Réuni le 17 juin 2026 à la mairie du 6e arrondissement de Paris, le jury du premier Prix Laurent Kupferman a distingué à l’unanimité l’historien Laurent Joly pour l’ouvrage collectif Vichy, Histoire d’une dictature 1940-1944, publié sous sa direction aux éditions Tallandier. Un Prix spécial du jury a également été décerné à Nora Bussigny pour Les Nouveaux Antisémites. Moins d’un an après la disparition de notre Frère Laurent Kupferman, sa mémoire devient ainsi une force agissante au service de l’émancipation, de l’égalité des droits et de la vigilance républicaine.

Il est des promesses prononcées dans la douleur qui pourraient demeurer suspendues dans le silence des cérémonies funèbres
Il en est d’autres qui franchissent le seuil du deuil, prennent corps et deviennent des actes. Le 11 juillet 2025, sous la haute voûte de l’Oratoire du Louvre où plus de trois cents personnes s’étaient rassemblées pour accompagner Laurent Kupferman vers l’Orient Éternel, la création d’un prix littéraire répondant à ses dernières volontés avait été annoncée. À peine un an plus tard, cette parole est tenue.
Le Prix Laurent Kupferman a été conçu pour couronner la meilleure œuvre littéraire consacrée à l’émancipation et à l’égalité des droits.
Ces mots dessinent bien davantage qu’un programme éditorial
Ils résument une existence vouée à la République, à la culture, à la laïcité, à la transmission et à cette fraternité concrète qui ne se contente pas d’être proclamée, mais cherche sans relâche à transformer les consciences et les institutions.

Le jury a choisi à l’unanimité Laurent Joly pour Vichy, Histoire d’une dictature 1940-1944, ouvrage collectif publié sous sa direction aux éditions Tallandier

Le choix possède une force particulière. En retraçant l’effondrement de la République, l’établissement du régime autoritaire du maréchal Pétain, la collaboration politique et la participation de l’État français à la persécution antisémite, ce livre ne se limite pas à restituer une séquence historique. Il met au jour les mécanismes par lesquels une démocratie peut renoncer à elle-même, abandonner le droit, désigner des catégories humaines à la vindicte et substituer l’obéissance à la conscience.

Laurent Joly rappelle ainsi que l’histoire n’est jamais seulement la conservation savante de ce qui fut. Elle constitue une école de discernement pour le présent. Étudier Vichy revient à observer le moment où les mots changent de sens, où l’exclusion se pare des apparences de la légalité et où la peur devient un moyen de gouvernement. En distinguant cet ouvrage, le jury place d’emblée le Prix Laurent Kupferman sous le signe d’une vigilance qui refuse aussi bien l’oubli que l’aveuglement.
Cette première récompense possède également une résonance intime
Laurent Kupferman était le fils de l’historien Fred Kupferman, spécialiste reconnu de la France contemporaine, de l’Occupation et du régime de Vichy. À travers Laurent Joly, une ligne invisible semble donc relier la recherche historique du père, l’engagement républicain du fils et la responsabilité intellectuelle de celles et ceux qui poursuivent aujourd’hui ce travail de vérité. La mémoire ne se referme pas sur elle-même. Elle circule, se transmet et devient une lampe confiée à d’autres mains.
Un Prix spécial du jury a été attribué à Nora Bussigny pour Les Nouveaux Antisémites, paru aux éditions Albin Michel


L’auteure y rapporte une enquête menée au plus près de groupes militants et de réseaux numériques au sein desquels l’antisionisme peut devenir le masque d’une hostilité plus ancienne. Quelle que soit la vigueur des débats suscités par sa démarche, le jury a souhaité saluer un travail qui place au centre de la réflexion la permanence et les transformations contemporaines de l’antisémitisme.
Ce rapprochement entre l’ouvrage historique dirigé par Laurent Joly et l’enquête de Nora Bussigny donne à ce premier palmarès sa cohérence.


Le passé et le présent ne s’y trouvent pas artificiellement confondus, mais mis en regard L’histoire nous apprend comment une persécution devient politique d’État. L’enquête contemporaine interroge la manière dont les préjugés se déplacent, changent de vocabulaire et trouvent de nouveaux espaces de diffusion. Entre les deux se tient l’exigence d’une conscience éveillée.
La dernière sélection réunissait également Vanessa de Senarclens pour La Bibliothèque retrouvée, publié aux éditions Zoé, et Angélique de Labarre pour Merci Joséphine, édité par le Château des Milandes.
Ces deux livres prolongeaient, chacun à sa manière, les grandes fidélités de Laurent Kupferman.
Le premier interroge le destin d’une bibliothèque dispersée par la guerre et la possibilité de sauver une mémoire menacée d’effacement. Le second rend hommage à Joséphine Baker, dont Laurent Kupferman fut l’un des artisans les plus déterminés de l’entrée au Panthéon.

La composition du jury témoigne elle aussi de la diversité des mondes que Laurent Kupferman aimait réunir

Présidé par Emmanuel Pierrat, avec Jacques Ravenne comme secrétaire général, il rassemblait Antoine Baduel, Brian Bouillon Baker, Lorraine Kaltenbach, Pierre Kupferman, Alain Seban et Guillaume Trichard. Écrivains, journaliste, homme de radio, conseiller éditorial, responsable culturel et représentant de la Franc-Maçonnerie ont ainsi croisé leurs regards autour d’une même volonté de transmission. Le jury a également exprimé sa reconnaissance à la mairie du 6e arrondissement de Paris, à son maire Jean-Pierre Lecoq, à Olivier Passelecq et aux équipes municipales pour leur accueil.
Cette première édition dépasse donc le cadre habituel d’une distinction littéraire

Elle ne cherche pas à enfermer Laurent Kupferman dans un portrait commémoratif ni à déposer son nom sur un monument immobile. Elle remet son engagement au travail. Elle rappelle que la République ne demeure vivante que si des femmes et des hommes acceptent de la penser, de la raconter, de la défendre et parfois de la réveiller.
Laurent Kupferman avait donné à l’un de ses livres un titre qui ressemblait à une devise intérieure, Rassembler
Le premier palmarès du prix qui porte désormais son nom accomplit déjà ce verbe. Il rassemble l’histoire et le présent, la mémoire et l’action, le livre et la cité, la République et la fraternité. Car un nom ne survit véritablement que lorsqu’il cesse d’être seulement un souvenir pour devenir une exigence. Le Prix Laurent Kupferman vient d’allumer sa première lampe.

Dans les dix prochains jours, 450.fm publiera également deux notes de lecture approfondies consacrées à Vichy, Histoire d’une dictature 1940-1944, ouvrage dirigé par Laurent Joly, et aux Nouveaux Antisémites de Nora Bussigny, afin de prolonger la réflexion ouverte par ce premier palmarès.