ont relégué les mythes dans le domaine de la poésie et de l’imaginaire. Ils restent cependant l’expression d’une culture, ils expriment les aspirations profondes de l’inconscient humain et mettent en scène des situations éternelles. La pensée scientifique n’a pas réussi à faire disparaître les mythes malgré la tension entre les promesses de sens du potentiel métaphysique des mythes (muthos) et l’exigence de leur validation dans un discours rationnel et cohérent (logos).

On distingue les mythes qui racontent la naissance des dieux (théogonie), ceux qui expliquent l’origine du monde (cosmogonie), ceux qui explorent le sort de l’homme après la mort (eschatologie) et les autres, tels les mythes de la naissance et de la renaissance (éternel retour), les mythes du héros civilisateur ou culturel (Prométhée) ou encore les mythes de fondation (fondation de Rome par Romulus et Remus). Les trois premières catégories entretiennent des rapports étroits avec les religions ; de nombreux rites religieux, en effet, reproduisent certains aspects ou certains détails des mythes. Les mythes qui ne relèvent pas des catégories ci-dessus font l’objet de récits folkloriques, de chants poétiques élaborés, qu’on trouve chez les peuples les plus divers, tels ceux que transmettaient les aèdes dans la Grèce antique ou ceux que continuent de transmettre les griots africains de nos jours. Les Mythes et légendes nous ont été transmises dans les écrits de plusieurs anciens auteurs qui nous restent. Homère et ses Iliade et Odyssée, Hésiode dans sa Théogonie, Ovide dans ses Métamorphoses

Dans les sociétés où les mythes sont encore vivants, les indigènes distinguent soigneusement : les mythes «histoires vraies» des fables ou contes «histoires fausses». Les Anciens considèrent comme histoires vraies toutes celles qui sont relatives aux origines du monde, c’est-à-dire toutes celles qui traitent du sacré ou du surnaturel. Dans les histoires fausses, en revanche, le sujet est profane. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas raconter indifféremment les mythes. Dans certaines traditions ils ne peuvent être racontés que devant les initiés. Généralement, les vieux instructeurs communiquent les mythes aux néophytes durant leur période d’isolement, ceci faisant partie de leur initiation.

Le mythe d’Osiris

Une des narrations les plus complètes du mythe d’Osiris est celle de Plutarque, dans son De Iside et Osiride, dont il a eu, on ne sait comment, une connaissance plus complète qu’aucune source égyptienne, y compris celle des Textes des Pyramides. Les autres sources possibles sont : le Livre des Morts, les textes d’une stèle qui se trouve au Louvre, d’autres textes divers de l’Égypte antique, les recherches de spécialistes de l’Égypte ancienne.

Alors qu’il revient victorieux d’une longue campagne de conquêtes, Seth profite des fêtes organisées à cette occasion pour inviter son frère Osiris à un banquet. Au cours de la soirée, il le met au défi de s’allonger dans un grand coffre. Lorsque ce dernier y fut couché, Seth l’enferme et jette le coffre dans le Nil.

Isis, la Sœur-Épouse d’Osiris, part à la recherche de son âme afin de le ramener à la vie. Isis déchire ses vêtements et parcourt le monde à la recherche du coffre dans lequel «le Bienveillant» a été enfermé. Cependant de retour, elle ne ramènera pas Osiris car ceux qui descendent en ces lieux ne peuvent pas revenir et c’est seulement l’amour d’Isis, symbole de la régénération et de la vie éternelle qui permettra de retrouver le corps. Durant le voyage d’Isis aux enfers, le coffre contenant le corps, entraîné par la mer, atteint les côtes de Phénicie où il s’échoue aux pieds d’un acacia, ou d’un tamaris, selon les versions. La quête dura si longtemps que le tronc de l’acacia recouvrit la boite contenant le corps d’Osiris.

Le roi de Byblos, occupé à faire construire son nouveau palais, fait abattre l’arbre afin d’en faire l’une des deux colonnes qui doivent en décorer l’entrée. Isis entend parler de l’odeur qui s’échappait du tronc alors qu’on le coupait. Elle en comprend aussitôt la signification et se rend en Phénicie où on lui remet la colonne prodigieuse. Elle ouvre la colonne de bois et en retire le cercueil de son époux qu’elle arrose de ses larmes. Elle le ramène en Égypte et le cache au fond des marais afin que Seth ignore que le corps a été retrouvé. Mais au cours d’une chasse, ce dernier découvre le coffre. Furieux qu’Osiris soit encore entier malgré le temps écoulé, il décide de découper le cadavre en quatorze morceaux qu’il disperse à travers le pays. Le nombre de morceaux du corps d’Osiris varie selon les sources, de quatorze à quarante-deux. Les deux versions du Papyrus Jumilhac mentionnent quatorze morceaux collectés par Isis en douze jours, ce qui correspond à la durée de la fête du labour. Selon Diodore de Sicile, Typhon (autre nom de Seth, frère d’Osiris, principe du mal, des ténèbres et de la stérilité) découpa le corps de sa victime en vingt-six morceaux, un par conjuré. On donna à chacun une apparence momiforme avant de l’ensevelir. Enfin, la géographie sacrée d’Edfou mentionne autant de morceaux que de nomes (circonscriptions administratives de l’Ancienne Égypte), soit quarante-deux. Le corps démembré d’Osiris, dont l’inondation refait l’unité, se confond ainsi avec la terre d’Égypte. Ici, les quatorze morceaux représentent ceux qui sont retirés à la lune, dans la phase descendante, jusqu’à sa disparition totale. La quête d’Isis et la reconstitution du corps illustrent, au contraire, la phase ascendante, jusqu’à la réapparition de la pleine lune, reconstituée, l’œil oudjat.

Isis se met à la recherche des morceaux. Elle les retrouve tous à l’exception du sexe, dévoré par un oxyrhinque (ou un brochet du Nil). Aidé par Anubis, Thot et Nephtys, elle recompose le corps démantelé en douze parties et le momifie. Ramené à la vie par ces pratiques et désormais à l’abri de la mort, Osiris se retire dans les mondes souterrains, il laisse alors le trône du monde visible à son fils Horus qui deviendra le modèle des rois à venir.

C’est au 17ème jour du mois d’Athyr que la mythologie égyptienne place la mort d’Osiris : c’est l’époque où la pleine lune est surtout visible. Aussi les Pythagoriciens appellent-ils ce jour «interposition», et ont-ils pour le nombre 17 une complète répugnance. En effet, entre le carré seize (4×4) et le rectangle dix-huit (6×3), qui sont les seuls nombres de surfaces planes dont les périmètres se trouvent égaux à leurs aires, vient tomber le nombre dix-sept qui disjoint ces deux nombres, s’interpose entre eux et divise leur rapport en deux parties inégales.

Ainsi, sorti de sa  gangue d’acacia, dépecé et recomposé, avec l’aide de trois autres divinités, Osiris sera relevé et momifié (le papyrus du Livre des Morts d’Ani, découvert à Thèbes en 1887 par Wallis Budge comporte une invocation toute spéciale : Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia). C’est seulement à l’issue de cette restructuration et de cette préparation à l’éternité qu’Osiris pourra reprendre son voyage. Ses os sont d’argent, ses chairs d’or, ses cheveux de lapis-lazuli.

Platon, Thalès, Eudoxe, Apollonius et Pythagore avaient rapporté d’Égypte ce principe, vrai ou faux, que dans l’économie de l’univers la vie sort du sein du trépas ; ce principe fut présenté sous l’allégorie d’Osiris expirant pour renaître sous le nom d’Horus.

Le 3ème grade se nommait en Égypte «porte de la mort». Le cercueil d’Osiris, dont l’assassinat était supposé récent, s’élevait au milieu de l’emplacement où se faisait la cérémonie. On demandait à l’aspirant s’il avait pris part au meurtre d’Osiris. Il était frappé, ou on feignait de le frapper, à la tête d’un coup de hache, il était renversé, couvert de bandelettes de momie, des éclairs brillaient, le mort supposé était entouré de feupuis rendu à la vie (J. M. Ragon, Orthodoxie Maçonnique, 1853, p. 101)

Assimilé à Dionysos, Osiris illustrait la théologie néo-orphique : la cosmogonie conçue comme un autosacrifice de la divinité, comme la dispersion de l’Un dans le Multiple, suivie par la «résurrection», c’est-à-dire par le rassemblement du Multiple dans l’Unité primordiale.C’est ainsi que G. Mackey évoque le rapprochement des Mystères d’Osiris de ceux de la Franc-maçonnerie : <youtu.be/D4ybxRPodCA?t=2898>.

Osiris fut très tôt comparé au grain de blé enseveli (mourant), germant et réapparaissant à la lumière solaire, prêt à être la nourriture essentielle des hommes. De nombreuses illustrations représentent la momie du dieu couverte de grains de blé, ou de jeunes tiges de blé émanant de son corps allongé. Parce qu’il était l’image des cycles de la nature, on creusa dans la pierre des formes d’Osiris que l’on remplissait de terre, et dans lesquelles on répandait des grains de blé afin qu’il pousse dans le secret du tombeau. Ainsi, mis en terre en même temps que le défunt, le blé, symbole vital d’Osiris, était pour le disparu la certitude de sa renaissance future, l’assurance de la continuité de sa vie, puis de sa résurrection lumineuse. C’est pourquoi, dans le papyrus funéraire de Nu, Osiris déclare : «Je suis le Seigneur des hommes qui ressusciteront des morts.» C’est une telle image symbolique qu’utilisera le Christ lorsqu’il se comparera lui-même au grain de blé devant mourir pour renaître et produire de nouveaux grains au centuple. Certains gnostiques utilisèrent cette parole pour affirmer que le Christ avait suivi la totalité du parcours initiatique osirien afin de devenir à son tour un Osiris spirituel, un être de Lumière.

L’initié du 3ème grade des mystères d’Isis était d’abord conduit dans un vestibule au-dessus de l’entrée duquel était écrit «porte de la mort». Des momies et des cercueils étaient figurés sur les murs. Il trouvait bientôt un cadavre. Au milieu du vestibule était placé le cercueil d’Osiris, qui, à cause de son assassinat présumé, était empreint de tâches de sang. On demandait à l’aspirant s’il avait participé à ce meurtre ; à la suite de cette épreuve préparatoire, il passait dans une salle, où tous les initiés étaient habillés en noir ; on lui présentait une couronne qu’il foulait aux pieds, et le chef de l’initiation s’écriait «outrage, vengeance !», et saisissait de suite la hache des sacrifices, en frappaient doucement le candidat à la tête. À l’instant deux initiés le renversaient et l’enveloppaient de bandelettes ; tous ceux qui l’entouraient étaient dans la tristesse ; on le présentait dans cet état de mort apparente devant un tribunal qui déclarait qu’il n’avait point participé au meurtre d’Osiris, et on lui rendait la liberté ; … ; le signe de reconnaissance consistait dans une embrassade particulière (Docteur Pierre Gérard Vassal, Cours complet de Maçonnerie ou Histoire générale de l’Initiation depuis son origine jusqu’à, son institution en France, 1832, p.244 et 245.

Alexandre Lenoir avec l’Explication d’un papyrus égyptien complète le rapprochement que l’on fait entre les meurtres d’Osiris et d’Hiram.

En alchimie, au XVIIe siècle, le mythe d’Osiris est repris par Michael Maier dans son Atalante fugitif qui en fait une fugue, une gravure et un poème sur les thèmes de transformation, de régénération et de renaissance (Patrick Burensteinas, étape 2, Le Voyage alchimique, Chartres, à partir de 20’).

En Grèce, l’homologue d’Osiris est Dionysos-Zagreus. Né d’une union illégitime de Zeus, l’enfant Dionysos encourt la haine d’Héra, qui le fait assassiner et mettre en pièces par les Titans; mais une autre divinité, Apollon ou Athéna, rassemble les membres suppliciés, et le jeune dieu reprend vie ; la biographie d’Atys, parèdre de Cybèle, comporte également castration, mort et renaissance. On n’en finirait pas d’énumérer les dieux dont l’histoire est conforme à cet itinéraire, dans lequel s’inscrit aussi celui d’Hiram.

La mise en œuvre du mythe d’Hiram Abif, dans les rites égyptiens de la Franc-maçonnerie, est une opération de magie opératoire destinée à faire revivre à tous les maîtres maçons ce que les prêtres-initiés égyptiens ritualisaient dans la grande pyramide afin de transférer l’esprit du pharaon défunt (Osiris) au nouveau pharaon désigné pour en faire un nouvel Horus.

La religion égyptienne primitive, probablement d’origine atlante, deviendra dualiste lorsqu’elle opposera le dieu bon Osiris (Oussir) à son mauvais frère Seth (Oussit), tous deux censés être les fils de Ptah, le Dieu suprême. Mais ces dieux eux-mêmes avaient eu une naissance. C’est de l’Océan primordial Noum ou Noun que serait né Atoum ou Aton, le Dieu Soleil, duquel était né à son tour un premier couple divin, Chou et Tefnout. C’est des larmes de joie que versa Atoum lors de cette paternité que seraient issus les hommes. Chou et Tefnout donnèrent naissance à Ghêb, la Terre, et à Nout, le Ciel, lesquels engendrèrent Isis, Osiris et Nephthys. La naissance d’Osiris avait d’ailleurs eu lieu en Amentêt (ou Amenti), le séjour des bienheureux, situé en Occident (il s’agit sans doute de l’Atlantide), où Nout, encore vierge, avait été fécondée par l’Esprit, ce dernier ayant pris la forme d’un ibis. Ce n’est que plus tard, sous l’influence d’envahisseurs sémites, lesquels révéraient notamment Seth, le troisième fils d’Adam et d’Ève, que les égyptiens ajouteront Seth aux enfants qu’aurait engendrés Nout. Et c’est après le départ d’Égypte de ces envahisseurs qu’on fera de Seth (Typhon)  l’esprit du mal, le mauvais frère d’Osiris tel que raconté dans le mythe d’Osiris.

La religion osirienne étant un culte à mystères, il fallait y être initié. Abraham et Melkitsédec le furent probablement et aussi Moïse, qui transmit cette initiation à Josué. Il y aurait donc chez les Hébreux une tradition gnostique, qui serait transmise parallèlement à la doctrine monolâtre officielle, tradition où Osiris devint Adam, dont Seth n’est toutefois pas le mauvais frère, mais au contraire un fils, destiné à remplacer Abel, tué par Caïn le réprouvé. Un des éléments essentiels de la doctrine ésotérique osirienne est le principe des émanations : il n’y a qu’un seul Dieu, lumineux et parfait, mais il peut faire émaner de Lui des êtres qui participent de Lui tout en ayant une personnalité distincte de la sienne. D’où l’apparent polythéisme de la religion égyptienne. D’où aussi les éons et les anges de beaucoup de doctrines gnostiques, et même la Trinité chrétienne, qui serait une variante de la trinité égyptienne et de la Trimourti hindouiste. C’est contre les excès de cette conception et ses conséquences que réagit le pharaon Aménophis IV, lequel changera son nom en Akéhnaton et voulut rétablir un monothéisme plus épuré. Mais, après sa mort, le polythéisme officiel reprendra le dessus, et c’est pourquoi certains font l’hypothèse que Moïse entraînera hors d’Égypte presque tous les Hébreux, suivi aussi par quelques égyptiens initiés et même par quelques étrangers. La religion osirienne ayant évolué en Égypte, elle donnera naissance, à l’époque hellénistique, à la doctrine hermétiste, du nom d’Hermès, dieu grec à qui sera assimilé Thot, l’antique législateur égyptien.

Le mythe de Dionysos

Dionysos est le seul dieu grec né d’une mère mortelle. Dès Homère et Hésiode, il est présenté comme le fils de Zeus et de Sémélé, fille du roi de Thèbes Cadmos et d’Harmonie. Sémélé, poussée par Héra, jalouse, déguisée en sa nourrice, demande à contempler Zeus, dont elle est enceinte, dans toute sa majesté. Zeus, ayant promis, doit se présenter muni de sa foudre qui tue sur le champ Sémélé. Zeus tire alors son fils du ventre de sa mère et, s’entaillant la cuisse, y coud l’enfant pour mener sa gestation à terme. C’est l’origine de l’expression «être né de la cuisse de Jupiter», la cuisse pouvant être une désignation euphémique pour les organes sexuels, Dionysos alors pourrait être considéré comme issu directement du sperme  de Zeus.

Dans une autre version, la version orphique du mythe, Dionysos-Zagreus est le fils de Perséphone et de Zeus. Héra, jalouse, demande aux titans (Cronos, Océan, Japet …) de se débarrasser du nouveau-né. Les géants attirent l’enfant Dionysos-Zagreus avec des jouets (qui resteront mystiques : la toupie, le rhombe, les osselets et le miroir), le massacrent et le découpent en morceaux qu’ils font cuire dans un chaudron et qu’ils consomment. Athéna ramasse pourtant son cœur dans un coffre et le donne à Zeus au moyen duquel il féconde ensuite Sémélé. Dionysos est ensuite ressuscité.  C’est à cette seconde tradition, où il est fils de Zeus et de Perséphone, que se rattache le mythe du démembrement de Dionysos.

Pour une narration plus précise sur le culte à Mystères de Dionysos – La quête de l’extase mystique , regardez Ludovic Richer nous en parler.

À la différence d’Osiris qui ressuscite au pays des morts, de l’inconscient, Dionysos meurt une première fois démembré lui aussi, en l’occurrence par les Titans peu après sa naissance, mais il renaît sur terre en Grèce chez les vivants. Poursuivre avec le texte de Marie-Laure Colonna Dionysos ou le temps retrouvé.

Les dionysies étaient des fêtes marquant les équinoxes. Les cultes à Mystères n’étaient pas des cérémonies bacchanales.

Quelle que soit la version, Dionysos connaît deux naissances, ce qui explique l’une de ses épithètes «le deux fois né».

Il y a une tradition pour dire que la tragédie grecque, dans sa forme la plus ancienne, n’avait pas d’autre objet que les souffrances de Dionysos. Pour Nietzsche, dans son livre La naissance de la tragédie, l’art est en même temps ce qui rend supportable l’horreur face au devenir : «Lui seul est à même de plier ce dégoût pour l’horreur et l’absurdité de l’existence à se transformer en représentations capables de rendre la vie possible

Par sa mort et résurrection, son culte rendu avec du pain et du vin, Dionysos, serait un antécédent païen de l’histoire de Jésus (Gnose Qui était Yeshoua 1

G. Mackey en a exploré les Mystères à lire dans son ouvrage The Symbolism of Freemasonry ou à écouter (en anglais).

Pour une interprétation du Corps morcelé de Dionysos par Frédérique Ildefonse : <journals.openedition.org/ateliers/11498>.

Le Mythe de l’éternel retour

Selon Mircea Eliade, historien des religions, l’univers subit la loi d’un éternel recommencement. L’histoire du monde se déroule de façon cyclique. Les astronomes babyloniens avaient découvert que les révolutions des planètes, les révolutions annuelles du soleil et de la lune sont des sous-ensembles d’une même période commune, la grande année, au terme de laquelle le soleil, la lune et les planètes reprennent leur position initiale par rapport aux étoiles fixes. Ils en avaient conclu que la vie de l’univers repasse éternellement par les mêmes phases.

La notion de cycle va alors imprégner de nombreux mythes qui furent inspirés par l’astronomie et le mouvement des astres. La distinction entre le passé et l’avenir s’efface pour laisser place à une vision plus globale du temps, une vision de l’éternel retour pressenti par ces peuples anciens et contemporains.  

Dans toutes les sociétés, il existe une conception de la fin et du début d’une période temporelle, fondée sur les rythmes biologiques et sur la régénération de la vie. L’homme a besoin de fixer des repères dans l’écoulement du temps. Ainsi, toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, reproduisant la création du monde, le retour à l’unité primordiale, le passage du chaos à l’ordre. Le passé cesse d’être irréparable, ce qui a été peut être revécu et le monde peut se réenchanter. Cette conception est présente dans l’Égypte ancienne, dans les rites à mystères des Grecs anciens, en Inde et en Extrême-Orient, dans les traditions celtes et en Amérique précolombienne.

L’idée générale de temps cyclique est probablement apparue pour la première fois dans la pensée hindoue. Le Samsâra, l’écoulement, désigne la transmigration des âmes, le cycle des renaissances, dont le principal moteur est le karma.  Les hommes sont alors destinés à renaître perpétuellement jusqu’à ce qu’ils atteignent l’éveil, l’illumination. Dans cette conception de la vie, la mort n’est qu’un simple passage d’une existence à une autre.

La doctrine de la transmigration des âmes était étroitement associée aux orphiques, et aux adeptes du philosophe et mathématicien Pythagore. Selon ses enseignements, l’âme, à peine sortie du corps, se retrouve comme en prison dans un autre corps. Elle est condamnée à se réincarner sans cesse à cause d’une souillure primitive. Le cycle des réincarnations est sans fin pour ceux qui ne sont pas initiés.

Dans L’Égypte ancienne, le mythe de l’éternel retour est celui du disque solaire, des crues du Nil, des jours et des saisons. Même au-delà de la mort, on retrouve ce mythe, car il y a une unité cosmique ; la loi de Thot rapportée par les textes des sarcophages commence ainsi : «Tout est cycle. Je recommence à vivre après ma mort. Je ressuscite après la mort.»

Aujourd’hui encore, de nombreux rites agraires, mimant cette renaissance, perdurent en Europe. Toute la doctrine est présente dans Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche : «Toutes les choses reviennent éternellement, et nous-mêmes avec elles. Tout s’en va, tout revient ; éternellement roule la roue de l’être. Tout meurt et tout refleurit, éternellement se déroule l’année de l’être.»

La question philosophique, et métaphysique, qui se noue derrière est, d’une part, celle du temps cyclique, indéfini, impensable en sa fin et donc structuré en une circularité qui va d’une création à un chaos ultime, où tout se refond et se refonde figuré par un cercle, d’autre part, celle d’une théologie, d’une finalité terminale, figurée par une progression linéaire. L’entrée dans un temps historicisé est inaugurée d’abord par la transgression d’Adam et Ève, ensuite par la sortie d’Égypte. Parallèlement, la représentation du temps cosmique est maintenue grâce à l’importance accordée aux cycles du calendrier et aux rituels (shabbat, jachère, jubilé). C’est avec la Bible que naît l’idée d’un temps qui se déploie à partir d’un commencement et qui va vers une fin. La théologie chrétienne, dès les premiers conciles, tente de valoriser une linéarité qu’elle oppose aux représentations cycliques des civilisations dites «païennes», ruinant les représentations cycliques agricoles et fondant un temps historique unique. Pour Papus, l’apprenti sera alors la graine qui éclot; le compagnon. la plante qui fleurit; le maître, la plante qui fructifie et le fruit qui tombe pour générer de nouvelles plantes par la fructification qui libère les graines contenues en lui.

L’éternel retour, également, n’est pas exactement un retour au «même». Dans le labyrinthe, la dialectique du «même» et de «l’autre» s’estompe. Le trajet labyrinthique est une progression régressive : la spirale contraint tout «voyageur» à revenir sur ses pas, on ne s’approche donc du centre qu’en s’en éloignant. On avance à coups de mémoire. Sortir du labyrinthe, revenir à la lumière, ne signifie pas retrouver un état antérieur qui soit le même – ce qu’indique la répétition- c’est une nouvelle naissance. On peut parler d’une «régression en avant» dans la mesure où la mémoire, le fil d’Ariane, annonce un futur. Il s’agit d’une mémoire eschatologique, d’une mémoire espérance. (Philippe Borgeaud, Exercice de mythologie, page 36)

On peut dire que le temps cyclique est un temps extérieur (chronos) mesurant le temps des horloges à l’intérieur duquel se vit un temps linéaire irréversible (Kairos) de la vie individuelle. «Chronos met en évidence l’élément quantitatif, calculable et répétitif du processus temporel» ; «Kairos désigne au contraire un élément qualitatif qui se signale par son absolue singularité».

Les Mythes solaires

Une histoire symbolique est une histoire combinée de telle sorte que l’évolution des personnages indique exactement l’évolution de la nature. Les mythologues modernes ont montré que toutes les histoires qui se rapportent aux divinités hindoues, égyptiennes, grecques, romaines et même au Christ n’étaient que des peintures plus ou moins parfaites de la marche du soleil ; de là le nom de « mythes solaires donné » à tous ces récits.

Dans la plupart des mythes ou légendes solaires, il y a un héros frappé à mort par un monstre, un génie, un assassin. Ce héros a une épouse, un fils.  Il est le soleil, sa femme est la terre, son fils l’homme. Malgré leurs divergences de récit, ces mythes arrivent tous à la même finalité : tantôt le héros ressuscite, tantôt il est vengé et remplacé par son fils. Le franc-maçon, en tant que fils de la veuve, est l’enfant qui devient homme en prenant la place d’Hiram.

Avec les heures d’ouverture et de fermeture des tenues, la présence des deux luminaires, le ciel étoilé, les paroles du rituel concernant le Vénérable placé à l’orient pour ouvrir les travaux, le chandelier à sept branches, la Franc-maçonnerie est bien positionnée au cœur d’allégories solaires. La loge est orientée selon la course solaire et les fêtes johanniques sont liées au culte solaire.

En tenue au troisième grade, ceux qui se déplacent à l’intérieur du temple ne marquent plus les angles comme ils le faisaient au grade précédent à l’image de la course du soleil mais aussi à l’image de la vie terrestre qui se précipite d’un seul élan de la naissance à la mort. L’assassinat d’Hiram, pris dans le style figuré ou allégorique, est comme la passion d’Osiris, comme celle d’Adonis, d’Atys, et de Mithra, un fait de l’imagination de prêtres astronomes, qui avaient pour but la peinture de l’absence du soleil sur la terre.

Le mythe d’Innana/Ishtar

Les anciens textes sumériens décrivent plusieurs divinités, masculines et féminines, mais une déesse était vénérée plus que toutes autres divinités, pendant des milliers d’années. C’est Inanna, la Grande Déesse astrale adorée depuis le début de la culture sumérienne. Elle s’est transformée en Ishtar plus tardivement en Mésopotamie akkadienne, en Anat et Atargatis en ancienne Syrie, en Ashtoreth et Astarté à Canaan et Israël, en Aphrodite à Chypre, en Athéna et Aphrodite en Grèce. Mariée à Tammouz (voir ci-dessous le mythe suivant), amoureuse repoussée par Gilgamesh dont elle se vengera.

Un ancien poème provenant de Nipur, un centre culturel et spirituel d’Akkadie, rapporte l’histoire de la descente d’Inanna dans le monde d’en bas. Au milieu de son règne en tant que reine des Cieux et de la Terre, Inanna décide de descendre dans le Monde d’en bas, le royaume de la mort gouverné par sa sombre sœur, Ereshkigal. Prévoyante, elle donne instructions à sa ministre, la déesse Ninshubar, d’attendre son retour dans trois jours. Si au bout de trois jours elle n’était toujours pas revenue, Ninshubar se lamenterait en battant le tambour pour elle. Inanna doit passer par sept portails dans sa descente. À chaque portail, elle est forcée d’abandonner des éléments de construction de son identité culturelle et sociale (ses 7 pouvoirs magiques volés au dieu Enki (qui veut dire qui suis-je ?), fondamentaux de la vie). Lorsqu’elle atteint enfin la dernière chambre caverneuse où se trouve Ereshkigal, elle est complètement nue et abaissée.

Les sept portes à travers lesquelles Inanna passe et descend dans le Monde d’en bas rappellent les sept niveaux de la ziggurat, comme les sept chakras du corps psychique hindou, et représentent les sept niveaux de conscience. Inanna doit descendre du plus haut niveau de sa divinité jusqu’à l’état le plus primitif de conscience.

Ereshkigal et les sept juges du Monde d’en bas entourent l’impuissante déesse et posent leur jugement contre elle. Parce qu’elle a traversé le royaume des morts, elle aussi doit mourir. Elle est tuée et son cadavre est suspendu sur un crochet à viande. Après trois jours et trois nuits, Ninshubar se met à se lamenter, battant son tambour, se plaignant aux dieux afin qu’Inanna revienne. Enki, le dieu de l’eau et de la sagesse, envoie deux esprits asexués qui libèrent Inanna en lui donnant la nourriture et l’eau de vie. Lorsqu’Inanna est ressuscitée, elle peut retourner chez elle, mais à une condition : elle doit trouver quelqu’un pour la remplacer dans le Monde d’en bas.

Sa renaissance préfigure dans les rites de résurrection des cultes à mystères qui ont fleuri dans le monde classique et dans lesquels les initiés recevaient leur vie nouvelle grâce au corps et au sang d’une divinité. Ce concept est symboliquement repris dans les rites de communion chrétiens.

Le mythe de Tammouz

Tammouz ou Tammuz, Dumuzi chez les Sumériens, est le dieu de la végétation, symbole de la mort et de la renaissance de la nature.

Chaque année pendant l’autommne il meurt, entrainé vers les enfers par les sept démons Gallus. Alors, la sécheresse et la désolation règnent sur terre. Mais Ishtar son épouse ira l’y rechercher.

Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre, qui régit la vie et la mort, épouse le berger Tammouz qui devint ainsi le souverain de la cité. Un jour, Ishtar (Innana) décide de descendre aux Enfers, séjour des morts, pour supplanter sa sœur aînée, pour y abolir la mort. Elle réussit à pénétrer dans le palais de sa sœur, mais doit se dépouiller de tous ses vêtements et abandonner tout son pouvoir. Sa sœur la fixe alors du regard de la mort et son corps devient inerte. Des messagers venus du monde d’en-haut parviennent à la rejoindre, mais les sept juges de l’enfer la retiennent en disant: «Qui donc, descendu aux enfers, est jamais remonté de l’enfer sans dommage ? Si Ishtar veut remonter des enfers, qu’elle fournisse un remplaçant». Le remplaçant sera son mari Tammouz. Devant les lamentations de Tammouz, la souveraine des enfers, regrettant la perte de son époux, obtient des dieux l’autorisation de son retour cyclique parmi les vivants pour redonner à la vie sa puissance fertile ; il ne restera qu’une moitié de l’année dans le monde des morts et sa sœur le remplacera pour l’autre moitié.

Quand l’agriculture et l’élevage furent des faits acquis, et à mesure que le rôle du mâle dans la génération apparut comme un élément vital, on adjoignit à la Genitrix, qu’elle fut appelée Terre-Mère ou reine des cieux ou autrement, un époux destiné à jouer le rôle essentiel de procréateur, même si en Mésopotamie, il n’était que le serviteur ou le fils de la Déesse, productrice de toute vie. Dans les communautés agricoles comme celles des vallées du Tigre et de l’Euphrate, lorsque le culte de la naissance fut rattaché au cycle saisonnier et aux rites de la végétation, la Déesse-Terre fut considérée comme détenant la fécondité de l’ensemble de la nature et devint ainsi chargée du renouveau périodique du sol, renouveau qui se produisait après les froids de l’hiver ou la sécheresse de l’été. En conséquence, elle prenait la forme d’une déesse aux aspects multiples, au caractère à la fois maternel dont Ishtar n’est que l’un des noms.

La nécessité allégorique exigeait l’union de la déesse qui incarnait la fertilité en général avec le dieu qui personnifiait le pouvoir créateur du printemps. Selon le cycle normal des saisons, il mourait et passait dans le séjour de nuit et de la mort, d’où les mortels ordinaires ne peuvent pas revenir. En Mésopotamie, la terre-mère était la source intarissable de la vie nouvelle. C’est elle qui permettait à la végétation de se renouveler, qui veillait sur les récoltes et qui présidait à la propagation de la race humaine comme à celle des espèces animales. Sous son aspect d’Inanna-Ishtar, par ses noces avec Doummouzi-Tammouz, dieu qui incarnait le renouveau printanier, elle symbolisait et même produisait effectivement le renouveau de la végétation, qui délivrait la terre d’une stérilité néfaste. Mais cette union ne devenait effective qu’après la lutte perpétuellement renouvelée entre les deux forces naturelles opposées : celle de la fécondité et celle de la stérilité. Une fois cette lutte victorieusement terminée par le triomphe du bien, Tammouz sauvé du royaume de la mort et rendu à la lumière dans tout l’épanouissement de sa virilité, la vie se répandait à nouveau sur la terre. C’est du retour de «l’enfant ressuscité» de la Déesse que dépendait l’élan nouveau qui faisait jaillir de la terre desséchée le flux vital.

Ce mythe permettait d’expliquer aux humains la succession des saisons et les différentes modifications de la nature au cours du déroulement de l’année ; à l’automne et en hiver, Tammouz est absent parmi les vivants, à son retour au printemps et en été, la vie réapparaît sur terre. Après sa mort et sa résurrection, il sera mis au rang des dieux. Son culte se répandit en Syrie, en Phénicie et jusqu’en Judée, et il portera alors aussi les noms d’Adonis, Eshmoûn, Simon, Doumouzi.

Le mythe d’Adonis

Adonis est le type de héros de toutes les initiations. Les femmes grecques se faisaient un pieux devoir de pleurer aux cérémonies commémoratives de la mort d’Adonis, tué par un sanglier furieux. Cette légende illustre le rite solaire où le soleil féconde d’abord la nature pendant le printemps et l’été. Après cette époque, cet astre perd ses facultés productives. Voilà pourquoi, dans l’automne, Adonis allant à la chasse, est terrassé par un sanglier (symbole de l’hiver), qui le mutile et le prive de ses facultés génératrices. Avant d’être rendu à Vénus, qui déplore sa perte, ce dieu, dont la mutilation et la mort ne sont qu’une fiction, doit passer les six autres mois de l’année avec la Vénus (ou la nature) de l’hémisphère inférieur, cette femme des constellations, placée sur les sphères, devant le serpent, prœ serpens, d’où vient le nom de Proserpine. Voilà donc le soleil du printemps ou de l’été, mourant en automne, pour revenir au printemps suivant.

Le mythe de Perséphone/Proserpine

Perséphone occupe une place importante dans les cultes de nombreuses villes, en particulier ceux d’Éleusis, de Thèbes et de Mégare, ainsi qu’en Sicile et en Arcadie.

Divinité infernale, elle est aussi à l’origine une déesse du blé, comme sa mère Déméter. Chez les Grecs, la fertilité du sol est étroitement liée à la mort, et les grains de semence sont conservés dans l’obscurité pendant les mois d’été pour la germination, avant les semailles de l’automne. Ce retour de la vie après l’ensevelissement est symbolisé par le mythe de Perséphone, enlevée, puis restituée qui a donné naissance aux rites des mystères d’Éleusis. Pour les fidèles, le retour sur terre de la déesse est une promesse formelle de leur propre résurrection.Ce mythe de l’agriculture est à rapprocher du mythe de Mithra.

La rupture d’une relation naturelle et fusionnelle entre Perséphone et sa mère, la déesse des moissons Déméter, est l’occasion d’une réflexion sur une problématique centrale à tout processus d’émergence : la confrontation à l’éloignement. L’enlèvement de la jeune fille par son oncle, le roi des morts, le refus de la Korê (la jeune fille) de s’unir à lui, le compromis trouvé entre la volonté d’Hadès et les incessantes résistances de la mère et de la fille face à la coupure, conduisent à une interrogation sur le travail du négatif, plus précisément sur la tension entre séparation nécessaire et séparation impossible et sur le sens de cette tension pour le processus créateur.

Le mythe de Déméter-Cérès

Cette déesse est en fait une divinité unique honorée par tout l’univers, mais sous différentes formes, sous divers noms, par différences cérémonies. Les Phrygiens, les premiers nés des hommes l’appellent la Pessinontienne mère des Dieux ; les Athéniens, Minerve Cécropienne ; les Chypriens, Vénus Paphienne ; les Crètois, Diane Dictynne ; les Siciliens, Proserpine Scygienne ; les Éléusiniens, l’ancienne Déesse Cérès ; elle est surnommée Cabiria par les Thébains ; par d’autres, Junon ; par d’autres encore, Bellone ; quelques-uns, Hécate ; quelques autres, Rhamnusie. Mais les Égyptiens, qui sont instruits de l’ancienne doctrine, l’honorent avec des cérémonies qui lui sont propres et l’appellent de son véritable nom, la Reine Isis. Déméter, dont le nom, sans doute une concaténation des mots grecs signifiant «terre et mère», était la déesse de l’agriculture et des moissons. Elle représentait la terre cultivée et féconde contrairement aux autres déesses comme Gaia ou Rhéa qui personnifiait la terre en tant que matière. C’est elle qui facilitait la germination et la pousse des plantes.

Fille de Cronos et Rhéa, elle fait partie des douze Olympiens même si elle préférait résider à Éleusis au contact de la terre plutôt que sur l’Olympe.

Elle fut assimilée par les Romains sous le nom de Cérès qui était une divinité latine très ancienne associée aux moissons. Anciennement en Attique, les morts s’appelaient les céréaliens.

Quand Hadès, souverain des morts, enleva sa fille Perséphone pour en faire son épouse, Déméter partit à sa recherche et négligea les récoltes de la terre. En prenant la forme d’une vieille femme nommée Doso, elle erra pendant neuf (9) jours. Se rendant compte qu’une famine menaçait les mortels, Zeus se décida à envoyer Hermès au royaume d’Hadès pour lui demander de rendre Perséphone à sa mère. Mais Perséphone avait mangé six pépins de la grenade offerte par Hadès, en guise de dernière ruse pour la garder avec lui ; la tradition voulait que quiconque mangerait dans le royaume des morts ne puisse le quitter. Zeus s’entendit pour que Perséphone passe les six mois cultivables sur la terre avec sa mère et les six mois du reste de l’année avec son époux. C’est de ce mythe de Perséphone qu’est né le cycle des saisons dans la mythologie grecque.

Son culte est fondé sur le rythme des saisons; il est à la source des Mystères d’Éleusis. Le secret de ses Mystères était très bien gardé et sa divulgation était punie de la peine de mort ; Eschyle faillit en être condamné.

Démeter était aussi particulièrement vénérée par les femmes, par exemple lors des Thesmophories à Athènes, cérémonie qui reçut son nom de l’épithète de la déesse Thesmophoros (la Législatrice) et qui était réservée aux femmes ; celles-ci rendaient un culte à la fertilité aussi bien pour elles-mêmes que pour la cité ; Aristophane en fait le sujet de sa comédie, Les Thesmophories.

Les temples de Démeter, appelés mégara, se trouvaient souvent dans les forêts.

Bernard Dov Hercenberg remarque,dans son article Le mythe de Déméter et la tension entre la séparation tentée et la séparation impossible, que le mouvement de retour qui est présent dans le mythe de Déméter n’est pas sans rappeler certains paramètres de l’Aufhebung hégélienne et de l’Überwindung nietzschéenne. Non seulement parce que cet éternel retour implique une confrontation au négatif mais parce que ces allers et retours se font par des mouvements de montée et de descente. Car Perséphone est celle qui répétitivement s’enfonce dans le sein de la terre pour aller vers le royaume d’Hadès et répétitivement remonte à ciel ouvert retrouver sa mère. Le mouvement de Perséphone pour faire face à la négativité s’accomplit par d’incessantes montées et descentes qui, en somme, font le tour de la négativité d’une part, de la vie et de la lumière d’autre part. Ces descentes et ces remontées permettent une reconnaissance des différences et une prise en compte du tout. Elles articulent une connaissance dont l’une des caractéristiques est, d’une certaine façon, un «surmontement» du négatif et de la différence. Dans ce sens, elles ne sont pas sans évoquer les montées et les descentes dont parle la philosophie depuis Platon à propos du rapport entre le sensible et le suprasensible. Le mythe shintoïste de la déesse Amaterasu est, à rapprocher de celui de Déméter. Cette divinité féminine aurait introduit la riziculture, la culture du blé et les vers à soie. Dans la légende la plus célèbre à son sujet, elle s’enferme dans une grotte, provoquant des catastrophes sur la terre et dans les cieux.

Le Mythe de Mithra

Mithra est une divinité indo-européenne. Plusieurs documents hittites confirment son existence dès le IIe millénaire avant J.-C.

Le nom Mithra est formé du persan mithri ou mether qui signifie Seigneur, titre que donnent au dieu Mithra quantité d’inscriptions, en particulier Julien l’apostat qui l’appelait tantôt roi de toutes choses, tantôt seigneur, ici témoin, là père et quelque fois protecteur. Les Gaulois avaient la même idée que les Perses et les Romains, ils qualifiaient le soleil de Seigneur de l’Empire romain.

En l’absence de textes sur le mithraïsme, écrits par les adeptes eux-mêmes, les principales sources d’information exploitables sont les images sacrées trouvées dans les mithræa.

Mithra naît d’une roche féconde, la Pétra géneratrix,au pied d’un arbre sacré, près d’une source cultuelle, avec un bonnet phrygien sur la tête, un couteau de chasse dans une main et un flambeau dans l’autre. Des bergers, venus adorer l’enfant dieu, prirent soin de lui et lui offrirent du bétail et des fruits de la terre. Étant nu, il coupe les feuilles d’un figuier et s’en fait un pagne, cueille les fruits et les mange. Puis il se met en marche pour affronter les puissances qui peuplent  l’univers.

Il rencontre le taureau primordial qui paissait dans les montagnes, décide de le monter mais, dans le galop sauvage de la bête, Mithra tombe  et s’accroche aux cornes de l’animal. La bête épuisée, Mithra l’attache et la charge sur ses épaules. Ce voyage avec le taureau se nomme Transitus.

Quand Mithra arrive dans la grotte, un corbeau envoyé par le Soleil lui annonce qu’il devrait faire un sacrifice. Flanqué de deux dadophores (qui portent des torches), Cautès torche levée et Cautopatès torche baissée, représentant respectivement le lever et le coucher du soleil (ou les signes du zodiaque qui marquent l’entrée, le premier dans la saison chaude, le second dans la saison froide)un genou sur le taureau, Mithra plante un couteau dans sa gorge tournant les yeux vers le corbeau, messager du Soleil. Touché au cœur le taureau s’effondre. De la colonne vertébrale du taureau sort du blé, et de son sang coule du vin.

Pour approfondir les origines du mythe, compléter avec le texte de  René P. Bacqué de Balagué, Mithra, un dieu franc-maçon, vraiment ?

Furibond, l’esprit du mal Angra Mayniu se déchaîne contre les bienfaits du taureau qu’il décide d’anéantir, en envoyant des animaux impurs pour détruire la source de la vie. Arrivent alors le chien qui mange le grain, le scorpion qui serre les testicules de la bête avec ses pinces, le serpent  buvant le sang de la blessure. Mais la Lune, fidèle compagne du Soleil, avec son aide, rassemble et purifie la semence du taureau pour parachever le travail de Mithra, donnant naissance à toutes sortes d’animaux utiles. Furieux, Angra Mayniu, dépêche une multitude de calamités contre les hommes  dont un déluge destiné à rayer l’humanité de la création.  Heureusement Mithra veillait et avertit un homme qui construit une arche solide pour sauver les créations terrestres.

À court d’imagination, l’esprit du mal Angra Mayniu, cesse provisoirement toutes tentatives contre les hommes.

Après avoir accompli la mission que le dieu Ahura Mazda lui avait confiée, Mithra participe, avec son vieil ami le Soleil à un dernier banquet solennel, ou il mange le pain et boit le vin. Ensuite il s’élève au ciel où il continuera de vivre veillant sur les hommes et les protégeant du mal.

Quant au taureau sacrifié il fut élevé au ciel où il devint une constellation.

Le Mithraïsme avec Thierry Rodmacq 

Le mythe de Mithra n’est pas sans rappeler des éléments d’autres traditions. Comme il leur est antérieur, on peut se poser la question de l’influence de ce mythe sur ceux du déluge, du solstice, de l’eucharistie, de l’Ascension, de Jésus en somme, et pourquoi pas de la Franc-maçonnerie. (Gnose Qui était Yeshoua 2).

Le mythe d’Odin

Odin est le dieu principal de la mythologie nordique. Son rôle, comme pour la plupart des dieux nordiques, est complexe, étant donné ses fonctions multiples : dieu du savoir, de la victoire et de la mort. Dans une moindre mesure, il est également considéré comme le patron de la magie, de la poésie, des prophéties, de la guerre et de la chasse.

Odin est représenté comme un homme âgé, barbu et borgne. Il est une divinité polymorphe. Il se déplace sur un cheval à huit jambes nommé Sleipnir, armé de sa lance Gungnir. Lorsqu’il est dans son palais, la Valhöll, les deux corbeaux Hugin (la pensée) et Munin (la mémoire) lui racontent à l’oreille ce qu’ils ont vu des neuf mondes. De plus, deux loups, Geri et Freki, restent à ses pieds. Son trône, Hlidskjalf, lui permet de voir tout ce qui existe dans les neuf mondes. Mimir est un géant, incarnation de la mémoire dans la mythologie germanique. «Odin voulait connaître les runes et les révéler. Les runes, ces signes mystérieux, écriture secrète et magique, symboles d’une connaissance interdite auxquelles les dieux n’avaient pas accès. Neuf jours et neuf nuits, il médita dans l’ombre protectrice d’Ygdrasil. Puis il demanda aux autres dieux de réaliser son désir. C’était un véritable sacrilège que de réclamer ce pouvoir interdit aux dieux, aussi refusèrent-ils. Alors Odin demanda l’arbitrage des Nomes (déesses vierges celto-druidiques : Urd : la sœur aînée, enroule les fis autour du fuseau, donnant ainsi la vie en «créant» littéralement de nouvelles destinées. Verdandi : file la laine et choisit la direction que chaque fil de destinée prendra. Skuld : la cadette est associée à la mort qu’elle décide en coupant les fils), les tisseuses qui tissent le destin, symbolisé par le triskèle. Les gardiennes des portes sombres, après réflexion, lui furent favorables, mais elles lui imposèrent de terribles conditions. Odin accepta le sacrifice, en toute connaissance de cause. Il se pencha sur la fontaine de Mimir. Comme il ne voyait rien, il sacrifia son œil droit, qui tomba dans la source sacrée. Alors il vit. Il vit les temps infinis, la profondeur de la mémoire, le passé et le futur des hommes. Puis, il se perça le flanc de sa lance et les dieux le pendirent, la tête en bas, par un pied, sur l’if sacré où il était né. Tous les bourgeons de l’arbre se mirent à saigner. Pendant neuf terribles nuits de souffrance, le dieu borgne resta suspendu à Ygdrasil. Neuf nuits, comme il faut neuf mois pour faire un homme… Alors que les ténèbres cédaient la place au soleil, le dieu fut illuminé par la lumière des runes enfin révélées. En découvrant les runes, Odin devint «le prince du pouvoir gravé». Odin enseigna qu’il faut utiliser les runes dans toutes les circonstances de la vie, car elles sont un guide, une aide, elles sont l’espoir des désespérés, les fidèles compagnes du cœur brisé par la solitude». Il était un Dieu ase de la sagesse et une des deux divinités envoyées en échange de la paix aux Vanes. Mais ces derniers, en réalisant qu’ils avaient été bernés, décapitèrent le Dieu et envoyèrent sa tête aux Ases. Toutefois, Odin l’enduisit d’une mixture d’herbes pour qu’elle ne pourrisse pas et il l’enchanta de sortilèges. Une fois ramenée à la vie, la tête était capable de parler et de révéler des secrets occultes, de nombreuses vérités que personne d’autre ne connaît. Odin la plaça sous les racines d’Yggdrasil près du puits au même nom que la tête momifiée. Il devient ainsi le gardien de la Mimisbrunn, la «source de Mimir», source qui renferme la sagesse et l’intelligence.

Frêne mythologique de la religion scandinave primitive datant de 2500 ans avant J.-C. l’Yggdrasil, l’arbre-monde vient de la mort d’Ymir, le géant primordial né du chaos. Tué par ses fils, il se métamorphosa. Le sang du géant se changea en mer, son crâne se transforma en arc en ciel (le Bifrost), ses poumons en nuages, ses os en montagnes et ses cheveux en arbre-pilier du monde et de toutes natures. Les bouleversements d’Ymir ont créé un Nouveau Monde c’est sa renaissance dans la mort. Il vit dans le monde dont il est la seul source.

Sur lui reposent neuf royaumes. Il aurait trois racines, dont l’une puise à la fontaine d’Urd, là où les Ases tenaient conseil et où les Nornes, vieilles sorcières très sages et craintes des dieux, fixent la durée de la vie  des hommes, versant sur l’arbre l’eau de cette fontaine afin de lui assurer une sève et une verdure perpétuelles. La deuxième racine s’étend vers le pays des géants ; elle puise à la fontaine de Mimir censée contenir la source de toute sagesse ; la fontaine est gardée par un géant et abrite la tête du dieu Mimir qui détient les secrets de l’univers. Quant à la troisième racine, elle  provient de Nieflein, l’enfer scandinave, où elle est constamment rongée par un dragon, Nídhögg, mais où elle se régénère sans cesse.

En d’autres termes, on pourrait dire que l’arbre du monde puise son énergie dans les expériences vécues (la mémoire ancestrale), les connaissances secrètes (les secrets de l’univers et des dieux), et dans la destinée des êtres (l’évolution de la conscience).

Sur la branche la plus élevée d’Yggdrasil se tient un aigle, tandis que d’autres animaux sont perchés sur les autres rameaux : une chèvre, un cerf, de ses cornes ruisselle l’eau qui tombe dans Hvergelmir, un écureuil, Ratatosk, courant sans cesse dans l’arbre, ne cessant de semer la discorde entre le dragon et l’aigle.

Voir l’article de Mircea Eliade : Le mythe d’Yggdrasil, l’arbre cosmique des scandinaves.

Le Mythe des Cabiri

Les Cabiris étaient des dieux dont le culte était d’abord établi dans l’île de Samothrace, où les Mystères de Cabiric étaient pratiqués. Les dieux appelés les Cabiri étaient à l’origine deux, et ensuite quatre, ils sont supposés, par Bryant, faire référence à Noé et à ses trois fils ; les Mystères de Cabiric étant une modification du culte de la déesse-lune (Astartée ou Ishtar) à laquelle on consacrait des arcs en bois d’acacia.

Dans ces mystères, il y eut une cérémonie appelée la «mort cabrique», dans laquelle se représentaient au milieu des gémissements et des larmes et de la réjouissance subséquente des initiés, la mort et la restauration à la vie de Cadmillus, le plus jeune des Cabiri. La légende raconte qu’il avait été tué par ses trois Frères qui s’enfuirent ensuite avec ses parties viriles dans un panier mystique. Son corps, couronné de fleurs, fut enterré au pied du mont Olympus. Clément d’Alexandrie parle de la légende comme du mystère sacré d’un frère tué par ses frères ou dans  l’original comme frater trucidatus a fratribus. Certains auteurs supposent que les trois Cabiri, ou Corybantes, symbolisent le soleil, la lune et la terre, censée être tuée dans l’éclipse, et citent les mots d’Hésiode – «Taché de sang et tombant entre les mains de deux corps célestes.»

Le Casmillus tué avait la même signification que le dieu solaire osirien dans les livres phéniciens, babyloniens et égyptiens. Le sang, auquel il est fait référence dans la version phrygienne des rites cabiriques rappellerait les cosmogonies avec quelques références curieuses qui peuvent caractériser la circoncision, le baptême de sang mythique, et le Taurobolium ou le baptême de taureaux (John Yarker, The Arcanes Schools, 1909 : <hermetics.org/yarker2.html>).

Goblet D’Aviella raconte dans son livre Origine du grade de maître dans la Franc-maçonnerie (1905) : Dans les  mystères des Cabires, à Samothrace, on mettait en scène l’histoire tragique des trois frères, Axiéros, Axio-kërsos et Axiokersa. D’après la version de la légende que rapporte Pirmicus Maternus, deux des Cabires mettaient le troisième à mort et l’enterraient au pied du mont Olympe ; il était ensiiite ramené à la vie par Hermès. La décoration de certains miroirs étrusques repré-sente les scènes successives de ce drame. Dans l’une, on voit Axiéros saisi par ses frères, devant deux colonnes à. cliapiteau corinthien. Dans une autre, Hermès, accompagné de deux satyres qui lui servent d’acolytes, s’approche du corps et s’efforce de le ressusciter avec sa baguette magique.

Les dieux cabiriques étaient considérés comme les instructeurs de l’humanité dans toutes les connaissances utiles; les rites magiques, la construction, la fusion et le travail des métaux, la construction navale, la musique, etc., étaient dénommés Technites ou artificiers. Sanconiathon dit qu’Ouranos était le père des sculpteurs, tout comme Hiram le père ou Abiv des maçons, les métallurgistes, les sculpteurs et les teinturiers, et en vérité un Cabir.

Il est généralement supposé que ces mystères ont été institués en l’honneur d’Atys, le fils de Cybèle ou Déméter, dont Cadmillus était seulement un autre nom. Selon Macrobius, Atys était une des appellations du soleil, et nous savons que les mystères ont été célébrés à l’équinoxe vernal. Ils durèrent trois jours, pendant lesquels ils représentaient dans la personne d’Atys, ou de Cadmillus (le plus jeune des Cabiri), la mort énigmatique du soleil en hiver, et sa régénération au printemps. Selon toute probabilité, dans l’initiation, le candidat traversait un drame dont le sujet était la mort violente. La «mort cabrique» était, en fait, une légende, comme on peut le comprendre, très analogue en esprit à celle du troisième degré de la Franc-maçonnerie hiramique.

Alors l’époptie d’Hiram présentée aux francs-maçons est-elle un conte, une légende ou un mythe? Qu’en pensez-vous?