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Sous le voile des cendres

Un conte maçonnique de science-fiction

Pour comprendre les objets évoqués avec un regard maçonnique contemporain, n’hésitez pas à suivre les liens (en bleu).

« La cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie qui s’en sont allées avec l’extinction du feu ; elles se dispersent au vent, se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre éphémère condition humaine ; elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers. [1]»

La cendre est aussi un symbole de destruction totale : une ville dévastée par les éruptions volcaniques ou les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires avec l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, leurs cendres marquent l’extermination, l’horreur. Cependant, l’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente, pour certaines traditions, le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes.

Et pourtant, le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. En jetant de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait une distinction entre cendre sèche et cendre humide. Selon Lao-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu.

Dans d’autres rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. De ce fait, la cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse, symbolisant l’Esprit, le principe masculin ; l’eau symbolisant l’Âme, le principe féminin

La tradition, c’est la transmission du feu et non l’adoration des cendres (Gustav Mahler). Cela veut dire que dans la transmission de la Tradition maçonnique incombant à chaque franc-maçon, il est de sa responsabilité d’apporter d’autres éclats, d’autres lumières en enlevant cette couche qui altère cette légère teinture de l’âme, dans ses choix, dans ses yeux, dans ses façons de penser et de faire.

Le cataclysme, dû au choc avec une météorite, qui avait dévasté la terre, s’était produit en une fraction de seconde et, au contact de la chaleur, un amas de cendres, par couches successives, avait statufié toute vie. Maintenant, tout n’était qu’un magma grisâtre, uniforme, couvert surtout par le silence absolu. La cendre, comme un sel, manifestait une œuvre au blanc et la terre blanche semblait issue de la combustion des impuretés, ne laissant que la substance du corps incorruptible et, comme le disent les alchimistes, montrait le diadème du cœur, la simplicité paradoxale de la connaissance de soi.

Les fouilles avaient commencé alors que le soleil avait atteint son zénith. On ne voyait, dans la poussière qui recouvrait toute la surface de la ville engloutie sous les décombres, que les traces de pas laissées par les scaphandres des visiteurs venus du ciel pour récupérer des informations sur cette Planète anéantie.

Les visiteurs étaient les descendants de ces savants astronautes partis en voyage intersidéral voilà environ 1000 ans, juste avant le cataclysme. Ils avaient été recueillis lors d’une étape, dans une galaxie lointaine, par des êtres de lumière, et ils s’étaient retrouvés dans une cité de cristal où ils eurent accès à l’enseignement d’un savoir progressif et universel. Là, ils apprirent ce qui arriva à la Terre et décidèrent de poursuivre leur voyage spatial à vitesse supraluminique via un sub-espace artificiel au cours duquel des générations s’étaient succédé, oubliant la manière de vivre des terriens pour s’adapter à d’autres espèces d’intelligence qu’ils rencontrèrent dans l’Univers. De passage sur la Terre, ils avaient eu envie de découvrir comment leurs ancêtres vivaient et pour cela ils venaient collecter des indices à exploiter à force de conjectures.

Au hasard, ils avaient choisi un endroit ; les fouilles avaient déjà mis à jour un tronçon de rue et des portions de maisons dans le secteur 6 que quelques lettres avaient permis d’identifier comme portant le nom de Gari[2]. Grâce à une méthode de conservation efficace de tout ce qui était prélevé des objets variés furent récupérés et ramenés au laboratoire. Les masques, qu’ils portaient, avaient filmé et enregistré ce qui pouvait se voir, les corps en particulier, leur posture saisie comme dans un moule de résine, la structure de l’habitation, l’agencement du mobilier encore visible. Tous ces éléments allaient être étudiés à l’abri dans le vaisseau sidéral. Somarca, le plus jeune de l’expédition fut missionné pour faire un rapport établissant, à partir des vestiges trouvés, comment vivaient les terriens. Ce jeune savant avait reçu le savoir des civilisations de l’Antiquité. Somarca se retrouva avec les films des caméras, mais surtout avec des cendres, dans lesquelles furent identifiés des éléments de décor, des objets entamés par les dégâts et donc parcellaires, des fragments de papier calciné ne laissant lire que quelques mots de phrases inintelligibles. Avec son savoir reçu des êtres de lumière il put cependant en retirer des conclusions et écrivit :

Rapport sur la Terre, ce 33ème jour de 1013, de la parfaite année lumière de Cristal.

La datation de l’apocalypse qui a détruit la Terre nous est révélée par la date suffisamment lisible d’un document placé devant l’un des squelettes : 5 septembre 6023 de la vraie année lumière. Le mystère a été de comprendre pourquoi cette date indiquait un futur par rapport à notre système de datation. Viennent-ils du futur ? Après quelques recherches, j’ai compris que la référence au commencement de cette datation remontait 4000 ans avant J-C. parce que nous avons trouvé en fait deux dates sur les documents : une date notée comme année de la vraie lumière et une autre date faisant référence à une ère vulgaire (Les calendriers maçonniques).

Ces documents appartiennent à un groupe qui peut changer de référents temporels, ses membres étaient capables, instantanément, de se déplacer dans le temps et de voyager d’un espace à un autre pour y chercher la vérité.

Au vu des éléments composites retrouvés, on peut dire que les terriens utilisaient des pièces de dimensions très différentes. À côté de grands espaces où ils se rassemblaient, se trouvaient de toutes petites pièces pour s’isoler, des emplacements pour solitaire, des réduits peints en noir. L’éclairage y était primitif : on a trouvé des restes de bougie, ce qui semble avoir été la seule source de lumière. Des objets sont posés sur une table, des sentences sont écrites sur les murs : Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en !  Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin !  Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière ! (II- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, un athanor alchimique) . Ce cabinet, incitant à la réflexion, est comme une matrice pour un rituel de purification avant l’accès à une cérémonie pour rejoindre le groupe de la grande salle, peut-être une préparation pour un voyage dans le temps (III- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, repaire du temps qui passe).

Deux fioles transparentes, laissant s’écouler entre elles une matière visible, de la poussière de marbre ou du sable, formant donc un sablier, ont pu être reconstituées, attestant d’une préparation à un voyage interstellaire avec la représentation du ciel, le spirituel dans la fiole du haut, et de la terre, la matière  dans la fiole du bas. Le mouvement du sable indique un pôle d’attraction. La liaison entre ses deux sphères n’est qu’un étranglement, une difficulté à franchir, une porte étroite qu’il faut traverser pour changer de plan, parvenir à un autre monde. (I- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, entre mort et naissance)

À l’entrée de la grande salle, de chaque côté de la porte deux colonnes, une intacte, une brisée marquent ce qui devait en être le seuil. On n’a pas pu préciser si la colonne était déjà brisée volontairement pour le décor. Le symbole de colonnes jumelles a été, depuis des temps immémoriaux, le gardien de portes vers des lieux sacrés et des royaumes mystérieux. Les colonnes marquent le passage vers l’inconnu, vers l’autre monde.

Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination.

Par leur situation de chaque côté de l’entrée, les deux colonnes agissaient comme un  portail conduisant aux Mystères vers un endroit sacré. Pour cette raison, les deux colonnes trouvées dans chacune des grandes pièces, avec pour nom J et B, encore visiblement gravés sur les vestiges, indiquent que les humains considéraient qu’être ensemble c’était créer un espace de sacralité, que le sacrifice demandé était de n’avoir ni peur, ni curiosité et de s’être purifié en passant dans un sas, probablement dans la petite pièce décrite précédemment, pour pouvoir entreprendre leurs voyages inter temporels. (Histoires de colonnes)

Les grandes salles, comme le petit cabinet, sont des espaces clos, on n’a pas pu déceler des ouvertures autres que celle de la porte d’entrée. Pourtant, parmi les débris d’un tableau encore visible, posé au sol (Tapis des Loges, tapis d’éloges), des fenêtres dessinées grillagées apparaissent (Fenêtres, des cadres pour quelle lumière en Franc-maçonnerie ?). Les hommes, vivant soit dans l’obscurité, soit avec des lumières artificielles, avaient probablement perdu la vraie lumière et n’en conservaient que la mythique importance sous forme de dessin de fenêtre.

Ce tableau devait avoir des pouvoirs holographiques et avait comme rôle supposé de montrer, aux participants à la réunion, l’ensemble des éléments réels et symboliques du décor de la grande salle qu’ils pouvaient embrassés ainsi en trois dimensions d’un seul coup d’œil ; la quatrième dimension ne leur étant donnée que par le temps de leurs voyages vers cette lumière.

À l’opposé de la porte, au pied de ce qui fut probablement une estrade de plusieurs marches, sur un bloc de soutènement, se trouvait une équerre en bois calciné et un compas en fer rouillé (Le Compas et l’Équerre, une histoire d’union), tous deux posés sur, sans doute, un livre,  mais trop brûlé pour être identifié.( La Bible, un texte à explorer). Brisé par endroit, un triangle calciné restait suspendu sur le mur tout au fond de la salle. On y discernait un œil en son centre (Que re-garde l’œil du Delta ?). Ce regard intriguant aurait-il consumé par son énergie puissante la forme qui l’encadrait ?

Un restant de corde, enroulé par endroit en forme de nœuds,  serpentant le long de la corniche des murs, formait sans doute un cercle magique permettant les voyages dans l’espace et le temps. Les terriens recherchaient des contacts avec une transcendance qui leur insufflait leur savoir qui rappelle celui des bâtisseurs. Dans un but d’orientation, le cordeau avait pour fonction de maintenir les différents éléments de la construction. Dans la plupart des traditions, il était tendu entre quatre piliers correspondant aux quatre directions de l’espace, chacun des côtés figurait trois signes du zodiaque, conformément à la représentation que les anciens astrologues donnaient de l’univers. Le cordeau définissait ainsi un cadre cosmique qui fixait sur terre la projection de l’ordre universel, ce que les alchimistes appellent un rite de fixation ou de coagulation du monde céleste dans le monde terrestre. Une fois la construction achevée, il convenait de conserver à l’intérieur de l’édifice ce cadre à partir duquel le monde d’en haut était venu engendrer le monde d’en bas. Une corde, entre les murs et le plafond, symbolisait alors l’origine céleste de l’édifice, parfois une frise, la remplaçait.

Presque intactes, protégées dans un coffre, les pièces trouvées de tissus blanc avec un liseré rouge, brodées d’images servaient probablement à décorer des statues car leur forme en sautoir indique un hommage décoratif. (Les officiers de la Loge, des organisateurs de l’harmonie)

D’autres pièces de tissus, mais blanches, en cuir ou en soie, ont été découvertes, certaines avec un liséré rouge, d’autres avec un liseré bleu, d’autres encore sans décor apparent. Leur façonnage laisse penser que c’était des protections retenues par une attache autour du ventre. L’aspect de ces pièces varie du plus modeste aspect au plus sophistiqué indiquant par là sans doute l’évolution de prouesses liées à leur utilité. La plupart portent un M et un B, un acronyme ; nous proposons pour ces initiales «Meilleur Bêtatron», cet accélérateur de particule servant à produire une haute énergie dont ils avaient besoin pour pouvoir s’éclairer dans ces lieux. (II – Symbolisons-nous toutes les couleurs en Franc-maçonnerie ?)

On a trouvé une seule canne intacte,en gaïac, bois brun verdâtre très dur qui est aussi appelé «bois saint» ou «bois de vie» (lignum vitae), surmontée d’une boule en ivoire, son bout est en métal; elle est donc composée de 3 éléments : végétal, animal et minéral. Représentant naturellement l’autorité, le pouvoir, la force, la protection du lieu. Elle devait appartenir à un chef, ouvrant le passage vers les voyages intersidéraux.

Des textes calcinés, que l’on peut considérer comme des archives, ont pu être déchiffrés ; ils portaient des  numéros de référence séquentiels et chronologiques. D’après leur contenu, les domaines de leur raisonnement analogique se traduisent plus particulièrement par des translations disciplinaires, empruntant des savoirs à des champs différents, par exemple la philosophie, l’étymologie, l’histoire, la sociologie, l’ésotérisme, l’alchimie, le symbolisme, etc. Les passages d’un contexte lexico-sémantique à un autre s’effectuent notamment par les outils métaphoriques et poétiques dont on a pu relever plusieurs formes. Tous les écrits trouvés sont des manières de donner du sens. De façon plus spécifique, l’analyse permet de définir ces textes comme une herméneutique dans laquelle l’évaluation du travail d’interprétation se définit par l’originalité de l’agencement des arguments et des transpositions sémantiques réalisées par leur auteur. On peut noter une particularité dans la syntaxe des phrases : on trouve très souvent, de façon très proche du pronom «nous», des mots équivalents, notre, nos, etc. Ce sont des concepts formateurs de l’identité de ce groupe de terriens par condensation sémantique de l’ensemble des processus d’apprentissage et d’intégration dans lesquels les membres ont été symboliquement construits comme parties d’un tout. (Parole et paroles)

Conclusion du rapport 

Les éléments d’échantillons dont nous disposons nous permettent de penser que cet espace était un lieu d’initiation par lequel les terriens devaient passer.

Les mystères des sociétés initiatiques de l’Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l’engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d’autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu’ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables, bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles d’être détournés de leur action bénéfique et d’être transformés dans un but malfaisant. Ces initiations avaient été transmises par les êtres de lumière qui ont accueillis nos ancêtres lors du voyage qui les avaient sauvés du cataclysme.

On raconte que des extraterrestres, venus s’installer sur terre bien avant le déluge, formant une petite communauté d’Hyperboréens, allaient donner naissance aux Atlantes et aux habitants de la terre de Mû. Le déluge (ou la guerre atomique entre Mû et l’Atlantide) devait détruire toutes ces civilisations, ne laissant sur les hauts plateaux qu’un petit nombre de rescapés. Il y a plusieurs milliers d’années, un second groupe d’extraterrestres originaires de Vénus serait venu civiliser les humains qui, du Pérou au Tibet, avaient tant bien que mal réussi à survivre. Sur une dalle du Yucatan, gravée avec minutie, se profile une fusée spatiale ; sa forme, ses mécanismes de propulsion sont d’une ressemblance frappante avec une fusée. De très nombreuses autres descriptions ou dessins relevés dans les manuscrits mayas, égyptiens, phéniciens concordent : il y a longtemps, des étrangers venus d’autres planètes (appelés dieux, anges ou extraterrestres) auraient vécu sur la Terre et auraient laissé des signes, des marques de leur passage.

Les anciens textes sacrés racontent qu’à la nuit des temps, la Chine fut gouvernée pendant 18000 ans par une race de Dieux. Le Huai-nan-Tzu parle d’une période idyllique, un véritable paradis. Mais un jour, les hommes se rebellèrent, des catastrophes ravagèrent la planète, les rois de l’espace coupèrent toutes communication avec les hommes, les laissant reconstruire, seuls, leur civilisation.

La mythologie égyptienne évoque les pouvoirs magiques des divinités. Les Égyptiens croyaient que leur Pharaon était un véritable Dieu. Ils parlent d’une époque où les Dieux dominaient la Terre, puis ce fut l’époque des demi-dieux avant que le premier Pharaon ne gouverne les terres d’Égypte.

Le ciel et la terre ont été, comme la Bible hébraïque le raconte, créés par des Élohim mais ceux-ci ne sont pas Dieu : ce sont des anges de la 7e classe, de ceux qu’on appelle habituellement, mais improprement, en français, les «principautés» et qui font partie de la troisième triade angélique, assimilant les membres de celle-ci aux Dévas de l’hindouisme. Cependant, la planète Saturne aurait été créée en premier lieu, puis successivement le Soleil, Jupiter et Mars. C’est alors que se serait produite la révolte du chérubin Lucifer, laquelle aurait eu pour conséquence la création de la Terre, de la Lune et de l’homme. La plus ancienne civilisation terrestre aurait été celle des Atlantes, de laquelle dériveraient toutes les autres.

Cependant, trop de réponses à notre questionnement restent ensevelies sous le voile de cet anéantissement de la réalité. La conclusion qui s’impose demeure une question : d’autres fouilles auraient-elles mis en évidence que tous nos ancêtres les terriens étaient des initiés ?

Somarca pensa que tout cela paraîtrait trop simple pour les anciens, fallait-il refaire le rapport ? La nuit était tombée depuis longtemps, il était à mi-nuit et il décida de remettre la réponse à son questionnement au lendemain. Soudain un courant d’air emporta quelques cendres qui, en les mêlant, fit apparaître de façon fugitive un nuage de poussières laissant voir des lettres écrivant en suspension le mot «L’Arbre de Liberté» qui se disloqua aussitôt.

C’est alors que Frandel se réveilla de son sommeil agité. Il était un jeune apprenti qui, la veille, venait d’être reçu franc-maçon dans la respectable loge L’arbre de Liberté. Par-delà le songe, il comprit que la langue des symboles avait fait place au silence, que le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’Homme, et que dans les rêves, ou la réalité, tout est symbole.


[1]              Dictionnaire des symboles  par Miss Dico.

[2] Dans le 6ème arrondissement de Lyon, angle rue Garibaldi rue Tronchet, de trouve l’emplacement du Grand Temple maçonnique inauguré en décembre 1847. Lire l’article de Michel Chomarat . À noter qu’il n’est pas le plus ancien puisqu’en 1778 la Loge « Les Amis Réunis », se réunissait dans un temple à l’angle des rues de la Charité et de la rue du Plat, dans le centre-ville de Lyon.

La maladie maçonnique

Un corps social c’est un peu comme une personne humaine ;  il peut bien se porter mais il peut aussi être souffrant !

Jacques Chouillot  rappelle que :

« L’Etat selon Platon était conçu à l’image du corps humain, divisé par lui en trois zones d’influence : intelligence, cœur, fonctions animales. L’Eglise selon saint Paul est identifiée au corps du Christ. La fable d’Esope sur les membres et l’estomac applique le principe de solidarité biologique aux rapports de classes.

Parmi les écrivains qui ont eu la plus directe influence sur les écrits politiques de Diderot, il faut retenir la puissante personnalité de Hobbes qui définit le Léviathan, figure de l’Etat, comme « la réunion de tous les hommes en une personne unique » en vertu d’un contrat par lequel chacun se lie à chacun. Une fois que ce résultat est obtenu, « cette multitude se constitue en une personne unique qu’on appelle état ou république. Et c’est ainsi que naît le Grand Léviathan, ou pour mieux dire, le Dieu mortel auquel nous sommes redevables de la paix et de la sécurité sous l’autorité du Dieu immortel ».Il ne faut pas non plus négliger la théorie des « systèmes » énoncée par Shaftesbury. Malgré son orientation platonicienne, elle utilise volontiers le vocabulaire biologique. « Tous les animaux composent un système, et ce système est soumis à des lois mécaniques selon lesquelles tout ce qui y entre est calculé ». (sources)

Ainsi en est-il pour la franc-maçonnerie !

On peut la définir comme un corps social mondial, syncrétisme de toutes les franc-maçonneries nationales, elles-mêmes  fusionnant les obédiences nationales.

Si on admet généralement que l’excellence de l’histoire de la franc-maçonnerie provient de son approche tolérante des relations humaines, sa recherche de la perfection aussi bien morale, artistique que opérationnelle, on peut parler de pathologie lorsque d’autres comportements apparaissent en contradiction avec ces valeurs.

La maladie maçonnique peut affecter différents éléments de ce corps social ; souvent ce ne sont que quelques symptômes ; on peut aussi observer des syndromes. L’atteinte peut être circonscrite ou étendue. La maladie est souvent bénigne mais peut parfois être grave entraînant la démission ou la disparition d’une loge ou d’une obédience.

De quelques signes de la maladie maçonnique :

Il n’est pas question de détailler ici les symptômes de cette maladie ; je me contenterais d’en lister quelques uns :

  • La cordonite,
  • La perte du sens critique ,
  • Un comportement de « sauvage » où un minimum de civilité disparaît,
  • Le clanisme,
  • La soumission à l’autorité,
  • Le sectarisme,
  • Le machisme,
  • Le délire mégalomaniaque,
  • La dérive mystique.
  • L’engagement intéressé.

Globalement la maladie maçonnique aboutit au sectarisme !

De quelques membres atteints, on peut en arriver à quelques loges et aussi à quelques obédiences ! Toute l’histoire de la franc-maçonnerie est ponctuée par ce processus sectaires ! Pour une recherche de perfection qui n’est en fait qu’un prétexte pour se démarquer de l’ensemble de la communauté maçonnique on se divise !

Des raisons politiques ont également joué un rôle dans la mesure où les obédiences maçonniques ont souvent été manipulées par des forces politiques. L’exemple le plus probant est la main mise de l’aristocratie sur la franc-maçonnerie anglaise ! Sous prétexte de landmarks, la Grande Loge Unie d’Angleterre contrôle tout un courant de la franc-maçonnerie mondiale en utilisant le critère « Régularité » !

Une maladie insidieuse et terriblement destructrice !

Lorsqu’on voit le nouveau Grand Maître du Grand Orient de France se positionner comme un rédempteur face à l’extrême droite en France , on voit bien où cette prétention mégalomaniaque peut conduire !

Bien que la réalité montre un corps déchiré, des comportements intéressés, une incapacité à s’engager, le discours prend des envolées lyriques !

Une responsabilité claire

Si cette maladie s’est étendue et a progressivement vidé de son sens premier la motivation philosophique d’une grande et belle idée, c’est d’abord dû à l’incapacité des cadres de la structure maçonnique à assumer leurs fonctions : le ou la vénérable maître et les principaux officiers sont les premiers fautifs en ayant réellement démissionné de leurs responsabilités !

Ensuite cette irresponsabilité s’est étendue aux autres fonctions électives et en particulier aux conseillers de l’ordre et à la grande maîtrise !

Un exemple récent illustre cette situation : lorsqu’on sait que pour assumer une responsabilité il faut une certaine durée, les trente trois conseillers de l’ordre du Grand Orient de France ont choisi d’élire un grand maître qui ne restera qu’en un an en fonction ! Les qualités de la personne ne sont pas en cause mais avouons que c’est quand même incompréhensible sauf à faire intervenir des justificatifs profanes !

Une maladie qui affecte l’ordre maçonnique dans sa globalité !

Quel que soit le pays, quel que soit l’orient, on retrouve cette maladie peu ou prou aux différents étages de la structure maçonnique ! Les organisations rituelles comme les suprêmes conseils ne sont pas épargnées. L’exemple du rite primitif ancien de Memphis-Misraïm est assez caricatural.

Mais cela touche aussi tous les mouvements pseudo-fraternels qui savent s’écharper de la plus belle façon. Notre Directeur de Publication, Franck Fouqueray, en a fait les frais alors que son projet était avant tout de réunir et de laisser une liberté s’exprimer !

Malgré tout, ne désespérons pas !

De nombreuses sœurs, de nombreux frères montrent par leurs comportements que le socle des valeurs maçonniques est toujours d’actualité et qu’il peut être un outil pour réformer nos sociétés à la dérive !

Avec humilité, beaucoup de sérieux et surtout l’exemple de comportements exemplaires et solidaires désintéressés on peut sortir du vide de la langue de bois !

Juste, parfait et régulier

De notre confrère australien brotherallatt.substack.com – Par DARREN ALLATTDARREN ALLATT

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi une loge maçonnique doit être « juste, parfaite et régulière » ? La réponse est ancrée dans des traditions séculaires qui résonnent encore dans notre vie quotidienne.

La franc-maçonnerie captive les esprits curieux depuis des générations avec ses cérémonies énigmatiques et ses traditions séculaires. Parmi son lexique de termes distinctifs, « Juste », « Parfait » et « Régulier » constituant les clés de voûte définissant l’essence d’une loge maçonnique. Ces termes, plus que de simples mots, résument une philosophie qui s’étend au-delà des murs secrets des salles maçonniques. Explorons la signification profonde de ces principes, à la fois dans la franc-maçonnerie et dans le cadre de notre existence quotidienne. La franc-maçonnerie a captivé les esprits curieux depuis des générations avec ses cérémonies énigmatiques et ses traditions séculaires.

Juste

Le mot évoque les notions de droiture, d’équité et de légalité. Au sein de la franc-maçonnerie, une loge « juste » adhère aux principes moraux et éthiques qui guident ses interactions avec ses membres et avec le monde en général. Cet idéal s’étend à la présence du Volume de la Loi Sacrée, de l’Équerre et des Compas, éléments symboliques qui soulignent l’engagement de la Loge à défendre les vertus d’équité, d’honnêteté et d’intégrité.

Parfait

Au-delà de la connotation banale, une Loge « parfaite » signifie une entité complète. Sa structure, ses cérémonies et ses membres fusionnent harmonieusement pour former un tout unifié. Cette unité est parallèle à l’origine latine de « perfectus », qui signifie complétude, et souligne que chaque facette de la Loge est méticuleusement orchestrée pour créer une tapisserie cohérente de principes maçonniques. Au-delà de la connotation mondaine, une Loge « parfaite » signifie un entité complète. Sa structure, ses cérémonies et ses membres fusionnent harmonieusement pour former un tout unifié.

Régulier

Le terme « régulier » a un poids unique au sein de la franc-maçonnerie. Cela signifie l’alignement avec les règles et règlements établis des Grandes Loges reconnues. Une loge « régulière » adhère aux monuments universels, fonctionne selon une charte et ne reconnaît que les loges qui respectent cette conformité. Le terme dérive du latin « regula », qui met l’accent sur l’adhésion à un modèle ou à une règle. Le terme « régulier » a un poids unique au sein de la franc-maçonnerie. Cela signifie l’alignement avec les règles et règlements établis des Grandes Loges reconnues.

La triade « Juste, Parfait et Régulier » valide l’authenticité, la légalité et la loi morale d’une Loge, façonnant ainsi son identité au sein de la fraternité maçonnique mondiale. L’authenticité, la légalité et la boussole morale de la Loge façonnent son identité au sein de la fraternité maçonnique mondiale.

La résonance de ces principes maçonniques s’étend bien au-delà des salles sacrées des réunions de Loge. Nous trouvons leurs échos dans notre vie quotidienne, où « Juste, Parfait et Régulier » nous guide dans divers scénarios.

Dans un café

Imaginez entrer dans un café chaleureux, un royaume où votre appétit répond à vos désirs. Chaque transaction financière, que vous savourez un café au lait ou une pâtisserie, est conforme à un ensemble de lois établies par la Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC).

Au supermarché

Alors que vous vous promenez dans les allées animées d’un supermarché, une symphonie de produits et de choix vous enveloppe. Chaque produit, chaque étiquette atteste du respect des lois sur la consommation. Ces lois garantissent que vous, le consommateur, bénéficiez d’un étiquetage précis et de pratiques équitables. Ici, le principe de justice se manifeste partout, en résonance avec la poursuite d’un commerce honnête. Les rayons, soigneusement garnis de produits, incarnent la perfection. Des conditions de propreté, un personnel formé et des caisses opérationnelles forment la tapisserie d’un supermarché bien orchestré. Les piliers de la perfection respectent bon, créant un environnement où efficacité et satisfaction s’entrelacent.

Logiciel informatique

Dans le domaine du développement logiciel, une symphonie numérique se joue. Chaque ligne de code, une note dans cette composition complexe, respecte les lois sur le droit d’auteur et les réglementations sur la protection des données. Cette adhésion n’est pas seulement une question de légalité ; il s’agit de respecter la vie privée, de créer un paysage numérique où vos informations sont protégées. Au fur et à mesure que le logiciel évolue, il est conçu conformément aux normes de codage, intégré dans le contrôle de version et orné d’une documentation méticuleuse. La recherche de la perfection dresse un portrait de la fiabilité, un royaume virtuel où la fonction et la forme fusionnent dans une unité harmonieuse.

Les principes de justice, de perfection et de régularité, enracinés dans la philosophie maçonnique, s’étendent au-delà des murs de la Loge pour façonner les aspects à la fois ordinaires et extraordinaires de la vie. La régularité, enracinée dans la philosophie maçonnique, s’étend au-delà des murs de la Loge pour façonner les aspects à la fois ordinaires et extraordinaires de la vie.

Tout comme les loges maçonniques incarnent la tradition et l’intégrité, les scénarios quotidiens repoussent l’appel à la conformité, à l’authenticité et à une conduite éthique. Ces principes intemporels guident notre voyage à travers les complexités de la vie, en soulignant l’importance du respect de la loi, de son exécution minutieuse et de ses actions cohérentes.

Que ce soit dans les Tenues de Loge ou dans les activités quotidiennes comme les paiements, les achats, le développement de logiciels ou la construction, ces principes éclairent notre chemin, nous rappelant que l’authenticité, la fiabilité et le respect de l’éthique sont fondamentaux pour une vie épanouie.

Ces principes tissent une existence harmonieuse où justice, perfection et régularité s’unissent harmonieusement, étendant la sagesse de la franc-maçonnerie dans nos vies quotidiennes, nous inspirant à cultiver un monde qui reflète les valeurs défendues par les principes « Juste, Parfait et Régulier ».

Les questions à l’étude des Loges 2023/2024 du GODF en primeur

2

Le 21 juillet dernier nous partagions un document de synthèses pour l’année 2021-2022, intitulé « Questions à l’étude des Loges-Synthèses année 2021-2022 ». Cette fois, nous anticipons en révélant l’intitulé des questions de cette année maçonnique naissante.

A/ L’abstention aux élections ne fait que croître : comment réconcilier les électeurs avec le fonctionnement de la démocratie ?

B/ Le combat du Franc-Maçon est-il seulement un combat d’idées ?

C/ Si défendre la laïcité implique une attitude ferme voire autoritaire, cela est-il compatible avec les valeurs de tolérance que nous prônons ?

D/ Les actions de désobéissance civiques sont-elles justifiables ?

E/ Pour ne pas entrer dans un conflit de l’eau entre peuples et les groupes sociaux, n’est-il pas temps que l’eau soit reconnue comme bien commun ?

F/ Pour poursuivre la construction européenne, que faut-il transmettre à tous les citoyens pour renforcer le sentiment d’appartenance ?

Transmettre, qu’est-ce-à-dire ?

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La transmission, credo maçonnique, imprègne largement nos symboles et nos métaphores.

Précisément, nous répétons souvent que l’étymologie du mot « Tradition », nous renvoie à cette « transmission ». Dès lors, il est intéressant de se demander ce que « transmettre » veut vraiment dire.

Pour ma part, « transmettre », c’est passer à l’autre, aux autres, ce que j’ai reçu, ce que j’ai appris, ce que j’ai conquis, évidemment en termes de valeurs que je juge positives. C’est donc partager de bonne foi ce que je sais. C’est aussi échanger en même temps, donc c’est recevoir de l’autre. Au final, « Transmettre » revient ainsi à enrichir, à m’enrichir, autrement dit à élargir ma pensée, en l’élargissant au monde.

De mon point de vue toutefois, il y a des nuances à prendre en compte dans l’acte de transmission. Sur le plan personnel, nous sommes à même de transmettre à notre descendance, les pratiques et principes de vie que nos parents et formateurs nous ont appris. Sur le plan maçonnique, nous transmettons de la même façon, en atelier et dans le monde profane, les valeurs reçues de nos aînés. Cela ne signifie pas que nous devons transmettre des idées et des outils figés. Car la vie humaine est escortée par une notion qui lui est spécifique et qui s’appelle le progrès, certes avec ses bons et moins bons côtés. Le couteau Laguiole qui est commercialisé aujourd’hui n’est plus celui fabriqué il y a un siècle, mais c’est toujours un Laguiole. Pareillement pour le maillet et le ciseau, composés avec de nouveaux matériaux.

Dans cet esprit de progression, de changement, la vertu de tolérance, synonyme de l’indulgence des temps passés, n’a plus le même sens de nos jours, assombris par le phénomène d’une violence accrue. De la sorte la tolérance se trouve limitée aujourd’hui par l’intolérable, en soi progrès de la raison. Celle-ci doit nous conduire à savoir dire oui et savoir dire non, avec prudence et mesure, aux actes de nos semblables.

De la sorte, « transmettre » ne veut pas dire uniquement « reproduire » mais également « produire ». Non seulement des objets nouveaux, mais également des idées, des raisonnements, des concepts neufs. Le tout en franc-maçonnerie, dans un double but :

1.Nous enrichir spirituellement, au sens de la vie de l’esprit,

 2.Mieux vivre ensemble, dans le sillon respectable et respecté, des expériences anciennes.

 Transmettre » ne signifie pas non plus créer une opposition entre conservateurs et progressistes, ce qui signifierait l’échec total de la démarche !

Il convient que le passé de l’Art Royal qui est la colonne vertébrale de notre édifice commun, ne soit considéré, ni comme un vestige fébrilement entretenu ni comme une relique, mais bien, ici et maintenant, dans notre actualité, comme l’articulation vivante, donc la force motrice de nos recherches. Transmettre », c’est donc « améliorer », « créer », « inventer », « innover », dans le sillage fondateur. C’est tout le sens qui s’ouvre à notre réflexion, donc, entre autres, à la rédaction de nos planches.

Ainsi, cette conception de la transmission, au fil de nos travaux, devrait nous permettre, tout en offrant une part de nous-mêmes à nos ateliers, d’instruire et de nous instruire entre nous, donc en même temps « apprendre deux fois ». Et puis enfin, « Transmettre », dans l’idée de continuité temporelle que ce verbe sous-tend, c’est aussi penser à demain, aux Frères qui nous succéderont, pour transmettre à leur tour, savoir et connaissance.

Autrement dit, la transmission responsable implique bel et bien, ce que j’appellerai un « devoir d’avenir ». En n’oubliant jamais toutefois, que « devoir » ne signifie pas « obligation » et encore moins « obligation de résultat ». Autrement dit il n’y a de transmetteur que s’il y a un récepteur. Soit la volonté, l’envie d’autrui de recevoir !

Il s’agit donc d’avoir conscience à la fois de la valeur de ce que l’on espère transmettre et du bénéfice que peut en retirer le dit récepteur présumé ! Une attitude mentale qui exclut toute idée de pouvoir mais demande tout au contraire bienveillance, patience et humilité ! En laissant ainsi à notre semblable, la liberté de refuser.

Au vrai, avant de prétendre transmettre – que ce soit une idée, une méthode ou un savoir-faire, il faut d’abord vouloir et tenter d’être, en toute modestie un passeur de DÉSIR. Le moteur même de la vie !

Le Dessin de… Jissey « Qui lit quoi ? »

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Les dernières études concernant les apprentissages concluent à une meilleure maîtrise du sens par la lecture des livres plutôt que sur écran. Est-ce l’une des raisons qui font dire à notre rédaction qu’il y a des maçons qui lisent et des maçons qui ne lisent pas. Notre ironique dessinateur pense qu’il faut, peut-être, – aussi – parler des sujets traités….

Jamy nous parle des cathédrales – Par Laurent Ridel

De notre confrère Laurent Ridel et son excellent site decoder-eglises-chateaux.fr

La télé se penche parfois sur le monde des cathédrales. Ce fut le cas de l’émission de vulgarisation C’est pas sorcier. Jamy et son équipe s’en sont-ils tirés sans graves erreurs historiques ? 

Tournée certainement dans les années 1995-2000, cette émission diffusée sur France 3 est aujourd’hui en ligne. C’est avec un peu de crainte que je la revisionne aujourd’hui avec vous.

Il n’est pas facile de vulgariser, surtout pour un public jeune, cible principale de l’émission. En simplifiant leur discours, les deux animateurs Jamy (alias Jamy Gourmaud) et Fred (Frédéric Courant) couraient le risque de déformer la réalité. Une pente d’autant plus glissante que, journalistes touche-à-tout, ils n’étaient pas spécialistes du sujet. 

Or, visionnée plus d’un million de fois, la vidéo de C’est pas sorcier bénéficie d’une grande portée. Des professeurs d’école primaire et de collège la soumettent à leurs élèves pour leurs cours. À nos chères têtes blondes, il ne faudrait pas leur faire avaler n’importe quoi (aux adultes aussi). J’ai donc voulu vérifier si l’émission n’est pas l’épicentre d’idées fausses sur les cathédrales.

Premier arrêt : la cathédrale d’Amiens

Pour démarrer l’émission, l’équipe a choisi un monument incontournable. Longue de 145 m et haute de 43 m sous voûte, Notre-Dame d’Amiens est la plus volumineuse cathédrale de France. Comme le précise le coanimateur Fred, il a pourtant fallu seulement 68 ans pour la terminer. Un temps bref, en comparaison de certains chantiers étalés sur plusieurs siècles et parfois jamais terminés (je dénonce les derniers de la classe : les cathédrales de Beauvais et de Narbonne notamment).

fred et la cathédrale d'Amiens
Fred devant la cathédrale d’Amiens dont la façade et ses portails sont alors en cours de restauration

Traversant la cathédrale, Fred énumère au passage les différentes parties : nef, transept puis chœur. Là, il nous fait prendre conscience d’une réalité méconnue du fonctionnement quotidien des cathédrales au Moyen Âge. Dans ce vaste chœur se regroupaient les chanoines qui y célébraient des offices religieux à raison de 14 heures par jour. Oui, 14 h, du lundi au dimanche ! Être chanoine était donc un « travail » à plein temps. Il dédiait sa vie à la cathédrale. 

Lunettes rondes et chemise verte fluo, Jamy enchaîne sur les différents styles architecturaux. “Toutes les cathédrales ne se rassemblent pas : tout dépend de l’époque où elles ont été construites”, prévient-il. S’appuyant sur des maquettes, il arrive à résumer le style roman et les variantes du style gothique en moins d’une minute. Je ne saurais pas faire (mais je le fais en quelques diapos). Ses explications tiennent debout… à quelques détails près, comme faire commencer l’architecture romane au Ve siècle (au Xe siècle en vérité). Un tel écart, c’est comme placer Napoléon à l’époque de la guerre de Cent Ans. Ce genre d’erreur chagrine toujours un historien. Mais je m’en remettrai. 

Le goût des maquettes 

À la sixième minute, Fred s’amuse à suivre les méandres du labyrinthe d’Amiens. Ici l’animateur répète un cliché : avançant à genoux, les pèlerins l’utilisaient comme alternative au pèlerinage à Jérusalem. La ville sainte, destination la plus glorieuse pour un chrétien, était aussi la plus inaccessible à cause de son éloignement. Comme je l’écrivais dans un article encore chaud, aucun texte médiéval ne confirme cette fonction pénitentielle attribuée aux labyrinthes et le cheminement agenouillé.

Labyrinthe Amiens
Contrairement aux apparences, le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens se suit sur les dalles noires et non les blanches.

Que serait C’est pas sorcier sans ses maquettes ? En regardant cette émission, j’ai toujours une pensée pour l’équipe d’artisans et de bricoleurs qui créaient ces maquettes avec du bois, du polystyrène et des bouts de ficelle. J’imagine Jamy commander la maquette, tantôt d’une cathédrale gothique, tantôt d’un volcan en éruption, tantôt du système digestif de la vache. Un défi permanent pour son équipe. Justement Jamy emploie une maquette pour expliquer l’avantage des arcs brisés (propre au style gothique) sur les arcs en plein cintre (propre au style roman). Tout arc, à cause de son poids, génère des forces déstabilisatrices. Dans le cas des arcs brisés, elles sont mieux canalisées vers le sol et donc moins menaçantes pour la structure du monument. Démonstration très claire.

Jamy devant une maquette
Par sa forme pointue, l’arc brisé est moins soumis aux forces latérales, les poussées. J’éclaircis ce phénomène par des schémas dans cet article.

Jamy recourt encore à une maquette pour expliquer le secret des églises gothiques, ce pour quoi elles sont si hautes et si lumineuses. Les architectes gothiques utilisent des voûtes en croisée d’ogives. Ce type de voûte répartit le poids sur ses piliers et non sur les murs. De là, la possibilité de les ouvrir davantage par de grandes baies vitrées. Je valide aussi. 

croisée d'ogives
La croisée d’ogives est constituée d’arcs qui se croisent, et d’arcs qui font le périmètre de la voûte

Un animateur mieux loti que l’autre

Dans le duo d’animateurs, Fred est toujours celui qui est sur le terrain tandis que Jamy reste dans le camion (en fait le studio). J’envie le premier : il a le privilège de marcher au-dessus des voûtes et d’observer de là-haut (43 m tout de même) tout l’intérieur de la cathédrale par une trappe. En prime, il a le droit de marcher à l’extérieur, à hauteur des arcs-boutants.

arc-boutant Amiens
Fred évolue aux côtés des immenses arcs-boutants de la cathédrale d’Amiens. Et s’il avait en fait le vertige ? Et s’il faisait ce jour-là un froid à geler l’eau des bénitiers ? L’émission était peut-être un calvaire pour lui. En son for intérieur, il priait peut-être pour descendre le plus vite possible et rejoindre le studio. 

À 12 minutes, surgit à l’écran la tête d’Alain Erlande-Brandenburg. Je ne me souvenais pas que l’émission faisait de temps en temps intervenir des intellectuels. Mort récemment, Alain Erlande-Brandenburg était le spécialiste des cathédrales et précisément de l’architecture gothique. Avec raison, il explique que ce sont les évêques qui finançaient principalement ces grands monuments. Contrairement à ce que propageaient Victor Hugo et Viollet-le-Duc, l’argent du peuple était peu sollicité. 

Jamy tient dans la main un objet archéologique aux yeux de la génération actuelle : un combiné téléphonique ! Même lui semble avoir des difficultés à le prendre correctement. 

Après avoir consacré le début de l’émission à Amiens, l’équipe de C’est pas sorcier débarque devant Notre-Dame de Paris. Du moins Fred. Car Jamy reste enfermé dans son camion-studio. 

Au moment du tournage de l’émission, Notre-Dame est, comme de nos jours, couverte d’échafaudages. Et en partie pour la même raison : les restaurateurs nettoient la façade noircie, autrefois par la pollution, aujourd’hui par l’incendie de 2019. 

L’émission dérape

Dans Notre-Dame de Paris, Fred a pris rendez-vous avec un autre spécialiste, Renaud Beffeyte. 

Commence la partie de l’émission où j’ai les plus grandes réserves. Vous connaissez peut-être Renaud Beffeyte pour son livre L’Art de la guerre au Moyen-Âge. Compagnon charpentier, il est réputé à juste titre pour concevoir des répliques des armes de jet médiévales comme les trébuchets. Dans l’émission, il intervient pour expliquer comment les architectes de la cathédrale font pour fabriquer les plans. Malheureusement, le charpentier met dans leurs mains des outils non attestés au Moyen-Âge : 

  • la canne (une sorte de règle dont les mesures sont basées sur des parties du corps)
  • la corde à 13 nœuds. 
Renaud Beffeyte
Renaud Beffeyte et sa corde à 13 noeuds

Ces idées fausses circulent malheureusement sur les chantiers de vulgarisation et parmi les tailleurs de pierre. Il me faudra en parler dans un prochain article. 

Renaud Beffeyte poursuit avec un autre concept qui me fait grimacer comme un enfant à qui on présente des tripes à la mode de Caen : pour tracer le plan de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les bâtisseurs ont utilisé le nombre d’or. Je n’en suis pas si sûr. Là encore, développer ma contre-argumentation nécessiterait tout un article. Au moins celui-là existe déjà. Je vous invite à le lire et en débattre. 

Mais revenons avec Jamy. Il nous sort de ses placards une nouvelle maquette. Ce sont des échafaudages gigognes soi-disant employés sur les chantiers élevés des cathédrales. Ils ressemblent à des monte-charge en bois que l’on élève par des cordes. On est séduit par l’ingéniosité du système actionné par Jamy. Prudence cependant : je n’ai jamais entendu parler de ce type d’échafaudages amovibles. Et leur intérêt ne me convainc pas. Sur un chantier, ce n’est pas les hommes qu’on a besoin de faire monter. Ce sont surtout les matériaux. Et pour ça, les bâtisseurs utilisent des grues et autres instruments de levage. 

La cathédrale Notre-Dame de Paris n’est pas si authentique

Pendant ce temps, Fred continue sa visite VIP de Notre-Dame. Il a la chance de monter au sommet des échafaudages où il rencontre un tailleur de pierre. Casquette sur la tête, Alain Rembert travaille à la restauration de la cathédrale. Il attire l’attention sur un fait dont les visiteurs comme vous et moi n’avons pas conscience. Nous regardons un monument dont les pierres d’ornementation, abîmées par les intempéries, sont progressivement remplacées. Les pierres d’origine subsistent seulement dans la structure. Notre-Dame de Paris est finalement peu authentique.  

La restauration consiste aussi dans le nettoyage des pierres noircies depuis des siècles par la pollution. Tournée dans les années 1990, l’émission rend compte de ce mouvement alors émergeant en France. Dans une séquence, un restaurateur envoie un rayon laser frapper la pierre : le faisceau provoque alors une onde de choc qui décolle la couche sale. J’en rêvais tout à l’heure lorsque je nettoyais la graisse au-dessus des meubles de ma cuisine. 

Nettoyage d'une pierre
Avant/après. La pierre retrouve sa blondeur d’origine grâce au nettoyage laser.

En plus de rajeunir les cathédrales, ce décapage maîtrisé révèle quelques restes de peinture sur les sculptures des portails. Car, on l’oublie parfois, les personnages de pierre étaient animés de couleurs. À ma grande déception, frotter les surfaces de ma cuisine n’a jamais fait surgir de fresques. 

Les vitraux

Au moins dans l’art des maîtres-verriers, la couleur est inaltérable. 

« Le vitrail c’est pas une invention gothique ; ça existait bien avant », avertit Fred. Je suis tout à fait d’accord puisqu’on a retrouvé en France des vestiges de verre aux confins de l’Antiquité et du Moyen Âge. 

Fred et rose de Paris
Fred au pied d’une rose de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elle fait plus de 13 m de diamètre.

En revanche, le documentaire n’échappe pas au cliché habituel sur la fonction du vitrail : « les hommes du Moyen-Âge qui ne savent pas lire apprennent le catéchisme » en les regardant. En vérité beaucoup de ces vitraux, comme ceux de Chartres, sont souvent trop difficiles à décoder pour aider un quelconque illettré. Soit à cause de leur hauteur soit à cause de leur sens complexe. Je développe dans cet article : Les églises : une bible pour les illettrés. Vraiment ?

Heureusement, l’émission compense largement par sa qualité pédagogique. La voix off féminine explique simplement la fabrication du verre avant que Jamy crée ensuite l’ancêtre du tuto internet : manipulant deux morceaux de verre et des baguettes de plomb, il fabrique devant nos yeux un vitrail en 4 étapes. On n’a qu’une envie : s’y mettre. 

Verdict

Afin de ne pas simplement paraphraser l’épisode, j’ai surtout insisté ici sur les points critiquables : les deux animateurs n’échappent pas à quelques poncifs sur les cathédrales et font quelques erreurs de vocabulaire par péché de simplification. 

Fred Courant
Après avoir lu mon article, Fred prend conscience d’avoir dit quelques bêtises, pas si nombreuses finalement.

Ne vous méprenez cependant pas : je recommande ce numéro de C’est pas sorcier. À la visionner, les spectateurs ne risquent pas une mortelle intoxication informationnelle. En 26 minutes, le spectateur a un panorama du sujet grâce à une écriture très efficace ; des maquettes ou des démonstrations vulgarisent les techniques des bâtisseurs pour les enfants comme pour les adultes. En prime, la dynamique entre les deux animateurs Jamy et Fred assure la fluidité entre les séquences et apporte de l’humour. Difficile de faire mieux. Et vous, que pensez-vous de cette émission ?

De l’espérance à l’espoir

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« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

    En rappelant cette citation de son ami philosophe Brice Parain, parue dans la revue Poésie 44 et reprise dans son livre « L’homme révolté », l’écrivain humaniste Albert Camus souligne l’importance des mots, de leur emploi et de leur sens à respecter. Car, en effet, rappelons-le, les mots appropriés ont toujours leur utilité et leur signification communicationnelles. Comme le franc-maçon, à leur place et à leur office !

   « La logique du révolté est de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel », précise Camus.

    Ainsi, il faut sans cesse craindre la confusion que les mots peuvent engendrer. C’est le cas du mot « Espérance », désigné comme vertu théologale par l’Eglise catholique dans le classique trio « Foi, Espérance, Charité » qu’elle suggère à ses pratiquants. Ayant Dieu pour objet, l’Espérance est à comprendre ici comme une croyance, un futur, dans un autre monde.

   Tout respect gardé pour la religion en cause, l’espérance peut être aussi vue dans la vie ici-bas, non comme une vertu mais comme un « état affectif », une éventualité, une probabilité, voire une émotion parfaitement humaine. Et terrestre !

    A noter que la franc-maçonnerie, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, a inclus les vertus théologales dans ses rituels. Ce qui confère à l’Espérance, version Art Royal, une connotation quasi-cultuelle, notamment lorsque les travaux de loge sont réalisés à la gloire du Grand Architecte de l’Univers

Au vrai, qu’en est-il vraiment de ce vocable « espérance » ? Il appartient à la famille du verbe « espérer ». Celui-ci vient du latin « sperare » : être dans l’attente de quelque chose devant se réaliser, nous dit le dictionnaire. Espérer c’est donc attendre.

Sur terre, l’espérance, on le voit, est un sentiment et non une vertu. En l’occurrence, elle est à différencier de l’espoir. L’espérance est de l’ordre de la confiance, éventuellement pour le croyant par une intercession divine (croyance en l’à-venir, en une chose particulière, en l’Homme). Alors que l’espoir, sans spécialement un concours religieux, est lui de l’ordre du souhait, d’une possibilité, d’une réflexion, d’une décision : Exemple : « J’espère bien réussir ce concours. J’ai envie de m’y présenter. Je m’inscris ».

L’espérance est une attente. L’espoir est un désir.

A noter que, pour sa part, le philosophe contemporain André Comte-Sponville qui ne cache pas son athéisme (Luc Ferry, également) ne considère pas l’espérance comme une vertu. Il la juge même inutile alors que le courage, lui, (une vertu qui conduit à l’action) peut très bien supplanter ce sentiment d’espérance. Les philosophes des Lumières, quant à eux, ont préféré à toute espérance (en tant que sentiment religieux), à toute spéculation aléatoire, une spiritualité laïque, c’est à dire la raison et un mot, la philosophie.

   A y bien regarder l’espérance tient quelque part de la magie ! Attendre que les choses arrivent sans rien faire, sans bouger, c’est croire à sa bonne étoile, à sa bonne fortune ! A l’image des joueurs de loto ! En fait, cela dit avec malice, c’est même être quelque peu paresseux !

   Mais entretenir l’espoir de monter son entreprise en y mettant toute son énergie, c’est avoir confiance en soi, c’est croire à l’effort personnel, à la réussite possible ! Oser est le premier pas de l’audace !« La chance ne sourit qu’aux esprits préparés » (Louis Pasteur)

L’autohypnose comme introspection

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l’autohypnose : une méthode d’introspection passionnante avec un coffret de 40 cartes illustrées et un livre de décodage. 33 séances d’autohypnose qui ont  largement démontré leur efficacité. Il s’agit de « contes guérisseurs » que l’on peut lire ou écouter via un QR code sur son ordinateur ou son téléphone portable. Le consultant peut ainsi déconstruire ses fausses croyances et ses programmes inconscients ( Stress – Colère – Addictions) afin de se relier à ses désirs profonds. Le patient peut ainsi à travers les mots et les messages véhiculés se relier avec douceur et méditation à son inconscient. Une façon de se libérer de ses peurs et d’explorer sa créativité. Une méthode pour reprendre sa vie en main.

L’Auteure
Camille Griselin, praticienne en hypnose a été formée à la technique Ericksonienne. Elle a créé la méthode SAJECE en 2009. Aujourd’hui  son  groupe dispense un enseignement en hypnose et en coaching.
Marie Bouin est l’illustratrice des cartes et de l’ouvrage d’autohypnose. Elle a créé une gamme de papèterie  et réalise des illustrations pour entreprises et particuliers

Le mot du mois « Touché ! Coulé ? »

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On a cinq sens. Certes, mais force est d’en constater la hiérarchisation qui abandonne souvent la dernière place à ce sens du tactile. Peut-être parce que c’est ce qui rapproche le plus l’humain de l’animal, parce que c’est le toucher qui en est le sens constitutif ? Tant est hypertrophié le rôle dévolu au sens de la vue, comme si c’était le premier mode d’appréhension, au sens de saisir, du monde alentour. On voit, regarde et commente. Et bon nombre de bipèdes humains se contenteraient, du moins le croient-ils, de cette perception sensitive de ce qui les entoure.

Or, ils oublient ainsi que, même avant leur naissance, aveugles par définition dans le ventre maternel, c’est par le tactile que leur est née la conscience.

Le corps dans son animalité est d’abord touché, par l’eau, par l’air même le plus subtil, avant d’avoir conscience visuelle ou auditive, de la conceptualiser, donc de se mettre à formuler et à penser, c’est-à-dire à peser au sens propre, à mesurer la relation. Contact des peaux, des tiédeurs mutuelles, puis reconnaissance olfactive et gustative.

La pensée première est pensée du contact.

Le très vieux sémantisme *tag- définit ce toucher. Tangente, tactile.

Quand les sociétés traditionnelles veulent marquer la distance infranchissable entre le divin et l’humain, ils inventent le tabou, c’est-à-dire le contact interdit sous peine de sacrilège mortel. Alors que les Grecs dépassent déjà cet interdit premier, puisque sont durement punis ceux qui voient ce qui, dans le divin, devrait échapper à leur regard, par exemple le devin Tirésias désormais aveuglé pour avoir assisté malgré lui aux ébats de Zeus et d’Héra.

Ne pas pouvoir toucher ou être touché condamne à la non identité. En cela, le tact à la fois physique et moral désigne l’espace de la caresse, comme le dit Michel Serres, la fin des distances. On peut mentir avec les yeux, détourner le regard ou le clore avec les paupières, se taire, se boucher les oreilles, mais pas de s’empêcher de respirer, donc de laisser l’air toucher les voies respiratoires jusqu’à la sensation de sa fraîcheur ou de son excessive chaleur au creux des poumons. On ne peut pas davantage empêcher la peau de s’épanouir ou de se hérisser sous la main qui l’effleure, de frémir de plaisir ou de frissonner d’une répulsion impossible à réprimer. La peau comme lieu privilégié d’acceptation ou de refus.

L’aveugle, sourd et muet de surcroît, est vivant tant qu’il peut tâter, saisir son voisinage à tâtons. Privé de ce contact vital, il est perdu.

Il est significatif de savoir que le taquin, au sens premier, n’est pas celui qui dérange, blesse, vexe par ses paroles ou ses regards, mais le « galeux » qui importune par la menace de contagion dont il est porteur. Une contamination.

Attaquer, c’est mettre la main sur, être en mesure d’attacher, d’atteindre.

Intact, intègre, entier, auquel on ne touche pas, à qui l’on ne peut rien enlever ou reprocher. Tout un lexique potentiellement dangereux lorsqu’il bascule dans le domaine moral, parce qu’il autorise une référence à une pureté absolue. Comme si on pouvait gommer la nature essentiellement périssable du corps. Les purs esprits, les puritains, les intégristes sont dangereux ! Sans parler de sainte-nitouche…

La langue commune prouve sa santé quand elle parle de toucher du doigt une difficulté, un problème à résoudre.

Le vocabulaire latin est parlant, *lenis exprime la douceur du toucher, lénifiant, avant de généraliser l’idée de doux et d’apaisant.

Peut-être serait-il déjà temps de se préoccuper du sort d’une humanité fascinée par le virtuel et l’artifice, les objets inertes d’une communication frelatée, au détriment des attouchements sans perversité, pleins de santé, de joie et de bonne humeur ? Quand on sait que l’humeur est ce qui coule, au sens premier, qui coule de source évidemment.

Annick DROGOU

Ce qui nous touche.

Des cinq sens, on célèbre souvent prioritairement la vue et l’ouïe. Pourtant, le toucher est le fondement de tous les autres sens, « l’essence du sensible » comme le disait déjà Thomas d’Aquin. Des animaux entendent, voient et sentent bien mieux que les humains, mais la sensibilité tactile est beaucoup plus développée chez l’homme. Certaines victimes du Covid-19 ont perdu le goût et l’odorat pendant quelques semaines, mais avons-nous réalisé que la pandémie nous a tous grandement privés du toucher, d’une dimension essentielle de notre vie sensible et de notre communication ? Avant d’être des esprits, nous sommes aussi des corps et nous avons besoin d’entrer en contact physique avec nos frères humains. 

Simplicité du toucher, de la poignée de main, de l’embrassade, de la caresse. Tout se passe à fleur de peau dans le contact charnel. Nos vies sont pleinement tactiles, incarnées. Le toucher est le sens de l’amour, pas seulement d’Éros mais aussi d’Agapè, cet amour exempt de tout désir de possession, quand le geste transmet mieux que le mot la chaleur de la bienveillance. Dans ta main délicatement posée sur mon bras, silencieusement, je reconnais ce qu’on appelle le tact : à la fois toucher et intuition, qui nous permet d’apprécier ce qu’il convient de dire, de faire ou de ne pas faire. Ce qui nous touche.

La philosophie scolastique associait le sens du toucher à l’intelligence et à la connaissance. Ne parle-ton pas de l’intelligence de la main qui doit tant au toucher ! Tout ce qui nous touche s’exprime dans la commune vibration. Et quand la communication se fait communion, la dimension physique est sublimée. Notre destin est de toucher au divin. Vous a-t-on dit que les bébés serrent leurs poings alors que les vieillards ouvrent grand leurs mains à l’heure de la mort ? Comme eux, je voudrais toucher les étoiles.

Jean DUMONTEIL