Accueil Blog Page 353

Bible : quelques récents étonnements

Par recoupements avec d’autres sources, les historiens rétablissent une image crédible de ce qui s’est réellement passé lors de la naissance du peuple hébraïque et de sa religion. Les imports dans les légendes maçonniques sont eux aussi secoués.

La bible a longtemps été considérée comme à la fois livre religieux et historique. D’ailleurs il existe toujours des congrégations qui imposent une lecture au premier degré de tous les textes, d’où il ressort que le monde a été créé ex nihilo il y a environ 6000 ans. Heureusement, chez nous, tout n’ est que symbole.  Les historiens contemporains, eux, ont décidé de ne déclarer historique que les éléments que l’on a pu recouper avec d’autres sources. Ces autres sources sont les textes des peuples contemporains et voisins des tribus juives. Il y a d’abord les grandes puissances régionales, dont les peuples de taille plus modeste étaient souvent vassaux : l’Assyrie en Mésopotamie, relayée plus tard par Babylone, L’Egypte des pharaons, puis plus tard la Perse et enfin les grecs avec Alexandre le Grand et la période hellénistique. Mais les voisins plus modestes ont également des apports intéressants.

Par exemple, ils avaient des dieux tutélaires, avec leur cortège de légendes donnant d’éclairants parallèles avec la bible.  

Une immersive plongée dans cette époque, et dans le cheminement prudent de la pensée des historiens, est constituée par le livre «  l’invention de Dieu », de Thomas Römer, membre du Collège de France. Parmi les difficultés à ne pas négliger figurent l’écriture hébraïque ancienne, et son absence de transcription des voyelles, mais aussi les multiples recopies/traductions/remaniements qu’ont subi les textes. En effet,  les rouleaux de papyrus ou de peaux de chèvre ou de vache avaient une durée de vie limitée et leur contenu devait au bout de quelques décennies être recopié sur de nouveaux rouleaux. Il est néanmoins saisissant de suivre la progression de la pensée religieuse de ce peuple, sachant que pendant tout ce temps se déroulent des guerres, révoltes ou dominations avec à chaque fois des influences culturelles et cultuelles imposées. Au bout de tout cela fut inventée la notion de monothéisme, reprise par le christianisme et l’islam, quasiment inchangée depuis. La migration vers le monothéisme a nécessité beaucoup d’autres changements dans les pratiques et les mentalités, c’est l’objet de ce billet.

Offrons nous juste quelques arrêts sur image.

Yhwh se fait connaître lorsque Moïse, faisant paître le troupeau de son beau-père Jethro, se perd et arrive à une « montagne de dieu » appelée Horeb.  L’idée que le dieu Yhwh a une origine non israélite s’est assez vite imposée dans la recherche. Jethro était prêtre madianite, ce qui pointe la région sud avec notamment le Neguev. Autour des égyptiens gravitaient plusieurs peuples semi-nomades, dont les madianites, les Shasou et les Hapiru. Moïse était peut-être un révolté de l’un  de ces groupes. Une alliance est scellée entre Yhwh, qui se présente comme celui qui a vaincu les égyptiens, et le peuple de Moïse, et ratifiée par un rituel de sang. A noter que les sacrifices humains étaient courants à l’époque, chose que les transformations religieuses juives élimineront au cours du dernier millénaire avant JC, en parallèle de la marche vers le monothéisme.

D’autres dieux étaient vénérés à l’époque dont El ( ou El Elyon ), noms qui reviennent à plusieurs reprises dans la Genèse, par exemple en rapport avec Abram. On le retrouve aussi dans la dernière syllabe d’Israël , nom pris par Jacob après sa lutte.  

La véracité historique d’une victoire des révoltés conduits par Moïse sur les égyptiens est ébranlée depuis la découverte de la stèle du pharaon Merenptah, muette quant à un exode hors d’Egypte, mais indiquant que suite à une guerre «  Israël est détruit, sa semence même n’est plus ». Allez savoir.

Toujours est-il que ce dieu Yhwh a été introduit dans la région de Benjamin et Éphraïm où se trouve Israël. 

Le fait que Yhwh ne soit devenu le dieu du peuple d’Israël qu’au tournant du deuxième et du premier millénaire avant notre ère est conforté par les toponymes judéens ou israélites. Israël, étant le royaume du Nord, jouira de la prospérité avant la Judée, royaume du sud, et finira par prendre Samarie comme capitale. Mais le polythéisme régnait. A côté de El et Yhwh il y avait aussi un Baal, dieu de l’orage, similaire au Baal phénicien. Et les Baal étaient représentés par des taureaux…de là à voir Yhwh représenté par un taureau, il n’y a qu’un pas. Car oui, les statues n’étaient pas interdites à l’époque. L’imagerie pouvait aussi être une représentation stylisée : c’était le cas d’Ashérah, parèdre de Yhwh ( mentionnée dans la bible ). Et des pierres levées furent également utilisées, par exemple dans les sanctuaires de plein air des petites bourgades. C’est donc un autre point de la révolution monothéiste : l’élimination progressive, mais pas lente, de ces représentations pour obtenir l’aniconisme que nous connaissons.

Ceux qui ont surtout tenu la plume de l’écriture des textes bibliques provenaient du royaume judéen, et ils ont chargé la mule de la culpabilité du royaume du Nord.

C’était une explication nouvelle ( le storytelling, il n’y que ça qui marche ! ) : les échecs ont été provoqués par Yhwh en instrumentalisant nos ennemis, pour punir les juifs des irrégularités commises. La première de celles-ci est l’adoration d’autres dieux que Yhwh, dieu jaloux. Le veau d’or semble s’être situé à Samarie plutôt qu’au Sinaï. Le fervent yahwiste Jéhu a dû néanmoins se soumettre aux Assyriens et reconnaître du coup la suprématie de leurs dieux. Ceci a ouvert la porte à l’essor du royaume du Sud, notamment par déplacement d’une partie de la population du Nord.

Concernant le royaume de Judée, l’existence de la « maison de David » est attestée par une inscription araméenne retrouvée à Tel Dan. Les territoires de David se trouvent dans la zone d’influence des Philistins et David est représenté comme ayant été l’un de leurs vassaux.

Plusieurs épisodes concernent l’arche, protection mobile de Yhwh. 

Main sur la Bible lors du serment

(« Yhwh a dit qu’il voulait habiter dans l’obscurité. »)  La construction (ou rénovation) du temple vient ensuite, fort détaillée. Dans ce temple, serait réservée une sorte de chapelle latérale, un deuxième dĕḇîr, pour Yhwh. Le sanctuaire abriterait donc non pas un mais deux dieux !! N’est-ce pas étonnant ?

Je ne comprends pas pourquoi nos exégètes maçonniques ne se sont pas emparés de cette question vitale.

Ils étaient sans doute trop occupés à se quereller au sujet de l’obligation ou non de croire en un dogme révélé ( Laurence Dermott, si tu nous regardes… ).

Même à Jérusalem, Yhwh n’a pas été vénéré seul.

Bible et 3 grandes Lumières
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment

À Moab au fil du temps les membres du panthéon cananéen s’effacent quelque peu derrière le dieu dynastique qui prend de plus en plus de place. Un développement similaire a sans doute eu lieu à Jérusalem.  Dans le cadre du culte royal, on a dû assez rapidement affirmer la supériorité de Yhwh sur la divinité solaire. L’importance du culte solaire à Jérusalem peut, entre autres, s’expliquer par l’influence égyptienne.

Contrairement au royaume du Nord, le Yhwh de Jérusalem a été fréquemment imaginé assis sur un trône flanqué de chérubins ou entouré de séraphins ( également courants dans l’iconographie assyrienne ).  Des trônes avec des chérubins figurent aussi sur le sarcophage du roi phénicien Ahiram ( tiens ? ) , daté entre le IXe et le VIIe siècle av JC.

Pendant que je vous tiens sur ce sujet, sachez que le seul Hiram de Tyr historiquement attesté se trouve sous le nom de Hirammu dans les annales du roi assyrien Tiglath-Piléser. Voilà, moi aussi je suis érudit.

Les récits de construction de temple sont nombreux dans les textes assyriens, et celui dans la bible leur ressemble mucho mucho…

La catastrophe de la destruction de Jérusalem et de l’exil par les Babyloniens en 587 a été expliquée par une ou des statues de Yhwh, ce qui a précipité l’interdiction des représentations. Le chandelier se substituera à la statue. Yhwh accompagnera les exilés à Babylone. « On ne dira plus : “Arche d’alliance de Yhwh.” Cet oracle substitue à l’arche, en tant que trône de Yhwh, la ville de Jérusalem qui tout entière devient le « siège » du dieu d’Israël, le centre du monde.

Être le seul vrai dieu n’autorise guère de partenaire, aussi Ashérah fut, malgré les résistances, « exfiltrée » comme relevant d’un culte non yahwiste.  En Mésopotamie, la « maison d’Ishtar » peut aussi désigner le bordel, et il existe sans doute un lien entre prostitution et culte d’Ishtar. L’interdiction de la prostitution dans les lieux de culte fut une autre des innovations bibliques.

Yhwh devient le dieu « un » et Jérusalem le seul endroit légitime pour pratiquer le culte sacrificiel. 

L’insistance sur l’unité de Yhwh s’accompagne de l’exigence d’un amour total et sans partage pour la divinité.  La fermeture (au moins théorique) des boucheries dans les sanctuaires locaux nécessite maintenant la permission d’un « abattage profane ».

La prise de Babylone par Cyrus en 539 avant notre ère permit le retour des exilés avec autorisation de pratique de leur culte.  Yhwh est certes le dieu qui règne sur tous les peuples, néanmoins, il entretient une relation particulière avec Israël.  Cependant, Israël ne doit pas « profiter » de cette connaissance, d’où l’interdiction, qui se précise durant la seconde partie de l’époque perse, de prononcer le nom de Yhwh. Satan apparaît sous l’influence mazdéiste du dualisme perse. Le remplacement des sacrifices animaliers par un sacrifice d’encens peut également refléter une influence perse car le mazdéisme préfère les sacrifices végétaux aux sacrifices sanglants.

Vu tout cet historique, le monothéisme yahwiste ne s’enracine plus dans l’idéologie royale, mais est une réaction à la disparition de la royauté et à l’écroulement de la religion nationale traditionnelle. 

Un des premiers gouverneurs de Yehud semble avoir été Zorobabel, un déporté, d’ascendance royale davidique et commis par les Perses.

Bible maçonnique
Bible maçonnique

Ceux-ci pensaient sans doute que son pedigree royal convaincrait la population autochtone de collaborer avec lui.  La disparition très soudaine de Zorobabel dans la Bible suggère cependant que les Perses l’ont démis de ses fonctions pour empêcher des attentes messianiques.

C’est le Pentateuque qui se substitue aux institutions politiques, mais aussi au pays, de sorte qu’il devient, pour reprendre une expression célèbre du poète Heinrich Heine, une « patrie portative » qui permet au judaïsme de vénérer Yhwh en conservant les lois qui se trouvent dans la Torah et qu’on peut lire partout où il y a des synagogues. Lorsque Pompée entre en 63 avant notre ère dans le temple de Jérusalem, il découvre avec stupéfaction qu’il est vide, ce qui paraît une chose inconcevable.

La transformation de Yhwh en dieu unique est achevée par le refus du judaïsme de l’appeler par son nom et, surtout, par la traduction de la Torah en grec, ce qui permet alors au monde entier (vu de la perspective gréco-romaine) de le découvrir et, éventuellement, de se tourner vers lui.

Ce trop court survol d’un millénaire particulier doit nous faire réfléchir au processus de formation des croyances, religieuses ou idéologiques. Comment ne pas voir que toutes ont été construites par « cherry-picking » d’éléments captés alentour ? Et en cela la franc-maçonnerie a fait strictement pareil.

Loges maçonniques attaquées : la justice demande la condamnation de 8 néonazis

De notre confrère leparisien.fr – Par Pascale Égré et Jérémie Pham-Lê 

Une « entreprise terroriste » caractérisée, même si l’action violente envisagée n’a pas été mise en œuvre, mais le choix d’une qualification délictuelle. Telle est la position du parquet national antiterroriste (PNAT) pour l’un des pans du vaste dossier concernant le gourou complotiste et ex-cadre du MoDem Rémy Daillet-Wiedemann (RDW) : le « projet Alsace » d’attaque contre des loges maçonniques dans l’est de la France, fomenté à partir d’avril 2020 et jusqu’en mai 2021 par « un groupe d’individus acquis à l’idéologie néonazie ».

Dans un réquisitoire définitif du 4 juillet, le PNAT demande le renvoi de huit personnes pour « association de malfaiteurs terroriste » devant le tribunal correctionnel de Paris. RDW avait échappé à une mise en examen dans ce volet où son rôle apparaît « indirect et résiduel », considère-t-il.

Lire la suite sur le Parisien

[NDLR : Pour mémoire, nous vous proposons un aperçu de l’affaire concernant Rémy Daillet-Wiedemann et le « projet Alsace » :

Rémy Daillet-Wiedemann

Rémy Daillet-Wiedemann est une figure controversée en France, ayant été associé au parti centriste MoDem avant de s’en éloigner et de devenir un gourou complotiste. Il est connu pour ses théories du complot et ses appels à la sédition. Il a notamment gagné en notoriété pour ses prises de position contre les mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19 et pour ses discours incitant à la rébellion contre les autorités françaises.

Le « projet Alsace »

Le « projet Alsace » est l’une des branches de l’enquête sur les activités de Rémy Daillet-Wiedemann. Ce projet visait à attaquer des loges maçonniques dans l’est de la France. Selon les informations disponibles, le projet a été préparé par un groupe d’individus adeptes de l’idéologie néonazie. Les préparatifs ont commencé en avril 2020, en pleine pandémie, et se sont poursuivis jusqu’en mai 2021.

Les loges maçonniques

Les loges maçonniques, cibles du complot, sont souvent perçues par certains groupes extrémistes comme des lieux de pouvoir occulte et de complot international, ce qui alimente les théories du complot à leur égard.

L’enquête du PNAT

Le parquet national antiterroriste (PNAT) a pris en charge cette affaire en raison de la gravité des accusations et de la menace potentielle que représentait ce complot. L’enquête a permis de révéler les intentions du groupe néonazi et de prévenir toute attaque contre les loges maçonniques.

Le démantèlement du réseau

Grâce à une surveillance accrue des communications et des activités en ligne des groupes complotistes et néonazis, les autorités ont pu identifier et arrêter plusieurs individus impliqués dans ce projet. Cette opération a été cruciale pour empêcher une attaque terroriste et pour démanteler une partie du réseau de Daillet-Wiedemann.

Le contexte général

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de montée des idées complotistes et extrémistes en France et ailleurs, souvent exacerbées par la pandémie de Covid-19. Les mesures de confinement et les incertitudes liées à la pandémie ont contribué à une radicalisation de certains groupes, qui voient dans les théories du complot une explication simpliste à des problèmes complexes.

Rémy Daillet-Wiedemann posant fièrement devant la place Saint-Etienne lorsqu’il était président du Modem de Haute-Garonne, en octobre 2008. (©Archives Actu Toulouse)

Rémy Daillet-Wiedemann, aujourd’hui

Rémy Daillet-Wiedemann fait l’objet de plusieurs enquêtes et accusations, non seulement pour le « projet Alsace », mais aussi pour d’autres activités illégales, y compris l’organisation de réseaux de kidnapping. Il continue de nier les accusations portées contre lui et se présente comme une victime d’un complot étatique.

En conclusion, le « projet Alsace » est un exemple frappant de la manière dont les théories du complot peuvent se transformer en menaces réelles, nécessitant une vigilance accrue de la part des autorités pour prévenir des actes de violence.]

Courir vers la Lumière : Une lecture maçonnique des « Chariots de Feu »

En cette période exaltante des Jeux olympiques de Paris 2024, nous avons l’honneur et le plaisir d’inviter nos fidèles lecteurs à partager une lecture maçonnique du film emblématique « Les Chariots de feu ».

« Les Chariots de feu », le chef-d’œuvre

Ce chef-d’œuvre cinématographique, plus qu’un simple récit sportif, est une profonde exploration des aspirations humaines, des convictions personnelles et de la lutte contre les préjugés, des thèmes qui résonnent puissamment avec les valeurs et les principes de la franc-maçonnerie. À travers les parcours inspirants d’Éric Liddell et Harold Abrahams, nous découvrirons ensemble comment leur quête de perfection, leur engagement inébranlable et leur volonté de surmonter les obstacles reflètent les idéaux maçonniques de persévérance, de fidélité à soi-même et de recherche de la vérité.

Une analyse enrichissante, mais profane

Rejoignez-nous pour cette analyse enrichissante où nous explorerons les symboles et les messages profonds de ce film intemporel, et célébrons ensemble la convergence de l’excellence sportive et des valeurs spirituelles en ces moments de célébration olympique.

« Les Chariots de feu », une œuvre cinématographique britannique de 1981 réalisée par Hugh Hudson et scénarisée par Colin Welland, transcende le simple film de sport pour devenir une exploration poétique des aspirations humaines, des convictions religieuses et de la lutte contre les préjugés. L’intrigue, basée sur des faits réels, plonge le spectateur dans l’histoire de deux athlètes britanniques, Éric Liddell et Harold Abrahams, qui, par leurs parcours singuliers, convergent vers les Jeux olympiques de Paris en 1924.

Éric Liddell, JO 1924

Liddell, fils de missionnaires écossais, est habité par une foi chrétienne inébranlable. Pour lui, la course est une manière de rendre gloire à Dieu, une expression de sa spiritualité et de sa gratitude pour le don de la vitesse. Son engagement est total, sa détermination sans faille, mais il est également tiraillé entre sa passion pour la course et son devoir religieux. La tension culmine lorsque Liddell découvre que l’épreuve du 100 mètres, pour laquelle il est favori, doit avoir lieu un dimanche, jour sacré pour lui. Fidèle à ses principes, il refuse de courir ce jour-là, un geste qui pourrait lui coûter la médaille d’or. Sa résolution, néanmoins, est récompensée lorsqu’il participe à une autre épreuve et remporte la victoire, transcendant ainsi les limites de l’exploit sportif pour devenir un symbole de la foi et de la persévérance.

Harold Abrahams, vainqueur du 100 mètres aux JO de 1924

Abrahams, quant à lui, est un jeune homme d’origine juive, confronté aux barrières de l’antisémitisme et aux attentes de la société britannique de l’époque. Sa quête de reconnaissance et de succès est animée par un désir intense de prouver sa valeur et de briser les stéréotypes. Contrairement à Liddell, sa motivation ne réside pas dans la religion mais dans une volonté farouche de dépasser ses limites et de défier ceux qui doutent de lui. Abrahams engage un entraîneur professionnel, Sam Mussabini, une décision controversée dans un milieu où l’amateurisme est encore vénéré. Cette collaboration, pourtant, s’avère fructueuse et marque un tournant décisif dans sa préparation. La relation entre Abrahams et Mussabini est l’illustration parfaite de l’alchimie entre le talent inné et l’expertise acquise, entre le potentiel brut et le raffinement technique.

Vangelis, en juillet 2012

Le film, magnifié par la musique envoûtante du grec Vangelis nom de scène d’Evángelos Odysséas Papathanassíou (1943-2022), dont le thème principal est devenu iconique, évoque non seulement la beauté de l’effort physique mais aussi la profondeur des motivations personnelles. Les scènes de course, filmées au ralenti, capturent la grâce et l’intensité des athlètes, leurs visages tendus par l’effort, leurs muscles tendus comme des arcs, chaque foulée résonnant comme un battement de cœur. La bande sonore électronique, contrastant avec l’époque représentée, insuffle une dimension intemporelle et presque mystique aux exploits des coureurs.

« Les Chariots de feu » a été salué par la critique et le public, remportant quatre Oscars, dont celui du meilleur film. Il a également été primé pour son scénario original, ses costumes d’époque authentiques et bien sûr, pour sa musique originale. Le film n’est pas seulement un témoignage de l’histoire sportive, mais une réflexion sur la condition humaine, sur ce qui pousse les individus à se dépasser, à rester fidèles à leurs convictions, et à lutter contre l’adversité. Chaque personnage, chaque scène, chaque note de musique contribue à tisser une toile riche et complexe où se mêlent les thèmes de la foi, de l’identité, de la discrimination et de l’amitié.

En somme, « Les Chariots de feu » transcende les frontières du genre pour offrir une expérience cinématographique profonde et émouvante. Il nous rappelle que derrière chaque victoire sportive se cache une histoire humaine de sacrifice, de courage et de détermination. Le film nous invite à réfléchir sur nos propres motivations et sur la manière dont nous pouvons, chacun à notre manière, courir notre propre course dans la vie.

L’analyse de « Les Chariots de feu » à travers le prisme de la franc-maçonnerie

Elle révèle des thèmes et des symboles profondément en résonance avec les valeurs et les principes de l’art royal.

La franc-maçonnerie, imprégnée d’aspirations à la quête de perfection morale, à l’amélioration de soi et au service de l’humanité, trouve dans ce film un terreau fertile pour une lecture enrichissante.

Éric Liddell, le premier protagoniste

La dualité des protagonistes, Éric Liddell et Harold Abrahams, peut être vue comme une illustration de la dualité maçonnique du parcours initiatique. Éric Liddell, avec son engagement religieux et sa course pour la gloire de Dieu, incarne la quête spirituelle, le voyage intérieur vers une illumination personnelle et divine. Son refus de courir le dimanche, malgré les pressions, est une expression de sa fidélité à ses principes, une valeur chère à la franc-maçonnerie où l’adhésion à ses propres convictions et l’intégrité morale sont fondamentales. Cette fidélité aux principes malgré les sacrifices nécessaires rappelle la nature initiatique du chemin maçonnique, où chaque épreuve surmontée rapproche l’initié de la lumière.

Harold Abrahams, le second

Harold Abrahams, de son côté, représente la lutte contre les préjugés et la quête de reconnaissance sociale, un autre aspect de l’initiation maçonnique. En tant que juif, il est confronté à l’antisémitisme et à la discrimination, ce qui résonne avec la franc-maçonnerie qui prône l’égalité et la fraternité au-delà des différences de race, de religion ou de statut social. Sa détermination à s’améliorer, son recours à un entraîneur professionnel malgré les conventions de l’époque, symbolise la quête de la maîtrise et de la perfection, un pilier central de l’idéal maçonnique. Abrahams, en brisant les chaînes des préjugés, incarne l’aspiration maçonnique à la libération de l’esprit et à la promotion de l’égalité.

Le parcours des deux athlètes peut être comparé à l’ascension à travers les degrés maçonniques. Chacun, à sa manière, franchit les obstacles et surmonte les épreuves pour atteindre son but ultime. Leur préparation et leurs entraînements sont autant de symboles des épreuves initiatiques que doivent traverser les francs-maçons pour atteindre la connaissance et la lumière. Le soutien de leurs mentors, que ce soit l’entraîneur Sam Mussabini pour Abrahams ou la foi profonde pour Liddell, peut être assimilé au rôle des parrains et des guides dans le chemin maçonnique, fournissant les outils et les conseils nécessaires pour progresser.

La musique de Vangelis, omniprésente et envoûtante, ajoute une dimension presque rituelle aux scènes de course. Les moments de silence, suivis de la montée en puissance de la musique, peuvent être perçus comme des phases de réflexion et d’illumination dans les rites maçonniques. La bande sonore électronique contraste avec l’époque représentée, créant une ambiance intemporelle, tout comme les rituels maçonniques transcendent le temps pour relier les initiés aux valeurs éternelles de la fraternité et de la quête spirituelle.

Enfin, le thème central du film, la victoire au-delà de la simple compétition sportive, est en parfaite adéquation avec l’idéal maçonnique de la victoire de l’esprit sur la matière. Les triomphes de Liddell et d’Abrahams ne sont pas seulement des succès athlétiques, mais des triomphes personnels et moraux, fruits de leur persévérance, de leur foi et de leur volonté de surmonter les obstacles. Cela rappelle la quête maçonnique de la transformation personnelle et de l’élévation de l’âme, où chaque succès est une marche de plus vers l’idéal de perfection humaine.

En conclusion, « Les Chariots de feu » peut être interprété comme une allégorie de l’initiation maçonnique, où les valeurs de persévérance, de fidélité à soi-même, de lutte contre les préjugés et de quête de perfection sont magnifiquement mises en lumière. Les personnages et leurs parcours incarnent les principes maçonniques de la quête de la vérité, de l’amélioration de soi et du service à l’humanité, faisant de ce film non seulement un chef-d’œuvre cinématographique, mais aussi une source d’inspiration pour toute réflexion philosophique et spirituelle.

« Les Chariots de feu » (« Chariots of Fire ») de Hugh Hudson, avec Nigel Havers, Ian Holm, John Gielgud

Anneaux olympiques
Anneaux olympiques

09/08/24 :  « Le Matriarcat breton, mythe ou réalité ? », en tenue d’été à « La Solidarité Bretonne » (GLDF – Lorient)

Comme chaque année, la loge de Lorient « La Solidarité Bretonne » de la Grande Loge de France – une obédience maçonnique traditionnelle et spiritualiste suivant une démarche de tradition au cœur des enjeux contemporains –, organise sa tenue d’été la veille de l’ouverture du Festival Interceltique de Lorient1 (FIL). Cette année, le festival a lieu officiellement du 12 au 18 août.

Blason de la loge « La Solidarité Bretonne »

En 2023, la thématique de la loge était « Quel drapeau et emblème pour la Bretagne ? »

2024 verra « La Solidarité Bretonne », une loge fondée à la veille de la Première Guerre mondiale, traiter de « Le Matriarcat breton, mythe ou réalité ?2 »

En ce qui concerne la tenue d’une loge de la Grande Loge de France, il est rappelé que les sœurs ne sont pas admises. Quant aux frères désirant y assister, la convocation indique clairement le dresse code : « Une tenue correcte est requise, comprenant une chemise et un pantalon léger, des chaussures fermées, ainsi que des gants blancs, tabliers et décors. »

L’occasion aussi pour nous de rappeler le dynamisme de la Grande Loge de France en Bretagne en général et à Lorient (Morbihan, région Bretagne) en particulier avec « L’Union Juste et Parfaite » créée il y trente-deux ans et la plus récente « Les Mégalithes ».

1Le Festival Interceltique de Lorient (FIL)

Événement annuel incontournable en Bretagne, il incarne la fusion vibrante des cultures celtiques du monde entier. Depuis sa fondation en 1971, il se déroule chaque mois d’août, attirant des centaines de milliers de visiteurs venus célébrer la richesse et la diversité des traditions celtiques.

Pendant dix jours, la ville de Lorient se métamorphose en un carrefour culturel où la musique, la danse, l’art et la gastronomie tissent des liens entre les nations celtiques. La ville résonne au son des cornemuses, des harpes et des violons, tandis que les voix des chanteurs et les pas des danseurs animent les rues et les places. Les concerts, qu’ils soient intimistes ou grandioses, mêlent des airs traditionnels à des compositions contemporaines, révélant l’âme éternelle et toujours renouvelée des peuples celtes.

Les parades colorées et festives, où se côtoient costumes traditionnels et instruments ancestraux, offrent un spectacle éblouissant aux spectateurs émerveillés. La Grande Parade des Nations Celtes est sans doute le point culminant de ces célébrations, un défilé majestueux où chaque région affirme son identité tout en s’unissant sous la bannière d’une culture commune.

Les ateliers et les expositions permettent aux visiteurs de s’initier aux danses celtiques, de découvrir l’artisanat local et de plonger dans l’histoire fascinante de ces peuples. Les concours de cornemuses et de harpes témoignent de l’excellence et de la passion des artistes, tandis que les pavillons des nations celtes présentent des trésors culturels et des innovations contemporaines.

La gastronomie n’est pas en reste, avec des stands proposant des délices culinaires tels que les crêpes bretonnes, les ragoûts irlandais et les fruits de mer galiciens. Ces saveurs authentiques ravissent les papilles et racontent, elles aussi, une histoire de terroirs et de traditions.

Le Festival Interceltique de Lorient est bien plus qu’un simple événement. Il est un hommage vivant et vibrant à une culture riche et diverse, un pont entre le passé et le présent, une célébration de l’unité dans la diversité. Chaque année, il renforce les liens entre les nations celtes, tout en accueillant avec chaleur et ouverture les curieux et les passionnés du monde entier.

Ce festival est une fête de l’âme, un voyage au cœur des légendes et des mélodies qui ont traversé les âges. Il rappelle que, malgré les océans et les frontières, les peuples celtes partagent une histoire commune et un patrimoine culturel précieux, à la fois ancien et résolument tourné vers l’avenir.

Rendez-vous du 12 au 18 août 2024 pour la 53e édition du Festival Interceltique. La jeunesse celte sera à l’honneur !

2Le matriarcat breton

Souvent évoqué dans les discussions sur les structures sociales traditionnelles de la Bretagne, c’est un sujet fascinant qui oscille entre mythe et réalité. Pour comprendre cette notion, il est essentiel d’examiner les éléments historiques, culturels et sociologiques qui l’entourent.

La Bretagne, région imprégnée de légendes et de traditions uniques, a longtemps été perçue comme une société où les femmes occupaient une place centrale. Cette perception est alimentée par diverses sources, y compris la littérature, les récits oraux et certains aspects de l’organisation sociale bretonne.

Historiquement, la société bretonne a présenté des caractéristiques matrifocales, c’est-à-dire centrées sur la femme, mais sans véritablement constituer un matriarcat au sens strict du terme. Dans un véritable matriarcat, les femmes détiendraient le pouvoir politique et social, et la descendance se transmettrait par la lignée maternelle. En Bretagne, bien que les femmes aient eu un rôle prépondérant dans la gestion de la famille et de la communauté, le pouvoir politique et les droits de succession étaient majoritairement patriarcaux.

Cependant, la place des femmes en Bretagne ne peut être sous-estimée. Elles étaient souvent les gardiennes des traditions et des coutumes, jouant un rôle clé dans la transmission des savoirs et des pratiques culturelles. Les femmes bretonnes géraient fréquemment les affaires domestiques et agricoles, surtout en l’absence des hommes partis en mer ou à la guerre. Cette gestion quotidienne leur conférait une autorité et une autonomie considérables au sein du foyer.

De plus, certaines études ethnographiques et historiques suggèrent que les femmes bretonnes jouissaient d’une relative indépendance par rapport à d’autres régions de France. Elles pouvaient posséder des biens, diriger des entreprises familiales et participer activement aux affaires communautaires. La figure emblématique de l’Ankou, la personnification de la mort en Bretagne, est parfois représentée comme féminine, reflétant peut-être une reconnaissance symbolique du pouvoir féminin.

Gwenn ha Du

Néanmoins, il est crucial de distinguer entre la réalité historique et les projections romantiques ou idéalisées. Le concept de matriarcat breton peut parfois être amplifié par la nostalgie et le désir de retrouver un âge d’or où les femmes auraient dominé. En réalité, la société bretonne, comme beaucoup d’autres, était complexe et stratifiée, avec des dynamiques de pouvoir qui n’étaient pas exclusivement centrées sur le genre.

En conclusion, le matriarcat breton est davantage un mythe qu’une réalité historique strictement définie. Cependant, ce mythe repose sur des éléments de vérité concernant l’importance et l’influence des femmes dans la société bretonne. Il reflète une reconnaissance culturelle de la valeur et de la force des femmes, même si le pouvoir politique et légal restait largement aux mains des hommes. Cette dualité entre mythe et réalité continue de nourrir les discussions et les recherches, enrichissant notre compréhension de la société bretonne à travers les âges.

Infos pratiques

Vendredi 9 août à 19h30

Tenue estivale de « La Solidarité Bretonne » de la Grande Loge de France à Lorient 

Vendredi 9 août à 19h30

La Tenue sera suivie d’agapes.

Renseignements et inscriptions : vm@solidaritebretonne.fr

Être citoyen en France aujourd’hui : Réveillez votre pouvoir de changer le monde

Après nos lectures estivales, nous sommes ravis de reprendre le cours normal de nos partages littéraires, comme annoncé dans notre dernière rencontre. Nous espérons que vos vacances ont été enrichissantes et que vous avez découvert de nouveaux horizons littéraires. C’est avec enthousiasme que nous nous retrouvons pour continuer à explorer ensemble le monde fascinant des livres et des idées. Bienvenue à tous pour cette nouvelle saison de discussions et de découvertes littéraires !

L’ouvrage Être citoyen en France au XXIe siècle d’Édith Jacquemot se présente comme une réflexion critique et profonde sur la citoyenneté française contemporaine. Le texte, sous forme d’essai, aborde la nécessité de redéfinir ce que signifie être citoyen dans un contexte marqué par une multitude de crises et de transformations sociétales.

L’introduction commence par rappeler les craintes et les espoirs qui entouraient l’entrée dans le XXIe siècle, telles que la fin du monde ou un retour au spirituel, qui ne se sont finalement pas concrétisés. Au lieu de cela, la société française est confrontée à une montée de la violence et à une perte des valeurs républicaines et morales. L’auteure observe que de nombreux adultes et jeunes expriment des angoisses et une perte de repères.

Édith Jacquemot propose de faire le bilan de cette situation pour comprendre les raisons de cette dérive et trouver des solutions pour redresser la situation en France. Elle souligne l’importance de redéfinir la citoyenneté en s’inspirant des valeurs et de la logique héritées des générations précédentes. L’ouvrage se veut à la fois critique et porteur d’espoir, en appelant chaque individu à devenir acteur du changement plutôt que simple spectateur. L’auteure invite les lecteurs à réfléchir ensemble pour préparer un avenir meilleur pour les générations futures.

Dessinée par Eugène Grasset, la Semeuse soufflant sur une fleur de pissenlit

Les premiers chapitres se concentrent sur des définitions essentielles pour comprendre le propos. Édith Jacquemot insiste sur l’importance des mots et des définitions précises, en se référant aux dictionnaires Larousse, une maison pionnière dans l’édition de dictionnaires et d’ouvrages de référence, et Le Robert, une maison fondée en 1951 par Paul Robert sous le nom de Société du nouveau Littré (SNL). Notons que Paul Robert s’inspire de l’œuvre de d’Émile Littré, qui fut initié en franc-maçonnerie le 8 juillet 1875 dans la loge « La Clémente Amitié », le même jour que Jules Ferry.

Édith Jacquemot met en évidence des divergences dans les définitions de termes clés comme pays, nation, peuple et citoyen, soulignant ainsi la complexité et l’importance de ces concepts.

Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

Le constat sur l’état actuel de la France est sans équivoque : la société française est en souffrance. L’auteure dresse un tableau sombre des défis physiques (climatiques), économiques (faillites d’entreprises, crises agricoles), sociaux (chômage, précarité) et politiques (crise de gouvernance). Elle évoque également la montée des violences et le désespoir ressenti par de nombreux citoyens.

Les causes de cette situation sont explorées en profondeur. Édith Jacquemot analyse les transformations sociétales du siècle dernier, de l’industrialisation et de l’exode rural à l’indépendance des femmes, et leurs répercussions sur la structure familiale et les liens intergénérationnels. Elle critique la consommation de substances illicites, l’isolement causé par les avancées technologiques, et la montée de l’individualisme au détriment des valeurs collectives.

Édith Jacquemot appelle à un retour aux valeurs républicaines et morales, telles que définies dans la Constitution française et les textes fondateurs comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Elle insiste sur la nécessité de connaître et de respecter les lois, et sur l’importance des valeurs morales pour vivre en harmonie avec ses concitoyens.

Enfin, l’auteure critique l’organisation des collectivités territoriales en France, proposant des réformes pour simplifier et améliorer l’efficacité administrative. Elle suggère, par exemple, de réduire le nombre de communes et de rationaliser les strates administratives pour mieux répondre aux besoins des citoyens.

Édith Jacquemot, la bio

Édith Édith Jacquemot est une essayiste française engagée, connue pour ses réflexions profondes sur la société et la citoyenneté. Ayant consacré une grande partie de sa carrière à l’étude des dynamiques sociales et politiques, Édith Édith Jacquemot combine dans ses écrits une rigueur académique avec une passion pour l’engagement civique. Ses travaux explorent souvent les tensions entre les valeurs traditionnelles et les évolutions contemporaines, cherchant à offrir des solutions constructives pour l’avenir de la société française.

BoD – Books on Demand, l’éditeur

BoD – Books on Demand est une maison d’édition spécialisée dans l’édition à la demande. Située en Allemagne, elle permet aux auteurs de publier leurs ouvrages de manière indépendante, offrant des services de publication, d’impression et de distribution. BoD se distingue par sa flexibilité et son approche centrée sur les besoins des auteurs, facilitant ainsi l’accès à la publication pour un large éventail de créateurs de contenu. Elle joue un rôle crucial dans la démocratisation de l’édition, permettant à des voix diversifiées de se faire entendre sur le marché littéraire.

Lire un extrait sur BoD Librairie

Être citoyen en France au XXIe siècle

Édith Jacquemot

BoD – Books on Demand, 2024, 128 pages, 13,50 € – Ebook 8,99 €

Disponible sur BoD Librarie

L’Étoile Flamboyante en Franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie il existe plusieurs types d’étoiles. Si les plus connues s’inscrivent dans un cercle, elles se différencient par le nombre de leurs branches et leur forme. Ainsi le même objet céleste désigné par le mot « é-toile » devient porteur de sens symboliques différents. Ici je vais évoquer L’Étoile Flamboyante, symbole numineux dans le dais céleste du deuxième Degré de la Franc-maçonnerie.

Lors de mes voyages j’ai pu remarquer qu’au Rite Écossais Rectifié on retrouve l’Étoile Flamboyante sur le Tapis de Loge du 1er Degré. Sachant que je n’ai pas observé de Delta lumineux dans ce rite, je pense voir dans cette absence la présence d’un autre point de vue que celui qui m’est habituel.

Au Rite Opératif de Salomon, on la retrouve blanche immaculée sur le Tapis de Loge du 1er Degré et c’est au 2ème Degré que ses couleurs et la lettre G seront dévoilées.

De retour en Ithaque, au Rite Écossais Ancien et Accepté, l’Étoile Flamboyante n’est visible qu’au 2ème Degré. Lors de la cérémonie nommée « augmentation de salaire » elle est présentée au récipiendaire après les 5 Voyages. D’après le texte du Rituel actuel de la Grande Loge de France elle symbolise l’infini du Logos, le Ternaire, s’exprimant dans le fini de la Matière, le Binaire. Elle est intimement reliée au chiffre 5 par le nombre de ses branches. Cependant, l’angle aigu formé par une branche est de 72° ou 288° ; l’angle obtus formé par la base des branches est de 108° ou 252°. Elle s’inscrit dans un cercle de 360° (voir fig 3). Si l’on ajoute ces nombres (7+2 ; 2+8+8 ; 1+0+8 ; 2+5+2 ; 3+6) on retrouve toujours 9, le « n-œuf » et sa spirale descendante.

Hors de l’habitus de la Loge, pour évoquer un symbole, il convient de préciser d’où on l’observe car selon les différents rites et rituels on ne la retrouve pas toujours au même endroit sur les cartes et dans le territoire. L’universalité n’est pas dans l’énumération du « même » mais dans la rencontre avec « l’autre » à mon sens. Franc-maçon initié à la Grande Loge de France, c’est à partir du Rite Écossais Ancien et Accepté en cours dans cette obédience que je m’exprime ici dans une Géométrie construite à l’aide d’un outil cependant commun aux Loges Bleues opératives et spéculatives : la Corde à Nœuds. En plus de la présente introduction j’évoquerai ce symbole par le ternaire « Macrocosme Microcosme Flamboyance » ce qui, avec la conclusion vérifiera le Quinaire de l’âge du Compagnon.

Le N-œuf primordial
Le N-œuf primordial au cœur de la Loge – Croquis sur papier – 07/2024 ©Stefan von Nemau

Dans le Macrocosme : « sic transit gloria mundi »i

Au Rite Écossais Ancien et Accepté donc, la première fois que le récipiendaire rencontre l’Étoile Flamboyante c’est après avoir effectué ses 5 Voyages : les 5 Sens, les 5 Ordres d’architecture, le quadrivium et le trivium des Arts Libéraux, les 5 Grands Initiés dont Jésus, et la Glorification du Travail. Tout comme l’Étoile du berger a guidé les pas des trois rois mages vers le lieu consacré par la naissance du Nouveau Né. Cette Étoile guide l’initié sur l’orbite de son écliptique qui le ramène en son Centre G. De Girations en Générations son Voyage révèle en lui « l’être en G », ce « Je » que l’on pensait en « Autre ».

Aux quatre Éléments alchimiques contenus dans les quatre branches formant les jambes et les bras de l’Étoile Flamboyante vient s’ajouter un cinquième nommé Éther contenue dans la branche dans laquelle prend place la tête de l’homme. Corporellement complet il est ainsi symbolisé par l’Étoile à 5 branches.

Ces 5 Éléments rassemblés au cœur de l’Athanor secret, le pentacle microcosmique contenu au Centre de l’Étoile première est formé. Il est ceint par les limites reliant les extrémités de ses branches. Le tout formant un pentagone contenant un pentagramme. Ces limites enracinent ainsi l’Étoile Flamboyante macrocosmique dans une dimension fractale qui dépasse, par sa manifestation, sa simple dimension formelle

A la pointe de ses branches s’exprime le Thanatos de la dissipation incontrôlée des Passions éphémères et parfois assassines, tandis qu’au Cœur de l’Étoile se trouve l’exaltation de l’Éros générateur de ces mêmes Passions. C’est dans le maelstrom créé par la friction de ces courants ambivalents que naît la Pulsion de Vie Originelle, la Flamboyance de l’exaltation de la Vie Humaine, dualité « deux venues » oxymore : la pulsation (fig 5)

Peut-être est-ce de cet Athanor que nous vient le symbole du Grand Initié « ignitié » : Jésus transcendé en Christ. En effet, dans la statuaire de la tradition chrétienne c’est son Cœur consacré par le Feu intérieur qu’il désigne en lui, c’est à dire en nous. Il nous montre la Voi(e)(x) du Cœur, celle de l’Amour inconditionnel. En nous invitant à passer du Macrocosme (le Corps) au Microcosme (l’Âme) il nous révèle le Chemin de la Lumière (l’Esprit). Ce Chemin mène de la dissipation à la concentration ; de l’expansion vers la compression ; de la diastole à la systole dans une alternance qui trouvera sa finitude apparente dans le changement de tessiture de sa prochaine transmutation… « Ordo ab Chao »

Peut-être est-ce ainsi que nous devrions appréhender l’Étoile Flamboyante : par le flux « sans gain » apparent qu’elle nous propose.

« Si tu te préoccupes uniquement de ce qui est visible et matériel tu passeras à côté des véritables richesses de l’âme. La superficialité des biens extérieurs ne doit pas détourner de la quête intérieure de la sagesse et de la vertu. »

Sénèque – Lettre 42 à Lucillius

Les "Cercles-Mondes quantiques" préparatoires - Croquis sur papier - 07/2024 ©Stefan von Nemau
Les « Cercles-Mondes quantiques » préparatoires – Croquis sur papier – 07/2024 ©Stefan von Nemau

Le Microcosme : « ecce homo »ii

L’Étoile Flamboyante que l’on trace, ici avec la Corde à Nœuds est circonscrite dans un pentagramme « pointe en haut » lui-même contenu dans un cercle macrocosmique. Les bases de ses 5 branches centrifuges prennent racine sur le cercle microcosmique contenu dans le noyau de l’Étoile Flamboyante. Les 5 enracinements centrifuges forment un pentagramme « pointe en bas » contenant l’Étoile Flamboyante microcosmique à la Giration centripète.

La dimension fractale – Croquis sur papier – 07/2024 ©Stefan von Nemau

Cette Étoile Flamboyante est inversée par rapport à la première. Si l’Étoile « pointe en haut » symbolise traditionnellement l’humain, celle « pointe en bas » symbolise généralement « Baphomet ». Par la réunification des Dualités vécues en opposition chacun trouve sa place, sa Géométrie ; ainsi, rajouter une branche à l’Étoile serait une solution d’équilibre possible par delà le Bien et le Mal, l’Ordre et le Chaos, le masculin et le féminin par exemples.

L’Étoile à 5 branches ainsi dessinée étant tracée dans un cercle, la prédominance d’un côté de la Dualité dépend du sens dans lequel nous la contemplons. Peut-être que cette Géométrie symbolique fractale nous invite à vérifier par elle nos choix dans la façon dont nous vivons notre vie et distillons sa quintessence : notre Connaissance.

En attendant, « ce qui est en haut [étant] comme ce qui est en bas » c’est par la Table d’Émeraude que la dualité Macrocosme/Microcosme se relie au Ternaire pour former le Quinaire transcendant le primate, faisant face au monolithe noir, en « homo sapiens sapiens ». Cette préhension du monde, cet état « d’Être humain », se trouve relié par cet « ombilic serpent vert » qu’il parcourt, au centre de la Loge. Il marche sur ce Fil reliant l’Étoile exogène au Plomb endogène.

Devenir Compagnon c’est sortir de « Taire » en retrouvant son horizontalité grâce au Niveau ; la verticalité de la marche ayant été réapprise par l’exploration de la Gravité du Zénith au Nadir… Cette Gravité maîtrisée, peut-être que retrouver le Centre de l’Architecture « Unie vers celle » est devenu une destination envisageable.

Si le ou la funambule marche sur le fil reliant ces deux Étoiles, l’Initié ignitié est le Fil d’Ariane « incandescent/Un quand décent/Un quand descend » reliant le Ternaire, formé par les deux Étoiles et le Feu consacré du Chemin, au Binaire du balancier du funambule portant ses Dualités en « bas lanciers » à bouts de bras. Cet Initié est toujours en « deux venir ». J’écris « deux venir » car c’est de l’alchimique transmutation du Savoir et de l’Expérience que naît la Lumière qui guide l’Initié ignitié hors des Ténèbres de l’Ignorance en « Paix naître en » son Cœur de la Flamboyance de sa « Con naissance. »

C’est par le Feu éclairant de son Ignition que l’initié sortira de « l’amertume/l’amer t’hume/l’amer tue-me » de « l’Ignorance/l’ignore rance » en se désaltérant de cette part des anges recueillie dans le Graal de la Connaissance, distillations après distillations.

« Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le Chemin de la nuit »

Khalil Gibran
Tracé et mesures géométriques - Croquis sur papier - 07/2024 ©Stefan von Nemau
Figure 3 – Tracé et mesures géométriques – Croquis sur papier – 07/2024 ©Stefan von Nemau

Par delà la nuit du Temps la Flamboyance : « Memento mori »iii

Dans l’Égypte ancienne et selon la Bible en Job 36-39, l’Ibis et l’Étoile Flamboyante annonçaient les crues du Nil comme le Coq annonçait le jour à la fin de la nuit.Il se peut que contrairement à la lumière aveuglante du soleil trop longtemps fixée à l’œil nu, la Flamboyance de l’Étoile, comme les crues du Nil, fertilisent la « terre/Taire » en guidant l’Initié vers l’aube, ultime étape sur le chemin de sa Nuit dont le Coq sonne le glas.

Ce Flamboiement c’est la partie visible de la révélation du Kaïros, cette dimension où le temps est dissout « dans/par » le Moment. Dans l’instant décisif de l’Instant « l’Un se tend ». Il me semble que ce Flamboiement est provoqué par la friction de ses deux roues du Temps : le Chronos centrifuge du funambule, cette temporalité qui toujours lui échappe ; et le Kaïros centripète de l’Initié ignitié. Ces deux roues gigognes tournant en sens contraires elles illuminent, par leur friction, cet Aiôn qui les contient. L’Aiôn c’est la Destinée, la Génération, l’Ère.

De cet Ère à l’Éther il n’y a peut-être qu’une ultime calcination de plus dans le Flamboiement de la Connaissance, de la Vie, au gré du Flux « sans gain » entre un cœur « gauche », immanent, et un cœur « a droit » transcendant. La Flamboyance serait alors la purification par le Feu secret initiatique de la « Co nnaissance » auquel le « Mal a-droit ».

Il résulte un rayonnement de cette purification. Peut-être est-ce ce cinquième élément qui s’exprime ici. A cet âge je dirai avec conviction que ce rayonnement c’est la Gloire qui entoure l’Initié ignitié, cet Initié Enluminé. C’est par son Travail Herculéen que le Compagnon transmute cette Gloire en Levier de sa propre transmutation tandis que le Flamboiement de l’Étoile le guide dans sa course vers « l’Or riant », son Grand-Œuvre. Il ne faut pas oublier que du lieu où le récipiendaire est l’Étoile est présentée à l’Orient, devant le Vénérable Maître. Il y a donc bien là une « Orient ation » à suivre. C’est par le Travail que la Gloire opère et que « l’Étole Flamboyante » constellée d’étoiles se tisse.

Flamboyance « frictionnelle » – Croquis sur papier – 07/2024 ©Stefan von Nemau

L’Étoile Flamboyante : clef de sol de la musique des Sphères ancrée dans la Taire

En conclusion je dirais que l’Étoile Flamboyante est la clef de sol de la musique des Sphères terrestres et célestes. Elle s’ancre dans la Taire afin de nous laisser nous élever en sécurité dans la Voûte Étoilée.

Elle a ses multiples comme dans les dimensions quantiques. Ainsi, travailler sur l’Étoile du Macrocosme, c’est œuvrer sur celle du Microcosme et inversement. Ces Étoiles quantiques aux dimensions et états épars ne forment qu’un unique symbole indivisible et multiple : l’Étoile Flamboyante.

Dans le labyrinthe des univers imbriqués, elles sont toutes reliées entre elles par un Fil d’Ariane sur lequel chemine, dans sa marche « chant scellante », l’Initié. C’est dans le cheminement et le mouvement qu’il trouve son équilibre et c’est le doute infécond qui lui fait perdre son inertie et le transforme en statue de « sel/scelle ». Méduse l’avait compris, celui qui doute sans questionner sa Connaissance, le vol des oiseaux dans les auspices, en restant sourd à son intuition, sans utiliser en premier lieu tous les Arts Libéraux mis à sa disposition, celui qui se sclérose dans sa pensée ou dans le doute donc, est celui qui s’ancre dans un « pas sait » qui n’est plus ou un « à venir » qui n’a pas encore éclos.

La démarche initiatique c’est lâcher prise en suivant le courant du Kaïros sans jamais le retenir car comme l’eau, il file entre nos doigts. Entre passé et avenir l’Étoile Flamboyante est une clef, l’Éternel Présent est la porte qu’elle ouvre et nous sommes notre seule serrure.

L’Étoile Flamboyante du Macrocosme brûle du Feu sacré des potentialités infinies. De ce Feu sacré naît le Fil d’Ariane sur lequel s’initie, à chaque pas, le funambule.

Derrière lui se trouve l’Étoile Flamboyante du Microcosme dont le Feu sacré calcine le fil du « pas sait ». Ce « pas qui sait » est à la fois le pas qui a révélé la Connaissance mais aussi ce qui reste à appréhender du Chemin : l’inconnu et son cortège d’illusions imaginaires éphémères.

Il reste une troisième Étoile Flamboyante à trouver, car en Franc-maçonnerie il faut un troisième pour exalter la quintessence de « l’homme matière », cet « homme binaire ».

Ce troisième, cette Étoile Flamboyante « Un connue » c’est l’initié lui-même. Il flamboie quand il vit pleinement son humanité duelle incarnée, lorsqu’il avance un pas après l’autre. Quand il joue ainsi de la lyre à Cerbère, seul sur son chemin de crête, il contient alors en lui toutes les étoiles fraternelles de « l’Uni vers ».

C’est lorsqu’il succombe au piège de l’immobilisme, quand il confond équilibre et immobilité mortifère, quand la peur du « pas de plus » lui fait perdre la Joie de l’Instant que son propre feu le consume. Alors il ne peut plus que « des cendres » encore une fois dans la « Taire » au cœur de sa déchéance initiale et traverser à nouveau « les preuves de la Terre » se convaincant et se félicitant de l’inéluctabilité, pourtant illusoire, de sa Chute, de sa Malédiction réalisée par la « mal diction » d’un simple mot de passe pour franchir ce gué qui sépare et réunit tout autant. C’est ainsi que « l’Un Possible » est transmuté en Impossible Étoile et c’est par le Chemin du Cœur Sacré qu’il retrouvera la Voi(e)(x) consacrée de l’Art Royal véritable.

La Joie est le Chemin du lâcher-prise sur ses certitudes et ses espérances qui seront toujours les « espère rances » du « pas d’avant ». L’Étoile Flamboyante est un des symboles de l’Espérance de l’Envol dans la Chute, le symbole de l’Éternelle Présence à l’Aube du Monde, un symbole d’Amour inconditionnel mais à hauteur d’homme !

L’Étoile Flamboyante est un symbole multiple et unique car, pour synthétiser ce qui précède, elle relie entre eux le monde intelligible inaccessible avec le monde sensible de l’être humain. Elle représente ainsi une porte ouvrant sur le monde imaginal, cet « antre-monde » rempli d’autres étoiles.

Je pense que L’Étoile Flamboyante n’est qu’une étape dans l’ascension de la spirale car ses angles renvoient au chiffre 9. La forme du chiffre 9 m’évoque une descente à partir de l’œuf primordial. Pour commencer l’ascension vers l’affranchissement il faudrait transmuter en le retournant le 9 en 6 avec sa spirale ascendante, je pense ici à un kaïros particulier marquant la fin du Degré au Rite Opératif de Salomon.

Pour exprimer le 6 je pense aux 6 branches du Sceau de Salomon dont les deux triangles qui la composent s’équilibrent en hexagone dont les angles intérieurs de 120° ramènent au 3 et les angles extérieurs de 240 ramènent au 6.

C’est aussi par la transmutation du 5 en 7 par le 6, en transmutant sa Dualité en Ternaire, que l’humain peut atteindre les rives de la sagesse salomonienne. Il devient alors sa propre Loge. Il peut alors s’affranchir de sa Loge mère et de ses Frères : ses pairs.

Doit-il aller jusqu’au meurtre du Pair pour gagner sa liberté ? L’homme est-il le gardien de son pair ? Sa liberté individuelle vaut-elle le prix de la Fraternité qui l’a vu le reconnaître ? Peut-être que d’autres étoiles de la voûte céleste pourraient nous aider à retrouver nos réponses lorsque nous sommes perdus au cœur du dais étoilé.

L’envol des cyclopes – Encre sur papier – 30 x 30 cm – 12/2005 ©Stefan von Nemau

Pour une autre approche de ce symbole, lire l’article de Solange Sudarskis : L’étoile flamboyante à contempler ou à suivre en Franc-maçonnerie?

i« Sic transit gloria mundi » : Ainsi passe la gloire du monde

ii« Ecce homo » : Voici l’homme (Évangile de Jean 19.5)

iii« Memento mori » : Souviens-toi que tu vas mourir

Il transforme une friche automobile pour accueillir 19 Loges et un restaurant

De notre confrère sudouest – Par Yannick Delneste

Communiqué rectificatif officiel du Cercle Giordano BRUNO du 31 Juillet 2024.

Le cercle GB tient à préciser que, bien qu’il entretienne de très bonnes relations avec la GL-AMF, il n’est en aucune manière rattaché à cette dernière. Un raccourci malencontreux de plusieurs articles de presse a abouti à une information erronée et incomplète. Le cercle GB est régi par une association loi 1901 qui a pour objet la gestion de locaux associatifs, destiné principalement à des loges maçonniques. Composé exclusivement de membres FM de tous horizons, l’association est dissociée de toute Obédience. Sa philosophie est de rassembler, au sein des locaux qu’elle gère, nombre de loges de différentes Obédiences et/ou Ordres Maçonniques. Actuellement, elle reçoit mensuellement 19 loges représentatives de 13 Obédiences et Ordres différents dont la GL-AMF.

À Cenon*, objectif zéro déchet pour le nouveau restaurant, la Maison Blackwood

C’est un endroit étonnant, niché au fond d’une petite cour… cours de Verdun. Encore plus niché en ce moment avec les lourds travaux que connaît la rue. En 2006, l’architecte Christian François rachète la parcelle contenant une maison, un commerce et un garage. Il y déploie neuf appartements et son bureau.

L’homme est franc-maçon et quand, en 2012, la Grande loge nationale de France [NDLR : Comprendre la Grande Loge Nationale Française (GLNF)] implose, la Grande loge de l’alliance maçonnique française (GLAMF), née de la scission, cherche des locaux, il crée l’association Giordano-Bruno. La friche automobile est progressivement réhabilitée (« sept ans entre copains et avec de la récup ») pour donner naissance à un temple écossais et à un restaurant.

Ce dernier, sous bail commercial de l’association, est mis à disposition de la Grande Poste (Bordeaux centre) qui y développait depuis janvier 2020 l’enseigne Goûtez et partagez, ouverte le midi au grand public, réservée le soir au centre maçonnique doté en 2017 d’un deuxième temple, français celui-là.

« Dix-neuf loges utilisent aujourd’hui les lieux qui comprennent aussi une bibliothèque et des bureaux, complète Christian François. L’influence maçonnique est aussi dans la salle de restaurant, les béotiens du midi admirant bas et hauts-reliefs en métal et résine de Yoann Pérard, les initiés du soir y retrouvant parcours initiatique et outils de symbolisme.

En mars, la Grande Poste a arrêté l’exploitation du restaurant. « On s’est dit qu’on pourrait peut-être gérer directement », raconte l’hyperactif qui, non content d’être architecte, a eu aussi trois restaurants dans la métropole. Il rallie à sa cause deux amis, Cécile Jourde-Laclavetine et Jacques Pinet ; décroche le permis d’exploiter et la formation HACCP (système d’analyse des risques et de maîtrise des points critiques), et le trio fonde une Société par actions simplifiées (SAS), reprend trois des quatre membres du personnel (la quatrième s’est reconvertie) avec un projet en phase avec les enjeux environnementaux : un restaurant le plus neutre possible, sans obérer la qualité, avec un objectif final de zéro déchet.

« À chaque étape, sur chaque produit, nous réfléchissons à la solution la plus vertueuse », explique l’architecte. Et de décliner les exemples autour de la formule buffet à 23,90€ proposée depuis le 3juin et toujours le midi à la Maison Blackwood et ses 82 couverts : l’huile de friture récupérée (à vélo) et recyclée par l’entreprise Ecovadim, le verre des bières Mascaret lavée et réutilisée, le compost géré sur place (avec les locataires des neuf appartements) par la société Vert de terre à Bordeaux-Bastide (à vélo toujours) et le circuit court en maître-mot des produits proposés.

On retrouve entre autres les sirops Meneau de Saint-Loubès, les viandes régionales de Beauvallet, les légumes de L’Eau à la bouche – exploitation en aquaponie située au Pout –, du caviar et des filets d’esturgeons arrivant de Biganos. « Saint-Géron en Auvergne pour l’eau minérale », note Christian François. « Mais le propriétaire de la société habite dans l’Entre-deux-Mers et nous livre. » Côté vins, la maison Dubard de Dordogne assure variété et découverte.

Et au fait, pourquoi Blackwood ? « C’est le nom d’une forêt en Écosse, menacée par les promoteurs et dont le propriétaire a lancé une vente dissuasive via de minuscules parcelles par des acheteurs du monde entier désireux de préserver cette zone naturelle », explique Cécile Joudre-Laclavetine. « Nous y avons participé tous les trois, et vous pouvez m’appeler Lady Blackwood. » Pas la moins savoureuse anecdote pour cet endroit aux multiples histoires.

*Cenon, commune du Sud-Ouest de la France située dans le département de la Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine faisant partie de Bordeaux Métropole.

01/08/24 : Au Collège Maçonnique « Quelle Foi pour l’Homme d’aujourd’hui ? »… Vous avez 2 heures !

Le message du Collège Maçonnique

Notre exploration de la modernité des Vertus nous a conduits à revisiter les vertus cardinales classiques et à questionner l’actualité des vertus théologales. La Franc-maçonnerie, enracinée dans une tradition judéo-chrétienne, particulièrement protestante, a hérité de ces vertus et les a conservées symboliquement. Inspirée par la philosophie des Lumières, elle a réformé notre vision de l’Homme vis-à-vis de Dieu et de la société, en prônant l’universalisme de la raison, l’égalité des droits et l’Humanisme.

Qu’en est-il aujourd’hui, dans nos conditions psycho-sociales contemporaines ? Que pouvons-nous espérer dans le cadre de nos valeurs éthiques et sociétales ? Quelle foi pour l’Homme d’aujourd’hui ?

Le docteur Jean Furtos

Le docteur Jean Furtos, l’intervenant d’un soir !

Le Dr. Jean Furtos est psychiatre honoraire des Hôpitaux et ancien chef de service de Psychiatrie au Centre Hospitalier de Lyon-Bron. Il est reconnu pour son expertise et ses contributions significatives dans le domaine de la psychiatrie, notamment en tant que fondateur de l’Observatoire National de Santé mentale et Précarité et de la revue “Rhizome“, Bulletin National Santé mentale et Précarité.

Ses travaux de recherche se concentrent principalement sur le lien entre précarité, isolement social et troubles psychiques, offrant une perspective approfondie sur les impacts psychologiques de la marginalisation et de l’exclusion sociale.

Clinique du Château de la Chavannerie

Actuellement, le DrFurtos exerce en tant que psychiatre à la Clinique du Château de la Chavannerie, au cœur du village de Chaponost, sur une des collines de Lyon à 9 Km du centre-ville. Un établissement de psychiatrie générale accueillant des patients adultes, dans le cadre d’une hospitalisation libre, pour assurer le suivi psychiatrique et le traitement psychothérapeutique des maladies psychiques telles que des épisodes dépressifs et dépressions sévères, la schizophrénie et/ou dépendance à l’alcool.

En parallèle, il est membre permanent de l’Association Mondiale de Psychiatrie Sociale (WASP), où il continue à influencer le domaine de la psychiatrie sociale.

Depuis 2016, il codirige avec François Laplantine, Professeur d’anthropologie à Lyon 2, un séminaire universitaire de recherche sur la pensée métisse dans la mondialisation, contribuant à l’exploration des interactions culturelles et de leurs effets sur la santé mentale.

Ses publications principales sont La santé mentale en actes (Éd. Erès, 2005), coécrit avec Christian Laval, Les cliniques de la précarité (Éd. Masson, 2008), De la précarité à l’auto-exclusion (Éd. Rue d’ULM, 2009) et Pandémie et Biopouvoir, la nouvelle précarité contemporaine (Éd. Rue d’ULM, 2021).

Les contributions du Dr Jean Furtos à la psychiatrie et à la compréhension des dynamiques socio-psychologiques sont vastes et profondément influentes, faisant de lui une figure incontournable dans le domaine de la santé mentale et de la précarité.

Les modérateurs :

– Corinne Gurtner : Docteur en Médecine, ancienne cheffe de service du Département d’Anesthésie et Réanimation du CH du Valais, Grande Loge Féminine de Suisse

– Bertrand Zuindeau : Docteur en Économie (Environnement), ancien Maître de conférences à Lille1, Conseiller technique au sein de la Région Hauts de France, Grande Loge de France

Les organisateurs :

– Alain-Noël Dubart, Ancien Grand Maître, Grande Loge de France

– Marie-Thérèse Besson, Ancienne Grande Maîtresse, Grande Loge Féminine de France

Le Collège Maçonnique nous annonce que le jeudi 8 août à 19h30 accueillera Michèle Vianès, Présidente de l’association Regards de Femmes sur « Combattre pour les droits des Femmes : La Persévérance en action »

Infos pratiques

Entretiens d’Été du Collège Maçonnique sur le thème 2024 « Quelle modernité pour les Vertus ? » – Jeudi 1 Août 2024 à 19h30/Inscription obligatoire sur le site. Toutes les conférences sont gratuites, ouvertes à tous, enregistrées et disponibles sur le site du Collège Maçonnique.

Le Collège Maçonnique
Le Collège Maçonnique

Casanova : L’art de la séduction et de l’aventure

En ce milieu de l’été, nous clôturons notre série de lectures estivales avec une œuvre captivante qui nous plonge au cœur de la Venise du XVIIIe siècle. Casanova de Edouardo Rescigno, publié par les Éditions Skira dans la collection SkiraMiniARTbooks, est bien plus qu’une simple biographie. Cet ouvrage se présente comme un guide artistique de poche, idéal pour les passionnés d’histoire et d’art.

Giacomo Casanova, l’un des Vénitiens les plus célèbres de son époque, est ici dépeint non seulement comme le libertin notoire, mais aussi comme un aventurier, écrivain et agent secret. Ce livre nous offre une vision complète de cet homme complexe, dont la vie fut aussi riche que mouvementée. À travers des illustrations soigneusement choisies, Edouardo Rescigno nous transporte dans l’univers de Casanova, dévoilant les multiples facettes de sa personnalité et de ses exploits. L’ouvrage se distingue par sa biographie illustrée, où chaque page est enrichie de visuels en couleur – dont une d’un magnifique tablier maçonnique de la fin du XVIIIe siècle. Cela permet au lecteur d’apprécier pleinement le contexte historique et culturel dans lequel évoluait Casanova. Cette dimension visuelle est particulièrement appréciable dans une série comme SkiraMiniARTbooks, conçue pour offrir des contenus à la fois scientifiquement corrects et esthétiquement plaisants.

Les dernières sections du livre, comprenant des fiches techniques des œuvres et une table chronologique, ajoutent une dimension pédagogique à l’ouvrage. Elles permettent de situer les événements marquants de la vie de Casanova dans un contexte plus large, enrichissant ainsi notre compréhension de l’époque. L’auteur ne se contente pas de retracer la vie de Casanova, mais explore également son impact sur la littérature, le cinéma et la musique. Cette approche multidisciplinaire montre à quel point Casanova a marqué les esprits, bien au-delà de son temps.

Sceau de Salomon

Nous avons particulièrement apprécié. La séance de guérison qu’il proposa au grand chambellan, le comte de la tour d’Auvergne, l’auteur nous précise qu’« armé d’un pinceau trempé dans une mystérieuse substance, il traça une croix de Salomon sur la cuisse du malade en prononçant des phrases tout aussi mystérieuses… »

Alchimie sur la table de l'alchimiste
Transmutations mystiques sur l’autel de l’adepte hermétique

On nous entretient aussi, trop peu du reste, d’alchimie et de sciences magiques, ainsi que d’une autres séance de guérison où l’on plonge, à Marseille, la patiente à demi-nue une dans une baignoire…

Pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de Casanova et de son époque, l’ouvrage propose une section de conseils bibliographiques. Cette sélection d’ouvrages permet de prolonger la découverte et d’explorer d’autres aspects de la vie et de l’œuvre de Casanova. Edouardo Rescigno, spécialiste reconnu de l’histoire vénitienne, nous livre ici une œuvre à la fois concise et richement documentée. Son approche rigoureuse et son style fluide rendent la lecture agréable et instructive. Rescigno a su capturer l’essence de Casanova, offrant au lecteur une immersion totale dans la Venise du XVIIIe siècle.

Revenons sur le parcours de Giacomo Casanova

Giacomo Casanova, ce célèbre aventurier et séducteur vénitien, qui n’est pas seulement connu pour ses exploits amoureux et ses escapades rocambolesques, l’est également pour son engagement dans la franc-maçonnerie.

Né en 1725 à Venise, Casanova a mené une vie riche en rebondissements. Après une jeunesse tumultueuse marquée par des études de droit et une carrière ecclésiastique avortée, il commence à voyager à travers l’Europe, se mêlant aux cercles les plus influents de son temps. C’est en 1750, à Lyon, qu’il est initié à la franc-maçonnerie, une étape qui marquera le début d’une nouvelle dimension dans son existence.

La franc-maçonnerie, avec ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, trouve en Casanova un adepte enthousiaste. Il fréquente les loges maçonniques de nombreuses villes européennes, y compris Paris, où il noue des relations avec des personnages influents et puissants. Pour Casanova, la franc-maçonnerie n’est pas seulement une fraternité mais aussi une porte d’accès aux cercles de pouvoir et un réseau qui facilite ses aventures.

Ses écrits, notamment ses célèbres mémoires Histoire de ma vie, témoignent de l’importance de la franc-maçonnerie dans son parcours. Il y décrit ses interactions avec d’autres maçons, ses participations aux rites et cérémonies, et les bénéfices qu’il tire de cette appartenance. La franc-maçonnerie lui offre un cadre de valeurs et un réseau de soutien qui l’accompagnent tout au long de ses pérégrinations.

Casanova est également connu pour avoir été un défenseur des idées des Lumières, une période où la franc-maçonnerie joue un rôle crucial dans la diffusion des idées progressistes. Son engagement dans la franc-maçonnerie reflète son esprit curieux et son désir de comprendre et de participer aux grandes transformations de son époque.

Malgré ses exploits souvent controversés, Casanova reste fidèle aux principes maçonniques de liberté et de recherche de la vérité. Son appartenance à la franc-maçonnerie ajoute une dimension supplémentaire à sa personnalité complexe, celle d’un homme en quête de connaissance et de perfectionnement personnel.

Giacomo Casanova, au-delà de son image de séducteur légendaire, demeure une figure fascinante, à la fois pour ses aventures romanesques et pour son engagement dans les courants intellectuels et spirituels de son temps.

La toile « Jeune fille dans son lit, faisant danser son

chien »

La toile « Jeune fille dans son lit, faisant danser son chien » du peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) – peintre d’histoire, de genre et de paysages, il se spécialise assez rapidement dans le genre libertin et les scènes galantes – choisie pour la couverture de l’ouvrage consacré à Casanova tisse un lien subtil mais profond avec la figure emblématique du libertin vénitien. Casanova, célèbre pour ses innombrables aventures amoureuses et sa vie de séducteur, incarne une quête incessante de plaisir et de conquêtes, souvent décrite avec une grande délicatesse et un sens aigu du détail dans ses mémoires. De même, la peinture de Fragonard capture une scène intime et légère, où la jeune fille joue avec son chien dans un cadre privé. Cette scène renvoie à l’univers sensuel et hédoniste que Casanova a traversé et décrit dans ses écrits.

Jeune fille et son chien, Jean-Honoré Fragonard,HUW 35, Alte Pinakothek Munich

L’intimité et la sensualité présentes dans la peinture de Fragonard rappellent les nombreuses scènes décrites par Casanova, où l’intimité et les plaisirs secrets sont au cœur de ses récits. Le lit, symbole de la sphère privée, évoque les multiples aventures de Casanova qui se déroulent dans des chambres à coucher, des lieux de confidences et de plaisirs. La jeune fille de la toile, avec son attitude ludique et innocente, incarne une jeunesse qui pourrait séduire et être séduite. Casanova, lui-même, était souvent attiré par la jeunesse et la beauté, et ses aventures impliquaient fréquemment des jeunes femmes dont l’innocence apparente cachait une sensualité plus profonde. La scène de Fragonard capture ce moment de transition entre l’innocence et l’éveil des désirs, un thème récurrent dans la vie de Casanova.

Jean-Honoré Fragonard, autoportrait

Le ton léger et espiègle de la toile reflète l’esprit du libertinage du XVIIIe siècle, dont Casanova est l’un des symboles les plus emblématiques. La scène n’est pas simplement une représentation de la vie quotidienne, mais une allégorie de la liberté des mœurs et du plaisir sans contrainte, des idées chères à Casanova. Le style rococo de Fragonard, avec ses lignes courbes, ses couleurs douces et ses thèmes légers, est emblématique de l’époque de Casanova. Ce style artistique, qui met l’accent sur la beauté, la frivolité et le plaisir, est parfaitement en phase avec l’univers de Casanova, où l’esthétique et le raffinement jouent un rôle central.

Ainsi, la toile de Fragonard et la vie de Casanova sont liées par leur exploration commune de la sensualité, de l’intimité et du plaisir. Le choix de cette œuvre pour la couverture de l’ouvrage sur Casanova est donc hautement symbolique, évoquant non seulement le contexte historique et culturel de l’époque, mais aussi les thèmes centraux de la vie et des récits de Casanova. Elle capture l’essence d’un homme pour qui chaque rencontre était une danse délicate entre l’innocence et le désir, reflétée dans le jeu léger et intime entre la jeune fille et son chien.

Les Éditions Skira Paris, renommées pour leurs livres d’art, monographies d’artistes et catalogues d’expositions, ajoutent ici une perle à leur collection avec la série SkiraMiniARTbooks. Ces ouvrages de poche, entièrement illustrés en couleur, sont parfaits pour les voyageurs et les curieux désirant une lecture enrichissante et accessible.

Avec Casanova de Edouardo Rescigno, nous terminons notre série de lectures estivales sur une note des plus raffinées et instructives. Nous reprendrons prochainement le cours normal de nos actualités littéraires maçonniques, enrichis de cette plongée fascinante dans l’histoire et l’art vénitiens.

Pour ceux intéressés par cette série, les SkiraMiniARTbooks offrent une gamme variée de sujets, allant des artistes individuels aux mouvements artistiques, en passant par l’architecture et les arts décoratifs. Chaque volume, compact et économique, promet une lecture agréable et informative, parfaite pour les passionnés d’art et de culture.

Casanova

Edouardo Rescigno – Skira, Coll. SkiraMiniARTbooks, éd. française,2010, 96 pages. 6,90 €

Portrait de Casanova vêtu d’une culotte et d’une redingote de velours outremer, d’un gilet de brocart doré et d’un jabot de dentelle et tenant un livre ouvert – (Anton Raphaël Mengs, c. 1760)

Ernesto Nathan, juif, gauchiste, anticlérical, maire de Rome… et franc-maçon !

erasmo, la revue mensuelle du Grand Orient d’Italie (GOI), s’affirme comme une pierre angulaire de la communication et de la culture maçonnique en Italie. Sous la direction de Stefano Bisi et avec la précieuse collaboration de Velia Iacovino, cette publication offre chaque mois un reflet fidèle de l’actualité, de l’histoire et des perspectives de la franc-maçonnerie italienne. Publiée par l’Association Grande Oriente d’Italia à Rome, et imprimée par Consorzio Grafico srl à Castel Madama, erasmo se distingue par la richesse et la diversité de son contenu.

Chaque édition débute par une allocution ou un éditorial signé par le grand maître ou d’autres dignitaires, apportant des réflexions éclairées sur les événements contemporains, les orientations de la franc-maçonnerie ou des rappels historiques marquants. Ce préambule sert de guide moral et intellectuel, orientant les lecteurs à travers les thèmes du numéro.

La revue plonge ensuite ses lecteurs dans des articles historiques détaillés, mettant en lumière des figures emblématiques de la franc-maçonnerie. Par exemple, le numéro dédié à Ernesto Nathan explore avec profondeur sa vie, son œuvre et ses contributions majeures en tant que maire de Rome et grand maître du GOI. Nathan, avec sa vision progressiste et ses actions déterminantes, incarne les idéaux maçonniques de liberté, d’égalité et de fraternité. Son héritage est minutieusement retracé, illustrant comment ses initiatives ont façonné la Rome moderne tout en soulignant les valeurs de la franc-maçonnerie.

Blason du GOI

erasmo se fait également l’écho des nouvelles de la grande loge, relatant avec précision les événements récents, les assemblées importantes, les commémorations et les visites officielles du Grand Maître, tant en Italie qu’à l’étranger. Chaque événement est décrit avec une attention particulière aux détails, offrant aux lecteurs une compréhension claire des activités et des initiatives en cours.

Stefano Bisi, directeur de publication

La revue offre également une rubrique intitulée « Rencontre avec l’auteur », où sont présentées des œuvres littéraires et leurs auteurs, souvent en lien avec la franc-maçonnerie. Cette section permet aux lecteurs de découvrir des publications pertinentes, enrichissant ainsi leur culture maçonnique et intellectuelle.

L’une des parties les plus captivantes d’erasmo est sans doute celle qui explore les relations complexes entre la franc-maçonnerie et les régimes politiques historiques, comme le fascisme en Italie. À travers des analyses critiques et des perspectives historiques, cette rubrique éclaire des aspects souvent méconnus ou mal compris de l’histoire maçonnique, offrant une profondeur de réflexion sur les défis et les résiliences de l’ordre maçonnique face aux bouleversements politiques.

La revue ne se limite pas aux sujets nationaux et historiques ; elle s’intéresse également aux initiatives locales et aux activités spécifiques à diverses régions d’Italie. Des articles sur les événements à Livourne, Bagheria, Maida et Trieste illustrent l’engagement régional de la franc-maçonnerie. Les projets locaux, les commémorations et les célébrations sont décrits avec une vivacité qui fait écho à l’esprit communautaire et solidaire de la franc-maçonnerie.

Dans chaque numéro, une section est consacrée aux critiques littéraires, aux nouvelles variées et aux annonces importantes pour la communauté maçonnique. Ces sections regroupent des informations pratiques, des mises à jour sur les activités de la Fondation Grande Oriente d’Italia ONLUS, et des perspectives géopolitiques, offrant ainsi une vue d’ensemble complète et cohérente des sujets d’intérêt pour les frères maçons.

Le numéro de juillet 2024, consacré à Ernesto Nathan, est emblématique de cette diversité et de cette richesse de contenu. La couverture met en avant un hommage à Nathan, avec un buste en bronze offert à la commune de Livourne, soulignant ainsi la continuité de son héritage. Les articles principaux détaillent ses réalisations et son impact, tandis que des événements commémoratifs et des discours du Grand Maître Antonio Seminario ajoutent une dimension vivante et actuelle à son souvenir.

erasmo n’est pas simplement une revue mensuelle ; c’est un lien vivant et vibrant entre les membres du Grand Orient d’Italie, un espace de partage de connaissances, de célébration de l’héritage maçonnique et de renforcement des liens fraternels. À travers ses pages, la franc-maçonnerie italienne se dévoile, se célèbre et se projette vers l’avenir, fidèle à ses idéaux et à son histoire.

D’ailleurs, certaines revues de grandes loges qui ne tirent bien souvent qu’une fois l’an et qu’à la seule gloire de leur « Lider maximo » ferait bien de s’en inspirer…

Ernesto Nathan, politicien et franc-maçon

Ernesto Nathan, figure éminente de la politique italienne et de la franc-maçonnerie, est né à Londres le 5 octobre 1845. Issu d’une famille juive nombreuse, il est le cinquième des douze enfants de Moses Nathan, un agent de change anglais d’origine allemande, et de Sara Levi Nathan, une fervente partisane des idéaux républicains de Giuseppe Mazzini. Son enfance est marquée par l’influence de Mazzini, ami intime de la famille lors de leur séjour à Londres. Cette influence façonne profondément ses convictions politiques et culturelles.

Ernesto Nathan

Après la mort de son père en 1859, Ernesto, alors âgé de 14 ans, quitte Londres pour l’Italie. Il passe son adolescence entre Florence, Milan, la Sardaigne et la Suisse, à Lugano. Ce périple à travers l’Italie et la Suisse, régions alors en plein essor révolutionnaire et culturel, enrichit sa formation intellectuelle et politique. En 1870, à 25 ans, il s’établit à Rome, où il devient administrateur du journal mazziniste La Roma del Popolo. Sa carrière politique débute alors véritablement, marquée par un engagement laïque et anticlérical fort.

En 1888, Nathan obtient la nationalité italienne, un jalon crucial dans sa carrière politique. Dès 1887, il est membre du Grand Orient d’Italie, une organisation maçonnique influente, et il en devient le grand maître en 1899, puis de nouveau en 1917. Son rôle au sein de la franc-maçonnerie est déterminant, il s’emploie à promouvoir les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ernesto Nathan rejoint l’extrême gauche historique en 1879, puis le Parti radical historique en 1904. Son engagement politique le conduit à être élu conseiller municipal de Rome en 1898. En 1907, il devient maire de Rome, un poste qu’il occupe jusqu’en 1913. Il est le premier maire de Rome à ne pas être issu de la classe des propriétaires fonciers. Son élection, qui peut sembler surprenante pour l’époque, s’explique par sa réputation d’honnêteté stricte et de sens des affaires, qualités reconnues même par ses opposants.

Monument à Victor-Emmanuel II

Lors de ses mandats, Ernesto Nathan doit gérer une ville en pleine expansion. Rome, devenue capitale du Royaume d’Italie en 1870, voit sa population doubler, passant de 230 000 à plus de 500 000 habitants. Confronté à des défis urbains considérables, il s’attaque à la spéculation immobilière et lance une série de grands travaux publics. Parmi ses réalisations notables figurent le monument à Victor-Emmanuel II, le palais de justice, le Stade national (à l’emplacement de l’actuel stade Flaminio), ainsi que la promenade archéologique sur l’Aventin et le mont Cælius. Ces projets ambitieux suscitent des controverses, certains accusant Nathan de défigurer la ville historique de Rome.

Parallèlement, Nathan œuvre pour l’éducation. Il fait ouvrir 150 écoles maternelles, un chiffre impressionnant à l’époque, surtout dans une ville où l’éducation était traditionnellement sous la coupe de l’Église catholique. Il promeut une éducation laïque, ce qui provoque une vive opposition du Saint-Siège. Ernesto Nathan développe également la formation professionnelle, améliore les infrastructures de transport public et crée une compagnie de distribution de l’énergie.

En 1915, malgré son âge avancé, Nathan s’engage volontairement dans l’armée italienne à 70 ans, servant comme lieutenant d’infanterie. Cet acte de bravoure démontre une fois de plus son dévouement envers l’Italie. En 1917, il est réélu grand maître du Grand Orient d’Italie, une position qu’il occupe jusqu’en 1919. Durant cette période, il guide l’organisation à travers les tumultes de la Première Guerre mondiale.

Ernesto Nathan meurt à Rome le 9 avril 1921. Son décès marque la fin d’une carrière dédiée à la politique, à la franc-maçonnerie et à l’amélioration de la société italienne. Il est enterré au cimetière de Campo Verano, près du Panthéon des grands maîtres et des grands dignitaires du Grand Orient d’Italie. Son héritage perdure à travers ses nombreuses contributions à la ville de Rome et à la franc-maçonnerie italienne, symbolisé par la Casa Nathan, siège du Grand Orient d’Italie à Rome, qui porte son nom en hommage à ses réalisations et à ses idéaux.

L’héritage de Nathan est également célébré par le Grand Orient d’Italie à travers des commémorations et des honneurs posthumes. Le 19 juillet 2024, un buste en bronze de Nathan est offert à la ville de Livourne par le Grand Maître Honoraire Massimo Bianchi, marquant ainsi un hommage durable à son influence et à son rôle historique. La cérémonie de dévoilement du buste souligne les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité incarnées par Nathan tout au long de sa vie.

erasmo, disponible pour tous ICI.

Malgré la présence d’un gouvernement italien qualifié d’extrême droite, erasmo se présente comme une revue totalement décomplexée, accessible au grand public sans aucune forme de censure ou de secret. Les noms et prénoms des contributeurs et des figures mises en avant sont publiés sans réserve, en toute transparence, démontrant ainsi un engagement envers la liberté d’expression et un bel esprit d’ouverture.