Bonjour à vous, chers lecteurs et fidèles compagnons de route ! À ceux qui nous suivent depuis le tout premier pas du Bateleur, qui ont traversé le silence de la Papesse, l’explosion créatrice de l’Impératrice et la rigueur de l’Empereur, bravo. Nous voici arrivés à la cinquième étape de notre périple au cœur du Tarot d’Oswald Wirth. Pour les nouveaux venus, prenez place : le voyage ne fait que s’approfondir.
« Et si… ? »
Oubliez l’image d’Épinal du dogmatique rigide. Le Pape n’est pas un donneur de leçons qui assène des vérités toutes faites. Face à nos certitudes blindées et nos vies parfois trop bien rangées dans le « carré » de nos certitudes, il est cette présence bienveillante qui murmure : « Et si… ? » Et s’il y avait autre chose ? Et si le plafond n’était pas la limite ? Il ne nous force pas à croire. Il lève simplement le doigt vers le haut pour nous indiquer qu’il y a «peut-être »quelque chose de plus grand que nous.
Il est l’éveilleur qui ouvre la fenêtre pour laisser entrer l’air frais du sacré dans une réalité devenue trop mécanique, trop MATÉRIELLE.
Le pape V : Tarot Oswald Wirth – tarot 1889 Paris
Le Pontifex : L’Architecte de l’Invisible
L’Arcane V : le Pape, du grec pappas (père), incarnant une figure paternelle qui guide, protège et transmet, porte bien son nom ! Mais sa fonction première est celle de Pontifex : le « faiseur de ponts ». Après la stabilité de marbre de L’Empereur (IV), qui a structuré notre monde matériel, l’initié doit maintenant apprendre à transmettre et à relier. Le Pape fait le pont entre le visible et l’invisible, entre la matière (le 4) et l’esprit. Il ne s’agit plus de construire des murs pour se protéger, mais de bâtir des arches pour s’élever.
Analyse au cœur du « Miroir des Symboles »
L’ouvrage : Le Tarot miroir des symboles nous offre des clés précieuses pour comprendre cette figure médiatrice :
Le 5, la Verticalisation de l’Être :
Géométriquement, le Pape brise la stabilité statique du Carré (4). Le 5, c’est le point central qui s’ajoute aux quatre coins : la Quinte-Essence. C’est le chiffre de l’homme, mais de l’homme debout, vivant, qui insuffle l’Esprit dans la Matière. Le Pape marque l’étape de la verticalisation spirituelle : il nous invite à quitter l’horizontalité de nos relations quotidiennes pour lever les yeux.
L’Union de la Raison et de l’Intuition :
Regardez les deux petits personnages agenouillés à ses pieds. Ils ne sont pas là en soumission, mais en écoute. Ils représentent les deux pôles de notre compréhension : la Raison et l’Intuition (ou la Foi). Par son geste de bénédiction (deux doigts levés, deux pliés), le Pape unifie ces deux aspects. Il nous enseigne que la véritable Gnose n’est ni une foi aveugle, ni une logique sèche, mais l’alliance intelligente des deux.
Le Miroir de l’Ombre : Le Face-à-Face avec La Lune (XVIII)
Dans la structure cachée du Tarot, chaque carte possède son « pendant« , son reflet inversé. Le Pape (V) fait face à La Lune (XVIII).
Le Pape (V) incarne la voie solaire, l’enseignement clair, la Foi lumineuse et le dogme qui rassure en plein jour.
La Lune (XVIII) incarne la voie nocturne, l’Illusion, le doute, l’inconscient et les mystères troubles. Pour être complet, l’initié doit connaître les deux : la clarté de l’enseignement doctrinal (Le Pape) et la traversée solitaire des zones d’ombres et des mirages personnels (La Lune). Le Pape est le phare qui nous guide ; La Lune est l’océan obscur que nous devrons un jour explorer.
La Lumière à l’Orient
Pour nos lecteurs familiers des loges, la figure du Pape résonne étrangement. Assis entre deux colonnes ( vertes dans le Tarot de Wirth, symbolisant la nature), il incarne l’autorité spirituelle bienveillante. Il évoque immanquablement le Vénérable Maître siégeant à l’Orient. Comme lui, il a pour charge de transmettre la Lumière et de maintenir la Tradition vivante. Dans certains rites, il rappelle aussi la fonction de l’Expert, celui qui guide le candidat sur le chemin, ou encore l’Orateur, gardien de la Loi. Il est celui qui transforme le rassemblement d’hommes en une assemblée spirituelle.
L’Archétype Narratif : Le Mandateur Spirituel
Si nous relisons le Tarot comme un conte initiatique selon les codes de Vladimir Propp, quel rôle joue le Pape ? Il est le Mandateur (ou Destinateur). Si l’Empereur (IV) donnait au Héros une mission concrète (bâtir, conquérir), le Pape lui confie sa mission spirituelle. Il est le mentor, le « Vieux Sage » (comme Merlin ou Gandalf) qui révèle au héros que sa quête a un sens plus élevé. Il ne donne pas l’objet magique (ce sera le rôle de l’Ermite ou de la Papesse), mais il donne la vocation. Il est l’impulsion qui transforme une simple aventure en quête du Graal.
Aparté : Quand le Bœuf devient « A » (La Magie de l’Écriture)
Puisque Le Pape incarne la transmission et le savoir, arrêtons-nous un instant sur l’outil même de cette transmission : l’Écriture. Comme le détaille le chapitre sur les origines de l’alphabet, saviez-vous que notre alphabet, outil intellectuel par excellence, puise ses racines dans le monde agricole le plus concret ?
Prenez la lettre A. Si vous la retournez, pointe en bas, que voyez-vous ? Un triangle avec deux cornes. Une tête de Bœuf. Dans les écritures proto-sinaïtiques (ancêtres de nos alphabets), on dessinait une tête de bœuf pour désigner l’animal, symbole de force vitale. En langue sémitique, le bœuf se disait ‘Alp (ou Aleph). Par le principe d’acrophonie, on a fini par utiliser ce dessin non plus pour l’animal, mais pour le son initial du mot : « A ».
Les Phéniciens ont couché la tête sur le côté.
Les Grecs l’ont redressée cornes en bas pour créer l’Alpha.
Les Romains ont fini de styliser le tout pour donner notre « A ».
« Le tarot miroir des symboles » éditions LLDMV – 2025.
La lettre hébraïque Aleph (א), associée au Bateleur, garde ce sens de « Bœuf« , d’énergie primordiale. C’est la grande leçon du Pape : le spirituel (la lettre, le concept) prend toujours racine dans le matériel (le bœuf, la force vitale). Pour s’élever, il faut d’abord être bien ancré.
Conclusion : Le Passage vers la Liberté
L’amoureux – Tarot Oswald Wirth – 1889 – Paris
Le Pape n’est pas une finalité, c’est un passage. Il est le pont. Il nous a enseigné, structuré, inspiré. Il a ouvert la fenêtre. Mais le savoir théorique ne suffit plus. Il faut maintenant l’éprouver dans la chair. Il faut quitter la salle de classe et se confronter à la vie, la vraie. C’est la dernière arcane du quinténaire illustrant l’apprentissage des savoirs nécessaires au cheminement initiatique.
Le disciple a écouté le Maître. Maintenant, le disciple doit devenir un homme (ou une femme) libre et faire un choix. L’énergie change. Le cœur s’emballe. La semaine prochaine, nous quitterons la sécurité du Temple pour la croisée des chemins. Nous rencontrerons le doute, le désir et la liberté avec L’Amoureux (VI).
« Je ne suis pas la Lumière, je suis la fenêtre qui la laisse entrer », disait le Pape.
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La science quantique, qui étudie les phénomènes physiques à l’échelle atomique et subatomique – tels que la superposition, l’intrication et le tunneling quantique[1] – a traditionnellement été associée à la physique. Cependant, depuis les années 2000, un domaine émergent appelé biologie quantique explore comment ces principes quantiques pourraient influencer les processus biologiques, y compris l’évolution.
Bien que l’évolution darwinienne repose principalement sur des mécanismes classiques comme la sélection naturelle et les mutations génétiques aléatoires, la biologie quantique suggère que des effets quantiques pourraient accélérer, optimiser ou même diriger certains aspects de l’évolution. Cela ouvre des perspectives fascinantes : l’évolution n’aurait pas seulement exploité des processus chimiques et biologiques, mais aussi des phénomènes quantiques pour gagner en efficacité sur des milliards d’années.
Selon des recherches récentes, ces contributions incluent des rôles dans les mutations ADN, la photosynthèse, l’enzymatique et même l’évolution cognitive. Bien que spéculatives pour certaines, ces idées sont soutenues par des expériences et des modèles théoriques. Dans cette réponse, nous explorerons ces apports, en nous basant sur des études scientifiques contemporaines.
La biologie quantique est un domaine émergent à la croisée de la physique quantique et de la biologie. Elle explore comment les phénomènes quantiques – comme la superposition, l’intrication, le tunneling quantique ou la cohérence – influencent les processus biologiques. Ces effets, bien que longtemps considérés comme négligeables dans les environnements biologiques chauds et humides en raison de la décohérence rapide, se révèlent pertinents grâce à des expériences récentes. Ces travaux expérimentaux, souvent menés à l’échelle moléculaire, montrent que des mécanismes quantiques peuvent jouer un rôle dans des processus évolutifs clés comme la photosynthèse, la catalyse enzymatique, la détection magnétique et même les mutations génétiques. Voici une exploration détaillée des principaux exemples expérimentaux en biologie quantique, avec leurs implications pour l’évolution.
La photosynthèse, apparue il y a environ 3,5 milliards d’années, est un processus clé de l’évolution, permettant la conversion de l’énergie solaire en énergie chimique. L’utilisation de la cohérence quantique suggère que l’évolution a optimisé ces complexes pour exploiter des principes quantiques, augmentant l’efficacité énergétique dans des environnements compétitifs. Cela a probablement favorisé la survie des organismes photosynthétiques, influençant l’évolution des écosystèmes primaires.
Les enzymes sont au cœur des processus métaboliques qui ont permis l’évolution des organismes complexes. Le tunneling quantique augmente la vitesse des réactions (parfois par un facteur de 103 à 107), permettant aux organismes de métaboliser plus efficacement les ressources. L’évolution aurait sélectionné des enzymes optimisées pour ce phénomène, favorisant la survie dans des environnements aux ressources limitées. Par exemple, les premières formes de vie anaérobies ont pu bénéficier de cette efficacité pour coloniser des niches écologiques.
La navigation des oiseaux migrateurs, comme le rouge-gorge européen (Erithacus rubecula), repose sur une boussole biologique sensible aux champs magnétiques terrestres. En 2004, Thorsten Ritz, dans Biophysical Journal, ont proposé que cette magnétoréception dépend d’un mécanisme quantique dans la cryptochrome, une protéine de la rétine. L’hypothèse est que des paires de radicaux libres, créées par la lumière, forment des états intriqués dont la dynamique est influencée par le champ magnétique.
La magnétoréception a permis aux oiseaux et autres espèces (comme les tortues marines) de migrer sur de longues distances, augmentant leurs chances de survie en accédant à des ressources saisonnières. L’évolution aurait optimisé ce mécanisme quantique pour la navigation, favorisant la dispersion des espèces et leur adaptation à divers environnements. Cela illustre comment l’évolution peut exploiter des phénomènes quantiques pour des fonctions complexes.
Des chercheurs ont étudié les tautomères (formes isomères) des bases ADN, où un proton tunnelant change l’appariement (ex. : T se lie à G au lieu d’A). Ces erreurs, si non réparées, deviennent des mutations lors de la réplication. Des simulations quantiques ont montré que ce tunneling est plus probable sous stress environnemental (ex. : rayonnement UV).
Le tunneling quantique accélère potentiellement le taux de mutations, augmentant la variabilité génétique disponible pour la sélection naturelle. Sous stress, les bactéries pourraient exploiter des superpositions quantiques pour « tester » des mutations avant leur fixation, accélérant l’adaptation dans des conditions extrêmes. Cela suggère que l’évolution a pu tirer parti de l’incertitude quantique pour explorer plus efficacement l’espace des génotypes.
En 2020, une étude théorique et expérimentale par un traitement quantique de l’information pour les simulations quantiques a utilisé des marches quantiques (quantum walks) pour modéliser l’évolution sur des réseaux de génotypes. Les marches quantiques, où une particule explore plusieurs chemins simultanément via la superposition, contrastent avec les marches aléatoires classiques. Ces expériences suggèrent que des processus quantiques pourraient avoir permis à l’évolution d’explorer plus rapidement l’espace des génotypes, facilitant l’émergence de nouvelles adaptations. Par exemple, dans les premières formes de vie, où les systèmes moléculaires étaient moins complexes, des effets quantiques auraient pu accélérer la diversification des phénotypes, un avantage crucial dans des environnements instables.
Une étude de 2019 a exploré les effets non-ciblés des radiations, où des cellules non exposées à des rayonnements montrent des dommages génétiques, potentiellement via l’intrication quantique. Ces expériences ont utilisé des cultures cellulaires irradiées partiellement, observant des mutations dans des cellules adjacentes non irradiées. Ces effets pourraient avoir joué un rôle dans l’évolution en augmentant la variabilité génétique sous stress environnemental (ex. : rayonnements cosmiques). Cela aurait favorisé l’adaptation rapide des organismes primitifs exposés à des conditions extrêmes, comme lors des premières étapes de la vie sur Terre.
Malgré ces avancées, les effets quantiques en biologie restent controversés. La décohérence rapide dans les environnements biologiques chauds et humides limite la durée des états quantiques, rendant leur impact évolutif incertain. Des recherches futures, notamment en biologie quantique synthétique, pourraient confirmer si l’évolution a délibérément exploité ces mécanismes.
Le rôle de la mécanique quantique dans l’évolution basée sur la cognition
Un article, publié en 2023 dans Progress in Biophysics and Molecular Biology, explore de manière innovante les liens entre la mécanique quantique (MQ) et la biologie, en se concentrant sur le rôle de la cognition dans l’évolution. L’auteur, John S. Torday, part d’une observation faite en 2021 : dans tous les systèmes d’information connus (comme les ordinateurs humains), la cognition génère du code qui contrôle les réactions chimiques, et non l’inverse. Il transpose cette logique à la biologie, contestant la vision classique des manuels selon laquelle les réactions chimiques produisent du code génétique d’où émerge la cognition. Aucune preuve expérimentale n’existe pour valider cette inversion, tandis qu’une démonstration mathématique – basée sur le problème de l’arrêt de Turing[2] – soutient que la cognition précède et crée le code. Torday asoutient que, tout comme il est impossible de prédire l’arrêt d’un programme pour tous les cas, il est impossible de réduire la cognition biologique à un simple produit des réactions chimiques. Au contraire, la cognition (assimilée à un processus décisionnel inductif) joue un rôle actif, analogue à un observateur quantique faisant des choix qui influencent les résultats biologiques. Cette perspective renverse la vision classique où les réactions chimiques produisent du code, puis de la cognition
La question centrale posée est la nature et l’origine de la cognition en biologie. L’auteur propose une hypothèse audacieuse : la cognition biologique est liée à la MQ. Il suggère que le principe permettant à un observateur de faire s’effondrer une fonction d’onde (un concept clé de la MQ) confère aux organismes leur agency – c’est-à-dire leur capacité à agir sur le monde plutôt que d’en subir passivement les effets. Toutes les cellules vivantes étant cognitives, les humains, composés de ces cellules, seraient des observateurs quantiques.
Cela renforce l’idée centenaire en mécanique quantique que l’observateur ne se contente pas d’enregistrer un événement, mais influence activement son issue.
Le monde classique est régi par des lois déductives (déterministes), tandis que le monde quantique repose sur des choix inductifs (probabilistes). Leur combinaison forme une boucle de rétroaction maîtresse : perception (inductive, quantique) et action (déductive, classique), qui sous-tend toute la biologie. L’auteur applique des définitions basiques d’induction (inférer des généralités à partir de cas spécifiques), de déduction (appliquer des règles générales à des cas particuliers) et de computation (processus algorithmiques) aux propriétés de la MQ pour argumenter que l’organisme, en tant que tout, façonne ses parties et son environnement – et non l’inverse, où les parties assembleraient mécaniquement le tout.
Un exemple clé est fourni par les systèmes informatiques humains : des agents cognitifs écrivent du logiciel qui contrôle le hardware. En biologie, cela se traduit par la cognition cellulaire générant du code génétique qui pilote les réactions chimiques. L’effondrement de la fonction d’onde par l’observateur est présenté comme le mécanisme physique produisant de la négentropie (réduction de l’entropie, ou création d’ordre), essentielle à la vie et à l’évolution.
Les implications sont profondes pour la biologie et la MQ. En biologie, cela résout le « problème de l’information » : la cognition n’est pas un épiphénomène émergent des réactions chimiques, mais leur source première, avec la MQ fournissant le fondement physique pour les choix évolutifs. Pour la MQ, cela élargit le rôle de l’observateur au-delà des expériences physiques, en l’intégrant à la cognition cellulaire et humaine, et en reliant les domaines déductif et inductif dans une boucle unifiée pour la vie.
Cette perspective invite à repenser la biologie non comme un assemblage passif de parties, mais comme un processus actif où le tout influence ses composantes, ouvrant des pistes pour de futures recherches interdisciplinaires. À l’avenir, des avancées en calcul quantique et en biophysique pourraient révéler d’autres rôles du quantique dans l’histoire du vivant.
En reprenant les informations de l’article paru le 9 mai 2023 · La dualité onde-particule : Analogie avec le franc-maçon qui est à la fois « pierre brute » (matière) et « pierre cubique à pointe » (esprit illuminé): « Le quantum, plus petit que l’atome, défie le temps et l’espace newtoniens – comme l’initié défie les dogmes pour embrasser l’infini. » . Le théorème de Bose-Einstein : Exemple central pour illustrer comment des particules simples fusionnent en un tout complexe sous conditions « initiatiqes » (froid extrême = silence intérieur ?). Cela symbolise l’émergence du vivant et de la conscience maçonnique. . Relativité et quantique : Einstein pour l’infiniment grand (l’univers comme Temple de Salomon), la mécanique quantique pour l’infiniment petit (le soi comme microcosme). Lien avec le Delta maçonnique : une « trinité consubstantielle » (énergie, matière, potentiel) qui évoque l’ondicule quantique. · Critique du manichéisme profane : Le franc-maçon, par sa perception symbolique, transcende les oppositions binaires (lumière/ténèbres, bien/mal) pour une vision unitaire, « quantique » de l’existence. · Implications initiatiques : Le texte invite à méditer sur le « potentiel d’existence » – comme un qubit en superposition, l’initié porte en lui toutes les possibilités jusqu’au « mesure » (l’expérience rituelle).
[1] En mécanique quantique, les particules ne se comportent pas comme des objets solides, mais comme des ondes de probabilité, décrites par une fonction d’onde. Cette fonction rencontre une barrière énergétique, sa fonction d’onde ne s’arrête représente toutes les positions possibles où la particule pourrait se trouver. Lorsqu’une particule pas brutalement : elle s’étend légèrement au-delà de la barrière, même si l’énergie de la particule est inférieure à celle nécessaire pour la franchir. Cela signifie qu’il existe une probabilité non nulle que la particule apparaisse de l’autre côté de la barrière, comme si elle avait « tunnelé » à travers. Le tunneling quantique aurait permis aux enzymes d’évoluer pour devenir ultra-efficaces, donnant un avantage adaptatif aux organismes dans des environnements où les ressources étaient limitées. Cela a probablement favorisé la diversification des métabolismes et la complexification des formes de vie. le tunneling de protons dans l’ADN peut provoquer des mutations, augmentant la diversité génétique disponible pour la sélection naturelle. Cela confère une flexibilité évolutive, permettant aux organismes de s’adapter rapidement à des environnements changeants, comme lors des premières étapes de la vie sur Terre ou sous des stress modernes (pollution, rayonnements). Le tunneling quantique, en accélérant les réactions chimiques et les mutations, aurait contribué à l’émergence de structures biologiques complexes, comme les organismes multicellulaires, au fil de l’évolution.
[2] Ce problème pose une question essentielle : est-il possible de créer un algorithme universel capable de déterminer, pour tout programme informatique et toute entrée donnée, si ce programme va s’arrêter (terminer son exécution) ou continuer à tourner indéfiniment (boucle infinie) ?
Le 5 décembre 2025, le Grand Temple Arthur Groussier, au siège du Grand Orient de France au « 16 Cadet », était plein à craquer. La cérémonie du 14ᵉ Prix National de la Laïcité, organisée par le Grand Chapitre Général du Rite Français, a pris dès les premières minutes une allure d’événement majeur : l’affluence, la densité des présences, la qualité des délégations françaises et étrangères donnaient à cette soirée une tonalité qui dépassait la simple remise de distinctions. On n’assistait pas seulement à une célébration républicaine ; on percevait un véritable moment de cohésion initiatique et citoyenne, à l’échelle d’un réseau international.
Car le Grand Temple réunissait de très nombreuses délégations appartenant à Ramsay, ce regroupement des Grands Chapitres de Rite Français à travers le monde. Cette fédération repose sur un principe essentiel : l’autonomie des obédiences mères, qui reçoivent une patente du Grand Orient de France pour pratiquer les hauts grades. L’architecture est donc fédérative plutôt que centralisée : chaque obédience conserve sa souveraineté, tout en s’inscrivant dans une filiation rituelle et une communauté d’esprit. Une nuance institutionnelle forte se détache toutefois : seule l’entité présidée par Philippe Guglielmi dépend directement du Grand Orient de France, soulignant le rôle singulier du Grand Chapitre Général du Rite Français au cœur de cet ensemble.
Dans ce paysage, la Charte de Lisbonne s’impose comme un texte de référence — un socle symbolique et doctrinal qui unit ces chapitres autour de principes communs, renforçant l’identité et la cohésion du réseau Ramsay et donnant à cette présence internationale une profondeur autre que protocolaire. Ainsi, la cérémonie de la laïcité s’inscrivait, sans emphase inutile, dans une logique de fraternité organisée, où le local et l’universel se répondent.
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Dans une année marquée par le 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905, l’événement a rassemblé un public large – francs-maçons et non-maçons, enseignants, élus, militants laïques, citoyens engagés – pour faire de la laïcité non un concept en vitrine, mais une éthique d’action. La soirée a déployé une grammaire claire : la laïcité n’est pas une neutralité paresseuse, ni un mot d’alignement idéologique ; elle est un chemin d’émancipation, une méthode de liberté partagée, un instrument de concorde civique capable d’ouvrir un espace commun où chacun peut vivre pleinement sans imposer à l’autre le prix de sa propre identité.
Une date qui n’est pas une coïncidence
Quatre jours avant la commémoration du 9 décembre, cette remise de prix prenait une résonance particulière. Loin d’un cérémonial décoratif, le Grand Chapitre Général du Rite Français réaffirmait l’intuition qui anime ce prix depuis 2011 : ce qui a été conquis par l’histoire ne reste vivant que par l’incarnation.
Les interventions ont insisté sur ce point : la laïcité n’est ni une idée figée ni une simple norme juridique. Elle demeure un cadre d’émancipation et une méthode politique et morale qui permet d’habiter ensemble un monde traversé par les tensions identitaires, la peur et les radicalités.
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Philippe Guglielmi : la laïcité comme engagement, et non comme posture
Le cœur battant de la cérémonie, c’est l’intervention de Philippe Guglielmi, Très Sage & Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français. Son discours d’ouverture donne la tonalité : la laïcité est un engagement qui refuse le renoncement, refuse l’indifférence et ne cède pas à la tentation d’un silence confortable.
Il insiste sur une formule essentielle : le mot laïcité doit s’employer seul, sans être fracturé en préfixes, suffixes ou qualificatifs, comme si l’on voulait rappeler que le principe ne gagne rien à devenir un drapeau de factions.
Le-TS–&-PGV-Philippe-Guglielmi
Dans une veine très initiatique, il prend aussi le temps d’éclairer le sens du mot “profane”, non comme un terme de mise à distance mais comme l’indication d’une proximité : celui qui est près du temple. L’idée est précieuse : ce qui s’élabore dans le travail symbolique du Rite a vocation à se traduire dans la cité réelle, auprès des femmes et des hommes de la Terre.
Philippe Guglielmi pose ainsi une laïcité non seulement institutionnelle, mais anthropologique : une discipline de la fraternité civile, une manière de tenir ensemble l’humanisme, la lucidité historique et la responsabilité du présent.
Richard Ferrand : la laïcité et l’État de droit, un même front de vigilance
Invité d’honneur, Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, a donné à la soirée un ancrage institutionnel de haute intensité. Son propos tisse un lien direct entre la remise en cause de la laïcité et celle de l’État de droit : les mêmes forces contestent les équilibres patiemment construits, comme si l’on pouvait remplacer le droit commun par le retour brutal de la loi du plus fort.
Il rappelle aussi la vocation même du prix : mettre en valeur des femmes et des hommes qui agissent concrètement, parfois au quotidien, pour faire vivre ce principe. Cette dimension d’incarnation, dit-il en substance, est essentielle pour partager et faire progresser les valeurs humanistes.
Sans entrer dans le domaine du constituant, il évoque les débats publics sur la place constitutionnelle de la laïcité et la prudence que requiert sa fonction : la question ne peut être tranchée que par la souveraineté démocratique elle-même.
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Pierre Bertinotti : République, laïcité, État de droit – une fidélité historique
Tu as raison de corriger : il s’agit bien de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France. La transcription laisse entendre clairement cette articulation forte : République, laïcité, État de droit sont “profondément liés”, parfois contestés ou interpellés, et ne peuvent être dissociés sans fragiliser l’édifice commun.
Son intervention s’inscrit dans un temps long historique : la franc-maçonnerie a porté, au XIXᵉ siècle, une part de l’effort politique qui a permis de consolider la République contre les forces de restauration et d’installer progressivement le principe de neutralité de l’État, garant de la liberté de conscience.
Ce qui ressort de cette parole, c’est une laïcité vivante, non défensive au sens frileux, mais défensive au sens noble : protéger l’espace commun pour que la pluralité des consciences ne devienne jamais une guerre des appartenances.
Renaud-Dély,-Président-du-jury
Renaud Dély : la laïcité des actes
Le président du jury, Renaud Dély, apparaît comme la figure de l’équilibre entre exigence intellectuelle et lecture du réel. Dans l’esprit du communiqué et de la cérémonie telle qu’elle se comprise à l’écoute, il met en avant des critères simples : engagement concret, impact social, universalité du geste.
Le jury, ici, ne distingue pas des appartenances mais des actions : des pratiques de courage dans une époque où la laïcité est parfois instrumentalisée, parfois caricaturée, trop souvent réduite à un marqueur de pureté idéologique.
Quatre lauréats, quatre visages d’une même lumière
La cérémonie 2025 déploie une dramaturgie nette : quatre lauréats, quatre manières de donner chair à un principe commun. Et Guglielmi conclut sur une image qui dit tout : dans un monde en pénombre, ces engagements apportent une lumière, comme une reprise laïque de l’ancienne devise de clarté après l’obscur.
Katell-Grabowska
1) Katell Grabowska et “Divine Émilie” : la laïcité par l’éducation, la science et l’égalité
C’est l’un des moments les plus puissants de la soirée. Le prix est attribué à Katell Grabowska, professeure au lycée Henri-IV, également enseignante à l’université Paris VII, historienne des sciences, fondatrice et présidente de l’association Divine Émilie, engagée contre les violences et, de façon très marquée, contre le sexisme, particulièrement dans les sciences.
Le nom de l’association est un hommage direct à Émilie du Châtelet (1706-1749), que Voltaire – son compagnon d’esprit et d’amour – surnommait “Divine Émilie”. Le geste symbolique est magnifique : ressusciter une figure de la raison et de la liberté intellectuelle pour en faire un modèle vivant offert aux jeunes générations.
Le discours de la lauréate, tel que restitué par la transcription, ouvre un champ beaucoup plus large que la seule question scolaire. Elle alerte sur la dégradation de la santé mentale des filles et des jeunes femmes, sur le poids du sexisme et des violences, sur l’isolement croissant des enseignants, souvent des femmes, et sur une inquiétude contemporaine majeure : l’arrivée de dispositifs conversationnels dotés d’intelligence artificielle destinés à créer des liens émotionnels avec les enfants, avec les risques d’emprise et de dérive que cela suppose.
2) Un prix à un bâtisseur historique de la cause laïque
Un autre moment fort de cette 14ᵉ édition a consisté à distinguer Alain Simon, dont le parcours semble incarner une forme rare de fidélité silencieuse et structurante : celle de l’architecte qui consolide les fondations pendant que d’autres portent l’étendard. Présenté comme cofondateur du Prix National de la Laïcité et ancien président du jury durant plusieurs éditions, il apparaît aussi comme une figure de continuité au sein des instances laïques du Grand Orient de France.
À travers lui, la cérémonie salue une conviction simple : la laïcité ne se gagne pas seulement dans l’urgence médiatique ou la riposte ponctuelle. Elle se construit par une méthode, un travail de longue haleine, une capacité à articuler l’histoire, le droit, la culture et l’exigence morale.
Alain-Simon-recevant-son-prix des mains de M. Richard Ferrand, invité d’honneur et Président du-Conseil-Constitutionnel
Les éléments biographiques disponibles dessinent un profil à la fois intellectuel et institutionnel. Économiste et juriste de formation, Alain Simon est conférencier et consultant auprès de dirigeants d’entreprises ; il est également maître de conférences associé et chercheur associé au Centre d’études interdisciplinaires des organisations (Université de Rennes 1 – IGR-IAE). Son parcours d’auteur est ancien et solide : on lui doit notamment Créances et Croyances (récompensé en 1994) et Le sens des cartes.
Dans le champ maçonnique et républicain, il est aussi présenté comme haut fonctionnaire, membre du Grand Orient de France depuis une trentaine d’années, et Conseiller de l’Ordre depuis juin 2011. Ses ouvrages abordent explicitement la culture, la laïcité et le droit au logement, indiquant un engagement qui ne sépare pas la liberté de conscience de la question sociale.
Alain Simon
La parution de Le compas d’équerre – Combats pour la liberté de conscience, construit sous forme d’entretiens avec Jean-Michel Reynaud, s’inscrit dans cette logique. L’ouvrage annonce une volonté de clarifier le “fait maçonnique” dans ses expressions les plus constantes – adogmatisme, tolérance, laïcité, secret, symbole – pour en rappeler la nature et la méthode ; autrement dit, pour réconcilier la fraternité initiatique avec la fraternité citoyenne.
Ce choix éditorial fait écho à l’esprit même du prix : rappeler que la laïcité est un combat de lucidité et de nuance, un art de maintenir l’espace commun respirable dans une société traversée par la tentation du bloc contre bloc.
En distinguant Alain Simon, le Grand Chapitre Général du Rite Français rend ainsi hommage à une figure dont le travail semble avoir consisté à tenir la colonne, à stabiliser l’argument, à transmettre une doctrine de liberté qui ne se réduit pas à une formule, mais s’inscrit dans une pratique. Une manière de dire que la laïcité a besoin, plus que jamais, de ses bâtisseurs autant que de ses voix.
Jacques-Ravenne
3) La culture populaire distinguée : Jacques Ravenne primé, Éric Giacometti honoré par une médaille
La cérémonie a voulu rappeler, avec une justesse très contemporaine, que la laïcité ne se défend pas seulement dans l’arène juridique ou dans la tribune politique, mais aussi dans l’espace plus discret – et parfois plus efficace – des récits qui façonnent l’imaginaire commun. C’est dans cet esprit qu’un prix a été attribué à Jacques Ravenne, écrivain et scénariste, dont l’œuvre coécrite avec Éric Giacometti a largement contribué à faire circuler, au-delà des cercles initiés, une certaine idée de l’éthique républicaine et de la liberté de conscience. Le communiqué et la transcription soulignent explicitement cette volonté de saluer un romancier “très en vue”, dont les ouvrages écrits avec Éric Giacometti ont été traduits et dont le travail a aussi essaimé par le biais de documentaires, au service d’une pédagogie populaire de la République et de la laïcité.
Le geste est symboliquement fort : il consacre la culture populaire – au sens noble du terme – comme un vecteur de vigilance civique. Dans une époque saturée d’images, de discours courts et d’émotions instantanées, le roman peut devenir un laboratoire d’esprit critique. Il n’édicte pas une norme ; il propose une expérience. Il n’impose pas une vérité ; il invite à déplier les contradictions d’un monde où la liberté de croire, de ne pas croire, et surtout de cohabiter, demeure une conquête fragile. En distinguant Ravenne, le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France affirme ainsi qu’il existe une pédagogie de l’imaginaire : une manière d’éclairer sans dogmatiser, de transmettre sans sermonner, d’éveiller sans assigner.
Jacques-Ravenne
Dans son intervention, Jacques Ravenne a semblé recevoir cette distinction comme un maillon d’une chaîne plus vaste que sa seule trajectoire d’auteur : une chaîne de femmes et d’hommes qui, chacun à leur poste, travaillent à maintenir une clarté républicaine dans les zones grises du temps. Le propos, tel qu’il transparaît dans la transcription, s’inscrit dans un registre de reconnaissance et de mémoire, où le prix devient moins un couronnement qu’un rappel de devoir : continuer d’écrire, de dire, de transmettre, pour que la laïcité demeure une langue commune plutôt qu’un slogan disputé.
Et parce qu’un duo littéraire est aussi une fraternité de travail, la cérémonie a voulu distinguer l’autre versant de cette œuvre à quatre mains. Absent pour raisons de santé, Éric Giacometti a reçu la médaille du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France – choix délibérément distinct de la statuette ou du trophée classique. Ce détail, loin d’être protocolaire, dit quelque chose de la nature même de l’hommage : la médaille appartient à l’ordre du lien, de la reconnaissance durable, presque de la “preuve de chantier”. Elle signifie que l’engagement peut aussi passer par la création d’un univers narratif où la liberté de conscience n’est pas un concept abstrait, mais une tension vécue par des personnages, des conflits, des choix, des fidélités.
En somme, ce moment a offert l’une des séquences les plus fines de la soirée : une laïcité qui se fait culture, une culture qui devient outil d’émancipation. Là où certains voudraient réduire la laïcité à une injonction froide, la cérémonie a rappelé qu’elle peut être aussi une source de sens partagé – et que le roman, quand il sait parler à tous sans renoncer à l’exigence, est l’un des moyens les plus puissants de faire passer la lumière du débat public dans la vie intérieure des consciences.
4) Le Prix international : Samson Ozararat, l’horizon arménien et le sens universel du principe de laïcité
Le Prix international de la Laïcité distingue Samson Ozararat, diplomate arménien et ami de longue date des organisateurs, dont l’action est présentée comme un travail constant de rapprochement entre nations et cultures. La référence à l’histoire tragique du peuple arménien — et à la mémoire des violences de masse du XXᵉ siècle — rappelle combien la laïcité peut prendre, à l’échelle du monde, une valeur de protection existentielle, de reconstruction du lien civique et de pacification durable des appartenances.
À travers cette distinction, le Grand Chapitre Général du Rite Français inscrit la laïcité dans une perspective résolument universaliste : la France n’a pas seulement transmis des formes juridiques ou politiques ; elle peut aussi contribuer à porter un modèle de coexistence des consciences, à condition de le comprendre d’abord dans toute sa rigueur chez elle, et de ne jamais en faire un mot de circonstance vidé de substance. L’hommage rendu à Samson Ozararat donne ainsi à la cérémonie une respiration internationale et une profondeur historique, rappelant que le principe laïque, lorsqu’il est vécu avec intelligence et loyauté, peut devenir une langue commune de dignité, au-delà des frontières et des blessures.
La Marianne comme symbole d’une laïcité incarnée
Ton rappel est très utile pour la narration : les lauréats reçoivent une Marianne, statuette qui inscrit la cérémonie dans une filiation républicaine et maçonnique. Ce geste est cohérent avec l’esprit de la soirée : la laïcité n’est pas une abstraction froide, mais une figure de chair et de visage, une idée qui se matérialise dans des parcours humains.
Dans le Temple Arthur Groussier, cette Marianne devient presque une allégorie active : non pas celle d’une République qui surplombe, mais d’une République qui protège, qui éduque et qui relie.
Une cérémonie qui ressemble à une « tenue civique ouverte »
Ce qui frappe, à la lecture de la transcription et à la lumière de l’ensemble des interventions, c’est la cohérence du récit :
Philippe Guglielmi donne l’ossature philosophique et initiatique : la laïcité comme engagement et comme méthode d’émancipation.
Richard Ferrand apporte la charpente de la légitimité constitutionnelle et de la vigilance démocratique.
Pierre Bertinotti replace le tout dans la mémoire historique du Grand Orient de France et dans l’actualité politique d’une République parfois contestée dans ses principes mêmes.
Renaud Dély, enfin, relie l’ensemble à la laïcité vécue, celle des acteurs du terrain, des éducateurs, des auteurs, des militants, des “serviteurs du commun”.
Renaud-Dély
L’édition 2025 du Prix National de la Laïcité rappelle une évidence trop souvent oubliée : la laïcité n’est pas une arme identitaire, c’est une protection universelle. Elle ne demande pas d’effacer les convictions ; elle demande de leur refuser le droit d’écraser l’autre. Elle est ce cadre où la dignité humaine passe avant l’appartenance, où l’égalité civique tient tête aux hiérarchies imposées par le dogme ou la peur.
Les-récipiendaires
En distinguant Katell Grabowska et l’association Divine Émilie, en honorant Alain Simon comme bâtisseur historique du prix, en récompensant Jacques Ravenne pour la puissance civique de l’imaginaire littéraire, en saluant Éric Giacometti par la médaille du Grand Chapitre Général, et en donnant au Prix international une dimension mémorielle et diplomatique à travers Samson Ozararat, le Grand Chapitre Général du Rite Français affirme une laïcité à la fois intellectuelle, sociale, culturelle et internationale.
Une laïcité, surtout, qui ne se contente pas de proclamer la République : elle la fait tenir debout.
Réparation s’ouvre comme un constat dressé à hauteur d’humanité blessée. Mgr François Bustillo regarde notre époque sans complaisance et sans désespoir. Il voit la dérive d’un monde où la relation se défait, où le soupçon devient réflexe, où l’information se change en arme et la parole en projectile. Nous vivons immergés dans un climat de dominant-dominé, de prédateur et de proie, où disparaissent la retenue, la discrétion, la pudeur, la nuance, cette délicatesse qui protège la dignité d’autrui. La société n’est plus seulement traversée par le conflit, elle est rongée par une misère affective qui laisse les êtres désemparés, agressifs, épuisés.
C’est à partir de cette fracture intime que le cardinal propose le mot « réparation », non comme slogan moral mais comme direction spirituelle, presque comme un mot de passe transmis de cœur à cœur.
Au cœur de ce diagnostic, François Bustillo consacre des pages fortes à ce qu’il nomme le déclin de la fraternité et l’exil de l’humanité. La crise n’est pas seulement affective, elle traverse la cité tout entière. La démocratie semble se vider de sa substance lorsque ceux qui s’engagent pour le bien commun deviennent les cibles d’un procès permanent, épuisés par le feu croisé des réseaux sociaux et des indignations spectaculaires. La politique n’est plus perçue comme un service, mais comme le théâtre d’intérêts opaques, ce qui alimente la tentation du retrait ou de la colère. Le cardinal rappelle pourtant qu’une société ne peut respirer sans le souffle de citoyens disponibles au don d’eux-mêmes et sans des responsables capables d’habiter leurs fonctions avec simplicité, courage et transparence. Il appelle à réhabiliter l’engagement politique en le ramenant à sa source, qui est la recherche obstinée du bien commun. Le mot fraternité traverse alors le texte comme un fil discret et puissant. Il ne désigne ni une émotion vague ni un slogan commode, il devient la condition même d’une communauté humaine qui refuse d’abandonner les plus fragiles en bord de route. Pour tout lecteur maçon, ce terme résonne avec une intensité particulière, tant il rejoint la vocation de travailler à une cité plus juste en conjuguant liberté, égalité et lien vivant entre les personnes.
Le livre avance par touches qui reviennent, comme la reprise obstinée d’un thème musical. François Bustillo décrit d’abord la manière dont la distance s’est érigée en mode d’existence. Nous vivons proches dans l’espace, reliés par des flux numériques permanents, mais séparés de l’intérieur. L’hypercommunication ne débouche plus sur la communion, elle amplifie les polarisations, elle encourage, dans le secret confortable des écrans, les jugements tranchants et les condamnations irréversibles. Nous croyons avoir besoin d’être informés de tout pour exister, et cette prétention à tout savoir nourrit une sociabilité de rumeurs, de commentaires instantanés, où la responsabilité se dilue. La parole perd sa qualité de promesse pour devenir verdict. Ainsi se construit une société livrée à la méfiance, hantée par la peur, obsédée par la nécessité de se protéger en disqualifiant l’autre.
Au fil des pages, François Bustillo montre que cette dureté n’est pas seulement le fruit de la malveillance. Elle naît souvent d’une souffrance enfouie, d’épreuves qui n’ont pas trouvé d’oreille accueillante. Le livre revient sur cette dynamique subtile que nous connaissons tous. Nous devenons sévères parce que nous avons été blessés, nous cédons à la violence verbale parce que nous nous sentons en insécurité, nous sommes tentés d’ériger notre propre douleur en norme qui autorise tous les excès. L’auteur convoque une image lumineuse en évoquant la question de l’enfant dans Kirikou qui interroge son aïeul : « Pourquoi la sorcière est-elle méchante ? » et la réponse qu’il reçoit, d’une simplicité désarmante : « Parce qu’elle souffre. » Toute la perspective du livre est là. Il ne s’agit pas de justifier le mal, mais de refuser de le réduire à une abstraction. Les crispations sociales ont un visage, une histoire, une blessure. Réparer suppose d’entrer dans cette histoire plutôt que de la juger de loin.
À partir de ce diagnostic, François Bustillo déploie une véritable pédagogie de la relation. Il affirme que la vie sociale repose sur un tissu invisible de gestes silencieux, de délicatesses discrètes, de fidélités obstinées. Ce tissu s’est déchiré, non sous l’effet d’une catastrophe unique, mais par accumulation d’indifférences, de petites lâchetés, de violences ordinaires. Réparer signifie retrouver un art de vivre où le lien est premier, où la parole vise à relever, non à écraser. La spiritualité chrétienne est ici présentée comme un art de la seconde chance. Le pardon n’est pas déni du mal commis. Il constitue ce geste qui défie la logique du monde, cette décision intérieure qui refuse que la faute dise le dernier mot sur la personne. L’auteur parle de la beauté d’une seconde chance, non comme idée généreuse abstraite, mais comme expérience possible pour tout être humain qui se sait lui-même débiteur de miséricorde.
L’itinéraire proposé traverse des thèmes qui dessinent une véritable ascèse relationnelle. Il s’agit d’abord de reconnaître qu’un lien peut sauver, qu’une présence fidèle peut empêcher la chute définitive. Habiter autrement le monde, c’est apprendre à marcher plus lentement, à laisser de l’espace à la parole d’autrui, à consentir à la différence au lieu de la vivre comme menace. Vient ensuite la redécouverte de la quête intérieure. L’auteur insiste sur la nécessité de retrouver un centre, une intériorité qui permette de résister aux emballements passionnels. La foi devient alors source de relèvement parce qu’elle ouvre un horizon de sens plus large que les rapports de force. Elle rappelle à chacun que sa valeur ne se réduit pas à son utilité sociale ni à son image médiatique.
Dans cette progression, certains mots reviennent avec insistance. L’indulgence est présentée comme visage concret de la miséricorde. L’innocence, loin de toute naïveté, est décrite comme lumière retrouvée, regard capable de voir en l’autre plus que ses fautes. Le recul et le silence apparaissent comme des actes de résistance dans un monde saturé de réactions immédiates. La vraie liberté n’est plus confondue avec la toute-puissance, elle est celle du cœur ouvert qui accepte de s’exposer, au risque d’être blessé, pour que le lien ne soit pas rompu. La bénédiction est enfin évoquée comme ultime parole contre la malédiction. Bénir, c’est dire du bien, non pour flatter, mais pour rappeler à chacun sa vocation à la dignité, même lorsque tout semble compromis.
François d’Assise sur une fresque de Cimabue dans la basilique d’Assise.
À travers cette réflexion, se dessine la silhouette de François d’Assise. Même lorsqu’il ne le nomme pas, François Bustillo parle en fils de la famille franciscaine. Réparer évoque immédiatement l’appel entendu à San Damiano, lorsque le Crucifié demande à François de relever une Église en ruines. L’auteur transpose cet appel dans l’aujourd’hui de nos sociétés. Il ne s’agit plus de réparer seulement des murs de pierre, mais les structures invisibles de la confiance, les architectures fragiles de la fraternité. La minorité franciscaine – cette manière de se tenir volontairement du côté des petits, sans emprise ni revendication de pouvoir – irrigue tout le texte. Le cardinal appelle à une sobriété de la parole, à une simplicité de vie, à une proximité avec les blessés de l’existence qui rappelle la tradition des frères allant de village en village, porteurs de paix plutôt que de doctrines abstraites.
Ce choix franciscain entre en profonde résonance avec une lecture maçonnique. Entre tradition franciscaine et tradition initiatique, une même exigence se laisse percevoir. Réparer, pour tout lecteur familiarisé avec les différents rites pratiqués en franc-maçonnerie, évoque immédiatement la lente reconstruction du Temple intérieur. Là où le cardinal parle de « grand chantier relationnel et spirituel », nous reconnaissons la métaphore du chantier initiatique, où chaque geste posé sur la pierre brute correspond à une conversion de regard, un renoncement à la violence gratuite, une victoire patiente sur les réflexes de domination.
François_Bustillo (Wikimedia Commons)
La distance devenue mode d’existence rappelle les figures de désagrégation que le rituel s’efforce de traverser. À l’inverse, la fraternité, la miséricorde, la seconde chance s’accordent avec cette pédagogie lente qui invite chaque frère à quitter la logique de la vengeance pour entrer dans celle de la réconciliation.
La démarche de François Bustillo rejoint profondément la sensibilité des obédiences de tradition, par sa manière d’articuler héritage spirituel, intériorité et humanisme. L’auteur ne se contente pas de réclamer un simple retour à l’ordre moral, il dessine un véritable chemin de maturation intérieure. Réparer les liens suppose de se laisser réparer soi-même.
Cela implique de reconnaître notre propre part de dureté, nos crispations identitaires, nos jugements hâtifs. Le regard n’est pas braqué sur les fautes des autres, mais sur la manière dont chacun peut devenir artisan de paix. C’est là que la proximité avec le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est la plus sensible. Les degrés invitent à passer de la lettre qui condamne à l’esprit qui vivifie, de la loi de la revanche à la justice tempérée par la clémence. Le livre de François Bustillo appelle, lui aussi, à ce passage intérieur, à ce tissage patient d’une fraternité qui ne nie pas les conflits mais refuse de s’y résigner.
L’auteur insiste souvent sur la responsabilité de la parole. Dire un mot de trop, humilier publiquement, enfermer quelqu’un dans une étiquette, ce n’est pas un détail, c’est une atteinte au lien. Inversement, risquer une parole de paix, offrir un pardon, reconnaître sa propre faute, ce sont des actes qui ont une portée symbolique immense. Pour un lecteur initié, cette attention au verbe fait écho au travail sur la Parole dans les rituels maçonniques, où chaque mot prononcé en Loge engage celui qui le porte. Réparer, c’est aussi purifier le langage, lui retirer sa charge de cynisme et de dérision pour qu’il redevienne instrument de vérité et de consolation.
François Bustillo n’idéalise pas la communauté humaine. Il sait la lenteur des conversions, la force d’inertie des structures de péché, la tentation permanente de la lassitude. Pourtant, son texte demeure habité par une confiance inébranlable. La vie relationnelle est décrite comme un chantier toujours en mouvement, un labeur incessant qu’il faut consentir jour après jour. Il ne promet pas un avenir radieux mais il affirme qu’une société plus pacifique reste possible si chacun accepte de travailler à son propre cœur. Là encore, la tonalité rejoint ce qu’une démarche maçonnique authentique propose : pas de solution magique, seulement la persévérance humble d’un travail jamais achevé, au service de l’humain.
Ce livre s’inscrit dans un parcours déjà nourri. François-Xavier Bustillo, né en 1968 à Pampelune dans une famille profondément croyante, entre très jeune au petit séminaire franciscain de la vallée de Baztan avant de poursuivre sa formation à Padoue puis en France. Religieux franciscain conventuel, il a été supérieur provincial des frères de France et de Belgique, puis gardien du couvent de Lourdes, très engagé auprès des personnes vulnérables et dans le gouvernement diocésain. Évêque d’Ajaccio depuis 2021, créé cardinal en 2023, il a patiemment construit une œuvre où l’expérience pastorale dialogue avec une exigence spirituelle exigeante. En 2013, il publie en Italie La fraternità pasquale. Raccontare la vita comunitaria, méditation sur la vie fraternelle vécue comme prolongement de la Pâque. Avec La vocation du prêtre face aux crises. La fidélité créatrice paru en 2021 chez Nouvelle Cité, il interroge le ministère ordonné à l’heure des scandales et de la sécularisation. L’année suivante, dans Passons sur l’autre rive. Vers une vie religieuse renouvelée, il appelle les communautés consacrées à quitter les sécurités institutionnelles pour retrouver l’audace de l’Évangile. Le cœur ne se divise pas, publié chez Fayard en 2023, approfondit cette quête d’unification intérieure que suppose toute charge de gouvernement. Réparation, en 2025, prolonge ces étapes successives en les orientant vers le grand chantier des relations humaines, comme si l’auteur rassemblait désormais son expérience de frère, de pasteur et de cardinal dans une seule invitation adressée à la conscience contemporaine.
Le livre paraît dans la collection « Choses vues » chez Fayard, confiée à Nicolas Diat, qui rassemble des voix où l’expérience spirituelle se laisse éprouver par la réalité la plus concrète de l’existence. Cette série accueille des textes très divers, mais traversés par la même exigence de lucidité et de vérité. On y trouve notamment le Catéchisme de la vie spirituelle du cardinal Robert Sarah et un ample questionnement sur l’existence de Dieu, mais aussi des récits plongés au cœur de communautés monastiques ou des méditations sur les blessures de notre temps, de la reconstruction de Notre-Dame aux diagnostics inquiets du « déclinocène ». Nicolas Diat, écrivain et éditeur, poursuit là une œuvre déjà largement reconnue. Compagnon de route du cardinal Sarah avec Dieu ou rien, La Force du silence et Le soir approche et déjà le jour baisse, auteur d’Un temps pour mourir, du Grand Bonheur ou de Ce qui manque à un clochard, il explore depuis des années cette zone où la foi se confronte à la maladie, à la solitude, aux grandes décisions ecclésiales comme aux fractures sociales. Sa collaboration avec le cardinal François Bustillo et Mgr Edgar Peña Parra dans Le cœur ne se divise pas trouve dans Réparation un écho discret, comme si l’éditeur prolongeait, de livre en livre, une même attention à la fragilité de l’humain.
Blason deu Cardinal François-Xavier Bustillo – En lui était la Vie (Jn 1,4)
Dans ce paysage, Réparation occupe une place singulière. L’ouvrage propose à la fois un miroir lucide de nos crispations contemporaines et un appel intérieur adressé à chacun. Nous y reconnaissons la marque d’une spiritualité franciscaine qui invite à choisir la minorité plutôt que la domination, la douceur plutôt que la brutalité, la fraternité plutôt que le repli identitaire. Pour qui travaille en Loge, ce texte résonne comme une méditation sur le chantier discret où se façonne, degré après degré, un art de vivre ensemble à hauteur de cœur humain. François Bustillo ne se contente pas d’exhorter, il convie à un véritable travail de réparation qui commence au plus intime de nos relations et rejoint, par là même, la quête initiatique d’une humanité réconciliée.
Dans l’univers de la Franc-maçonnerie, le mot « frère » est omniprésent. Entre eux, les initiés s’appellent « Frères » ou « Sœurs », utilisent des formules comme « Mon très cher Frère », « Bien-aimée Sœur », « accolade fraternelle » ou « avec toute ma fraterno-sororité ». En dehors des loges, et indépendamment des obédiences, les maçons se réunissent aussi dans des « fraternelles » professionnelles – avocats, parlementaires, policiers, enseignants, médecins… L’importance de ce registre lexical traduit la valeur centrale que représente la fraternité dans les loges :
elle est le troisième pilier de la devise républicaine – Liberté, Égalité, Fraternité – que la Franc-maçonnerie a portée bien avant la Révolution française.
Une origine qui ne vient pas du compagnonnage
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
Contrairement à une idée reçue tenace, le terme « frère » ne provient pas du compagnonnage médiéval français, mais des guildes de maçons opératifs anglo-saxonnes dès le XIe siècle. Les premiers manuscrits maçonniques connus, les Old Charges (fin XIVe – XVe siècle), parlent déjà des « fellows » et « brethren » (compagnons et frères). Les Constitutions d’Anderson de 1723, texte fondateur de la Franc-maçonnerie spéculative moderne, reprennent et systématisent cette terminologie : « Les maçons sont, en tant que frères, sur le même niveau » « Les frères doivent agir comme il convient à des hommes moraux et sages ».
C’est cette tradition britannique qui, au XVIIIe siècle, passe sur le continent. Le premier livre d’architecture français connu, le registre Coustos-Villeroy de 1736, marque la transition : il distingue clairement le « Frère » du « profane » ou du « récipiendaire » et pose le principe fondamental :
« Vous cultiverez l’amour fraternel, qui est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre ancienne confrérie. »
La fraternité comme ciment de l’ordre initiatique
La Franc-maçonnerie ne se contente pas d’utiliser le mot « frère » comme une simple politesse : elle en fait un devoir moral et une pratique concrète. L’amour fraternel est défini comme le lien qui unit tous les initiés au-delà des différences sociales, politiques, religieuses ou nationales.
Il s’exprime par :
L’entraide matérielle et morale entre membres
La solidarité en cas de difficulté
Le soutien discret mais réel (ce que les profanes appellent parfois, à tort, le « piston maçonnique »)
L’engagement collectif pour le progrès humain
C’est au nom de cette fraternité vécue que les Francs-maçons ont été, à différentes époques, en première ligne pour l’abolition de l’esclavage (Victor Schœlcher, maçon), la laïcité scolaire (Ferdinand Buisson, Jules Ferry, tous deux initiés), les congés payés de 1936 (soutenus par de nombreux frères du Front populaire), ou encore les grandes lois sociales de la Libération.
Ne pas négliger l’aspect initiatique du Rituel
Est-il utile de rappeler que les enfants de la veuve sont Frères et Soeurs plus encore depuis que leur père à perdu la vie assassiné.
Quand le Grand Orient tenta de remplacer « fraternité » par « amitié »
16 rue Cadet – GODF
Il y a une quinzaine d’années, le Grand Orient de France, dans un souci de modernisation et pour éviter toute connotation trop « religieuse » ou trop liée à la devise républicaine, avait proposé de valoriser le mot « amitié » au détriment de « fraternité ». L’expérience fut de courte durée. Les loges refusèrent massivement : la fraternité n’est pas un simple sentiment d’amitié, elle est un engagement plus profond, presque ontologique, qui dépasse l’individu pour toucher à l’idée même d’humanité une et indivisible.
Frères et sœurs : l’évolution vers la mixité et la féminité
Depuis la fin du XXe siècle, le vocable s’est enrichi du terme « sœur ». Les obédiences féminines (Grande Loge Féminine de France, créée en 1945) et mixtes (Droit Humain, fondé en 1893 par Maria Deraismes et Georges Martin) ont pleinement intégré la « sororité ». Dans ces loges, on s’appelle « Ma Sœur », « Mon Frère », et l’on parle d’« accolade fraternelle et sororale ». La fraternité maçonnique n’est plus uniquement masculine : elle est devenue universelle, au sens le plus littéral du terme.
Une fraternité tournée vers l’humanité entière
La Franc-maçonnerie ne limite pas la fraternité aux seuls initiés. Les Constitutions d’Anderson le disent déjà :
les maçons doivent « pratiquer la morale, la charité et la bienfaisance envers tous les hommes ».
Cette fraternité élargie explique l’engagement historique des loges dans les grandes causes humanistes : droits de l’homme, instruction publique, paix entre les peuples, écologie, bioéthique…
Aujourd’hui encore, dans un monde marqué par les replis identitaires, la Franc-maçonnerie continue de porter ce message simple et révolutionnaire : tous les êtres humains sont frères et sœurs. Non pas parce qu’ils partagent la même origine biologique ou la même croyance, mais parce qu’ils participent d’une même humanité perfectible.
Le mot « frère » ou « sœur », prononcé en loge, n’est donc pas une formule creuse. Il est le rappel constant d’un idéal : construire, pierre après pierre, une humanité plus juste, plus libre, plus fraternelle.
Et c’est peut-être pour cela qu’il reste, après trois siècles, aussi vivant.
Mes Très Chers Frères, mes Bien-Aimées Sœurs, Après trente ans de tablier, on finit tous par ressembler à Bouddha. Pas la version « illumination sous l’arbre » hein, non non… la version « pneu Michelin autour du nombril ». Le ventre rond, serein, parfaitement sphérique, qui entre dans la loge cinq bonnes minutes après son propriétaire. On appelle ça la « bedaine initiatique ».
C’est le seul grade qu’on obtient vraiment à l’ancienneté : Apprenti = plat, Compagnon = petite bouée, Maître = ballon de baudruche, et à partir de 33e degré on peut jouer au basket avec.
Pendant la tenue, on est exemplaires.
On respire à peine (parce que si on respire trop fort on risque d’avaler une bouffée d’encens et de tousser pendant le serment, ce qui fait très mauvais genre). On pratique l’apnée spirituelle : « Je ne mange point, je ne bois point, je ne digère point, je suis pur esprit. » L’estomac crie famine, mais on le fait taire d’un « À moi les enfants de la Veuve ! » bien placé.
On médite sur la Voie du Milieu, l’équilibre cosmique, la tempérance, la juste mesure… Et puis la colonne d’harmonie annonce :
« Mes Frères, les agapes nous attendent ! »
Et là, c’est la ruée vers le buffet comme si on sortait de quarante jours de jeûne dans le désert. 22 h 30. L’heure où même les loups font régime. L’heure où tous les diététiciens profanes (ces pauvres hères qui n’ont pas la Lumière) hurlent en chœur :
« NE MANGEZ RIEN APRÈS 19 h, BANDE DE FOUS ! »
Mais nous, on attaque le saucisson comme si c’était la dernière andouillette avant la fin du monde. Foie gras en hiver, melon en décembre, huîtres en mois sans R, rosé bien frais en janvier… parce que bon, les saisons, c’est pour les profanes. Nous, on est au-dessus de ça. On est dans le symbolisme.
Le melon hors saison ? C’est une allégorie de l’abondance. Le camembert qui coule ? Représentation du delta lumineux. La troisième bouteille de pomerol ? Évidemment un hommage à la veuve Clicquot, qui était… euh… presque maçonne, on va dire.
Et on se goinfre. Sans modération. Parce que « fraternité » ça veut aussi dire
« si tu ne finis pas l’assiette de ton Frère, tu n’es pas solidaire ».
On rote la tolérance, on pète l’égalité, on éructe la liberté.
À 1 h du matin on rentre chez soi, la ceinture défaite, en se disant « Demain je jeûne… ou au moins je saute l’entrée la prochaine fois. »
Et puis le lundi matin, on poste sur les réseaux sociaux maçonniques : « La franc-maçonnerie, c’est la quête de l’équilibre parfait entre le corps et l’esprit. » Photo en noir et blanc, regard pénétrant, citation de Confucius (qui était sûrement maçon aussi, on n’a juste pas retrouvé sa planche).
Frères et Sœurs, soyons honnêtes cinq minutes :
On va changer le monde, c’est sûr. On va imposer la laïcité, les droits humains, la paix universelle et le revenu universel… Mais on le fera avec 112 de tour de taille et une haleine de fond de tonneau.
Parce que c’est ça aussi la Franc-maçonnerie : Penser très fort à sauver l’humanité… entre la poire et le fromage. À 23 h 17. À lundi prochain, Le Vené (qui a pris deux kilos rien qu’en écrivant ce billet du lundi)
Avec son numéro 11 de décembre 2025, LUMEN propose une radiographie nette de la vie de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) et de ses axes de transmission. Le dossier consacré à l’antimaçonnisme rappelle surtout une évidence moderne : le vieux soupçon a changé d’outils, pas de logique.
Une lettre d’information qui conjugue mémoire, vie des Provinces et vigilance contemporaine
La Grande Loge Nationale Française publie avec ce numéro 11 de LUMEN une lettre d’information d’une densité notable, où se croisent l’actualité institutionnelle, la vitalité provinciale, la transmission rituélique et une réflexion lucide sur les vents contraires qui, périodiquement, cherchent à obscurcir l’Art Royal. Fidèle à l’esprit d’une publication interne ouverte sur le monde, ce numéro fait dialoguer l’immédiat et le long terme, la gestion et l’initiation, la culture et la protection de l’image de l’Ordre.
Grand Temple de la GLNF à Paris
L’éditorial du Grand Maître, le TRF Yves Pennes, place d’emblée la barre sur un moment fédérateur. La Tenue annuelle de Grande Loge, tenue à Paris le 6 décembre, y est décrite comme bien davantage qu’une séquence administrative, même si elle demeure le temps nécessaire des bilans et des votes. Elle est surtout présentée comme une expérience vécue de fraternité, un rassemblement où l’unité d’une Obédience et la diversité de ses pratiques rituelles se rendent visibles, dans une atmosphère où l’on se reconnaît, où l’on se retrouve et où l’on se relie. La présence de délégations étrangères y apparaît comme un signe de rayonnement et d’universalité de la franc-maçonnerie régulière.
Dans la rubrique consacrée à la vie de l’Obédience, le numéro met en avant une actualité à la fois patrimoniale et dynamique. L’inauguration de la nouvelle Bibliothèque de la GLNF transforme un espace du siège en un véritable sanctuaire du savoir. 2500 ouvrages y sont désormais exposés, accompagnés d’objets maçonniques rares qui rejoindront en 2026 le futur musée en préparation. Le lecteur y croise des jalons d’histoire et de culture remarquables, tels que les Constitutions de 1723, une édition ancienne de la Divine Comédie, la collection de Villard de Honnecourt, ou encore une rarissime reliure maçonnique triangulaire de Gruel. Cette mise en valeur du patrimoine dit quelque chose d’essentiel. Une tradition vivante ne se contente pas d’honorer ses archives, elle les transmet comme une lumière utile au présent.
UGLE
Ce même mouvement de transmission se retrouve dans l’annonce d’une grande première. La GLNF s’est dotée d’une Loge d’Instruction et de Démonstration Émulation (LIDE), inaugurée le 24 octobre 2025, dans une filiation qui fait écho à l’Emulation Lodge of Improvement (ELOI) de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA). Une première démonstration de cérémonie d’initiation a réuni plus de 80 Frères au Temple de Pisan, et d’autres rendez-vous sont prévus en 2026. Le signal est clair. La régularité ne se proclame pas uniquement, elle se travaille, se montre et s’enseigne.
Les pages provinciales dessinent ensuite une cartographie vivante d’initiatives. La Province Paris-Plaine Monceau expérimente une communication plus lisible et plus pédagogique, associant un canal WhatsApp à une série vidéo quotidienne, La Minute, conçue pour rappeler avec simplicité ce que l’on fait en Loge et ce vers quoi conduit la voie initiatique. La Province d’Aquitaine valorise l’installation de ses nouveaux Vénérables Maîtres, tandis que la Province d’Occitanie organise une cérémonie du souvenir à Toulouse, en présence de représentants d’autres obédiences et d’autorités civiles, dans une émotion où l’étoile flamboyante devient la métaphore d’une fidélité qui continue de guider les pas.
Côté Tenues provinciales, plusieurs temps forts témoignent d’une fraternité active et d’un goût certain pour la mise en forme symbolique. L’évocation d’une Tenue commémorative marquée par la construction d’une pyramide symbolique lisible comme un triptyque mémoire-engagement-avenir illustre ce souci de donner chair au langage du rite. D’autres rassemblements importants, réunissant plusieurs centaines de Frères et de délégations, confirment une sociabilité initiatique qui s’exprime autant dans la rigueur des travaux que dans la beauté d’un esprit de Province.
RSE – Tartan_ Royal Stuart
La rubrique Nos Rites poursuit son exploration du paysage rituélique interne avec un éclairage sur le Rite Standard d’Écosse. Présenté avec son précepteur national, il est décrit comme un rite chaleureux, ancien et exigeant, attaché à la transmission orale, à une forte place accordée aux chants et à la musique, et à une atmosphère d’accueil où le visiteur est littéralement célébré. Le texte rappelle aussi la profondeur historique de ce Scottish Working et ses particularités symboliques et vestimentaires, comme le tablier porté sous la veste ouverte et l’ornementation de tartan, signes d’une mémoire opérative transposée dans la maçonnerie spéculative.
Maillet d’or de l’Oeuvre d’Assistance Fraternelle
On notera enfin la présence de rubriques culturelles et d’ouverture. Des conférences ouvertes au public mettent en valeur une franc-maçonnerie qui assume son articulation entre spiritualité et initiation, notamment autour d’un thème significatif, La spiritualité maçonnique, source de bien. Les salons du livre de Bordeaux et Strasbourg rappellent, eux, que la transmission passe aussi par la cité, dans le dialogue avec le public et avec les autres sensibilités maçonniques.
Quelques données viennent enfin apporter un éclairage de contexte.
Au 1er septembre 2025, la GLNF comptait 32 676 Frères.
La lettre mentionne aussi des repères d’ancienneté et de tranches d’âge, signes d’une Obédience attentive à sa démographie interne et à l’équilibre des générations.
Focus
L’antimaçonnisme 2.0 ou la vieille ombre à la vitesse des plateformes
Le cœur analytique du numéro se déploie dans un dossier au titre explicite, L’Antimaçonnisme 2.0, fantasmes anciens, réseaux modernes, sous-titré par une formule qui résume l’enjeu contemporain, Le complot maçonnique à l’ère des réseaux sociaux.
Le dossier part d’un constat historique simple et puissant. L’antimaçonnisme, depuis le XIXe siècle, se nourrit d’un récit très stable, nourri par des mythologies déjà connues, de Léo Taxil aux représentations de propagande comme Forces occultes sous Vichy. Le décor change, la trame demeure. Société secrète, desseins occultes, infiltration de tous les centres de décision. Une rhétorique de soupçon fabriquée pour produire du vertige.
La rupture ne se situe donc pas tant dans la nature des accusations que dans leur mode de circulation. Les réseaux sociaux ont constitué un accélérateur inédit. Des messageries comme WhatsApp ou Telegram remplacent le bouche-à-oreille, YouTube se substitue aux anciennes salles de projection militantes, TikTok fabrique des chambres d’écho bien plus rapides que les pamphlets d’autrefois. Le dossier insiste sur la dimension mondiale de cette diffusion et sur la difficulté désormais à circonscrire un discours qui se régénère en permanence.
Il dresse une cartographie des figures actuelles de cette dénonciation numérique, en soulignant la variété de leurs origines idéologiques et la manière dont certains anciens francs-maçons deviennent des cautionnements médiatiques de récits construits sans preuves. Le texte évoque aussi la convergence de l’antimaçonnisme avec d’autres grands récits complotistes contemporains, où se mêlent peurs technologiques, fantasmes d’ingénierie sociale et réécritures pseudo-religieuses de l’histoire du monde. L’usage de vidéos dopées à l’IA et de procédés proches du deepfake est présenté comme un facteur d’attractivité supplémentaire, renforçant l’illusion documentaire.
L’intérêt du dossier est de ne pas se contenter de décrire. Il suggère une ligne d’attitude. Répondre frontalement à tous les récits revient souvent à alimenter un puits sans fond. Il est plus juste de cultiver une image vertueuse, de rendre visibles les œuvres réelles, les valeurs vécues, la dimension spirituelle et initiatique du travail maçonnique. Dans cet esprit, la présence de la GLNF sur TikTok, qui relaie des témoignages de Frères et compte près de 18 000 abonnés, est présentée comme un signe encourageant d’un contre-récit plus juste et plus transparent.
Au fond, ce dossier fait écho à tout le reste du numéro. La meilleure réponse à la caricature demeure souvent la patience de la preuve, la pédagogie de la tradition, la discrète solidité du travail accompli. Une bibliothèque rénovée, des loges d’instruction actives, des Provinces qui expliquent mieux ce qu’elles vivent, des conférences ouvertes qui reprennent la parole dans la cité. Autant de manières de rappeler que la franc-maçonnerie n’a pas besoin d’un mythe pour exister. Elle a besoin de lumière, de méthode et de Frères en marche.
LUMEN n°11 montre une Obédience qui travaille sur deux fronts complémentaires. D’un côté, consolider la transmission, les rites, la culture et la vie des Provinces. De l’autre, regarder sans naïveté la mécanique contemporaine du soupçon et la vitesse des plateformes. L’antimaçonnisme 2.0 ne se combat pas par l’indignation. Il se neutralise par la constance, la clarté et la qualité du travail maçonnique rendu visible quand il le faut.
Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e
Cette remarquable exposition portée par l’association Marianne de France et accueillie à la Maison de Ma Région à Nîmes, s’inscrit pleinement dans le cycle de commémoration des 120 ans de la loi de 1905, en faisant dialoguer art, histoire et pédagogie républicaine. Elle offre un terrain privilégié de réflexion pour un lectorat maçonnique sur la façon dont le visage de Marianne continue de condenser, de questionner et de mettre à l’épreuve l’idéal laïque français.
Un écrin républicain pour une icône
Installée du 8 au 31 décembre 2025 dans les Maisons de Ma Région à Nîmes et Alès, l’exposition s’affirme comme un événement culturel gratuit, ouvert à tous, inscrit dans la politique mémorielle de la Région Occitanie autour du 120e anniversaire de la séparation des Églises et de l’État. Le choix de la Maison de Ma Région, au cœur de l’espace public, souligne que la laïcité n’est pas un thème de musée, mais un enjeu vivant de citoyenneté quotidienne.
Au-delà de la simple commémoration, le partenariat avec l’association Marianne de France inscrit l’exposition dans un réseau d’initiatives qui, à Millau comme ailleurs, utilisent la figure de Marianne pour interroger le lien entre République, laïcité et pédagogie civique, notamment via des « parcours citoyens » destinés aux scolaires. Le soutien explicite de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée rappelle combien la laïcité est aujourd’hui pensée comme un axe structurant des politiques publiques territoriales.
Marianne, un visage pluriel de la République
Le cœur de l’exposition repose sur une sélection de bustes de Marianne issus de mairies du Gard et d’une collection particulière, couvrant les XIXe et XXe siècles. Cette diversité de visages – classiques, réalistes, stylisés, voire inspirés de figures médiatiques – offre une traversée sensible de l’histoire politique et culturelle de la République, comme l’ont montré d’autres manifestations consacrées aux « visages de la République » dans les musées ou sur les timbres.
La Marianne « maçonnique »
Chaque buste raconte une époque, une tonalité, un rapport au peuple et à l’État : tantôt la Marianne guerrière et cuirassée, tantôt la Marianne apaisée, maternelle, ou résolument moderne. À travers ces variations, c’est le destin même de l’allégorie républicaine qui se donne à voir : capable d’incarner la souveraineté populaire, les combats laïques, mais aussi les fractures et recompositions successives du corps social français.
La laïcité en filigrane des bustes
En sous‑titre de l’exposition, la mention « miroir de la République laïque française » rappelle que Marianne n’est pas en soi un symbole de la laïcité, mais bien de la République qui en est le cadre politique. Les organisateurs choisissent de faire de son visage un miroir dans lequel se reflètent les avancées et les tensions de la laïcité à la française, comme le montrent de multiples initiatives locales qui associent bustes, conférences et journées de la laïcité.
Ce « miroir » renvoie aussi à l’idée de vigilance : la laïcité n’est ni acquise ni figée, elle se lit dans le regard que la République porte sur elle‑même, et dans la manière dont ses symboles sont appropriés, détournés ou contestés. En invitant le visiteur à confronter ces images au texte de la loi de 1905 et à son actualité, l’exposition propose une forme de pédagogie par l’allégorie, accessible et exigeante à la fois.
Objets du quotidien et imaginaire citoyen
En complément des bustes, l’exposition présente des objets du quotidien et des documents graphiques illustrant l’attachement des Français à leurs symboles républicains depuis la Révolution. Affiches, reproductions d’iconographie civique ou objets usuels marqués de l’effigie de Marianne montrent comment la République ne se limite pas aux institutions, mais infuse les gestes ordinaires et les paysages urbains.
Cette mise en scène des « petites patries républicaines » – mairies, écoles, bureaux de poste, places publiques – permet de saisir comment se construit un imaginaire partagé, parfois plus efficace que de longs discours. Pour un public maçonnique, cette dimension de symbolisme diffus et d’intériorisation progressive des valeurs résonne avec la fonction pédagogique des rites et des emblèmes au sein des loges.
La parole laïque : conférence et débats
France. Paris le 2017/09/19 Philippe Foussier Grand Maitre du Grand Orient de France GODF. Philippe Foussier posant avec la Marianne Maconnique
L’exposition est prolongée par une conférence sur « l’évolution de la République française laïque », programmée le 11 décembre 2025, avec l’intervention de Philippe Pecout, président de l’association Marianne de France, et de Philippe Foussier, journaliste, ancien Grand Maître du Grand Orient de France et vice‑président d’Unité Laïque. La présence de ce dernier inscrit explicitement l’événement dans le sillage d’un engagement maçonnique historique en faveur de la laïcité, depuis les combats pour l’école publique jusqu’aux débats contemporains.
À travers ce dialogue entre un acteur associatif et un militant laïque issu de la tradition maçonnique, la conférence propose de replacer les bustes de Marianne dans une généalogie intellectuelle et militante. Elle offre aussi au public l’occasion de mesurer l’actualité de la loi de 1905, au croisement des enjeux de liberté de conscience, d’égalité des droits et de neutralité de l’État, thèmes familiers aux lecteurs de 450.fm.
Pour la franc‑maçonnerie, Marianne se situe dans le même horizon de construction d’un citoyen libre, éclairé et responsable. En tant qu’allégorie de la souveraineté populaire, elle traduit dans l’espace profane ce que le temple maçonnique cherche à élaborer dans l’espace initiatique : un être humain affranchi des tutelles dogmatiques, capable de penser et de choisir par lui‑même.
Les loges, en particulier celles engagées dans la défense de la laïcité scolaire et institutionnelle, trouvent dans ce type d’exposition un outil précieux de médiation culturelle et civique, à proposer aux profanes comme aux néophytes. En articulant symboles républicains et réflexion critique, l’événement de Nîmes prolonge une longue tradition de coopération entre milieux laïques, élus, associations et acteurs maçonniques.
Une pédagogie laïque pour aujourd’hui
L’un des enjeux majeurs de cette exposition est de montrer que la laïcité n’est pas un « patrimoine poussiéreux » mais un cadre vivant permettant de concilier pluralisme des convictions et unité politique. En réinvestissant la figure de Marianne à l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, l’association Marianne de France et la Région Occitanie répondent à la nécessité d’une pédagogie renouvelée, en particulier auprès de la jeunesse.
Marianne noire -Toulouse
l’exposition « Marianne, miroir de la République laïque française » apparaît ainsi comme une invitation à faire vivre la laïcité non seulement dans les discours, mais dans les lieux, les œuvres et les regards qui composent notre cité commune.
Cette démarche rejoint d’autres programmes, nationaux ou locaux, qui cherchent à soutenir les défenseurs des droits humains et à promouvoir les valeurs démocratiques, dans la continuité de l’engagement de la France pour les libertés fondamentales.
Depuis trois siècles, la Franc-Maçonnerie avance avec son cortège de fantasmes : complots planétaires, sociétés secrètes tentaculaires, Illuminati tapis dans l’ombre… Avec ce volume consacré à La Franc-Maçonnerie dans la collection « Vérités & légendes », Pierre-Yves Beaurepaire choisit de ne pas s’indigner ni de se moquer. Il fait ce qu’il sait faire mieux que personne : ouvrir les archives, replacer les choses dans leur contexte, et répondre point par point à une série de questions simples, mais redoutables, qui structurent tout l’ouvrage.
La table des matières donne le ton. « Adam est-il le premier franc-maçon ? », « La Franc-Maçonnerie est-elle d’abord née en Écosse ? », « Les Templiers sont-ils devenus francs-maçons ? », « La Franc-Maçonnerie a-t-elle subi ou enfanté la Révolution ? », « Vichy a-t-il fait la guerre aux francs-maçons ? », « Les francs-maçons sont-ils excommuniés par l’Église catholique ? »… Au total, vingt-deux (tout un symbole) questions, formulées dans la langue même des rumeurs, organisent un parcours qui va des mythes des origines jusqu’aux mémoires douloureuses du XXᵉ siècle. Le lecteur comprend d’emblée que le livre ne se contente pas d’expliquer l’Art Royal. Il raconte aussi la manière dont elle a été regardée, fantasmée, combattue.
Les Illuminati
L’introduction pose le cadre : la maçonnerie moderne naît avec la Grande Loge de Londres de Westminster et les Constitutions dites d’Anderson, mais son succès ne va pas de soi. Dès le XVIIIᵉ siècle, elle intrigue, irrite, fascine. Pierre-Yves Beaurepaire rappelle comment, très tôt, brochures, libelles et divulgations se multiplient. Des auteurs comme Samuel Pritchard font découvrir au public les mots de passe, les gestes, les rituels. Les premiers textes antimaçonniques apparaissent presque en même temps que les premiers catéchismes maçonniques. L’historien montre ainsi que le face-à-face entre loges et accusateurs fait partie de l’ADN de l’institution : l’histoire de la Maçonnerie est inséparable de l’histoire de ceux qui cherchent à la dénigrer ou à la percer à jour.
Chaque chapitre suit la même démarche : partir de la légende, revenir aux sources, puis reconstituer patiemment le cheminement des idées. Quand il examine le lien supposé avec les Templiers, Pierre-Yves Beaurepaire ne se contente pas de dire que rien ne permet d’affirmer une filiation directe. Il montre comment, à partir du XVIIIᵉ siècle, des auteurs maçons ou proches de la maçonnerie ont eux-mêmes nourri ces récits chevaleresques, dans un contexte où l’on cherche des ancêtres prestigieux aux sociétés de pensée. De même, lorsqu’il aborde la question des Illuminati ou des prétendues « loges politiques secrètes », il replace l’ordre bavarois d’Adam Weishaupt dans son contexte précis, puis suit la longue postérité complotiste de ce nom devenu étiquette magique.
Déclaration des droits de l’Homme
L’un des mérites majeurs du livre tient à cette attention constante aux circulations : circulations des hommes, des rituels, des textes, des peurs. Spécialiste des réseaux au siècle des Lumières, Pierre-Yves Beaurepaire sait combien les loges ont été des lieux de passage, où se croisent nobles, bourgeois, savants, marchands, voyageurs, parfois étrangers. Il rappelle que la Franc-Maçonnerie n’est ni un bloc homogène ni un « État dans l’État » : les pratiques varient selon les pays, les obédiences, les périodes. Quand il traite de l’ouverture des loges aux juifs, des relations avec l’islam, ou de la place des femmes, il insiste sur ces nuances, refusant les généralités faciles. Loin d’un discours apologétique, l’ouvrage n’hésite pas à mettre en lumière les lenteurs, les contradictions, les angles morts de l’institution maçonnique.
Révolution française
Les chapitres consacrés à la Révolution française, à l’Empire et à l’Occupation témoignent de la même rigueur. La question « Napoléon Ier a-t-il créé un empire maçonnique ? » permet de distinguer ce qui relève de la propagande, des fantasmes du XIXᵉ siècle, et la réalité de loges effectivement mobilisées dans le cadre d’un projet politique. De même, en étudiant la politique de Vichy et les mesures d’exclusion visant les Francs-Maçons, l’auteur montre comment une obsession antimaçonnique ancienne trouve, dans le contexte de la défaite et de la collaboration, l’occasion de se traduire en persécutions administratives, sociales, parfois judiciaires. Le livre restitue la violence de ces moments sans céder à la tentation du grand récit victimiste.
Chap. 5, Le temple maçonnique s’est-il ouvert aux Juifs ?
Pour le lecteur maçon, l’intérêt de La franc-maçonnerie – Vérités et légendes ne se limite pas à la démystification. À travers l’examen des sources, c’est toute une réflexion sur le secret, la discrétion, la parole donnée qui affleure. Que signifie appartenir à une institution qui, dès ses débuts, est à la fois société de pensée, réseau de sociabilité et objet de soupçon ? Comment les loges ont-elles négocié, selon les époques, leur place entre espace religieux, politique et civil ? En répondant à des questions très concrètes – les Francs-Maçons ont-ils lutté contre l’esclavage, ont-ils été excommuniés, ont-ils espionné l’armée ? – l’ouvrage invite aussi chacun à réfléchir aux usages contemporains du mot « complot » et à la responsabilité de tout groupe qui travaille derrière des portes fermées.
L’écriture reste claire, pédagogique, sans jargon inutile. Pierre-Yves Beaurepaire sait résumer en quelques pages des dossiers complexes, sans sacrifier la précision. Le format de la collection – chapitres courts, centrés sur une interrogation – permet une lecture en continu ou au gré des questions, au choix du lecteur. Les références érudites ne sont jamais pesantes ; elles servent la démonstration, qu’il s’agisse d’un manuscrit d’archives, d’une encyclique, d’un tract antimaçonnique ou d’un témoignage maçonnique oublié. Ce souci constant de la source donne au livre une autorité tranquille, précieuse à l’heure où circulent, sur les réseaux sociaux, des affirmations spectaculaires mais rarement étayées.
On lira donc ce volume comme bien plus qu’un vade-mecum pour répondre aux idées reçues sur la Maçonnerie. C’est une invitation à exercer, sur un sujet brûlant d’imaginaires, les réflexes élémentaires de l’esprit critique : dater, vérifier, comparer, contextualiser. Le profane curieux y trouvera une synthèse fiable pour comprendre ce que fut et ce que reste la Franc-Maçonnerie dans l’histoire européenne. Le frère ou la sœur y gagnera un miroir parfois exigeant, qui rappelle que l’Ordre a toujours été pris dans des jeux de pouvoir, des intérêts, des illusions, mais aussi dans des élans de fraternité, de curiosité et d’universalisme qui continuent de nourrir les travaux en loge.
En choisissant de consacrer un volume de « Vérités & légendes » à la Franc-Maçonnerie, les éditions Perrin confient le sujet à l’un des meilleurs connaisseurs du terrain. Le résultat est à la hauteur : un livre accessible, rigoureux, qui ne cherche ni à accabler ni à sanctifier, mais à comprendre. Dans le tumulte des discours complotistes et des pamphlets antimaçonniques, c’est déjà beaucoup.
Pierre-Yves Beaurepaire (Source Wikipedia)
À propos de l’auteur Historien de renommée internationale, spécialiste du XVIIIᵉ siècle, Pierre-Yves Beaurepaire enseigne l’histoire moderne à l’Université Côte d’Azur. Membre de l’Institut universitaire de France, il a consacré de nombreux travaux aux réseaux de sociabilité, aux circulations en Europe et dans le monde au temps des Lumières, et à la Franc-Maçonnerie comme phénomène culturel global. On lui doit notamment L’Autre et le Frère – L’Étranger et la Franc-maçonnerie au XVIIIᵉ siècle, La République universelle des francs-maçons, ainsi que Les Illuminati – De la société secrète aux théories du complot, couronné par le Prix du Sénat du livre d’histoire 2023.
« S’engager, partager, se ressourcer » – Saint-Ouen, 3 décembre 2025
Mercredi 3 décembre 2025, l’hôtel de la préfecture de la Région Île-de-France, 2 rue Simone Veil à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), a accueilli le 2e Colloque des référents laïcité. Sous la houlette du philosophe Pierre-Henri Tavoillot, référent laïcité de la Région, la journée a rassemblé une centaine de référents issus de la fonction publique, de l’école, du monde associatif, du sport et de l’entreprise, autour d’un objectif clair : passer de la prise de conscience à l’outillage concret.
Logo Région IdF
Une ouverture placée sous le signe de l’alerte et de la mobilisation
En ouvrant les travaux, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, rappelle que la première édition, en 2024, avait posé « la pierre de la prise de conscience ». Cette année, explique-t-elle, il s’agit d’entrer dans « le temps de l’action, du réseau et des outils ». Elle décrit une pression identitaire croissante, des revendications religieuses plus sophistiquées, des accommodements et renoncements trop fréquents, tandis que plus de 80 % des Français disent percevoir la laïcité comme en danger.
Valérie Pécresse
Face à la montée des modèles communautaristes, la responsable francilienne réaffirme le choix d’un modèle républicain universaliste, qui n’oppose pas les appartenances mais protège la liberté de chacun. Elle revient sur les décisions prises par la Région : charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité conditionnant les subventions, formation des agents, vigilance dans le sport et les lycées, grande cause régionale 2025, et grande campagne de sensibilisation par le dessin de presse auprès des lycéens.
Carte Région IdF
Surtout, Valérie Pécresse présente deux outils structurants promis lors du premier colloque et désormais opérationnels : le LaïcoScope, baromètre et recueil de cas concrets de terrain, et une plateforme numérique de soutien aux référents, destinée à rompre leur isolement et à harmoniser les réponses. Aucun référent, insiste-t-elle, ne doit plus « être seul face à la vague ».
Samuel Paty
La journée se conclura, annonce-t-elle déjà, par un hommage à Samuel Paty avec la remise du premier Prix national de la laïcité de la Région à Émilie Frèche, Muriel Mayette-Holtz et Carole Bouquet pour leur pièce Le Professeur, consacrée aux derniers jours de l’enseignant assassiné.
Matinée : penser la laïcité, du texte au terrain
La première table ronde, « La nécessité d’un réseau des référents laïcité », réunit Astrid Panossyan-Bouvet, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron, députée de Paris de juin 2022 à octobre 2024 puis ministre du Travail et de l’Emploi dans le gouvernement Michel Barnier puis dans le gouvernement François Bayrou et députée (membre de la Commission des affaires étrangères), Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) – opérateur principal de la direction générale des étrangers en France (DGEF) qui conçoit et pilote les politiques d’immigration et d’intégration en France –, et Mejdi Jamel, directeur général éthique et conformité de la RATP et référent laïcité de l’entreprise. Les intervenants reviennent sur la longue histoire des « actes laïcs » – état civil, école, hôpital – qui ont progressivement soustrait la vie commune à l’emprise d’une religion unique. La laïcité apparaît moins comme une doctrine abstraite que comme une architecture patiente de libertés concrètes.
Mais tous constatent un retour offensif du religieux dans l’espace public et la montée d’un individualisme qui oppose systématiquement « mon choix personnel » à l’intérêt collectif. La difficulté actuelle, soulignent-ils, tient à cette tension : comment rappeler que les comportements individuels ont un impact sur le bien commun, sans basculer dans la stigmatisation ? La laïcité, insistent-ils, n’est ni hostilité aux croyances ni neutralisation des identités, mais protection d’un espace partagé où chacun peut exister à égalité.
La seconde table ronde, « Charte et règlement intérieur de son organisation », met au travail deux juristes de haut niveau, Richard Senghor, conseiller d’État et référent laïcité de la juridiction administrative, et Jean-Pierre Hunckler, président de la Fédération française de basket-ball. Ils analysent la prolifération de chartes, guides et règlements : s’ils témoignent d’un engagement réel, ils créent parfois un « bavardage normatif » qui brouille la hiérarchie des normes et peut conduire les juges à censurer des chartes mal rédigées ou excessives. D’où un message clair aux référents : revenir au droit positif, mutualiser les ressources plutôt que réinventer chacun son texte, et veiller à la cohérence entre principes affichés et pratiques effectives.
La fin de matinée est consacrée à des ateliers de mises en situation. Par groupes de quatre, les participants jouent des cas réels construits avec le Conseil des sages de la laïcité : agent portant un signe religieux en service, demandes de congés pour motifs cultuels, usager contestant une règle de neutralité, etc. L’enjeu n’est pas de trouver « la bonne réponse », mais d’oser se confronter à l’ambiguïté, de comparer les réflexes et de voir combien la laïcité s’apprend dans l’épaisseur des relations humaines plus que dans les seuls textes.
Simone Veil
Après-midi : la boîte à outils et le réseau
La reprise s’ouvre sur la table ronde « La boîte à outils du référent laïcité ». Emma Boissier, référente laïcité à la préfecture de région, présente le Conseil départemental de la laïcité mis en place à Paris : deux réunions par an, réunissant administrations, établissements scolaires, RATP, SNCF, missions locales, etc., pour partager diagnostics, bonnes pratiques et difficultés. De ces rencontres naissent des outils très concrets : affiche type de présentation du référent, mail standardisé expliquant sa mission, harmonisation de supports pour les journées de la laïcité.
À ses côtés, Benoît Drouot, du Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République, expose l’arsenal disponible pour l’Éducation nationale : vade-mecum laïcité, puis un second dédié à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, fiches pratiques, statistiques mensuelles des atteintes à la laïcité. Il rappelle que ces atteintes prennent des formes répétitives : port de signes ou tenues religieuses, contestation de cours, refus d’activités, pressions sur les commémorations de Samuel Paty ou Dominique Bernard. Mais, insiste-t-il, la plupart des situations se résolvent par le dialogue pédagogique, avant toute sanction.
Une intervention du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) détaille ensuite l’offre de formation pour les agents publics : apports juridiques, études de cas, MOOC, formats courts, actualisation régulière des connaissances. Il s’agit de renforcer la posture professionnelle des agents – impartialité, respect, sens du collectif – autant que leur maîtrise des textes. Les référents laïcité, souvent isolés, trouvent là un appui pour diffuser une véritable culture de la laïcité au sein de leurs services.
Moment attendu de la journée, la présentation de la plateforme numérique R-Laïcité concrétise la promesse faite un an plus tôt. Réservée aux référents dûment nommés, cette plateforme sécurisée permet de s’identifier entre pairs, d’échanger sur des cas (sans jamais nommer de personnes ni d’organisations), de partager documents, retours d’expérience et actualités. R-Laïcité se veut à la fois centre de ressources, forum et outil de veille, prolongeant à distance l’esprit de cordée évoqué le matin.
Le LaïcoScope, enfin, est présenté comme un baromètre évolutif : à partir de situations fréquentes – agent public, association subventionnée, entreprise délégataire – il indique, en un tableau, le cadre légal applicable et les réponses possibles. L’outil n’a de sens que nourri par le terrain : les référents sont invités à y verser leurs propres cas, à signaler les phénomènes émergents, en particulier dans le champ éducatif où un groupe de travail spécifique sera constitué.
TR-Grands-témoins
Grands témoins : une laïcité offensive, projet de société
La dernière table ronde, « Grands témoins – la nécessité des référents laïcité et d’un réseau sur le terrain », donne la parole, entre autres, à Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, à Juliette Méadel, ancienne secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Aide aux victimes sous mes gouvernements Manuel Valls et
Bernard Cazeneuve et ancienne ministre déléguée chargée de la Ville dans le gouvernement François Bayrou, et au journaliste, poète et écrivain franco-syrien Omar Youssef Souleimane. Tous trois replacent la laïcité dans une perspective de longue durée : elle n’est pas seulement un garde-fou juridique, mais l’ossature d’un projet de civilisation où la liberté de conscience, l’égalité des citoyens et la fraternité construisent une espérance politique.
Jean-Michel Blanquer insiste sur la nécessité de sortir d’une laïcité seulement défensive : sans récit positif ni horizon désirable, les extrémismes prospèrent. Il plaide pour une laïcité « offensive », capable de parler à la jeunesse, de montrer que derrière les débats parfois techniques se joue rien de moins que la possibilité de vivre libre ensemble. Il rappelle la création du Conseil des sages de la laïcité, des équipes « Valeurs de la République » et d’outils pédagogiques comme la « fresque de la République », qui donnent chair à ces principes dans la vie quotidienne des élèves.
Les interventions croisent ainsi les regards de la ville, de l’école et des médias : la laïcité apparaît comme un bien commun fragile, particulièrement exposé dans les quartiers populaires et dans l’espace numérique, mais aussi comme une ressource pour résister aux logiques de séparatisme et de haine.
Remise-du-Prix-Laïcité
Un esprit de cordée républicaine
En clôturant la journée, Valérie Pécresse revient sur le fil rouge du colloque : rompre la solitude des référents laïcité. Réseau francilien, LaïcoScope, plateforme R-Laïcité, formations, conseils départementaux, Conseil des sages : autant de pierres qui, ensemble, dessinent une véritable cordée républicaine, pour que chaque agent, chaque bénévole, chaque responsable associatif puisse trouver soutien, expertise et fraternité lorsqu’il se heurte à des tensions autour de la laïcité.
Ce colloque montre combien la laïcité n’est pas un dogme figé, mais une démarche vivante de discernement, faite de textes, certes, mais surtout de rencontres, de paroles partagées, d’expériences mises en commun. Une manière de rappeler, au-delà des appartenances religieuses ou philosophiques, que la République n’est pas seulement un cadre juridique : elle est aussi une école de liberté intérieure, où chacun est invité à faire de la neutralité de l’espace commun non une contrainte, mais une chance d’élévation pour toutes et tous.