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La symbolique du vin, en ce 3e jeudi de novembre…

Jeudi, jour béni pour certains vignerons ! Évoquons le vin et sa symbolique dans les sociétés initiatiques.

C’est grâce à notre très cher Frère Jean-François Blondel que nous évoquons cette journée où le monde entier désormais fête l’arrivée du Beaujolais. Qu’il soit, ici et maintenant, remercié.

Ce jour, il s’agit d’un rendez-vous international et incontournable du mois de novembre ! Chaque année, le 3e jeudi de novembre est attendu ! Pour le Beaujolais Nouveau certes, mais aussi et surtout pour l’élan de fête qu’il suscite !

Tout commence en 1951 quand un nouvel arrêté interdit aux vignerons de commercialiser leurs vins avant le 15 décembre de l’année de vendange. Suite à cet arrêté, les vignerons du Beaujolais s’indignent, car ils ont l’habitude de commercialiser leurs vins avant cette date. Vous connaissez la suite…

Nous vous invitons aussi à (re)lire notre chronique, ici-même le 6 mai 2021 https://bit.ly/3Er4N8a, de l’ouvrage de Jean-François Blondel La vigne et le vin, sacrés symboles (Oxus, 2020, 224 p., 18 €).

Avant tout, rappelons que la saint patron des vignerons est saint Vincent, diacre de Saragosse, martyr à Valence (+ 304). Il est très souvent représenté en Bourgogne, patron de l’église-cathédrale de Mâcon et de celle de Chalon-sur-Saône (siège d’un évêché jusqu’en 1801) et aussi patron de l’église de Chevagny les Chevrières près de Mâcon. Il est honoré tous les 22 janvier.

Le vin dans l’Antiquité L’Egypte

Le vin dans les religions, mythes et légendes.

Il est un mystère de l’Histoire qui demeure entier : celui de savoir quand l’humanité commença-t-elle à boire du vin pour la première fois ? En revanche, on peut constater que la vigne et son produit le vin, ont existé depuis des temps immémoriaux, qu’ils apparaissent dans toutes les civilisations et toutes les cultures, transmettant au monde un message de nature spirituel.

Le vin dans l’Antiquité La Grèce

Mais ce qui est important d’admettre, c’est qu’au-delà de leur nature de produit de consommation,  la vigne et le raisin ont imprégné toutes les formes de pensée de la société, et cela à toutes les époques. La vigne et le vin étaient porteurs d’un message symbolique qui transcendait l’espace et le temps.

Jean-Robert Pitte, membre de l’Institut, n’a-t-il pas écrit : « Notre Méditerranée et notre Europe sont héritières d’une civilisation plusieurs fois millénaire : celle du ferment du Dyonisos de la Vie sans cesse renaissante, du ferment du Dieu unique des Hébreux et des Chrétiens. Il fut offert à maintes reprises au peuple élu : après le Déluge, après la destruction de Sodome et Gomorrhe, après l’esclavage en Égypte et l’arrivée au pays de Canaan où murissent les généreuses grappes d’Eshkol, à Cana, lors du premier miracle du Messi ».

Le vin dans le monde grec

Une première constatation s’impose : le berceau de la vigne et du vin, là où ils ont été le ferment et le moteur d’une culture et d’une forme originale de civilisation, c’est bien tout le pourtour de la Méditerranée.

Les raisins de la vallée d’Eshkol dans le pays de Canaan

Dans le judaïsme, les raisins de la vallée d’Eshkol furent le symbole de la Terre promise ; le Paradis retrouvé, en souvenir de cette fameuse grappe rapportée à Moïse par ceux qu’il avait envoyés dans le pays de Canaan. Tandis que dans le christianisme, la couleur rouge du vin l’a fait ressembler au sang du Christ, lui attribuant un caractère eucharistique.

Dans les Évangiles, le Christ deviendra à son tour comparable à une vigne, son sang étant le « Vin de la Nouvelle Alliance » ; sous la figure allégorique du « Pressoir Mystique » où son sang ressemble au vin issu du raisin de la vigne, comme on peut le voir si bien représenté sur les verrières de certaines églises, comme à Saint-Etienne-du-Mont, en haut de la montagne Sainte-Geneviève, à Paris. Le christianisme fera souvent allusion au vin, comme, par exemple, lors des noces de Cana, préfigurant le repas de la Cène. Le vin deviendra alors la « boisson d’immortalité » et l’élixir de longue vie. L’art funéraire qui représente sur les tombes des motifs de vigne, de vendanges ou du vin, en est un exemple. Le vin est aussi le symbole de la connaissance et de l’initiation, en raison de l’ivresse qu’il provoque et de son action sur l’imaginaire, ce qui en fera la boisson préférée des poètes.

Omar khayyam poète persan et le vin

L’islam rejette le vin. Pourtant, le Prophète ne l’avait-t-il pas considéré au début de sa mission comme une boisson aux multiples vertus ? « Vers le IXe siècle, la vigne pris un sens profond : celui du symbole eucharistique ; on accompagna alors les grappes de raisin d’épis de blé et, dans les églises d’orient, de pains marqués d’une croix ou, parfois, du monogramme du Christ ».

Nous pouvons également faire la constatation suivante : le vin a souvent été associé à la pratique d’une religion et à l’exercice d’un culte. Nous pouvons le constater en particulier pour le Judaïsme et le Christianisme. C’est ainsi que l’on rapporte à saint Thomas d’Aquin (1225-1274), cette formule édifiante : « Il faut goûter le vin avec modération, mais sans cesse, parce qu’on atteint grâce à lui l’ivresse du sacré. L’ordre religieux du monde repose sur le vin ». Le docteur de l’Église nous livre ici cette surprenante formule sous forme de postulat, qui ne semble admettre aucune contradiction, jouant en plus sur l’ambiguïté du mot ivresse et les différents moyens qui permettent d’arriver à cet état. Celle produite par le vin n’excluant pas un de ces moyens employés par certains mystiques pour aller vers l’extase. Fénelon (1651-1715) écrira bien plus tard : « Boire du vin, c’est honorer Dieu ».

Tirage du vin au tonneau, vitrail de Chartres

Une (trop) brève histoire des confréries bacchiques

Comme tous les métiers du Moyen Âge, les vignerons se sont regroupés en confréries à caractère charitable et religieux. Ces confréries portent toujours le nom d’un saint patron protecteur. Aussi, l’activité religieuse demeurait la seule fonction de la confrérie, partout ou une corporation des vignerons permettait la défense des activités du métier. Nous pouvons citer cet exemple au XVIIe siècle, d’une confrérie de Saint-Vernier à Arbois, qui exerçait des actions caritatives envers les vignerons pour des entraides, ou l’obtention de prêts. La plupart de ces confréries bacchiques ont disparu avec l’Ancien Régime. Certaines se sont reconstituées après la Révolution, d’autres se sont reconstituées plus récemment après la dernière guerre mondiale.

Saint Vincent, patron des vignerons

Le vin et la tradition du « banquet » dans les sociétés traditionnelles de métier 

Les membres des confréries de métier, ghildes dans les pays germaniques ou jurandes, que l’on regroupe souvent aujourd’hui sous le vocable de corporation (mot récent qui vient de l’anglais incorporation) aimaient à se retrouver dans des banquets qui ponctuaient périodiquement les grands événements que vivaient ces fraternités (fête patronale, réception de nouveaux membres, visite par les maîtres des chefs-d’œuvre des compagnons, accession à la maîtrise de ceux-ci, etc.). Dans ces banquets le vin accompagnait les libations effectuées par les confrères et était le ciment de la communion indéfectible des membres de la confrérie. Au cours de ce temps fort et privilégié qu’était l’agape (mot qui vient du grecque agape : le repas pris en commun par les premiers chrétiens rappelant le repas de la Cène que le Christ fit avec ses disciples à la Pâque de l’an 33), le vin était assimilé au sang de la vigne et du Christ, qui s’était assimilée au cep, tandis que les sarments représentaient l’ensemble des chrétiens.

Verre de compagnon, Musée du Vin – Paris

Aussi, pourra-t-on dire que « lié analogiquement à la vie et au sang, le vin est un lien sensible entre les membres d’un même groupe ». Les santés portées lors des agapes au sein des banquets des fraternités initiatiques de métier, existent depuis un temps immémorial. Elles sont le souvenir des libations que l’on portait aux dieux de l’Olympe dans l’Antiquité grecque. « Elles permettaient de boire ensemble, et donc de s’acheminer d’un même pas vers l’ivresse ». L’absorption de vin était ritualisée pour que chacun puisse boire en même temps et que chacun arrive au même stade de l’enivrement. L’ivresse, que l’on peut assimiler dans ce cas précis à une sorte d’extase mystique, qui petit à petit envahit la psyché de chacun des participants et les conduit vers un égrégore les emmenant hors de l’espace et hors du temps.

Confrerie bachique

Dans le Compagnonnage le vin est le ciment de la fraternité

Dans le Compagnonnage on a conservé le nom d’agape au banquet annuel organisé lors de la fête patronale. L’usage des réceptions en ce jour si particulier, est encore en usage aujourd’hui. Quels étaient les usages séculaires du banquet ? Il y avait tout d’abord le vin ainsi que les santés que l’on portait dans certaines circonstances.  Les santés de table ont de tout temps été pratiquées par les compagnons, simples lors d’agapes fraternelles, plus élaborées lors de banquets officiels.  Il s’agit d’un rite ancien et répandu depuis l’Antiquité, apparenté aux libations portées aux dieux lors des banquets. Mais, au-delà de son aspect religieux, cette coutume permet de boire ensemble et donc de s’acheminer d’un même pas vers l’ivresse. Dans toutes les sociétés et depuis la plus haute antiquité, le partage de la boisson, et du vin pour la culture occidentale, est un des rites fondamentaux de la fraternité. Au Moyen Âge , on faisait encore passer la coupe unique où chacun devait boire, en souvenir de la célébration de la Pâque de l’An 33, où Jésus tendit la coupe remplie de vin à ses disciples. L’acte de boire prend alors un caractère sacré : c’est le rite d’assimilation auquel il est interdit de se dérober.

Commanderie des Nobles Vins du Jura et du Comté

En dehors du banquet, quels étaient les autres usages rituels de boire du vin ?

« Boire en règle », chez les compagnons, se rattache à des usages rituels du passé (qui existent peut-être encore aujourd’hui ?) qui consistent à boire (du vin) dans des circonstances et selon des règles bien précises. Par exemple, dans les rites de « bienvenue  » où un jeune sur le Tour de France se présentait chez la « mère » pour demander du travail, il se devait de payer à boire à tous les membres de la « cayenne » pour sa « bienvenue », c’était une marque de fraternité.

Les « Conduites » représentent le départ d’un Compagnon d’une ville pour en rejoindre une autre durant le voyage formateur qu’est le Tour de France

Les conduites : On appelle conduite la cérémonie de départ d’un compagnon, qui quitte la cayenne où il a séjourné un certain temps, après avoir levé son acquis (c’est-à-dire régler ses dettes à la Mère) pour aller  vers une autre ville sur le Tour. On dit qu’il est alors un « battant aux champs ». Il a alors droit à une conduite en règle, puisqu’il a réglé toutes ses dettes. Les autres compagnons devaient alors accompagner le partant durant un certain trajet, jusqu’à un endroit bien précis où ils se faisaient adieu. L’ensemble constituait une cérémonie assez complexe qui variait d’une société à une autre ou d’un métier à un autre, et que l’on appelait une conduite, que nous allons essayer d’expliciter, car le vin y avait une grande part !

D’autres expressions 

« Boire l’âme » d’un compagnon défunt ou d’un « remerciant » : C’est l’usage qui existait chez les compagnons d’antan et qui s’appelait : « boire l’âme » d’un compagnon. De quoi s’agissait-il ? Lorsqu’un compagnon venait à disparaître, on brûlait son « carré »  (ou parchemin du compagnon décédé), les cendres étaient délayées dans une grande coupe remplie de vin. Le premier compagnon buvait et passait la coupe à tous les compagnons ; c’était en quelque sorte, une communion : « boire l’âme » du compagnon disparu. Chacun prenait possession d’une petite partie de l’âme du compagnon disparu. Celle-ci ne disparaissait pas complètement puisque chacun s’en était approprié une parcelle. Cette curieuse coutume teintée d’animisme n’existe probablement plus, elle a été relatée par Raoul Vergez dans l’un de ses romans « Très lentement », disait-il, « le parchemin se détruisait et les cendres se mêlaient au vin. Et les compagnons buvaient ce vin épaissi de cendre jusqu’à la dernière goutte. De temps à autre, à travers le vin, on voyait furtivement luire un cachet de censure éphémère, témoin des jours anciens … ».

Lorsqu’un compagnon ayant fait son Tour de France, et ayant atteint sa limite d’âge (25 ans)

il peut décider de se retirer du Tour, selon une cérémonie où il « remercie » l’ensemble des membres de la cayenne qui l’avait accueilli. Son carré est brûlé et les cendres mises dans un pot de vin. Il doit boire ce vin mélangé aux cendres, ainsi que les autres membres. C’est un gage d’amitié et de fraternité adressé au « remerciant ».

Boire « rubis sur l’ongle » : Une autre pratique curieuse des compagnons d’antan, était celle dite de boire « rubis sur l’ongle ». Elle consistait, une foi le vin bu jusqu’à la lie, après une santé, par exemple, de retourner le verre sur l’ongle. Chaque goutte de vin qui en tombait était susceptible d’amende. C’était un moyen comme un autre d’alimenter le tronc ou caisse d’entre aide ! C’était aussi le moyen de montrer que l’on avait bu tout le contenu de son verre.

Le sens de cette expression, qui est de remplir complètement cette obligation de vider complètement son verre, se retrouve dans une expression très similaire et qui a le même sens : qui est de «payer rubis sur l’ongle » dans le sens de s’acquitter complètement de sa dette.

En Franc-maçonnerie : le souvenir des loges militaires…

Le vin de la Saint-Jean : En souvenir de leur lointain passé opératif, les Francs-maçons dès les prémices de leur existence au début du XVIIIe siècle, pratiquaient l’usage du banquet à l’occasion de la fête des deux Saint-Jean, dont les loges portaient le nom, et dont ils étaient les saints patrons, comme nous allons le voir dans l’exemple ci-dessous :

Tous les ans, à l’approche de la Saint-Jean d’hiver (Saint Jean l’Evangéliste), ou de la Saint- Jean d’été (Saint-Jean Baptiste), suivant les rites pratiqués, les loges maçonniques font traditionnellement leur banquet d’Ordre rituel. Cet usage du banquet lié à la fête patronale est fort ancien, puisqu’il était déjà pratiqué par les maçons de métier d’antan, dont la Maçonnerie spéculative a repris à son compte tant d’usages, de symboles, de coutumes, qu’on a fini par oublier le rôle déterminant de ces illustres précurseurs, dans la genèse de nos traditions. L’historien anglais Robert Freke Gould[1], dans son Histoire Abrégée de la Franc Maçonnerie, nous le rappelle, lorsqu’il écrit : « Dans la grande majorité des loges, la fête de la Saint Jean l’Evangéliste était célébrée par des festins et des réjouissances ». Il ajoute : « A Melrose (1674), et dans d’autres centres maçonniques, c’était le jour de la Saint Jean qu’il était en usage de recevoir les apprentis entrés et les compagnons du métier ». Apprenti Entré et Compagnon du Métier étaient les deux degrés existants en cette époque lointaine.

Ce repas pris entre convives, unis par un même sentiment de fraternité et d’amour, que l’on appelle aussi agapes (de : agapè, amour), était le nom donné aux repas que faisaient entre eux les premiers chrétiens, commémorant ainsi la Cène. Ils se réunissaient autour d’une table et commémoraient le repas du Seigneur, au cours duquel ils rompaient le pain et se transmettaient la coupe remplie de vin, en souvenir de ce que fit Jésus à la Pâque de l’An 33. Ces banquets remontaient à des temps plus anciens encore et n’étaient pas une coutume spécifiquement chrétienne. On se rappelle celui que Platon rapporta. Dans les collèges d’artisans romains, un des rites principaux était le repas présidé par un maître et pris en commun.

Si le banquet annuel réunit les Maçons dans la gaîté de la fête et dans une douce fraternité, il convient de penser un instant à ceux qui les ont quittés pour rejoindre l’Orient éternel (nom donné à la mort par les Maçons). Mais cette séparation n’est pas définitive et contient un aspect encourageant, car la chaîne d’union qu’ils feront à la fin des agapes leur rappelle « qu’en elles seront toujours présents ceux qui la formaient hier, ils seront toujours présents en nos cœurs ».

Un vocabulaire militaire : Les francs-maçons utilisent au cours de leur banquet un vocabulaire militaire qui est un vieil héritage des loges napoléoniennes. La raison en est que les officiers de l’Empire constituaient une part importante des effectifs des loges du XIXe siècle. Un vocabulaire militaire s’est alors constitué par l’usage. C’est ainsi que les assiettes s’appellent des tuiles, les serviettes des drapeaux, les bouteilles des barriques, les verres des canons, verser du vin se dit charger les canons, le vin se dit poudre forte, le champagne poudre fulmineuse, etc.

L’usage veut que l’on porte des santés avant de commencer le repas. Les premières santés sont toujours portées à l’autorité spirituelle et à l’autorité politique du moment, on dit alors tirer une santé, puis viennent celles adressées aux officiers et membres de l‘assemblée.

L’usage de chanter au cours d’un banquet : La Franc Maçonnerie, depuis le début de son apparition au XVIIIe siècle, a également son répertoire. Cette pratique de chanter aux agapes est d’ailleurs recommandée par les textes fondateurs, qui précisent : « Après la Santé des FF. visiteur, si quelque frère a des cantiques à chanter, ou quelque morceau d’architecture à lire, il peut le faire en demandant la parole. Il est même à propos de chanter quelques un de ces cantiques moraux qui ont été fait sur le but de la Franc Maçonnerie, et qui, chantés en chœur, portent dans l’âme une douce émotion, en célébrant les agréments et les avantages de la vie maçonnique ». Sur le plan purement maçonnique les chants rapportés par divers manuscrits, ceux mentionnés par les Constitutions d’Anderson, sont autant de témoignages de l’ancienneté du banquet où l’on pouvait chanter et faire l’éloge du vin qui rassemblait dans la joie les convives. Ainsi, comme le pain et le vin, la chanson est un symbole de communion et de fraternité.

En conclusion

En premier lieu, le vin nous amène vers un état d’ivresse, un état second, qui exhibe en nous certaines facultés endormies ou non exploitées habituellement. Il suffit pour s’en convaincre, d’écouter certains proverbes ou certains dictons issus de la sagesse populaire. Sagesse dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Ainsi cette expression latine : « « In vino veritas », c’est-à-dire « Dans le vin est la vérité », signifiant par-là que la consommation de vin fait parler, et nous fait dire des choses que l’on garderait cachées en étant à jeun. Mais, que dire aussi de cet autre proverbe : « Le bon vin fait parler latin » ?  Il est intéressant, ici, de voir associé un vin de qualité et l’usage de la langue latine, qui était celle d’une élite sociale, celle des érudits au XIXe siècle encore. On peut interpréter aussi ce proverbe en remarquant que le vin exhibe en nous des qualités intellectuelles dont nous n’avons pas toujours conscience, souvent endormies au tréfonds de notre esprit. « Que ce vin symbole de l’intelligence, élève notre esprit », lit-on dans certains écrits. Ce qui est traduit dans ce proverbe par le fait de parler latin. Nous pourrions multiplier les exemples… Alors, nous avons écouté les conseils du poète qui nous dit : « Buvez ce vin jusqu’à l’ivresse ».

Extrait d’une conférence donnée par Jean-François Blondel, le dimanche 18 septembre 2022.

Si la destination Beaujolais vous intéresse vous pouvez visiter, par exemple, le Hameau Dubœuf, premier parc à thème sur la vigne et le vin en Europe, unique en son genre. Il vous dévoile de manière ludique, pédagogique et immersive tout ce que la vigne et le vin sont à notre patrimoine. Un parc qui ne peut manquer d’intéresser aussi bien les amateurs que les connaisseurs… https://www.duboeuf.com/fr/le-parc/

Le vin est le lait des vieillards!!!!

[NDLR : Santé publique France recommande de ne pas consommer plus de 100 g d’alcool pur par semaine (14 g par jour) et pas plus de 20 g d’alcool pur par jour, avec des jours sans consommation (20 oct. 2019).

Le 16 février 1984, une campagne du ministère de la santé va faire mouche. Fini les discours moralisateurs, le message se veut drôle et percutant : « Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts ! » Le message a été inventé par un publicitaire Daniel Robert et illustré par Cabu !

Louis Pasteur (1822-1895) scientifique, chimiste et physicien de formation.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.]

 

 

 

Dominique Alain Freymond du  Groupe de Recherche Alpina (GRA) présente : Au-delà de la recherche traditionnelle

quatre thèmes pour réfléchir au futur.

Dominique Alain Freymond
GRA, directeur de publication
« Rechercher, partager et publier avec curiosité, ouverture et qualité »
Yverdon-les-Bains, 24 septembre 2022

Regard sur… la Théorie de l’attachement

La théorie de l’attachement est un champ de la psychologie qui traite d’un aspect spécifique des relations entre êtres humains. Son principe de base est qu’un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue (« caregiver »). C’est dans ce sens qu’on peut dire que l’attachement est primordial pour l’évolution psychologique de l’enfant. Cette théorie a été formalisée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby après les travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow.

Au sens de la théorie de l’attachement, le comportement infantile associé à l’attachement est essentiellement la recherche de proximité avec une figure d’attachement lors de la survenue de situations de stress. Les enfants en bas âge s’attachent aux adultes qui se montrent sensibles et attentionnés aux interactions sociales avec eux, et qui gardent leur statut de caregiver d’une façon stable au moins plusieurs mois durant la période qui va de l’âge de six mois environ jusqu’à deux ans. Vers la fin de cette période, les enfants commencent à utiliser les figures d’attachement (c’est-à-dire l’entourage familier) comme base de sécurité à partir de laquelle ils vont explorer le monde, et vers qui ils savent qu’ils peuvent retourner. Les réponses de l’entourage au comportement de l’enfant guident le développement de schèmes d’attachement (des modèles opérationnels de l’environnement et de l’organisme construits et élaborés par l’enfant) ; ceux-ci seront à leur tour la base de la mise en place des modèles internes opérants qui régiront les sentiments, pensées et attentes des individus par rapport à leurs relations, et ce dès l’enfance. L’angoisse de séparation ou la douleur qui suivent la perte d’une figure d’attachement est considérée, de la part d’un jeune enfant, comme une réponse normale et adaptative. D’un point de vue évolutionniste, cet ensemble de comportements est peut-être apparu du fait qu’il accroît la probabilité de survie d’un enfant.

Pour les nourrissons et les jeunes enfants, le comportement d’attachement permet de maintenir la proximité avec les figures d’attachement, habituellement les parents. Photo d’une famille inuit prise en 1917.

Les recherches de la psychologue du développement Mary Ainsworth au cours des années 1960 et 1970 ont donné un socle aux concepts de base, en introduisant la notion de base de sécurité et en développant la théorie de l’existence de schèmes d’attachement dans la petite enfance : attachement sécurisé, attachement anxieux et attachement évitant ; un quatrième schème, l’attachement désorganisé, a été identifié plus tard. Au cours des années 1980, la théorie est étendue aux relations d’attachement entre adultes. D’autres types d’interactions peuvent être interprétées comme des situations particulières du comportement d’attachement : ceci inclut les relations entre pairs quel que soit l’âge, l’attraction sentimentale et sexuelle et les relations de soins envers les jeunes enfants ou les personnes malades ou âgées.

Afin de formuler une théorie complète de la nature des premiers attachements, Bowlby a exploré un large ensemble de domaines incluant la théorie de l’évolution, les théories de la relation d’objet (un des principaux concepts de la psychanalyse), l’analyse systémique, l’éthologie et la psychologie cognitive. À la suite des articles préliminaires de 1958, Bowlby a exposé la théorie de l’attachement dans l’ouvrage en trois volumes Attachement et perte (1969-82 pour l’édition originale, 1978-84 pour l’édition française). Dans les premières années de diffusion de la théorie, Bowlby a été critiqué par les psychologues universitaires, et la communauté psychanalytique l’a marginalisé pour s’être écarté des principes de la psychanalyse ; la théorie de l’attachement est cependant devenue depuis « l’approche dominante pour la compréhension du développement social précoce, et a été à l’origine d’une importante vague de recherches expérimentales dans la mise en place des relations des enfants avec leurs proches ». Les critiques ultérieures de la théorie de l’attachement se rapportent à la complexité des relations sociales et aux limites d’une classification discrète des schèmes comportementaux. La théorie de l’attachement a été significativement modifiée à la suite de ces recherches expérimentales, mais les concepts sont désormais largement acceptés au début du xxie siècle.

Attachement

Bien que la figure d’attachement primaire est habituellement la mère, les bébés forment des liens d’attachement avec toute personne prenant soin d’eux et répondant à leur demande d’interactions sociales. Photo prise à Nampula au Mozambique en septembre 2005.

Au sens de la théorie de l’attachement, l’attachement est un lien affectif entre un individu et une figure d’attachement (en général un caregiver, une personne qui prend soin). Un tel lien peut être réciproque entre deux adultes, ou s’établir entre un enfant et la personne qui en prend soin ; dans ce dernier cas, le lien est basé sur les besoins de l’enfant en matière de sécurité, de protection et de soins, en particulier dans la petite enfance et l’enfance. La théorie propose que les enfants s’attachent instinctivement aux caregivers, favorisant ainsi leur survie ; ainsi, le résultat biologique est un accroissement des probabilités de survie de l’enfant, et le résultat psychologique, un sentiment de sécurité. La théorie de l’attachement n’est pas une description exhaustive des relations humaines, elle n’est pas non plus synonyme d’amour et d’affection, bien que ces sentiments peuvent indiquer l’existence de liens entre deux personnes. Dans les relations d’enfant à adulte, le lien de l’enfant est appelé « l’attachement » et l’équivalent réciproque du caregiver est appelé le « caregiving » (terme repris de l’anglais qui signifie « prendre soin », dans le cadre de la théorie de façon cohérente et continue).

Les jeunes enfants forment des attachements avec toute personne prenant soin d’eux de façon cohérente et répondant à leur demande d’interactions sociales. La qualité de cet engagement relationnel est plus importante que la quantité de temps passé. La mère biologique est habituellement la principale figure d’attachement, mais ce rôle peut être tenu par toute personne qui adopte un comportement « maternel » cohérent et constant sur une certaine période de temps. Dans la théorie de l’attachement, cela se traduit par un ensemble de comportements qui associent l’engagement dans une interaction sociale vivante avec l’enfant et une réponse volontaire à ses signaux et approches. Rien dans la théorie ne suggère que les pères ou de tierces personnes ne sont pas également susceptibles de devenir la principale figure d’attachement s’ils procurent la plus grande partie des soins et des interactions sociales de l’enfant.

Certains jeunes enfants dirigent le comportement d’attachement (la recherche de proximité) envers plus d’une figure d’attachement aussitôt qu’ils commencent à discriminer les différentes personnes qui prennent soin de lui ; la plupart cependant en deviennent capable au cours de leur deuxième année. Ces figures d’attachement sont hiérarchisées, avec la figure d’attachement principale en haut de la hiérarchie. L’effet du système comportemental d’attachement est de maintenir un lien avec une figure d’attachement disponible.

« Alarme » est le terme désignant l’activation du système comportemental d’attachement causé par la peur ou le danger, alors que l’« anxiété » est l’anticipation de la peur ou de la séparation d’avec la figure d’attachement ; si la figure d’attachement est indisponible ou ne répond plus, une détresse apparaît chez l’enfant. Chez les jeunes enfants, la séparation physique peut ainsi provoquer anxiété et colère, puis détresse et désespoir. Vers l’âge de trois ou quatre ans, la séparation physique n’est plus vécue comme une menace pour le lien de l’enfant avec la figure d’attachement. Les menaces pour la sécurité affective de l’enfant plus âgé et de l’adulte surviennent en cas d’absence prolongée, de rupture de communication, d’indisponibilité émotionnelle, ou de signe de rejet ou d’abandon.

Comportements

Des schèmes d’attachement insécurisés peuvent compromettre l’exploration de l’environnement et la mise en place de la confiance en soi. Un bébé sécurisé dans ses schèmes d’attachement est libre de se concentrer sur son environnement.

Le système comportemental d’attachement permet le maintien ou la mise en place d’une proximité étroite avec la figure d’attachement. Les comportements de pré-attachement surviennent dans les six premiers mois de vie. Durant la première phase (les huit premières semaines), les jeunes enfants sourient, babillent et pleurent pour attirer l’attention des caregivers. Bien qu’ils apprennent à cet âge à distinguer les différentes personnes qui prennent soin d’eux, leurs comportements sont dirigés envers toute personne de l’entourage.

Pendant la seconde phase (de deux à six mois), le jeune enfant distingue de mieux en mieux les adultes familiers des non familiers, devenant plus particulièrement attentifs à ceux qui prennent soin d’eux ; l’orientation visuelle et l’agrippement aux personnes sont ainsi ajoutés au rang des comportements.

Des attachements plus actifs se développent lors de la troisième phase, de six mois à deux ans environ ; le comportement de l’enfant envers les personnes qui prennent soin de lui commence à s’organiser en fonction d’objectifs basés sur les conditions qui le font se sentir sécure (c’est-à-dire en sécurité). Vers la fin de la première année, l’enfant est capable d’exprimer une gamme de comportements d’attachement destinés à maintenir la proximité. Ceci se manifeste par des protestations lors du départ du caregiver, par des signes de joie lors de son retour, des comportements de cramponnement lorsqu’il a froid, et de suivi dès qu’il en est capable. Avec le développement de la locomotion, l’enfant commence à utiliser le ou les caregivers comme base de sécurité à partir de laquelle il peut explorer son environnement. L’exploration par l’enfant est facilitée par la présence du caregiver car son système d’attachement ne lui procure alors aucun stress et il est donc libre d’explorer. Si le caregiver est inaccessible ou ne répond pas, le comportement d’attachement est plus fortement exprimé. Anxiété, peur, maladie et fatigue causeront également un renforcement des comportements d’attachement.

Après la seconde année, alors que l’enfant commence à percevoir le caregiver comme une personne indépendante, un partenariat plus complexe et basé sur des objectifs différents se met en place ; l’enfant commence à prendre en compte les objectifs et les sentiments des autres, et à agir en fonction de cela. Par exemple, tandis que les bébés pleurent parce qu’ils ont mal, les enfants de deux ans pleurent pour faire venir leur caregiver, et si cela ne fonctionne pas, pleurent plus fort, crient ou le suivent.

Principes

Les expériences précoces avec les caregivers font progressivement émerger un système de pensées, de souvenirs, de croyances, d’attentes, d’émotions et de comportements à propos de soi et des autres.

Les émotions et les comportements d’attachement humains courants s’inscrivent dans une perspective évolutive. L’évolution vers l’espèce humaine actuelle a inclus la sélection de comportements sociaux qui favorisent la survivance des individus et des groupes. Le comportement habituel d’attachement des jeunes enfants qui restent près des personnes qui leur sont familières a pu conférer des avantages en matière de sécurité au cours de l’évolution antérieure, et encore de nos jours. Être capable de percevoir la non-familiarité, l’isolement ou une approche rapide comme des situations potentiellement dangereuses est ainsi un avantage évolutif. Selon Bowlby, la recherche de proximité de la figure d’attachement en face d’une menace est l’intérêt du système comportemental d’attachement du point de vue de l’évolution.

Le système d’attachement est très robuste et les jeunes humains forment facilement des attachements, même dans des conditions non idéales. En dépit de cette robustesse, une séparation significative d’un caregiver familier, ou de fréquents changements de caregiver qui empêchent le développement de l’attachement, peuvent être la source de psychopathologies à un moment ultérieur de la vie. Les enfants dans leurs premiers mois n’ont pas de préférence pour leurs parents biologiques par rapport aux étrangers. Des préférences pour certaines personnes, ainsi que des comportements qui sollicitent leur attention et leurs soins, se développent sur une grande période de temps. Lorsqu’un jeune enfant est bouleversé par la séparation d’avec son caregiver, ceci indique que le lien ne dépend plus de la présence du caregiver, mais est de nature pérenne11. C’est à un âge plus avancé (3 ou 4 ans au minimum) que l’enfant pourra supporter une séparation sans éprouver de détresse.

Un jeune père allongé sur le dos sur un édredon sur le sol. Il tient sa fille bébé au-dessus de lui avec ses bras tendus et ses mains autour de sa cage thoracique. Le bébé a ses bras et ses jambes tendus et arque son dos, il sourit à l’appareil photo.

Le premier modèle formulé par Bowlby de la période critique qui se déroule entre six mois et deux à trois ans a évolué vers une approche moins rigide. Il existe une période sensible au cours de laquelle il est hautement désirable que des attachements privilégiés se développent, mais cette période est plus large et les effets moins intangibles et irréversibles que proposé initialement.

Au cours des recherches ultérieures, les auteurs discutant de la théorie de l’attachement en sont venus à estimer que le développement social est également affecté par les relations plus tardives, en plus des relations précoces. Les premières étapes de l’attachement se mettent en place plus facilement si l’enfant a un caregiver, ou reçoit des soins occasionnels d’un petit nombre d’autres personnes. Selon Bowlby, presque dès le départ la plupart des enfants possèdent plus d’une figure envers laquelle ils dirigent leur comportement d’attachement. Ces figures ne sont pas toutes traitées de la même façon ; un enfant donné exprime une forte tendance à diriger son comportement d’attachement principalement envers une personne en particulier. Bowlby a utilisé le terme « monotropie » pour décrire cette tendance. Les chercheurs et les théoriciens ont abandonné ce concept dans la mesure où il pourrait être pris dans le sens où la relation avec la principale figure d’attachement diffère qualitativement de celle avec les autres figures. L’état actuel de la réflexion, en 2010, avance plutôt l’idée d’une hiérarchie définie de relations.

Les expériences précoces avec les caregivers permettent l’émergence progressive d’un système de pensées, de souvenirs, de croyances, d’attentes, d’émotions et de comportements à propos du moi et des autres, en particulier de formes types (schèmes) de relation. Ce système, appelé le « modèle opérant interne des relations sociales », continue à se développer avec le temps et l’expérience. Les modèles opérants internes régulent, interprètent et prédisent le comportement lié à l’attachement chez le moi et chez les figures d’attachement. Au fur et à mesure qu’ils se développent parallèlement aux changements environnementaux et développementaux, ils incorporent la capacité à réfléchir et communiquer au sujet des relations d’attachement passées et futures. Ils permettent à l’enfant de maîtriser de nouveaux types d’interactions sociales ; par exemple, quand un bébé est traité différemment d’un autre enfant ou que les interactions avec les professeurs et les parents partagent certaines caractéristiques. Ces modèles opérants internes continuent à se développer à l’âge adulte, aidant à faire face aux relations amicales, de couple et parentales, toutes développant différents comportements et sentiments.

Le développement de l’attachement est ainsi un processus transactionnel : les comportements spécifiques d’attachement prennent leur source dans des comportements de la petite enfance prédictibles et apparemment innés ; ils se modifient avec l’âge d’une façon qui est déterminée en partie par l’expérience et en partie par l’environnement au sein duquel ils prennent place. L’évolution des comportements d’attachement avec l’âge est façonnée par les différentes relations qu’expérimente l’individu. Le comportement d’un enfant lorsqu’il se retrouve avec un caregiver n’est pas seulement déterminé par la façon dont le caregiver a traité l’enfant dans le passé, mais aussi par l’histoire des influences que l’enfant a eu sur le caregiver.

Attachement sexuel

Les différents styles d’attachements sont normalement associés à différents comportements et/ou aptitudes sexuels.

Les individus ayant un style d’attachement sécurisant sont moins portés à avoir des relations sexuelles en-dehors d’une relation amoureuse stable et ont habituellement peu de partenaires sexuels. Ils sont donc rarement portés vers les relations sexuelles d’un soir, non-exclusif ou avec un inconnu.

Par ailleurs, ceux ayant un style d’attachement non sécurisant sont davantage portés à vivre des insécurités sexuelles avec leur partenaire, une plus grande fréquence de relations sexuelles ainsi qu’un niveau inférieur de plaisirs provenant de ces relations.

Les femmes ayant un attachement anxieux auraient leur première relation sexuelle à un âge plus précoce, tandis que les hommes ayant un style d’attachement préoccupé auraient leur première relation à un âge plus avancé, en plus d’avoir moins de partenaires sexuels.

Les individus avec un style d’attachement évitant auraient moins tendance à avoir des relations sexuelles comparées à ceux ayant un style sécurisant ou préoccupé. Toutefois, ceux ayant le style évitant et ayant eu des relations sexuelles auraient tendance à avoir des relations sexuelles impliquant peu d’engagement ou de proximité émotionnelle que ceux possédant un style sécurisant ou préoccupé. De plus, les jeunes qui ont eu leur première relation sexuelle avant 16 ans correspondent davantage au style évitant plutôt qu’aux autres.

Le style d’attachement développer lors de l’enfance aura ainsi un impact sur les pratiques sexuelles futures de l’adulte.

Modifications de l’attachement durant l’enfance et l’adolescence

Les pairs prennent de l’importance au milieu de l’enfance (de 7 à 11 ans) et ont une influence distincte de celle des parents.

L’âge, la croissance des facultés cognitives et une expérience sociale continue font évoluer le modèle interne opérant en le transformant et en le complexifiant. Les comportements liés à l’attachement perdent certaines caractéristiques typiques des jeunes enfants et adoptent d’autres caractères propres à un âge plus élevé. Ainsi, les enfants de quatre ans ne sont plus stressés par la séparation s’ils ont déjà négocié avec leur caregiver des modalités partagées de séparation et de retrouvailles. Exemple de nouvelle compétence, la période préscolaire permet la mise en place de la négociation et du marchandage.

Trois enfants âgés d’environ six ans sont groupés assis sur le sol, un garçon et une fille agenouillés, l’autre garçon assis en tailleur. Les deux enfants agenouillés tiennent des billes ; il y a d’autres billes dans un sac sur le sol. Les trois enfants les regardent.

Idéalement, ces compétences sociales sont incorporées au sein du modèle interne opérant afin d’être utilisées auprès des autres enfants et plus tard auprès des pairs adultes. Au début de l’âge scolaire, vers six ans, la plupart des enfants adaptent les objectifs de la relation avec leurs parents, dans laquelle chaque partenaire va montrer sa volonté de compromis afin de maintenir une relation gratifiante. Vers le milieu de l’enfance, l’objectif du système comportemental d’attachement a évolué de la proximité à la figure d’attachement vers sa disponibilité. En général, un enfant tolère des séparations plus longues pourvu qu’un contact, ou si besoin la possibilité de se retrouver physiquement, soit disponible. Les comportements d’attachement tels que le cramponnement et le suivi de la figure d’attachement se font plus rares, et la confiance en soi augmente. À partir du milieu de l’enfance (de 7 à 11 ans) peut se produire un changement dans la corégulation mutuelle du contact avec la base de sécurité, dans lequel le caregiver et l’enfant négocient des méthodes qui permettent de maintenir la communication et la surveillance alors même que l’enfant devient plus indépendant.

Tôt dans l’enfance, les figures parentales restent le centre du monde social d’un enfant, même si une autre figure prend soin d’eux durant une période de temps conséquente. Ceci devient moins vrai plus tard, particulièrement à partir de l’entrée de l’enfant dans le cadre scolaire. Les modèles d’attachement des jeunes enfants sont normalement évalués en lien avec les figures parentales, qui peuvent être les parents ou d’autres caregivers. Il semble exister chez les jeunes enfants des limitations mentales qui restreignent leur capacité à intégrer les expériences relationnelles au sein d’un unique modèle général ; ce n’est en général qu’à l’adolescence que les enfants commencent à développer un tel modèle général unique des relations d’attachement, bien que cela puisse se produire dès le milieu de l’enfance.

Les relations entre pairs ont sur l’enfant une influence distincte de celle des relations parent-enfant, bien que celles-ci puissent influer sur la forme des relations entre pairs que les enfants développent. Si les pairs deviennent importants au milieu de l’enfance, il semble qu’ils ne prennent pas le rôle de figures d’attachement ; les enfants peuvent cependant diriger les comportements d’attachement vers leurs pairs si les figures parentales sont indisponibles. Les attachements aux pairs tendent à émerger à l’adolescence, les parents restant à cette période des figures d’attachement. Le rôle des figures parentales envers les adolescents est d’être disponibles si besoin est, tandis que l’adolescent fait des excursions dans le monde extérieur.

Schèmes d’attachement

Une grande part de la théorie de l’attachement fut enrichie par la méthodologie innovante et les campagnes d’observation sur le terrain de Mary Ainsworth, particulièrement celles menées en Écosse et en Ouganda. Le travail d’Ainsworth élargit les concepts de la théorie et permit la vérification empirique de ses principes. Utilisant les premières formulations de Bowlby, elle mena une campagne d’observation sur les paires enfant-parent (ou dyades) durant la première année de vie, combinant des visites approfondies à domicile et l’observation des comportements dans certaines situations particulières. Cette première recherche fut publiée en 1967 dans le livre Infancy in Uganda.

Ainsworth identifia trois types d’attachements, ou schèmes, qu’un enfant peut adopter envers une figure d’attachement : sécure, anxieux-évitant (insécure), et anxieux-ambivalent ou résistant (insécure). Elle définit un protocole expérimental de laboratoire connu sous le nom de Situation Étrange (en) qui permet d’évaluer les comportements de séparation et de retrouvailles. Il s’agit d’un outil de recherche standardisé utilisé pour mettre en évidence les schèmes d’attachement chez les nourrissons et les jeunes enfants. En provoquant un stress conçu pour activer le comportement d’attachement, le protocole montre de quelle façon les très jeunes enfants utilisent leurs caregiver comme source de sécurité. Le caregiver et l’enfant sont placés dans une salle de jeu inconnue tandis que le chercheur enregistre les comportements spécifiques qu’il observe à travers une glace sans tain. En huit étapes différents, l’enfant expérimente la séparation et les retrouvailles avec le caregiver, et la présence en ce lieu d’un étranger inconnu à certaines étapes.

Le travail d’Ainsworth aux États-Unis attira de nombreux universitaires dans ce domaine, inspirant les recherches et remettant en question la domination du béhaviorisme. Des recherches ultérieures menées par Mary Main et ses collègues à l’Université de Californie à Berkeley ont permis d’identifier un quatrième schème d’attachement, appelé attachement désorganisé/désorienté. Ce terme reflète le défaut, pour certains enfants, d’une stratégie cohérente de réponse aux situations stressantes (coping).

Table des 4 schèmes reconnus

Le type d’attachement développé par les jeunes enfants dépend de la qualité des soins qu’ils ont reçus. Chaque schème d’attachement est associé avec certains schèmes de comportement caractéristiques, décrits dans le tableau suivant :

Ce sont là les quatre schèmes d’attachement actuellement reconnus par la recherche. Certains auteurs traduisent les termes de manière légèrement différente. On parle d’attachement sécurisant et d’attachement insécurisant de type évitant, insécurisant de type ambivalent, et insécurisant de type désorganisé et désorienté, dans la traduction du manuel de psychologie du développement de Diane Papalia et collaboratrices.

Attachement chez l’adulte

Les styles d’attachements dans les relations sentimentales adultes correspondent aux styles d’attachement dans l’enfance, mais les adultes peuvent présenter plusieurs modèles opérants internes en fonction des différentes relations.

La théorie de l’attachement fut étendue aux relations sentimentales adultes à la fin des années 1980 par Cindy Hazan et Philip Shaver. Quatre styles d’attachement sont couramment décrits chez l’adulte : sécure, anxieux-soucieux, distant-évitant, craintif-évitant. Ils correspondent plus ou moins aux types d’attachement de l’enfance : sécure, insécure-ambivalent, insécure-évitant et désorganisé/désorienté.

Les adultes sécures tendent à adopter une vision positive d’eux-mêmes, de leurs partenaires et des relations qu’ils nouent. Ils se sentent à l’aise dans l’intimité comme dans l’indépendance, équilibrant les deux.

Les adultes anxieux-soucieux recherchent un haut niveau d’intimité, d’approbation et de réponse à leurs initiatives (responsiveness) de la part de leurs partenaires, se montrant excessivement dépendants. Ils ont tendance à être moins confiants, à adopter une vision moins positive d’eux-mêmes et de leurs partenaires, et sont aussi susceptibles de montrer au sein de leurs relations un haut degré d’expression de leurs sentiments, de souci et d’impulsivité.

Les adultes distants-évitants recherchent un haut niveau d’indépendance, et semblent souvent éviter totalement l’attachement. Ils se perçoivent eux-mêmes comme auto-suffisants, non susceptibles de subir les sentiments d’attachement et n’ayant pas besoin de relations proches. Ils tendent à faire taire leurs sentiments, gérant le risque de rejet en gardant eux-mêmes à distance leurs partenaires, dont ils ont bien souvent une assez pauvre opinion.

Les adultes craintifs-évitants éprouvent des sentiments partagés au sujet des relations proches, désirant et à la fois se sentant mal à l’aise avec la proximité émotionnelle. Ils ont tendance à se méfier de leurs partenaires et se considèrent eux-mêmes indignes d’affection (unworthy). De la même façon que les adultes distants-évitants, les adultes craintifs-évitants tendent à fuir l’intimité, réprimant leurs sentiments8,,,.

Un jeune couple se repose sous un arbre. L’homme est allongé sur le dos et regarde la femme. La femme, qui porte de longs cheveux blonds et des lunettes de soleil, est assise près de la tête de l’homme, le regardant et posant sa main sur ses cheveux. Les deux sont en train de rire.

Deux aspects de l’attachement chez l’adulte ont été principalement étudiés. L’organisation et la stabilité des modèles opérants internes qui sous-tendent les styles d’attachement sont explorés par les psychologues sociaux qui étudient l’attachement au sein du couple,. Les psychologues du développement intéressés par les différences individuelles d’état d’esprit au regard de l’attachement explorent généralement de quelle façon l’attachement fonctionne dans une dynamique relationnelle, et comment il influe sur l’issue des relations. L’organisation des modèles opérants internes est relativement stable par rapport aux variations de l’état d’esprit d’un individu vis-à-vis de l’attachement.

Certains auteurs ont suggéré qu’un adulte n’entretient pas un seul type de modèles opérants internes. Il posséderait plutôt à un premier niveau un ensemble de règles et d’hypothèses au sujet des relations d’attachement en général, et à un autre niveau des informations concernant les relations ou les évènements relationnels spécifiques. Les informations des différents niveaux n’ont pas besoin d’être cohérentes entre elles ; les individus peuvent donc entretenir différents modèles opérants internes pour différentes relations,.

Il existe différentes façons de mesurer l’attachement chez l’adulte, le plus commun étant les questionnaires et les entretiens basés sur l’Adult Attachment Interview. Les différents outils de mesure ont été d’abord développés dans un but de recherche dans différents domaines tels que les relations sentimentales, parentales ou entre pairs. Certains classifient l’état d’esprit d’un adulte par rapport à l’attachement et aux schèmes d’attachement en référence aux expériences infantiles, tandis que d’autres évaluent les comportements relationnels et la sécurité relationnelle concernant les parents et les pairs.

Bis repetita… Une tenue de la GLNF sur TikTok !

Samedi 12 novembre 2022, nous vous alertions contre les agissements, voire les intentions malveillantes – cf. les commentaires –, dans une vidéo TikTok intitulée « espionner des francs-maçons -maçons ».

À nouveau, nous retrouvons malheureusement, cette obédience sur cette application mobile de partage de vidéo et de réseautage social lancée en septembre 2016 – développée par l’entreprise chinoise ByteDance – TikTok. À son insu, vraisemblablement. Comme la précédente, elle est, elle aussi, devenue virale. Certains posent la question : à savoir si TikTok, premier moteur de recherche préféré des jeunes internautes, serait nocif pour eux ?

Cette fois-ci, il s’agit d’une tenue au siège de la Grande Loge Nationale Française, dont le code APE (activité principale exercée) ou code NAF (nomenclature d’activité française), c’est la même chose, est 94.91Z, soit celui des « Activités des organisations religieuses » ! Pour une structure administrative qui se déclare, encore et toujours régulière et ne faisant pas de politique et de religions, c’est fort de café !

Le titre de cette vidéo TikTok est, cette fois, « Ils ont pu filmer un rituel de la franc-maçonnerie ».

Un extrait d’un documentaire, filmé reconnaissons-le par des professionnels, toutefois largement diffusé en son temps…

@daniel.b7777 #fypシ #foryoupage #tiktok #pourtoi #africa #viral #découverte #verité🥺 ♬ Get You The Moon – Kina

Mais Surprise sur prise – paraphrasant la célèbre émission de télévision en caméra cachée , une tenue peut en masquer une autre…

Il en est aussi de même concernant cette application mobile multiplateforme – système de messagerie instantanée chiffrée de bout en bout aussi bien via les réseaux de téléphonie mobiles que par Internet – WhatsApp ! Hélas, des sœurs et des frères n’ont pas toujours conscience du danger de cette application et font circuler, à tort, convocations, photos ou, pire, des tenues filmées…

Francs-maçons du Père Lachaise

Martine BayardLes Éditions du Panthéon, 2022, 216 pages, 19,90 € – Format Kindle 12,99 €

Mettant à profit le temps de la Toussaint – même si sa célébration est une spécificité catholique apparue en Occident au VIIIe siècle – nous parcourons cet ouvrage comme si nous flânions dans les allées si pittoresques du Père-Lachaise, appelé aussi « cimetière de l’Est »…

Passionnée d’histoire, particulièrement du siècle des Lumières et profondément attachée à la liberté de penser et à l’universalisme, Martine Bayard, titulaire d’une maîtrise de sciences économiques et sociales de l’Université de Panthéon-Sorbonne, nous offre un véritable guide touristique, d’ordre pratique – format 14 x 22,5 cm – autant que culturel et historique.

Si, selon la tradition, les francs-maçons se reconnaissent par des « signes, mots et attouchements », les « signs, words and grips » des anglais, notons que certaines sépultures n’hésitent pas à reproduire cette partie du rituel maçonnique. Avec une première de couverture – reproduisant un détail de la

tombe la famille Laurençot, probablement inspirée de la maçonnerie –, nous découvrons ce symbole d’éternité du serpent qui se mord la queue, l’ouroboros, ainsi que la célèbre et fantasmatique poignée de main – secrète ? – maçonnique… De quoi mettre en appétit le lecteur !

Portrait de Vivant Denon (1768)

Dans son propos introductif, l’auteure explore ce riche passé de Maçons, nos illustres ancêtres,  reposants au Père-Lachaise contribuant ainsi à renforcer la chaîne qui les relie jusqu‘aux Maçons d’aujourd’hui, c’est-à-dire à nous-mêmes. Ils ont œuvré pour nous léguer un monde meilleur – la Franc-Maçonnerie ne travaille-t-elle pas à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité ? À nous de le transmettre tel que nous l’avons reçu, voir si possible de l’améliorer, en l’offrant à nos enfants et petits-enfants.

Si le sujet de l’ouvrage est bien une très belle balade parmi les défunts, Martine Bayard nous la fait découvrir de deux façons différentes : l’une thématique, l’autre chronologique.

Une thématique bien maçonnique puisqu’elle traite du symbolisme, cherchant à comprendre les motivations qui poussent un Maçon « à inscrire sur sa pierre tombale des symboles que l’on réserve en principe au travail en loge ». L’art, l’architecture – « Les maçons se veulent architecte de la connaissance, ce qui signifie la liberté de penser le droit à la recherche sans entrave de la vérité » –, la sculpture, sœur de l’architecture, qui, comme elle, est fille de la géométrie. Elle-même élément du quadrivium, se rapportant au « pouvoir des nombres ».

Pour traiter ensuite de peinture, musique, littérature – la tombe, inspiré par le taureau androcéphale assyrien de l’époque classique, du romancier, dramaturge et poète d’Oscar Wilde (1854-1900) attirant nombre de visiteurs en est un exemple –, sans oublier le cinéma et la photographie, ainsi que le cirque, avec, au columbarium se développant sur quatre faces autour du crématorium, la plaque contenant l’urne funéraire du clown de génie Alfonso Zavatta, dit Achille (1915-1993).

Armes du Ier Empire

Chronologiquement, l’auteure nous fait partager son savoir sur « la maçonnerie entre Lumières et Révolution » et évoquant le graveur, écrivain et diplomate Vivant Denon (1747-1815),  le romancier Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos (1741-1803) ou encore le philosophe François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), reçut au sein de la célèbre loge des Neufs Sœurs un peu moins de deux mois avant sa mort. Avant de s’attacher à la Maçonnerie au service de l’Empire français, appelé a posteriori le Premier Empire – période allant de 1804 à 1815 – avec Cambacérès, Foy, Mortier, par exemple. Non sans étudier les progrès dans la médecine, la chirurgie – avec le médecin et chirurgien Larrey entre autres – et la science. Comment ne pas évoquer les tombes de Maçons célèbres liés à la Commune, et le mur des fédérés où 147 combattants furent fusillés les Versaillais à la fin de la Semaine sanglante, en mai 1871, et jetés à la fosse commune. Depuis lors, il symbolise toujours la lutte pour la liberté, la nation et les idéaux des communards. Sans faire l’impasse sur cette IIIe République, âge d’or de la Franc-Maçonnerie. Martine Bayard s’intéresse aussi à la politique puis à la résistance avec Pierre Brossolette (1903-1944), panthéonisé depuis, et consacre, bien évidemment, un important chapitre aux femmes.

Marie Béquet de Vienne

La féministe, militante sociale, républicaine laïque et Franc-Maçonne Marie Béquet de Vienne (1844-1913), créatrice de la société pour l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs destinés aux femmes enceintes en détresse, faisant partie en 1893 des fondatrices de la première obédience maçonnique mixte internationale LE DROIT HUMAIN, est en bonne place.

Div. 51– Sépulture de Marie Béquet de Vienne

L’ouvrage, illustré de photographies et d’un plan des sépultures, s’achève avec une liste de Maçons cités et inhumés au Père-Lachaise, avec le lieu de l’implantation des sépultures, mais aussi de ceux cités mais non inhumés. Armé de ce guide, une visite s’impose !

La 4e de couverture

Les Éditions du Panthéon sont une maison d’édition française créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elles sont actuellement un des principaux acteurs de la publication à compte d’auteur en France. Elles proposent, au-delà de 15 % de son catalogue en format numérique, des mémoires et témoignages, des romans, des poèmes, du théâtre, des essais, des contes et des nouvelles.

10 Histoires fantastiques par Radio France

À propos de la série

En 1975, la professeure de littérature Hélène Auffret, spécialiste de littérature fantastique, proposait avec Arlette Dave dix lectures de nouvelles emblématiques de ce courant né au XIXe siècle en Europe du Nord. Dix récits marqués par le surgissement du surnaturel dans la réalité.

Né à la suite du roman gothique anglais au XVIIIe siècle et de la fascination pour l’occultisme, propagé par Ernst T.A. Hoffmann, Théophile Gautier, Prosper Mérimée, Edgar Poe, Mary Shelley, le récit fantastique met en scène l’irruption de l’invraisemblable dans un quotidien sans surprise. Défiant le bon sens, il amène à faire douter de ses propres perceptions, et conduit à une perplexité qui va jusqu’à la perte de contrôle. S’ouvre un abîme d’inconnu où s’engouffrent la peur et l’épouvante. Différent du merveilleux des contes de fées, ou des anticipations de la science-fiction, le genre fantastique évolue au XXe siècle dans les replis les plus cachés de la conscience et de la psyché individuelle, générateurs d’angoisse.

En 1975, Hélène Auffret, professeure de littérature générale et comparée et Arlette Dave, réalisatrice, proposent une série de 10 lectures de  classiques de la littérature fantastique. Sous la forme didactique du commentaire, se dessine une analyse fine de ces récits aux frontières de l’invisible et de l’inexplicable.

Épisodes

Axolotl (Ambystoma Mexicanum)

Épisode 1/10 : Histoires fantastiques : « Axolotl » de Julio Cortazar

En 1956, Julio Cortazar publie sa nouvelle « Axolotl », classique du récit fantastique. Le narrateur en visite au Jardin des plantes s’y trouve magnétisé par un axolotl, petite salamandre mexicaine, à moins que ce ne soit l’axolotl qui éprouve une attraction pour cet humain… Une archive de 1975.

mardi 25 octobre 2022ÉCOUTER

32 min

Lever du jour sur des saules, Grand Rapids, Michigan, USA

Épisode 2/10 : Histoires fantastiques : « Les Saules » d’Algernon Blackwood

Deux amis, un Anglais et un Suédois, descendent le Danube en canoë. Ils s’arrêtent pour la nuit sur une île. La nature se métamorphose et les arbres se rapprochent… Une nouvelle écrite en 1907 par Algernon Blackwood « maître absolu et indiscuté de l’atmosphère fantastique » selon H.P. Lovecraft.

mercredi 26 octobre 2022ÉCOUTER

31 min

La foule entourant une automobile renversée 1915-1923

Épisode 3/10 : Histoires fantastiques : « La Foule » de Ray Bradbury

Ayant perdu le contrôle de son véhicule, Mr Spallner est victime d’une sortie de route. Aussitôt la foule s’ agglutine autour de lui. Bien plus que l’accident lui même, c’est le contact avec cette masse « mauvaise, erronée, et injuste » qui le traumatise…Par l’auteur des « Chroniques Martiennes ».

jeudi 27 octobre 2022ÉCOUTER

31 min

L' Araignée  par Odilon Redon 1881

Épisode 4/10 : Histoires fantastiques : « L’Araignée » de Hanns Heinz Ewers

Dans une chambre d’un petit hôtel parisien, trois personnes se suicident en se pendant à la fenêtre, le vendredi, trois semaines de suite. Un commissaire de police mène l’enquête et remarque qu’une grosse araignée noire se trouve chaque fois non loin du corps des suicidés…

vendredi 28 octobre 2022ÉCOUTER

29 min

L'actrice Kim  Novak sur le tournage de "The Eddy Duchin story" de George Sidney en 1956

Épisode 5/10 : Histoires fantastiques : « La Sève de l’arbre » de Mildred Clingerman

Une honnête mère de famille américaine choisit un sapin de Noël. L’effleurement de son avant-bras par le patron de la boutique lui procure un étrange sentiment de « déjà vu »… Une nouvelle sur la possession physique et la dépossession de soi.

samedi 29 octobre 2022ÉCOUTER

30 min

Le Tricheur à l'as de carreau par Georges de La Tour 1632

Épisode 6/10 : Histoires fantastiques : « Les Amis des amis » d’Henry James

Un drame de la jalousie qui se noue autour d’apparitions fantomatiques. Ce texte d’Henry James salué par les plus grands (Virginia Woolf, Jorge Luis Borges) est un classique de la littérature fantastique.

mardi 1 novembre 2022ÉCOUTER

31 min

Buick de 1934  8 96c

Épisode 7/10 : Histoires fantastiques : « La Limousine bleue » d’Ann Bridge

Mrs Balby, terne épouse de diplomate muté à Pékin, traîne une vie insipide dans sa limousine bleue, de parties de polo en réceptions mondaines. Jusqu’à ce que dans l’ habitacle feutré de sa Buick, elle entende soudain une voix féminine susurrer « Jacques, mon très cher… »

mercredi 2 novembre 2022ÉCOUTER

32 min

Gauchos de la pampa argentine 4 novembre 1989

Épisode 8/10 : Histoires fantastiques : « Le Sud » de Jorge Luis Borges

De Buenos Aires au sud de la pampa, passé et présent se répondent et se confondent. Le narrateur échappe à la mort mais semble répondre à son appel dans un autre ordre de réalité… Un classique du récit fantastique signé du maître argentin Jorge Luis Borges.

jeudi 3 novembre 2022ÉCOUTER

25 min

Centre historique d'Hambourg, Allemagne, 1936

Épisode 9/10 : Histoires fantastiques : « La Ruelle ténébreuse » de Jean Ray

Des manuscrits relatant des événements étranges, retrouvés dans le port de Hambourg… Une ruelle qui semble n’avoir d’existence que pour le narrateur… Des crimes et une atmosphère macabre… Avec « La ruelle ténébreuse » l’écrivain belge Jean Ray livre un condensé du récit d’épouvante.

vendredi 4 novembre 2022ÉCOUTER

32 min

Personne derrière la vitre

Épisode 10/10 : Histoires fantastiques : « Escamotage » de Richard Matheson

Un écrivain raté, aux abois, voit progressivement son rapport au réel se brouiller. Ses relations avec son épouse, sa maîtresse, ses amis, et jusqu’à la réalité de sa propre existence semblent se dissoudre dans un grand sentiment de malaise…

samedi 5 novembre 2022ÉCOUTER

Ali Bongo réélu sans surprise à la tête de la Grande loge du Gabon

De notre confrère info241.com

Ali Bongo continue de cumuler les moindres parcelles de pouvoirs même ésotériques. Bien que musulman affirmé, il a été élu sans surprise ce samedi à la tête de la Grande loge du Gabon (GLG) au terme de la 38e assemblée générale de son histoire. Celle-ci a eu lieu dans un temple franc-maçon de la capitale gabonaise en présence de plusieurs grands maîtres de grandes loges européennes et africaines. Le Grand maître de la GLG a été installé le même jour dans ses fonctions par Jean-Pierre Rollet, Grand maître de la Grande loge nationale française (GNLF).

Ali Bongo a conservé ce 12 novembre son trône de patron de la Grande loge du Gabon. D’autres personnalités de son régime ont également été promus. Il s’agit notamment de Lin Mombo, patron de l’ARCEP et concubin de la présidente de la cour constitutionnelle. Il a été promu pro-Grand maitre. C’est donc à lui qui reviendra la lourde tâche de seconder Ali Bongo en cas d’indisponibilité.

Lin Mombo, le numéro 2 de la plus puissante loge maçonnique du Gabon

Outre Lin Mombo, un autre époux d’une grande personnalité de la République est passé Ddéputé Grand maitre. Il s’agit de l’indéboulonnable Michel Mboussou, PCA de la Société équatoriale des mines et époux de l’actuelle présidente du Sénat. Avec ce grade, il est ainsi l’adjoint du pro Grand maître donc l’adjoint de l’adjoint d’Ali Bongo dans cette grande famille maçonnique du Gabon.

Plusieurs autres personnalités telles que les anciens ministres Blaise Louembe ou Guy Bertrand Mapangou ont notamment été promus assistants Grands maîtres. Il faut dire que la GLG a été consacrée dans le pays un 12 novembre 1983. Son responsable est élu pour 5 ans et est paradoxalement le véritable maître politique du pays. Ali Bongo étant arrivé à la tête de cette loge maçonnique quelque mois après la mort de son père Omar Bongo et son arrivée sur le trône présidentiel.

Ci-dessous, replongez dans l’installation dans la chaire du roi Salomon d’Ali Bongo Odimba , en novembre 2010, par le TRF François Stifani.

La GLNF et les Grandes Loges « filles » d’Afrique.

En 2008 à Washington, la Grande Loge du Gabon est élue pour accueillir, pour la première fois sur le continent africain, la prochaine Conférence Mondiale.

En novembre 2009, la capitale politique et administrative du Gabon, Libreville, réunit plus de quarante Grandes Loges venues du monde entier. Juste avant, le Grand Maître de la GLNF d’alors installe le nouveau Grand Maître du Gabon.

Le 3 juin 1980, quelques semaines après son Intronisation comme Premier Grand Maître de la Grande Loge de District du Gabon, le Président Omar Bongo (1935-2009) se voyait, pour sa part, décerner la Médaille du Mérite Maçonnique, la plus haute distinction de cette obédience.

Jugez-en par vous-même. Règlement général – Grande Loge Nationale Française – Principes Fondateurs – Statuts Civils – Règlement Intérieur/Suprême Grand Chapitre – Règles Générales

(GLNF, septembre 2021), article 13 : « Le Grand Maître, une fois installé, devient ex officio détenteur et Chef de l’Ordre du Mérite Maçonnique. Il peut dès lors attribuer cette distinction à tout Frère, membre de la GLNF ou appartenant à une Grande Loge Régulière, ayant rendu des services éminents à l’Ordre.

L’attribution d’une telle distinction se matérialise par la remise d’un diplôme et d’une médaille, en même temps qu’elle est consignée dans un registre tenu par le Garde des Sceaux ou, à défaut, par le Grand Secrétaire.

Le nombre total de médailles attribuées à des Frères de leur vivant ne peut être supérieur à douze (12), sans compter celle du Grand Maître en exercice.

Chaque médaille est nominative et porte un numéro unique, ainsi que le nom des Frères qui l’ont successivement portée.

Au décès du titulaire, son nom reste inscrit au registre et sur la médaille, laquelle peut à nouveau être attribuée. Tout Frère ayant quitté l’Ordre pour toute autre raison que ce soit sera radié du registre. »

L’ambition – Sous le Bandeau – Épisode #62

L’ambition vous concerne quand vous poursuivez un but défini, si vous savez ce que vous voulez et menez les actions pour y arriver. Travailler avec une vision claire de ce que vous voulez est très stimulant et source de plaisir.   

L’ambition de performance pousse à en faire toujours plus et mieux, mais cela peut être autant positif que dangereux. 

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00:00:00 Introduction
00:00:40 Tour de table
00:14:20 Discussion de l’écriture du livre à propos de la FM et Lucifer
00:26:01 L’ambition
00:53:06 Conclusion de l’épisode

Société secrète… Filikí Etería

La Filikí Etería, Société amicale, Société des Amis, Société des Compagnons ou encore Hétairie des amis fut créée en 1814 à Odessa. C’était la plus importante des sociétés secrètes nées de la diffusion des idées de la Révolution américaine et de la Révolution française dans la société roumaine, serbe et surtout grecque des Balkans sous occupation ottomane : il y eut la société Frăția (Fraternité) dans les principautés de Moldavie et Valachie, la Skoupchina (Assemblée) serbe de Miloch Obrénovitch et surtout la Filikí Etería dont le but était l’indépendance de la Grèce.

La Filikí Etería fut autant une manifestation du sentiment national grec que la cause qui transforma ce sentiment national en insurrection. Elle connut des débuts difficiles, tant au point de vue du recrutement qu’au plan financier. Si elle ne réussit pas à convaincre Ioánnis Kapodístrias de prendre sa tête, Alexandre Ypsilántis accepta en avril 1820.

Elle joua un rôle fondamental dans la préparation et le déroulement de la guerre d’indépendance grecque. Ce fut à l’initiative de la Filikí Etería que le soulèvement se déclencha dans les principautés de Moldavie et Valachie et dans le Péloponnèse. Le 1er janvier 1822 (13 janvier 1822 dans le calendrier grégorien), l’indépendance grecque fut proclamée par l’Assemblée nationale réunie à Épidaure. Quinze jours plus tard, le drapeau de l’Hétairie était remplacé par le drapeau grec bleu et blanc. La Société était de fait dissoute.

Origine et influences

Emblème de la Filikí Etería. Les drapeaux portent l’abréviation de la devise de la société, qui est aussi aujourd’hui la devise de la Grèce : « ὴ Ελευθερία ή θάνατος », « La liberté ou la mort ».

Dès avant la parution du Chant de Guerre (Thourios, 1797) du poète grec Rigas ou de l’Histoire slavo-bulgare (1762) de Païssii de Hilendar, moine bulgare du monastère de Hilandar au Mont Athos, les aspirations de la « nation orthodoxe » sous domination ottomane se manifestent en quatre étapes :

1) initialement, les chrétiens orthodoxes rebelles à la domination ottomane forment des groupes de klephtes et de haïdouks, à mi-chemin entre le brigandage et le banditisme social ;

2) dans la deuxième étape, à la fin du xviiie siècle, les échos de la Révolution française soulèvent l’enthousiasme des intellectuels chrétiens des Balkans et éveillent leur désir d’émancipation. Ses militants, toutes origines confondues, se regroupent au début du xixe siècle dans des sociétés révolutionnaires secrètes dont la Filikí Etería est la mieux structurée ; le grec est leur langue commune et leur devise est ελευθερία ή θάνατος, libertatea sau moartea ou свобода или смърт : « la liberté ou la mort ». Cette deuxième période, « trans-nationale », prend fin dans les années 1820-1830 avec les débuts puis le succès de la guerre d’indépendance grecque, la révolution moldo-valaque et, peu après, avec les réformes de l’Empire ottoman ;

3) la troisième période va du milieu du xixe siècle à la guerre russo-turque de 1877-1878 et se caractérise par la séparation linguistique des révolutionnaires, et par une manifestation de moins en moins religieuse et de plus en plus nationale des identités et des aspirations : les comitadjis bulgares aspirent à recréer un grand état bulgare sur le modèle de ceux décrits par Païssii de Hilendar, les combattants de l’ORIM développent l’idée d’une autonomie macédonienne dans le cadre ottoman, tandis que les Grecs de leur côté, ayant obtenu l’indépendance de leur pays, aspirent désormais à l’agrandir pour regrouper ainsi le maximum possible de populations hellénophones sous leur bannière. Toutefois, cette séparation et les rivalités qu’elle engendre, notamment en Macédoine, ne les empêche pas encore de rester solidaires face à l’Empire ottoman jusqu’à la première guerre balkanique incluse ;

4) la quatrième période, déjà annoncée par le Congrès de Berlin (1878), se manifeste par la deuxième guerre balkanique : dorénavant, les divers mouvements sont clairement rivaux et le côté religieux a complètement disparu au profit du côté national devenu exclusif, en partie en raison du croisement dans les Balkans, des tendances panslaves soutenues par la Russie, pangermaniques soutenues par l’Autriche et l’Allemagne, auxquelles s’opposent l’Angleterre et la France, chacune de ces grandes puissances instrumentalisant le nationalisme de l’un ou l’autre des peuples balkaniques.

En Grèce, dans la dernière partie du xviiie siècle, Rigas multiplie les ouvrages littéraires et politiques. Il se met d’abord au service des Phanariotes qui régnaient dans les principautés danubiennes de Moldavie et Valachie. Puis, il s’installe à Vienne où il rencontre la communauté grecque. Son Thourios (ou Chant de guerre) de 1797 contient un serment contre la tyrannie et un appel à toutes les populations de Balkans à lutter contre celle-ci. Il rédige aussi un projet constitutionnel pour la Grèce et une confédération balkanique. Franc-maçon, il a l’idée de créer une société secrète œuvrant pour l’indépendance grecque et balkanique en général. Il compte sur l’intervention de Bonaparte après ses victoires en Italie. Il tente même de le contacter à Venise en 1797, juste avant d’être arrêté et exécuté en 1798. Il aurait créé une Etería à Vienne dans les années 1790.

Nikólaos Skoufás

En 1809, des Grecs de Paris organisent une société d’entraide pour l’ensemble des Grecs de France. Son signe d’appartenance est un anneau d’or gravé des symboles de l’association. Athanásios Tsákalov, l’un des fondateurs de la Filikí Etería, en fut membre8. Une autre société dispose aussi d’un anneau comme signe d’appartenance : l’Hétairie des Philomuses (Φiλόμουσος Εταιρεία (Filómousos Etería)) dont les buts sont la conservation des antiquités de la Grèce et l’éducation intellectuelle et morale de la population. Cette Association des Amis des Arts, comme elle est parfois aussi connue, se développe rapidement en Grèce et à l’étranger. Elle recrute même parmi les participants au Congrès de Vienne et l’empereur Alexandre Ier fut l’un de ses plus généreux donateurs, d’où l’ambiguïté entretenue ensuite par la Filikí Etería quant au soutien du souverain russe. Les membres de l’Hétairie des Philomuses portent un anneau d’or et les donateurs un anneau d’airain.

En 1813, Emmanuel Xánthos, un autre fondateur de la société, est initié dans la franc-maçonnerie lors d’un séjour à Leucade. Cette initiation lui donne l’idée de créer une société secrète qui en serait inspirée afin de réunir « tous les kapitanioi des klephtes et des armatoles ainsi que les autres leaders de toutes les classes de Grecs, en Grèce ou ailleurs, en vue, à terme, de libérer la patrie. »

Cette nouvelle société secrète fut fondée à Odessa par Nikólaos Skoufás, Athanásios Tsákalov et Emmanuel Xánthos (en) le 14 septembre 1814 (26 septembre 1814 dans le calendrier grégorien).

Hiérarchie et Organisation

Extrait du serment des membres de l’Hétairie. Traduction : « Je jure, au nom du Dieu véritable, de vouloir de toutes mes forces rester fidèle en tout, à l’Hétairie, durant toute ma vie, de ne révéler absolument rien de ses secrets et de ses échanges, de ne pas donner aux autres l’occasion de s’apercevoir que j’en suis informé, qu’il s’agisse de ma famille, de mon confesseur ou d’un ami. […] Enfin, je fais serment, sur toi, ô sainte mais infortunée patrie, sur les tourments interminables que tu as endurés, sur les larmes amères que depuis tant de siècles tes malheureux enfants ont versées et versent encore, sur les larmes que je verse moi-même en cet instant, et sur la liberté future de mes compatriotes, je fais serment de me consacrer tout entier à toi, ma patrie. » Monument à Kolonaki.

Selon les sources, les membres étaient répartis en trois, cinq ou sept classes :

1) les Frères (ἀδελφοποιητοί (adelfopiití) ou βλάμηδες (vlámides)) pour les membres illettrés ;
2) les Associés ou Recommandés ou Agréés (συστημένοι (systiméni)) pour les lettrés ;
3) les Prêtres (ἱερείς (ierís)) qui pouvaient recruter des membres aux deux niveaux inférieurs ;
4) les Bergers ou Pasteurs (ποιμένες (piménes)) souvent les très riches membres ;
5) les Archipasteurs (ἀρχιποίμενες (arkhipímenes)) ;
6) les Initiés ;
7) les Stratèges ou Chefs des Initiés ;
8) le Directoire Invisible (Ἀόρατη Ἀρχή (Aórati Arkhí)). Au départ, seuls les trois fondateurs (Nikólaos Skoúphas, Athanásios Tsákalov et Emmanuel Xánthos) constituaient ce Directoire Invisible. D’autres y entrèrent ensuite. Le principal avantage de l’invisibilité était d’entretenir la rumeur quant aux membres. Ainsi, il pouvait être suggéré que le Tsar Alexandre Ier de Russie lui-même était le chef de l’Hétairie. Seuls les Initiés et les Stratèges avaient droit à un commandement militaire.

L’initiation était inspirée des rituels maçonniques.

Le sceau de la société

Chaque nouveau membre devait prêter serment sur la foi orthodoxe et des icônes sacrées, mais le Prêtre (hétairiste) officiant expliquait qu’il recevait le nouveau membre « en vertu de la puissance que lui avait livrée les grands-prêtres des mystères d’Éleusis ». Une autre forme d’initiation aurait été inspirée de ce qui se faisait chez les Albanais. Deux hommes qui désiraient devenir frères échangeaient leurs armes autour d’un autel, se serraient la main, et disaient : « Ta vie est ma vie, et ton âme est mon âme », et ils juraient de protéger la famille et la maison de l’autre pendant son absence.

Yánnis Makriyánnis raconte dans ses Mémoires son initiation par un pope, trésorier de l’Hétairie, en 1819 ou 1820. Il semble qu’elle ait seulement été un serment sur des icônes jurant de ne rien révéler ni de la société ni des signes de reconnaissance des membres.

Si on ne demandait au Frère qu’un fusil et cinquante cartouches, l’Agréé devait porter un signe distinctif (une croix au-dessus d’un croissant). On lui tenait ce discours : « Combats pour la foi et la patrie ; engage-toi à haïr, à poursuivre et à exterminer les ennemis de la religion nationale et de ta patrie. » Le but de la société (la libération de la Grèce) n’était révélé qu’à partir du rang de Prêtre, mais tous les membres savaient qu’ils devaient combattre les Ottomans. Le Stratège recevait une épée et on lui disait : « La patrie te la donne pour que tu t’en serves pour elle. » Les membres de la classe des Prêtres étaient très nombreux. Ce grade était un des plus intéressants. Il donnait le droit de recruter et de conférer à d’autres membres le grade de Prêtre, mais la cotisation n’était pas aussi élevée, ni si régulière que dans les grades supérieurs.

Une organisation secrète

Alexandre Ypsilántis venant de passer le Prut en Moldavie le 6 mars 1821 est accueilli par Mihalis Soútsos coiffé de la tiare de hospodar et acclamé par les paysans moldaves. Tableau de Peter von Hess.

Le sort de Rigas avait servi de leçon. Le secret absolu devint la règle de fonctionnement. Tous les documents émis par l’Hétairie étaient codés, avec différents codes. Les diplômes d’appartenance étaient codés avec une simple substitution : 2 remplaçait la lettre Θ, 8 remplaçait la lettre Ω et Ο, 9 remplaçait Π, etc.. D’autres codes étaient plus complexes et certains n’ont pas encore été déchiffrés. Les membres n’étaient connus que par des numéros (Theódoros Kolokotrónis était le 118) ou par un surnom (« Le bon chasseur », « Le noble », « Le paresseux », etc.). Les mots utiles à la préparation de l’insurrection étaient aussi dissimulés : « éléphant » pour « gros navire », « cheval » pour « petit navire », « danseurs » pour « bande de pallikares », « adultère » pour « assassinat », « les hommes durs » pour les « Anglais », « les accroupis » pour les « Turcs » et « les vaillants » pour les « Grecs », etc.

Financement

L’adhésion à l’Hétairie impliquait une obligation de participation au financement. Pour les plus pauvres, une petite somme était demandée lors de l’initiation, accompagnée d’une lettre (au cas où les autorités ottomanes s’en emparaient) expliquant que la somme était destinée à un ami depuis longtemps perdu de vue et dans le besoin. Pour les plus riches, la lettre expliquait leur attachement à leur village natal, dont ils étaient nostalgiques depuis leur exil européen, et leur volonté de participer au financement de l’école du village. En raison du faible recrutement les premières années, le financement fut, lui aussi, réduit. De plus, tous les membres de l’Hétairie, jusqu’au moindre Frère, devaient avoir à leur disposition un fusil et cinquante cartouches.

Les sommes payées lors de l’adhésion variaient en fonction des fortunes. Aléxandros Mavrokordátos, d’origine phanariote versa 1 000 florins en octobre 1816 ; Panayiotis Sekéris donna 10 000 piastres (ou grossia) lors de son initiation en mai 1818, avant de faire durant l’été une nouvelle donation. D’autres membres, comme N. Speliádes (septembre 1816) ou Christóphoros Perrevós (mars 1817) versèrent seulement un florin et Yeóryios Dhikéos dit Papaphléssas (juin 1818) 10 grossia.

Membres

L’étude de quelques listes, mémoires et documents permet de retracer l’évolution du recrutement et de faire des statistiques, pas toujours complètes. Mais, elles montrent les premières difficultés : en 1816, 20 membres et en 1817, 42 membres. À l’été 1818, le nombre de membres n’était que de 51. 311 nouveaux membres furent initiés entre juin 1818 et juin 1819, mais seulement 90 dans la seconde moitié de 1819.

Les statistiques donnent aussi des renseignements sur le profil des membres. En 1819, la Filikí Etería avait 452 membres, dont 153 commerçants et armateurs, 60 notables, 36 soldats, 24 ecclésiastiques, 23 membres d’une administration, 22 enseignants et étudiants, 16 membres de professions libérales variées, 10 docteurs, 4 avocats et 104 de profession inconnue. Ainsi, 44 % appartenaient à la classe marchande et 41 % à la bureaucratie ou l’intelligentsia.

Trente-six de ces membres venaient de Russie, 25 des principautés de Moldavie et Valachie, 62 de Constantinople, 125 du Péloponnèse, 25 des îles de l’Égée et 41 des îles Ioniennes (où les adhésions augmentèrent après une visite de Kapodístrias). Cinquante-sept venaient de divers autres endroits (Italie, Égypte, Syrie, etc.) et l’origine de 81 n’est pas connue. Les membres furent dans les premières années de jeunes hommes dont la proportion diminua. En 1818, plus de 70 % avaient moins de 40 ans. En 1819, ils représentaient moins de la moitié.

Au début de l’insurrection, l’Hétairie comptait 1 093 membres. Les trois-quarts n’habitaient pas en Grèce. La moitié résidait en Russie, en Moldavie et en Valachie. Plus de la moitié avait une activité commerciale : marchands, employés de commerce et capitaines de navires. Les intellectuels (instituteurs, docteurs, etc.) et les « primats » (propriétaires terriens) ne représentaient ensemble que 10 % des membres, tout comme les militaires et les membres du clergé qui ensemble dépassaient à peine aussi les 10 %. Il n’y avait que six paysans.

Le Patriarche de Constantinople Grigorios fut approché lors d’une visite qu’il fit au Mont Athos. Il refusa, mais il aurait fourni en juin 1819 une contribution de 45 000 piastres pour « construire une école » dans le Magne. Que la construction ait été réelle ou une contribution à l’Hétairie, elle servit de preuve aux autorités ottomanes. Cette possible implication dans l’Hétairie fut une des accusations portées contre lui en avril 1821 avant son exécution.

Histoire

Des débuts difficiles

Athanásios Tsákalov

Elle connut des débuts laborieux : en 1816, vingt nouveaux membres seulement avaient été recrutés et en 1817, le chiffre n’atteignait encore que quarante-deux : quelques membres en Italie, un à Vienne mais aucun à Londres, Paris, Marseille ou Amsterdam, grandes villes de la diaspora marchande grecque. En fait, les fondateurs ne faisaient pas vraiment partie de la classe marchande grecque prospère. Ils n’étaient pas assez riches pour disposer des réseaux et de la considération de la diaspora. Les premiers recrutés ne l’étaient pas plus. Ioánnis Kapodístrias les qualifia même de « misérables employés de commerce ».

Dès septembre 1814, les trois fondateurs se séparèrent. Xánthos se rendit à Constantinople. Skoúphas et Tsákalov partirent pour Moscou. Ils y recrutèrent Georgios Sekéris dès octobre. Son frère Panayiotis fut ensuite un des principaux contributeurs. Skoúphas retourna ensuite à Odessa où il initia quatre capitaines grecs de l’armée russe. Ils avaient servi lors de l’occupation russe des îles ioniennes. Ils étaient en route pour Saint-Pétersbourg pour se faire payer leurs arriérés de solde en usant de l’influence de Kapodístrias. L’un de ces quatre capitaines, Anagnostarás, fut un des plus efficaces recruteurs de l’Hétairie : il initia à lui seul quarante neuf nouveaux membres avant le début de la guerre d’indépendance. Skoúphas recruta aussi alors Nikólaos Galátis originaire d’Ithaque et qui prétendait être Comte et avoir l’oreille de Kapodístrias.

Un changement de stratégie

Durant l’hiver 1817-1818, les trois fondateurs réunis à Constantinople pensèrent à dissoudre l’association. Finalement, ils s’accordèrent pour une rationalisation de l’activité. Les trois fondateurs ne s’étaient pratiquement jamais trouvé ensemble dans le même pays depuis la fondation. Ils s’étaient aussi dispersés dans tous les pays d’Europe. Ils décidèrent d’installer le quartier-général de l’Hétairie à Constantinople, capitale de l’Empire qu’ils désiraient abattre, et surtout où la police politique était moins efficace qu’en Russie ou dans les États autrichiens. Il fut surtout résolu de concentrer les activités et le recrutement en Grèce même. Les quatre capitaines initiés à Odessa furent mis à contribution. Anagnostarás fut envoyé à Hydra, Spetses et dans le Péloponnèse, un second dans le nord-est de la Grèce et les deux derniers dans le Magne. La rationalisation passa aussi par la création d’éphories dans les principales villes d’Europe centrale et orientale. Chaque éphorie disposait de ses trésoriers (les commerçants grecs membres les plus riches de la ville) et correspondait avec le quartier-général à Constantinople qui se chargeait de les diriger et de les coordonner. Ioannina, Bucarest, Trieste, Jassy, Moscou, Pest devinrent centre d’éphorie, ainsi que Smyrne, Chios, Samos, Kalamata ou Missolonghi et d’autres.

Les problèmes financiers furent résolus par deux donations de Panayiotis Sekéris (35 000 piastres en tout). Il promit ensuite d’engager l’intégralité de sa fortune au service de la « cause ». Il fut nommé membre du Directoire Invisible.

L’Etería fut cependant frappée le 31 juillet 1818 (12 août 1818 dans le calendrier grégorien) par la mort d’un de ses fondateurs, Nikólaos Skoúphas.

L’échec du recrutement de Ioánnis Kapodístrias

Ioánnis Antónios Kapodístrias

L’étape suivante fut de trouver un chef charismatique dont on pourrait ouvertement se réclamer et qui apporterait le soutien d’une grande nation. Le choix se porta vers Ioánnis Kapodístrias. Xánthos fut envoyé à Saint-Pétersbourg pour tenter de le convaincre. Issu d’une riche famille corfiote, rédacteur de la constitution de la République autonome des Sept-Îles et membre de son gouvernement, il s’était fait remarquer lors de l’occupation russe de l’archipel et était entré dans la diplomatie russe jusqu’à devenir Ministre, associé avec Nesselrode.

Cependant, dès 1817, Nikólaos Galátis avait approché Kapodístrias à Saint-Pétersbourg et lui avait proposé de prendre la tête de l’Hétairie. Il avait essuyé un refus catégorique. Galátis s’était en effet déjà déconsidéré dans la capitale russe. Il y menait grand train, grâce à de nombreux emprunts qu’il ne remboursait pas. Il fréquentait des conspirateurs connus de tous. Il affirmait avoir à sa disposition un millier d’hommes et il se disait prêt, dès qu’il en recevrait l’ordre, à assassiner le Tsar. Cela ne pouvait jouer en sa faveur auprès d’un ministre de l’Empereur. Galátis se rendit alors dans les provinces danubiennes où il recruta de nombreux membres. En 1818, il arriva à Constantinople où il tenta d’extorquer de l’argent aux trois fondateurs en menaçant de les dénoncer. Il fut convaincu d’aller recruter de nouveaux membres de l’Hétairie dans le Magne. Tsákalov l’accompagna. Ils s’arrêtèrent près d’Hermione en Argolide. Galátis fut alors victime d’un «adultère», le premier de l’histoire de l’Hétairie.

Xánthos fut encore précédé en 1819 par Kamárinos, envoyé par le Maniote Petrobey Mavromichalis. Kamárinos était porteur d’une lettre demandant à Kapodístrias de participer au « financement d’une école » dans le Magne et d’un message oral lui demandant de prendre la tête de l’Hétairie. Le refus de Kapodístrias choqua tellement Kamárinos qu’il ne put cesser d’en parler autour de lui lorsqu’il rejoignit Constantinople pour informer le quartier général. Il dut trop parler puisqu’il fut lui aussi victime d’un «adultère».

Les morts brutales et rapides de Galátis et Kamárinos pourraient aussi s’expliquer par le fait qu’ils en auraient trop su, principalement la non implication de Kapodístrias alors que la rumeur le disait membre du Directoire Invisible et apportant le soutien de la puissance russe.

Emmanuel Xánthos

Emmanuel Xánthos avait potentiellement plus de poids. Il était un des fondateurs de l’Etería qu’il dirigeait en tant que membre du Directoire Invisible. Il avait aussi l’avantage, à 48 ans, de la maturité. Il disposait aussi d’une lettre d’introduction écrite par un ami d’enfance de Kapodístrias, Ánthimos Gazís, alors directeur d’école dans le Pélion. En fait, l’idée était, si Kapodístrias refusait à nouveau, de ne pas se l’aliéner par la personnalité de l’émissaire, afin qu’il suggère lui-même une solution alternative. Xánthos arriva à Saint-Pétersbourg en janvier 1820. Il joua immédiatement son va-tout en révélant au ministre du Tsar tous les rouages de l’organisation. Kapodístrias refusa à nouveau principalement parce qu’il était ministre du Tsar. Une seconde rencontre fut organisée par le secrétaire particulier de Kapodístrias, un membre de l’Hétairie. Ce fut un nouveau et définitif refus le 15 janvier 1820 (27 janvier 1820 dans le calendrier grégorien). Il aurait cependant « financé quelques écoles ».

Le soutien puis la trahison d’Ali Pacha

Au début de 1820, les principaux membres de l’Etería dans le Péloponnèse se réunirent à Tripolizza, alors capitale politique ottomane de la péninsule. Ils désiraient, avant de poursuivre plus avant, être sûrs du soutien, suggéré par le Directoire Invisible, de la Russie. Ils désignèrent l’un d’entre eux, Ioannis Paparrigopoulos, comme émissaire auprès du Directoire Invisible (Αρχή) puis de la Russie. Ils réclamaient du Directoire la création d’une éphorie pour la péninsule, afin de coordonner toutes les actions et d’obliger les membres à obéir à celle-ci, sous peine d’exclusion et afin de disposer d’une trésorerie contrôlée par les membres les plus respectables de la région qui centraliseraient les souscriptions des Frères du Péloponnèse et des îles Ioniennes et qui ne dépenseraient les sommes qu’après accord du Directoire. Ils désiraient aussi que la correspondance entre le Directoire et le Péloponnèse fût sécurisée par les Frères d’Hydra, île plus ou moins autonome et dont les navires ne craignaient pas l’arraisonnement par les Ottomans.

Ali Pacha de Janina avait connu Paparrigopoulos quelques années plus tôt. Il l’invita à passer le voir à Prévéza. Le pacha désirait se rendre totalement indépendant de la souveraineté du Sultan. Il se cherchait alors des alliés pour rompre avec la Porte (nom parfois donné au gouvernement de l’Empire ottoman). Il se rapprocha donc de l’Hétairie et espérait ainsi gagner l’amitié de la Russie, puisque l’Hétairie se disait soutenue par l’Empire tsariste. Sur le conseil de Germanos, Paparrigopoulos aurait mis le pacha de Janina dans la confidence. En échange, Ali Pacha accorda son soutien à l’Hétairie et insista pour que Paparrigopoulos le fît savoir au Directoire et à la Russie.

Moldavie et Valachie au début du xixe siècle

Ali Pacha, dans le même temps, essaya d’assassiner un de ses ennemis politiques, Ismaël Pacha, à Constantinople. L’échec entraîna la rupture entre Ali Pacha et la Porte. Le 23 mars 1820, il annonça ouvertement qu’il se faisait le libérateur des Grecs. Paparrigopoulos, depuis Constantinople, lui fit savoir qu’il avait le soutien de l’Hétairie. Le Sultan envoya d’abord Ismaël Pacha, puis Khursit Pacha le gouverneur du Péloponnèse, à la tête de milliers d’hommes pris dans les différentes provinces de l’Empire ottoman pour écraser son sujet rebelle. Des pallikares grecs, commandés par des membres de l’Etería, comme Odysséas Androútsos, combattirent dans le camp d’Ali Pacha. Cette mobilisation des troupes ottomanes en Épire servit aussi les vues de l’Hétairie : les autres provinces étaient découvertes ; les combats pour la libération pourraient y être plus faciles. Cependant, en janvier 1821, Ali Pacha, qui tentait un retour en grâce auprès du Sultan dénonça l’Hétairie et ses membres dans des lettres qu’il envoya à Constantinople. Cette trahison fut un des nombreux éléments qui informèrent la Porte de ce qui se tramait, obligeant l’Hétairie à accélérer le cours des événements. Malgré tout, les troupes ottomanes restèrent concentrées autour de Ioannina laissant le champ libre dans les autres provinces.

La déclaration d’indépendance et la fin de la Filikí Etería

Le 3 janvier 1822 (15 janvier 1822 dans le calendrier grégorien), l’Assemblée nationale d’Épidaure, après avoir proclamé l’indépendance (reconnue près de dix ans plus tard par les puissances occidentales), abandonna définitivement le drapeau de la Filikí Etería pour adopter le bleu et le blanc. C’en était fini de l’Hétairie qui avait joué son rôle dans le soulèvement national et la libération de la Grèce.

La franc-maçonnerie… selon le Larousse

Du site officiel du dictionnaire le Larousse

Société mondiale fermée, dont les membres, ou frères, qui se reconnaissent à des signes, en possèdent seuls les secrets sous serment. (Un groupe de maçons forme une loge, un groupement de loges forme une obédience.) [Synonyme : maçonnerie.]

La franc-maçonnerie contemporaine, dite « spéculative », se présente comme l’héritière de la franc-maçonnerie « opérative », dont les membres étaient, au Moyen Âge, des professionnels du « franc-métier », architectes et bâtisseurs des édifices religieux et civils.

L’ESPRIT « SPÉCULATIF »

À partir du xvie s., et d’abord en Angleterre, ces associations accueillirent des membres étrangers à l’art de bâtir et appartenant à la noblesse, au clergé ou à la bourgeoisie. Aussi les loges, ou groupes de maçons, s’attachèrent-elles alors à interpréter, selon des perspectives philosophique et scientifique ou morale et spirituelle, les rites et symboles de la maçonnerie traditionnelle.

Temple maçonique
Temple maçonnique

C’est dans cet esprit « spéculatif » qu’à Londres, en 1723, une « Grande Loge » se donna un code : les Constitutions, publiées par James Anderson (1662-1728) mais dont l’inspirateur semble avoir été, au moins en partie, l’illustre Jean Théophile Desaguliers, membre de la Royal Society. Ces Constitutions demeurent la charte de la franc-maçonnerie universelle et ont pour principes la croyance en Dieu, la pratique stricte de la morale, le respect des pouvoirs civils légitimes et la liberté en matière de confession religieuse.

LES OBÉDIENCES

En France, la maçonnerie, introduite vers 1725 par des jacobites émigrés, se présenta d’abord comme une version nettement chrétienne des Constitutions d’Anderson, puis, à la suite d’une scission, elle prit une forme nouvelle avec la création, en 1773, du Grand Orient de France, qui, aujourd’hui, groupe 500 loges et 40 000 membres.

Cette dernière obédience en vint peu à peu à abandonner la voie symbolique pour l’agnosticisme et se préoccupa d’exercer une influence politique. En 1877, elle supprima de ses Constitutions la mention du Grand Architecte de l’Univers et, sous la IIIe République, elle se trouva à la pointe de l’anticléricalisme.

À côté du Grand Orient, on trouve en France plusieurs autres obédiences maçonniques restées traditionnelles, notamment la Grande Loge de France (GLDF), la Grande Loge nationale française (GLNF) et le Droit humain. Il existe des loges masculines, féminines et mixtes.

LES FEMMES ET LA FRANC-MAÇONNERIE

Joséphine
Joséphine

Dès le milieu du xviiie s., en France, quelques femmes fréquentèrent les milieux maçonniques.

En 1774, le Grand Orient de France décida de leur donner un statut et créa des loges dites « d’adoption », constituées de filles, épouses et femmes proches des francs-maçons. Elles ne recevaient pas l’initiation, mais participaient néanmoins à quelques discussions maçonniques. On sait, par exemple, que Joséphine de Beauharnais appartenait à une loge d’adoption.

En 1882, Maria Deraismes fut la première femme à être initiée, au sein de la loge des Libres-Penseurs du Pecq. En 1893 naquit la première loge mixte au monde : le Droit humain.

LES RITUELS MAÇONNIQUES

Les francs-maçons sont groupés en loges autonomes, dirigées par un président élu appelé « vénérable » et par un collège d’officiers (surveillant, orateur, expert, trésorier, etc.). Dans le cadre national, les loges qui décident de s’apparenter se groupent en obédiences que l’on nomme Grande Loge ou Grand Orient. Ces obédiences sont dirigées chacune par un grand maître, des grands officiers et un conseil.

LES RITES

Les loges choisissent de pratiquer un rite, c’est-à-dire un cérémonial, qui définit en particulier le nombre de degrés, ou grades, constituant le parcours du franc-maçon depuis son initiation jusqu’aux plus hautes responsabilités. Les rites les plus importants sont :
– le Rite émulation (en Grande-Bretagne surtout) ;
– le Rite écossais ancien et accepté ;
– le Rite d’York (États-Unis) ;
– le Rite français.

Le Rite de Memphis-Misraïm et le Rite écossais rectifié sont plus rarement pratiqués.

LES VÊTEMENTS ET INSTRUMENTS SYMBOLIQUES

Louis Philippe Joseph, duc d'Orléans, dit Philippe Égalité
Louis Philippe Joseph, duc d’Orléans, dit Philippe Égalité

La tenue rituelle est constituée par le tablier, ancien vêtement de travail des maçons et dernier signe des origines professionnelles de la franc-maçonnerie. La couleur, la décoration et la façon de porter ce tablier varient selon le grade :
– l’apprenti le porte avec la bavette relevée (ou rabattue vers l’intérieur) ;
– le compagnon et le maître, avec la bavette rabattue vers l’extérieur ;
– celui du maître est bordé de rouge dans le Rite écossais, de bleu dans les autres rites, et orné d’attributs symboliques. Les branches d’acacia, arbre symbolique de l’incorruptibilité, sont particulièrement attachées à la maîtrise.

Les maçons ne portent jamais leur tablier devant un profane.

Symbobles maçoniques
Symbobles maçoniques

La franc-maçonnerie attribue une valeur symbolique morale à certains instruments, ou « outils », utilisés par les corporations du bâtiment. Parmi eux, l’équerre est le symbole de la rectitude, du droit et de la science maçonnique, le compas celui de la mesure.

L’APPARTENANCE AU GROUPE

Adoubement d'un chevalier
Adoubement d’un chevalier

Le vénérable, selon un rituel qui s’inspire de la chevalerie, utilise une « épée flamboyante » – dont la lame ondulée rappelle les ondulations d’une flamme soumise à un vent léger et symbolise la pensée vivante – pour initier le nouveau franc-maçon. Lors de cette cérémonie, le profane, qui était censé vivre auparavant dans les ténèbres, « reçoit la lumière ». Pour ceux qui y adhèrent, la franc-maçonnerie est en effet une école d’initiation, un moyen de progresser sur le plan spirituel.

Le secret joue un grand rôle dans la constitution de l’identité maçonnique. L’appartenance à la franc-maçonnerie ne doit pas être révélée à un profane, même si cette obligation n’a pas de portée absolue. Le secret des rituels doit être observé, tant à l’égard des profanes que des maçons qui n’ont pas encore atteint le même grade. Doit également être respecté le secret des délibérations, y compris auprès des maçons qui n’y ont pas assisté. Enfin, ces derniers sont unis, au sein de la loge et à l’extérieur, par de très forts liens de fraternité.