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Une Vente de Bons Cousins charbonniers quelque part dans la forêt girondine

La Franc-maçonnerie recouvre divers aspects et diverses sensibilités, en Gironde comme ailleurs. Mais en Gironde, elle est plus pratiquée qu’ailleurs. Le Cercle Ségalier accueille, par exemple, soixante-dix ateliers. L’immeuble de la rue Borie une quarantaine, l’Alliance Maçonnique Universelle se réunissant rive droite, tandis que d’innombrables Temples accueillent Frères et Sœurs à Langon, Arcachon, Libourne, Blaye, Saint-Foy -la-Grande. Sans parler des Temples de la périphérie bordelaise et de ceux installés dans des propriétés privées qui, tels celui du château de Mongenan, témoignent de la très ancienne implantation de la Franc-Maçonnerie sur les rives de la Garonne.

Rite forestier
Image des 3 pratiquants de rite forestier

Mais il y a plus curieux : trois groupes se réunissent dans des lieux forestiers aménagés où des arbres sciés tiennent lieu de pupitres et où se pratiquent des rituels antiques qui, nés en Franche-Comté, sont parvenus jusqu’à nous et ont connu des adeptes célèbres tels La Fayette ou Garibaldi.

Alors que la Franc-Maçonnerie contemporaine pratique volontiers la mixité professionnelle, les Ventes ne réunissaient au départ que des fabricants de charbon de bois, matière indispensable à la confection des poudres explosives. D’où, la relative liberté dont bénéficiaient ces artisans, assez rebelles de nature, accueillant et aidant les colporteurs de livres interdits, les faux sauniers, les contrebandiers et tous ceux qui avaient maille à partir avec la police.

Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois
Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois

Au début du XIX° siècle, le carbonarisme fut exporté en Italie et fomenta de nombreuses révoltes qui aboutirent à la réalisation de l’unité italienne. Certains complots se terminèrent très mal. L’affaire des quatre sergents de La Rochelle fut le plus célèbre d’entre eux.

Pour inaugurer la nouvelle série de conférences qu’elle programme au château de Mongenan tous les dimanches à 17 h jusqu’au 29 juin, sur le thème « Jardins initiatiques, cathédrales de la nature », Florence Mothe consacrera deux rencontres les 27 avril et 4 mai aux « Bons Cousins Charbonniers ». Une manière botanique et rurale de rappeler que les arbres qui nous entourent ont aussi une âme.

Renseignements :

Château de Mongenan : 05 56 67 18 11

Monument historique ouvert à la visite guidée et commentée tous les jours de 14 h à 18 h.

Entrée 10 €, conférences suivies de la dégustation gourmande des vins de la propriété.

AutreS articles sur le château de Mongenan

Le Grand Maître du GODF à la rencontre des élus : Interview de la Petite République

De notre confrère petiterepublique.com – Par Rachel Tlemsani

Ce 11 avril, Carbonne a accueilli Nicolas Penin, Grand Maître du Grand Orient de France, venu échanger avec les élus et citoyens. Cette rencontre a eu pour objectif d’échanger sur les difficultés rencontrées par les élus ruraux face à une République perçue comme trop centralisée. Rencontre.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer en quoi consiste précisément votre rôle de Grand Maître du Grand Orient de France ?

Le rôle de grand maître c’est de présider l’exécutif d ‘une association, qui est une obédience maçonnique. C’est donc d’administrer l ‘obédience et de porter la parole également de l’obédience en fonction de ce que son assemblée générale a décidé.

Le Grand Orient de France est-il aujourd’hui suffisamment présent sur l’ensemble du territoire, notamment en dehors des grandes agglomérations ?

On la renforce parce qu’on a déjà des frères et des sœurs qui connaissent les hommes et les femmes et qui les invitent à nous rejoindre. On les renforce aussi parce qu‘on peut faire des extériorisations, avec parfois des conférences publiques qui permettent à certains de savoir qui on est, de passer la porte, de venir nous voir et de nous écouter. Ça peut les intéresser pour la suite. Nous avons également des communications numériques qui permettent à tout à chacun où qu’il se trouve d’aller sur notre site ou sur les réseaux sociaux de voir, d’écouter, de lire.

Le secret maçonnique constitue-t-il, selon vous, un obstacle au dialogue avec les citoyens, en particulier dans des contextes locaux où tout le monde se connaît ?

Il n’y a pas de secret, il y a une discrétion. C’est-à-dire que très régulièrement, quand vous voulez connaître un maçon ou connaître le lieu où il se rassemble, ce n’est pas très compliqué à trouver, si on cherche un peu , on le trouve. Après, il y a les mêmes particularités communes avec beaucoup d’associations. C’est-à-dire que c’est quelque chose qui vous concerne. Vous, vous avez le droit de dire que vous êtes maçon ou pas. Par contre, on n ‘a pas le droit de vous dévoiler. Vous n’avez pas le droit de dire que telle personne est un maçon. C’est quelque chose qui vous concerne. Vous pouvez tout à fait dire, je suis maçon. Par contre, vous ne pouvez pas faire la liste de tous les maçons que vous connaissez.

La franc-maçonnerie — et en particulier le Grand Orient de France — exerce-t-elle aujourd’hui une influence comparable à celle qu’elle a pu avoir, par exemple, au moment de l’adoption de la loi de 1905 ? Depuis cette époque, a-t-elle eu l’occasion de jouer un rôle aussi déterminant ?

Alors, la maçonnerie, après la loi 1905, s’est intéressée à d’autres dossiers : le dossier de la famille, des dossiers sur l’interruption volontaire de grossesse, des dossiers politiques, que cela soit sur la Nouvelle -Calédonie ou d’autres. Nous avons entrepris beaucoup d’actions qui ont surtout été initiées à la base par des maçons. L’obédience en tant que telle, ce sont les hommes et les femmes qui, à travers leur engagement, travaillent.

Après, ce qui a changé, c’est l’organisation, la politique du pays, parce qu’il y a peut-être moins de structurations par parti, par syndicat, par association. Donc, c’est une forme d ‘engagement qui change. En tout cas, nous, l’engagement maçonnique, il existe toujours, et les maçons sont toujours présents au quotidien et dans la cité.

Franc-maçonnerie à Catamarca : une plongée dans les aspects méconnus de l’histoire provinciale

De notre confrère argentin elancasti.com.ar

Le 14 avril 2025, le Musée historique provincial de Catamarca a accueilli la présentation officielle de l’ouvrage Maçons et franc-maçonnerie à Catamarca, un travail de recherche signé par le professeur Carlos Carabajal et le licencié Héctor Daniel Nieva. Ce livre, publié par l’éditeur Tropa Circe de Tucumán, propose une exploration inédite de la présence et de l’influence de la franc-maçonnerie dans l’histoire de cette province argentine, mettant souvent perçue comme une institution mystérieuse, voire secrète.

Fruit d’une investigation rigoureuse, l’ouvrage met en lumière des figures historiques majeures de Catamarca – comme le dramaturge Ezequiel Soria, l’ex-gouverneur José Silvano Daza ou le politique Ramón Gil Navarro – tout en reliant leurs contributions aux idéaux maçonniques de liberté, égalité et fraternité. Cette présentation, marquée par un panel d’experts et un débat animé, a souligné la valeur de ce travail pour repenser l’identité régionale et ouvrir de nouvelles perspectives sur le passé provincial.

Un regard neuf sur l’histoire locale

L’événement, organisé avec le soutien du ministère de la Culture, du Tourisme et du Sport de Catamarca, a réuni des intervenants de renom : le chercheur chilien Yuri Jeria, la députée Adriana Díaz, l’historien Marcelo Díaz, et le musicien-chercheur Sergio Lambruschini, qui a modéré les échanges. Les auteurs, Carlos Carabajal et Héctor Daniel Nieva, ont partagé leur ambition : combler une lacune dans l’historiographie catamarqueña en explorant un sujet rarement abordé. « Le livre cherche à contribuer à la construction de notre mémoire historique à partir d’une perspective souvent passée sous silence ou peu connue », ont-ils déclaré, soulignant l’importance de revisiter l’histoire locale à travers le prisme des réseaux maçonniques.

L’ouvrage retrace l’arrivée de la franc-maçonnerie à Catamarca dès la Révolution de Mai (1810), moment clé de l’indépendance argentine, où les idéaux des Lumières – importés d’Europe – commencent à imprégner les élites locales. Contrairement à une vision romantisée ou conspirationniste, les auteurs adoptent une approche factuelle, documentant comment des loges maçonniques ont servi de lieux de débat et d’échange intellectuel pour des personnalités de la politique, de la culture et du commerce. Le livre met en évidence des connexions inattendues, comme les liens historiques entre Catamarca et le Chili, où la franc-maçonnerie a également joué un rôle dans la formation des identités nationales au XIXe siècle.

Des figures emblématiques et des idéaux universels

Au cœur de l’ouvrage, on trouve l’analyse des contributions de figures provinciales ayant adhéré à la franc-maçonnerie. Ezequiel Soria, dramaturge et metteur en scène, incarne l’élan culturel de Catamarca, ses pièces théâtrales reflétant parfois les valeurs d’égalité et de progrès chères aux maçons. José Silvano Daza, gouverneur dans une période tumultueuse, aurait puisé dans les principes maçonniques pour promouvoir des réformes administratives. Ramón Gil Navarro, quant à lui, illustre l’engagement politique des maçons dans la consolidation d’une identité régionale, marquée par des idéaux républicains. Ces portraits, étayés par des archives et des témoignages, montrent comment la franc-maçonnerie a été un vecteur d’influence discrète mais significative, reliant Catamarca aux courants intellectuels et politiques de l’époque.

Les auteurs insistent sur l’importance des trois piliers maçonniques – liberté, égalité, fraternité – qui, arrivés d’Europe au XIXe siècle, ont trouvé un écho particulier dans une province en quête de modernité. À Catamarca, ces idéaux se sont traduits par des initiatives éducatives, des débats sur la laïcité, et des efforts pour réduire les inégalités sociales, bien que souvent limités par les structures conservatrices de l’époque. Le livre explore également comment des travailleurs, des intellectuels et des migrants – notamment du Chili et d’autres provinces argentines – ont contribué à implanter ces idées, faisant des loges maçonniques des creusets de diversité et d’échange.

Une méthodologie rigoureuse

Carabajal et Nieva se distinguent par leur approche méthodique, croisant sources primaires (registres de loges, correspondances, journaux d’époque) et secondaires (études historiques sur la franc-maçonnerie argentine). Leur travail s’inscrit dans une historiographie régionale en plein essor, qui cherche à dépasser les récits officiels pour explorer les dynamiques sous-jacentes des sociétés provinciales. Le panel de présentation a salué cette rigueur : Yuri Jeria a souligné les parallèles avec l’histoire chilienne, où la franc-maçonnerie a également façonné les élites républicaines ; Marcelo Díaz a insisté sur la nécessité de telles recherches pour déconstruire les mythes autour de la maçonnerie ; et Adriana Díaz a loué l’ouvrage comme un outil pour repenser les politiques culturelles contemporaines.

L’événement s’est conclu par une séance de questions-réponses avec le public, révélant un vif intérêt pour ces aspects méconnus. Les spectateurs ont particulièrement apprécié les anecdotes sur les loges locales, comme leurs réunions dans des lieux discrets pour échapper aux persécutions de l’Église ou des gouvernements autoritaires. Ces récits humanisent l’histoire maçonnique, loin des clichés de société secrète, et montrent comment des individus ordinaires ont porté des idéaux universels dans un contexte provincial.

Catamarca et le Chili : une histoire connectée

Un des apports majeurs du livre est son exploration des liens transnationaux entre Catamarca et le Chili, un thème abordé lors de la présentation par Yuri Jeria. Au XIXe siècle, les deux régions partagent une proximité géographique et culturelle, renforcée par des migrations et des échanges commerciaux. La franc-maçonnerie agit comme un pont, facilitant la circulation d’idées libérales et républicaines. À Catamarca, des chiliens maçonniques auraient contribué à structurer les premières loges, tandis que des catamarqueños participaient à des réseaux andins plus larges. Cette perspective d’« histoire connectée » enrichit le récit local, montrant que la province n’était pas isolée mais intégrée à des dynamiques régionales.

Ces connexions soulignent également le rôle de la franc-maçonnerie dans la formation de l’identité régionale. À une époque où Catamarca cherchait à s’affirmer face à Buenos Aires, les loges offraient un espace pour débattre de l’autonomie provinciale, de l’éducation publique, et de la place de la religion dans la société. Bien que minoritaire, l’influence maçonnique a laissé des traces dans des institutions locales, comme les premières écoles laïques ou les associations culturelles, qui perdurent sous des formes transformées.

Un outil pour le débat contemporain

L’ouvrage ne se contente pas de fouiller le passé ; il invite à réfléchir sur le présent. En valorisant la franc-maçonnerie comme un espace de dialogue et de pluralisme, les auteurs posent une question implicite : comment ces idéaux peuvent-ils inspirer la Catamarca d’aujourd’hui ? Dans une province confrontée à des défis socio-économiques, le livre suggère que la mémoire historique – y compris ses facettes oubliées – peut nourrir une identité collective plus inclusive. La présence d’une députée au panel, Adriana Díaz, traduit cette volonté de relier l’histoire aux enjeux politiques actuels, notamment en matière d’éducation et de cohésion sociale.

Le livre s’adresse à un public varié : historiens, passionnés de culture régionale, ou simples curieux. Sa clarté et son ancrage dans des récits humains en font une lecture accessible, tandis que ses références solides satisfont les exigences académiques. En mettant en lumière des figures comme Soria, Daza ou Navarro, il redonne vie à des acteurs souvent éclipsés par les grands récits nationaux, tout en montrant leur rôle dans une histoire globale des idées.

Une invitation à la redécouverte

Maçons et franc-maçonnerie à Catamarca est plus qu’une monographie locale ; c’est une fenêtre sur les dynamiques intellectuelles et sociales qui ont façonné une province argentine. En explorant des aspects peu étudiés, Carlos Carabajal et Héctor Daniel Nieva offrent un outil précieux pour repenser l’histoire catamarqueña, non pas comme une périphérie isolée, mais comme un carrefour d’influences et d’idéaux. La présentation du 14 avril, avec son panel diversifié et son public engagé, a démontré l’actualité de ce projet : dans une époque de polarisation, l’héritage maçonnique – dialogue, tolérance, progrès – résonne comme un appel à redécouvrir les racines plurielles de l’identité régionale.

Pour ceux qui souhaitent approfondir, le livre est disponible via l’éditeur Tropa Circe, et le Musée historique provincial envisage d’autres événements pour prolonger ce débat. En attendant, cette œuvre rappelle une vérité simple mais puissante : l’histoire, lorsqu’elle est revisitée avec curiosité, a le pouvoir de transformer notre regard sur nous-mêmes.

Analyse du « Traité des délits et des peines » de Cesare Beccaria

Au XVIIIe siècle un ouvrage révolutionne la pensée classique sur la justice. Un jeune marquis italien d’une vingtaine d’année jette le pavé dans la mare avec un ouvrage toujours d’actualité. Ces idées ont nourri la pensée maçonnique des lumières .

Cesare Beccaria

Cesare Beccaria (1738-1794), marquis milanais, publie son Traité des délits et des peines en 1764, à l’âge de 26 ans, en pleine effervescence des Lumières européennes. Cette période, marquée par un désir de rationalité, de progrès et de réforme sociale, voit des penseurs comme Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot remettre en question les institutions traditionnelles, y compris les systèmes judiciaires. L’Italie, bien que fragmentée politiquement, est influencée par ces idées, notamment à Milan, où Beccaria fréquente l’Académie des Pugni, un cercle intellectuel inspiré par les idéaux des Lumières. Son ouvrage s’inscrit dans une critique des abus du pouvoir et des pratiques judiciaires barbares de l’époque, telles que la torture, la peine de mort, ou les châtiments disproportionnés.

Le XVIIIe siècle est caractérisé par une justice pénale arbitraire, souvent influencée par des privilèges de classe, des superstitions et des traditions religieuses. Les lois pénales, héritées de siècles antérieurs, sont obscures, mal codifiées, et appliquées de manière inégale. Beccaria, inspiré par Montesquieu (L’Esprit des lois) et le contrat social de Rousseau, propose une refonte radicale du système pénal, fondée sur la raison, l’utilité sociale et l’humanité. Son ouvrage, publié anonymement à Monaco pour éviter la censure, devient rapidement un jalon de la pensée pénale moderne.

Résumé et thèmes principaux

Le Traité des délits et des peines est un essai philosophique et juridique divisé en 47 chapitres, abordant des aspects fondamentaux de la justice pénale. Beccaria y défend une vision utilitariste : les lois et les châtiments doivent viser la « plus grande félicité répandue sur le plus grand nombre » (chap. I). Voici les thèmes clés :

  1. Origine et droit de punir (chap. I-II) : Beccaria pose que les peines découlent du contrat social, où les individus cèdent une partie de leur liberté pour garantir la sécurité collective. Le droit de punir appartient uniquement au législateur, représentant la société, et tout châtiment inutile ou excessif est tyrannique.
  2. Proportionnalité des peines (chap. VI) : Les châtiments doivent être proportionnels aux délits, en fonction du tort causé à la société. Beccaria critique les peines cruelles ou arbitraires, plaidant pour une gradation rationnelle.
  3. Critique de la torture et de la peine de mort (chap. XVI, XXVIII) : Il dénonce la torture comme inefficace et inhumaine, arguant qu’elle pousse les faibles à confesser sous la douleur et permet aux robustes d’échapper à la justice. Sur la peine de mort, il soutient qu’elle n’est ni dissuasive ni nécessaire, proposant des peines comme l’emprisonnement à vie, plus efficaces pour prévenir les crimes.
  4. Clarté et accessibilité des lois (chap. V) : Les lois doivent être claires, écrites en langue vulgaire, et accessibles à tous pour éviter l’arbitraire des juges. Beccaria valorise l’imprimerie, qui démocratise le savoir et protège contre l’obscurantisme.
  5. Prévention des crimes (chap. XLI-XLV) : Plutôt que de réprimer, Beccaria insiste sur la prévention par l’éducation, les sciences, des lois justes, et des récompenses pour la vertu. Il critique les lois qui créent des crimes artificiels en restreignant des actions indifférentes.
  6. Humanisation de la justice : Beccaria rejette les pratiques comme les accusations secrètes, les asiles pour criminels, ou la mise à prix de têtes, qui encouragent la trahison et affaiblissent la morale publique. Il prône une justice transparente, rapide et équitable.
  7. Distinction entre péchés et crimes (chap. XXXIX) : Il sépare les délits relevant du contrat social (crimes) de ceux relevant de la morale religieuse (péchés), refusant d’aborder les persécutions religieuses, comme les bûchers, pour rester dans le cadre de la justice séculière.

Style et structure

Le Traité est écrit dans un style clair et direct, évitant l’érudition pédante pour s’adresser à un public large, y compris les « philosophes » et les décideurs. Beccaria adopte une approche logique, structurée comme un raisonnement géométrique, avec des principes posés dès l’introduction, suivis de conséquences pratiques. Son ton est à la fois passionné et rationnel, mêlant indignation face aux injustices et foi en la réforme par la raison.

Lien avec la Franc-maçonnerie

Bien qu’aucune preuve directe n’atteste que Beccaria était Franc-maçon, son œuvre partage des affinités profondes avec les idéaux maçonniques des Lumières, notamment la recherche de la vérité, l’humanisme, et la réforme sociale.

La franc-maçonnerie, florissante au XVIIIe siècle, prônait la fraternité, la tolérance, et l’amélioration morale, des valeurs que l’on retrouve dans le Traité. Voici les points de convergence :

  1. Rationalité et progrès : Comme les loges maçonniques, Beccaria valorise la raison comme outil de perfectionnement social, s’opposant aux superstitions et à l’arbitraire. Son insistance sur des lois claires et universelles reflète l’idéal maçonnique d’une société éclairée.
  2. Humanisme : L’appel de Beccaria à des peines douces et à l’abolition de la torture s’aligne sur la bienfaisance maçonnique, qui encourage la compassion et le respect de la dignité humaine.
  3. Égalité et justice : Beccaria critique les privilèges de classe dans la justice (ex. chap. XIX sur les châtiments des nobles), une position proche des idéaux maçonniques d’égalité entre frères, indépendamment des distinctions sociales.
  4. Prévention et éducation : Les chapitres sur l’éducation (XLIII) et les sciences (XLII) comme moyens de prévenir les crimes font écho à la mission maçonnique de diffuser le savoir et de former des citoyens vertueux.
  5. Contexte maçonnique : À Milan, les cercles intellectuels fréquentés par Beccaria, comme l’Académie des Pugni, étaient influencés par des idées maçonniques, bien que la franc-maçonnerie italienne ait été moins structurée qu’en France ou en Angleterre. Des figures comme Pietro Verri, mentor de Beccaria, partageaient des idées compatibles avec la maçonnerie, et l’ouvrage a pu circuler dans des loges européennes, où les débats sur la justice étaient courants.

Cependant, Beccaria reste prudent sur les questions religieuses (chap. XXXIX), évitant les controverses théologiques, ce qui pourrait refléter une sensibilité maçonnique de tolérance religieuse, mais aussi une volonté de ne pas s’aliéner les autorités ecclésiastiques. Son universalisme et son rejet des dogmes oppressifs résonnent avec l’esprit maçonnique, mais son œuvre reste ancrée dans une démarche séculière, non initiatique.

Accueil par les intellectuels français

En France, le Traité connaît un succès retentissant, porté par les philosophes des Lumières. Voici un aperçu de son réception :

  • Voltaire : Enthousiaste, Voltaire rédige un commentaire élogieux (Commentaire sur le livre des délits et des peines, 1766), saluant Beccaria comme un défenseur de l’humanité. Il popularise l’ouvrage auprès du public français, amplifiant son impact.
  • Diderot et l’Encyclopédie : Les idées de Beccaria, notamment sur la torture et la peine de mort, sont reprises dans les cercles encyclopédistes, qui voient dans son rationalisme une arme contre l’obscurantisme.
  • Morellet : La traduction de l’abbé Morellet (1766), bien que critiquée pour son manque de fidélité (voir p. 10 du document), contribue à diffuser l’ouvrage. Beccaria, offensé par les libertés prises, préfère la traduction de Chaillou de Lisy (1773), jugée plus exacte.
  • Critiques françaises : Certains juristes traditionalistes accusent Beccaria de saper la jurisprudence, les mœurs et la religion, le taxant d’idées dangereuses pour l’ordre établi. Ces critiques reflètent la résistance des conservatismes face aux réformes radicales.
  • Impact législatif : Les idées de Beccaria influencent les réformes pénales pré-révolutionnaires, comme l’abolition de la torture en France (1780-1788) et les débats sur la peine de mort. Son ouvrage inspire aussi le Code pénal de 1791, qui adopte des principes de proportionnalité et de clarté.

En Italie, l’accueil est plus contrasté : si des intellectuels comme Verri soutiennent Beccaria, des critiques virulentes, notamment de la part d’un moine dominicain (p. 9), l’accusent d’impiété et de sédition. Ces attaques, qualifiées d’« injures atroces », montrent la résistance des institutions religieuses et conservatrices.

Impact et postérité

Le Traité est une œuvre pionnière dans la réforme pénale. Il influence des législateurs européens, comme Catherine II de Russie, qui consulte Beccaria, et Joseph II d’Autriche, qui abolit la torture. Aux États-Unis, les idées de Beccaria inspirent les fondateurs, notamment dans la rédaction du Bill of Rights. Aujourd’hui, son rejet de la peine de mort et son plaidoyer pour une justice humaine restent d’actualité, bien que certains juristes du XIXe siècle aient jugé ses propositions trop idéalistes (p. 11).

Recension du Traité des délits et des peines

Cesare Beccaria, Traité des délits et des peines (1764), traduit par Chaillou de Lisy (1773), Paris, Librairie de la Bibliothèque nationale, 1877, 192 p.

Dans cet ouvrage séminal, Cesare Beccaria, jeune aristocrate milanais, livre une critique audacieuse et visionnaire des systèmes pénaux du XVIIIe siècle. Publié en 1764, le Traité des délits et des peines s’attaque aux injustices d’une justice arbitraire, cruelle et inefficace, proposant une refonte fondée sur la raison, l’utilité sociale et l’humanité. Avec une clarté remarquable et un style accessible, Beccaria pose les bases d’une justice moderne, influençant profondément les réformes pénales en Europe et au-delà.

L’ouvrage s’ouvre sur une introduction dénonçant l’arbitraire des lois, héritées de « siècles barbares » (p. 12), et plaide pour des lois claires, issues d’un contrat social visant le bonheur collectif. Les 47 chapitres explorent des thèmes variés : l’origine des peines, le droit de punir, la proportionnalité des châtiments, ou encore la prévention des crimes par l’éducation et les sciences. Beccaria se distingue par son rejet catégorique de la torture et de la peine de mort, qu’il juge inefficaces et contraires à la justice. Sa critique des asiles, des accusations secrètes et des châtiments disproportionnés reflète une volonté de transparence et d’équité.

Le Traité brille par sa rigueur logique, structuré comme un raisonnement géométrique, et par son ton humaniste, qui mêle indignation face aux supplices et espoir en un avenir éclairé. Beccaria s’inspire de Montesquieu, qu’il cite explicitement (p. 20), tout en traçant sa propre voie. Son universalisme, évitant les controverses religieuses (chap. XXXIX), le rend accessible à un large public, bien que cette prudence ait pu limiter l’audace de certaines analyses.

Malgré son impact, l’ouvrage n’échappe pas aux critiques. En France, des juristes conservateurs le jugent subversif, tandis qu’en Italie, des attaques religieuses virulentes l’accusent d’impiété (p. 9). Ces résistances soulignent l’audace de Beccaria, qui défie les pouvoirs établis avec une douce fermeté. La traduction de Chaillou de Lisy, fidèle à l’original, contraste avec celle, controversée, de Morellet, critiquée par Grimm pour sa « défiguration » (p. 10).

Le lien avec la franc-maçonnerie, bien que non explicite, est fascinant. Les idéaux de rationalité, d’égalité et de bienfaisance du Traité résonnent avec les valeurs maçonniques des Lumières, et l’ouvrage a likely circulé dans les loges, où les débats sur la justice étaient fréquents. Beccaria, sans être maçon, partage avec cet ordre une vision d’une société plus juste, éclairée par la raison et la fraternité.

Si le Traité peut sembler idéaliste aux juristes modernes, son influence sur l’abolition de la torture, la réforme des codes pénaux et les débats contemporains sur la peine de mort reste indéniable. Cette édition, enrichie d’un avertissement de N. David, offre une porte d’entrée idéale pour découvrir une œuvre qui, plus de deux siècles après, continue d’inspirer les défenseurs de la justice humaine.

Points forts : Clarté du propos, vision humaniste, influence historique majeure. Points faibles : Quelques généralisations théoriques, prudence sur les questions religieuses. Recommandation : Un incontournable pour les passionnés de droit, de philosophie et d’histoire des Lumières.

Le mot de la fin

Le Traité des délits et des peines est une œuvre fondatrice, incarnant l’esprit des Lumières par sa quête de rationalité et de justice. Son lien avec la franc-maçonnerie, bien que spéculatif, souligne l’universalité de ses idéaux, partagés par les cercles éclairés de l’époque. L’accueil enthousiaste des intellectuels français, malgré des résistances conservatrices, témoigne de son impact immédiat. En plaidant pour une justice humaine et préventive, Beccaria reste un précurseur dont les idées résonnent encore aujourd’hui.

21/06/25 : Participez à la « Solsticiale de La Voûte Etoilée » – un moment unique à vivre

L’an dernier, 347 participants… le record sera-t-il battu cette année ?

Venez vivre en direct l’édition 2025
Thème de cette année « Entre ombre et lumière, entre guerre et paix »

Ce 21 juin, La Voûte Etoilée te propose de vivre un moment d’exception. Nous te proposons une Solsticiale blanche au sein du domaine du Chant d’Eole à la frontière franco-belge (près de la Ville de Mons en Belgique).

Accueil des SS∴ et FF∴ et de leurs accompagnants en fin d’après-midi vers 17h30.

18h-19h – Un apéritif en terrasse au champagne (deux coupes), pour débuter les festivités. Un quatuor de cornemuses nous accompagnera.  

19h – Banquet 3 services
Le Rituel de table a été revu… SURPRISE
La salle de réception propose des tables de 10 ou 12 personnes. Si vous souhaitez rester en groupe, il est important de nous indiquer clairement lors de ta réservation les personnes qui t’accompagnent afin que nous puissions vous mettre à la même table.

Le menu proposé sera unique et composé d’un Assortiment de zakouski, une entrée, un plat, un dessert et le café. Les eaux à table, les vins blanc et rouge sélectionnés en fonction du menu seront servis à discrétion pendant le repas. Le Chant d’Eole, un restaurant qui possède sa PREMIERE ETOILE

LE MENU 2025 EST EN COURS D’ELABORATION,
A TITRE D’EXEMPLE, VOICI LE MENU PROPOSÉ en 2024.
Assortiment de zakouski
En entrée :
 Les Noix de St-Jacques rôties à la Fleur de Sel, Risotto de Céleri-Rave et Roquette Piquante.
En plat : L’Emincé de Magret de Canard rôti, Tartelette de Jeune Navet au Comté, Sauce à la Moutarde de Violette.
En dessert : La Crème Brûlée à la Vanille Givrée.

22h – Un rituel de la Saint-Jean sera organisé dans le  domaine (très proche) autour d’un bûcher dressé pour l’occasion. Lors des déambulations des officiers nous tracerons et illuminerons l’Etoile flamboyante au sol. Tout est mis en œuvre pour le confort des SS:. et FF:. ayant quelques difficultés pour marcher (voiturette à disposition). Des chaises sont prévues pour éviter que certain(e)s ne doivent rester trop longtemps debout. Une chaîne d’union fraternelle nous unira en fraternité à l’issue du rituel du feu de la Saint-Jean.
23h-1h – Le bar est à disposition (hors forfait). Les dernières discussions et l’ambiance musicale clôtureront cette soirée

La Solsticiale sera BLANCHE (conjoints et profanes dont tu réponds sont les bienvenus parmi nous) et NOUS POUVONS ACCUEILLIR 350 personnes pour cet extraordinaire évènement. Pour les SS∴ et FF∴ qui viendront de loin (Marseille, Paris, …) nous pouvons indiquer des solutions d’hébergement dans la région.

La Scénographie de table ainsi que l’exécution du Rituel du feu de la Saint-Jean seront réalisés tout comme l’année dernière par NTCF Eddy Caek∴ passé GM adjoint du GOB et ses officiers. Nul doute qu’ils nous offrirons un aussi beau spectacle que celui de l’année dernière. 

Pour y participer :

Le prix de cette fin d’après-midi, soirée est de 95 € / personne pour les abonné(e)s et leurs accompagnants, (150 € pour les FF/SS non abonnés et leurs accompagnants) qui comprend : (Abonnement à la Voute Étoilée : 8€/mois (payable à l’année)
– L’apéritif (deux coupes de champagne sur la terrasse)
– Le repas (entrée, plat, dessert, vin), orchestré par le restaurant du Chant d’Eole. Nous vous informerons prochainement des choix de menus.
– Le rituel de table. Moments magiques, moments surprises.
– Le quatuor de cornemuses et l’ambiance musicale de la soirée.
– Le Rituel de la Saint-Jean autour d’un grand bûcher.

Le tout comme toujours, avec comme objectif, la fraternité qui nous réunit, toutes et tous. Une occasion de fraterniser avec des SS∴ et des FF∴ venus d’un peu partout (France, Belgique, Suisse et …).

ATTENTION : Le nombre de places par table est de 10 ou 12 maximum par table.

SI VOUS SOUHAITEZ FORMER UN GROUPE DE 4, 5, 6, 7 ou 12 personnes maximum, nous te demandons un paiement global du titulaire de la table.

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L’impact de Jung dans la spiritualité maçonnique

Il est des rencontres qui, même posthumes, bouleversent une quête initiatique. Ainsi en est-il de celle entre Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, et la Franc-Maçonnerie, voie traditionnelle de transformation de l’être. Bien que Jung n’ait jamais appartenu à une Loge maçonnique, ses écrits résonnent de manière troublante avec l’expérience initiatique maçonnique. Loin de prétendre que la Franc-Maçonnerie s’appuie sur la psychologie jungienne, il s’agit ici de montrer combien cette dernière éclaire, complète et amplifie la démarche symbolique du Maçon.

Alors que le XXIe siècle semble tiraillé entre la perte de sens et le retour du sacré, cette résonance entre psychologie des profondeurs et cheminement initiatique peut nourrir nos réflexions comme nos pratiques.

Et si Jung était, au fond, un maçon sans tablier ? Et si sa pensée était un miroir tendu à notre quête intérieure ?

L’Individuation et la quête maçonnique

Le labyrinthe, image de l’individuation

Jung définit l’individuation comme le processus par lequel l’individu devient pleinement lui-même, c’est-à-dire unifié, conscient de ses opposés internes, et en chemin vers son Soi — centre organisateur de la psyché.

De la pierre brute à la pierre cubique, le Franc-Maçon apprend à se connaître et à se transformer. Il ne s’agit pas d’une amélioration superficielle, mais bien d’un travail intérieur profond, similaire à ce que Jung nomme « métanoïa », une conversion de l’être.

« Ce que tu ne veux pas savoir de toi-même finit toujours par se manifester à l’extérieur comme un destin. »

(C. G. Jung)

Dans le processus d’individuation, la conscience doit intégrer les parties refoulées ou méconnues d’elle-même. C’est exactement ce que symbolise le travail de l’initié à travers les degrés symboliques : mise en lumière progressive de ce qui est caché, aveuglant ou oublié.

Les Archétypes et les symboles maçonniques

Tour symbolique

Pour Jung, l’homme est structuré par des archétypes — formes primordiales, images universelles présentes dans l’inconscient collectif. Ces archétypes se manifestent dans les mythes, les rêves… et les rituels.

Le rite maçonnique est donc un langage archétypal : chaque symbole (l’équerre, le compas, la lumière, les colonnes…) réactive ces forces inconscientes et ouvre à une lecture spirituelle du monde et de soi.

« Les symboles sont des expressions naturelles de l’inconscient. Ils sont l’un des plus puissants instruments de transformation de l’âme. »

(C. G. Jung)

Ainsi, lorsque le Maçon franchit la porte du Temple, il ne participe pas seulement à un rituel, il entre en résonance avec des figures universelles : le Maître, l’architecte, le voyageur, le gardien du seuil.

La Franc-Maçonnerie active les archétypes, ce qui donne à ses rituels une profondeur qui dépasse le cadre strict de l’instruction morale.

L’Ombre et la catharsis initiatique

L’ombre, chez Jung, représente cette part refoulée de notre psychisme, que nous refusons de voir ou d’assumer. Elle est faite de nos désirs inavoués, de nos faiblesses, mais aussi de potentiels non explorés.

Or, la démarche initiatique confronte sans cesse l’initié à son ombre : dans les épreuves du cabinet de réflexion, dans la symbolique de la mort initiatique, dans la descente dans la caverne, il est invité à regarder en face ce qu’il fuit.

« Nul éveil de la conscience n’est possible sans douleur. »

(C. G. Jung)
Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier (xviiie siècle) et représentant les énergies conscientes et inconscientes se combinant pour guérir la personnalité

La Franc-Maçonnerie n’est donc pas un lieu de confort, mais un espace de passage, parfois douloureux, vers une conscience plus vaste. Elle propose une catharsis, au sens antique du terme : une purification par le symbole et la répétition rituelle, pour que l’homme se reconstruise autrement.

Le Soi et la réalisation spirituelle

Dans la pensée jungienne, le Soi n’est pas l’ego, mais ce centre supérieur, cette totalité psychique, à laquelle l’individu est appelé à se conformer. Le Soi est « l’archétype de l’ordre », souvent représenté par une figure géométrique harmonieuse (le cercle, la mandorle, la croix).

Or, le Soi de Jung entre en résonance avec l’image du Temple intérieur que doit bâtir le Maçon.

Lorsque le Maître Maçon œuvre à « reconstruire le Temple de Salomon », il ne s’agit pas d’un édifice extérieur, mais de l’édifice de l’âme, structuré par la sagesse, la force et la beauté.

« Le Soi est ce qui était là avant l’ego, et ce qui restera lorsque l’ego aura disparu. »

(C. G. Jung)

Le rituel maçonnique, et en particulier celui du grade de Maître, met en scène une mort suivie d’une renaissance : c’est l’abandon de l’ancien moi, au profit d’une conscience plus vaste, plus alignée sur les lois cosmiques. C’est le moment de la réintégration, de la vision unitive.

L’Inconscient collectif et l’Ordre cosmique maçonnique

L’inconscient collectif est, chez Jung, une mémoire trans-personnelle qui relie tous les êtres humains au travers de mythes, d’images, de symboles communs. Il est une matrice dans laquelle les traditions spirituelles puisent.

La Franc-Maçonnerie, de par sa richesse symbolique, puise largement dans cet inconscient collectif. Les mythes du constructeur, de l’architecte divin, du roi sacrifié, du temple à rebâtir sont autant d’archétypes qui traversent les siècles.

« Nous ne devenons pas éclairés en imaginant des figures de lumière, mais en rendant l’obscurité consciente. »

(C. G. Jung)

En activant ces symboles dans le rituel, la Maçonnerie agit comme une interface entre l’individu et le cosmos. Elle réinscrit l’homme dans un ordre universel, où chaque geste, chaque parole rituelle prend sens à l’intérieur d’un tout.

L’Héritage alchimique : Transformation intérieure et transcendance

Jung fut fasciné par l’alchimie, qu’il voyait comme une psychothérapie avant l’heure, une quête de transmutation de l’âme. Il lit dans l’alchimie une symbolique de la transformation intérieure : du plomb des passions vers l’or de l’âme éveillée.

De la même manière, la Franc-Maçonnerie hérite du langage alchimique : les quatre éléments, la purification par le feu, le noir de la matière première (nigredo), la lumière dorée de la pierre philosophale (rubedo).

Dans les hauts-grades, l’initié est souvent confronté à des figures alchimiques — mort initiatique, résurrection, lumière intérieure.

« L’alchimie ne traite pas de substances, mais de symboles. Elle ne transforme pas les métaux, mais l’homme lui-même. »

(C. G. Jung)
Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire

Dans ce sens, la Maçonnerie devient une voie alchimique de transmutation psychique et spirituelle : elle ne cherche pas à faire « de meilleurs hommes », mais des êtres plus unifiés, plus conscients, plus présents à eux-mêmes et aux autres.

L’impact de Carl Gustav Jung dans la spiritualité maçonnique ne se mesure pas par des citations dans les rituels, ni par une quelconque filiation officielle. Il se mesure par les ponts qu’il jette entre la tradition et la psychologie moderne, entre l’expérience symbolique et le chemin intérieur.

Jung nous invite à voir dans les degrés maçonniques un miroir du travail de l’âme. Il nous aide à mieux comprendre pourquoi la lumière vient après les ténèbres, pourquoi l’ombre doit être embrassée avant d’être transmutée, pourquoi le Temple à rebâtir est notre propre être.

En retour, la Franc-Maçonnerie donne à l’œuvre jungienne un terrain d’expression vivant, un laboratoire de transformation, une voie de réalisation.

« Le privilège d’une vie, c’est de devenir qui l’on est. »

(C. G. Jung)

Devenir qui l’on est — n’est-ce pas précisément le serment silencieux que nous prêtons à chaque ouverture des travaux ?

Sources :

Les citations de Carl Gustav Jung sont extraites de ses œuvres principales, notamment « Psychologie et Alchimie« , « L’homme à la découverte de son âme » et « Les archétypes de l’inconscient collectif« .

Moïse ce grand initié

L’œuvre formidable de MOISE porte sur l’organisation du monothéisme à travers le peuple d’ISRAEL. Importance très vaste pour l’histoire de l’humanité qui y a puisé les trois religions du livre. L’idée du monothéisme a pour conséquence l’unification de l’humanité sous un même dieu et sous une même loi.

Plusieurs étapes ou degrés dans la  quête spirituelle de MOISE. On verra tour à tour :

  • L’initiation et la fuite chez JETRO
  • Le SEPHER BERESHIT
  • L’exode, le désert, la mort

Tout d’abord :

L’initiation de MOISE en EGYPTE suivie de la fuite chez JETRO

RAMSES II

Au 14eme siècle avant notre ère (sans plus de précision) MOISE dont HOSARSIPH était le premier nom était le fils de la princesse royale, sœur de RAMSES II, fils adoptif ou naturel, aucune certitude à ce sujet. D’ailleurs au couronnement du pharaon, il était présent en tant que LEVITE. De caractère étrange et renfermé, il était appelé « le silencieux », de ses yeux se dégageait une profondeur inquiétante, si bien que les femmes craignaient l’œil de ce  jeune lévite. Son compagnon d’étude était MENEPHTAT fils légitime de pharaon se révélant d’une intelligence médiocre au point qu’une rivalité naquit entre les deux jeunes hommes sous le regard suspicieux de pharaon.

Sa mère dut confier MOISE au temple afin de pénétrer les mystères d’ISIS et OSIRIS. Il y traversa triomphalement l’initiation. Ainsi il fut nommé par Pharaon au poste de scribe sacré du temple d’OSIRIS, l’écartant par ce fait de toute prétention à sasuccession, réservée exclusivement à son fils MENEPHTAT.

Osiris

C’est à ce titre que MOISE fut envoyé en inspection dans le DELTA et il fut le témoin d’un acte accablant d’un garde égyptien sur un hébreu sans défense. L’injustice fit que HOSARSIPH se jeta sur l’Egyptien et le tua. Pour un prêtre d’OSIRIS l’irréparable était fait et l’exil était inévitable.

Ce sera dont le départ dans le désert, poussé par une voix intérieure, mystérieuse mais irrésistible qui lui disait « va vers ta destinée ». Il entre donc dans le pays de MADIAM au-delà de la mer rouge et de la presqu’île  sinaïtique. I y découvre un temple qui ne dépendait pas du sacerdoce égyptien mais consacré à OSIRIS dans lequel on y adorait le dieu souverain sous le nom d’AELOHIM.

Ce sanctuaire était à la croisée des chemins des ARABES, des SEMITES,  des ETHIOPIENS. Ils  cherchaient l’initiation dans le centre mystique où l’on  pratiquait déjà un culte monothéiste et ceci depuis le culte d’ABRAHAM. C’est vers ce lieu que le fugitif OSARSIPH voulut subir l’épreuve du rachat de sa faute et s’exposa lui-même à la mort.

Cette épreuve consistait, plongé dans un sommeil léthargique suite à un long jeune, à être déposée dans un caveau du temple pour subir un vaste voyage dans l’au-delà. Après plusieurs jours, voir semaines, le candidat obtenait le pardon et devait trouver le chemin de la lumière, épreuve se terminant souvent par la présence d’un cadavre au réveil. HOSARSIPH se trouva transformé, les yeux tournés vers la montagne d’AELOHIM à l’horizon. Une nouvelle ère alors commençait alors dans sa vie etdepuis ce jour il prit le nom de MOISE.

LE SEPHER BERESHIT

Une représentation colorisée de la gravure Flammarion, inspirée de la cosmogonie décrite dans les premiers chapitres de Bereshit.
Sandro Botticelli

MOISE épousa SEPHORA la fille de JETRO et resta pendant de longues années auprès du sage de MADIAN. Il effectua des travaux de recherche sur les cycles de l’humanité et se plongea par induction dans les horizons lointains de l’avenir.

MOISE voulut créer un peuple pour la religion éternelle. Pour cela il écrivit le SEPHER BERESHIT, synthèse de la science passée et cadre de la science future.

MOISE a voulu léguer à la postérité un véritable testament secret sur la genèse. En tant que prêtre d’OSIRIS sa pensée s’est exprimée de 3 manières :

  • la première était claire et simple
  • la seconde symbolique et figurée
  • la troisième sacrée et hiéroglyphique

C’est ainsi qu’il y avait 3 sens pour le même mot, le sens propre, puis figuré et allusif ensuite.

La genèse raconte l’évolution dans le temps et la création dans l’éternité.

Dans le temple de JETRO, MOISE médite devant les symboles dont les murs sont couverts et qui résument l’histoire des cycles évanouis et prédisent les cycles futurs.  Il cherche la parole qui sera l’action. Il se jure à lui-même de réveiller l’humanité collective, comme l’homme individuel en établissant le culte d’AELOHIM. Cette volonté le pousse à quitter le silence noir de la crypte et d’écouter l’appel de la conscience qui lui dit « va à la montagne de DIEU vers l’HOREB.

Moïse défendant les filles de Jethro.Sebastiano Ricci, 1708-1711, musée des Beaux-Arts de Budapest

LA VISION DU SINAI : LE TRONE D’AELHOIM

Entre deux montagnes apparaît une vallée « L’HOREB », vallée lugubre battue par les vents . La tradition populaire veut que le dieu du SINAI apparaisse quelquefois dans le feu fulgurant et malheur à celui qui voit sa face, le voir c’est mourir. Moïse monta sans crainte au SINAI à travers le ravin d’HOREB. Puis à l’entrée d’une caverne il fut comme aveuglé par une lumière qui l’enveloppa. Un ange lui bloquait la route lui disant : « MOISE, MOISE, ne t’approche point d’ici, déchausse les souliers de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » avec pour message aux enfants d’ISRAEL « j’ai été envoyé vers vous par l’éternel pour vous retirer du pays de servitude » MOISE ne put voir ELOHIM mais il entendit une voix « je suis celui qui suis et qui sera ». Anéanti il redescendit vers le temple de JETRO et se trouva prêt pour son œuvre.

L’EXODE – LE DESERT

L’exode fut concerté et préparé de longue main par le prophète, les principaux chefs israélites et JETRO. Ce plan fut mis à exécution à un moment ou MENEPHTAT, alors devenu pharaon, avait envoyé la quasi-totalité de l’armée égyptienne du côté de l’OUEST pour faire face à une invasion redoutable du roi des LIBYENS MERMAIOU. Ainsi les HEBREUX émigrèrent paisiblement. Voilà donc les BENI ISRAEL (comme on les nommait) en marche, s’apprêtant à contourner la MER ROUGE. Ils ne sont que quelques milliers d’hommes. Puis d’autres viendront les rejoindre, toutes sortes de gens dit la bible : CANANEENS, EDOMITES, ARABES, SEMITES en tout genre. Mais les plus nombreux sont les BENI ISRAEL. Ils ont été amenés, à être sensibilisés au monothéisme par leurs chefs suite à une haute tradition patriarcale. Mais souvent leurs mauvaises passions se réveillent et ils retombent dans les pratiques idolâtres. C’est contre cela que MOISE devra combattre en imposant des lois draconiennes. Il y sera aidé par un groupe de prêtres présidé par AARON son frère d’initiation. Ainsi ce groupe constituera le sacerdoce. De plus, 70 chefs élus ou initiés laïques se serrent autour du prophète. C’est autour de tout ce groupe qu’on porte l’ARCHE D’OR.

Cette arche renferme le SEPHER BERESHIT appelé aussi livre de la cosmogonie rédigé par MOISE, ainsi que la baguette magique du prophète, l’instrument des phénomènes électriques qui,  grossi par la légende, enfanteront les récits bibliques. Elle contient aussi le livre de l’alliance ou la loi du SINAI. Cette arche est appelée par MOISE le trône d’AELOHIM car en elle repose la tradition sacrée, la mission d’ISRAEL, l’idée de IAVE.

En écoutant les conseils de son beau père, MOISE structure son peuple en établissant des chefs de milliers, des chefs de centaines et des chefs de dizaines afin que lui soit rapportées toutes les affaires jugées, dans un but de partage des charges. Dans la constitution d’ISRAEL établie par MOISE, le pouvoir exécutif était considéré comme une émancipation du pouvoir judiciaire et placé sous le contrôle de l’autorité sacerdotale. Mais pour MOISE, ISRAEL n’était qu’un moyen, la religion universelle était son but.

A travers son peuple, MOISE portait des vues sur l’humanité entière. Face à la montagne du SINAI, il conduisit toutes les tribus afin de transmettre les 10 commandements, puissant résumé de la voie morale, cette loi écrite sur une table de pierre.

MOISE assisté de son fidèle disciple JOSUE, était parti plusieurs jours dans cette gorge hostile et sauvage pour consulter AELOHIM, en recommandant au peuple de veiller et de jeuner. Mais dans l’angoisse du non retour de MOISE, tout ce peuple sombre dans la débauche etla révolte, face au conseil des soixante dix anciens élus par MOISE, chargé de garder l’ARCHE, le livre et ISRAEL.

Cependant, MOISE revient de sa solitude avec la loi gravée sur les tablettes de pierre, mais voyant la trahison de son peuple, il brise les tables de pierre. Pour redresser l’âme des 70 élus et par eux tout le peuple, il invoque AELOHIM. Alors MOISE et les 70 élus munis de l’ARCHE repartiront dans la montagne afin de rapporter pour le peuple le jugement d’AEROHIM. La moitié d’entre eux pris de frayeur, se préparent à partir, soudain une tempête : vent, tonnerre et foudre s’abattent sur eux, toute une nuit et tout un jour. Vers le soir, la tempête s’apaise et à l’entrée du camp réapparaissent les 70 élus avec MOISE à leur tête. « Que ceux qui sont pour l’éternel viennent à moi » dit MOISE. Puis le prophète s’avance et ordonne à ses disciples de passer au fil de l’épée les instigateurs de la révolte afin que tous se souviennent de la loi du SINAI et de son premier commandement :

           « Je suis l’éternel ton dieu, je t’ai tiré du pays d’EGYPTE, de la maison de servitude, tu n’auras point d’autre dieu devant ma face, tu ne feras point d’images taillées, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les cieux, ni dans les eaux, ni sous la terre ».

C’est par ce mélange de terreur et de mystère que MOISE imposa sa loi et son culte à son peuple, faisant triompher le monothéisme.

Après les scènes du SINAI, ainsi que par l’exécution en masse des rebelles, MOISE acquit une autorité sur les sémites nomades qu’il tenait sous sa main de fer, et ceci malgré les lassitudes, les calomnies et les conspirations qui suivirent.

LA MORT DE MOISE

Quant MOISE eut conduit son peuple jusqu’à l’entrée de CANAAN, il sentit que son œuvre était accomplie. La légende dit qu’il était centenaire. Il gravit le mont NEBO, après avoir béni toute l’humanité à travers les 12 tribus, il désigna JOSUE comme successeur. Il préféra mourir dans la solitude d’AELOHIM, rançon de sa grandeur.

Ceci est la légende support du mythe de MOISE qui a permis la construction d’un vaste empire spirituel touchant 2/3 de l’humanité et inscrit dans la bible.

Si le fonds reste invariable, plusieurs détails provenant soit d’avancées scientifiques, soit d’erreurs multiples de traductions divergeant sur les lieux de passage, sur le mont SINAI lui-même (mont SINAI ou mont KARTOUM). (Mont KARTOUM 12 stèles, 1 autel,  ruines d’habitations + table de la loi gravée dans la roche) au SINAI, rien ! Allusion à l’éruption du volcan de l’île grecque de SANTORIN située à 800 kms provocant un écran visuel et un raz de marée.

TRADUCTIONS ERRONNEES : roseau traduit par rouge, mais en égyptien ou hébreux le même mot roseau veut dire souffle. Le constat est que MOISE à la fois prophète, homme de guerre et organisateur social a laissé une véritable révolution religieuse.

LE MYTHE DE MOISE ET LA FRANC-MACONNERIE

Plusieurs similitudes :

peinture égyptienne
décoration égyptienne

MOISE a tout d’abord été initié aux mystères d’ISIS et d’OSIRIS.

Tout comme l’apprenti franc- maçon, il a appliqué le vieil adage « CONNAIS-TOI TOI-MEME ET TU CONNAITRAS LES DIEUX ». C’est ainsi qu’il lutte contre son déterminisme social culturel, reconnaissant sans complaisance le cynisme et la corruption qui régnaient à la cour de PHARAON.

S’élevant contre l’esclavagisme des HEBREUX, reconnaissant que tout homme naît libre, il est amené à son geste fatidique sur un EGYPTIEN. C’est ainsi qu’il tue son vieil homme intérieur.

Sa fuite inéluctable l’amena plus loin sur son chemin initiatique, à la rencontre avec d’autres peuples, découvrant à travers un travail symbolique guidé par JETRO, une progression ésotérique l’amenant vers la vérité à la fois universelle et individuelle.

Certains commandements gravés dans les tables de la loi sont les prémices de la loi morale, celles que tout FRANC-MACON se doit d’observer et de faire observer.

Si MOISE est mort dans la solitude du mont NEBO, il n’a pas oublié de transmettre, mais avec prudence, en écartant les profanes, leur livrant le message d’AELOHIM « je suis celui qui était, est, et sera », soit la trilogie de l’unité « passé, présent et avenir ».

On pourrait dire de MOISE qu’il a été un prince sans couronne.

L’initiatique Pinocchio

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Voici une lecture ésotérique et philosophique  du célèbre conte de Carlo Collodi, le repositionnant parmi les grands textes initiatiques de l’Humanité aux côtés du Serpent Vert de Goethe, ou du Petit Prince de Saint-Exupéry. Un ouvrage qui révèle comment cette fable apparemment simple recèle une profondeur symbolique liée à la quête spirituelle, à la transformation intérieure et aux mystères de l’existence humaine.

La transformation finale de Pinocchio en enfant « réel » symbolise l’aboutissement du processus initiatique –non comme fin- mais comme commencement d’une nouvelle existence consciente. L’auteur y voit une invitation à dépasser nos conditionnements ( les fils qui nous manipulent), pour accéder à la liberté véritable. L’exégèse de Joël Grégogna souligne combien il s’agit de sagesse universelle, c’est-à-dire d’une « porte du Mystère » ouverte à tout chercheur de Vérité

Joël Grégogna, avocat, est aussi homme de lettres et peintre. Il a notamment publié : Corto, l’initié, La Venise de Hugo Pratt et Bande dessinée, imaginaire et franc-maçonnerie chez Dervy Editions.

29/04/25 : Un café maçonnique à Clermont Ferrand

Franc-maçonnerie… est-ce fait pour moi ?

C’est « La » question que chacun d’entre nous a pu se poser avant d’entrer en Franc-Maçonnerie. Est ce que je vais trouver ce que je cherche ? Est ce que je suis digne d’y entrer ?

Et accessoirement, il est légitime de se demander à quels besoins la Franc-Maçonnerie va répondre. D’ailleurs, à quoi peut-on s’attendre? En tout cas, si l’idée de départ est de devenir le maitre du monde, de se faire un réseau d’affaire, ou si mon attention est d’obtenir des bénéfices commerciaux ou des avantages sociaux, alors, il se peut que nous ne frappions pas à la bonne porte.

Et pourtant, les idées reçues ont la dent dure ! Il faut dire que les temps actuels ne rendent pas forcément grâce aux acteurs de la vie publique. Les médias regorgent d’exemples de personnalités qui ont tiré profit de leur situation.

Les Francs-Maçons de Georges TROISPOINTS ont à cœur de livrer au public profane une certaine réalité de ce que l’on peut trouver au sein d’une loge mixte.

Nous évoquerons les deux entités : Le Moi et la Franc-Maçonnerie, l’individu et l’institution.
Nous aborderons ce que l’un apporte à l’autre ou … son contraire.
En fait, la question sera de savoir pourquoi devenir Franc-Maçon est une démarche libre et réfléchie ?

En passant et durant les échanges, nous aborderons en vrac :la Fraternité, le chemin initiatique pour soi même avec des Frères et des sœurs cheminant aussi, le Travail sur soi et la notion de progrès de l’humanité.

Un café maçonnique, c’est quoi ?

Un café maçonnique est un moment d’échanges libres, durant lequel des Francs-Maçons évoquent leurs expériences. Ils en profitent pour répondre aux questions du public. C’est un temps où chacun peut exprimer ses doutes, ses interrogations, et vérifier si ses représentations sont fidèles à ce que vivent des « initiés » dans leur quotidien. L’entrée est libre, gratuite. Les bénévoles de Georges TROISPOINTS vous donne rendez-vous le 29 avril 2025 de 18h30 à 20 h00 au Café L’oie et le Grill, situé au 1 Tour de la Monnaie à Clermont Ferrand!

Mais au fait, c’est quoi Georges Troispoints?

Georges troispoints, c’est une association de Francs-maçons, initiés au Droit Humain, qui en 2016 ont décidé de ne plus laisser les médias organiser la communication concernant la Franc-maçonnerie. Le Groupe Georges TROISPOINTS Clermont Auvergne est composé de
Sœurs et Frères appartenant aux 8 loges du Droit Humain du Puy de
Dôme (63) et de l’Allier (03).

Indépendamment de leurs engagements vis à vis de l’APFDH et de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain, ces Francs-Maçons se sont décidés à entrer en contact direct avec les profanes qui peuvent être curieux, inquiets ou intéressés par la franc-Maçonnerie. L’idée est simple : ceux qui peuvent le mieux parler de la Franc-Maçonnerie, ce sont les francs-Maçons ! Venez visiter notre site pour en savoir plus :

https://www.georges-troispoints.fr/associations-locales-tags/g3p-clermont-auvergne

La maçonnerie enseigne à mourir, l’IA à la vie éternelle

Acceder au reportage de Arte (disponible jusqu’au 7/08/2025)

La Franc-maçonnerie, dans son essence, invite ses initiés à « apprendre à mourir ». Ce principe, ancré dans la notion de palingénésie, symbolise le « dépouillement du vieil homme », une métamorphose intérieure où l’ego, les attachements et les illusions sont abandonnés pour faire place à une conscience renouvelée. Ce processus, au cœur des rituels maçonniques, enseigne à vivre pleinement le moment présent, sans s’encombrer des regrets du passé ni des attentes du futur. C’est dans cet espace du « ici et maintenant » que l’initié trouve une forme de liberté spirituelle, une acceptation sereine de l’impermanence de la vie.

En parallèle, la question du deuil, rite de passage universel, prend une nouvelle dimension à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). Comme le montre le reportage d’Arte Avec toi pour toujours : de l’immortalité virtuelle, l’IA offre des outils inédits pour interagir avec les défunts, soulevant des interrogations éthiques et philosophiques. Alors que la maçonnerie propose une sagesse intemporelle pour apprivoiser la mort, l’IA semble promettre une forme d’éternité numérique. Entre ces deux approches, un dialogue fascinant émerge sur notre rapport à la finitude et à la mémoire.

La palingénésie maçonnique : mourir pour renaître

Renaître, Atuntaqui, Équateur

Dans la tradition maçonnique, « apprendre à mourir » n’est pas une invitation morbide, mais une démarche libératrice. La palingénésie, ou renaissance symbolique, s’incarne dans les rituels, notamment lors de l’initiation, où le profane traverse une mort symbolique pour renaître en tant que Frère. Ce processus, décrit par des penseurs comme Mircea Eliade, vise à dépouiller l’individu de ses attachements matériels et égotiques – le « vieil homme » – pour révéler une essence plus pure. Le cabinet de réflexion, avec ses symboles de la vanité (crâne, sablier), rappelle l’inéluctabilité de la mort, incitant l’initié à se concentrer sur l’instant présent. Cette philosophie, proche du stoïcisme ou du bouddhisme, enseigne que vivre sans attachement excessif au passé ou au futur permet d’accéder à une paix intérieure, une forme d’éternité dans l’instant.

Le deuil, dans ce cadre, est un terrain d’application privilégié. La maçonnerie encourage à accepter la perte comme une étape naturelle, à honorer la mémoire des disparus sans s’y enchaîner. Les rituels funéraires maçonniques, empreints de respect et de sobriété, célèbrent la vie du défunt tout en rappelant la continuité de l’œuvre collective. Cette approche, profondément humaniste, contraste avec les promesses de l’IA, qui, en recréant les défunts sous forme d’avatars numériques, semble défier la mort elle-même.

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L’IA et l’immortalité virtuelle : une révolution du deuil

Le reportage Avec toi pour toujours, diffusé sur Arte, explore comment l’IA redéfinit notre rapport au deuil. Grâce à des start-ups comme Project December, HereAfter AI ou Meeting You, il est désormais possible de « discuter » avec des proches disparus via des chatbots nourris de données personnelles – messages, photos, enregistrements vocaux. Ces avatars numériques, capables de reproduire la voix ou l’apparence d’un défunt, offrent une illusion de présence. Joshua, par exemple, dialogue jour et nuit avec le clone de son premier amour, partageant son quotidien comme si la mort n’avait pas eu lieu. En Corée du Sud, Jang Ji-sung, dans une expérience télévisée poignante, retrouve l’avatar en réalité virtuelle de sa fille de 7 ans, décédée, tentant en vain de l’enlacer. Ces scènes, à la fois émouvantes et troublantes, illustrent le pouvoir de l’IA à combler – ou à raviver – le vide laissé par la perte.

Mais cette « postérité numérique » soulève des questions éthiques majeures. Est-ce un apaisement sincère du deuil ou une manipulation cynique de la douleur ? Les interactions peuvent parfois déraper : Christi, une utilisatrice, reçoit un message troublant de son petit ami décédé, prétendant être « en enfer ». Ces technologies, souvent proposées sous forme d’abonnements payants, transforment la mémoire des morts en un produit commercial, un « au-delà sur abonnement ». Comme le confie Sam Altman, cofondateur d’Open AI, les acteurs technologiques risquent de causer « des dégâts considérables » en jouant avec des tabous aussi intimes. Psychothérapeutes et chercheurs interrogés dans le documentaire s’inquiètent d’une possible dépendance à ces avatars, qui pourrait entraver le processus naturel de deuil, où l’acceptation de l’absence est cruciale.

Maçonnerie et IA : une complémentarité inattendue ?

Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

À première vue, la maçonnerie et l’IA semblent aux antipodes : l’une prône l’acceptation de la mort comme une étape spirituelle, l’autre propose de l’abolir par la technologie. Pourtant, un dialogue peut s’esquisser. La maçonnerie, avec son insistance sur le « ici et maintenant », pourrait offrir un cadre éthique pour utiliser l’IA sans tomber dans ses dérives. Par exemple, les avatars numériques pourraient servir à honorer un défunt lors d’un rituel maçonnique, en recréant une voix pour lire un texte ou partager un souvenir, tout en respectant la frontière entre hommage et illusion. L’IA pourrait aussi aider à transmettre l’héritage maçonnique : des chatbots pourraient guider les profanes dans la compréhension des symboles ou préserver la mémoire des Frères disparus, en archivant leurs écrits ou leurs enseignements.

Cependant, la maçonnerie met en garde contre l’attachement excessif, un risque amplifié par l’IA. Les avatars, en simulant une présence continue, pourraient enfermer les vivants dans un passé illusoire, contredisant l’idéal maçonnique de détachement. Le reportage montre des utilisateurs comme Joshua, qui dialogue obsessivement avec son amour perdu, illustrant ce danger de fixation. La sagesse maçonnique, en valorisant la présence consciente à l’instant, pourrait aider à utiliser l’IA comme un outil temporaire de transition dans le deuil, sans remplacer la nécessité d’accepter la perte.

Une réflexion éthique pour notre temps

Temps infini
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Le contraste entre la maçonnerie et l’IA révèle une tension fondamentale : comment concilier notre désir d’éternité avec l’acceptation de l’impermanence ? La franc-maçonnerie, en enseignant à « mourir » symboliquement, propose une voie intérieure, où la paix naît de la compréhension de la finitude. L’IA, en offrant une « vie éternelle » numérique, externalise cette quête, au risque de créer des illusions mercantiles. Le documentaire d’Arte, en donnant la parole à des utilisateurs, des concepteurs et des critiques, ne tranche pas : il invite à réfléchir. Les motivations des utilisateurs – apaiser une douleur, garder un lien – sont humaines, mais les dérives commerciales et psychologiques sont réelles.

Dans ce contexte, la maçonnerie pourrait inspirer une utilisation responsable de l’IA. Ses valeurs – liberté, égalité, fraternité – appellent à placer l’humain au centre, en évitant que la technologie ne devienne une fin en soi. Les Frères, habitués à questionner les symboles et leurs significations, sont bien placés pour interroger ces nouveaux outils. Faut-il limiter l’IA à des usages commémoratifs, comme des archives vivantes, ou l’intégrer dans des rituels de passage ? Comment éviter que la mémoire des morts ne soit réduite à un produit de consommation ?

Entre éternité et impermanence

La maçonnerie enseigne que la mort, loin d’être une fin, est une invitation à vivre pleinement le présent. L’IA, en promettant une immortalité virtuelle, semble défier cette sagesse, mais elle peut aussi, si elle est guidée par une éthique humaniste, enrichir notre rapport au deuil. Le reportage Avec toi pour toujours met en lumière cette ambivalence : l’IA est à la fois une prouesse technologique et un miroir de nos fragilités. En combinant la profondeur spirituelle de la maçonnerie et les possibilités de l’IA, nous pourrions trouver un équilibre : utiliser la technologie pour honorer les disparus, tout en cultivant l’acceptation de leur absence. Dans ce dialogue entre l’ancien et le moderne, la franc-maçonnerie rappelle une vérité intemporelle : l’éternité ne réside pas dans un avatar, mais dans la lumière que nous portons en nous, ici et maintenant.