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Le Grand maître national du Droit Humain était en conférence ce samedi à Rodez

De notre confrère centrepresseaveyron.fr

Amande Pichegru, grand maître national du Droit Humain, a animé une conférence ce samedi 5 mars à 14h à l’auditorium des Archives départementales de Rodez sur son obédience. Entretien :

Qu’est-ce que le Droit Humain ?

C’est l’obédience historique de la mixité où la question du genre, du sexe est une non-question, un non-débat depuis 140 ans. C’est un laboratoire de fraternités, de mixités  sociales, ethniques, générationnelles. Je suis fière d’être la présidente de la branche française de la première organisation maçonnique mixte au monde. Les loges du Droit Humain dans les autres pays ne sont pas des filiales d’une obédience française. Elles se regroupent dans chaque pays en fédérations indépendantes souveraines et autonomes, et sont membres de l’organisation appelée ordre Maçonnique mixte international « Le Droit Humain ». Nous sommes la fédération française de cette organisation. Il y en a 24 au total réparties sur les cinq continents.

Quels sont les objectifs ?

Ils sont clairement inscrits dans notre constitution : Travailler pour que tous les êtres humains bénéficient de la justice sociale et vivent dans des sociétés libres et fraternelles, travailler à la recherche de la vérité c’est-à-dire de sortir des préjugés, sortir d’une pensée formatée, apprendre à penser librement. Les débats en loge servent à éclairer les membres pour leur permettre de remplir leurs devoirs de francs-maçons c’est-à-dire travailler à rendre concret les principes de liberté d’égalité, de fraternité et de laïcité. Et travailler enfin pour que tous les êtres humains atteignent un maximum de développement moral intellectuel et spirituel nécessaire à chacun pour atteindre le bonheur.

Qu’est-ce qui a motivé votre entrée en franc-maçonnerie?

Comme pour tout un chacun, je suis arrivée à un moment où j’ai eu envie de donner une dimension supplémentaire à ma vie, plus philosophique, plus spirituelle, plus profonde aussi pour prendre du recul, de la hauteur par rapport au quotidien, de m’interroger sur moi, sur le monde, plus globalement sur le sens de la vie, avec d’autres personnes qui sont dans la même démarche. Pour que la vie ne soit pas seulement, « une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » pour citer William Shakespeare.

Qu’attendiez-vous de cette conférence ?

Je souhaitais mettre mon enthousiasme pour dialoguer avec les auditeurs en toute transparence, lever les éventuels préjugés contre la franc-maçonnerie, faire connaître Le Droit Humain et surtout rappeler que dans la grande famille de la franc-maçonnerie universelle, la question de la mixité est réglée grâce au Droit Humain depuis 140 ans.

Depuis 140 ans justement, quelles ont été les contributions du Droit Humain dans la vie de la cité ?

La première des contributions du Droit Humain est d’aider ses membres à devenir plus libres, plus engagés dans la société. C’est aussi d’apprendre à ses membres à respecter tout individu quel qu’il soit dans sa différence, et qui commence par la reconnaissance de l’égalité entre tous les êtres humains. Enfin, il y a les contributions des commissions composées de francs-maçons qui réfléchissent sur des questions sociales, sociétales, éthiques, européennes.

Rite Opératif de Salomon

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LE LIVRE

Le Rite Opératif de Salomon a été élaboré à partir de la fin des années soixante. La création de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, en 1974, lui donne une structure pour se développer. C’est donc  l’un des rares rites maçonniques créées au XXième siècle, si ce n’est le seul. Son échelle en 9 degrés articule les principaux mythes de la Franc-Maçonnerie dans un réarrangement nouveau, appuyé sur la tradition. Pourquoi se revendique t-il opératif ? En quoi demeure t-il initiatique ? L’Art Royal demeure t-il une initiation adaptée au monde d’aujourd’hui. Roger DACHEZ, historien émérite de la Franc-Maçonnerie, qui en a écrit la préface, s’interroge : Peut-on, est-il acceptable de,  modifier, innover et donc recréer un Rite ?

L’ouvrage lui apporte quelques réponses particulièrement documentées.

 AUTEUR

Réalisateur de films, Didier OZIL a travaillé de nombreuses années pour la télévision. Initié en 1992 à l’Ordre initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, il a appartenu à plusieurs Loges. Grand Maître Général de 2013 à 2016, il a également été membre du Suprême Conseil.

Retrouvez la présentation de l’ouvrage par Yonnel Ghernaouti sur https://450.fm/2022/02/27/le-rite-operatif-de-salomon-au-coeur-de-lart-royal/

La franc-maçonnerie, un bon traitement contre la paranoïa

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On évoque plus que jamais la personnalité d’un despote non éclairé qui mène actuellement une poutine de vie à l’Europe entière et nombre d’experts qui partagent la syllabe « psy » à des titres divers se relaient en France, sur les plateaux de télévision, pour assurer, la voix grave et la main sur le cœur, que le « dictateur personnel » – qui est ainsi monté en grade, depuis qu’il n’est plus seulement considéré comme un autocrate corrompu – serait un dangereux paranoïaque présentant, toutefois, un moindre risque par rapport à un psychotique profond… Dieu soit loué !

C’est pourquoi l’ancien tchékiste (soit dit par filiation historique et en référence à sa propension marquée pour le sadisme… qu’il a largement prouvée sur d’autres théâtres d’opération !) se sent, le pauvre, fort menacé, au point qu’il effleure du doigt le bouton rouge qui ferait exploser la planète. Il ne faut pas le contrarier ; sinon, il redouble de colère et l’on risque les pires représailles. Ce n’est pas, pour autant, qu’on peut se contenter de marcher sur des œufs car il ne connaît pas de limites. Apparemment, il n’entend ni n’articule qu’un langage : celui de la force. À défaut de pouvoir lui passer une camisole du même nom, on doit lui montrer une inflexible volonté, afin de l’amener à la table des négociations, malgré sa trop improbable sincérité.

Je me suis interrogé, ces jours-ci, sur la familiarité qu’entretiendrait la criminologie avec la kremlinologie, au-delà des hasards de la paronymie et de la disparition même du régime soviétique, transformant, en quelque sorte, ce domaine d’étude en celui d’une malédiction endémique : je m’en rapporte aux démonstrations du très médiatique ancien Grand Maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, qui fait pédagogiquement la jonction.

Alors, oui, la franc-maçonnerie qui éduque à l’écoute de l’autre, à l’apprentissage mutuel, à la tolérance et au respect, se situe aux antipodes de la paranoïa. Elle parie sur l’Homme et prône son droit à déterminer son destin, sans atteinte à la liberté d’autrui. Nous savons, Mes Sœurs et Mes Frères, que, loin d’être une panacée, elle n’en demeure pas moins un bon traitement.

Allocution d’Amande Pichegru, Grand Maître de la Fédération française du DROIT HUMAIN lors de la Journée des droits des femmes

Il y a 140 ans, l’initiation de Maria Deraismes par des frères courageux et transgressifs (notamment Georges Martin) apporta, via la proclamation du Droit Humain, la mixité à la franc-maçonnerie universelle et ce, en pleine égalité de droits et de devoirs entre hommes et femmes, entre frères et sœurs sur les colonnes.

62 ans avant le droit de vote accordé aux femmes, l’évènement n’était pas dénué de radicalité, de courage… et d’oppositions, notamment en franc-maçonnerie ! Une utopie de démocratie, de mixité, d’égalité et de fraternité en action pouvait enfin se vivre librement dans le secret de certains temples… avant qu’elle ne puisse commencer à devenir, bien plus tard, début de réalité dans la société.

Le chantier reste inachevé…

Maria Deraismes, 1re femme initiée aux mystères de la franc-maçonnerie en pleine égalité de droits et de devoirs avec les hommes

La dynamique de ce « coup de théâtre » du Droit Humain en France a rapidement traversé les frontières et l’Ordre Mixte International Le Droit Humain, devenu première organisation maçonnique mixte au monde, s’honore en 2022 de réunir près de 32 000 hommes et femmes dans leurs divers temples répartis dans plus de 60 pays ! De Montréal à Yaoundé, de Reykjavik à Tokyo, de Tahiti à Rodez, sœurs et frères d’horizons sociaux, culturels, professionnels, linguistiques si différents travaillent unis par le même idéal progressiste qu’ils veulent atteindre grâce aux vertus initiatiques d’un rituel constructeur d’individualités libres et engagées…

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2022, le Grand Maître (Amande Pichegru) de la fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN, a prononcé une allocution vibrante devant la statue de Maria Deraismes au square des Épinettes (Paris 17e).

Son intervention est à découvrir sur la nouvelle chaîne YouTube du Droit Humain. La Très Respectable Sœur Amande Pichegru interroge notamment : « Et aujourd’hui, que faisons-nous de notre histoire ? Y-a-t-il des Maria Deraismes parmi nous, que nous ne voyons pas ? Ou à l’extérieur que nous ne savons plus repérer… ? Avons-nous son même niveau de conscience des possibles nouveaux chantiers à ouvrir ? Oui, son exemple nous inspire pour oser et agir ! »

À regarder via YouTube

Liberté, Égalité, FRATERNITÉ

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

« Fraternité », le cri totem, pluriel, sacré des Maçons. Mais ce n’est pas par hasard ; l’éthologie l’explique bien, elle qui est la science de l’étude du comportement des animaux de meute, dont nous faisons partie. Voici ce qui en ressort. En violence perpétuelle, en guerres incessantes les mâles de la meute humaine, surtout eux, culpabilisent sans cesse et se sentent étouffés par leur vilenie. Cette violence ne cesse d’ailleurs, aujourd’hui, de prospérer avec la prolifération des humains. (8 milliards quand même !) Alors l’humanimal (D. Beresniak) se raconte qu’il n’est pas que mauvais. Au fond de lui, repose aussi le désir de cacher son instinct meurtrier. Il ressent qu’il doit se racheter pour pouvoir vivre avec les autres, autant que faire se peut. Les doctes des Lumières ont repris la chanson de l’amour entre les êtres, en s’appuyant sur la vieille notion, en cette occurrence, de la raison. Ne nous commanderait-elle pas de nous aimer les uns les autres ? Mais l’éthologie, raconte une autre histoire plus profonde que les friselis de la conscience aimante et de la raison qui l’y pousse. Voici les remords, rachats, rédemptions…fonds de commerce de religions., d’associations, de groupements divers…

Mais, après ce carnage, ne pouvons-nous pas essayer quand même de nous héler, le sourire aux lèvres : « Ma Sœur, mon Frère ». Et de tenter de déshabiller nos sourdes violences pour en transformer leur force en accords, joies partagées. Dans l’exultation de l’exaltation de l’être ensemble. Un rêve d’alchimiste, bien sûr ! Mais aussi de tous et toutes : j’insiste : au nom de la fraternité, les pires exactions fleurissent dans le rejet, le mépris, la haine. Les Francs-maçons, eux, prétendent s’y prendre autrement. Coloration de leur fraternité avec le respect de l’autre, la tolérance, l’égalité… Et parfois y parviennent, comme d’autres associations humaines d’ailleurs.

Ce troisième article sur le tryptique propose un décryptage des différentes sortes, des trois étages de notre fraternité, maçonnique en l’occurrence. Après la critique, je présenterai, des ouvertures possibles et en cours. La fraternité maçonnique ? Peut faire mieux comme nous le verrons. Mais et c’est essentiel, les deux articles précédents sur la liberté et l’égalité supposaient que ces deux valeurs étaient dévoyées en Franc-maçonnerie, malgré des espoirs certains. La fraternité, elle, est un conditionnement positif effectif même si la réalité, tant obédientielle qu’en loge, peut encore grandement s’accroître.

On peut distinguer trois niveaux de fraternité chez nous avec des traits distinctifs pour vivre toujours plus la devise que je propose dans mes ouvrages : « Une spiritualité pour agir ». Le « pour » est la passerelle psychagogique (pédagogie de l’initiation) pour se hisser à une fraternité, en livraison des cœurs assemblés. D’abord, premier niveau, la complicité, attribut de la majorité des Loges : sur les parvis, on se salue, on se sourit, on s’embrasse. Au fond on est content de vivre bientôt une tenue. Puis, à un deuxième niveau, la solidarité : on ne laisse pas tomber l’autre s’il(elle) a besoin de quoi que ce soit. Là, c’est mon expérience ; alors je ne généraliserai pas à toutes les Loges. D’abord parce que l’office d’Hospitalier masque le rôle d’hospitalier que nous devrions être tous(tes). Ensuite parce que, dans notre société, l’isolement croissant, l’individualisme galopant, le plaisir du sens éparpillé freinent la solidarité. Je ne suis pas le seul à le constater hélas. Voici, à titre d’illustration de ces évolutions (dérives ?) Un exemple réel et significatif : un Frère ne peut plus participer aux tenues car il souffre d’une lourde détresse. Il a besoin d’être soutenu ? Alors il écrit à chacun€ : « Envoie-moi une ligne, une seule de soutien ; j’en ai besoin ». Résultat : 6 Frères et Sœurs l’ont fait et 26 ont laissé tomber. Enfin diras-tu mais il y a un Hospitalier pour ça. Il ne s’est même pas manifesté ! Nous devrions nous considérer comme des soutiens solidaires. Hélas j’ai d’autres exemples de cette eau. Il semblait que cette désaffection que chacun(e), explique en mauvaise foi ou par le mépris, soit aujourd’hui surtout le triste apanage des Loges des grandes villes et de leur banlieue. Sans doute que cet abandon ne se serait pas vécu ailleurs : notre fraternité : en tant que solidarité existe bien souvent en province. Il est temps qu’il y ait des planches, dans les loges urbaines, de mises en œuvre d’entraide, loin des grandes déclarations sur la fraternité et la solidarité. Car hélas, le contraire de la complicité est la duplicité. Cette antithèse de la complicité ne se limite pas à de rares loges hélas : les jeux souterrains ou pas qui poussent tel ou telle à briguer les responsabilités de carton-pâte : officier mais sur tout avoir la consécration du vénéralat, en repoussant, l’air innocent, d’autres prétendants aussi avides. Et que dire de la course aux degrés qui prolongent la Loge bleue ? Pour certain(es) « monter en grade » est une nécessité pour se réjouir de son image de gagnant, alors que ce n’est trop souvent que fatuité, inconsciente

La complicité, elle, est bien différente de la duplicité ; elle repose en grande partie sur la joie de vivre ensemble. J’ai glané, en France, de ci de là, quelques exemples simples qui forgent cet état d’esprit si positif. Tu as certainement d’autres exemples, peut être chez toi. Ici, dans cette Loge, après l’ouverture, le Vénérable va chercher par la main chaque visiteur et l’amène entre te tableau et les deux colonnes. Là, il l’accueille par quelques mots de bienvenue. Ailleurs les planches ne renforcent pas la relation maître-élève comme c’est l’habitude ; les Frères, les Sœurs s’expriment d’abord, liberté, égalité et fraternité obligent. Et le conférencier termine, après les interventions. Dans une autre Loge ; un geste rend encore plus charnel l’initiation. Le candidat, les yeux encore bandés, guidé, fait le tour de la Loge dont les membres sont en cercle. Chacun(e) lui prend les deux mains et les étreint sans un mot. Et que dire de cette ancienne tradition, presque perdue, de la solidarité fondée sur l’expérience commune de la voix : à la fin de la tenue, lors de la chaîne d’union, le chant Auld Lang Syne (Ce n’est qu’un au revoir…) résonne dans la ferveur de l’unité ; je l’ai vécu c’est vraiment touchant !

Dépassons le cadre de la Loge. Veux-tu un exemple national de la solidarité, très vivant aujourd’hui ? Un de nos Frères, un des fondateurs des SEL a mis en place un système d’entraide maçonnique. Qu’est-ce qu’un SEL d’abord ? C’est un système d’échange local, une association où les membres mettent certains biens, connaissances ou savoir-faire au service des autres, sans aucune relation pécuniaire. Ce Frère inspiré a transporté le modèle dans la maçonnerie (Site OVR). Voici la définition de l’organisation mise en place : « Réseau social fraternel, annuaire d’entraide et de services fraternels ». En toute gratuité. C’est un nouvel et passionnant exemple de solidarité. Je t’engage à te rendre compte par toi-même de ce type d’échanges qui pourrait enflammer beaucoup d’entre nous. Voilà bien, au niveau de notre Franc-maçonnerie « Une spiritualité pour agir ». Ne clame-t-on pas au REAA : « Agir envers les autres, vivant concrètement les valeurs de fraternité et de solidarité ». ?

Dépassons maintenant le niveau de la solidarité entre nous, pour nous hisser à celui de l’humanité. Le génie de la Maçonnerie à la française est de lier la recherche spirituelle en tenue pour, passer à l’action dans le monde, par une mystérieuse alchimie très peu élucidée par les andragogues (pédagogues d’adultes) Ce mystérieux passage de la spiritualité à l’action est caché, contenu dans la petite préposition « pour » de la devise « Une spiritualité pour agir » Un degrés sommital du REAA, en fait l’aboutissement de notre démarche : « la résistance à l’oppression est le plus sacré des devoirs… Ce n’est ni dans le ciel ni dans les nues que vous devez agir… durant votre existence, c’est sur terre. Votre travail sera votre action hors du Temple. Vous n’avez donc plus à porter de Tablier… Allez dans le monde, seuls et responsables devant votre conscience faite de connaissance et d’amour Je suis très fier, et nous sommes nombreux à sentir ce lien superbe entre la spiritualité et l’action dans le monde. Nous parvenons alors au dernier niveau de la fraternité qui gagne ses galons d’universalité tangible : l’Humanité, après la complicité et la solidarité.

Ce n’est pas le choix de la Maçonnerie anglo-saxonne, en train de s’éteindre. L’accent est résolument mis sur l’action, le plus souvent humanitaire, au détriment d’un vécu profond de la maçonnerie rituelle. Certainement, l’esprit clubiste si caractéristique chez eux a-t-il forgé et reforgé les propos, souvent dépassés de notre James Anderson. Mais, sur leur terrain, la fraternité universelle, l’humanité, est une réalité de Loge qui mérite quelques exemples. Savoure : La Loge des Francs-maçons de Broxburn a joué son rôle en aidant à distribuer plus d’un million de livres sterling de marchandises à des organisations caritatives et à des entreprises sociales communautaires à travers l’Écosse au cours des deux dernières années. Ou encore un autre exemple admirable : les Maçons du Lodge Buchan St John N° 636 ont lancé la campagne lorsque la pandémie a commencé en avril 2020, dans l’espoir d’aider les groupes communautaires à faire face au verrouillage. Des témoignages éloquents mais de type fréquent là-bas

Nous ne jouons pas à la même Maçonnerie (bien sûr je simplifie en deux camps ; quelques nuances sont nécessaires) Pourtant pas un seul de nos rites n’oublie cette action dans le monde, à la fin de la tenue. Encore le REAA : « Agir enfin au bien commun selon l’idéal universaliste de nos principes fondamentaux ». Mais alors que faisons-nous pour être en accord avec nous-mêmes ? Simple, les Loges se reposent sur les obédiences qui décident de l’affectation des deniers collectés pour de grande causes. Humanisme délégué. Mais dans chaque Loge, qu’en est-il ? Rien ou presque. Il serait cohérent de les mettre en action, comme le font les loges américaines. Par exemple fonder et animer un comité d’entraide. La Loge se choisit un projet : aide aux nécessiteux, défense des libertés, soutien à l’éducation des enfants… Projet souvent articulé à une association. Et il y en a florès ! Amnesty International, Avaaz, L214, Secours populaire, Citoyens du monde et cent autres. La Loge repère une action particulière dans l’association retenue parce qu’elle lui plaît. Le comité d’entraide la mène sans faillir et sans amateurisme.

La fraternité, celle de la complicité et de la solidarité est assez souvent vivant. Elle peut néanmoins se développer encore. Comment ? Les recherches en psycho sociologie se sont posé la question : quelles attitudes et quels comportements maintiennent-ils ou augmentent-ils la fraternité dans un groupe humain ? En d’autres termes maçonniques, comment développer l’égrégore et le soutenir dans le temps ? Les chercheurs ont mis en évidence sept types de relations entre les gens, qui permettent le déploiement de l’excellente ambiance dans un groupe, une loge par exemple : ce sont les 7 gratitudes. Je te livre la définition du net : Pratiquer la gratitude c’est se focaliser sur ce qui est positif maintenant pour soi et remercier, selon la situation, pour ce que vous avez et pour ce qui vous arrive. La gratitude, en outre, est une émotion positive : l’exprimer augmente notre sentiment de bien-être. Tout le monde est donc gagnant : celui(celle) qui émet une gratitude et celui qui la reçoit. La France est en retard sur le sujet et la gratitude est encore un mot peu usuel ; donc sa mise en œuvre. La recherche nous apprend concrètement à perfectionner le climat d’un groupe quel qu’il soit, une Loge en particulier. Ne peut-on imaginer que les Maîtres, a fortiori les Officiers et le Vénérable s’entraînent à vivre, des relations de gratitude ? Pour apprendre à rendre toujours plus riche et joyeux l’égrégore. Cette formation pourrait être une mission des obédiences devenues des Centres de Services. Je reviendrai sur ce sujet essentiel dans un autre article. Mais, en attendant, voici un exemple réel de gratitude dans une loge : au moment des agapes, chacun(e) à tour de rôle, exprimes-en une ou deux minutes au plus, son remerciement pour ce qu’il(elle) a vécu pendant la tenue. Cela même s’il y a une déception car le fond reste la gratitude, la gratitude pour l’existence de l’autre, qui a déclenché une émotion.

Le titre général des trois articles énonce les trois valeurs républicaines, Liberté, Égalité, Fraternité. Beaucoup de Loges françaises les acclame en fin de tenue. Mais n’est-ce pas, comme je le prétends dans le titre « fluet et désuet » ? Oui, en bonne partie. Je crois avoir montré que vivre une tenue n’accroit surtout pas la liberté, pas plus d’ailleurs que l’égalité. Mais il me semble aussi que, dans l’Ordre de style français, il y a des germes de gains possibles de liberté et d’égalité. Quant à la fraternité, elle est mieux appareillée. Il suffirait de perfectionner les relations de gratitude pour que s’épanouissent, la Sagesse, la Force et la Beauté. Pour que tous, toutes se sentent heureux. Frères et Sœurs dans la reconnaissance fraternelle et affectueuse.

Ne résistons pas à « une spiritualité pour agir ». C’est notre génie maçonnique. A preuve, on lit dans un rite répandu cette déclaration ; elle nous mène sur le chemin de la réalisation du sens que la vie peut nous apporter : « la résistance à l’oppression est le plus sacré des devoirs… ce n’est ni dans le ciel ni dans les nues que vous devez agir … durant votre existence, c’est sur terre. Votre travail sera votre action hors du Temple. Vous n’avez donc plus à porter de Tablier… Allez dans le monde, seuls et responsables devant votre conscience faite de connaissance et d’amour ».

(Fin du tryptique)

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Cheminer vers l’Éveil : L’altruisme

Par Sa Sainteté le Dalaï Lama

« L’altruisme est une source de bonté pour vous et les autres
Le remède qui calme les ennuis
La grande voie vers la sagesse
La nourriture pour tous ceux qui la pratique
Efficace pour faire progresser le bien-être des autres
Grâce à elle, vous atteignez votre plein objectif personnel.
 »

Le Bouddha Shakyamuni, qui vécut il y a 2500 ans, est considéré comme un être exemplaire, car il était profondément pénétré par la grande compassion. Son engagement altruiste n’était pas limité à quelques actes de bonté de temps à autre. Il se concentra sur la seule pratique de la grande compassion pour un nombre incalculable d’éons, vie après vie. Une grande sollicitude envers autrui et la pratique d’une sagesse sans faille l’ont libéré des anomalies, doté des qualités exceptionnelles d’un grand maître éveillé, sa renommée est parvenue jusqu’à nous.

D’autres célèbres grands maîtres aux nombreux adeptes comme Moïse, Jésus et Mohammed ont basé leur puissance sur l’altruisme. À travers l’Histoire, les personnes dont la vie nous inspire profondément sont des êtres qui ont choisi de se consacrer à aider les autres. Ils retiennent l’admiration et nous prenons plaisir à lire tout ce qui les concerne. Les biographies des gens dont l’action a été néfaste provoquent effroi et dégoût quand nous les lisons ou dès que nous les évoquons. Ces livres ne parlent pas uniquement du vécu d’êtres humains, ils montrent les différences d’attitudes, leurs motivations à aider ou à nuire. Nous constatons, en parcourant avec objectivité les vies des personnes éminentes de ces trois milles dernières années, que les êtres bienfaisants ont été motivés par l’altruisme, alors que les malfaisants n’ont cherché qu’à nuire autour d’eux.

Une personne peut paraître belle physiquement, mais en lui consacrant du temps, on devine une personnalité peu avenante et notre opinion change. À l’inverse, un individu peu séduisant peut être chaleureux, et nous pensons : « Cette personne est merveilleuse ! » La beauté intérieure est la plus remarquable. Certains animaux, comme des êtres humains, ont aussi une belle apparence corporelle. Mais je doute que les bêtes jugent les gens sur leur beauté physique. Ils sentent instinctivement leur caractère, si ceux qui les approchent sont sympathiques ou agressifs. À cet égard, l’animal est parfois plus digne de confiance qu’un humain, qui en fonction de son intérêt du moment est sournois, ou, à l’inverse, facilement trompé.

Je suis d’avis qu’il faut avoir de la bienveillance vis-à-vis d’autrui pour qu’en retour les gens soient gentils avec nous. Les humains dépensent des sommes d’argent invraisemblables pour être physiquement attirants. Et, en comparaison, ils ne consacrent presque rien pour avoir un esprit accueillant. Le recours aux autres est possible pour avoir un corps agréable, mais vous êtes seul à pouvoir générer un esprit altruiste.

L’ALTRUISME POUR S’AIDER SOI-MÊME

Tsongkhapa répétait souvent : « Travailler au bien-être des autres est un moyen d’accomplir le sien en suivant la voie. » C’est une vérité profonde : plus votre dévotion au profit des autres est grande, plus, en retour, vous en bénéficierez. Certains apprécient l’altruisme et le louent parfois, mais sans voir son intérêt pour leur propre bien-être. D’autres s’engagent dans une intense dévotion à l’égard des autres, en se sacrifiant, parce qu’ils négligent leur bonheur. Or, il ne faut pas arrêter de se préoccuper de son développement personnel, mais cesser de se chérir à outrance, d’être égocentré en permanence. Dans les écrits bouddhistes, il est question de chérir les autres plus que soi-même.

Si l’état d’esprit transformatif de chérir autrui n’a pas été adopté au lieu de l’ineptie égocentrique de s’aimer soi-même, vous ne trouverez aucun bien-être dans ce monde, et l’ultime état altruiste de la bouddhéité est hors de portée. Shantideva dit :

Sans vous détourner
De votre bonheur personnel afin de soulager la souffrance des autres,
Non seulement vous n’atteindrez pas la bouddhéité,
Mais, en plus, n’attendez aucun plaisir dans le cycle de l’existence.

L’interdépendance est l’essence de la société humaine. Quelle que soit la puissance d’un individu, il ne réussira jamais seul. Les humains sont sociables, si bien qu’ils dépendent les uns des autres. Le désir échoue dans la tâche de rassembler ce qui est favorable, même pour nous. Car, au fond, il est partial. Dans le désir, ce qui ressemble à de l’affection pour quelqu’un mute ensuite en préjugés, puis fût-elle infime, la haine arrive à s’y glisser. L’altruisme est le meilleur moyen pour regrouper ensemble des éléments positifs car il est impartial. Il ne nous pousse jamais à réagir de manière irrationnelle et nuisible. Le sentiment altruiste a une nature positive.

Pour ne pas mourir, nous agissons. Et sans prendre certaines dispositions, nous serions déjà morts. Quels que soient nos actes, ils aboutissent au résultat souhaité lorsqu’ils tiennent compte de la nature réelle de la situation. Recherchez ce qu’il faut pour préparer un repas (et je l’admets, je ne sais pas cuisiner !). La volonté de le faire ne suffira pas sans savoir quels légumes doivent être achetés, comment les couper et les cuire. Il est donc essentiel, quand vous vous engagez dans une action, de connaître la réalité de la situation.

Quel est notre véritable situation ?

Le bonheur que nous souhaitons dépend de nombreuses causes et conditions, comme la souffrance que nous cherchons à éliminer. C’est encore le cas, pour connaître le véritable statut du bonheur ou de la souffrance, il faut effectuer une analyse étendue, et non voir cela sous un angle fermé. Observer un facteur unique ne suffira pas pour devenir heureux ou annihiler la souffrance.

Sous l’emprise du désir ou de la haine, la prise de conscience est réduite, dirigée vers un objectif. Quand la colère vous envahit au point d’être poignante, vous n’arriverez pas à comprendre l’entrelacs des conditions qui sont à l’origine de la situation. Dans le cas contraire, ce sentiment de haine n’aurait pas surgi. La focalisation mentale sur un facteur unique, au milieu de nombreux autres, soulève un problème. Vous fermez la porte à l’ouverture d’esprit et, au-delà, à votre propre joie.

Pour se manifester, les émotions aliénantes ont besoin d’une cible précise : un soi existant, apparemment réel et véritable, autonome. Lorsque les émotions aliénantes entrent en scène, il devient difficile de remarquer que la situation relève de multiples éléments étroitement liés. En l’absence du désir et de la haine, ce contexte d’interdépendance est plus facile à analyser.

Nous sommes tous sensibles, d’autre part, à ce que l’altruisme soit une disposition mentale non aliénante. Par nature, le sentiment altruisme est généreux, ce qui permet de prendre plus aisément en compte un nombre important d’éléments interdépendants. En économie, politique, commerce, sciences, culture et protection sociale, ou d’autres activités, rien n’est la conséquence d’un seul facteur. Puisque sa vraie nature repose sur un vaste réseau de conditions, plus le point de vue est élargi, plus forte est la capacité à construire quelque chose de positif ou éliminer d’autres phénomènes négatifs.

Essayer d’évaluer un problème en dehors d’une large perspective amène une quantité d’ennuis à nous et aux autres. Les situations complexes à travers le monde viennent de vue globale car nous ne considérons qu’une seule facette du problème. Ou les ennuis sont attribués à un seul être, et il est considéré comme étant à l’origine du problème, et nous pensons : « Voilà mon ennemi ! » Se centre sur ses propres intérêts est le problème, avoir de la sollicitude pour les autres est la solution.

Je dis souvent aux gens que je rencontre que les enseignements bouddhistes contiennent une explication abondante sur l’interdépendance, cette notion n’en est pas exclusivement l’apanage. Mais elle est critique pour saisir de nombreuses situations dans le monde. Cette idée d’inter connexion touche une multitude de domaines d’application car elle apporte une vision holistique. L’altruisme est la porte ouverte vers cette vue élargie.

LE COURAGE DE L’ALTRUISME

La sollicitude envers les autres est un acte de courage. Être renfermé sur soi, avec son « moi » apporte peur et anxiété. Il en découle un sentiment d’anxiété, un mal-être dans un corps vulnérable aux incidents de santé. Or, se plonger profondément dans la pratique de l’altruisme donne du courage. La peur recule. Le stress intérieur diminue, avec des répercussions positives sur la tension sanguine : un bien-être général s’installe.

Récemment, j’ai assisté à une rencontre scientifique à New York. Un médecin a signalé que les individus qui usent fréquemment du pronom « je » souffrent de maux cardiaques. Il n’a pas étayé son propos, mais il me semble que l’emploi excessif de « je » centre la personne sur elle-même et limite ainsi ses perspectives. Elle se replie intérieurement. Une situation peu favorable pour un cœur sain. Or, avoir de l’empathie pour les autres est essentiel. Cela procure une large ouverture d’esprit qui modifie complètement nos perspectives. Si j’étais docteur, je prescrirais probablement à mes patients : « Soyez altruiste pour aller mieux ! »

Nous appartenons à ce monde et, chacun, nous avons des opportunités pour aider les autres. Des marques de sollicitude envers ceux qui partagent votre vie professionnelle auront des conséquences. Car, s’ils ne sont que dix, l’ambiance générale sera plus agréable avec moins de dissensions. Imaginons qu’à leur tour, ils agissent de concert avec leurs partenaires. Les effets seront progressifs, mais finalement ils auront une action transformative. Voilà comment changer le monde.

Texte présenté par Ida Radogowski

Ida a créé avec d’autres personnes LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

« Un homme qui veut être franc-maçon ne peut pas être un fanatique, c’est même le contraire. La franc-maçonnerie est l’antisecte »

De notre confrère espagnol tribunasalamanca.com

Brenno Ambrosini préside la seule loge maçonnique de Salamanque, Sapientia-Ars Vivendi nº 87. Il explique que la base de la franc-maçonnerie est la tolérance envers les idées des autres et rejette les faux mythes l’entourant : « ceux qui affirment certaines choses, comme celles de groupes de pouvoir, je leur dis venez, restez un an et après parlez-en ! »

Brenno Ambrosini préside la loge maçonnique Sapientia-Ars Vivendi n° 87 à Salamanque, la seule Loge de ce type dans la ville.

– Comment est née l’idée d’installer une loge à Salamanque ?

– Celle-ci vient d’une loge à Madrid, il y a plus de cinq ans. Il a fallu d’abord demander à une obédience, puis d’être un certain nombre de frères… et il nous a semblé que Salamanque était un bon endroit précisément à cause des références qu’il y avait dans le passé. C’est une ville universitaire importante, historique, où le savoir peut mieux fusionner avec la sagesse, avec deux universités… Nous avons pensé qu’il était très intéressant d’essayer de former une loge, nous avons réussi et je dirais que c’est par le fait de l’humanisme qu’implique la franc-maçonnerie, le savoir.. Il existe un lien entre de nombreux intérêts dans le domaine de la connaissance. Et parce qu’il y avait des gens comme moi liés à la ville, au travail, à l’université…

– L’origine de la loge remonte à plus de cinq ans. Quelle a été l’expérience jusqu’à présent ?

– La vérité est que le problème de la Covid a tout bousculé. Cela fait quelques mois pourtant, nous en souffrons encore. En peu de temps, nous sommes passés d’un groupe de trois personnes à 15 et maintenant, nous sommes une vingtaine . Nous essayons depuis de nous retrouver deux fois par mois. 

– Êtes-vous basés à Salamanque ? 

– Actuellement non, pas encore. Nous recherchons activement. On se réunit dans des temples que nous louons… Nous espérons pour le printemps ou au plus tard à l’automne avoir notre propre temple.

– Y a-t-il plus de loges en Castille-et-León ?

– Je parle pour les loges mixtes de la GLSE (Grande Loge Symbolique Espagnole). Il y a une obédience en Espagne, reconnue par la Grande Unie d’Angleterre, qui est masculine. Je peux vous parler du GLSE qui, elle, est mixte. Il y en a une à Valladolid depuis de nombreuses années. Parmi les autres obédiences, je sais qu’à Valladolid, il y en a aussi une masculine. À Salamanque, il y en avait, mais je ne sais pas s’ils fonctionnent toujours. Dans les autres villes, il n’y en a pas. 

«La tolérance est une composante fondamentale. Que faut-il pour être franc-maçon ? Pour être franc-maçon, il faut être tolérant»

– Que faut-il pour être franc-maçon ?

– Comme écrit dans les constitutions d’Anderson (texte fondateur de la franc-maçonnerie moderne) : être libre et être de bonnes mœurs. Il s’agit d’une partie du mystère qui entoure la franc-maçonnerie et je ne sais pas dans quelle mesure c’est vrai ou faux. Je le résumerais avec le titre d’un livre de  Pedro Álvarez , un professeur universitaire jésuite, qui a étudié à fond la franc-maçonnerie et le krausisme (Courant de pensée juridique et politique majeur en Espagne, au Portugal et en Belgique) : c’est une école de formation citoyenne. Les gens croient que la franc-maçonnerie est une chose très mystérieuse, car de temps en temps il nous voit en photos avec des tabliers et entendent des histoires. Je ne sais pas s’ils pensent que nous sacrifions des chèvres. La vérité est beaucoup plus simple : un groupe de personnes ayant des intérêts différents qui progressent précisément en étant en contact avec des personnes qui ont d’autres intérêts et d’autres points de vue.

Dans ma loge il y a des gens de toutes confessions et de tout l’ éventail politique. Mais bien sûr, si je me réunis avec des gens qui pensent comme moi, avec le même point de vue politique ou qui ont la même confession, on ne s’améliore pas beaucoup. Au sein de ces groupes, je ne parle pas seulement de celui auquel j’appartiens, dans lequel il y a un contact constant avec des gens qui pensent différemment. Mais en même temps chacun est régi par un rituel extrêmement respectueux des personnes. On commence à ouvrir son esprit et on peut communiquer ses impressions et ses idées, les partager et en discuter, et on accepte celles des autres. La tolérance est un élément fondamental. Que faut-il pour être maçon ? Pour être franc-maçon il faut être tolérant, libre, croire aux valeurs fondamentales de l’Humanité, être respectueux des lois… il faut être de bonnes personnes pour l’être davantage. Dans presque toutes les loges on retrouve tout l’éventail politique et le plus normal c’est que l’on se retrouve d’un athée à un catholique, un juif, un musulman, un agnostique…

– Quels événements publics la loge organise-t-elle ?

– Beaucoup sont focalisés du point de vue historique, autour de la Franc-Maçonnerie… Nous ne nous en tenons pas qu’à la franc-maçonnerie, nous essayons de couvrir tous les domaines du savoir. Nous avons fait des réunions sur l’environnement, le mysticisme, l’Europe et ce qu’elle peut faire pour les jeunes… nous ne nous mêlons jamais de politique et de religion. Nous essayons de couvrir tous les domaines. Nous nous intéressons à tout. Nous apprenons de tout et nous nous intéressons à tout.

– Franco a persécuté la franc-maçonnerie pendant des décennies et cela continue encore aujourd’hui à véhiculer une image de secret, de dissimulation… Cette image est-elle un héritage de cette répression ?

– Peut-être. Dans les générations plus âgées, ce substrat demeure. La campagne contre la franc-maçonnerie était très grande. En fin de compte, au cours de ces 40 années, cinq fois plus de personnes ont été reconnues coupables d’être francs-maçons que les véritables maçons. La franc-maçonnerie était le prétexte.

Chez les jeunes, soit ils ne sont pas intéressés, soit il n’y a pas de type de rejet a priori. Dans nos loges, nous avons des personnes très jeunes. Les gens pensent que c’est un monde de retraités et de personnes âgées qui n’ont rien à faire. Dans notre loge, nous avons des personnes qui sont entrées à l’âge de 20 ans et qui ont maintenant 23-24 ans. Il y a de tout et c’est une façon, et ils l’ont compris, de s’améliorer, de devenir une meilleure personne. Je pense que les jeunes devraient mieux comprendre ce qu’est vraiment cette forme de coexistence.

– Vous ne faites pas de prosélytisme ?

– C’est interdit. Si quelqu’un est intéressé par la Franc-maçonnerie, nous lui présentons, mais nous n’allons pas lui promettre monts et merveilles, s’il nous rejoint. Par nos règlements, nous l’avons interdit.

– Avez-vous vu la reconstitution d’une loge au Centre de Documentation de la Mémoire Historique ?

à plusieurs reprises.

« Je ne comprends toujours pas comment une personne (Franco) a pu en vouloir autant à une association de libres penseurs, sachant que son frère était un franc-maçon relativement important et que lui même voulait y entrer »

– Qu’est-ce que vous en pensez ?

– J’essaie de penser à quoi cela pourrait ressembler pour quelqu’un qui y va et qui ne connaît rien à la franc-maçonnerie : cela donne envie de fuir. C’est absurde. Tout est fait avec des parties extraites de vraies loges… mais lorsque l’on voit les trois capes, on recule, comme pour ce squelette suspendu. Du point de vue maçonnique c’est aussi un désastre car cela mélange tous les degrés qui existe. C’est une fou.

Je ne comprends toujours pas comment une personne (Francisco Franco) a pu en vouloir autant à la Franc-maçonnerie et utiliser les armes de l’Église catholique pour « dissoudre » une association de libres penseurs et y réussir, sachant que son frère (Ramón Franco) était un franc-maçon relativement important en plus d’être un bon aviateur, et que lui-même voulait y entrer… Je ne sais pas s’il voulait entrer pour savoir ce qui se passait là -dedans ou s’il pensait que c’était un groupe puissant.

– Le sont-ils ?

– Nous ne sommes pas un lobby, au sein de la loge il y a un professeur d’université, un retraité, un livreur, un jardinier… nous sommes des gens de toutes catégories sociales, croyances et idéologies.

« En Espagne, il y a encore très peu de francs-maçons, 4 000 ou 5 000. En France, le Grand Orient de France à lui seul en compte 45 000 »

– Dans d’autres pays, cela ne se passe pas comme en Espagne. Des responsables politiques reconnaissent être des maçons.

– Et ils le mettent dans leur CV, justement parce que dans certains pays, pour être franc-maçon il faut répondre à certaines exigences, comme être honnête, parce que si tu ne l’es pas, ils te vireront de la loge. Il faut toujours être honnête,  non pas qu’avec les membres de la loge, mais avec la société. Ensuite, comme dans tout groupe de personnes, il y a de tout. Nous ne sommes pas des saints, nous sommes toujours des hommes et des femmes avec nos vices et nos vertus, mais une autre chose est que nous essayons de supprimer les vices et d’amplifier les vertus.

En Espagne, il y a encore très peu de maçons . Nous sommes peu nombreux. Au total, parmi toutes les obédiences, je ne sais pas si nous sommes 4 000 ou 5 000. En France , le Grand Orient de France à lui seule en compte 45 000. Il y en a environ 200 000 dans toute la France. En Italie , une obédience en compte plus de 20 000 et il en existe d’autres plus petites. Peut-être aussi à cause de nos personnalités, peut-être devons-nous faire table rase du passé parce que nous pensons toujours à eux et nous faisons du harakiri. Voyez le caractère espagnol et voyez comment vous pouvez faire table rase et être capable de travailler.

– On disait que les francs-maçons étaient derrière le pouvoir, que c’étaient eux qui conseillaient les rois…

– Il y aura sûrement eu des francs-maçons auprès des conseillers et des rois. Cela fait de nombreuses années, mais cela me fait rire de penser que la franc-maçonnerie est une sorte d’entité qui influence : la Révolution française ? franc-maçonnerie; la révolution je ne sais où ? La franc-maçonnerie… si justement nous entrons en franc-maçonnerie pour ouvrir notre esprit. Il se peut qu’il y ait eu des francs-maçons qui ont collaboré à cette révolution, mais aussi à l’extrême opposé, car c’est une décision libre. Et quand vous sortez de la loge ou de la réunion, vous êtes la même personne.

La loge est l’environnement de travail pour ouvrir davantage les esprits et rendre notre pensée aussi libre et objective que possible, en éliminant la subjectivité des passions, comme une croyance ou une idéologie. Un homme qui veut être maçon ne peut pas être un fanatique. C’est une contradiction. La franc-maçonnerie est antisecte. Dans les sectes vous avez un dogme et une pensée unique. C’est l’antisecte : quand quelqu’un vous dit quelque chose vous pensez et doutez. ceux qui affirment certaines choses comme celles que nous serions des groupes de pouvoir, Je leur dis venez, restez un an et après parlez-en ».

« Mon espoir est que la loge de Salamanque s’ouvre et pas seulement chez les jeunes, mais aussi versles étudiants universitaires. Garder les yeux ouverts, quand vous entendez quelque chose que vous ne savez pas, est fondamental et je vois que les jeunes ne l’ont pas, ou du moins pas assez »

– Après cinq ans de travail à Salamanque, quel avenir attend la loge ?

– Comme toutes choses, lorsque vous les créez, vous y mettez beaucoup de force et elles s’épanouissent. L’heure est à la stabilité. Petit à petit, j’espère que d’autres membres se joindront à nous. Je pense que maintenant elle doit vraiment prendre racine. Et j’espère que ça va faire son chemin chez les jeunes , parce que ce sont eux qui décideront plus tard. C’est une façon de se former dans un environnement tolérant et ouvert pour pouvoir raisonner, en plus de la question de la fraternité. Le mythe du lobby vient de là : puisqu’on est tous frères, nous en entraidons, je ne vois pas d’autre raison.

  • Mon espoir est que la loge de Salamanque s’ouvre et pas seulement chez les jeunes, mais aussi versles étudiants universitaires. Garder les yeux ouverts, quand vous entendez quelque chose que vous ne savez pas, est fondamental et je vois que les jeunes ne l’ont pas, ou du moins pas assez

    Les carrières sont si spécialisées et canalisées avec des compétences pointues. On perd tout l’humanisme et la connaissance, même légère, des autres domaines du savoir. Sans ses autres champs de savoir qui font que tu créées des liens dans ta vie et que tu ne sois pas seulement le meilleur ingénieur ou quoi que ce soit d’autres. Si tu es le meilleur dans ton domaine mais que tu ne sais rien faire d’autre.. Dans la vie, si tu dois prendre des décisions et savoir agir, je pense que cet humanisme est fondamental.’. Espérons que les jeunes universitaires savent que la franc– maçonnerie est une école de formation citoyenne.

– Comment les gens réagissent-ils lorsqu’ils vous rencontrent et savent que vous êtes franc-maçon ?

– Cela dépend du type de personnes. Je pense pouvoir compter sur les doigts d’une main, les amis à qui j’ai dit que j’étais franc-maçon et qui évitent d’en parler parce qu’ils n’aiment pas ça. C’est deux ou trois. La plupart des autres ouvrent grand les yeux et me demandent si ça existe. La plupart disent très bien, tu m’expliqueras… naturellement . C’est identique avec les collègues de travail : ceux qui sont intéressés me demandent et ceux qui ne le font pas, c’est comme si j’étais membre d’un club de golf. Je n’ai pas été ostracisé.

*Le krausisme est une doctrine nommée d’après le philosophe allemand Karl Christian Friedrich Krause (1781-1832) qui prône la tolérance doctrinale et la liberté académique du dogme.

GLMF – Les femmes méritent mieux qu’une journée

Pour la Grande Loge Mixte de France, les droits des femmes sont un combat de tous les instants et ne sauraient être réduits à une journée événement.

Comme tous les ans, le 8 mars est l’occasion de rappeler l’importance de la lutte pour les droits des femmes à travers le monde. Sans remettre en cause l’importance de cette date pour marquer les esprits, cette journée ne doit pas faire oublier que cette lutte se joue tous les jours de l’année depuis des décennies.

Sur 1,3 milliards de personnes vivant dans la pauvreté, 70% sont des femmes et on estime que 736 millions de femmes ont subi des violences ou agressions sexuelles sans parler des comportements machistes du quotidien.

Le conflit armé qui vient d’éclater entre la Russie et l’Ukraine, met en lumière la terrible condition des femmes et des enfants qui subissent les violences et le déchirement de l’exil partout dans le monde.

La solidarité des femmes n’est pas un vain mot, la défense des droits des femmes est universelle même en temps de guerre.

Je tiens à rendre hommage et à mettre en lumière le combat quotidien, trois-cent-soixante-cinq jours par an, que mènent les associations et toutes les militantes anonymes contre les inégalités, contre les violences faites aux femmes et pour l’émancipation des femmes face aux extrémismes partout dans le monde et parfois au péril de leur vie.

Christiane Vienne,

Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France

Communiqué de Presse de la Grande Loge Féminine de France

Journée internationale des droits des femmes au milieu des combats

En cette Journée internationale des Droits des femmes, la Grande Loge Féminine de France tient à manifester sa solidarité avec les femmes ukrainiennes et toutes les femmes du monde qui luttent pour l’égalité, la liberté, la paix, en soutenant leur combat et leur engagement.


Plus que jamais la résolution 1325, adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 octobre 2000, est de circonstance quand elle « réaffirme le rôle important que les femmes jouent dans la prévention et le règlement des conflits, et dans la consolidation de la Paix » et demande « instamment de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décision, dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux et internationaux, pour la prévention, la gestion et le règlement des différends ».

Dans le contexte actuel, ces mots résonnent avec force , même s’ils paraissent dérisoires devant les longues files de femmes et d’enfants qui fuient la guerre, ou face à l’image de celles et ceux qui restent, terrés dans des abris de fortune, encerclés, bientôt coupés du monde et de toute aide humanitaire.

Les espoirs d’un monde en paix sont régulièrement piétinés par de nouvelles guerres et de nouvelles violences contre les peuples. Après l’Afghanistan, c’est l’Ukraine qui devient une terre de conflits, de sanglantes répressions et de folie meurtrière. Alors que les droits les plus élémentaires de Liberté et de Démocratie sont bafoués avec arrogance, les femmes seront, ici comme ailleurs, les premières à subir le reniement de leurs droits et à souffrir. Ne l’oublions jamais !

Contact presse : communication@glff.org

Liberté, ÉGALITÉ, fraternité

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

Que claquent les mains dans la joie superficielle et tonitruante de la triple devise. Avec l’ornement médian de l’Égalité ! Mais au-delà du plaisir de résonner ensemble, est-il bien sûr que l’Ordre soit une organisation, un lieu, des valeurs qui illustrent cette Égalité ? En bref, la pratique maçonnique est-elle en accord concret avec la noble déclamation ? Je ne crois pas du tout. J’estime même que les francs-maçons sont entrainés à vivre l’inégalité, sans la moindre conscience. Et que, ce faisant, ils sont loin de devenir des militants de cette Égalité Ce formatage ne saute pas aux yeux. Je te propose donc une argumentation, que je crois justificatrice de mon assertion. Tu jugeras, en prenant le recul nécessaire, éloigné-e de tes convictions vissées en toi. Et du brouillard trompeur de tes émotions rituelles.

Symbolisme oblige, l’affaire sera dépouillée en trois points : Les obédiences et leurs prétentions ; la tenue tant dans la couverture de son espace que dans sa structure jamais étudiée ; les conséquences sur la qualité de ses membres, les candidats, les Sœurs. Je prétendrai que la pédagogie maçonnique mérite le mitard. Parce que l’Ordre, aux yeux de solides Frères, Oswald Wirth en tête, est une « spiritualité pour agir » comme j’aime à le dire. Les Lumières, la Révolution, et les bouffissures humanistes sans atterrissage, ça suffit !

La fameuse Tradition (majuscule svp !) est toujours et encore brodée des oripeaux érudits et historiques auto-justificateurs. La tradition maçonnique n’a que faire des planches savantes et des remugles du passé. Elle vise, c’est son génie, du moins dans les rites de style français, à trébucher sur le pont des symboles ancrés en soi, en l’humain… Puis, sur l’autre rive, devenir peu à peu un artisan discret et solide, ouvrier des mutations utiles de sauvetage de la société. Cela ne suffira pas. Les Maçons, entre autres sont amenés à aller plus loin, plus haut. Et avec l’effondrement annoncé (Club de Rome, GIEC…) de la planète, aux prémices évidentes, les francs-maçons ont un boulot colossal. S’ils survivent, ils pourraient bien esquisser des ébauches d’une écologie frétillante. L’Égalité, pas celle de la bien-pensance mais celle qui sauve les 10 000 enfants qui meurent chaque jour de faim et de malnutrition. Au revoir la pédagogie maçonnique de grand papa. Bonjour la maçonnerie égalitaire, non point dans ce qu’elle prétend mais dans ce qu’elle est capable, je le crois fermement, de trouver dans ses arcanes et ses désirs réalistes de réforme, une réponse qui contribuera à sauver les lendemains.

C’est bien là que se pose le triple questionnement d’une transmission dépassée, allongée sur un lit d’espoir. Trois points ? Allons-y !

 D’abord l’organisation de l’Ordre, partout dans le monde : les obédiences qui portent si bien l’étymologie de leur dénomination : obéir. La plus grande inégalité les oppose, entre celles qui se disent relever de l’histoire et les nouvelles, qui se prétendent plus authentiques, nimbées des retrouvailles avec un passé de pacotille. Que quelles soient elles donnent le ton de l’obéissance voire de la soumission. Les loges obéissent dans une inégalité de dépendance acceptée et justifiée : il faut bien de l’ordre : les Chambres, les Comités, les Conseils de l’ordre auto justifiés vont plus loin, dans les grandes obédiences ; et les inégalités de pouvoir sont affirmées avec des régions, des provinces, des territoires…Vite, oublions demain ces constructions ubuesques fomentées par les désirs de pouvoir. Vivent les réseaux de loges, indépendantes et reliées. Elles partagent les mêmes valeurs, la même conviction d’une spiritualité pout agir. Il en existe déjà quatre ou cinq dans notre pays. Elles se portent bien

Et nulle n’est tributaire des autres dans son fonctionnement au sens le plus large. Certaines ont même le culot d’inventer des séquences rituelles ! Ce n’est plus l’obédience qui fait, par la voix du Grand Maître de grandes déclarations humanitaires et indignées à cause Des malheurs du monde ; Les loge libres, indépendantes s’attellent à la tâche ; les comités de soutien agissent. Et là la maçonnerie anglo-saxonne avec ses faiblesses rituelles (par rapport aux nôtres) vit des réalités clubistes. Elles, bien ancrées et efficaces. J’explique tout cela dans mon dernier livre ‘Plaidoyer pour la survie de la franc-maçonnerie ». Voilà bien l’Égalité, celles des dignités et des engagements concrets, audibles et palpables. Ces loges, pour mener à bien leurs engagements peuvent regrouper des comités de soutien. Note que ce concept est déjà décrit dans une grande obédience, L’Égalité commence à poindre comme plusieurs trouvailles que l’on trouve ici et là et qui préfigurent l’avenir. L’Ordre a des ressources, des essais, des prémonitions, isolées certes mais qui entonnent les chants initiatiques futurs.

Doucement, nous renouons avec les traditions ; je veux dire des manières de vivre en dehors des organisations obédientielles ; Les loges indépendantes, en réseaux, n’évoquent-elles pas le renouveau des communautés urbaines ou agrestes ( 500 environ en Occident) ? L’égalité y est de mise Elle est le germe de l’échange, de l’affection, de la liberté et du respect de l’autre. Bref d’une vie en petits groupes qui respirent la chaleur, la joie et les tâches imbibées d’ Égalité. Chacun-e est ainsi égal aux autres. L’émission de télévision, Des racines et des ailes chante souvent la vie harmonieuse de ces villages qui renaissent. `

Nos loges ne seraient-elles pas prêtes à vivre ainsi ? Celles qui sont indépendantes, déjà ; pourtant les autres, dans les obédiences, ont en elles les graines de l’Égalité. Germeront-elles ? Je l’espère ! Mais les structures de pensée universelles bloquent sauvagement mais en loucedé les rites et soumettent les tenues, en toute inégalité. Quel est donc ce frein qui nous rend ainsi ? Chez les humains presque partout. La franc-maçonnerie, en particulier, doit, pour son avenir, prendre conscience de sa soumission au mode de pensée assassin de l’Égalité.

Pas un endroit, un enseignement, une organisation, quelle que soit sa vocation, qui ne se plie au diktat de la pyramide : en haut, le pouvoir qui s’émiette au fur et à mesure que l’on dévale sur ses flancs. Des dictatures aux démocraties, des riches qui font plier les pauvres et in fine les planches souvent aux relents universitaires. La constatation, au fond est banale, transmise dans les deux mots : « dominant-dominé » 

Partout l’organisation pyramidale confortent les degrés, l’existence des officiers qui dirigent et souvent, la manière de s’exprimer des membres de la loge ; Toujours la pyramide du pouvoir ! cette manière de vivre le fonctionnement de la meute humaine, définit la composition des rites et le vécu des tenues. Soyons impertinent : le grand symbole de notre Ordre n’est-il pas, un triangle, avatar graphique de la pyramide ? Notre désir d’Égalité que nous clamions, se dessèche dans cette manière de vivre ensemble.

Vue de près, la franc-maçonnerie adopte, sans ambages et avec une rare conscience, sa soumission à l’organisation pyramidale. Pourtant, peut- être que l’avenir qui va nous bouleverser va réveiller notre attention. Pour trouver d’autres voies que le diktat de la pyramide. A l’école, au travail, dans les loisirs donc dans nos rites et nos tenues, vivons différemment l’harmonie égalitaire. Mais là, nous ne sommes pas prêts. Pourtant rappelle-toi : nous nous voulons des « maçons libres dans une loge libre » ? Apparemment, peut-être pour les moins observateurs, trop ancrés dans la relation universelle, de la domination-soumission. D’ailleurs quand les soumis se rebellent, c’est pour imposer une autre hiérarchie de pouvoir. Quelques essais, à contre-courant de la nature humaine ont essayé de vivre la société autrement. J’ai évoqué plus haut les communautés actuelles, en partie héritières de mai 68. Avec l’anarchie en étendard. Son père, Joseph Proudhon harangua avec cette belle définition : « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ». Mais cela fait tellement peur de quitter notre native relation pyramidale que l’anarchie est devenue un vocable chargé de mépris et de ridicule.

Mais je t’entends, toi qui lis ces lignes : « Justement, la franc-maçonnerie échappe à cette construction » Je ne le crois pas du tout et, dans le sens de cet article, je crois même qu’avec douceur, falbalas et une fermeté cachée et puissante, elle renforce chez ses adeptes la soumission, qui apporte tant de confort. Rappelle-toi : les titres pompeux, les fioritures des décors portés avec gloriole, la construction sociale

et nos valeurs de dominants: des apprentis, tout en bas et les maîtres en haut. Mais ce n’est pas assez, et nous prolongeons la loge bleue par des degrés appelés, note-le, « supérieurs ». Participent en outre à= ce conditionnement, la disposition même de l’espace : une salle en longueur, serrée dans des murs droits. Et des estrades pour ceux qui détiennent le pouvoir. On objectera : « Peut-être mais cela marche bien comme ça et partout, depuis des siècles. » Alors, changer, mais pourquoi ?

 Je ne reviendrai pas sur les loges indépendantes ni sur celle, disséminées qui osent l’anarchie dans le souffle transmis par nos frères Francisco Ferrer et Léo Campion si bien connu dans les années 70-90 ; Léo Campion braillait sans sourciller : » La dictature est une forme autoritaire de la démocratie dans laquelle tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit. » ;Et je n’évoquerai pas la discipline de nos tenues, par exemple dans la prise de parole. Non point qu’elle ne soit de mise, mais parce qu’elle durcit encore la leçon dominant/dominé.

Mais ne pourrions-nous pas nous transformer dans cet effondrement planétaire qui est annonce ? Je crois que le pari est audacieux et quasi grotesque tant il parait irréaliste. Mais pas impossible pour les personnes éprises d’égalité, nous, en particulier. Mais pour ce faire, il faut descendre en nous et ne pas nous chicaner sur les comparaisons entre les systèmes politiques, les choix économiques, les tissus d’idéaux et de valeurs affichée… Laissons de côté les psychologies, sociologies ; descendons encore et allons, dans une audace incroyable jusqu’à l’éthologie. Là peut être comprendrons nous le pourquoi de la pyramide du pouvoir. Et alors, enfin, qui sait, changer avec labeur, et lourdeur notre manière de vivre depuis les 400 000 ans que nous existons. Alors nous pourrions nous joindre à la foule grossissante de celles et ceux qui refusent l’étendue de la domination-soumission.

L’éthologie est une science qui a pour but d’observer les comportements animaux dont les 8 milliards de prédateurs humains font partie. Science mal vue et peu clamée : ne détruit-elle pas cette insupportable anthropocentrisme qui nous posent, avec une insolence folle, comme maîtres de la création. Pour l’éthologie, ; nous somment comme l’a écrit joliment le frère Daniel Béresniak des « humanimaux ». Allons-y : étudions-le comme tel. Nous allons découvrir, ce faisant, une inégalité maçonnique, souvent dénoncée mais sans suite palpable… L’inégalité des sexes dans la maçonnerie. « Ça ne va pas ; les sœurs ont totalement leur place dans l’ordre ». Par leur présence physique, oui, certainement, mais pas par la singularité de leur génie. Depuis les années 70, les études, les expériences, les cohortes observées, les analyses comparées, des livres bien connus sont formels : des différences existent entre les deux sexes : physiques, comportementaux, émotionnels, sociaux et autres.

Or qu’observons-nous dans la franc-maçonnerie. Des essais déjà : elles sont « acceptées » ; on disait « adoptées » ; sous-entendu par les frères dont elles enfilaient les caractéristiques. Attention, parenthèse : je ne dis jamais tous les mâles, toutes les femelles. Il n’y a que des proportions dans la  population et dans la tête de chacun-e. N ’empêche, on peut être sidéré par la soumission des Sœurs aux dispositifs, valeurs et organisations des mâles.

Pourquoi ? Car les humains sont des animaux de meute. C’est à ce niveau, celui de l’éthologie que tout s’éclaire. Je développe un paragraphe dans mon livre déjà cité : « Plaidoyer… ». Je t’y renvoie parce que je vais maintenant affirmer mon point de vue et peut-être te faire bondir.

            Une meute animale est quasiment toujours constituée ainsi : en haut de la pyramide, les dominants, les seigneurs, les mâles les plus forts, ceux qui sont capables de protéger la meute. Puis en descendant les mêles moins musclés. Enfin et, le plus souvent, dans le socle de la pyramide du pouvoir les femelles. Et elles se sentent bien, protégées, en lieux sûrs, les dangers écartés. Et tout cela grâce aux dominants qui règnent sur les corps et les esprits. C’est le fonctionnement des meutes, la nôtre en particulier.

Mais, depuis un siècle, nous assistons à un incroyable révolution dans cette soumission des femelles, en Occident et plus rarement ailleurs (il y a quand même un peu plus de trois milliards de femmes soumises). Les féminismes naissent ci et là et , quelle que soient les nuances : les réponses varient sur l’égalité des hommes et des femmes. Alors, dans la maçonnerie, nous avons réussi à la faire depuis la fin du XIX° siècle, avec les obédiences féminines et mixtes. J’ose et je m’inscris dans une autre lecture. Plus haut, nous avons observé que la Franc-maçonnerie comme l’écrasante majorité des organisations humaines, renforçait l’organisation pyramidale. Celle des mâles dominants. Ils ont donc construit (un temple !), à partir de légendes historiques qui cautionnent sans chic, une maçonnerie typiquement masculine. Je ne reviendrai pas sur la distribution du pouvoit dans l’ordre ; même s’il nésite pas à se déjuger, en dénonçant les abus de pouvoir ailleurs.
            Les femelles de la meute, les Sœurs, prétendent que les arcanes maçonniques sont universels et qu’elles peuvent de les approprier. Ne peuvent-elles pas faire comme les frères ? Et, mais ce n’est que mon point de vue, elles se sentent bien dans cette soumission ; Alors elles se justifient et persévèrent. Les obédiences féminines qui croient dur comme fer qu’elles peuvent tout à fait vivre tenue comme les frères, en ont tout à fait le droit. Mais sans prétendre, selon moi, à une quelconque égalité. De même dans les loges mixtes mais la question est plus complexe. Or des études récentes démontrent que les femmes sont tout à fait capables de s’adapter à d’autre valeurs et organisations. Elles ont une souplesse de compréhension qu’ont plus rarement les mâles. Des obédiences monogenres, mixtes, pourquoi pas ? Mais, je le souligne, dans la perpétuation de l’inégalité ; car les femmes sont capables, avec leur génie propre, de repousser sans haine les construits dominants des hommes. Et d’inventer une autre voie spirituelle, initiatique dans le droit fil d’une « spiritualité pour agir » Avec une cohorte d’arcanes (rite, mythes et symboles) revus à leur aune., leur créativité et leur ouverture.

Voici donc, en bref, voici ma conviction à propos de l’Égalité des sexes, dans la voie maçonnique : Les sœurs acceptent, en plein accord inconscient la voie telle qu’elle a été récupérée et habillée depuis trois siècles par des hommes épris d’un cheminement initiatique qui soit le leur. Cette reprise a deux origines : la première est universelle, simplement humaine. Par exemple : un lieu consacré, une entrée, le silence et la méditation, une couleur, des temps distincts, un travail sur soi avec les autres…La seconde est un habillage social. Les frères, évidemment ont revêtu l’universel de leurs propres vêtements : espace longiligne, hiérarchie, planches, place éminente de la Loi… Les sœurs, quant à elles, vivent, par nature, l’universel. Mais elles se soumettent, dans le même élan, au construit social des frères. Les sœurs restent sagement, dans leur corps et dans leur tête, là où la nature les a placées : dans les bas de la pyramide. Et elles sont capables de trouver juste et authentiques cette loi de la meute humanimale. Quoiqu’il en soit, pas question donc de supposer que l’Égalité est une solide branche initiatique de notre maçonnerie masculinisée et figée. Que chacune choisisse mais en toute conscience, condition impérieuse. Mes sœurs, grâce à plusieurs d’entre vous, c’est, en bonne partie, par votre grande et indubitable singularité que les temps maçonniques basculeront. Enlevez les oripeaux culturels de vos frères et revêtez-vous de vos propres vêtures. Avec vous, survivra, renouvelée, enrichie, notre si belle maçonnerie de racines universelles. Alors l’Égalité chantera dans nos tenues accueillantes à toutes les sensibilités.

(Suite demain midi)

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