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Le banquier au cœur sec

J’ai appris hier qu’un homme était décédé durant l’été à l’âge honorable de 89 ans. Le notaire qui avait en charge son testament eu la surprise cette semaine de découvrir que le défunt possédait pas moins de 27 comptes bancaires. Il avait accumulé au cours d’une vie de travail environ 8 millions d’euros. Ce n’est point une honte que d’avoir du succès dans ses affaires me direz-vous.

Ce qui est plus gênant en revanche, c’est d’apprendre que cet homme n’avait eu ni femme, ni enfant pour partager ce magot. Il avait fait cela pour lui tout seul. Avant de rendre l’âme à son créateur, Il a laissé une simple lettre. Ses dernières volontés consistent à léguer toute sa fortune à une congrégation religieuse déjà bien riche. Connaissant quelque peu cette douteuse institution, je sais que ce capital n’ira certainement pas alimenter les caisses de nos hôpitaux bien vides ou les restos du cœur bien pauvres. Enfin, souhaitons de bonnes ripailles à ces cénobites peu partageurs.

Je ne vous cache pas que cela m’a révolté à plusieurs titres. Tout d’abord, d’apprendre que cet homme avait exercé le métier de banquier. Car selon moi, cette activité est une forme de parasitage du travail des autres. Les sommes gagnées par cet homme l’ont été au détriment de la sueur des travailleurs. Ensuite, d’imaginer ce personnage accumulant sou par sou, tel l’avare classique, toute sa vie durant, pour constituer son magot, cela me donne un sentiment de gâchis de l’existence humaine.

L’ironie de cette histoire est qu’il est mort seul dans une institution sans cœur ni tendresse, sans cérémonie ni respect de ses dernières volontés, faute d’information préalable.

Il me semble que c’est la démonstration si besoin est, qu’une existence de partage et de fraternité vaut toutes les fortunes du monde. La valeur qui conduit au bonheur est incontestablement le résultat du lien humain produit par nos échanges fraternels et désintéressés. Il est bien seul celui qui s’enferme dans une forteresse aux murs tapissés d’or et aux portes blindées incrustées de diamants.

Tout le monde s’accordera à penser que l’homme heureux est celui qui aura su trouver la justesse dans toutes les possessions matériels, mais qui aura su aussi accumuler sans limite l’amour autour de lui. Je suis justement inquiet de cette valeur qui tend à disparaître de nos ateliers au profit des richesses matériels ou des grades et fonctions.

Nous ressassons à longueur de tenues toutes nos valeurs d’humanité, de fraternité et de partage. Pourtant, dans les faits, ce sont souvent les mêmes qui sont de corvée. Tant pour ce qui concerne le temps offert, les tâches ou parfois l’argent. Avouez que la générosité n’est pas la vertu première du maçon. Il est évident que le Frère de cœur ne se vante pas de ses actions de charité. Pourtant, force est de constater que lors d’un appel au secours, ils ne sont jamais très nombreux ceux qui répondent : « présent » !

Dans le fond, je vais vous confier une de mes pensées dont j’ai presque honte… Allez, je me lance : Eh bien voila, ce banquier au cœur bien sec, je me suis demandé s’il n’avait pas été Franc-maçon. Avouez que c’est inquiétant quand même de penser autant de mal.

Dites, vous croyez que c’est grave ?

Lettre à un ami trop tôt disparu

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J’étais en Loge hier soir et, à l’occasion d’une Tenue funèbre, je repensais à mes morts, surtout à toi, mon vieil ami disparu.

On s’était rencontré, ou plutôt croisé, une première fois lors de nos stages de fins d’études respectifs dans un grand établissement de recherche et d’expertise, ces usines à gaz où les chercheurs se prostituent pour financer les activités de leurs laboratoires et où le travail de recherche le plus important est accompli par les plus précaires. Mais c’est une autre histoire. Nos diplômes d’ingénieurs en poche, nous avons affronté toi et moi les crises de recrutement, les employeurs bidon, bref, toutes ces embûches de la vie professionnelle qui mènent deux ingénieurs diplômés directement de l’école au chômage.

Tu as pu être recruté en thèse de doctorat dans une université, cette université que j’ai rejointe ensuite pour faire un master complémentaire à mon diplôme d’ingénieur. C’est là que nous nous sommes réellement rencontrés: par le biais des réseaux réels (Facebook et l’iPhone n’existaient pas encore à l’époque), on a pris un verre ensemble dans un pub irlandais et passé une bonne soirée. De camarades d’université, nous avons fini par devenir amis. Je n’oublierai pas les samedis à refaire le monde à quatre ou cinq et les parties de cartes infernales que nous menions jusqu’au dimanche matin. Puis, pour des raisons de stage de master, j’ai dû m’expatrier. Mais nous avions gardé le contact. Les hasards de la vie professionnelle m’ont amené à commettre l’erreur de ma vie: accepter de faire une thèse dans ce domaine que nous aimions tant toi et moi, la physique des particules appliquée à la recherche médicale. Je suis donc parti une nouvelle fois dans un autre pays, étranger dans un pays qui ne les aime pas mais aussi étranger dans notre pays que je ne comprenais plus. Pendant que je me battais pour avoir ne fût-ce que le droit de mettre mon nom sur mes travaux (parce que dans la recherche, le droit d’auteur, bof), tu terminais et achevais ton doctorat. J’ai malheureusement loupé ta soutenance, et je le regrette. Ton directeur de thèse t’avait trouvé une place dans une petite entreprise d’informatique médicale, où tu aurais normalement dû participer aux travaux de recherche et de développement, mais où on t’a finalement affecté à un poste de développeur en langage objet, que tu détestais particulièrement. C’est peut-être là qu’ont commencé tes problèmes… On commençait à en parler quand tu étais venu me rendre visite sur ma terre d’exil, entre la raclée que tu m’avais mise à Street Fighter et celle que je t’avais administrée à Soul Calibur.

De mon côté, pendant que tu t’interrogeais sur ton emploi, je terminais la rédaction de mon manuscrit de thèse et fêtais ma 5e publication, au goût bien amer, ma vie privée de l’époque s’étant brisée un triste jour d’août, où ma copine de l’époque est devenue mon ex alors que je la demandais en mariage… Toi-même, qui l’avais connue, avais eu du mal à comprendre ce qui s’était passé.

Cette même année, notre directeur de thèse avait décidé de me punir de ma trop grande indépendance (indépendance acquise en raison de ses propres carences) en m’empêchant de soutenir et de trouver un emploi dans mon domaine.

A commencé alors ma descente aux Enfers. J’ai dû rentrer en France, sans rien. Une erreur de dossier m’ayant fait disparaître de pas mal de registres (dont mes droits au chômage…), j’ai dû rétablir un certain nombre de choses avant de penser à ma soutenance: stabiliser ma situation, retrouver un logement, reconstruire ce que je pouvais de ma vie. Après avoir pu rétablir mes droits divers, j’avais fini par retrouver un emploi dans l’informatique, sous réserve de ma soutenance de thèse. Elle aurait dû se faire suite aux médiations et recours intentés, mais ne s’est pas faite, notre école doctorale ayant choisi la courageuse voie du silencei. Sans mon titre de docteur, pas d’aide pour mon employeur de l’époque. J’ai donc dû pointer une nouvelle fois au chômage. Tout cela arrivait pendant que ton emploi te détruisait à petit feu. D’ailleurs, tu étais tellement critique sur ta boite que tu ne voulais pas, pour mon bien, m’y faire entrer.

Bien sombre tableau de deux jeunes urbains seuls et désabusés dans une grande métropole. Tout n’était pourtant pas si sombre, pourtant. Nous avions nos réserves de lumières. Je t’avais proposé de m’accompagner au théâtre, et je t’ai fait découvrir Guitry, dont tu es devenu un grand lecteur et un grand admirateur. Et toi, tu m’as fait aimer le rugby. Je me souviens de nos commentaires de matches, que nous refaisions toi et moi avec une mauvaise foi légendaire, qui amusait les amis qui nous servaient de public. Nous trouvions toujours le moyen de passer du temps ensemble.
Puis ma situation a fini par se stabiliser, pendant que tu continuais à te consumer à petit feu: j’ai refait ma vie professionnelle et surtout, ma vie privée. Je suis également entré en Loge à cette époque-là, ce qui m’a beaucoup apporté pour ma reconstruction.

Malgré tous ces changements, jamais nous ne nous sommes perdus de vue. Tu savais que j’étais moins disponible le week-end, mais ça ne nous empêchait jamais d’écumer les théâtres et les brasseries en semaine! Parfois, on sortait aussi à trois !

Je me souviens aussi de ce soir d’été, où autour d’une bonne bière, je t’avais avoué ce que je faisais deux fois par mois. Je t’avais même proposé de partager l’aventure avec moi dans ma Loge. Mais tu estimais que ce n’était pas pour toi. C’était ton choix, et je l’ai toujours respecté. En fait, tu étais bien plus fasciné par les Rose-Croix ou les travaux d’alchimie que la Franc-maçonnerie.
J’aurais vraiment aimé que tu viennes au moins voir une Tenue blanche, ne fût-ce que pour partager cette expérience avec toi, un de mes plus vieux, et peut-être un de mes meilleurs amis, un vrai frère d’armes et compagnon de galère.

Je ne voulais pas te le dire, mais à cette époque, je m’inquiétais pour toi. Je te voyais toujours plus sombre, plus seul aussi. En fait, ton emploi ne t’apportait plus aucune joie. Mais comme tu n’avais que ça, tu ne pouvais certainement pas l’admettre. Par contre, ton corps t’envoyait des messages alarmants, couvrant une réalité terrible, celle que l’on appelle burn-out.

C’est épuisé et meurtri que tu as pris la courageuse décision de tout plaquer, de tout abandonner et de rentrer dans ta région natale. Tu as passé ta dernière journée en ville avec ma compagne et moi, et nous t’avons dit au revoir, le coeur très lourd. Mais elle et moi savions que c’était le mieux pour toi: te soigner et te reconstruire. Aucun de nous ne pouvait le savoir mais il était déjà trop tard.

Le temps a passé, mais jamais nous ne sommes perdus de vue: tu m’avais fait part de ton projet de créer une distillerie bio et j’étais prêt à être ton premier client. J’ai même participé à ton étude de marché!

De temps en temps, tu passais en ville, et nous trouvions toujours le moyen de prendre un verre ou de déjeuner ensemble. Nous étions aussi venus te voir et tu nous avais fait les honneurs de ta région à l’occasion d’un bon week-end.

La nouvelle est tombée quelque mois plus tard, alors que je pleurais déjà deux Frères de ma Loge passés à l’Orient Eternel. Tu m’as contacté de l’hôpital, où tu as mentionné des mots qui effraieraient même le plus endurci des hommes: tumeur, métastases, carcinome.

Tu m’avais certifié garder le moral, et tu m’avais dit que tu consacrerais ta convalescence sur ta nouvelle console à jouer à la nouvelle mouture de ta licence de jeux vidéo préférée sur ta nouvelle console: La légende de Zelda. Tu m’avais promis qu’on se reverrait à ta sortie, quand tu irais mieux. Hélas, Clotho, Lachesis et Atropos ne l’entendaient pas ainsi. On m’a appris ton décès un triste jour d’équinoxe de printemps. Un coup terrible. Je n’ose imaginer la douleur encore plus terrible pour ta famille.

Je n’ai pas pu venir à tes funérailles, ayant été averti trop tard pour descendre. Et je m’en veux encore. Vraiment.

En ta mémoire, j’ai décidé de reprendre mes travaux de thèse interrompus voici plus de dix années, dans une autre université que la nôtre, celle où j’ai repris mes études. Ce fut dur. Très dur. J’ai dû livrer pas mal de batailles, heureusement accompagné par des gens formidables, qui me soutiennent et sans qui j’aurais abandonné. Rien n’est encore joué, mais la lutte, ma lutte, notre lutte, continue. 

A un certain degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, il est question de devoir. Il est aussi question d’injustice: il est dit que malgré tous nos efforts, on peut échouer et l’accomplissement du Devoir peut ne pas être récompensé. C’est ce que je vis. J’ai beau utiliser tous les symboles de notre Rite, je ne suis pas sûr de parvenir à me pardonner cet échec-là…

Notre rituel nous aide à mieux accepter la mort, et même, doit nous y préparer. Pourtant, j’ai encore du mal à accepter ce qui s’est passé. Avec ta mort, c’est une partie de ma jeunesse qui a été enterrée.

J’ai raté ton enterrement, j’ai le sentiment d’avoir échoué à porter ton souvenir et je me sens vraiment minable comme frère, comme ami ou comme homme. J’espère que tu me pardonneras un jour, mon vieil ami.

J’ai dit.

i En termes actuels, on parle de ghosting

 

La barbe avec le voile!

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J’étais en Loge hier soir, toujours plus déçu par le comportement de mes contemporains. J’ai beau essayer d’avoir de l’espoir, je ne suis vraiment pas aidé. Nous n’avançons pas et ne sommes pas capables d’évoluer sur des sujets en apparence futiles. Nous avons traversé une fois de plus une affaire de voile. Une mère de famille portant un voile a été prise à partie et humiliée devant son fils par un élu du Rassemblement National, qui s’indignait du port du voile dans les locaux d’un Conseil Général… On sait que le voile est un sujet politique depuis une trentaine d’années, et que la tenue des femmes en est un depuis plus de 2000 ans. Sujet généralement débattu par les hommes. A ce propos, les Obédiences ont rédigé un communiqué, qui clarifie leur position à ce proposi.

Je ne m’abaisserais pas à épiloguer sur la conduite de l’élu d’extrême droite. D’autres l’ont fait mieux que moi, et de toute façon, ma hernie ne me permet pas de m’abaisser à un tel niveau.
Néanmoins, qui s’est interrogé sur l’impact de cette humiliation publique sur l’enfant de cette femme? Quel adulte et quel citoyen va-t-il devenir, en ayant vu sa mère humiliée par un élu d’un parti aux valeurs souvent contraires à celles de la République ? Quelle confiance un enfant ainsi humilié pourra-t-il avoir dans les institutions censées le représenter ?

Pour en revenir à cette question du voile incompatible avec la laïcité, je crains qu’il ne s’agisse que d’un prétexte pour exprimer un certain racisme ou une certaine supériorité de l’occidental, le fameux « mâle blanc dominant », ou un prétexte pour asseoir la domination masculine sur le corps féminin. Je crois que tout ce petit monde devrait s’intéresser aux propos des sociologues : par exemple, le voile n’est pas à proprement parler une obligation religieuse, mais un vêtement tribal. Ainsi, le voile intégral ou hidjab provient de la tribu des wahabites, une tribu d’Arabie saoudite, pas réellement connue pour son côté libéral ni son côté tolérant. Comme beaucoup de minorités, celle-ci veut transformer sa spécificité en norme et ainsi imposer sa présence aux autres. Toujours la bonne vieille histoire du prêtre ascétique de Nietzsche… D’après l’anthropologue Dounia Bouzar, il est également question de dérive sectaires dans la religion musulmaneii. C’est peut-être une piste à creuser, sauf que la MIVILUDES est en cours de dissolution. Euh, j’en perds mon latin, là!

En attendant, les islamistes ont fait du voile un symbole religieux, et les occidentaux sont tombés dans le piège. Question idiote, si une personne veut raviver le style de Brigitte Bardot ou Catherine Deneuve dans les années 60 (un voile ou un fichu sur la tête, pour les plus jeunes, à l’italienne), est-ce un symbole religieux de soumission au Vatican, ou un simple effet de mode?

En attendant, il est une autre question qui devrait en hérisser plus d’un: la question de la barbe. On accuse les femmes portant le voile d’être les véhicules d’une idéologie politique traditionaliste, antirépublicaine, etc. Et pourtant, il existe un autre signe, masculin, celui-ci: la barbe. Hé oui, au delà du style hipster, porter la barbe peut aussi être un signe d’appartenance à l’islam politique. Ou comme le voile, un moyen de passer inaperçu dans des quartiers aux mains de petits voyous utilisant la religion comme levier de leur emprise…

Si on fait la guerre aux femmes voilées, pour la bonne mesure, il me paraît essentiel de lutter aussi contre les hommes barbus, de quelque religion que ce soit ! Évidemment, humilier un homme peut se révéler bien plus risqué qu’humilier une femme, surtout si la femme a été conditionnée à être soumise aux caprices des mâles alors que l’homme a été conditionné à se défendre et riposter. Alors, mieux vaut éviter de prendre des risques et continuer à s’en prendre à ceux et celles qui ne peuvent pas se défendre. Belle mentalité, n’est-ce pas?

Toujours dans les attributs masculins, si un jour, un père accompagne une sortie scolaire en portant une kippa, quelle sera la réaction de l’autorité ou de l’administration? La kippa étant un symbole religieux, le père sera-t-il autorisé à accompagner une sortie scolaire ou refoulé pour cause de prosélytisme religieux? De la même manière, l’homme à la kippa pourra-t-il entrer dans un lieu consacré de la République tel qu’un Conseil Général?
Bien évidemment, je suppose qu’on ne se pose pas la question non par peur d’être accusé d’antisémitisme mais parce que statistiquement, les pères sont moins enclins à accompagner une sortie scolaire que les mères…

Ceci dit, on entend peu parler de lutte contre les malfrats, gangsters et autres petits truands qui, soutenus par des régimes religieux peu recommandables, gâtent les esprits de gens voulant vivre en paix dans leurs quartiers. Quand je parle de régime religieux, j’inclus toutes les religions, qui ont toutes leurs ignorants, fanatiques et ambitieuxiii. Et le véritable danger, c’est bien ce détournement de la religion et l’appropriation de l’espace public par ces petites frappes imprégnés de prêches antirépublicains.

En tant que Franc-maçon et en tant que citoyen, je suis très attaché à la laïcité, qui n’a pas besoin d’une épithète, l’usage risquant d’en amoindrir ou d’en affaiblir le sens. Or, qu’est-ce que la laïcité ? C’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, du religieux et du politique. Ce n’est certainement pas l’anticléricalisme ou la condamnation de telle ou telle religion. La politique et la religion ayant pour effet de séparer les hommes, les débats politiques et religieux sont interdits en Loge, pour en préserver la concorde. Je pense que les législateurs avaient sensiblement la même idée en tête. Toutefois, j’ai cru comprendre qu’il y avait autre chose : avec la Révolution Industrielle venaient de grandes découvertes scientifiques, et les hommes politiques de l’époque souhaitaient que soient formés des esprits éclairés par la raison, libérés des fadaises religieuses et croyances obscurantistes telles que le créationnisme, la terre plate ou le développement durable.

Bon, quand on voit le résultat 114 ans après, on se dit qu’il y a encore du boulot. Beaucoup de boulot. A commencer par savoir ce qui se tapit derrière le voile.

J’ai dit.

iiOn peut lire : Désamorcer l’islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’islam, Les Éditions de l’Atelier,

iii Pour rappel, dans les années 80, un groupe intégriste catholique a incendié 2 cinémas parisiens diffusant La Dernière Tentation du Christ de Scorcese : https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_du_cin%C3%A9ma_Saint-Michel . Les attentats ne sont donc pas l’apanage des islamistes.

Vivre vraiment la fraternité entre nous déjà!

Vivre vraiment la fraternité
entre nous déjà!

Que n’a-t-on écrit sur la fraternité ? Qui n’a- frémi sous les mots amples et ampoulés pour la décrire ? Pourquoi nous appelons-nous Sœurs et Frères ? Quelles sont les preuves du bien-fondé de cette apostrophe ? Et pourquoi figure-t-elle quand, dans beaucoup de loges, nous nous écrions « Liberté, Égalité, Fraternité ? Tu verras, avec les exemples, que les trois vertus sont liées les unes aux autres. Par exemple, l’égalité et la fraternité ; puisque cette dernière ne peut vraiment exister sans une égalité minimale.
Des livres, des planches, des échanges et des jugements foisonnent . Quelle crédibilité ont donc ces louanges quand, dans sa loge, on sent de l’animosité, de la prétention, des pressions Que penser de cette cratophilie, comme l’écrivait mon maître Daniel Béresniak pour désigner l’amour du pouvoir. Il est vrai que l’organisation pyramidale naturelle de la meute humaine ne favorise pas trop les relations fraternelles dans la loge ; mais il est vrai aussi que l’entraide, la bienveillance et l’empathie sont aussi natives chez les hominidés. C’est pour cela que nous ne cessons d’en parler car nous sentons que nous recelons en nous ce trésor. Très bien tout cela. Mais transmettons-nous vraiment la fraternité, en la vivant au fil des tenues ? Parfois. Je trouve que bien des fois elle est laissée en état de friches dans le cœur de chacun qui est persuadé qu’il est fraternel. Alors, à ce Frère, à cette Sœur, je pose la question cruciale. « Depuis que tu es initié-e, que fais-tu, concrètement de fraternel que tu ne faisais pas avant d’entrer chez nous ? » Mon Frère, ma Sœur, lecteur, quelle est ta réponse ?
Pour l’avenir, dans les troubles des changements de civilisations, la fraternité riche sera une porte d’accès majeur entre les êtres. Raison de plus, pour les Francs-maçons, de la vivre entre eux Pour accomplir leur devoir, la transmission dans le monde profane Qu’elle ne s’attarde plus sur les étendards flottants des belles paroles. Qu’elle descende à la pratique de la marche réelle dans les sentiers fleuris et boueux de la vie en loge.
Je suis un ancien ; par l’âge et par la date de mon initiation. Pas de quoi se glorifier. Je connais des Apprentis qui sont allés plus loin que moi. Mais ce que j’ai certainement, c’est l’expérience accumulée lors de mes voyages maçonniques. J’ai regardé, apprécie, noté beaucoup de pratiques fraternelles, modestes dans leurs apparences mais efficaces dans leurs résultats. C’est ce que vais maintenant te présenter. Tu reconnaîtras des pratiques qui existent dans ta loge. Tu en découvriras d’autres qui sont expérimentées ailleurs. Mais surtout ne pense et ne dis pas : « Ce n’est pas dans le rituel ». Demain, la loge sera créative. Prépare-toi ! Je ne reviendrai pas sur les dispositifs rituels qui permettent à la fraternité d’éclore, notamment la méthode de prise de parole. Hors des chemins érudits, je ne ferai pas non plus de regroupements non plus pour favorise ta surprise. Ainsi qu’une liberté de choix non guidée. Je passerai du coq à l’âne sans vergogne. Allons-y !

• Le message collectif aux absents : Après la tenue, l’Hospitalier fait circuler une feuille blanche. Y sont inscrites en haut, à côté du sceau de la loge, quelques lignes du genre : « Ma Sœur (mon Frère) tu nous a manqué. Et l’égrégore n’était pas parfait mais nous t’adressons ce message de fraternité. Ainsi, par la pensée, tu fus avec nous. » Et chacun y va de deux, trois mots et de sa signature. Si une telle feuille t’arrive un jour car tu as été absent pour une raison d’importance, tu ressentiras comme cela fait du bien. De fait j’ai entendu, plusieurs fois, des remerciements de satisfaction.

• le rouleau des anciens disparus dans la canne. Lors des passages et autres tenues importantes, le Maître des cérémonies, devant tous, range dans le pommeau de la canne un papier qui contient le nom des membres décédés que l’on a connus. À défaut de pommeau, fixer le papier avec un ruban bleu ou noir. (Surtout pas un élastique)

• L’accueil des visiteurs : Certaines loges le font impeccablement ; d’autres ont vraiment à progresser. Voici ce qui se fait. D’abord chacun sur les parvis embrasse les visiteurs qu’il ne connait pas et échange les prénoms . Puis après l’ouverture solennelle le Vénérable les accueillent collectivement . Enfin, à la fin de l’appel, le Secrétaire qui a recueilli les noms les appelle. Quand je suis Secrétaire, je demande que le visiteur donne le nom de son rite ; celui de l’obédience s’il-elle y tient. Afin de marquer qu’il n’y a pas de frontières organisationnelles chez nous. La Franc-maçonnerie n’est-elle pas universelle ?
Au rite du Standard d’Écosse, la réception des visiteurs m’éblouit à chaque fois. le Vénérable descend, va chercher chaque visiteur l’un après et l’autre et le mène au centre de la loge. Là, il lui prend les deux mains et lui fait un compliment de bienvenue. Comme je me suis senti accueilli !
Notre Frère jean Mourgues a écrit cette belle phrase : « Reconnaître son frère sans l’avoir vu, l’honorer sans le connaître et l’aimer pour ce qu’il est sans l’avoir choisi personnellement, c’est là le tour de force de la fraternité initiatique. »

•Le remerciement. Contrairement à une idée très sotte qui circule depuis une dizaine d’années seulement, il est non seulement utile de dire « merci » en tenue mais indispensable pour le renforcement de la fraternité. Cela a été démontré mille fois par Seligman et son école, la psychologie positive. Masi des Maçons l’ont deviné . À preuve cette déclaration que l’on trouve au Standard d’Écosse, déjà cité : «La bienfaisance jouit d’un double agrément du ciel, car elle bénit autant celui qui donne, que celui qui la reçoit  «  Dire « merci » c’est une sorte de bienfaisance.
Ce qu’il faut absolument éviter en tenue et le jugement, par exemple sur la qualité d’une planche. Des phrases comme « Je te félicite, ma Sœur pour la clarté de ta planche » sont à proscrire. Ou à l’inverse « Mon Frère, tu aurais du revenir au rituel plusieurs fois » Pourquoi ? parce que le jugement crée une relation d’autorité entre le juge et le jugé. De ce fait, ce dernier risquera de perdre de la liberté d’expression.

• Choisir sa place aux agapes. Si tu as le bonheur de faire des agapes assises, alors choisis bien ta place : pas auprès d’un adepte que tu connais bien. Non ! Près d’un visiteur, d’un initié de la loge en privilégiant ceux et celles pour lesquels tu ressens peu de sympathie ;quel que soit son degré bien entendu. N’oublions pas que c’est d’abord le corps qui parle, puis les émotions, enfin la raison. S’asseoir ainsi est déjà un mouvement fraternel.

• Écouter sans couper la parole. Tu vas me dire : « Mais c’est le B A BA de la politesse. Certes, certes ! Mais le devoir est encore plus impérieux entre nous. Certains peuvent améliorer leur performance, me semble-t-il. Qui n’a éprouvé que sentir écouté est un plaisir tel qu’il déclenche souvent notre gratitude. C’est une des clefs principales, la première, peut-être, de cette qualité dont on parle tant : l’empathie. Sans couper la parole mais sans oublier de regarder le Frère, la Sœur avec attention : il-elle le ressentira positivement.

• Fêter les anniversaires d’initiation. Bien sûr, dans certaines loges. l’Hospitalier fête les anniversaires profanes. Cela se défend mais je préfère ce qui se fait aussi : la mention de la date d’anniversaire d’initiation. Ne compare-t-on pas cette cérémonie à une renaissance après l’oubli du vieil Homme ? Évidemment l’Hospitalier peut se charger de l’affaire mais je crois que la marraine, le parrain peuvent aussi la prendre en charge. C’est moins formel et plus affectueux.

• Embrasser vraiment. Là, je trouve que nous avons des efforts à faire. La tradition anglo-saxonne qui s’est peu répandue chez nous veut que ce soit une « accolade fraternelle » sans mention du baiser. Comme le disent joliment les Compagnons du Tour : le baiser de paix. Or point n’est besoin d’être grand clerc pour ressentir un baiser sur la joue comme une marque d’affection. Maintenant, depuis le milieu du XXème siècle les scientifiques n’hésitent plus : Le corps et le psychisme sont complètement intriqués. Et tout part du corps qui engendre l’émotion qui monte à la conscience le cas échéant et qui déclenche la raison. Cette dernière revêt de mots plus ou moins clairs, le contact physique. Tout est mêlé parfois en des fractions de secondes. Conséquence pour les trois baisers : Faire semblant d’embrasser en touchant, avec distance, les pommettes, est reçu par le destinataire comme un manque d’intimité. Plus simplement comme une distance affective, une vulgaire habitude politesse. Ce qui, reconnaissons-le, est ennuyeux pour un groupe qui prône la fraternité.
Selon mon expérience, la fraternité est un ensemble qui regroupe : la courtoisie, la confiance, la transparence, l’empathie et l’affection. Si tu es d’accord avec cette proposition, alors embrasse vraiment ton Frère, ta Sœur : trois baisers avec la bouche, sur les joues. Certains d’entre nous vont se rebeller car ils n’aiment pas la proximité des corps. Ils vont trouver de bonnes raisons. Je crois qu’ils ont intérêt à se poser la question : « Pourquoi je fuis le contact ? » C’est une question fondamentale dans son introspection, recommandée vivement dans notre Ordre.

• Toucher une partie du corps de l’autre : la main, le bras, l’épaule pour le rendre plus réceptif. C’est tout à fait recommandé quand on s’adresse à lui, à elle pour un message important. C’est largement démontré en quelques circonstances que ce soit : le serveur qui effleure l’épaule de son client a nettement plus de chance de recevoir une parole gentille, un meilleur pourboire. Expérience classique. À mettre en pratique en tous lieux, avec les membres de sa loge, sur les parvis, bien sûr ; mais aussi avec tout le monde : tu déclencheras de la sympathie pour toi. Sauf évidemment avec les peureux du contact physique. Et encore c’est à voir, avec l’habitude affectueuse développée entre nous.

• Résumer la pensée de l’autre et lui poser une question. C’est une des bases de l’empathie. Pas si naturel que ça. En fait, cette écoute de qualité s’apprend. Nécessité d’abord d’être patient quand le vis-à-vis parle. Surtout ne pas l’interrompre par un « Pour moi, tu sais, c’est la même chose » ou « Ce n’est pas du tout pareil pour moi ! Je vais te dire… ». L’autre évidemment ne sent pas une attention dirigée vers et pour lui. D’ailleurs, tout petits, ne nous a -t-on pas seriné : « On ne coupe pas la parole ». Pourtant, avec la croissance, l’ordre de courtoisie est parfois relégué au fond des souvenirs opaques.
Ce n’est pas tout, pour arriver à un chef d’œuvre de l’écoute. Il y faut trois temps : d’abord ne pas interrompre, nous venons de le voir. Ensuite, et ce n’est pas facile, reprendre en quelques phrases ce que vient de dire son interlocuteur.

• Ne pas se courber en deux quand on salue le Vénérable ou un dignitaire quelconque. Lors d’une entrée ou sortie de loge, ou en toute autre occasion (réélection…). Bien sûr plusieurs d’entre nous vont se récrier : « Mais enfin il s’agit d’une marque de respect envers quelqu’un qui a une fonction plus importante que soi ». En rajoutant souvent : « Surtout à une époque où le respect existe de moins en moins » Mon avis est complètement différent : pour une Voie initiatique qui prône la liberté et l’égalité, respecter l’autre est une évidence. Pour des motifs altruistes et de bienveillance. Mais surtout pas par soumission au dispositif et aux coutumes dépassées de l’organisation. Oui, le Siècles des Lumières nous a légué des valeurs sûres mais souvent habillées du fatras culturel de l’époque. Par exemple, ôter son chapeau et se courber devant uen personne de plus haut rang que soi. Toutes ces histoires ne tiennent plus la route périlleuse qui s’ouvre à l’humanité.

•Le passage des mains à l’initiation. Comme j’ai été ému la première fois où j’ai participé à ce serrage des mains de l’impétrant aux yeux bandés. Voici la séquence. En deuxième partie de l’initiation avant le dévoilement de la Lumière (Grand « L » ?) les initiés agissent ainsi : l’Expert fait faire, au candidat, le tour de la loge, où les Frères et Sœurs, en cercle sont debout. Puis l’impétrant est avancé vers le premier adepte. Celui-ci, celle-là prend les deux mains du nouveau et les serre. Comme chacun a un corps qui parle fort, le serrage n’est pas seulement le même à chaque fois. Sous son aspect répétitif, la poignée des deux mains transmet un message personnel . sans intervention de la conscience, dans le registre nu des sensations. C’est de corps à corps que la fraternité, l’accueil affectueux se transmet. Comme je regrette que ce geste rituel n’ait pas existé lors de mon initiation, en 69. La spiritualité qui mêle sensations, émotions, et prises de conscience n’était guère à l’ordre du jour dans la plupart des rites.

• Chanter à la chaîne d’union. D’abord souligner que la chaîne d’union est un symbole très fort car fondé clairement sur le physique et de là…. Quand je pense que des loges l’ignorent encore. C’est le premier point. Le second, c’est : « Que chante-t-on ? ». On pourrait laisser le choix à la discrétion de la loge. Une coutume s’impose pourtant : le chant écossais Auld lang syne (XVIIIème siècle), traduit en français par « Ce n’est qu’un au revoir ».
Chanter avec les autres est une joie profonde, qui transporte ailleurs, hors les murs de l’atelier. Avec l’espoir, l’entente sans réserve, le partage immaculé ! À entonner après la lecture du texte, à la fin, avant le « Dénouons nos mains.). Petite remarque : dans un des couplets suivants les deux premiers qui sont seuls chantés, le nom de Dieu est prononcé, mais on se content de chanter les deux premiers couplets. On trouve alors la jouissance d’être ensemble, une unité.

• Pour l’Orateur, terminer les conclusions par une note positive ou d’espoir. Car cela dispose bien les auditeurs. C’est une des conséquences résultant de l’effet Zeigarnik. Il a été étudié scientifiquement en premier, par Bluma Zeigarnik. que l’Orateur va déclencher. C’est une des clefs du maintien du moral des groupes, une loge en particulier. Alors l’Orateur doit le mettre en place avec une ou deux phrases à la fin de ses conclusions. Si tout s’est bien passé, le dire clairement : « voici pourquoi ». Si la tenue fut médiocre, ne pas terminer dans la grisaille du constat triste mais par une ou deux phrases dans le genre : « Nous pourrions, à la prochaine tenue, faire ceci ou cela. Ainsi nous nous améliorerons encore. » Ou « Notre chemin de loge n’est pas toujours très facile mais les difficultés que nous rencontrons sont de belles occasions de nous perfectionner ». Il va de soi que le Vénérable, de son côté, renforce brièvement cette note d’espoir. Ainsi s’assure-t-on que les Sœurs et les Frères partiront en bonne forme.

• Aller visiter un honoraire qui ne vient plus, parce qu’il est trop âgé ou/et malade. Qui fait la démarche ? Un Maître qui l’a bien connu et un Apprenti qui ne l’a jamais rencontré. Rien de tel pour honorer les anciens. Rien de tel pour démontrer ce qu’est une chaîne « qui vient du passé et tend vers l’avenir ».La loge où j’ai appris ce dispositif fraternel et affectueux, le mettait en œuvre une fois l’an. Mais la fréquence peut être modulée selon les cas. Je t’assure, voir des éclairs de joie dans les yeux d’un ancien est émouvant !

• Au passage au deuxième degré, faire une pause et partager le vin et le pain dont chacun déchire un morceau qu’il offre à un autre. Symbole de fraternité inscrit dans la réalité physique : tout le monde le comprend sans se casser la tête sur les dictionnaires de symboles. Bien sûr inspiration de la Cène puis du rituel de la messe, qui l’a rendu abstrait : c’est l’officiant qui boit et donne « à manger » les hosties. Dans le rite qui pratique ce simple et beau symbole fraternel, on arrête la cérémonie. Tout le monde se lève dans le désordre. Le Vénérable, le premier, boit le vin rouge dans une grande coupe et la tend ensuite à son voisin. Puis il partage le pain en prélevant une bouchée pour lui. Point de commentaire quand la scène est terminée. Une nouvelle fois, les mythes et les symboles qui s’ancrent dans la réalité physique n’ont point besoin d’explications. Ce qui n’empêchera pas le Second Surveillant d’échanger sur ce moment avec ses Compagnons, lors d’une séance d’instruction (comme on le dit encore, aujourd’hui hélas, à la mode du XIXème siècle) Pas d’érudition : ce qu’ils ont vécu et ressenti.°

• des agapes fraternelles. Souvent on dit que les agapes font partie de la tenue et c’est bien vrai. On sait aujourd’hui que l’organique, l’émotionnel et la conscience sont étroitement mêlés. Ils sont enlacés dans la moindre de nos attitudes et comportements. Les agapes, c’est d’abord l’organique, bien sûr ; mais elles peuvent être le moment d’exhausser la fraternité de deux manières. À mettre en place pour les loges qui ont des agapes assises, hélas pas toutes et c’est bien dommage.
D’abord, dans toute la mesure du possible, les agapes sont préparées par plusieurs membres de la loge, à tour de rôle. C’est le rôle du Maître des banquets que de faire la répartition. Pas facile, me diras-tu ! Nous travaillons et, avec la vie familiale, il n’y a guère de temps. J’ai vécu tout cela mais je t’assure qu’au-delà de l’aspect contrainte, préparer le plat, le dessert, apporter le pain, le vin… te renvoie, en pensée, inévitablement aux FF et aux SS En cela, tu marques un point concret de fraternité. Les loges qui se retrouvent à table au siège de l’obédience n’ont pas cette possibilité. Dommage !
Ensuite, un minuscule détail peut avoir le même effet fraternel en toute discrétion. Voici : Bien souvent, l’agapeur pose les plats sur la table et attend que chacun se serve. Trois façons de procéder : Les plats restent au milieu et on se sert en tendant le bras. Mais on fait souvent mieux : le plat est passé de l’un à l’autre. Beaucoup plus courtois. Le mieux ? Quand le plat m’arrive, je ne me sers pas en premier et je propose à mon voisin, ma voisine de le servir.
C’est ainsi que les agapes peuvent faire partie de l’arsenal fraternel

• Faire le signe d’ordre. L’usage dans les loges que j’ai fréquentées est toujours le même mais je ne crois pas qu’il faille généraliser. La Sœur, le Frère qui entre dans une tenue en cours parce qu’il est retardataire ou parce que la cérémonie l’exige, se met à l’ordre, fait les pas. Il, elle fait le signe pendant la marche ou à la fin, ce n’est pas ce qui importe. Ceque j’ai observé ce sont les Vénérables et les deux Surveillants, à ce moment-là. Comme tu le sais ils restent assis et font le signe avec leur maillet. Cela m’a toujours choqué. D’abord le signe réclame impérativement, vu sa force symbolique, d’être accompli debout. Ensuite, je me demande pourquoi les trois officiers usent de cette dérogation. Et on me répond, presque tout le temps « C’est pour bien marquer la hiérarchie dans la loge. » Ahurissant pour deux raisons : d’abord confirmation de la structure pyramidale du pouvoir comme dans la vie profane où certains commandent à ceux qui sont censés leur obéir. Ce qui, quand on y réfléchit bien, ne me semble guère maçonnique Ensuite, c’est une violation du principe d’égalité entre tous les Maçons du globe. Là je trouve cela grave. Et pourtant, je n’ai jamais réussi à changer cette pratique. Toi, je le souhaite.

• L’Hospitalier n’est pas le seul à prendre des nouvelles des absents. Si nous prétendons que la fraternité est la pierre de touche de la Voie, ce que je crois, alors joindre les absents malades est le devoir de tous. Voici ce que j’ai observé une fois : L’Hospitalier demande une assistance : Trois membres de la loge, tour à tous, joignent aussi le Frère, la Sœur malade. Le mieux est, bien sûr, d’aller le voir mais la vie moderne ne nous rend pas aisée cette tâche. Alors le mèl, le téléphone visuel si possible viennent à la rescousse.

• Citer les absents en début de la chaîne d’union. Si besoin, rappeler les causes de leur absence. Ne surtout pas oublier les honoraires.

• Nous ne cessons de répéter, en France particulièrement, que la Franc-maçonnerie est universelle. En cela, la chaîne d’union, peut-être une belle occasion de le démontrer. Comment ? Ceux et celles qui parle une langue étrangère seront invités à lire le texte de la chaîne dans cette langue. Peu importe que l’on ne comprenne pas ladite langue. Tout le monde ne connaît-il pas cet appel à la fraternité universelle ?

Voilà donc 21 possibilités d’accroître la fraternité entre les adeptes d’une loge. Et, ce faisant de développer un climat général de courtoisie, d’attention et d’empathie. Ne serait-ce pas une des composantes essentielles du fameux «égrégore » ? C’est mon avis. Quand l’atmosphère de la tenue est ainsi rendue plus ouverte et chaleureuse, chacun se livre avec plus de détente. Il-elle donne ainsi à voir ce qu’il est, ressent plus que ce qu’il pense. Et alors la voie royale de l’introspection s’ouvre à tous ceux qui cherchent vraiment à devenir eux-mêmes, dans le tourbillon des émotions croisées et affectueuses.

Chronique d’une grève inopinée

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J’aurais dû être en loge cette semaine, mais les caprices des guignols des syndicats de cheminots en ont décidé autrement. Je me suis rendu comme tous les 15 jours dans ma maison perdue dans la Diagonale du Videi, ce qui m’a permis d’expérimenter une ambiance de catastrophe digne d’un roman de Pierre Bordage à la gare. Des voyageurs désemparés, un seul train salvateur en fonctionnement et les cheminots amenés à faire du tri, autrement dit, à ne laisser passer que les porteurs de ce précieux sésame qu’est le billet de train. A l’heure où j’écris ces lignes, mon train de retour a été annulé, les bus ont été pris d’assaut de même que les autres éventuels trains. Je suis donc coincé à la campagne. Inutile de vous dire que mon employeur ne va pas forcément apprécier la plaisanterie, même si j’ai pu prendre mes dispositions. Et encore, je bénéficie de la (relative) chance d’être fonctionnaire, ce qui veut dire que je ne peux pas perdre ma place arbitrairement. Mais je pense à celles et ceux qui ont perdu leur emploi à cause des grèves diverses de cheminots, comme la dernière en date, la grève perlée de 2018. On en a peu parlé, mais des personnes ont perdu leur emploi parce qu’elles n’ont pas pu se présenter à leur poste. Et je ne suis pas sûr que les guignols des syndicats ne leur aient versé une aide des caisses de grève. Mais c’est une autre histoire.

La grève du 19 octobre a pour origine une application du droit de retrait. En gros, la base accuse la direction de créer des conditions de travail dangereuses, en laissant circuler des trains sans contrôleur, avec un pilote seulement. Un accident survenu dans les Ardennes aurait mis le feu aux poudres et incité les cheminots à cesser le travail, en invoquant ce droit de retrait. Certes. Mais dans ce cas, utiliser l’argument du droit de retrait après l’accident et paralyser le trafic ferroviaire, surtout un jour de grand départ, relève de la malhonnêteté intellectuelle et de la pure mauvaise foi, quand ce n’est pas de l’égoïsme de classe. Au fait, il n’y a pas eu de grève ou d’application du droit de retrait après la catastrophe de Brétigny sur Orge et ses sept morts en 2013ii… Quelle cohérence !

Evidemment, les tenants de la privatisation à tout va expliqueront que c’est la faute aux pouvoirs publics et qu’il faut privatiser la SNCF pour que les usagers en deviennent clients, comme pour les compagnies aériennes. Mais quelle bonne idée ! Demandons aux clients d’Aigle Azur, XL Airways ou Thomas Cook ce qu’ils en pensentiii.

Les anglais eux-mêmes font machine arrière et en reviennent à la nationalisation des transports ferroviaires, après s’être aperçus que la privatisation ne fonctionnait pas.

En attendant, nous assistons toujours au même psychodrame entre les syndicats et la direction de la SNCF. On en rirait, s’il n’y avait pas un impact direct sur des usagers bloqués et dans l’incapacité de voyager, d’aller à leur emploi ou de rentrer chez eux. J’en profite pour saluer le grand professionnalisme des cheminots et personnels d’accueil qui ont continué le travail et fait de leur mieux pour assurer le service.

Quel rapport avec la Franc-maçonnerie, me direz-vous ? Hé bien, en tant que Franc-maçon, je suis très attaché à l’engagement. C’est d’ailleurs une valeur dont on parle beaucoup dans les Hauts Grades, mais qui n’a plus guère cours dans notre monde. Or, ce qu’a fait la SNCF, sur le plan éthique, est grave. C’est une rupture d’engagement. Normalement, la jurisprudence est très claire sur ce point, le service public doit fonctionner. C’est le principe de continuité de service. Interrompre le service de la sorte peut constituer une faute grave. Bien évidemment, ce sera aux juges administratifs de qualifier cela. Mais du point de vue éthique, rompre un engagement est aussi une faute grave. J’écoutais un jour une interview du juriste Alain Supiotiv qui expliquait le problème de l’engagement dans le néolibéralisme. La société néolibérale est une société où la parole donnée ou l’engagement ne valent plus rien face au droit ou au profit. Or, toujours selon Alain Supiot, dans une société où la parole donnée n’a plus valeur d’engagement, la seule issue est la violence.

Avec cette grève surprise, je ne pourrai plus avoir confiance en la SNCF quand je devrai me déplacer. C’est malheureux. Et malgré mes engagements syndicaux, je ne pourrai plus être solidaire d’une bande de guignols dont le comportement met gravement en difficulté des gens qui subissent déjà les effets de l’incurie des services divers (défauts d’entretien des voies ou du matériel vieillissantsv, trains supprimés sans raison valable, l’alcoolisme des mécanos n’en étant pas une., retards réguliers à l’arrivée comme au départ..).

Nous allons tous payer le prix de l’inconséquence de nos dirigeants aveuglés par le mirage anglo-saxon. L’avenir ne me dit rien qui vaille.
J’ai dit.

iLa Diagonale du Vide est la ligne allant des Pyrénées aux Ardennes. Elle comprend nombre de départements ruraux, dont la population est numériquement inférieure à celle d’un arrondissement parisien… Elle est quelque peu désertée par les services publics. Voir mon article intitulé Carte Postale pour les plus courageux.

iihttps://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_ferroviaire_de_Br%C3%A9tigny-sur-Orge

iiiCes 3 compagnies ont fait faillite, laissant sur le tarmac leurs passagers sans possibilité de rapatriement ni de remboursement.

ivAlain Supiot sur Arte – Disponible ici: https://youtu.be/Dpzv8H16R-Q et là: https://youtu.be/0-rOqywzWEY

vVoir à ce propos les enquêtes du Canard Enchaîné à propos de la catastrophe de Brétigny sur Orge et sa fameuse éclisse.

La Méditation qu’en attendre ? (pour l’amour de la vie)

Colloque sur la méditation vendredi 11 octobre 2019

Intitulé « La méditation, qu’en attendre ? Pour l’amour de la vie ! »

Ce colloque nous a présenté les bases scientifiques et médicales de la méditation et dévoilé les protocoles de méditation.

Organisé par Le Dr Alain et Bréant et produit par Franck Fouqueray, Président des Editions LOL. L’objectif était d’informer un large public sur 3 points :

  • La réalité de la pratique de la méditation
  • Les bases scientifiques et médicales de la méditation
  • Le protocole de méditation

Vidéo d’introduction

Au programme : (voir vidéos ci-dessous)

19h : Présentation du colloque par Mr Franck Fouqueray, Président des Editions LOL, organisateur du colloque

  • Première intervention : l’expérience de la méditation dans la vie courante, par Mme Ida Radogowski, pratiquante de la méditation (20 minutes)
  • Deuxième intervention : Les bases médicales et scientifiques de la méditation, par le Dr Alain Bréant (20 minutes)
  • Troisième intervention :  Méditer pour l’amour de la vie et de toutes les vies », par Mme Sofia Stril-Rever, spécialiste du sanskrit et biographe du Dalaï-Lama (20 minutes)
  • Temps de méditation animé par Mme Sofia-Stril-Rever, (15 minutes environ)

20h15 : Débat avec la salle animé par Franck Fouqueray (1h30)

22h : Fin du colloque

 

Liens Youtube vers les diverses interventions :

Bio des Intervenants :

Mme Ida Radogowski :

  • Travaille dans le secteur du spectacle vivant, a créé un bureau d’aide en gestion et administration, auprès de compagnies de théâtre et ensembles musicaux.
  • Suit des enseignements et a une pratique régulière de la méditation depuis plus de trente ans auprès de maîtres de la tradition du bouddhisme tibétain ainsi que des nonnes et moines de la tradition du bouddhisme theravada (moines de forêt).
  • A pratiqué le Hatha yoga et enseigne actuellement le yoga nidra (yoga de relaxation profonde en se basant sur des exercices de rotation de l’esprit dans le corps, de respirations et de visualisations).

Dr Alain Bréant

  • Né en 1947, il a exercé la médecine générale, orientation homéopathie acupuncture ; en cabinet jusqu’à son départ à la retraite en 2010. Depuis 2011 il continue d’exercer la médecine en faisant des remplacements.
  • Il est l’auteur de « Votre santé par l’horoscope chinois ».

Mme Sofia Stril-Rever

  • Née au Maroc, est une sanskritiste, indianiste, tibétologue, écrivain et scénariste française
  • Diplômée d’études indiennes de l’Université Paris III,
  • Formation traditionnelle auprès de pandits indiens, à l’Université Bouddhiste de Sarnath (Inde) et auprès de maîtres spirituels tibétains. Initiation au monastère de Kirti, à Dharamsala
  • Spécialiste mondiale du Tantra de Kalachakra,
  • Directrice de l’institut Menla Ling dans la vallée de l’Eure, espace de paix et de sagesse, dédié à la pratique du Bouddha de Guérison, du Mantra Yoga et de la méditation. Il a été inauguré le 6 novembre 2009 par le Dr Nida Chenagtsang. Menla Ling propose des retraites spirituelles de méditation et de yoga, des week-ends d’enseignements sur l’étude des mantras sacrés et des pratiques de méditation du Bouddha de Médecine.

Mme Christiane Rolin

  • Née à Bordeaux, dans une première vie, journaliste à Sud-ouest, avec une maîtrise de Lettres Modenes puis enseignante  en lycée et formatrice d’adultes, notamment sur la gestion du stress pour les équipes médicales et les encadrants de diverses entreprises.
  • Formée à plusieurs disciplines thérapeutiques et psycho corporelles et après des études de psychologie clinique à Nanterre, j’entame  un parcours qui m’amène à devenir psychanalyste en 1990.
  • C’est en 1994 que je rencontre le maître Zen Thich Nhat Hanh avec lequel je découvre la méditation de pleine conscience, ce qui change ma vie et transforme ma pratique  psychanalytique.
  • Instructrice M.B.S.R (mindfulness stress reduction ) en 2014, selon le processus de réduction du stress du Médecin Jon Kabat Zinn, je suis formée par Florence Méléo Meyer, directrice du Centre de Formation à la mindfulness dans la médecine.
  • Instructrice MBCT selon le protocole  de  Zindel Segal , professeur de psychologie cognitive à l’Université de Toronto, concernant la prévention de la rechute dépressive  par la pleine conscience.
  • Ma pratique de la méditation de pleine conscience avec les adultes m’incite à m’intéresser de plus près aux graines à semer dès le plus jeune âge , et je rejoins en 2016  l’A.M.E (Association pour la Méditation dans l’Enseignement) avec le  programme P.E.A.C.E

La question du mal (3) : la place de l’Autre

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J’étais en Loge un soir, plus précisément à une conférence publique dont l’un des invités n’était autre que le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik. L’occasion pour moi de me replonger dans certaines de ses publications, notamment celles sur ce qu’on pourrait qualifier de mal, notamment un dialogue entre lui et l’écrivain Tzvetan Todorov intitulé La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal. Dans cet opuscule, quelques idées m’ont particulièrement marqué. Par exemple, le Bien et le Mal sont des notions relatives. Les auteurs en veulent pour preuve que les dirigeants et exécutants de régimes totalitaires se définissent eux-mêmes comme parangons du Bien et que ceux qui ne sont pas comme eux sont le Mal. Ainsi, les djihadistes, les khmers rouges, les nazis dans leur système de pensée sont persuadés d’agir pour le Bien, quand nous, occidentaux, les voyons comme exemples du Mal. Mais dans le fond, qu’est-ce que le Mal ? Au-delà de la relativité de la notion, j’ai trouvé dans un autre ouvrage d’un autre médecin (Christophe Dejours, Souffrance en France, paru en 1998) : faire le mal est infliger une souffrance indue à autrui. Une définition d’autant plus intéressante que le dialogue entre Boris Cyrulnik et Tzvetan Todorov met en valeur une idée très importante, relative à la perversion : le pervers vit dans un monde sans Autre.

Face à cette idée, je ne puis m’empêcher de faire un parallèle avec un ouvrage américain, La révolte des Elites du sociologue et historien Christopher Lasch, ouvrage qui explique le fonctionnement des classes supérieures. Les travaux de Christopher Lasch mettent en évidence l’éloignement toujours plus grand des classes supérieures des classes moyennes et populaires et les décisions des classes dirigeantes allant non vers l’intérêt général mais plutôt vers leurs intérêts… de classe. Décidément, on n’a guère avancé depuis Marx. On pourra noter que fleurissent chez nos libraires des ouvrages avec un message similaires : les représentants de nos classes dirigeantes vivent depuis leur enfance dans un milieu protégé et privilégié et, une fois au pouvoir, appliquent une politique de préservation des intérêts de leurs classes sociales (idées principales de La violence des riches des Pinçon-Charlot, de Ce pays que tu ne connais pas du député François Ruffin ou encore de Crépuscule de Juan Branco).

Le problème de notre société occidentale serait donc que nos élites pratiquent l’entre-soi depuis leur enfance, chose que leur permettent leurs moyens à en juger par les études sociologique sur le sujet. Dans cet entre-soi, l’Autre est principalement un sosie du sujet. C’est ainsi que se créent des écoles privées (privées de racaille comme le chantait Renaud), regroupant les héritiers des grandes familles bourgeoises ou les jeunes Rastignac contemporains, tandis que les autres classes sociales cohabitent comme elles peuvent dans les établissements de l’Education Nationale, ceux-là même qui sont surpeuplés, délabrés.

En Loge, nous n’avons pas d’autre choix que d’accueillir l’Autre. La Franc-maçonnerie a été conçue comme le lieu où des personnes se sont rencontrées, qui ne se seraient jamais connues autrement. Le problème qui se pose est le phénomène de cooptation qui peut se produire en Loge. J’ai remarqué qu’un Frère un peu plus charismatique que les autres pouvait amener des collègues ou des proches, mais des gens qui lui ressemblent. C’est ainsi qu’on peut avoir des Loges d’enseignants, de musiciens, d’architectes, de fonctionnaires etc. Pour ma part, je pense qu’une Loge devrait veiller à la diversité de son recrutement, afin de mieux ressembler à la société.

A ce propos, je me suis livré à une petite analyse sociologique de ma Loge : majoritairement des cadres retraités, des Frères exerçant des professions libérales, des fonctionnaires etc. On a aussi deux étudiants, qui viennent casser la moyenne et creuser l’écart-type. L’âge moyen est plutôt de l’ordre de la soixantaine. Si on peut connaître les présents, la bonne question serait : qui sont les absents ? Je dis bien les absents et non les absentes (ma Loge étant non-mixte, la question ne se pose pas). Qui sont les autres qui nous manquent ?
Le profil moyen dans ma loge est donc un homme de la classe moyenne, jouissant d’une bonne situation et d’un bon niveau d’études (seul le plus jeune des étudiants n’est pas encore diplômé, par construction). Nous n’avons aucun représentant des classes les plus riches. On dit qu’ils préfèrent une autre Obédience, paraît-il plus chère… Nous n’avons aucun représentant des classes populaires non plus (dans ma Loge, du moins, je ne connais pas les statistiques de l’Obédience). Et je trouve ça dommage, réellement dommage. Pour reprendre les mots d’un Frère très haut gradé, ce sont ceux qui n’ont pas forcément fait d’études ou qui vivent dans un monde que nous ne connaissons pas que nous devrions accueillir et écouter en premier. A l’instar de ce Frère, je ne supporte pas d’entendre « la Franc-maçonnerie, pas pour moi ». Certes, tout le monde n’a pas forcément la tournure d’esprit pour frapper à la porte du Temple, loin de là. Mais en aucun cas, ce n’est une affaire de titres universitaires : on peut être titulaire d’un master et être incapable d’aborder la démarche initiatique ou être titulaire d’un CAP et être un grand initié. L’ancien Grand Maître de la Grande Loge de France avait une fois parlé de la Franc-maçonnerie comme d’une « élite du cœur ». Autrement dit, on ne chercherait pas à créer un cercle d’élites diverses (il y a d’autres lieux pour ça : l’Ecole Alsacienne, les différents country clubs, le Cercle de l’Union Interalliée, les associations d’anciens élèves de grandes écoles etc.) mais bien à éveiller le meilleur qu’il y a en chacun de nous. Le pari du Rite Ecossais Ancien et Accepté est d’offrir à chaque Frère ou Sœur la possibilité d’être un peu meilleur et par contagion, d’améliorer le monde autour de soi. Le pari du Rite Français revient au même mais par un cheminement différent.

Nous nous privons de rencontres, nous en venons à pratiquer un certain entre-soi entre gens de la classe moyenne, bien qu’à sa fondation, la Franc-maçonnerie obédientielle fût conçue pour être le centre de l’union, et réunir des personnes de bonne volonté qui autrement ne se seraient jamais rencontrées. Et la rencontre avec l’Autre nous permet d’échapper à la perversité et surtout aux décisions dont les conséquences sont néfastes pour autrui.

La tolérance (même si je préfère parler d’accueil, mais c’est une autre histoire), qui est exigée de chaque Franc-maçon doit nous amener à accepter l’Autre dans sa différence, surtout s’il est très différent de soi. Fraternité, mais surtout, altérité. La fraternité déclinée en altérité et la diversité de nos relations nous protègent de la perversion, ce « monde sans Autre ». Et je plains tous ces héritiers devenus dirigeants, qui ont grandi entre eux dans leurs cages dorées, qui ne sont jamais que des touristes dans leur propre pays et dont l’Histoire balaiera les noms, après les ravages que leur ignorance les aura fait commettre.

J’ai dit.

Gloire au Travail ? Mon œil ! Travailler plus pour travailler jusqu’à la mort.

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J’étais en Loge hier soir, et j’ai pensé, en voyant mes Frères sur les colonnes à cette sombre réalité qu’est la vieillesse. Entre un Frère Surveillant en train de devenir sourd, un autre qui a des problèmes pour se déplacer, des Frères absents pour raisons de santé (généralement des maladies liées à l’âge), des Frères que je vois lentement et inexorablement décliner, je me rends compte à quel point vieillir rend vulnérable. C’est pour cette raison que nous avons inventé les caisses de retraites : financer un salaire différé pour pouvoir vivre dignement après s’être bien usé à travailler, ou plus précisément à créer une richesse accaparée par les possédants et tenants du grand capitali . Le principe de ces caisses a été conçu et développé dans l’Entre-deux-guerres, puis formalisé sous le Front Populaire. Les travailleurs paient une cotisation à une caisse de retraite ou une assurance sociale afin de disposer d’un revenu minimum lorsqu’ils ne peuvent plus être employés, usés par l’âge ou le labeur. La sécurité sociale ne fonctionne pas autrement : chacun cotise à hauteur de ses moyens et en cas de coup dur, reçoit une indemnité lui permettant de garantir son niveau de vie. Le système fonctionne sous réserve que la réserve de travailleurs cotisants et que le nombre de bénéficiaires soit équilibré. Et que les comptes soient bien gérés, mais ça, c’est une autre histoire. Il s’agit ici de l’application de deux valeurs maçonniques fondamentales : le solidarisme et le mutualisme. Chacun cotise un peu pour que tous soient protégés des coups du sort : accident, maladie, vieillesse etc.

Ce système (complexe, il est vrai) fonctionne à la condition qu’il y ait suffisamment de travailleurs pour le financer par les cotisations. Le problème, depuis les années 80 et la désindustrialisation, c’est qu’il n’y a plus assez d’emploi en France pour tout le monde. Et le plus moche, c’est que nos personnes politiques en sont partiellement responsables, complices qu’ils sont de la quête de profits des grands possédants d’entreprises dont l’objectif inavoué est le rétablissement d’une forme de féodalité ou de servage… L’étape essentielle de la quête du profit est, en toute simplicité, la réduction du coût du travail, avec les conséquences que cela peut avoirii, et que l’ensemble de la société paiera, plutôt que l’entreprise…

Nous sommes à présent confrontés à un ensemble d’injonctions paradoxales : il est demandé à chacun de travailler plus, plus longtemps, alors que le nombre d’emplois est limité et que la jeune population souhaite trouver une situation stable, quand la population la plus ancienne s’accroche jalousement à son emploi.

Par ailleurs, des éditorialistes plus en quête de notoriété que de vérité rivalisent d’imagination pour montrer que telle classe de travailleurs est plus privilégiée qu’une autre, créant de facto un ressentiment de tous contre tous : ouvriers contre cadres, salariés du privé contre fonctionnaires etc. Chacun s’estimant désavantagé par rapport aux autres sera prêt à accepter une dégradation des conditions du contrat social. Dans ces conditions, qui sont une conséquence de l’individualisme forcené lui-même né du néolibéralisme, comment protéger nos valeurs de solidarisme ?

Outre les problèmes de conservatisme syndical qui se posent, je suis très inquiet du fait qu’aucune réelle consultation de pénibilité des métiers n’ait encore été engagée. Les métiers ont évolué : les difficultés ne sont plus les mêmes. Des métiers d’abord considérés comme faciles sont devenus très difficiles (métiers du soin, métiers de l’éducation), et inversement, des métiers difficiles et dangereux sont devenus moins pénibles (conducteur de trains). Les métiers ouvriers restent pénibles et dangereux (ouvriers du bâtiment, égoutiers, éboueurs etc.).

Evidemment, la réponse du patronat a toujours été de ne jamais vouloir prendre en compte la pénibilité engendrée par les conditions de travail dégradées, conditions issues de la recherche du profit des patrons.

A ce propos, lors de son allocution du 4/10, le Président de la République déclaré ne pas aimer le mot « pénibilité », qui sous-entendrait que « le travail serait pénible ». Euh, demandons aux ouvriers du bâtiment, aux professions du soin (aidants, aide-soignants, infirmiers, assistants maternels etc.) ou à certains corps de fonctionnaires (policiers, professeurs, éboueurs, égoutiers, militaires, pompiers etc.) ou aux multiples tâcherons engendrés par l’uberisation de la société ce qu’ils en pensent, eux qui sont exposés régulièrement aux risques professionnelsiii, à la violence et au mépris de classe de nos dirigeants, peut-être la forme de violence la plus sourde, eux que le travail brise quand il ne les tue pas.
On constatera une fois encore que nos dirigeants eux-même semblent intoxiqués de valeurs protestantes dévoyées mais éloignés de la réalitéiv, puisque pour eux, le travail ne doit pas être pénible…

Les actuelles propositions de réforme des retraites sont inquiétantes en raison de leur rédacteur, lui-même ancien haut fonctionnaire et septuagénaire… C’est bien de montrer l’exemple, mais est-il bien raisonnable de laisser travailler un homme qui a dépassé la limite d’âge ?

Plus sérieusement, la réforme en cours risque d’appauvrir une forte partie de la population et ne sera avantageuse pour personne. En fait, outre la spoliation des bénéfices d’une assurance à laquelle nous cotisons tous, j’ai l’impression que nous allons vers une société qui punit ceux qui ne sont pas ou plus productifs : les jeunes, les vieux, les handicapés, les femmes…
La sanction sociale se traduit par plus de précarité. Et pour ceux qui auraient la chance d’avoir un emploi stable, les fameux parasites tels que décrits par les économistes Lindbeck et Snower, c’est travailler toujours plus, toujours plus longtemps pour ne pas vivre, et parfois travailler jusqu’à la mort.

Je suis aussi inquiet que personne ne se soit réellement interrogé sur les gains de productivité induits par le progrès technique, ni sur l’impact de ce gain sur notre législation : nous sommes plus productifs, donc le nombre d’emploi baisse, rendant certains emplois inutiles. Merveilleux, mais que faire (à part s’intéresser aux travaux de la sociologue et philosophe du travail Dominique Méda et repenser vraiment la législation du temps de travail pour mieux partager la ressource en emploi) ?

En tant que Franc-maçon, je ne peux pas accepter cette société là, qui nous force à nous battre pour une ressource rendue rare par l’incurie des uns et l’inconséquence des autres, la ressource en emploi. Je ne peux pas accepter qu’on impose de travailler toujours plus à des salariés toujours plus essorés par le durcissement du monde du travail pour les laisser crever après. Je ne peux pas accepter qu’on laisse les jeunes au bord du chemin ni qu’on jette les aînés comme des déchets. Nous, Francs-maçons, nous gargarisons de nos valeurs de fraternité, de concorde et d’amour entre les générations. Pour ceux qui le peuvent, il est peut-être temps de se rappeler de nos belles valeurs dans le monde profane. Se gargariser de Fraternité en Loge, c’est facile. Appliquer nos idéaux hors du Temple, c’est une autre histoire… Qui, parmi les chefs d’entreprise qui viennent en Loge, se sent prêt à mettre en application nos fameuses valeurs de mutualisme, de solidarisme et de fraternité ?

Dans le fond, c’est bien Bernie Bonvoisin qui avait le mot juste : «  tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale ». J’en viens à penser que notre société devient de plus en plus… Antisociale.

J’ai dit.

iCette saillie marxiste, c’est cadeau

iiLes risques psychosociaux, la violence au travail, les politiques RH qui mènent au suicide…

iiiIl existe une page Tweeter indépendante qui tente de recenser les morts par accident du travail : https://twitter.com/DuAccident

ivJe ne le dirai jamais assez : Christopher Lasch, la Révolte des Elites

Hommage à Monique Castillo

J’étais en Loge hier soir et c’est avec une grande stupeur et une immense tristesse que j’ai appris le décès de la philosophe Monique Castillo. Monique Castillo était une philosophe kantienne, et spécialiste de l’éthique, particulièrement en milieu professionnel. Son questionnement philosophique l’avait amenée à interroger nos valeurs ou nos systèmes socio-politiques.
Elle était également enseignante (professeur des universités), à l’université de Paris-Est-Créteil. Conférencière infatigable, elle intervenait à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, aux Mardis de la Philo ou dans nos obédiences. Elle était aussi autrice d’ouvrages diversi : Faire renaissance – une éthique publique pour demain, Qu’est-ce qu’être européen ? ou encore Connaître la guerre, penser la paix. Elle intervenait également dans différentes revues, telles que Franc-maçonnerie magazine ou la revue Inflexionsii.

J’ai eu l’occasion de la rencontrer dans différentes conférences organisées par des cercles paramaçonniques, et de même de débattre avec elle. Je me souviens d’une conférence (non maçonnique, cette fois) où elle dialoguait avec un militaire sur le rôle du manager et du chef. J’avais adoré ce mot dans sa conclusion : le manager est celui qui a la compétence de « savoir-faire être », autrement dit d’élever ceux qu’il a sous sa responsabilité vers ce qu’ils peuvent être et les encourager à développer ce qu’ils ont de meilleur. Elle rappelait l’importance de la confiance : le chef n’est pas désigné ainsi en récompense de faits passés, mais reconnu comme tel en confiance pour ses actes à venir. Une leçon très importante, que chacun devrait méditer.

Elle s’était, à cette occasion, définie comme « philosophe de la fécondité ».

Monique Castillo fait partie des quelques personnes qui m’ont incité à reprendre des études dans ce qui m’intéresse réellement : les lettres et les idées. C’est ainsi que d’une position d’ingénieur bas du front, j’évolue petit à petit vers un état d’homme de lettres, dans ce processus hégélien bien connuiii: négation-conservation-transcendance. Enseignante très inspirante, elle m’a donné des clés et des idées pour mes travaux et ma recherche maçonnique. Elle m’a ouvert à la joie, au sens de Spinoza : passer d’une moindre à une plus grande perfection.

Sa disparition constitue une perte inestimable, mais son souvenir continuera de m’inspirer.

Je garde pour elle un respect et une admiration très profonds.

Gémissons, mais espérons.
J’ai dit.

i La bibliographie complète est disponible sur son site : http://www.monique-castillo.fr/

ii Revue de sciences humaines et sociales, réunissant des personnalités civiles et militaires débattant autour de problématiques militaires.

iii Le même que l’évolution des Pokemons, cf. les vidéos de Cyrus North.

Gloire au Travail ? Mon œil ! I want my time back !

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J’étais en loge il y a quelques jours, un jour de grève de l’opérateur de transports de ma ville. Nom du Grand Architecte de l’Univers, quelle épopée ! Je pensais poser une journée de RTT pour éviter de prendre les transports en commun (du moins ceux qui fonctionneraient), mais en raison du sous-effectif que connaît mon service depuis quelques temps (temps qui se compte en années), mon supérieur me l’a refusée. Ben oui, il faut assurer la continuité du service. Donc interdiction d’être absent et obligation d’assumer la charge de 2 à 3 personnes, sans toutefois toucher de primes parce que dans l’administration, on doit tous être au même niveau, égal et donc indifférencié. Pas question de rémunérer l’effort et encore moins de reconnaître ce qui a été fait ! Ce jour-là, j’ai dû procéder à tous mes déplacements, y compris aller à mon bureau, à pied. J’ai l’odieux privilège de vivre dans l’intramuros de ma ville, à environ une heure de marche et environ une demi-heure de transport. J’aurai eu deux heures perdues en transport, ou plus précisément, à pied. Je précise que le Temple de ma Loge est sur mon trajet domicile-travail, ce qui facilite grandement les choses. Mais perdre du temps en transport, c’est très frustrant. Certains de mes collègues habitent beaucoup plus loin que moi et doivent subir deux à cinq heures de transport quotidiennes ! Ce qui leur procure des journées de neuf à douze heures quotidiennes au service de leur emploi, dont un certain nombre sont perdues en transport.

A ce propos, Nietzsche disait qu’un homme ne disposant pas des deux tiers de sa journée était un esclavei. J’en viens ainsi à rejoindre l’analyse de David Graeberii : le travail salarié dans les grandes métropoles est la suite logique de l’esclavage, en ce sens qu’il éloigne les travailleurs de leur domicile pour les faire trimer à des tâches de moins en moins utiles et de plus en plus absurdes, voire néfastes, pas toujours bien payées, et ce, dans des conditions toujours plus duresiii.

Le travailleur est en effet forcé de s’éloigner de la métropole, trop chère pour se loger décemment et donc vit en banlieue avec ce que cela implique : mode de vie routinier et lourd (métro, boulot, dodo), dépendant des transports et des désagréments associés (les usagers des TER Rhône Alpes, du RER C, des TER de la région PACA et les automobilistes savent de quoi je parle). Nous perdons ainsi un temps immense dans les transports individuels ou collectifs qui sont saturés.
On croit ne travailler que 35 heures par semaine, mais combien de temps perdons-nous ou plus précisément nous faisons nous voler par nos employeurs ? Ce temps perdu dans les transports, à cause de l’éloignement des quartiers résidentiels des quartiers de bureaux est bien du temps volé. Du temps à consacrer à ses loisirsiv, à sa famille ou à ses proches passé dans les transports pour un simple jobv .

Comment en est-on arrivé là ? Je suppose que la politique d’urbanisation des années 60-70 (création de logements en périphérie pour remédier à la crise du logement des années 50, rénovation des immeubles de logements en centre-ville, transformation desdits immeubles en bureaux pas toujours occupés, pari sur le tout-automobile) y est pour beaucoup, avec la mise en tension du marché du logement : centralisation des emplois en Ile de France et raréfaction des logements bien desservis créent une demande qui fait exploser le prix du logement disponible à proximité du lieu de travail. D’où l’éloignement pour ceux qui n’ont pas les moyens de se loger près de leur emploi et donc le temps perdu.

Pour nous, Francs-maçons, cette question pourrait paraître triviale. Mais elle est pourtant bien importante. Quand je rencontre un profane dans le cadre des enquêtes nécessaires à l’entrée en Loge, je lui pose toujours la question des transports. En effet, malgré l’amour du Devoir et les serments de fidélité, le temps et le moyen de transport peuvent compter dans l’assiduité. Je me souviens d’un Frère qui a ainsi quitté sa Loge-mère, éloignée de son domicile quand il a réalisé qu’il vivait à deux cents mètres du Temple maçonnique de sa ville. Il préférait aller travailler en Loge à pied plutôt que prendre sa voiture, subir plus d’une heure de transport, payer (cher) le parking et rentrer tard, ce qui se comprend très bien.

Historiquement parlant, les Loges étaient en fait les cantonnements des ouvriers bâtisseurs, et leur servaient de base, comme les actuelles bases-vies des chantiers. Les ouvriers pouvaient y loger et n’avaient pas à proprement parler de problèmes de chantiers.
Il en était de même avec les premières usines ou les premières manufactures : les ouvriers avaient de petites maisons avec des jardins potagers nécessaires à leur survie et vivaient, si on peut appeler ça vivre, proches de l’usine ou de la mine. A ce propos, l’industriel Jean-Baptiste Godin avait compris l’importance en tant que patron d’offrir à ses ouvriers des conditions de vie décentes. C’est pour cette raison qu’il fit construire le célèbre Familistère de Guise, dans l’Aisne : des logements spacieux et aérés, une école, des centres de loisirs, des laveries etc. Il est de bon ton actuellement de reprocher à Godin d’avoir appliqué une forme de paternalisme industriel, mais en un sens, Godin a fait mieux que beaucoup d’industriels ou de politiques contemporains, en appliquant des principes humanistes, en offrant à ses ouvriers la meilleure qualité de vie possible à l’époque, en les traitant autrement que comme des bêtes de somme. Certains grands patrons devraient en prendre de la graine, en ces temps de recherche de revanche des déclassés.

Margaret Thatcher revendiquait l’argent versé par la Grande-Bretagne aux institutions européennes, avec ce mot célèbre (mis en musique par Meat Loaf et Jim Steinman) : I want my money back. Et si j’en crois les penseurs du capitalisme tels que Benjamin Franklin ou Frederick Winslow Taylor, time is money. Quand je compte le temps que je perds chaque jour en transport pour assurer ma présence à mon emploi, quand les transports fonctionnent (ce qui est un autre débat), j’ai envie de dire : I want my time back !

En attendant, je rêve d’une personne politique qui aura le courage d’imposer que le temps de trajet entre le domicile et le lieu de l’emploi soit comptabilisé comme partie du temps de travail. En effet, j’ai de plus en plus de mal à concevoir que les heures que nous donnons à nos employeurs dans des conditions souvent déplorables pour rejoindre nos postes ne soient pas rémunérées ! Avec un tel dispositif législatif, nul doute que la crise du logement et le problème de la pollution routière ne puissent être élégamment résolus.

J’ai dit.

i La vraie citation, extraite de Humain, trop humain est « celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit».

ii Analyse livrée dans l’ouvrage Des fins du capitalisme du même David Graeber

iii Voir à ce propos l’ouvrage du Dr Dejours, Souffrance en France.

iv A propos de temps, l’idée de la journée de huit heures (8h de travail, 8h de repos, 8h de loisirs) est apparue au début du XIXe siècle, et mettra plus d’un siècle à être mise en place en France, par la loi du 23 juillet 1919. Elle a bien évidemment été combattue avec les forces par le patronat conservateur, qui devait estimer que donner du temps aux ouvriers les ferait tomber dans l’oisiveté, supposée mère de tous les vices…

v Job qui bien souvent a perdu de sa substance ou de son sens ou pire, qui n’est pas considéré.