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Gloire au Travail ? Mon œil ! I want my time back !

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J’étais en loge il y a quelques jours, un jour de grève de l’opérateur de transports de ma ville. Nom du Grand Architecte de l’Univers, quelle épopée ! Je pensais poser une journée de RTT pour éviter de prendre les transports en commun (du moins ceux qui fonctionneraient), mais en raison du sous-effectif que connaît mon service depuis quelques temps (temps qui se compte en années), mon supérieur me l’a refusée. Ben oui, il faut assurer la continuité du service. Donc interdiction d’être absent et obligation d’assumer la charge de 2 à 3 personnes, sans toutefois toucher de primes parce que dans l’administration, on doit tous être au même niveau, égal et donc indifférencié. Pas question de rémunérer l’effort et encore moins de reconnaître ce qui a été fait ! Ce jour-là, j’ai dû procéder à tous mes déplacements, y compris aller à mon bureau, à pied. J’ai l’odieux privilège de vivre dans l’intramuros de ma ville, à environ une heure de marche et environ une demi-heure de transport. J’aurai eu deux heures perdues en transport, ou plus précisément, à pied. Je précise que le Temple de ma Loge est sur mon trajet domicile-travail, ce qui facilite grandement les choses. Mais perdre du temps en transport, c’est très frustrant. Certains de mes collègues habitent beaucoup plus loin que moi et doivent subir deux à cinq heures de transport quotidiennes ! Ce qui leur procure des journées de neuf à douze heures quotidiennes au service de leur emploi, dont un certain nombre sont perdues en transport.

A ce propos, Nietzsche disait qu’un homme ne disposant pas des deux tiers de sa journée était un esclavei. J’en viens ainsi à rejoindre l’analyse de David Graeberii : le travail salarié dans les grandes métropoles est la suite logique de l’esclavage, en ce sens qu’il éloigne les travailleurs de leur domicile pour les faire trimer à des tâches de moins en moins utiles et de plus en plus absurdes, voire néfastes, pas toujours bien payées, et ce, dans des conditions toujours plus duresiii.

Le travailleur est en effet forcé de s’éloigner de la métropole, trop chère pour se loger décemment et donc vit en banlieue avec ce que cela implique : mode de vie routinier et lourd (métro, boulot, dodo), dépendant des transports et des désagréments associés (les usagers des TER Rhône Alpes, du RER C, des TER de la région PACA et les automobilistes savent de quoi je parle). Nous perdons ainsi un temps immense dans les transports individuels ou collectifs qui sont saturés.
On croit ne travailler que 35 heures par semaine, mais combien de temps perdons-nous ou plus précisément nous faisons nous voler par nos employeurs ? Ce temps perdu dans les transports, à cause de l’éloignement des quartiers résidentiels des quartiers de bureaux est bien du temps volé. Du temps à consacrer à ses loisirsiv, à sa famille ou à ses proches passé dans les transports pour un simple jobv .

Comment en est-on arrivé là ? Je suppose que la politique d’urbanisation des années 60-70 (création de logements en périphérie pour remédier à la crise du logement des années 50, rénovation des immeubles de logements en centre-ville, transformation desdits immeubles en bureaux pas toujours occupés, pari sur le tout-automobile) y est pour beaucoup, avec la mise en tension du marché du logement : centralisation des emplois en Ile de France et raréfaction des logements bien desservis créent une demande qui fait exploser le prix du logement disponible à proximité du lieu de travail. D’où l’éloignement pour ceux qui n’ont pas les moyens de se loger près de leur emploi et donc le temps perdu.

Pour nous, Francs-maçons, cette question pourrait paraître triviale. Mais elle est pourtant bien importante. Quand je rencontre un profane dans le cadre des enquêtes nécessaires à l’entrée en Loge, je lui pose toujours la question des transports. En effet, malgré l’amour du Devoir et les serments de fidélité, le temps et le moyen de transport peuvent compter dans l’assiduité. Je me souviens d’un Frère qui a ainsi quitté sa Loge-mère, éloignée de son domicile quand il a réalisé qu’il vivait à deux cents mètres du Temple maçonnique de sa ville. Il préférait aller travailler en Loge à pied plutôt que prendre sa voiture, subir plus d’une heure de transport, payer (cher) le parking et rentrer tard, ce qui se comprend très bien.

Historiquement parlant, les Loges étaient en fait les cantonnements des ouvriers bâtisseurs, et leur servaient de base, comme les actuelles bases-vies des chantiers. Les ouvriers pouvaient y loger et n’avaient pas à proprement parler de problèmes de chantiers.
Il en était de même avec les premières usines ou les premières manufactures : les ouvriers avaient de petites maisons avec des jardins potagers nécessaires à leur survie et vivaient, si on peut appeler ça vivre, proches de l’usine ou de la mine. A ce propos, l’industriel Jean-Baptiste Godin avait compris l’importance en tant que patron d’offrir à ses ouvriers des conditions de vie décentes. C’est pour cette raison qu’il fit construire le célèbre Familistère de Guise, dans l’Aisne : des logements spacieux et aérés, une école, des centres de loisirs, des laveries etc. Il est de bon ton actuellement de reprocher à Godin d’avoir appliqué une forme de paternalisme industriel, mais en un sens, Godin a fait mieux que beaucoup d’industriels ou de politiques contemporains, en appliquant des principes humanistes, en offrant à ses ouvriers la meilleure qualité de vie possible à l’époque, en les traitant autrement que comme des bêtes de somme. Certains grands patrons devraient en prendre de la graine, en ces temps de recherche de revanche des déclassés.

Margaret Thatcher revendiquait l’argent versé par la Grande-Bretagne aux institutions européennes, avec ce mot célèbre (mis en musique par Meat Loaf et Jim Steinman) : I want my money back. Et si j’en crois les penseurs du capitalisme tels que Benjamin Franklin ou Frederick Winslow Taylor, time is money. Quand je compte le temps que je perds chaque jour en transport pour assurer ma présence à mon emploi, quand les transports fonctionnent (ce qui est un autre débat), j’ai envie de dire : I want my time back !

En attendant, je rêve d’une personne politique qui aura le courage d’imposer que le temps de trajet entre le domicile et le lieu de l’emploi soit comptabilisé comme partie du temps de travail. En effet, j’ai de plus en plus de mal à concevoir que les heures que nous donnons à nos employeurs dans des conditions souvent déplorables pour rejoindre nos postes ne soient pas rémunérées ! Avec un tel dispositif législatif, nul doute que la crise du logement et le problème de la pollution routière ne puissent être élégamment résolus.

J’ai dit.

i La vraie citation, extraite de Humain, trop humain est « celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit».

ii Analyse livrée dans l’ouvrage Des fins du capitalisme du même David Graeber

iii Voir à ce propos l’ouvrage du Dr Dejours, Souffrance en France.

iv A propos de temps, l’idée de la journée de huit heures (8h de travail, 8h de repos, 8h de loisirs) est apparue au début du XIXe siècle, et mettra plus d’un siècle à être mise en place en France, par la loi du 23 juillet 1919. Elle a bien évidemment été combattue avec les forces par le patronat conservateur, qui devait estimer que donner du temps aux ouvriers les ferait tomber dans l’oisiveté, supposée mère de tous les vices…

v Job qui bien souvent a perdu de sa substance ou de son sens ou pire, qui n’est pas considéré.

Quis custodiet ipsos custodes?

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J’étais en Loge un soir, et en tant qu’Expert, j’ai eu à tuiler de jeunes Apprentis, afin de vérifier qu’ils avaient bien appris leur leçon. Certes, en Loge, on n’est pas à l’école et on n’a pas à exprimer ses penchants sadiques en cherchant à piéger les candidats en les interrogeant sur ce qu’ils ignorenti. Et le Surveillant et moi-même avons aidé le candidat à répondre au Tuilage. Comme sa planche était de bonne facture, nous l’avons jugé digne d’aller plus loin et il a été admis. Je repensais à ce tuilage puisque nous sommes en septembre, saison de l’entretien professionnel d’évaluation. Si je voulais caricaturer, je dirais que l’entretien d’évaluation consiste à faire son autocritique à la manière d’un procès stalinien d’une part et accepter que sa hiérarchie explique comment se passer de ce qu’on aura demandé d’autre part, le tout couronné par un jugement souvent résumé sous la forme d’une … note ! Au fond, ce n’est que la continuité de notre système scolaire où seule doit compter la note, qu’on tend à interpréter comme valeur de la personne (« c’est quelqu’un de bien, il a de bonnes notes » ou inversement « il a de mauvaises notes, donc ce n’est pas quelqu’un de bien ») alors qu’il s’agit de la valeur d’un travail fourni à une date donnée. De la même manière, le quotient intellectuel n’est pas forcément représentatif de la valeur de la personne, mais seulement de l’aptitude à passer des tests lexicaux ou logico-déductifs. Il est dommage que le QI soit encore considéré comme un critère humain ou un indicateur RH.

Cette obsession de la note se retrouve désormais dans tous les actes de notre quotidien : on prend un taxi ou un véhicule avec chauffeur, et on doit évaluer la prestation. On commande un article en magasin ou en ligne ? On doit évaluer la prestation. On reçoit ledit article ? On évalue la livraison ou le livreur. A l’aéroport, on doit appuyer sur un petit bouton pour donner son ressenti sur l’embarquement (processus qu’on est amené à faire soi-même avec les machines à peser et imprimer… il ne faudrait pas non plus embaucher du personnel). Toute expérience doit être ainsi évaluée, sous couvert d’amélioration de la prestation. En fait, dans la pensée capitaliste néolibérale, tout doit être efficace, et donc faire l’objet d’amélioration. Et quoi de mieux que le « retour client » pour « explorer les pistes d’amélioration » ?

Dans le processus d’uberisation de la société, on a atteint un autre stade : lorsqu’on loue un logement sur AirBnB, si le locataire évalue le logement, ce qui est logique dans la pensée néolibérale, le bailleur doit évaluer le locataire ! Donc si je prends un taxi, je peux être évalué en tant que client. Nous vivons ainsi dans la crainte de l’évaluation et du jugement permanent. Certains sociologues et psychologues parlent de « little brothers ». Je ne puis m’empêcher de penser à la pensée protestante : chacun est sous le regard de son voisin, et tous sont sous le regard de la divinité. On connaît les liens étroits entre pensée protestante et capitalismeii. J’en viens à me demander si cette crainte permanente de l’évaluation ne peut engendrer des formes d’aliénation.
Cette aliénation existe aussi chez les influenceurs ou adeptes des réseaux sociaux (Youtubers etc.) : toujours accumuler les likes, les pouces bleus, les commentaires, etc. En fait, s’ils se montrent, ils vivent dans la quête perpétuelle de l’oubli et cherchent de l’attention. Le problème est qu’avec la peur du jugement, certains se brideront pour ne faire que ce qui plaira à leur public (ou plus précisément, faire ce qu’ils imaginent plaire à leur public), au détriment de leur subjectivité propre. Si ce n’est pas de l’aliénation, ça ! Cette quête de l’attention, corollaire de la peur du jugement peut en inciter certains à aller très loin dans l’horreur ou la bêtise : mettre en scène ses enfants, accepter des défis idiots, etc.

Dans certaines branches professionnelles, on peut instaurer l’autosurveillance : on remplit des tableaux pour montrer qu’on a bien travaillé et on est évalué sur le contenu des tableaux, pas forcément sur l’œuvre ou le travail réellement accompli. J’attends le moment où on me demandera de remplir un tableau de suivi du suivi des tableaux…

Outre le problème d’aliénation inhérent au processus de jugement se pose aussi le problème de l’arbitraire de l’évaluateur. Le sujet évalué devient objet du bon vouloir de celui qui évalue. Ce peut être un examinateur de n’importe quelle discipline, un encadrant, etc. Le problème qui se pose est la conséquence de l’arbitraireiii. Si le sujet évalué n’entre pas dans les bonnes cases du sujet juge, l’évaluation risque de lui être défavorable. On peut voir ainsi des projets de recherche, des carrières professionnelles ou artistiques brisées par l’arbitraire d’un seul. C’est ainsi qu’un producteur de la maison de disques Decca a envoyé sur les roses un quatuor de Liverpool puis plus tard un certain guitar heroiv. Outre ces anecdotes amusantes, l’arbitraire du jugement peut avoir des conséquences néfastes pour le sujet : perte de confiance en soi, dépersonnalisation etc. Elle peut aussi en avoir pour l’entourage du sujet par le maintien d’un certain statu quo.
Soit dit en passant, l’évaluation permanente fait partie des thèmes chers à l’anticipation dystopique et a inspiré l’écriture d’un excellent épisode de la série Black Mirrorv.
J’en arrive au point de me poser la question de la pertinence de l’évaluation, que Juvenal et Alan Moor se sont aussi posée : who watches the watchmen ? Plus précisément, quelle est la légitimité de l’évaluateur ? Pour aller plus loin dans l’ubuesque: et si j’évaluais celui qui doit me juger ?

Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore à évaluer nos Vénérables, nos Loges ou nos Obédiences. Pas encore. Nous reconnaissons pour tels nos Vénérables et autres Dignitaires et nous en remettons à leur discernement. Il faut dire que l’arbitraire, le « fait du prince », le « bon plaisir du Roy » n’ont jamais été très appréciés en Franc-maçonnerie. Pour nous, il n’est pas acceptable qu’une décision ne soit pas motivée. La mise à l’ordre et l’ensemble de notre démarche nous permet d’utiliser le discernement, et le fait de « toujours se défier de soi-même et de ses passions et de se ramener aux Lumières de nos Frères » doit nous aider à dépasser le clivage de l’évaluation, et surtout, de cette expression des Mauvais Compagnon, l’arbitraire.

J’ai dit.

i Petit clin d’œil à un professeur de classe préparatoire aux grandes écoles, dont le petit plaisir était de coincer en public les élèves en les interrogeant sur des points à venir du cours et les sanctionner parce qu’ils ne savaient pas. J’en ai gardé un certain sens de l’insolence et du panache.

ii Et si on ne connaît pas, on peut lire Ethique protestante et esprit du capitalisme de Max Weber.

iii A ce propos, l’anthropologue David Graeber décrit très bien le mécanisme de l’arbitraire et ses conséquences dans les domaines de la recherche, des sciences humaines et des arts : le ralentissement du progrès.

iv Les Beatles puis Mark Knopfler, guitariste et fondateur du groupe Dire Straits ont été refoulés par les producteurs de Decca. Quel flair!

v L’épisode Nosedive, saison 3, épisode 1.

Le néolibéralisme, valeur antimaçonnique (2)

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J’étais en Loge hier soir, en ces temps de rentrées scolaire, universitaire, professionnelle et même maçonnique. J’ai une pensée émue pour les bambins qui vont revenir à l’école (du moins ceux qui ne feront pas grève pour le climat…) mais aussi pour les usagers des transports en commun qui vont s’y retrouver, nolens volens, dans cette grande communion entre gens qui ont un emploi et qui ne devraient pas s’en plaindre, parasites et privilégiés qu’ils sont! Car, vous l’ignoriez peut-être, mais d’après deux économistes patentés, Assar Lindbeck et Dennis Snower, les allocataires de sécurité sociale mais aussi les titulaires de contrats à durée indéterminée, seraient des parasites sociaux pour les entreprises, dont les profits seraient grevés par le coût que représentent les cotisations sociales. Ainsi, depuis quelques années (1994, année de la publication de leurs élucubrations dans un rapport de l’OCDE), on enseigne à nos têtes blondes que la stabilité, c’est trop lourd et qu’il faut de la flexibilité parce que c’est mieux pour l’entreprise ou la collectivité.

Bien évidemment, les deux universitaires patentés qui ont écrit ce torchon ont été rémunérés par de l’argent public…

Il est étrange que l’ensemble de cette littérature nauséabonde, ces documents pseudo-scientifiques (car non, l’économie n’est pas une science, elle est un fait politique) et ces idéologies rances, consistant à culpabiliser les victimes du système, dénoncer les coûts faramineux de la sécurité sociale ou appelant à la concurrence des marchés soient bien souvent écrits par des gens rémunérés avec de l’argent public… Mais il est plus étrange de constater que les garants des politiques publiques et donc de l’ordre public acceptent et appliquent sans broncher ces conclusions d’experts qui n’ont jamais eu à prendre le train ou se faire soigner en urgence dans la Creuse ou dans le Périgord, tous ces départements que l’on laisse mourir par mesure d’économies.

En fait, à force de lire des économistes hétérodoxes, des traités d’anthropologie et d’histoire, notamment les travaux de David Graeber ou d’Alain Denault, j’en suis venu à une définition du capitalisme: l’accaparement d’un bien, d’une ressource ou d’une richesse commune ou individuelle par un petit nombre d’acteurs qui n’y contribuent en rien et qui en disposent pour s’en constituer une rente, dont les profits restent répartis entre les accapareurs, avec une éventuelle redistribution, au bon vouloir de ces derniers.

Biais marxistes, me diront les néo-conservateurs. Oui, et entièrement assumés. Les techniques des néo-libéraux sont connues: asphyxier un service, créer un ressentiment qui rendra les usagers favorables à une privatisation, privatisation qui profitera aux acteurs du privé qui le rendront rentables pour eux, souvent au détriment du bien commun. Ceci dit, cela fonctionne aussi du privé au privé: Amazon a anéanti le commerce dans certains pays et est devenu aussi puissant qu’un état, en s’assurant une situation de monopole dans la distribution et de monopsone dans la production.

Il est amusant de voir les acteurs du capitalisme se dévorer entre eux. Pour Marx, il s’agirait de la fin du capitalisme. Restons vigilants, un monopole ou un monopsone privés ne sont jamais garants du bien commun.

Pendant que nous glosons, des biens communs, des services sont anéantis. Je suis las de voir des écoles, des bibliothèques ou des hôpitaux fermer dans des petits villages, las de voir des gares baisser le rideau et des tronçons de voies ferrées pourrir faute d’entretien. Et je suis très inquiet de savoir que tout cela sera confié au privé. Il me semble que nous avons assez de recul pour deviner que le «not a public penny» de Thatcher ne fonctionne pas.

Mais il est un fait plus agaçant encore: le vol de temps de formation caractérisé par les acteurs du privé. En fait, il paraîtrait qu’un certain nombre d’offres d’emploi ne seraient pas pourvues (150 000 en 2017). Outre le problème du sous-emploi concernant 1 200 000 personnes, il y a un autre phénomène plus subtil et très actuel en ces temps de rentrée scolaire: la formation. Lorsqu’un candidat postule à une offre d’emploi, et quand il obtient une réponse1, il lui est souvent opposé son manque de formation comme levier de baisse de salaire.

En fait, j’ai le sentiment que ces grands patrons qui se plaignent du niveau de formation des salariés oublient une chose: c’est à eux de former leur personnel à leurs outils, pas à la collectivité ni au travailleur. Mais il semblerait que ces patrons et autres possédants (qui soit dit en passant, tiennent plus du seigneur féodal que du capitaine d’industrie) ne veuillent pas assumer les responsabilités qui sont les leurs: cotiser aux assurances sociales pour compenser l’usure normale qu’ils imposent aux salariés, investir pour la formation de leurs agents, et redistribuer à la collectivité une partie de la richesse créée2

Si l’Education Nationale devait former des jeunes à un métier donné, avec l’investissement que cela représente pour nous tous, et si ces jeunes devaient être embauchés sans que l’entreprise n’ait eu à contribuer en quoi que ce soit, ce serait tout simplement du vol. Les plus marxistes feraient le parallèle entre vol et capitalisme…

Peut-être suis-je naïf, mais il me semble que le rôle de l’école, du collège, du lycée et de l’université est de former des citoyens instruits, sachant lire, écrire, compter, s’exprimer et raisonner et aussi d’apporter les bases d’une culture commune. Bon, les récents résultats du classement PISA indiquent qu’il y a encore du travail dans le domaine…

Et la maçonnerie dans tout ça, me direz-vous? Nos Loges conservent un héritage de ce que l’on qualifierait actuellement de formation professionnelle. En fait, avant d’être une société de pensée, plutôt bourgeoise3, la Franc-maçonnerie était avant tout une société de métiers où les plus expérimentés partageaient leur savoir avec les plus jeunes dans le métier. Si la Franc-maçonnerie est passé de l’opératif au spéculatif, d’autres organisations, comme les Compagnons du Devoir ou les Compagnons du Tour de France ont gardé ce système de formation des apprentis aux métiers de l’artisanat. De ces sociétés de métiers, nous avons conservé certains héritages: fonds de solidarité fonctionnant comme une mutuelle d’assurance, formation des apprentis, équité du salaire etc.

Fort de cet héritage, je m’inquiète de la marche actuelle de la cité. Et si nous prenions le problème à contrepied? Et si les Frères qui dirigent des entreprises appliquaient ouvertement ce que nous somme censés appliquer en Loge, à savoir accueillir et former des apprentis en leur donnant le salaire qui leur est dû?

Bonne rentrée à tous,

J’ai dit

1 Cas assez rare, les agents travaillant en ressources humaines ne considérant pas un candidat comme un être humain et omettant par conséquent le respect minimal dû à la personne

2 Ou à défaut, payer leurs impôts, car si une entreprise vit, c’est parce que la collectivité assure encore un certain nombre de services: transports, structures, formation etc.

3 Humour marxiste.

De l’informatique comme servitude volontaire

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J’arrivais en Loge hier soir, passablement agacé par ma journée de travail. Rien que de très normal, me direz-vous. En fait, j’avais prévu de terminer un projet de travaux publics et de tracer le plan. Je m’étais donné une heure pour tracer un banal plan avec mon logiciel de conception assistée par ordinateur. J’en ai mis quatre, ce qui m’a retardé dans mes autres tâches, notamment la rédaction de documents administratifs. En fait, à l’arrivée des interfaces graphiques, notamment Xenix, Apple MacOS ou Windows 3.1, dans les années 90, nous avons commencé à imaginer que les travaux seraient plus faciles à effectuer : rien de plus simple que de rédiger un courrier (ou une note de blog, vous noterez l’autodérision) avec un traitement de texte, ou de faire des statistiques ou des calculs avec un tableur. Et que dire de cette merveille que sont les diaporamas, ces merveilles d’illusions capables d’amener n’importe quel décideur un peu paresseux que tout problème peut s’exposer et se résoudre en trois points (toute ressemblance avec un de nos symboles est purement fortuite). En fait, nous sommes contraints d’utiliser ces machines, afin d’avoir une manière de communiquer formellement : quoi de plus simple que de remplir un formulaire à la machine et de savoir qu’il sera lu et même compris par le récepteur ? Quoi de plus agréable pour un enseignant que d’avoir une copie ou un mémoire lisiblei , propre et bien présenté ? Et quel bonheur que de pouvoir rédiger sans effectuer ce geste ô combien fatigant d’écrire ! On peut même se passer de brouillon, désormais, puisqu’il suffit d’effacer ce qu’on écritii.

Sans parler des merveilles de l’Internet, quel bonheur que d’avoir une immense médiathèque prenant un minimum de place ! Et quel bonheur pour un manager ou un gestionnaire que d’avoir sous les yeux toutes les données des interlocuteurs, usagers, clients, collaborateurs ou subordonnés ? Le rêve de l’égalité enfin réalisé : tous formatés (sans mauvais jeu de mot), tous avec les mêmes outils, tous égaux, tous usinés, tous abrasés… Le danger de la confiance aveugle en l’informatique, c’est le gommage de la différence : un usinage qui fait de nous des produits industriels. Notre paresse nous soumet à ces outilsiii et nous acceptons d’utiliser ces engins bourrés de mouchards. Evidemment, comme la domotique et l’informatique sont à la portée du premier crétin venu, nos dirigeants, dans un souci de modernité ont supprimé les guichets, estimant que désormais, chacun était en mesure de faire le travail d’un professionnel. C’est ainsi que les agences de voyage disparaissent au profit de sites web, qu’il n’est plus possible d’acheter un billet de train au guichet d’une gare, ni de régler un problème de billet. De la même manière, plus besoin d’aller à la banque, on devient son propre opérateur bancaire (même s’il reste des conseillers pour fourguer des crédits inutiles pour dépenser un argent qu’on n’a pas), plus besoin d’aller à la Poste, puisqu’on peut rédiger un recommandé en ligne. Et pour les impôts, quel bonheur ! On peut tout faire chez soi, depuis un ordinateur. C’est tellement plus simple, qu’on vous dit !

Des nèfles!

L’informatisation et la robotisation ont déjà démoli des emplois et modifié de subtils équilibres psychosociaux et la prochaine vague sera pire sachant que nos structures sociales ne sont absolument pas adaptées. Faciliter la vie, vraiment ? J’ai plus l’impression que ces machines sont des chaines qui nous brident et nous entravent et que nous acceptons gaillardement de porter.

A ce propos, dans les institutions, il faut, je cite, « nourrir la machine ». On se fiche du sens de ce qui est donné, tant que le logiciel, le « système » reçoit ses données. Et l’usager initié peut en faire ce qu’il en veut, comme des statistiques très poussées. C’est la problématique de l’éthique des données : jusqu’où peuvent aller le recueil et l’interprétation des informations recueillies au quotidien ? Quand doit-on arrêter le voyeurisme automatisé ? Je vous invite à lire à ce propos l’excellent Psychopolitique : Le Néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir du philosophe allemand Byun-Chul Han. Il y développe une idée nouvelle de destructivité par la réduction sous forme de données, qu’il inclut dans une notion plus large, le dataïsme. Au-delà de l’objet, l’homme-sujet n’est plus que projet, réduit à un simple paquet de données.

On pourrait penser que nous autres, Francs-maçons, ferions un usage judicieux de l’informatique. Pour l’administration des obédiences ou des Loges, en tant qu’ancien Secrétaire, je dois reconnaître que ça fonctionne bien. Pour faire les statistiques du taux de présence aussi, je l’avoue.

Las de mon logiciel de dessin assisté par ordinateur et des errances de mes outils de travail, j’ai pris mon courage à deux mains, mon Rotring, ma vieille calculatrice d’étudiant, des gabarits divers, une équerre, un compas et un trace-lettres pour tracer les plans de mes projets. J’ai tracé en une heure à la main trois plans (ce qui est mieux qu’un plan en trois heures en dessin assisté par ordinateur). On dit que les Maîtres tracent les plans que les Compagnons et Apprentis exécutent. Je ne pensais pas un jour joindre l’esprit et la lettre. J’en viens à me demander si pour le progrès de l’humanité, on ne devrait pas apprendre à mieux utiliser l’outil informatique, mieux le maîtriser. Et quelle meilleure démonstration de maîtrise de l’outil que … de parvenir à s’en passer ?

J’ai dit.

i Sous réserve du respect de la syntaxe et de l’orthographe…

ii Il n’est pas sûr que la qualité soit au rendez-vous sans un travail au brouillon…

iii Voir à ce propos mon billet sur le danger des IA

Colloque «La méditation, qu’en attendre ? Pour l’amour de la vie !»

En cette rentrée, assistez à un colloque gratuit sur la méditation ce vendredi 11 octobre 2019 dans le 2e arrondissement. Intitulé ‘La méditation, qu’en attendre ? Pour l’amour de la vie !’, ce colloque va nous présenter les bases scientifiques et médicales de la méditation et dévoiler le protocole de méditation mis au point par Sofia Stril-Rever.

Organisé par Franck Fouqueray, Président des Editions LOL, ce colloque sur la méditation a pour objectif d’informer un large public sur 3 points :

  • La réalité de la pratique de la méditation
  • Les bases scientifiques et médicales de la méditation
  • Le protocole de méditation mis au point par Mme Sofia Stril-Rever, éminente bouddhiste de renommée mondiale

Mme Stril-Rever est l’auteure d’un protocole de méditation comme levier du changement et accélération de la transition, qui a été inclus dans le manifeste exposant les leviers d’action et d’accélération de l’Agenda 2030 et communiqué au président Macron pour le sommet des chefs d’Etat se réunissant à l’ONU le 23 septembre prochain.

Le Ministère de la Transition écologique a demandé à Mme Stril-Rever de présenter son protocole de méditation lors d’un séminaire organisé sous son égide le 20 septembre. Elle le proposera également aux participants du colloque du 11 octobre dans les 15 minutes prévues.

Au programme du colloque :

  • 19h : Présentation du colloque par Mr Franck Fouqueray, Président des Editions LOL, organisateur du colloque
  • Première intervention : l’expérience de la méditation dans la vie courante, par Mme Ida Radogowski, pratiquante de la méditation (20 minutes)
  • Deuxième intervention : Les bases médicales et scientifiques de la méditation, par le Dr Alain Bréant (20 minutes)
  • Troisième intervention :  Méditer pour l’amour de la vie et de toutes les vies », par Mme Sofia Stril-Rever, spécialiste du sanskrit et biographe du Dalaï-Lama (20 minutes)
  • Temps de méditation animé par Mme Sofia-Stril-Rever, (15 minutes environ)
  • 20h15 : Débat avec la salle animé par Franck Fouqueray (1h30)
  • Conclusion par Mr Franck Fouqueray (10 mn)
  • 22h : Fin du colloque

Si vous souhaitez participer à ce colloque, n’hésitez pas à vous inscrire.

INFORMATIONS PRATIQUES

Horaires
Le 11 octobre 2019
De 19h à 22h

Lieu
Salle Jean Dame
17 rue Léopold Bellan
75002 Paris 2

Tarifs
Gratuit

Âge recommandé
Tout public

Durée moyenne
3 h

Réservations
www.weezevent.com

En savoir plus sur https://www.sortiraparis.com/loisirs/salon/articles/197044-colloque-la-meditation-quen-attendre-pour-lamour-de-la-vie#4XSyBih03SVx272o.99

De la tristesse de l’individualisme

J’étais en Loge hier soir, bien content de retrouver les Frères, dont certains sont devenus des copains. Retrouver des gens qu’on apprécie et se concentrer sur ce qui nous rassemble et qui nous unit, voilà qui est important par les temps qui courent. En effet, il est important de passer du temps ensemble, chose qui se perd à cause de l’individualisme forcené dans lequel nous nous enfermons. Notre temps semble de plus en plus individualisé, atomisé.

Comme pas mal de monde, je suis parti en vacances d’été. Il y a un certain nombre de rituels qui permettent de savoir que je suis en vacances : me lever avec le soleil, lire le journal local en respirant l’air et les parfums locaux en dégustant un bon café, la partie de pétanque avec le rosé ou le Pastis associé (avec modération, bien évidemment), les barbecues-salades du midi, les visites touristiques et les conversations du soir à la belle étoile. Il y a toutefois une chose qui m’a manqué, et dont la disparition marque la fin d’une époque : le feuilleton de l’été. Les plus jeunes ne connaissent peut-être pas cette tradition pendant l’été : un feuilleton dramatique avec des mystères, des intrigues et des secrets, calibré pour durer tout l’été avec des techniques éculées et pourtant efficaces. Alexandre Dumas, Eugène Süe ou Honoré de Balzac connaissaient bien ces techniques, qui assuraient le succès de leurs journaux. Les journaux illustrés tels que Tintin ou Spirou usaient des mêmes techniques pour faire paraître les séries de bandes dessinées. Les moins jeunes se souviendront des Cœurs Brûlés (avec Mireille Darc), puis de sa suite Les yeux d’Hélène, saga familiale sur fond d’héritage d’une propriété magnifique menacée par la voracité de promoteurs immobiliers dont l’apparent appétit cache un sombre désir de vendetta. Pour ma part, je me souviens du Château des Oliviers (avec Brigitte Fossey), qui raconte sensiblement la même chose : un domaine viticole menacé par un projet immobilier mené par un promoteur, fils caché du patriarche du domaine voulant se venger de son père luttant contre l’héritière légitime, elle-même courtisée par le héros archétypal : médecin féru d’histoire, honnête et chevaleresque. Je me souviens également du dernier feuilleton que j’ai suivi : Zodiac (avec Claire Kem et Francis Huster), un savoureux thriller ésotérique sur fond de saga familiale, avec secrets inavouables, références ésotériques, vengeance, etc. Mes amis et moi-même attendions le feuilleton avec impatience, et commentions l’épisode le lendemain, pendant un barbecue. Et parfois, nous visionnions tous ensemble l’épisode. Mes amis et moi avions fait des paris sur l’identité de Zodiac ainsi que sur ses motivations, ce qui était l’occasion de bien s’amuser tous ensemble. De même, quand j’étais gamin, je regardais le Château des Oliviers avec ma famille. Il y avait pour ainsi dire une véritable communion lors du visionnage de l’épisode de la semaine, avec un petit rituel : manger à telle heure, faire la vaisselle et installer le salon pour que visionner confortablement l’épisode. Et le lendemain, debriefing de l’épisode, spéculations sur la suite, etc. Et aucun risque de divulgâcher, puisque nous étions tous au même niveau.

Bien sûr, le feuilleton de l’été était un divertissement, au sens pascalien du terme. Mais ce divertissement était aussi une occasion de se rassembler, de communier, bref, de bâtir des ponts.

Et maintenant, me direz-vous ? Les séries et feuilletons se portent bien, très bien d’ailleurs, à en juger par le succès de Game of Thrones, de Stranger Things ou de la Casa de Papel. Toutefois, une chose a changé : il est devenu rare de se rassembler à une heure donnée pour assister à l’épisode. Ceux-ci sont en effet disponibles sur les plates-formes de vidéo à la demande, de type Netflix. Il existe certes des événements : diffusion du premier épisode d’une saison dans un grand cinéma (comme le premier épisode de la nouvelle saison de Stranger Things au Grand Rex à Paris), diffusion mondiale de l’ultime épisode de Game of Thrones… Mais si des événements existent pour ces blockbusters, la plupart du temps, les épisodes sont visionnés individuellement par le spectateur sur un smartphone, une tablette ou un écran d’ordinateur, à un créneau horaire qui lui convient. En fait, dans cette optique, la notion de chaîne de télévision mute : la chaîne devient un canal propre à son spectateur, qui prend ce qu’il veut, quand il veut. En fait, il n’y a plus de temporalité commune, mais une temporalité propre à chacun, ce qui annihile la notion de communion. La temporalité commune existe encore, certes, pour les grands événements (compétitions sportives, grands concerts ou représentations exceptionnelles), mais j’ai le sentiment que la temporalité commune s’atomise en temporalités propres, tout comme on tente de diviser l’espace commun pour se l’approprier en se pensant prioritaire par rapport aux autres. En fin de compte, l’individualisme de notre époque nous amène à fractionner l’espace-temps commun pour en faire des myriades d’espace-temps propres. Certes, nous nous divertissons, mais toujours plus seuls. Impossible de se créer un partage commun du vécu de cette temporalité qu’est le feuilleton de l’été, sous peine de divulgâcher la série…

La vie en Loge nous permet de lutter contre cet individualisme : nous travaillons de Midi à Minuit, dans un Lieu géométriquement parfait connu de nous seuls. Nous reconstruisons cet espace-temps éclaté, en lui donnant un commencement et une fin communs. Nous vivons une expérience individuelle, mais dont nous pouvons partager la vision que nous en avons, afin de nous enrichir mutuellement (en prenant garde à ne pas divulgâcher les degrés suivants, bien sûr). Néanmoins, je plains les abonnés de ces plates-formes en tout genre, le nez rivé sur leurs écrans, qui au fond, sont bien seuls. Tel est le corollaire de cet individualisme : « moi, moi, moi et mon droit » et tant pis pour les autres.

Sur ce, je vais visionner une série animée que j’ai en retard et dont j’ai l’intégrale en DVD…

J’ai dit.

Communicant: Élever des Temples à la vertu ?

Prêtez-moi de la vertu, je rends avec les intérêts.

Le franc maçon est ami du riche comme du pauvre s’il est vertueux. C’est en substance ce que l’on entend et lit un peu partout. Mais c’est l’une des choses les plus difficiles à définir à mon sens : la vertu.

C’est d’autant plus difficile à définir que c’est le masque préféré de tous les vices. Et c’est aussi le drap de légèreté dans lequel s’enveloppe un peu tout ce qui a une communication moderne.

Je vais prendre l’exemple de la Française des jeux (oui oui, le truc qui veut nous faire gratter, cocher, et mutualiser notre apparente richesse matérielle. Nous dépourvoir de nos métaux sonnants et trébuchants en quelque sorte, si j’ose l’image).

La FDJ (l’exacte opposée du tronc de la veuve lorsqu’on y réfléchit) a depuis quelque temps, lancé une grande campagne de communication télévisuelle. Un spot publicitaire de 46 secondes qui, et c’est assez rare pour être signalé, ne fait pas la promotion d’un nouveau jeu (à gratter), ni d’une cagnotte exceptionnelle (c’est d’ailleurs intéressant cette fascination commune qu’exerce l’argent chez les riches comme chez les pauvres). Non ce spot ne promeut (difficile à placer comme verbe, mais tellement agréable dans une conversation) rien.

(Notoriété= rien donc… si « La culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié. » Disait je ne sais plus qui, alors la notoriété dans la communication moderne c’est ce qui demeure lorsque le produit n’est pas recommandable)

Oui, on peut promouvoir le rien (et je ne fais aucune allusion à un porte-parole gouvernemental, d’aucune époque).

En marketing des médias, on dit : faire une campagne de notoriété. 

Le but étant de simplement implanter la marque dans l’esprit du consommateur. Implanter la marque c’est s’assurer d’être bien vu et reconnu lorsque le consommateur passera devant.

Le produit vendu importe peu, la marque est plus importante que le reste dans ce type d’opération. Et puisqu’il n’y a aucun produit à mettre en avant, il faut faire du story telling.

Le story telling c’est le mot anglicisé pour faire plus « pro » du bon vieux conte pour enfants.

Haaa, on adore ça les histoires. C’est très humain d’aimer les histoires. On aime les histoires avec des rebondissements, des protagonistes qui luttent, une quête pour le bien, du courage, de l’abnégation, bref de la vertu par paquet de 12 sur le marché de notre cerveau.

Depuis les légendes pré antique, en passant par les quêtes arthuriennes, il faut que ça bouge un peu quand on nous raconte une histoire.

Et c’est là que nos amis de la « com » chez FDJ entrent en scène.

Sur un faux plan séquence, on suit deux protagonistes en 2019 et deux protagonistes en 1920 (environ). Les personnages évoluent dans des décors très cartes postales d’un Paris fantasmé (saint-germain des prés, Montmartre, un plan de la gare Montparnasse en 1920, c’est limite si on ne croise pas Amélie Poulain et Adèle Blanc Sec en train de boire un Spritz mangue dans un bistrot bobo du marais), qui se chevauchent passant d’une époque à l’autre, et de personnages modernes à ceux de l’entre-deux-guerres.

Le décorum est important dans ce spot, car c’est lui qui va justifier tout le message. En impliquant des éléments qui ressemblent à de l’histoire, on pousse le spectateur à valider la version de ce « conte », sans même chercher à savoir ce qu’il en est réellement. C’est une convention vieille comme le monde qui veut que l’illustration vaille pour preuve. Essayez d’imaginer Vercingétorix sans une moustache, ou Jules César sans laurier sur la tête…. merci les livres d’histoire de notre enfance (mention spéciale pour le Lavis).

Puis, lorsque le décor est bien planté, le communicant (le conteur) vient implanter son message. Le cerveau oppose moins de résistance lorsque le décor est crédible. En substance il dit ceci : la FDJ a été créée par des gueules cassées de la Grande Guerre, pour mutualiser une sorte de tronc commun, où il y aurait un grand gagnant à cette loterie d’un côté, et des petits gagnant d’un autre. Les fonds restants serviraient à aider les mutilées de guerre comme leurs familles.

L’histoire est très probable. Elle doit être certainement juste en un sens. Un bon communicant sait qu’il faut construire son mensonge avec des vérités. Et nous voilà donc en quelques secondes, avec notre loterie nationale, en entreprise philanthropique aux vertus les plus évidentes. La FDJ mériterait une petite statuette dans une grotte et quelques cierges si possibles. On raconte aussi qu’en présence d’un ticket vierge d’euro millions, des aveugles auraient retrouvé l’usage de la parole. C’est dire.

Paré des vertus qui siéent à telles entreprises, le spot fait son job de campagne de notoriété. Et, il insère à coup de marteau l’idée instantanée que cette « grande maison » (lucrative soyons certain de cela) est une entreprise philanthropique profonde (car inscrit dans son ADN historique). Et on dit merci qui ? (Aucun lien avec deux prénoms commençant par Jackie et finissant par Michel)

Là où le service de communication de la marque a, à mon sens, fait preuve de malhonnêteté intellectuelle, c’est lorsqu’ils font dire à la jeune femme (pour justifier la part historique et incontestable de l’histoire que l’on nous raconte) :

« Je n’invente pas (à son ami), c’est écrit là » (à 15 secondes dans le spot)

Haaaa ben oui, c’est écrit donc c’est vrai. On peut donc considérer que les promoteurs idéologiques d’une terre plate, sachant écrire, et ayant régulièrement écrit sur le sujet, ont, par le fait, obligatoirement raison. C’est écrit qu’on vous dit, n’allez pas discuter, c’est la vérité. Mais qui m’a collé des animaux pareils ?? On ne discute pas, c’est écrit, c’est vrai. Na. Et pis c’est tout.

Je me remémore donc cette phrase : « Bâtir des cachots pour les vices et élever des Temples à la vertu »

Et j’ai le sentiment que j’ai l’exact contraire face à moi. Sous prétexte de rendre quelque chose plus acceptable, on cherche par n’importe quel moyen à faire ressortir un petit bout de sa vertu pour la rendre plus « blanc que blanc ».

On green Wash les pétro sociétés, on rend le café éthique, on donne un visage à notre bouteille de lait (cf. les portraits des agriculteurs sur les packs de lait. Comme si on était un peu responsable du bonheur de cette personne en particulier. Mais pourquoi n’ai-je pas le visage du négociant et du grossiste aussi ? Et le cariste, il n’a pas le droit d’être sur la bouteille ?). Bref on story tell la vertu de surface à tout va. On nous raconte des histoires aux accents de vertus comme l’on saupoudre des herbes aromatiques sur un plat.

  • On est là depuis 1886, donc on est une référence de sérieux. (Longévité=sérieux ?)
  • On pense à vous avant toute chose. (Vous=notre priorité ?)
  • Partageons le bonheur (Partage=Je te donne autant que je reçois ?)

Autant de belles histoires qui font appel à des valeurs que l’on pense être des vertus humanistes, fraternelles et bienveillantes. Mais qui n’en ont que la couleur et décidément pas le gout.

On peut trouver de la vertu en toute chose (les vertus curatives du lavement intestinal par exemple, et pourtant je doute sincèrement de l’agréabilité de l’action) alors je me pose la question : les temples à la vertu que les marchands nous présentent, sont-ils tous forcément vertueux ?

« La vertu, ça vend bien. Prêtez-m’en un peu, je rends avec les intérêts. »

Un communicant

 

La Voie maçonnique : méfie-toi du 2 meurtrier

Les « Frères trois points », voilà comment, dans ma jeunesse, on nous appelait. Nos poignées de main, nos triples baisers, nos trois degrés, l’âge de l’Apprenti, la signature de certains Frères, enlacées des points en question, frappaient les profanes et les politiques nous surnommèrent ainsi ; sans mépris d’ailleurs mais avec humour. Cette coutume s’est estompée avec le recul de l’influence de l’Ordre.Même si le précédent Président de la République ne cacha pas son passage au Grand Orient de France. Ç’est maintenant l’anti-maçonnisme qui retrouve un regain de forme sur les réseaux sociaux. La paranoïa, péché pas mignon de l’être humain, trouve, avec nous, de quoi faire exploser la théorie du complot. Bof ! C’est, à mes yeux, une manière de saluer notre sérieux et un peu aussi notre influence. Et cela nous réveille dès qu’il faut réagir officiellement. Tant que nous resterons en démocratie, avec notre liberté d’opinion et de son expression, ce n’est pas bien grave.
Les initiations de tous poils, hier et aujourd’hui, aiment bien faire chanter les nombres et l’arithmologie se porte bien dès les âges anciens. La Voie maçonnique ne pouvait s’en exonérer. Car les nombres ont un pouvoir évocatoire en chacun, qui n’a pas besoin de grandes explications érudites. Demander à un profane ami : « Qu’évoque pour toi le nombre 5 ? » et il vous produira sa réponse. Je dis bien SA réponse. Car au-delà des sens convenus, comme les âges de chaque degré, chacun folâtre dans son imagination et personne n’a rien à redire à cela. Dussent les maître maçons en symbolisme se fâcher au nom de la tradition (Ah, cette tradition !) et de la régularité. Et les dictionnaires de symboles se rapetisser au rôle de boute-en-train. Certains en ont besoin d’ailleurs pour enflammer leur imagination et leur intuition sur eux-mêmes. Car l’essentiel est dans la recherche et la production personnelles.

Ainsi les nombres que nous aimons bien, après notre chouchou, le 3, sont impairs : le 5, le 7. Et cela continue dans les degrés de perfectionnement :9, 27, 81 ans…Alors que le 4 est mollement mobilisé avec la forme de la loge. Quant aux 6 et au 8, ils ne vivent, le cas échéant, que dans le cœur de ceux et celles qui les ressentent vraiment comme porteurs de message pour eux. Nous avons donc, avec le choix de l’impair, une piste sérieuse de réflexion. Pourtant, me diras-tu, je n’ai pas évoqué le premier nombre impair, l’1 (L’Un serait plus seyant) et le premier nombre pair, le 2. C’est volontaire car ces nombres posent de sacrés questions dans notre développement personnel maçonnique.

Je vais commencer par le 2 car c’est le plus dangereux dans l’emploi que nous en faisons. L’Un, tu le verras, est, à mon sens, une extension envisageable pour demain, dans l’évolution du rituel. Le 2, est, en fait lourd de sens dans nos rituels : les deux colonnes Jakin et Boaz , les deux colonnes d’adeptes, héritières de la disposition de la Chambre des Lords. Mais avec un sens maçonnique qui dépasse, et de loin, la racine historique. Et puis le soleil et la lune qui brillent à l’Orient, au vu et au su de tous. Enfin, l’inévitable pavé mosaïque avec deux couleurs, le blanc et le noir. Il ne figurait pas sur le Tuileur de claude André Vuillaume (1820) pas plus que sur celui de son «  concurrent » François Henri Stanislas Delaulnaye (1813). Une prémonition du gâchis symbolique dont sera et est toujours ce pavé mosaïque.
L’idée simple découle en bonne part de la religion, avec ses fidèles et ses infidèles, ses élus et ses réprouvés . Les mille ans médiévaux ont incrusté dans les têtes cette croyance : tout est d’un côté, le bon ou d’un autre, le mauvais. À partir de là, la découpe de la réalité extérieure et de celui des valeurs devient une évidence. Et l’individu qui fuit la complexité des mondes, trouvent le confort. Ne se range-t-il pas parmi les bons ? Et le confessionnal est prêt à le tirer vers le bien. Laid ou beau, utile ou superflu, profond ou léger, méchant ou gentil, égoïste ou aidant…La liste est interminable : on dérive vite du jugement sur les idées ceux qui portent sur les humains : il y a les amis et les ennemis Mais pourquoi donc ce travers est-il encore si fréquent même si l’époque actuelle est beaucoup plus retenue. Voici mon hypothèse : L’agressivité forte est constitutive à l’hominidé mâle. Mais souvent elle le gêne pour vivre dans un minimum de bonnes relations. Alors la société convient, dans un accord tacite de diviser le monde en deux. Elle est épaulée par le fait qu’il existe deux sexes, que l’on a tôt fait de réputer complémentaires. Pourquoi pas d’ailleurs.

Il est plus difficile aujourd’hui de cisailler le monde en deux. De plus en plus, on admet la complexité ; comme les Chinois l’ont fait depuis longtemps. Mais j’observe que , plutôt souvent, en tenue, la tentation est forte de ce dualisme meurtrier, N’est-il pas un mets de choix pour les belligérants qui se font la guerre. C’est pour cela que je ne suis pas d’accord avec le pavé mosaïque qui fait croire à nos yeux, en permanence que nous sommes comme ceci ou comme cela. Bien sûr j’entends des Sœurs, des Frères me rétorquer « Mais entre les carrés, il y a le liseré bleu ; il montre bien qu’il y a un juste milieu ; puis-je rappeler que dans le Yi Jing, on dénombre 64 situations de vie ? Réduits bien souvent par les Occidentaux au Yin et au Yang, qui, en fait, ne sont que des possibilités extrêmes. La dualité existe certes mais elle doit rester un repère et ne pas s’avachir dans un système de pensée dualiste qui nous emprisonne. Et je me méfie un peu de la citation attribuée à Saint Exupéry et balayant en grand le bas de l’escalier du Grand orient : « Si tu diffère de moi, Frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Certes, certes mais n’avons-nous pas d’abord le devoir de rechercher les ressemblances que nous avons avec des personnes très différentes de nous : un lapon, un animiste, une médium, un zimbabwéen, un croyant orthodoxe ou un anarchiste convaincu. Ce dualisme est entretenu par notre rituel et j’ai entendu comme toi, des déclarations que j’ai trouvées stéréotypées et dangereuses. Je vais prendre un seul exemple en le détaillant pour bien te montrer en quoi ce dualisme qui rôde dans nos loges peut être dangereux.

Si on demande de quel sexe est le soleil, qui ne répondra pas : « mâle » ? Pas beaucoup. Même si en allemand, on dit « La soleil » (Die Sonne). Et la lune, alors devient évidemment féminine. Et de de faire une relation avec les deux officiers qui siègent benoîtement sous les deux astres. C’est évident : l’Orateur, c’est la Loi comme le soleil régit la vie. Quant au Secrétaire, il est le « reflet » de ce qui se dit en tenue comme la lune qui est, selon cette interprétation, soumise au soleil et reflète son éclat. Là le dérapage commence dans le dualisme dur : un supérieur et un inférieur. Alors qu’il y a tout à parier que nos anciens sentaient les deux corps comme égaux. Mais le dérapage dualiste, sans possibilités d’une infinité de positions intermédiaires, va encore s’alourdir. On passe alors à une autre question, qui, comme par hasard, semble en harmonie avec les lectures précédentes : « Du soleil et de la lune, qui est actif, qui est passif ? » Et la boucle inconsciente et solide fait rayonner le maçon, de plaisir symbolique. Bien sûr c’est le soleil qui est mâle (donc) actif et la lune qui est femelle dominée, (donc) passive.
Avec « actif et passif », nous arrivons là à l’acmé du dualisme : une jugement social justifié par une lecture erronée. Depuis des millénaires, les hommes ne cessent d’affirmer qu’ils sont actifs et leurs femmes, passives. Avec les débordements machistes si souvent inscrits dans nos neurones. Voilà le dualisme. Alors que la dualité, la réalité s’expriment autrement, à l’initiative entre autres de Françoise Dolto : la plupart des femmes sont réceptives mais pas toutes ; une majorité d’hommes sont émissifs, mais pas tous. Ce dualisme tend à reculer au profit d’une reconnaissance des « genres ». La dualité homme-femme accueille dans l’espace entre les deux sexes bien définis, les LGBTI. Ouf, quelle respiration. Nous ne sommes plus tenus à nous couvrir des oripeaux des stéréotypes sociaux. Du moins dans les pays moralement ouverts. « Bien sûr, penses-tu, les Francs-maçons n’ont jamais été victime de ce dualisme sur le plan social ; ils sont à la pointe de tous les combats sociaux. Eh bien, non, tu te trompes : jusqu’en 1980, selon l’amendement Mirguet voté en 1960, les homosexuels furent considérés comme des « fléaux sociaux ». Et la question à l’étude des loges du GODF, montrent sans ambages que la moitié des Frères étaient d’accord. Alors soyons prudents en évoquant les progrès sociaux dont nous serions co-auteurs.
Voilà donc un des méfaits du dualisme : le machisme, l’homophobie encore latente. J’ai développé sur une page l’exemple frappant de l’ « actif » et du « passif »car il débouche sur la sexualité, sujet toujours révélateur de nos mœurs. Ce dualisme sert de support de pensée dans tous les domaines : économique, social, politique, scientifique…Cela ne signifie nullement que nous n’ayons pas de convictions bien ancrées en nous. Certes mais à la condition de savoir, par empathie, écouter ce que les autres ont à dire.
Ma Sœur lectrice, rends service à notre communauté : arrache le pavé mosaïque !
Car le 2, chanté dans nos loges, fait trop souvent le lit du dualisme, clivant, cisaillant, intolérant dans le climat bienveillant d’une tenue. En sois-tu remerciée !

De l’éminente dignité des pauvres

J’allais en Loge hier soir, et comme j’avais une course à faire en passant, je me suis rendu dans un magasin d’une enseigne bon marché sur le chemin. Ah seigneur mon Dieu, quelle expérience ! Accueilli par un vigile patibulaire, j’ai eu à chercher mon article dans un hangar grisâtre et mal éclairé, sans réelle mise en valeur qui aurait pu aider le client ! Puis j’ai vu la sortie aux caisses, digne d’une scène des Temps Modernes  de Chaplin, ou encore d’une page des Idées Noires de Franquin : des queues incommensurables de gens achetant des articles parfois nécessaires, parfois superflus et fiers d’avoir le sentiment d’avoir fait une bonne affaire, sentiment sûrement aussi important (voire plus) important que le fait d’avoir trouvé l’article recherché.

En ce qui me concerne, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais dans ce bazar très antipathique. Mais j’ai trouvé d’autres choses en observant mes semblables (avec lesquels j’étais en léger décalage à cause de ma tenue vestimentaire…). Et ce que j’ai vu ne m’a pas forcément plu.

Le principe de ces enseignes bon marché est de mettre en vente des fins de stocks, des invendus, des produits alimentaires proches de leur date de péremption, ou parfois, des produits reconditionnés, le tout à très bon prix. Ces enseignes sont donc très prisées des classes populaires. Et lors d’offres spéciales, il peut se produire des phénomènes de masse très impressionnants, un peu à l’image de la population de Palombie subjuguée par la Zorglonde qui se rue au supermarché pour acheter le dentifrice Zugol BRi ou comme le phénomène des acheteurs de Nutella en 2018.

Je ne suis pas économiste, mais je suppose qu’il doit exister un lien entre la fréquentation de ces magasins et la baisse régulière du pouvoir d’achat des classes moyennes ou populairesii

Quand on doit faire ses courses chez ces enseignes aux magasins sinistres, est-il normal de se faire accueillir comme un suspect potentiel, et quand on paie en liquide, de voir l’argent qu’on a donné être ostensiblement vérifié ? Si j’ai observé une certaine résignation chez d’autres clients, je trouve très déplaisant d’être traité en suspect…

Je suppose qu’on ne vient pas faire ses courses dans ce genre d’enseignes discount par plaisir, mais par nécessité. Mais est-ce une bonne chose de considérer chaque client comme un voleur potentiel ? A plus forte raison, des clients de condition modeste, voire très modeste ? A croire que dans l’esprit de certains, appartenir aux classes populaires est forcément synonyme de rapine ou de délinquance. J’en viens à m’interroger sur la vision que nous avons de la misère : est-elle le fait du mérite ou du malheur ? Quelle est la responsabilité de celui qui est frappé d’exclusion ou de déclassement? Deux visions s’offrent à nous : soit l’exclu, l’humble, le modeste, le pauvre est responsable de sa situation parce qu’il est mal né, ou qu’il n’a pas assez bien travaillé à l’école ou qu’il n’a pas assez courbé l’échine au travail et dans ce cas, ce qui lui arrive est mérité, soit, au contraire, il est frappé par la volonté divine, et tel Caïn ou tout autre héros biblique, doit être traité avec respect et compassion ou à défaut, miséricorde. C’était plus ou moins le sens d’un discours de Bossuet, De l’éminente dignité des pauvres. Comme les pauvres n’ont rien, il ne reste que leur dignité, que les puissants et possédants leur retirent par leur attitude sécuritaire.

En fait, on arrive à un certain point de cynisme: les banques en viennent à prélever des frais divers (agios etc.) aux personnes à découvert, donc en difficulté financière… Autant soigner une anémie par une saignée ! En gros, on est pauvre, donc on est potentiellement un escroc ou un voleur. Par contre, quand on est personne politique dans les Hauts-de-Seine, tout va bien, merci. Et quand on vient d’un ghetto du gothaiii, là, c’est le tapis rouge.

Pour le Franc-maçon que je suis, le comportement des gérants de ce genre de magasin est choquant. Le Franc-maçon étant l’ami du riche comme du pauvre s’ils sont vertueux, j’ai réellement du mal à admettre ce type de fonctionnement. En fait, je ne peux pas, je ne veux pas accepter que les plus fragiles soient vilipendés par l’institution privée (ou publique, parfois). J’ai l’impression que nous ne voulons plus tolérer la misère que nous avons tous pourtant laissé s’installer. Je pourrais, comme les gens bien-pensants, prétendre être choqué par l’installation de mobilier urbain anti-SDF, vous savez, ces bancs équipés d’accoudoir sur leur milieu ou les tapis de pointe devant des immeubles. Mais en fait, ce qui me choque réellement, c’est qu’à l’époque de la chirurgie assistée par ordinateur, de la médecine numérique, du GPS ou du frigo intelligent, des personnes dorment dans la rue, faute de structures d’accueil ou des personnes souffrent de la faim ou de la malnutrition. Et ce qui me choque encore plus, c’est que nous les traitions en ennemis ou pire, en nuisance, comme des rats ou des cafards. Et je ne parle pas des exilésiv (improprement qualifiés de migrants), qui fuient la misère, la famine ou la guerre et que nous repoussons comme des pestiférés ou que nous laissons crever aux portes de nos métropoles.

Nous nous gargarisons de notre belle devise républicaine Liberté-Egalité-Fraternité, que nous scandons dans nos Loges. Mais une société qui en est réduite à installer des dispositifs anti-SDF mérite-t-elle encore cette devise ? Cette société mérite-t-elle que l’on se batte encore pour elle ?

En 2018, alors que nous nous préparons à vivre la révolution de la physiquev induite par la découverte du Boson de Higgs, 566 personnes sont mortes dans la rue…

Moralité : dans notre beau monde, comme disait Francis Blanche, « mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade ». Et appartenir au groupe des mâles blancs dominants qu’à n’importe quel autre groupe. Nos beaux principes maçonniques? Certes, mais entre nous seulement, il ne faudrait pas exagérer.

J’ai honte, mais j’ai dit.

i Franquin, les aventures de Spirou et Fantasio, L’ombre du Z.

ii Attention, sujet aussi sensible que complexe. Je vous invite à consulter les données de l’INSEE ou encore celles de l’Observatoire des Inégalités de manière à vous faire votre propre idée.

iii Lire à ce propos l’ouvrage éponyme des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, qui étudient les mœurs de la très haute bourgeoisie, celle de Neuilly sur Seine ou des 7e et 16e arrondissement de Paris… Edifiant et affolant.

iv On estime la population d’exilés aux portes de l’Europe à 350 000 personnes en 2015, soit l’équivalent de la population de la ville de Nice, ou encore d’un millième de la population européenne. Et il y en a qui osent parler d’invasion ou de grand remplacement…

v En quelques mots, la masse n’est pas une propriété intrinsèque de la matière mais la résultante de l’interaction de la particule avec le champ de Higgs. De quoi modifier tous les fondements de la physique !

Un Maître authentique : ELIPHAS LEVI

A, Isabelle MAZZA

1966-2001

(in mémoriam)

De la pitié, le bel ange pleura.

Que de chagrins l’attendaient au passage !

Le peuple hélas ! ne croit plus aux héros

Alphonse Lois Constant (Eliphas Levi)

Histoire incomplète de ses vies :

Le début de notre 21ème siècle est marqué par un retour en force de la mode de la magie et du merveilleux (voir les séries à succès d’Harry Potter, Charmed , Médium et autres).

Le septième art remet à une (triste) mode les pratiques de mauvaises goêtie, et d’envoûtements. Les films sur la pseudo affaire «vraie » de Blair Witch et autres séries télévisées en sont un exemple frappant.

Il n’est montré actuellement à une jeunesse, pressée de résultats rapides, que des raccourcis, passerelles entre deux mondes qui existent probablement. Mais d’un bord à l’autre de leurs rives, le risque de chute dans le précipice (qui peut avoir l’apparence d’un gouffre de lumière est bien réel).

Et ce monde régit par l’illusion, que ces adolescents voulaient fuir pour diverses raisons devient lors de l’arrivée dans ce gouffre un enfer le plus souvent définitif.

Les nouveaux inquisiteurs sont les propres protagonistes de leurs drames et l’incarnation de Bernardo Guy est en chacun d’eux ; plagiant un nouveau «Malleus Malleficarum »

Le «Magicien », au sens noble du terme, véritable «pontife » établissant un lien entre les deux univers n’existe plus actuellement (est-t-il en dormition comme le sieur Taliesin, le véritable Merlin ?) ou fait-il tout pour rester discret ?

Le Pouvoir est d’abord donné à ceux qui ont décidé de ne pas s’en servir !

L’initiation à la Haute Science n’est pas à la portée du premier «parvenu », la Haute- Magie n’est pas un JEU ! , Il est important de se le rappeler.

De tristes périodiques vecteurs (naïfs ?) de la contre initiation, entraînent des gamins non préparés vers un triste avenir ! (Nous pouvons y découvrir des méthodes « infaillibles » pour envoûter ses rivaux, comment faire les «bonnes prières sataniques, invoquant cet «adversaire » de l’Amour,  et j’en passe, la liste est longue ». Mais ce n’est pas là le sujet de cet essai…

Il est temps, aujourd’hui, de nous souvenir de ceux qui nous ont ouvert la «Voie Sacrée » et de celui qui pour nous a été l’un des plus grands (si ce n’est le plus grand) «Magiste » du dix neuvième siècle. Je veux parler d’Eliphas Levi.

Ce curieux personnage, naquit, le huit février 1810 sous le signe du Verseau, à Paris, quartier de l’Odéon, rue des Fossés Saint Germain, des œuvres de Jean-Joseph Constant, un cordonnier et de son épouse Jeanne-Agnés née Beaucourt, il est le deuxième enfant de la famille, une sœur, Pauline était née en 1806.

Son pseudonyme, vient de la traduction en hébreux de son nom. En effet, il s’appelait : Alphonse Louis Constant, enfant de l’Eglise Catholique Romaine, (celle qui croyait en Dieu, avant les inepties de Vatican II) dans laquelle il fut baptisé dès le lendemain de sa venue au monde à la paroisse saint Sulpice.

Pour la postérité, il sera Eliphas Levi Zahed.

Nous l’avons découvert, au détour d’une conversation avec un « Ami », Initié de Haut Grade, que la Règle m’interdit de nommer.

Ce Sage, lors de nos longs échanges où nous essayons d’apporter modestement notre pierre à ce monde en train de se dissoudre, nous parle d’un livre, une référence, une sorte de «Bible ésotérique ».

Cet ouvrage se nommait «Dogme et Rituel de la Haute Magie», et son auteur porte l’étrange nom d’Eliphas Levi, dont il faut se rappeler qu’il fut l’inventeur du terme si usité de nos jours : l’Occultisme

Il nous a mis d’abord en garde contre le danger de s’attaquer à sa lecture pour des âmes non forgées, comme le fait d’ailleurs son rédacteur dans son chapitre I  en ces termes :

»Qui es-tu, toi qui tiens ce livre entre tes mains et qui entreprends de le lire ? …L’homme qui est esclave de ses passions ou des préjugés de ce monde ne saurait être initié…celui qui n’est pas disposé à douter de tout, celui là doit refermer ce livre qui est inutile et dangereux pour lui… »

Mon « Ami », m’ayant jugé apte à découvrir les Arcanes du « Dogme… », je dévorais les pages de cet ouvrage toujours si actuel et qui, aujourd’hui encore, reste un des mes livres de chevet.

De la vocation aux manifestations :

En bon catholique, le jeune Alphonse est élève d’une école religieuse de l’île Saint Louis, voulant devenir Prêtre, il fait ses études au Petit Séminaire de saint Nicolas du Chardonnet, puis en 1830 (année de la mort de son père) au Grand Séminaire d’Issy les Moulineaux.

Admis au diaconat, tonsuré, il doit recevoir l’initiation Sacerdotale, le 19 décembre 1835. Mais il s’enfuit sans crier garde pour les beaux yeux d’une très jeune demoiselle : Adèle Allenbach dont il avait en charge l’éducation Chrétienne !

Quand il disparut de l’établissement religieux, la mère d’Alphonse de désespoir mit fin à ses jours en se suicidant avec les émanations d’un réchaud à charbon. L’idylle avec la belle pour qui il avait ressenti, selon ses propres paroles : « un impérieux besoin d’aimer » ne dura pas. (Notons tout de même qu’il gardera avec elle des relations épistolaires et qu’elle sera présente pour le conduire en terre après sa mort). Très affecté par la disparition tragique de sa mère, il pensa entrer à la Trappe, mais en fut heureusement dissuadé par un ami nommé Bailleul avec qui il partit en Province.

Les Amours :

Il y rencontre Flora Tristan, passionaria espagnole, belle militante socialiste à la sensualité exacerbée, avec qui il noue une relation, femme de lettres et d’action, auteur de deux brûlots aujourd’hui oubliés : « les Pérégrinations d’un Paria et Méphis le Prolétaire (dans lequel Eliphas est dépeint).

Ayant eu des ennuis à la suite de la publication de ces ouvrages «polémiques », elle décida de s’embarquer pour l’Angleterre.

Notre ami, alors, soupira auprès du cœur de Delphine de Girardin, antithèse de Flora, une femme romantique, douce et sensible, et, pendant que la révolutionnaire en jupons tentait avant l’heure de «réunir les prolétaires de tous les pays », notre Mademoiselle Girardin écrivait des romans « élégants » et tentait de convertir notre abbé au spiritisme (notons que c’est elle qui fit rentrer cette doctrine au sein de la famille de Victor Hugo à Jersey).

Son aimant, pour sa part, ne voulait pas séparer les misères de ce monde-çi et la Recherche des béatitudes hypothétiques de l’autre.

Pour compléter sa culture, l’abbé part en retraite à l’abbaye de Solesmes où le livre et le vivre lui sont assurés. Dans la riche bibliothèque Bénédictine, il y découvrit : Les gnostiques, les Pères de l’Eglise, les livres de Cassien et les Mystiques.

C’est durant cette période, en 1839, qu’il fait paraître son premier ouvrage «le Rosier de Mai».

Chassé, il devient pour le salaire de quatre cents francs par an, ce que l’on appelait à l’époque : « chien de cour » nom donné au surveillant de récréation. Porteur de sa soutane, n’ayant pas d’autres habits. Grelottant dans un grenier mal fermé qui lui servait de gîte, sans feu pour le réchauffer !

Dans sa révolte contre sa condition écœurante et lamentable, il compose la «Bible de la Liberté » pamphlet honni par les âmes bien pensantes et par l’Eglise. L’ouvrage qui parût le 13 février 1841, fut interdit et saisi une heure après sa première mise en vente.

Le procès inique intenté contre lui ; le condamna le 11 mai de la même année à huit mois de prison et 300 francs d’amende. Il passera onze mois à la prison de sainte Pelagie, (où sera incarcéré plus tard Pierre Auguste Blanqui le célèbre révolutionnaire) ; en butte à toutes les vexations et les ragots, n’ayant pour se détendre que la lecture, c’est à ce moment de sa vie qu’il découvrira les écrits de Swenderborg (voyages magiques mers d’autres mondes) Son ex-amour Flora lui rend visite dans cet endroit ou il retrouva son compagnon Alphonse Esquiros.

A sa libération, il décide de se racheter une conduite et en 1842, il décore l’église de Choisy le Roy, ensuite grâce à l’Evêque d’Evreux, il devient prédicateur itinérant avec un certain succès, mais Constant se brouille avec les prêtres du voisinage leur reprochant leur manque de recherche ésotérique.

Il remonte à Paris et publie coup sur coup : « La Mère de Dieu et le Livre des Splendeurs ».

Puis repris par ses idées de justice, il publie : « La Voie de la Famine » qui lui vaudra une fois de plus, la prison.

A sa sortie, Flora Tristan est morte, emportée par une congestion cérébrale le 14 novembre 1844, son ami, (amant ?) ne l’aura plus revue. Il est libéré en 1848 et en profite pour participer aux combats de la révolution des barricades, recherché comme anarchiste, il échappe par miracle à la mort et on fusille par erreur un homme qui avait le malheur de lui ressembler.

Entre temps, notre héros avait épousé forcé par son père, lors d’une cérémonie civile à la Mairie du Xème arrondissement de Paris, le 13 juillet 1846, une jeune fille de 18 ans mineure pour l’époque, Noémie Cadiot, qui lui donna une fille (la jeune épousée n’était probablement pas une blanche colombe, car ses amants furent nombreux, mais qu’importe)– Marie née en septembre 1847(la légende dit que le Maître la ressuscita par ses prières et ses dons, lors d’une première attaque d’une maladie qui devait finalement l’emporter). L’enfant, qu’il adorait, de santé fragile, décède peu après. Le Magiste garda cette déchirure comme une plaie qui le rongera peu à peu.

Comme la plupart des grands Initiés, il répète l’axiome ontologique dans lequel il est dit que le Magiste ne peut rien pour lui et peu pour ses proches. Nombre d’entre eux sont durement touchés par l’adversaire (certains des lecteurs me comprendront sûrement).

Est-ce le prix à payer pour l’obtention des « Pouvoirs » ? Nous le pensons, tout acte ou bonheur dévié de sa route de manière anormale à l’aide d’entités implique un prix à payer. La Nature, se venge toujours de l’’homme qui la corrige, comme le disait avec raison Jean Cocteau.

Quand le disciple est prêt :

En 1852, Eliphas publie son chef d’œuvre sous le nom de plume qu’il s’est donné Dogme et Rituel de la Haute Magie, soutenu et inspiré par le savant polonais Hoëné Wronski. Le succès commence enfin, 1853, son mentor meurt, les relations avec Noémie se détériorent de plus en plus, notre ami, ne tarde pas à s’embarquer pour l’Angleterre ou les exilés depuis le coup d’état de « Napoléon le petit », émigrés français sont nombreux.

Il y rencontre Edward Bulwer-Lytton, célèbre auteur de romans et dirigeant de la société rosicrucienne d’Angleterre, il devient son ami et est introduit dans les cercles de Rose Croix (ce qui à l’époque était une exception car cette société ne recrutait que des personnes ayant reçues au moins le grade de Maître dans la Maçonnerie Bleue). A leur demande, il fait des séries d’évocations magiques notamment pour rentrer en contact avec le spectre d’Appolonius de Tyane l’auteur du Nuctéméron (ouvrage ou le docteur Philippe Encausse trouva son nom de plume : Papus, génie médecin de la première heure) relatée dans son Dogme et Rituel.( Papus vint à l’occultisme après avoir découvert (par hasard ?), l’épée magique d’Eliphas !)

Mais laissons le Mage nous remémorer lui-même cette expérience étrange : : « : Il s’agissait d’évoquer le fantôme du divin Appolonius de Tyane et de l’interroger sur deux secrets :….je fus laissé seul. Le cabinet préparé pour l’évocation était…dans une tourelle : on y avait disposé 4 miroirs concaves, une sorte d’autel dont le dessus de marbre blanc était entouré d’une chaîne aimanté, j’étais vêtu d’une robe J’allumai le feu sur deux réchauds avec les substances requises et je commençai les invocations du rituel….Il me sembla sentir une secousse de tremblement de terre….et lorsque la flamme s’éleva, je vis distinctement, devant l’autel, une figure d’homme plus grande que nature, qui se décomposait et s’effaçait. Je vains me placer dans un cercle, j’appelais trois fois Appolonius en fermant les yeux et lorsque je les rouvris un homme était devant moi gris, j’éprouvais une sensation de froid extraordinaire…..Mon bras fut aussitôt engourdi, les figures ne nous avaient pas parlées mais la réponse à nos questions communes était la mort.
Le Maître fut particulièrement choqué par ces expériences et évitât de les réitérer par la suite de sa carrière.

Eliphas LEVI fut le reste de son existence absolument opposé aux expériences gratuites de magies. Quant il eut quelques disciples, il leur fit promettre de ne jamais tenter la plus petite expérience et de ne s’occuper seulement que de la partie spéculative de la science occulte Par contre le Maître pensait qu’avec de la volonté, tout homme pouvait réaliser certains miracles comme il expose des la Clefs des grands Mystères (ouvrage de 1859 en 22 axiomes que je vous livre).

Théorie de la Volonté

 

AXIOME I

Rien ne résiste à la volonté de l’homme, lorsqu’il sait le vrai et veut le bien.

AXIOME II

Vouloir le mal, c’est vouloir la mort. Une volonté perverse est un commencement de suicide.

AXIOME III

Vouloir le bien avec violence, c’est vouloir le mal ; car la violence produit le désordre,

et le désordre produit le mal.

AXIOME IV

On peut et l’on doit accepter le mal comme moyen du bien ; mais il ne faut jamais ni le vouloir, ni le faire, autrement on détruirait d’une main ce qu’on édifie de l’autre. La bonne foi ne justifie jamais les mauvais moyens ; elle les corrige lorsqu’on les subit, et les condamne lorsqu’on les prend.

AXIOME V

Pour avoir le droit de posséder toujours, il faut vouloir patiemment et longtemps.-

AXIOME VI

Passer sa vie à vouloir ce qu’il est impossible de posséder toujours, c’est abdiquer la vie et accepter l’éternité de la mort.

AXIOME VII

Plus la volonté surmonte d’obstacles, plus elle est forte. C’est pour cela que le Christ a glorifié la pauvreté et la douleur.

AXIOME VIII

Lorsque la volonté est vouée à l’absurde, elle est réprouvée par l’éternelle raison.

AXIOME IX

La volonté de l’homme juste, c’est la volonté de Dieu même, et c’est la loi de la nature.

AXIOME X

C’est par la volonté que l’intelligence voit. Si la volonté est saine, la vue est juste. Dieu a dit : Que la lumière soit ! et la lumière est ; la volonté dit : Que le monde soit comme je veux le voir ! et l’intelligence le voit comme la volonté l’a voulu. C’est ce que signifie le mot “ainsi soit-il” qui confirme les actes de foi.

AXIOME XI

Lorsqu’on se fait des fantômes, on met au monde des vampires, et il faudra nourrir ces enfants d’un cauchemar volontaire avec son sang, avec sa vie, avec son intelligence et sa raison, sans les rassasier jamais.

AXIOME XII

Affirmer et vouloir ce qui doit être, c’est créer ; affirmer et vouloir ce qui ne doit pas être, c’est détruire.

AXIOME XIII

La lumière est un feu électrique mis par la nature au service de la volonté : elle éclaire ceux qui savent en user, elle brûle ceux qui en abusent.

AXIOME XIV

L’empire du monde, c’est l’empire de la lumière.

AXIOME XV

Les grandes intelligences dont la volonté s’équilibre mal ressemblent aux comètes, qui sont des soleils avortés.

AXIOME XVI

Ne rien faire, c’est aussi funeste que de faire le mal, mais c’est plus lâche. Le plus impardonnable des péchés mortels, c’est l’inertie.

AXIOME XVII

Souffrir, c’est travailler. Une grande douleur soufferte est un progrès accompli. Ceux qui souffrent beaucoup vivent plus que ceux qui ne souffrent pas.

AXIOME XVIII

La mort volontaire par dévouement n’est pas un suicide ; c’est l’apothéose de la volonté.

AXIOME XIX

La peur n’est qu’une paresse de la volonté, et c’est pour cela que l’opinion flétrit les lâches.

AXIOME XX

Arrivez à ne pas craindre le lion, et le lion vous craindra. Dites à la douleur : Je veux que tu sois un plaisir, et elle deviendra un plaisir, plus même qu’un plaisir, un bonheur.

AXIOME XXI

Une chaîne de fer est plus facile à briser qu’une chaîne de fleurs.

AXIOME XXII

Avant de déclarer un homme heureux ou malheureux, sachez ce que l’a fait la direction de sa volonté : Tibère mourait tous les jours à Caprée, tandis que Jésus prouvait son immortalité et sa divinité, même sur le Calvaire et sur la croix”.

 

On voit dans ces quelques conseils la grandeur et la Sagesse du Maître, il est à ne point en douter que la rencontre avec les Rose Croix et Occultistes Anglais ont marqué Lévi.

Un Magicien dans le Temple

De retour en France, il demande à être reçu Maçon. la Lumière lui est donnée par le Vénérable Jean-Marie Caubet, le 14 mars 1861 à l’atelier : « la Rose du Parfait Silence » dépendant du prestigieux Grand Orient de France, alors sous la grande Maîtrise du Prince Murat.

Exalté au Sublime Grade de Maître, le 21août 1861, il occupe peu après, comme Officier, le poste d’Orateur. Tentant de parler de la Kabbale à ses frères, il se heurte à l’incompréhension générale, le sang de notre ami ne fait qu’un tour et une fois son diplôme de Maître Maçon en poche, il ne reparut plus en loge malgré les nombreuses sollicitations de ses amis.

Mais il est aussi vrai que la Maçonnerie, même si elle n’était pas la structure moribonde au niveau initiatique qu’elle est à présent, (peu de Maçon connaissent réellement la Poésie de cette structure initiatique qui est (quoi qu’on en dises) paraphrasant René Guénon La seule Voie Iniatique avec le Compagnonnage de l’Occident (pour être complet Guénon rajoutera également la religion Catholique comprise dans son sens ésotérique).

Cette même année, il publie La Clef des Grands Mystères, dernier volet de sa trilogie commencée avec le Dogme…. Et poursuivie avec « L’Histoire de la Magie « (succès de librairie de l’année 1859).

La correspondance avec le baron Spedialeri commence alors, riche d’enseignements et se termine le 14 février 1874, ce sont des cours de Kabbale, uniques, précis ; dès qu’un ouvrage paraissait sur l’occultisme Eliphas le signalait au Baron.

Eliphas Levi, n’était pas fortuné et vivait de quelques dérisoires droits d’auteur que lui rapportaient ses écrits et de leçons de Kabbale qu’il transmettait avec rigueur seulement à ceux qu’il jugeai aptes à les recevoir ; car il était convaincu que le Bien mal compris peut produire de funestes effets.

En 1865, la chère Justice des hommes annule le mariage contracté 20 ans auparavant avec la demoiselle Noémie Cadiot.

Bien avant, cette décision, elle était déjà la maîtresse du sculpteur Pradier. Attirée par cette discipline, elle acquit à son tour une réputation de sculpteur sous le nom de Claude Vignon.

La guerre approche et Eliphas s’engage dans la Garde Nationale, pour défendre Paris assiégé ; les privations du moment ruinèrent sa santé, et il ne put jamais s’en remettre complètement.

A la suite d’un voyage en Allemagne, à l’invitation de l’une de ses admiratrices, il apprit le décés de la compagne du Baron Spedialeri, un revirement total se produisit chez ce dernier, il devient matérialiste et, de surcroît athée !

A l’automne 1872, il apprit le mariage de son ex-femme avec le député de Marseille, futur ministre du commerce du gouvernement Gambetta : Maurice Rouvier.

Les souffrances physiques allaient alors l’assaillir et le voyage vers l’au-delà s’amorcer comme c’est le cas quand on à trop aimé. Eliphas avait tant espéré son retour

André Hardellet ne dit-il pas que l’Homme meurt de ses désirs insatisfaits.

1875 ; L’ultime maladie d’Eliphas :

« Je m’attends….A la vieillesse…Mes jambes se roidissent, mes dents s’ébranlent, la somnolence me poursuit jusque dans la rue et, il me semble que ma vie ne soit plus qu’une lutte contre la mort….Je n’ai jamais fait sciemment et volontairement de mal…..J’ai aimé ».

Il ne réussit pas de son vivant à renouer avec le Baron Spedialeri et notre Magiste en eut grande peine. Néanmoins, un secours matériel bienvenu lui sera apporté dans ses vieux jours par l’aide du gendre de Balzac, le Comte Georges de Mniszech.

Ses derniers secours furent le Docteur Wattelet et M. Edouard Adolphe Pascal qui le soignèrent avec dévouement.

Le mercredi 26 mai 1875, le Maître rédige son testament

Le lundi 31 mai 1875, jour de la Visitation, souffrant de ne plus entendre toutes ces voix chères qui s’étaient tues, déçu par le genre humain en qui il avait tant espéré, le Grand Homme rejoint dans la souffrance ce Monde Invisible dont il avait déjà à maintes reprises aperçu les contours, cet Orient Eternel dont parle les rituels Maçonniques.

Gageons qu’à ce jour il ait découvert la «Clef des Grands Mystères »

Il me plaît de le représenter tel l’Ermite du Tarot revêtu de son manteau de Mage, cherchant à l’aide de son lumignon, à guider les âmes des chercheurs de lumière. Eliphas, à l’aide de ton bâton, tu as écarté pour nous les pierres d’embûches parsemant les chemins de vies.

Les œuvres de l’Abbé Constant influenceront grandement le Sar Peladan, Stanislas de Guïata, Oswald Wirth, Papus qui le considérait d’ailleurs comme un demi-dieu. Le célèbre groupement de la Golden Dawn et une grande partie des écrits du fameux Aleister Crowley qui se voulait sa réincarnation,

Le Mage Britannique se servit grandement des livres de Lévi pour ses évocations et le « Dogme et Rituel de la Haute Magie » était un de ses livres de chevet.

Le Message de cet Homme était l’Amour, ce séducteur vivait pour aimer : « cet indicible besoin » secouait son être, jamais il n’utilisa ses extraordinaires dons pour le mal et croyez nous il en aurait eu le pouvoir, il se reposait sur la providence et elle ne l’oubliait que peu.

Que les adeptes de la Goétie se souviennent de ces phrases écrites par le grand Mage : « Le magicien dispose d’une force qu’il connaît, le sorcier s’efforce d’abuser de ce qu’il ignore. Le diable…se donne au magicien et le sorcier se donne au diable »

Au moment ou des «adolescentes «pré-pubères» s’amusent avec des grimoires écrits par des initiés de pacotille pour des prises de pouvoir ou de cœur illusoires et trop chères payées. Jeune génération, médite les phrases d’Eliphas.

La Haute Magie est efficace, mais elle est dangereuse, n’essayez pas, vous paierez au centuple les aides que vous croirez obtenir !

Vous aurez des résultats rapides mais les phénomènes que vous déclencherez vous n’en serez pas les maîtres.

Et rappelez-vous toujours la phrase du grand poète Initié Jean Cocteau :

La Nature se venge toujours de l’homme qui la corrige

  1. S. : Alphonse Louis Constant fut mis en terre, au cimetière D’Ivry, le 2 juin, 1875

En 1881, sa dépouille fut exhumée et jetée à la fosse commune.

Aujourd’hui, aucun tertre ni branches d’Acacia, ne nous dit ou le Magiste dort de son dernier sommeil.

NOTA : dans sa biographie sur Eliphas Levi, Paul Chacornac précise :

«  Constant, fondateur d’école, n’est disciple d’aucune. Par sa haute intelligence et son esprit éducatif, il a mis au point la valeur des choses. A mesure que sa méditation s’élève, il découvre de vastes horizons qui deviennent un nouveau point de départ pour l’ultime envol vers les plus hauts sommets. »

Pascal Balmès