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Tapis des Loges, tapis d’éloges

Tapis, tableau ou tracé de loge sont les mots pour désigner une image narrative composée de nombreux objets symboliques liés à l’art de bâtir ou à l’architecture. Cette collection d’objets se combine pour donner un sens opératif, symbolique et métaphorique au Tableau. Cette lecture symbolique se dédouble en construction de soi et en construction d’un monde idéal.

Selon Étienne Hermant, nous ne disposons d’aucune trace d’un quelconque Tableau de Loge dans les premières divulgations (ni au XVIIe siècle avec le Register House, ni dans le premier tiers du XVIIIe siècle avec les divulgations écossaises, irlandaises et anglaises). Aucune trace d’un quelconque Tableau de Loge dans les quelques 120 Old Charges. Le Compagnonnage français n’en fait pas plus état (il est question d’épures, mais sans références à un quelconque support). Dans le Manuscrit Simon and Philip daté de 1725 /1740, il y a  deux dessins de la forme d’une Loge (tracé du périmètre de la Loge des Old Masons et des New Masons) et non de Tableaux de Loge (Le tracé du tableau de loge fut dénommé «Plan de la Loge», ou «Véritable plan de la loge de réception d’un Apprenti Compagnon »).  Pas de trace de tableaux de Loge non plus dans le Masonry Dissected de Prichard de 1730. En Angleterre, la première apparition d’un Tableau de Loge  se dégage d’une illustration de 1742 connue sous le nom de Grand procession of the Scald Miserable Masons, Passing Old Somerset House, Strand, London. On fait état de tracés à la craie vers ces années, voir ultérieurement (dans Jachin and Boaz, par exemple, daté de 1762) en affirmant que ces tracés étaient pratiqués par la Grande Loge de Londres. Il n’est pas exclu que, vers 1720, les premiers maçons spéculatifs n’avaient pas de Tableaux de Loge. «L’hypothèse avancée ferait état de l’emploi de la craie par les Old Masons et du ruban par les Moderns.

Avant la création de la première Grande Loge de Londres et Westminster en 1717, de nombreuses Loges étaient privées de lieux spécifiques et se réunissaient dans des maisons privées (on le voit encore sur le Tableau général des 129 ateliers de  1930 sous le numéro 105, pl. n° 7a du texte Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde ), voire sur des bateaux, ou des auberges et une forme était délimitée par un marquage au sol qui devenait le lieu consacré à la Loge. La  forme tracée était celle d’une croix avant que Désaguliers n’en fasse un rectangle. Il est aussi admis que l’une des innovations introduite vers 1720 par Désaguliers a été l’utilisation de rubans, clous, lettres mobiles, étoiles, etc., en lieu et place de l’ancien système consistant à tracer la Loge avec de la craie ou au charbon sur le sol du local «en remplacement de la grande indignité de la serpillère et du seau». Par la suite c’est le tapis de Loge qui remplacera tout tracé.

Tout lieu où se réunissaient les francs-maçons, auberges, tavernes, salons ou antichambres, pouvait donc être transformé en temple. Il suffisait pour cela de tracer à la craie, sur le sol, le tableau symbolique du degré auquel l’atelier ou la loge travaillait (Le Maçon démasqué ou le vrai secret des francs-maçons, page 25). Ensuite on effaçait ce tableau après chaque tenue.

Mais dès le début des années 1740, par commodité, mais aussi pour assurer l’exécution d’une compostions graphique et symbolique toujours exacte, on prit l’habitude de les réaliser sur des supports de bois ou de toile que l’on disposait sur le sol pendant le temps des travaux, d’où le nom de tapis de loge. Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, les éléments symboliques constitutifs du tableau de Loge (puis tapis de Loge) vont muter, d’abord depuis ce tableau vers les tabliers, qui deviennent vite de véritables tapis de loge portatifs, vers des objets que l’on porte ou que l’on emporte avec soi – vaisselle, cannes, tabatières – puis vers les parois, sols et plafond du local de réunion, salon particulier ou arrière salle de taverne, et temple de circonstance (François Gruson, Architecture maçonnique, architecture de l’esprit.

Le tableau de loge ne fut pas toujours couché sur le sol. En effet, les Ancients, la Grande Loge rivale de la grande loge d’Angleterre de 1717 dite des Moderns, ignoraient l’usage du tableau. Le centre de la loge répondait, chez les Ancients, à un agencement précis, mais le tableau n’y figurait pas, alors que les Moderns en faisaient un élément essentiel au centre de la loge. D’où le compromis curieux de l’Union de 1813 qui marqua la naissance de la grande Loge unie d’Angleterre : on garda le tableau des Moderns, mais pas au centre la loge. Il fut déposé debout contre le plateau du 2nd surveillant. On trouve également des témoignages iconographiques du 18ème siècle où  la tenue se faisait autour de la «planche à tréteaux» ou «tableau de chevalet». Les Frères, réunis au centre de la loge, sont assis autour d’une table dressée sur des tréteaux et sur laquelle repose le tableau lui-même. Les Officiers sont placés autour de ce tableau et le travail se fait sous la direction du Vénérable Maître. On peut alors étudier et commenter les  différents éléments du tableau qui sont sous les yeux des Frères, et alterner ce travail avec la citation et les commentaires des Instructions qui s‘y rapportent dans les différents grades.      

Et puis, certaines loges, étant arrivées peu à peu à acquérir la disposition de locaux réservés, firent figurer les décorations rituelles à leur place précise ; au lieu de rester sur un plan, les symboles furent érigés en volume. Ce fut le début des constructions de temples maçonniques, mais on conserva le tapis de loge pour sanctifier le temps et l’espace des tenues. Autrement dit, le tableau de loge n’est pas la projection au sol du temple maçonnique, mais au contraire c’est le décor du temple maçonnique qui est la représentation en trois dimensions du tableau.

Aujourd’hui, il est un tableau (ou un tapis) représentant les éléments symboliques les plus importants du degré pratiqué dans la loge. Les éléments qui composent le tableau forment autant de plans superposés : un plan spatial et cosmologique, un plan architectural, un plan opératif (matériaux, outils, connaissances utiles à l’art de bâtir), un plan religieux (le cordon aux deux lacs d’amour d’origine chrétienne), un plan d’ars memorandi. Par le Tableau de loge et par la taille de sa pierre, le franc-maçon affirme son intention de s’unir à la totalité en reproduisant pour lui-même (dimension éthique) et pour le monde visible et invisible (dimension métaphysique) une analogie symbolique. «Ce Tableau architecturé, centré, éclairé et ordonné est un réceptacle qui permet d’appréhender une méthodologie, un paradigme et les fameuses lois de correspondances si chères aux maçons-symbolistes, aux hermétistes et aux métaphysiciens. Il suggère une spiritualité construite agissante, car la fonction de la loge est d’éveiller sur les trois plans, physique mental et spirituel des maçons qui tailleront leur pierre et bâtiront un Temple pour la Lumière!»

«Il y a donc une corrélation entre l’opératif expérimental et l’opérant en soi par une orthodoxie de la triangulation montante et lumineuse (ORA) d’une part, et une orthopraxie descendante dans la matière et en soi (LABORA) d’autre part. Les deux aspects sont indissociables et constituent l’initiation au réel.»

Le tapis de loge est déposé au sol. À un moment donné du rituel, il est déroulé (matière souple) ou découvert (panneau rigide), dans certains rites, au début de la cérémonie et replié ou retourné à la fin. Il est parfois dessiné en début de tenue, puis effacé, parfois il est construit avec les outils qu’il est censé évoquer (au OITAR par exemple).

L’ensemble combiné donne une incorporation du symbole par la geste du grade, par ses pas, ses signes, postures et circulations. Les éléments graphiques du Tapis font allusion à quatre bipolarisations :

La relation entre le plan terrestre et le ciel génère la vie sous l’égide de la Lumière (les cycles cosmogoniques, lune-soleil, colonnes solsticiales) dont la loge est témoin.

La relation entre la matière transformée et l’esprit produit une pierre cubique.

La relation entre outils, instruments et l’œuvre à accomplir enfante la réalisation de soi face à l’être épars.

La séparation de l’espace sacré et ordonné (murailles du temple, porte) du monde profane désordonné réalise : 1- sur le plan horizontal l’union des Frères et sœurs (corde à nœuds, houppe dentelée, grenades) en opposition au monde profane sans filiation ; 2- dans l’axe vertical la relation au divin, transcendance, spiritualité… (temple, maison du divin), en opposition au monde du dualisme.

Il faut «tirer l’élévation du plan» du tableau pour en saisir les différentes composantes et voyager dans les espaces symboliques. Le monde céleste est couvert de la voûte étoilée, et le monde souterrain est accessible via la tombe ou une trappe placée sous le tableau de loge, ou au moyen d’escaliers associés à d’autres temples dans les Hauts Grades.

« Le tableau de loge devient le support de «l’être-ensemble». Il est une imagination créatrice «orientée» et «ordonnée» par la conscience éclairée et «concrétisée» par l’acte de bâtir un temple, fut-il intérieur. Par la correspondance analogique on relie que ce qui est en haut à ce qui est en bas, mais aussi le ciel et la terre , l’esprit et le corps, l’intérieur et l’extérieur, l’inconscient et le conscient, le caché et le visible, la cause et la conséquence, la pensée et la matérialisation, l’inconnu et le connu. et il ne reste plus qu’à «réaliser» le modèle dessiné sur le Tableau de notre projection mentale. Cette dernière phase sera l’action sur nous-mêmes et dans le monde. » (Poursuivre avec la lecture du texte complet Tableau de Loge et lois de correspondance)

Analysant les tableaux du deuxième grade de la Maçonnerie anglaise, Philippe Langlet souligne que «les Tableaux illustrent graphiquement une partie de ce que les rituels énoncent» et d’ajouter «les Tableaux utilisent, de manière récurrente, des symboles du divin, et les placent de telle manière qu’ils soient perçus avant tout autre élément». En somme le tapis recouvre la matérialité du pavé mosaïque par une visée spirituelle en tant de lieu central et sacré de la Loge.

N’oublions pas que le tapis de loge est «effacé» à la fin des tenues. Il y a des raisons à l’effacement du tableau de Loge «Dessiner le tableau de loge reproduit à notre échelle humaine un analogon du pouvoir du Créateur. Il résulte de la concordance symbo­lique entre le Temple (représenté par le tableau de loge) et le premier récit biblique de création que l’effacement rituel du tableau de Loge à la fin de chaque tenue symbolise ainsi le pouvoir toujours effectif du chaos et sa lutte constante avec l’ordre de l’univers.»

Indications pour tracer un tableau de Loge au 1er degré

 Le tapis, d’une grandeur proportionnée au local, doit former un carré long, en sorte que sa largeur. Soit à sa longueur comme 2 est à 3, il est entouré dans toutes ses parties extérieures d’une large bordure à compartiments.

La partie inférieure, ou d’occident, qui fait le tiers de la longueur totale du tapis, représente le porche du temple. Dans cette partie et à l’angle occidental du tableau du côté du nord, est peinte ou tracée la pierre brute, et à l’angle occidental du côté du midi est la pierre cubique ; au milieu, entre les deux, mais sur une ligne plus élevée, est figurée la planche à tracer. Ces trois symboles doivent former ensemble un triangle.

La partie supérieure du tapis, à l’orient, forme un carré qui représente le temple intérieur; c’est là qu’est placée, au centre, l’étoile flamboyante à cinq pointes, ayant la lettre G peinte en or au milieu. Dans cette partie, à l’angle oriental du côté du nord, est l’image de la lune dans son plein, et à l’angle oriental du côté du midi est l’image du soleil. Dans le carré supérieur et tout autour est figuré un cordon à houppes dentelées dont les nœuds descendent jusqu’à sa partie inférieure. L’étoile flamboyante est entourée des trois bijoux maçonniques formant ensemble un triangle, savoir l’équerre au-dessus, à l’orient; le niveau au-dessous, du côté du midi; le perpendiculaire vis à vis, du côté du nord; l’étoile flamboyante formant le centre.

La communication du porche au temple est indiquée au bas de ce carre, a l’occident, par une porte fermée, accompagnée extérieurement de deux colonnes élevées sur leurs bases, et avec leurs chapiteaux, l’une au nord et l’autre au midi : celle du nord porte la lettre J sur le milieu de la hauteur de son fût; au tapis de la loge d’Apprenti, il n’y a aucune lettre sur celle du midi, la lettre de cette colonne étant réservée aux Compagnons, et ne devant point être connue des Apprentis.

On monte à la porte du temple par un escalier de sept degrés peints ou tracés dans la partie du porche, en forme de portion de cercle; le troisième degré en montant forme un palier avec le chiffre 3; au cinquième degré est aussi un palier avec le chiffre 5; et sur le septième degré est le chiffre 7; là commence le pavé à la mosaïque figuré en losange, et formant un parvis circulaire qui se termine à la porte d’occident, laquelle est fermée.

4 œuvres picturales de Victor-Abel Gagné (inspirées du style émulation)

Il s’agit de trois huiles sur toile de 75×119 cm réinterprétant les tableaux de loge au style émulation. Les études ont été principalement réalisées à partir des tableaux de l’Emulation Lodge of Improvement du peintre John Harris de 1845. L’oeil averti peut aussi y voir des influences de Josiah Bowring et des tableaux utilisés à ce jour dans les temples du Freemasons’ Hall de Londres. 

Pourquoi avoir réinterprété des oeuvres séculaires ? Tout simplement parce qu’il faut savoir être un homme qui sait vivre avec son temps sans pour autant être de son temps. S’extraire du tumulte de la modernité, prendre une nouvelle perspective, penser à l’extérieur de la boîte comme le proposent à foison les méthodes modernes de créativité, voilà des critères à ajouter à la boîte à outil de ceux et celles qui aspirent à voir au-delà des apparences.

Tremblement d’humanité : huile sur toile, 95x155cm

L’humanité est prodigieuse, il faut bien le reconnaître. Elle a acquis au fils des révolutions la force de ses ambitions. Elle sait répondre, entre autres, à la question de Schrödinger : « Qu’est-ce que la vie ? » Si elle comprend désormais la logique du vivant, notre force potentielle lui permettrait néanmoins de l’annihiler. Du tremblement de terre au tremblement d’humanité, n’y aurait-il pas qu’un pas ? 

Il y a des questions qui dérangent. Des questions que l’on préfère ne pas entendre lorsqu’elles vont a contrario de nos croyances ou de nos préférences. Mais d’où nous vient cette propension à accorder plus de crédit à ce qui nous plaît qu’à ce qui nous rebute ? De manière générale, il serait flou de tenter d’y répondre, mais en ce qui concerne le réchauffement de notre belle oasis, il n’est pas vain d’approfondir la question. Peut-être provient-elle du fait que, depuis plus de deux-mille ans, nous n’avons eu de cesse d’entendre et de lire sous des rapports différents que la nature est à notre service. Qu’il est même de notre devoir de la soumettre ! Car il n’y a pas que les boîtes de lait des supérettes qui sont stérilisées et conditionnées prêt à l’emploi. Certaines idées aussi ! Penser contre la domination de la nature serait en ce sens un acte contre-civilisationnel. Un acte que seul un esprit libre et sain peut concevoir.

Pour autant, était-ce mieux avant ? Probablement pas et la petite poussette de Michel Serres nous en dit long à ce sujet. Platon se plaignait déjà de la décadence de la nouvelle génération de l’époque. Pas mieux avant ! Pourtant, un certain ordre établi nous importe. Sans lui, comment former les bons esprits à la science et aux arts qui permettent en définitive de transmettre à l’édifice de la connaissance un peu plus d’acuité ?

Alors, on commence à comprendre d’où peuvent venir les difficultés qui consisteraient à dépasser le stade de la reconnaissance d’un des enjeux civilisationnels qui nous concerne tous. Un dépassement qui permettrait de ne plus poser la problématique de fin du mois contre fin du monde à l’instar de l’économiste Christian Gollier, pour que notre oasis ne souffre pas trop d’un tremblement d’humanité.

À méditer.

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Le Frère Luc Laventure est passé à l’Orient Éternel

Nous venons de l’apprendre, notre Frère Luc, âgé de 77 ans, est passé à l’Orient Éternel à Paris suite à un malaise dans la nuit de samedi à dimanche.

Il y a quelques jours encore, il arpentait les allées du Salon international de l’agriculture.

Il était membre de la Loge Thomas More à la GLCS.

Une pluie d’hommages

COMMUNIQUÉ DE L’ELYSÉE

Luc Laventure a fait de l’audiovisuel français un monde où le soleil ne se couche jamais. (…) Ce grand professionnel était aussi un pionnier et un modèle d’engagement pour les Outre-mer, dont il dévoilait l’éclatante diversité à tous les Français. (…) Le Président de la République salue un homme de médias aux mille projets, toujours au service de la fraternité entre tous nos territoires

Né le 1er février 1945, Luc était journaliste et réalisateur.

Il travaillait dans l’audiovisuel public depuis 1967. Il avait réalisé l’essentiel de sa carrière à FR3 Martinique et à RFO. Il a toujours œuvré pour la valorisation et la visibilité de l’outre-mer dans l’audiovisuel français.

Il a été directeur des antennes de France Ô et Outre-Mer 1re de 1998 à 2011. Là, Luc a notamment réalisé, le 14 juillet 2010, le passage de France Ô sur la TNT nationale et le lancement des neuf Outre-Mer 1er le 29 novembre 2010.

Il a été le directeur éditorial d’une collection de documentaires sur les outre-mers.

Il était président du Groupe média Outremers 360, site d’information qui couvre l’ensemble des actualités ultramarines, dans l’hexagone, dans les trois bassins (Atlantique, Indien, Pacifique), au niveau localrégional et international.

5/03/22 – Compte rendu GLFF : «Briser le silence lié à l’inceste»

Le  5 mars 2022, le Colloque public de la Grande Loge Féminine de France a réuni dans ses locaux, environ 120 personnes, pour dénoncer « le tabou de l’inceste ». L’inceste demeure une agression majoritairement faite aux filles depuis le temps de « l’homo sapiens-sapiens ». Des récentes statistiques en France dévoilent une forte augmentation du nombre de personnes déclarant avoir été victimes d’incestes entre 2009 et 2020 (la période  étudiée). Il y a urgence devant l’ampleur du phénomène social !

La  première présentation et intervention au Colloque : celle d’Eva Thomas. Abusée par son père à l’âge victime de 12 ans, fondatrice de l’association SOS Inceste en 1985 et autrice courageuse du livre Le Viol du Silence en 1986, elle a fait part autant du drame vécu de son enfance que de sa farouche volonté à renaître dans un long temps chaotique, à une identité par la parole, l’écrit, l’image (Eva Thomas a été la première à participer à une émission télévisée «  les Dossiers de l’écran »  pour dénoncer le tabou de l’inceste en prenant la parole à visage découvert). Son livre Le Sang des mots publié en 1992, récit de son effondrement et de sa patiente résilience, vient de bénéficier d’une réédition. Cette réédition est bienvenue pour poursuivre l’évolution des mentalités et s’affranchir de la traditionnelle impunité  sociale envers «  les bons parents » issus de toutes conditions sociales…

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

La seconde intervention : celle de Magali Bodon-Bruzel, médecin psychiatre. Lauréate de l’Académie Nationale de Médecine en 2010 pour son travail thérapeutique auprès des infracteurs sexuels en détention, elle a publié de nombreux articles qui font référence dans son domaine. Elle est co-auteur d’un ouvrage édité chez Stock en 2014, « L’homme qui voulait cuire sa mère« . Comme Eva Thomas, elle manifeste dans l’exercice de sa profession, du désir d’avancer dans la vérité  pour améliorer le fonctionnement de la vie sociale, pour prévenir voire la guérir des formes d’une prédation sexuelle persistante. Pour l’assistance, Madame Bodon-Bruzel a commenté l’état des investigations menées par des équipes d’experts avec lesquelles elle travaille sur le terrain et notamment dans l’univers carcéral. Ces études délivrent des données qui permettent des décryptages susceptibles de prévenir tous les aspects de ce phénomène massif à la croisée des rapports de domination d’âge et de sexe. Avec des agresseurs « volontaires pour comprendre l’acte pour lequel ils ont été condamnés », la mise en lumière des diverses formes de la violence sexuelle mais surtout les possibilités de soins aux auteurs est patiemment recherchée.  Une voie prudente sur le plan scientifique mais aussi digne de respect vis-à-vis des accusés qui font aussi partie de notre humanité …

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

Des  devoirs demeurent : accueillir et enregistrer la parole,  repérer et signaler les cas d’inceste et de violences sexuelles survenues dans un cadre familial, protéger les victimes par un accompagnement spécialisé sur un long terme.  Indubitablement : impliquer la justice, ses magistrats et le réseau des auxiliaires de justices. L’institution publique au service de la Justice et du Droit, a le devoir impérieux de tenir son rôle, de lutter contre les violences, de déconstruire les préjugés et de rendre visible «  l’impensé ». Elle doit entendre les plaintes, les instruire rapidement, et poursuivre devant les tribunaux : précisément  devant la Cour d’Assise les actes incestueux sexuels dans un cadre familial devenu aujourd’hui plus élargi. En ce sens le  témoignage d’une magistrate du Parquet dans le cadre de ce colloque a été précieux. Il a situé où en est la volonté de faire justice et d’œuvrer efficacement pour briser le silence de l’inceste et des violences faites aux mineur(e)s.  La prise de conscience d’une réalité devenue conséquente du fait « du viol, de l’inceste, et des autres agressions sexuelles »  a bien été réalisée à ce jour par les juridictions du pays. Par ailleurs, une loi récente (du 21 avril 2021) a amélioré les motifs à poursuivre et à sanctionner pénalement le délit d’‘agression sexuelle incestueuse sur mineur (de moins de 18 ans). Toutefois, force est de constater que les Parquets se trouvent confrontés à une pluralité de demandes. Sur le champ social, il se découvre «  une mosaïque de cas » où  l’enquête sur l’inceste reste difficile. Difficile de dialoguer avec l’enfant victime car il saisit mal la gravité des faits qu’il a subis ! Délicat et douloureux le terrible conflit de loyauté qu’il provoque, lié à la relation de proximité entre l’agresseur et la victime. Difficile même d’obtenir des condamnations qui seraient justifiées lorsque des jurés souvent méconnaissent les fortes répercussions sur la construction de la victime et se conforment aux arguments traditionnels des avocats de la défense pour « décharger » le prévenu. Non, « le tabou de l’inceste n’est pas levé » ! Toutes les victimes restent « singulières ». Chaque histoire – même relevant d’une justice pénale – déborde (hélas) les moyens actuels attribués à la justice. Ces moyens en dessous de l’ampleur du phénomène social incriminé attestent de l’échec des politiques pénales d’agressions sexuelles en France.

Ce colloque, préparé par la Commission des Droits des Femmes à la GLFF, a démontré que l’inceste qui s’apparente à « une destruction totale de l’individu, de l’identité psychique et corporelle de l’enfant » serait sans doute à resituer dans une problématique plus large : celle de l’éducation aux droits des enfants en matière d’éducation à la sexualité, à l’égalité filles et garçons.

Les Cahiers Jean Scot Érigène reparaissent, plus radieux que jamais !

Hourrah ! Hourrah ! Hourrah !

En ce mois de janvier 2022, la Loge d’étude et de recherche Jean Scot Érigène (n° 1000, à l’Orient de Paris, Grande Loge de France) reprend la publication de ses Cahiers annuels bien connus, dans une nouvelle série qui recommence sa numérotation au n° 1. Elle est, désormais, diffusée par Numérilivres.

Et c’est un bonheur car quel plus beau thème pour nous qui sommes ouverts à tous vents dans une optique maçonnique ? Comme aurait dit Madame de Staël, je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent – rien de moins que : « Rassembler ce qui est épars : Des traditions à la Tradition ? » Et vous retrouverez dans ses 153 pages, un très large tour d’horizon :

  • L’éditorial de son rédacteur-en-chef, Christophe Bourseiller ;
  • Sans le livre, le savoir est perdu…  un entretien avec Bernard Werber ;
  • Christian Rosenkreutz, le temps d’exister, par Lorenzo Soccavo ;
  • Influence des mouvements ésotériques et hermétistes sur le Rite Écossais Ancien et Accepté, par Jean-Laurent Turbet ;
  • Aperçu sur la franc-maçonnerie du bois, par Thierry Lesage ;
  • Franc-maçonnerie et traditions initiatiques africaines, par Brice Ponga ;
  • Approches du Taoïsme, approche du Dao, par Serge Iglesias ;
  • Hiram et Freud : construction et transmission d’une éthique par la Tradition, par Josselin Morand ;
  • Osiris – Hiram- Jésus : trois victoires sur la mort ? par Olivier Placktor ;
  • La justice, d’Aristote à Orphée, par Yorgos Delphis ;
  • Les mots substitués du Maître Maçon, par Laurent Cambon ;
  • Une œuvre dystopique initiatique :  Anna de Niccolo Ammaniti, par Josselin Morand.

Cette notice ne peut pas détailler tous ces apports, refléter un kaléidoscope aussi passionnant, offrant mille facettes, mille nuances, et tout cela avec une vivacité très excitante pour le lecteur d’aujourd’hui. Tous nos vœux à la nouvelle série des Cahiers Jean Scot Érigène !

Références : Rassembler ce qui est épars : Des traditions à la Tradition ?, Cahiers Jean Scot Érigène, nouvelle série, 1, 2022, janv., 153 p., 20 €, en librairie ou sur le site de Numérilivres.

LIBERTÉ, égalité, fraternité

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

Ouvrons les fenêtres de notre loge. Jetons un coup d’œil sur la liberté qui se prélasse sur des dizaines de milliers de feuilles. D’Honoré de Balzac au modeste écrivaillon banlieusard, elle est dans tous les à-plats, dans tous les recoins, et dans l’honneur des ouvrages qui la consacrent, chacun à leur manière. Pas question ici de rajouter une page à la somme jamais tarie de ce concept qui hante les consciences, c’est-à-dire les émotions. Ne sait-on pas, depuis au moins les années 70 que les émotions sont à l’origine de toute rationalisation. Il faudra nous en souvenir tout à l’heure quand la loge sera sous nos regards dévoilés.

La liberté, partout, est convoquée : par sous-entendus masqués, par affirmation circonstanciée, par déclaration péremptoire (je pense à l’Antiquité). Foin du monde profane même si celui-ci donne forme aux valeurs de l’Ordre.

Elle est chantée, chez nous, par les plus écoutés ; en vrac : Oswald Wirth, Jean Mourgues, Daniel Béresniak. Ils la font leur et la revêtent d’égalité et de fraternité ; cette belle trilogie républicaine. Celle de la Maçonnerie française du moins.

Mais cette liberté du triplet s’y insère avec toutes les valeurs qui y sont liées et qui datent du coude entre la fin du XIXème et du XXème. « Faire ce que l’on veut, sans nuire à l’autre », est vieilli.  Restons dans la seule maçonnerie. La question est cruciale pour découvrir les rides du mot.

Quand claquant les mains pour s’égosiller dans les batteries, se pose-t-on les questions de fond. Dont la principale est bien. Quand je braille « liberté », dans quelle mesure cela m’incite-t-il à développer celle-ci dans ma vie de tous les jours et dans celles des autres ? Car la supposition est bien maçonnique : changer ses comportements, voire ses attitudes grâce aux tenues et aux planches. En raccourci léger de forme et lourd de sens, un apophtegme que j’aime beaucoup :  Comment nos rencontres nous amènent-elles à « une spiritualité pour agir ? » C’est le nœud du problème de la transmission maçonnique. Je ne parle pas des formes anglo-saxonnes qui sont en train de mourir. Non je prétends, bien au contraire, que celles qui sont en vigueur et en joie, les formes françaises surtout, sont prêtes à se couler dans la question de la transmission sans négliger un pôle. Si nous y arrivons, alors notre maçonnerie de style français, ne se bercera plus d’illusions sur ces faux-nez grotesques : l’historicité des obédiences et la régularité des rites. Tout ce fatras que les décennies prochaines mettront sous le boisseau. Car nous travaillerons, si notre cœur chantant, nous le souffle sur l’essence indubitable de la transmission ; celle qui, en outre, concernera ardemment le monde profane. Ainsi pourrions-nous devenir, comme nous le fûmes une petit lumière (du monde ? N’exagérons pas !). Et au centre la question : dans la transmission entre la spiritualité et l’agir, que se passe-t-il donc ? Avec le trésor, peut être caché : jusqu’où la liberté d’apprendre joue-t-elle pour (se) changer ? Oh ! il y a des précurseurs qui se sont posés la question depuis des dizaines d’années et tu les connais : Freinet, Dewey, Montessori

C’est ainsi que celle liberté est au cœur du fou pari maçonnique : Non pas « Fais ce que dois » mais « agis jusqu’aux limites de ta liberté intérieure ; celle que tu as conquise par tes efforts et par la pédagogie maçonnique qui en a accouchée ». Ne rêvons pas : nous ne savons pas encore bien comment un individu passe librement de ses émotions, dont la liberté, à sa mise en œuvre et toute indépendance et harmonie. Je dis bien « émotions » et non pas, surtout pas « raisons » comme les études le montrent depuis les années 70. Avec, entre autre la psychologie humaniste

Au fond la question devient, « Comment, le rite parvient-il à faire naître en chacun-e, dans son apprentissage, l’émotion de la liberté. Car de la réponse découle l’envie de passer à l’acte sans bonnes raisons et sans cette conscience qui est la meilleure planque de nos croyances ; elles qui sentent si mauvais les bancs de l’université. Et dont notre maçonnerie est, en partie l’otage, avec sa manière de présenter une planche. Voilà, la première chose est dite : « L’enseignement traditionnel ne peut articuler une spiritualité pour agir » On me répliquera, indigné-e : « Mais on le sait depuis toujours ! » Et bien ce que l’on sait effectivement c’est la reproduction, sans friselis, d’un modèle, prof d’école ou vedette. Mais les pédagogues professionnels, eux, se posent toujours la question de la liberté de l’apprenant dans le contrat de transmission, hors la dictature de l’imitation servile., Decroly, Meyrieu qui a milité pour une pédagogie de la liberté ; et, bien sûr, le Frère Ferrer, pédagogue libertaire et anarchiste Tiens donc ! Et bien nos tenues pourraient bien s’en inspirer, surtout en France, à la traîne pédagogique en comparaison avec les essais et les réussites des États-Unis.

 Premier point : ce n’est pas avec une planche bien argumentée, a fortiori si le sujet convoque l’érudition, que nous pouvons lever le taquet qui ouvre la spiritualité sur l’agir.
£Il nous faut donc chercher plus loin, creuser Une supposition : La maçonnerie dans sa méthode, « (symboles et rite) déclenche bien le passage de la liberté auto-apprise de la mise en actes. Une nouvelle fois, la question est toujours ouverte dans le monde profane. Ce qui suit est donc fondé sur mes intuitions professionnelles et centré sur nos pratiques et coutumes. Pas plus !

Ce que l’on sait bien, et je l’ai dit plus haut : ce sont les émotions qui sont le terreau des raisonnements et des formulations où la conscience se donne en travestissement. De quoi remuer le monde certes mais restons-en à la franc-maçonnerie.

La deuxième question est donc : en quoi les pratiques spirituelles, (mythes, rites et symboles) favorisent-ils la naissance utérine des émotions ? La troisième question portera sur le passage à l’acte dans le cheminement spirituel.

Pas de souci : les parents évolués le savent bien : ce ne sont pas les ordres, les limites et les autorisations qui établissent l’autonomie de l’enfant. Intéressant, dans la mesure où l’errance maçonnique (car il y a errance dans la succession des degrés) est articulée, comme presque toutes les spiritualités, sur le retour au ventre et sur l’accouchement qui s’ensuit. Avec une recollection des premiers âges de la vie. Et là, notre maçonnerie brille d’un joyau inégalable ou presque ; les âges 3,5 et 7 ans. Comment s’y prendre donc pour faire naître des émotions en toute liberté du receveur ? La réponse est apparemment simple : en faisant part de ses propres émotions à propos d’un sujet ou en réponse à une question des colonnes. Au diable les savoirs, les connaissances, les teintes d’érudition, sauf si elles font naître un bain émotionnel. En fait, on pourrait prétendre qu’un conférencier commence ses interventions par des « Voici ce que je ressens… », « Voici ce que cela fait naître en moi », « Je vis bien ou mal ce qui vient d’être dit, indépendamment du fond »…

Un jeu de ping-pong entre les émotions des un-e-s et des autres. Sans que le conférencier profite d’être juché-e sur les marches de l’Orient pour imposer ses manières de ressentir. Ce qu’il dément bien entendu, comme presque nous tous. Le risque n’est pas mince, pour lui-elle de témoigner de son humilité grâce à la mesure muselée de ses propos émotionnels. Des Frères, des Sœurs y parviennent toutefois. C’’est une condition inévitable pour s’emmêler dans la troisième question : « Quelle est la nature du lien entre la spiritualité et l’agir, cette articulation, cette causalité ? » Un des fleurons des rites de famille française qui lui permettront, je le crois, de survivre aux caprices et plus, à l’effondrement prédit ?Oui s’emmêler car nous sommes maintenant barbouillé-e-s de mystères. Les données de base : les émotions et la liberté individuelles qui en est le terreau. C’est déjà ça car la proposition remet en cause tant de prises de paroles, en tenue ! Mais essayons d’aller plus loin.

             D’abord, avec dédain, écartons, autant qu’on le peut, tout ce qui est de l’imitation, de l’exemplarité. Sauf, nous venons de le cerner, ce mode de transmission est assis sur la délivrance émotionnelle. Car les émotions s’enchantent les unes les autres, sans besoin de raison et de conscience affichées. Mais cela ne suffit pas encore pour le passage à l’acte. Il faut encore deux conditions fort éloignées. La première vient de la constatation,  maintenant largement établie que chez l’animal humain comme chez les autres animaux, les émotions prédominent. Elles sont ensuite rationalisées pour justifier et donner du « sens » à  tous nos actes, y compris les guerres, les violences, les tortures…et cela depuis la nuit des temps. C’est, à nul doute une spécificité humaine : nous sommes des prédateurs proliférant, agressifs et violents. Je dirais qu’il s’agit surtout des mâles qui se partagent avec délices les déchirures. Au fond qu’est-ce qu’être libre dans ce carcan émotionnel ? C’est prendre conscience (tiens, pour une fois elle est utile, cette faculté du meilleur et du pire) de ce carcan. Ainsi, à l’intérieur, la liberté chante la joie des libres mouvements libérés dans cette prison largement reconnue. Et la maçonnerie dans tout cela ? Elee est digne d’honneur et avec gloire et sérénité : elle met en œuvre un carcan qu’il n’est pas question de remettre en cause. On le devine c’est le rite avec ses symboles, ses mythes, ses gestes…Que se passe-til donc dans la tête de l’initié-e ? Si je reconnais et accepte le carcan rituel, alors j’accéderai à cette « liberté librement consentie ». Pour ce faire, il est nécessaire que je l’entende de nombreuses fois. L’assiduité n’est pas seulement de la morale ; elle est aussi une condition pédagogique
Enfin marions deux éléments : le plaisir d’être ensemble pour vivre un groupe. Qui plus est centré sur une tâche conforme aux valeurs que nous chantons sans cesse. S’employer, ensemble ; à être utiles. Non point à nous-mêmes mais à des profanes. Il s’agit, n’est-ce pas de faire avancer la société ? Nous parvenons alors à additionner deux nouveaux éléments émotionnels forts : dans l’instant, le vécu de groupe ; dans un second temps, la gloire et la joie de mettre en œuvre ce que nous serinons, en tenue, avec le mot « liberté. Les frères américains, en posture fragiles, ont très bien compris cela. Chapeau ! Au pont d’en faire le but par excellence de la maçonnerie. Chez eux, elle se résume essentiellement à devenir un club de bienfaisance, une association humanitaire, un soutien aux indigents. Mais la spiritualité, telle que nous l’entendons parait bien discrète chez eux. C’est pour cela que notre « spiritualité pour agir », des rites français porte sur son écu les chevrons d’une métamorphose de l’être qui vaut mille carats. Encore faut-il que ces actes soient accomplis, non point dans la condescendance, mais dans l’égalité. A voir dans la suite !

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Des francs-maçons bourrés de volonté, ça ne peut que réussir !

La volonté est pour nous francs-maçons l’outil majeur pour nous améliorer ou améliorer la société. Mais, étrangement, tout se passe souvent comme s’il existait une volonté contradictoire qui bloque efficacement le processus de progrès. Les psychologues commencent à comprendre les mécanismes du blocage et comment les éviter.

Plusieurs rituels le disent, nous venons en franc-maçonnerie entre autres pour « soumettre notre volonté ».

Quoi ? Soumettre à qui ? Et ma liberté absolue de conscience, alors ? Du calme, fougueux impétrant, c’est la volonté de ton être intérieur, qui résiste aux injonctions de ta raison, qui doit plier et désormais effectuer pile ce que ta raison a décidé. Ce texte-là contient déjà en germe une confusion entre la volonté, terme qui désigne la force claire de l’intention mise au service du raisonnement, et la volonté, résumant les forces plus souterraines dirigées par notre inconscient.

Bon, on le sait bien, qu’il y aura toujours opposition entre le cerveau raisonnant et le cœur ( ou d’autres organes localisés plus bas ). Mais l’apprenti plein de bonnes résolutions fonce pour tailler sa pierre afin de devenir meilleur.

Nous savons que maintenir un cap sur la durée va requérir de la persévérance, mais en fait il y a un autre problème, qui se manifeste déjà dans le court terme. 

L’exercice de la volonté semble déclencher, rapidement et automatiquement, une résistance.

Tout se passe comme si un être intérieur doté d’un énorme esprit de contradiction se levait face à nous et aux diktats de notre volonté, et arrivait parfois à prendre les manettes, nous mettant devant un fait accompli avant que nous ne comprenions ce qui se passe.

L’exemple le plus caricatural se produit lors de la recherche du sommeil :  l’idée même semble réveiller plein d’idées intéressantes mais à affiner, de trucs à ne pas oublier de faire demain, et plus on se dit qu’il faut vraiment dormir, que demain sera lourdement chargé, et plus la crainte de ne pas dormir devient plus omniprésente.

Une version alternative est bien sûr de regarder un épisode de plus de cette série pourtant pas terrible, de se faire un dernier petit jeu vidéo, ou n’importe quoi mais pas dodo.

Ce cercle vicieux, Edgar Allan Poe et Charles Darwin l’avaient déjà signalé ; Freud l’a étudié en le nommant «  principe de volonté contraire », et sa dénomination actuelle «  loi de l’effort inverse » lui fut attribuée par l’écrivain et psychanalyste Charles Baudouin.   Il indique que l’effet se produit chaque fois qu’apparaît un conflit entre d’une part l’imagination (et ses représentations mentales) et d’autre part la volonté consciente : non seulement nous ne réalisons pas l’action souhaitée, mais nous effectuons son exact contraire. Et plus nous insistons, plus l’effet se renforce.

Une autre description précise de cette loi figure dans un essai de Fiodor Dostoïevski, et a servi de base en 1987 ( donc plus de 100 ans plus tard ) à l’élaboration d’un protocole expérimental, par les équipes de Daniel Wegner à Philadelphie. Tous les aspects obsessionnels se mettent en place dès qu’une idée à piloter par la volonté consciente est suggérée et, comme l’observait déjà Emile Coué, ce sont toujours les représentations mentales qui gagnent  contre la volonté :  repousser une image mentale provoque son retour de manière irrésistible, c’est pourquoi certains ont désigné le processus comme « ironique » .

Jusque-là, on reste dans le descriptif et le constat : n’y aura-t-il pas de possibilité que la volonté gagne le match ?

Les rituels maçonniques nous auraient ils menti ?

C’est là que les équipes de Wegner ont bien bossé. Réintroduisons une notion que nos compagnes connaissent bien :  la charge mentale… nos vénérables la vivent aussi. Elle se caractérise par une multiplicité de choses à garder à l’œil simultanément, par un flux incessant de décisions à prendre, etc. Les psychologues ont observé l’existence d’un cumul de besoins en énergie mentale :  les besoins pour l’exercice opérationnel de la volonté, ceux pour le contrôle ( dont la surveillance de l’adéquation entre besoin et moyens à disposition ), et ceux de vérification de l’atteinte effective des buts.  Les psys ont pu remarquer qu’une chose affleurant à l’esprit, sous l’étiquette «  à éviter », peut voir son attribut migrer en «  à rechercher », dans les situations de surcharge intellectuelle. Dit autrement, l’épuisement cognitif entraîne temporairement mais nettement le risque de méprise sur nos intentions, au point que ce qu’on cherche absolument à contourner se placerait pour un temps limité mais crucial comme l’objectif à atteindre.

On peut en déduire la marche à suivre pour juguler le risque : refuser fermement d’en prendre « trop sur la fourche » , savoir que tout signe indiquant que la « loi de l’effort inverse » est en train d’émerger indique notre surcharge mentale et qu’il est urgent de lâcher la pression et d’apprendre à dire non, en répartissant le boulot sur une période plus longue, moyennant une rehiérarchisation du reste-à-faire, et pourquoi pas en se faisant quelques plaisirs en profitant au max de son cercle amical, familial et fraternel.

L’atteinte de vos vrais objectifs est à ce prix !  

Les femmes, toujours victimes des hommes : La FM peut-elle faire quelque chose ?

L’actualité n’arrête pas de faire état de féminicides, de violences sexuelles exercées dans un cadre d’influence professionnelle et nous voilà un nouveau 8 mars pour célébrer la journée internationale du droit des femmes. Quoi de mieux que d’interroger une franc-maçonne pour connaître son ressenti ?

C’est ce que j‘ai proposé à Germaine, une sœur d’une loge du Droit Humain qui a accepté de me répondre.

Question N°1 : Ma très chère sœur Germaine, depuis des siècles, la coexistence des genres s’accompagne d’une proportion non négligeable d’actes de violence, de subordination, d’agressions multiformes et de soumission féminine, est-ce que les femmes acceptent cette réalité sans broncher ?

Germaine : On commence à voir de la rébellion, mais c’est compliqué ! Les réseaux sociaux ont permis une libéralisation de la parole. Mais ce qui est vrai dans des pays occidentaux ne l’est pas dans la plupart des autres pays. Tout cela est dramatique. Depuis que la société humaine fonctionne, le mâle dominant a été la règle et la femme a appris à se soumettre ; la grande majorité des violences faites aux femmes n’est pas connue car c’est socialement vécu comme une honte. La révolte est récente mais partielle et ne concerne que les pays occidentaux.

Question N°2 :  Cette réalité est universelle ; elle se rencontre dans tous les pays, dans toutes les classes sociales, quelque soit le mode culturel ou la religion, la rencontre-t-on aussi en Franc-Maçonnerie ?

Germaine : Bien sûr qu’on la rencontre aussi dans les loges mais on n’en parle pas et il n’y a pas à ma connaissance de procès. J’ai personnellement été témoin d’une mésentente familiale avec violences physiques sur l’épouse alors que les les deux étaient membres de deux loges. Aucune plainte, aucune poursuite, l’omerta. Chacun sait que les violences sexuelles n’épargnent pas les sœurs, mais surtout pas de vague ! Une des raisons qui est mise en avant par certains frères pour expliquer le refus de la mixité, c’est de prétendre que la vue d’une femme les empêcherait de se concentrer dans leur démarche initiatique ! Ce genre d’argument est d’une manière voilée une justification du viol comme le font certains hommes qui disent « Elle l’avait cherché » ! Une éducation à l’acceptation de la différence s’impose dans la formation maçonnique !

Question N°3 :  Pour ne pas trop subir les violences physiques, les femmes ont appris la soumission, le silence et la simulation, n’y-a-t-il pas d’autres moyens ?

Germaine : Le seul moyen c’est la séparation dès les premières agressions verbales ou physiques ! La violence est un fil rouge qui s’il est franchi doit entraîner le départ du foyer ! Un conjoint violent ne guérit pas. L’éducation, le conseil conjugal, les alertes sont maintenant accessibles mais à condition qu’il n’y ait pas eu de passage à l’acte.. Mais, le gros problème, à mon avis, c’est la capacité pour les femmes à prendre confiance en elle, ne pas se culpabiliser, accepter de s’assumer !

Question N°4 :  Tu fréquentes une loge où le féminin des fonctions n’est pas appliqué ; te faire appeler sœur premier surveillant est-ce que cela te paraît normal ?

Germaine : Pour ma part cela ne m’apparaît pas normal mais les instances ont banalisé la question en affirmant que c’était un détail. C’est fondamentalement une négation de la féminité qui nous est imposée. Cette utilisation du masculin soi-disant neutre est une hérésie condamnée par l’académie française et bien en loge on continue ! Autre atteinte de la féminité, le non respect en loge et dans les structures obédientielles mixtes de la parité. Mixité entraîne normalement la parité ! Pas en franc-maçonnerie ! Et on y trouve rien à redire !

Question N°5 :  On dit que les loges s’intéressent à la dignité, à l’euthanasie, au revenu universel et à la laïcité, est-ce qu’elles se préoccupent des violences faites aux femmes ? Et si oui cela débouche sur quoi ?

Germaine : On en parle dans les questions à l’étude des loges, certaines obédiences ont des commissions pour le droit des femmes, mais ce sujet n’entre pas pour certain-e-s frères et sœurs dans le cadre des sujets symboliques donc c’est mal vu !

Question N°6 :  Je ne sais pas ce que tu en penses ma sœur Germaine mais personnellement, j’ai l’impression qu’il y a un malaise ! Les sœurs, qu’elles soient dans des loges mixtes ou des loges féminines semblent « sous influence » ! Sont-elles libres d’exprimer leurs ressentis ou sont-elles dans l’impossibilité de dire vraiment ce qu’elles ressentent ? Issues des classes moyennes et supérieures, elles ne semblent pas souffrir de conditions de vie difficiles.  Tant qu’elles fonctionnent comme des hommes cela a l’air de bien se dérouler ; mais peut-être qu’un jour elles auront envahi d’être elles-mêmes ; et ce jour-là que se passera-t-il ?

Germaine : Les femmes n’ont jamais vraiment pris leur indépendance en franc-maçonnerie ; nous sommes sous la coupe d’un modèle masculin. D’autre part de nombreuses sœurs se comportent comme des hommes et n’ont pas vraiment envie de changer. Je fais partie de celles qui souhaiteraient plus de respect de la féminité en loge mais il me semble que nous sommes minoritaires.

Bien sûr notre sœur Germaine ne représente pas l’ensemble des sœurs ; c’est son ressenti personnel qu’elle nous a confié.

Et vous, sœurs ou non, chères lectrices, qu’en pensez-vous ?


Quelques infos pour aller plus loin :

Vous saurez tout sur l’abord juridique des violences faites aux femmes

Mr Erick Maurel est magistrat

La franc-maçonnerie et les femmes : un dossier à découvrir (cliquer sur ce lien)

Une chanson en l’honneur des femmes

Les samouraïs arrivent au Musée Guimet

Véritables guerriers japonais, les samouraïs intriguent et passionnent ! Mais quelle est l’histoire de ces personnages si mystérieux ?

Du 16 mars au 20 juin 2022, le Musée National des Arts Asiatiques dévoile une impressionnante exposition intitulée L’arc et le sabre, imaginaire guerrier du Japon.

Dessins-animés, livres, films, bandes dessinées… Les samouraïs sont partout et nombreuses sont les histoires fascinantes sur ces guerriers japonais ! Le mot samouraï signifie servir en japonais. Ce terme devient très employé au Japon à partir du XVIIe siècle ! Reconnaissables par leurs armures et leurs katanas (ces longs sabres de plus de 60cm !), ces combattants ne craignent ni la mort, ni la souffrance.

Les samouraïs ont le devoir de respecter un code d’honneur strict appelé La voie du guerrier. Ce règlement repose sur sept vertus essentielles : l’honnêteté, le courage, la bonté, le respect, la sincérité, l’honneur et la loyauté. La vie de ce guerrier est déjà tracée, il a le devoir de servir son seigneur jusqu’à la fin !

Traditionnellement réservé aux hommes depuis sa création, le rôle de samouraï s’est aussi étendu aux femmes ! D’après la légende, la combattante la plus connue est Tomoe Gozen, une cavalière ayant dirigé une armée lors de la guerre de Genpei.

L’exposition révélera tout l’imaginaire gravitant autour de l’histoire de ces guerriers. On pourra notamment comprendre comment au fil des siècles ce combattant est devenu un symbole emblématique du Japon !

L’objectif est aussi de montrer la manière dont les samouraïs sont vus en fonction des époques. Un parallèle sera fait entre la perception de ces guerriers dans le Japon moderne et en Occident !

Infos pratiques

Du 16 mars au 20 juin 2022

Musée national des arts asiatiques – Guimet – 6, place d’Iéna, 75116 Paris

Métro Iéna (9) et Boissière (6) – Téléphone 01 56 52 53 00 – https://www.guimet.fr/

PASSE VACCINAL : En application des mesures gouvernementales de lutte contre la propagation de la COVID19, un passe vaccinal doit être présenté par tous les visiteurs à partir de 16 ans à l’entrée du musée. Des contrôles d’identité pourront être réalisés dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de penser que le document présenté ne se rattache pas à la personne qui le présente.

Un passe sanitaire doit être présenté par les visiteurs de 12 à 15 ans à l’entrée du musée (schéma vaccinal complet avec délai nécessaire après l’injection finale ; preuve d’un test négatif de moins de 24 heures ou résultat d’un test RT-PCR positif d’au moins 11 jours et de moins de 6 mois).

Le port du masque à l’intérieur du musée n’est plus obligatoire. Afin d’assurer une visite dans les meilleures conditions, un circuit de visite incitatif est mis en place au travers de logos au sol.

Source : https://vivreparis.fr

20/03/22 : GLFF – conférence publique « Franc-maçonne, un chemin de vie »

La Grande Loge Féminine de France vous invite à sa conférence publique le 20 mars 2022 sur le thème « Franc-maçonne, un chemin de vie » par la Grande Maîtresse Catherine Lyautey.

Le 20 mars 2022, la Grande Loge Féminine organise une journée exceptionnelle à la Cité du Couvent dans le cadre du Printemps des Franc-maçonnes.

Deux sessions de la conférence « Franc-maçonne, un chemin de vie » par la Grande Maîtresse Catherine Lyautey sont prévues à 10h30 et 14h30

Inscription obligatoire par mail à printemps@glff.org en précisant bien si vous souhaitez assister à la session du matin ou à celle de l’après midi