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Un regard maçonnique sur le Prix Goncourt 2021 !

Ayant la chance de vivre actuellement au Sénégal, la lecture de ce roman dans l’ambiance de l’africanité a été une réelle joie et je vous invite à la partager.

La franc-maçonnerie nous invite à la quête de la vérité. Pierre Pelle Le Croisa y consacre d’ailleurs son dernier livre, en « disséquant » ses différentes approches

linguistiques (Lire une recension de « Les langages symboliques de la quête de

la Vérité, des vérités profanes aux vérités maçonniques »).

Mohamed Mbougar Saar, lui, utilise une approche littéraire, romanesque, pour explorer ce thème avec bonheur !

Le titre de l’ouvrage, « La plus secrète mémoire des hommes », qui a reçu le Prix Goncourt 2021, nous donne une première piste :   Vérité, Mémoire …

Le cabinet de réflexion, avec la formule VITRIOL, nous renvoie aussi, d’une certaine manière, à ce devoir de mémoire ! Non pas la mémoire de faits historiques, mais celle de notre propre vécu et aussi de nos origines, ce que l’on appelle aussi le roman familial.

Le narrateur, lui aussi jeune écrivain sénégalais, se lance dans une quête de la Vérité à propos de son héros (Elimane Madag Diouf ou Elimane  T.C) et de son œuvre (« Le Labyrinthe de l’inhumain ») : qu’est-il devenu ? Que lui est-il arrivé ?

L’œuvre de Mohamed Mbougar Sarr peut se comprendre comme une enquête qui dénoue les fils emmêlés d’une histoire peu banale ; l’art de l’écrivain, c’est naturellement le génie de l’utilisation des mots, la capacité à varier les styles d’écriture, le plongeon dans l’africanité et aussi une réflexion sur le sens de la littérature.

Le drame du héros du livre, Elimane Madag Diouf ou Elimane  T.C., écrivain sénégalais auteur d’un livre fascinant, énigmatique et mystique, « Le labyrinthe de l’inhumain », est en quelque sorte de rechercher une reconnaissance qu’on lui conteste pour des raisons autres que littéraires et qu’il n’obtiendra pas.

Tout être humain est pris dans la cohabitation difficile entre ce d’où il vient et son ambition d’être ! Nous avons tous besoin de reconnaissance ; le problème se pose lorsque notre milieu familial ne nous la délivre pas soit parce que nous le rejetons soit parce que nous ne pouvons bénéficier de son soutien ! Or cette première reconnaissance est primordiale et d’autres ne pourront pas la remplacer.

En franc-maçonnerie, on retrouve cette nécessaire reconnaissance dans le dialogue rituel :

  • Es-tu franc-maçon-ne ?
  • Mes sœurs/frères me reconnaissent comme tel-le.

Comme on le voit, cette quête résonne en nous, nous, franc-maçonnes et francs-maçons qui sommes aussi dans une quête de Vérité.  

Notons, l’utilisation dans le récit du mot « schibboleth », (ce qui chez les écrivains, en dehors de Victor Hugo  (cf Cromwell – 1827), est assez rare), pour signifier un code de reconnaissance entre deux personnages du roman qui ne peuvent plus communiquer autrement que par une relation spirituelle.

Une autre occurrence en lien avec la franc-maçonnerie est l’évocation du rôle de Blaise Diagne, député, (Membre et VM de la RL Pythagore du GODF à Paris) dans le recrutement de tirailleurs sénégalais pour la guerre de 14-18. Pour ce sujet, le ton est nettement plus douloureux ; le reproche et l’incompréhension persistent devant ce que de nombreux sénégalais considèrent encore comme une trahison.

L’actualité de cette œuvre littéraire, c’est aussi de parler vrai de l’africanité et de son rapport parfois ambigu avec l’Occident et en particulier la France.  

Il y a une proximité, à mon humble avis, entre les problématiques africaine et maçonnique : toutes deux sont riches de culture, d’histoire et de génie ! Mais toutes deux sont minées par une réelle désespérance de leurs forces vives : les africains sont nombreux à douter de l’Afrique et la plupart des francs-maçons doutent aussi de la franc-maçonnerie !

Dans les deux cas, on parade mais ensuite on passe à autre chose !

Dans les deux cas, la désespérance prend sa source dans la suspicion vis-à-vis des dirigeants : le plus souvent corrompus pour les africains, sans éclat pour les maçon-ne-s !

La grande différence vient de la jeunesse africaine ; jeunesse insolente, bouillonnante de vie et prête à tous les défis ! En franc-maçonnerie, c’est le règne de la gérontocratie et cela est plus préoccupant car la vieillesse, si elle ne transmet pas, n’a plus d’avenir !

La majeure partie du récit se déroule dans le milieu littéraire de la diaspora africaine à laquelle sont associés des écrivains francophiles d’autres origines ; en contrepoint du sujet principal du roman, la place de la littérature et le rôle de l’écrivain sont les sujets de prédilection de leurs débats ;  je me permets de vous citer une des digressions de l’auteur:

«  La littérature m’apparut sous les traits d’une femme à la beauté terrifiante. Je lui dis dans un bégaiement que je la cherchais. Elle rit avec cruauté et dit qu’elle n’appartenait à personne. Je me mis à genoux et la suppliai : Passe une nuit avec moi, une seule misérable nuit. Elle disparut sans un mot. Je me lançai à sa poursuite, empli de détermination et de morgue ; je t’attraperai, je t’assiérai sur mes genoux, je t’obligerai à me regarder dans les yeux, je serai écrivain ! Mais vient toujours un terrible moment, sur le chemin, en pleine nuit, où une voix résonne et vous frappe comme la foudre ; et elle vous révèle ou vous rappelle, que la volonté ne suffit pas,  que le talent ne suffit pas, que l’ambition ne suffit pas, qu’avoir une belle plume ne suffit pas, qu’avoir beaucoup lu ne suffit pas, qu’être célèbre ne suffit pas, que posséder une vaste culture ne suffit pas, qu’être sage ne suffit pas, que l’engagement ne suffit pas, que la patience ne suffit pas, que s’enivrer de vie pure ne suffit pas, que s’écarter de la vie ne suffit pas, que croire en ses rêves ne suffit pas, que désosser le réel ne suffit pas, que l’intelligence ne suffit pas, qu’émouvoir ne suffit pas, que la stratégie ne suffit pas, que la communication ne suffit pas, que même avoir des choses à dire ne suffit pas, non plus que ne suffit le travail acharné ; et la voix dit encore que tout cela peut être, et est souvent une condition, un avantage, un attribut, une force, certes, mais la voix ajoute aussitôt qu’essentiellement aucune de ces qualités ne suffit jamais lorsqu’il est question de littérature, puisqu’écrire exige toujours autre chose, autre chose, autre chose. Puis la voix se tait et vous laisse dans la solitude, sur le chemin, avec l’écho d’autre chose, autre chose qui roule et s’enfuit, autre chose devant vous, écrire exige toujours autre chose, dans cette nuit sans certitude d’aube. »

Mohamed Mbougar Saar a toutes ces qualités et aussi cette « autre chose » qui éclaire son quatrième roman, belle illustration d’une littérature française contemporaine ;  son jeune âge laisse espérer d’autres œuvres de cet acabit ! Patientons pour les découvrir !

Parce que je suis un amoureux du Sénégal, je terminerai en vous confiant un poème que j’ai écrit il y a près de 15 ans :


La plus secrète mémoire des hommes 

Roman

Auteur : Mohamed Mbougar Sarr

co-Editeurs : Philippe Rey – Jimsaan – 2021 – 457 pages – Prix : 22 €

Prix Goncourt 2021

Table des matières

  • Livre premier
    • Première partie : La toile de l’araignée-mère
    • Deuxième partie : voyage estival
    • Premier biographème : trois notes sur le livre essentiel
  • Deuxième livre
    • Première partie : le testament d’Ousseymou Koumakh
    • Deuxième biographème : trois cris en plein tremblement
    • Deuxième partie : enquêteuses et en quêtées
    • Troisième biographème : Où finit Charles Ellenstein
    • Troisième partie : Nuits de Tango par marée haute
  • Troisième livre
    • Première partie : Amitié – Amour x littérature/politique = ?
    • Quatrième biographème : Les lettres mortes
    • Deuxième partie : la solitude de Madag
  • Remerciements

On lira aussi avec profit :

une recension de Christine Bini

et une autre de Pierre Benetti

Connaissez-vous le mystérieux « Da Vinci Globe » ?

De notre confrère fr.aleteia.org – Par Anna Kurian

Considéré comme le plus ancien globe terrestre au monde, le « Da Vinci Globe », a été découvert inopinément à Londres en 2012. Minuscule, cet ouvrage est attribué par certains experts à Léonard de Vinci lui-même.

Il est considéré comme le plus ancien globe terrestre au monde, il été découvert par hasard en 2012 sur un marché d’art londonien et on attribue sa paternité à Léonard de Vinci en personne… L’histoire fabuleuse du « Da Vinci Globe » a été présentée à Rome, à l’ambassade de Belgique près le Saint-Siège, la semaine dernière.

Là, dans une salle au style médiéval ornée de tapisseries murales, des dizaines de personnalités, diplomates, scientifiques, se sont pressées autour de l’ouvrage unique : un œuf d’autruche du début du XVIe siècle, que l’on ne touche qu’avec des gants.

Une étude de six ans

Lorsque son actuel propriétaire, le chercheur belge Stefaan Missinne, tombe sur l’artefact dans une foire de collectionneurs, il est subjugué par cette trouvaille. Commence alors une étude de six ans à laquelle se sont mêlés plus de 80 chercheurs du monde entier, y compris ceux des Archives du Vatican.

L’auteur mystérieux de cette mappemonde minutieusement gravée sur 2 millimètres d’épaisseur ? Un artiste gaucher qui maîtrisait excellemment la chimie, et qui a voulu dessiner sa propre représentation du monde… Pour beaucoup, ce faisceau d’indices désigne indubitablement le génie florentin. Aujourd’hui le globe est authentifié par une partie des experts comme un De Vinci, même s’il demeure encore bien des énigmes à élucider et de scientifiques à convaincre…

Vous reprendrez bien un p’tit coup de vaccin ?

J’avoue, j’ai longtemps hésité. Pour m’éclairer, je me suis lancé dans la lecture des Confessions de Saint Augustin, puis de celles de Jean-Jacques Rousseau et là, pas d’erreur, à la page sept, sans plus, j’étais convaincu, il valait mieux tout vous dire et bouquiner le dernier Astérix. Eh bien voilà : la vérité, c’est que je ne connais rien à la science, pas davantage à la technologie et à tous ces trucs-là, mais… ça me fascine.

Il faut voir les avancées depuis qu’on a inventé le fil à couper le beurre et l’argent du beurre ! Avec la même coupe on a réussi à couper court pour aller plus vite (bel hommage à la torpédo !), puis notre époque exceptionnelle a réussi à couper la parole sans couper le souffle ce qui fait que dans tous les débats on a des bribes de mots où chacun peut entendre ce qu’il veut, merveille du respect d’autrui ; et, toujours plus raffiné, on coupe les cheveux en quatre, performance inégalable !

Alors, pensez donc pour le vaccin ! Avant, c’était sportif. Il fallait coincer le microbe ou le virus, le tuer ou l’affaiblir, je présume en lui tapant plus ou moins fort sur l’occiput, tandis qu’avec le système à ARN messager, le progrès est considérable. À commencer par le nom choisi dans notre mythologie gréco-latine, puisque le grand messager, celui des dieux, était Mercure. Il est vrai que c’était aussi le dieu des voleurs, mais ne nous attardons pas sur cette question, quoiqu’elle soit bonne.

Deuxième progrès, la technique mise en œuvre. Rien que d’y penser, j’en ai le cervelet qui frétille. C’est bien la preuve que le génie existe ! Maintenant ce n’est plus un attaquant extérieur que tes soi-disant frères humains te refilent, non, ce sont tes propres cellules que l’on oblige à fabriquer elles-mêmes l’ennemi contre lequel tu vas apprendre à te défendre. Sioux, hein ? Le masochisme guérisseur, quelle formidable trouvaille ! Comme ça, tu n’as qu’à t’en prendre à toi-même, voilà qui te remettra l’humilité en place.

Moi, quand j’ai appris ça, je me suis rappelé Maurice Radiguet, le père de Raymond, mort de la typhoïde à vingt ans, peu après avoir écrit « Le diable au corps ». Son papa, donc, avait publié un article, dans l’hebdomadaire « Le Pêle-mêle » du 11 février 1900, imprimé chez G. Richard, 7 rue Cadet, une chronique où il s’émerveillait de la découverte du vaccin contre la rage de Pasteur et imaginait la production de vaccins pour remédier aux maux de notre société. L’antiéthyline, pour combattre l’alcoolisme, l’anti-kleptomane, contre le vol, sans compter des vaccins contre la paresse, microbe composé, selon lui, de : Sang de vieux loir : 0,100 ; Sang de couleuvre : 0,100 ; Sang de lézard : 0,100 et Sang de vieil employé d’administration : 0,700. Il imagine aussi des vaccins contre le tempérament belliqueux, la passion du jeu, l’impolitesse, les ragots, et autres.

Mais ce ne sont que des vaccins « anti », contre, ce qui donne une idée bien négative de notre généreuse société. Positivons, que diable ! Et l’ingénieux Maurice d’imaginer un vaccin optimiste : le Vaccin matrimonial. En voici la formule :

La composition de ce virus est encore un secret que l’Institut Multivaccinal ne peut révéler. Un des plus graves problèmes sociaux est certainement celui de la repopulation. On se marie de moins en moins… Les jeunes hommes, actuellement, avec un farouche égoïsme, préfèrent rester célibataires plutôt que de connaître les douces joies de la misère partagée. La découverte du virus matrimonial est donc le plus grand bienfait pour l’humanité.

Ô vous, pauvres mères, qui traînez à la remorque de grandes filles à marier, vous, jeunes filles qui pour tout bien n’avez que vos charmes et votre jeunesse, achetez notre sérum matrimonial… Et partout, partout, au théâtre, au bal, au bois, aux champs, à la mer, piquez, piquez sans relâche, ce sera beaucoup plus convenable que de faire les doux yeux et le résultat ne se fera pas attendre. Vingt soupirants aspireront à cette main charmante qu’aucun d’eux ne semblait remarquer et n’auront plus qu’un rêve : posséder ce minois piquant ! (Pour plus de sûreté, joindre au virus matrimonial une bonne dose de virus du désintéressement, d’un effet foudroyant sur les coureurs de dot).

Après ce récit épique, imaginez à présent l’immensité du champ qui s’ouvre devant l’ARN messager. Tous les maux intérieurs que nous connaissons bien, l’ignorance, le fanatisme et l’ambition non pas combattus par la raison, combat inégal s’il en est, mais transformés dans notre for intérieur par l’élixir du bien. Ah ! moyennant une petite piqûre de rien du tout, sécréter de l’intérêt pour ses frères humains, une véritable fraternité au lieu d’ignorer l’autre, de l’écoute et un dialogue constructif après transmutation du fanatisme, et avec la modestie en prime…

Bon, c’est décidé ! Je vais de ce pas déposer un brevet pour créer un laboratoire P4 de recherche sur ce messager-là. Je vous en révélerai l’emplacement dès que j’aurai reçu l’agrément des autorités chinoises. Rejoignez mon joint-venture. C’est le jackpot assuré, je vous dis. Des milliards en perspective. En attendant, vous reprendrez bien un p’tit coup de vaccin ? Allez, c’est moi qui régale !

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Documentation issue du site « La France pittoresque ».

ITALIE : La porte du temple

De notre confrère italien Expartibus – Par Rosmunda Cristi

Evangile selon saint Matthieu 7:13-14 BDS

Entrez par la porte étroite ; en effet, large est la porte et spacieuse la route qui mènent à la perdition. Nombreux sont ceux qui s’y engagent. Mais étroite est la porte et resserré le sentier qui mènent à la vie ! Qu’ils sont peu nombreux ceux qui les trouvent !

Avez-vous déjà pensé à l’importance de cet espace délimité de tout bâtiment, mais aussi d’une simple maison, qui voit tout et à travers laquelle tout passe ?

Oui, nous parlons de l’entrée et de son élément clé : la Porte ! En architecture, comme dans la vie, c’est une ouverture cruciale, que nous ne pouvons ignorer, que personne ne peut contourner.

La Porte a toujours représenté un objet emblématique et, en même temps, elle représente un symbole plein de significations qui ont traversé les siècles, pour arriver à nos jours, continuant à fasciner.

C’est cet élément architectural qui, comme l’indique Vitruve dans son ‘De Architectura’, marque une brèche dans les murs urbanisés. C’est l’espace qui délimite et définit deux environnements distincts, attribuant, au fil du temps, des significations larges et profondes non seulement sur la relation entre l’intérieur et l’extérieur, mais aussi sur la valeur entre le sacré et le profane, sur la vie et la mort, sur le connu et l’inconnu.

Depuis les temps anciens, elle a été reliée à une forte symbolique et iconographie, interprétée de temps en temps par différents sujets : pour les Grecs antiques le dieu du seuil était Hermès, souverain du passage et du franchissement, qui était censé se manifester dans tout type d’échange, de transfert et de dépassement; pour les Romains, le gardien des portes était le bicéphale Janus, dieu à deux têtes tournées vers les côtés opposés, afin qu’il puisse garder à la fois l’entrée et la sortie, symbole du passé et de l’avenir, mais aussi d’extérieur et d’intérieur.

La possibilité que cet élément permette d’être laissé « ouvert ou fermé » donne un pouvoir important à celui qui a le droit de contrôler son transit : ce n’est pas un hasard si les « Portes » des cités médiévales avaient à la fois vocation à délimiter le territoire et d’observer, de vérifier et de sélectionner les personnes autorisées ou non à accéder.

Au fil des siècles, la communication de l’expression esthétique du bâtiment s’est résumée sur la porte, qui a déterminé l’entrée principale, devenant progressivement plus précieuse et décorée selon l’usage prévu et le commanditaire.

Dans de nombreuses représentations picturales, même dans l’Ancien Testament, il est devenu l’emblème du salut éternel et de l’admission au paradis d’où Adam et Eve ont été expulsés.

Aujourd’hui encore, il n’a pas perdu son sens allégorique et continue d’être un élément d’identification important du bâtiment et des personnes qui le fréquentent : le passage du seuil de la maison, du lieu de travail, du lieu de culte ou du gymnase ; marque les moments de la vie d’une personne, marque le début et la fin d’une action, d’une activité, d’un état d’être.

Et c’est ainsi qu’elle devient métaphore de la vie elle-même, marquée par les seuils continuellement franchis, portes fermées au visage ou ouvertes sur son propre destin !

L’univers linguistique qui gravite autour du mot « porte » est directement proportionnel à son importance symbolique. Toutes les métaphores qui utilisent le terme « porte » sous-tendent le « changement d’état », qui est, en définitive, sa véritable raison.

La révélation même du sacré passe par une ouverture dans le monde du « non-être », une fracture par laquelle l’ordre, contrairement au chaos, pénètre l’espace et le transforme en ordre, c’est-à-dire en monde.

De même que le signifiant « porte », dans son acception abstraite, est utilisé pour nommer des types de passage qui dépassent largement le sens architectural, de même la représentation de l’ouverture et sa considération comme lieu de changement d’état conduisent le symbole « Porte » à représenter bien plus que le passage matériel et par conséquent à devenir aussi un emblème de la nouvelle naissance, de l’initiation, de l’évolution physique, psychique et spirituelle, de la connaissance absolue, de l’extase mystique, de la réalisation de la plénitude de l’existence humaine .

Elle se resserre et s’abaisse pour symboliser cette difficulté et, avec l’image du pont, trouve sa place dans les rituels et mythologies initiatiques et funéraires ; elle représente le lieu de transit entre deux états, deux mondes, entre le connu et l’inconnu, la lumière et les ténèbres, la richesse et la misère.

Elle ouvre sur un mystère : franchir la Porte, du point de vue initiatique, fait allusion à l’évolution spirituelle, à l’accès à un degré supérieur de connaissance, à l’accession à la vérité. C’est l’invitation au voyage dans l’au-delà.

C’est l’exutoire qui permet d’entrer et de sortir, c’est ce passage possible, ainsi qu’unique, d’un champ à un autre : souvent au sens symbolique, du champ profane au champ sacré.

La Porte du Temple maçonnique est placée entre les deux Colonnes et s’ouvre sur une façade murée surmontée d’un fronton triangulaire ; au-dessus du fronton une boussole, avec les pointes vers le haut, pointe vers le ciel.

La Porte du Temple doit être très basse, comme dans les temps anciens : en entrant dans le temple, en effet, le heurtoir doit plier, non pas en signe d’humilité, mais pour souligner la difficulté du passage du monde quotidien au monde un initiatique.

Ce geste lui rappelle aussi qu’étant mort à la vie profane, il renaît à une nouvelle vie, à laquelle on accède de la même manière que celle de l’enfant qui vient au monde.

Edouard Plantagenet observe que

la Porte du Temple est désignée comme la Porte de l’Occident : cela nous rappelle que le soleil se couche à son seuil, c’est-à-dire que la Lumière s’éteint. Au-delà donc règnent les ténèbres, le monde profane.

La porte d’entrée du temple est l’un des symboles les plus silencieux de toute l’iconographie ancienne et maçonnique ; on en parle peu d’un point de vue symbolique et initiatique.

Souvent, il n’est considéré que comme un meuble, puisque l’attention est portée sur les couvreurs, l’extérieur et l’intérieur, qui en sont les gardiens. Mais de la compréhension de son caractère sacré et de ses fonctions réelles, nous pouvons plutôt tirer un grand enseignement.

L’étymologie même du mot nous offre déjà une première interprétation ; du latin « Porta » dont le sens originel indique un « passage », un transit qui conduit d’une condition à une autre, comme par exemple le disaient les Pythagoriciens : passer à gué un fleuve d’une rive à l’autre.

Il est intéressant de rappeler que sur la base de la porte d’entrée hermétique du temple de la Loge du célèbre Marquis Palombara, célèbre alchimiste et frère des Rose-Croix, on peut lire l’inscription latine ‘SI SEDES NON IS’, qui signifie celui qui est sur le point d’entrer’ ; indiquant ainsi à ceux qui s’apprêtent à entrer que le Temple, lieu dynamique et non statique, est une manière de construire, transformer et consolider sa propre spiritualité.

Mais cette écriture révèle un autre avertissement.

Au moment de quitter le temple après avoir accompli le rituel l’inscription, spécialement palindrome, qui apparaît aux yeux de l’adepte, révèle une nouvelle vérité : ‘SI NON SEDES IS’ , « ne cesse d’être un initié »‘ , indiquant qu’un frère, lorsqu’il sort du temple, il ne cesse d’être un initié, il ne doit pas s’asseoir sur ses propres acquis spirituels, sur ses propres certitudes, sur ses lauriers, mais aller dans le monde pour distribuer son amour , le sentiment d’ unité et de fraternité perçu dans le temple .

Seuil comme sortie, sortie comme sortie, comment lâcher prise.
Comment faire face à ce qui se passe.
Les portes existent avant tout pour être ouvertes,
pour accueillir et laisser entrer la lumière, le vent,
les autres.
Nous.
Andrea Marcolongo

L’espoir est que tout Profane qui s’apprête à franchir le seuil de la Porte du Temple se mette en condition pour que ce ne soit que le début d’un voyage à la découverte non seulement de l’avenir, mais aussi et surtout de lui-même.

RUSSIE : Le Grand Maître explique pourquoi les femmes ne sont pas acceptées en Franc-Maçonnerie

De notre confrère russe gazeta.ru

Les femmes ne sont pas autorisées à rejoindre les loges maçonniques car elles ne sont pas libres. Le Grand Maître de la Grande Loge de Russie Andrei Bogdanov l’a évoqué.

Il affirme que « la franc-maçonnerie est une organisation conservatrice et change très rarement ses règles et ses lois », et que seul « un homme libre de bonnes mœurs » peut être franc-maçon.

« La question de la liberté des femmes n’a été décidée qu’à la fin du siècle dernier », a déclaré Andrei Bogdanov.

Il a expliqué que les femmes n’étaient pas considérées comme libres jusqu’à ce qu’elles obtiennent le droit de vote, et en Suisse, le dernier canton ne l’a accordé aux femmes qu’en 1991.

Selon Bogdanov, il existe des loges maçonniques pour femmes en Angleterre.

« Mais ce n’est pas dans la franc-maçonnerie ordinaire, c’est séparé, comme toujours avec les femmes » , a déclaré le Grand Maître. – Les hommes n’y sont pas acceptés <…>. Malheureusement, il n’y a pas encore de telles loges en Russie. Mais, nous aidons les femmes souhaitant rejoindre la franc-maçonnerie en leur prodiguant des conseils vers où elles doivent se tourner. »

Lisez en russe l’ interview complète du Grand Maître de la Grande Loge Andrei Bogdanov dans Gazeta.Ru.

VIDEO : Quand France 3 faisait un gros plan sur la maison DETRAD

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C’était 12 mois avant la COVID 19, France 3 Ile de France consacrait une série de reportages sur la France maçonnerie.

C’est un monde mystérieux pour les non initiés avec ses codes, ses rituels et ses décors… Dans cet épisode de notre série sur la franc-maçonnerie, vous allez voir que les membres accordent une importance toute particulière à leur tenue. Intervenants : Didier Quiniou, responsable librairie Christine Ribes, Directrice générale Detrad

(VIDEO) La philosophie des anciens égyptiens

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Présentée par Charles Robin est précepteur et enseignant en philosophie, français et mathématiques.

📏 On a coutume de dire que la pensée occidentale serait née en Grèce, aux alentours du VIème siècle avant Jésus-Christ. Pourtant, on sait que de grandes figures de la Grèce antique sont parties s’instruire en Égypte : Thalès, Pythagore, Homère, Platon… D’où cette question : serait-il possible que les Grecs ne soient en fait pas des précurseurs, mais des transmetteurs ? Se pourrait-il que le savoir qu’ils nous ont légué ait une origine plus lointaine : l’Égypte ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir dans cet épisode.

HIRAM, bon maître ou tyran?

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Il est intéressant d’observer le mythe d’Hiram avec l’esprit critique et le doute, deux outils dont le maçon ne se sert pas assez, allant volontiers vers la morale… qui n’est que le mode de fonctionnement « arrangeant » une société donnée. Pour les nazis, le racisme génétique était une morale !

   Dès lors, il est aussi possible de voir en Hiram (à la manière d’un avocat de la défense des trois « mauvais compagnons ») un personnage asservi, tyrannique, aveuglé par sa dévotion à Salomon (Roi frivole et dispendieux, ne l’oublions pas !) qui a fait travailler des milliers d’esclaves (que l’histoire soit vraie ou fausse, mais bien inscrite dans la Bible) pour construire un temple insolent de richesses. Et partant, injurieux pour ces ouvriers pauvrement rémunérés. Dès lors – poursuit l ‘avocat du Diable – il n’est pas étonnant, et pourquoi pas « compréhensible » que les trois ouvriers, exaspérés, cherchent à gagner davantage en se révoltant contre leur maître !

   Une thèse provocatrice qui serait aujourd’hui défendue par les syndicats ! Reste bien sûr le meurtre à l’évidence inexcusable, impardonnable, c’est à dire le droit de tuer que se sont arrogé ces trois assassins. La défense répondra ici que la précarité (qui engendre la jalousie, ce cancer psychique) peut également déclencher une folie meurtrière, elle-même à prendre en compte, quand la faculté de discernement de l’individu humilié est abolie.

   Le peuple n’a pas fait mieux en 1789, en faisant décapiter le roi Louis XVI et sa femme, qui avaient tenté de fuir par « la porte de l’est de la France » (une autre version du meurtre d’Hiram, en somme !). Ce roi et Le Nôtre, son paysagiste, n’étaient-ils pas coupables d’avoir construit le Château de Versailles, son Trianon et ses jardins fastueux…pendant que le peuple crevait de faim ?!! Victor Hugo en a très bien parlé !

  Bref, tout est dans tout et son contraire ! Les métaphores, mythes et légendes ne sont vraiment « productives » de justes transpositions que lorsqu’elles sont étudiées, au moins sous les deux aspects qu’elles contiennent toujours, le Bien et le Mal. Comme les deux côtés d’une carte à jouer ou d’une pièce de monnaie. L’envers et l’avers, le côté pile et le côté face, constituent la même carte et la même pièce !

   Qui a un jour été juré auprès d’une Cour d’assises a immédiatement conscience de la responsabilité qu’elle implique.  Il est bon de toujours de suspendre, c’est à dire retarder notre jugement, pour réfléchir au « pour et au contre » en toute chose, avant de se prononcer ! La vérité n’est pas de ce monde…même pas en franc-maçonnerie !

    Le doute est la certitude du franc-maçon, de la franc-maçonne.

Les lunettes de Spinoza

Je ne sais pas si vous avez lu Spinoza, mais il faut s’accrocher ! Avec lui, tout est compliqué, à commencer par son prénom : Baruch ! Quelle idée ! Et son nom.

Pourquoi ne lui a-t-on pas laissé ceux de ses origines hispano-portugaises, Benito de Espinosa ? Mais quand on lit ses réflexions, j’allais dire ses démonstrations, alors là, on est servi. Je vous laisse juge. Que signifie : « Les choses qui conviennent dans la seule négation, autrement dit en ce qu’elles n’ont pas, ne conviennent en réalité en aucune chose » ? Je n’invente rien, ça se trouve dans L’Éthique IV, 32. Mais bon sang, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Que quand on n’a pas un truc, on ne peut pas s’en servir ? Belle découverte en vérité ! À moins que ça ne signifie que lorsqu’on dit : « c’est inutile », cela convient, alors que dire « ça sert à rien », autrement dit le dire en négatif, ça ne convient « en réalité en aucune chose », comme il dit ? Avouez qu’il y a de quoi être perplexe. Vaut-il mieux dire à une femme « t’es moche » plutôt que « t’es pas belle » ? Remarquez bien que dans les deux cas, il ne faut pas hésiter à tendre l’autre joue…

Quand les gens normaux (je ne parle pas des philosophes) ont lu ça, au lieu de se planter des points d’interrogation dans la tête, ils lui ont attribué des phrases simples, que tout le monde peut comprendre. J’aime beaucoup celle-ci : « Si l’homme n’a pas le pouvoir de modeler le monde à sa convenance, il a du moins celui de tailler des verres qui lui permettent de le faire apparaître à peu près comme il veut ». Voilà qui est bien vu, c’est le cas de le dire. Dommage qu’il ne l’ait probablement pas écrite ! Si certains la lui ont attribuée (c’est pour ça que j’en parle), d’autres prétendent qu’elle serait de Georg Christoph Lichtenberg, un auteur du 18e siècle. J’ai eu beau chercher, pour vérifier, dans son livre d’aphorismes Le Miroir de l’âme et de me plonger dans les pensées de Leopardi, d’Oscar Wilde, de Nicolás Gómez Dávila et de Marc Twain, je n’ai rien trouvé. Alors, de qui est-ce ? En fait, je n’en sais rien et, modestie mise à part, j’ose affirmer que ce n’est pas de moi, sauf si vous insistez… Cela étant, il est normal que beaucoup d’auteurs se disputent une telle phrase. Vous connaissez le proverbe : « Quand un enfant est beau, il a beaucoup de papas ».

Moi, j’aimais bien que ce soit de Spinoza parce que lorsqu’il a été banni de sa communauté juive pour ses idées peu orthodoxes, le 27 juillet 1656, il a appris à tailler les verres destinés aux instruments d’optique pour gagner sa vie. Les historiens affirment même que ses verres de télescopes étaient d’excellente qualité. Le problème, c’est qu’on n’en fait plus des comme ça, qui permettent de voir la réalité comme on veut. Aujourd’hui, la télé, les discours et tout le reste, vous la décrivent dans le moindre détail, mais comme « ils » veulent vous la présenter et vous la faire gober, eux, les journalistes politiques ou les politiques journalistes, et ils ne laissent pas le moindre espace pour voir la réalité vraie. On essaie bien, nous, les avaleurs de roues de moulins, de la dire comme on la voit, mais on nous parle aussitôt de « fake news », on nous traite de tous les noms, et Dieu sait s’ils en inventent tous les jours de nouveaux pour nous obliger à penser comme il faut ! Quoi qu’il en soit, la technique de fabrication de ces verres a disparu avec ses concepteurs. C’est comme la construction des pyramides d’Égypte. Mystère ! Mais avouez qu’il y a de quoi être intrigué. Je me suis donc mis en tête d’éclaircir ce coin d’ombre pour la postérité.

Dans un premier temps, je me suis plongé, évidemment, dans l’étude des œuvres de Spinoza. Outre l’Éthique dont je parlais, il a écrit un Traité de la réforme de l’entendement, rarement lu. C’est pourtant intéressant pour notre recherche. Il y écrit (§ 58) :

« Moins les hommes connaissent la Nature, plus facilement ils peuvent forger de nombreuses fictions ; telles que des arbres qui parlent, des hommes changés subitement en pierres, en sources, des fantômes apparaissant dans des miroirs, rien devenant quelque chose, même des Dieux changés en bêtes et en hommes et une infinité d’autres semblables. »

C’était peut-être là, la solution.

Je suis donc allé me perdre dans les bas-quartiers de la ville pour trouver des hommes ne connaissant rien à la nature. Je me disais que s’ils pouvaient faire parler les arbres et faire que rien devienne quelque chose, ils devaient certainement savoir où trouver les verres qui changent ce qui est en ce qui n’est pas… Hélas, trois fois hélas ! Quelle déception ! Dans ces non-lieux, j’en ai trouvés qui croyaient que le lait sortait des briques, que les poulets étaient en batterie de cuisine, que le pain c’était une boule blanche à faire dorer au four et que la viande naissait sous plastique et qu’on la trouvait en halal à pied au supermarché. Quant aux arbres, ils ne connaissaient même pas le nom de ceux qui étaient dans les jardins publics ; et des fleurs, ils n’en avaient vu que dans les rues où allait passer un président étranger en voyage officiel. Ailleurs, dans la ville, c’était l’herbe jaunâtre et les détritus.

Pensif, en mal de solution, je regardais la vitrine d’un opticien : lunettes, jumelles et télescopes. Un passant la regardait aussi avec attention. Je lui posai ma question.

  • Est-ce que par hasard vous sauriez où je pourrais trouver des verres qui permettent de faire apparaître la réalité à peu près comme on veut ?
  • Oui, bien sûr, me dit-il, suivez-moi, c’est tout près d’ici.

Il me fit entrer dans un grand bâtiment en pierres de taille, de type haussmannien.

  • C’est le siège de l’INSEC, m’expliqua-t-il, l’Institut National des Statistiques d’État et des Collectivités.

Imaginant le pire, je lui demandai à brûle-pourpoint :

  • C’est ici qu’on truque les statistiques officielles ?

Il me regarda d’un air offusqué.

  • Truquer les statistiques ? Nous ? Jamais ! Vous m’entendez, JA-MAIS. Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’on peut les présenter de diverses manières. Tenez, le chômage, par exemple : on peut placer en premier les catégories qui ont baissé, les actifs de 30 à 45 ans, et « oublier » là où ça augmente, les femmes et les jeunes, et pour les jeunes on peut dissocier ceux qui ont des diplômes, qui s’en tirent plutôt bien ou qui partent à l’étranger, ce qui les fait disparaître de nos listes, hé, hé, de ceux qui ne savent ni lire ni écrire, comme 10 à 15% de nos jeunes. Ceux-là, on n’en dit rien et le tour est joué. « Simple comme bonjour ! », conclut-il tout réjoui.
  • Vous présentez donc aux téléspectateurs, aux lecteurs de journaux ou aux auditeurs de radios, les nouvelles favorables qui vous sont dictées par le pouvoir ?
  • Enfin Monsieur, me répliqua-t-il tout offusqué, il est bien normal qu’on soit en contact avec les autorités. C’est l’État qui nous paye, tout de même !…
  • Et pour les sondages, c’est comme pour les statistiques ?
  • C’est plus compliqué. On peut favoriser tel ou tel candidat, parce qu’on sait bien que les gens préfèrent voter pour le gagnant, c’est normal, mais on ne peut pas se ridiculiser non plus. Au moment des résultats, s’être lourdement trompé, discréditerait l’Institut. Vous voyez, Monsieur, utiliser les lunettes de Spinoza est plus difficile qu’il n’y paraît. Cela exige une formation lourde. On entre à l’École Nationale des Statistiques d’État et des Collectivités par un concours difficile et les études durent cinq ans, dont un à l’étranger, six mois dans un pays démocratique et six mois dans un pays totalitaire. Ça permet de connaître leurs techniques.
  • Pour dénoncer celles des pays totalitaires, je suppose.

Il regarda soudain sa montre.

  • Excusez-moi. Je suis pressé. Une réunion importante avec un membre du Cabinet du Porte-parole du Gouvernement.

Il me tendit la main.

Elle était molle.

*          *          *

Point de vue : À propos du secret

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Depuis toujours, le secret, dans quelque domaine que ce soit, suscite la méfiance et la suspicion, car on pense a priori qu’il sert à dissimuler ou à cacher des choses mauvaises, négatives ou dangereuses. De nombreuses personnes l’associent à la « théorie du complot » et sont convaincues qu’il existe des organisations secrètes qui s’emploient à influer sur l’orientation du monde dans des domaines aussi variés que la politique, l’économie, la science, l’art, etc. Cette idée est d’autant plus répandue qu’elle est entretenue sur les réseaux sociaux et par certains médias, sans parler des films et des livres qui exploitent régulièrement ce thème.

La transparence

Comme vous le savez, nous vivons une époque qui incite à tout dire, tout montrer, tout dévoiler, et ce au nom du droit à l’information et de la « transparence ». Faut-il s’en réjouir ? Je ne le pense pas, car cette tendance extrême en est venue à porter atteinte à la liberté individuelle et à la vie privée. Certes, il est nécessaire d’informer et de clarifier certains faits d’actualité, mais à condition qu’il y ait un intérêt réel à le faire, et non pas dans le but de satisfaire une curiosité malsaine ou d’alimenter une certaine forme de voyeurisme, lequel but correspond selon moi à l’exact opposé du secret. L’idéal en la matière est donc de trouver un juste milieu.

Tout être humain a des secrets qu’il garde et souhaite garder au plus profond de lui, d’où la notion de « jardin secret ». Certains concernent des événements liés à sa vie privée ou à celle de ses proches ; d’autres se rapportent à des confidences qu’on lui a faites un jour ; d’autres encore sont liés à des situations dont il a été le témoin et dont il ne souhaite pas parler. Il en est également qui correspondent tout simplement à ses réflexions les plus intimes. En fait, il existe autant de secrets que de choses qu’il nous semble nécessaire de ne pas rendre publiques, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elles sont inavouables. Les garder secrètes est-ce un crime ?

L’utilité du secret

Comme c’est le cas de nombreux Rose-Croix, je pense que certains secrets ont leur utilité, notamment ceux qui concernent des faits ou des événements qui, s’ils étaient révélés, causeraient inutilement du tort, de la peine ou d’autres préjudices aux personnes qui en prendraient connaissance. Quoi qu’on en dise, toute vérité n’est pas bonne à savoir. À titre d’exemple, un secret de famille peut préserver sa cohésion et éviter de la voir se disloquer. Dans un tout autre ordre d’idée, un secret d’État permet parfois de protéger la population contre un danger, d’éviter une guerre civile, etc. Quant aux journalistes, si prompts à dévoiler les secrets des autres, ils considèrent comme une nécessité absolue de garder leurs “sources” secrètes.

De mon point de vue, ce n’est pas le secret en tant que tel qui pose vraiment problème, mais la raison pour laquelle il est tenu. Dès lors que ce n’est pas dans le but délibéré de nuire à autrui ou d’occulter des comportements qui portent gravement atteinte à autrui ou à la société, en quoi est-ce condamnable ou blâmable ? Je pense qu’il existe de beaux secrets, des secrets utiles, des secrets nécessaires, des secrets du cœur, des secrets de l’âme… Vous-même en avez certainement ! Et contrairement à ce que certains prétendent, l’Ordre de la Rose-Croix n’a pas de secrets à préserver. C’est ainsi que toute personne désireuse de mener une quête de connaissance peut avoir accès à son enseignement.