« S’engager, partager, se ressourcer » – Saint-Ouen, 3 décembre 2025
Mercredi 3 décembre 2025, l’hôtel de la préfecture de la Région Île-de-France, 2 rue Simone Veil à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), a accueilli le 2e Colloque des référents laïcité. Sous la houlette du philosophe Pierre-Henri Tavoillot, référent laïcité de la Région, la journée a rassemblé une centaine de référents issus de la fonction publique, de l’école, du monde associatif, du sport et de l’entreprise, autour d’un objectif clair : passer de la prise de conscience à l’outillage concret.
Logo Région IdF
Une ouverture placée sous le signe de l’alerte et de la mobilisation
En ouvrant les travaux, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, rappelle que la première édition, en 2024, avait posé « la pierre de la prise de conscience ». Cette année, explique-t-elle, il s’agit d’entrer dans « le temps de l’action, du réseau et des outils ». Elle décrit une pression identitaire croissante, des revendications religieuses plus sophistiquées, des accommodements et renoncements trop fréquents, tandis que plus de 80 % des Français disent percevoir la laïcité comme en danger.
Valérie Pécresse
Face à la montée des modèles communautaristes, la responsable francilienne réaffirme le choix d’un modèle républicain universaliste, qui n’oppose pas les appartenances mais protège la liberté de chacun. Elle revient sur les décisions prises par la Région : charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité conditionnant les subventions, formation des agents, vigilance dans le sport et les lycées, grande cause régionale 2025, et grande campagne de sensibilisation par le dessin de presse auprès des lycéens.
Carte Région IdF
Surtout, Valérie Pécresse présente deux outils structurants promis lors du premier colloque et désormais opérationnels : le LaïcoScope, baromètre et recueil de cas concrets de terrain, et une plateforme numérique de soutien aux référents, destinée à rompre leur isolement et à harmoniser les réponses. Aucun référent, insiste-t-elle, ne doit plus « être seul face à la vague ».
Samuel Paty
La journée se conclura, annonce-t-elle déjà, par un hommage à Samuel Paty avec la remise du premier Prix national de la laïcité de la Région à Émilie Frèche, Muriel Mayette-Holtz et Carole Bouquet pour leur pièce Le Professeur, consacrée aux derniers jours de l’enseignant assassiné.
Matinée : penser la laïcité, du texte au terrain
La première table ronde, « La nécessité d’un réseau des référents laïcité », réunit Astrid Panossyan-Bouvet, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron, députée de Paris de juin 2022 à octobre 2024 puis ministre du Travail et de l’Emploi dans le gouvernement Michel Barnier puis dans le gouvernement François Bayrou et députée (membre de la Commission des affaires étrangères), Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) – opérateur principal de la direction générale des étrangers en France (DGEF) qui conçoit et pilote les politiques d’immigration et d’intégration en France –, et Mejdi Jamel, directeur général éthique et conformité de la RATP et référent laïcité de l’entreprise. Les intervenants reviennent sur la longue histoire des « actes laïcs » – état civil, école, hôpital – qui ont progressivement soustrait la vie commune à l’emprise d’une religion unique. La laïcité apparaît moins comme une doctrine abstraite que comme une architecture patiente de libertés concrètes.
Mais tous constatent un retour offensif du religieux dans l’espace public et la montée d’un individualisme qui oppose systématiquement « mon choix personnel » à l’intérêt collectif. La difficulté actuelle, soulignent-ils, tient à cette tension : comment rappeler que les comportements individuels ont un impact sur le bien commun, sans basculer dans la stigmatisation ? La laïcité, insistent-ils, n’est ni hostilité aux croyances ni neutralisation des identités, mais protection d’un espace partagé où chacun peut exister à égalité.
La seconde table ronde, « Charte et règlement intérieur de son organisation », met au travail deux juristes de haut niveau, Richard Senghor, conseiller d’État et référent laïcité de la juridiction administrative, et Jean-Pierre Hunckler, président de la Fédération française de basket-ball. Ils analysent la prolifération de chartes, guides et règlements : s’ils témoignent d’un engagement réel, ils créent parfois un « bavardage normatif » qui brouille la hiérarchie des normes et peut conduire les juges à censurer des chartes mal rédigées ou excessives. D’où un message clair aux référents : revenir au droit positif, mutualiser les ressources plutôt que réinventer chacun son texte, et veiller à la cohérence entre principes affichés et pratiques effectives.
La fin de matinée est consacrée à des ateliers de mises en situation. Par groupes de quatre, les participants jouent des cas réels construits avec le Conseil des sages de la laïcité : agent portant un signe religieux en service, demandes de congés pour motifs cultuels, usager contestant une règle de neutralité, etc. L’enjeu n’est pas de trouver « la bonne réponse », mais d’oser se confronter à l’ambiguïté, de comparer les réflexes et de voir combien la laïcité s’apprend dans l’épaisseur des relations humaines plus que dans les seuls textes.
Simone Veil
Après-midi : la boîte à outils et le réseau
La reprise s’ouvre sur la table ronde « La boîte à outils du référent laïcité ». Emma Boissier, référente laïcité à la préfecture de région, présente le Conseil départemental de la laïcité mis en place à Paris : deux réunions par an, réunissant administrations, établissements scolaires, RATP, SNCF, missions locales, etc., pour partager diagnostics, bonnes pratiques et difficultés. De ces rencontres naissent des outils très concrets : affiche type de présentation du référent, mail standardisé expliquant sa mission, harmonisation de supports pour les journées de la laïcité.
À ses côtés, Benoît Drouot, du Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République, expose l’arsenal disponible pour l’Éducation nationale : vade-mecum laïcité, puis un second dédié à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, fiches pratiques, statistiques mensuelles des atteintes à la laïcité. Il rappelle que ces atteintes prennent des formes répétitives : port de signes ou tenues religieuses, contestation de cours, refus d’activités, pressions sur les commémorations de Samuel Paty ou Dominique Bernard. Mais, insiste-t-il, la plupart des situations se résolvent par le dialogue pédagogique, avant toute sanction.
Une intervention du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) détaille ensuite l’offre de formation pour les agents publics : apports juridiques, études de cas, MOOC, formats courts, actualisation régulière des connaissances. Il s’agit de renforcer la posture professionnelle des agents – impartialité, respect, sens du collectif – autant que leur maîtrise des textes. Les référents laïcité, souvent isolés, trouvent là un appui pour diffuser une véritable culture de la laïcité au sein de leurs services.
Moment attendu de la journée, la présentation de la plateforme numérique R-Laïcité concrétise la promesse faite un an plus tôt. Réservée aux référents dûment nommés, cette plateforme sécurisée permet de s’identifier entre pairs, d’échanger sur des cas (sans jamais nommer de personnes ni d’organisations), de partager documents, retours d’expérience et actualités. R-Laïcité se veut à la fois centre de ressources, forum et outil de veille, prolongeant à distance l’esprit de cordée évoqué le matin.
Le LaïcoScope, enfin, est présenté comme un baromètre évolutif : à partir de situations fréquentes – agent public, association subventionnée, entreprise délégataire – il indique, en un tableau, le cadre légal applicable et les réponses possibles. L’outil n’a de sens que nourri par le terrain : les référents sont invités à y verser leurs propres cas, à signaler les phénomènes émergents, en particulier dans le champ éducatif où un groupe de travail spécifique sera constitué.
TR-Grands-témoins
Grands témoins : une laïcité offensive, projet de société
La dernière table ronde, « Grands témoins – la nécessité des référents laïcité et d’un réseau sur le terrain », donne la parole, entre autres, à Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, à Juliette Méadel, ancienne secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Aide aux victimes sous mes gouvernements Manuel Valls et
Bernard Cazeneuve et ancienne ministre déléguée chargée de la Ville dans le gouvernement François Bayrou, et au journaliste, poète et écrivain franco-syrien Omar Youssef Souleimane. Tous trois replacent la laïcité dans une perspective de longue durée : elle n’est pas seulement un garde-fou juridique, mais l’ossature d’un projet de civilisation où la liberté de conscience, l’égalité des citoyens et la fraternité construisent une espérance politique.
Jean-Michel Blanquer insiste sur la nécessité de sortir d’une laïcité seulement défensive : sans récit positif ni horizon désirable, les extrémismes prospèrent. Il plaide pour une laïcité « offensive », capable de parler à la jeunesse, de montrer que derrière les débats parfois techniques se joue rien de moins que la possibilité de vivre libre ensemble. Il rappelle la création du Conseil des sages de la laïcité, des équipes « Valeurs de la République » et d’outils pédagogiques comme la « fresque de la République », qui donnent chair à ces principes dans la vie quotidienne des élèves.
Les interventions croisent ainsi les regards de la ville, de l’école et des médias : la laïcité apparaît comme un bien commun fragile, particulièrement exposé dans les quartiers populaires et dans l’espace numérique, mais aussi comme une ressource pour résister aux logiques de séparatisme et de haine.
Remise-du-Prix-Laïcité
Un esprit de cordée républicaine
En clôturant la journée, Valérie Pécresse revient sur le fil rouge du colloque : rompre la solitude des référents laïcité. Réseau francilien, LaïcoScope, plateforme R-Laïcité, formations, conseils départementaux, Conseil des sages : autant de pierres qui, ensemble, dessinent une véritable cordée républicaine, pour que chaque agent, chaque bénévole, chaque responsable associatif puisse trouver soutien, expertise et fraternité lorsqu’il se heurte à des tensions autour de la laïcité.
Ce colloque montre combien la laïcité n’est pas un dogme figé, mais une démarche vivante de discernement, faite de textes, certes, mais surtout de rencontres, de paroles partagées, d’expériences mises en commun. Une manière de rappeler, au-delà des appartenances religieuses ou philosophiques, que la République n’est pas seulement un cadre juridique : elle est aussi une école de liberté intérieure, où chacun est invité à faire de la neutralité de l’espace commun non une contrainte, mais une chance d’élévation pour toutes et tous.
Dans la sérénité ou dans la fausse tranquillité d’un mois de douceur fraîche, a débuté une déferlante qui a frappé tout le pays par sa frénétique vague de surconsommation.
Les compas se sont mis à tourner en dépit du bon sens, que mêmes les équerres n’ont pu en assurer le contrôle car submergées dans cet étendu triangle plus proche des Bermudes que de l’isocèle ou de l’équilatéral.
Je veux parler de ce fameux événement « pluripseudo economico culturel sociétal » nommé « Black Friday »
hautement symbolique par sa couleur noire, un label pour les représailles et un rappel à l’ordre pour ne pas oublier que nous allons bientôt basculer de nouveau dans tous les excès d’achats impulsifs avec le mois de décembre.
A moins que cette campagne de vente marketing soit conçue pour être les premiers à consommer dans des conditions avantageuses. Être en avance, attaquer le marché avant l’heure, classique de stratégie de vente…
Certains vont parler de « bonne guerre » mais la guerre en décembre, il vaut mieux éviter.
Nous allons avancer tranquillement pour se relâcher financièrement durant les fêtes, enfin pour ceux qui le peuvent diront certains esprits critiques, réalistes ou éclairés!
Nous allons préparer nos solstices d’hiver avec les traditions propres à chaque loge.
Nous allons nous mettre en condition pour le pont de la fin de l’année!
Durant tout le mois, nous parlerons d’espoir, de fraternité dans ce monde qui nous échappe.
En Italie nous dirons « nous allons faire Bella Figure », nous montrer sous notre plus beau jour à travers les discours, les décisions politiques et personnelles qui se veulent plus douces, plus raisonnées comme l’exige cette période de réflexion et comme nous le propose Le Grand René dans sa vidéo ci-dessous :
Après les « Cartes postales du dimanche »,450.fm ouvre une nouvelle série : chaque semaine, une légende, quelque part en France (ou d’ailleurs), au petit matin du dimanche. Avec, toujours, un regard maçonnique…
Carte de la forêt de Fontainebleau, 1895
On commence par la forêt de Fontainebleau et son Grand Veneur, ce chasseur noir qu’on entendrait galoper dans la nuit avant les grandes catastrophes. Entre chasses royales, mythes païens recyclés et lectures symboliques, une histoire où la forêt a clairement le dernier mot.
La forêt de Fontainebleau a l’habitude de faire travailler l’imagination
Le jour, on y croise des marcheurs, des grimpeurs, des peintres, des photographes. La nuit, surtout quand la brume tombe sur les allées de chasse, on y croise autre chose : une réputation. Celle du Grand Veneur, un chasseur fantôme que l’on n’aperçoit presque jamais, mais qu’on entendrait très bien.
Le décor est posé depuis des siècles. Une immense forêt royale, des allées tirées au cordeau pour les équipages, des carrefours marqués par des croix de pierre. Parmi elles,la croix du Grand-Veneur, plantée au milieu des pins et des rochers. Elle apparaît déjà sous ce nom sur le plus ancien plan de la forêt, celui de Nicolas Picart en 1624 ; sur le plan de Jean Boisseau, elle est bien dessinée, mais sans légende. Pierre Dan la mentionne « au milieu du chemin de Fontainebleau à Chailly ».
François-VI-de-La-Rochefoucauld.
Abattue puis relevée, rétablie en 1670 aux frais de François VI, duc de La Rochefoucauld, reconstruite en bois en 1827 puis en grès en 1846, la croix a connu plusieurs vies. Au pied de ce repère obstiné, les rois venaient à Fontainebleau pour chasser ; les guides, eux, viennent encore y raconter qu’un autre équipage, beaucoup plus discret, galoperait parfois sans laisser de traces.
L’épisode le plus célèbre remonte à Henri IV
Celui qu’on surnomme le Vert Galant, premier Bourbon sur le trône de France, n’est pas seulement l’artisan de l’édit de Nantes et du retour à la paix après les guerres de Religion. C’est aussi un passionné de chasse, qui affectionne particulièrement les forêts royales comme celle de Fontainebleau. Un jour, alors qu’il y mène l’équipage, entouré de seigneurs et de gentilshommes, la partie semble se dérouler comme d’habitude. Les chiens sont lancés, les chevaux bien tenus, les allées rectilignes guident la traque. Et soudain, la forêt se met à résonner d’une autre chasse : des cors qu’on ne reconnaît pas, des cris lointains, une meute en plein travail.
Vision-d’Henri-IV du Chasseur noir-forêt-de Fontainebleau (La-Chasse-illustrée)
Or, ce jour-là, aucune autre chasse n’est annoncée…
Intrigué, le roi fait dépêcher l’un de ses proches pour aller voir ce qui se passe…Juste un grand homme sombre qui s’avance, à une distance tout à fait raisonnable, et lance : « M’entendez-vous ? » Puis plus rien. La scène est rapportée dans une lettre d’époque, et les paysans du coin affirment que ce n’est pas la première fois que ça arrive.
À partir de là, la légende fait son travail !
On explique que le Grand Veneur se manifeste avant les grands malheurs, que sa chasse invisible annoncerait des défaites, des abdications, des bouleversements. On parle de bûcherons qui l’auraient aperçu à la veille de l’effondrement de l’Empire. On se repasse l’histoire comme on se repasse une consigne : si, un soir, la forêt se met à chasser sans chevaux ni chiens, ce n’est pas bon signe.
La-chasse-sauvage-d’Odin de Pierre-Nicoles Arbo (1831-1892)
Les folkloristes vont plus loin. Ils rapprochent ce Grand Veneur des récits de « chasse sauvage » qu’on retrouve dans toute l’Europe du Nord. Là-bas, ce n’est plus un chasseur anonyme mais Odin lui-même qui conduit une cavalcade de morts et d’esprits dans le ciel d’hiver. Les chiens deviennent des ombres, les cors des vents violents, les cavaliers des âmes en transit. Avec le temps, les dieux changent de nom, les mythes changent de pays, mais le motif reste : un cortège invisible qui traverse la nuit et bouscule les vivants.
À Fontainebleau, on a simplement habillé ce vieux scénario d’un costume français
Une forêt royale, un vocabulaire de chasse, un nom de fonction – le veneur, responsable de la meute – devient titre fantomatique. On n’invoque plus Odin, on parle d’un chasseur noir. On ne regarde plus le ciel, on tend l’oreille au fond des bois.
La géographie du lieu aide beaucoup. Fontainebleau, ce sont des vallons encaissés, des blocs de grès, des zones où le son se répercute de tous côtés. Un coup de cor peut se démultiplier, un galop isolé se transformer en meute entière dans l’oreille de celui qui écoute. La nuit, on entend sans voir, et c’est l’imagination qui complète le tableau. La légende se nourrit de ces illusions acoustiques, des peurs de ceux qui rentrent tard, des récits qu’on se transmet au café ou à la veillée.
Au fil des siècles, la figure se stabilise
Le Grand Veneur ne parle presque pas. Il passe et annonce. Ce n’est ni un héros ni un monstre détaillé. C’est un signal. On lui colle l’étiquette de mauvais présage, on lui attribue rétrospectivement des apparitions à la veille de tel ou tel événement. La précision historique importe peu ; c’est le climat qui compte. Fontainebleau devient une forêt où l’on ne chasse pas seulement le cerf : on traque aussi des signes.
Fontainebleau : Croix_du_Grand-Veneur (1905)
Pour le visiteur d’aujourd’hui, la légende a changé de fonction
On ne guette plus anxieusement le prochain désastre national à chaque coup de vent. On vient se faire un peu peur, on tend l’oreille en rigolant sur le chemin du retour, on se dit que ce serait “marrant” d’entendre une chasse là où il n’y a personne. On se raconte le Grand Veneur à la lumière d’un smartphone, en consultant le plan des sentiers. La forêt a gagné des parkings, des topo-guides, des voies d’escalade cotées au millimètre. Elle a gardé ses histoires.
Un regard maçonnique sur le Grand Veneur
Si on prend maintenant cette légende avec un regard maçonnique, elle ressemble moins à un simple conte de peur qu’à une métaphore discrète du travail intérieur.La forêt de Fontainebleau, d’abord. C’est un espace à moitié maîtrisé : des allées tracées et numérotées, mais aussi des zones broussailleuses, des chaos rocheux, des recoins où l’on se perd facilement. On peut y voir l’image d’un être humain qui a ordonné une partie de sa vie – projets, fonctions, responsabilités – et laissé dans l’ombre tout un monde de pulsions, de souvenirs et de peurs. La chasse royale, bien cadrée, renvoie à ce qui est visible et socialement valorisé ; la chasse invisible, elle, évoque ce qui travaille en souterrain.
La Grand du Grand Veneur
Le Grand Veneur, ensuite. Il n’abat pas de gibier. Il passe et interroge : « M’entendez-vous ? » Ce n’est pas un détail. Du point de vue symbolique, on n’est pas dans le registre du spectacle mais de l’écoute. La question maçonnique par excellence n’est pas « qu’est-ce que tu as vu ? » mais « qu’est-ce que tu entends encore ? » Es-tu disponible à ce qui vient te déranger dans tes certitudes, dans tes habitudes, dans ta course ?
La chasse fantôme peut représenter cette part de nous-même qui ne se laisse pas totalement absorber par le bruit du monde. On croit mener sa propre chasse – carrière, image, agenda surchargé – et quelque chose, à l’arrière-plan, se met à sonner autrement. Appel de la conscience, rappel à l’humilité, prise de conscience que l’Histoire ne se laisse pas domestiquer : chaque Frère, chaque Sœur peut y projeter ce qu’il ou elle a déjà ressenti en Loge, quand une planche, une phrase rituelle, un silence ont soudain pris une dimension inattendue.
Enfin, l’idée d’« égrégore » de forêt rejoint une expérience bien connue des Ateliers. Dans une Loge, on sent rapidement que les travaux répétés, les questions, les émotions partagées finissent par imprégner le lieu. La légende du Grand Veneur montre comment un espace profane peut lui aussi accumuler des couches de mémoire, de peur, de fascination. La différence tient au travail qui en est fait : on peut rester prisonnier de ce climat en se contentant de trembler, ou l’utiliser comme support de réflexion sur la manière dont nos imaginaires collectifs fonctionnent.
Le Franc-Maçon n’est pas invité à croire ou à ne pas croire au Grand Veneur. Il est invité à se demander ce que cette histoire dit de notre rapport à la peur, à l’invisible, au temps qui vient. Et peut-être à admettre que, dans nos propres forêts intérieures, il y a encore quelques chasses sauvages qui galopent sans qu’on les ait vraiment regardées en face.
D’ici là, si d’aventure la forêt se met à chuchoter à vos oreilles, souvenez-vous que les légendes parlent souvent davantage de nos peurs et de nos désirs que des fantômes eux-mêmes. Gardons l’esprit en éveil, le cœur disponible et le pas fraternel… et retrouvons-nous dimanche prochain, pour une nouvelle légende de France (ou d’ailleurs), si vous le voulez bien…
Dans cet épisode de Sous le Bandeau, Franco Huard reçoit Franck Fouqueray, fondateur de 450.fm, le média francophone dédié à la Franc-maçonnerie le plus suivi. Ensemble, ils explorent un sujet rarement abordé : le journalisme maçonnique et ses défis.
Franck Fouqueray partage son expérience de terrain. Avec 210 000 lecteurs et 38 000 newsletters envoyées chaque matin, 450.fm est devenu un acteur incontournable de l’information maçonnique. Mais cette liberté éditoriale a un prix : pressions des obédiences, critiques de certains frères et sœurs, et parfois même des poursuites judiciaires.
Au fil de la conversation, les deux hôtes abordent la structure des grandes obédiences françaises, les enjeux de pouvoir liés à l’immobilier maçonnique, et l’omerta qui règne encore dans certains milieux. Franck explique pourquoi le journaliste n’est jamais vraiment aimé en maçonnerie, et comment 450.fm a choisi l’indépendance totale : pas de publicité, pas d’annonceurs, uniquement des bénévoles.
L’épisode revient également sur l’affaire de la loge Athanor, cette loge française dont plusieurs membres sont accusés de meurtres, et sur ce que cela révèle des failles dans les processus d’enquête des candidats.
En fin d’émission, Franco présente son projet Logia 360, un logiciel de gestion complète pour les loges maçonniques actuellement en développement.
Un épisode essentiel pour comprendre les coulisses de l’information dans le monde maçonnique.
Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Combien ? Pourquoi. Ces sept questions scolastiques permettent d’examiner la quasi-totalité des problèmes humains.Nous tâcherons de répondre à la plupart de ces questions dans l’exposé forcément élémentaire présenté ici !
Le but principal de cet exposé est de donner envie aux lecteurs d’approfondir par eux-mêmes ce sujet qui exige de nombreuses définitions, de longs développements sans pour cela que le fonds soit très complexe tout en ayant une forme et une histoire compliquées par la superposition d’une chronologie de plusieurs siècles, d’une vaste étendue géographique du Moyen Orient à l’Europe, et de l’usage d’idiomes, de concepts, de logiques et d’alphabets très divers.
Il n’y a pas de voyelles en hébreu, et le mot K’b’l’ qui caractérise ce qu’a vécu Moïse sur le Mont Sinaï est un verbe signifiant « révélation » ou « réception ». Il s’agit à la fois de la réception d’un message, du message reçu et de celui qui a reçu le message. Le récipiendaire est donc constitué en tant que constituant potentiel du message reçu.
Dans notrecorpus maçonnique le terme « initiation » semble le plus approchant dans ses diverses acceptions.
Une nouvelle histoire commence, une construction nouvelle est entreprise
La Kabbale est apparue au XII ème siècle de notre ère dans les communautés juives de Provence, Languedoc et Catalogne, avec des pointes vers la Castille et l’Aragon d’une part, et le bassin méditerranéen à partir de 1492, date de l’expulsion des Juifs d’Espagne. Un retour en Israël et en Égypte se produit et de solides écoles y sont fondées avec une diaspora vers le nord de l’ Europe, Allemagne, Pologne, Ukraine, et Pays Baltes.
C’est à cause de l’Exode que les kabbalistes ont réuni leurs enseignements secrets pour passer d’une Tradition orale dont la fiabilité était reconnue et prouvée à une Tradition scripturaire plus sensible aux variations, ajustements et commentaires ainsi qu’aux déviations et biais idiomatiques.
La Kabbale, telle que nous pouvons la percevoir aujourd’hui, résulte de deux mouvements opposés dans la chronologie : une phase de coagulation et cristallisation et une phase de dispersion et dissertation, chaque groupe alors différenciant un courant spécifique à partir de 1500 environ.
La Kabbale établit ses théories scrupuleusement non-dogmatiques à partir de trois livres principaux dont la rédaction s’étend sur quasiment deux millénaires.
Les noms donnés à ces livres sont des acronymes évoquant leurs parties constituantes
Le premier est le TaNaKh :
T comme Thora-Chebiktav, Loi de Moïse, écrite, que nous nommons « Pentateuque » faite de cinq livres composant la ThoRa
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
N comme NéViiM, comportant les Vingt-et-un livres des Prophètes et Juges.
K comme KéTouViM, comportant les treize livres des écrits dits « Hagiographiques » qui relatent les faits et gestes marquants du peuple juif.
Le deuxième est le TaLMuD, ou ThoRa-ChéBéaL-Pé qui fut à l’origine un enseignement exclusivement oral dit « Acroamatique » car réservé à une élite d’initiés ; l’exode poussa les rabbins à l’écrire pour ne point risquer d’abolir la Loi par des oublis ou des erreurs.
Le TaLMuD est composé de deux parties :
la MiCHNa, partie invariable qui reflète la Loi et les Prescriptions ;
la GuéMaRa, qui se présente sous deux versions :
Celle de Jérusalem, datant de 380 après J.C.
Celle de Babylone, élaborée entre 376 et 500 après J.C.
Rappelons l’oralité des premiers temps, l’écriture manuelle de 1492 et après, et enfin l’impression à Venise et Mantoue en 1523 assortie de deux commentaires :
celui de RACHI (Rabbi Chlomo Ytzakhi qui vécut en Champagne entre 1050 et 1120)
et celui des Tossafistes (de tossafot signifiant « additions ») groupe d’auteurs ayant écrit en France, Angleterre et Allemagne aux XII ème et XIII ème siècles. Pour être complet notons que le Talmud ainsi lu comporte deux catégories de textes :
une partie juridique de droits civils et religieux, c’est la HaLaKah, ou « cheminement » ;
une partie comportant homélies, prédications, exégèses, données scientifiques et symboliques, c’est la Aggada, ou « le dire » contenant donc les Aggadot.
Ces deux parties ne sont pas étanches ; dans le Aggada il y a toujours une perspective juridique, dans la Halakah, il y a toujours une connotation scientifique ou exégétique.
Le troisième livre est le Zohar, qui est une œuvre pseudépigraphique attribuée donc à un auteur mythique par son auteur réel,Moïse de Léon qui – au cœur de la Castille – le rédigea en araméen entre 1240 et 1305, et l’attribua au Rabbin Siméon Bar Yochaï et à son fils qui vécurent reclus dans des grottes en Israël pendant 13 ans au II ème siècle de notre ère, lors de la répression romaine. Cette attribution est un hommage manifestant la continuité de la Tradition.
Deux courants principaux irriguent donc la Kabbale :
Le courant théosophique, le plus abondant, apparu au XII ème siècle en Languedoc et à Gérone ; représenté par Isaac el Ciego et Nahmanide. L’exode du XVI ème siècle fit migrer Moïse Cordovero en Israël ; il fonde à Safed une école où se distingue Isaac Louria qui réinterprète en quelques années le Zohar et l’ensemble des textes fondateurs, créant ainsi la « Kabbale lourianique ».
L’influence néoplatonicienne de Maïmonide s’unit aux espérances messianiques et apocalyptiques issues des textes anciens post-exiliens contemporains de la destruction du premier Temple en 580 avant J.C.
Nous noterons la vision d‘Ezéchiel du char divin ou Merkaba, le livre d’Enoch, les prophéties d’ Elie le premier, qui donnent une extrême complexité à cette topographie du divin où les uns cherchent par la raison, et les autres par le sentiment ou l’intuition à atteindre leur vie intérieure afin d’y rencontrer l’idée de Dieu ! (Freud saura s’en souvenir!)
L’autre courant est le courant prophétique, né en 1270, représenté par Aboulafia à Saragosse. Il centre tout sur l’Homme, et considère que l’expérience mystique est le but suprême ; c’est la Kabbale extatique où, après de nombreux exercices et une longue ascèse, on obtient d’être en présence de Dieu lors de ce que nous nommerions aujourd’hui « un état modifié de conscience ». Les soufis musulmans, les hésychastes chrétiens, les disciples de Saint Ignace de Loyola et ses « exercices spirituels »et Sainte Thérèse d’Avila ou Angèle Foligno usent de techniques similaires et prétendent à des résultats identiques ; Georges Bataille, dans « L’expérience intérieure » définit ainsi une spiritualité athée – voire « athéistique » – en rapprochant l’extase de la crise comitiale affectant le cerveau lors de l’orgasme sexuel ou lors d’une souffrance extrême qui inonde le cerveau d’endorphines et d’ocytocine.
Franz Kafka en1923
Un troisième courant, magique et théurgique, est de moindre importance, c’est le Sabatianisme ; apparu en 1660, il s’acheva catastrophiquement en apostasie ; il subsiste encore, caché et profondément modifié soit dans une pratique populaire de voyance et de guérisseurs, soit dans des fictions romanesques telles « le Golem » de Gustav Meyrink, ou « Le Baphomet » de Pierre Klossowski de Rolla, soit encore dans les gravures de Alfred Kubin, ami de Franz Kafka. Les occultistes actuels, sans même le savoir, usent, mésusent et abusent des pseudo-enseignements de cette Kabbale pervertie … hélas celle-là seule qui est prétendument « dévoilée » par une presse en manque de tirages !
Pour être complet, il faut évoquer le Hassidisme qui est caractérisé par deux périodes distinctes en deux aires distinctes.
Le Hassidisme médiéval allemand tout d’abord, qui se développe entre 1150 et 1250 ; il se démarque un peu des spéculations abstraites théosophiques et mystiques pour donner un ensemble de règles de vie conduisant à un idéal humaniste d’un type d’Homme accompli selon la Loi, certes, mais aussi selon les contraintes du temps, des lieux, des autres religions.
Le Hassid Ashkénaze d’Allemagne est un homme pieux dont la Foi mystique est soutenue par l’observance des règles purement religieuses ; ascétisme, renoncement et altruisme en sont les Maîtres Mots.
Cet homme fait l’hypothèse d’une « après-vie » dans laquelle – grâces à ses vertus – il verra la Gloire de Dieu et ainsi vivra parmi les Anges.
Il est convaincu de l’efficience magique des formules, mais proclame sa méfiance de l’orgueil de la possession de ces pouvoirs ; on comprend très bien que des dérives hérétiques eurent lieu … humain ! Trop humain !
Kabbale de la misère provoque souvent les misères de la Kabbale !
Le Hassidisme polonais & ukrainien n’a aucun rapport avec le précédent ; il est apparu aux XVIII & XIX èmes siècles.
Israël Baal Shem Tov en est le fondateur et la figure emblématique décédé en 1760.
Les éléments messianiques sont réduits à la portion congrue par une extrême défiance quant au mélange trop démobilisant des vues apocalyptiques et des phantasmes mystiques.
La théorie de l’exil, où il est dit qu’il est plus utile de servir Dieu hors de Palestine que de l’adorer en Palestine, fait accepter des situations dont nous connaissons les atroces conséquences, encore de nos jours où la Bête s’agite et tente de mordre ou d’égorger !
Les enseignements sont diffusés sous forme de contes, d’anecdotes et de récits dont on peut reconnaître une très lointaine parenté avec la « Légende dorée » de Jacques de Voragine.
Les histoires décrivent les pratiques et actes quotidiens qui établissent une relation avec Dieu l’Éternel.
Il y a prépondérance de la Parole vers Dieu et de l’Action vers les Hommes pour manifester en synergie une Foi vivante.
La Kabbale intellectuelle semble bien loin, mais nous y revenons incontinent en parlant de ces concepts et mots que vous attendez tous et qui constituent le fonds de commerce ésotérique à la FNAC ou chez AMAZON !
Les temps, les lieux, les hommes étant posés, voyons maintenant quel est le travail du kabbaliste, quelles sont ses méthodes.
Le kabbaliste définit 4 niveaux de lecture ou compréhension pour un même texte.
Le premier niveau est le PSCHAT. C’est le sens littéral qui respecte la logique narrative ; il est lisible et compris par tous comme s’il s’agissait d’un roman historique édifiant ; ce sens est donc accessible aux commentaires grammaticaux, philologiques, historiques, moraux et philosophiques.
Le deuxième niveau est le REMEZ. C’est le sens allusif ; il est présent dans le texte mais ne se dégage qu’après associations d’idées ; il est lisible comme le serait une poésie ou une allégorie : par métaphores et antonomases, ou des syllepses jouant sur la polysémie, qui sont tournures rhétoriques ; le commentaire est interprétatif, la logique peut être tournée ou contournée par des contrastes voulus ou du « non-sense », les données spatio-temporelles sont parfois bousculées !
Le troisième niveau est le DRACH. C’est le sens sollicité ; il est absent du texte, mais résulte des réponses apportées aux questions posées à propos du texte et son contexte (ou prétexte!) L’interprétation est intérieure au lecteur, dépend de lui, de sa culture, de son vécu : elle est donc existentielle ; il n’y a plus aucune logique autre que conjoncturelle, c’est-à-dire en lien direct de causalité avec l’état du lecteur et de ses capacités à un débat intime et intellectuel : ce que l’on nomme en médecine le « colloque singulier » du praticien formulant « ab imo pectore » son diagnostic, son pronostic et sa prescription thérapeutique.
Le quatrième niveau est le SOD. C’est le sens caché, ou secret ; il est voilé au point que nul ne sait s’il existe, si même il a été voulu ; il est absent du texte, quand bien même serait-ce sous formes d’ellipses, d’aposiopèses, de lacunes, d’illogismes, de fatrasies, coquecigrues,asyndètes, amphigouris, de cacographies, de phébus (ainsi que je me délecte ici à le faire comme exemples possibles de ce que n’est pas ce sens secret!)
Dieu a pris Hénoch, comme dans Genèse 5:24 : « Et Hénoc marchait avec Dieu, et il n’était pas ; car Dieu l’a pris. (KJV) illustration des Figures de la Bible de 1728 ; illustré par Gérard Hoët (1648-1733) et d’autres, et publié par P. de Hondt à La Haye ; image reproduite avec l’aimable autorisation de la collection biblique Bizzell, bibliothèques de l’Université de l’Oklahoma
Les initiales de ces quatre mots forment l’acronyme PaRDèS qui signifie « verger », et dont nous avons fait « paradis » que nous confondons abusivement avec le « jardin d’Éden » qui – lui – est géographiquement situé par le mythe entre les deux fleuves Tigre et Euphrate d’où Henoch, Fils de Caïn à ne pas confondre avec Enosch fils de Yared et père de Mathusalem, arrière-grand-père de Noé, ou Enoch fils de Seth, qui partira pour fonder à l’Est, au Levant, à l’Orient, la première ville mythique. Tout est lié, comme vous le constatez ! Enosch, fils de Yared, est le septième patriarche biblique, identifié par la littérature rabbinique àMétatron, il est celui qui révéla la Parole divine à Moïse ; Il y a donc un Hénoch, fils de Caïn qui nomme les choses et définit un espace, et un Enosch, fils de Yared qui utilise la Parole pour commencer le décompte du temps. La fête juive HANOUKKA fait mémoire de cette double initiation spatio-temporelles.
Nous avons mentionné, dans notre définition, du courant théosophique de la Kabbale rabbinique, qui appuyait ses enseignements sur la vision apocalyptique d’Ézéchiel ; cette doctrine se divise en deux thèmes :
le premier est le Ma’sch Bereshit, relatif au premier mot de la Genèse : « Bereshit » / « au commencement », écrit et identifié cependant avec la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque, la première étant « Aleph » ! C’est un enseignement cosmologique et cosmogonique qui recentre en permanence sur la Torah les spéculations gnostiques qui foisonnent dans les controverses rabbiniques.
C’est précisément le rôle de la Michna, la Loi invariable, que de mettre en garde contre des approfondissements dangereux provoqués par de téméraires ratiocinations !
Le deuxième thème est le Ma’asch Merkaba qui traite d’un voyage extatique accompli par le prophète Ézéchiel, à la suite duquel il décrit « le Char et le Trône divins » avec une profusion de détails et de structures sur la traversée des 7 cieux.
Toute une littérature, dite des Heykhalot, ou Palais divins,est issue de ces écrits rassemblés aux III et IV èmes siècles.
Pour la petite histoire, nous noterons que des auteurs en mal de merveilleux ont interprété ces textes comme étant des récits d’extra-terrestres en avance sur nos civilisations et venus de lointaines galaxies ! Cela continue aujourd’hui car certains prétendent que le CoVid est en provenance de Sirius !
Dans la suite de ces textes est situé le Séfer Yetsira, Livre de la Création et de la Formation, écrit en 946 par Sabbataï Donnolo en Italie du Sud.
C’est dans cet ouvrage que sont évoqués les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse, qui réaffirment que le Monde est une émanation de Dieu.
Trente-deux résulte de l’addition des dix Séphirot ou nombres primordiaux avec les vingt-deux lettres de l’alphabet, fondatrices de la nomination puis de la description du Monde.
Saint Augustin
Nous dirons simplement que cette forme de Kabbale postule l’existence d’un Dieu caché, unique et tout-puissant, ubiquiste et omnipotent dénommé En SoF : infini, inconnaissable, deus absconditus tel que traduit par Saint Augustin. Il est la Cause Première, Cause des causes, et l’on reconnaît là une nette influence aristotélicienne, introduite par Maïmonide et ses disciples.
Les dix Séfirot sont donc une manifestation en quelque sorte « éclatée » ou « analytique » d’ En Sof, issus de l’ ÉTINCELLE NOIRE de la Percussion de la Parole contre le Néant ; le Néant se fendille, explose dans ce qui est nommé « la brisure des vases », d’où est issu l’Adam Kadmon, androgyne primordial d’où jaillit l’Humanité ; il est une préfiguration du « REBIS » des alchimistes et du redoutable « BAPHOMET » des satanistes occultistes.
Remarquons au passage cette « COÏNCIDENTIA OPPOSITORUM » d’origine pythagoricienne, disséquée par Nicolas de Cues dans son traité « De docta ignorantia », et qui alimentera également les « quodlibétales » scolastiques théologiques et nominalistes médiévales.
Nous retrouverons cette pratique anticipatrice du « brain storming » moderne dans les discussions et commentaires adogmatiques des rabbins pratiquant le « Mahloqet ».
Isaac Louria explique la Manifestation par le « Tsim Tsoum », ou retrait de Dieu en Lui-même. Il ne s’agit pas d’une concentration, mais bien d’un retrait ménageant un espace réel dans le Néant primitif.
Le Kabbaliste a pour mission de réparer cette brisure des vases qui, seule pourtant, lui donne prise sur le réel par les possibilités – très cartésiennes – d’isoler un temps d’étude des éléments de l’ensemble. Le travail, nommé tiqquoun permettra de réparer. Une seconde brisure des vases est inhérente à l’Homme lui-même en raison de son orgueil à prétendre définir l’infini, et de sa vaniteuse présomption à vouloir simplement s’atteler à la tâche.
Le Chemin des Séfirot est donc issu de la Kabbale rabbinique, mystico-apocalyptique, revue et sur-interprétée par Isaac Louria.
Un deuxième chemin est issu de la Kabbale dite extatique et pratique, d’Abulafia, c’est le Chemin des Noms.
Abulafia a cherché quelque chose susceptible d’acquérir la plus haute importance sans avoir – par elle-même – une quelconque importance. L’alphabet hébreu possède ces critères. Abulafia se base sur la forme abstraite des lettres sur lesquelles il développe une théorie de contemplation mystique en tant que constituant du – ou des – nom(s) de Dieu.
La Kabbale extatique s’attache à découvrir dans les lettres et combinaisons de lettres, tous les noms de Dieu par systèmes d’équivalences, puis se dédie à organiser ces noms en formules qu’il s’agira de répéter « jusqu’à plus soif », jusqu’à se trouver en transes et donc en présence de Dieu ! Les soufis et les moines hésychastes chrétiens ne font pas autrement.
Les lettres hébraïques résultent d’une réécriture totale d’un alphabet hiéroglyphique antérieur de plusieurs siècles dit « protosinaïtique ».
La Kabbale
Les lettres changent de forme, mais conservent leur sens originel en conservant le son de leur prononciation désignant les substances, des objets, des animaux ou des gestes. Les signes sont générés par la circulation d’un point selon les déplacements rectilignes d’une matrice carrée. Quelques arrondis adoucissent les formes et facilitant une écriture rapide et cursive. Nos compagnons opératifs créant leur marque distinctive de tâcheron, n’agissent pas autrement.
L’alphabet se présente donc comme une figure idéogrammatique reconstruite par simplification des tracés, réduction des sons en phonèmes presque monosyllabiques et abstraction des associations des signes associés en mots capables de contenir la création en la nommant, et la décrivant, définissant en elle des relations, des lois, des analogies par les différentes fonctions et natures des mots telles que substantives, adjectives, verbales, etc.
Susceptibles aussi de dire ce qui ne se voit pas par des figures de rhétorique telles que métaphores et symboles, exprimant donc la Parole de Dieu et la Loi grâce aux niveaux de lecture, méthodes d’interprétations dont nous avons précédemment parlé.
Se souvenir en permanence que l’humain n’a de métaphores qu’humaines en provenances analogiques avec ses perceptions, sensations et émotions.
Il y a la genèse des lettres à partir des lettres-mères ; il y a la prononciation de la lettre au moyen des lettres de son nom ; le dessinateur Hergé pour son pseudonyme a utilisé le procédé en isolant les initiales de son patronyme,Rémi, et de son prénom, Georges ; on voit que l’on peut réitérer le procédé quasiment à l’infini :
Victor Hugo
Hache Eu Erre Gé É, ou encore : Gé Eu O Erre Gé Eu Esse Erre Ai Aime I … Etc.
De même Victor Hugo dans Booz endormi :
« Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeh » où la ville imaginaire gagne son nom par l’absence de rime à la consonance « D » du verbe « demandait » terminant le dernier vers du poème.
Nous voyons qu’un monde surgit au-dessus du monde en provenance de cette réaction en chaîne, surtout si un réseau est établi entre ce que désignent les mots dans la réalité tangible et ce que désignent les pictogrammes originels.(on peut établir une analogie de conception de ce qui précède avec ces « prédelles » explicatives autant qu’ornementale que la peinture religieuse prévoit sous ses polyptyques ou retables).
Il y a ensuite les manipulation dans les mots qui se font selon deux techniques principales.
La première est d’aspect mathématique. Les lettres hébraïques servaient également à la numération et avaient la valeur de chiffres et de nombres. On peut donc les additionner selon certaines règles concernant la prise en compte, ou non, des retenues en base décimale. On réduit ainsi les mots en nombres et en les ajoutant, on les accouple, les réduit encore et en les décryptant, on trouve d’autres mots qui sont dits descendants des premiers ou apparentés. Cette technique est nommé « la Guématrie », et se subdivise en sous-techniques dont aucune n’est antinomique aux autres ou exclusive des autres. La souplesse du système n’a donc d’égale que sa complexité.
La deuxième a déjà été vue : c’est la technique des acronymes, rencontrée avecTaNaKH, ou encore PaRDèS. Nous l’utilisons aujourd’hui fréquemment pour nommer des institutions ou entreprises ou encore pour créer des néologismes … à la différence près que nous sourions des jeux de mots qu’ils permettent au lieu de leur donner un sérieux qui permettrait de les utiliser en poésie ou en art lyrique : influence du PAF sur le PIF, OTAN en emporte l‘ONU… Cette technique est nommée Notarikone, et autorise la construction de textes codés que Cervantès, Juif, utilisa et que Georges Pérec, Juif lui aussi, réemploya dans l‘Oulipo, entendez « OUvroir de la LIttérature POtentielle ».
Une troisième technique vous est connue et vous paraîtra ludique ou puérile : c’est la technique des jeux de mots, :
Pierre Larousse pousse l’arrière, je t’aime souvent je sème à tous vents.
Palindromes ; tu l’as trop écrasé, César, ce Port-Salut ;
Homonymes : aire/aire //homophones : ère/erre ;
Paronymes : Conjoncture /conjecture ;
Pataquès : élimination/illumination ;
Calembours : le combat sanglant de l’arène ;
Contrepèteries : Duce, tes gladiateurs circulent dans le sang, signé de notre Frère Pierre Dac sur radio Londres.
Nous en terminerons là avec « la philanthropie des ouvriers charpentiers » abreuvés à « La cuvée de Bernard Laporte » étant bien connu que « Le poète est un coureur de fond(s) ;
Devant nos fouilles curieuses, ta chute impie devant le Temple !
Le fait qu’en hébreu on n’écrive pas les voyelles accroît le champ des possibilités : rien que le son des lettres épelées donne un message homophonique : « elle aime haine », « Elle est Maine », « hélé, mène », et l’anagramme donne : « aime Hélène », « aime Héllène », paronymie donne : « l’amant, Léman,lamine, l’amine, limon, l’iman, l’humain, lumen, Lhomond, l’Oman, ».
Cette technique est nommée TéMouRa, et permet de changer aisément un texte en un autre, ce dont se sont emparés tous les charlatans et gourous qui se sont évertués à démontrer que la Bible annonçait Tchernobyl, la Vache folle et la fin du monde à Bugarach.
Il est important de dire que le Kabbaliste honnête entreprendra son travail selon deux axes principaux : un premier axe qui respectera scrupuleusement l’a-dogmatisme, non-polémique des origines pour une totale ouverture des discussions, l’acceptation sans exclusives de toutes les opinions, à charge – évidemment – de réciproque ; un deuxième axe, où il n’utilisera dans son étude que ce qu’il sait et non ce qu’il paraît, qu’il emprunte sans références, ou vole dans des rumeurs infondées. Il peut donc s’approprier une idée mais en citant ses sources ; en opérant une critique serrée des motifs de son emprunt.
Ce volume reprend, en les rassemblant, dix-huit études de Michel Pastoureau publiées entre 1989 et 2009 dans des ouvrages collectifs, des actes de colloques ou des revues spécialisées, pour la plupart devenus difficiles d’accès. L’avant-propos, daté d’octobre 2012 et conservé tel quel dans cette réédition, rappelle que le recueil prolonge deux volumes antérieurs (Figures et couleurs et Couleurs, images, symboles. Études d’histoire et d’anthropologie), et précise les choix éditoriaux : les textes ont été pratiquement laissés dans leur état d’origine, à l’exception d’un article légèrement remanié, tandis que l’iconographie a été enrichie et que les références complètes aux premières publications sont regroupées en fin d’ouvrage dans une rubrique « Sources ». L’ensemble se présente ainsi comme une mise à disposition raisonnée d’un pan important de l’œuvre de l’auteur.
Un cahier central de vingt planches en couleurs – douze consacrées aux animaux, six aux végétaux et deux aux objets – vient prolonger et rendre visibles les analyses de l’auteur.
Avant d’entrer dans les quatre sections thématiques – animaux, végétaux, couleurs, objets – Michel Pastoureau ouvre le volume par un chapitre programmatique intitulé « Pour une histoire symbolique du Moyen Âge ». Ce texte, qui tient à la fois du manifeste méthodologique et de la mise au point historiographique, constitue la véritable clé de lecture du recueil. L’historien y rappelle que le symbole est, pour les auteurs médiévaux, un mode de pensée et de sensibilité tellement « naturel » qu’il n’appelle ni définition préalable ni justification théorique. La première difficulté pour l’historien contemporain tient ainsi au lexique : le latin médiéval recourt à tout un faisceau de termes – signum, figura, exemplum, similitudo, memoria – et de verbes qui renvoient à l’idée de « signifier », mais ne sont jamais interchangeables. La diversité de ce vocabulaire, que Michel Pastoureau analyse avec soin, montre que la culture médiévale dispose d’un outillage conceptuel précis pour penser les relations entre choses visibles et réalités invisibles.
À partir de ce constat, l’auteur plaide pour une « histoire symbolique » encore largement à écrire. Celle-ci doit prendre au sérieux les procédures par lesquelles les sociétés médiévales investissent le réel de significations multiples : rôle de l’analogie, importance de l’étymologie savante ou populaire, jeux d’échelle entre la partie et le tout, ambivalence et polysémie des signes, superposition de niveaux de lecture. Loin d’être un simple décor de l’histoire sociale, le symbolique en est une dimension constitutive : les « pratiques symboliques » et les « faits de sensibilité » appartiennent pleinement au champ de ce que l’historien peut et doit étudier. Le chapitre liminaire donne ainsi sa cohérence théorique à la diversité des études rassemblées.
Le Léopard d’or, 2012, 1re éd.
La première partie, consacrée aux animaux, illustre concrètement ce programme. Qu’il s’agisse des procès intentés aux bêtes entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle, du bestiaire du Roman de Renart et de la figure de l’ours, des ménageries princières ou du bestiaire des cinq sens, Michel Pastoureau croise constamment sources juridiques, textes littéraires et documentation iconographique. Les procès d’animaux ne sont pas abordés comme curiosités pittoresques, mais comme révélateurs des frontières mouvantes entre humanité et animalité ; la place paradoxale de l’ours, tour à tour animal royal, marginal et bouffon, éclaire les tensions d’une société chrétienne face à un animal qui conjugue force, sauvagerie et proximité avec l’homme. L’analyse est toujours menée à partir d’un corpus précis, mais vise à dégager des logiques anthropologiques plus larges.
Hercule-Les-Pommes-dOr-des-Hesperides.
La section sur les végétaux, plus brève, n’en est pas moins exemplaire de la méthode. On y trouve notamment une étude sur la pomme, suivie d’un texte sur la symbolique du bois et des arbres. L’auteur y montre comment un fruit apparemment banal concentre des significations multiples – de la pomme biblique à la pomme mariale – et comment les arbres se situent au croisement de pratiques techniques, de savoirs naturalistes et de représentations religieuses. L’exemple du tilleul, présenté comme « arbre musical » par excellence en raison à la fois de ses propriétés acoustiques et de son lien traditionnel avec les abeilles, illustre parfaitement cette façon d’articuler observation matérielle, traditions littéraires et usages artisanaux : sans avoir lu Virgile ni les encyclopédistes, l’artisan médiéval sait intuitivement quel bois se prête à tel usage, et c’est cette compétence incorporée que l’historien est invité à prendre au sérieux.
Forêt très verte vue de ciel avec les cimes
La troisième partie, la plus importante quantitativement, est consacrée aux couleurs, domaine où Michel Pastoureau fait autorité. Les études réunies abordent successivement la place des couleurs chez les Cisterciens au XIIᵉ siècle, l’émergence des couleurs liturgiques, l’évolution du regard porté sur les couleurs au XIIIᵉ siècle, la promotion du bleu, les métamorphoses du vert, puis l’instauration, à la fin du Moyen Âge, d’un nouvel ordre chromatique articulé autour du noir, du gris et du blanc.
Loin de proposer une simple typologie symbolique, l’auteur insiste sur les contraintes institutionnelles (décisions conciliaires, normes monastiques), sur les usages sociaux (vêtements, bannières, armoiries) et sur les héritages scripturaires qui encadrent la perception des couleurs. Le bleu royal et marial, le vert ambigu, à la fois couleur de la jeunesse et de l’instabilité, ou encore la dignité nouvelle acquise par le noir dans la société urbaine et bourgeoise, sont autant de cas qui montrent comment changements politiques, mutations économiques et recompositions religieuses se lisent dans le système chromatique.
La dernière partie se concentre sur les objets – gant, cor, sceau – et prolonge la réflexion sur les « pratiques symboliques ». Le gant est étudié comme signe de pouvoir, instrument de transfert de droit et marque de statut social ; le cor, comme objet à la fois sonore et animal, se situe à la rencontre de la chasse, de la guerre et de l’imaginaire de l’appel ; le sceau, enfin, est envisagé comme outil de validation juridique et comme image sociale, par laquelle individus et communautés se donnent à voir. Dans chacun de ces dossiers, Michel Pastoureau montre que les objets ne sont pas seulement des auxiliaires de l’action, mais des médiateurs de sens, au croisement du droit, du rituel et de la représentation.
Pris dans sa globalité, Symboles du Moyen Âge dépasse largement la logique du simple recueil. La juxtaposition d’articles de dates et de contextes divers pourrait faire craindre l’hétérogénéité ; le chapitre introductif, la constance de la problématique et la rigueur de l’écriture assurent au contraire une forte unité d’ensemble. Quelques redites ponctuelles, inhérentes à la reprise de textes autonomes, ne nuisent pas à la lecture et peuvent même être utiles pour un public qui n’est pas familier de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. L’ouvrage s’impose ainsi comme une synthèse particulièrement représentative d’un demi-siècle de recherches sur la symbolique médiévale.
Michel-Pastoureau,-en-2019
Historien médiéviste né en 1947, Michel Pastoureau est directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études, où il a occupé pendant trente-cinq ans la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Spécialiste des couleurs, des images et des emblèmes, il est l’auteur d’une soixantaine de livres, parmi lesquels les célèbres monographies chromatiques (Bleu, Noir, Vert, Rouge, Jaune), plusieurs ouvrages consacrés aux animaux (L’Ours, Le Roi tué par un cochon, Bestiaires du Moyen Âge) et de nombreuses études sur l’héraldique. Traduit dans une trentaine de langues, il a largement contribué à faire de l’histoire des symboles et des sensibilités un champ central de la recherche historique contemporaine, dont Symboles du Moyen Âge offre une présentation exemplaire.
Symboles du Moyen Âge – Animaux, végétaux, couleurs, objets
Michel Pastoureau – Les Éditions Dervy / Le Léopard d’or, 2025, 368 pages, 26 €
Deux voies philosophiques pour appréhender le divin
Dans un monde où la spiritualité se réinvente sans cesse, entre athéisme croissant et retours aux traditions religieuses, deux concepts philosophiques émergent comme des phares pour ceux qui cherchent un sens au-delà du matérialisme : le théisme et le déisme. Ces termes, souvent confondus ou réduits à des variantes du monothéisme, représentent en réalité deux approches fondamentalement distinctes de l’idée de Dieu. Le théisme évoque un Dieu personnel, impliqué dans le quotidien des humains, tandis que le déisme imagine un créateur distant, architecte rationnel d’un univers autonome.
Cette distinction n’est pas seulement académique ; elle imprègne les débats contemporains sur la foi, la raison et l’éthique, particulièrement dans des cercles comme la franc-maçonnerie libérale, où le Grand Orient de France tolère une vision déiste du « Grand Architecte de l’Univers » sans imposer de dogmes révélés.
Cet article explore en profondeur ces différences, en remontant à leurs origines historiques, en analysant leurs implications philosophiques, et en les reliant à des contextes modernes comme la maçonnerie ou la pensée des Lumières. Nous verrons comment le théisme nourrit une relation intime avec le divin, tandis que le déisme privilégie une admiration rationnelle pour l’ordre cosmique. Enfin, nous aborderons les critiques et les évolutions de ces idées en 2025, à l’ère de l’intelligence artificielle et des crises existentielles.
Tableau comparatif entre Déisme et Thèisme
Critère
Théisme
Déisme
Dieu existe-t-il ?
Oui
Oui
Dieu est-il personnel ?
Oui (il a une volonté, une conscience, des émotions, il aime, il juge, il pardonne)
Non (Dieu est une cause première impersonnelle, une intelligence ou une raison cosmique, pas une « personne »)
Dieu intervient-il dans le monde après la création ?
Non (Dieu a créé le monde avec ses lois parfaites, puis s’est retiré – c’est l’image de l’« horloger » qui remonte sa montre et la laisse tourner seule)
La révélation est-elle nécessaire ?
Oui (la Bible, le Coran, les Écritures, les prophètes sont indispensables pour connaître Dieu et sa volonté)
Non (la raison humaine et l’observation de la nature suffisent ; les religions révélées sont considérées comme superflues, voire nuisibles)
La prière a-t-elle un sens ?
Oui (on peut dialoguer avec Dieu, lui demander des choses, il peut modifier le cours des événements)
Non ou très limité (au mieux une méditation contemplative, jamais une demande d’intervention)
Exemples historiques
Christianisme classique, judaïsme rabbinique, islam sunnite et chiite, hindouisme dévotionnel (bhakti)
Voltaire, Rousseau, Thomas Jefferson, Robespierre, beaucoup de francs-maçons du XVIIIe siècle, certains Pères fondateurs américains
Image populaire
Dieu père, juge, berger, roi, ami
Dieu architecte, grand horloger, cause première
En une phrase simple :
Le théiste croit en un Dieu personnel qui continue d’agir dans le monde et avec qui on peut avoir une relation (prière, culte, obéissance).
Le déiste croit en un Dieu créateur rationnel qui a tout mis en place une fois pour toutes et qui n’intervient plus jamais (ni miracles, ni révélation, ni jugement dernier).
Exemple concret pour bien sentir la différence :
Un théiste peut dire : « Dieu a guéri ma mère du cancer parce que nous avons prié. »
Un déiste dira : « Si ta mère a guéri, c’est grâce à la médecine et aux lois naturelles que Dieu a établies au commencement ; prier n’y change rien. »
En Franc-maçonnerie (surtout au grand orient de france et dans la maçonnerie libérale), on est très majoritairement déiste ou agnostique : on accepte (ou tolère) l’idée d’une cause première ou d’un « grand architecte de l’univers », mais on rejette les dogmes révélés et l’idée d’un Dieu interventionniste. C’est pourquoi la Bible (ou tout livre sacré) n’est plus obligatoire sur l’autel dans beaucoup de loges françaises depuis 1877.
En résumé : le théisme est une foi vivante et relationnelle ; le déisme est une philosophie rationnelle et distante.
Origines historiques : des racines antiques à l’ère des Lumières
Moïse et les tables de la loi
Le théisme trouve ses racines dans les grandes religions abrahamiques – judaïsme, christianisme, islam – où Dieu est perçu comme un être personnel, doté de volonté et d’émotions. Dans la Bible, par exemple, Dieu parle directement à Moïse, punit les pécheurs lors du déluge, ou guide les prophètes avec des révélations. Ce Dieu n’est pas abstrait : Il est un père aimant, un juge sévère, un allié dans les épreuves. Les philosophes comme Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) ont théorisé ce théisme en l’intégrant à la raison aristotélicienne, affirmant que Dieu non seulement crée le monde mais le soutient en permanence par sa providence.
À l’opposé, le déisme émerge plus tard, au XVIIe et XVIIIe siècles, comme une réaction aux guerres de religion et à l’essor de la science. Influencés par Newton et Descartes, des penseurs comme Voltaire, Rousseau ou John Locke conçoivent Dieu comme un « grand horloger » : Il a conçu l’univers avec des lois parfaites, comme une montre mécanique, puis s’est retiré pour le laisser fonctionner seul. Pas de miracles, pas de prières exaucées, pas de jugement dernier. Le déisme s’inspire d’Aristote et de Platon, qui parlaient d’un premier moteur immobile, mais il le modernise avec la raison des Lumières. Aux États-Unis, des pères fondateurs comme Thomas Jefferson étaient déistes, réécrivant la Bible pour en ôter les éléments surnaturels.
Cette divergence historique reflète un clivage culturel : le théisme prospère dans les sociétés où la religion organise la vie communautaire, tandis que le déisme fleurit dans les époques de sécularisation, comme la Révolution française, où Robespierre instaure un culte déiste de l’Être suprême pour remplacer le christianisme dogmatique.
Différences fondamentales : un Dieu proche vs un Dieu distant
Imam en prière avec un Coran dans les mains
Au cœur de la distinction réside la nature de Dieu. Pour le théiste, Dieu est personnel : Il possède une conscience, des intentions, et interagit avec l’humanité. La prière n’est pas un monologue introspectif mais un dialogue ; les miracles, comme la résurrection dans le christianisme ou les guérisons dans l’islam, prouvent son intervention active. Ce Dieu juge les actes humains, promet un au-delà, et révèle sa volonté via des textes sacrés. Philosophiquement, cela implique une théologie de la relation : l’humain est créé à l’image de Dieu, invitant à l’amour, à l’obéissance et à la repentance.
Le déiste, en revanche, voit Dieu comme une entité impersonnelle – une intelligence cosmique ou une cause première. Une fois l’univers lancé, Dieu n’intervient plus : les lois de la physique (gravité, évolution) suffisent à expliquer tout, sans besoin de miracles. La prière, si elle existe, est une contemplation esthétique de l’ordre naturel, pas une supplication. La révélation est superflue ; la raison et la science révèlent Dieu à travers l’harmonie du cosmos. Voltaire le résumait ainsi :
« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »
Cette opposition se manifeste dans l’éthique : le théisme fonde la morale sur des commandements divins (les dix commandements), risquant le dogmatisme. Le déisme ancre l’éthique dans la raison humaine, promouvant tolérance et humanisme, mais potentiellement menant à un relativisme moral.
Implications philosophiques et spirituelles : raison, foi et liberté
Spinoza
Philosophiquement, le théisme défend une vision où foi et raison coexistent, mais la foi prime sur les mystères (comme la Trinité). Des penseurs comme Kierkegaard insistent sur le « saut de la foi » face à l’absurde. Le déisme, influencé par Spinoza ou Kant, élève la raison au rang suprême : Dieu est accessible par l’intellect, pas par l’émotion ou la révélation. Cela libère l’individu des clergés, favorisant l’autonomie – un pilier des Lumières.
Spirituellement, le théisme offre réconfort : un Dieu qui écoute, guérit, pardonne. Dans les crises (maladies, guerres), il fournit un sens personnel. Le déisme, plus stoïque, invite à l’admiration pour l’univers : observer les étoiles ou la biologie révèle le divin, mais sans espérance d’intervention. Cela peut mener à une spiritualité laïque, comme chez Einstein, qui se disait « profondément religieux » dans un sens déiste, voyant Dieu dans les lois physiques.
En 2025, ces idées évoluent avec l’IA et la science : le théisme intègre la technologie comme outil divin (théologie de la création continue), tandis que le déisme voit l’IA comme une extension des lois naturelles posées par le créateur initial.
Le déisme et le théisme en franc-maçonnerie : un cas d’étude contemporain
Dans la Franc-maçonnerie, particulièrement au Grand Orient de France depuis 1877, le déisme domine. Le « Grand Architecte de l’Univers » est une métaphore déiste : un principe organisateur, tolérant athées et agnostiques, sans Bible obligatoire sur l’autel. Cela contraste avec des obédiences théistes comme la Grande Loge Unie d’Angleterre, où un Dieu personnel révélé est requis. Pour un maçon déiste, le rituel est une allégorie rationnelle pour polir l’âme ; pour un théiste, il pourrait invoquer une providence active.
Cette préférence déiste reflète l’héritage des Lumières : Voltaire et Benjamin Franklin, maçons déistes, voyaient la loge comme un espace de raison fraternelle, libre de dogmes. En 2025, face à l’obscurantisme (montée des fondamentalismes), le Grand Orient de France défend une laïcité déiste : Dieu, s’il existe, n’intervient pas dans les affaires humaines, laissant place à la liberté de conscience.
Critiques et débats actuels : limites et hybridations
Portrait de Friedrich Nietzsche
Le théisme est critiqué pour son anthropomorphisme (un Dieu « humain » trop humain) et son potentiel fanatisme (guerres saintes). Les athées comme Dawkins le voient comme une illusion réconfortante. Le déisme, accusé de froideur, laisse l’humain seul face au mal (pourquoi un horloger parfait permet-il la souffrance ?). Nietzsche le moquait comme un « Dieu mort », trop distant pour inspirer.
Pourtant, des hybridations émergent : le « théisme ouvert » (process theology) imagine un Dieu évoluant avec le monde, mêlant intervention et autonomie. En écologie spirituelle, un déisme vert voit Dieu dans l’équilibre planétaire, appelant à l’action humaine sans miracles.
Conclusion : choisir sa voie dans l’univers infini
Déisme et théisme ne s’opposent pas tant qu’ils se complètent dans la quête humaine du sens. Le premier célèbre la raison autonome, le second l’amour relationnel. Pour un profane en 2025, explorer ces idées – via philosophie, science ou maçonnerie – offre une boussole : croyez-vous en un Dieu qui marche à vos côtés, ou en un architecte qui vous a donné les plans pour naviguer seul ?
Quelle que soit la réponse, ces visions rappellent que l’humain, face au cosmos, reste un chercheur éternel.
La Saint-Nicolas, célébrée le 6 décembre, est bien plus qu’une simple tradition enfantine marquée par des cadeaux et des friandises. Issue d’une riche tapisserie historique et symbolique, elle incarne des valeurs universelles de générosité, de justice et de renaissance spirituelle. Dans un regard maçonnique, cette fête révèle des couches ésotériques profondes, où la légende de Saint Nicolas se prête à des interprétations initiatiques, évoquant la quête de la Lumière, la dualité du bien et du mal, et la fraternité humaine.
Inspiré par les racines païennes et chrétiennes de cette célébration, explorons son histoire, ses traditions et son symbolisme, en les reliant aux principes de la franc-maçonnerie.
Saint-Nicolas-néerlandais.
Les origines historiques et légendaires de la Saint-Nicolas
La fête de la Saint-Nicolas tire son essence de la vie de Nicolas de Myre, un évêque du IIIe siècle en Asie Mineure (actuelle Turquie), connu pour sa piété et sa charité. Né vers 270 et décédé autour de 343, il est vénéré comme le patron des enfants, des marins et des écoliers. La célébration, fixée au 6 décembre dans le calendrier liturgique catholique, s’est étendue au-delà des sphères religieuses pour devenir une tradition folklorique vivace en Europe du Nord, de l’Est et centrale – notamment en Lorraine, en Alsace, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse.
L’une des légendes les plus emblématiques associe Saint Nicolas à la résurrection de trois enfants tués et salés par un boucher malveillant. Selon ce récit, popularisé au XIe siècle dans les régions franco-allemandes, l’évêque étend trois doigts sur le saloir, reconstituant les corps des innocents et les ramenant à la vie. Ce miracle, souvent illustré dans l’art médiéval, symbolise non seulement la victoire sur la mort, mais aussi la punition du vice : le boucher, attaché à l’âne de Saint Nicolas, devient le Père Fouettard, un compagnon menaçant chargé de réprimander les enfants désobéissants.
St-Nicolas
Cette dualité – récompense pour les sages, châtiment pour les méchants – rappelle les Saturnales romaines et des figures païennes comme Odin, christianisées pour faciliter les conversions. Historiquement, le culte de Saint Nicolas gagne en popularité au Xe siècle avec le transfert de reliques de Bari (Italie) vers la Lorraine, où une basilique est érigée près de Nancy. Au XVe siècle, après la bataille de Nancy en 1477, il devient le saint patron de la région, surpassant même Noël en importance jusqu’aux années 1960.
Aujourd’hui, les traditions incluent des défilés, des marchés et des visites domiciliaires : Saint Nicolas, vêtu de son manteau d’évêque et chevauchant un âne, distribue pains d’épices, chocolats, fruits secs et cadeaux, tandis que les enfants préparent du foin ou des carottes pour l’animal.
Un symbolisme ésotérique et préchrétien
Au-delà de son cadre chrétien, la Saint-Nicolas intègre des éléments païens liés au solstice d’hiver. Le 6 décembre marque le début des festivités hivernales, préfigurant Noël et le renouveau solaire. Des historiens relient Saint Nicolas à des divinités comme Odin, chef de la chasse sauvage, ou à des rites de fertilité et de protection contre les ténèbres.
Le Père Noël moderne, dérivé de Sinterklaas (la version néerlandaise de Saint Nicolas), fusionne ces traditions avec les Saturnales romaines – fêtes de chaos social, de cadeaux et d’inversion des rôles – et des mythes solaires comme Mithra ou Sol Invictus.
Symboliquement, la légende des trois enfants ressuscités évoque des thèmes universels : la résurrection comme allégorie de la renaissance spirituelle, la charité anonyme envers les vulnérables, et la dualité bien/mal. L’âne représente l’humilité et le voyage initiatique, tandis que la barbe blanche et le manteau rouge symbolisent la sagesse et l’autorité royale.
Ces éléments préfigurent le sapin de Noël (arbre de vie, axe du monde) et la bûche (symbole de durée initiatique), reliant la fête à des archétypes ésotériques présents dans de nombreuses cultures, de Krishna à Osiris.
Un regard maçonnique : initiation, fraternité et lumière
Pour le franc-maçon, la Saint-Nicolas offre un miroir riche en symboles initiatiques. La résurrection des trois enfants, accomplie par un geste miraculeux (trois doigts sur le saloir), rappelle le ternaire maçonnique – nombre sacré des Pythagoriciens, représentant la vie, l’activité infinie et l’harmonie (Force, Beauté, Sagesse).
Ce miracle peut être vu comme une allégorie de l’initiation : la mort symbolique à l’ignorance (les enfants tués), suivie d’une renaissance par la Lumière, similaire au drame d’Hiram Abiff au troisième degré. Hiram, architecte du Temple de Salomon, meurt pour protéger un secret et ressuscite spirituellement, enseignant la victoire sur la violence et l’avidité.
De même, Saint Nicolas, en restaurant la vie, incarne la charité – pilier maçonnique – et la quête de la perfection humaine.
La dualité Saint Nicolas / Père Fouettard évoque la balance entre vertu et vice, récompensée ou punie, miroir de la justice maçonnique et de la chaîne d’union qui lie les frères dans la fraternité. Dans un contexte ésotérique, cette fête marque le voile mince entre mondes spirituel et matériel durant le solstice, invitant à une introspection comparable aux voyages initiatiques des apprentis.
(à gauche, Saint Nicolas et Zwarte Piet aux Pays-Bas. À la différence de la majorité des régions françaises, et notamment des traditions lorraines et alsaciennes, le père Fouettard néerlandais est traditionnellement grimé en noir)
Le voyage de Saint Nicolas sur son âne symbolise le périple vers l’Orient éternel, tandis que les cadeaux rappellent l’échange fraternel et la générosité anonyme, valeurs centrales de la Maçonnerie universelle. Enfin, la connexion avec Noël – où Saint Nicolas préfigure le Père Noël – souligne le syncrétisme : une fête païenne christianisée, puis sécularisée, invitant les maçons à explorer la Lumière cachée derrière les voiles des traditions. Comme le sapin pyramidal évoque la croix maçonnique ou la pyramide de la connaissance, la Saint-Nicolas nous rappelle que la vraie initiation naît de la charité et de la quête intérieure.
Père Fouettard
Une fête pour l’éveil fraternel
La Saint-Nicolas, avec son mélange de joie enfantine et de profondeur symbolique, est une invitation maçonnique à la réflexion. Elle nous enseigne que la Lumière triomphe des ténèbres hivernales, que la charité élève l’humanité, et que chaque légende cache un enseignement initiatique.
Dans un monde souvent divisé, cette fête rappelle l’unité fraternelle, encourageant les maçons à frapper à la porte du Temple pour une plus grande illumination. Que cette Saint-Nicolas inspire nos Loges à cultiver lagénérosité et la sagesse, pour un renouveau perpétuel.
Après le succès de la première édition du salon « Masonica Tours 2024 », en juin 2024, l’association « le cercle de l’acacia ligérien » est heureuse de vous annoncer la tenue d’une deuxième édition de cette manifestation. La deuxième édition du livre et de la culture maçonnique « Masonica Tours » aura lieu le samedi 6 juin 2026 et le dimanche 7 juin 2026. Il se tiendra à MAME, cité de la création et de l’innovation, 49 boulevard de Preuilly à Tours.
« L’initiation maçonnique a-t-elle un avenir ? » écrit Roger Dachez[1]. Quand nombre d’obédiences scrutent avec inquiétude un monde de l’immédiateté, troublé dans tous les domaines et semblant peu favorable au temps long de l’initiation il répond « ces causes d’un possible effacement (de la FM) sont peut-être autant de chances à saisir »
Pour questionner les voies de ce possible avenir, Masonica Tours 2026 se donne un fil rouge : questionner la pertinence de la Franc-Maçonnerie au 21e siècle tout en éclairant ses fondements historiques et traditionnels.
Pour cela « Masonica Tours» s’attache à promouvoir la richesse littéraire et éditoriale maçonnique dans toutes leurs diversités en leur offrant des espaces d’exposition et de commercialisation de leurs productions.
Notre salon souhaite mettre en avant la diversité des obédiences et des courants de pensée maçonniques. Pour cela nous organisons, tout au long du week-end des conférences et des tables rondes.
Logo Mame
La tenue de notre manifestation à MAME, lieu d’innovation et d’ouverture, situé à proximité de l’hypercentre métropolitain, témoigne de notre volonté d’ouvrir un espace d’échange entre le monde maçonnique et un large public. Pour bien marquer cette ouverture, des conférences aborderont des sujets répondant aux questionnements des profanes.
L’édition de juin 2026 attribuera un prix littéraire. Le Prix littéraire du Salon du Livre maçonnique « Masonica Tours 2026 » distinguera des ouvrages en langue française dont la qualité littéraire et la portée humaniste, spirituelle et symbolique éclairent les valeurs de la tradition maçonnique : quête de sens, liberté de conscience, dignité humaine, fraternité, esprit critique et exigence de vérité.
Du nomadisme, analyse l’évolution des sociétés contemporaines en montrant que la modernité fondée sur la stabilité, la rationalité et l’individualisme cède désormais la place à une postmodernité marquée par la mobilité, l’émotionnel et le communautaire. Le nomadisme que décrit Michel Maffesoli n’est pas seulement un déplacement géographique : il est un style d’être caractéristique de notre époque, un mode d’existence fluide où l’on se déplace entre identités, groupes, pratiques et expériences.
L’auteur explique que la société moderne, héritière du projet rationaliste, valorisait l’enracinement, la planification et le progrès linéaire. À l’inverse, la postmodernité se reconnaît dans le présentisme, la recherche d’intensité et la multiplication des appartenances provisoires. Les individus deviennent des “tribus postmodernes”, des groupes affinitaires éphémères soudés par le partage d’émotions, de signes ou de rituels communs. Ce phénomène est au cœur du nomadisme contemporain : on circule d’une tribu à l’autre selon ses affects.
Michel Maffesoli insiste sur l’importance du sentiment d’appartenance et de la socialité quotidienne. Le nomade postmoderne ne cherche plus à s’affirmer par une identité unique et stable, mais par un ensemble d’identités fragmentées qu’il mobilise selon les contextes. Cette pluralité identitaire reflète un basculement de notre rapport au monde : on privilégie l’expérience vécue plutôt que l’idéologie, l’esthétique plutôt que la morale, le partage émotionnel plutôt que la construction rationnelle.
La mobilité n’est donc pas seulement physique : elle est symbolique, culturelle, affective. Le nomadisme est une réponse au désenchantement moderne, c’est-à-dire à la perte de sens liée à une vision du monde trop rationalisée. Les nouvelles formes de socialité postmoderne réenchantent l’existence par le jeu, la fête, la convivialité, les rassemblements informels et les pratiques communautaires. Elles permettent de recréer du lien là où l’individualisme moderne avait isolé les personnes.
Pour Maffesoli, ce nomadisme s’exprime aussi dans la manière dont nous consommons, travaillons et vivons nos relations. Le travail devient fragmenté, flexible, parfois instable ; les carrières linéaires sont remplacées par des parcours multiples. Les relations affectives suivent la même logique : on passe d’une conception durable de la famille ou du couple à des formes plus fluides, recomposées ou temporaires. Cette fluidité n’est pas un signe de désordre, mais l’expression d’un nouvel équilibre social, plus plastique et adaptatif.
L’auteur parle également d’un retour du polythéisme des valeurs : au lieu d’un principe unique structurant la société (comme la raison, le progrès, l’État), divers systèmes de valeurs coexistent, parfois contradictoires. Le nomade postmoderne navigue entre ces univers, sans chercher à les unifier. Cette multiplicité reflète la complexité contemporaine et le refus des discours totalisants.
Le rôle des technologies — réseaux sociaux, mobilité numérique, communication instantanée — accentue encore ce mode nomade. Elles permettent de créer des tribus à distance, de circuler entre plusieurs mondes, de vivre dans une simultanéité d’espaces symboliques. Pour Maffesoli, il ne s’agit pas d’un simple changement technique, mais d’une transformation profonde de notre imaginaire collectif.
Le nomadisme met aussi en cause la rigidité des institutions modernes. Celles-ci continuent de fonctionner sur un modèle centralisé, hiérarchisé, alors que la société vit désormais sur un mode horizontal, relationnel, parfois anarchisant. L’auteur voit dans cette tension l’une des grandes lignes de fracture de notre époque. Là où les institutions cherchent à fixer, la culture nomade cherche à circuler.
Enfin, Michel Maffesoli interprète ce mouvement comme un retour à l’archaïque, non pas comme régression, mais comme réactivation de structures anthropologiques anciennes : le goût du partage, la vie en groupe, le symbolisme, l’émotionnel. Le nomadisme postmoderne réunit ainsi tradition et innovation, instinct et technologie, local et global. Il marque le passage d’une société de l’“avoir” et du contrôle vers une société de l’“être-ensemble”.
Du nomadisme apparaît ainsi comme une réflexion majeure sur la transformation des mentalités et des formes de vie, proposant une lecture sociologique du monde contemporain fondée sur la fluidité, la sensibilité collective et les micro-communautés.
L’Auteur
Michel Maffesoli est Sociologue, professeur émérite en Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France. Il est l’auteur d’une œuvre fondamentale. Il a récemment publié aux éditions du Cerf : * Le temps des peurs * Apologie – autobiographie intellectuelle