Avec Les Bijoux de la Castafiore, Hergé renverse la grande mécanique de l’aventure pour enfermer Tintin, Haddock, Tournesol, la Castafiore et les Dupondt dans le théâtre clos de Moulinsart.
Rien ne part vers le monde, tout revient vers l’intérieur. L’album devient alors une chambre d’échos, une méditation burlesque sur le soupçon, la parole troublée, les fausses pistes et la nécessité maçonnique du discernement.
Les Bijoux de la Castafiore, vingt-et-unième aventure de Tintin, paraît en album chez Casterman en 1963, après une prépublication dans le journal Tintin de 1961 à 1962.
Le site officiel de Tintin le présente comme une comédie classique à huis clos, un anti-récit où l’aventure cède la place aux malentendus et à la difficulté de communiquer.
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Hergé, de son vrai nom Georges Remi, né à Etterbeek le 22 mai 1907 et mort le 3 mars 1983, avait déjà transformé la bande dessinée européenne en langage de clarté, d’ellipse, d’ironie morale et de précision graphique. Depuis Tintin au pays des Soviets jusqu’à Tintin au Tibet, depuis Le Lotus bleu jusqu’à L’Affaire Tournesol, son œuvre n’a cessé d’interroger la vérité, l’aveuglement, l’amitié, les puissances politiques, le mensonge médiatique et la part secrète des êtres.
Ici, pourtant, Hergé accomplit l’un de ses gestes les plus audacieux
Il retire à l’aventure son mouvement extérieur. Plus de départ, plus d’exotisme, plus de frontière franchie, plus de territoire inconnu. Le château de Moulinsart devient le lieu unique, presque le laboratoire d’une expérience morale. Les personnages ne voyagent plus parce que le voyage véritable s’est déplacé. Il ne traverse plus les continents, mais les apparences. Il ne franchit plus les mers, mais les préjugés. Il ne découvre plus un temple englouti ou une civilisation lointaine, mais les fissures minuscules de la parole humaine.
Cette immobilité n’est pas pauvreté narrative
Elle est dépouillement. Hergé fait de Moulinsart une maison intérieure, un espace initiatique où chaque porte ouverte produit un malentendu, où chaque bruit devient présage, où chaque arrivée trouble l’ordre apparent. La Castafiore surgit comme une puissance vocale, solaire et envahissante, portant avec elle l’opéra, les bijoux, les bagages, les journalistes, les fleurs, la rumeur. Elle chante Faust et avec elle revient toute la question de l’image, du reflet, de la parure et de l’illusion. Son émeraude, pierre verte de désir et de vanité, semble condenser l’alchimie ambiguë de l’album. Elle brille, disparaît, accuse, puis revient par une voie inattendue. La pierre n’est pas seulement un objet perdu. Elle est le miroir de ceux qui la regardent.
Le génie d’Hergé tient à cette manière de faire naître le soupçon à partir de presque rien Nestor, Irma, les Tziganes, les domestiques, les visiteurs, chacun devient un instant le porteur possible de la faute. Les Dupondt enquêtent avec leur méthode circulaire, persuadés de chercher la vérité alors qu’ils ne font souvent que confirmer le désordre de leur regard. À travers eux, Hergé livre une leçon subtilement maçonnique. Voir n’est pas discerner. Accuser n’est pas comprendre. Interroger n’est pas instruire. Le soupçon, lorsqu’il n’est pas purifié par l’examen intérieur, devient une machine à fabriquer de l’injustice.
La présence des Tziganes donne à l’album une profondeur fraternelle que la légèreté du trait ne doit pas dissimuler
Hergé place à Moulinsart ceux que la société tient à distance, ceux que la rumeur désigne avant même d’avoir regardé. Haddock, malgré ses brusqueries, leur offre un lieu. Tintin refuse la pente facile de l’accusation. Le récit, sous son rire, travaille donc une matière grave. Il montre comment une communauté se juge à sa capacité d’accueillir l’étranger sans le transformer en coupable. Le site officiel de Tintin souligne d’ailleurs cette dimension en rappelant que le dialogue avec ces visiteurs inattendus dissipe de nombreuses idées fausses.
La véritable initiation de l’album passe aussi par l’escalier. La marche brisée, les chutes répétées, les attentes du marbrier, les retards, les appels manqués composent une symbolique de l’obstacle.
Michel Serres a vu dans l’escalier l’un des éléments directeurs de l’œuvre, et cette intuition éclaire admirablement le livre
L’escalier relie les niveaux de la demeure comme la parole devrait relier les êtres. Or tout se dérègle. La communication boite. Le langage trébuche. Les noms sont déformés, les messages se perdent, les télégrammes affolent, la télévision amplifie, la presse invente. Hergé anticipe avec une ironie presque prophétique notre monde saturé de signes, où chacun parle beaucoup et entend mal.
Dans cette perspective, Les Bijoux de la Castafiore devient une méditation sur le bruit
Le bruit du téléphone, le bruit des pas, le bruit des casseroles, le bruit médiatique, le bruit des voix qui se croisent sans se rejoindre. La Castafiore chante trop fort, Haddock gronde, Tournesol n’entend pas, les journalistes interprètent, les Dupondt concluent trop vite. Au cœur de cette cacophonie, Tintin demeure celui qui écoute autrement. Non pas celui qui impose une vérité, mais celui qui laisse les faits se décanter. Sa méthode est initiatique parce qu’elle ne confond pas vitesse et lumière. Il attend, observe, relie, rectifie. Il pratique cette patience du regard sans laquelle aucune connaissance véritable ne peut advenir.
La chute finale, avec la pie voleuse, offre l’une des plus belles ironies d’Hergé
Après tant de soupçons humains, après tant de raisonnements vains, la vérité vient d’un oiseau, d’un éclat attiré par un autre éclat. La faute n’était ni morale, ni sociale, ni criminelle. Elle relevait d’un mouvement instinctif, presque naturel. L’émeraude retourne à la lumière après avoir traversé l’ombre des accusations. Le symbole est puissant. L’homme cherche souvent un coupable parce qu’il supporte mal le mystère. Hergé répond par le rire, mais ce rire a la profondeur d’une sagesse. Le monde n’est pas toujours gouverné par le complot. Il l’est parfois par la maladresse, le hasard, l’aveuglement, l’écho d’une peur ou le scintillement d’une pierre.
Les Bijoux de la Castafiore est ainsi l’un des sommets secrets de l’œuvre d’Hergé
Sous la comédie, une ascèse. Sous le vaudeville, une chambre de réflexion. Sous la parure de la diva, une leçon sur l’apparence. Sous l’enquête policière, une critique du jugement précipité. Sous l’album apparemment immobile, un déplacement intérieur d’une rare intensité. La lecture des planches confirme cette économie magistrale où chaque gag, chaque répétition, chaque porte ouverte ou refermée, chaque chute et chaque malentendu travaille la même énigme lumineuse.
Hergé nous rappelle ici que le vrai trésor n’est pas l’émeraude de la Castafiore, mais cette capacité rare à distinguer la lumière du reflet, la vérité de la rumeur, le signe du bruit. À Moulinsart, le monde ne s’élargit pas par le voyage. Il s’approfondit par le regard.
Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.
Les aventures de Tintin – Les Bijoux de la Castafiore
Une voix belge pour penser la culture, le vivant et l’humanité
Anthropologue de formation, diplômé de l’Université Libre de Bruxelles, Daniel Menschaert a mené une carrière d’enseignant en sciences humaines, puis de fonctionnaire au ministère de la Culture, avant d’achever son parcours professionnel dans la diplomatie. Ce chemin dit déjà beaucoup d’un homme attentif aux rites, aux cultures, aux formes symboliques et aux manières dont les sociétés humaines donnent sens à leur présence au monde. Chez lui, l’anthropologie n’est pas seulement une discipline universitaire. Elle devient une manière d’habiter le réel, d’écouter les mythes, d’interroger les héritages et de chercher, derrière les apparences du social, ce qui relie l’être humain à plus vaste que lui.
Daniel Menschaert
Passé Grand Maître National de la Fédération belge de l’Ordre maçonnique mixte international Le DROIT HUMAIN, Daniel Menschaert porte une parole maçonnique à la fois humaniste, sociale, culturelle et écologique.Ses ouvrages en témoignent avec une belle cohérence intérieure. Errances initiatiques, publié en 2017, occupe à cet égard une place singulière. Livre maçonnique, mais aussi profondément autobiographique, il annonçait déjà les grandes intuitions de Qui parlera du loup ?– Nature et le symbolisme maçonnique en posant la question d’une humanité foncière, capable de relier l’être humain à l’ensemble de la nature.Progrès de l’humanité, progrès en humanité etCulture et franc-maçonnerie, même combat ?prolongent cette même interrogation. Comment travailler l’homme intérieur sans se détourner du vivant, de la culture, de la liberté, de la justice et des combats de la cité.
450.fm avait déjà évoqué Daniel Menschaert lors de la conférence publique du 11 mai 2024 à Dinan, où il intervenait aux côtés de Sylvain Zeghni, Grand Maître National de la Fédération française du DROIT HUMAIN, sur le thème « Le progrès de l’humanité à l’heure du réchauffement climatique ». La même fraternité de réflexion s’était également exprimée dans l’émission « Divers aspects de la pensée contemporaine », diffusée sur France Culture, qui avait donné la parole aux Fédérations française et belge du DROIT HUMAIN autour de l’Europe, du vivant et du rôle des francs-maçons dans le débat citoyen.
Les 8 questions de 450.fm à NOTRE TRÈS CHER FRÈRE Daniel Menschaert.
C’est donc une voix rare que 450.fm reçoit aujourd’hui. Une voix belge, mais pleinement européenne. Une voix maçonnique, mais ouverte aux urgences de notre temps. Une voix initiatique, mais jamais séparée des questions de culture, de nature, de dignité humaine et de fraternité active.
450.fm :Vous êtes anthropologue de formation, enseignant en sciences humaines, ancien fonctionnaire au ministère de la Culture puis diplomate. Comment ce parcours profane a-t-il nourri votre cheminement maçonnique, et comment la franc-maçonnerie a-t-elle transformé votre regard sur les rites, les mythes, les cultures et les sociétés humaines ?
Daniel Menschaert : C’était précisément l’objet du livre « Errances initiatiques », faire le lien entre notre vie profane et l’entrée en Franc-Maçonnerie. J’ai toujours défendu l’idée que l’entrée en FM n’est pas le début d’un parcours initiatique. Celui-ci commence bien avant sans que l’on s’en rende compte. Ce sont tout une série d’événements de notre vie d’avant qui un moment donné s’articulent et font qu’entrer en Franc-Maçonnerie est une évidence. J’ai essayé de faire cet exercice, ce retour en arrière me concernant à la recherche d’indices, d’éléments qui ont conduit à structurer ma pensée. Et ce travail là, c’est sans doute ma formation en Anthropologie qui m’a conduit à toujours faire ce travail qui consiste à découvrir des traces éparses , très enfouies en nous parfois, apparemment indépendantes les unes des autres mais qui, s’entrecroisent, s’influencent, puis se relient et finalement forment un tout et qui en ce qui me concerne m’a préparé à l’entrée en Franc-Maçonnerie. Je crois que dans une vie beaucoup de choses concourent à nous amener vers le Temple maçonnique, notre formation, nos rencontres, nos lectures, toutes les formes de lectures, en qui me concerne par exemple, Jules Verne, Zola, Balzac, Jack London, Rudyard Kipling, Frison Roche et quelqu’un qu’en France vous connaissez sans doute moins, Edward Dekker l’auteur de Max Havelaar, véritable procès du colonialisme que nous lisions en néerlandais à l’école. Certes j’ai lu ces livres d’abord au premier degré et ce n’est qu’avec le temps que j’ai découvert autre chose dans ces livres. Les péripéties amusantes, rocambolesques ou dramatiques, comme des fables en quelque sorte nous conduisait à tirer des leçons de nature morale, éthique, philosophique.
450.fm :La Fédération belge du DROIT HUMAIN occupe une place singulière dans le paysage maçonnique européen. Comment définiriez-vous aujourd’hui son identité, entre mixité, internationalisme, liberté de conscience, engagement humaniste et fidélité à la méthode initiatique ?
D. M. : La fédération belge appartient à cette grande famille de la maçonnerie libérale et adogmatique européenne aux côtés d’obédiences comme le Grand Orient, la Grande Loge féminine, etc. Elle appartient évidemment à l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, elle est la deuxième Fédération en nombre de membres de cet Ordre.
Près de 8000 membres ce qui fait, ceci dit en passant, un taux de pénétration par rapport à la population plus élevé que nos amis français par exemple. C’est un petit clin d’œil amical et taquin. C’est vrai que la Fédération belge a quelques originalités qu’elle défend d’ailleurs bec et ongle. Cela repose sur des spécificités d’ordre culturel, la Belgique n’est pas la France ou l’Autriche. Je pense d’ailleurs qu’un Ordre Maçonnique qui se veut international ne mérite cette qualification et ne peut survivre que s’il respecte la diversité culturelle en son sein, que ce soit en termes d’organisation et de pratiques rituéliques. Vous parlez de place singulière, je pense qu’elle est due à une caractéristique de la Franc-Maçonnerie belge, le très haut degré d’interpénétration des 5 obédiences principales belges, la FBDH, Le Grand Orient de Belgique, La Grande Loge de Belgique, la Grande Loge féminine et Lithos. Nous avons le même engagement humaniste et pour la libre pensée, dans un contexte belge particulier, j’y reviendrai peut-être, s’agissant de la l’organisation des relations de l’Etat avec les religions et les libres penseurs organisés. L’interobédientiel est omniprésent dans la vie maçonnique en Belgique et cela à tous les niveaux depuis les loges sur le terrain jusqu’aux Grands Maîtres de ces 5 obédiences. Très concrètement cela se vit sur les colonnes par des présences nombreuses et permanentes de membres des différentes obédiences, au niveau des 5 Grands Maîtres par des réunions de travail très régulières qui aboutissent parfois à des prises de position publiques commune et à l’organisation d’événement ensemble. Cette vie commune des maçons belges a évidemment un impact sur le fonctionnement spécifique, sur certaines particularités belges dans les rituels quel que soit le rite auquel l’obédience appartient. C’est une lame de fond, c’est consubstantiel à l’appartenance à la maçonnerie en Belgique. Il est vain de tenter de s’y opposer.
450.fm : Dans Progrès de l’humanité, progrès en humanité, vous refusez l’opposition trop simple entre perfectionnement individuel et action collective. La franc-maçonnerie doit-elle seulement transformer l’initié, ou peut-elle aussi contribuer à éclairer la cité lorsque les droits humains, la liberté ou l’égalité sont menacés ?
Maria-Deraismes
D. M. : Quand on pose cette question je reviens toujours à l’Histoire du Droit Humain et aux circonstances historiques de sa création. Aucune institution n’est hors sol, son existence est toujours liées à des circonstances historiques précises, et certains d’ailleurs oublient, en pratiquant un culte dogmatique d’une tradition par ailleurs souvent fantasmée, que les instituions doivent évoluer avec l’histoire des sociétés. Au moment de sa création les peuples en Europe sont avides de justice sociale, d’égalité et de fraternité. En France on rêve encore d’une République universelle et sociale. Toutes ces femmes et tous ces hommes, rassemblés autour de Maria Deraismes et Georges Martin, étaient d’abord des promoteurs d’une vision très progressiste de la société.
Créé dans un tel contexte historique l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain ne pouvait que se distinguer des autres obédiences, non seulement par sa mixité, mais aussi par cette culture de la transgression, par un engagement social fort et une dimension internationale. C’est dans un contexte similaire que notre Ordre s’installa petit à petit en Belgique. Car c’est dans toute l’Europe que surgit, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, une vague féministe qui revendiqua pour les femmes les mêmes droits que pour les hommes. Nous étions en pleine révolution industrielle, la pauvreté était immense.
La question que vous posez me semble être ? Comment bâtir le Temple de l’humanité ? Depuis toujours au sein de la Franc-Maçonnerie s’affrontent deux courants que j’appellerai pour faciliter les chose, un courant personnaliste et un courant sociétal. Il me semble que le contexte historique que j’ai rappelé nous pousserait à dire qu’au Droit Humain le choix serait simple. Et bien non, l’opposition existe bel et bien. Je pense que ce débat est totalement obsolète. Les circonstances politiques, sociale, géopolitiques, les menaces graves qui pèsent sur l’avenir de la démocratie devraient amener tous les Maçons à passer à autre chose. Mais je vais quand même répondre.
Faut-il donc choisir entre ceux qui affirment que la mission de la franc-maçonnerie se limite à rendre meilleur chacun ses membres, grâce au processus initiatique, de sorte que le rayonnement de cet être humain fasse progresser l’humanité et ceux qui proclament que la franc-maçonnerie en tant que telle, en tant qu’organisation structurée, a un rôle collectif, comme un corps intermédiaire, à jouer au sein de la société profane, qu’elle doit être l’une des consciences morales de notre monde. ? Alors posons d’abord la question de savoir s’il s’agit vraiment une dichotomie ? Ne pourrait-on envisager cet éternelle question de manière plus dialectique ? Les défis à relever sont-ils atteignables sans un entremêlement des deux ?
Nous travaillons au progrès de l’humanité mais, en même temps, nous sommes censés, chacun d’entre nous, faire des progrès en humanité. Nous forcer à choisir, comme cela fut longtemps le cas, c’est refuser de voir qu’il pourrait y avoir une interaction d’une vision personnaliste de la franc-maçonnerie et d’une vision plus collective et sociétale. L’état de nos sociétés nous presse à sortir de cette discussion d’une vacuité évidente. Le monde en a besoin et, tout en restant modestes, nous devons lui apporter notre pierre. C’est le choix en tous les cas de la Fédération belge du Droit Humain qui rejoint en cela les quatre autres obédiences avec lesquelles nous travaillons.
450.fm : En Belgique, vous portez aujourd’hui le titre de Passé Grand Maître National de la Fédération belge du DROIT HUMAIN. Ce statut semble avoir une place particulière, qui n’existe pas de manière comparable dans la Fédération française. Quelles en sont les spécificités, les usages, les éventuels droits et devoirs, les limites, et que révèle-t-il de la conception belge de la transmission, de la continuité et de la mémoire maçonnique ?
D. M. : Il n’y a pas de définition précise de ce rôle mais une pratique qui s’est installée petit à petit. Le passé GM a les mêmes droits que tous les autres au sein du Conseil national de la Fédération et remplit comme eux des missions de représentation dans les Loges et dans des réunions diverses de groupes de travail du Droit Humain ou interobédientielles. Au sein du Conseil national il assure une certaine continuité dans la gestion de la Fédération, il rappelle des décisions antérieures et même si cela est peu nécessaire il veille à ce que la philosophie générale du positionnement de la Fédération à l’égard de l’Ordre, des autres obédiences et d’autres acteurs de la vie sociale soit cohérente par rapport au passé, ce qui n’exclut aucunement des changements de celui-ci vu les évolutions sociétales et du paysage maçonnique belge et international. Rappeler le passé ne sert qu’à éclairer les membres afin de les aider à prendre la meilleurs décision possible.
450.fm : Vous avez participé, avec Sylvain Zeghni, à l’émission Divers aspects de la pensée contemporaine, autour de l’Europe, du vivant et du rôle des francs-maçons dans le débat citoyen. Que peut encore apporter le DROIT HUMAIN, français comme belge, à une Europe travaillée par les replis identitaires, les tensions démocratiques et la crise écologique ?
Sylvain Zeghni et Daniel Menschaert
D. M. : Jouer avec d’autres son rôle de conscience morale. J’ajoute immédiatement que nous n’avons pas le choix, parce que sans un engagement dans la société la Franc-Maçonnerie va disparaître en même temps que toutes les autres associations ou institutions ou encore mouvements sociaux qui défendent nos valeurs. Je comprends que le chaos de notre monde, l’angoisse, la peur que cela peut provoquer en chacun de nous incitent les francs-maçons à se replier dans le temple pour y respirer mieux, pour échapper quelques instants aux bruits, à la brutalité de notre monde actuel. Je comprends mais cela m’inquiète. Il ne sert à rien de mettre la tête dans le sable, ce monde extérieur fera irruption de lui-même dans nos temples. Alors affrontons le directement. C’est la raison pour laquelle j’ai, durant mon mandat organisé les États Généraux de la Fédération. Il fallait revoir en profondeur l’outil pour qu’il se donne des structures, des modes de fonctionnement capables d’affronter ces bouleversements très inquiétants du monde et redéfinisse, en même temps son rôle dans la société. Vous savez quand les bases civilisationnelles se fissurent sous les coups de courants néoréactionnaires venus des Etats Unis et que ces courants veulent la fin d’un modèle culturel qui est consubstantiel à la Franc-Maçonnerie, il n’ya plus à réfléchir. Il faut se battre, c’est une question de vie ou de mort, de la Franc-maçonnerie mais plus grave encore de la démocratie. C’est une responsabilité que ous devons assumer, pour nous maintenant mais surtout pour les générations futures.
450.fm : Dans Qui parlera du loup ?– Nature et le symbolisme maçonnique,vous interrogez la relation de la franc-maçonnerie à la nature. La crise écologique est-elle seulement un sujet sociétal, ou oblige-t-elle la franc-maçonnerie à relire en profondeur son symbolisme, sa conception de l’homme et son rapport au vivant ?
D. M. : Oui bien sûre mais la situation que nous vivons me pousse, si vous le voulez bien à élargir la question. Les enjeux aujourd’hui dépassent dramatiquement l’enjeu maçonnique, je dirais, nous n’avons malheureusement plus le temps d’attendre parce que la question de la biodiversité et du climat sont devenus des enjeux intrinsèques à un débat plus général sur la survie de la démocratie et sans doute de la vie humaine en tout cas comme nous la connaissons depuis des siècles.
C’est la science elle-même qui est en danger, sur ces sujets mais aussi sur bien d’autres. Les universités et la recherche scientifique sont devenues la cible d’un mouvement néoréactionnaire mondial.
La nature, le climat, la biodiversité sont les premières victimes du déni, du mépris, du rejet de la vérité scientifique. Les attaques des scientifiques sur leur « manque de neutralité » sont nombreuses. Il y aurait une bonne et une mauvaise science mais, les critères pour les départager sont totalement extérieurs au monde de la science. Les institutions chargées de réguler et de protéger dans les domaines de la santé et de l’environnement sont remises en cause. Ce déni atteint son paroxysme quand l’usage même de ces mots sont interdits, que les recherches relatives à ces enjeux ne sont plus financées, quand des ministres nous disent que dans l’intérêt de l’économie il faut faire une pause dans les mesures à prendre contre le réchauffement climatique.
450.fm : Dans Culture et franc-maçonnerie, même combat ?, vous faites de la culture un espace de résistance aux censures, aux dérives réactionnaires et aux enfermements dogmatiques. La culture est-elle aujourd’hui l’un des grands chantiers maçonniques, au même titre que l’école, la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes ou la défense des droits humains ?
D. M. : J’ai, c’est une déformation d’anthropologue, une vision large de la Culture. Pour moi, la culture ne se limite pas aux Beaux-Arts, aux arts vivants, aux livres, aux arts plastiques etc. La Culture englobe tout le système de transmission des valeurs et principes qui guident l’organisation des échanges entre membres d’une communauté, parmi ceux-ci on trouvera l’organisation de la solidarité, les processus d’inclusion des minorités de tous ordres, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain etc. Quand je parle de transmission je parle aussi d’éducation et de formation des hommes et des femmes comme citoyens actifs, critiques et responsable. La Franc-Maçonnerie fait partie de ces instruments qui à la fois forment et transmettent ces principes. Je parle donc d’un modèle culturel qui est chaque fois singulier à une communauté, une nation, un continent. C’est ce modèle global qui subit aujourd’hui les coups de boutoirs de l’extrême droite. Et ce socle se fissure, nous le voyons bien. Je m’inquiète dans ce cadre de la porosité de nos démocraties à ces idées qui nous rappellent les heures sombres d’un passé pas tellement lointain. Il y a des rapprochements dans le monde politique qui devraient nous alerter. Il y a un déplacement de la fenêtre d’Overton vers ces idées liberticides, racistes, masculinistes que nous ne pouvons pas tolérer en tant que maçons. Il y a dorénavant des vérités alternatives, les scientifiques sont accusés de partialité, le monde de la culture est par nature gauchiste, l’éducation trop humaniste et générale pas assez au service des besoins de l’économie et des entreprises. Nous avons quitté un monde où des règles, presque unanimement acceptées, nous promettaient toujours plus d’égalité, de sécurité, de dignité et de paix. Aujourd’hui, tout semble s’effondrer sous nos yeux. Les causes en sont multiples, les responsabilités partagées, mais le constat est sans appel : nous ne pouvons rester silencieux. Car quelque chose d’inédit est en train de se jouer.
Nous avons cru que notre société avait atteint un degré de maturité démocratique où, non seulement les différences de point de vue pouvaient coexister, mais où l’existence de valeurs communes était une évidence. C’est cette conviction qui anime les francs-maçons lorsqu’ils se réunissent et travaillent ensemble : la croyance en une société capable de se nourrir de la diversité des pensées et des héritages culturels. Mais lorsque la Culture devient un champ de bataille, lorsque le dialogue est remplacé par la confrontation, il devient impossible de « faire société ». Cette guerre déclarée ruine la confiance mutuelle indispensable à la cohésion sociale.
450.fm : Alors très cher Daniel, selon vous, que faire ?
D.M. : Cessons d’être naïfs et gentils, cessons de penser que tout est perdu, cessons de nous sous-estimer. Les autres jouent toujours sur nos faiblesses et remporteront des victoires éclairs, illégitimes, cruelles. Ce n’est pas parce que les Maçons sont des citoyens paisibles et honnêtes, et que dans leur vision du temps long ils ne trouvent souvent la réponse juste qu’après coup, que nous ne pouvons pas réagir et sur ce dernier point revoir un peu notre méthode de travail.
Utilisons nos temples et leur sérénité pour nous Poser d’abord des bonnes questions pour connaître mieux notre société, l’idéologie de ceux et celles qui veulent en détruire les piliers moraux et démocratiques, savoir qui détient les outils de communication et comment ils sont arrivés à se les approprier etc… Nous devrons faire une partie de ce travail nous-mêmes mais surtout nous devons ouvertement et fortement soutenir les chercheurs en sociologie en sciences politique, en psychologie sociale qui jouent un rôle essentiel dans ce processus de connaissance. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs que la droite et l’extrême droite s’attaque à ces domaines des sciences humaines. Ils en ont peur. C’est sur ces bases là que nous pouvons penser au monde d’après. Il existe beaucoup de manière de se battre pour la liberté, notamment par les armes, mais nous pouvons aussi nous battre par la pensée construite ensemble puis extériorisée. Et pour que cela soit efficace il faut, non seulement les proclamer haut et fort mais aussi la mettre en pratique. Résister et agir c’est poursuivre le combat humaniste pour la dignité de chaque être humain. Avoir le courage de dire ce qui est, chaque fois que la réalité est tordue au travail, dans la rue, dans notre famille dans nos cercles de rencontres, même quand cela dérange, quand le silence serait plus confortable que la vérité.
Les francs-maçons ne peuvent plus se contenter de se convaincre les uns les autres.
Vous me permettrez de parler de la Belgique, je ne voudrais d’ailleurs pas mêler de ce que nos frères et sœurs français ont à faire et comment ils décideront de le faire. Mais je continuerai à défendre l’idée que les obédiences maçonniques belges contribuent au travail collectif pour penser le monde d’après.
La société telle qu’elle évolue, impose à mon sens que toutes les obédiences maçonniques belges réunies, élargissent et approfondissent leurs structures de concertation dans un esprit nouveau et avec audace pour que les différences n’entravent plus les actions communes. Le temps de la concurrence est révolu. Le temps du rapprochement est venu. C’est ensemble que nous devons penser notre place dans la société. Je suis persuadé que cette nouvelle alliance sera perçue positivement par les Francs-Maçons et-Maçonnes belges parce que, depuis quelques années je sens renaître une énergie forte qui est sans doute l’expression d’une attente d’une réponse collective aux menaces contre nos systèmes politiques et sociaux, contre notre Etat de Droit. Nous devons répondre positivement à cette demande de liens et d’actions. Je retiens aussi une volonté claire : nous ouvrir sur le monde, tendre la main à la société civile, et tisser des alliances pour défendre ensemble des valeurs fondamentales : liberté, égalité, d’adelphité et d’inclusion. Aller au-delà des barrières qui nous séparent de courants philosophiques qui veulent aussi un monde meilleur.
Avec Daniel Menschaert, la franc-maçonnerie retrouve l’une de ses lignes de force les plus fécondes
Penser l’humain sans l’isoler du vivant. Défendre la culture sans la réduire au divertissement. Travailler l’initié sans oublier la cité. Faire du Temple non pas un refuge hors du monde, mais un lieu où le monde peut être interrogé, transfiguré, réenchanté.
Cette conversation ouvre aussi sur une étape nouvelle de sa réflexion. Daniel Menschaert annonce en effet un prochain livre, Le monde d’après…, dans lequel il prolongera plusieurs des thèmes abordés ici. Certaines de ses réponses en donnent déjà la primeur, comme autant d’éclats d’un ouvrage en gestation où se croiseront la crise du vivant, l’avenir de l’humanisme, la responsabilité maçonnique, la culture, la démocratie et cette urgence intérieure qui oblige chacun à ne plus séparer le perfectionnement de soi du destin commun.
Car la question demeure
Qui parlera du loup, de l’Europe, de la culture, des droits humains et de cette fraternité qui ne vaut que si elle devient, dans la nuit des temps troublés, une lumière offerte à tous. Chez Daniel Menschaert, cette parole ne relève ni de la nostalgie ni de l’abstraction. Elle trace un chemin. Elle rappelle que l’initiation n’a de sens que si elle augmente notre présence au monde, notre attention au vivant et notre capacité à faire advenir, pierre après pierre, un monde plus humain parce que plus fraternel.
Quand le procès devient miroir du soupçon, de la défausse et du silence
Four alchimique, c.1575
Nous pouvions croire que le procès Athanor avait déjà livré l’essentiel de son vertige. Les victimes avaient parlé. Les figures centrales de l’officine avaient commencé à se renvoyer les rôles. Les récits de manipulation, de faux renseignement, de missions fantasmées et de violences commanditées avaient déjà dessiné le paysage d’une affaire où la réalité semble parfois dépasser les romans noirs les plus invraisemblables.
Il n’en est rien.
Cette semaine, l’affaire franchit un nouveau seuil
Non seulement le procès continue de dérouler ses zones d’ombre devant la cour d’assises spéciale de Paris, mais il produit désormais deux effets parallèles. D’un côté, il donne à voir la mécanique judiciaire d’un effondrement collectif, où chacun tente de réduire sa part, de déplacer la faute, de sauver ce qui peut encore l’être. De l’autre, il nourrit à l’extérieur du prétoire l’imaginaire le plus dangereux, celui du complot maçonnique livré à ceux qui n’attendaient qu’un fait divers monstrueux pour y plaquer leurs obsessions anciennes.
Cette semaine, Athanor ne se contente plus d’être un procès criminel. Il devient un objet politique, médiatique et symbolique.
Charlie Hebdo ouvre la séquence avec un article particulièrement important, car il met le doigt sur l’un des risques majeurs de cette affaire
Ce procès, par sa seule configuration, offre aux milieux complotistes et à l’extrême droite un matériau rêvé. Une loge maçonnique. Des agents ou anciens agents liés à la DGSE. Une fausse piste israélienne. Des contrats criminels. Des cibles privées. Des assassinats projetés ou exécutés. Il n’en faut pas davantage pour que les vieux fantasmes antimaçonniques, jamais vraiment morts, se rhabillent en actualité judiciaire.
C’est précisément là que se situe l’enjeu pour 450.fm
Rendre compte du procès Athanor ne consiste pas à entretenir l’amalgame. C’est même tout l’inverse. Il s’agit de nommer les faits, de suivre les audiences, de lire les articles, de comprendre les responsabilités individuelles, tout en refusant que l’effondrement moral de quelques hommes soit transformé en procès général de la franc-maçonnerie. Mais pour empêcher l’amalgame, encore faut-il une parole claire. Et cette parole, nous le répétons depuis plusieurs semaines, manque cruellement du côté de l’obédience concernée.
La semaine du 14 au 20 mai confirme donc trois déplacements majeurs.
Le premier déplacement est médiatique
Avec Charlie Hebdo, l’affaire Athanor entre dans le champ de la lutte contre le complotisme et l’extrême droite. Le sujet n’est plus seulement judiciaire. Il devient un révélateur de la manière dont une affaire criminelle peut être récupérée, amplifiée, déformée, puis intégrée à une longue tradition de soupçon antimaçonnique.
Le deuxième déplacement est judiciaire
BFM TV rapporte un moment de sidération à l’audience, lorsque Pierre B., ancien agent de la DGSE, affirme qu’il ne voulait plus assassiner Marie-Hélène Dini au moment de son interpellation. La défense tente alors d’introduire une ligne de retrait, presque de désengagement. Mais les éléments matériels, les armes, les échanges, les propos rapportés, la panoplie retrouvée dans le véhicule, tout semble venir fragiliser cette version. Le procès devient ici un théâtre de la parole impossible, où chaque explication ouvre une contradiction nouvelle.
Le troisième déplacement est territorial
La Dépêche du Midi fait entrer Toulouse dans la cartographie Athanor. Le dossier n’est plus seulement parisien, francilien ou lié aux Hauts-de-Seine. Il s’étend à des cercles économiques, à des intérêts privés, à des histoires de dettes, d’intimidations, de violences, de portails brûlés, de rats plantés aux grilles, de passages à tabac. Là encore, nous voyons apparaître une vérité lourde. Athanor n’est pas seulement une affaire de loge dévoyée. C’est une affaire d’usages criminels de réseaux, de services fantasmés et de toute-puissance sociale.
Mediapart, enfin, donne à cette semaine sa formule la plus glaçante
« Tous coupables, aucun responsable ». La phrase dit presque tout. Elle résume cette étrange danse judiciaire où les accusés, tout en ayant déjà reconnu certains faits, cherchent à recomposer leur place exacte dans le désastre. Chacun a été manipulé par un autre. Chacun a obéi sans savoir. Chacun a cru servir une cause plus haute, une mission plus grande, un ordre venu d’ailleurs. Mais au bout de cette chaîne de défausses, il y a des victimes. Il y a des vies brisées. Il y a un homme assassiné. Il y a une femme qui a failli être tuée. Il y a des familles plongées dans la peur. Et il y a, surtout, l’effondrement d’un principe élémentaire de conscience.
À cet instant, Athanor redevient presque une tragédie initiatique inversée
Là où la démarche maçonnique devrait conduire l’homme à assumer sa parole, à peser ses actes, à répondre de lui-même devant sa conscience et devant ses Frères, l’affaire nous montre l’exact contraire. Des hommes masqués derrière des rôles. Des donneurs d’ordres dissimulés derrière des intermédiaires. Des exécutants réfugiés derrière l’obéissance. Des imaginaires de service secret utilisés comme narcotique moral. Le Temple devient alors son ombre. Le silence n’est plus méditation, il devient esquive. Le secret n’est plus protection de l’intériorité, il devient brouillard.
C’est pourquoi la question institutionnelle demeure entière
Palais de Justice – Paris
Plus le procès avance, plus la nécessité d’une parole nette apparaît. Non une parole défensive. Non une parole procédurière. Non une formule de communication destinée à refermer le dossier. Mais une parole de principe, capable de dire que la franc-maçonnerie n’est pas un réseau d’influence, qu’une loge n’est pas un abri pour des affaires privées, qu’un serment initiatique ne saurait couvrir aucune compromission, qu’aucune fraternité ne peut survivre lorsqu’elle devient protection des dérives plutôt que vigilance sur les consciences.
Athanor n’est pas seulement une affaire judiciaire. C’est désormais une épreuve de vérité pour le monde maçonnique.
Une épreuve rude, douloureuse, mais nécessaire
Car ce qui est en jeu dépasse les accusés. Il s’agit de savoir comment une institution initiatique se tient face à ce qui la caricature, la salit et la trahit. Il s’agit de savoir si le silence peut encore être entendu comme prudence, ou s’il devient, semaine après semaine, un vide symbolique où d’autres récits viennent s’installer.
Cette huitième revue de presse montre donc une affaire qui ne baisse pas d’intensité.
Elle change de surface. Elle passe du témoignage des victimes à la récupération complotiste Elle passe de l’aveu partiel à la défausse généralisée. Elle passe du dossier criminel à la mise en cause d’un imaginaire collectif. Et chaque semaine, le même paradoxe se durcit. Plus la justice parle, plus l’institution concernée semble silencieuse. Plus les médias documentent, plus les Frères s’interrogent. Plus les accusés cherchent à déplacer la faute, plus la question morale devient centrale.
Athanor, en alchimie, est le four où la matière se transforme
Mais ici, ce n’est pas l’or qui apparaît. C’est la boue. Une boue sociale, judiciaire, symbolique, où se mêlent violence, vanité, argent, fantasme de puissance et dévoiement d’une fraternité qui aurait dû être garde-fou.
Il reste pourtant une exigence. Ne pas abandonner la lecture. Ne pas laisser les complotistes tenir la plume.
Ne pas laisser les antimaçons faire de ce procès la preuve de leurs délires.
Ne pas laisser non plus le silence maçonnique devenir une seconde faute.
Athanor continue. Et avec lui, la nécessité de regarder en face.
L’« Affaire Athanor », sur Wikipédia
Revue de presse hebdo – N°8 Dans l’ordre chronologique
14 mai 2026
Charlie Hebdo Procès Athanor – le complot maçonnique livré clés en main à l’extrême droite Par Jules Spector Dessin de Biche Article abonné Publié et modifié le 14 mai 2026 à 14h09
Charlie Hebdo aborde l’affaire Athanor par l’angle de sa récupération complotiste et politique. L’article souligne combien ce procès offre un matériau presque parfait aux milieux conspirationnistes et à l’extrême droite, en mêlant loge maçonnique, anciens agents de la DGSE, fausse piste israélienne, assassinats projetés et officine criminelle. Le papier est important parce qu’il montre que l’affaire ne se limite plus au prétoire. Elle circule désormais dans l’imaginaire public, au risque d’alimenter les vieux récits antimaçonniques. Pour 450.fm, cette lecture impose une vigilance double. Suivre les faits sans complaisance, mais refuser l’amalgame entre la franc-maçonnerie et sa caricature criminelle.
15 mai 2026
BFM TV Retournement de situation au procès d’Athanor – l’ex-agent de la DGSE nie avoir voulu assassiner une fausse espionne israélienne Par Sylvain Allemand Publié le 15 mai 2026 à 17h26
BFM TV revient sur un moment très fort de l’audience. Pierre B., ancien agent de la DGSE, affirme qu’il ne voulait plus tuer Marie-Hélène Dini au moment de son interpellation à Créteil. Il soutient qu’il s’était désengagé de l’opération et qu’il n’effectuait plus qu’une surveillance. Mais cette version se heurte aux questions de la cour, aux éléments matériels retrouvés dans le véhicule, aux armes, au tracker, aux bouchons d’oreilles, au dispositif artisanal à base de coton et de sachets de compote, ainsi qu’à des échanges laissant entendre une détermination plus avancée. L’article montre un accusé pris dans ses contradictions, cherchant à réduire son intention criminelle, tandis que la cour met peu à peu à l’épreuve la cohérence de son récit.
18 mai 2026
La Dépêche du Midi Pour récupérer 300 000 euros, des rats plantés à la grille de la propriété, le feu au portail, puis ils passent à tabac une des cibles… Un entrepreneur toulousain dans la tourmente du scandale Athanor Par Jean Cohadon Article abonné Publié le 18 mai 2026 à 06h01
La Dépêche du Midi éclaire un autre versant du dossier, celui d’un entrepreneur toulousain impliqué dans une affaire de récupération de dette. L’article rappelle que le procès Athanor ne concerne pas seulement des assassinats ou des tentatives d’assassinat, mais aussi des opérations d’intimidation et d’extorsion. Rats plantés à la grille d’une propriété, portail incendié, passage à tabac, violences destinées à faire pression sur des cibles privées, tout cela révèle l’extension tentaculaire du système. Le papier est précieux parce qu’il déplace le regard vers les ramifications économiques du dossier. Athanor apparaît alors comme une zone de contamination entre intérêts privés, violence commanditée et illusion de puissance clandestine.
19 mai 2026
Mediapart Procès de la loge maçonnique Athanor – tous coupables, aucun responsable Par Matthieu Suc Publié le 19 mai 2026 à 08h28
Mediapart propose l’une des lectures les plus nettes de la semaine. À propos de la tentative d’assassinat de Marie-Hélène Dini, l’article souligne que plusieurs accusés étaient déjà passés aux aveux en garde à vue, mais qu’à la barre, chacun tente désormais de rejeter sur l’autre la responsabilité ultime. Les uns disent avoir été manipulés. Les autres affirment avoir mal compris. Tous cherchent à réduire leur rôle dans une mécanique pourtant déjà largement documentée. Le titre résume l’atmosphère de l’audience. Tous coupables, aucun responsable. Cette formule donne au procès sa portée morale. Elle dit la difficulté d’obtenir une parole droite lorsque l’ensemble du système a reposé sur le mensonge, la défausse et l’illusion d’obéir à plus grand que soi.
(L’anniversaire d’un départ précipité de l’église catholique par l’action française il y a 100 ans…)
« Dès l’instant où l’homme soumet Dieu au jugement moral, il se tue en lui-même. Mais quel est alors le fondement de la morale ? On nie Dieu au nom de la justice, mais l’idée de justice se comprend t-elle sans l’idée de Dieu ? Ne sommes-nous pas alors dans l’absurdité ? C’est l’absurdité que Nietzsche aborde de front. Pour mieux la dépasser, il la pousse à bout : la morale est le dernier visage de Dieu qu’il faut détruire avant de reconstruire. Dieu alors n’est plus et ne garantit plus notre être ; l’homme doit se déterminer à faire, pour être ». Albert Camus (L’homme révolté. 1951)
Parfois, des actions venues de milieux amis ou antagonistes à nos convictions suscitent, à notre corps défendant, des étonnements, voire des enthousiasmes. Et l’on ne peut s’empêcher de dire : « C’est drôlement gonflé, ce qu’ils font là ! ». Ce fut le cas, en assistant à une journée d’études aux Facultés jésuites de Paris, Loyola, le jeudi 7 mai, sur le thème : « Catholicisme et politique : 100 ans après la condamnation de l’Action Française » et ce, dans une période où l’extrême-droite reprend pied dans l’Église catholique avec vigueur et qu’une « omerta » fonctionnait sur l’événement de cette exclusion historique. Sacrés Jésuites, auteurs de ce rappel quasiment « hérétique » !
Faculté Paris-Nanterre
Avec, comme toujours, des intervenants d’excellent niveau : Véronique Albanel, philosophe aux Facultés Loyola ; Grégoire Catta, théologien aux facultés Loyola ; Benoît Gautier, sociologue à la Faculté Paris-Nanterre ; Charles Mercier, historien à l’Université de Bordeaux ; Yann Raison Du Cleuziou, politiste à l’Université de Bordeaux ; Dominique Serra-Coatanea, théologienne aux Facultés Loyola. Ces intervenants, au-delà de l’évènement qui fit échapper le catholicisme à un danger mortel, posèrent aussi la question du rapport fondamental que peut entretenir le « croyant » entre le politique, la religion, la spiritualité et la philosophie. Voilà qui doit un peu nous intéresser en tant que Francs-maçons !
I-BONJOUR ET AU-REVOIR A CHARLES MAURRAS ET A SON « ACTION FRANCAISE » !
Pie X, par Ernest Walter Histed
Etrangement, avant la condamnation de l’Action Française, le Vatican va s’attaquer au « Sillon » en 1910 par sa condamnation par le Pape Pie X. L’Église catholique allait débuter le ménage dans ses institutions. Cette première mise au point va toucher ce que nous pourrions appeler un « courant de gauche » dans l’Église. Presque un entraînement par rapport à l’exclusion de l’extrême-droite qui menace dangereusement l’unité de l’institution ! Le Sillon fut créé, en 1906 ; par Marc Sangnier (1873-1950), journaliste et homme politique, promoteur de la démocratie sociale chrétienne qui avait pour ambition de rapprocher l’Église de la République. Cette prise de position de l’Église éloignera d’elle de nombreux croyants qui voulaient une réconciliation historique avec des milieux qui se vivaient comme démocrates et souvent anticléricaux, comme la Maçonnerie par exemple !
Mais le danger, connu de tous, était l’omniprésence de l’extrême droite royaliste dans ses structures et l’influence de l’Action Française, titre d’une revue royaliste, qui va devenir un courant politique très influent dans la vie nationale sur le plan politique et intellectuel. Les œuvres de Charles Maurras seront très largement diffusées et commentées par les milieux politiques et intellectuels et, durant de nombreuses années seront les « livres de chevet » d’hommes venus de milieux différents : rappelons, pour l’anecdote, que le général de Gaulle fut longtemps un grand lecteur de Maurras !
Charles Maurras
Ce danger que court l’Église s’incarne principalement autour de la personnalité de Charles Maurras (1868-1952). Homme d’autant plus redoutable qu’il est un écrivain et polémiste de talent. Homme du sud de la France, homme du verbe, il va bientôt être l’objet d’une adulation ou d’un rejet que peu d’hommes connurent. Journaliste, essayiste, homme politique et poète d’extrême droite, il sera influencé dans son idéologie par Maurice Barres et Joseph de Maistre (1). Il est partisan d’une monarchie héréditaire et s’oppose à la démocratie et la République. Il prône une doctrine reposant sur l’unité de la société qu’il appellera le « nationalisme intégral » qui reposera sur le concept d’inégalité naturelle qui suppose le rejet d’un certain nombre d’ennemis : les juifs (il sera violemment anti-dreyfusard), les communistes et socialistes, les Francs-maçons, les protestants et même les royalistes de tendance « orléaniste », partisans d’une monarchie constitutionnelle !
9 AVRIL : Pierre Laval quitte l’Assemblée nationale, alors réfugiée au Casino de Vichy, le 10 juillet 1940, jour du vote des députés et des sénateurs sur la plénitude des pouvoirs de Pétain et la suspension des lois constitutionnelles de 1875. (Photo Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
Il fondra la revue Action Française en 1899 et la transformera peu à peu en mouvement politique mobilisateur pour la jeunesse, en créant les très activistes « Camelots du roi ». Sur un plan littéraire, ses nombreux écrits lui vaudront son élection à l’Académie Française en 1924. La défaite de la France en 1940 et l’occupation vont être jugées par Maurras comme une « Divine surprise » ! Anti-germaniste, il va cependant se rallier à la politique de collaboration de Vichy et mettra sa plume à son service : par exemple, jusqu’en 1943, il sera rédacteur-en-chef de la trop célèbre revue « Je suis partout » et écrira régulièrement dans d’autres media de l’époque. Arrêté en 1945, il sera condamné par la Haute-Cour de Lyon à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale. Interné à Riom puis à Clairvaux, il sera hospitalisé en 1952 et décédera à la suite de raisons de santé.
Pétain et Église catholique
Les relations de Maurras et de l’Église catholique sont complexes : lui-même se décrit comme agnostique, mais considère le catholicisme comme pilier du système royaliste, et bientôt l’Eglise sera très réceptive à cette idéologie, notamment chez un grand nombre d’évêques qui après le rejet de l’Action Française renoueront avec elle durant l’occupation. Toutefois, il est juste de signaler que de nombreux membres de l’Action Française gagnèrent la France Libre à Londres, ou participèrent à la résistance.
Bien entendu, nous ne pouvons déclarer que le Pape Pie XI ait des sympathies de gauche, sans viser à un certain humour ! Attitude que son prédécesseur Pie X et son successeur encore plus, Pie XII partagent ! Orientation politique conservatrice commune, mais aussi un souci de l’ordre qui ne mette pas en péril la sécurité du Vatican et de la papauté. C’est pourquoi, en 1926, le Pape Pie XI va s’attaquer au danger interne qui se faisait de plus en plus présent et prononcera la condamnation de l’Action Française et l’incompatibilité d’une double appartenance avec l’Église. La « mise à l’index » sera prononcée le 31 décembre 1926, avec le rejet de la revue de l’Action Française et de plusieurs livres de Charles Maurras. A titre privé les sanctions sont dures : privation de communion, d’enterrements religieux et parfois de mariages à l’église ! Ce conflit entre modernité et tradition amènera de profonds déchirements dans les familles et poussera un grand nombre de militants à quitter l’Église catholique et rallier les mouvements fascistes et néo-nazis qui commencent à se développer en France. Pie XI redoute l’utilisation du vocabulaire à des fins politiques et insiste sur la séparation entre « les deux cités », chère à Saint Augustin.
Charles Maurras et Léon Daudet fête de Jeanne-d’Arc
Cette condamnation se veut aussi une remise à l’ordre face à une certaine complaisance : les archives de la revue « Etudes » des Jésuites nous montrent que de 1895 à 1925, les écrits de Maurras furent cités, parfois avec enthousiasme, par les rédacteurs de la très intellectuelle revue ! D’autres écrits, comme ceux de Louis de Bonald (2) et Léon Daudet font florès dans les publications catholiques de l’époque, comme barrage au communisme ou à la laïcité. Cette mise à l’index va soulever dans l’Église de nombreuses questions : par exemple, le Pape peut-il intervenir contre une idée politique si le politique a un impact sur le spirituel ? Il est en tout cas intolérable au Pape que Maurras parle de « divinisation » de la nation grâce au concept d’une « politique naturelle », faisant de l’autre, selon son appartenance religieuse ou sa race, un ennemi plutôt qu’un frère possible. Cela ne gêne pas Maurras qui développe que la raison est indépendante de Dieu (On fait naturellement un parallèle avec la pensée d’Auguste Comte dont la philosophie inspirera beaucoup Maurras).
Pie XII
Comme dans tout bon roman existe une « chute » et elle sera de taille : Pie XII, dont la complaisance vis-à-vis des persécutions antisémites des nazis est connue et pose toujours problème dans l’Église catholique, lève la condamnation de la revue de l’Action Française faite par Pie XI ! Il faudra attendre le Concile Vatican II pour qu’un équilibre se remette en place. Mais, de nouveau, une droitisation des orientations politiques fait revenir le questionnement de la place du politique dans la croyance. La baisse spectaculaire des pratiquants, une sécularisation accélérée, et l’abandon du monarchisme au profit d’une extrême droite populaire en change cependant les perspectives. Benoist de Sinety (3), prêtre, donnera son opinion de cette dérive renouvelée dans « Le Monde » du 18 mai et qui la conduite à donner sa démission de plusieurs institutions ecclésiastiques. Il n’hésite pas à accuser les hommes politiques de récupérer le catholicisme pour en faire une composante de l’idéologie de l’extrême droite, et dénonce « un discours de rejet de l’autre, d’appel à la peur et à un repli sur soi. Ils instrumentalisent la pensée chrétienne. Sous couvert de vouloir rendre à la France sa splendeur chrétienne, ils prônent une violence contraire au sens de l’Evangile »…
Bien entendu, face à l’idéologie maurrassienne, l’Église mettra en place un « contre feu » philosophique et théologique où un certain nombre d’intellectuels feront front, souvent en se servant de penseurs contemporains, Hannah Arendt par exemple. Nous en prendrons un comme illustration de cet engagement.
II-EMMANUEL MOUNIER : CONTRE-POISON A L’ACTION FRANCAISE ET A MAURRAS.
Emmanuel Mounier
Peut-il y avoir une pratique chrétienne de la politique ? Cette question ramène à se pencher sur l’œuvre d’Emmanuel Mounier (4), où il souligne les écueils d’un christianisme politique. En premier lieu le danger de l’instrumentalisation ou de la récupération politique du religieux. En somme la perte de l’autonomie spirituelle et critique du christianisme au profit d’un usage de stratégie politique. Le deuxième danger est celui de l’univocité politique, c’est-à-dire la croyance selon laquelle le christianisme pourrait commander une politique déterminée, une seule et un programme politique unique. Mounier pense que le christianisme commanderait un esprit éthique en politique, et non une politique particulière. Troisièmement, existerait la tentation du repli spiritualiste qui consiste à absolutiser la dimension intérieure de la foi et de considérer la politique comme indigne d’intérêt, « sale ».
Quatrièmement, Mounier évoque l’aspect de la trahison par la volonté bien petite- bourgeoise de l’ordre établi, même si les chrétiens constatent les disparités sociales et économiques de la société dans laquelle ils vivent. Toujours l’alliance possible entre « le sabre et le goupillon » ! D’autant que, sociologiquement, les croyants les plus engagés dans leur Eglise s’apparente de plus en plus à la bourgeoisie, en regard du départ ou de l’indifférence d’autres classes politique et donc des engagements politiques de l’Eglise qui favoriseraient le groupe social influent. Enfin, cinquièmement, le dernier danger serait celui de l’autolégitimation qui consisterait à croire que la bonne foi ou la sincérité suffisent pour fonder un engagement chrétien en politique, sans toujours prendre racine dans les limites de la théologie qui, elles, peuvent prétendre le contraire ! Cela fera l’objet de longues discussions et échanges avec Jacques Maritain (5) autour de la revue Esprit.
Mounier va tenter de répondre aux différentes questions qui menacent l’Église dans l’hypothèse de ses engagements politiques, en proposant plusieurs solutions :
Charles Peguy
– La rupture nécessaire contre le « désordre établi » qui consiste à reconnaître au christianisme une force de diagnostic sur l’ordre social : ce qui se présente par sécurité comme un ordre social établi et stable, n’est en fait qu’un désordre au regard des exigences de justice du plus grand nombre et que cette injustice sociale ne peut s’établir sur un ordre chrétien. Il y a fatalement une nécessité de rupture. Historiquement, cette idée d’ordre liée à l’Église s’est manifestée au XIXe siècle quand la bourgeoisie s’est installée en force dans une Eglise qu’elle avait combattue en 1789, comme principale force révolutionnaire. Léon Bloye et Charles Peguy disaient : « Voici venu le bourgeois qui se drape de religion ! ». Petit à petit, l’Église s’est confondue à une appartenance sociale, malgré des courants qui opposaient une résistance au conservatisme : la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) ou la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Mounier s’est voulu, avec une certaine naïveté, l’idéaliste et le révolutionnaire en lutte permanente contre le conservatisme et les puissances d’argent à l’intérieur de l’Église.
Charles Maurras en 1888
– Prôner l’importance du pluralisme chrétien en politique alors que, encore aujourd’hui, les sondages concernant les chrétiens, catholiques en priorité, nous donnent une appartenance très marquée à droite. Mounier écrit à ce propos (« Y a-t-il une politique chrétienne ? ») : « Certains, regardant vers des pays voisins, regrettent un parti qui incarnerait la politique chrétienne officiellement. Hélas ! L’expérience a prouvé que ces partis confessionnels avaient pour principal d’attirer l’attention, de détourner les énergies et de fixer des cœurs satisfaits sur cette projection sociologique de la religion qui est sa constante menace intérieure ». Mounier fait référence à l’Allemagne et à l’Italie, dont les « partis chrétiens » donnèrent (et donnent toujours !) une image caricaturale du conservatisme. Pour Mounier, les principes chrétiens ne commandent pas d’adhésion à un parti défini. En matière politique, la foi est donc un principe d’inspiration plus que de détermination univoque de conclusions imposées. Cette pensée sera d’ailleurs anticipative de la constitution pastorale « Gaudium et spes » du Concile Vatican II « sur l’Église dans le monde de ce temps » (8 décembre 1965).
Articuler la dignité du temporel et la primauté du spirituel qui évoque l’union inaltérable entre temporel et spirituel La primauté du spirituel signifie que le sens de l’engagement de la personne ne peut se réduire à aucune réussite temporelle particulière, à aucune institution, à aucun programme politique. Elle réordonne l’usage du politique par une primauté du spirituel qui n’est pas synonyme de religieux. Avec le risque que la primauté du spirituel se transforme en passivité pour certains, avec le choix de la « tour d’ivoire » et la culture d’une pseudo spiritualité qui éloigne de la réalité sociétale. Mounier écrit (« Feu la chrétienté ») : « C’est une tentation très forte pour le chrétien que de s’asseoir avec attendrissement devant les beaux paysages théologiques pendant que la caravane humaine poursuit sa marche, les pieds en feu »…
Mais, c’est amusant : au fur et à mesure que l’on se penche sur la problématique religieuse catholique, on ne peut que faire un parallélisme avec la Maçonnerie ! Et pour cause : La Franc-Maçonnerie recrute, en France, surtout dans des milieux qui sont ou furent influencés par cette religion, consciemment ou inconsciemment. Parfois même, la laïcité en est un effet-miroir !
III-QUAND LA FRANC-MACONNERIE VA-T-ELLE FAIRE SON « VATICAN II » ?!
L’Europe maçonnique, avec attention et humour (il convient de le dire !) nous observe toujours dans nos enchevêtrements idéologiques et notre lutte quasi-permanente entre une Eglise catholique de plus en plus inexistante en effectifs et une laïcité qui prend souvent la forme d’une religion de remplacement (avec parfois la même intolérance !) et dont le concept échappe à l’Europe entière, si ce n’est au monde entier. Cela ressemble à une particularité locale faite pour attirer les touristes ! D’autant que de nombreux pays, dans les faits, pratiquent une forme démocratique et laïque, au-delà des formules toutes faites chez qui on flaire plus le goût de la rhétorique que du désir de faire avancer la réflexion !
Puisque nous évoquions l’Action Française du « royalisme intégrale » de Maurras, force est de constater que la Franc-Maçonnerie vit avec paix et bienveillance, en Europe, dans des monarchies constitutionnelles parfaitement démocratiques (où les souverains et des membres de leur famille sont souvent Francs-maçons eux-mêmes). Ce qui n’est pas toujours le cas dans les pays qui s’approprièrent le concept de « république » et dont les dirigeants se verraient bien en monarques absolus et n’ont pas forcément des sentiments bienveillants pour nous ! Suivez mon regard…
Cette envie, dans le rêve d’une politique française monarchiste, de type religieux, n’est pas sans avoir des effets sur la Franc-Maçonnerie, où l’on retrouve de plus en plus les mêmes critères des querelles extérieures : nous oublions parfois de laisser le ciboire et l’urne à la porte du Temple !
Y a-t-il quelque chose d’inéluctable dans les dérives ? Peut-être convient -il de se remettre dans une perspective historique : la Maçonnerie s’enracine dans un terreau réformé combattu par l’Église catholique qui la vit comme le cheval de Troie du protestantisme. D’où l’anticléricalismes de la Maçonnerie au départ, largement habitée par des réformés, surtout calvinistes. L’organisation des loges bleues reflète d’ailleurs la structure de la paroisse protestante : le pasteur ou le vénérable ne sont que des spécialistes de passage, désignés par le groupe, mais n’ont aucun statut sacré, on donne beaucoup d’importance à la « libre interprétation » des textes ou des rituels, un soutien à une laïcité qui réclame bien la séparation entre l’Eglise et l’État, et le symbole d’une présence dans laquelle chacun peut y investir ce qui lui convient : le GADLU n’est nullement le Dieu judéo-chrétien, sinon la Maçonnerie n’aurait aucune raison d’exister en proposant son idéal à des profanes qui n’ont aucune raison particulière de se rallier à un monothéisme quelconque ! Je vois mal la Maçonnerie indienne ou de l’Asie du sud faire allégeance à la croyance d’un Dieu unique et omniprésent …
Il faut aussi prendre conscience que le catholicisme, aura un autre type de stratégie au sein de la Maçonnerie : la création des « Hauts Grades » dont l’inventeur en sera Michel de Ramsey, protestant converti au catholicisme qui passera de longues années sous l’influence de Fénelon et de la mystique Madame Guyon, animateurs du courant hérétique quiétiste. Son passage dans le quiétisme sera d’ailleurs beaucoup plus long dans le quiétisme que dans la Maçonnerie ! Cela sera pour lui l’occasion d’introduire, dans cette dernière, des orientations qui n’existaient nullement au départ : filiation mystique avec la chevalerie, mais surtout organisation pyramidale propre à l’Église catholique. Ce qui va faire naître une kyrielle de grades « chevaleresques » (Etonnamment plus que sous l’Ancien Régime !) et un esprit d’ordre pyramidal où l’orientation viendrait du sommet, de manière quasiment papale ! Naturellement, avec un fonctionnement à l’avenant : décisions arbitraires, exclusions, désirs de gérer l’ordre entier en fonction de l’appellation « Hauts Grades », danger que nous commençons à bien connaître de dérives sectaires…
Cette guerre interne de pouvoir est de type religieux dans sa forme, liée à la situation d’un message spirituel dévoyé par le goût du pouvoir, ou l’orientation de l’institution comme cheville ouvrière de menées politiques évidentes. Hélas, l’actualité apporte confirmation à notre réflexion. La solution, difficile, est l’abandon pour la Maçonnerie de son vécu inconscient théologique, pour en revenir à sa source philosophique, accueillante pour l’altérité et la faiblesse partagée avec l’autre, qui ne peut que déboucher sur la compassion et non une charité hiérarchisée. Ce que nous rappelle Paul Ricoeur, quand il écrit (6) : « Dans la sympathie vraie, le soi, dont la puissance d’agir est au départ, plus grande que celle de son autre, se retrouve affecté par tout ce que l’autre souffrant lui offre en retour. Car il procède de l’autre souffrant un donner qui n’est précisément plus puisé dans sa puissance d’agir et d’exister, mais dans sa faiblesse même. C’est peut-être là l’épreuve suprême de la sollicitude, que l’inégalité de puissance vienne à être compensée par une authentique réciprocité dans l’échange, laquelle, à l’heure de l’agonie, se réfugie dans le murmure partagé des voix ou l’étreinte débile des mains qui se serrent »…
S’offrir, en Maçonnerie, nos faiblesses au lieu de caricatures de pouvoir cela pourrait être sympa non ?
ITE MISSA EST DEO GRATIAS !
NOTES
(1) Joseph de Maistre (1753-1821) : Homme politique, philosophe, magistrat et écrivain savoisien, sujet du royaume de Sardaigne. L’un des pères de la philosophie contre-révolutionnaire et critique virulent des Lumières. Etrangement, il fut Franc-Maçon actif durant 40 ans au rite Ecossais Rectifié et au Martinisme. Pour lui, la Maçonnerie devait faire allégeance au Pape Souverain.
(2) Louis de Bonald (1754-1840): Homme politique, philosophe et essayiste. Grand adversaire de l’idéologie de la Révolution Française et des Lumières. Il fut la grande voix des légitimistes royalistes. On le considère aussi comme l’un des précurseurs de la sociologie.
(3) Benoist de Sinety : est aussi l’auteur de deux ouvrages sur la contestation des orientations de l’Église catholique d’aujourd’hui :
– Il faut que des voix s’élèvent. Paris. Ed. Flammarion. 2018.
(4) Emmanuel Mounier (1905-1950) : D’origine d’un milieu rural très chrétien, qui passera dans la petite bourgeoisie, Mounier deviendra philosophe catholique et sera le fondateur de la revue « Esprit » autour de laquelle il passera sa vie. Il est aussi à l’origine du courant personnaliste en France qui veut créer une fraternité fondée sur un socle de valeurs communes et sur une méthode qui privilégie la discussion et la pluralité des points de vue. Cela voulait être d’inspiration chrétienne, mais non-confessionnelle.
Mounier avait un tempérament mystique inspiré par une méditation approfondie de l’œuvre de Charles Péguy, mais ce qui ne l’empêchait pas d’être un polémiste audacieux et mordant. Il était, par excellence, un interprète de la complexité en faisant reposer la philosophie sur 4 piliers : la logique, la métaphysique, l’épistémologie et l’éthique. Tragiquement, il meurt d’un infarctus à 45 ans. Il est souvent présenté comme l’image opposée à Maurras.
(5) Jacques Maritain (1882-1973) : Ecrivain et philosophe, professeur à l’Institut catholique dans un premier temps. Il va jouer un rôle très important sur les catholiques français et à l’étranger. Il participe aussi au renouveau de la pensée thomiste au XXe siècle. C’est un philosophe passionné d’absolu qui, avec son épouse Raïssa (1883-1960), seront les auteurs d’une œuvre théologique et philosophique très importante. Il s’est converti au catholicisme étant d’origine protestante et sera lié durant toute une période à l’Action Française dont il se détachera définitivement. Après la Libération, il sera nommé par le général de Gaulle, ambassadeur au Vatican de 1945 à 1948. Il fera aussi un long temps d’enseignement aux U.S.A. On lui attribue aussi une intéressante étude, « le code Maritain », sur le choix de la vocation cléricale comme sublimation de l’homosexualité !
(6) Ricoeur Paul : Soi-même comme un autre. Paris. Ed. Du Seuil. 1990. (Page 223).
BIBLIOGRAPHIE
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– Broche François : Dictionnaire de la collaboration. Paris. Ed. Nouveau Monde. 2025.
– Collin Philippe : Alfred Dreyfus, le combat de la République. Paris. Ed. Albin Michel. 2026.
Corbi Maria : Vers une spiritualité laïque. Paris. Ed. Carthala. 2025.
– Cottret Bernard : Le Christ des Lumières. Paris. Ed. Du Cerf. 1990.
– De Balando Flavien Bertran : Louis de Bonald philosophe et homme politique. Paris. Ed. Du CNRS. 2021.
– De Lubac Henri : Résistance chrétienne à l’antisémitisme. Paris. Ed. Fayard. 1988.
– De Maistre Joseph : Les soirées de Saint Petersbourg. Genève. Ed. Slatkine. 1993.
– De Maistre Joseph : Ecrits maçonniques. Genève. Ed. Slatkine. 1983.
– De Maistre Joseph : Ecrits sur la Révolution. Paris. PUF. 1989.
– Dembinsky Paul etCoulange Pierre : Fraternité et démocratie : les fondements du vivre ensemble. Fribourg. Regards Chrétiens. 2025.
– De Thieulloy Guillaume : Le chevalier de l’absolu. Jacques Maritain entre mystique et politique. Paris. Ed. Desclée de Brouwer. 2005.
– Fessard Gaston : « Pax Nostra ». Examen de conscience international. Paris. Ed. Du Cerf. 2022.
– Laux Henri : Introduction au traité théologico-politique de Spinoza. Paris. PUF. 2025.
– Louzeau François : L’anthropologie sociale du père Gaston Fessard. Paris. PUF. 2009.
– Maritain Jacques et Valadier Paul : L’homme et l’État. Paris. Ed. Desclée de Brouwer. 2009.
– Maurras Charles : L’ordre et le désordre. Paris. Ed. Des cahiers l’Herne. 2020.
– Nirguenin François : l’Action Française. Paris. Ed. Perrin. 2011.
– Peillon Vincent : Laïcité, sécularisation et modernité. Paris. Ed. Odile Jacob. 2026.
– Perret Bernard : Violence des dieux et violence des hommes. Paris. Ed. Du Seuil. 2026.
– Picquard Yohan : L’Église catholique face au nazisme. Paris. Saint-Léger Editions. 2025.
– Poupard Paul ; Le Concile de Vatican II. Paris. Ed. Salvator. 2012.
– Pujo Maurice : Les Camelots du roi. Paris. Ed. De Flore. 2018.
– Riccardi Andrea : La guerre du silence. Pie XII, le nazisme, les juifs. Paris. Ed. Du Cerf. 2023.
– Saint Augustin : La Cité de Dieu. (3 tomes). Paris. Ed. Du Seuil. 1994.
– Spaemann Robert : Un philosophe face à la Révolution. La pensée politique de Luis de Bonald. Paris. Ed. Hora Decima. 2008.
– Toda Michel : Louis de Bonald, théoricien de la Contre-Révolution. Etampes. Ed. Clovis. 1997.
– Torreli Maurice : Maurras et la pensée d’Action Française. Paris. Ed. De Flore. 2018.
– Valadier Paul : Maritain à contre-temps : Pour une démocratie vivante. Paris. Ed. Desclée de Brouwer. 2006.
– Wynands Marie-Pierre : La démocratie chrétienne, histoire autour d’un malentendu français. 1870-1970. Paris. Ed. Septentrion. 2025.
Quand la démocratie ne survit qu’à travers l’écoute, le débat et la transmission
À l’heure où les réseaux saturent l’espace public de réactions immédiates, de colères fragmentées et de certitudes hurlées plus qu’argumentées, une question fondamentale ressurgit avec une force nouvelle.
Comment une démocratie peut-elle encore tenir lorsque la parole cesse d’être un lieu de construction collective pour devenir un champ de confrontation permanente ?
Derrière la crise politique contemporaine apparaît peut-être une crise plus profonde encore, celle du langage lui-même, de sa valeur, de son poids, de sa capacité à relier les êtres humains plutôt qu’à les opposer. Dans ce tumulte, la franc-maçonnerie conserve une intuition précieuse. La parole n’y est jamais un simple droit individuel. Elle demeure un exercice de responsabilité, de mesure et de quête intérieure. Car parler véritablement suppose d’abord d’apprendre à écouter.
Nos démocraties modernes reposent théoriquement sur le dialogue
Pourtant, nous assistons partout à l’effritement du débat raisonné. L’invective remplace l’argument. Le soupçon l’emporte sur la confiance. L’émotion instantanée écrase la réflexion lente. Le citoyen devient spectateur d’une agitation permanente où chacun parle sans entendre l’autre. Cette fragmentation du langage produit une fragmentation du lien civique lui-même. Une société qui ne sait plus débattre finit par ne plus savoir vivre ensemble.
Les francs-maçons connaissent depuis longtemps cette fragilité
Le travail en loge ne consiste pas seulement à produire des idées. Il impose une discipline de la parole. Le silence de l’apprenti rappelle que toute parole authentique naît d’une transformation intérieure. La circulation ordonnée de la parole dans le Temple enseigne quant à elle que nul ne possède seul la vérité. Chacun apporte une pierre, un éclat, une intuition. La lumière surgit moins de l’affirmation individuelle que de l’écoute réciproque.
Cette conception initiatique éclaire puissamment les impasses contemporaines
Une démocratie ne peut survivre sans lieux de décantation symbolique, sans espaces où les désaccords puissent être élaborés autrement que dans la violence verbale ou la simplification idéologique. La parole démocratique exige du temps, de la nuance, du respect et parfois même une forme d’humilité spirituelle. Elle suppose d’accepter que l’autre puisse détenir une part de vérité qui nous échappe encore.
La crise actuelle touche également les institutions
Beaucoup de citoyens ne croient plus dans la parole publique parce qu’ils ont le sentiment qu’elle est devenue performative, publicitaire ou stratégique. Les mots semblent parfois détachés des actes. Or une parole qui ne s’incarne plus perd sa force symbolique. Elle cesse d’éclairer. Elle devient bruit.
Dans la tradition maçonnique, la parole engage toujours celui qui la prononce.
Elle participe d’une éthique
Le Verbe construit ou détruit. Il élève ou il avilit. Cette conscience ancienne rejoint les grandes traditions philosophiques et spirituelles pour lesquelles le langage n’est jamais neutre. Nommer le monde, c’est déjà agir sur lui.
Refonder la démocratie implique donc peut-être de retrouver cette dimension oubliée du langage
Liberté, Égalité, Fraternité
Réapprendre à débattre sans haïr. Réintroduire la lenteur dans un univers gouverné par l’instantanéité. Accepter la complexité plutôt que les réflexes binaires. Retrouver le goût de la transmission et de la pensée longue. Une civilisation commence à décliner lorsqu’elle ne produit plus que des réactions et plus de réflexion.
La franc-maçonnerie n’a évidemment pas vocation à gouverner la cité
Démocratie
Mais elle peut rappeler discrètement que toute société libre repose sur une qualité intérieure de ses citoyens. La démocratie n’est pas seulement une mécanique institutionnelle. Elle est une ascèse du rapport à l’autre. Elle exige des êtres capables de parler sans écraser, de convaincre sans humilier, de chercher ensemble plutôt que de vaincre seuls.
Car lorsque la parole se décompose, c’est le lien humain lui-même qui se fissure
Et lorsque le langage cesse d’unir, les sociétés entrent dans l’âge du vacarme. À l’inverse, chaque fois que des femmes et des hommes acceptent de se réunir pour écouter, réfléchir et construire ensemble, une lumière fragile mais essentielle continue de se transmettre. Peut-être est-ce là, aujourd’hui encore, l’une des plus hautes tâches démocratiques.
À l’occasion de l’exposition du musée de la franc-maçonnerie, un catalogue d’une remarquable densité recompose trois siècles de présence maçonnique dans la capitale, non comme une accumulation de faits, mais comme une méditation sur les liens visibles et invisibles qui unissent la pierre, la Lumière et la ville.
Il est des livres qui ne se lisent pas seulement. Ils se parcourent comme une ville
Nous pensions connaître les rues, les places, les monuments, les jardins, les cimetières, les façades et les noms gravés dans la pierre. Puis, page après page, un autre Paris se laisse deviner. Non pas un Paris caché au sens suspect du terme, non pas une capitale livrée aux fantasmes de l’énigme, mais une ville plus profonde, plus habitée, plus fraternelle, où la mémoire maçonnique affleure avec discrétion.
Le catalogue publié à l’occasion de l’exposition « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons », présentée au musée de la franc-maçonnerie du 29 avril au 20 décembre 2026, appartient à cette famille d’ouvrages qui dépassent largement leur fonction première. Il accompagne une exposition, bien sûr. Mais il fait davantage. Il propose une traversée. Il offre une lecture de Paris. Il compose une véritable cartographie historique, culturelle, symbolique et initiatique de la capitale.
Cent vingt-huit pages, quinze euros, et pourtant la densité d’une somme
Sous la direction intellectuelle de Laurent Segalini, conservateur du musée et commissaire de l’exposition, ce catalogue réunit des contributions qui ne se juxtaposent pas. Elles s’assemblent comme des pierres dans un édifice commun. Chacune éclaire une façade différente du Paris maçonnique, depuis les premières loges du XVIIIe siècle jusqu’aux traces laissées dans les arts, les musées, les jardins, la musique, la mémoire politique et le funéraire.
Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée de la franc-maçonnerie, ouvre l’ouvrage par un avant-propos qui donne d’emblée le ton.
La relation entre Paris et les francs-maçons pouvait-elle être autre chose qu’une histoire d’amour
Pierre Bertinotti
Parfois discrète, souvent décisive, toujours profondément enracinée dans la vie de la cité, cette relation traverse plus de trois siècles. Depuis les premières loges, vers 1725, dans les arrière-salles des traiteurs ou des cabarets du faubourg Saint-Germain, Paris a accueilli la franc-maçonnerie, tandis que les francs-maçons ont, en retour, aimé, pensé, embelli, défendu et parfois relevé Paris.
Le texte rappelle aussi combien la capitale porte, dans son imaginaire même, une vocation lumineuse
Lutèce fut parfois associée à Lucoticia, la lumineuse. La Révolution de 1789 consacra Paris comme ville des Lumières, phare de la raison émancipatrice, de la liberté civique, de la citoyenneté universelle et de l’égalité des droits. Les francs-maçons n’ont pas inventé ce Paris-là. Ils l’ont accompagné, servi, construit, parfois au sens propre, parfois au sens spirituel du terme.
Laurent Segalini, dans son introduction, donne au parcours sa juste méthode
Laurent Segalini
Il invite le lecteur à regarder Paris autrement, non pour y débusquer les signes d’une omniprésence fantasmée ni pour nourrir les lectures complotistes, mais pour y reconnaître des empreintes concrètes, des noms, des œuvres, des engagements et des transmissions. La franc-maçonnerie n’a pas saturé Paris de symboles cachés. Elle y a travaillé. Elle y a laissé des traces dans la pierre des monuments, l’herbe des jardins, les salles des musées, les allées des cimetières, les paysages urbains et les mémoires civiques.
L’enquête historique commence en 1725
Thierry Zarcone
Jean-Marie Mercier et Thierry Zarcone reviennent sur les indices convergents qui permettent de situer les premières présences maçonniques parisiennes. Leur contribution restitue un moment fondateur avec une rigueur archivistique qui n’étouffe jamais la vie du récit. Laurent Segalini prolonge cette exploration autour de Saint-Germain-des-Prés, dans ce paysage des premières loges où la fraternité maçonnique se déployait dans les interstices d’une société d’Ancien Régime à la fois surveillée, curieuse, inquiète et fascinée.
Jean-Luc Le Bras propose ensuite une « Esquisse d’un atlas maçonnique de Paris (1725-1825) » qui donne au lecteur le sentiment de tenir entre les mains une géographie discrète de la capitale. Adresses, rues, lieux de réunion, trajectoires individuelles, réseaux de sociabilité, tout concourt à faire apparaître une ville dans la ville. Non une cité parallèle, mais une trame fraternelle inscrite dans l’espace ordinaire de Paris.
Séverine Laporte-Dupuis élargit le regard en étudiant les « Artisans, commerçants et francs-maçons à Paris au XVIIIe siècle »
Nous comprenons alors que la fraternité ne fut pas seulement l’affaire des élites éclairées. Elle traversa aussi les corps de métiers, les comptoirs, les ateliers, les faubourgs. L’Ordre spéculatif y garde la mémoire vive du travail manuel élevé au rang de symbole. La main de l’artisan, dans ce Paris maçonnique, rejoint la main de l’initié. Toutes deux construisent, polissent, assemblent, transmettent.
Giacomo_Casanova
Cagliostro
René Perinelli et Laurent Segalini croisent les destins de Casanova et de Cagliostro, deux aventuriers italiens qui firent de Paris le théâtre de leurs existences romanesques et de leurs appartenances maçonniques ambiguës. Tous deux incarnent une part trouble du XVIIIe siècle, lorsque la quête initiatique côtoyait l’imposture, lorsque le goût du mystère pouvait conduire vers la sagesse comme vers l’illusion. Ce chapitre restitue magnifiquement la densité d’une époque qui cherchait, dans les loges comme ailleurs, quelque chose qui ressemblât à un sens.
Pierre Mollier intervient à deux reprises dans ce catalogue avec cette clarté d’exposition qui rend l’érudition immédiatement vivante
Pierre Mollier
Il consacre une première étude aux « 33e réunis à la table de l’Archichancelier » sous le Premier Empire, croisant gastronomie, pouvoir, sociabilité et rite dans une réflexion sur les formes concrètes de la fraternité maçonnique. Il signe ensuite un portrait de Jacques Louis David, peintre révolutionnaire et franc-maçon, dont la redécouverte comme Frère parisien enrichit la lecture de son œuvre et de ses engagements. Membre de la loge La Modération, Jacques Louis David apparaît ici non comme un simple nom ajouté à une liste, mais comme une figure chez qui esthétique, politique et idéal philosophique se rejoignent.
Jean-Marc Schivo ouvre les allées de Paris et ses jardins maçonniques. Patrice Verrier suit les musiciens francs-maçons à travers les loges du Directoire, de l’Empire et de l’Ancien Régime. Nous mesurons alors combien la franc-maçonnerie parisienne fut aussi une communauté artistique, un lieu où la musique pouvait devenir élévation de l’âme et langage de concorde. François Mairesse interroge, quant à lui, le lien entre francs-maçons et musées. L’idéal encyclopédique, la transmission du savoir, la volonté de rendre intelligible l’héritage commun trouvent dans l’institution muséale une expression profondément cohérente avec la philosophie de l’Ordre.
Le catalogue s’avance ensuite vers les profondeurs mythiques et symboliques de la capitale Laurent Segalini revient sur « Par-Isis, la franc-maçonnerie et le mythe de l’Isis parisienne ». La légende qui voulut faire de Paris la ville d’Isis, déesse du mystère, de la résurrection et de la connaissance voilée, ouvre une méditation fascinante sur les filiations imaginaires de la capitale.
Il prolonge cette enquête avec une étude consacrée au sculpteur Antoine-Denis Chaudet, artiste franc-maçon et auteur du buste officiel de Napoléon Ier, en proposant une lecture alchimique de Notre-Dame de Paris. La cathédrale apparaît alors non seulement comme monument religieux, mais comme livre de pierre, espace de signes, matrice symbolique où l’hermétisme dialogue avec l’architecture.
Bernard Brangé rend justice à Auguste Bellu et Eugène Milon, deux bâtisseurs dont les noms demeurent trop peu connus alors que leurs œuvres marquent durablement le Paris monumental. Sylvain Solustri revient sur Paris, la Commune et les francs-maçons, moment douloureux et puissant au cours duquel des loges marchèrent vers les remparts pour tenter d’arrêter le massacre. Ce geste, à la fois désespéré et lumineux, rappelle que la fraternité maçonnique ne se réduit jamais à une idée abstraite. Elle peut devenir présence au monde, risque assumé, fidélité à l’humain dans l’heure tragique.
Jean-Claude Momal (OE) clôt le parcours par « Le funéraire maçonnique, de la mémoire à l’oubli ». Il rappelle combien la franc-maçonnerie entretient avec la mort une relation symboliquement centrale. La tombe, l’inscription, l’effacement, le souvenir, la survivance des signes composent ici une méditation sur la mémoire initiatique. Car mourir, dans la perspective maçonnique, n’est jamais seulement disparaître. C’est interroger ce qui demeure d’un travail intérieur, d’une parole donnée, d’une pierre posée dans l’édifice commun.
Ce catalogue est aussi une réussite formelle
Sylvain Solustri
Les photographies de Ruben Bermudez, Ronan Loaëc, Pierre Mollier, Jean-Marc Schivo, Laurent Segalini et Sylvain Solustri donnent aux textes une présence visuelle qui ne se contente pas d’illustrer. Elles prolongent la réflexion. La mise en pages de Jean-Michel Mathonière confère à l’ensemble une élégance sobre, parfaitement accordée à l’esprit de l’ouvrage. La relecture de Romane Foucher participe à cette impression générale d’exigence et de cohérence.
Il faut le dire nettement. Le musée de la franc-maçonnerie, situé à « 16 Cadet », confirme avec cette publication son rôle d’institution culturelle et intellectuelle majeure dans le paysage maçonnique français et européen.
Il n’est ni un simple conservatoire d’objets ni un lieu voué à la nostalgie. Il est unespace vivant, où la réflexion historique et symbolique permet de mieux comprendre ce que la franc-maçonnerie a représenté, ce qu’elle représente encore et ce qu’elle peut continuer d’offrir à une société en quête de repères, de transmission et d’éthique partagée.
Lire ce catalogue, c’est comprendre que Paris n’est pas seulement une ville que les francs-maçons ont habitée
C’est une ville qu’ils ont pensée, aimée, bâtie, ornée, défendue, parfois rêvée. La Lumière qu’ils y ont portée n’est pas celle d’un soleil dominateur. Elle est plus humble, plus fraternelle, plus durable. Elle vient de femmes et d’hommes qui ont choisi de travailler à l’amélioration de la condition humaine sans rechercher d’autre récompense que la conscience du devoir accompli.
Avec Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons, le musée de la franc-maçonnerie ne livre donc pas seulement un catalogue d’exposition. Il nous remet entre les mains une clef de lecture. Il nous apprend à regarder Paris autrement. Non comme un décor, mais comme une œuvre humaine. Non comme une capitale achevée, mais comme un chantier ouvert. Dans ce Paris-là, chaque rue peut devenir passage, chaque monument mémoire, chaque jardin respiration, chaque pierre invitation au travail.
Paris, selon cet ouvrage, reste un chantier ouvert. Et les francs-maçons, depuis trois siècles, n’ont jamais posé leurs outils.
Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons Catalogue de l’exposition du musée de la franc-maçonnerie
Musée de la franc-maçonnerie, 2026, 128 pages, 15 €/ISBN 978-2-9588839-5-5 Disponible au musée de la franc-maçonnerie– Siège du Grand Orient de France – 16 rue Cadet, 75009 Paris
Aucun suspens : 450.fm creuse l’écart et s’impose comme la référence la plus solide du secteur maçonnique en ligne
Note : Pour effectuer cette analyse, nous avons fait appel à l’outil numéro 1 mondial Similarweb que chacun peut tester. Aucune orientation, ni conseil, n’a été donné au système. Une simple de demande de performance des 5 sites les plus représentatifs de l’information maçonnique.
Comme chaque année depuis 2022, nous publions un observatoire des statistiques de consultations des sites Internet de l’information maçonnique (les années précédentes se trouvent en fin d’article ci-dessous).Entre février et avril 2026, les indicateurs observés dessinent un paysage très net : 450.fm domine le panel à la fois en volume, en régularité de fréquentation et en qualité d’attention. Votre journal ne se contente pas de générer plus de trafic que ses concurrents ; il parvient surtout à transformer cette audience en lecture effective, ce qui est le vrai marqueur d’un média qui compte.
Un leadership qui ne doit rien au hasard
Le premier enseignement est simple : 450.fm arrive largement en tête avec 224 874 visites totales, devant ledifice.net à 123 080, hiram.be à 77 076, gadlu.info à 45 430 et fm-mag.fr à 11 264.
L’écart n’est pas marginal, il est structurel. 450.fm pèse près du double de ledifice.net et quasiment trois fois plus qu’hiram.be sur la période étudiée, ce qui confirme une supériorité nette dans la captation d’audience. Dans un univers de niche où les écarts sont souvent serrés, une telle avance signale une marque éditoriale déjà bien installée.
La vraie force : l’engagement
Le volume seul ne suffit jamais à juger un média. C’est pourquoi les données d’engagement sont particulièrement parlantes : 450.fm affiche 74 958 visites mensuelles, 37 092 visiteurs uniques mensuels, 199 032 pages vues et 32 075 d’audience dédupliquée. Surtout, le site enregistre 2 minutes 49 secondes de durée moyenne de visite, 2,66 pages par visite et un taux de rebond de 50,34 %.
Autrement dit, l’audience ne passe pas simplement en coup de vent : elle lit, explore et revient dans le contenu.
À côté, le contraste est fort. Ledifice.net reste solide en volume, mais ses indicateurs d’usage sont plus modestes avec 1 minute 33 secondes de durée moyenne et 1,98 page par visite. Hiram.be, pourtant mieux placé que certains concurrents sur le ratio visites/visiteurs uniques avec 2,23, reste pénalisé par un taux de rebond élevé à 69,77 % et une durée moyenne assez faible avec 1 minute 17 secondes par visite. Il faut aussi noter la dégringolade d’hiram.be qui est passé en trois ans de 54 600 visites mensuelles en 2023 à 25 692 cette année, soit une perte de plus de la moitié de son trafic, ce qui s’explique probablement par l’appauvrissement progressif de son contenu et le tarif trop élevé de ses frais d’abonnement (car le site est payant).
et puis la grenouille se déguise en bœuf…
Il est intéressant de noter qu’hiram.be annonce quotidiennement sur sa page d’accueil, des statistiques étonnement « gonflées ». Sachant que la moyenne réelle, difficilement discutable, est de 25 692/mois / 30 jours = 856 visiteurs réels / Jour, ce qui semble d’ailleurs cohérent, compte tenu de l’accès payant, on se demande d’où viennent tous ses visiteurs fictifs. Pour l’exemple, le site affiche pour la journée du 20 mai 2026 = 2 401 visites, soit un résultat 250 % supérieur à la réalitéchiffrée. Il serait intéressant que l’animateur de ce blog se tourne vers Similarweb ou vers Pirsch.io son outil d’analyse, afin d’éclaircir cette intrigue qui ne joue pas en sa faveur du côté de la transparence.
Le message est clair : tous les sites attirent, mais tous ne retiennent pas autant que 450.fm qui offre, il faut le reconnaitre, un contenu riche et varié.
Ce que disent les canaux
L’analyse des canaux d’acquisition de visiteurs renforce encore l’avantage de 450.fm. Le site capte un trafic direct issu de sa newsletter quotidienne très important, ce qui traduit une audience qui connaît déjà la marque et revient spontanément.
450.fm se distingue aussi sur la recherche organique (Google…), preuve que son référencement naturel joue un rôle déterminant dans sa visibilité.
Ce double moteur est décisif. Un média qui dépend uniquement des réseaux sociaux, de ses seuls abonnés ou d’un pic de viralité reste très fragile ; un média qui combine notoriété directe, réseaux sociaux et référencement naturel construit une base beaucoup plus stable. 450.fm se situe précisément dans ce second cas de figure, ce qui explique la solidité de sa performance globale. Le fait que le trafic reste élevé sur plusieurs canaux à la fois suggère une audience régulière, pas seulement opportuniste.
Cependant, il faut noter que l’évolution technologique actuelle va transformer à très court terme tout cette mécanique. En effet, les utilisateurs se tournant de plus en plus vers l’IA et de moins en moins vers la recherche des moteurs de recherche classiques, la configuration de l’achalandage des sites d’information maçonnique va être très rapidement totalement bouleversée. Les sites mono-canaux (surtout ceux qui s’appuient sur les moteurs de recherche) risquent de subir un choc à la baisse. C’est pourquoi, 450.fm qui est multicanaux (newsletter avec plus de 1 million de copies envoyées chaque mois, plus de 3 000 partages /mois dans les réseaux sociaux, reroutage des articles sur les groupes WhatApp…) va tirer plus encore son épingle du jeu.
Une audience mixte et fidèle
La répartition des appareils confirme ce profil équilibré. 450.fm est presque à égalité entre ordinateur et mobile, avec 50,9 % sur desktop et 49,1 % sur mobile. Cette balance est intéressante, car elle indique une consommation des contenus à la fois au bureau, à la maison et en mobilité. Le site ne dépend donc pas d’un seul mode de consultation, ce qui renforce sa résilience éditoriale.
Sur ce point, certains concurrents présentent un visage différent. fm-mag.fr et gadlu.info sont davantage orientés mobile, tandis que ledifice.net reste légèrement plus fort sur ordinateur. Hiram.be se situe lui aussi dans un profil plus mobile que desktop. 450.fm, en restant équilibré, semble toucher un lectorat plus large et plus transversal.
Une position de référence
Le classement France visible dans les données est également parlant : 450.fm est devant le reste du panel, avec une place de #19 539, contre #45 505 pour ledifice.net et #50 643 pour hiram.be loin derrière.
Dans ce type d’indicateur, l’écart de classement vaut souvent autant que l’écart de trafic, car il reflète aussi la visibilité générale du site dans l’écosystème web. Autrement dit, 450.fm n’est pas seulement le plus lu du groupe, il est aussi celui qui s’inscrit le plus visiblement dans le paysage numérique français.
Lecture éditoriale
Ce qui ressort de l’ensemble, c’est la cohérence du modèle. 450.fm ne gagne pas uniquement parce qu’il publie beaucoup plus, mais parce qu’il semble mieux capter l’attention, mieux la retenir et mieux la convertir en lecture approfondie. Les lecteurs viennent davantage, restent plus longtemps, consultent plus de pages et repartent moins vite. C’est le profil d’un média qui a franchi un cap : celui d’un site de niche devenu une référence structurante de son espace.
Version presse prête à publier
450.fm prend l’avantage dans le paysage maçonnique en ligne
Les données de trafic et d’engagement observées entre février et avril 2026 confirment la montée en puissance de 450.fm, qui s’impose comme le site le plus performant du panel. Avec 224 874 visites totales, 74 958 visites mensuelles et 199 032 pages vues, le média distance nettement ses confrères, à commencer par ledifice.net et hiram.be qui peine à offrir une information renouvelée ou abondante. Notons toutefois que l’edifice n’est pas un site d’informations à proprement parlé. Puisqu’il offre des planches et autres travaux de tous les degrés. Il a été rajouté à ce panel car sa notoriété évidente le rendait éligible dans ce classement.
Mais la performance de 450.fm ne se limite pas à un simple effet de volume. Le site affiche aussi des indicateurs d’usage supérieurs, avec 2 minutes 49 secondes de durée moyenne de visite, 2,66 pages par session et un taux de rebond limité à 50,34 %. Ces chiffres dessinent le profil d’un lectorat plus impliqué, plus curieux et plus fidèle que la moyenne du panel.
L’analyse des canaux montre enfin que le site bénéficie d’un socle solide de trafic direct et d’un référencement organique efficace, deux atouts essentiels pour installer une audience durable. La répartition équilibrée entre ordinateur et mobile confirme, elle aussi, une capacité à toucher un public large sur l’ensemble des usages. Dans un secteur de niche, 450.fm apparaît ainsi comme la référence la plus robuste et la plus installée du moment.
(Pour les informations ci-dessous, désolé pour les lecteurs curieux de comparer les résultats du GODF, du DH ou de la GLFF, mais ils n’étaient pas proposés par Similarweb dans la liste lors de la rédaction de cet article).
« Le Franc-Maçon », QUE tout le monde connait désormais, nous a transmis ses statistiques de consultations de son Instagram… c’est impressionnant.
À l’heure où la bande dessinée s’impose plus que jamais comme un langage du monde, le festival Lyon BD s’apprête à célébrer ses vingt ans les 12, 13 et 14 juin 2026.
Devenu au fil des années l’un des plus grands événements consacrés au neuvième art en France, ce rendez-vous incontournable conjugue création contemporaine, ouverture culturelle et transmission intergénérationnelle.
Pour cette édition anniversaire placée sous le signe de la Méditerranée, Lyon BD confirme son rôle singulier dans le paysage culturel français. Celui d’un festival populaire, exigeant, généreux et profondément vivant.
Dans une époque saturée d’images rapides et de récits fragmentés, la bande dessinée demeure un territoire de lenteur, de mémoire et d’imaginaire
Elle est à la fois littérature du regard, architecture du silence et fabrique de mondes intérieurs. Depuis deux décennies, Lyon BD accompagne cette métamorphose du neuvième art en faisant dialoguer les générations, les styles, les sensibilités et les cultures.
Pour son édition 2026, le festival choisit la Méditerranée comme horizon symbolique
Zeina Abirached en 2015
Non comme une simple géographie mais comme un espace de circulation des mythes, des langues, des exils, des mémoires et des espérances. Cette mer intérieure qui relie autant qu’elle sépare devient ici une immense page ouverte où viennent se croiser récits intimes et destinées universelles. Dans cet esprit, l’affiche signée par l’auteure libanaise Zeina Abirached apparaît comme un manifeste poétique. Son trait sensible et musical incarne cette volonté d’ouverture et de dialogue qui anime le festival depuis ses origines.
Mais Lyon BD ne se contente plus depuis longtemps d’être un salon du livre dessiné
Le festival est devenu un véritable laboratoire culturel où la bande dessinée converse avec le cinéma, la musique, le spectacle vivant et les arts numériques. Cette transversalité constitue aujourd’hui l’une des grandes forces de l’événement. Elle rappelle que la BD n’est pas un art mineur ou périphérique mais un langage total capable de traverser toutes les formes de création contemporaine.
Lyon BD revendique également une ambition profondément humaniste
L’accès gratuit à la majorité des événements témoigne d’une volonté rare de maintenir la culture ouverte à toutes et tous. Dans un contexte où tant de manifestations deviennent économiquement inaccessibles, cette fidélité à la gratuité relève presque d’un acte militant. Le festival défend l’idée que l’imaginaire doit rester un bien commun.
Cette édition 2026 accorde par ailleurs une place particulière à la jeunesse avec ateliers, spectacles, expositions et lancement du nouveau Prix Lyon BD Jeunesse.
Derrière cette initiative se dessine une conviction essentielle
La transmission du goût de lire, de rêver et de créer constitue l’un des grands enjeux culturels de notre temps. Car la bande dessinée fut souvent, pour beaucoup d’entre nous, la première porte vers la littérature, l’histoire, le voyage intérieur et parfois même la philosophie.
À travers rencontres, projections, tables rondes et performances, Lyon BD célèbre finalement ce que le neuvième art possède de plus précieux
Sa capacité à relier les êtres par le pouvoir des images et des récits. Dans la tradition initiatique comme dans la bande dessinée, il existe une même intuition fondamentale. Les symboles parlent souvent plus profondément que les discours. Une case, un silence, un trait ou une lumière peuvent parfois révéler davantage qu’un long traité.
Pendant trois jours, Lyon redeviendra ainsi l’une des capitales européennes de la bande dessinée. Une cité où les frontières entre les arts s’effacent pour laisser place à l’imaginaire partagé. Vingt ans après sa naissance, Lyon BD continue de rappeler que la bande dessinée n’est pas seulement un divertissement.
Elle est une mémoire dessinée du monde, une fabrique de fraternité et parfois même une discrète école de liberté intérieure.
Paru chez Trajectoire en avril 2026, Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth prolonge le patient compagnonnage de Régine Brzesc-Colonges avec une œuvre symbolique majeure. L’auteure y restitue au tarot wirthien sa vocation profonde, non pas distraire l’avenir, mais éclairer la conscience et remettre l’être en travail.
Il y a des ouvrages qui n’ajoutent pas une glose de plus au vacarme ésotérique contemporain, mais rendent à un langage ancien sa densité perdue.
Tel est le mérite rare du livre de Régine Brzesc-Colonges
Sous sa plume, le tarot d’Oswald Wirth cesse d’être un accessoire de prédiction pour redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un appareil de connaissance, une discipline de déchiffrement, une ascèse du regard. Nous ne sommes pas conviés à chercher dans les lames une réponse de commodité, mais à consentir à l’épreuve du symbole, c’est-à-dire à cette forme d’intelligence qui ne sépare pas l’image de l’âme, ni la figure du destin intérieur qu’elle met en mouvement.
Le mérite le plus profond de Régine Brzesc-Colonges est de ne jamais appauvrir ce tarot
Oswald Wirth
Elle le maintient dans sa double noblesse, hermétique et humaine. Hermétique, parce qu’elle le relie sans relâche aux grands courants de la Tradition, à la Kabbale, à l’alchimie, aux archétypes, à la pensée jungienne, à cette science des correspondances où rien n’existe à l’état isolé. Humaine, parce qu’elle montre que chaque lame parle aussi de nos désordres, de nos nœuds, de nos responsabilités, de nos hésitations à agir, de notre difficulté à tenir ensemble l’élan intérieur et la nécessité du réel. Le tarot devient alors moins un théâtre de révélations qu’un miroir exigeant, parfois sévère, mais juste.
Cette lecture a quelque chose de profondément maçonnique.
Non parce qu’elle plaquerait artificiellement un lexique initiatique sur les cartes, mais parce qu’elle épouse un même mouvement de rectification intérieure
Ici, comprendre revient à tailler, à dégrossir, à ordonner. Le Bateleur n’est plus seulement l’ouvre-porte du jeu, il devient l’homme au seuil de son propre chantier. L’Ermite ne relève pas d’une humeur crépusculaire, il désigne le temps du retrait nécessaire pour que la lampe intérieure éclaire enfin ce que l’agitation recouvrait. La Justice, l’Amoureux, la Maison-Dieu, le Monde, toutes ces lames cessent d’être des images réputées connues pour redevenir des puissances de discernement. L’auteure les fait parler avec méthode, en les reliant à la lettre hébraïque, aux signes visibles sur la lame, aux strates symboliques qui s’y nouent, puis à ce qu’elles exigent de nous dans la vie concrète. Elle pose alors les seules questions qui importent vraiment. Quelle est notre juste place. Savons-nous bâtir sur le réel. Pouvons-nous harmoniser nos contradictions. Acceptons-nous le prix du choix et la charge de ses conséquences.
Nous aimons aussi la manière dont l’auteure tient ensemble la hauteur spéculative et la gravité vécue
Elle convoque Jung, la synchronicité, la profondeur archétypale, l’unité secrète du monde, mais sans quitter le sol. Sa pensée demeure habitée par le concret de l’existence. Le symbole n’y flotte jamais dans une brume doctrinale. Il agit. Il tranche. Il avertit. Il oblige. C’est là que cette lecture prend toute sa portée spirituelle. Le tarot n’y est pas présenté comme un refuge contre l’existence, mais comme une voie d’intensification de la présence. Nous y recevons moins des réponses toutes faites qu’une pédagogie de l’attention.
La trajectoire de Régine Brzesc-Colonges éclaire d’ailleurs admirablement ce livre Psychothérapeute jungienne, journaliste, conférencière et créatrice d’émissions de radio, elle étudie depuis des décennies le tarot d’Oswald Wirth. Ce volume s’inscrit dans un parcours déjà nourri par Le tarot Science de l’être, paru chez Trajectoire en 2007, puis par Le tarot Symbolique d’Oswald Wirth. Cette bibliographie n’a rien d’ornemental. Elle dit une fidélité, une lente maturation, une parole acquise par fréquentation assidue plutôt que par pose d’auteure.
Régine Brzesc-Colonges
Au fond, ce que Régine Brzesc-Colonges nous rappelle avec une force tranquille, c’est que le symbole ne ment pas, mais que nous nous mentons souvent devant lui. Tout l’art consiste alors à devenir assez disponibles, assez silencieux, assez loyaux envers nous-mêmes pour entendre ce qu’il révèle. Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth vaut ainsi bien davantage qu’un manuel. C’est une école de lucidité, un exercice de verticalité, une invitation à reprendre en nous ce travail de conjonction que l’alchimie appelait jadis le Grand Œuvre.
À l’heure où tant de publications réduisent le tarot à une consommation de réponses, Régine Brzesc-Colonges rend à l’œuvre d’Oswald Wirth sa rigueur, son épaisseur et sa flamme. Un livre qui ne flatte pas la curiosité, mais réveille la conscience. Voilà une parution qui mérite pleinement l’attention des lecteurs attachés aux voies symboliques, initiatiques et à cette lente science de l’âme que la modernité oublie trop vite.
Oswald Wirth
Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth
Les significations des arcanes – Les clefs du tirage et de l’interprétation
La remise officielle des archives de la Respectable Loge Thébâh n°5 à la Grande Loge Féminine de France dépasse le simple geste patrimonial. Elle ravive une filiation essentielle entre la Grande Loge de France, les loges d’Adoption, l’Union Maçonnique Féminine de France et la première obédience maçonnique féminine française, la Grande Loge Féminine de France.
Dans la vie maçonnique, certaines remises d’archives ont la force silencieuse d’une chaîne d’union retrouvée.
Blason GLDF
Ce mercredi 20 mai 2026, au sein de la Grande Loge Féminine de France, dans le bureau de la Grande Maîtresse, s’est déroulé un moment à la fois simple, fraternel et profondément symbolique. Quelques chemises, des règlements anciens, des documents administratifs, des pièces de travail, des rituels, des traces de vies de loge, et soudain une mémoire entière reprend souffle.
La remise officielle des archives de la Respectable Loge Thébâh n°5 à la Grande Loge Féminine de France appartient à ces moments précieux où le papier devient présence, où l’histoire cesse d’être une évocation pour redevenir transmission.
Stéphane Rouxel, bibliothécaire de la Grande Loge de France, représentait la GLDF lors de cette remise
Les documents avaient été repérés au fil d’un travail de tri et de classement, notamment grâce à l’attention portée par Jacques Walch, Grand Archiviste du Suprême Conseil de France.
Mais il faut aussi rappeler le rôle discret et fraternel de Patrick Mirville, Frère de la Grande Loge de France, dont l’épouse, la Très Chère Sœur Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, est précisément issue de Thébâh n°5.
Cette coïncidence n’en est presque plus une
Elle ressemble à ces signes que la mémoire maçonnique sait reconnaître lorsque les filiations visibles rejoignent les fidélités invisibles.
Thébâh n°5 n’est pas une loge parmi d’autres. Née en 1935, dans ce que 450.fm avait justement rappelé comme la grande année des loges d’Adoption, elle s’inscrit dans l’élan par lequel la Grande Loge de France, après la Constitution de 1906, donna aux loges d’Adoption leur autonomie complète. Après la guerre, ces loges contribuèrent à la reconstruction d’une maçonnerie féminine souveraine. L’Union Maçonnique Féminine de France naquit en 1945, avant de devenir, en 1952, la Grande Loge Féminine de France. Le passage au Rite Écossais Ancien et Accepté en 1959 marqua ensuite un tournant majeur dans cette histoire initiatique.
Recevoir aujourd’hui ces archives, c’est donc plus que récupérer un fonds documentaire
C’est retrouver une part de la matrice. C’est permettre à Thébâh n°5, loge mère de Liliane Mirville, de renouer avec ses propres strates, ses travaux, ses visages, ses silences, ses absences aussi. Certaines archives étaient réputées perdues, certaines périodes semblaient manquer, certains noms ne subsistaient que dans des fragments. La remise vient combler une faille, non pour refermer le passé, mais pour lui rendre sa capacité d’éclairer le présent.
Il y a dans ce geste une leçon maçonnique profonde
Les archives ne sont pas des reliques silencieuses. Elles sont des pierres déposées sur le chantier de la mémoire. Elles disent les combats des femmes pour conquérir leur place dans l’Ordre, leur fidélité au travail rituel, leur persévérance dans une société qui ne leur accordait ni visibilité ni reconnaissance immédiate. Elles disent aussi ce que fut la GLDF dans cette histoire, non comme propriétaire d’une mémoire, mais comme puissance de passage, ayant accompagné l’émergence d’une obédience féminine appelée à devenir pleinement elle-même.
GLFF, 80 ans
La Grande Loge Féminine de France, qui célébrait en 2025 ses 80 ans de lumière, de liberté et de fraternité, inscrit cette remise dans une histoire plus vaste
L’obédience a rappelé à cette occasion son attachement à la création, à la transmission, aux travaux des Sœurs et à la mémoire vivante de celles qui l’ont bâtie. Thébâh n°5 y occupe une place singulière, celle d’une loge de long cours, fidèle au travail, à la joie et à cette patience initiatique par laquelle les femmes ont fait d’un espace d’adoption une maison de souveraineté.
En remettant ces archives à la Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge de France n’a pas seulement transmis des documents
Elle a rendu à Thébâh n°5 une part de sa lumière première. Et dans cette lumière retrouvée, nous voyons se rejoindre les Frères et les Sœurs, non dans la confusion des chemins, mais dans la reconnaissance d’une même exigence maçonnique.
Servir la mémoire, c’est encore travailler à l’avenir.