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ESSENTIEL ?

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On n’imagine pas une culture, quelle qu’elle soit, où ne soit pas posée la question de l’existence, de l’essence même du vivant. Sous toutes ses formes envisageables.

Alors on pense immédiatement au verbe « être ». Sans savoir toutefois que dans certaines langues, beaucoup plus nombreuses qu’on pourrait le croire, il n’existe pas de forme spécifique pour ce verbe ontologique, pourrait-on dire. Ainsi en va-t-il du mandarin abondamment parlé en Chine, ou encore du russe qui n’en a pas de forme au présent, mais l’exprime en revanche au passé.

La racine indo-européenne est *ES-. Une des formes de participe présent qu’en tire le grec, *ontos, sera utilisée dans le vocabulaire philosophique, ontologique. Le verbe latin, quant à lui, *esse, et sa conjugaison, avec préfixes entre autres, ouvre un vaste champ lexical, entité, essence, absence, présent, représenter, et leurs diverses déclinaisons. *Interesse signifie « être au milieu » des choses, des situations, des gens, d’où l’intérêt ou le désintérêt qu’on leur porte. *Pro(d)esse, c’est « être utile, en faveur de », donc se montrer preux, manifester une prouesse, initialement la pruderie caractéristique du prud’homme. Quitte à en tirer une certaine fierté, comme le dit l’adjectif anglais proud.

Le latin renforce son verbe *esse, en formant un composé avec *potis, chef de clan, maître. *Posis en grec, c’est l’époux, le despote… Le podestat, omnipotent et ventripotent.

*potis sum, je puis, je peux avoir de l’influence. En est issu le lexique du pouvoir, *potestas, *potentia, *possibilis. Puissance, potentiel, possible.

Quant au verbe être, sa double composition, *esse + *stare, atteste l’ambivalence de l’idée qu’il exprime. Être ou exister, un état ou un mouvement, structurel ou conjoncturel, définitif ou anecdotique ? Il n’est qu’à se référer à la langue espagnole qui tente de solder la difficulté avec ses deux verbes ser et estar.

Le propos, ici, n’est pas de se lancer dans une querelle ontologique, mais de s’interroger sur ce qui est, semble, apparaît essentiel. La conjoncture pandémique nous prouve la pertinence, hélas dérangeante, de ces nuances.

Le philosophe Bergson dit que l’essentiel du vivant est dans le passage. Mais de qui vers qui ? De quoi pour quoi ?

Qui décide de ce qui est ou serait essentiel ou non essentiel ? Au nom de quel critère, singulier ou pluriel ? Face à l’arbitraire de certains choix imposés, par le détenteur de la puissance justement, le pouvoir politique par exemple, il est légitime de s’interroger sur ce qui fonde à dépasser les préconçus. Les exemples abondent dans le présent, jusqu’à la caricature parfois. Un livre ou un spectacle théâtral seraient-il moins essentiels qu’un baril de lessive ou une provision de bières ? Qu’est-ce qui nettoie plus efficacement les idées sombres ou enivre moins dangereusement les consciences ?

À ces questions essentielles qui ressortissent à la fois au conjoncturel et au structurel, la Franc-maçonnerie se propose de répondre par le rituel et son rapport au sacré, non pas religieux, mais dans son sens premier de délimitation momentanée d’un espace propre à accueillir autre chose que l’ordinaire prosaïque. Chez les Romains de l’Antiquité, la volonté divine par présages matérialisés sous forme d’oiseaux ou de signes divers. En Maçonnerie, une réflexion élargie sur soi et sur le monde, en y autorisant, entre autres, la vertu essentielle du silence et de la fraternité en actes.

L’ère des soulèvements

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Depuis 1980, Michel Maffesoli annonce  un effondrement social porteur d’un paradoxal retour des tribus, ce que prouvent les décennies suivantes.

De l’éruption des gilets jaunes, devenu phénomène international,  à la contestation globale de la gestion de la pandémie covid,  le sociologue du quotidien et de l’imaginaire traque de son œil inégalé le changement de paradigme que nous vivons. Le règne de la rationalité, de la technicité et de l’individualité agonise convulsivement sous nos yeux. Pour le meilleur et pour le pire, l’ère de révoltes a commencé et ne cessera pas avant longtemps. Cet essai flamboyant dit pourquoi le peuple a raison de se rebeller.

Professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France, Michel Maffesoli est l’auteur d’une œuvre internationalement reconnue. Il a développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l’imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l’approche du paradigme post moderne. Ses travaux encouragent le développement des sociologies : compréhensive  et  phénoménologique, en  insistant notamment sur les apports de Georg Simmel, Alfred Schütz, Georges Bataille et Jean-Marie Guyau.

On n’en sait rien

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Chaque semaine sur 450 FM = un billet d’humour illustré par François Morel et écrit par Jacques Carletto

Curieuse époque qui se plaint du complotisme et ignore les chiffres de la réalité. Combien de morts de la covd 19 sont – en même temps- morts d’autre chose ?  Tous l’ignorent. A combien s’élève la Fraude Sociale en France ? Le patron de la Cour des Comptes nous répond : «  ce qu’il n’est pas possible de chiffrer de manière fiable, nous ne le chiffrons pas ». Quels vaccins ou substituts de vaccins nous protégeront des «  variants » en cours ou à venir ? Seule « Big Pharma » prétend le savoir, mais  66 millions d’ « experts »,  en France,  sont susceptibles d’en parler sur un plateau de télévision. Combien de Franc-Maçons vont déserter les « ateliers vaccinés » dont les membres seront tenus  de porter un masque ? Aucune Obédience n’en parlera. Jamais.  Quand au nombre exact de jeunes maîtres rêvant de porter des décors somptueux de Hauts Gradés ou de jeunes maîtresses avides de diriger des ateliers « mixtes » peuplés de garçons incompétents ? Là nous frisons le domaine prophétique,  voire carrément la Science Fiction. Jissey

Le scandale oublié de la IIIe République

Le scandale oublié de la IIIe République

Le Grand Orient de France et l’affaire des fiches

Emmanuel Thiébot

Dunod, Coll. EKHO, 2021, 360 pages, 8,90 € – ebook 6,99 €

Auteur de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, Emmanuel Thiébot, historien au Mémorial de Caen et responsable du Mémorial des Civils dans la guerre de Falaise, nous offre dans son dernier opus, initialement paru pour partie sous le titre Scandale au Grand Orient (Larousse, 2008), un décryptage du plus grand scandale de la Troisième République, de sa naissance jusqu’à la chute de Combes.

Les Gnostiques

Les Gnostiques

Mythe, rituel et diversité au temps du christianisme primitif

David Brakke

Les Belles Lettres, 2019, 204 pages, 23 €, E-book 15,99 €

Pour le Maçon, la lettre G peut signifier Géométrie, Génération, Génie, Gravitation mais aussi Gnose, cette philosophie selon laquelle il est possible de connaître les choses divines ou dans un domaine ésotérique serait une connaissance initiatique.

En fait, en histoire des religions, la gnose est une connaissance se présentant non comme un savoir acquis, mais comme une intuition salvatrice, une révélation intérieure, reposant sur le dualisme de la connaissance et de l’ignorance, du bien et du mal, de l’esprit et du corps, et se fondant sur l’idée que le monde sensible est dominé par des puissances mauvaises, hostiles au Dieu transcendant, source du monde spirituel que le gnostique cherche à connaître.

Le gnostique est donc l’adepte du gnosticisme qui est, en théologie chrétienne, l’ensemble des doctrines dualistes qui, durant les premiers siècles du christianisme, ont été rejetées comme hérétiques par l’Église.

C’est fort justement que David Brakke nous explique, dans la préface, la genèse de l’ouvrage : ses sources, quinze ans d’enseignement qui ont nourri sa réflexion ainsi que la lecture de tous les écrits gnostiques et valentiniens.

De chapitre en chapitre, nous allons vers une meilleure compréhension de cette doctrine de la connaissance apparue au IIᵉ siècle de notre ère pour s’implanter dans les grands foyers intellectuels de l’Empire romain : l’Asie mineure, Rome et surtout l’Égypte.

Des définitions, des explications trouvent leurs justes places pour qui ne connaît pas encore L’Évangile de Judas, texte apocryphe de cette période découvert, dans sa version en langue copte, en 1978 seulement.

À l’énoncé des noms tels que Irénée, Justin le Martyr, Marcion, Clément d’Alexandrie, Origène ou encore Hyppolite de Rome, non seulement la question des origines s’entrevoit plus clairement, mais aussi le christianisme primitif ou Église primitive, à la lumière des différentes interprétations des exégètes et la transmission à travers les manuscrits, nous donne à comprendre et à réfléchir sur le vrai message de Jésus-Christ, le sauveur.

Toutefois, la partie la plus intéressante pourrait bien être pour nous celle touchant aux mythes et rituels où l’auteur décrypte baptêmes et ascension mystique, les origines et la spécificité de la pensée gnostiques, etc. 

Publié en 2010 chez Havard University Pres, Marie Chuvin offre la traduction de la présente édition. David Brakke est actuellement professeur titulaire de la chaire Engle à la faculté d’histoire du christianisme de l’université d’État de l’Ohio, après avoir enseigné au Département d’études religieuses de l’Université de l’Indiana. Parmi ses ouvrages, citons : Athanasius and the Politics of Asceticism (Clarendon Press, 1995), Demons and the Making of the Monk : Spiritual Combat in Early Christianity (Harvard University Press, 2006).

FUTUR ANTÉRIEUR

« N’oubliez jamais que les Romains étaient modernes en leur temps ! »

Ainsi parlait une grande dame, professeur de français  à l’Ecole Estienne dans les années 1960.

Moderne, du latin modernus : « actuel » « récent ». Mais ce qui est récent ayant déjà vu le jour, c’est donc du passé, aussi récent soit-il ! Les modernes ne sont que des anciens qui négligent leur mémoire !

«  C’est à tort que les hommes se lamentent sur la fuite du temps, l’accusant d’être trop rapide, sans s’apercevoir que sa durée est suffisante ; mais la bonne mémoire dont la nature nous a dotés, fait que les choses depuis longtemps passées nous semblent présentes. »

Ces trois lignes, sont extraites des Carnets de Léonard de VINCI (C A 76 r.a folio F1 N° 4282 sous le titre « Prophéties »)Celles et ceux que la Franc-maçonnerie réunit au moins en commune intention y trouveraient une sonorité presque familière en termes de rapport à la durée : L’approche récurrente de ce thème au sein de nos rituels les rend étonnamment actuelles

D’aucuns les découvrant par ailleurs déclareraient leur auteur  Maçon sans tablier au seul motif de la simplicité de leur éclairage.De là à chanter en hommage à Léonard (mort en 1519), qu’il est des nôôtres, il y a la distance d’un pas de côté qui échappe à la mesure !

C’est gravement inverser les facteurs que déclarer un génie proche de nos conceptions au seul vu d’une note fugitive où le bon sens accède au rang d’une forme de philosophie.

Invoquant précisément « la bonne mémoire dont la nature nous a dotés » rappelons-nous qu’au XVIe siècle en ce royaume de France où reposera à jamais cet homme de tous les talents, une constante demeure : Ne savoir ni lire ni écrire condamne d’office à la double peine de la servitude et d’une forme de cécité de la raison. En ce cas, tout recours à une justice a fortiori aveugle ou tout du moins empêchée de voir est à peu près annihilé.

Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ET latiniste !La géométrie des manants est celle d’un espace restreint à l’extrême par toute espèce de pouvoir dont celui d’un langage strictement limité  aux bénéficiaires de charges quasi héréditaires.

En l’an 1539, il en est ainsi à Villers-Cotterêts comme en tout autre lieu. Sur l’emplacement d’un château du XIIe bâti par Charles de Valois, François 1er y fait élever en 1532 une nouvelle demeure, décision essentiellement justifiée par la richesse en gibier de la forêt voisine…

Sept ans plus tard :

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Villers – Cotterêts (Ordonnance de)  un des principaux textes de l’ancienne législation française. Œuvre du chancelier Poyet(1539) l’ordonnance imposa, à la place du latin, le français dans les jugements des tribunaux et les actes notariés, ce qui favorisa l’extension de la langue nationale. Elle réduisit aussi la compétence des officialités aux questions de foi, réglementa la procédure criminelle en instituant l’instruction secrète et la torture. Elle interdisait aux artisans et compagnons le droit de coalition. Enfin, elle obligeait les curés à tenir régulièrement les registres de baptême.

Article du Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, tome dixième, tirage de 1968.- 192 articles constituaient le document finalisé. 

Comment ne pas ressentir dans la présentation succincte qu’en fait le dictionnaire, l’ébauche, voir  les prémices de ce qui deviendra, 366 ans après, la Loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat ?

En 1516, (déjà ?) François 1er dans le cadre du Concordat de Bologne avait placé les évêques français sous son autorité. Réduire la compétence des officialités aux questions de foi montrait à l’évidence la connaissance  qu’avait le chancelier Poyet des pensées de son monarque qui, en 1531 avait soutenu les protestants allemands comme il le fit brièvement en France., ayant permis d’autre part le massacre des Vaudois sur un versant des Alpes.

Dans Gargantua, Rabelais écrit au chapitre VI de son livre 1er : « …Car les Sorbonistes disent que foy est argument des choses de nulle apparence. »

Notons qu’au pluriel les apparences varient à l’infini, comme les opinions qu’elles recouvrent.Or Rabelais eut un maître parmi ses contemporains, lequel, injustement négligé par l’Histoire prit des initiatives dont les conséquences demeurent mesurables de nos jours.

Guillaume Budé  obtint en effet du Roi le droit de nomination de Lecteurs Royaux en un collège qui devint en 1530 le Collège Français où l’on enseignait le grec, le latin et l’hébreu. Le futur Collège de France était né !

Maître des requêtes en 1522 il s’était occupé de la Librairie Royale de Fontainebleau dénommée par la suite Bibliothèque Royale de Fontainebleau, puis plus tard encore Bibliothèque Nationale.

Conseiller vertueux dont l’appétit n’était pas la motivation première, il répondit à une lettre que Rabelais lui avait écrite en un grec estimé maladroit mais aisément reconnaissable. De cette réponse jugée improbable par l’intéressé, naquit une amitié et une reconnaissance respectueuse.

Ce fut la Renaissance. Ce fut la Réforme. Ce furent des guerres incessamment réitérées contre Charles Quint. De toutes ces périodes, nous avons retenu un minimum de notions et surtout oublié  ce dont elles étaient la genèse.

Des textes séculaires sont eux aussi les marques de nos cérémonies. Ils ont été généralement peu sujets  au bouleversement et dans leur globalité, l’incontournable évolution des mœurs et les mutations de nos sociétés légitimèrent des modifications jugées parfois de circonstances.

Pour ces raisons, « Les choses depuis longtemps passées nous semblent effectivement présentes » Léonard avait raison.

Un maître de cérémonie transparait sous les traits du « Massier », huissier armé d’une masse qui précédait le Roi, le Chancelier, le corps de l’Université, etc.

A l’école des Beaux-Arts, le massier ou la massière prend en charge les cotisations mensuelles, (La masse) pourvoit aux dépenses de l’atelier et dans le domaine de l’administration, représente les élèves auprès du maître. Trois officiers potentiels en un ! Trop forts les usages d’antan !

Leurs neiges  cachent une part d’éternité aux yeux des observateurs de l’éphémère.Sœurs et frères y décèlent les traces de ce qui a été vécu et qui leur reste à vivre.De glorieuse mémoire, feu notre T.C.F. Pierre Dac résuma ce fait selon son imparable logique en une pensée définitive : « Le futur, c’est du passé en préparation ! »

J’aurai dit.

Jean-Marc Pétillot

Les francs-maçons en 100 questions

Les francs-maçons en 100 questions

Roger Dachez

Tallandier, Coll. « en 100 questions », 2021, 384 pages, 17,90 €

Vingt-septième volume de cette collection très pédagogique des Éditions Tallandier, maison fondée en 1901, « Les francs-maçons en 100 questions » aurait pu porter le sous-titre suivant : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Franc-Maçonnerie sans avoir jamais oser le demander »…

Après la Nouvelle histoire des francs-maçons en France – Des origines à nos jours (Tallandier, 2018), coécrit avec Alain Bauer, Roger Dachez, Maçon depuis 40 ans qui préside aux destinées des Loges Nationales Françaises Unies et de l’Institut Maçonnique de France dont l’objectif est de promouvoir les valeurs culturelles et éthiques de la Franc-Maçonnerie, dans son dernier opus, va enchanter tant les profanes que les initiés(iées).

L’auteur nous invite à pénétrer dans ce monde discret et si passionnant qu’est cette société philanthropique, de nature initiatique et ésotérique, soi-disant secrète, qui fait toujours autant fantasmer.

Dans ce qu’il qualifie d’« observation critique et participative », Roger Dachez, en quatre grandes parties, parcourt le paysage maçonnique à travers son histoire, mais aussi son patrimoine. L’ouvrage est ainsi structuré à partir de l’« Histoire à la légende » avec des sujets tels que  « D’où vient la franc-maçonnerie ? » ou « Y avait-il des francs-maçons au Moyen Âge ? », de la « Vie interne de la franc-maçonnerie » avec « Pourquoi et comment devient-on franc-maçon ? », ou « Y a-t-il des femmes dans la franc-maçonnerie ? », puis « Symboles et mythes » pour s’achever avec « La franc-maçonnerie et la société » sur « Les frères trois-points », les fraternelles et les rapports de la Maçonnerie avec la police et la justice ou encore le monde des affaires.

Avec ses trois siècles d’histoire, l’Art Royal, en 100 questions, n’aura plus de secret pour vous !

Racisme et racialisme: comment devenir misanthrope

La lutte et l’éducation contre le racisme n’ont pas empêché l’émergence du racialisme, cette revendication de la couleur de peau comme seul marqueur de valeur morale.

Quand j’étais gamin, dans les années 80 donc, le corps enseignant tentait de sensibiliser et d’éduquer au mieux les enfants à la lutte contre le racisme. Il faut dire que ces années là, nous étions sous un gouvernement et un Etat de gauche (encore que ceci soit sujet à débat, mais c’est une autre histoire), qui se voulait humaniste et universaliste. L’idée était de rassembler et d’inclure les descendants d’esclaves antillais, des colonisés ou travailleurs immigrés des pays d’Afrique ou d’Océanie ou d’offrir une vie nouvelle aux Boat People arrivés d’Asie. Le racisme était une réalité à l’époque : insultes régulières, mesquineries policières (héritées de la guerre d’Algérie) etc. Il fallait également compter avec les messages de l’extrême-droite, selon laquelle les immigrés voleraient leurs emplois aux bons français. Notons qu’il s’agit ici d’une constante : les plus racistes sont eux-mêmes descendants d’immigrés etc. D’un côté, nous avions donc les plus conservateurs vivant dans la crainte de l’étranger susceptible d’être un agresseur/violeur/escroc/meurtrier et expliquant que notre pays était, je cite « un pays de race blanche ». De l’autre, chez les progressistes, notre pays devait être une terre d’accueil et nous devions accueillir les immigrés et exilés avec toute l’humanité dont nous pouvions être capables. Car bien souvent, les immigrés et exilés fuyaient des catastrophes que l’Occident avait provoquées. On remarquera que trente ans après, rien n’a changé… Ce qui me fait citer M. Michel Rocard (que l’on tronque trop souvent) : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part ».

Il y avait également une tentation forte : le modèle de l’Apartheid d’Afrique du Sud. Le rêve des plus conservateurs était probablement d’instaurer une forme d’Apartheid. Ce qu’ils échouèrent à faire, en dépit de singularités (discriminations à l’embauche, à l’entrée en discothèque etc.).

Les scientifiques eux-mêmes mirent tout le monde d’accord : la notion de race n’a strictement aucun sens en ce qui concerne l’humanité. Pas de race de quoi que ce soit. Et le message que tentaient de nous inculquer nos instituteurs, c’est que la couleur de peau n’est en aucun cas liée à la valeur morale de qui que ce soit. Autrement dit, le racisme n’a aucun p….. de sens.

Certes, la société n’est pas parfaite, loin de là. Il suffit de lire la presse chaque jour. Mais nous n’avons pas encore atteint le degré de l’Afrique du Sud des années 80 ou des Etats-Unis ségrégationnistes. Les problèmes que nous connaissons ne sont pas les mêmes, ce qui ne les rend pas moins graves, certes, mais ne les rend pas comparables non plus. Nous ne sommes pas aux States, et si nous pouvions éviter de les imiter (sauf en ce qui concerne la politique de M. Joe Biden, mais c’est une autre histoire), nous nous en porterions mieux.

Et puis sont arrivés les machins-studies, l’intersectionnalité des luttes, la désignation de l’Homme Blanc Dominant comme ennemi universel responsable des malheurs du monde, l’appropriation culturelle, le mouvement woke et cette absurdité qu’est le racialisme.

Selon les tenants de cette dernière idéologie, le méchant Homme Blanc Dominant serait incapable de compassion, d’empathie et donc ne devrait pas s’exprimer au nom d’autres que lui, qui eux sont les gentils parce que minoritaires, dominés et oppressés historiquement…

C’est avec ces théories que des polémiques ont été déclenchées parce qu’un éditeur a choisi une traductrice européenne blanche de peau pour traduire en langue néerlandaise l’oeuvre de la poétesse américaine Amanda Gormani

En fait, il faut comprendre que pour le racialiste, la valeur morale de l’individu est liée à la couleur de son épiderme. Mieux, elle est une fonction croissante de la concentration en mélatonine de l’épiderme. Donc, si on a la peau blanche, on est une personne mauvaise et si on a la peau noire, on est une personne bonne… Et si on est entre les deux, tant pis, on est prié de ne pas chercher à s’intégrer aux « réunions non mixtes racisées ». J’imagine qu’il faut correspondre à un nuancier, non ? Mais du coup, que fait-on des personnes atteintes d’albinisme ? Dans quelle case du nuancier faut-il les cataloguer ?

Assigner une identité en fonction de la concentration en mélanine, ou attribuer une valeur morale à la couleur de peau, n’est-ce pas exactement la définition du racisme, que cherchaient justement à combattre les instituteurs des années 80 ?

J’ai l’impression que le travail fait par la société civile, l’Education Nationale, SOS Racisme, la Marche des Beurs, Amnesty International mais aussi les loges maçonniques a volé en éclats ! Et je suis très en colère. Mes parents, nos prédécesseurs se sont battus contre le racisme. Je me suis moi-même engagé contre l’extrême-droite durant mes études. Tout ça pour quoi ? Pour entendre dire que je suis une personne mauvaise parce que homme et blanc de peau. Heureusement, il suffit d’observer les personnes dans les transports en commun pour se rendre compte que les théories racialistes n’ont strictement aucun sens : l’incivisme, l’égoïsme et la bêtise n’ont pas de couleur de peau. Les hautes valeurs morales non plus, d’ailleurs.

Certains soirs, j’aimerais déposer les armes mais mon serment de Franc-maçon m’en empêche. En fait, ces comportements sont avant tout le fait d’ignorants, de fanatiques et d’ambitieux, dont le but est d’imposer un modèle communautariste dans une société universaliste. Autrement dit, de séparer ce qui ne devrait pas l’être. C’est un combat de tous les instants que de rassembler ce qui est épars et de réunir tout le monde. Pourtant, des outils, des ciments existent : la fraternité comme valeur, la laïcité, l’amour pour ceux qui y croient encore… Ou la misanthropie, qui permet elle aussi d’abolir les frontières.

Moralité : quand vous en avez assez des discours communautaires en tout genre, quand les étiquettes diverses vous agacent, ou quand la course au misérabilisme vous fait désespérer de l’humanité, faites comme moi, soyez inclusifs, soyez universalistes, devenez misanthropes.

Je vous embrasse.

PS : Faites encore mieux : lisez Tania de Montaigne ou Rachel Kahn. Des regards nuancés et intelligents.

iIl est aussi possible que cette polémique n’ait été qu’un coup grossier destiné à créer un buzz autour de la sortie de l’ouvrage d’Amanda Gorman, the Hill we climb.

Alors, ça, par exemple !

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La franc-maçonnerie fonctionne encore un peu comme l’école d’autrefois. Vous savez du temps où les élèves devaient, chaque matin, l’esprit frais, se concentrer sur la leçon d’instruction civique. Il s’agissait d’imprégner d’effluves républicains des petites têtes encore embrumées de rêves incontrôlables car l’école publique formait, d’abord, des citoyens. On apprenait à se respecter soi-même, à respecter l’autre et à se faire respecter, non point avec les poings mais avec les points sur les « i », précisément comme dans « instruction civique » ! Trois points, c’est tout. CQFD.

Dans cette France qui, d’un même cœur, était censée avoir gagné la guerre mais qui perdait convulsivement son Empire colonial, il s’agissait de rallumer le flambeau d’une nation qui se voulait, d’abord, un  peuple. Nombreux devaient être ses enfants à donner l’exemple ! C’est là  que la franc-maçonnerie a renouvelé le terreau de son exemplarité laïque. Mais, comme toute mythologie intéressée, celle-ci était trompeuse. Car, si l’exemplarité a beaucoup à voir avec la morale, la morale religieuse en tout premier lieu, à mon sens, elle a peu à voir avec l’initiation. On ne cherche pas comme initié à donner l’exemple. Cette intention est une vanité.

La voie initiatique s’efforce de construire en nous un chemin de vérité, c’est-à-dire de partage, de lucidité et d’honnêteté : dégager la pensée juste, accomplir l’acte juste qui se conformera à la réalité et la conformera au mieux des possibilités présentes. C’est de cette vigilance-là que l’initiation instruit discrètement le maçon. Il agit et fait agir inlassablement dans le sens d’un  perfectionnement de l’humanité. Lui-même ne cherche pas à apparaître comme le héros du jour mais à servir en profondeur, parmi tous et avec eux, les causes qui les rassemblent le plus positivement et le plus durablement possible. Dans un tel contexte, la recherche de l’exemplarité est un miroir aux alouettes. Elle s’envole un jour, dans le vertige de sa bonne conscience. L’initié, quant à lui, garde modestement, indistinctement son cap dans le monde. Il aide.

Histoire et technique de l’enluminure

Histoire et technique de l’enluminure : les artistes s’exposent au Musée Français de la Carte à Jouer

Les artistes de 2e année du Centre International des Traditions de l’Image de Lumière (CITIL) fondé par notre Frère Jean-Luc Leguay, s’exposent au Musée Français de la Carte à Jouer.

Jean-Luc Leguay, sous le nom d’Héraclius, est l’un des derniers Maîtres Enlumineurs de renommée internationale. Il ne resterait à l’heure actuelle que quelques enlumineurs réguliers, non issus d’une école d’art avec enseignement collectif, mais d’une transmission de maître à disciple, individuelle et ininterrompue, remontant au VIIIe siècle. Héraclius est aujourd’hui le seul héritier de sa filiation italienne.

Les artistes, en route vers une certification à l’issue de leur troisième et dernière année, exposent leurs œuvres, toutes changées de symboles, dans ce magnifique lieu qu’est le Musée Français de la Carte à Jouer, un des rares musées existant dans le monde consacré à ce thème.

Infos pratiques :

Musée Français de la Carte à Jouer

16, rue Auguste Gervais – 92130 Issy-les-Moulineaux

Espace Matisse

Jours et heures d’ouverture :

Mercredi, jeudi et vendredi : de 11h à 17h Samedi et dimanche : de 14h à 18h Eté : ouvert jusqu’au 14 août Fermé les jours fériés et du 15 août au 31 août Groupes : sur rendez-vous du mardi au dimanche

Profitez-en aussi, si tel est votre désir, pour visiter « L’ANNÉE TERRIBLE 1870-1871, REGARDS CROISÉS » du 26 mai au 14 août 2021.