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La notion de « centre », foyer de la connaissance

De la Bible « centralisatrice » à l’esprit humain sécuritaire

L’Homme a constamment besoin de se positionner dans l’espace et d’être ainsi un « centre ». Avec, autour ou non loin, précisément, un autre « centre » comme point de repère. Ainsi, hier, la pierre levée par lui (dont est parsemée le globe terrestre), les tours de guet au sommet des montagnes, les châteaux « haut perchés, les Temples sur les collines…et la Tour Eiffel aujourd’hui, tout ce que le soleil peut embraser de ses feux, ont été depuis des lustres et sont toujours autant de lieux d’attraction, d’arrivée, des « centres de rassemblement » que des bases de départ.

 La Bible, ce « centre » que l’on tient dans la main, n’est pas le Grand Livre de l’humanité, comme le dit encore trop souvent la littérature. Mais, à coup sûr, cet ouvrage – le plus vendu au monde – « concentre », au cours de multiples scènes et d’actions, au pays de Canaan, en Judée, nombre de particularités qui expriment cette notion de centre, caractéristique de la nature de l’homo Sapiens. Et tout ce qui constitue l’HUMAIN. Celui-ci devient alors un fantastique lieu de « mises en présence centrale » les plus variées, des rois vaniteux aux gens de peu, des prêtres en adoration aux prophètes dénonçant l’injustice, des sages les plus éclairés aux révoltés les plus décidés, des femmes dévouées à la cause familiale aux enfants porteurs de lumière et d’espérance……

Au final, autant de photographies émouvantes, des vérités et contradictions mêlées de la condition humaine ! Autant d’époques traversées qui nous montrent que d’évènements tragiques peuvent naître des périodes de bonheur, à sans cesse entretenir. Que de la peur, la colère et la tristesse peuvent surgir la joie d’être, de penser et de faire, pour bien vivre ensemble. En vérité, chaque membre de ce peuple en mouvement est en quête de cette « centralité » individuelle qui constitue son unité.

Alors, pour leur répondre, pour les satisfaire dans leur for intérieur, surgit au fil de ces textes, une figure « centrale », à la fois lointaine et étonnamment proche, vivante et présente : celle du Dieu d’Israël, qui a révélé son nom en apparaissant à Moïse, sur le Mont Sinaï. Ce nom de Yahvé…que le croyant ne doit pas prononcer.

Un centre originel et original : Le Royaume de Salomon

Depuis cette révélation, les innombrables rédacteurs de la Bible, des premiers littérateurs israélites, eux-mêmes formés à la tradition orale – et en désir d’équilibre mental – , jusqu’aux derniers auteurs et témoins de la primitive Eglise chrétienne, tous sont animés d’une même foi : ils ont la certitude que Dieu, le « seigneur » tel qu’ils le nomment, cet invisible créateur de l’Univers et de l’Homme, veut que ce peuple méditerranéen vive et se multiplie, se dépasse dans l’action héroïque et lui soit fidèle. De la sorte, avec cette croyance monolâtre – persuadés que le nombre peut se réduire à l’unité, au « 1 » – conviction qu’ils entretiennent, ces rapporteurs comme tout le peuple d’Israël officialisent le monothéisme, centre même par définition. Ils ne croient effectivement qu’en ce dieu unique, contrairement aux peuples voisins, souvent polythéistes.

Puisque Dieu est vivant, descendu du ciel, il est là, présent, parmi les hommes qui souffrent, qui luttent et qui pleurent, qui rient et qui sont heureux aussi. Puisque ce Dieu est adoré, sanctifié, puisque le peuple a fait « alliance » avec lui sur le mont Sinaï, alors il faut lui consacrer une terre, un espace central. Cette ferveur institue la notion « d’espace sacralisé », qui a fait évoquer le « royaume sacré de Salomon ». Quel est ce royaume ? Après leur temps nomade avec le patriarche Abraham, puis leur sortie d’Egypte avec Moïse, les israélites ont rejoint « la terre promise » de Canaan, autre centre en soi. Là, ils s’y organisent en royautés successives, avec les rois Saul, David puis Salomon.

 Sous le règne de ce dernier, le territoire comprendra Israël au nord, avec pour capitale Samarie et Juda au sud, avec Jérusalem. C’est tout ce royaume qui devient sacré, c’est à dire dédié à Dieu. On peut l’inscrire dans 10 cercles concentriques puisque sont sacralisés, de l’extérieur vers ce fameux « centre « : 1. le pays d’Israël tout entier, 2. ses cités fortifiées, 3.la ville de Jérusalem, 4. le mont Moriah sur lequel sont construits le Palais et le Temple, 5. l’enceinte de ce Temple, 6. le parvis des Femmes,7. le parvis des Israélites, 8. le parvis des Prêtres, 9. le Sanctuaire. Et enfin, au centre de l’ensemble : 10. le Saint des Saints, lieu de conservation de l’Arche d’Alliance, abritant les Tables de la Loi.

Une sphère infinie

Puits initiatique de Sintra, Portugal

 Cette notion de « centre géographique » et même « théographique » si je puis dire, est donc essentielle au temps du roi Salomon. Elle sera reprise par les bâtisseurs de cathédrales, qui n’ont pas posé celles-ci n’importe où, mais bien au milieu de la cité. Ce n’est bien sûr pas par hasard, si lesdites cathédrales ont le plus souvent deux tours, à l’image des deux colonnes du Temple de Salomon. Et ce n’est pas un hasard non plus, si les anciens tailleurs de pierre, maçons opératifs, ont choisi le Temple de Salomon, construit à Jérusalem en 967 avant Jésus-Christ, comme « symbolique centrale ». Et si, après eux, les maçons « spéculatifs » la perpétuent aujourd’hui, avec la présence de deux colonnes stylisées et « encadrantes » à l’entrée de leur loge, qui symbolisent celle du temple de Salomon !

Le mont Sinaï est en soi un « centre initiatique », le mont Moriah, un autre : deux centres de ralliement autant que des bases de départ, d’ailleurs. Les Constitutions d’Anderson, désignant la franc-maçonnerie comme « centre de l’union » ne disent pas autre chose : rassembler d’abord ce qui est épars, en un point central, et rayonner ensuite. Alors que le Temple de Salomon est la maison de Dieu, la loge maçonnique elle, est la maison des hommes. Au vrai, le point central d’un cercle, d’où ils prennent leur départ vers la cité.

 Ce centre est en soi une force, bien sûr par sa position axiale même, fédératrice parce qu’elle regroupe, et protectrice parce que, dans l’esprit humain, elle porte en elle la sécurité et l’espérance. En termes de construction monumentale, la combinaison du point central et de la surélévation, à l’image du mont Moriah, confirme le prestige et la durée, œuvre des bâtisseurs. N’oublions pas qu’au temps salomonien, la terre est pensée comme une plate-forme ronde dont le centre est le jardin d’Eden, près de Jérusalem et le ciel imaginé telle une calotte sphérique. Soit deux cercles superposés.

Dans la fantasmatique humaine moderne qui a toujours besoin de « reliance », la verticalité est restée en quelque sorte, l ‘échelle galactique permettant de passer du royaume terrestre au royaume céleste, demeure attribuée à la force suprême. De ce point de vue, la verticalité fonctionne avec la croyance. Dieu est toujours désigné par les hommes, instinctivement, non en fixant le sol, mais les yeux et les bras levés vers le ciel, vers la voûte céleste, cercle à la fois indéfini et infini.

« Dieu est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part » dit Blaise Pascal en son temps. Il reprend ainsi une notion qui était déjà au « centre des esprits », bien des siècles auparavant. 

Gros plan sur l’illuminé de la semaine : « Christophe Flipo »

Comme vous le savez, la rédaction offre régulièrement un coup de projecteur à un converti. Le candidat de la semaine avait déjà fait l’objet de notre choix il y a deux ans dans un article à redécouvrir concernant 7 repentis.

Notre champion n’a pas reçu l’illumination à Lourdes, car le créneau était déjà occupé par Serge Abad-Gallardo. Lui, il a choisi Rocamadour, suite aux conseils d’une très belle de ses collègues (enfin, selon ses propos). Ce qui nous a amusé, c’est la raison réelle de son défroquement de l’Art Royal. En réalité, on sent qu’il serait bien resté plus longtemps sur les Colonnes où il œuvrait depuis 20 ans. Mais voilà, sa femme en a décidé autrement. Il fallait choisir entre la belle Frédérique (toujours selon ses propos) et les frangins avec les soirées d’agapes. La voilà la vraie raison de son départ. Tout le monde comprendra que c’est du sérieux, car comment s’opposer à un tel argument ? Il nous reste maintenant à comprendre comment il a bien pu passer d’un acte d’obéissance, ou peut-être de soumission, à la rédaction d’ouvrages antimaçons ? Les Voies du GADLU sont parfois impénétrables.

La Chaine RCF, nous offre cette présentation :

Christophe Flipo a tenu en haleine près de 3 Millions de téléspectateurs en avril 2021 ! Avec sa fille Claire, il a remporté la 14e saison de Pékin Express, le célèbre jeu d’aventure de M6. Depuis cette victoire, il aime raconter comment sa foi l’a aidé dans cette expérience extraordinaire. Cette foi, enracinée dans le Christ, il l’a redécouverte il y a 10 ans, grâce à un couple d’amis convertis et à la rencontre de catholiques engagés. Il dut alors quitter la Franc-Maçonnerie, qu’il avait côtoyée pendant 21 ans, pour vivre en cohérence avec ses nouvelles convictions. Aujourd’hui, il témoigne avec force que seul Dieu propose un vrai chemin de bonheur. Dans cette émission, Christophe Flipo raconte Pékin Express avec son regard chrétien, mais il nous explique aussi son cheminement spirituel et les raisons qui l’ont conduit à quitter la Franc-Maçonnerie. Christophe Flipo a écrit 2 livres :- La meilleure part (Cerf) – 2015 – L’adieu aux frères (Cerf) – 2016.

La bonne nouvelle, c’est que grâce à cette émission TV du Paris/Pekin, il s’est désormais lancé dans l’écriture d’un livre sur sa victoire TV (Nous avons gagné Pékin Express). Dans le fond, c’est à se demander si sa seule motivation ne serait pas de profiter des projecteurs ?

Révélations d’un initié : « Témoignage d’un maçon rectifié » de Roland Tevels

Pourquoi Roland Tevels1 nous livre-t-il son témoignage maçonnique ?

Juste après la préface de l’historien de la franc-maçonnerie Bernard Dat2, spécialiste des rituels et auteur de nombreux livres et articles sur l’art royal, Roland Tevels pose d’ailleurs la question dans son préambule. Livrer son témoignage ne serait-il pas une sorte de testament maçonnique – même si cette terminologie n’existe pas au Rite/Régime Écossais Rectifié (RER) ? Au soir de sa vie, témoigner est un acte profondément symbolique et significatif, surtout dans le contexte de la franc-maçonnerie, une tradition riche en rituels, en symboles et en enseignements ésotériques. Cet acte de transmission se comprend non seulement comme la passation d’informations ou de connaissances, de savoirs, d’enseignements ésotériques, mais aussi et surtout comme le partage d’une sagesse acquise, d’une vision du monde et d’un engagement philosophique et spirituel acquis au fil du temps !

L’auteur nous entretient sur l’ordre maçonnique, une notion qui structure la pensée et l’éthique, de la liberté ou du libre-arbitre de l’homme, une question complexe qui a été débattue par les philosophes pendant des siècles, mais signifiant que les êtres humains sont capables de faire des choix librement et qu’ils ne sont pas contraints par des forces externes. Mais aussi de la bienfaisance ou charité, est l’un des principes fondamentaux de l’art royal remontant aux premiers temps de l’ordre.

Roland Tevels considère que de la sagesse est la vertu des vertus car englobant et éclairant toutes les autres vertus. Sagesse se définit comme la capacité de discerner le bien du mal et de faire les bons choix dans la vie, impliquant également une compréhension profonde de la nature humaine et du monde qui nous entoure. Elle reste un trésor précieux qui peut guider l’initié tout au long de sa vie. Notre but n’est-il pas de devenir de meilleures personnes et de contribuer à un monde meilleur ?

Melquisedech par Jaume Huguet  (c. 1445–1492), peintre catalan.

Roland Tevels accorde aussi au personnage énigmatique qu’est le roi, prêtre et messie Melchisédech – apparaissant brièvement dans le livre de la Genèse (14:18-20) –, présenté comme « roi de Salem » et « prêtre du Dieu Très-Haut » une juste place. Jésus est également roi et prêtre, selon l’ordre de Melchisédech…

L’auteur revient que la notion des trois plans est une conception philosophique et spirituelle qui propose une vision de la réalité en trois niveaux distincts et interdépendants.

Le plan humain, celui du monde matériel que nous connaissons et percevons avec nos sens. Il est composé de tout ce qui est tangible et visible, y compris notre corps physique, la nature et les objets qui nous entourent. C’est le plan de l’action, de l’expérience et de la manifestation concrète.

Le plan manifesté, celui du le domaine de l’invisible qui se superpose au monde matériel. Il est composé d’énergies, de forces et d’entités qui ne sont pas directement perceptibles par nos sens. C’est le plan des émotions, des rêves, des intuitions et des forces subtiles qui influencent notre réalité.

Enfin, celui du divin, du domaine de l’incréé, de l’absolu et de la source de toute existence. Il est souvent associé à Dieu, à la conscience universelle ou à une force supérieure qui transcende la compréhension humaine. C’est le plan du non-manifesté et de l’éternel.

Trois plans qui ne sont pas isolés mais interconnectés et en constante interaction. Le plan humain est influencé par les forces et les énergies du plan manifesté, et le plan divin est la source et la fin ultime de toute réalité.

Cet ouvrage, fort bien structuré en trois parties – « Les fondamentaux » ; « Sur le plan de la vie terrestre » ; « Sur le plan de la vie spirituelle » – offre une plongée dans l’expérience personnelle de l’auteur avec le Rite Écossais Rectifié.

Pour nos sœurs et frères, mais aussi nos amis(es) profanes qui le méconnaissent, revenons sur quelques-unes de ses spécificités.

Le RER se distingue par son approche chrétienne de la spiritualité maçonnique et par son accent mis sur la quête de la perfection morale et spirituelle. Il est souvent décrit comme un « régime » plutôt qu’un simple rite en raison de sa structure organisationnelle spécifique et de son système de grades. Le Régime Écossais Rectifié a été formalisé en 1778 au Convent des Gaules à Lyon et en 1782, lors du Convent général de Wilhelmsbad, en Allemagne. Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), un maçon lyonnais érudit, est la figure centrale de cette réforme et de son développement.

Roland Tevels, président du tribunal de commerce de Saintes, en 2016. © Crédit photo : photo S. J. -Source https://www.sudouest.fr/.

Roland Tevels utilise une approche narrative pour dévoiler progressivement les aspects mystiques et philosophiques de ce rite, en mettant en lumière la manière dont il propose une interprétation du monde et de l’univers où l’individu trouve sa mission, sa place, et son avenir. L’auteur ambitionne de lever le voile sur certains mystères de la franc-maçonnerie, tout en soulignant le caractère éphémère de l’existence humaine sur Terre et la nécessité de l’expérience pour s’éveiller à une autre dimension de la vie.

Au-delà de cette exploration spirituelle, le livre est aussi un témoignage de l’engagement maçonnique de Roland Tevels, qui est présenté comme ayant un riche parcours professionnel et associatif. Diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion, ancien chef d’entreprise et président d’un important tribunal de commerce, ses actions ont été profondément influencées par ses convictions maçonniques. Actuellement, il occupe la fonction de Président de la Fédération Loge Nationale Française, une organisation qui suit la tradition initiée par René Guilly en 1968.

Ce livre semble être destiné à un public intéressé par la franc-maçonnerie, en particulier ceux curieux du Rite Écossais Rectifié, ainsi qu’à ceux qui recherchent une réflexion profonde sur la spiritualité, le sens de la vie, et la quête personnelle de compréhension. Nous soulignons que cet ouvrage pourrait être une source d’inspiration et une ouverture vers de nouvelles perspectives pour ses lecteurs.

Par ailleurs, la collection Quête et Spiritualités dirigée Joel Gregogna de Numérilivre – Édition des Bords de Seine, et qui compte déjà cinq parutions, s’inscrit dans une démarche de réflexion profonde sur la nature humaine, ses origines spirituelles, et ses aspirations. Les ouvrages de cette collection peuvent intéresser les lecteurs passionnés par les sciences humaines, la spiritualité, et les mystères de l’existence humaine, proposant des perspectives enrichissantes et diversifiées sur ces sujets.

1Ancien chef d’entreprise, Roland Tevels est diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion et a aussi été président d’un important tribunal de commerce. Il est aujourd’hui président de la Fédération Loge Nationale Française.

2Bernard Dat, diplômé d’Études approfondies en Droit public, vice-président de l’Académie des Belles Lettres de La Rochelle, a consacré sa vie professionnelle à l’enseignement.

Bernard Dat.

Avec toute la rigueur de la recherche historique qu’il mène depuis plus de trente ans sur la franc-maçonnerie en général et sur les rituels en particulier, il donne des conférences, publie de nombreux articles dans des revues spécialisées telles que Renaissance Traditionnelle ou La Chaîne d’Union. Il participe à des ouvrages collectifs et approfondit plus particulièrement les origines de la franc-maçonnerie, son histoire et ses valeurs. 

Par ailleurs, nous vous renvoyons utilement à notre article « 23/03/24 : Hommage à René Guilly, la journée d’étude de la Fédération LNF, à Lagord (17) près La Rochelle » du afin d’en savoir plus sur la Fédération Loge Nationale Française (FLNF).

Témoignage d’un maçon rectifié

Roland Tevels – Numérilivre – Éd. des Bords de Seine, Coll. Quête et Spiritualités, 2023, 228 pages, 22 €

24/03/24 : Hommage au Colonel Arnaud Beltrame à la Grande Loge de France

Le dimanche 24 mars à 10 heures dans le Grand Temple Pierre Brossolette de la Grande Loge de France à Paris.

Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France ©GLDF

Cette cérémonie aura lieu en présence du Grand Maître de la Grande Loge de France, Thierry Zaveroni et d’une délégation du Conseil Fédéral.

Prises de paroles de personnalités, de frères de la Grande Loge et d’amis du Colonel Arnaud Beltrame.

La Grande Loge de France, rue Puteaux Paris XVIIe.
La Grande Loge de France, 8 rue Louis Puteaux Paris XVIIe.

Le Colonel Arnaud Beltrame était membre de la Respectable Loge « Jérôme Bonaparte », de la Grande Loge de France à l’Orient de Rueil-Nanterre.

Venez nombreux assister à cet émouvant et fraternel hommage.

Notre Frère Arnaud Beltrame, héros national
Notre Frère Arnaud Beltrame, héros national.

Remémorons-nous le magnifique discours d’Emmanuel Macron : Arnaud Beltrame « l’esprit français de résistance »

Paris, mercredi 28 mars 2018, sur l’esplanade des Invalides, le Chef de l’État a salué « l’esprit français de résistance » du gendarme Arnaud Beltrame qui a donné sa vie lors de l’attaque jihadiste dans l’Aude vendredi. Emmanuel Macron appelle « chaque citoyen » à « un regain de vigilance et de civisme » face à « l’islamisme souterrain ».

Au cours de l’éloge funèbre, le président de la République a cité tous les noms des personnes décédées au cours du vendredi 23 mars dans l’Aude. « Nous pensons à cet instant à ces blessés, à ces morts, nos morts et à leurs familles dans le recueillement », a-t-il débuté.

« Un soldat aussi aguerri sentait sûrement qu’il avait rendez-vous avec la mort »

Il est ensuite revenu sur les évènements à l’intérieur du supermarché de Trèbes, et sur le sacrifice du lieutenant-colonel, qui s’est substitué à un otage. « Cette vie comptait pour Arnaud Beltrame, elle comptait même plus que tout car elle était comme toute vie la source de sa vocation de servir […] Accepter de mourir pour que vivent des innocents, tel est le cœur de l’engagement du soldat ». Et d’ajouter : « Là était cette grandeur qui a sidéré la France ».

« Il a pris une décision qui n’était pas seulement celle du sacrifice mais celle d’abord de la fidélité à soi-même, de la fidélité à ses valeurs, de la fidélité à tout ce qu’il avait toujours été et voulu être, à tout ce qui le tenait […] Un soldat aussi aguerri sentait sûrement qu’il avait rendez-vous avec la mort »

« Son destin ne lui appartenait pas tout à fait »

Selon le Chef de l’État, « l’exemplarité était pour lui une vertu cardinale ». Ses collègues, blessés durant l’assaut, ont aussi reçu un hommage de la part du président de la République, de même que les soldats qui ont perdu la vie dans les théâtres d’opérations extérieures. « Tous ont droit à notre respect inconditionnel ».

« Son destin ne lui appartenait pas tout à fait. Il l’avait en partie lié avec quelque chose de plus élevé que lui-même car il était un engagé et il avait juré de faire corps avec quelque chose de plus grand et plus haut. Cet idéal, c’était le service de la France » a poursuivi le Chef de l’État dans l’un des moments forts de son éloge.

« Nous tous, Français, avons tremblé d’un frisson singulier. L’un d’entre nous venait de se dresser, droit, lucide et brave » a poursuivi Emmanuel Macron évoquant ici « l’esprit français de résistance ». « Cette détermination inflexible face au nihilisme barbare convoqua aussitôt dans nos mémoires les hautes figures de Jean Moulin, de Pierre Brossolette, des martyrs du Vercors et des combattants du maquis. Soudain se levèrent obscurément dans l’esprit des Français, les ombres chevaleresques des cavaliers de Reims et de Patay, des héros anonymes de Verdun et des Justes, des compagnons de Jeanne et de ceux de Kieffer ».

« Nous l’emporterons par la cohésion d’une nation rassemblée »

Le Chef de l’État a également fait référence au meurtre à caractère antisémite de Mireille Knoll, « une femme innocente et vulnérable, assassinée parce qu’elle était juive ». « Non, ce ne sont pas seulement les organisations terroristes, les armées de Daech, les imams de haine et de mort que nous combattons. Ce que nous combattons, c’est aussi cet islamisme souterrain qui progresse par les réseaux sociaux » (…) endoctrine par proximité et corromps au quotidien ».

 « Nourrir les vocations de toute notre jeunesse »

« Nous l’emporterons grâce au calme et à la résilience des Français. Nous l’emporterons par la cohésion d’une nation rassemblée » a-t-il ponctué. Puis, le Chef de l’État a révélé que jusqu’à samedi matin, il avait « au combien espéré » avant d’apprendre la mort d’Arnaud Beltrame comme « un coup au cœur ».

Arnaud Beltrame lors d’une cérémonie militaire dans l’Aude, en février 2018.

 « Nourrir les vocations de toute notre jeunesse », c’est ce à quoi peut servir aussi « le sacrifice suprême » d’Arnaud Beltrame selon Emmanuel Macron à l’adresse d’une jeune génération « qui cherche sa voie et sa place ».

En conclusion, le président de la République a assuré qu’Arnaud Beltrame n’était pas mort en vain. « Sa mémoire vivra, son exemple demeurera. J’y veillerai » a-t-il assuré. Emmanuel Macron a enfin nommé Arnaud Beltrame au grade de colonel et a fait de lui à titre posthume commandeur de la légion d’honneur.

Infos pratiques : Cérémonie Hommage – Dimanche 24 mars 2024 à 10 heures

Hôtel de la Grande Loge de France, 8, rue Louis Puteaux, 75017 Paris. Métro Ligne 2, station Rome/Bus 94 et 28, stations Rome Batignolles/Parking des Batignolles ou Parking de la Mairie du 17ème. Les deux à trois minutes à pied. Inscription.

Source : Le Blog des Spiritualités, Public Sénat

De la banalité du mal

« Les hommes sont naturellement mauvais. Il en est qui font le mal, parce qu’on les a payés pour le faire : on les flétrit justement. Mais un plus grand salaire reçu pour un plus grand méfait les dispose à mieux s’accommoder de ce mépris. »
Euripide ( Bellérophon )

Durant des années, après la seconde guerre mondiale, un important dossier médical demeurait « sous le coude », en regard des interrogations morales et philosophiques qu’il engendrait : poussés par un intérêt scientifique, un groupe de psychiatres américains avaient réalisé toute une série d’entretiens avec des nazis, prisonniers, directement impliqués dans les crimes contre l’humanité perpétrés durant la période du IIIe Reich, afin de dresser le catalogue des pathologies mentales dont ils étaient, théoriquement porteurs.

Mais, le choc du résultat fut inattendu : psychiatriquement parlant, les bourreaux ne présentaient pas les symptômes caractéristiques de malades mentaux : pas de psychoses, ni même de perversions ; juste quelques traits névrotiques classiques chez certains qui faisaient que l’on pouvait les classer dans la normalité. Point de Mister Hyde, juste des Dr. Jekill vivant une vie banale, dans un environnement banal. Pour monter au pouvoir, Hitler avait fait appel aux « chemises brunes », composées de marginaux brutes ne reculant pas devant une violence à peine contrôlée par le parti nazi. Chez eux, on pouvait reconnaître des pathologies que le régime, installé en 1933, ne pouvait tolérer : le résultat sera la « nuit des longs couteaux » ( Dimanche 1er et lundi 2 juillet 1934 ) et la liquidation de la « S.A. » ( « Sturm Abteilungen », « Section d’Assaut ») et de son chef Ernst Röhm ( 1887-1934 ), concurrent d’Hitler, proposant un programme « plus à gauche » que ce dernier, obligé de se rapprocher du capital pour la survie du « NDSAP », le parti « National Socialiste », dont l’élite sera désormais représentée par les « SS » ( « Sturm Sicherheit » « Section de Sécurité»). Sociologiquement, leur recrutement s’effectuera principalement dans la petite bourgeoisie et les classes moyennes, avec l’idéal de créer à terme une sorte d’aristocratie nouvelle qui dépasserait celle des nobles allemands, hostiles dans leur ensemble à Hitler. A la violence de la voyoucratie des chemises brunes et leurs pathologies utilisées, va succéder l’ « ordre noir » de ceux qui sont recrutés dans la normalité et à qui on fait miroiter un ennoblissement imaginaire en leur donnant l’absolution de toute culpabilité, du moment que le travail, donc l’impératif Kantien du devoir, soit fait.

Bien entendu, on ne peut que se rappeler ici Hannah Arendt (1906-1975) et le « Procès à Jérusalem »( 1963 ) d’Adolf Eichmann, et ce rire qui fit scandale à l’époque et encore aujourd’hui : comment cet être falot, petit bureaucrate minable, qui classait de manière exemplaire ses dossiers, soit cet assassin qui comparaissait enfin devant un tribunal ? La philosophe soulevait là une interrogation fondamentale sur la nature de l’homme, dans une époque qui se voulait tournée vers l’humanisme après la tourmente. Mais, elle-même se trouvait confrontée à un problème intime d’une intensité à peine supportable : pourquoi, l’un des plus grands philosophes du XXe siècle, Martin Heidegger (dont Sartre s’inspira largement !) et dont elle fut la maîtresse, adhéra, très volontairement, au parti National Socialiste ? Cela dépassait l’entendement et le jeu des petites compromissions, pour déboucher sur une interrogation de la nature humaine…

Reprenant cette interrogation fondamentale, le metteur en scène américain Jonathan Glazer, vient de sortir un film intitulé : « La zone d’intérêt » qui est un film-choc, tant par le succès remporté (Grand prix du jury à Cannes), que par la présentation du sujet et la qualité des acteurs. Le film est centré sur la vie aux abords d’Auschwitz, où est établi le commandement Rudolf Höss, son épouse et leurs enfants. Le metteur en scène, pour ne pas tomber dans l’obscénité du spectacle de la Shoa, va développer un dispositif étonnant où domine le goût de l’abstraction. Glazer, ne montre que la périphérie du camp, sans jamais y entrer. Il s’en tient à distance, grâce à une poétique du détail visuel et sonore qui suffit pour faire tâche ou créer la dissonance au cœur d’une pseudo harmonie apparente : chaque scène dans la maison des Höss devient un tableau riant où parfois se décèle des ombres de l’horreur : un bagnard amaigri qui travaille parmi les fleurs, un manteau de fourrure pris sur une déportée et que s’approprie madame Höss, la collection de dents en or de l’un des enfants et, dans le lointain une rumeur étouffée et discontinue venant des aboiements des chiens, des tirs, et des fours lancés à plein régime.

La mise en scène de Glazer souligne le hiatus monstrueux entre le microcosme plaisant des Höss et les atrocités qui financent leur train de vie. Ce qui frappe ici, c’est le consumérisme aveugle et l’individualisme poussé à l’extrême de cette famille. Hedwig Höss, au comble du bonheur où elle passe du statut de petite bourgeoise à celui de l’élite s’exclame : « On vit comme on en a toujours rêvé ». Ignoble indifférence de la « Reine d’Auschwitz » ! Bien sûr, le commandant Höss est un homme sensible aux animaux et aux plantes, est un bon père de famille et gère le camp en bon manager, soucieux des cadences et de la rentabilité, révélant ainsi à quel point la Shoah a pu s’accomplir à force d’abstraction technique, dans une totale déshumanisation. Höss, avec une conscience professionnelle inattaquable est souvent préoccupé des retards de production et d’élimination et demande à ses supérieurs, preuves à l’appui, qu’il peut faire mieux si on perfectionne l’outil de travail !… Ce film remarquable nous plonge à la fois dans « Eloge de la folie » d’Erasme et dans « le Procès » de Franck Kafka.

Pour nous, Maçons, la réflexion autour de ce thème devient capitale, car elle met en jeu notre conception même de l’humanisme : Y’a-t-il cohabitation dans l’homme entre « bien et mal » ou le « bien » n’est-il qu’une mince pellicule éthique culturelle prête à voler en éclat dès que l’autorisation de ne plus avoir de culpabilité est donnée et qu’exercer l’abomination sur l’autre devient un devoir ?

Mozart : Derrière le compositeur de génie, l’homme des Lumières et le fervent franc-maçon

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De notre confrère radioclassique.fr

Catholique d’adoption et franc-maçon de cœur, opposé aux valeurs aristocratiques de son temps, Mozart apparaît comme un homme des Lumières attaché à l’idée d’un Dieu d’amour.

On a souvent retenu de Mozart l’image d’un jeune prodige, d’un enfant exceptionnellement doué, mais il est surtout extrêmement sensible. Enfant, le jeune Wolfgang a coutume de demander dix fois par jour à son père s’il l’aime. En l’absence de réponse positive, il fond en larmes. Si son besoin d’affection se traduit d’une manière différente à mesure qu’il grandit, il restera toujours proche des personnes qui l’entourent, d’où qu’elles viennent.

Sa sensibilité fait de lui un garçon rebelle, qui rejette le carcan des valeurs aristocratiques de son milieu, notamment les privilèges liés à la naissance. Il n’aime pas voir son père s’humilier devant les puissants et refuse de se couler dans le moule de l’aristocratie salzbourgeoise. Cynique et doté d’un important sens de l’humour, le jeune musicien porte sur le monde un regard décalé.

La Flûte enchantée est imprégnée de rites maçonniques

Quand Mozart s’installe à Vienne en 1781, la musique, et surtout les musiciens, s’invitent dans les salons mondains. Dans une société marquée par les Lumières, les échos de la Révolution française et l’esprit libéral souhaité par l’empereur Joseph II, il se fait un grand nombre d’amis, sans faire de distinction entre les rangs sociaux.

Catholique fervent, il intègre également la Franc-maçonnerie, qui compte parmi les moteurs de cette ouverture de la pensée de l’époque, et y montera rapidement en grade. Ses œuvres les plus célèbres, comme La Flûte enchantée, sont d’ailleurs imprégnées de pensée et de rites maçonniques.

Franck Ferrand vous raconte la suite :

Masonica Tours : Visuel et message, en exclusivité pour 450.fm

Une occasion exceptionnelle pour toutes celles et ceux qui s’intéressent à la franc-maçonnerie, que ce soit par curiosité, recherche d’informations, ou désir d’approfondir leur compréhension de cette institution séculaire.

Le salon du livre maçonnique organisé par Masonica Tours à l’espace MAME à Tours les 1er et 2 juin 2024 promet d’être un événement riche en découvertes et en échanges.

C’est avec grand plaisir que nous vous offrons, en avant-première, le message des organisateurs.

« Une première à Tours,

Le salon du livre maçonnique

Un rendez-vous incontournable organisé à TOURS, par Masonica Tours, une association culturelle regroupant les principales obédiences du Centre Val de Loire et du Poitou Charentes, le samedi 1er et le dimanche 2 juin prochain.

Ce salon du livre, se veut être, un lieu d’échange et de découverte, ouvert gratuitement à toutes et tous, que vous soyez ou non maçonnes ou maçons, pour :

  • Satisfaire la curiosité des uns,
  • Répondre aux interrogations sur cette noble institution plus que séculaire pour les autres,
  • Trouver l’ouvrage tant recherché auprès des nombreux éditeurs présents,
  • Dialoguer avec les auteurs avant de leurs demander de dédicacer l’ouvrage choisi.

Mais aussi et surtout, ce salon est une invitation à réfléchir avec les conférenciers sur les possibles réponses de la Franc-Maçonnerie aux défis qui agitent notre monde actuellement ; voir d’échanger, lors de tables rondes, avec les animateurs sur les grandes questions existentielles de ce XXIème siècle; enfin de partir à la rencontre, dans leurs grandes diversités et spécificités, des principales obédiences de notre région; le tout accompagné ponctuellement par une ambiance musicale et humoristique, autour du plat du jour ou d’un café disponibles sur place.

Rendez-vous à l’espace MAME, les 1er et 2 Juin 2024

49, Bd PREUILLY – 37000 – TOURS

Pour plus d’informations QR code ou masonicatours.fr »

[NDLR : 450.fm tient à adresser aux organisateurs de Masonica Tours ses sincères remerciements pour la confiance qu’ils nous accordent en nous donnant l’exclusivité de couvrir le salon du livre maçonnique. Cet événement prometteur, qui se profile comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux intéressés par la franc-maçonnerie, témoigne de leur engagement à ouvrir des espaces de dialogue, de réflexion et de partage autour de cette noble institution. Bien évidemment, nous serons présent.]

23/03/24 : Conférence publique ouverte à tous à Paris – « Être franc-maçon aujourd’hui »

par François PADOVANI Passé Président du CLIPSAS

Être franc-maçon aujourd’hui offre l’opportunité de s’engager dans une communauté fraternelle où l’on peut explorer sa spiritualité, développer son potentiel personnel, contribuer au bien-être de la société et s’enrichir de l’histoire et des traditions séculaires de la franc-maçonnerie.

La quête de sens est une réalité à laquelle chacun de nous est amené à réfléchir dans une époque marquée par des avancées rapides et des défis sans précédent, où l’intelligence artificielle redessine les frontières du possible, où le réchauffement climatique nous interpelle sur notre responsabilité envers la Terre, et où la mondialisation transforme notre conception de la communauté et de l’identité.

#François Padovani, ancien Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France et Passé Président du CLIPSAS nous partagera son expérience et le fruit de ses réflexions à travers une conférence ouverte aux initiés comme aux profanes, sur le thème

« Être franc-maçon aujourd’hui ».

CETTE CONFÉRENCE SOUS L’EGIDE DE LA GLFM SE TIENDRA :

LE SAMEDI 23 MARS 2024
A 14H00 
AU 21, RUE CUGNOT 75018 PARIS

Inscription obligatoire : https://tinyurl.com/TBO2303
Information : tbo.glfmidf@gmail.com
Site internet : https://www.glmisraim.org

Saint Bernard de Clairvaux en 7 anecdotes : Par Laurent Ridel

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Abbé cistercien, Bernard de Clairvaux (1090-1153) est la plus célèbre figure religieuse de l’Occident médiéval. Canonisé, il n’en fut pas moins un personnage irritant ses contemporains. 

On ne peut pas renier son charisme. Il le démontre dès son entrée au monastère de Cîteaux à 22 ans. Puis, mis à la tête de sa propre abbaye (Clairvaux en Champagne), il se transforme en « abbé à temps partiel » selon l’historien Pierre Aubé. En effet, Bernard est appelé à régler les affaires religieuses et politiques de son siècle. Avec lui, la vie monacale n’est pas un long fleuve tranquille. 

Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux, atelier de Fra Filippo Lippi, vers 1447-1469, détail d’un panneau peint, Metropolitan Museum of Art, New York.

Une entrée remarquée au monastère

À la fin du mois de mai, Bernard se présente devant la porte du monastère de Cîteaux pour y devenir moine. Son entrée est mûrement réfléchie. Ce cadet de famille noble a alors 22 ans ; il n’est pas orienté par ses parents vers ce destin monastique. 

Les moines de Cîteaux lui ouvrent la porte mais découvrent à sa suite une trentaine d’autres candidats. Car Bernard, non content d’embrasser l’habit monacal, a convaincu sa famille et ses amis de le rejoindre dans cette vocation. Parmi ceux qui franchissent la porte, se trouvent ses quatre frères et deux oncles.  

Le jeune Bernard témoigne déjà d’une force de conviction qui va faire sa réputation. 

Saint Bernard n’est pas le fondateur de l’ordre cistercien

L’ordre cistercien est une association de monastères bénédictins dont le nom vient de Cîteaux, la première abbaye fondée. C’est là qu’entre Bernard à l’âge de 22 ans. 

L’ordre se développe à la manière d’un arbre généalogique. Cîteaux fonde des « filles » c’est-à-dire d’autres monastères. Bernard est ainsi mis à la tête de Clairvaux, une abbaye aux limites de la Champagne et de Bourgogne. Ces filles essaiment à leur tour. Ainsi de suite. Si bien qu’en un siècle, l’ordre cistercien se ramifie en plus de 500 abbayes à travers l’Europe.

Puisque Bernard n’a pas fondé Cîteaux, il n’est pas le fondateur de l’ordre mais la branche de Clairvaux, qu’il dirige, pousse extraordinairement bien. Beaucoup mieux que les autres. La réputation de Bernard, son abbé, attire les vocations ; l’abbaye déborde de moines qu’il faut régulièrement établir ailleurs. Bernard en envoie jusqu’en Scandinavie ou au pays de Galles, à l’appel de nobles ravis d’accueillir une communauté cistercienne sur leurs terres. 

Mur de l'abbaye de Clairvaux
Mur de l’abbaye de Clairvaux. Dommage qu’il reste si peu de vestiges médiévaux de cette abbaye si renommée (Prosopee/Wikimedia Commons)

Saint Bernard donne un coup de pouce décisif aux Templiers

Alors que Bernard développe Clairvaux, un petit groupe de chevaliers décide à plusieurs milliers de kilomètres de là de se consacrer à la défense de la Terre sainte tout en vivant comme des moines. Le roi de Jérusalem les établit dans une partie de son palais, soi-disant bâti sur l’ancien emplacement du Temple de Jérusalem. D’où leur nom de templiers. 

Pour réussir sa mission, le maître du Temple, Hugues de Payns, a besoin de recruter d’autres chevaliers. Dans ce but, il demande le soutien de Bernard de Clairvaux. Ce dernier connaît les templiers. Hugues est un lointain parent et parmi les premiers templiers se trouve son oncle maternel André de Montbard. En plus, Bernard est favorable à leur vocation. Ces templiers appartiennent au même milieu que lui (la petite et moyenne noblesse) et ils proposent un idéal chrétien de vie à tous ces chevaliers réputés oisifs, brutaux et pécheurs. 

Bernard contribue à la reconnaissance de l’ordre du Temple lors du concile de Troyes en 1129. Puis il utilise sa plume pour rédiger un plaidoyer, Éloge de la nouvelle chevalerie. Les vocations templières se multiplient. 

Cependant, au sein du clergé, certains s’interrogent sur la compatibilité entre vie monastique et activité militaire. Peut-on à la fois être religieux et tuer, même des Infidèles ? Bernard n’est-il pas en train de dévoyer le monachisme ? Ça grince. Et ça murmure aussi pour d’autres raisons.

Un tempérament volcanique

Bernard est un grand timide mais, à la lecture de ses nombreux sermons et lettres, il se révèle « un polémiste redoutable, violent, incisif », selon l’historien Pierre Aubé. 

Son premier coup d’éclat, il l’adresse aux clunisiens, l’autre grand ordre monastique du Moyen Âge. Dans l’Apologie, il dénonce le luxe dans lequel ils vivent. Ses attaques visent notamment les mets servis à table : les œufs préparés de mille et une façons, les énormes poissons dont la digestion fait somnoler les clunisiens pendant la prière…

À lire un tel discours, les ascétiques cisterciens applaudissent et se réjouissent. L’abbé de Cluny apprécie beaucoup moins.

Les lettres ardentes de Bernard n’épargnent pas les puissants. Aux papes Innocent II puis Eugène III, il reproche leur façon de gouverner et délivre ses conseils. Au roi de France Louis VII, il livre un brûlot : « je ne tairai pas que vous travaillez à former une alliance avec des excommuniés, que vous vous acoquinez avec des brigands et des voleurs […] Si vous persistez dans votre conduite, vous n’aurez pas longtemps à attendre la vengeance ». 

Dès lors, on comprend cette réflexion partagée à l’époque : ce fut « un grand saint dont […] il ne dut pas toujours être agréable d’être le contemporain ».

« Je suis la chimère de mon siècle »

Ne vous y trompez pas. Quand Bernard se compare à une chimère, il ne fait pas référence à son physique. Plus qu’un monstre, une chimère est une créature composée de différentes parties d’animaux : tête d’oiseau, ventre de lion et queue de serpent par exemple. Bernard se sent comme une anomalie. Sa vie combine deux états peu compatibles. Il porte l’habit de moine mais ne vit pas comme un reclus. Selon l’historien Bernard Merdrignac, il passe à partir de 1130 « plus du tiers de sa vie hors du cloître, appelé sans cesse à intervenir dans les affaires publiques ». 

En effet, vu sa réputation de vertu, son réseau développé de relations et sa force de persuasion, on le sollicite de partout. Il s’invite aussi parfois. De multiples missions l’obligent à sortir de son abbaye : se rendre aux conciles, intervenir dans les élections épiscopales ou abbatiales, mobiliser pour la croisade, prêcher contre les hérétiques du Languedoc, réconcilier les princes, défendre un pape ou un évêque contesté…

Vitrail de la vie de saint Bernard
Saint Bernard intervient à Metz pour faire médiation entre l’évêque Étienne de Bar et le duc de Lorraine Matthieu. Vitrail XVIe siècle, Metropolitan Museum of Art, New York.

Sans beaucoup de repos et malgré une santé fragile, l’abbé de Clairvaux chemine entre la France, l’Allemagne et l’Italie. Il devient indispensable dans les crises temporelles ou spirituelles. Au pape Eugène III, il admet sans modestie : « il en est qui disent que ce n’est pas vous le pape, mais moi ». Justement ce même Eugène, peu rancunier, a une mission à lui confier. 

Saint Bernard relance la croisade

Les nouvelles d’Orient sont mauvaises. Édesse vient de tomber aux mains des musulmans. Le reste des États latins, créés à l’issue de la première croisade, est menacé. 

Devant cette situation inquiétante, le pape Eugène III lance officiellement un appel à une seconde croisade et il demande à Bernard de la promouvoir. Mission difficile tant les nobles, le clergé et les princes sont réservés sur l’intérêt de cette expédition. 

Bernard se met en route vers Vézelay, à une centaine de kilomètres de son abbaye de Clairvaux. Là bas, il prêche devant une foule nombreuse, promettant à tous le pardon de leurs péchés. Son discours déclenche l’enthousiasme. L’idée d’une deuxième croisade mobilise enfin. Porté par ce succès, l’abbé continue sa route en Flandres puis dans le Saint-Empire germanique. Dans la cathédrale de Spire, en décembre 1146, il prend la parole et sermonne le roi de Germanie Conrad III sur son ingratitude : Dieu lui a donné le pouvoir, les richesses, la force de l’esprit, la puissance du corps et il ne veut pas se croiser ! Mis au pied du mur, Conrad accepte de rejoindre l’expédition orientale.

Croisade Vézelay
En 1146, saint Bernard prêche au pied de Vézelay (Bourgogne) la IIe Croisade. Huile sur toile d’Émile Signol, 1840, musée de Versailles

Bernard triomphe mais il déchante quelques années plus tard. Les croisés reviennent piteusement. Aucune victoire significative n’est à mettre à leur crédit. Édesse reste musulmane. Bernard ne comprend pas. Comment Dieu n’a-t-il pas concouru au succès de cette entreprise qu’il a promu sans compter son énergie ? 

Les femmes et saint Bernard

À son échec, l’abbé de Clairvaux trouve consolation chez une femme. Une dame à qui il adresse régulièrement des écrits passionnés et enthousiastes : la Vierge Marie. Auteur de nombreux sermons, Bernard est en effet connu pour sa dévotion mariale. Les textes en son honneur sont considérés parmi les plus beaux de la littérature chrétienne du Moyen Âge. 

Retable avec des cisterciens de Jean Bellegambe
Des moines cisterciens, reconnaissables à leur robe blanche, prient la Vierge à l’Enfant. Saint Bernard figure debout sur le volet gauche. Retable peint par Jean Bellegambe, 1511-1512, Metropolitan Museum of Art, New York.

Quant aux femmes de son temps, il ne s’en désintéresse pas complètement. Il correspond avec les dames de la noblesse pour jouer le rôle d’un directeur spirituel. Étant moine, il se garde d’aller plus loin bien sûr. Un biographe contemporain Guillaume de Champeaux raconte une anecdote avant son entrée à Cîteaux : parfois des femmes se glissaient nues dans sa couche, Bernard se levait brusquement et criait « Au voleur ! ». La maisonnée se réveillait et les importunes s’enfuyaient. 

Le jeune Bernard attire donc les femmes ; plus tard, elles apprendront à s’en méfier. Doué comme on l’a dit d’une force de conviction, le cistercien réussit au cours de ses rencontres ou de ses prêches à convaincre les hommes de rejoindre le monastère ou de partir en croisade. Tant et si bien que la légende raconte que les femmes sont obligées de mettre sous clés leurs maris pour les retenir. 

La chimère de son siècle était aussi un briseur de foyer !

Découvrez les secrets initiatiques cachés dans « Le Nouveau Pâris » de Goethe

Le Message initiatique de Goethe franc-maçon – Interprétation symbolique du conte Le Nouveau Pâris, dernière parution de la célèbre collection Les Symboles Maçonniques de MdV Éditeur, vise à capturer l’essence de l’analyse approfondie du conte de Goethe en mettant en lumière son caractère mystique, sa richesse symbolique, et son lien avec la franc-maçonnerie et la Kabbale.

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), romancier, dramaturge, poète, scientifique, théoricien de l’art et homme d’État de la ville libre de Francfort, reçoit la lumière en juin 1780 au sein de la loge « Anna-Amaliaaux trois roses » à l’orient de Weimar. Cette loge était un centre intellectuel et culturel important à l’époque, attirant de nombreux penseurs, artistes et personnalités influente. L’adhésion de Goethe à cette loge témoigne de son engagement envers les idéaux des Lumières, qui étaient largement véhiculés et promus par la franc-maçonnerie, notamment l’importance de la raison, la liberté de pensée, l’égalité, et la fraternité.

Affilié depuis plusieurs années au Grand Orient de France, Laurent Bernard, qui a déjà commis deux ouvrages chez MdV – en 2013 De la Genèse à la création et, en 2015, Les cinq voyages du compagnon – , dévoile toutes les arcanes du conte Le Nouveau Pâris.

Dans son avant-propos, l’auteur retrace le parcours littéraire de Goethe. Avec, en 1795,

Le Conte, un récit enchâssé qui présente une série d’événements fantastiques et de personnages allégoriques, tels qu’un serpent vert, une belle princesse, un roi et son fils, des hommes de pierre, et d’autres figures enchantées. Le conte explore les thèmes de la rédemption, de l’amour, de la séparation et de l’union, ainsi que la transformation spirituelle et matérielle.

Goethe à 79 ans par Joseph Karl Stieler en 1828.

Puis, en 1817, de manière indépendante et en version définitive en 1829, La Nouvelle Mélusine, conte fantastique, lui aussi enchâssé – intégré dans les Années de voyage de Wilhelm Meister – narrant l’histoire d’un jeune homme, Hilarion, qui tombe amoureux d’une mystérieuse femme, la belle blonde… Un conte s’inscrivant dans la tradition des contes de fées (malédictions, transformations, réflexion sur le thème de l’amour et de la confiance, sur les dangers de la curiosité, ou encore sur la dualité de la nature humaine, etc.).

Mais entre les deux, Laurent Bernard pénètre les secrets de Le Nouveau Pâris, écrit en 1811, une date ou Goethe était une figure littéraire établie, ayant déjà publié de nombreuses œuvres qui ont contribué à sa réputation en tant que l’un des plus grands écrivains de la littérature allemande.

Signature de Goethe.

Le Nouveau Pâris s’inscrit dans une période de la vie de Goethe où il était profondément engagé dans les loges maçonniques et avait une solide connaissance de la Kabbale. Le conte met en scène des thèmes et des motifs récurrents dans l’œuvre de Goethe, tels que la quête de connaissance, la transformation personnelle et l’utilisation de symboles ésotériques pour transmettre des vérités profondes.

Maison natale de Goethe.

Comme thèmes principaux, l’auteur aborde la quête initiatique. La recherche de la sagesse et de l’illumination spirituelle passe par des épreuves et des révélations. Cette quête est un thème récurrent dans les œuvres de Goethe et son intérêt pour le processus de développement personnel et spirituel. Puis le monde des symboles ésotériques, traitant de symboles maçonniques et kabbalistiques et celui de la métamorphose, central dans de nombreuses œuvres de Goethe, et présent ici comme un processus nécessaire à l’acquisition de la sagesse.

Goethe, en 1775.

La transformation intérieure du protagoniste reflète l’idéal maçonnique de l’amélioration de soi à travers le travail, la réflexion et l’épreuve.Goethe explore aussi la dualité entre le concret et le mystique, montrant comment les enseignements ésotériques peuvent influencer et enrichir notre compréhension du monde tangible. Ce thème souligne l’idée que la vérité ultime réside dans la synthèse de la connaissance intellectuelle et de la sagesse spirituelle.

Dans Le Nouveau Pâris, Goethe utilise le conte comme un moyen d’explorer des questions profondément enracinées dans la pensée maçonnique et kabbalistique. L’œuvre est une invitation à réfléchir sur le chemin de la connaissance, la nature de la vérité, et le processus de transformation personnelle. À travers les symboles et les allégories, Goethe nous encourage à considérer comment les principes ésotériques peuvent s’appliquer à notre vie quotidienne et à notre développement spirituel. Bien que le conte soit ancré dans des contextes historiques et culturels spécifiques, les thèmes qu’il aborde restent universellement pertinents, offrant des insights précieux sur la quête humaine de sens et de réalisation.

Laurent Bernard nous fait entrer au plus profond du message initiatique de Goethe, à travers ses œuvres littéraires et sa vie. Son analyse du Message initiatique de Goethe Franc-Maçon dévoile la complexité stratifiée du Nouveau Pâris, soulignant la maîtrise de Goethe dans l’entrelacement de symboles maçonniques et kabbalistiques pour créer un récit riche de significations initiatiques. Cette exploration enrichit notre appréciation pour le génie littéraire de Goethe et fournit des éléments précieux sur la nature du récit symbolique et son potentiel pour transmettre des vérités spirituelles profondes. À travers le travail de Laurent Bernard, les lecteurs se voient offrir une porte d’entrée dans les dimensions mystiques des écrits du romancier, réduisant l’écart entre le contexte historique et la compréhension contemporaine des traditions ésotériques.

Message initiatique de Goethe franc-maçonInterprétation symbolique du conte Le Nouveau Pâris

Laurent BernardMdV Éditeur, Coll. Les Symboles Maçonniques, N° 105, 2024, 128 pages, 12,50 €

Disponible chez MdV Éditeur et/ou DETRAD.