mer 29 juin 2022 - 11:06

5/03/22 – Compte rendu GLFF : «Briser le silence lié à l’inceste»

Le  5 mars 2022, le Colloque public de la Grande Loge Féminine de France a réuni dans ses locaux, environ 120 personnes, pour dénoncer « le tabou de l’inceste ». L’inceste demeure une agression majoritairement faite aux filles depuis le temps de « l’homo sapiens-sapiens ». Des récentes statistiques en France dévoilent une forte augmentation du nombre de personnes déclarant avoir été victimes d’incestes entre 2009 et 2020 (la période  étudiée). Il y a urgence devant l’ampleur du phénomène social !

La  première présentation et intervention au Colloque : celle d’Eva Thomas. Abusée par son père à l’âge victime de 12 ans, fondatrice de l’association SOS Inceste en 1985 et autrice courageuse du livre Le Viol du Silence en 1986, elle a fait part autant du drame vécu de son enfance que de sa farouche volonté à renaître dans un long temps chaotique, à une identité par la parole, l’écrit, l’image (Eva Thomas a été la première à participer à une émission télévisée «  les Dossiers de l’écran »  pour dénoncer le tabou de l’inceste en prenant la parole à visage découvert). Son livre Le Sang des mots publié en 1992, récit de son effondrement et de sa patiente résilience, vient de bénéficier d’une réédition. Cette réédition est bienvenue pour poursuivre l’évolution des mentalités et s’affranchir de la traditionnelle impunité  sociale envers «  les bons parents » issus de toutes conditions sociales…

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

La seconde intervention : celle de Magali Bodon-Bruzel, médecin psychiatre. Lauréate de l’Académie Nationale de Médecine en 2010 pour son travail thérapeutique auprès des infracteurs sexuels en détention, elle a publié de nombreux articles qui font référence dans son domaine. Elle est co-auteur d’un ouvrage édité chez Stock en 2014, « L’homme qui voulait cuire sa mère« . Comme Eva Thomas, elle manifeste dans l’exercice de sa profession, du désir d’avancer dans la vérité  pour améliorer le fonctionnement de la vie sociale, pour prévenir voire la guérir des formes d’une prédation sexuelle persistante. Pour l’assistance, Madame Bodon-Bruzel a commenté l’état des investigations menées par des équipes d’experts avec lesquelles elle travaille sur le terrain et notamment dans l’univers carcéral. Ces études délivrent des données qui permettent des décryptages susceptibles de prévenir tous les aspects de ce phénomène massif à la croisée des rapports de domination d’âge et de sexe. Avec des agresseurs « volontaires pour comprendre l’acte pour lequel ils ont été condamnés », la mise en lumière des diverses formes de la violence sexuelle mais surtout les possibilités de soins aux auteurs est patiemment recherchée.  Une voie prudente sur le plan scientifique mais aussi digne de respect vis-à-vis des accusés qui font aussi partie de notre humanité …

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

Des  devoirs demeurent : accueillir et enregistrer la parole,  repérer et signaler les cas d’inceste et de violences sexuelles survenues dans un cadre familial, protéger les victimes par un accompagnement spécialisé sur un long terme.  Indubitablement : impliquer la justice, ses magistrats et le réseau des auxiliaires de justices. L’institution publique au service de la Justice et du Droit, a le devoir impérieux de tenir son rôle, de lutter contre les violences, de déconstruire les préjugés et de rendre visible «  l’impensé ». Elle doit entendre les plaintes, les instruire rapidement, et poursuivre devant les tribunaux : précisément  devant la Cour d’Assise les actes incestueux sexuels dans un cadre familial devenu aujourd’hui plus élargi. En ce sens le  témoignage d’une magistrate du Parquet dans le cadre de ce colloque a été précieux. Il a situé où en est la volonté de faire justice et d’œuvrer efficacement pour briser le silence de l’inceste et des violences faites aux mineur(e)s.  La prise de conscience d’une réalité devenue conséquente du fait « du viol, de l’inceste, et des autres agressions sexuelles »  a bien été réalisée à ce jour par les juridictions du pays. Par ailleurs, une loi récente (du 21 avril 2021) a amélioré les motifs à poursuivre et à sanctionner pénalement le délit d’‘agression sexuelle incestueuse sur mineur (de moins de 18 ans). Toutefois, force est de constater que les Parquets se trouvent confrontés à une pluralité de demandes. Sur le champ social, il se découvre «  une mosaïque de cas » où  l’enquête sur l’inceste reste difficile. Difficile de dialoguer avec l’enfant victime car il saisit mal la gravité des faits qu’il a subis ! Délicat et douloureux le terrible conflit de loyauté qu’il provoque, lié à la relation de proximité entre l’agresseur et la victime. Difficile même d’obtenir des condamnations qui seraient justifiées lorsque des jurés souvent méconnaissent les fortes répercussions sur la construction de la victime et se conforment aux arguments traditionnels des avocats de la défense pour « décharger » le prévenu. Non, « le tabou de l’inceste n’est pas levé » ! Toutes les victimes restent « singulières ». Chaque histoire – même relevant d’une justice pénale – déborde (hélas) les moyens actuels attribués à la justice. Ces moyens en dessous de l’ampleur du phénomène social incriminé attestent de l’échec des politiques pénales d’agressions sexuelles en France.

Ce colloque, préparé par la Commission des Droits des Femmes à la GLFF, a démontré que l’inceste qui s’apparente à « une destruction totale de l’individu, de l’identité psychique et corporelle de l’enfant » serait sans doute à resituer dans une problématique plus large : celle de l’éducation aux droits des enfants en matière d’éducation à la sexualité, à l’égalité filles et garçons.

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