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La fable du centaure-Un voyage initiatique

Gabrielle Halpern – Didier Petetin – HumenSciences, Coll. comicScience, 2022, 120 pages, 13 €

Dès que le mot initiatique est lâché, le Maçon, initié par excellence, ne peut que se montrer intéressé… Et qui plus est quand il s’agit d’un voyage initiatique ! Car, dans sa quête et pour son accomplissement, le cherchant voyage lui aussi, mais à travers ceux des trois degrés, en loge symbolique…

Cette bande dessinée, en noir et blanc – nous rappelant le pavé mosaïque formant damier et sa conception binaire opposant le blanc illustrant lumière et spiritualité, au noir, représentant ténèbres et matérialité – est un conte d’aujourd’hui, nous offrant un véritable espace de liberté.

Gabrielle Halpern*, l’auteur, et Didier Petetin**, le dessinateur, nous plongent, dès la première page, dans la problématique de la différence et de l’Autre. Une vraie question !

Au cœur même de l’indifférence de la différence, voire du rejet du rejeton. Drame de notre temps où l’individualisme – qui n’est plus une tendance qui privilégie la valeur et les droits de l’individu par rapport à ceux de la société mais un constat réel – et ou aussi cet attachement excessif à soi-même – qui fait que l’on recherche exclusivement son plaisir et son intérêt personnels – que nous appelons l’égoïsme priment tout, toujours et tout le temps.

Gabrielle Halpern

Une belle aventure et une instructive leçon de morale – d’ailleurs l’une des définitions de la Franc-Maçonnerie, ordre initiatique mais aussi association essentiellement philosophique et philanthropique, n’est-elle pas une leçon de morale enseignée sous le voile de l’allégorie au moyen de symboles ?

Que faire de ce bébé centaure, plutôt une centauresse, dont ceux qui se penchent sur son berceau, dont sa grand-mère, murmurent « Mais qu’est-ce qu’on va faire de lui ? C’est un OGM ! C’est la transgression de la nature ! L’hybridation, c’est l’extinction de l’espèce Notre race va mourir à cause de ce mélange, c’est un terrible malheur ». L’auteur ne nous confie-t-elle pas que « l’hybride, c’est ce qui est mélangé, contradictoire,

« Centauresse et Faune », œuvre d’Augustin Courtet, Parc de la Tête d’Or, Lyon

hétéroclite ; c’est tout ce qui n’entre pas dans nos cases ».

Bien sûr que cela peut faire peur aux ‘’braves gens’’…

L’image d’après, et son commentaire, se veulent cependant rassurants « Ne vous inquiétez pas ! L’hybridation des races et des espèces, c’est ça qui a permis leur adaptation dans l’évolution. On pourrait même dire que l’hybridation est l’un des moteurs de l’évolution ! On associe les qualités d’une espèce à celles de l’autre et ça donne un individu beaucoup plus fort. »

Point d’eugénisme ici, mais juste une description concise des avantages de l’hybridation, ce croisement naturel ou artificiel de deux individus – plantes ou animaux – d’espèces, de races ou de variétés différentes.

Un centaure

Accepter l’Autre tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. Cette BD nous délivre à la fois une belle leçon d’humilité mais aussi d’humanité. Si dans la mythologie grecque, un centaure est une créature mi-homme, mi-cheval, donc un homme-cheval), dont le plus célèbre reste Chiron, immortel et chargé de former les jeunes héros, celui de cette BD nous forme à une sorte de citoyenneté du XXIe siècle. Avec son creuset républicain, page 76, sa nature, ses arbres, ses animaux (hérisson, souris, oiseaux divers et variés, girafe, etc.), la construction d’un école – centauresque ! – car l’école a certes pour vocation d’instruire mais aussi, et de plus en plus, d’« éduquer à la santé et à la citoyenneté », nous ne pouvons qu’adhérer au fait que l’hybridation pourrait être une chance.


Chiron instruisant le jeune Achille, fresque de l’Herculanum

Et l’éditeur de conclure sa quatrième de couverture avec « Une BD initiatique pour aller vers l’Autre et comprendre le monde tel qu’il se transforme ».

C’est, tout simplement, juste et parfait !

Gabrielle Halpern

*Gabrielle Halpern est docteur en philosophie et diplômée de l’École Normale Supérieure et a travaillé au sein de différents cabinets ministériels (ministère de l’Économie et des Finances, ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, ministère de la Justice) en qualité de conseillère « Prospective et Discours », avant de participer au développement de startups et de conseiller des entreprises et des institutions publiques. Elle est par ailleurs experte-associée à la Fondation Jean Jaurès et dirige la série « Hybridations » qu’elle a créée au sein des Éditions de l’Aube. Ses travaux de recherche portent en particulier sur la notion de l’hybridation, qui a constitué le sujet de sa thèse de doctorat, soutenue à l’Ecole Normale Supérieure en 2019. Elle est l’auteur de l’essai grand public Tous centaures ! Éloge de l’hybridation (Le Pommier, 2020) et de l’essai coécrit avec Guillaume Gomez Philosopher et cuisiner: un mélange exquis – Le Chef et la Philosophe (Éditions de l’Aube, 2022). Elle intervient très régulièrement dans la presse, au travers de chroniques, de tribunes et d’interviews. Gabrielle Halpern explore aujourd’hui, dans le cadre de ses travaux de recherche, la notion de l’hybridation dans de nombreux secteurs, métiers et domaines d’activité et accompagne des entreprises et des institutions publiques. Pour aller plus loin https://www.gabriellehalpern.com/

Didier Petetin

**Didier Petetin, alias 20CH187, est ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure des arts et métiers. Il exerce les fonctions de directeur général délégué au sein du groupe Vicat, entreprise familiale française créée il y a 165 ans par Joseph Vicat, fils de Louis Vicat, inventeur du ciment artificiel en 1817. Derrière sa fonction de directeur opérationnel de ses activités en France se cache une passion de toujours : le dessin.

Une passion qu’il vit à 100 % et déclare du reste : « « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné. Ma grand-mère, mon père, ma sœur et mon frère dessinaient. J’ai toujours été baigné dans cette ambiance. Pendant mes études aux Arts et Métiers, je me suis rendu compte de l’influence de cet art. Le dessin humoristique est un bel outil de communication, très expressif, parfois sensible. Dans les années 1990, j’ai même vendu des dessins. J’ai gagné un concours où Jacques Faizant m’a fait une superbe dédicace. J’étais aux anges. Je suis imprégné des univers de Gotlib, de Franquin ou de Serre. » 

La centauresse de la fable

GODF, la lettre d’information

Début novembre, le Grand Orient de France publie, comme tous les vendredis,  sa newsletter, pardon sa lettre d’information, dans le respect de la loi Toubon – loi no 94-665 du 4 août 1994 – qui désigne la langue française comme langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics, complétant la loi du 31.12­1975 relative à l’emploi de la langue française…

ÉVÈNEMENTS

Divers aspects de la pensée contemporaine

Émission du dimanche 6 novembre 2022 à 9h40 sur France Culture

Entretien avec le Grand Maître du Grand Orient de France, Georges SERIGNAC. Le GODF est la première obédience historique – prenant le nom en 1773 de Grand Orient de France, dans la continuité de la première Grande Loge de 1728 – et la plus importante en nombre.

Emission présentée par Alexis LACROIX et Fréderic LOUIS.

Pour écouter le podcast : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine

La Franc-Maçonnerie, aujourd’hui

Conférence publique, organisée par la Loge La Solidarité Jean Goubert, de Georges SERIGNAC, Grand Maître du Grand Orient de France

Mardi 15 novembre 2022 – CHERBOURG-OCTEVILLE

Conférence publique avec projection du film « Les mots de la fin »

suivie d’un débat sur la fin de vie

Jeudi 24 novembre 2022 – PARIS

Conférence publique organisée par le Grand Orient de France et la Grande Loge Mixte de France avec projection du film Les mots de la fin, suivie d’un débat sur la fin de vie, en présence des réalisatrices, Agnès Lejeune et Gaëlle Hardy, ainsi que du Dr François Damas, chef du service des soins intensifs et Président du Comité d’éthique du CHR Citadelle à Liège, membre de la commission de contrôle sur l’euthanasie en Belgique.

7e Salon maçonnique de Toulouse

7e Salon Maçonnique de Toulouse
7e Salon Maçonnique de Toulouse

sur le thème Transmettre et reconstruire

Samedi 26 et dimanche 27 novembre 2022 – TOULOUSE

Médiathèque José Cabanis de Toulouse.

Notre article, daté du 29 octobre dernier, sur le plus grand salon maçonnique d’Europe, et peut-être du monde !!!

https://bit.ly/3DGY2xu
Affiche Trace de Liberté
Affiche Trace de Liberté

François BOUCQ à la médiathèque de Toulouse

Exposition dans le cadre du 7e Salon maçonnique de Toulouse,

du 9 au 27 novembre 2022 – TOULOUSE

Notre article https://bit.ly/3gEX1hv

Laïcité / République

Conférence publique, organisée par des Loges maçonniques de Bordeaux, de Patrick KESSEL, ancien Grand Maître du Grand Orient de France vendredi 9 décembre 2022 – BORDEAUX

Patrick Kessel, né le 30 décembre 1950 est un journaliste et essayiste, connu pour être un fervent défenseur de la laïcité. Franc-maçon, il est grand maître du Grand Orient de France en 1994 et 1995. Il est actuellement président d’honneur de du Comité Laïcité République (CLR). Auteur de nombreux articles et tribunes dans divers quotidiens nationaux et revues, contributions à des ouvrages collectifs, nombreuses conférences à Paris et en Province sur les thématiques républicaines, il a écrit Marianne, je t’aime (Éd. Bruno Leprince, 1996) et Ils ont volé la laïcité ! (Éd. Gawsewitch-Balland, 2012).

CLR

20 créatures fascinantes de la mythologie nordique

De notre confrère realmofhistory.com – Par DATTATREYA MANDAL

Dans la culture populaire et le genre fantastique, nous sommes habitués aux représentations de morts-vivants, de dragons, d’elfes et de nains. Fait intéressant, la plupart de ces créatures ont leurs propres versions (et même leurs origines) dans la mythologie nordique – à partir d’un patchwork de traditions orales et de contes locaux qui ont été conçus à la fois dans l’ancienne Germanie préchrétienne et au début de la Scandinavie médiévale.

La plupart de ces mythes nous sont accessibles à travers des œuvres littéraires comme l’Edda en prose , supposée avoir été écrite par l’historien islandais Snorri Sturluson, vers 1220 CE. L’autre œuvre littéraire cruciale composée en vieux norrois concerne l’Edda poétique.

Comme son nom l’indique, la compilation se compose de poèmes datant d’environ 1000 à 1300 CE. La plupart des collections contiennent des textes du  Codex Regius  (Livre royal), un manuscrit médiéval islandais datant d’environ 1270 de notre ère.

Le  Codex Regius  en lui-même est considéré comme l’une des sources existantes les plus importantes pour la mythologie nordique et les légendes germaniques. À cette fin, jetons un coup d’œil à 20 créatures et monstres aussi fascinants de la mythologie nordique à travers le prisme culturel et historique.

Liste des créatures de la mythologie nordique

Audhumla

Créatures de la mythologie nordique

Audhumla (ou Auðumbla ) était la vache primitive de la mythologie nordique. Comme mentionné dans Gylfaginning (la première partie de Prose Edda de Snorri Sturluson ), elle était responsable du maintien du géant du gel primordial Ymir – qui est nourri avec le lait d’Audhumla. Ymir, à son tour, a donné naissance à une foule de créatures et de divinités mythiques, dont le premier monstre mâle, femelle et à six têtes.

Audhumla, la vache, a également joué un rôle essentiel dans le mythe de la création nordique en révélant Buri – l’ancêtre de tous les dieux nordiques Aesir . Elle l’a fait en léchant les pierres de givre salé. Comme extrait de l’ Edda en prose – La vache a léché des blocs de glace salés. Après une journée de léchage, elle a libéré les cheveux d’un homme de la glace. Après deux jours, sa tête est apparue. Le troisième jour, tout l’homme était là. Il s’appelait Buri et il était grand, fort et beau.

Buri était le grand-père d’ Odin – le chef parmi tous les dieux et déesses Ases Quant à Audhumla, elle n’a été mentionnée qu’une seule fois dans une autre sous-section de Prose Edda ( Nafnaþulur ), en référence aux vaches. En termes d’histoire, de telles divinités axées sur la vache se retrouvent également dans d’autres mythologies, comme Hathor dans la mythologie égyptienne et Héra (« la vache aux yeux ») dans la mythologie grecque.

Draugr

Créatures de la mythologie nordique
Oeuvre de Bruno Formagio

Le Draugr (ou Draug ) est simplement une version nordique d’une créature mort-vivante. Cependant, contrairement aux zombies présentés dans la culture populaire typique, les Draugr étaient souvent décrits comme des créatures hideuses mais magiquement puissantes de la mythologie nordique qui possédaient souvent une force et une taille surhumaines.

Ainsi, contrairement à un fantôme, le draugr avait un corps corporel d’un cadavre réanimé, ce qui le rapprochait d’un revenant (ou même d’un wight des tumulus des œuvres de JRR Tolkien). Cependant, dans le folklore et les mythes nordiques, la définition d’un draugr est assez vague, certains personnages comme Kárr inn gamli (« Kar l’ancien« ) étant spécifiquement appelés draugr, tandis que d’autres comme Glámr appelaient un troll (ou une créature vampirique de un cairn).

En tout cas, la plupart des traditions folkloriques attestent que les draugar (pluriel de draugr ), en tant que créatures mortes-vivantes, ont le teint maladif de « cadavre pâle » ou même noir nécrotique. Concernant ce dernier, le Draugr de Thorolf dans la saga Eyrbyggja aurait une peau noire comme la mort, puant les corps en décomposition, tandis que sa taille était enflée à celle d’un énorme bœuf.

Certains draugar, comme Þráinn (Thrain), ont été décrits comme ayant de grandes griffes, tandis que d’autres ont le pouvoir de changer de forme, de regarder vers l’avenir et même de nager à travers la roche solide.

Quant à l’histoire, les Vikings étaient connus pour avoir pris des précautions rituelles lors des rites funéraires pour éviter que le défunt ne devienne un draugr qui pourrait faire des ravages sur les vivants. Par exemple, les orteils des morts étaient attachés pour que le corps ne puisse pas bouger. Dans d’autres cas, une paire de ciseaux était maintenue sur la poitrine en signe de précaution symbolique.

Nains

Peinture de Lorenz Frølich (1895).

Les nains ( dvergr en vieux norrois) sont représentés comme des êtres magiques qui étaient intrinsèquement doués pour la forge et l’artisanat. L’une des premières histoires d’origine connues des nains se trouve dans Völuspá, le premier poème de l’ Edda poétique. Ici, il est mentionné comment ces êtres ont été (probablement) créés à partir du sang et des os d’ Ymir – le géant primitif qui a été soutenu par Audhumla la Vache.

Et puisque nous parlons des nains de la mythologie nordique, il convient de noter que les premières traditions germaniques n’ont jamais explicitement attesté de la petite taille perçue des nains. Par exemple, on croyait que quatre nains maintenaient en l’air le ciel même dans quatre directions cardinales.

Cependant, Prose Edda mentionne comment les nains étaient sombres, courts (avec la phrase – dvergr de voxt ou « court comme un nain« ), et vivaient sous terre à Svartalfheim – ce qui en faisait essentiellement des elfes noirs. On disait même que certains se transformaient en pierre au soleil, un peu comme les trolls de la culture populaire.

Indépendamment de la nature floue des traits physiques, les nains, dans la mythologie nordique, étaient responsables de la création d’incroyables objets enchantés, dont le célèbre Mjollnir , le marteau de Thor ; l’incassable Gleipnir , la chaîne qui liait le loup Fenrir ; le Skidbladnir , un navire de Freyr qui a toujours eu un vent favorable ; et Gungnir , la lance runique d’ Odin .

Elfes (Elfes Clairs et Elfes Noirs)

Ängsälvor de Nils Blommer (1850). Source : Wikimédia Commons

Les elfes ( álfr en vieux norrois) sont décrits comme des êtres lumineux qui résidaient principalement à Alfheim (signifiant la maison des elfes), l’un des neuf royaumes de la mythologie nordique. Semblables à ce que l’on peut appeler des divinités mineures, les elfes étaient censés avoir des pouvoirs magiques intrinsèques et une beauté inégalée.

Fait intéressant, contrairement à ce que nous identifions comme un elfe dans la fiction moderne et la culture populaire, les anciens peuples germaniques avaient un concept plus indistinct de l’être mythique. Par exemple, dans le livre Gylfaginning de Prose Edda, les elfes sont grossièrement classés en Ljósálfa (elfes clairs) et Dökkálfar (elfes noirs).

Les premiers, habitant le royaume béni d’Alfheim, étaient « plus beaux que le soleil » à regarder, avec leur attitude délicieuse et leurs pouvoirs de guérison. À l’opposé, les elfes noirs creusaient sous le sol et étaient apparemment abrasifs dans leur attitude. Il est également fait mention des Svartálfar (elfes noirs ou elfes sombres) dans les Eddas.

Certains érudits ont émis l’hypothèse qu’au vu des aspects flous des divinités mineures dans les mythes nordiques, les elfes noirs (ou plus précisément les elfes noirs) étaient simplement des réinterprétations des nains (comme discuté précédemment). De plus, dans la culture germanique, il y avait aussi des chevauchements dans le culte des ancêtres et la vénération des elfes, suggérant ainsi comment les elfes étaient perçus comme des versions exaltées des humains.

Fafnir

Oeuvre de Thomden. Source : Reddit

Fafnir était un nain intrépide dans la mythologie nordique qui est tragiquement devenu un dragon avide maudit par l’attrait de l’or. Comme mentionné dans le mythe nordique islandais Volsunga Saga, Fafnir était à l’origine un nain courageux avec un bras droit très fort. Par conséquent, il fut choisi par son père, le roi nain Hreidmar , pour garder leur maison ornée d’or et de pierres précieuses. Ses quatre autres frères étaient Regin , Ótr , Lyngheiðr et Lofnheiðr

Malheureusement, la vie des nains a terriblement mal tourné quand Ótr a été chassé et tué par erreur par Odin et Loki parce qu’il ressemblait à une loutre pendant la journée. Les événements ont pris une tournure encore plus grave lorsque Loki a racheté Odin (qui a été capturé par les nains) avec l’or maudit d’Andvari et l’anneau Andvaranaut .

La malédiction a conduit Fafnir à tuer son propre père et à reprendre l’immense trésor d’or et de bijoux. Cela l’a également transformé en un dragon avide et répugnant qui respire du poison et qui s’est enfui dans le désert pour garder jalousement ses richesses mal acquises.

Cependant, son autre frère – le forgeron nain Regin, qui a élevé Sigurd – le héros folklorique germanique , a comploté pour se venger. Ainsi, le forgeron envoya le héros Sigurd dans une dangereuse mission pour tuer Fafnir. Sigurd, aidé par son épée Gram et les conseils d’Odin, a réussi à tuer Fafnir, mais les choses ont de nouveau mal tourné. Après la mort du dragon, Regin, à son tour, était rempli de convoitise pour l’or maudit, jusqu’à ce qu’il soit également tué par Sigurd.

Fenrir

Créatures de la mythologie nordique

Fenrir (ou Fenrisúlfr , signifiant Fenris-Loup) est probablement le loup le plus célèbre de la mythologie nordique. Destiné à se libérer de ses chaînes enchantées lors de la calamiteuse bataille de Ragnarök , Fenrir est prédit qu’il tuera Odin lui-même. Cependant, il est également prédit que le monstre, à son tour, sera tué par le fils d’Odin, Víðarr – le dieu silencieux de la vengeance.

Dans les mythes nordiques, Fenrir est né de l’union du dieu Loki et de la géante (jötunn) Angbroda . Ses autres frères et sœurs monstrueux étaient le serpent mondial Jormungand et le souverain des enfers (ou Niflheim) Hel . Et fait intéressant, alors que ces deux-là étaient tenus à distance par les Ases , le vicieux Fenrir était directement gardé par les dieux nordiques sous l’œil vigilant d’Odin.

Et c’est là que Fenrir fut lié par l’entrave magique de fabrication naine Gleipnir – jusqu’à la fin des temps et l’arrivée du Ragnarök annoncé . Cependant, même en liant le loup géant, le dieu de la guerre Tyr a dû sacrifier sa main droite , qui a été violemment mordue par Fenrir dans sa rage.

De plus, les propres enfants de Fenrir – les loups géants (ou wargs) Sköll et Hati Hróðvitnisson , sont prédits pour avaler respectivement le soleil et la lune (ou vice versa) lors du choc cataclysmique de Ragnarök qui mettra fin au cycle mondial actuel.

Fossegrim

Créatures de la mythologie nordique

Fossegrim (ou Strömkarlen ) est traditionnellement associé au folklore de la campagne scandinave (par opposition à la mythologie nordique uniquement). Habituellement, dépeint comme un esprit masculin de l’eau résidant au bord des rivières ou dans les recoins des cascades, le fossegrim aurait des compétences incroyables en tant que violoniste.

Le talent musical de cette créature a à voir avec la maîtrise innée des sons merveilleux de la forêt, du vent et de l’eau. Et curieusement, la tradition suggère que les Fossegrim peuvent même enseigner leurs compétences aux aventuriers – uniquement à condition que des offrandes soient faites certains jours de la semaine. Ces « cadeaux » préférés vont des chèvres blanches vivantes aux spécialités de mouton fumé.

Quant à l’apparence, Fossegrim et les créatures apparentées de la mythologie nordique étaient généralement représentées comme des hommes gracieux habillés plutôt au hasard dans les vêtements de la nature. Cependant, tout comme les sirènes de la mythologie grecque, certains des êtres malveillants avaient tendance à attirer les victimes (femmes et hommes) vers leur perte. Alors que d’autres histoires mentionnent comment les Fossegrim avaient tendance à être complètement inoffensifs.

Hugin et Munin

Oeuvre d’ Angelika Weinekoetter

La prévalence des images liées au corbeau dans la mythologie nordique et la culture populaire fait allusion à la mort (ou aux avertissements de mort). À cette fin, le peuple germanique a associé Odin à divers aspects (et souvent antithétiques), allant de la sagesse et de la frénésie à même la mort. Se rapportant à ce dernier, Hugin et Munin ( Huginn et Muninn ) étaient les deux corbeaux d’Odin perchés sur ses épaules – qui annonçaient souvent le carnage des batailles et des guerres .

Au sens métaphorique, les corbeaux, en tant qu’oiseaux charognards, se «nourrissaient» des « offrandes » (les tués) du champ de bataille – suggérant ainsi comment les guerriers tombés, en particulier les ennemis, étaient des cadeaux de sacrifice donnés à Odin. Et ainsi l’approche de Hugin et Munin sur le champ de bataille signifiait qu’Odin était prêt à accepter ses cadeaux (de la mort).

Fait intéressant, au-delà des thèmes de la mort et du carnage, les corbeaux sont des créatures assez intelligentes. Cela associait également profondément les corbeaux à l’aspect sagesse d’Odin. À cet égard, le mot même Huginn est dérivé de hugr ou « pensée ». Ainsi, à bien des égards, plutôt que de simples animaux de compagnie, les histoires décrivent Hugin et Munin comme des extensions du dieu lui-même.

Certains ont émis l’hypothèse que les corbeaux étaient les composants intellectuels et spirituels d’Odin – qui se sont détachés de l’un (ou de soi-même) pour curieusement rassembler encore plus de connaissances et de sagesse. Une strophe du poème Grímnismál mentionne également comment Odin s’inquiète du fait que les corbeaux ne reviennent pas vers lui. Cela fait allusion au pari dangereux de se «diviser» mentalement et spirituellement, en particulier lorsque l’on est dans un état de transe de chamanisme (ou seiðr ).

Huldra

Autre créature du folklore germanique et nordique, la Huldra (ou Hulder) est représentée comme un être féminin blond et plutôt séduisant qui réside au plus profond des forêts. En tant que tel, le Huldra, également appelé skogsrå , peut avoir été lié aux esprits gardiens de la mythologie nordique.

Mais au fil du temps, le Huldra a été dépeint comme un être malveillant, qui, tout en mettant en valeur sa beauté et sa sveltesse apparentes, a attiré les jeunes hommes dans les tanières au plus profond de la forêt. Et comme c’est souvent le cas dans les mythes du monde entier, ces hommes ont finalement trouvé la mort aux mains de la créature – qui avait tendance à révéler sa véritable forme de hideur.

Fait intéressant, tout en accomplissant ses actes de séduction, on dit que le Huldra a sa queue de vache (ou de renard) artificielle suspendue à sa robe. Cela a permis à la victime potentielle d’identifier le danger imminent et de s’éloigner du chemin forestier.

Jormungand

Créatures de la mythologie nordique

Jormungand (ou Jörmungandr ) se traduit littéralement par la « Grande Bête« . Dans la mythologie nordique, le monstre massif, également connu sous le nom de « serpent du monde » ou « serpent de Midgard« , était l’un des trois descendants de Loki et de la géante Angbroda (les autres étant Fenrir – le loup géant, et Hel – le souverain du Monde souterrain).

En termes de représentation, on croyait que Jormungand était si massif que le serpent (ou dragon ) encerclait l’intégralité de notre monde visible ( Midgard ). En fait, en raison de sa nature gigantesque, il a même été prophétisé que Jormungand se mordrait (ou saisirait) sa propre queue après être devenu assez grand pour entourer le monde entier.

Et en parlant de prophéties, il était également prédit que Jormungand rencontrerait Thor au Ragnarök – où les deux s’entretueraient. À cette fin, dans les Eddas, il est même mentionné comment Thor a tenté de pêcher le serpent géant – qui a d’abord été jeté dans les profondeurs des mers par Odin pour empêcher un affrontement cataclysmique. Mais la ligne de pêche, avec son appât en tête de bœuf, fut sectionnée par le géant Hymir , afin de reporter les sinistres événements du Ragnarok.

Dans le cadre historique, le concept de Jormungand (ou un monstre géant résidant dans les profondeurs de la terre) était répandu dans les sociétés germaniques de l’ère pré-viking. Même les Allemands du début du Moyen Âge attribuaient des phénomènes naturels comme les tremblements de terre aux mouvements de la créature.

Jötnar

Créatures de la mythologie nordique

Les Jötnar (pluriel de jötunn ) étaient des êtres surnaturels qui habitaient Jötunheimr (Jotunheim), l’un des Neuf Mondes de la mythologie nordique. Maintenant, en termes conventionnels, les jötnar sont souvent confondus avec des géants typiques, y compris les géants du givre et les géants du feu. Par conséquent, dans la culture populaire, ils sont projetés plutôt négativement comme des ennemis typiques des dieux Ases .

Cependant, dans les mythes traditionnels, le terme jötnar était utilisé de manière extensive, faisant ainsi référence à une race d’êtres (contrairement à un trait physique spécifique) qui se présentaient sous différentes formes et tailles. Par exemple, la jötunn Gerdr est décrite comme étant divinement belle, et ses beaux regards chatoyants ont même attiré l’attention du dieu Vanir Freyr – la divinité de la fertilité (et souverain de la patrie elfique Alfheim ).

De plus, certains des jötnar jouent également un rôle crucial dans l’établissement de relations avec les dieux – à tel point que la plupart des dieux Ases étaient en fait des descendants des jötunn (via Bestia , qui était la mère d’ Odin ). D’autre part, il y avait aussi des jötnar monstrueux et effrayants – comme le loup géant Fenrir et l’énorme serpent Jormungand.

Certains mythes, dont celui des Eddas , mettent en avant le jötnar comme ayant des pouvoirs variés et similaires en veine à celui des dieux. Curieusement, les jötnar maléfiques, monstrueux et même rabougris mentalement étaient également assimilés à des créatures comme des trolls (discutés plus loin dans l’article), des géants ( þurs ) et des démons.

Kraken

Oeuvre de Russel Marks

L’une des créatures monstrueuses issues du folklore scandinave, le Kraken peut être perçu comme l’amalgame de différentes légendes et du romantisme général associé aux profondeurs inconnues des mers. Dans sa forme la plus populaire, le Kraken est généralement décrit comme un monstre ressemblant à un céphalopode (ou un calmar gigantesque) qui est si gros qu’il peut entraîner un navire entier avec ses tentacules vicieusement grands.

À cette fin, les historiens et les chercheurs ont souvent émis l’hypothèse que les Krakens étaient peut-être inspirés par les calmars géants réels rarement aperçus par les marins de l’Antiquité et du début du Moyen Âge. Par exemple, en Norvège, la légende du Kraken en tant que calmar géant s’est encore renforcée lorsque les gens ont commencé à voir des spécimens pourris échoués de ces grands céphalopodes sur les plages.

Certaines des carcasses ont été réinterprétées comme des diables marins ou même des moines marins. De plus, il y avait aussi l’influence de monstres aquatiques d’autres mythes, comme celui de Charybde et Scylla de la mythologie grecque. On disait que le premier avait le pouvoir de créer un énorme tourbillon qui pouvait aspirer les navires et les marins.

Juments

Le Cauchemar  de Fuseli (1790-91)

À ne pas confondre avec un cheval femelle, le mot mare en vieil anglais (ou mara en vieux norrois) signifie « monstre » ou « gobelin ». Il est dérivé de mære , venant finalement du proto-germanique maron signifiant ‘gobelin’ ( sa racine TARTE est mora- ‘incube’). A cet effet, le terme « cauchemar », originaire du début du XIVe siècle, désignait « un esprit maléfique, parfois féminin (incube), qui affligeait les hommes dans leur sommeil » – correspondant ainsi à de mauvais rêves.

Par exemple, dans la saga Ynglinga du XIIIe siècle , le roi d’Uppsala est étouffé par une jument « chevauchée » sur sa poitrine et sa tête. De même, dans la saga Eyrbyggja, une sorcière prend la forme d’un marlíðendr (« cavalier de nuit »), qui peut ressembler à une jument, pour causer des blessures par piétinement à un personnage.

Assez incroyablement, le premier élément du nom de la déesse celtique irlandaise Morrigain (Morrigan) est peut-être aussi dérivé de maron . À cette fin, en irlandais moderne, son nom Mór-Ríoghain se traduit à peu près par la « reine fantôme ». Convenant à cette épithète cryptique, dans le récit mythique, Morrigan était capable de se métamorphoser (qui se transformait généralement en corbeau – le badb ) et de prédire la mort, tout en incitant les hommes à une frénésie guerrière.

Mokkurkalfi

Créatures de la mythologie nordique
Oeuvre de partical0

Mokkurkalfi (ou Mist Calf) était un monstre gargantuesque fait d’argile par les géants du givre dans la mythologie nordique. Selon l’histoire, la construction a été faite de manière à effrayer Thor – qui était censé avoir un duel de combat avec Hrungnir, le plus puissant des géants (jötnar). En termes simples, la construction en argile de 9 miles de haut devait aider les géants dans le combat qui s’ensuivit avec le dieu du tonnerre.

Et tandis que Hrungnir a été vaincu et tué sans cérémonie par Thor, le Mokkurkalfi était toujours en fuite. Une version du mythe mentionne même comment Thor s’est apparemment mouillé à la vue de la construction monstrueuse lourde dont la tête s’élevait au-dessus des nuages. Cependant, heureusement pour les Ases , le serviteur humain de Thor, Thjalfi (ou Þjálfi ), était moins impressionné par la construction en argile.

Il remarqua les pas brusques et hésitants du géant artificiel et balança par conséquent sa hache vers les jambes épaisses de Mokkurkalfi. En conséquence, la construction imposante mais disgracieuse s’est renversée et s’est écrasée au sol. Et telle était sa circonférence immense que sa chute a même entraîné un tremblement de terre à Jotunheim – le monde natal des jötnar (géants).

Nidhogg

Créatures de la mythologie nordique
Oeuvre de Ruth-Tay

Nidhogg (ou Níðhöggr – qui signifie « attaquant de la malédiction ») était la créature ressemblant à un dragon qui rongeait les racines mêmes de l’Yggdrasil – l’arbre du monde (l’arbre qui contenait les différents mondes du cosmos nordique). Dans la mythologie nordique, Nidhogg était le principal malfaiteur parmi les nombreux serpents et géants; et en tant que tel, son nom signifiait – « celui qui frappe avec malveillance ».

En termes simples, Nidhogg était considéré comme l’antagoniste éternel du mythe nordique dont l’intention même était de libérer les forces du chaos dans les royaumes des dieux et des hommes. Dans le poème Völuspá , il est mentionné que Nidhogg s’élève (ou s’envole) sous l’Arbre du Monde pour (vraisemblablement) aider les jötnar et les «dévoreurs» dans leur combat contre les Ases pendant le Ragnarok.

Dans le schéma historique des choses, Nidhogg était peut-être la personnification de la force maléfique ou chaotique omniprésente qui semblait affecter et influencer les humains. À cette fin, dans la société germanique pré-chrétienne, être appelé un nīðing ( nīþ est la première syllabe de Níðhöggr ) était l’une des pires formes d’insulte – à tel point que la personne insultée pouvait même défier l’instigateur dans un combat mortel. duel ou retirer ses paroles.

Les Nornes

Les Norns ( Nornir ) sont une classe intéressante d’êtres mythiques féminins de la mythologie nordique qui sont souvent décrits comme ayant le pouvoir de tisser et même de contrôler le destin. Essentiellement, ils étaient considérés comme des entités puissantes (dans certains cas même plus que des dieux), bien qu’un peu détachés du cadre traditionnel du cosmos.

Fait intéressant, dans le poème Eddic, Fáfnismál (« les paroles de Fáfnir »), les Norns sont représentés en nombre, qui sont venus de différentes « races » – y compris des dieux, des elfes et même des nains. Cependant, le poème Völuspá décrit les Norns comme des êtres plus mystérieux qui ne sont issus d’aucun milieu particulier. Pourtant, décrits comme un trio, les trois Norns Urd , Verdandi et Skuld , avaient l’incroyable pouvoir de tisser respectivement le destin (parfois lié au passé), le présent et le futur.

Le poème mentionne en outre comment les trois Norns résidaient sous Yggdrasil , l’arbre cosmique qui contient l’univers et ses royaumes. Leur rôle élargi comprenait également la garde de l’arbre – ce qu’ils faisaient en transportant de l’eau et de la terre fertile du puits verdoyant Urðarbrunnr .

Ratatoskr

Jusqu’à présent, nous avons parlé des morts-vivants, des dragons, des géants et des elfes. Cependant, la mythologie nordique avait aussi sa juste part de personnages fantaisistes mais puissants. L’un d’eux était le Ratatoskr (« dent ennuyé ») – un écureuil apparemment inoffensif qui a diffusé des messages (et des insultes) à travers l’arbre du monde de Veðrfölnir , l’aigle sage à Nidhogg , le serpent (discuté plus tôt).

Dans les Eddas, Ratatoskr, malgré sa petite taille, était représenté comme une créature particulièrement espiègle qui se délectait des insultes échangées entre l’aigle perché au sommet de l’arbre et le serpent qui rongeait ses racines. Parfois, l’écureuil déformait même les mots et rendait les échanges désagréables encore plus vitrioliques – faisant ainsi allusion à la façon dont la créature aimait les commérages et les retombées amères qui y étaient associées.

Historiquement, Ratatoskr a peut-être symbolisé les dangers généraux omniprésents pour le monde qui vont au-delà des domaines du chaos et de l’ordre. Certains ont également émis l’hypothèse que le but ultime de l’écureuil était de faire tomber l’ Yggdrasil – un exploit qui n’était possible que par la méchanceté délibérée plutôt que par la force brute.

Sleipnir

Sleipnir (qui signifie « la pantoufle« ) était le célèbre cheval à huit pattes d’ Odin , le chef des dieux Ases . Dans la mythologie nordique, il était le fils de l’étalon céleste Svadilfari (ou Svaðilfari -qui était un jötunn ) et d’une jument (dans laquelle Loki s’est métamorphosé). Dans la plupart des récits, Sleipnir est décrit comme un grand cheval d’Odin dont les dimensions sont si grandes que son galop pourrait modifier le paysage de la région.

Dans d’autres mythes, Sleipnir est projeté comme étant rapide (plutôt que grand) dont les huit pattes pourraient transporter son cavalier dans les neuf mondes du cosmos en un tournemain. Et compte tenu de son pedigree qui combinait la force d’un géant et la divinité d’un dieu, Sleipnir avait également la capacité de contourner les frontières naturelles de la plupart des royaumes.

Par exemple, dans l’histoire tragique de la mort du dieu Baldr , son frère Hermóðr chevaucha Sleipnir jusqu’à Hel , le royaume des morts. Et le cheval surnaturel a effectivement sauté la clôture des enfers et a même ramené Hermóðr en toute sécurité à Asgard . Dans une autre histoire, Sleipnir a été opposé à Gullfaxi , un cheval rapide appartenant à Hrungnir le géant (voir l’entrée – Mokkurkalfi ).

Tanngnost et Tanngrisnir

Contrairement aux notions culturelles populaires sur les moyens royaux des divinités nordiques, le propre char de Thor était en fait tiré par deux chèvres au lieu de grands coursiers (illustrés à juste titre dans la dernière adaptation cinématographique de Thor ). Nommés Tanngnjóstr (« celui qui grince des dents ») et Tanngrisnir (« celui qui a des trous dans les dents »), les chèvres, incroyablement, servaient le double objectif de tirer le char et de servir également de nourriture au dieu.

Ce dernier concerne la façon dont Thor les a cuisinés lorsqu’il avait besoin de nourriture. Cependant, ils ont de nouveau été ressuscités par le marteau de Thor – le magique Mjollnir. À cette fin, dans l’une des histoires, Thor a même partagé sa viande divine avec des fermiers humains. Mais leur fils Thjalfi (ou Þjálfi ) a involontairement aspiré la moelle d’un des os de la chèvre (peut-être trompé par Loki ). Cela a entraîné la boiterie de la chèvre une fois que l’animal a été ressuscité.

En guise de réparation, Thjalfi a été pris comme serviteur de Thor – et il a ensuite payé sa cotisation en battant Mokkurkalfi , la construction massive en argile (discutée plus tôt). Sur une autre note, la résurrection des chèvres reflète également le destin de Sæhrímnir – la bête (ou sanglier) qui était cuite chaque nuit pour nourrir les guerriers tombés ( einherjar ) de Valhalla (salle des tués) et a ensuite été ressuscitée une fois de plus le Le jour suivant.

Walkyrie

Les valkyries (ou valkyrjur – qui signifie « choisisseurs des tués ») étaient les esprits féminins d’Odin qui ont aidé le dieu nordique à transporter les guerriers morts (ou les héros tués des batailles – connus sous le nom d’ einherjar ) dans les couloirs de Valhalla . Souvent représentées comme des jeunes filles élégantes, les Valkyries étaient également connues pour « affecter » les guerriers qui gagneraient le passage vers les salles auréolées d’Odin après leur mort.

Fait intéressant, alors que de nombreuses sources nordiques et leurs interprétations modernes représentent les Valkyries comme de nobles esprits féminins imprégnés de beauté et de puissance, les récits germaniques originaux avaient tendance à les dépeindre d’une manière plus prodigieuse. Un poème scaldique particulier, Darraðarljóð , partage un tel point de vue en décrivant comment les Valkyries ont anticipé le terrible destin de nombreux guerriers nordiques lors de la célèbre bataille de Clontarf, vers 1014 CE.

Les esprits les ont tissés dans une joie apparente, avec des éléments terrifiants comme des intestins et des têtes coupées. Même la version anglo-saxonne des Valkyries, connue sous le nom de wælcyrie , était généralement des esprits associés à la violence et à la mort. Une autre école de pensée émet l’hypothèse que les Valkyries dans la mythologie nordique étaient peut-être une extension du pouvoir brutal d’Odin.

Mention honorable – Trolls

Dans la mythologie nordique, le mot « troll » (ou trǫll ) ne définissait pas vraiment un type spécifique de créature. Au lieu de cela, le nom troll a été utilisé comme terme générique pour divers types de monstres, y compris les démons, les démons et les jötnar (géants).

Parfois aussi classés comme « thurs » (ou þurs ) et risi (êtres héroïques), ces trolls étaient généralement dépeints sous un jour plutôt négatif – comme des créatures peu aimables et même espiègles de la mythologie nordique. Au fil du temps, les descriptions confuses et vagues ont conduit à la catégorisation des «trolls laids» comme des créatures disgracieuses, brutales et stupides qui vivaient isolées dans les montagnes et les grottes.

Lieu symbolique : Le fantastique jardin des Tarots en Toscane

Niki de Saint Phalle, 1964 © Erling Mandelmann

Le jardin des Tarots est un environnement d’art constitué de sculptures monumentales et situé à Garavicchio de Pescia Fiorentina, une frazione de Capalbio en Toscane, en Italie. Il a été créé par l’artiste française Niki de Saint Phalle, pseudonyme de Catherine Marie-Agnès de Saint-Phalle (1930-2002) plasticienne, artiste peintre, graveuse, sculptrice et réalisatrice de films franco-américaine.

Gaudí, en 1878

En 1955, en visitant l’Espagne, Niki de Saint Phalle découvre l’œuvre de l’architecte catalan de nationalité espagnole et Antoni Gaudí i Cornet (1852-1926) et notamment le Parc Güell, à Barcelone. Cette découverte, qui la bouleverse, la conduira un jour à créer son propre jardin de sculptures en utilisant divers matériaux et objets de récupération, éléments essentiels de son art.

Basé sur les vingt-deux arcanes du jeu de tarot, il a été réalisé entre 1979 et 1993. Construit avec la participation initiale du mari de l’artiste, le sculpteur Jean Tinguely – qui fit les structures –, et avec l’aide de nombreux ouvriers, il fut ouvert au public en 1998.

Le jardin, à forte composante ésotérique, comprend les vingt-deux arcanes majeures du tarot :

  • le Magicien (avec sa main recouverte de miroirs, et dont l’intérieur de la tête a été peint par l’artiste anglais Alan Davie) ;
  • la Grande Papesse (hommage aux Jardins de Bomarzo). Avec, au centre d’un bassin, la Roue de la Fortune et ses jets d’eau ;
  • la Force (figure féminine dominant la force brutale d’un dragon) ;
  • le Soleil (un oiseau posé sur un arc de cercle) ;
  • la Mort, chevauchant un cheval ;
  • le Diable, le Monde, le Fou ;
  • le Pendu (situé à l’intérieur de l’arbre de vie) ;
  • la Justice (figure féminine) ;
  • l’Injustice (machine enfermée dans la Justice) ;
  • les Amants (Adam et Ève en pique-nique) ;
  • l’Ermite, La Tour ;
  • l’Empereur (représenté à l’intérieur d’un château) ;
  • la Luxure (une fontaine avec des femmes jouant dans l’eau) ;
  • l’Impératrice (sculpture de 15m de hauteur dont l’intérieur est entièrement aménagé en appartement recouvert de mosaïque de miroirs – c’est ici qu’a vécu et travaillé Niki de Saint Phalle durant la réalisation du Jardin) ;
  • le Chariot, l’Étoile, le Jugement.

Les arcanes majeurs du tarot de Marseille représentent un ensemble d’enseignements à partir desquels l’individu construit sa personnalité et acquiert de l’expérience. En nombre de 22, ces cartes représentent un cycle dans lequel l’individu se construit et développe des compétences. Chaque arcane majeur possède un numéro allant de 1 à 21, à l’exception du Mat qui représente un personnage dénué de toute expérience.

Celui-ci entame un voyage initiatique vers le Monde (21), un parcours durant lequel il sera confronté aux enseignements du tarot de Marseille. Celui-ci constituera son chemin de vie. Ces « cartes » sont traduites en de très colorées et imposantes sculptures, dont certaines atteignent quinze mètres (et sont habitables), recouvertes de céramiques polychromes, de mosaïques de miroir, de verres précieux, réalisés avec l’aide d’artisans locaux.

Le Pendu

Les sculptures ont été construites en béton recouvrant une armature métallique soudée à la main. Ceci rend, entre autres, ces maisons-sculptures, antisismiques. L’auteur ainsi que son mari y ont vécu une longue période et les ont expérimentées.

Un mur ceint le parc pour séparer les visiteurs de la réalité du paysage environnant. Le porche d’entrée circulaire est dû à l’architecte tessinois Mario Botta.

Niki de Saint Phalle

La construction du Jardin fut entièrement financée par la vente des autres réalisations artistiques de Niki de Saint-Phalle.

Le cadenas de la Justice

Les influences

Avec la réalisation de son jardin fantastique, pendant plus de 20 ans, la sculptrice et peintre Niki De Saint Phalle concrétisa un de ses rêves de jeunesse.

La devise de l’artiste

Bien sûr, on ne peut manquer de relever les similitudes et références du Jardin des Tarots avec l’œuvre de Gaudí ou encore avec celles du Parco dei Mostri (Parc des monstres) situé à Bomarzo.

Et, plus globalement, c’est avec les Environnements d’art populaire comme celui du Facteur Cheval que l’on peut y voir une parenté. Niki de Saint-Phalle écrivit à Jean Tinguely, évoquant le début de leur rencontre (après 1962) : « Je te parlais de Gaudi et du Facteur Cheval que je venais de découvrir et dont j’avais fait mes héros : ils représentaient la beauté de l’homme, seul dans sa folie, sans aucun intermédiaire, sans musée, sans galeries. Je te provoquai en te disant que le Facteur Cheval était un bien plus grand sculpteur que toi. « Je n’ai jamais entendu parler de cet idiot, dis-tu. Allons le voir tout de suite. » Tu insistais. C’est ce que nous fîmes et la découverte de ce créateur marginal t’apporta une immense satisfaction. Tu fus séduit par la poésie et le fanatisme de ce petit postier qui avait réalisé son rêve immense et fou. » Lettre à Jean Tinguely, in Catalogue d’exposition, Musée d’Art moderne de la ville de Paris, 1993, p. 153.

Watts Towers

Tous les deux, ils visitent ensuite les Watts Towers à Los Angeles. Ces découvertes amèneront la réalisation du Cyclope de Tinguely, et la mise en œuvre du Jardin des Tarots. Niki de Saint-Phalle parle de ces influences :

« Ces œuvres m’ont profondément inspirée, alors qu’elles n’étaient pas considérées sérieusement par les autres artistes qui les voyaient comme du « Folk Art ». Je me suis identifiée à elles, je me suis sentie moi aussi comme une outsider parmi les autres artistes. Je n’ai jamais suivi d’école d’art et je suis autodidacte. Je considère ces gens comme mes professeurs et mes maîtres et je me sens beaucoup plus proche d’eux que de mes contemporains. » Lettre à Barbara Freeman, 19 juillet 1991, citée par Carol S. Eliel et B. Freeman, in « Contemporary Artists and Outsider Art ».

La fondation

Selon la volonté de Niki de Saint-Phalle, le jardin est actuellement géré par une fondation privée, la Fondation le Jardin des Tarots. Cette dernière gère les recettes afin de pallier les soins constants d’entretien que le parc nécessite. Conformément aux vœux de l’auteur, l’accès au parc est gratuit certains jours dans l’année, et peu de publicité est faite afin d’éviter un afflux massif de visiteurs, lui garantissant ainsi sa mystérieuse singularité.

Proposition des bibliographies, pour aller plus loin :

  • Marella Caracciolo Chia, Jill Johnston, Giulio Pietromarchi (trad. de l’anglais), Niki de Saint-Phalle et le jardin des tarots, Paris, Éditions Fernand Hazan, 2010, 255 p. ;
  • Mélanie Gourarier, Niki de Saint-Phalle le jardin des tarots, Paris, Actes sud, 2010, 120 p. ;

Gwenaëlle Aubry, Saint Phalle. Monter en enfance, Paris, Stock, 2021, 283 p.

Sources : Sites jeu de Tarot ; Wikipédia

Niki de Saint-Phalle et le jardin des tarots, Pbaris, Éd. Fernand Hazan, 2010

L’histoire du mot « complotisme » avec le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey

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Découvrez l’histoire du mot « complotisme » racontée par Bérengère Baucher, directrice éditoriale aux Éditions Le Robert. Retrouvez tout l’univers du Dictionnaire historique de la langue française par Alain Rey sur le site le Robert.

La méthode pour démonter une théorie du complot

Comment démonter une théorie du complot ? Spicee propose une méthode en trois points fondée sur la provenance de l’information, la qualité de la théorie et la logique de l’explication. Merci à SPICEE

20 oracles et tarots pour tirer les cartes comme une pro

De notre confrère elle.fr – Par Marion Surateau

On vous a tiré les cartes lors de votre dernière soirée et vous en êtes restée bouche-bée ? Vous avez toujours voulu apprendre l’art délicat de la cartomancie ? Vous êtes au bon endroit.

De nos jours, on ne dit pas « faisons une belotte » à l’apéro mais « je te tire les cartes entre deux planches de fromage » : et on ne sait pas vous, mais nous, on trouve ça beau. Encore faut-il avoir un jeu de cartes qui nous corresponde vraiment. Plutôt oracle original ou classique Tarot de Marseille ? Que vous n’ayez jamais tenu des cartes dans vos mains (autres que celles d’un Uno) ou que vous possédiez déjà une belle collection, nous sommes certaines que vous trouverez chaussure à votre pied dans cette sélection aux petits oignons. 

COMMENT CHOISIR UN ORACLE OU UN TAROT ?

Quelle différence entre oracle et tarot, quel tarot choisir, une fois renseignée sur le béabas de la cartomancie, vous pouvez démarrer votre shopping. Et côté jeux de cartes, il y a vraiment de quoi vous amuser. La plupart des librairies et enseignes culturelles vendent aujourd’hui de nombreux decks (jeux de cartes), alors impossible de ne pas trouver celui (ou ceux) qu’il vous faut. 

Qu’il s’agisse d’une revisite d’un classique comme avec le « Tarot Rider Smith » de Caroline Drogo ou d’une variante animale comme avec le « Tarot du pouvoir des chats » de Thiago Corrêa et Catherine Davidson. Pour celles qui raffolent des interprétations plus « arty », vous trouverez votre bonheur du côté du « Tarot Del Fuego » de Ricardo Cavolo ou encore du « Tarot du bien-être » de Claire Goodchild. 

Pour ce qui est des oracles, toutes les excentricités sont permises : oracle de la mer, des autrices célèbres et même des vies antérieures. Peu importe le thème, le tout est de se laisser guider par les images et les symboles, comme pour un test de Rorschach. Attention : tirer les cartes est addictif et vous n’êtes pas à l’abri de quelques achats compulsifs. De rien.

TAROT RIDER WAITE SMITH DE CAROLINE DROGO

Tarot Rider Waite Smith de Caroline Drogo

LE TAROT DE NÉFERTARI

Le Tarot de Néfertari

TAROT LE POUVOIR DES CHATS

Tarot Le pouvoir des chats

TAROT DEL FUEGO

Tarot Del Fuego

LE TAROT DU BIEN-ÊTRE

Le Tarot du Bien-être

L’ORACLE DU TROISIÈME OEIL

L'Oracle du Troisième Oeil

L’ORACLE DES VIES ANTÉRIEURES

L'Oracle des vies antérieures

RUNES : L’ORACLE – LA SAGESSE DES ANCIENS POUR LES QUESTIONS DU QUOTIDIEN

Runes : l’Oracle - La sagesse des anciens pour les questions du quotidien

ORACLE DES SORCIÈRES DE LA LITTÉRATURE

Oracle des sorcières de la littérature

L’ORACLE DE LA VOIX DES ÂMES

L'Oracle de la voix des âmes

ORACLE DE LA DÉESSE SAUVAGE

Oracle de la Déesse Sauvage

COFFRET ORACLE DE LA LUMIÈRE

Coffret Oracle de la Lumière

ORACLE LE CHANT DE L’ÂME

Oracle Le Chant de l'âme

ORACLE DE LA PUISSANCE INTÉRIEURE

Oracle de la puissance intérieure

ORACLE L’ÉNERGIE DE LA MER

Oracle l'Énergie de la mer

L’ORACLE DE LA COMMUNICATION ANIMALE

L'Oracle de la communication animale

L’ORACLE DES GARDIENNES DU CIEL

L'Oracle des Gardiennes du ciel

ORACLE MAGIE DE LA NUIT

Oracle Magie de la nuit

ORACLE ÉVEIL ALCHIMIQUE

Oracle Éveil Alchimique

ORACLES DES DIEUX ÉGYPTIENS

Oracles des Dieux Égyptiens

Naissance de la Franc-Maçonnerie en Grande Bretagne, par Michel Warnery

Michel Warnery, pour les lecteurs de 450.fm, n’est pas un inconnu… Nous dirions même qu’il est un frère bien connu du journal !

En effet, le 23 décembre 2021, nous avions publié la recension de son dernier ouvrage Le Roi du Monde – Une élection présidentielle aux USA (Éd. ECE-D, 2020) https://bit.ly/3Uh0bqb

Initié le 25 mars 1959 à la GLNF, Michel Warnery vécut une partie de sa jeunesse en Angleterre, en Allemagne et au Mexique. Ancien élève de l’ESCP Business School (anciennement École supérieure de commerce de Paris), il reprend les activités de l’entreprise familiale et crée sa propre affaire et devient responsable de la diffusion en France de la production d’entreprises allemandes. Admirateur de Kipling et de Gandhi, il a travaillé en France avant de se retirer en ses sources vaudoises puis de revenir vivre à Paris. Après plus de soixante années de pratique ininterrompue de l’Art Royal, tant en France qu’en Suisse – au sein de la Grande Loge Suisse Alpina –, Michel a pratiqué de nombreux rites et a accédé aux grades les plus élevés desdits rites. Il garde un regard amusé sur l’Institution… Diversifié et brillant penseur doublé d’un observateur fin de la société humaine, il a signé plusieurs ouvrages à succès : Le Livre de l’Immortel (Desclée de Brouwer, 1999), Petits Crimes à la Grande Loge (Galodé, 2015), et de L’Auréole des Justes (Les Impliqués éd., 2018).

 Il est, par ailleurs, correspondant pour la France du Groupe de Recherche Alina (GRA), association créée à Berne en 1985 et qui a pour but de réunir des frères Maîtres francs-maçons ayant intérêt à la recherche dans les domaines du symbolisme, des rituels, de la philosophie, de l’histoire, de la littérature et de l’art, mais aussi de la prospective en Franc-maçonnerie. Le GRA publie la revue Masonica. En juin dernier, elle fêtait son 50e numéro, un spécial jubilé !

Souvenons-nous aussi de son rocambolesque roman, préfacé par Roger Dachez, Règlements de comptes à la Grande Loge (Cépaduès, 2016). Nous dirions maintenant un thriller ésotérique, dont l’action se déroule au sein d’une grande obédience maçonnique. Un pamphlet ironique d’une situation possible pouvant survenir à tout moment dans une communauté humaine, avec ses faiblesses et ses forces… Un récit où toute ressemblance avec des personnages existants ne serait pas purement fortuite !

Notre très cher et bien-aimé frère Michel souhaite nous offrir son travail sur « Il était une fois la Grande Bretagne ». Ayant pour sous-titre « Rapport historique entre l’Institution maçonnique et le développement du Royaume Uni à travers le monde, suivi de la création du Commonwealth et celle des États-Unis ». Un sujet historique passionnant.

Johanne Scottu Eriugena

Qu’il soit, ici et maintenant, remercié de ce partage. Une planche – discours ou encore Morceau d’Architecture (selon le rite) – donnée le 3 septembre dernier au sein de la respectable Loge Jean Scot Érigène N° 1000, loge d’études et de recherche de la Grande Loge de France, plus ancienne loge de recherche car créée en 1985. Elle est actuellement dirigée avec maestria par Christophe Bourseiller, journaliste, écrivain et acteur de cinéma et de théâtre.

Voici son travail. Donc, Once upon a time*…

« A.L.G.A.D.L.U. – V.M. & vous tous mes F.F.

Il était une fois la Grande Bretagne.

Je me propose ce matin d’aborder – schématiquement – un sujet historique.

Première remarque : La création de l’institution maçonnique, telle que nous la connaissons et la pratiquons, hic et nunc, est contemporaine du Siècle des Lumières. Je ne vous apprends rien.

Seconde remarque : cette institution est britannique à l’origine.

On est en droit de se poser la question : Pourquoi ?

Je vais essayer de répondre.

Rappelons sommairement qu’à la fin moyen-âge , au XIIe & XIIIe siècle, la scolastique née de la philosophie des Présocratiques, inspira la théologie néotestamentaire et assura le pouvoir de Rome sur l’ensemble de la chrétienté.

C’est aussi l’époque où les contributions financières privées permettent l’édification des cathédrales gothiques en Europe. Ne regrettons rien , cela valait la peine.

Souvenons-nous aussi qu’une large majorité des peuples européens est inculte, analphabète, et que l’enseignement de l’Église doit être à sa portée.

Ainsi voyons-nous des représentations dessinées sous forme de vitraux étincelants sur lesquels apparaissent les scénographies sacrées inspirées de la Bible ; rappelons au passage la célèbre tapisserie de Bayeux, illustrant le débarquement en Angleterre de Guillaume, duc de Normandie et qui est une « bande dessinée » brodée, de 70 m. de long sur 50 cm. de hauteur, une des plus célèbres de l’Histoire.

C’est encore donc l’époque où le clergé de l’Église dirige, encadre des esprits simples, juge du bien et du mal, reçoit les « pêcheurs » en confession et laisse entrevoir un espoir de rédemption, pratique qui doit avoir pour effet de moraliser les comportements.

Jusque-là, rien de répréhensible, bien au contraire.

Le temps passe…

Nous sommes maintenant, à la fin du Moyen Âge et à l’orée de la Renaissance.

L’Église romaine, toujours omniprésente, bénéficie de dons qui lui permettent de financer ses investissements et ses dépenses.  On le comprend.

En 1508, au début du XVIe siècle, à l’emplacement où avaient été édifiés au IVe siècle le cirque de Néron et de Caligula, à Rome, et où les premiers pèlerins venaient rendre un culte à Saint Pierre, le chantier de la basilique de Saint Pierre de Rome est ouvert à l’initiative de l’empereur Constantin 1er qui voit là une façon d’asseoir son pouvoir sous couvert de propager la foi chrétienne.

Bien entendu, on nous raconte que Constantin avait eu un rêve : Le Christ lui garantissait la victoire dans ses entreprises s’il combattait en chrétien. On n’a jamais lu nulle part dans le Nouveau Testament le Christ encourager à la guerre. Mais là encore passons…

La nécessité financière d’une telle entreprise – celle de l’édification de Saint Pierre de Rome – implique une levée de fonds et l’Église qui appellera à la générosité des Chrétiens en échange de laquelle Elle se montrera indulgente lors de la confession des péchés des gens fortunés. C’est ce qu’on appellera le commerce des « indulgences ».

United Grand Lodge of England

Là, c’en est trop. L’Église régulière s’oppose à l’Église séculière et un frère augustinien se révolte. Martin Luther affiche sur les portes de l’église de Wittenberg, petite ville de Saxe Anhalt, ses 95 thèses qui seront le détonateur de la Réforme. Nous sommes en octobre 1517.

Pendant ce temps, que se passe-t-il de l’autre côté de la Manche ?

Au début du XVI° siècle, en 1509, le truculent et sanglant Henri VIII est couronné.

A la suite de difficultés matrimoniales qu’il ne convient pas de détailler ici, le roi se sépare de Rome, renie la religion catholique et fonde la sienne propre dont il devient le chef, remettant toutefois le pouvoir exécutif à l’archevêque de Canterbury.

L’Histoire de la Grande Bretagne devient tumultueuse.

Elle est ponctuée de conflits permanents entre l’Angleterre et l’Écosse. Qu’ils soient religieux, culturels ou politiques.

Un siècle plus tard, Cromwell tentera une révolution démocratique qui échouera laissant place au retour d’une royauté contrôlée par un Parlement donnant le pouvoir au peuple.

C’est un changement radical. Nous allons tenter de voir pourquoi, et surtout où cela conduit.

Rappelons juste que ladite Grande Bretagne se compose de quatre entités : l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande et le Pays de Galles.

L’île d’Irlande, elle, est un monde à part. Séparée en deux, c’est devenu – beaucoup plus tard – au sud une république, depuis 1937, et qui est depuis 1973 membre de l’Union européenne, alors qu’au nord,  l’Ulster reste membre du Royaume Uni.

Le temps nous manque pour évoquer ici et tenter de comprendre l’inextricable complexité confessionnelle, politique, culturelle des composantes de ce qu’il est convenu d’appeler paradoxalement le Royaume Uni.

Toutefois remarquons que certains esprits éclairés ont trouvé le moyen de concilier cet ensemble hétéroclite.

Ce sont ceux qui, dès le début du XVII° siècle, d’abord en Écosse, puis en Angleterre, ont conçu l’esprit de ce qui sera une Société où l’on simulera le mythe de la mort et de la résurrection symboliques du vieil homme devenant ainsi l’homme nouveau. Catharsis nécessaire à l’ouverture de la pensée.

Édimbourg

La Franc-Maçonnerie est née, et cette partie du rituel – la mort symbolique d’Hiram et la renaissance de l’impétrant -, ce moment fondamental du rite, quels que soient les rituels, devient le point central de la quête maçonnique.

Il y aura un avant et un après la mort d’Hiram, en l’occurrence, de l’impétrant. Mort symbolique s’entend.

Après avoir été frappé au front et tué, « le maître est retrouvé et il reparaît aussi radieux que jamais ».

Cette remarque est fondamentale, c’est la clé de voûte de la Franc-maçonnerie.

Il s’agit bien là de la Renaissance de l’être nouveau.

Grande Loge d’Écosse

Ces réunions d’hommes ou de femmes, quels que soient leur situation personnelle, leur religion, la couleur de leur peau, leur appartenance politique, ne se sépareront plus avant d’avoir formé la chaîne d’union qui en fait des frères, quel que soit l’endroit sur la terre où ils se seraient réunis.

De ce symbole très fort est né la Franc-Maçonnerie en Grande Bretagne.

Que cette institution ait été créée là où les conflits politiques, culturels ou religieux n’ont pratiquement jamais cessé de faire couler le sang, peut sembler, en effet, paradoxal, mais elle est au contraire le résultat d’une prise conscience de l’inanité de ces conflits qui opposèrent les êtres humains de cette nation hétéroclite, et plus spécialement de la situation politique qui en résultait.

La meilleure définition de la Franc-Maçonnerie, à mon avis, nous est donnée dans le rituel d’instruction du 1er degré du R.E.A.A. tel qu’il est pratiqué à la G.L.N.F., obédience toujours reconnue par la G.L.U.A. : « C’est une Alliance Universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler ensemble au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ».

On a tout dit.

L’esprit de la Franc-Maçonnerie a, dès lors, imprégné la philosophie de la Grande Bretagne.

Et c’est en effet à partir du début du XVIIe siècle que ce petit archipel européen est sur le chemin de devenir la première puissance mondiale.

Je pense qu’il n’y a là pas de hasard.

Qu’on en juge et qu’on se souvienne du fameux « Coup de Trafalgar » qui fut en 1805 à l’origine de la chute de Napoléon 1er.

Après avoir vaincu l’Espagne et la France sur les mers, la Grande Bretagne partira à la conquête du monde.

Commonwealth

Il n’y a pas d’autres solutions pour une nation insulaire que celle de posséder la marine la plus puissante, et la conquête des pays qui formeront plus tard le Commonwealth est dès lors engagée.

Cette domination planétaire, le Commonwealth, est constitué de cinquante-quatre États dont le souverain britannique est le roi ou la reine, qu’il couvre quelques trente millions de km², qu’il est peuplé de plus ou moins deux milliards six cents millions d’habitants et qu’on s’y exprime en langue anglaise, (même si un nombre considérable de vernaculaires locaux sont naturellement utilisés).

Nous pourrions y ajouter les États-Unis d’Amérique du nord, imprégnés d’esprit britannique, même si une grande partie de sa population est d’origine diverse (européenne, africaine ou asiatique). Les premiers mots de sa Constitution sont : « We, the people ». Il s’agit donc bien d’une démocratie (autorité du peuple), qui plus est, de langue anglaise.

Certes, il serait erroné de croire que cette conquête aurait été le fruit de l’altruisme ou de la générosité des Britanniques. Cependant, c’est avec ces pays qui n’ont, pour la plupart, aucune structure démocratique que les Britanniques entreront en rapport étroit et durable et leur imprimeront leurs institutions… certes pas gratuitement puisqu’il s’agissait aussi de faire des affaires.

Après, les Britanniques poursuivront par la création d’un certain nombre de think tanks (groupes de réflexion), comme nous disons aujourd’hui : The Millner Group, la Table ronde au sein desquels nous trouvons de nombreux Francs-Maçons qui s’appliqueront à instituer une forme d’Humanisme moderne d’où toutes formes de politique ou d’appartenance religieuse seront exclues et qui contribueront à la création de l’Empire britannique, lequel deviendra une structure confédérale en 1931, revue sous sa forme actuelle en 1941,  la seconde guerre mondiale n’y étant pas étrangère.

Dès lors, « l’Esprit » de la Franc-Maçonnerie imprimera de manière sous-jacente l’ensemble des États constitutifs de cette totalité, fortement imprimé de culture britannique. Tous les pays du Commonwealth créeront des Grandes Loges où seront initiés les dignitaires locaux.

La Franc-Maçonnerie aura ainsi une influence sous-jacente, indirecte, comme antidote à l’acharnement des nations dites unies à s’étriper gaillardement.

De manière sous-jacente aussi, l’Esprit de la Franc-Maçonnerie aura imprégné le comportement des Britanniques dans le monde.

Dans un excellent ouvrage publié en anglais : « Builders of Empire : Freemasons and British Imperialism 1717-1927 » , on peut lire ce passage introductif, tel que je l’ai traduit de l’original :

Sydney, Australie

« En 1827, un certain John Stephen, officier de police, avait émigré en Nouvelle Galles du sud, à Sydney, moins d’une année auparavant. Pendant ce temps, dans une lettre, il remarquait que, devant l’afflux quasi quotidien d’immigrants venus d’Angleterre qui avaient été admis dans des loges, beaucoup d’entre eux s’étaient trouvés devant la nécessité d’être soutenus en qualité de voyageurs. De ce point de vue, la Franc-Maçonnerie avait acquis la réputation d’être une institution qui offrait à ses membres un passeport pour d’innombrables bénéfices rendus dans toutes les parties de l’Empire et, en vérité, dans le monde entier. Dans un second temps, Stephen prît conscience que cette fraternité avait un rôle à jouer pour renforcer l’Empire britannique. Bien que ce qu’écrivait Stephen concernait cette partie particulière de l’Empire. Il s’agit là de l’Australie, bien sûr.

Ainsi, dès le milieu du 18ème siècle, la fraternité devint une institution globale. Une par une, les loges s’implantèrent à travers les Îles britanniques, l’Europe, l’Empire britannique atlantique et bientôt plus largement au monde entier.

Freemasons’ Hall, London

En 1752, les Grandes Loges d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande avaient reconnu des loges au Bengale, à Gibraltar, en Pennsylvanie, en Nouvelle Écosse, à New-York, au Newfoundland, en Turquie, à Rhode Island et au Connecticut.

Des Grands Maîtres provinciaux furent mandatés aux East-Indies, aux colonies d’Amérique du Nord, Montserrat, Antigua, Barbados et la Jamaïque.

Dans la seconde moitié du siècle, d’autres loges furent créées. Pendant ce temps, la Maçonnerie s’était répandue en dehors de l’Empire : en Guyane hollandaise, en Afrique du sud, à Sumatra, en Chine, en Floride, à Ceylan, en Argentine.

Elle s’était aussi étendue en Europe sous ses différentes formes dans l’empire français, les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal. »

Dès lors, la Maçonnerie devient universellement un lien fraternel et humaniste empathique dont les textes rituels doivent être compris de façon anagogique, c’est-à-dire en dépassant le sens littéral pour accéder à un sens spirituel.

Dieu, Grand Architecte de l’Univers, dans une enluminure médiévale (c. 1250)

La Franc-Maçonnerie devient ainsi une religion (dans le sens de relier) internationale, humaniste et spirituelle, indépendante de toute confession et reconnaissant le Créateur sous la forme indéfinie de G.A.D.L.U.

Afin de tenter de répondre à la question posée au début de cette étude : « Pourquoi la Franc-Maçonnerie est-elle essentiellement britannique ? », je dirais tout d’abord qu’elle est liée directement à l’expansion de cette nation dans le monde au XVIII° & XIX° siècles.

Les sociétés, organisations, ou Groupes de réflexion britanniques, tels que : The round table, the Council of foreign relations, the Center for public Integrity qui rassemblaient les élites des pays y participant, universitaires devenus personnalités politiques, lesquels inspirèrent le développement du Commonwealth furent, dans leur grande majorité, des hommes initiés dans l’esprit de la fraternité universelle, autrement dit des Francs-Maçons.

Blason GL d’Irlande

Il serait inutile et lassant de tous les citer. Juste quelques noms qui pourraient vous être familiers : Lord Rothschild, Winston Churchill, Franklin Roosevelt et bien d’autres Présidents des États-Unis, mais aussi d’autres personnages qui jouèrent un rôle édifiant dans la construction de l’Empire britannique, que ce soit sous son aspect politique en implantant la démocratie et le parlementarisme dans les pays conquis, que sous son aspect économique.

Je recommande à ceux que cela intéresse un livre publié hélas en anglais : « Builders of Empire » et, hélas, pas encore traduit.

Je vous donne la traduction de la quatrième de couverture descriptive de l’ouvrage :

Dans cette première étude de la relation entre la Franc-Maçonnerie et l’impérialisme britannique, l’auteur emmène le lecteur dans un voyage à travers deux siècles et cinq continents, démontrant que, dès lors qu’elle quitta les rivages de la Grande Bretagne, la Franc-Maçonnerie fut à l’origine de la cohésion de l’Empire britannique. Alors qu’elle s’étendit en Europe, dans les Amériques, en Asie, en Australie et en Afrique, les prétentions du groupe à la fraternité cosmopolite furent mises à l’épreuve. L’auteur examine le rôle de la fraternité de nombreux développements coloniaux et simultanément l’impact de l’Empire sur la fraternité. Dans ce processus, il aborde les questions de la mondialisation, des identités supranationales, du pouvoir impérial, du fraternalisme et de la masculinité.

On peut donc sans crainte affirmer que ce qu’on appelle « l’Esprit » de la Franc-Maçonnerie a eu une influence déterminante sur l’évolution du monde moderne occidental, ainsi que les pays qui furent à un moment ou à un autre sous la tutelle britannique, même si, bien entendu, sa pratique ait pu différer selon les cultures de ces pays…

So mote it be !**

J’ai dit V.M. »

NDLR : * Il était une fois

**Qu’il en soit ainsi !

Fragment d’histoire du Compagnonnage n°18

Collectif – Musée du Compagnonnage de Tours, 2021, 140 pages, 23 €

Avec un format (21×30 cm) supérieur à celui d’un magazine standard et même de qualité supérieure, cette livraison du Musée du Compagnonnage de Tours date du dernier trimestre 2021.

Un numéro 18 de belle facture, à en juger par les plumes qui ont collaboré à cet opus : Virginie Tostain, directrice du musée ; Nicolas Adell, Maître de conférences en notre apologie à l’université de Toulouse – Jean Jaurès ; Jean PhilipponBordelais, la Constance reçu compagnon cuisinier des Devoirs Unis en 1988 à la cayenne de Lausanne (Suisse) ; Frédéric Thibault, compagnon tailleur de Pierre des Devoirs Unis (Union Compagnonnique), reçu en 2004 sous le nom de Provençal, la Quête du Savoir ; Christian Dumolard, diplômé en sciences politiques et en sociologie, passionné par le symbolisme en architecture profane et sacré et Bernard Brangé, passionné par l’histoire de l’art médiéval et responsable des guides ‘’Accueil-Jeunes ‘’ à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais aussi par un sommaire riche et attrayant :

Virginie Tostain, photo®J-H.Machinal

–     Dossier Alphonse Fardin :

Focus « Alphonse Fardin, Normand le Bien Aimé du Tour de France »

Alphonse Fardin, compagnon-poète

L’Ère Nouvelle du Devoir (1854-1889) : histoire d’une scission dans le Compagnonnage des cordonniers-bottiers

–    Le testament de Napoléon Gaillard

–    Manifeste pour les plaques compagnonniques commémoratives des flèches de Notre-Dame de Paris, de la Sainte-Chapelle et de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans au XIXe siècle

Frédéric Escolle (1815-1902), dit Joli-Cœur de Salernes

–    Éphémérides :

24 septembre 1911 : Inauguration du premier musée compagnonnique de Tours

3 décembre 1991 : Disparition de Roger Lecotté

–    Quelques nouvelles du musée…

Napoléon Gaillard dit Nîmois le Loyal, compagnon du Devoir

Dans son avant-propos, Virginie Tostain exprime combien l’équipe du musée a, avec bonheur, le plaisir de travailler depuis plus de 50 ans, main dans la main avec les compagnons de tous les Devoirs. Elle est d’ailleurs elle-même rédactrice, en partie, du dossier consacré à Alphonse Fardin

Le temple compagnonnique

(1859-1929), Normand le Bien Aimé du Tour de France, compagnon cordonnier-bottier et membre de l’Académie normande. Le « fonds Fardin » – manuscrits, poèmes, pièces de théâtre, souvenirs du tour de France – est une précieuse donation de Martine Auroy-Nicoud faite au musée. Ce compagnon suit les pas d’Agricol Perdiguier (1805-1875), compagnon menuisier du tour de France dit Avignonnais la Vertu, écrivain et député, du poète, chansonnier et pacifiste Frédéric Escolle (1815-1902), dit Joli-Cœur de Salernes, Compagnon Étranger tailleur de pierre et de Napoléon Louis Guillaumou (1834-1905), qui fut, avant sa carrière politique, comme son père et ses trois frères, compagnon cordonnier du devoir, prenant à son tour la plume et le crayon. Il laisse une magnifique lithographie allégorique du temple compagnonnique.

Fardin, détail du dessin original

En noir et blanc, elle représente un temple compagnonnique avec ses colonnes et son fronton. Sur ce dernier sont représentés les trois fondateurs légendaires du Compagnonnage, à savoir le roi Salomon, le père Soubise et Maître Jacques.

Frédéric Thibault

Sinon, notre attention été retenue par l’article de celui que vous connaissez déjà tous grâce à notre article « Il taille réellement sa pierre, lui ! Son nom… Frédéric THIBAULT » du 22 juillet dernier https://bit.ly/3fsxaZQ.

Napoléon Gaillard

Ici, il nous instruit sur « Le testament de Napoléon Gaillard », cordonnier ayant participé en 1871 à la Commune. Napoléon Gaillard (1815-1900), dit aussi « Gaillard père » ou encore surnommé « Château Gaillard » en raison de sa taille imposante, a participé à l’érection d’une barricade place de la Concorde.

Sinon, près de 55 pages, tel un dossier central – « Manifeste pour les plaques compagnonniques commémoratives des flèches de Notre-Dame de Paris, de la Sainte-Chapelle et de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans au XIXe siècle » – écrit à quatre mains par deux érudits et passionnés que sont Christian Dumolard et Bernard Brangé, nous en livre tous les secrets ou presque… Après une introduction présentant les trois édifices, le premier des quatre chapitres extrait de « L’entrepreneur charpentier Auguste Bellu » – État civil, travaux, restauration de la flèche de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, puis de celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris, des accidents de chantier à Notre-Dame de Paris et d’Auguste Bellu dans le monde. Le deuxième chapitre parle du « Gâcheur Georges ». La définition de ce métier, peu connu contrairement à celui d’architecte, est donnée par Viollet-le-Duc dans son « Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XXIe siècle au XVI e siècle, Tome 9, article « Trait », p. 197 (Paris, Éd. A.Morel, 1863) source, Gallica : « C’est ainsi que l’on désigne l’opération qui consiste à dessiner, grandeur d’exécution, sur une aire, les projections horizontales et verticales, les sections et rabattements des diverses parties d’une construction, de telle sorte que […] le gâcheur (puisse) faire tailler les pièces de bois qui constituent une œuvre de charpenterie. » Quant au troisième chapitre, il nous éclaire sur « Les symboles écrits sur les plaques » puis un dernier que « Le contexte dans lequel s’insèrent ces restaurations ».

Bernard Brangé

Après l’« Éphémérides », les « Quelques nouvelles du musée… » terminent harmonieusement cette remarquable et très belle revue. En rappelant ce qui s’y est passé en 2020- 2021 – nouveaux espaces d’exposition, , l’exposition temporaire « Le Compagnon et son chef-d’œuvre », et pose la question de savoir à quand le nouvel accès est la nouvelle boutique.

Rappelons que les Fragments d’histoire du Compagnonnage sont disponibles à la boutique du musée du compagnonnage de Tours, sur la boutique en ligne du site Internet https://www.museecompagnonnage.fr/boutique/410

Mais attention, les numéros 9, 10, 14 et 15 sont épuisés. Les pages 138 et 139 se font l’écho des sommaires de la revue depuis sa première parution en 1998

Mot du mois : Scrupule

1

Le mot latin *scrupus est concrètement le petit caillou pointu coincé entre la semelle de la sandale et le talon du légionnaire romain. Très désagréable sensation qui ralentit sa marche et l’obnubile au point de ne plus garder le rythme et de le forcer à s’arrêter pour se débarrasser de l’intrus.

Même si le mot est peu employé, le philosophe et penseur politique latin Cicéron (106-43 av. JC.) en infère, au sens figuré, l’angoisse et le souci, dont il affirme (République, 13, 26) qu’en sont taraudés les méchants pleins de malice et de fourberie déchirés de remords, à l’inverse de l’homme de bien, franc et ouvert, qui ne connaît pas la menace de la condamnation et des supplices.

La terminaison *-ulus, -culus sert à former des diminutifs, qu’on retrouve dans minuscule, opercule, animalcule, bascule. Le mot scrupule conserve sa valeur concrète initiale pour désigner la plus petite division d’une unité de mesure. À Rome, la 24e partie de l’heure. C’est aussi le 24e de l’once qui compte 24 grains, par exemple pour peser l’or, dont on conserve l’expression « de l’or à 24 carats ». Chez les apothicaires, on utilise un scrupule de rhubarbe. Comme on dit un soupçon de vinaigre ou une larme d’alcool.

Une petitesse inversement proportionnelle au désagrément qu’elle cause ou stigmatise, dans les expressions figurées.

Par exemple, le « lascar », mot persan et hindi, passé en arabe, désigne les soldats ou marins de mauvaise réputation argotique, peu scrupuleux, vauriens pleins de malice.

On voyait dans les eunuques, en Chine, des mercenaires sans scrupules parce que d’origine humble, qu’il fallait d’autant plus cantonner au palais.

Le scrupule a pris ensuite une acception morale de doute, d’hésitation dans la crainte de commettre une faute, de se montrer malhabile, importun.

Dans l’aire de la faute morale ou religieuse, le mot latin *religio désigne à l’origine le scrupule religieux vis-à-vis des dieux, qui amène à *re-legere, re-cueillir, rassembler, donc reprendre pour un nouveau choix, revenir sur une démarche antérieure. Par scrupule, on cherche à préciser un choix et la démarche qui l’accompagne. D’autant plus délicate et pointilleuse qu’elle s’assortit nécessairement d’une grande sévérité à l’égard de soi-même et des autres. Ce scrupule vous honore, dit-on.

Une correction minutieuse assez peu dans l’air du temps, parce que la lenteur et l’extrême précision ne sont guère au goût du jour.

Comment ne pas conclure avec Jean-Louis Bory qui, en 1973, écrivait dans Ma Moitié d’orange : « Je voudrais résister au complot des forces assoupissantes. Agir comme le caillou dans la chaussure oblige à reconsidérer la chaussure, le pied, la marche. Ecrire, c’est l’art de faire boiter. […] Bref, déranger. »

Légionnaire, caillou, scrupule… La Maçonnerie n’est-elle pas une école de cheminement ?

Annick DROGOU

Remercions le scrupule qui nous tient vivants, qui nous fait complètement humains. Si nous n’avions pas ce petit caillou dans la chaussure, cette écharde dans la chair, nous serions des anges, des créatures gazeuses. Vivent les scrupules qui nous tiennent corps, âme et esprit. Rien de pire qu’un être sans scrupule, dans l’illusion de sa toute-puissance, insouciant de lui-même, insoucieux des autres.

Comme le déboitement de hanche de Jacob après sa lutte avec l’ange, nos boiteries sont des bénédictions. Le scrupule ne doit pas nous empêcher d’avancer. Ne soyons jamais rongés par le scrupule comme par une culpabilité mal vécue. Avant qu’ils nous paralysent, apprivoisons nos scrupules, apprenons à mieux les connaître comme de bons compagnons de route qui nous rappellent sans cesse à la réalité et interdisent l’assoupissement.

Aucun dolorisme dans ce propos, pas de masochisme, mais tout simplement l’acceptation de notre humaine condition. Honneur à ceux qui vivent les petites douleurs de l’âge ou le handicap dans une force de vie et la dignité qui force l’admiration. Ceux-là savent ce que sont les scrupules : des appels à la légèreté, à la délicatesse et au courage. C’est reconnaître que l’autre est sacré, comme l’écrit l’auteur japonais Shusaku Endo, dans son magnifique roman Silence : « Le péché, ce n’est pas de voler et de mentir, c’est, pour un homme, de marcher brutalement sur la vie d’un autre, insoucieux des blessures qu’il laisse derrière lui ». Heureux les scrupuleux, les boiteux qui savent où ils mettent les pieds.

Jean DUMONTEIL

Regard sur… La Naturphilosophie

Vous avez dit Naturphilosophie ? Elle désigne un courant de pensée, essentiellement allemand. « Le concept germanique de Naturphilosophie, expression privilégiée du romantisme allemand, n’a pas d’équivalent linguistique en français ou en anglais ». La traduction littérale en français par l’expression « philosophie de la nature » en déformerait le sens, c’est pourquoi il est préférable de conserver son appellation Naturphilosophie non traduite.

Ce courant, dominé par la figure scientifique et philosophique de Schelling, apparaît en Allemagne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et se propage ensuite dans le reste de l’Europe, où il reste cependant discret. Ancré dans le contexte du romantisme et de l’idéalisme allemand, il vise à rendre compte de l’intégralité des phénomènes de toute nature, matériels et spirituels, avec l’ambition de dévoiler l’être total de la nature par la remise en cause de la frontière rigide entre la nature et l’esprit. Il s’appuie sur une vision organique et dynamique du monde, se présentant ainsi comme une alternative à la vision atomiste et mécaniste de la science moderne. Selon Antoine Faivre, « on ne peut comprendre la Naturphilosophie qu’en remontant jusqu’à la Physica sacra. Cette dernière est la connaissance de la nature qui présuppose que cette nature porte les signes du divin ».

La Naturphilosophie prétend donner une explication métaphysique aux récentes découvertes de la science, notamment en physique et en biologie. Les Naturphilosophen de l’époque, tels que Oken, disciple de Schelling, vont tenter de rendre compte de phénomènes physiques comme le magnétisme et l’électricité, ou plus tard, de phénomènes biologiques comme celui de la cellule vivante.

Définition du concept de Naturphilosophie

 Introduction à l’Esquisse d’un système de la Naturphilosophie, 1799

Selon Gilles Marmasse, la Naturphilosophie « désigne la science romantique de la nature » qui se développe avant tout dans les pays de langue allemande de la fin du xviiie siècle aux années 1830-1840. Elle introduit « des préoccupations philosophiques propres au postkantisme dans l’examen de la nature » et s’oppose à la science mécaniste d’inspiration galiléenne et newtonienne, dans la mesure où celle-ci privilégie les mathématiques, « se méfie de la métaphysique » et voit dans l’expérimentation le critère de la vérité scientifique, tandis que la Naturphilosophie, quant à elle, « considère son objet comme une totalité vivante » qui « doit être saisie de manière unitaire à l’aide des principes intellectuels a priori ». Herder est un précurseur de la Naturphilosophie où vont dominer ensuite les œuvres de Goethe, Baader, Novalis, Eschenmayer, Schelling, Ritter et Hegel. La philosophie de la nature reprend « la devise de Lessing léguée par Jacobi: hen kai pan » (« Un et Tout ») pour l’appliquer à la nature.

Les sources de la Naturphilosophie

« La Révolution française et la Doctrine de la Science de Fichte, ces événements que Friedrich Schlegel associait, provoquaient en Allemagne au tournant du xixe siècle, chez les penseurs et les étudiants un soulèvement des esprits, un tumulte confus d’idées et de rêves » écrit Xavier Tillette. C’est dans une atmosphère romantique et chargée de résonances religieuses et mystiques que se lève un courant de pensée fait « d’exaltation de la liberté et d’admiration pour la richesse de la raison humaine, et de volupté à la perspective d’une destination mirifique, vers le lieu où tout est pur, tout est intellectuel, l’Absolu sans rivages ». Kant participe indirectement aux origines de la Naturphilosophie , avec ses Premiers principes métaphysiques de la science de la nature où le couple attraction-répulsion, qui aura une grande postérité, en particulier chez Schelling, apparaît pour la première fois. Mais c’est avec Schelling que la Naturphilosophie se hisse au sommet de la métaphysique, le livre de la Nature étant d’après lui grand ouvert pour que nous y retrouvions l’histoire de notre esprit. La métaphysique ainsi renouvelée devait permettre de dépasser l’idéalisme transcendantal de Kant, qui interdisait les spéculations philosophiques sur la nature elle-même, du fait de la limitation de la portée de l’entendement au donné empirique.

Les thèmes de la Naturphilosophie

En réaction contre le mécanisme rigide de la physique mathématique d’Isaac Newton, alors paradigme dominant de la science moderne, la Naturphilosophie fait ressurgir la question du vivant, de l’organique, de l’organisation. Émile Bréhier note que cette vive opposition accompagne le développement des sciences expérimentales dont on commence à percevoir qu’elles possèdent des particularités qualitatives dont il est impossible de donner une expression mathématique. « la Naturphilosophie est inconcevable en dehors des influences de Goethe et de Herder, restaurateurs ou instaurateurs d’une vérité cosmique ».

Pour les penseurs romantiques de cette époque, les progrès anti-mécanistes d’une science tendant à effacer les frontières entre l’inorganique et l’organique (le magnétisme et le galvanisme) donnaient le spectacle d’une nature capable de devenir esprit contre le courant traditionnel d’une philosophie insistant plutôt sur la spécificité du sujet humain. Il s’agissait alors, pour eux, de défendre la primauté de l’Esprit et de la Nature sur le monde visible et rationnel.

La Naturphilosophie introduit des distinctions qualitatives qui ont pour résultat de faire ressortir la richesse et la fécondité du monde. Il s’agit, note Émile Bréhier, de récuser l’explication purement mécanique, qui, selon l’opinion de Schelling, détruit l’unité de la nature. Cette unité présupposée ne provient plus de la loi physique qui s’impose depuis Descartes, mais de « l’intuition immédiate d’une parenté des formes ». Concrètement, il s’agit de répondre à la question de l’origine de la multiplicité des espèces. La Naturphilosophie substitue alors à la vieille méthode de classification des concepts, une méthode d’intuition qui suit les transformations du même dans l’autre. Leibniz anticipera cette idée en parlant de « continuité des formes ». La Naturphilosophie , résume alors Émile Bréhier, est ainsi dominée par deux idées que le progrès des sciences a suggéré au philosophe : l’idée de polarité et celle de la continuité des formes.

Fortement marquée par la pensée de Spinoza (on est dans le contexte du Pantheismusstreit , la « Querelle du panthéisme », lié à la redécouverte de Spinoza à la fin des Lumières allemandes), la Naturphilosophie se veut une « science spéculative », capable d’aller et venir entre la natura naturata (« nature naturée ») et la natura naturans (« nature naturante »). Autrement dit, le philosophe-scientifique doit s’élever du produit fini au « produire », à l’activité productrice infinie de la nature elle-même, qui s’auto-limite dans des produits finis. Selon Gœthe, précurseur de cette approche, la nature est travaillée par une force vivifiante et rajeunissante dans laquelle se retrempent tous les êtres ; cette force « schellingienne », de nature quasi-divine, rapproche la Naturphilosophie de la doctrine panthéiste. Dans la perspective schellingienne, la « Nature naturante » est moins un objet d’étude pour le philosophe, que le véritable sujet d’un procès dynamique se développant et se réfléchissant lui-même à travers les objets naturels. Cette interprétation de la nature s’oppose à celle de Hegel, qui est étranger à l’idée d’un monde conçu comme un « Tout », le Tout représentant pour lui l’œuvre divine par excellence.

La synthèse schellingienne

Schelling vers 1800

Schelling est le premier à employer systématiquement, à partir de 1799, le terme de Naturphilosophie de préférence à celui de « philosophie de la nature » (Philosophie der Natur). Dans une véritable synthèse originale, il conçoit la nature, cet « être total », comme traversée par une dynamique de forces originaires commandant l’ensemble de ses métamorphoses et encadrée par des polarités. Schelling y voit une puissance intégratrice telle qu’elle en vient à constituer, au-delà même de son œuvre, « l’un des principaux programmes de recherche de la philosophie et de la science allemande entre 1790 et 1820 ».

Pour Schelling et ses disciples, la Naturphilosophie n’est au début « qu’une simple généralisation de la physique. Il s’agit de montrer que l’univers est un organisme qui trouve en lui-même le principe de son propre rajeunissement, telle est la thèse de l’Âme du monde », affirme Émile Bréhier.

Tout le projet du premier Schelling fut de réconcilier le kantisme et la pensée de Fichte avec celle de Spinoza, c’est-à-dire de dévoiler les deux faces de l’Absolu que sont l’esprit et la nature. La Naturphilosophie est également liée au projet esthétique du romantisme allemand, de chercher dans la nature ce qui la rapproche de l’art et vice versa. Schelling « naturalise » la philosophie transcendantale de Fichte en attribuant à l’objet lui-même – la nature – l’activité d’auto-génération du sujet ou du Moi. Procédant par déduction, il identifie les conditions de possibilités de l’expérience concrète qui se manifeste dans son auto-construction. Il affirme l’« Identité » absolue de la nature et de l’esprit : « la nature est l’esprit invisible, l’esprit la nature invisible . Moi et non-moi, sujet et objet, phénomène et chose en soi ne forment qu’un ».

Pour Schelling, le monde est unité essentielle, il n’y a pas lieu d’opposer le monde idéal et le monde réel. Humain et nature ne sont que les deux faces d’un seul et même être, l’ Un, l’Absolu. C’est du sein de l’Absolu que naissent Nature et esprit, coexistant et se développant parallèlement dans une parfaite identité. Les contradictoires procèdent d’un Absolu « indifférent » à l’objectif et au subjectif, d’une unité indifférenciée. Il ressort que le rythme de la nature est le même que celui de l’Esprit ; c’est cette thèse qui se trouve identifiée sous l’appellation de philosophie de l’Identité qui n’est ni le « Moi absolu de Fichte », ni le Dieu de la théologie.

Contre le mécanisme cartésien ou newtonien, Schelling considère la nature comme un tout qui règle l’action des forces opposées qui tendent à la mutuelle destruction : « retour offensif de l’antique pensée ionienne d’un Logos régulateur des contraires », note Émile Bréhier.

Dans le livre grand ouvert de la Nature, Schelling lit l’histoire de notre esprit. Toute sa démarche consiste à expliquer avec l’Esquisse d’un système de philosophie de la nature, la constitution des êtres naturels à partir de la productivité infinie de la nature. Il reprend une distinction spinoziste en comprenant la Nature comme une activité au sein de laquelle il distingue la « Nature naturante », avec l’esprit en exercice, s’objectivant dans ses êtres et une « nature naturée » ou produite. Cette dernière est l’objet d’une philosophie naturelle que traite la physique mathématique mécaniste, alors que la première est processuelle et dynamique. On peut, précise Bernard Mabille, rapprocher cette vision schellingienne de la Phusis φύσις aristotélicienne ou même de l’élan et de la durée bergsonniens.

Par sa dimension « réaliste » et « métaphysique », cette démarche s’oppose à la philosophie transcendantale.

Xavier Tilliette en 2017

Comme le montre Xavier Tilliette8, Schelling ne renonce pas à son projet métaphysique, ce qui est visible dans les Éclaircissements de la Doctrine de la Science où il rédige une série de dissertations qui décrivent la genèse de l’esprit dans la « diastole » de l’univers. Ce qui intéressait le plus Schelling d’après Xavier Tilliette (1921-2018), c’était le « Commencement », autrement dit, « l’absolu et l’intuition intellectuelle ». Mais d’après lui, la pensée de Schelling se perd dans une « contemplation quiétiste » lorsqu’il « gémit de l’écran des choses, de l’interposition des objets, qui troublent et obscurcissent l’intuition du suprasensible et du monde idéal. »

Schelling, portrait de Joseph Karl Stieler (1770–1858), 1835

« La dernière philosophie de Schelling se veut une philosophie positive c’est-à-dire qu’elle se présente comme un récit. Dieu est point de départ, à la fois existence nécessaire, mais dès l’origine « puissance » (possibilité) d’une autre existence. La création est actualisation de cette puissance de l’être autre. L’homme est le point où l’unité des puissances est restaurée mais actualisant à nouveau cette puissance, cette fois sur le plan de la conscience : c’est l’odyssée religieuse de l’humanité d’abord sous la forme imaginaire de la mythologie puis sous la forme d’une conscience délivrée, en personne dans la Révélation » écrit l’auteur anonyme de l’article numérique.

Fichte, de son côté, préféra prendre ses distances avec cette forme de philosophie, y voyant une trahison méthodologique du projet transcendantal, et pointant son incompatibilité avec celui-ci. Pour Fichte, la Naturphilosophie ne permettait pas non plus de dépasser ce projet, bien qu’il ait exprimé une position moins critique dans certains passages isolés de son œuvre. Il accuse en particulier Schelling, rapporte Xavier Tilliette, « d’absolutiser gratuitement la Nature, de sorte que l’Absolu s’en va « dans les champignons » ».

Selon Françoise Dastur, la différence entre Schelling et Hölderlin réside dans leur compréhension opposée de la « totalité ». Le premier ne la conçoit que comme une simple « identité » alors que l’autre y voit « une totalité vivante et temporelle intégrant en elle un processus de différenciation interne ». « La nature est le nom de la totalité elle-même, du processus tout entier de différenciation qui est à l’œuvre dans l’univers et qui inclut en lui-même l’être humain et ses productions ». Cette union intime de l’homme et de la nature implique :

Françoise Dastur

1/La créativité de l’homme doit finalement être attribuée à la nature elle-même
2/« La puissance de la nature ne vient pas seulement de ce qu’elle accomplit sa propre perception mais aussi qu’une telle auto-perception est créatrice et non pas seulement réceptrice, au sens où son regard sur elle-même est un processus poétique, comme l’est l’intuitus originarius du dieu de la théologie rationnelle qui crée et perçoit tout à la fois » écrit Françoise Dastur.

La Naturphilosophie dans l’histoire des sciences

Il reste que le courant de la Naturphilosophie peut être crédité d’un certain nombre de découvertes scientifiques, telles que celle de la continuité des phénomènes électriques et magnétiques, avec Hans Christian Ørsted.

Malgré les critiques qu’on a pu lui apporter, la Naturphilosophie est le dernier projet conséquent en date à avoir proposé une alternative à la science orthodoxe moderne initiée par Galilée, sur laquelle se sont appuyés le positivisme, puis le néo-positivisme (le Cercle de Vienne), ainsi que nombre de philosophes, épistémologues et scientifiques. Mais sa prétention à pouvoir se substituer aux sciences positives, et son recours à des principes métaphysiques abstraits l’ont définitivement reléguée du côté de l’histoire des sciences.

La question de l’unité de la nature et de la façon dont on peut la comprendre au sein d’une conception philosophique continue toutefois de se poser alors que les sciences spécialisées voient dans la nature différents niveaux d’objectivité irréductibles les uns aux autres.