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Franc-maçonnerie et Libre Pensée, des alliées dans la quête de liberté

La Raison nous offre un beau dossier s’intitulant « Franc-maçonnerie et Libre Pensée ». Il s’ouvre sur la réflexion de Christophe Bitaud qui, par son parcours personnel, se fait l’incarnation du lien entre ces deux courants philosophiques et idéologiques. L’auteur, franc-maçon depuis 33 ans et membre de la Fédération Nationale de la Libre Pensée depuis 25 ans, propose de mettre en perspective ce qu’il qualifie de « deux engagements complémentaires ». Cette introduction met en lumière une complémentarité évidente pour l’auteur, mais aussi les nuances nécessaires pour éviter les confusions.

Dès le début, la citation d’Antoine de Saint-Exupéry (« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ») établit une base de respect mutuel et d’enrichissement réciproque à travers les divergences. C’est une invitation à examiner ce qui semble séparer ces deux courants tout en reconnaissant ce qu’ils partagent.

La franc-maçonnerie : une société discrète mais agissante

L’auteur nous rappelle que la franc-maçonnerie est avant tout une association discrète, tournée vers l’accomplissement d’un travail moral sur ses membres, qui peuvent ensuite appliquer cette réflexion dans leurs vies respectives. On retrouve ici l’idée d’un développement personnel guidé par un cadre philosophique spécifique, celui du symbolisme maçonnique et de ses rites, comme l’illustrent les références à des penseurs illustres tels que Robert Boyle ou encore la Royal Society.

La Libre Pensée, quant à elle, se présente comme une association ouverte, politique par son essence même, et majoritairement athée de nos jours. Ce qui distingue les deux, c’est le cadre institutionnel : la Libre Pensée est plus offensive dans son rejet de la religion et de tout cléricalisme, là où la Franc-maçonnerie opère de manière plus philosophique et ésotérique, souvent en silence.

Un patrimoine commun enraciné dans la Renaissance et les Lumières

L’analyse du lien historique entre la Libre Pensée et la franc-maçonnerie se poursuit avec une exploration des origines de ces mouvements, tous deux issus d’un creuset philosophique commun : la Renaissance et l’esprit des Lumières. On y retrouve une filiation directe avec les sociétés savantes de l’époque, comme la Royal Society, ou encore les figures maçonniques influentes telles que John Evelyn ou Isaac Newton.

Blason Royal Society

Ces références soulignent que la quête de vérité, de progrès scientifique, et d’émancipation intellectuelle étaient au cœur des préoccupations de ces deux courants, dès leurs origines. L’auteur ne manque pas de rappeler l’influence persistante de la devise de la Royal Society, Nullius in verba (ne croire personne sur parole), qui résonne fortement avec la volonté de s’affranchir des dogmes religieux et des autorités infondées. Ce principe fondateur reste un pilier pour les deux courants, même si leurs pratiques divergent parfois.

Convergences dans la lutte pour la laïcité

Le dossier met également l’accent sur la lutte commune pour la laïcité, un thème récurrent qui a rapproché les francs-maçons et les libres penseurs, en particulier au moment de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905. Cette période est marquée par une intense collaboration entre les membres de la Libre Pensée et les députés francs-maçons, comme le souligne l’implication des figures telles que Aristide Briand.

L’auteur évoque avec force le Congrès de Rome de 1904, qui fut un tournant majeur dans cette lutte pour l’émancipation humaine, avec des prises de position résolument anticléricales et un appel énergique à la laïcisation de la société. Cet événement est un symbole fort de la convergence des idées, et d’une victoire pour les deux courants, malgré leurs divergences sur d’autres aspects.

Défense de l’indépendance et vigilance face à l’ingérence religieuse

Blason du Vatican

Toutefois, malgré cette lutte commune, les francs-maçons et les libres penseurs ont dû parfois défendre leur indépendance respective. La Libre Pensée s’est toujours opposée à toute forme de cléricalisme, et ce dossier rappelle l’animosité qui a longtemps existé entre l’Église et ces mouvements. Les condamnations pontificales, comme celle de 1983, qui stipule que l’appartenance à la franc-maçonnerie est un péché grave, soulignent la tension historique entre ces groupes et l’Église catholique, apostolique et romaine.

La publication du dossier sur l’emprise judéo-maçonnique sur l’Éducation nationale dans les années 1940, illustrée ici, montre combien les discours réactionnaires et antisémites ont alimenté cette méfiance envers les francs-maçons. En ce sens, l’auteur dénonce les fausses accusations et les campagnes de désinformation qui ont souvent visé ces associations, accusées à tort de complots ou d’alliances occultes. Ce rejet des tentatives d’ingérence et de manipulation idéologique est un point commun fondamental aux deux courants, qui s’efforcent de préserver la liberté de pensée et d’action.

Vers un avenir de collaboration vigilante

Dans sa conclusion, l’auteur insiste sur la nécessité de maintenir une vigilance active contre toute forme de retour à un ordre clérical et réactionnaire. La Libre Pensée et la Franc-maçonnerie, avec leurs nuances respectives, sont appelées à continuer leur lutte commune pour défendre les principes de laïcité, d’émancipation sociale, et de justice. L’article 2 de la loi de 1905, qui stipule que l’État ne salarie ni ne subventionne aucun culte, est aujourd’hui plus que jamais bafoué selon l’auteur, et nécessite une réaffirmation vigoureuse.

Ce dossier se veut donc non seulement une réflexion historique sur les liens entre ces deux associations, mais aussi un appel à l’action pour l’avenir. Si la collaboration passée entre les francs-maçons et les libres penseurs a permis d’importantes victoires, il est essentiel de ne pas baisser la garde face aux nouvelles menaces qui pèsent sur les libertés publiques et la laïcité.

Note analyse

Ce dossier, riche en détails historiques et philosophiques, présente une vision équilibrée des relations entre la franc-maçonnerie et la Libre Pensée, tout en soulignant leurs différences fondamentales. La principale leçon à en tirer est que, bien que leurs approches diffèrent – la franc-maçonnerie privilégiant un cheminement intérieur et symbolique, la Libre Pensée s’inscrivant dans un cadre militant et politique – ces deux courants partagent une même quête de liberté de conscience et de vérité, affranchie des dogmes religieux et des autorités oppressives.

L’auteur, Christophe Bitaud, maîtrise habilement la nuance en rappelant que ces deux mouvements, bien qu’issus du même terreau philosophique, ont su s’enrichir mutuellement à travers leurs divergences. Ce dossier n’est pas seulement une analyse théorique, mais un manifeste pour la défense continue de la laïcité et de l’émancipation humaine, un appel à la vigilance dans une époque où ces acquis sont plus que jamais menacés.

Le ton engagé et érudit de ce texte en fait une lecture captivante pour quiconque s’intéresse à la philosophie politique, à l’histoire des idées et aux luttes pour la liberté de conscience. L’auteur nous rappelle que l’émancipation humaine est une quête continue, nourrie par le dialogue, la critique constructive, et une collaboration vigilante entre ceux qui, comme les francs-maçons et les libres penseurs, cherchent à libérer l’esprit humain des entraves dogmatiques.

La Libre Pensée, en savoir plus

Sa librairie, 10 rue des Fossés Saint-Jacques – 75005 Paris

La Raison-Mensuel de la Libre PenséeN° 694 – Septembre 2024, Fructidor CCXXXIIFNLP, 2024, 36 pages, 3,50 €

21/09/24 : L’Académie Maçonnique invite Jean-Laurent Turbet sur « Le Maître se crée »

Dans le cadre du cycle 2024-2025 « Ésotérisme et Initiations » l’Académie Maçonnique vous invite à assister, en distanciel via un webinaire Zoom, à une conférence captivante intitulée « Le Maître se crée », donnée par Jean-Laurent Turbet. Inscrit dans cette thématique, cet événement s’annonce comme une véritable plongée dans les mystères de la création intérieure, mais aussi comme une réflexion profonde sur le parcours initiatique. Ce thème interpelle dès le titre, en suggérant que la création du Maître relève d’une dynamique personnelle et active, renvoyant directement à l’évolution spirituelle et symbolique de tout initié.

Jean-Laurent Turbet

Jean-Laurent Turbet : un passeur de savoirs maçonniques et spirituels

Jean-Laurent Turbet, blogueur réputé pour son site « Le Blog des Spiritualités », se positionne comme une figure incontournable de la franc-maçonnerie contemporaine. Son travail ne se limite pas aux frontières maçonniques ; il explore des thèmes aussi divers que l’ésotérisme, la Gnose, l’hermétisme, la Kabbale, le martinisme ou encore le symbolisme. Ce faisant, il relie des traditions spirituelles et initiatiques qui, malgré leurs différences, partagent des valeurs et des finalités communes : la recherche de la vérité, de la connaissance cachée et de l’accomplissement spirituel.

Cahier Jean Scot Érigène

En tant qu’ancien Vénérable Maître de la Loge de Recherche Jean Scot Érigène n° 1000 et ancien Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France (GLDF), Jean-Laurent Turbet possède une vision à la fois historique et pratique de la franc-maçonnerie. Cette double expertise – académique et initiatique – fait de lui un orateur idéal pour traiter d’un sujet aussi complexe que celui de la création du Maître.

Johannes Scottus Eriugena

« Le Maître se crée », une métamorphose initiatique

L’intitulé de cette conférence joue sur une subtilité de langage qui mérite d’être explorée. Le mot « crée » renvoie ici à un processus actif et personnel : le Maître, dans sa quête initiatique, n’est pas simplement le récipiendaire d’un savoir ou d’une autorité extérieure, mais il devient l’artisan de sa propre transformation. Cette idée rejoint directement les fondements mêmes de l’initiation maçonnique, où chaque degré franchi marque un nouveau pas dans la quête de la lumière, mais où c’est surtout le travail sur soi qui est au centre de cette progression.

Il est également intéressant de noter l’écho subtil au « Maître Secret », le 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Ce jeu de mots résonne avec une profondeur particulière, car le Maître Secret est lui-même un symbole puissant de la continuité et du devoir de silence et de réflexion intérieure. En effet, au 4e degré, l’initié est appelé à contempler en silence les mystères qui lui ont été révélés, à travailler dans l’ombre, à observer et à méditer avant de prendre des actions éclairées. Il se distingue par la discrétion et la sagesse, mais surtout par la nécessité de s’accomplir par soi-même, dans un cheminement personnel.

Tablier 4e degré – DETRAD

En ce sens, « se créer » évoque non seulement la nécessité d’une transformation intérieure, mais aussi la profondeur de l’introspection que requiert la maîtrise secrète. Le Maître Secret devient ainsi celui qui comprend que la vraie création vient de l’intérieur, qu’elle ne dépend pas des honneurs ni des titres, mais d’un travail discret, profond et continu sur soi-même.

Un voyage spirituel au-delà des frontières maçonniques

La création du Maître dépasse d’ailleurs le seul cadre maçonnique. Dans d’autres traditions spirituelles et ésotériques, cette idée de transformation et de recréation intérieure est omniprésente. En Kabbale, par exemple, l’initié est appelé à réparer et perfectionner son âme à travers le Tikkun, un travail de correction spirituelle. De la même manière, les adeptes de l’hermétisme cherchent à atteindre l’unité avec le divin par le biais de l’alchimie intérieure, où l’être humain, tel un métal imparfait, est purifié par les épreuves de la vie pour devenir « or spirituel ».

Jean-Laurent Turbet, en croisant les perspectives maçonniques et ésotériques, invite à une réflexion élargie sur le rôle de l’initié dans son propre cheminement. Ce dernier n’est pas passif, il est l’artisan de sa propre transformation. Ainsi, le parcours initiatique, que ce soit dans la franc-maçonnerie ou d’autres courants spirituels, exige de l’initié un engagement profond dans sa quête de la vérité et de la lumière.

Le format distanciel : ouverture et partage des savoirs

Cette conférence, qui se tiendra via un webinaire Zoom, reflète également une modernisation des modes de transmission. Le distanciel permet d’ouvrir ce type d’événement à un plus large public de Sœurs et Frères, tout en préservant l’intimité et la fraternité propres aux échanges maçonniques. Ce format, bien que différent de la traditionnelle tenue maçonnique en loge, reste fidèle à l’esprit de partage et de transmission qui caractérise l’initiation.

Conclusion : la création du Maître comme quête intérieure

La conférence de Jean-Laurent Turbet, avec sa thématique de « Le Maître se crée », promet d’être une exploration profonde des mécanismes intérieurs qui mènent à la maîtrise spirituelle. À travers son approche transversale, croisant les savoirs maçonniques, ésotériques et historiques, il offre aux initiés une perspective précieuse sur ce que signifie véritablement « se créer » en tant que Maître, tout en faisant écho à la symbolique du Maître Secret du REAA.

C’est une invitation à poursuivre la quête initiatique, à travailler sur soi dans le silence et la méditation, afin de forger son propre chemin vers la lumière.

Réchauffement maçonnique

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Et là, c’est chaud ?

On ne parle pas encore d’empreinte maçonnique, mais peut-être faut-il déjà s’y préparer. Les Francs-maçons sont écolos par définition et ils le prouvent par l’Initiation, en nous rappelant les notions d’air, d’eau, de feu et de terre.

« ET POURQUOI PAS UN QR CODE AUSSI ! »

Le Grand René qui a réussi à remonter de son 33è sous-sol nous en parle dans cette nouvelle vidéo ci-dessous:

Relativité n’est pas relativisme

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Nous sommes naturellement incapables d’embrasser le réel dans sa totalité, ne serait-ce que celui qui nous entoure. C’est pourquoi notre intellect, jamais purifié de tous nos affects, l’interprète en fonction de l’expérience que nous en avons et de l’opinion que nous nous en faisons, selon la variabilité des circonstances et sur la base de nos ressentis positifs ou négatifs, conditionnés eux-mêmes par des grilles culturelles teintées de préjugés.

En fait, nous recomposons constamment nos images de la réalité, y attachant une attention plus ou moins vive et plus ou moins nouvelle – plus ou moins changeante, il faut bien le dire, plus ou moins confiante également et, en définitive, plus ou moins scrupuleuse…

Or, dans ce même bain de réalités, d’autres que nous sont plongés et réagissent aussi. Sous diverses influences et au gré de l’évolution de nos intérêts mutuels ou respectifs, nos perceptions, nos intentions et nos actions diffèrent. Bref, faute d’aucune objectivité humainement accessible, diverses formes d’intersubjectivité se métamorphosent en permanence, qu’on les entende tantôt comme des relations instables de personne à personne, fondées sur les qualités propres à chaque sujet pensant, tantôt, à l’inverse, comme des compréhensions communes suffisamment ressemblantes pour nous permettre d’échanger. Le terme d’intersubjectivité, comme on le voit, comporte par lui-même deux acceptions fort distinctes, qui signent jusque dans la langue le statut ambigu de nos consciences sous l’emprise de nos diverses réflexions. Et il nous faut à nouveau rebondir en soulignant, dans la même veine, que le mot même de réflexion renvoie aussi bien à des représentations élémentaires de ce que nous croyons être de stricts reflets du monde qu’au mûrissement de nos pensées quand nous nous efforçons d’examiner plus à fond les situations que nous agençons dans notre esprit.

Vous me pardonnerez de vous avoir infligé d’aussi pompeuses banalités et je m’en serais volontiers abstenu si je n’observais constamment qu’on tirait bien peu de conséquences de tels truismes. Nous pénétrer de la relativité de nos impressions et de nos jugements devrait spontanément nous conduire à accepter de confronter avec méthode et sincérité nos différences voire nos oppositions, en vue de les concilier pour mieux vivre ensemble et agir de concert. Il s’agit, d’ailleurs, de processus dynamiques où nous prenons en compte le bénéfice des découvertes qui se déclarent alors et qui nous font avancer en nous-mêmes aussi. Or il me semble qu’on s’efforce de moins en moins de rechercher des coexistences harmonieuses. L’ère du soupçon et du conflit se déploie sans vergogne à tout propos, comme si nous poursuivions, dans l’espace social et avec la même intensité, des scènes virtuelles de jeux vidéo. N’a-t-on pas le sentiment que les empreintes caricaturales gagnent partout du terrain ?

La relativité liée au caractère imparfait et limité des connaissances humaines devrait stimuler notre appétit pour des enrichissements pluriels et un tantinet paradoxaux. Il ne s’agit pas de réputer l’égalité des opinions, ce qu’on appelle « l’équipollence », mais l’égalité des droits à l’opinion, pour autant qu’on accepte de se livrer à des discussions loyales et argumentées, en gardant à l’esprit qu’au cours du temps, bien des audaces sont devenues des poncifs, sans pour autant congédier toujours l’ancien pour le nouveau. Certes, tout ne se vaut pas mais rien a priori n’est à rejeter en bloc. La relativité de nos conceptions ne saurait nous inciter à tout confondre, à verser dans une sorte de relativisme désenchanté mais bien plutôt à définir des voies prospectives à des exigences façonnées en commun, certes vouées à être reprises indéfiniment dans cette dialectique inhérente au mouvement même de l’Histoire. Il ne faut pas s’y tromper ni vouloir tromper son monde, en usant abusivement d’inflexions péjoratives : au sens où je l’entends ici, relativité n’est pas relativisme.

Match numérique contre humains : 1-0, mais pourquoi ?

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Nos besoins génétiques ou actuels trouvent leur satisfaction dans le modèle actuel des plateformes. Le comprendre permettra de réagir. Les milliers d’années d’évolution qui nous ont précédés ont gravé quelques points-clé de l’espèce dans nos gènes. Le cerveau humain est programmé pour poursuivre quelques objectifs essentiels, basiques, liés à sa survie à brève échéance : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, le faire avec un minimum d’efforts et glaner un maximum d’informations sur son environnement.

Ces cinq objectifs sont désignés comme « renforçateurs primaires ». Le mécanisme passe par le « circuit de la récompense » et implique la dopamine. Nous en parlions plus longuement dans un article précédent.

Ces automatismes sont exploités par les concepteurs des grandes plateformes (GAFAM et autres) afin d’en faire des addictions. Un mécanisme central est la captologie, ensemble des techniques utilisées pour prolonger au maximum notre présence sur un site internet. Et tant pis (pour nous) si notre attention moyenne retombe à quelques secondes, tels des poissons rouges. Adultes, nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes. Mais pour les enfants on assure que les dégâts seront plus longs à réparer, si on y arrive.

De nombreux essayistes, sociologues, psychologues, etc. se sont penchés sur ces mécanismes.

Gérald Bronner fut un de premiers à tirer la sonnette d’alarme avec sa « démocratie des crédules », suivi par Bruno Patino et sa «  civilisation du poisson rouge ». Une première réaction intéressante fut la montée des sites de vulgarisation scientifique focalisés sur le « débunkage » des vérités approximatives qui gangrènent internet. Là encore, les inquiétudes concernent surtout les jeunes. Anciennement l’éducation comportait une bonne partie de données culturelles (histoire, géo, bio, littérature) à ingurgiter. Beaucoup s’apitoyaient donc sur ce traitement inhumain et manipulatoire dont on farcissait ces pauvres têtes blondes. Résultat, actuellement, tous savent que Wikipedia contient pas mal de choses à peu près correctes, mais bien peu de jeunes y vont. Et ces pages blanches se jettent donc sur l’océan de contre-vérités, fake news et propagandes insidieuses que l’on trouve sur TikTok

Alain Damasio, auteur de SF, sait quels récits captent l’attention.

Il sait aussi que le futur fait toujours recette. Il a voulu comprendre comment fonctionne le business dans la Silicon Valley. Son voyage d’étude et son œil averti lui a inspiré son «  la vallée du silicium ». Il ne perd pas de vue que nos siliceux ne s’intéressent qu’aux processus rentables. Comment faire ? Il s’agit de susciter de gros volumes d’échanges entre les internautes, en se plaçant toujours entre eux. Il s’agit donc de créer des communautés dans lesquelles les individus ont un certain plaisir de groupe, mais sans que les rapports soient étroits. En effet, si les gens se rencontrent physiquement ensuite, pas de rentrée d’argent pour la plateforme !  Et, deuxième sanction, pas de data enregistrée à exploiter pour le profit de demain. Pour obtenir cela, on va au besoin prendre des pans entiers de vécu et les simuler (cas des jeux vidéo ou du Métavers). Il faut à tout prix que cela passe par une plateforme qui touchera des bénéfices, à la vente du matériel, à son usage en ligne, à la revente de votre profil. Pour vous convaincre que c’est la bonne façon de faire, on vous rappellera que tout ce paradis est portable via votre smartphone.

Les addictions sont créées le plus rapidement et profondément si elles impliquent les renforçateurs primaires évoqués ci-dessus. Le porno est bien sûr celui qui est lié au besoin de reproduction et aux plaisirs dont l’évolution nous a dotés pour faire la promotion de la chose. Les inconvénients de la reproduction on les découvre plus tard.

Les jeux vidéo permettent de croire un instant que le pouvoir nous appartient, ou au moins que le plaisir du jeu est présent, permettant par occupation constante d’oublier un peu notre environnement angoissant.

Obtenir des plaisirs sans effort c’est la promesse permanente de la technologie.

Elle nous augmente nos périodes d’oisiveté et/ou de boulimie, flattant  les renforçateurs correspondants, car l’évolution ne nous a pas avertis génétiquement des dangers de l’obésité et du diabète. Remarque en passant : tout à notre désir d’oisiveté, nous avons aussi négligé le fait qu’à chaque sous-traitance supplémentaire vers les machines, nous perdons un savoir-faire et un savoir, et augmentons notre dépendance. Les suites de l’intelligence artificielle risquent d’être douloureuses, surtout si nous retournons dans des situations de guerre.

Acquérir toujours plus d’info fait aussi partie du package de nos renforçateurs. Le réseau X (ex-Twitter) marche toujours bien, on peut y rajouter bien d’autres plateformes, dont les diffuseurs de nouvelles complotistes, permettant aux adeptes de se voir dans le petit cercle des initiés. Tiens, initiés ? Soyons en certains, le parfum de secret (affadi, depuis le temps) a joué en rôle dans la pérennisation de notre ordre. Bref, tout est en place pour que ce phénomène des plateformes survive pour un bon moment.

Il correspond aux besoins du business, on l’a vu.

Il matche avec nos faiblesses génétiques, on l’a vu également. Et un troisième trait apparaît : le modèle des bulles permet un communautarisme, mais permet aussi de maintenir la distance entre individus, angoisses sécuritaires et sanitaires obligent. À moins qu’il ne s’agisse que de l’individualisme qui a tout envahi ? Ce modèle réduit aussi progressivement le besoin de déplacements physiques :  ne travaillerons-nous demain qu’à domicile ? Et idem pour les consultations médicales ? Et pareil pour les loisirs ? C’est déjà un peu le cas avec notre société « Netflixée ».

Il est peut-être temps de faire la liste des soumissions auxquelles nous avons consenti et de réexaminer les coûts/bénéfices associés à chacune et à leur total. La formule «  c’est qui le patron » suppose qu’on aime le confort de la maîtrise. Pour cela, il faut obligatoirement passer par les stades d’apprenti  (sage) et de compagnon (nage).

Musée de la franc-maçonnerie : Mystères et surréalisme aux JEP 2024

Le musée de la franc-maçonnerie ouvre ses portes à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, les 21 et 22 septembre 2024, pour des visites guidées tout au long de la journée, sans réservation.

Musée de la Franc-maçonnerie

Venez découvrir l’univers fascinant des temples maçonniques et explorez leurs mystères, entre tradition séculaire et idées nouvelles. Une opportunité unique de plonger dans l’histoire et la symbolique de la franc-maçonnerie.

En point d’orgue, ne manquez pas l’événement théâtral « Le Trésor des Jésuites », une pièce surréaliste coécrite par André Breton et Louis Aragon, qui parodie le Grand Orient de France avec malice et fantaisie, tout en révélant une grande érudition littéraire derrière son ton satirique.

Cette œuvre sera mise en scène sous forme de théâtre de papier, sous la direction d’Éric Poirier et Yoan Armand Gil, et sera présentée lors de quatre représentations le dimanche 22 septembre 2024 (11h, 14h, 15h30, 17h).

Plongez dans cet univers onirique et satirique pour un moment unique d’évasion et de réflexion. L’événement est gratuit et ouvert à tous.

Infos pratiques

Dates : Samedi 21 septembre 2024, de 10h à 19h/Dimanche 22 septembre 2024, de 10h à 18h – Lieu : Musée de la franc-maçonnerie 16 rue Cadet – Paris IX

Musée de la Franc-Maçonnerie
Musée de la franc-maçonnerie

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du musée

12/09/24 : Réélection du Grand Maître National Sylvain Zeghni

Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN

Ce jeudi 12 septembre 2024, Sylvain Zeghni a été réélu Grand Maître National de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique mixte international LE DROIT HUMAIN. « C’est un témoignage de confiance des membres du Conseil National, signe d’une adhésion forte au projet que nous avons porté » a déclaré Sylvain Zeghni. En effet, l’année 2023 – 2024 a vu aboutir une réforme en profondeur de l’organisation de notre Fédération.

Les projets sont nombreux pour cette nouvelle mandature, avec un esprit de renouveau et de modernité :

  • soutenir une dynamique régionale adaptée aux spécificités des bassins en facilitant les initiatives locales,
  • développer le travail, les réflexions et les actions inter-obédientielles,
  • retrouver et valoriser l’essence de notre mixité originelle, en l’ouvrant aux mixités en général pour construire une pensée commune sans nier l’autre,
  • faire vivre davantage l’aspect international de notre Ordre,
  • proposer de nouveaux outils (vidéo, podcasts, webinaires…) permettant à la fois aux Frères et Sœurs d’enrichir leur expérience et leur réflexion,
  • permettre aux profanes de mieux connaître notre travail et l’esprit propre à notre Fédération et à notre Ordre avec des cycles de conférences.
Sylvain ZEGHNI

« Nous pouvons pour tout cela nous appuyer sur la force de notre Fédération, liée à son identité propre, à une organisation désormais plus appropriée et à l’implication de ses membres. Il nous faut toujours veiller à développer un esprit de nuance, essentiel pour être des acteurs de la réconciliation et rétablir la concorde qu’il faut faire rayonner dans la société ».

Est-ce vraiment en Franc-maçonnerie que règnent la Concorde et la Fraternité ?

Selon le Larousse (c’est toujours bien de démarrer par un morceau de définition), la concorde vient du latin « concordia ». C’est l’union des cœurs et des volontés. Elle produit la paix, l’entente et elle appelle discernement comme bienveillance… Fraternité.

Et oui, en franc-maçonnerie, nous prônons la fraternité universelle. Entre parenthèses, comment expliquer que certaines obédiences masculines qui les visitent refusent encore l’inverse pour les femmes ? Trêve de sarcasme facile (oui, c’était facile), la fraternité universelle c’est aussi user d’un ton juste et avoir une posture bienveillante. Chassons les mauvaises pensées !

La franc-maçonnerie nous apprendrait la tolérance, la concorde et la fraternité : il ne devrait donc pas s’installer de débat en loge, ni de désaccord ! La concorde ne se parerait-elle alors pas, quelquefois, d’un manteau de bienveillants sourires… Factices ? D’aucuns disent qu’enveloppante et trop affective, elle infantilise plus que ce qu’elle n’élève…Quant au concept de tolérance… Est-elle une pierre angulaire qui ne se fende jamais, même sous le poids des situations les plus contestables ou des blagues les plus lourdes ?

La tolérance ? C’est comme un plat de lentilles, on sait que c’est bon pour la santé mais ça pourrait avoir meilleur goût ! La Concorde ? Comme le sel ! Bien dosée ça rehausse le plat, trop, le tensiomètre explose !

L’engagement se concevant dans le temple et hors du temple, délestés de ses métaux, cela va de soi, il est tellement plus sage d’osciller la tête, souriant, à la façon du Dalaï Lama…

Alors n’oublions pas une recette du bonheur : un peu de concorde assaisonnée de fraternité et d’un zeste de tolérance avec beaucoup (mais alors beaucoup) de chocolat ! La vie sera douce, même si parfois, c’est bien qu’elle soit un peu, beaucoup, à la folie, passionnément… Salée !

Le NETFLIX maçonnique débarque avec du lourd

La Vidéothèque de La Voûte Etoilée est une plateforme vidéo réservée exclusivement aux Frères et Sœurs abonnés. Elle propose des dizaines de vidéos d’instructions maçonniques, des Mini-séries thématiques, un édito hebdomadaire, les replays des conférences Zoom… et bien d’autres services pour répondre aux besoins du groupe. L’apport permanent, quasi quotidien de nouvelles vidéos « maison » pourrait transformer ce portail communautaire des Francs-maçons en source incontournable d’information audiovisuelle et d’instruction maçonnique. Une sorte de NETFLIX pour les Francs-maçons.

www.lavouteetoilee.net/videotheque

Les vidéos d’instructions maçonniques : Des vidéos à la fois ludiques sérieuses et profondes dont la durée a été étudiée pour celles et ceux qui ont peu de temps libre. Chaque vidéo met en scène un Frère ou une Sœur qui se prête au jeu du grade selon le niveau d’instruction (Apprenti / Compagnon / Maître) et qui livre un travail personnel de 10 à 15 min sur sa compréhension et son ressenti d’un symbole.

Cette présentation est suivie d’un échange avec le Frère Instructeur Franck Fouqueray. Vous assistez ainsi à des débats riches et profonds. Il ne s’agit pas de formation, mais bien de partages, d’échanges dans le cadre d’une instruction. L’objectif est de faire un pas de plus sur le chemin initiatique.

Des dizaines de vidéos d’instruction aux 3 premiers degrés

Les vidéos d’Instruction maçonnique au Premier Degré. Un complément de réflexion très utile pour les Frères et Sœurs apprentis, mais aussi un support pour les Seconds Surveillants. Elles sont un enrichissement pour celles et ceux qui souhaitent approfondir la symbolique du Premier Degré

Les vidéos au Deuxième Degré sont, elles aussi, indispensables aux Frères et Sœurs Compagnons. Elles constituent une source de réflexion et une base de travail pour les Premiers Surveillants où pour ceux qui souhaitent se replonger dans la symbolique de ce degré. Ce degré mal considéré mérite une étude toute particulière. C’est l’objet des 10 vidéos du degré à la disposition des abonnés.

Les vidéos au Troisième Degré. Trop souvent ce degré est négligé en Loge. En effet, de nombreux Maîtres se plaignent du peu d’instruction à ce degré. Les vidéos du Troisième Degré permettent ainsi de travailler une symbolique rarement pratiquée. Cela constitue indéniablement une inspiration pour les Maîtres maçons.

Cette source documentaire constitue un apport indéniable pour les apprenants des Loges bleues. Il n’existe actuellement aucun autre endroit où 24h/24 on peut s’instruire par des séries de vidéos.

La Rédaction de 450.fm les a étudiées et nous pouvons vous confirmer que le niveau qualitatif est tout à fait respectable.

Des mini-séries thématiques par dizaines

Les mini-séries thématiques proposent aux abonnés des vidéos sur des sujets chers aux francs-maçons. Des thématiques symboliques, ésotériques ou de société que les Sœurs et les Frères travaillent en loge.

L’idée des mini-séries est de présenter des courtes vidéos qui permettent à celles et ceux qui ont peu de temps de pouvoir profiter de ces sources de connaissances. Des vidéos de 3 à 5 min, pour l’exemple, les lames du tarot initiatique. D’autres de 10 à 15 min telles que celles sur la thématique « apprivoiser la mort » du Frère Éric Remy ou encore « des mots pour penser en Franc-maçonnerie » de la Sœur Solange Sudarskis que les lecteurs de 450.fm connaissent bien.

Bon voyage dans l’univers de l’astrologie symbolique, du tarot initiatique, de la physique moderne, de la spiritualité . 

Le site est assez convivial et très abordable dans sa navigation. L’accueil de la vidéothèque présente les dernières vidéos publiées, ainsi que les avant-premières des nouvelles Mini-séries thématiques. Selon Christophe Dangien, le fondateur et animateur du Réseau la Voûte Étoilée, de nombreuses mini-séries sont en préparation. Il rajoute :

« Les Frères et Sœurs qui participent à la réalisation des Mini-Séries thématiques sont des passionnés, des experts et souvent des écrivains qui partagent avec nous les fruits de leurs recherches et de leurs connaissances. »

Une originalité de la vidéothèque de la voûte Étoilée : l’édito du Frère Eddy Caekelbergks que les Frères belges connaissent bien.

Chaque semaine quelques minutes pour partager l’actualité du monde ou l’actualité maçonnique. Un sujet traité, un coup de gueule parfois, mais toujours le regard et l’analyse d’un journaliste professionnel de la radio-télévision belge et d’un passé grand maître adjoint du Grand Orient de Belgique.

REPLAY

La Voûte Etoilée propose aussi chaque mois des conférences, des débats en direct sur zoom. Des sujets passionnants et des conférenciers captivants généralement reconnus. La vidéothèque propose l’accès au replay des conférences. Actuellement, plus de 150 vidéos sont à votre disposition.

La voûte étoilée propose un contenu riche et diversifié. Elle réalise et publie de nombreuses vidéos mises à jour quotidiennement. Elle présente une bibliothèque ésotérique et symbolique. Les Sœurs et les Frères peuvent également intégrer des groupes de discussion, l’organisation de voyages et d’événements, tels que celui du solstice d’été ou du prochain dîner spectacle : « une vie avec Mozart » qui couronne l’offre de la Voûte Étoilée.

Pour profiter de ces services, la Voûte Étoilée propose un abonnement d’accès préférentiel pour la première année. Une année pour visionner les vidéos complètes et se faire une idée sur la diversité, la pertinence et la qualité de la vidéothèque.

Parlons du prix :

L’abonnement mensuel est proposé à 8€/mois, payable à l’année. Toute chose étant relative, on peut considérer que ce prix est très raisonnable, compte tenu de la quantité et la qualité des informations obtenues. Cet investissement a semblé très pertinent à la rédaction qui vote pour.

S’abonner : www.lavouteetoilee.net/videotheque

Avec « Points de Vue Initiatiques », partez à la quête de la Beauté, horizon d’idéal et de transcendance

Le dernier numéro de Points de Vue Initiatiques (#213), intitulé « La beauté, un idéal ? »,  publié en septembre 2024 par la Grande Loge de France, s’articule autour d’une réflexion profonde et universelle sur la beauté, en tant qu’idéal et en tant que quête spirituelle, humaine et philosophique. S’engageant pleinement dans une exploration complète de ce que représente la beauté, son essence et sa transcendance.

L’éditorial ouvre cette réflexion avec des interrogations fascinantes. Olivier Balaine nous plonge dans une analyse complexe de la beauté, qu’il décrit comme un « universel », une quête commune qui transcende les cultures et les formes.

Dès le début, Olivier Balaine insiste sur la multiplicité des expériences de la beauté, mettant l’accent sur le fait qu’elle est souvent ressentie avant d’être conceptualisée. Dans son texte, il évoque également cette capacité de la beauté à éclairer l’expérience humaine, en la comparant à la lumière qui renaît constamment. Il y a dans ses propos une métaphore importante : la beauté comme un éclair de vérité qui transcende le temps et nous lie à l’essence même de l’humanité. Cette fulgurance de la beauté semble être au cœur du propos du magazine, un élément qui nous touche au plus profond de notre âme.

Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF
Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF

Thierry Zaveroni, dans son mot en tant que Grand Maître de la Grande Loge de France, approfondit cette réflexion en introduisant une dimension philosophique plus accentuée. Il fait écho aux idées de Platon et Socrate, pour qui le beau et le bien sont inséparables, suggérant que l’ascension vers le beau est également une ascension morale. Thierry Zaveroni convoque également des figures littéraires et philosophiques, telles que Victor Hugo, pour développer l’idée que la beauté touche à quelque chose de transcendant et d’inexplicable, qu’elle nous dépasse, nous émeut et nous élève au-delà de nous-mêmes. Le texte met également en exergue la manière dont la beauté s’inscrit dans une harmonie universelle, reliant toutes les parties du monde et créant une cohérence qui, bien que parfois mystérieuse, semble évidente à ceux qui la contemplent. Cette harmonie n’est pas purement esthétique mais engage une dimension morale et éthique, essentielle dans le parcours initiatique maçonnique.

Beauté : Lumière de l’âme, éclat du monde

Le sommaire de l’ouvrage nous dévoile une exploration multidimensionnelle de la beauté. Plusieurs articles, entretiens et réflexions philosophiques sont organisés autour de cette thématique centrale, abordant la beauté sous des angles variés. On trouve ainsi des analyses sur l’harmonie comme expression de l’ordre du monde, la relation entre l’homme déchiré et la beauté, et même des réflexions sur la beauté des rites et des formes architecturales. Chaque contributeur semble apporter une couche supplémentaire à cette quête de compréhension.

Albert Valren, par exemple, dans « L’harmonie, expression de l’ordre du monde », suggère que la beauté émerge du chaos pour créer une forme d’équilibre. Ce propos est d’une résonance particulière, car il associe la beauté à la construction du monde et à son agencement harmonieux, presque comme un acte créateur. La beauté, dans cette vision, devient une force organisatrice, reliant les humains à une dimension supérieure.

François Bénétin, dans « L’homme déchiré et la beauté », propose une réflexion plus douloureuse, où la beauté coexiste avec l’horreur. Il interroge cette dualité, cherchant à comprendre comment le beau et l’abject peuvent cohabiter dans la même réalité humaine. Cette exploration de la beauté à travers la souffrance semble rappeler l’idée de la beauté tragique, une forme esthétique qui révèle des vérités profondes sur l’existence humaine.

D’autres articles, comme celui de Christophe Picot, « La beauté sauvera-t-elle le monde ? », s’interrogent sur le rôle de la beauté dans la rédemption et la transformation du monde. Picot semble questionner le lien entre la beauté et une forme de salut universel, évoquant peut-être une transcendance spirituelle qui pourrait guider les hommes vers une compréhension supérieure de leur existence.

Professeur Jean-Paul Deremble

L’ouvrage ne se limite pas à une simple réflexion théorique. Il fait appel à l’histoire, à l’art et à l’architecture pour enrichir son propos. L’entretien avec Jean-Paul Deremble, par exemple, explore comment la beauté, la spiritualité et l’humanisme se rencontrent dans la lumière traversant le vitrail, un symbole puissant de la manière dont l’art peut canaliser la beauté vers des idéaux plus élevés. De même, Stéphane Bousquet, dans son article sur « L’art du trait », analyse la beauté géométrique et scripturale, depuis les pétroglyphes jusqu’aux formes plus modernes, révélant une continuité esthétique à travers l’histoire humaine.

L’ouvrage prend ainsi la forme d’une réflexion profondément maçonnique, où la beauté est non seulement une recherche esthétique, mais aussi un moyen de transmission et d’élévation spirituelle. La beauté, telle qu’elle est décrite dans les divers textes, est à la fois individuelle et collective, relevant de l’expérience intime tout en étant une quête partagée par toute l’humanité. Elle est un lien entre le matériel et le spirituel, entre l’éphémère et le divin, entre la contemplation et l’action.

Nuage de mots

Sans oublier les chapitres « Histoire » et « Portrait d’initié » qui, sous la plume érudite de Jean-Pierre Thomas » sont consacrés à « L’Atelier de Gustave Courbet » et à « Isidore Taylor ou la découverte de la beauté des monuments historiques ».

Gustave Courbet par Nadar

En plongeant dans l’analyse de l’œuvre de Gustave Courbet, nous sommes invités à dépasser l’iconographie superficielle pour découvrir un monde de figures symboliques et de sous-entendus philosophiques. La représentation de personnages, dont certains sont des allégories manifestes de la société et de la politique de l’époque, est un jeu entre l’apparence et la profondeur.

« L’Atelier du peintre »

Gustave Courbet ne se contente pas de peindre une scène réaliste ; il propose une véritable radiographie de la société, déployant une vision presque prophétique de ce qui allait advenir politiquement et culturellement. Son tableau « L’Atelier du peintre » ne se contente pas d’être une simple peinture : il devient une métaphore vivante, un manifeste de ce qu’est l’artiste dans le monde moderne – un créateur, un observateur, mais aussi un provocateur capable de dévoiler les contradictions sociales.

Quant à Isidore Taylor, franc-maçon influent qui a joué un rôle majeur dans la découverte et la sauvegarde du patrimoine monumental en France, Jean-Pierre Thomas nous dresse un portrait initiatique. Celui d’un homme animé par une passion pour la beauté historique et artistique, et dont la quête a permis de préserver des trésors aujourd’hui considérés comme indispensables à notre compréhension du passé. La démarche de Taylor ne s’inscrivant pas uniquement dans une logique de protection des pierres, mais aussi dans une véritable quête de sens.

Focus sur l’entretien avec Jean-Paul Deremble

Dans le cadre de Points de Vue Initiatiques, cet entretien se présente comme une exploration subtile et érudite de la beauté à travers la lumière et la spiritualité, spécifiquement autour du rôle des vitraux. Cet échange, recueilli par Olivier Balaine, offre une réflexion profonde sur l’iconographie médiévale, la théologie et l’interprétation des images sacrées, avec une attention particulière portée à la lumière qui traverse le vitrail comme un symbole transcendantal.

Jean-Paul Deremble, théologien et historien d’art, spécialiste de l’iconographie chrétienne et des vitraux, engage une réflexion qui ne se contente pas de la surface esthétique de l’objet étudié. Il inscrit le vitrail dans un cadre conceptuel complexe, où la beauté devient une médiation entre le texte et l’image, entre le sacré et l’humain. La lumière, dans cette vision, n’est pas seulement un phénomène physique, mais aussi une manifestation spirituelle, capable de dévoiler le divin dans l’immanent.

La première partie de l’entretien met en lumière le parcours intellectuel de Jean-Paul Deremble, caractérisé par une formation pluridisciplinaire en théologie, philosophie et sociologie. Il fait preuve d’une vision claire et structurée de sa démarche intellectuelle, tout en expliquant le rôle fondamental de la théologie dans l’articulation d’une pensée sur la transcendance et la beauté. Il propose une réflexion sur la verticalité de l’âme humaine, et sur l’importance de la tradition chrétienne dans la construction de cette pensée. Cette tradition, dans laquelle le vitrail joue un rôle central, est profondément liée à la manière dont la beauté et le sacré se manifestent dans le monde.

Un des moments clé de cet entretien se trouve dans la réflexion sur le structuralisme, cette approche théorique qui, bien que puissante, est perçue par Jean-Paul Deremble comme parfois trop figée. Il remet en question une lecture trop rigide des textes et des images, prônant une interprétation plus vivante et fluide, capable d’inclure plusieurs niveaux de lecture. C’est ici que sa vision du vitrail comme « texte visuel » prend tout son sens : chaque image de vitrail, chaque détail, est à la fois instantané et éternel, et s’offre à une interprétation multiple, comme une lecture continue des éléments du sacré. Le vitrail, selon Jean-Paul Deremble, est une forme d’art qui dépasse la simple esthétique pour entrer dans le domaine de l’émotion pure, du sensible, tout en restant ancré dans une structure théologique et philosophique rigoureuse.

Une autre réflexion fascinante se trouve dans l’opposition entre le texte et l’image. Jean-Paul Deremble explique que si un texte peut être déchiffré, interprété et ressenti à travers la lecture, l’image, quant à elle, propose une expérience plus immédiate. Il s’agit d’une séduction instantanée, qui transcende les mots et touche directement à la sensibilité humaine. Cette opposition entre le visuel et le textuel est cependant nuancée, car l’image – et plus spécifiquement le vitrail – est capable de parler d’une manière profonde à l’âme humaine, tout en nécessitant une préparation spirituelle et intellectuelle pour être pleinement comprise. Cette complémentarité des deux médiums invite le lecteur à reconsidérer la manière dont nous percevons l’art et la beauté dans un cadre spirituel.

Le contrôle des images dans l’histoire religieuse est également abordé, avec un éclairage particulier sur la manière dont les vitraux échappaient parfois à la censure, du fait de leur caractère officiel et institutionnel. Jean-Paul Deremble met en lumière la complexité du rapport de l’Église à l’image, où les vitraux jouaient un rôle à part, devenant un support de transmission non seulement théologique mais aussi émotionnelle. L’image vitrée, contrairement à d’autres formes artistiques, détenait un pouvoir d’influence tout particulier du fait de sa place dans les églises, où elle était contemplée dans un contexte liturgique et sacré.

L’analyse se prolonge ensuite sur le rôle du vitrail dans l’édifice chrétien. Jean-Paul Deremble explique que le vitrail est un médium qui sublime la lumière naturelle pour en faire un vecteur de transcendance. La lumière devient alors une métaphore du divin, filtrée à travers la matière pour révéler des vérités spirituelles profondes. Le vitrail, par cette mise en lumière sacrée, devient une porte ouverte sur l’invisible, une manière de rendre palpable le mystère du divin dans un monde matériel. Cette réflexion rejoint une vision quasi platonicienne de l’art sacré, où la beauté sensible révèle une beauté supérieure, intelligible.

L’entretien touche également à la question de la destruction des images au Moyen Âge et des multiples vagues iconoclastes. Jean-Paul Deremble rappelle que si certaines images ont été détruites, les vitraux de Chartres, eux, ont échappé à cette fureur destructrice. Il y a ici une forme de préservation miraculeuse de ces œuvres, qui traversent les siècles et continuent de transmettre leur message spirituel, témoignant de l’importance capitale que la beauté et la lumière revêtent dans la culture chrétienne.

En conclusion, cet entretien avec Jean-Paul Deremble propose une réflexion riche et nuancée sur le rôle du vitrail dans la spiritualité chrétienne. À travers une analyse érudite et subtile, Jean-Paul Deremble nous invite à voir le vitrail comme un pont entre le visible et l’invisible, un médium où la lumière, la couleur et la forme se combinent pour dévoiler une beauté transcendante. L’image vitrée, plus qu’une simple œuvre d’art, devient dans cette vision un vecteur de sens, une porte d’accès vers la contemplation du sacré.

En somme, ce dernier numéro de la revue de la GLDF propose une exploration riche et nuancée de la beauté, abordée sous toutes ses formes – artistique, philosophique, spirituelle et architecturale. Il nous invite à repenser la place du beau dans nos vies, à le reconnaître non seulement comme un idéal esthétique, mais aussi comme un chemin vers la sagesse et la plénitude. Dans ce sens, la beauté devient un idéal non pas inatteignable, mais à rechercher inlassablement, un éclat de lumière qui illumine notre quête de sens et d’élévation.

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Points de Vue Initiatiques

Depuis sa création en 1965, Points de Vue Initiatiques (PVI) s’est affirmée comme un véritable outil de travail, destiné autant aux francs-maçons qu’aux profanes. Rédigée principalement par des auteurs francs-maçons, la revue présente également des contributions de personnalités extérieures, toujours avec l’objectif de favoriser la réflexion spirituelle et intellectuelle. Chaque numéro s’articule toujours autour d’un grand thème.

La revue propose une approche à la fois accessible et profonde, rendant ces sujets complexes à la portée d’un public élargi, tout en restant fidèle aux valeurs et aux traditions de la Grande Loge de France.

Pour vous abonner, acheter un numéro ou consulter les anciennes éditions, rendez-vous sur la boutique en ligne de la Grande Loge de France ou sur la page Facebook dédiée à Points de Vue Initiatiques.

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Points de Vue Initiatiques #213-« La beauté, un idéal ? »

Revue de la Grande Loge de France – Vivre la tradition

Collectif – GLDF, Septembre 2024, 120 pages, 8 €