Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts forment une très originale collection de petits volumes spiralés réunissant des articles, notes, travaux divers et conférences réalisés par Jean-Michel Mathonière, auteur et éditeur, au fil des ans.
Portrait de Jean-Michel Mathonière, historien des compagnonnages – source Wikipédia
De l’auteur que savons-nous ?
Né en 1958 à Montluçon, Jean-Michel Mathonière est essayiste et historien sur le compagnonnage et plus particulièrement spécialiste des compagnons tailleurs de pierre – sa compétence en ce domaine lui vaut notamment d’être invité par la fondation académique américaine Policy Studies Organization à la conférence mondiale 2015 sur le mutualisme, la franc-maçonnerie et l’histoire. De formation initiale technique (dessinateur en bâtiment et génie civil) et fondateur, en 1993 à Dieulefit (Drôme), des éditions La Nef de Salomon, Jean-Michel Mathonière se tourne vers l’édition et la librairie, puis enfin vers le graphisme qu’il exerce en parallèle de ses travaux de recherche. Nous lui devons notamment L’Arcane des arcanes du Tarot ; essai sur la structure géométrique des arcanes (Paris, Éditions Guy Trédaniel, 1985),
Règle des cinq ordres d’architecture
Travail et Honneur ; les Compagnons Passants tailleurs de pierre en Avignon aux XVIIIe et XIXe siècles (Dieulefit, éditions La Nef de Salomon, 1996), en collaboration avec Laurent Bastard – à cette époque directeur du Musée du Compagnonnage de Tours, Le serpent compatissant ; iconographie et symbolique du blason des Compagnons tailleurs de pierre (Dieulefit, éditions La Nef de Salomon, 2001), ouvrage traduit en italien, chez Arkeios en 2003, Le Tarot des tailleurs de pierre (Paris, éditions Guy Trédaniel, 2011), en collaboration avec Hugues Gartner, Le Plan secret d’Hiram ; fondements opératifs et perspectives spéculatives du tableau de loge (Paris, éditions Dervy, 2012), La règle et le compas – Ou de quelques sources opératives de la tradition maçonnique (Paris, 2013), catalogue de l’exposition éponyme, du 21 mars au 12 octobre 2013 au musée de la Franc-maçonnerie (Musée de France),
Les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales (Paris, éditions Le Courrier du Livre, coll. « 3 minutes pour comprendre », 2020) – (re)lire notre recension -, et Règle des cinq ordres d’architecture de Vignole, fac-similé de l’édition française de 1632 – avec une présentation et une étude sur Giacomo ou Jacopo Barozzi, dit Vignole (1507-1573) architecte et un théoricien italien de l’architecture de la Renaissance, et les compagnons du Tour de France par Jean-Michel Mathonière (Paris, éditions Dervy, 2020).
Mais c’est aussi sur son Facebook Jean-Michel Mathonière – la pageque nous apprenons que « La Chambre d’Apt du Compagnonnage Égalitaire m’a reçu Compagnon d’Honneur le 7 mai 2022, sous le nom de Bourbonnais l’Ami des Arts. Me voici donc accueilli en véritable Frère au milieu de Pays dont je connais certains depuis environ vingt-cinq ans : nous avons largement eu le temps d’éprouver mutuellement nos engagements et capacités 😎
Petite Chambre d’une toute petite société compagnonnique, certes, mais il y règne l’harmonie fraternelle — celle dont on parle beaucoup mais qui se rencontre rarement. N’est-ce pas là l’essentiel ? » Oui, c’est bien là l’essentiel. La Fraternité…
La locution carnet de route est l’ensemble de notes et d’avis apposés dans un livret selon un domaine précis. Ici, des feuillets spiralés au format fort pratique de 10,5 x 14,8 cm, consacrés aux anges bâtisseurs et au Grand Architecte. Des textes inédits, d’autres déjà sont publiés dans diverses revues, comme La Chaîne d’Union, revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France, créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III, ou encore sur les réseaux sociaux (Facebook, etc.). S’adressant tant au grand public comme à des universitaires, l’idée est de les regrouper par thèmes, de les lire et de les enrichir d’images emblématiques et d’annotations. Ils sont conçus comme de petits carnets, croquis ou rapports, osons même le terme épure – dessin au trait qui donne l’élévation, le plan et le profil d’une figure – faisant le point sur l’avancée des recherches de Jean-Michel Mathonière.
Melancholia, Dürer – Un ange, apparemment la figure principale de la composition, est assis tenant sur ses genoux un livre, avec un compas à la main ; une bourse et des clés pendent de sa ceinture.
Plutôt qu’un livre, rarement lu jusqu’au bout, l’auteur a préféré ce style de parution. Spiralé – sans aller jusqu’à chercher les élucubrations quant à la symbolique de la spirale si chère aux zozotéristes ! –, ce qui en facilite la lecture, enrichie de magnifiques gravures, un texte plein d’esprit, critique aussi, mais donnant la vraie version de la notion et origine de l’expression du Grand Architecte de l’Univers, le lecteur sera captivé par la démarche construite de Jean-Michel Mathonière.
N’en doutons-pas aussi, le cherchant découvrira des réponses quant aux anges bâtisseurs, souvent inconnus dans le vocabulaire du maçon jusqu’à maintenant. Les anges bâtisseurs assistent directement le Grand Architecte. Quant à ce dernier, l’auteur ? Nous instruit quant à l’université et l’Antiquité de l’idée de grand architecte qui se rencontrent dès l’Antiquité gréco-romaine.
Jacques Barozzi de Vignole.
Traitant aussi du grand architecte chrétien à l’époque médiévale. Il achève son travail sur la notion de grand charpentier de l’univers. Sans toutefois omettre de nous entretenir d’Adam et de l’homme de Vitruve, de la géométrie si importante du compas et, bien évidemment, de Philibert Delorme ou de l’Orme (c.1514-1570), maître d’œuvre et architecte lyonnais de la Renaissance. Terminant ses propos sur la franc-maçonnerie et le compagnonnage, l’auteur nous parle aussi du thème du fil à plomb, symbolisant la rectitude, mais aussi de l’alchimie, où l’adepte utilise un grand compas pour réaliser une figure géométrique.
Philibert Delorme.
Nous aimons tout particulièrement les pages blanches laissées à la discrétion du lecteur, intitulée « Notes du propriétaire de ce carnet ».
Est prévue la publication d’un carnet par trimestre. Les carnets sont disponibles chez l’auteur/éditeur jean-michel@mathonière.fr au prix de 15 €, plus frais de port de 2,32 €. Avec dédicace.
Pour commander et régler en ligne, il n’est pas indispensable de posséder un compte PayPal. Vous pouvez régler avec votre carte bancaire.
Note à propos des Anges bâtisseurs et du grand architecte.
Jean-Michel Mathonière – Les carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts, 2023, 64 pages, 15€ ou 17,32 € port compris
Le Model T Club de Victoria a fait la journée des résidents de Royal Freemasons Benalla la semaine dernière, en les emmenant faire un tour dans la ville rose. Six Ford Model T classiques se sont arrêtées à la porte d’entrée le vendredi 10 mars devant une mer de visages souriants. Le président du club, Don McPherson, a déclaré qu’il n’y avait rien de mieux que de conduire des Australiens plus âgés et d’entendre leurs histoires.
« C’est une chose merveilleuse de pouvoir rendre visite à des francs-maçons et de les emmener faire un tour », a déclaré M. McPherson.
Coloré : Une Ford modèle T classique profitant du sentier d’art du silo nord-est. Photo: Issie Hill Photo par Issie Hill
« Vous les faites monter dans une voiture comme celle-ci et ils ont toujours de merveilleuses histoires. »
« Ils vous diront que leur père en avait un ou qu’ils se souviennent d’avoir été conduits avec eux quand ils étaient enfants. C’est vraiment gratifiant, nous l’apprécions vraiment. »
M. McPherson s’est approché de l’établissement de soins pour personnes âgées en sachant qu’il y aurait plusieurs modèles T dans la ville rose avant un rassemblement le long du sentier d’art du silo nord-est.
Regal: Il y avait 22 modèles T Ford restaurés avec amour sur le sentier d’art du silo nord-est le samedi 11 mars. Photo: Issie Hill Photo par Issie Hill
« Nous avons pris contact et ils étaient très désireux de nous faire venir », a-t-il déclaré.
« Nous attendons avec impatience le rallye de demain (samedi 11 mars) ».
« Ils viennent de loin. Certains de Swan Hill, Traralgon, Ballarat et de tous les coins de l’État. »
Devenish : Deux Model T devant la dernière fresque de l’artiste Tim Bowtell. Photo: Issie Hill Photo par Issie Hill
Après s’être arrêté dans les villes le long du sentier pour prendre des photos devant l’impressionnant art du silo, le club s’est dirigé vers certaines collections locales.
« Après le rallye, nous irons voir une collection privée de voitures », a déclaré M. McPherson.
« Puis le dimanche (12 mars), nous passons par Stewarton et Dookie pour examiner un peu l’histoire de la région, puis nous partons voir une autre collection privée, de tonneaux à essence.
Cabriolet : Une idée fausse courante avec les modèles Ford T est qu’ils ne sont disponibles qu’en noir. Photo: Issie Hill Photo par Issie Hill
« Il devrait y avoir environ 22 voitures sur le rallye. C’est vraiment bien de réunir tout le monde – nous avons tous le même intérêt et nous nous amusons beaucoup.
Issie Hill de l’ Ensign est venu samedi pour prendre des photos du rallye.
À la R.L. Téthys, au Grand Orient de France… Une tenue interobédientielle vendredi 17 mars dernier a réuni de nombreux frères et sœurs de toutes générations dans le prestigieux Temple Arthur Grossier au Grand Orient de France, rue Cadet à Paris. La tenue était présidée par le Vénérable Maître de la Loge Téthys, maçonnant au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.
Facebook Loge Téthys, bandeau.
Pour quelles raisons une telle tenue ? Pour lever le voile sur « Les Mystères d’Éleusis » en conviant la conférencière Yvonne de Siké. Celle-ci est docteur en archéologie et en histoire de l’art, spécialiste d’anthropologie notamment du rite et de la fête. Elle est d’origine grecque et l’actuelle Présidente de la Société Études Euro Asiatiques au Musée du quai Branly – Jacques Chirac.
Aller à Eleusis en Grèce …
Dès l’ouverture des travaux, le Président de la Loge a annoncé que ce choix de réflexion ciblant le lieu d’Éleusis (Elefisana) n’était pas anodin : en effet Éleusis revient sous les feux de l’actualité puisque le lieu a été désigné capitale européenne de la culture 2023 et c’est une destination que la R.L. Téthys a inclus dans son prochain programme de voyage. En effet cette loge s’est donnée lors de sa création d’aller vers l’Orient, à la rencontre des obédiences maçonniques du pourtour de la méditerranée pour conforter un idéal de fraternité et de progrès social. La fin de la pandémie permet enfin de reprendre des contacts et des échanges fructueux…. du moins pour les membres de la Loge Téthys jusqu’à la région du Liban en projetant une excursion à Éleusis !
Situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Athènes, Eleusis est ce lieu de culte important durant l’antiquité et où se tenaient les fameux Mystères d’Eleusis, des fêtes d’initiation qui attiraient des foules venues de toutes les cités du monde grec… Mais attention nous dit Yvonne de Siké, Éleusis n’est plus le site d’autrefois, lieu de convergence entre la philosophie orientale et le monde occidental. Eleusis est surtout un lieu de réminiscence de ce qu’est peut être le Sacré dans la mémoire de l’homme occidental… La petite ville moderne d’Éleusis n’a aucun intérêt aujourd’hui avec ses visions offertes sur les raffineries de pétrole, sur les usines et les arsenaux militaires…
Le culte de Déméter et Perséphone : un culte populaire
Le mythe de Déméter et de sa fille est un mythe central et un culte qui fut largement répandu dans de nombreuses cités, certes à Eleusis, mais aussi à Thèbes comme en Calabre, en Sicile et en Arcadie. Les fêtes d’initiation aux Mystères d’Éleusis ont commencé à se dérouler autour de 1500 av. J.-C. et ont été célébrées pendant plus de 2000 ans.
Facebook Loge Téthys, motif du profil.
Si le mythe de Déméter et Perséphone évoque dans cette célébration le cycle de la nature et des saisons, plus largement, il renvoie aux notions de vie, de mort et de renaissance….C’était une véritable fête qui se préparait à l’automne en établissant une trève négociée dans la région pour la rendre accessible au plus grand nombre de pélerins le site du culte. Premier avantage de la fête !
Une procession partait d’Athènes en passant par la voie sacrée et durait neuf jours, le temps mis par Déméter pour retrouver sa fille enlevée par Hadès et retrouvée au fond de l’Enfer. Sur place toute une série de purifications et de sacrifices d’animaux et de nombreux rites précis avaient lieu sous l’autorité de prêtres et de l’hiérophante, avant de rentrer à Athènes….
Au final, selon les quelques sources historiques réunies et croisées, certaines ou probables, l’expérience de l’initiation aux mystères d’Éleusis faisait naitre à l’époque hellénistique, le sentiment intime que le passage dans le chaos et les ténèbres n’est pas signe d’anéantissement mais une ingénieuse espérance au fond du cœur de tout initié…
En Méditerranée, en ces temps-là, le destin était le résultat d’un passé que seuls les dieux maîtrisaient. Le tragique s’accomplissait chaque fois aux yeux d’un dieu spectateur et lointain, qui assiste à l’égarement du mortel qui s’est fourvoyé dans le piège que le dieu lui-même a machiné. Avant de naître, l’humain est déjà victime et jouet des dieux de l’Olympe. Ainsi, les hommes ne sont pas maîtres de leur vie : leur chemin serait tout tracé, et dépendrait, en tout cas, du bon vouloir de dieux qui s’amusent de leur impuissance.
Et pourtant ces dieux ressemblaient fort à des hommes ordinaires : ils étaient orgueilleux, avides, paresseux, gourmands, menteurs, mesquins, rancuniers, jaloux, frivoles, capricieux, violents.
En voici une histoire, toute petite illustration de ces temps-là ; remarquez-y les rencontres multiples avec divers taureaux.
Cela commence, dans l’Olympe, comme une comédie de boulevard. La belle Aphrodite, mariée avec l’affreux Héphaïstos, le cocufie avec Arès le dieu de la guerre. Trahison classique de la fidélité. Hélios, celui qui voit et entend toute chose, comme l’appelle Homère, le fait savoir au mari bafoué. Ah le coquin qui trahit par délation. Héphaïstos prévenu s’empresse de tisser un filet invisible et indéchirable qu’il jette sur le lit des amants afin que tout l’Olympe puisse admirer le comique de la situation. Aphrodite jure de se venger de l’indiscret Hélios, dirigeant son courroux sur sa descendance, à savoir sur Pasiphaé sa fille (retenez ce nom) mais aussi sur Ariane et sur Phèdre, ses petites-filles.
Le drame va pouvoir commencer.
De son côté le dieu Poséidon batifole avec une humaine, Libye, dont il a un fils, Agénor, qui devient le roi de Tyr (Liban). De son union avec sa femme Téléphassa naît une splendide fille (donc, petite fille de Poséidon), au large visage et grands yeux, traduction grecque de son nom Europe. Par sa beauté, cette jeune fille va émerveiller et séduire Zeus. Le maître de l’Olympe, sournoisement, pour échapper à la jalousie d’Héra sa femme, prend la forme d’un taureau blanc : Ille pater rectorque deumInduitur faciem tauri ora. Ce sont Les Métamorphoses d’Ovide, dans son Livre II (vers 847à 867) qui racontent : «Lui, le père et le maître des dieux, prend l’apparence d’un taureau ; mêlé au jeune troupeau, il mugit et de sa belle allure, il foule l’herbe tendre. C’est qu’en effet, sa couleur est celle de la neige (…) De son cou, les muscles sont saillants, (…) jusqu’à ses épaules pend son fanon ; ses cornes sont petites (…) Sur son front, aucune menace et rien à redouter dans ses yeux ; la paix resplendit sur sa face». La fille d’Agénor s’étonne de voir un animal si beau et si peu enclin aux combats ; mais en dépit de sa douceur, elle craint d’abord de le toucher. Bientôt elle s’approche de l’animal et offre des fleurs à sa bouche d’une blancheur éclatante. Séduite Europe se laisse enlever d’Attique, traverse la mer et se cache sur l’île de Crète. Après avoir repris forme humaine, Zeus s’unit à elle. Trahison par le leurre. On connaît la suite, naîtront trois fils, Sarpédon, Rhadamante et Minos que Zeus confie à Astérios le roi de la Crète pour qu’il les élève comme fils adoptifs tout en mariant son amante Europe avec ce roi de Crète.
En Crète, Minos 1er, devenu roi à son tour, a un fils Lycaste qui donne naissance à celui qui devient le roi Minos 2nd. À noter que les deux rois Minos sont souvent confondus en un seul personnage, ce que nous allons continuer de faire. Le destin va se nouer, le pseudo-Apollodore nous le raconte : le trône de Crète était disputé entre les fils d’Europe, les trois frères, Rhadamanthe, Sarpédon et Minos. Ce dernier fit donc croire qu’il avait reçu la royauté des dieux, et pour le prouver, ajouta qu’il obtiendrait la réalisation de n’importe laquelle de ses prières. Il implore donc Poséidon de lui offrir un superbe animal, qu’il lui sacrifierait aux prochaines fêtes. Un taureau blancmagnifique sort de la mer, Minos obtient ainsi le trône. Mais, le roi n’accomplit pas sa promesse. Admirant la rare beauté de l’animal, il le met dans son cheptel et en sacrifie un autre. Oh le faussaire qui trahit son engagement, pire c’est un hybris ! Poséidon, avec l’aide d’Aphrodite qui voulait, rappelez-vous, se venger d’Hélios, irrité par l’arrogance de ce manquement, fit naître en Pasiphaé, épouse de Minos et fille d’Hélios, une passion pour l’animal. Devenue folle amoureuse du taureau, tourmentée dans sa chair, désirant assouvir cette passion contre nature, elle demande conseil à Dédale, l’architecte du roi, qui avait été exilé d’Athènes pour meurtre.
Sculpteur et architecte de génie célébré dans toute la Grèce, Dédale brillait d’un talent inégalé en Grèce jusqu’au jour où il prend parmi ses élèves le jeune Talos, son neveu, fils de Perdix, sa sœur. L’atelier croulant sous les commandes, l’apprenti, habile de ses mains, avide de progresser dans son art, n’est pas de trop. Un jour, en observant une mâchoire de serpent, Talos a la lumineuse idée d’inventer… le compas et la scie. Devant une telle démonstration de génie, Dédale a l’insupportable pressentiment que son élève le dépassera bientôt. Sous prétexte d’une promenade nocturne, il s’en débarrasse en le précipitant du haut de l’Acropole. Crime et trahison suscités par l’envie et le dépit. La déesse Athéna, sensible au talent du jeune homme, intervient avant qu’il ne s’écrase et le transforme en oiseau. Mais, effrayé par l’horreur de son crime, Dédale quitte Athènes pour la Crète où il est accueilli par Minos.
Cela rappelle la légende de la chapelle de Rosslyn qui veut que le maître maçon entama la réalisation de ce qu’on nomme aujourd’hui le pilier de l’apprenti, jusqu’au jour où se sentant incapable de le terminer, il partit en voyage d’études à Rome afin d’améliorer ses compétences. Pendant son absence, son apprenti termina lui-même l’œuvre, ce qui déclencha la colère du maître-maçon qui tua l’apprenti.
Ainsi, sollicité par Pasiphaé, Dédale met au point un système qui permettra à la reine de s’accoupler sans danger avec le taureau : il élabore une génisse en bois, recouverte de la peau d’un animal fraîchement abattu. À l’intérieur, il aménage un endroit où la reine pourra s’installer confortablement dans l’attente de l’événement qui allait la satisfaire. Par la suite, Dédale fait monter le leurre sur un chariot et transporte l’appât auprès de l’animal. La reproduction était si bien faite que le taureau s’y laissa prendre, et l’accouplement a lieu. Cette traîtresse mystification n’est pas sans rappeler la duperie de Zeus par rapport à Europe. De cette union, Pasiphaé donne naissance à Astérios (ou Astérion), qu’on appelle le Minotaure : il avait la tête d’un taureau et le reste du corps d’un homme. Suivant les conseils de ses oracles, Minos enferme ce monstre dans une prison construite tout exprès par Dédale, le Labyrinthe. Avec son grouillement de méandres, il était impossible pour le Minotaure de trouver la sortie.
Revenons un peu en Attique où Égée, roi d’Athènes qui n’était pas marié, n’avait aucun successeur. Il prend la route de Delphes et consulte l’oracle. Mais la Pythie lui fait une réponse évasive qu’il ne comprend pas et qu’il confie au retour à son ami Pitthée, roi de Trézène. «Tu ne délieras pas le col de ton outre à vin avant d’être revenu à Athènes» lui avait-elle enjoint. Si Égée ne comprend pas la formule, Pitthée de son côté l’avait bien comprise, et il s’empresse de lui présenter sa fille Ethra, les installe pour la nuit dans une petite île, tout en ayant préalablement enivré son hôte. Oh la ruse qui trahit l’hospitalité ! Mais, le dieu Poséidon était amoureux de la jeune princesse de Trézène et il s’empressa de la rejoindre dès la nuit tombée pour courtiser la belle avant que son futur époux désigné ne se soit réveillé. Quel imposteur ! Toujours est-il qu’au petit matin, le naïf Égée ne savait pas trop bien ce qu’il avait fait, aussi, lorsqu’il apprit qu’Ethra était enceinte, il accepta la responsabilité paternelle de ses actes. Il conduisit alors Ethra au pied d’un immense rocher, le souleva, y plaça ses sandales et son épée et enjoignit son épouse de ne rien dire et d’attendre que l’enfant soit assez fort pour soulever le rocher pour lui révéler sa paternité car Égée, fort contesté à Athènes par Pallas son demi-frère et ses 50 fils, les Pallantides, ne souhaitait pas ouvrir une querelle dynastique à ce moment-là. Bien sûr, il promit à Ethra qu’il reconnaîtrait l’enfant aux armes qu’il porterait et qu’il en ferait son successeur. Thésée vint au monde, tandis que Pitthée répandait à tout à chacun, le bruit que sa fille avait reçu la visite de Poséidon, lui-même. Rumeur mensongère !
Jeune homme, Thésée, muni des armes de reconnaissance, arrive à Athènes, décide de ne pas révéler son identité. Cependant, Égée accueille chaleureusement le voyageur, ayant entendu parler des exploits que ce dernier avait accomplis. En effet, la route qui menait de Trézène à Athènes était, à l’époque, infestée de brigands, des êtres démoniaques à la cruauté implacable qui dépouillaient et tuaient tous les voyageurs qui passaient par là. Ces assassins étaient alors au nombre de cinq : Périphétès, fils de Poséidon ou d’Héphaïstos selon les sources, fracassait le crâne de ses victimes, à l’aide d’une énorme massue de bronze. Procuste était le plus âgé des brigands, et passait pour être fils de Poséidon. Il invitait les voyageurs à se reposer dans son auberge, puis les torturaient en les attachant sur un lit de fer : soit les victimes étaient trop grandes et Procuste découpait les membres qui dépassaient, soit elles étaient trop petites et ils les étiraient jusqu’à ce qu’elles atteignent la taille requise. Son fils, Sinis, était surnommé le «courbeur de pins», car il rançonnait et torturait ses victimes en les écartelant entre deux arbres. Parfois, il demandait aux voyageurs de l’aider à courber un pin, puis brusquement, il lâchait l’arbre. L’innocente victime était alors projetée dans les airs, et se tuait en retombant lourdement au sol. Un autre brigand, Cercyon, a une ascendance floue : il serait fils d’Héphaïstos, ou descendrait de Poséidon. Il s’attaquait aux voyageurs en les défiant à la lutte. Enfin, Sciron, lui aussi fils de Poséidon (selon certaines sources.), avait coutume de s’asseoir sur un rocher et d’obliger les voyageurs qui passaient par là à lui laver les pieds. Pendant que les innocentes victimes étaient baissées, il les précipitait d’un coup de pied du haut de la falaise. En tombant à la mer, les voyageurs étaient dévorés par une tortue géante. Thésée les anéantit, les tuant chacun de la même manière que ces meurtriers opéraient.
La sœur de Circée, la terrible Médée, échappée de Corinthe (où elle a tué son ex-mari Jason, leurs propres enfants et sa nouvelle épouse), nouvellement mariée à Égée, ne voit pas l’arrivée de Thésée d’un bon œil, car elle sait qui il est, contrairement à son mari qui l’ignore.
Comme elle veut que leur fils Médos monte sur le trône d’Athènes, elle propose à Thésée d’aller combattre le taureau d’Athènes, capturé par Héraclès au cours de son septième travail puis relâché peu après, qui sévissait dans les environs de Marathon, espérant que le jeune homme se ferait tuer. Ayant réussi l’épreuve, Thésée rentre à Athènes, après avoir capturé le taureau. Il le sacrifiera à Apollon par la suite. Alors, Médée tente de tuer le jeune homme. Elle le fait passer pour un partisan des Pallantides aux yeux d’Égée, et, au cours d’un banquet, lui offre une coupe de vin empoisonné. Perfide trahison! Mais Égée reconnaît à temps les objets que Thésée porte sur lui : les sandales et l’épée qu’il avait placé lui-même sous le rocher. Il arrache la coupe des mains de son fils, Médée sera exilée.
Et maintenant que le décor est planté, l’entrecroisement des circonstances destinales va tisser la tragédie des personnages d’Athènes et de la Crète.
Minos envoie son fils Androgée participer à des jeux sportifs qui se déroulaient en Attique, les Panathénées, jeux que remporte en héros le jeune prince ; d’autres versions parlent de combattre, aux côtés des Athéniens, le fameux taureau près de Marathon. Or Androgée meurt. D’accident ? Ou de la main des Athéniens guidée par Égée qui voyait d’un mauvais œil l’amitié de ses neveux, fils de Pallas, pour ce jeune homme si puissant et Crète de surcroît, craignant une alliance pour le renverser ? Trahison probable pour raison d’état.
Minos, pensa que c’était plutôt Égée qui n’avait pas respecté son hôte et qui l’avait fait tuer. Il prépare ses flottes, et fonde sur l’Attique. Nisa, ville voisine d’Athènes, qui tenait son nom de Nisus, frère d’Égée, fut la première à sentir la puissance des armes de Minos ; cependant elle aurait pu résister longtemps sans la trahison de Scyllà, fille de Nisus. Elle aperçoit Minos du haut des tours de la ville et conçoit pour lui une folle passion. Instruite des secrets de son père et de toutes ses résolutions, elle les fait connaître à Minos ; elle trouve même le moyen de lui faire remettre les clefs de la ville qu’elle avait dérobées pendant la nuit. Le roi de Crète profite de cette trahison, s’empare de la ville, fait le siège d’Athènes, ravage l’Attique et obtient la soumission d’Athènes. En guise de tribut, il exige que tous les ans (tous les trois, sept ou neuf ans selon les textes) sept jeunes garçons et sept jeunes filles soient livrés pour être donnés en nourriture au monstre Minotaure, fils des amours de Pasiphaé et du taureau de Crète. Chaque année, le roi d’Athènes, Égée, faisait procéder par tirage au sort, à la désignation des malheureuses jeunes victimes. Thésée, le fils qu’il venait de reconnaître, se désigne alors volontaire, pour être l’un des jeunes gens. Mais on dit aussi que Minos, venant chercher lui-même ses victimes, aurait exigé Thésée fils d’Égée, en compensation d’Androgée, son fils. On dit aussi que les Athéniens, épris d’égalité, n’auraient pas compris que le fils du roi soit exempté de cette malédiction. Thésée sacrifia à Apollon avant d’entreprendre le voyage et dit-on, le dieu lui conseilla de s’en remettre à la protection d’Aphrodite.
À l’arrivée de la délégation athénienne livrée en offrande au Minotaure et menée par Thésée, Ariane, demi-sœur du minotaure et sœur d’Androgée, sous l’influence de la rancunière Aphrodite, tombe amoureuse de Thésée et entreprend de le sauver en lui confiant un moyen de se retrouver dans le labyrinthe et d’en ressortir, s’il était vivant[4]. Ariane lui fournit une épée et une pelote de fil à dérouler et ré-enrouler procurée par le bâtisseur du labyrinthe, Dédale, qui avait choisi, lui aussi, de trahir les Crétois pour sauver ses concitoyens, les athéniens. Thésée ressort vivant du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.
Le motif de la jeune princesse, tombant amoureuse de l’envahisseur de sa propre ville, est cependant bien répandu dans la mythologie païenne : outre ce qui est rapporté dans notre texte on peut remarquer Titus Tatius, le roi des Sabines, pouvait compter sur l’aide bénévole de la Romaine Tarpeia pour conquérir le Capitole. Et même dans les Antiquités juivesde Flavius Josèphe, lorsque Moise approche, avec ses soldats égyptiens, de la forteresse des Ethiopiens, Tharbis, la princesse éthiopienne, tombe amoureuse de lui. Moise lui promet de l’épouser à condition qu’elle s’engage pour la chute de la ville.
Thésée trahira également Ariane et le serment qu’il lui avait fait, en l’abandonnant à Naxos alors qu’il lui avait promis de la ramener à Athènes avec lui. Dédale et son fils s’évaderont par les airs du labyrinthe où ils ont été enfermés par Minos furieux ; mais ceci est une autre légende racontée sur le disque de Phaëstos.
Pauvre Minotaure, victime destinale, incarnant à la fois la bestialité primitive et l’amour, le bourreau et la victime, dont la nature monstrueuse et l’enfermement, séquelles de l’amusement des dieux de l’olympe, t’ont condamné à mourir pour la gloire du héros athénien.
Alors quelles trahisons n’aurions-nous pas faites et quelles trahisons aurions-nous faites ? En cherchant à comprendre le mythe, on s’aperçoit qu’il y a eu d’autres trahisons parce que le mythe dissimule des aspects insoupçonnés de ce que pourrait être la vérité.
La trahison historique.
On comprend que les Crétois s’opposèrent à cette version jugée «athénienne». En fait Minos conservait vivant les otages princiers grecs comme garant de sa suprématie et les affectait à son service. Or il existait un certain Tauros, sans doute fort comme un taureau, amant de la reine Pasiphaé (avec laquelle il aurait eu le Minotaure) et dangereux pour Minos. Chaque année, le roi organisait des jeux que Tauros remportait inévitablement, recevant en récompense des captifs grecs qu’il traitait durement. Cette année-là, Minos autorisa Thésée à combattre et même promis la libération des prisonniers en cas de victoire. Thésée triompha. La princesse Ariane remarqua cet athlète et amoureuse, partit avec lui. Le Minotaure fut tué sur le port en défendant les bateaux crétois. Cette version crétoise a été contée par Plutarque au IIe siècle av. JC.
L’explication historique du mythe se réfère au temps où la Crète était la principale puissance politique et culturelle dans la mer Égée. Comme la naissance d’Athènes, et probablement d’autres villes grecques du continent, était un hommage à la Crète, on peut supposer que de tels hommages incluaient de jeunes hommes et femmes pour un sacrifice. Cette cérémonie pourrait avoir été réalisée par un prêtre déguisé avec une tête de taureau ou un masque, ce qui explique l’imagerie du Minotaure. Il se peut également que ce prêtre ait été le fils de Minos.
Une autre explication est que, dans l’Antiquité, la Crète dominait la Méditerranée, tandis que la Grèce de cette époque, qui n’était composée que d’Athènes, était en position de soumission qui l’obligeait à verser chaque année (ou tous les 9 ans, selon les versions) un tribut à la Crète sous la forme de 7 jeunes gens et 7 jeunes filles. Une fois que la Grèce continentale fut libre de la domination de la Crète, le mythe du Minotaure a pu être retravaillé sans la conscience religieuse du culte du taureau et de ses palais immenses, tels ceux que les fouilles d’Evans (1851-1941) ont remis au jour. Le Labyrinthe est en effet un symbole que l’on retrouve partout sur les monuments crétois. Une pièce de monnaie crétoise présente sur une face le labyrinthe, sur l’autre le minotaure entouré d’un demi-cercle avec de petites billes figurant probablement des étoiles, sans doute en relation avec l’autre nom du minotaure, Astérion, qui signifie «étoile»[1].
La hache à double tranchant est un vieux symbole crétois en rapport avec une déité dont le culte était très fort en Crète, le Taureau Sacré. Cette hache reçut le nom de Labris, et, selon une tradition très ancienne, elle fut l’arme avec laquelle un dieu, que les Grecs allaient appeler Arès-Dionysos, ouvrit le premier labyrinthe. On raconte qu’Arès-Dionysos, dieu très ancien des premiers temps, descendit sur terre. Rien n’était créé, rien n’était formé ; il n’y avait que l’obscurité, les ténèbres. Mais, du haut des cieux, on octroya une arme à Arès-Dionysos, le Labris, et on lui dit qu’avec elle il devait forger le monde. Au milieu de ces ténèbres, Arès-Dionysos commença à marcher en rond. Voici donc Arès-Dionysos qui se met à marcher en rond, taillant l’obscurité et s’ouvrant un sillon avec sa hache. Le chemin qu’il ouvre et qui s’éclaire peu à peu, on l’appelle «Labyrinthe», c’est-à-dire le sentier taillé avec le «Labris». Quand Arès-Dionysos, à force de tailler et de tailler, arrive au centre même de son sentier, il découvre que ce n’est plus la hache du début qu’il a entre les mains. Maintenant, sa hache est devenue pure lumière ; ce qu’il tient entre les mains est un feu de joie, une flamme, une torche qui éclaire parfaitement, parce qu’il a réalisé un double miracle : il a taillé l’obscurité vers l’extérieur avec un tranchant de la hache et sa propre obscurité intérieure avec l’autre tranchant. Ainsi, quand il arrive au centre du labyrinthe, il est parvenu à la lumière et il est parvenu jusqu’à lui-même. C’est la plus vieille tradition qu’on puisse recueillir en Crète sur le mythe du labyrinthe.
Selon Jorge Luis Borges (Le livre des êtres imaginaires), la figure du minotaure est née du culte du taureau et de cette double hache (labrys, qui a donné le mot labyrinthe) culte fréquent dans la religion préhellénique qui célébrait aussi des tauromachies sacrées. Des peintures murales représentant des hommes à tête de taureau ont été retrouvées, et cette créature aurait pu faire partie de la démonologie crétoise. L’histoire du minotaure serait alors une version tardive et maladroite de mythes beaucoup plus anciens et de songes effrayants.
La thérianthropie ou zooanthropie désigne la transformation d’un être humain en animal, de façon complète ou partielle, aussi bien que la transformation inverse dans le cadre mythologique et spirituel concerné. Ce thème très ancien puise ses racines dans le chamanisme et apparait sur d’anciens dessins dans des grottes préhistoriques, il s’exprime aussi à travers de nombreuses légendes, comme celles du nahulanisme (tête de chacal ou de chien) ou de la lycanthropie (loup) qui inclut le loup-garou européen. En ce qui concerne l’étude culturelle, mythologique et anthropologique, la thérianthropie décrit un personnage qui partage des traits humains avec des capacités ou des traits empruntés à d’autres animaux. La quasi-totalité des dieux égyptiens, possédant des têtes animales ou possédant la capacité de se changer en de tels animaux, sont aussi des thérianthropes.
Toujours selon l’interprétation de Borges, l’image du minotaure est presque indissociable de celle du labyrinthe, parce que l’idée d’une maison bâtie pour que les gens s’y perdent est aussi étrange que celle d’un homme à tête de taureau, et qu’il est convenable qu’au centre d’une maison monstrueuse soit un habitant monstrueux ; «l’architecture hors-norme du labyrinthe répond à la nature hybride du Minotaure, leurs monstruosités se correspondent». Les ruines du palais minoen de Cnossos, avec son nombre très élevé de chambres, d’escaliers et de couloirs, ont amené certains archéologues à croire que le palais lui-même était à l’origine du mythe du labyrinthe.
Certains mythologues modernes voient le Minotaure comme une personnification solaire et une adaptation Minoenne du Baal-Moloch des Phéniciens, ce dieu exigeant des sacrifices humains. Le meurtre du Minotaure par Thésée, dans ce cas, indiquerait la rupture des relations athéniennes avec la Crète minoenne. Minos et le Minotaure ne seraient que deux formes différentes du même personnage représentant le dieu-soleil des crétois, soleil dessiné comme un taureau.
Georges Frazer explique l’union de Pasiphaé avec le taureau comme une cérémonie sacrée lors de laquelle la reine de Cnossos était mariée à un dieu de forme taurine, tout comme l’épouse du tyran d’Athènes était mariée à Dionysos. Pottier, qui ne conteste pas la personnalité historique de Minos, estime qu’il est probable qu’en Crète (où un culte du taureau pourrait avoir existé à côté de celui de labrys) les victimes étaient tourmentées en étant enfermées dans le ventre d’un taureau d’airain. L’histoire, de l’homme crétois de bronze qui se chauffait à vif et serrait les étrangers dans ses bras dès qu’ils débarquaient sur l’île, est probablement de la même origine.
La trahison analytique
Le Minotaure, tout d’abord, est vu comme l’union d’une femme mariée avec un jeune garçon où le taureau blanc illustre la masculinité dans son innocence et sa pureté. Le taureau blanc, fils du Dieu des profondeurs de la Mer, fait référence à la jeunesse, à son lien psychique actif avec sa mère : il est encore dépendant de l’image maternelle des femmes, cette union a donc lieu sur des bases de perversion puisqu’il ne s’agit pas d’une rencontre entre un jeune homme et une femme mais entre un enfant et une femme qui pourrait être sa mère. Cette union produit une aberration : le minotaure, porteur de l’impulsivité masculine et de l’orgueil de l’homme. Dominateur, parce qu’il est élevé comme un fils de roi et cruel avec les enfants de son âge, parce qu’il se sent différent. L’enfermement fait référence au désir d’étouffer le scandale afin d’éviter ses conséquences sociales. Le tribut réclamé par le minotaure, recevoir 7 garçons et 7 filles avant leur puberté, fait clairement référence à la pédophilie; qu’elle soit pour dégrader l’âme ou meurtrir le corps il s’agit de détruire l’Innocence de l’enfance. Thésée symbolise la Conscience capable de mettre fin à ce dysfonctionnement. Il a besoin de l’aide du génie technique illustré par Dédale et de l’Intuition représentée par Ariane. Thésée représente la Volonté d’être libre de tribut, libéré des souffrances passées.
Quant au labyrinthe, si on s’en tient aux textes relatant le mythe, il pourrait n’être qu’un puits de sables mouvants dont le fond incliné en forme d’entonnoir dirigerait les visiteurs vers le centre en les empêchant de ressortir. Quelque part au centre se trouve l’endroit d’où le prisonnier ne peut s’échapper, sinon avec l’aide d’un fil fixé à l’extérieur, comme Thésée, ou par la verticale, comme Dédale. Le labyrinthe n’était donc pas couvert ; il n’était ni simple édifice architectural ni caverne. Les premiers labyrinthes architecturaux, ceux de l’antiquité grecque, étaient ainsi nommés non pas à cause d’une forme architecturale particulière, mais métaphoriquement et après coup, en référence à celui du mythe, à cause de leur grande complexité, qui semblait les rendre inextricables.
Un des plus anciens et des plus forts symboles manipulés par les Hopi, peuple amérindien vivant actuellement dans l’Arizona, est le labyrinthe dont on connaît plusieurs formes, en particulier une carrée et une circulaire. Ce symbole est connu sous le nom de «Tápu’at» c’est-à-dire «mère et enfant». Il représente la renaissance spirituelle qui accompagne le passage d’un monde à l’autre et est donc la représentation du concept fondamental de leur pensée religieuse connu sous le nom de «principe d’émergence». Ce tracé se retrouve, gravé sur les parois rocheuses, en de multiples points du territoire hopi, il est un motif qui se retrouve encore très fréquemment de nos jours sur les tissus, vanneries, poteries de ce peuple. On peut constater que, malgré le temps et surtout l’espace qui les sépare, ce labyrinthe est, topologiquement, identique au labyrinthe crétois.
Cette perception, dans la dimension d’une étendue sans cesse barrée, nous fait mesurer la violence et l’arbitraire contenus dans l’architecture de dédales, dans l’ingénieuse construction de l’empêchement des passages qui donne à voir le plus psychanalytiquement possible la question de l’impasse ; en se rapprochant du centre, le chemin s’en éloigne : S’agit-il alors de trouver comment parcourir les couloirs dans le sens ordonné par le labyrinthe, et donc, si l’on peut dire, de marcher droit (droit sur le Minotaure pour lui régler son compte, puis droit vers la sortie), muni du fil d’Ariane, ou de pouvoir déconstruire le labyrinthe, dissoudre les lignes qui en dressent le plan, au risque évidemment de laisser le Minotaure gambader en tous sens ? Le choix du psychanalyste est de combattre plutôt le labyrinthe qu’un hypothétique Minotaure, avec, pour arme étrange, ou instrument, non pas un fil mais l’écheveau de la métaphoricité. En guise de viatique pour accompagner la divagation, non sans buts cependant, ce mot de Michel Foucault : «C’est le labyrinthe qui fait le Minotaure, non l’inverse».
La trahison cultuelle
L’animal se voit revêtu d’une valeur substitutive ; il rachète la victime humaine du sacrifice, comme on le rappelle dans de nombreux épisodes communs à des traditions religieuses différentes ; il offre aussi, aux dieux comme aux héros, l’abri de métamorphoses efficaces, leur donnant une forme pour se nourrir secrètement du fruit défendu. L’animal permet par substitution, sur le plan du discours et de la fable, le déguisement qui dupe les censures politiques, cultuelles et sociales, car «le poète n’est pour ainsi dire pas responsable du langage des bêtes». Ainsi, sous couvert d’animaux, se développe l’allégorie du moralisme qui va imprégner les civilisations. L’imagerie mythique confère aux divinités la répartition des récompenses et des châtiments. Le héros paré des qualités éthiques ne recule ni devant la ruse et la traîtrise des démons tentateurs, ni devant la brutalité et la hideur effrayantes des monstres.
La tauroctonie, la mise à mort du taureau n’est pas sans rappeler le culte de Mithra, caractérisé par le sacrifice rituel du taureau sacré, symbole des forces chthoniennes, conférant à l’immolation une grandeur cosmique ; c’est la victoire de la vie sur les forces du mal. Bienveillant, proche de l’homme, Mithra, ce dieu de la lumière (qui porte un bonnet phrygien) veille sur les justes et la justice, sur le respect des alliances et des serments qui les consacrent. Il n’est pas étonnant qu’il soit associé à la mise à mort d’un taureau. Ainsi, le sacrifice d’un taureau marquait la célébration d’un nouveau niveau d’initiation de l’adepte lors des 7 degrés du culte de Mithra. Le taureau est alors utilisé comme moyen de concurrencer les cultes de la vie honorant la déesse-mère. Au lieu des femmes, c’est le soleil et le sang qui vont être salués comme symboles de la vie. Le taureau répond aux besoins du patriarcat: il représente la force, la puissance, la fécondité. Son sang répandu dans les sacrifices sera le nouveau symbole de la vie.
Dans le culte de Cybèle à Rome, la cérémonie pour devenir prêtre exigeait à un moment donné l’automutilation en se donnant des coups et surtout l’émasculation avec un silex. Par la suite, cette cérémonie fut remplacée par un taurobole: un taureau est sacrifié au-dessus du prêtre qui est alors inondé de sang, et ce sont les testicules du taureau qui sont offerts à la déesse. On passe alors du taurobole – le sacrifice du taureau – à la tauroctonie, c’est-à-dire un mythe fondé sur la mort du taureau. Le culte à Mithra sera d’ailleurs répandu chez les hommes ; sa base populaire est l’armée romaine. Rome adoptera dans la foulée un nouveau culte: celui du «Soleil invaincu» (Sol invictus)[2].
La version patriarcale a triomphé qui retiendra une vision fondamentalement misogyne : lorsque la femme s’écarte de l’ordre naturel, de la conservation de cet ordre, de l’éducation des enfants, de la perpétuation du système des valeurs, alors elle est non seulement contre-nature parce qu’elle s’oppose à ce que doit être la fonction de la nature féminine, mais elle est une perturbation fondamentale dans le monde. Cette vision de la femme est l’ultime trahison.
Pauvre Minotaure, monstre parce qu’au nom du patriarcat, il fallait que tu naisses enfant d’une femme désignée comme perverse ; mort où est ta victoire ?
Illustration de l’article par Pablo Picasso, Dying Minotaur
[1] Prolonger l’étude du labyrinthe avec les p.33 à 64 de l’ouvrage de Philippe Borgeaud, Exercices de mythologie, éd. Labor Et fides, 2015.
[2]Sol Invictus,le soleil invaincu, incarné par Mithra tauroctone, le dieu solaire.
En 274, l’empereur romain Aurélien décida d’instaurer un culte commun à tout l’Empire afin de renforcer le lien entre les provinces. Son choix se porta sur un culte solaire, le soleil étant censé être universel : c’est le culte de Sol Invictus.
Dans la Rome païenne avaient lieu les Saturnales, du 17 décembre aux Calendes de janvier (premier jour de l’an romain). L’une des fêtes, Natalis Invicti (Nativité du Soleil Invincible) ou Sol Invictus (Soleil Invaincu), célébrait justement Mithra, dieu de la lumière, symbolisant la pureté, la chasteté et combattant les forces obscures.
Les adeptes du Sol Invictus pratiquaient le culte du taurobole. On fêtait le 25 décembre, pour le solstice d’hiver, la naissance de Mithra par le sacrifice d’un jeune taureau. Au solstice, le dévot descendait dans une fosse spécialement creusée à cet effet et recouverte d’un plafond percé de trous, puis on égorgeait un taureau au-dessus de lui, dont le sang fumant ruisselait à travers les ouvertures sur tout son corps. Celui qui se soumettait à cette aspersion sanglante était renatus in aeternum (né à une nouvelle vie pour l’éternité), l’énergie vitale de l’animal, réputé le plus vigoureux avec le lion, régénérant le corps et peut-être l’âme du dévot.
Le rite principal de la religion mithraïque semble être un banquet rituel, que l’on peut rapprocher d’une certaine manière de l’eucharistie du christianisme. Dans la plupart des traditions initiatiques, on retrouve ce type de réunion festive, par exemple l’agape. Selon le témoignage du chrétien Justin, les aliments offerts durant le banquet sont du pain et de l’eau ; cependant les découvertes archéologiques montrent qu’il s’agit de pain et de vin, comme dans le rite chrétien. Cette cérémonie se célèbre dans la partie centrale du mithræum, dans laquelle deux banquets en parallèle offrent un espace suffisant pour que les fidèles puissent s’étendre, selon la coutume romaine. Les corbeaux (Corax) remplissent la fonction de serveurs des nourritures sacrées. Le rituel inclut aussi le sacrifice d’un taureau ou d’autres animaux.
L’initiation mithraïque se faisait, présume-t-on, selon sept degrés : corax le corbeau, cryphius l’occulte, miles le soldat, léo le lion, perses le perse, qui était coiffé d’un bonnet phrygien, héliodromus l’émissaire du Soleil et pater le père, le plus haut grade qui dirigeait les initiations ; au-dessus se trouvait le père des pères, grand pontife et chef suprême de la religion, grand initié et toujours perse. Ces degrés correspondaient aux sept planètes dont il fallait traverser les sphères et vivre l’état psychique et spirituel qu’elles commandaient pour parvenir à la béatitude. Cette idée de perfectionnement moral et spirituel fait apparaître progressivement le mithraïsme comme une religion du salut. Mithra l’invincible ne meurt pas, il monte à l’arrière du Char du Soleil pour prononcer le jugement suprême au ciel. Le culte de Sol Invictus /Mithra prospéra dans l’Empire romain, se répandant de la Syrie et l’Égypte jusqu’au nord de l’Angleterre et sur les rives du Rhin et du Danube. Il entra alors en concurrence avec le christianisme.
Les similarités avec le christianisme sont : le baptême et le signe sur le front ; le banquet rituel (eucharistie) ; la nativité du dieu le 25 décembre ; les croyances semblables sur la fin du monde, le jugement dernier et la résurrection des corps. En 391, Tertullien établit que le Christ était le seul Sol Invictus et le culte de Mithra fut interdit.
Les solstices délimitent la course du soleil, au plus haut au solstice d’été (fête de saint Jean-Baptiste), au plus bas au solstice d’hiver (fête de saint Jean l’évangéliste). À ces butoirs correspondent les colonnes d’Hercule dressées aux confins du monde, colonnes que la Maçonnerie christianisée a retrouvées devant le Temple de Salomon.
Notre si regretté Frère Jean Mourgues[1] nous engageait déjà à ouvrir les portes maçonniques de demain, auxquelles nous ne pensons guère : « C’est aux Francs-maçons, non seulement de choisir leur destin, mais de le construire : serviteurs de ce monde ou fils de la lumière. L’ordre vivra de la vie de ceux qui lui donneront les clefs de l’avenir ». Alors n’hésitons pas et allons à la rencontre fructueuse de l’effet du rite sur nos névroses, maladives ou/et utiles. Écoutons Lucrèce : « Chacun cherche à se fuir ; personne n’y parvient ; on reste prisonnier du moi que l’on déteste ». Et bien le rite, lui, nous aide à y parvenir ! Mais oui ! En cela, il est une invention géniale de l’humanité.
Mais comment est-il possible de rapprocher ces névroses si décriées de notre rite maçonnique ? Ne sont-elles pas incongrues, et même très choquantes à les évoquer dans notre cheminement ? Je crois vraiment que non ! Il me semble, au contraire, à l’expérience qu’un des génies du rite maçonnique est, entre autres lumières, de nous faire avancer sur ce chemin. D’abord écartons le sens habituel de « maladie mentale banale ». Oui, quand une névrose devient excessive elle aborde les rives de la pathologie. Mais en fait notre psychisme est riche ; dans des situations qui le réclament, on a parfois besoin de ses névroses discrètes.
Entendons-nous d’abord sur le sens du mot, en nous référant à la définition courante : « affection caractérisée par des conflits qui inhibent les conduites sociales et qui s’accompagnent d’une conscience pénible des troubles ». Voilà donc de retour la pathologie. Mais cette définition est vieillotte car elle oublie de préciser que les dispositions névrotiques qui nous habitent nous aident aussi à surmonter des situations difficiles. Freud, pourtant, avait déjà souligné que les névroses faisaient partie de notre santé mentale. Un exemple simple et courant : le gosse qui ne range jamais sa chambre gagnerait sans doute à éveiller une petite névrose obsessionnelle. Autre exemple : la paranoïa n’est-elle pas salutaire pour la femme qui, en pleine nuit, revient, à pied chez elle, par des rues peu fréquentées ?
Illustration de Jissey
Ce qui est un des traits de génie de notre rite, c’est qu’ensemble, il nous fait passer en revue, sans le dire, les névroses, en deux visées : pour en calmer les excès ou bien les réveiller pour leur utilité dans tel cas. Ensemble, nous parvenons, grâce au rite à nous entraider dans l’adoucissement de nos névroses éventuelles ou dans leur mobilisation. Vivre le rite ensemble est notre talisman fraternel. Comme le pressentit Schopenhauer : « Plus d’un qui ne peut briser ses propres chaînes a su pourtant en libérer son ami ».
Je te propose de passer en revue rapide 7 névroses, et de les mettre en rapport avec le rite. Et se demander à chaque fois : en quoi le rite calme-t-il celles et ceux qui sont typiquement névrosés(es). Puis l’inverse : en quoi le rite pousse-t-il à éveiller un trait névrotique qui nous fait défaut et nous serait utile dans la vie ? Un peu bousculant peut-être mais, comme l’écrivit joliment Nietzche : « Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse ». Ma thèse : le rite, maçonnique en particulier, éveille en nous l’attirail psychique composé de besoins, d’attitudes, de motivations… et de dispositions névrotiques. Pourquoi une telle assertion ? Parce que, par définition, tout rite répété inlassablement relève de la névrose obsessionnelle comme la voûte gothique couvre la nef. Par là, notre rite a le génie de héler les autres traits névrotiques sous sa houlette. Et là, je répète que pendant le déroulement d’une tenue, les 7 dispositions névrotiques sont avivées. Tous les cas se présentent bien sûr : certains se réjouiront de vivre le cabinet de réflexion comme un lieu d’abandonisme car ils(elles) portent cette névrose en elles. D’autres, au contraire se diront : « Tiens, je n’avais pas pensé qu’en fait, le candidat est abandonné au moins une heure dans le cabinet ! »
Le génie de tout rite est de promouvoir des traits névrotiques inscrits dans les esprits. Le sacré est une entité nourrie par ce phénomène, entre autres. Or, avec mon expérience, je trouve que le rite maçonnique est d’une richesse incomparable, car il mobilise quasiment toutes les névroses, pour les adoucir ou les éveiller. De fait, il est susceptible de nourrir notre esprit de voltiges, de caracoles, de serpentaisons. Les traits névrotiques partagés nous mènent dans l’immensité inconsciente, celle qui nous serre dans les bras de l’égrégore.
Voici maintenant la revue des névroses, accouchées sous la somptueuse névrose obsessionnelle, qui est la voûte même de l’existence d’un rite maçonnique, ou autre d’ailleurs.
L’obsession – C’est le fanion glorieux du « maniaque », au sens non pas psychiatrique du terme mais public : tout doit être bien ordonné, bien programmé, bien rangé, bien à sa place… Le moindre grain de sable, le moindre contretemps, le moindre imprévu bouleverse l’équilibre et déstabilise l’obsessionnel, à qui il faudra un peu de temps pour se réorganiser psychiquement. Et pour nous ? Sans une observation rigoureuse du rite dans nos tenues, plus de Maçonnerie. Certains(es) ne sont pas des addicts de l’obsession rituelle, mais ils en apprennent la nécessité par le seul fait de vivre la tenue, répétée sans cesse. Et, pour ceux qui sont un peu laisser-aller dans leur vie en général, cette obsession leur est un enrichissement. La majorité d’entre nous, se laissent couler dans ce trait névrotique qui sommeille plus ou moins en nous. Mais d’autres sont de véritables obsédées du respect du rite. Le moindre détail rituel consigné dans les manuels doit être, absolument suivi à la lettre. Sinon, ils(elles) considèrent que tout est fichu ! Ma sensibilité les baptiserait « ayatollah » : En dehors de l’outrance scrupuleuse, point de salut !
Que chacun(e) se situe. Dans mon ouvrage testamentaire « Plaidoyer pour une survie de la Franc-maçonnerie», je suis les pas d’Oswald Wirth, de Jean Mourgues, de Daniel Beresniak : la fameuse tradition est en partie une vêture qui doit être réajustée en permanence pour que son suc initiatique en soit gardé dans les méandres profonds de l’esprit humain.
Sous le dais de l’obsession, les autres névroses sont à notre disposition. Coup d’œil.
L’abandonisme – Cette névrose apparait quand nous nous sentons seul, abandonné et perdons les repères qui habituellement nous sécurisent. Peut-être te reconnais-tu dans certains symptômes. Ils se manifestent par des troubles du rapport à soi-même : mauvaise estime de soi, sentiment de ne pas être à la hauteur. En outre la demande d’amour est massive et les attentes démesurées.
Que propose le rite maçonnique pour faire sortir de sa planque l’abandonisme ? Le cabinet de réflexion, comme je l’ai écrit plus haut. A condition qu’il soit fait de telle façon que le candidat se sente le plus délaissé possible. C’est même pour cela que je recommande qu’il se dénude, et reste, avec la bougie, au moins une heure. Excellent pour ceux qui découvrent la solitude et l’abandon. Mais très dangereux pour ceux qui sont affectés par l’abandonisme maladif et se sentent seuls. Mais nous leur clamons : « Ne crains rien, ma Sœur, mon Frère, tu fais partie de nous ! Nous ne t’abandonnerons jamais ! ». Hélas, dans certaines loges la fraternité est un mot creux. Les mauvaises ambiances, les manques de liens affectueux déclenchent des départs, voire des démissions. Il y a plus de Maçons qui ont démissionné que de membres toujours actifs ! L’Ordre a encore des progrès à faire, surtout avec les temps qui se dessinent : ne verront-ils pas sans doute s’étioler les relations humaines affectives ? C’est un pari, un enjeu pour notre survie. L’usage pertinent des traits névrotiques sera de plus en plus l’affaire de la conduite de la Loge par ses responsables.
L’anxiété est une réaction normale, qui devient une maladie lorsqu’elle survient alors qu’aucun événement ne la justifie vraiment. On parle alors de troubles anxieux, incompatibles avec la vie quotidienne. L’anxiété peut prendre plusieurs formes : anxiété généralisée, phobies, troubles paniques ou troubles obsessifs compulsifs, les fameux TOC. Comme toujours le rite, par sa répétition et ses fins heureuses : les acclamations, est capable de l’impossible ; calmer ceux qui sont excessifs et réveiller ceux qui ne sont pas assez anxieux. Car les arcanes rituels proposent presque toujours les deux lectures.
Que prévoit le rite pour calmer les trop anxieux ? Les dispositions rituelles sont toujours les mêmes et de ce fait apaise les risques d’anxiété. Nous savons tous ce qui va se dérouler dans l’ordre du jour et cette certitude peut aider, mais oui, à dégoupiller les trop anxieux et leur apprendre à modérer leurs poussées névrotiques en leur chuchotant : « Mais, tu le sais bien, tout se finira bien ; alors calme-toi un peu ». L’initiation est l’exemple princeps d’une poussée anxieuse puisque le candidat débarque, les yeux bandés, ni nu ni vêtu, mais le rite en même temps chuchote : « Doucement, ne sois pas si anxieux, tu te doutes bien que c’est une mise en scène pour que tu comprennes des choses pas pur, que tu sois paniqué ! ». Certains gagneraient à être, à l’inverse, anxieux dans certaines situations de leur vie courante. A éviter de laisser filer les situations tendues sans bouger un cil. Le rite nous amène avec brio à vivre, grâce au personnage d’Hiram, à nous sentir anxieux. La fuite qui le saisit dit : « Tu vois, dans la vie, il y a des moments où tu pourrais t’enrichir d’un peu d’anxiété ».
L’angoisse, cousine proche de l’anxiété, du moins dans notre rite, est caractérisée par une peur intense, celle de perdre le contrôle. Le pire est souvent envisagé par anticipation plutôt que le bon côté des choses. On n’y peut pas grand-chose : « c’est comme ça », « c’est ma nature », « mon tempérament anxieux ». Le rite pousse à résorber l’angoisse car tout est prévu. Il adoucit ceux qui se savent angoissés. Et on le sait très bien. Pour autant, comme tout est prévu, notre rite n’éveille pas l’angoisse ; juste, nous l’avons vu, sa cousine, l’anxiété.
La phobie est une peur qui génère angoisse, mal être… C’est, par exemple, la peur de la foule[2] qui fait qu’on n’est pas bien à l’idée de se rendre dans une manifestation publique. C’est la peur des serpents ou des rats, qui fait que rien que d’imaginer qu’il puisse y en avoir dans un lieu nous rend mal à l’aise ; c’est la peur de monter en ascenseur ; c’est la peur de la maladie qui induit, soit le comportement d’éviter toute médication de « peur que l’on découvre quelque chose », soit à l’inverse une hyperconsommation d’avis médicaux et d’examens complémentaires qui n’apportent jamais de soulagement suffisant. Et chez nous ? La phobie de l’obscurité, dans le cabinet de réflexion bien sûr, mais surtout celle qui naît avec le bandeau, sont tempérées par les mains secourables. Elles aident à surmonter la peur. La phobie d’être en groupe s’estompe avec les années et les mois. Nos habitudes répétitives, sous la chape de l’obsession, aident bien les phobiques à se maîtriser. A contrario, je ne sens pas d’arcanes qui éveillent la phobie. Mais si ! La litanie de nos croyances humanistes répétées sur tous les tons, dans le monde entier et vécues de ci de là le montre. Elles nous donnent la phobie de leur inverse : l’intolérance, la lâcheté, l’indignité, l’irrespect, le rejet… En fait c’est bien toute l’axiologie de la Franc-maçonnerie qui nous pousse à mettre en branle notre phobie, sous couverture de la vertu, bien sûr !
L’hystérique ressent le besoin de se faire remarquer, souvent de plaire, pour être aimé, adulé. Songe un instant aux discours politiques tous engainés d’hystérie. C’est un besoin de tous les instants, un besoin « maladif » d’être apprécié, d’être aimé en utilisant tous les charmes physiques et intellectuels, d’être le centre du monde en toutes circonstances. Deux niveaux de lecture de ce trait : l’institution maçonnique en général et une tenue en particulier
La Franc-maçonnerie repose sur un matelas social hystérique. Ne se prétend-elle pas l’acmé de la richesse spirituelle, le groupement animé par une très haute sagesse humaniste, le cheminement de paix profonde en soi et entre les humains ? Ce socle névrotique luis confère force et légitimité. Il entraîne Frères et Sœurs à s’y rallier. Parfait mais les déraillements sont bien perceptibles : pense donc à tous ces ouvrages de grasse érudition, qui vantent à n’en plus finir la grandeur de notre ancienneté. Avec le refrain paralysant : « Notre position est si juste qu’on ne peut la questionner ». Cette hystérie se loge avec délices dans l’obsession, trame de toute initiation.
Mais le bât blesse trop souvent dans les tenues : les prises de parole, sur les colonnes, font le délice des hystériques. Ils refont avec brio une seconde planche. Comment faire comprendre au beau parleur qu’il se laisse emporter par une poussée hystérique ? Rien, à ma connaissance, d’inscrit dans notre marbre. Le Vénérable est le seul à pouvoir jouer le rôle du « calmeur » avec des : « Mon Frère, si tu veux bien finir maintenant… pour laisser la parole aux autres ». Pour autant ce genre de remarque l’enrichit-il ? Parfois oui mais pas toujours. La psychologie nous apprend que l’hystérique n’est pas un écoutant ; les propos qui suivent ses interventions sont, trouve-t-il, banal. Ils ne l’intéressent plus. En d’autres termes, ce qui est dit après sa grandiose « double planche » n’accroche plus guère notre intervenant. Sauf si la parole lui est, de nouveau, accordée. Sans qu’il manque de préciser, pour jouer apparemment le jeu : « Je vais être bref ». Le tracé, selon le profil du Secrétaire, reflètera plus ou moins le débordement hystérique.
Pensons à présent, à ceux qui ne sont pas de ce genre, mais qui aurait besoin de quelques gouttes d’hystérie : les timides, les réservés, les obéissants. Là encore, notre manière de prendre la parole va les aider à se mettre un peu dans l’envie de plaire, d’être aimé, apprécié. Encore faut-il que le triangle de direction, au moins, les pousse, à se lever pour que la Loge les écoute.
La paranoïa habite les personnes convaincues que chaque événement de leur existence est une machination destinée à leur nuire. Exemple que je pique sur le net : « Si mon voisin de palier a oublié de me dire bonjour ce matin, ce n’est pas parce qu’il était préoccupé par l’état de santé de son enfant hospitalisé, mais parce qu’il me reproche d’avoir mis un paillasson plus grand que le sien sur mon palier, et d’ailleurs, l’autre nuit, c’est lui qui a dû le mettre légèrement en travers ».
L’institution maçonnique repose sur un fond paranoïaque : il faut absolument défendre les valeurs humanistes car elles sont attaquées en mille endroits. Cette paranoïa me convient bien mais à toi, lecteur ? Elle ne serait dons pas à calmer, dans nos réunions. D’ailleurs, je constate que le rite et ses arcanes cérémonielles vont bien dans ce sens. De la Loge bleue aux degrés au-dessus. Ce trait névrotique a bien un rôle essentiel dans notre conduite.
Alors, il y aurait donc à éveiller la paranoïa chez ceux qui admettent un peu tout, sans sourciller : « C’était autrefois », « C’est ailleurs », « Il faut bien de tout pour faire un monde ». Trop peu de paranoïa en lui laisse le Frère indifférent au rôle qui est attendu de lui, celui d’un humain engagé, par la parole et par l’action, vers un monde meilleur.
En hâtive conclusion
Les névroses, quand elles sont mesurées et maîtrisées, sont des appuis inévitables, dans notre Maçonnerie. Elle sait s’appuyer dessus pour en faire jaillir des étincelles de sacré. L’influence du triangle de direction est capitale dans ce travail d’accalmie et d’éveil.
Parfois les arcanes servent à tempérer les excès névrotiques ; a contrario, les éléments rituels peuvent les faire monter à la surface des conduites. Ni trop, ni trop peu, évidemment. Pour chacun, l’ajustement dicté par le rite est souvent une souffrance, à cause de la remise en question. Mais le passage, l’épreuve est obligatoire. Le rite maçonnique, comme d’autres institutions rituelles, met bien en scène, dans plusieurs degrés, la traversée par la souffrance régénératrice. F Nietzsche nous le confirme : « Plutôt que par « Sir » ou « Monsieur », un homme devrait s’adresser à un autre par « mon compagnon de souffrance » ». Si étrange que ce terme puisse paraître, il s’accorde avec la réalité, il place notre interlocuteur sous la meilleure lumière et il nous rappelle ces choses essentielles que sont la tolérance, la patience, l’indulgence et l’amour du prochain, autant de choses dont le monde a besoin et que, par conséquent, chacun de nous doit aux autres.
Au fond, le travail rituel sur nos traits névrotiques nous amène à nous accepter dans nos profondeurs. Car pour aimer les autres, ne faut-il pas d’abord s’aimer soi-même. Le grand Montaigne l’éructe en une phrase : « De toutes les maladies, la plus sauvage, c’est de mépriser notre être ».
De notre confrère allemand sueddeutsche.de – Par Florian J. Haamann
Un homme de 69 ans a dû répondre devant un tribunal de photos à caractère nazi affichées sur la porte de son appartement. Il souligne que son action visait à clarifier la situation.
Sa prétendue « campagne des Lumières » d’un grand complot maçonnique mondial a de lourdes conséquences pour un retraité de 69 ans du quartier. Afin de montrer ce qu’il considère comme un réseau complet, l’homme a accroché plus de 100 photos de personnalités bien connues à l’extérieur de la porte de son appartement loué, qui, selon lui, s’informent avec le même signe de la main lors d’apparitions publiques. L’une de ces photos montre également un extrémiste de droite avec un brassard à croix gammée. L’homme de 69 ans devait maintenant répondre devant le tribunal de district de Fürstenfeldbruck après avoir interjeté appel contre l’ordonnance de sanction. La diffusion publique de tels symboles est punissable en vertu de l’article 86a du Code pénal en tant qu' »utilisation de marques d’organisations anticonstitutionnelles« .
Dans sa déclaration, l’homme a directement reconnu avoir accroché la photo à la porte et a tenté d’expliquer l’action, qui a duré plus d’un an. Il veut montrer que tout le monde donnerait un signe maçonnique et qu’il existe de puissantes sociétés secrètes qui, entre autres, ont porté Hitler au pouvoir. Ceux-ci sont toujours actifs aujourd’hui et « quelque chose de grand » est sur le point de se produire bientôt. Par exemple, la guerre en Ukraine n’est qu’une occasion pour autre chose. Il a voulu attirer l’attention sur cela « par le biais de l’illumination« . Cependant, le magistrat lui a précisé que le processus ne concernait pas l’index des gens, mais la croix gammée.
L’homme de 69 ans a souligné qu’il n’avait jamais eu en tête la diffusion de symboles anticonstitutionnels durant sa campagne. S’il l’avait voulu, il aurait été plus facile pour lui de sortir dans le noir et de simplement dessiner une croix gammée quelque part. Il a également déclaré qu’il n’aurait pas utilisé l’image de cette manière s’il avait su à l’avance que c’était un problème et a suggéré que la police attendait juste « cette petite croix gammée » à sa porte. Il affirme également avoir observé comment un voisin, qu’il soupçonne d’être quelque part à proximité de la police, a photographié sa porte à plusieurs reprises pendant l’action. D’autre part, un fonctionnaire qui a été cité comme témoin dans le procès a déclaré que la procédure n’avait eu lieu que par hasard. Il y avait eu une opération pour trouble à l’ordre public dans l’appartement au-dessus de l’accusé. En redescendant, elle a remarqué la photo avec la croix gammée sur la porte de l’homme de 69 ans.
Le juge a condamné le retraité à 50 forfaits journaliers de 40 euros chacun et est ainsi resté en deçà des 60 forfaits journaliers réclamés par le procureur de la République.
Elle a précisé qu’elle croyait que l’accusé n’avait aucune aspiration national-socialiste. Cependant, ses actions étaient toujours punissables.
L’homme de 69 ans a ensuite expliqué qu’il ne serait probablement pas en mesure de payer l’amende en raison de sa faible pension, qui est complétée par la sécurité de base. Il a demandé s’il pouvait aller en prison à la place ?
Le juge a confirmé que cela pouvait arriver.
Enfin, l’homme a voulu savoir quelle était la différence entre ce qu’il avait fait et la représentation de croix gammées sur la couverture des magazines d’information, par exemple. Le juge lui a alors expliqué que cette dernière relève de la liberté de la presse.
Les Conférences Midi à Minuit reçoivent quatre grandes figures du paysage alchimique français, à savoir :
– Françoise Bonardel, philosophe et essayiste, professeur émérite de philosophie des religions à la Sorbonne et docteur d’État ès lettres et sciences humaines ;
Les Conférences de Midi à Minuit
– Jean-François Blondel, historien de l’art, spécialiste du Moyen Âge et des compagnonnages ;
– Arnaud des Brunis, professeur agrégé de Biologie Géologie et docteur en écologie ;
Jean Solis
– Jean Solis, éditeur, polémiste et philosophe. Il est connu pour ses ouvrages très spécialisés sur la Franc-Maçonnerie et, par ailleurs, pour sa vision spirituelle et métapolitique des questions de société, inspiré en cela aussi bien par le philosophe savoyard Joseph de Maistre (1753-1821) que le théoricien politique italien Antonio Gramsci (1891-1937) ou son défunt mentor notre très cher Frère anthropologue, sociologue et politologue Bruno Étienne (1937-2009).
Sachant qu’une représentation graphique est plus souvent parlante qu’une description, ne dit-on pas d’ailleurs qu’une image vaut mille mots, nous vous laissons prendre connaissance, pour votre plus grand profit et plaisir, de la 4e de couverture de l’ouvrage, bientôt en librairie ou sur le site de l’éditeur.
Vous vous posez toujours autant de question sur l’Alchimie, cet autre Art Royal.
Connaissant le talent pédagogique de notre Frère Jean, nous ne doutons pas que toutes vos justes et parfaites demandes trouveront réponses dans ce nouvel opus.
Rendez-vous, sous peu, sur le site Aureus : éditions de l’esprit et du sens.
Blason de la Grande Loge d’Écosse.
*Jean Solis est membre à vie de la Grand Lodge of Antient, Free and Accepted Masons of Scotland, Grande Loge d’Écosse, Obédience fondée en 1736 et reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il a été membre de la Loge Nationale d’Instruction Kilwinning de la Grande Loge Nationale Française durant plusieurs années et l’un des trois rédacteurs finaux des rituels des grades symboliques du Rite Standard d’Écosse. C’est un grand spécialiste de l’Ordre Royal d’Écosse et reste le seul traducteur des rituels écossais approuvé officiellement par la Grande Loge d’Écosse pour la France – cf. son ouvrage Tous les rituels de la Grande Loge d’Écosse (Éd. Aureus,1re éd. 2007, 2e éd. 2018).
Le medium fait florès, sous des formes variées, dans nos sociétés contemporaines, qui ne réfléchissent jamais assez aux conséquences immédiates de telles prédictions.
Ce mot latin relève, au singulier, de ce qui touche au paranormal, au prédictif, à l’irrationnel, alors que le pluriel media, initialement dans l’anglicisme mass media, est devenu d’un usage tellement banalisé qu’on lui a ajouté une marque de pluriel propre au français, qui n’avait pas lieu d’être.
La racine indo-européenne *med- désigne ce qui se trouve au milieu, intermédiaire. Si la Mésopotamie est géographiquement entre les deux fleuves, Tigre et Euphrate, la Méditerranée, quant à elle, est entre deux terres, deux continents.
Le latin en développe le riche lexique de tout ce qui est au milieu. Du jour, midi, ou de la nuit, minuit. Le mât demisaine est planté au centre du navire. Milieu d’une pièce, milieu social qui prête à définitions contrastées et conjectures, à la fois mis en lumière et propre aux regards plus ou moins détournés ou connotés, envieux ou condescendants, selon qu’on se sent du « bon » ou du « mauvais » côté, en termes de respectabilité financière ou hiérarchique entre autres. Une frontière impalpable et mouvante, mais bien réelle.
Entre deux maisons se dresse le mur mitoyen, on est dans le moyen entre deux époques et cultures, tel le Moyen-Âge avec ses comportements médiévaux, plus tout à fait gallo-romans et pas encore marqués de Renaissance.
Difficile ligne médiane que guette la transgression, une sorte de funambulisme entre le moyen et le médiocre. Un espace inconfortable d’autant plus malaisé à définir que ce lieu intermédiaire s’assortit de querelles, souvent dérisoires, de pouvoir et de possession. Une place impossible à occuper…
Faute d’avoir réfléchi à la place qu’il pouvait tenir dans le milieu de forêt équatoriale dans lequel on le projette, tout héros qu’il soit, Tarzan ne tiendrait pas dix minutes dans la jungle ! Mygales, boas constrictors, insectes venimeux, feuilles et fruits empoisonnés, arthropodes, entre beaucoup d’autres, auraient tôt fait d’en faire une victime immédiate !
A moi la victoire, donc la médaille ! Qui sait combien ce mot est lui-même dérisoire dans son origine latine, à contresens de l’usage qui en est fait actuellement ? La médaille, au sens originel, représente la moitié d’un denier, donc une petite pièce sans valeur, sauf pour les enfants qui rêvent de médailles en chocolat. Sous les Capétiens, la maille nommait la plus petite monnaie existante. Il en demeure l’expression « un pince-maille », c’est-à-dire un avare. La maille désigne aussi la petite boucle que l’on tricote. Et l’expression « avoir maille à partir », à partager, exprime la chicane et la dispute pour un partage dérisoire.
Par les moyens liés au développement exponentiel de diffusion, écrite, audio-visuelle, par réseaux,
le monde médiatique répand son influence de pieuvre, dans une immédiateté sans frein, qui a oublié que toute information se doit d’être vérifiée, que l’intelligence, au sens propre de « choix entre », requiert le temps d’une méditation, donc d’une médiation pour s’épanouir sereinement dans une décision réfléchie, là encore au sens propre de ce qui regarde une image doublement renvoyée à elle-même sous divers angles.
Réagir immédiatement, c’est ouvrir la voie à tous les excès verbaux et gestuels d’impulsivité et de violence, sans en mesurer la portée. Quoi que puisse prétendre l’inconséquent pour se disculper, on ne rattrape pas un mot, un geste. Nul droit à l’oubli. C’est nier le rôle médiateur du temps et de l’espace.
Et pourtant… Parfois le medium s’avère bénéfique : le philosophe mathématicien grec Thalès prédit, en 584 av.JC, une éclipse de soleil, qui s’avérera une réalité. Alors que les Mèdes et les Lydiens s’affrontent sur les rives du fleuve Halys, dans l’actuelle Turquie, et que la victoire est très indécise, en plein jour l’obscurité se fait ! Les combattants, convaincus qu’il s’agit d’un message divin, concluent immédiatement la paix…
Annick DROGOU
L’immédiat est-il le mot qui résume le mieux notre époque fébrile ? Tout, tout de suite. Séance tenante. Le circuit court ou le court-circuit parfait. Il est piquant de voir l’évolution de ce mot. Du sens sans intermédiaire, il est passé dans l’immédiat du premier lieu, du tout d’abord, du moment même. Triste humanité qui s’abîme dans le court terme et l’urgence. Fast food, fast fashion…, de plus en plus vite, dans la réaction primaire et permanente, sans prendre le temps de la réflexion, sans le recours au temps comme premier médiateur.
Immense frustration. L’immédiateté n’est pas un présent plus intense, elle n’est que l’accélération du fugace qui, à peine passé, demande déjà à être comblé. Stop ! Il est temps de ralentir. Sans l’intervalle du temps suspendu, sans l’écoute du monde, de soi, des autres, du cosmos ou de Dieu, sans médiation, notre connaissance restera plate, planante en deux dimensions. Or la pleine vie se vit en 3D, dans l’ouverture au Tout Autre. Il faut laisser infuser la vie. Inutile de tirer sur la tige, la fleur ne parviendra pas à éclore plus tôt.
Mais, dans la boulimie de l’urgence, peut-être se trompe-t-on d’immédiat ? Peut-être seulement une confusion, un désir d’absolu qui fait fausse route dans une tentative de comblement. Oui, il faudrait distinguer et aimer un immédiat de l’être, bien différent de l’immédiat de l’avoir. Cet immédiat de l’être, c’est le sentiment océanique qui nous fait ressentir, sans besoin d’intermédiaire, notre immersion totale dans l’universel et l’infini, à la fois désir, écoute et accueil que rien ne pourra jamais combler.
Le 18 mars, sur 450FM est paru une alerte émanant du DROIT HUMAIN consacrée aux « nouvelles perspectives humanistes » – Jissey a donc ironisé sur les écrivains « nihilistes » qui, parfois, deviennent des « Cassandres » de l’avenir maçonnique.
La signification de 10 symboles maçonniques courants
« Ici, tout est symbole… » Telle est l’une des formules les plus souvent entendues dans les loges maçonniques. Autant dire que rien, ou presque, n’est insignifiant dans la décoration, l’agencement, la disposition d’une loge maçonnique, tout comme dans les décors dont se revêtent les francs-maçons ou les termes utilisés dans les rituels. Ainsi, la franc-maçonnerie offre à ses adeptes un univers de signes matériels ou sonores, de figures, d’objets ou de mots, qui sont tous dotés d’un sens moral ou spirituel.
Il semble que le symbolisme « Mason » soit partout, même dans des endroits que vous ne remarquez peut-être pas. De même, vous n’êtes peut-être pas conscient de la signification profonde de chacun de ces symboles, qui vont au-delà des francs-maçons qui souhaitent simplement laisser leur marque sur tout ce qu’ils construisent ou touchent.
Nous avons pris 10 des symboles maçonniques les plus courants et les avons expliqués ici. Vous pourriez reconnaître certains d’entre eux ou même les connaître déjà – mais vous pourriez constater que d’autres sont une surprise totale.
1. L’œil qui voit tout
L’Œil qui voit tout, également connu sous le nom d’Œil maçonnique ou Œil de la Providence, est l’un des symboles les plus reconnus de la franc-maçonnerie. Cela est d’autant plus vrai qu’il ne figure sur nul autre que le billet d’un dollar américain. Il existe depuis 1797 lorsqu’il a été introduit dans une publication du »Freemasons Monitor ».
Il représente l’œil de Dieu et sert de rappel aux francs-maçons que Dieu regarde toujours, voyant toutes leurs actions et pensées.
2. La lettre G
Bien que les francs-maçons ne puissent pas revendiquer une lettre entière de l’alphabet, ils utilisent assez fréquemment la lettre G dans leur symbolisme. Le problème est qu’il y a un peu de controverse sur ce que cela signifie réellement.
Certains disent que c’est aussi simple que de représenter ‘Dieu’ et ‘Géométrie’. D’autres pensent qu’il représente le mot « Gnose », signifiant la connaissance des mystères spirituels, qui est une composante importante de la maçonnerie. D’autres pensent encore que la lettre G en hébreu ancien avait une valeur numérique de 3, qui est fortement référencée à travers l’histoire quand on parle de Dieu.
3. Équerre et compas
Aussi bien représenté que soit l’Œil qui voit tout, l’équerre et le compas sont vraiment le symbole franc-maçon le plus connu ou reconnu. La signification derrière cela est assez littérale, le carré représentant la moralité en ce sens que les francs-maçons doivent « aligner [leurs] actions par le carré de la vertu avec toute l’humanité ».
La boussole mesure alors la capacité à mener judicieusement des actions dans certaines limites. En d’autres termes, ensemble, l’équerre et le compas rappellent aux francs-maçons d’explorer leurs désirs et leurs passions sans sortir du domaine du comportement moral.
4. L’ancre et l’arche
L’ancre est beaucoup utilisée dans le symbolisme chrétien et a été adoptée par les francs-maçons pour avoir une signification similaire. Fondamentalement, elle représente l’espoir, ainsi que la paix contre le temps orageux.
Une ancre est utilisée, littéralement, comme un moyen d’ancrer un navire, et de la même manière, ce symbole parle de vivre une vie fondée sur l’espoir et la paix.
5. Étoile flamboyante maçonnique
On dit que l’étoile flamboyante maçonnique est le summum du voyage d’un franc-maçon. Dans la maçonnerie, un homme essaie d’utiliser ses connaissances pour le guider, un peu comme une étoile qui flamboie dans un ciel nocturne sombre.
6. Maillet maçonnique
Il y a deux significations à ce symbole. Premièrement, il représente l’autorité du franc-maçon qui le cède, qui pourrait utiliser son marteau pour ponctuer ses idées et commander l’ordre comme le fait un juge au tribunal.
Deuxièmement, c’est un outil utilisé pour casser les aspérités d’une pierre. Utilisé de cette manière, le marteau maçonnique peut rappeler aux francs-maçons de se débarrasser de certains vices et de maintenir un cœur pur, moral et spirituel.
7. Gerbe de maïs maçonnique
À l’époque du roi Salomon, « Mason » donnait du maïs dans le cadre de ses revenus, un peu comme une taxe. De nos jours, il est utilisé lors des cérémonies de dédicace, principalement, et parfois pour représenter les dons de bienfaisance aux moins fortunés.
8. Autel maçonnique
Comme de nombreuses entités religieuses, l’autel maçonnique représente un lieu où la communion peut avoir lieu avec Dieu. C’est également là que les livres sacrés sont stockés.
9. Cercueils
Les cercueils représentent généralement la mortalité, mais dans le monde de la franc-maçonnerie, la signification derrière eux peut devenir un peu trouble. Parfois, les cercueils sont représentés avec un brin d’acacia, qui représenterait l’immortalité. D’autres fois, une étoile à 5 branches lui est associée.
La signification du cercueil semble donc interchangeable avec le contexte dans lequel il est fourni.
10. 47e problème d’Euclide
Les choses deviennent un peu géométriques ici, alors soyez indulgents avec nous. Le 47e problème d’Euclide – également connu sous le nom de théorème de Pythagore – est symbolique de la nécessité de « carrér votre carré ». Dans la pratique quotidienne, cela signifie garder votre vie en ordre, et dans la construction d’infrastructures, c’est la méthode suivie par les francs-maçons lors de la pose des fondations.