Rencontre au miroir du temps – Notre invité : Saint Jean le Baptiste

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Il est des figures qui traversent les siècles sans jamais perdre leur force d’interpellation. Saint Jean le Baptiste est de celles-là. Précurseur, voix du désert, témoin de la Lumière, il occupe dans la tradition chrétienne une place unique et, dans la Franc-Maçonnerie, une place éminente. Son nom est lié à l’idée même de préparation intérieure, d’abaissement de l’orgueil, de conversion du cœur et d’ouverture au sacré. C’est lui que l’on fête à la Saint-Jean d’été, qui correspond, cette année, au mercredi 24 juin 2026 – fête solsticiale de la fertilité et de l’abondance, en lien avec le culte du soleil, qui marque l’apogée de la lumière, mais aussi le début de son recul, où une coutume ancienne veut que l’on allume un grand feu de joie, lorsque la nuit tombe.

Y fait pendant la Saint-Jean d’hiver, qui marque le retour de la lumière après une longue période de ténèbres, les deux saints Jean éclairant par leur opposition et leur complémentarité la loi des cycles, le Baptiste fermant, en outre, la porte de l’Ancien Testament, de l’ancien monde, de l’ancienne Loi, l’Évangéliste ouvrant celle du Nouveau Testament, du nouveau monde, de la nouvelle Loi. On célèbre, le 24 juin, la Nativité de Jean-Baptiste, cousin et « précurseur » de Jésus, lui qui baptisera le Nazôréen dans le Jourdain, après quoi le prophète dira du Messie dont il avait annoncé la venue : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Quant à l’apôtre Jean, le frère de Jacques, celui que l’on appelle communément Jean l’Évangéliste, il aura pour mission de propager la connaissance de la foi. Sa fête, le 27 décembre, est proche du solstice d’hiver, le 21 décembre. Les deux saints Jean sont des figures tutélaires de la franc-maçonnerie, d’une franc-maçonnerie qui s’est façonnée dans la tradition chrétienne du Moyen-Âge. Leurs messages sont interprétés symboliquement par l’herméneutique maçonnique, celle-ci étant considérée comme un art d’expliquer le sens philosophique et la portée spirituelle des textes sans s’inscrire dans aucune croyance ou aucun dogme religieux.

Nous avons imaginé Jean le Baptiste, face aux francs-maçons du XXIe siècle, lors d’une rencontre hors du temps, pour entendre ce qu’il aurait à leur dire aujourd’hui. Nous le remercions d’avoir bien voulu rester dans notre perspective, même s’il n’a pu s’empêcher, en fin d’entretien, de lancer un appel conforme à sa foi, que, peu enclins à la censure – soit dit par euphémisme –, nous l’avons laissé libre de d’exprimer.

450.fm : Jean, pourquoi la Franc-Maçonnerie vous a-t-elle retenu comme l’un de ses deux saints patrons ?

Saint Jean le Baptiste : Parce que je suis le Précurseur. Je ne suis pas la Lumière, je rends témoignage à la Lumière. Et cela, les maçons le comprennent intuitivement : leur chemin n’est pas celui de la possession de la vérité, mais celui de sa préparation, de sa recherche, de son accueil. Mon rôle est d’annoncer, de préparer, de niveler ce qui doit l’être dans l’âme humaine. J’abaisse les montagnes d’orgueil et j’élève les vallées d’humilité. C’est exactement ce que tout maçon doit faire en lui-même s’il veut approcher le mystère.

450.fm : Votre Évangile est posé sur l’autel des serments. Pourquoi ce choix est-il si important ?

Saint Jean le Baptiste : Parce que l’homme qui donne sa parole ne peut pas le faire devant le vide. Il lui faut un point d’appui plus grand que lui. L’Évangile selon Jean commence par cette parole inaugurale : « Au commencement était le Verbe. » Sur l’autel où l’on prête serment, il faut la présence du Verbe, car la parole humaine n’a de poids que si elle s’adosse à une Parole plus haute. Moi, je suis la voix qui crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur. » Le serment maçonnique doit être prononcé dans cette conscience de vérité.

450.fm : Peut-on voir dans l’initiation maçonnique une forme de baptême ?

Saint Jean le Baptiste : Oui, si l’on comprend bien ce que signifie baptiser. L’eau ne sauve pas à elle seule, elle purifie, elle prépare, elle dégage l’âme de ce qui l’encombre. L’initiation est toujours une entrée dans un autre état de conscience. Celui qui franchit le seuil du Temple doit laisser derrière lui des habitudes, des prétentions, des attaches. Ce dépouillement ressemble au baptême : il ne remplace pas la transformation, mais il en ouvre la possibilité.

450.fm : Que vous inspire cette parole : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » ?

Saint Jean le Baptiste : C’est la loi même de toute voie initiatique. Tant que l’ego veut croître, la Lumière ne peut pas grandir. L’homme doit apprendre à se décentrer, à se vider de ses vanités, à consentir à n’être pas le centre du monde. Celui qui veut s’élever doit d’abord s’abaisser intérieurement. Cette parole n’est pas une humiliation, c’est une libération. Elle signifie que le vrai accroissement n’est pas celui du moi, mais celui de ce qui le dépasse.

450.fm : Le désert a été votre lieu d’épreuve et de révélation. Parle-t-il encore aux maçons d’aujourd’hui ?

Saint Jean le Baptiste : Plus que jamais. Le désert n’est pas seulement un lieu de sable et de silence. Le désert est un état intérieur. C’est l’espace où l’homme cesse d’être distrait par le bruit du monde et devient enfin capable d’entendre. Beaucoup vivent entourés de voix, d’opinions, de sollicitations, mais sans écouter la voix essentielle. Le désert, c’est l’école de l’attention. Sans désert, il n’y a pas de conversion véritable.

450.fm : Comment jugez-vous l’état spirituel de la Franc-Maçonnerie contemporaine ?

Saint Jean le Baptiste : Je vois des temples magnifiques et parfois des âmes fatiguées. Je vois des rituels bien tenus et parfois des cœurs peu transformés. Je vois des hommes qui parlent du sacré sans toujours le laisser les traverser. Le danger n’est pas la beauté des formes, mais leur vacuité lorsqu’elles cessent d’être habitées. Je redirai donc ce que je disais déjà aux foules : « Produisez donc des fruits dignes de la repentance. » Le Temple extérieur est utile, mais s’il ne conduit pas au Temple intérieur, il n’est qu’une façade.

450.fm : La repentance a-t-elle encore sa place en Franc-Maçonnerie ?

Saint Jean le Baptiste : Elle est indispensable. La repentance n’est pas un discours moralisateur, c’est le premier acte de vérité. Celui qui ne reconnaît pas ses fautes, ses résistances, ses aveuglements ne peut pas commencer le travail. La pierre brute ne se polit pas sans lucidité. La Franc-Maçonnerie parle d’initiation, mais l’initiation suppose que l’homme accepte d’être travaillé par une Lumière qui le dépasse et le corrige.

450.fm : Que diriez-vous aux maçons qui ont perdu le sens du sacré ?

Saint Jean le Baptiste : Je leur dirais : retournez au désert. Revenez au silence. Débarrassez-vous du bruit des honneurs, des charges, des apparences. On ne rencontre pas le sacré en le proclamant, mais en s’y rendant disponible. Cherchez d’abord le Royaume et sa justice. Tout le reste vous sera donné par surcroît, ou ne vous sera pas utile. Le sacré ne se consomme pas, il se reçoit.

450.fm : La corne d’abondance, souvent présente dans l’iconographie maçonnique, a-t-elle un sens pour vous ?

La fête de la Saint-Jean d'été
La fête de la Saint-Jean d’été

Saint Jean le Baptiste : Oui, si l’on ne confond pas abondance et possession. La vraie abondance n’est pas celle des biens qui s’entassent, mais celle de l’Esprit qui se partage. La générosité divine ne mesure pas ses dons comme les hommes mesurent leurs richesses. Celui qui a deux tuniques doit en donner une à celui qui n’en a pas. C’est cela, la fécondité véritable : que le don circule.

450.fm : Vous baptisiez dans l’eau, mais vous annonciez aussi le feu. Que représente-t-il ?

Saint Jean le Baptiste : Le feu est l’autre face de la purification. L’eau lave, le feu consume. L’eau prépare, le feu transfigure. Celui qui vient après moi baptisera dans l’Esprit Saint et le Feu. Le feu révèle ce qui est vrai, il brûle l’ivraie, il éprouve l’or. Tout maçon doit accepter un jour ce feu intérieur, car sans lui, rien n’est réellement purifié.

450.fm : Comment un franc-maçon peut-il aujourd’hui rendre témoignage à la Lumière ?

Saint Jean le Baptiste : Par sa manière de vivre avant même sa manière de parler. En étant droit, juste, vrai, cohérent. En agissant sans duplicité. En aimant sans calcul. La meilleure parole est celle que l’on incarne. Un maçon ne témoigne pas de la Lumière en se déclarant lumineux, mais en laissant sa vie devenir plus claire.

450.fm : Quel est votre plus grand regret face aux hommes ?

Saint Jean le Baptiste : Qu’ils préfèrent souvent les ténèbres, plutôt que la Lumière, parce que leurs œuvres ne sont pas droites. Ils craignent la vérité, car la vérité les déloge de leurs conforts. Ils aiment parfois mieux flatter le pouvoir que d’écouter la voix qui appelle à la conversion. Pourtant, cette voix ne détruit pas : elle relève.

450.fm : Quel conseil ultime donneriez-vous aux francs-maçons du XXIe siècle ?

Saint Jean le Baptiste : Ne vous contentez pas de porter le tablier. Devenez ce que vous dites être. Préparez le chemin. Aplanissez les sentiers. Abaissez en vous ce qui est trop haut, relevez ce qui est trop bas, et laissez croître en vous Celui qui est plus grand que vous. Le rite n’a de sens que s’il engendre une vie droite.

450.fm : La Franc-Maçonnerie est-elle, selon vous, un chemin vers Dieu ?

Saint Jean le Baptiste : Elle peut l’être, oui, si elle reste fidèle à sa vocation : chercher la Lumière, polir la pierre, travailler à la vérité, élever l’homme. Mais si elle devient un club de pouvoir, une société de notables ou un théâtre d’ambitions, elle s’éloigne de sa source. Le chemin vers Dieu n’est jamais automatique. Il demande humilité, fidélité et feu intérieur.

450.fm : Si vous reveniez parmi les maçons aujourd’hui, que leur diriez-vous d’emblée ?

Saint Jean le Baptiste : Je leur dirais ce que je disais déjà aux foules : « Produisez donc des fruits dignes de la repentance ! » La parole est rude, mais elle est juste. Car sans fruits, il n’y a pas de vie spirituelle. Et sans conversion, il n’y a pas de vrai passage.

450.fm : Quel est, au fond, le sens profond de votre mission ?

Saint Jean le Baptiste : Je suis la voix. Je ne suis pas le Verbe. Je suis le témoin, pas l’objet du témoignage. Ma joie est parfaite lorsque j’entends la voix de l’Époux. Voilà ma mission : m’effacer pour que paraisse plus grand que moi. Que le maçon se souvienne de cela : il n’est jamais la Lumière, il ne fait que lui rendre témoignage.

Chapitre de clôture

Saint Jean le Baptiste : Frères, je vous ai parlé avec la rudesse du désert, mais aussi avec la fidélité de celui qui annonce. Que ma voix continue de résonner en vous : « Préparez le chemin du Seigneur. » Que votre vie entière devienne un appel à la conversion du cœur, un travail de vérité, un témoignage vivant de la Lumière. Et que Celui qui vient après moi vous baptise dans l’Esprit et dans le Feu.

450.fm : Merci, Jean le Baptiste, Précurseur et Voix du désert, d’avoir accepté cette rencontre intemporelle.

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9 Commentaires

  1. @ Dupuis
    Le prologue de saint Jean, qui ouvre le quatrième Évangile, n’est pas une simple préface au récit chrétien. Il est une véritable porte symbolique, un seuil de lumière par lequel le lecteur entre dans le mystère du Verbe, de la création, de l’incarnation et de la transformation intérieure.
    Dès les premiers mots, « Au commencement était le Verbe », saint Jean nous place dans une perspective qui dépasse l’histoire immédiate. Il ne commence pas par Bethléem, par la crèche ou par la vie terrestre de Jésus, mais par l’origine même de toute chose. Avant le temps, avant le monde, avant la parole humaine, il y a le Logos, le Verbe, c’est-à-dire la Parole vivante de Dieu, son expression, sa pensée créatrice, sa lumière communiquée.
    Ce Verbe n’est pas une idée abstraite ni une force impersonnelle. Il est auprès de Dieu et il est Dieu. Tout advient par lui. Le monde n’est donc pas livré au silence ni au hasard. Il porte, en profondeur, la trace d’une Parole première. La création devient ainsi lisible comme un immense livre de signes, où chaque être, chaque lumière, chaque souffle, chaque vie manifeste quelque chose de cette origine invisible.
    Le prologue fait ensuite apparaître les grands symboles johanniques de la vie, de la lumière et des ténèbres. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » Cette lumière n’est pas seulement une clarté morale ou intellectuelle. Elle est une puissance spirituelle, une présence qui éclaire l’homme de l’intérieur, qui révèle sa vocation véritable et qui l’appelle à sortir de l’obscurité. Les ténèbres, dans ce texte, ne sont pas seulement le mal extérieur. Elles désignent aussi le refus, l’aveuglement, la fermeture du cœur, cette part de l’homme qui ne veut pas recevoir la lumière lorsqu’elle se présente à lui.
    C’est pourquoi le prologue est aussi un texte dramatique. La lumière vient dans le monde, mais le monde ne la reconnaît pas toujours. Le Verbe vient chez les siens, mais les siens ne l’accueillent pas toujours. Tout le mystère de la liberté humaine se tient là, dans cette possibilité d’accueillir ou de refuser. La lumière ne s’impose pas. Elle se donne. Elle frappe à la porte intérieure de l’homme et attend une réponse.
    Jean le Baptiste apparaît alors comme figure du témoin. Il n’est pas la lumière, mais il rend témoignage à la lumière. Cette distinction est essentielle. Le témoin véritable ne se met pas à la place de ce qu’il annonce. Il ne capte pas la lumière pour lui-même. Il la désigne, il l’oriente, il prépare les cœurs à la reconnaître. Dans cette perspective, toute parole spirituelle authentique devrait être ainsi. Elle ne cherche pas à dominer, mais à conduire vers plus grand qu’elle.
    Le sommet du prologue réside dans cette affirmation bouleversante, « le Verbe s’est fait chair ». Toute la symbolique chrétienne bascule ici dans l’incarnation. Dieu ne demeure pas dans une hauteur inaccessible. Il descend dans le concret, dans la fragilité, dans le corps, dans l’histoire, dans la condition humaine. La chair n’est pas méprisée. Elle devient le lieu même où la gloire peut se manifester. Le divin n’abolit pas l’humain, il l’habite.
    Le verbe « habiter » est lui aussi très fort. Le Verbe ne fait pas que passer parmi les hommes. Il demeure. Il plante sa tente au milieu d’eux. Il fait de la condition humaine un espace de présence. Le thème du Temple affleure alors naturellement. Si Dieu habite la chair du Christ, il peut aussi, par grâce, habiter le cœur de celui qui reçoit cette lumière. L’homme devient alors un lieu intérieur, une demeure possible pour la vie divine.
    La gloire dont parle saint Jean n’est pas un éclat mondain, ni une puissance extérieure, ni une domination. Elle est plénitude de grâce et de vérité. Elle se reconnaît dans une présence, dans une révélation, dans une transformation silencieuse. « De sa plénitude, nous avons tous reçu. » Le prologue ne propose donc pas seulement une contemplation du Christ. Il annonce une participation. Celui qui reçoit le Verbe ne reste pas identique à lui-même. Il devient enfant de Dieu. Il naît autrement.
    C’est là toute la portée symbolique du texte. Le prologue de saint Jean raconte le passage de l’origine à l’incarnation, de la lumière à l’accueil, de la Parole éternelle à la demeure intérieure. Il nous dit que le monde est fondé sur une Parole, que la lumière traverse les ténèbres, que Dieu rejoint l’homme dans sa chair, et que l’homme, s’il consent à recevoir cette lumière, peut devenir à son tour un lieu habité.
    Nous pourrons ensuite, si cette approche t’intéresse, aborder plus précisément la dimension rituelle, initiatique et maçonnique de ce prologue, notamment son rapport à la Lumière, au Verbe, au Temple intérieur, au passage des ténèbres vers la clarté, et à cette lente naissance de l’homme à lui-même que toute démarche spirituelle authentique cherche à accomplir.

  2. jamais , jamais un F n’a su m’expliquer la portée symbolique du prologue de st jean
    ce texte non plus.
    Ça reste des mots sans sens
    si quelqu’un sait le faire je suis amateur ..ça fait vingt ans que j’interroge et j’interroge sans avoir autre chose que des réponses confuses

  3. Petite erreur: L’Évangile posé sur l’autel des serments est celui de Jean L’Évangéliste et non de Jean Baptiste…

  4. Je trouve cet échange imaginaire , très beau et empli de lumière et d’espérance en ces jours de solstice…

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