mar 06 décembre 2022 - 06:12

Les femmes, toujours victimes des hommes : La FM peut-elle faire quelque chose ?

L’actualité n’arrête pas de faire état de féminicides, de violences sexuelles exercées dans un cadre d’influence professionnelle et nous voilà un nouveau 8 mars pour célébrer la journée internationale du droit des femmes. Quoi de mieux que d’interroger une franc-maçonne pour connaître son ressenti ?

C’est ce que j‘ai proposé à Germaine, une sœur d’une loge du Droit Humain qui a accepté de me répondre.

Question N°1 : Ma très chère sœur Germaine, depuis des siècles, la coexistence des genres s’accompagne d’une proportion non négligeable d’actes de violence, de subordination, d’agressions multiformes et de soumission féminine, est-ce que les femmes acceptent cette réalité sans broncher ?

Germaine : On commence à voir de la rébellion, mais c’est compliqué ! Les réseaux sociaux ont permis une libéralisation de la parole. Mais ce qui est vrai dans des pays occidentaux ne l’est pas dans la plupart des autres pays. Tout cela est dramatique. Depuis que la société humaine fonctionne, le mâle dominant a été la règle et la femme a appris à se soumettre ; la grande majorité des violences faites aux femmes n’est pas connue car c’est socialement vécu comme une honte. La révolte est récente mais partielle et ne concerne que les pays occidentaux.

Question N°2 :  Cette réalité est universelle ; elle se rencontre dans tous les pays, dans toutes les classes sociales, quelque soit le mode culturel ou la religion, la rencontre-t-on aussi en Franc-Maçonnerie ?

Germaine : Bien sûr qu’on la rencontre aussi dans les loges mais on n’en parle pas et il n’y a pas à ma connaissance de procès. J’ai personnellement été témoin d’une mésentente familiale avec violences physiques sur l’épouse alors que les les deux étaient membres de deux loges. Aucune plainte, aucune poursuite, l’omerta. Chacun sait que les violences sexuelles n’épargnent pas les sœurs, mais surtout pas de vague ! Une des raisons qui est mise en avant par certains frères pour expliquer le refus de la mixité, c’est de prétendre que la vue d’une femme les empêcherait de se concentrer dans leur démarche initiatique ! Ce genre d’argument est d’une manière voilée une justification du viol comme le font certains hommes qui disent « Elle l’avait cherché » ! Une éducation à l’acceptation de la différence s’impose dans la formation maçonnique !

Question N°3 :  Pour ne pas trop subir les violences physiques, les femmes ont appris la soumission, le silence et la simulation, n’y-a-t-il pas d’autres moyens ?

Germaine : Le seul moyen c’est la séparation dès les premières agressions verbales ou physiques ! La violence est un fil rouge qui s’il est franchi doit entraîner le départ du foyer ! Un conjoint violent ne guérit pas. L’éducation, le conseil conjugal, les alertes sont maintenant accessibles mais à condition qu’il n’y ait pas eu de passage à l’acte.. Mais, le gros problème, à mon avis, c’est la capacité pour les femmes à prendre confiance en elle, ne pas se culpabiliser, accepter de s’assumer !

Question N°4 :  Tu fréquentes une loge où le féminin des fonctions n’est pas appliqué ; te faire appeler sœur premier surveillant est-ce que cela te paraît normal ?

Germaine : Pour ma part cela ne m’apparaît pas normal mais les instances ont banalisé la question en affirmant que c’était un détail. C’est fondamentalement une négation de la féminité qui nous est imposée. Cette utilisation du masculin soi-disant neutre est une hérésie condamnée par l’académie française et bien en loge on continue ! Autre atteinte de la féminité, le non respect en loge et dans les structures obédientielles mixtes de la parité. Mixité entraîne normalement la parité ! Pas en franc-maçonnerie ! Et on y trouve rien à redire !

Question N°5 :  On dit que les loges s’intéressent à la dignité, à l’euthanasie, au revenu universel et à la laïcité, est-ce qu’elles se préoccupent des violences faites aux femmes ? Et si oui cela débouche sur quoi ?

Germaine : On en parle dans les questions à l’étude des loges, certaines obédiences ont des commissions pour le droit des femmes, mais ce sujet n’entre pas pour certain-e-s frères et sœurs dans le cadre des sujets symboliques donc c’est mal vu !

Question N°6 :  Je ne sais pas ce que tu en penses ma sœur Germaine mais personnellement, j’ai l’impression qu’il y a un malaise ! Les sœurs, qu’elles soient dans des loges mixtes ou des loges féminines semblent « sous influence » ! Sont-elles libres d’exprimer leurs ressentis ou sont-elles dans l’impossibilité de dire vraiment ce qu’elles ressentent ? Issues des classes moyennes et supérieures, elles ne semblent pas souffrir de conditions de vie difficiles.  Tant qu’elles fonctionnent comme des hommes cela a l’air de bien se dérouler ; mais peut-être qu’un jour elles auront envahi d’être elles-mêmes ; et ce jour-là que se passera-t-il ?

Germaine : Les femmes n’ont jamais vraiment pris leur indépendance en franc-maçonnerie ; nous sommes sous la coupe d’un modèle masculin. D’autre part de nombreuses sœurs se comportent comme des hommes et n’ont pas vraiment envie de changer. Je fais partie de celles qui souhaiteraient plus de respect de la féminité en loge mais il me semble que nous sommes minoritaires.

Bien sûr notre sœur Germaine ne représente pas l’ensemble des sœurs ; c’est son ressenti personnel qu’elle nous a confié.

Et vous, sœurs ou non, chères lectrices, qu’en pensez-vous ?


Quelques infos pour aller plus loin :

Vous saurez tout sur l’abord juridique des violences faites aux femmes

Mr Erick Maurel est magistrat

La franc-maçonnerie et les femmes : un dossier à découvrir (cliquer sur ce lien)

Une chanson en l’honneur des femmes

Alain Bréant
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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2 Commentaires

  1. La Journée internationale des droits des femmes trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du XXe siècle, en Europe et aux États-Unis, réclamant des meilleures conditions de travail et le droit de vote.
    C’est en 1975, lors de l’Année internationale de la femme, que l’Organisation des Nations Unies (ONU) a commencé à célébrer la Journée internationale des femmes le 8 mars.
    Le 8 mars est aussi une journée de sensibilisation et de mobilisation des élèves des écoles, collèges et lycées pour les droits des femmes et l’égalité entre les filles et les garçons. C’est par l’éducation et l’enseignement que la société évoluera.
    Rappelons que le 8 mars célèbre la fête de saint Jean de Dieu qui est aussi le patron des malades et du personnel soignant, souvent féminin – que nous avons tant applaudi lors du 1er confinement…

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