jeu 02 décembre 2021 - 04:12

ITALIE : La porte du temple

De notre confrère italien Expartibus – Par Rosmunda Cristi

Evangile selon saint Matthieu 7:13-14 BDS

Entrez par la porte étroite ; en effet, large est la porte et spacieuse la route qui mènent à la perdition. Nombreux sont ceux qui s’y engagent. Mais étroite est la porte et resserré le sentier qui mènent à la vie ! Qu’ils sont peu nombreux ceux qui les trouvent !

Avez-vous déjà pensé à l’importance de cet espace délimité de tout bâtiment, mais aussi d’une simple maison, qui voit tout et à travers laquelle tout passe ?

Oui, nous parlons de l’entrée et de son élément clé : la Porte ! En architecture, comme dans la vie, c’est une ouverture cruciale, que nous ne pouvons ignorer, que personne ne peut contourner.

La Porte a toujours représenté un objet emblématique et, en même temps, elle représente un symbole plein de significations qui ont traversé les siècles, pour arriver à nos jours, continuant à fasciner.

C’est cet élément architectural qui, comme l’indique Vitruve dans son ‘De Architectura’, marque une brèche dans les murs urbanisés. C’est l’espace qui délimite et définit deux environnements distincts, attribuant, au fil du temps, des significations larges et profondes non seulement sur la relation entre l’intérieur et l’extérieur, mais aussi sur la valeur entre le sacré et le profane, sur la vie et la mort, sur le connu et l’inconnu.

Depuis les temps anciens, elle a été reliée à une forte symbolique et iconographie, interprétée de temps en temps par différents sujets : pour les Grecs antiques le dieu du seuil était Hermès, souverain du passage et du franchissement, qui était censé se manifester dans tout type d’échange, de transfert et de dépassement; pour les Romains, le gardien des portes était le bicéphale Janus, dieu à deux têtes tournées vers les côtés opposés, afin qu’il puisse garder à la fois l’entrée et la sortie, symbole du passé et de l’avenir, mais aussi d’extérieur et d’intérieur.

La possibilité que cet élément permette d’être laissé « ouvert ou fermé » donne un pouvoir important à celui qui a le droit de contrôler son transit : ce n’est pas un hasard si les « Portes » des cités médiévales avaient à la fois vocation à délimiter le territoire et d’observer, de vérifier et de sélectionner les personnes autorisées ou non à accéder.

Au fil des siècles, la communication de l’expression esthétique du bâtiment s’est résumée sur la porte, qui a déterminé l’entrée principale, devenant progressivement plus précieuse et décorée selon l’usage prévu et le commanditaire.

Dans de nombreuses représentations picturales, même dans l’Ancien Testament, il est devenu l’emblème du salut éternel et de l’admission au paradis d’où Adam et Eve ont été expulsés.

Aujourd’hui encore, il n’a pas perdu son sens allégorique et continue d’être un élément d’identification important du bâtiment et des personnes qui le fréquentent : le passage du seuil de la maison, du lieu de travail, du lieu de culte ou du gymnase ; marque les moments de la vie d’une personne, marque le début et la fin d’une action, d’une activité, d’un état d’être.

Et c’est ainsi qu’elle devient métaphore de la vie elle-même, marquée par les seuils continuellement franchis, portes fermées au visage ou ouvertes sur son propre destin !

L’univers linguistique qui gravite autour du mot « porte » est directement proportionnel à son importance symbolique. Toutes les métaphores qui utilisent le terme « porte » sous-tendent le « changement d’état », qui est, en définitive, sa véritable raison.

La révélation même du sacré passe par une ouverture dans le monde du « non-être », une fracture par laquelle l’ordre, contrairement au chaos, pénètre l’espace et le transforme en ordre, c’est-à-dire en monde.

De même que le signifiant « porte », dans son acception abstraite, est utilisé pour nommer des types de passage qui dépassent largement le sens architectural, de même la représentation de l’ouverture et sa considération comme lieu de changement d’état conduisent le symbole « Porte » à représenter bien plus que le passage matériel et par conséquent à devenir aussi un emblème de la nouvelle naissance, de l’initiation, de l’évolution physique, psychique et spirituelle, de la connaissance absolue, de l’extase mystique, de la réalisation de la plénitude de l’existence humaine .

Elle se resserre et s’abaisse pour symboliser cette difficulté et, avec l’image du pont, trouve sa place dans les rituels et mythologies initiatiques et funéraires ; elle représente le lieu de transit entre deux états, deux mondes, entre le connu et l’inconnu, la lumière et les ténèbres, la richesse et la misère.

Elle ouvre sur un mystère : franchir la Porte, du point de vue initiatique, fait allusion à l’évolution spirituelle, à l’accès à un degré supérieur de connaissance, à l’accession à la vérité. C’est l’invitation au voyage dans l’au-delà.

C’est l’exutoire qui permet d’entrer et de sortir, c’est ce passage possible, ainsi qu’unique, d’un champ à un autre : souvent au sens symbolique, du champ profane au champ sacré.

La Porte du Temple maçonnique est placée entre les deux Colonnes et s’ouvre sur une façade murée surmontée d’un fronton triangulaire ; au-dessus du fronton une boussole, avec les pointes vers le haut, pointe vers le ciel.

La Porte du Temple doit être très basse, comme dans les temps anciens : en entrant dans le temple, en effet, le heurtoir doit plier, non pas en signe d’humilité, mais pour souligner la difficulté du passage du monde quotidien au monde un initiatique.

Ce geste lui rappelle aussi qu’étant mort à la vie profane, il renaît à une nouvelle vie, à laquelle on accède de la même manière que celle de l’enfant qui vient au monde.

Edouard Plantagenet observe que

la Porte du Temple est désignée comme la Porte de l’Occident : cela nous rappelle que le soleil se couche à son seuil, c’est-à-dire que la Lumière s’éteint. Au-delà donc règnent les ténèbres, le monde profane.

La porte d’entrée du temple est l’un des symboles les plus silencieux de toute l’iconographie ancienne et maçonnique ; on en parle peu d’un point de vue symbolique et initiatique.

Souvent, il n’est considéré que comme un meuble, puisque l’attention est portée sur les couvreurs, l’extérieur et l’intérieur, qui en sont les gardiens. Mais de la compréhension de son caractère sacré et de ses fonctions réelles, nous pouvons plutôt tirer un grand enseignement.

L’étymologie même du mot nous offre déjà une première interprétation ; du latin « Porta » dont le sens originel indique un « passage », un transit qui conduit d’une condition à une autre, comme par exemple le disaient les Pythagoriciens : passer à gué un fleuve d’une rive à l’autre.

Il est intéressant de rappeler que sur la base de la porte d’entrée hermétique du temple de la Loge du célèbre Marquis Palombara, célèbre alchimiste et frère des Rose-Croix, on peut lire l’inscription latine ‘SI SEDES NON IS’, qui signifie celui qui est sur le point d’entrer’ ; indiquant ainsi à ceux qui s’apprêtent à entrer que le Temple, lieu dynamique et non statique, est une manière de construire, transformer et consolider sa propre spiritualité.

Mais cette écriture révèle un autre avertissement.

Au moment de quitter le temple après avoir accompli le rituel l’inscription, spécialement palindrome, qui apparaît aux yeux de l’adepte, révèle une nouvelle vérité : ‘SI NON SEDES IS’ , « ne cesse d’être un initié »‘ , indiquant qu’un frère, lorsqu’il sort du temple, il ne cesse d’être un initié, il ne doit pas s’asseoir sur ses propres acquis spirituels, sur ses propres certitudes, sur ses lauriers, mais aller dans le monde pour distribuer son amour , le sentiment d’ unité et de fraternité perçu dans le temple .

Seuil comme sortie, sortie comme sortie, comment lâcher prise.
Comment faire face à ce qui se passe.
Les portes existent avant tout pour être ouvertes,
pour accueillir et laisser entrer la lumière, le vent,
les autres.
Nous.
Andrea Marcolongo

L’espoir est que tout Profane qui s’apprête à franchir le seuil de la Porte du Temple se mette en condition pour que ce ne soit que le début d’un voyage à la découverte non seulement de l’avenir, mais aussi et surtout de lui-même.

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