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Megalopolis, le dernier Copppola : Une fable maçonnique entre Lumière et Ténèbres ?

Francis Ford Coppola, un nom légendaire du cinéma, s’aventure dans les arcanes du mythe et de la science-fiction avec son film Megalopolis projet tant rêvé qu’il chérissait depuis les années 1980.

Ce film épique, empreint d’une ambition quasi démesurée, symbolise bien plus qu’un simple divertissement visuel ; il cristallise l’ultime œuvre d’un créateur qui, à 83 ans, semble vouloir transcender l’art cinématographique pour le transformer en un dialogue philosophique profond.

Francis Ford Coppola, Cannes 2001 Photo Call – Wikimedia Commons

Avec une distribution prestigieuse, un investissement personnel colossal, et une allégorie puissante à la fois de la cité et de la civilisation humaine, Megalopolis cherche à faire le lien entre la vision utopique de la reconstruction et le chaos inhérent à la nature humaine et au pouvoir.

Derrière le cadre de science-fiction, le synopsis, simple à première vue, cache une profondeur intellectuelle marquante : dans la cité de New Rome, une métaphore transparente de New York, deux figures s’opposent pour façonner l’avenir de la ville. Franklyn Cicero, le maire corrompu, et Cesar, l’architecte visionnaire, incarnent deux forces antagonistes, représentant respectivement un passé figé et un avenir idéalisé. Julia, la fille du maire, déchirée entre ces deux visions du monde, devient l’allégorie même de l’humanité, en quête de sens dans une société en ruines après une catastrophe.

Aubrey Plaza, cannes 2024

L’architecture, omniprésente, n’est pas simplement décor, mais la métaphore centrale du film, ce qui le place directement dans une réflexion maçonnique. Comme dans la tradition maçonnique, qui valorise l’art de la construction — tant symbolique que littérale — le personnage de Cesar porte en lui l’idée du bâtisseur universel, celui qui imagine une société meilleure en érigeant des structures, à la fois physiques et idéologiques. Ce n’est donc pas par hasard que Francis Ford Coppola a choisi d’inclure tant de références historiques et philosophiques dans son œuvre. Le nom même de Cesar Catilina renvoie à l’histoire romaine, et à travers la chute de la République romaine, Francis Ford Coppola nous invite à voir un miroir de l’état du monde contemporain, où les ambitions individuelles s’entrechoquent violemment avec les besoins collectifs.

L’influence de l’architecture dans Megalopolis pousse le spectateur à une réflexion plus large sur le rôle des bâtisseurs dans la société. Cesar, à l’image des grands architectes de la modernité, est un visionnaire qui aspire à une utopie. Il devient l’incarnation du franc-maçon idéal, celui qui rêve d’unir les hommes dans une cité harmonieuse, tout comme les loges maçonniques cherchaient à transcender les divisions sociales et politiques pour une fraternité universelle. Mais ce rêve se heurte aux forces de la corruption et du pouvoir, incarnées par Franklyn Cicero, lui-même figure tragique, prisonnier de ses propres contradictions et incapable de concevoir un monde au-delà de ses privilèges.

Sénat romain

La symbolique de la dualité, essentielle dans l’œuvre de Coppola, est ici magnifiée à travers cette opposition. Franklyn Cicero et Cesar représentent les deux colonnes du temple maçonnique, celle de la force et celle de la sagesse. Mais au lieu de s’équilibrer, elles s’affrontent, illustrant le drame inhérent à toute tentative de refondation utopique : le poids du passé et les entraves du pouvoir ne cessent d’étouffer les aspirations les plus nobles. Francis Ford Coppola se penche ainsi sur une réflexion presque spinoziste du pouvoir, où le désir humain, loin d’être purement créatif, est toujours corrompu par ses pulsions destructrices.

La trame narrative de Megalopolis explore également un thème central de la franc-maçonnerie : la quête de la lumière, c’est-à-dire la recherche de la connaissance et de l’élévation spirituelle. Julia, partagée entre les deux hommes de sa vie, symbolise cette quête. Sa position est celle du disciple en pleine initiation, cherchant à comprendre où réside la vérité. Si son père représente le monde des ténèbres, corrompu et rétrograde, Cesar est celui qui incarne la lumière, la promesse d’un renouveau. Mais Francis Ford Coppola ne fait pas de cette quête une simple opposition manichéenne. Comme dans tout processus initiatique, la lumière ne peut être atteinte sans un passage par les ténèbres, sans une confrontation aux forces destructrices qui hantent l’humanité. L’échec de Cesar à convaincre l’ensemble de la ville de se rallier à son projet utopique montre que la quête maçonnique est longue et difficile, semée d’embûches.

Trilith Soundstages

Le personnage de Wow Platinum, animatrice de télévision interprétée par Aubrey Plaza, est une figure tout aussi intéressante, car elle incarne la modernité et la superficialité de notre ère médiatique. En la contrastant avec les architectes du futur, Francis Ford Coppola semble dénoncer la vacuité des discours de masse, l’instrumentalisation de la culture populaire au détriment de la véritable réflexion intellectuelle. Wow Platinum représente cet écran qui sépare l’homme de la connaissance, un voile d’illusion que seul l’initié, dans son parcours vers la lumière, parviendra à lever.

Sur le plan esthétique, le film s’inscrit également dans une dimension hautement symbolique, qui va au-delà de la simple représentation visuelle. Le choix de Coppola d’utiliser la technologie d’écrans LED et les effets spéciaux traditionnels renforce le caractère dystopique du film, tout en créant un lien avec les classiques du cinéma de science-fiction. La direction artistique et les décors participent à cette impression d’un monde à la fois familier et étranger, une ville où le passé et le futur s’entrelacent, créant une réalité intemporelle. La photographie de Mihai Mălaimare Jr. accentue cette dichotomie par l’usage des lumières et des ombres, conférant au film une dimension quasi mystique, où chaque cadre devient un symbole.

Cependant, cette ambition démesurée semble avoir été l’épée à double tranchant du film. Les critiques qui ont accompagné sa présentation au Festival de Cannes sont sévères. On reproche à Coppola d’avoir produit un film confus, parfois lourd dans ses symboles et ses dialogues. Cette chute d’un projet aussi ambitieux, décrite par certains comme un « opéra bouffi », souligne peut-être l’incapacité même de l’artiste à répondre aux aspirations qu’il a lui-même élevées. Comme un architecte qui, à force de vouloir bâtir une cathédrale vers les cieux, perd de vue les fondations mêmes du bâtiment. Toutefois, au-delà de cette incompréhension critique, _Megalopolis_ reste avant tout un film qui appelle à la réflexion, une fable qui, dans son échec apparent, invite le spectateur à méditer sur la faillite des utopies et les éternelles contradictions de la condition humaine.

En définitive, Megalopolis est l’œuvre ultime d’un auteur visionnaire qui, à travers son film, interroge le sens même de l’existence, du pouvoir et du rêve. Comme dans la franc-maçonnerie, il s’agit ici de bâtir, non pas une simple cité, mais une société idéale où la lumière triompherait enfin des ténèbres.

Sous un regard plus maçonnique encore…

Megalopolis se présente comme une œuvre riche en symboles et en allégories initiatiques, que l’on peut interpréter à travers les enseignements de la franc-maçonnerie. Pour un initié, ce film s’apparente à un parcours spirituel, où la reconstruction de la cité n’est pas seulement matérielle, mais aussi une métaphore pour la transformation intérieure de l’être humain et de la société dans son ensemble.

La figure du bâtisseur

Cesar, l’architecte, incarne un archétype maçonnique central : celui du bâtisseur. Dans la tradition maçonnique, le bâtisseur ne construit pas seulement des édifices physiques, mais élabore également des structures morales et spirituelles. La franc-maçonnerie, souvent décrite comme un ordre de constructeurs, prône la perfection de l’âme par le travail sur soi. Cesar, dans sa quête de recréer New Rome après la catastrophe, est l’incarnation moderne du maître maçon, cherchant à ériger une cité idéale, un temple symbolique où règnent l’harmonie et la justice.

Le projet de Cesar est une utopie, un idéal presque inaccessible, qui rappelle la démarche initiatique maçonnique. Tout comme le franc-maçon qui doit sans cesse se perfectionner, Cesar cherche à créer une société qui dépasse les limites de l’imparfait et du corrompu. Ses efforts pour convaincre la ville de se rallier à cette vision utopique sont symboliques du défi auquel fait face tout initié : celui de transformer le chaos en ordre, le matériel en spirituel, tout en affrontant les résistances inhérentes à la nature humaine.

La dualité et les colonnes du Temple

Un des symboles centraux de la franc-maçonnerie est celui des deux colonnes, Jakin et Boaz, qui marquent l’entrée du temple de Salomon. Ces colonnes représentent la dualité de la nature humaine, l’équilibre entre la force et la sagesse, entre l’ombre et la lumière. Dans Megalopolis, cette dualité est incarnée par les personnages de Franklyn Cicero, le maire corrompu et conservateur, et Cesar, l’architecte progressiste et idéaliste. Franklyn incarne la colonne de la force, celle qui, dans sa forme dégradée, devient autoritaire, voire destructrice, tandis que Cesar représente la sagesse et l’aspiration à la lumière.

Pour un initié, cette opposition n’est pas simplement politique, mais revêt une dimension spirituelle. Tout parcours maçonnique est une quête d’équilibre entre ces deux forces. Le maire, ancré dans le passé et la corruption, refuse l’évolution et le progrès, ce qui symbolise l’attachement aux ténèbres et aux illusions du pouvoir terrestre. Cesar, quant à lui, cherche à amener la cité vers un futur plus éclairé, où la vision utopique transcende les limites matérielles et morales imposées par l’ordre établi. Cette tension entre le passé figé et le futur éclairé est une constante dans le cheminement maçonnique, où l’initié doit sans cesse naviguer entre l’ancien et le nouveau, entre les traditions et l’innovation.

La quête de la lumière

Dans la franc-maçonnerie, la quête de la lumière est centrale. Elle symbolise la recherche de la connaissance, de la vérité et de l’élévation spirituelle. Le personnage de Julia Cicero, qui se trouve au carrefour entre les deux hommes de sa vie, son père et son amant, représente cette quête. Elle est l’initiée, déchirée entre deux mondes : celui de l’ignorance et de la corruption représenté par son père, et celui de la lumière et de la transformation incarné par Cesar. Julia incarne l’humanité en transition, celle qui cherche à se libérer des ténèbres de l’ignorance pour s’élever vers la connaissance et la sagesse.

Le cheminement de Julia est celui de l’initié maçonnique, qui, pour atteindre la lumière, doit d’abord passer par les ténèbres, par l’épreuve et la confrontation avec ses propres doutes et contradictions. Le lien symbolique avec la franc-maçonnerie devient alors évident : la reconstruction de la cité n’est que le reflet de la reconstruction intérieure que tout initié doit entreprendre, une refonte de ses propres croyances et valeurs pour accéder à un niveau supérieur de conscience.

La cité idéale : le Temple de Salomon

La cité que Cesar souhaite reconstruire est, pour un maçon, une métaphore directe du Temple de Salomon, symbole ultime de l’édifice parfait dans la tradition maçonnique. Ce temple, à la fois physique et spirituel, représente l’aspiration à une société où règne l’harmonie entre les hommes, où chaque pierre est parfaitement taillée et où l’architecte divin — c’est-à-dire la raison, la justice et l’amour fraternel — préside à l’organisation sociale.

Le projet de Cesar est donc un écho direct à ce grand idéal maçonnique. La catastrophe qui détruit New Rome représente les forces destructrices et entropiques à l’œuvre dans le monde profane, un monde où le désordre et la corruption règnent. Pour un initié, cette destruction est nécessaire avant de pouvoir reconstruire un monde meilleur. Le processus de déconstruction-reconstruction est essentiel dans la franc-maçonnerie, car il représente la purification nécessaire avant l’érection du véritable temple, celui de l’âme et de la cité.

Les épreuves initiatiques

Tout au long de Megalopolis, les personnages, en particulier Cesar et Julia, traversent des épreuves symboliques, qui rappellent les étapes du processus initiatique maçonnique. La lutte entre Cesar et Franklyn, ainsi que les dilemmes moraux et émotionnels de Julia, ne sont rien d’autre que des épreuves initiatiques. Ces épreuves sont conçues pour tester l’engagement des personnages, leur capacité à transcender leurs propres limitations et à évoluer vers un état de conscience supérieur.

Dans la franc-maçonnerie, chaque degré initiatique est marqué par des épreuves, souvent symbolisées par les éléments (terre, eau, feu, air) ou par des situations où l’initié doit faire preuve de courage, de discernement et de sagesse. De la même manière, les protagonistes de _Megalopolis_ sont confrontés à des choix qui déterminent non seulement leur avenir personnel, mais aussi celui de la cité. L’issue de ces épreuves détermine leur capacité à être des bâtisseurs, non seulement dans le sens matériel, mais aussi dans le sens spirituel et moral.

En conclusion

Pour un initié, Megalopolis est bien plus qu’un film de science-fiction. C’est une œuvre allégorique qui reflète les grands principes de la franc-maçonnerie : la quête de la lumière, la dualité entre les forces créatrices et destructrices, la nécessité de l’épreuve et la reconstruction d’un temple, qu’il soit intérieur ou collectif. À travers ses personnages et sa trame narrative, Francis Ford Coppola invite les spectateurs à réfléchir sur le rôle de l’individu dans la société, sur la nature du pouvoir et sur l’importance de l’idéalisme face à la corruption.

Un œil de type delta doré
Œil rayonnant

L’utopie que Cesar cherche à créer n’est pas seulement un idéal politique ou architectural, mais un modèle de société juste, fondée sur les principes d’harmonie, de justice et de fraternité, des valeurs profondément maçonniques. Si la cité utopique de Cesar échoue dans le film, cela reflète une réalité maçonnique : l’œuvre de perfectionnement est perpétuelle, inachevée, et chaque génération d’initiés doit reprendre le flambeau pour continuer à bâtir un monde meilleur.

Nous tenons à exprimer nos sincères remerciements à la production de Megalopolis pour avoir permis à 450.fm de visionner ce film en avant-première. Cette opportunité exclusive nous a offert un moment privilégié de réflexion profonde, en résonance avec nos valeurs et nos aspirations. Votre geste témoigne non seulement de leur générosité, mais aussi de leur ouverture à un dialogue spirituel et philosophique que ce film incarne admirablement.

Subréalité et Surréalité en Franc-maçonnerie : l’hypothèse Polaris

Dans le bureau obscur du Northern Star1, l’aventurier Voyageur se laisse envoûter par le battement métallique des barres à caractère de sa machine à écrire. Chaque frappe sur les touches mécaniques devient une pulsation, un battement d’aile dans le ciel sans fin du ruban encré de Moëbius. Les murs s’effacent peu à peu, aspirés dans le noir luminescent… les mots se noient dans l’ombre… se disloquent… glissent entre le réel et l’irréel.

Chaque phrase s’étire comme la cire molle d’une bougie oubliée sur une table de dissection entre un parapluie et une machine à coudre, vestiges d’un antique alchimiste solaire2. “L’ombre-enluminure” reparaît dans une pliure à peine perceptible  entre deux vélins, “peau-passage” vers l’Au-delà.

« L’ancrage » du Noir – Série « Les hasards objectifs » – Photographie – 2024 ©Stefan von Nemau

Le Nautonier de l’ombre apparaît alors, diaphane et incertain. Il descend de l’étoile noire qui l’aspire autant qu’elle le libère. Il ne marche pas, il flotte. Spectre d’une bibliothèque qui n’a ni porte ni fenêtre, mais seulement des interstices dans l’épaisseur des pages au travers desquels il glisse. Il est tout à la fois une ombre organique et un reflet liquide. Il avance, fluide, se désagrégeant et se recomposant à chaque pas, matière en perpétuelle mutation, un corpus de gluons flottant dans l’éther. Est-il homme? Est-il idée ? Est-il l’essence de ce qui précède toute forme? Une seule certitude, c’est bien le Nautonier des longitudes septentrionales.

Etude crayon sur papier de l'arcane 13 dans son premier cycle - © Stefan von Nemau - Objet Visuel Non Identifié à venir - 2024
Etude crayon sur papier de l’arcane 13 dans son premier cycle – © Stefan von Nemau – Objet Visuel Non Identifié à venir – 2024

Ainsi il est temps, pour le Voyageur, de se dissoudre lui-même. Son bureau n’est plus qu’un navire-corbeau3 voguant sur une mer de mots en fusion. Il se fond dans la trame, passager de l’invisible laissant derrière lui les barres à caractères qui frappent toujours le papier-peau, orgue de barbarie d’une mécanique ontologiquement inerte et sans âme dont la musique persiste dans l’absence. Le monde physique cède la place à l’Antremonde, cet espace où la logique s’effondre, où la raison devient son propre écho, s’amplifiant jusqu’à se perdre dans le vide interstitiel4. Ici, il n’y a ni haut ni bas, ni passé ni futur. Tout est suspendu dans une lumière sourde, où le temps “montres-molles”5 se distend comme une corde de piano usée6 chute de sa tessiture.

Le Voyageur n’est pas seul. Il est accompagné par ce qu’il fut autrefois: une ombre sur son épaule, esquisse de lui-même dans un miroir brisé. Le Nautonier, lui, n’est plus que l’écho de son propre passage, une empreinte sur la surface mouvante de l’encre qui se mêle à l’ancre du navire. Les mots se perdent, deviennent feuilles mortes, cendres d’idées qui se déposent et s’effacent aussitôt. Et pourtant, chaque lettre imprimée est une ancre, une marque dans l’éther, une tentative désespérée de retenir ce qui, par nature, ne peut être capturé : l’essence de l’Art-Royal.

Car ce voyage n’est pas une simple dérive surréaliste ouvrant le regard7. Ce n’est pas un rêve éveillé. C’est une traversée, un cheminement vers ce qui est sous la surface, une réalité cachée dont seuls ceux qui y sont initiés peuvent entrevoir les portes. Loin de la raison résonnante, cette quête intérieure révèle l’impermanence de toute chose, la dissolution inévitable de la forme dans l’informe. Ici, tout se décompose, se recompose, puis se décompose à nouveau, dans un cycle sans fin, un ballet cosmique où l’initié n’est qu’un funambule dansant aveugle sur l’Infini. C’est lorsqu’il s’abandonne à son intuition, qu’il se laisse guider par une force inconnue, qu’enfin il perçoit sans toutefois pouvoir comprendre.

L’étoile du matin – Photographie ©Stefan von Nemau – Collection permanente du musée des Confluences à Lyon

Le Voyageur grave maintenant dans l’éther les symboles de sa métamorphose. L’Art-Royal se révèle dans la désintégration des apparences, dans le froissement des feuilles mortes qui tombent sans bruit. Les mots sont des portes vers un ailleurs qui ne peut être décrit, un espace où les dualités se dissolvent : la lumière et l’ombre, l’immanence et la transcendance, la raison et la folie. Tout devient Un, fusionnant dans une clarté obscure que seule l’âme ignitiée peut entrevoir.

Le Voyageur continue, délié du temps et de l’espace. Il est à la fois un et multiple, reflété dans chacune des 144 gouttes d’encre de l’émeraude-lumière qui glissent sur le papier. Il s’immerge dans l’Art Royal, non pas comme dans une sur-réalité artistique, mais comme une réalité sous-jacente, une tension subtile entre le visible et l’invisible, entre l’effort intellectuel et l’intuition la plus pure. Ce chemin initiatique n’est pas une quête de beauté ou de sublime. Il est une exploration de la dissonance entre l’homme et l’univers, une danse avec le vide, où l’on apprend non pas à créer, mais à détruire pour mieux reconstruire. Ainsi, si la création est le seul sujet de l’Artiste, la recréation est celle du Franc-maçon et s’il ne faudrait pas les confondre ils se rencontrent pourtant lorsqu’ils passent de l’idée venant de la subréalité ontologique à la matérialité surréelle de l’Œuvre en expansion.

Dans ce labyrinthe de signes et de symboles, le Voyageur doit se perdre pour ne plus avoir à comprendre et enfin ressentir. Ce n’est plus une quête intellectuelle, mais une immersion totale dans l’inconnu, où chaque mot, chaque symbole, devient une clef ouvrant un passage vers une réalité cachée. L’Art-Royal n’est pas une expression esthétique, mais une forme de rédemption, un retour à l’essence première où l’initié se trouve confronté  à sa propre dissolution.

Finalement, dans une dernière vibration de la machine à transcrire, le Nautonier disparaît s’effaçant dans le Silence. Le Voyageur, désormais seul, comprend qu’il n’y a jamais de retour possible. L’encre sèche sur le papier, mais l’empreinte vibrante de cette quête demeure vivante, gravée dans l’invisible. L’Art-Royal, n’est généralement pas pris pour une rêverie poétique. L’Art-Royal est une infra-réalité rendue palpable par l’esprit, une sub-réalité qui vibre sous la surface des choses, prête à se dévoiler à celui qui ose franchir le seuil et plonger dans les ténèbres de sa propre initiation. 

Et pourtant… à en croire même les plus sceptiques, c’est en rassemblant ce qui est épars que l’Unité peut être espérée. De la Subréalité à la Surréalité il n’y a qu’un seul pas. Il enjambe le Réel de notre propre ignition dans l’hypothèse Polaris.

La muse Polaris ou Alpha Ursæ Minoris - Série "les hasards objectifs" 2024 ©Stefan von Nemau
La muse Polaris ou Alpha Ursæ Minoris – Série « les hasards objectifs » 2024 ©Stefan von Nemau

Cet article est une ré-interprétation du texte original « L’espoir Polaris » à lire ce mois-ci dans Les Yeux du Cyclope.

  1. Lire “l’homme qui voulut être roi” de Rudyard Kipling ↩︎
  2.  Découvrir l’œuvre de Man Ray ↩︎
  3. Lire “De l’autre côté du miroir” “Through the looking-glass, and what Alice found there” de Lewis Caroll – 1872 – Suite “D’Alice au pays des merveilles” – 1865 ↩︎
  4. Regarder Interstellar – film de Christopher Nolan – 2014 ↩︎
  5. Voir l’œuvre de Salvador Dali ↩︎
  6. Ecouter Erik Satie ↩︎
  7. Voir le court métrage surréaliste “Un chien Andalou” de Luis Buñuel – 1929 – 21 minutes ↩︎

Vient de paraître : Fil-Infos N°10

Sous la coordination de Thomas Ayissi en qualité de rédacteur en chef, ce nouveau numéro de Fil-Infos aborde des sujets très divers :

  • La symbolâtrie en maçonnerie par le frère Milton Arrieta Lopez
  • La subjectivité du Franc-Maçon par le frère Roberto CERTAIN-RUIZ
  • Un certain regard sur les symboles et rituels maçonniques par notre sœur Ida Radogowski
  • La découverte de la Capoeira par B. SOREL
  • Les métaux du Franc-Maçon par la sœur Margarita ROJAS BLANCO
  • La naissance de la franc-maçonnerie en Angleterre par le frère Kalife
  • Les notes de lecture de notre sœur Odile sur « Les jardins initiatiques du château de Versailles » de Jean ERCEAU
  • La sémiotique pour le Franc-Maçon par le Frère Michel Ivan Herrera
  • La rubrique « Paroles de profanes » à propos du passage sous le bandeau
  • Un billet de réflexion de notre frère Daniel sur « L’argent, le pouvoir et l’humain ».

Ce numéro de 16 pages est en accès libre par téléchargement

26/10/24 : « L’Homme et le Sacré », la journée d’étude de l’Académie Maçonnique de Lyon

Dans le cadre du cycle annuel de conférences réservé aux Maîtres Maçons, l’Académie Maçonnique de Lyon a le plaisir de vous convier à une journée d’étude qui se tiendra le samedi 26 octobre 2024 à partir de 9h00 au Temple de la Croix Rousse, situé au 19 rue Dumont D’Urville, 69004 Lyon.

Programme de la journée

– 9h00 : Accueil des participants

– 9h15 : Introduction par Marie-Thérèse Besson

– 9h30 – 10h30 : « Sacraliser/Désacraliser » par Franck Masson (GLNF)

– 10h30 – 11h30 : « La parole et le Sacré » par Françoise Bort (GLFF)

– 11h30 – 12h30 : « L’art et le Sacré » par Jean Casanelles (GL-AMF)

– 12h30 : Conclusions de la journée

Informations pratiques

Inscription annuelle : 35 € pour deux séries de conférences.

Inscription pour une seule journée : 15 €.

Les inscriptions sont ouvertes aux Académies de Lyon, Lille, Marseille, Toulouse (en présentiel ou en visio) et Lyon (uniquement en présentiel).

Les textes des conférences seront remis en présentiel en 2025 pour les inscriptions annuelles et vendus au prix de 10 euros pour les autres.

Pour tout renseignement complémentaire ou pour vous inscrire, veuillez contacter l’Académie Maçonnique de Lyon à l’adresse suivante.

L’Académie Maçonnique de Lyon espère vous retrouver nombreux pour cette journée riche en enseignements.

Avec « Tradition[s] », découvrez les derniers secrets d’une correspondance maçonnique révélés

Ce hors-série de Tradition[s], Revue des Ordres de Sagesse du Grand chapitre général Opéra, consacré à la correspondance entre René Guilly et Jean van Win, s’inscrit dans une tradition intellectuelle et spirituelle d’une rare intensité. Ce dialogue épistolaire, empreint d’une érudition et d’une sensibilité maçonniques profondes, nous révèle des facettes inédites des deux hommes tout en nous plongeant dans une réflexion historique sur le rôle et l’héritage de la maçonnerie française et belge.

René Guilly, immense personnage du XXe siècle maçonnique, apparaît dans cet ouvrage comme un artisan d’une tradition vivante, un historien qui conçoit l’histoire comme une résurrection, à l’instar de Michelet. En tant que fondateur de la revue Renaissance Traditionnelle et éditeur de rituels, il a contribué à porter l’école historique française à son apogée, tout en ressuscitant des pratiques et des savoirs maçonniques oubliés ou éparpillés. Ce n’est pas tant une érudition stérile qu’il poursuivait, mais bien un retour à l’essence même de la tradition, une quête de sens et d’authenticité dans une maçonnerie moderne.

L’œuvre met en lumière la dernière période de vie de Guilly, et cette correspondance avec Jean van Win – historien belge reconnu revêt un caractère particulier. Elle témoigne de la profondeur des échanges intellectuels entre ces deux hommes, qui semblent ici transcender les simples questions de rites ou de doctrines pour atteindre une réflexion métaphysique plus large. Le fait que ces lettres aient été publiées, inédites pour la plupart, dans ce numéro hors-série de *Tradition[s]* confère à l’ouvrage une dimension presque testamentaire.

Jean van Win, interlocuteur privilégié de Guilly dans ces derniers instants, se fait ici l’écho d’une pensée maçonnique en pleine évolution. Les lettres nous donnent à voir un Guilly qui se questionne, qui cherche, qui affine ses concepts jusqu’à la fin. Van Win, en tant qu’historien, mais aussi en tant qu’ami et confident, joue un rôle essentiel dans cette démarche de clarification et de synthèse des idées. Il permet ainsi à Guilly de poser les bases d’une réflexion plus universelle sur la place de la maçonnerie dans le monde moderne.

L’analyse des commentaires inclus dans l’ouvrage apporte un éclairage indispensable sur le corpus de correspondances. Il est frappant de constater à quel point cette correspondance est non seulement un échange d’idées, mais aussi un dialogue sur la méthode historique, sur la manière d’aborder les archives, les rites et les traditions. Guilly, tout comme Van Win, ne se contentent pas d’être des historiens ; ils sont des passeurs, des garants d’une tradition qui, loin d’être figée, est en perpétuelle évolution.

Le choix des Ordres de Sagesse du Grand chapitre général Opéra de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra d’éditer cet ouvrage dans sa revue Tradition[s] n’est pas anodin. En publiant ce hors-série, l’Ordre rend hommage à un de ses plus éminents représentants et rappelle l’importance des hauts grades dans l’évolution spirituelle des maçons. Les Ordres de Sagesse, à travers cet hommage, se positionnent comme les dépositaires d’un savoir ancien, tout en affirmant leur ancrage dans une modernité éclairée.

Enfin, l’éditorial de Jérôme Minski, « Guilly, une lumière », situe cette correspondance dans une perspective plus large : celle de la transmission, du devoir de mémoire, et de la reconnaissance envers ceux qui, comme Guilly, ont consacré leur vie à éclairer les chemins de la connaissance et de la tradition. Jérôme Minski nous invite à une lecture attentive et réfléchie, à un hommage à la fois intellectuel et spirituel. Le mot lumière n’est pas anodin : il rappelle la fonction initiatique de l’histoire maçonnique, mais aussi la dimension spirituelle et éternelle de la quête de l’initié.

Cet ouvrage, à travers ses 64 pages, est donc bien plus qu’un simple recueil de lettres. Il est une invitation à réfléchir sur la place de l’histoire, de la tradition, et du savoir dans une maçonnerie contemporaine qui, loin de se tourner vers le passé par nostalgie, cherche à réaffirmer les fondements essentiels d’une spiritualité vivante. Les Éditions de la Tarente, en publiant cette œuvre, ont non seulement donné à lire une correspondance précieuse, mais ont également rendu un vibrant hommage à un homme dont la lumière continue de briller dans les loges.

Cette note de lecture se conclut en soulignant l’importance de cet échange épistolaire pour tout franc-maçon désireux de comprendre les racines intellectuelles de la maçonnerie moderne, mais aussi pour tout historien soucieux de la préservation et de la transmission des savoirs traditionnels. L’ouvrage offre ainsi une lecture aussi bien académique que spirituelle, ouvrant des portes vers une compréhension plus profonde de l’héritage laissé par René Guilly.

De la 4e de couverture, nous retenons que René Guilly aura illuminé le siècle maçonnique. Historien, éditeur de rituels, fondateur de la revue Renaissance Traditionnelle, il a porté l’école historique française à son zénith. Artisan d’une tradition vivante, il concevait l’histoire à la manière de Michelet, plutôt comme une résurrection que comme un pur acte d’érudition.

Jean van Win, l’historien belge bien connu, a été l’un des derniers à échanger avec le maître français une correspondance à la fois méthodique et sensible, peu de temps avant que ce dernier ne rejoigne la loge d’en-Haut. C’est d’abord cet échange de lettres, inédites ou difficiles d’accès, que nous publions dans ce numéro. C’est ensuite un ensemble de commentaires qui éclairent ce corpus en rassemblant ce qui est, par nature, épars : la vie et l’œuvre de celui qui est devenu, selon l’expression consacrée, un contemporain capital.

Tradition[s] est la revue du Grand Chapitre Général Opéra, qui est la juridiction du Rite Français Traditionnel de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. Avec une périodicité annuelle, Tradition[s] propose un regard d’aujourd’hui sur les grands enjeux spirituels des hauts grades.

La correspondance entre René Guilly et Jean van Win

Tradition(s) – Revue des Ordres de Sagesse du Grand chapitre général Opéra

Les Éditions de la Tarente, Hors-série, Mai 2024, 64 pages, 16 €

Les Éditions de la Tarente, le site.

Les photos de cette publication sont l’œuvre de Yonnel Ghernaouti, YG et sont sous copyright des Ordres de Sagesse du Grand Chapitre Général Opéra.

27/09/24 conférence à Issy-les-Moulineaux : « L’Égypte antique au fil du temps »

La civilisation égyptienne pharaonique est née il y a 5000 ans le long du Nil, l’un des plus grands fleuves au monde. Ses particularités géographiques vont lui permettre de développer et de conserver pendant près de 4000 ans une culture personnelle et originale, qu’elle préservera jusqu’à la chute des pharaons égyptiens. Toutefois, l’Antiquité égyptienne est loin d’être un bloc homogène comme on la présente souvent, par facilité.

A l’occasion de la parution de son dernier livre « L’Egypte antique, histoire, mythologie et culture », l’égyptologue Amandine Marshall vous propose une plongée dans le temps et dans l’histoire.

La Loge L’Arc en Ciel n°98 à l’Or.·. de Paris, de la Grande Loge Mixte de France, organise ce moment d’histoire.

Cette loge maçonnique travaille au Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, dit aussi « Rite Égyptien ». 

C’est lors d’une précédente conférence d’Amandine Marshall que des membres de cette Loge ont eu envie de revivre ce moment d’histoire en ouvrant leurs portes et en partageant un moment similaire à tous. Maçons et non maçons. 

Au programme de cette réunion publique et gratuite :

  • L’invention des premières pyramides, réalisées à l’Ancien Empire, avec son lot de loupés et de réussite ; 
  • Une situation de chaos finalement pas si horrible que ça à la Première Période Intermédiaire ; 
  • Un texte de propagande scolaire, pour inciter les jeunes élèves à vouloir devenir scribe, écrit au Moyen Empire, l’Âge d’Or de la littérature égyptienne ; 
  • Une guerre contre des prétendus envahisseurs qui étaient plutôt les gentils de l’histoire à la Deuxième Période Intermédiaire ; 
  • et un florilège de pharaons connus – Hatchepsout, Akhenaton, Toutânkhamon et Ramses II – avec leur lot de fantasmes qui seront passés au crible de la documentation égyptienne.

La réunion publique aura lieu :

le vendredi 27 septembre à 19h30
5 rue de Vanves
92130 Issy les Moulineaux.

Non loin du métro Corentin Celton de la ligne de métro 12.

Le nombre de place est limité. Une inscription préalable est requise à l’adresse : http://2024.algdgadlu.fr/

Une assemblée studieuse écoute un conférencier
Le conférencier montre le tableau blanc devant une assemblée

Les personnes présentes, non initiées, pourront,  à l’issue de la conférence, si elles le souhaites, poser également des questions aux membres de la loge au sujet de la Franc-Maçonnerie.

Amandine Marshall :

Amandine Marshall

Elle est née le 29 novembre 1980 à Toulouse. Elle s’intéresse dès son enfance aux civilisations méditerranéennes. À seulement 17 ans, elle publie son premier ouvrage, un recueil de légendes méconnues de la mythologie grecque. Aujourd’hui égyptologue, archéologue et auteure, elle détient un doctorat en égyptologie et partage son temps entre les fouilles, la recherche, l’écriture, les conférences et les interventions en milieu scolaire.

En tant que chercheuse associée à la Mission Archéologique Française de Thèbes Ouest (MAFTO), elle participe, depuis 2005, aux travaux sur le site du Ramesseum en Égypte. Elle est également l’auteure de plusieurs documentaires sur la civilisation égyptienne, de divers ouvrages consacrés à la mythologie grecque, ainsi que d’un roman historique situé à Pompéi au Ier siècle.

Son dernier livre,  « L’Egypte antique, histoire, mythologie et culture » est sorti le 25 septembre 2024.

Chez Emmanuel Levinas : Ma vérité dans le visage de l’autre

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(au risque d’être envisagé ou dévisagé !)

 « je est un autre »

Arthur Rimbaud

A croire qu’Arthur Rimbaud fut un pré-lacanien ! En effet, que m’offre l’autre, mon prochain, de la garantie de trouver ma propre vérité en lui ? Jacques Lacan, nous dit que d’une certaine manière, l’autre m’intéresse dans l’espoir qu’il va me servir de relais, d’ambassadeur, avec le grand « A », la force transcendante qui m’apporterait « ma » vérité.

Naturellement, cette recherche est vouée à l’échec dans cette quête d’absolu à laquelle ni moi ni l’autre ne peut répondre, nous laissant dans l’amertume de l’insuffisance du rapport humain et de la tentation d’orientations vers les religions, les philosophies, la politique, etc. qui risquent de nous amener, à terme, à autant de frustrations qu’auparavant. Ce qui faisait dire à Lacan, son célèbre aphorisme :

« Aimer, c’est donner ce que je n’ai pas à quelqu’un qui n’en veux pas ! ».

Michel Foucault

Seuls les mystiques peuvent se prévaloir, pour quelques rares instants, à cette vision et à ce dialogue, en direct, avec l’ « Agalma », ce « Trésor des signifiants ». Mais, dans l’ensemble de la population, il faut reconnaître l’absence assez prononcée de mystiques où l’existence de dérives psychiatriques prétendant au dialogue direct avec le « Principe » ! En fait, la seule vérité dont l’homme est assuré est sa propre disparition physique, même s’il croit à une « vie éternelle » pour apaiser son angoisse et cette permanence de la vérité, collective ou personnelle, devient l’objet même de la philosophie comme le pensait Michel Foucault :

« Et j’ai beau dire que je ne suis pas un philosophe, si c’est tout de même de la vérité que je m’occupe, je suis malgré tout philosophe ».

En attendant l’inéluctable, l’homme n’a de solution que de chercher « la » et « sa » vérité dans l’autre, comme un effet-miroir dont on ne peut se passer, mais dont on mesure la variabilité au fil des évolutions personnelles. D’où la recherche permanente de trouver un point fixe qui, lui, ne varierait pas. L’autre est-il capable de m’indiquer à-travers son visage ma propre vérité une fois encore ?

Repose ici tout l’enjeu de la réflexion du philosophe Emmanuel Levinas. Pour lui, dans le visage de l’autre, je ne cherche pas seulement à y lire des sentiments à mon égard, mais y trouver ce qui en serait de ma vérité. Dès lors, le visage de l’autre devient une contrainte catégorique, sous peine de perdre tout accès à la vérité de la nature humaine en général.

I-l ‘absolument autre, c’est autrui !

Emmanuel Levinas

Emmanuel Levinas pourrait se définir comme un homme des Lumières après l’effondrement des Lumières, Influencé par la phénoménologie (1). Le point de départ de la pensée lévinienne est de penser que l’autre est transcendant, donc porteur d’une vérité sur moi qui est aussi le reflet d’une vérité sur lui. Cette obligation du visage de l’autre me place dans une situation éthique et il me met à ma place, qui n’est plus celle d’un sujet seul au monde, souverain et maître du réel. Le premier moment éthique est lié au déplacement du moi qui sort de sa souveraineté ! Son altérité déchire le tissu de l’imaginaire d’une vérité unique et m’interroge donc sur la mienne, de par sa différence. L’autre n’est pas thèmatisable, ce qui amène Levinas à penser que l’intersubjectivité acceptée révolutionne la pensée philosophique en refusant qu’il y aurait une vérité unique pour l’ensemble de l’espèce humaine, de quelque nature qu’elle soit. Autrui n’est pas un alter égo, un autre moi-même, et dès lors l’éthique devient un dérangement, car cette altérité en face de la mienne me dépossède de ma souveraineté et l’existence de l’autre m’oblige à poser des limites à mon pouvoir sur toute chose, pouvoir de connaître et pouvoir de faire.

Martin Heidegger

C’est un point de clivage essentiel entre la pensée de Levinas et celle de Heidegger. Chez ce dernier, la ruine de la représentation est radicale : l’être n’est pas une substance, mais un verbe « qui est être fait pour mourir » et que l’on retrouve dans la théorie du « Dasein » (2) dans son célèbre ouvrage « Sein und Zeit » (« Être et Temps »)dont s’inspirera beaucoup Jean-Paul Sartre dans son ouvrage intitulé « L’Être et le Néant »). Levinas décrit l’existant et non l’existence, tandis qu’Heidegger interroge l’existence pour révéler l’être : exister, c’est être auprès des choses du monde qu’on a sous la main et cheminer vers la mort avec, en main, le viatique de la philosophie. Sa devise pourrait être l’inscription qui figurait sur l’entrée de la villa Borghèse à Rome :

« Va où tu veux, demande, cherche ce que tu aimes et repars quand tu veux »

où le sujet talonné par sa propre disparition ne peut vivre qu’intensément ses désirs, et est condamné à l’action dans un temps donné. Cette orientation donnera naissance à l’existentialisme sartrien, nullement partagé par Levinas qui estime que je suis prisonnier de l’autre en tant que sujet et non en tant qu’objet. Je suis prisonnier de l’autre dans sa vérité, par son visage qui est un miroir qui me renvoie une autre image mystérieuse d’une ressemblance et d’une dissemblance. Là aussi, nous sommes confrontés à l’énigme de ce qu’est la vérité fuyante du sujet. Levinas montre que la responsabilité pour l’autre qui va jusqu’à la substitution, renverse la subjectivité.

Tombe de Martin Heidegger.

Pour Heidegger on meurt seul, tandis que pour Levinas la mort est séparation, mais la mort d’autrui me concerne et sa mortalité que je vois sur son visage m’oblige à ne pas l’abandonner. C’est parce qu’autrui est mortel que je suis responsable de lui. Mon ipséité (3) par ma responsabilité pour l’autre n’a rien de psychologique ni d’éthique au sens ordinaire du terme, elle s’inscrit dans la normalité, dans l’ontique (4). Pour Levinas, le visage de l’autre et le mien, sont une épiphanie (5) qui expriment l’infini. Je reçois d’autrui la vérité de ce que je suis : Je suis renseigné et enseigné, car autrui est « au-delà de ma capacité » et il est en moi, par son être même, capable de changer ma subjectivité. Levinas suggère l’idée d’une rencontre où un individu unique se tient devant un autre individu unique qui s’exprime, même s’il se tait. La rencontre avec autrui est toujours la rencontre d’un être vulnérable et mortel avec un être vulnérable et mortel et non la rencontre de deux sujets abstraits comme l’exprime Heidegger. L’éthique doit donc être là pour contrer ce qui, dans « la vérité politique ou philosophique », tendrait à réduire l’autre au même. Le discours met en relation deux êtres libres et transcendants et, en ce sens, il est contraire à la violence et à la réduction de l’autre au même et exprime la volonté de le détruire et de supprimer l’essence même de la relation humaine. De toute façon je peux mettre fin à la vie d’un autre, mais je ne peux pas faire qu’il n’ait pas été !

Ii-être responsable de l’autre, c’est entrer dans la vérité de sa dignité.

La responsabilité définit mon ipséité et révèle que je suis, moi, et pas un autre et, cependant, m’oblige à entendre la parole de l’autre. Son visage me parle et que, même si je passe mon chemin, cette indifférence est une manière de lui répondre et me dévoile. La vérité est que nous avons rapport à l’autre par une misère commune qui est la vérité ontologique. Face à ce partage, Levinas nous parle de la « dignité » du visage de l’autre, frère en destin. La rencontre avec autrui est l’expérience et l’épreuve d’une altérité de l’autre qui est aussi une altérité en moi. L’autre m’échappe mais ne me laisse pas m’échapper ! Dès lors, l’éthique n’est pas seulement ni essentiellement une discipline normative liée à la compréhension du bien et du mal, mais l’acte par lequel je fais la place aux autres dans mon existence. Je ne suis pas un « Être pour la mort » heideggerien, mais un « Être pour autrui », car je suis pour-lui et par-lui. L’une des conséquencesen est l’hospitalité. Quand les visages d’autrui et des autres disparaissent dans une masse homogène et que les individus s’identifient par leur origines, les dérives totalitaires de l’État ne sont pas loin d’éclater, et ont comme idéal, le nazisme par exemple, à « être rivés », selon la formule d’Emmanuel Levinas. Alors, le Soi-même est perdu dans le On.

En tant qu’humain, je suis taraudé par ce qui est le fondement de ma vérité : un jour je mourrai et la mort est mon avenir. C’est ce qu’il y a de plus certain : la seule chose que je puisse savoir d’elle c’est que je la rencontrerai. Elle est ce que j’ai de « plus propre », car elle me concerne moi et non un autre. Nul ne peut mourir à ma place et ma mort m’esseule : quand je mourrai, je serai seul à vivre cette échéance qui marquera ma séparation définitive d’avec les autres. L’idée de la mort n’est pas abstraite, elle me prend à la gorge, ce qui est suggéré par le mot allemand « Angst », angoisse, qui suggère l’idée d’un resserrement, mais qui de par sa nature même contribue à accentuer l’éthique : « Nous rencontrons la mort dans le visage de l’autre ». Ma mort n’est pas la fin du monde, l’anéantissement, elle est ce qui me permet de comprendre le sens de ma responsabilité pour autrui. Le néant, dès lors, est une fausse idée. Nous pouvons tenter d’échapper à cette angoisse existentielle par la tentative d’instaurer la fraternité qui est associée à l’altérité, à la différence et à la séparation. Elle ne désigne pas la communauté des « mêmes », ne se fonde pas sur la génétique, mais de se sentir concerné par autrui. Levinas écrit : « Il faut que la société soit une communauté fraternelle pour être à la mesure de la droiture, de la proximité par excellence, dans laquelle le visage se présente à mon accueil ». Les autres d’emblée me concernent et l’oubli de soi meut la justice. Sinon « L’enfer, c’est les autres » ! Cette tension vers la fraternité conduit à la question du père et donc à l’existence ou non de Dieu sans, cependant, mélanger philosophie et théologie. Levinas écrit : « L’idée-de-l’infini-en moi- ou ma relation à Dieu- me vient dans la concrétude de ma relation à l’autre homme, dans la sociabilité qui est ma responsabilité pour le prochain : responsabilité que dans aucune « expérience » je n’ai contractée, mais dont le visage d’autrui, de par son altérité, de par son étrangeté même, parle le commandement venu on ne sait d’où ». La rencontre avec autrui m’amène cette idée de l’infini et la responsabilité que je ressens devient comme constitutive de mon ipséité qui m’ouvre à un au-delà. Je deviens « voué à » car l’éthique confine au spirituel dans une « religiosité du soi » qui est exploration de « l’ombre fantomatique du réel ». Levinas nous dit, en fait, que la seule vérité que la philosophie nous propose soit d’ « apporter la sagesse de l’amour ».

Vaste programme pour un Maçon !

 NOTES

– (1) Phénoménologie : Courant philosophique du XXe siècle fondé par Edmund Husserl dans l’idée de faire de la philosophie une discipline empirique et de tenter d’appréhender la réalité telle qu’elle se donne, à-travers les phénomènes. C’est aussi une réflexion sur le concept d’essence. Cette discipline demande de faire l’abstraction de tout jugement de valeur. La perception des choses est réalisée au seul moyen de la conscience ou de la pensée.

– (2) Dasein : Littéralement « être là » en Allemand. Infinitif substantivé venant du verbe allemand. Le mot apparaît chez Kant et est opposé à la non-existence, « Nichtsein ». Chez Hegel, il se traduira par la « présence déterminée », le hic et nunc de la certitude sensible. Mais, c’est surtout Heidegger qui va user (et abuser !) du terme, qui désigne pour lui l’être propre de l’homme qui, à la différence des choses ordinaires, est le seul être qui peut interroger l’Être en général parce que conscient de sa mort, il se « pro-jette » dans le monde, l’interprète et y réalise sa liberté : « L’essence de l’être-là (Dasein) réside dans son existence » « (Sein und Zeit)

– (3) Ipséité : Ce qui relève de l’identité propre et qui fait qu’une personne est unique et absolument distincte d’une autre. Sous l’influence de la phénoménologie, l’usage s ‘est répandu de désigner l’individualité proprement humaine sous le terme technique d’ « ipséité ».

– (4) Ontologie : Branche de la philosophie, et plus spécialement de la métaphysique qui, dans le sens le plus général, s’interroge sur la signification du mot « être », par rapport au paraître. Le synonyme le plus proche en serait celui de métaphysique.

– (5) Epiphanie : Le mot ici ne fait pas allusion à la fête chrétienne de la présentation du Christ aux rois mages, mais la manifestation, conformément à l’étymologie grecque « epiphânia » qui vient du verbe « phaino », se manifester, apparaître, être évident. C’est un signe de l’autre vers quelque chose qui me parle, m’interpelle et est au-delà du monde dans l’infini. Ainsi, autrui devient la trace de l’infini.

Bibliographie

– Derrida Jacques : Adieu à Emmanuel Levinas. Paris. Ed. Galilée. 1997.

– Derrida Jacques : L’animal que donc je suis. Paris. Ed. Galilée. 2006.

– Heidegger Martin : Être et Temps. Paris. Ed. Gallimard. 1986.

– Levinas Emmanuel : Totalité et infini. Essai sur l’extériorité. Paris. Le livre de poche. 1963.

– Levinas Emmanuel : Difficile liberté. Paris. Le livre de poche. 1963.

– Levinas Emmanuel : L’éthique comme philosophie première. Paris. Ed. Payot. 1972.

– Levinas Emmanuel : Le temps et l’autre. Paris. PUF. 1979.

– Levinas Emmanuel : Humanisme de l’autre homme. Paris. Le livre de poche. 1987.

– Levinas Emmanuel : Ethique et infini. Paris. Livre de poche. 1982.

– Levinas Emmanuel : De Dieu qui vient à l’idée. Paris. Ed. Vrin. 1982.

– Levinas Emmanuel : Autrement que savoir. Paris. Ed. Osiris. 1998.

 – Levinas Emmanuel : Entre nous. Essai sur le penser-à-l’autre. Paris. Le livre de poche. 1991.

– Levinas Emmanuel : Dieu, la mort et le temps. Paris. Le livre de poche. 1993.

– Levinas Emmanuel : Altérité et transcendance. Paris. Le livre de poche. 1994.

– Levinas Emmanuel : Transcendance et intelligibilité. Genève. Ed. Labor et Fides. 1995.

– Marion Jean-Luc : Dieu dans l’être. Paris. Puf. 1982.

– Perruchon Corine : Ethique de la considération. Paris. ED. Du Seuil. 2018.

– Perruchon Corine : Pour comprendre Levinas-Un philosophe pour notre temps. Paris. Ed. Du Seuil. 2020.

– Rawls John : La théorie de la justice comme équité. Paris. Points essais. 1971.

– Ricoeur Paul : Soi-même comme un autre. Paris. Points essais. 1990.

– Rousset David : L’univers concentrationnaire. Paris. Ed. Pluriel. 1965.

Le Grand Maître accueille le serment du nouveau conseiller lors d’une séance solennelle à la Véritable Loge Maçonnique qui a célébré ses 71 ans

De notre confrère brésilien emrondonia.com – Par Rubens Nascimento

La Loge Maçonnique a tenu ce vendredi 21, une séance ordinaire marquée par un moment marquant pour la Franc-Maçonnerie à Rondônia. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’illustre présence du Grand Maître du Grand Orient du Brésil – Rondônia (GOB/RO) Claudenilson Alves et de son entourage, qui ont participé à l’investiture de son frère Cleto Muniz de Brito en tant que conseiller du Grand Maître.

La séance a été présidée par le vénérable maître Osmar Santana Lima, qui a dirigé les travaux avec sa compétence et son dévouement habituels.

Au cours de la cérémonie, le vénérable maître a souligné l’importance de l’unité et de l’engagement envers les principes maçonniques, soulignant l’honneur de recevoir le Grand Maître et son entourage à la Vraie Loge Maçonnique.

Le Frère Brito, assermenté comme conseiller du Grand Maître, a exprimé sa gratitude pour la confiance placée en lui et a réaffirmé son engagement envers les valeurs et les objectifs de la Franc-maçonnerie.

Dans son discours, Brito a souligné l’importance de la collaboration et du travail commun pour renforcer l’institution.

Le Grand Maître du GOB/RO Claudenilson Alves a félicité son frère Brito pour ses nouvelles fonctions.

Il a souligné l’importance du rôle des conseillers dans l’administration et le développement des activités maçonniques, soulignant que le choix de Brito représente une étape significative vers l’avancement de la franc-maçonnerie à Rondônia .

Au cours de la période d’étude, l’ouvrage a été présenté par le frère Jorge Ugaldi, qui a parlé de Saint Jean dans la franc-maçonnerie, soulignant que même si l’institution n’est pas liée aux dogmes religieux, son travail est basé sur l’exaltation de cette icône historique dans les études ésotériques.

Toujours à l’ordre du jour, les frères Jaosé de Freitas Atallah ont reçu la médaille, Croix de la Perfection Maçonnique pour leurs 35 années ininterrompues de franc-maçonnerie, puis les frères Cledson Silva, Marcelo Carmargo et Francisco Costa, reçus de la Grande Oriente do Brasil Rondônia les médailles de maître.

La séance s’est terminée par les remerciements du vénérable maître Osmar Santana Lima, qui a souligné l’importance de moments comme celui-ci pour la cohésion et la croissance de la communauté maçonnique.

Après la cérémonie d’inauguration, les personnes présentes ont participé à un moment de fraternisation, où elles ont pu échanger des idées et renforcer les liens fraternels au cours d’une excellente agape offerte par les frères Francisco Carlos, maître franc-maçon, José Atallah, député d’État, et Carlos Napoleão, fédéral adjoint.

Source : Secrétariat de la communication et de l’informatique du GOB-RO (Rubens Nascimento)

L’essentiel invisible : Un voyage philosophique au cœur du Petit Prince

Saint Exupéry – Le voyage du Petit Prince appartient à « Rencontres Philosophiques », une collection qui se concentre sur la découverte ou la redécouverte d’œuvres littéraires sous un prisme philosophique. Le titre, déjà évocateur, annonce une exploration philosophique des thèmes de ce conte classique et universel qu’est Le Petit Prince. L’auteur, Olivier Larrègle, se présente comme un anthropologue passionné par les mythes et la pensée des civilisations. Son choix d’aborder l’œuvre de Saint-Exupéry, en particulier Le Petit Prince, montre une approche fondée sur l’idée que ce texte dépasse largement le cadre de la simple littérature jeunesse pour toucher à des vérités humaines plus profondes et intemporelles.

Ce livre s’inscrit dans une tradition d’analyse des œuvres littéraires qui dépassent leur statut initial pour devenir des objets de réflexion philosophique. L’ouvrage cherche à réexplorer les idées présentes dans Le Petit Prince en y mettant l’accent sur ce que Saint-Exupéry appelle « l’essentiel invisible pour les yeux ». Cette citation célèbre encapsule le cœur du voyage philosophique que l’auteur, Olivier Larrègle, nous propose. Cette dimension d’invisibilité nous renvoie aux thèmes de l’enfance, de la pureté, du regard innocent, mais aussi à une critique implicite de la rationalité matérialiste des adultes.

L’auteur met également en avant la noblesse de l’amour et de l’amitié, en décrivant une quête de soi à travers l’autre. L’ouvrage souligne comment Saint-Exupéry pose le lien entre la solitude du Petit Prince et la solitude existentielle de l’être humain moderne. À travers le voyage du Petit Prince, un voyage autant physique que spirituel, Saint-Exupéry nous amène à une méditation sur la condition humaine, la recherche de sens, et la place de l’amour et de la responsabilité dans la construction de soi.

Le thème du voyage est ici central, car il ne s’agit pas seulement d’un périple à travers les astres et les planètes, mais d’un voyage intérieur, une quête de vérité personnelle. Ce voyage est aussi une recherche de sagesse, une exploration de ce que signifie vivre une vie véritable, en harmonie avec des valeurs fondamentales qui transcendent le temps et l’espace. On ne peut s’empêcher de penser à la philosophie existentialiste lorsqu’on considère cette quête : le Petit Prince cherche à comprendre sa place dans l’univers, tout comme nous cherchons à comprendre la nôtre.

Olivier Larrègle, la bio

L’auteur, Olivier Larrègle, mentionné comme anthropologue passionné par les mythes, semble apporter à cet ouvrage une réflexion anthropologique sur les récits et les symboles qui traversent les civilisations. Diplômé de philosophie, il examine ici la manière dont les idées du Petit Prince peuvent être perçues à la fois comme un récit intime et universel. Il est évident que sa perspective anthropologique permet d’éclairer les différents thèmes abordés par Saint-Exupéry, en les connectant à des archétypes humains plus larges et des mythes fondateurs. Cette approche multidimensionnelle donne un souffle nouveau à l’interprétation du Petit Prince, le situant dans un contexte plus large que celui de la simple parabole poétique.

Les éditions ancrages, collection « Rencontres Philosophiques »
Les éditions ancrages, collection « Rencontres Philosophiques »

L’éditeur et sa collection philosophique

Les éditions ancrages, quant à elles, se distinguent par leur volonté d’aborder la philosophie sous une forme accessible et appliquée à la vie quotidienne. Leur collection « Rencontres Philosophiques » propose des ouvrages courts, centrés sur l’essentiel, qui permettent d’initier une réflexion profonde en un minimum de temps. L’accent est mis sur une forme de « sagesse pratique », un genre qui rapproche la philosophie de l’expérience concrète du lecteur.

Il est clair que cet ouvrage se veut à la fois une relecture philosophique et une méditation personnelle sur Le Petit Prince. Il s’adresse autant aux amateurs de philosophie qu’aux lecteurs souhaitant approfondir leur compréhension de ce classique. La volonté de l’éditeur de ne pas se perdre dans une érudition académique, mais de proposer une philosophie à la portée de tous, rend cette collection particulièrement pertinente pour un public contemporain à la recherche de sens dans un monde complexe.

L’ouvrage Saint-Exupéry – Le voyage du Petit Prince nous propose une plongée dans l’univers intemporel de Le Petit Prince, mais sous un angle philosophique et anthropologique. Olivier Larrègle nous invite à nous interroger sur les grands thèmes qui structurent notre existence : l’amour, l’amitié, le temps, la solitude, et la quête de sens. C’est un ouvrage qui cherche à dévoiler ce que Saint-Exupéry nous souffle à l’oreille depuis les pages de son œuvre : « L’essentiel est invisible pour les yeux. » Dans ce contexte, le voyage du Petit Prince est aussi notre voyage, celui de toute personne qui cherche à vivre une vie riche de sens et d’humanité.

Saint Exupéry – Le voyage du Petit Prince

Olivier Larrègle Editions ancrages, Coll. Rencontres philosophiques, 2024, 208 pages, 12,90 €

En librairie le 17 octobre prochain

« Le Dibbouk. Fantôme du monde disparu », l’expo au mahJ (Paris)

L’exposition « Le Dibbouk. Fantôme du monde disparu », présentée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ), explore la riche symbolique du dibbouk, une figure essentielle de la culture juive d’Europe de l’Est.

Le terme dibbouk désigne, dans la tradition populaire juive, une âme errante, souvent celle d’un défunt, qui prend possession d’un vivant. Cette croyance s’est largement répandue dans les communautés juives ashkénazes à partir du XVIIIe siècle, et elle occupe une place centrale dans le folklore et la spiritualité juive.

Dibbouk,le mythe

L’exposition met en lumière comment le mythe du dibbouk, initialement perçu comme une créature surnaturelle liée à la superstition, a été réinterprété à travers diverses formes artistiques. En effet, le dibbouk est devenu une source d’inspiration pour de nombreux artistes à travers les siècles, tant dans le théâtre, le cinéma, la littérature, que dans la musique et la culture populaire. Ce thème a notamment connu une renommée grâce à la pièce de théâtre « Le Dibbouk » de S. An-Ski en 1914, qui a marqué la culture yiddish, puis internationale, en insufflant au dibbouk une dimension à la fois tragique et mystique.

Un voyage pluridisciplinaire

L’exposition du mahJ est conçue comme un voyage pluridisciplinaire à travers ces réinterprétations artistiques. Elle rassemble une impressionnante variété d’œuvres et de documents, depuis des archives théâtrales et cinématographiques jusqu’à des créations contemporaines, permettant ainsi d’appréhender l’évolution de ce mythe dans la culture juive et au-delà. L’exposition s’efforce de montrer comment le dibbouk incarne à la fois une réflexion sur la mort, le deuil, et les fantômes d’un monde disparu, celui des communautés juives d’Europe de l’Est décimées par la Shoah. Il symbolise aussi les questionnements existentiels autour de l’identité, du destin et de la mémoire.

Ainsi, cette exposition du mahJ ne se contente pas de présenter une créature mythique : elle illustre comment le dibbouk continue d’interroger des thématiques universelles, touchant à la vie, à la mort et à la survie des cultures dans l’imaginaire collectif.

Infos pratiques

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ)

Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple – 75003 Paris

Du 26 septembre 2024 au 26 janvier 2025

Visites et horairesBilletterie : De 5 à 10 euros, réservation conseillée