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Le mot du mois « Touché ! Coulé ? »

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On a cinq sens. Certes, mais force est d’en constater la hiérarchisation qui abandonne souvent la dernière place à ce sens du tactile. Peut-être parce que c’est ce qui rapproche le plus l’humain de l’animal, parce que c’est le toucher qui en est le sens constitutif ? Tant est hypertrophié le rôle dévolu au sens de la vue, comme si c’était le premier mode d’appréhension, au sens de saisir, du monde alentour. On voit, regarde et commente. Et bon nombre de bipèdes humains se contenteraient, du moins le croient-ils, de cette perception sensitive de ce qui les entoure.

Or, ils oublient ainsi que, même avant leur naissance, aveugles par définition dans le ventre maternel, c’est par le tactile que leur est née la conscience.

Le corps dans son animalité est d’abord touché, par l’eau, par l’air même le plus subtil, avant d’avoir conscience visuelle ou auditive, de la conceptualiser, donc de se mettre à formuler et à penser, c’est-à-dire à peser au sens propre, à mesurer la relation. Contact des peaux, des tiédeurs mutuelles, puis reconnaissance olfactive et gustative.

La pensée première est pensée du contact.

Le très vieux sémantisme *tag- définit ce toucher. Tangente, tactile.

Quand les sociétés traditionnelles veulent marquer la distance infranchissable entre le divin et l’humain, ils inventent le tabou, c’est-à-dire le contact interdit sous peine de sacrilège mortel. Alors que les Grecs dépassent déjà cet interdit premier, puisque sont durement punis ceux qui voient ce qui, dans le divin, devrait échapper à leur regard, par exemple le devin Tirésias désormais aveuglé pour avoir assisté malgré lui aux ébats de Zeus et d’Héra.

Ne pas pouvoir toucher ou être touché condamne à la non identité. En cela, le tact à la fois physique et moral désigne l’espace de la caresse, comme le dit Michel Serres, la fin des distances. On peut mentir avec les yeux, détourner le regard ou le clore avec les paupières, se taire, se boucher les oreilles, mais pas de s’empêcher de respirer, donc de laisser l’air toucher les voies respiratoires jusqu’à la sensation de sa fraîcheur ou de son excessive chaleur au creux des poumons. On ne peut pas davantage empêcher la peau de s’épanouir ou de se hérisser sous la main qui l’effleure, de frémir de plaisir ou de frissonner d’une répulsion impossible à réprimer. La peau comme lieu privilégié d’acceptation ou de refus.

L’aveugle, sourd et muet de surcroît, est vivant tant qu’il peut tâter, saisir son voisinage à tâtons. Privé de ce contact vital, il est perdu.

Il est significatif de savoir que le taquin, au sens premier, n’est pas celui qui dérange, blesse, vexe par ses paroles ou ses regards, mais le « galeux » qui importune par la menace de contagion dont il est porteur. Une contamination.

Attaquer, c’est mettre la main sur, être en mesure d’attacher, d’atteindre.

Intact, intègre, entier, auquel on ne touche pas, à qui l’on ne peut rien enlever ou reprocher. Tout un lexique potentiellement dangereux lorsqu’il bascule dans le domaine moral, parce qu’il autorise une référence à une pureté absolue. Comme si on pouvait gommer la nature essentiellement périssable du corps. Les purs esprits, les puritains, les intégristes sont dangereux ! Sans parler de sainte-nitouche…

La langue commune prouve sa santé quand elle parle de toucher du doigt une difficulté, un problème à résoudre.

Le vocabulaire latin est parlant, *lenis exprime la douceur du toucher, lénifiant, avant de généraliser l’idée de doux et d’apaisant.

Peut-être serait-il déjà temps de se préoccuper du sort d’une humanité fascinée par le virtuel et l’artifice, les objets inertes d’une communication frelatée, au détriment des attouchements sans perversité, pleins de santé, de joie et de bonne humeur ? Quand on sait que l’humeur est ce qui coule, au sens premier, qui coule de source évidemment.

Annick DROGOU

Ce qui nous touche.

Des cinq sens, on célèbre souvent prioritairement la vue et l’ouïe. Pourtant, le toucher est le fondement de tous les autres sens, « l’essence du sensible » comme le disait déjà Thomas d’Aquin. Des animaux entendent, voient et sentent bien mieux que les humains, mais la sensibilité tactile est beaucoup plus développée chez l’homme. Certaines victimes du Covid-19 ont perdu le goût et l’odorat pendant quelques semaines, mais avons-nous réalisé que la pandémie nous a tous grandement privés du toucher, d’une dimension essentielle de notre vie sensible et de notre communication ? Avant d’être des esprits, nous sommes aussi des corps et nous avons besoin d’entrer en contact physique avec nos frères humains. 

Simplicité du toucher, de la poignée de main, de l’embrassade, de la caresse. Tout se passe à fleur de peau dans le contact charnel. Nos vies sont pleinement tactiles, incarnées. Le toucher est le sens de l’amour, pas seulement d’Éros mais aussi d’Agapè, cet amour exempt de tout désir de possession, quand le geste transmet mieux que le mot la chaleur de la bienveillance. Dans ta main délicatement posée sur mon bras, silencieusement, je reconnais ce qu’on appelle le tact : à la fois toucher et intuition, qui nous permet d’apprécier ce qu’il convient de dire, de faire ou de ne pas faire. Ce qui nous touche.

La philosophie scolastique associait le sens du toucher à l’intelligence et à la connaissance. Ne parle-ton pas de l’intelligence de la main qui doit tant au toucher ! Tout ce qui nous touche s’exprime dans la commune vibration. Et quand la communication se fait communion, la dimension physique est sublimée. Notre destin est de toucher au divin. Vous a-t-on dit que les bébés serrent leurs poings alors que les vieillards ouvrent grand leurs mains à l’heure de la mort ? Comme eux, je voudrais toucher les étoiles.

Jean DUMONTEIL

L’extravagance meurtrière de la Franc-maçonnerie et du christianisme

La Tradition, avec une majuscule, est une recherche fréquente chez quelques humains quels que soient le lieu, l’époque, les aspects sociaux. Elle pourrait être l’impression de ne plus être lié à la matérialité et, précisément à sa corporéité. Elle éveillerait la sensation d’un espace indéfini sans lieu, ni temps, sans but précis, et dans le calme et la paix universelle du multivers.

            Pour y parvenir les humains ont mis au point, depuis toujours, des cheminements internes : descendre en soi, externes : vivre la nature. Ce sont les traditions, avec une minuscule.  Ces traditions évoluent sans cesse, en fonction des données du moment et notamment de la représentation que se font les humains d’une époque donnée, d’eux-mêmes. Les traditions, toujours avec une minuscule, sont donc toujours à remettre sur la planche à tracer.

            Les traditions maçonniques n’échappent pas à cette nécessité absolue : l’idée que se faisaient de l’humain James et Théophile est aujourd’hui dépassée ainsi que celles de leurs successeurs. Depuis cent ans environ, les sciences humaines ont renouvelé de fond en comble l’image que nous nous faisons de nous-mêmes. Notre cheminement initiatique maçonnique doit urgemment être repris. Ce fut le discours d’Oswald Wirth, de Daniel Beresniak, mon guide spirituel, de Jean Mourgues et de quelques autres. Ceux qui ne confondaient pas du tout la tradition, avec une minuscule, fourmillante de choix locaux, avec la Tradition, majuscule immuable. Il convient donc de reprendre les traditions du cheminement maçonnique, comme on le ferait pour les autres. Elles sont vieillies, dépassées et bien souvent, ringardes. Daniel B. fut un des principaux chantres pour rénover[1] nos traditions, grâce à ce que nous ont appris les sciences humaines sur les humains. Je développe les métamorphoses concrètes que ces sciences entraînent dans nos rituels, dans mon livre testamentaire : « Plaidoyer pour la survie de la Franc-maçonnerie ».

            Un des points les plus vertigineux à explorer est la violence si typique de l’animal humain. Il ne cesse de mener des guerres, des massacres, des tueries, des écrasements… Sans comparaison avec les autres animaux ! Tout cheminement initiatique vers la Tradition, toujours avec la majuscule, exige donc de faire le point sur cette violence. La Franc-maçonnerie s’y attelle au début du XVIIIe siècle, en relation avec le christianisme. Mais elle a pris son indépendance conceptuelle et rituelle et a bousculé la tradition, cette fois avec la minuscule, religieuse. Au point où, désormais, elles se font face, sans convergence. C’est le but de cet article : quelles sont donc les positions, sur la violence humaine, de la Maçonnerie et du Christianisme ? Alors n’hésitons plus ! Que nous apprennent les sciences humaines sur cette violence, cette chérie qui grouille en nous ? Et quelles conclusions provisoires en tirer dans chaque cas ?

            Freud, dans sa seconde théorie distingue, dans les tréfonds de l’inconscient deux forces qui se combattent, se soutiennent et s’emmêlent : ce sont les pulsions de vie et de mort. Voilà le matelas psychique dès l’embryon, le fœtus, chez les humains et les autres animaux. Aucune morale. Les pulsions fourniront les grandes dualités fondatrices : le soin et la loi, la peur et la sécurité, le vide et le plein, l’autre et soi… Elles sont complémentaires. Aucune n’est plus utile. Dans la pulsion de mort, il y a, entre autres, l’envie forte de la violence, jusqu’à celle de tuer. C’est de cette violence en nous dont il s’agit ici. Ce qui fait obstruction à la « lapidité » de ses envies. Illustrations permanentes, sous de multiples formes : des grognements de colère, aux pleurs et aux gestes « enfuriosés ». Qui tuent avec délectation ou/et embrassent avec amour. L’exemple le plus connu est le complexe d’Œdipe qui raconte la saga d’Hiram. Ce complexe court, dans ses manifestations sensuelles vers 3-5ans. La base : le garçon[2]. Le garçon craint que le père, ou leurs représentants, humains variés, dispositifs sociaux, ne lui vole l’objet de son amour, sa mère. Et cela le rend, symboliquement, furieux et éveille une resucée de la violence tapie dans la pulsion de mort : tuer papa serait la bonne solution. Sachant que le gamin éprouve aussi pour son père de l’attachement. Mais la violence native n’est guère défendue socialement comme une vertu. Alors la violence désirée, exercée symboliquement, a besoin d’être cachée. Du coup, elle est bien souvent simplement justifiée par la bonne conscience, ce paravent hypocrite et trompeur qui sert à toutes les vilenies, y compris et surtout à justifier les guerres. C’est pourquoi la violence et ses affidés, la menace, la tuerie, les atrocités meurtrières sont une urgence à explorer chez les êtres humains. Sans se contenter des laïus hypocrites des échanges grimés en saveur de paix attendue !

            En bref, deux conceptions de la violence, du meurtre ; celles de la Franc-maçonnerie et celle du christianisme. Les comparer, ce qui est encore inédit, c’est démontrer que les deux mouvements sont radicalement opposés. Malgré les fondateurs chrétiens et les milliers de pages qui ne cessent d’être écrites sur cette  « filiation » religieuse. Le GADLU, soit Dieu, n’est-ce pas ? Et bien pas du tout !, selon mon analyse. C’est en fait pour moi, une opposition radicale. Commençons par la doctrine du christianisme.

            La Franc-maçonnerie, qui est une véritable psychagogie[3], met la violence en scène et ses baumes décents et forts. J’ai bien sûr évoqué Hiram. Or, face à la doctrine et pratique maçonnique, un tout autre traitement de la violence régit depuis 2000 ans, 3 milliards environ de croyants. C’est proprement effrayant dès que l’on pèse la doctrine meurtrière de cette religion qui se pare des beaux atours d’amour. Il ne s’agit plus du complexe d’Œdipe mais d’un autre, je le nommerai le complexe de Lycurgue[4]. C’est une conspiration mondiale et à travers les siècles, taboue mais puissante, car elle permet la délectation dans ses pulsions meurtrières, en toute impunité sociale. Voire avec la bénédiction des servants, le clergé, qui nous prosterne devant l’horrible croix.

            Un psychanalyste italien a levé le lièvre : Franco Fornari[5]. Il a évoqué, en biais et en loucedé, les relations violentes du père vis-à-vis de son fils mais son message, discret, n’a pas dépassé ses propres recherches et réflexions dans le domaine analytique. Qui oserait ? Il a étudié la guerre de près en relation avec la mère mais en faisant comprendre, entre les lignes, que le mâle est prêt à tuer l’enfant si ce dernier menace la mère. Scandale insupportable enfoui dans les oubliettes des censures de la honte et du déni social. Et ce malgré la tradition gréco-romaine de l’infanticide, qui touchait les filles et aussi les nouveau-nés mal formés, ceux des fruits adultérins. Le père ou un magistrat déposait la corbeille, en pleine exposition, dans un passage. La plupart du temps, le nouveau-né mourait dans l’indifférence générale. L’infanticide fut interdit par le christianisme en 374. Pourtant, Dieu le Père se livra à l’horreur, dans l’accord et la liesse générale, de l’infanticide avec Jésus âgé de 36 ans ; avec une cruauté sans égale. Sous ses ordres, d’abord la flagellation, puis le chemin de croix, enfin la crucifixion, torture extrême sans la moindre compassion de Dieu le Père. Sous les encouragements, lazzi et ricanements de la foule. Dans un coin une mère, Marie, dont tout le monde se fiche, sauf Jean. Le pauvre Jésus, déchiqueté, souffla cette parole révélatrice de sa compréhension de cet infanticide, en murmurant « `Mon dieu, mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Sans réponse. Cette suite d’horreurs a été cachée profondément et personne, jusqu’à aujourd’hui, n’ose évoquer la jouissance à savourer la violence ; ce qui est si banal pourtant. Il suffit de regarder les films qui ravissent par leur brutalité et leur cruauté. Ou les faits divers du genre : une petite fille de 9 ans a été violée. La télévision passe des dizaines de minutes là-dessus ; car cela fait savourer notre envie de cruauté et de tuerie. Mais ce n’est pas bien de prendre ce plaisir innommable ! Alors, il faut trouver des parades pour réfuter en soi ce désir inacceptable aux tamis de notre morale. La chrétienté a trouvé une réponse qui nous satisfaits croyants ou pas ! C’est l’Amour majuscule et la compassion qui nous pousse à « plaindre » les victimes et à disposer des bouquets de fleurs devant les tombes. Car Dieu le Père, c’est bien connu, est Tout Amour.

            J’ai évoqué la torture de Jésus ? Venons-en au traitement de la violence par notre Franc -maçonnerie. Elle a cherché et trouve une autre réponse, sans ce voile de pudeur honteux.

            Hiram Abi est poursuivi par trois « mauvais compagnons » ; il y a donc reconnaissance de la violence humaine ; en filigrane, celle des jeunes vis-à-vis de l’ancien qui est, dans le cas du rituel,  « Hiram mon père ». Les trois fils ont une violence croissante : ils ne visent pas a priori le meurtre, ils veulent remplacer Hiram en sachant les mots. Le désir de tuer vient à la troisième demande non aboutie. C’est là que les mauvais compagnons tuent, avec le maillet, leur père symbolique. Mais ils ont honte, comme les fils bien souvent, dans leur envie de tuer leur père. Ils l’enterrent. A comprendre comme un refus d’avouer leur violence. Mais la société refuse cet aboutissement du complexe ; d’où la recherche du cadavre pour bien faire comprendre l’interdit dans l’exécution de l’Œdipe. On ne parle plus à ce degré des trois compagnons qui sont là pour apprendre que le passage à l’acte est interdit par la société. Il est retrouvé et relevé par l’Expert. Je préfèrerais que ce soit l’Hospitalier : le premier vise à l’application du rite, le second délivre le message d’amour. Voilà la leçon : l’amour de l’humanité, posé comme modèle et devoir, peut nous sauver des excès meurtriers parricides. C’est parce que les autres ne le font pas que je ne le ferai pas. Parce qu’ils m’apprennent à transformer l’envie de meurtre en amour ; ou plutôt à mêler les deux : j’ai envie de tuer papa mais je suis, en même temps attaché à lui. En bref, la Franc-maçonnerie met en scène l’Œdipe, à une virgule près.

            Quelles conséquences sur la gestion de la violence innée, dans les deux traditions ? Pour les croyants, elle est condamnable. Pour ce faire , elle est maquillée sous le voile épais, gras et omniprésent de l’amour divin. Dieu est tout amour mais nous l’avons vu ; il est en fait mu par le complexe de Lycurgue : le père tue le fils. Mais dans les atroces épreuves que tout le monde connaît et accepte puisque, c’est le Tout Amour qui le souhaite. Chacun(e) est rassuré(e)sur la violence qui s’agite sans cesse dans ses tréfonds. Et la doctrine lui prête les moyens hypocrites de la planquer sous la vertu. C’est par amour que Dieu le Père tue atrocement son fils.

            Dans la Franc-maçonnerie, la chanson est bien différente. Oui, la violence existe et les initiés(es) le reconnaissent. Mais elle n’est aucunement liée à l’intention de faire mal. C’est un moyen pour devenir le chef à la place du chef. Comment se sortir de cette impasse, parce qu’il faut bien que cette tuerie soit légitimée ? C’est le relèvement d’Hiram qui nous fournit la réponse : suivre les lois de la société et de la nature. C’est la meute tout entière, via l’Hospitalier, qui clame : « Oui, tu es mort, oui tu es vivant désormais : la meute te soutient ! Et, en cela, tu as besoin d’un baiser et non d’une torture ».

            En bref, le discours larmoyant parfois et régénérant d’autres fois est bien celui de l’amour présent dans les deux doctrines mais dans un accouchement eschatologique opposé. L’ hypocrisie ou le face à face avec la réalité. Dans le christianisme l’hypocrisie dédouane sans effort le croyant. En Franc-maçonnerie, la violence et le secours sont mêlés.

            Et les deux conceptions de l’humain vont servir de socle à l’imaginaire du cherchant quel que soit son bord : Les chrétiens choisissent le plus atroce : la croix du supplice. Elle est partout, des églises aux chambres à coucher. Elle est dressée dans les processions et brandies dans les ovations religieuses. La croix n’échappe à aucun des milliards de chrétiens, fussent-ils tièdes dans leurs convictions religieuses. L’instrument le plus atroce de la torture de ce pauvre Jésus, la croix, est sacralisé. Le grand symbole ! N’est-ce pas grâce à l’amour du Père ? Ainsi l’horreur de la torture christique est noyée, engloutie dans le « tout amour » du père. Il nous dédouane, hypocritement, de notre pulsion meurtrière.

            Pour les Francs-maçons, la chanson a des trilles bien moins stridentes dans l’horreur. Les trois mauvais Compagnons qui, hélas, seront exécutés dans un degré suivant, ont un très fort désir œdipien : se mettre à la place du père, en l’occurrence Hiram. Et se dessine, dans le flouté du rituel et de son vécu en soi, l’organisation de la société, la meute humaine. Celle de tous, ou presque des mammifères, sauf en partie, les éléphants et les hyènes. A savoir un mâle dominant, des jeunes mâles jaloux. Et plus nombreux, d’autres moins vindicatifs ; puis la troupe des mâles et des femelles qui élargit le bas de la pyramide. Puis des enfants, les démunis, les rejetés qui forment l’assise pullulante. Cette disposition des individus dans les meutes se nomme l’ « organisation pyramidale ». Les humains n’échappent pas à cette loi de nature, bien entendu. Regardez la société, dans tous ses aspects : économiques, politiques, sociaux, associatifs… Presque partout l’organisation pyramidale régit le capitalisme, le socialisme et la naissance des extrêmes droite et gauche. L’anarchie est reléguée dans l’horizon injouable, n’est-ce pas Frère Léo Campion ? Mais je ne suis pas sûr que toutes les Sœurs vivent comme une évidence, cette organisation pyramidale, si machiste. Même si nos Loges, bien entendu, ne dérogent en aucun cas à cette organisation qui semble aller de soi. J’ai comme l’impression que les femmes ont la richesse intérieure de vivre autrement que dans cette pyramide. Qu’en penses-tu ma Sœur ? Des loges, folles de créativité, s’y essaient.

            C’est pourquoi la Croix du supplice est le symbole de ralliement universel des chrétiens. Mais les Maçons ont choisi le Delta triangulaire pour signifier le bon fonctionnement de l’organisation pyramidale. Croix et delta ; supplice et meute. A chacun(e), bien entendu, de se laisser choisir : la tolérance maçonnique, quand elle est vissée dans les replis de l’inconscient, admet la foi. Mais ne nous y trompons pas, la chrétienté et la Franc-maçonnerie se chahutent dans leurs positions irréfragables. Elles s’égrènent dans leur opposition. Au chrétien maçon de vivre, comme il l’entend et le peut, au nom d’une tolérance qui, parfois, est de pacotille et de carton mou ! Mais que chacun(e) chemine vers la Méditation.

Le christianisme dénie, déguise et dément

La Maçonnerie avoue, accepte et admet.


[1] Refaire vivre ?

[2] Différence pour les filles, car plus complexe. Désolé mes Sœurs mais vous êtes moins simplificatrices !!!

[3] Pédagogie de l’initiation.

[4] Lycurgue est plutôt frappé de folie par Zeus. Il tue son fils, nommé Dryas, le prenant pour un cep de vigne. Il ne recouvre la raison qu’une fois son fils démembré.

[5] 1921-1985

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Une franc-maçonnerie ravagée par la démagogie profane

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Article de Bruno Etienne paru dans le Monde daté du samedi 9 septembre 2000 intitulé « Une franc-maçonnerie ravagée par la démagogie profane » et qui est actualisé par les propos de Michel Maffesoli

La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIe siècle ébloui par la « scienza nuova ».

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France (GODF).

Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisée ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

En France, elle a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances. Aujourd’hui, cela ne me paraît plus possible au Grand Orient de France.

En effet, celui-ci, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, est devenu un profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux.

On trouve donc au sein du GODF des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides », selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique, des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques.

En ce sens, le GODF est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve la société française. Il est donc lui aussi à la croisée d’un cheminement et doit prendre des résolutions drastiques. Soit devenir un club politique comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place si j’en juge par la médiocrité insigne de ses productions publiques. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui permette à la franc-maçonnerie de répondre à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. L’importance des travaux de recherche des loges, surtout provinciales, qui ne viennent jamais à la surface, me convainc de cette possibilité. Dans ce dessein, il faut renoncer à un certain nombre de pratiques qui ont conduit les obédiences maçonniques à devenir des machineries administratives gérées par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Mais comment gérer neuf cents loges autrement ? Ce ne sont pas des conventions annuelles, manipulées par des professionnels, qui peuvent prendre des décisions aussi difficiles. Il nous faut donc nous retirer du système.

Tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre (le GODF est une fédération de loges et des rites, pas une institution magistérielle centralisée), en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant.

Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être califes à la place du calife. Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ». Les temps sont venus parce que, dans le cadre européen, nous ne pourrons plus garder des obédiences nationales. Il faut donc imaginer et constituer d’autres ensembles, par le bas, par affinité, par localisation, par choix réfléchi.

Il faut commencer par dissocier la gestion du Grand Orient de France comme association de la loi de 1901 et celle de la progression initiatique. En ces temps de Jubilé où l’on met tout à plat, le GODF pourrait distribuer un patrimoine immobilier excessif aux démunis et permettre ainsi aux frères de revenir à plus de discrétion : nous n’avons pas à nous étaler sur la voie publique, ni à avoir pignon sur rue.

Mais les temps sont venus, surtout, de relire notre rituel sur la mort du maître Hiram. Le GODF a atteint ce degré de putréfaction où « la chair quitte les os » et donc pour que « l’acacia refleurisse » et que l’Ordre maçonnique survive, il nous faut renoncer aux structures des obédiences centralisées. Il nous faut renoncer à agir à tout prix pourvu qu’on agisse. Il nous faut renoncer aux déclarations publiques, intempestives, sans effet réel. Il nous faut renoncer à suivre la démagogie profane et audimatiste. Il nous faut reprendre le chemin de notre propre initiation, car seul le progrès individuel de chacun d’entre nous peut contribuer à l’amélioration de la société qui nous héberge.

Autrement dit, il nous faut remettre la charrue derrière les bœufs et nous remettre au travail par ascèse et herméneutique. Vivat ! Vivat ! Semper vivat.

© Le Monde daté du samedi 9 septembre 2000

Bruno Étienne était un sociologue et politologue français né le 6 novembre 1937 à La Tronche (Isère) et mort à Aix-en-Provence le 4 mars 2009. Il était spécialiste de l’Algérie, de l’islam et de l’anthropologie du fait religieux. Il était membre du Grand Orient de France.

Commentaires complémentaires de Michel Maffesoli

Citations extraites de 3 livres de Bruno Etienne.

«  Mon regret principal concerne donc aussi ma paroisse: le GODF est en train de manquer le tournant du siècle/ millénaire qui aurait pu faire de la FM une piste comme elle le fut en d’autres temps.Mais ces temps-là sont révolus » .

B.E: « Une grenade entrouverte« . Ed de l’Aube .1999 , p 368

«   « Conjonction du « Politburo » et l’inquisition. » 

B.E. Ibid p 21.

«  Le clubisme du GO … radical-cassoulet » 

B.E « Une voie pour l’Occident, le FM à venir » .

Ed  Dervy. 2000 , p 76

En référence à un colloque du Grand Collège des Rites, il parle des « clubistes  du Grand Orient »

B.E. « L’initiation » , ed. Dervy, 2002 , pp10-11

Livre à paraître en novembre :

Les femmes en Franc-maçonnerie

Nous avons publié des articles dans plusieurs LDDV précédentes sur les femmes dans le bouddhisme. Je vous propose de regarder de plus près ce qui s’est passé pour les femmes en FM. Le jeu fût épique et heureusement, comme à toute autre période de l’histoire, des femmes sont sorties du lot pour nous amener petit à petit à la création de la G.L.F.F.

Ce que je vais tenter de faire dans cet exposé c’est de vous amener à différentes époques de l’histoire française, car il me semble important de remettre les choses dans leur contexte, où les femmes n’étaient que des « chochottes » ou des « rustres » de la campagne, entre les deux, point d’existence ».

Je me suis appuyée sur l’autoportrait écrit pour les 50 ans de notre Obédience, par des Sœurs, aux Editions Trédaniel et également sur un petit livre des Editions Maçonniques de France, s’intitulant la G.L.F.F. dont l’auteure est Mireille Beaunier.

Les deux sont très complémentaires car ils n’ont pas la même chronologie ni le même état d’esprit.

Mais revenons à la préhistoire de la Maçonnerie :

C’est au XVIIIème siècle, plus précisément en 1717, que 4 Loges londoniennes de Francs Maçons Acceptés se fédèrent pour constituer la Ière Obédience dite Grande Loge de Londres. A sa tête un pasteur presbytérien James Anderson que l’on charge de mettre en ordre les anciennes constitutions de Métiers dans une meilleure et nouvelle méthode. Autrement dit de « lifter » les règles corporatives de morale et de solidarité des Old Charges (Anciens devoirs) des maçons opératifs, bâtisseurs du moyen âge. Mission que l’on confie donc à James Anderson mais qui est supervisée par l’éminent pasteur anglican Jean-Théophile Désaguliers. A l’époque, les hommes ne se fatiguaient pas trop pour trouver un nom de Loge, ces 4 Loges portent le nom des tavernes où elles se réunissaient….

Dans cette refonte l’article I des Constitutions concernant Dieu et la religion jette les bases d’un esprit de fraternité, de tolérance, d’égalité et de liberté de pensée inédits.

L’autre article à souligner est l’article III qui stipule que les membres d’une loge doivent être des hommes de bien et loyaux, nés libres et d’âge mûr et discret, ni esclaves, ni femme, ni hommes immoraux et scandaleux mais de bonne réputation.

Voilà donc les femmes, d’emblée, coincées entre la servitude et le vice….

Libres, les femmes ne pouvaient l’être puisque juridiquement parlant elles jouissaient d’un statut d’éternelle mineure qui les maintenait sous tutelle familiale du père ou du mari grâce à un système patriarcal ancestral.

Cela me paraît important de souligner ce qui se passait pour les femmes à cette époque, imaginez, bien que cela semble impossible, que la F.M soit créée aujourd’hui, on peut se demander si nous serions encore coincées entre la servitude et le vice ?

La F.M française née sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, en 1725. Elle va prendre sa propre patine car nous sommes à l’époque des salons littéraires animés par des femmes brillantes et influentes appelées le « Beau sexe ». Culturellement parlant, le sens de la galanterie française le dispute naturellement au puritanisme anglais, c’est pourquoi la France est le sol d’exception ou les femmes sont acceptées en Loge, seules les modalités d’admission (initiation réelle, possible…. ou non) restent sujet à d’innombrables discussions et maints litiges. Ainsi naîtra une maçonnerie par procuration dite d’ADOPTION. Les activités pour les femmes consistent essentiellement en mondanités : réceptions, banquets, bals et fêtes de bienfaisance.

Quelques indications sur le caractère spécifique de ces Loges d’Adoption :

D’abord lieux de rencontre, « entre gens qui sans cela ne se seraient jamais connus » et lieux de convivialité (on se réunissait dans des hôtels particuliers et des demeures ou dans des tavernes), les Loges évoluent lentement avant que certaines deviennent des sociétés de pensée : loge académique comme la Loge des 9 soeurs ou le Contrat social).

D’innombrables discussions ont lieu quant à l’entrée des femmes en Maçonnerie, pour la défense de la Maçonnerie d’Adoption, on rappellera que les femmes furent druidesses, prêtresses d’Eleusis à Delphes, vestales à Rome, diaconesses et chanoinesses.

La Maçonnerie d’Adoption ne saurait impliquer une entité globale, encore moins indépendante. En fait il s’agit après la clôture des travaux d’ouvrir en « adoption ».

Cette maçonnerie, vu d’aujourd’hui, paraît surtout « mondaine, galante, littéraire et musicale, on se plait à répéter les mots du baron Tschoudy qui l’appelait « agréable bagatelle ».

Les rituels d’adoption, tout comme ceux des hommes, connurent de nombreuses variantes, entre 1755 et 1780 on compte une vingtaine de rituels consacrés à la Maçonnerie des dames. Les thèmes de base de ces rituels sont :

– pour le Ier degré : l’Arche de Noé qui figure les passions qui agitent le coeur humain

– pour le second degré : l’Echelle de Jacob qui représentent les progrès à accomplir pour atteindre la perfection et la félicité

– pour le 3ème degré la tour de Babel symbole de l’orgueil des humains.

Le tablier des Franches Maçonnes (ainsi nommées à l’époque) est orné de roses et d’un coeur mais jamais de l’Equerre et du Compas.

Ces loges d’Adoption du XVIIIe s’éteignent sous la révolution de 1789.

La Révolution de 1789, que les détracteurs de la FM attribuent à l’influence de celle-ci, au contraire a causé la fermeture de la plupart des Loges dès 1791 en raison du recrutement aristocratique et bourgeois dans un environnement politique extrêmement hostile. Les Loges d’Adoption souchées sur les Loges Masculines disparurent du même coup.

En 1808, le Conseil de l’Ordre interdit les Loges d’Adoption comme contraires à la Constitution, de sorte que pendant la suite du XIXème on ne peut parler de Loges d’Adoption mais de réunions d’adoption.

En 1819, la marquise de Villette organisa une tenue d’Adoption à la mémoire de Voltaire à la Loge Belle et Bonne qu’elle avait fondée (nommée d’après le surnom que lui donnait Voltaire dont elle avait été la fille adoptive).

Il semble qu’après 1864 il n’y eut pas de nouvelle création de Loge d’Adoption.

Mais voyons de plus près ce qu’il se passe au sein de la Maçonnerie :

Au XIXème siècle deux conceptions maçonniques coexistent, qui vont finir, pour des raisons autant idéologiques que politiques, par s’opposer et mettre à mal l’essence unitaire de l’Ordre :

– une maçonnerie anglo-saxonne orthodoxe et théiste dite « régulière » de type ritualiste, traditionaliste et philanthropique. Incarnée par la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA),

– et une maçonnerie a-dogmatique et laïque dite « libérale », de type philosophique, humaniste et progressif. Représentée par le Grand Orient de France (GODF) et une majorité d’obédiences françaises.

Lorsqu’en 1877, le GODF supprime de sa Constitution l’obligation, pour être initié, de la croyance en l’existence d’un Dieu révélé et en l’immortalité de l’âme (laissant à ses adeptes leur liberté de conscience) la Grande Loge Unie d’Angleterre, non seulement rompt ses relations avec lui, mais s’arroge le droit « d’histoire » de le déclarer irrégulier. Et de détenir ainsi en toute hégémonie, le monopole de la régularité ! Incroyable mais vrai dans l’histoire de la Maçonnerie. Fondé en 1773, le GODF, son ancienneté fait foi et loi.

Un schisme historique entre Francs-Maçons et Francs-Maçons ! Au nom soit de la lettre soit de l’esprit, l’une se déclare gardienne de la Règle (norme) l’autre se réfère au principe du libre examen de pensée….

Voilà déjà d’où nous venons : d’un schisme historique ! Les raisons de ce schisme me semblent fondamentales et expliquent aussi, en partie, le rejet de certaines obédiences concernant le « féminin » en maçonnerie et le rejet que nous pouvons entendre ici ou là remonte aux origines.

En 1880, 12 Loges contestataires quittent le Suprême Conseil de France du R.E.A.A en se confédérant pour créer la Grande Loge Symbolique Ecossaise de structure plus démocratique. Le Suprême Conseil désignait à la fois l’Obédience tout entière et le Conseil des Hauts-Grades des 33ème, organisme directeur de l’Obédience.

Les frères de la Grande Loge Symbolique Ecossaise instaurent le suffrage universel et l’autonomie des Loges dans leur Constitution. Ils veulent également être libre d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers. Suivant en cela le GODF mais qui travaillait au Rite Français.

Un grand courant anticlérical marque la FM française de l’époque qui se fait le rempart de la laïcité et se veut le foyer d’un véritable pouvoir politique. Dieu et la Femme sont les deux serpents de mer qui ont toujours agité la FM.

L’association du trône et de l’autel, ainsi que l’avènement de l’ère industrielle contribuèrent à replonger la femme, bourgeoise ou ouvrière, dans une situation d’obscurantisme et de dépendance tant économique que sociale. Mais à partir de la Loi Falloux de 1850, les communes de plus de 800 habitants sont tenues d’avoir des écoles pour les filles, et la loi Ferry de 1880 ouvre l’enseignement secondaire aux jeunes filles. C’est en cette époque de forte domination de la femme, où triomphe le code Napoléon, que va naître une prise de conscience féministe entraînant une réaction qui, partie de manifestations publiques, gagnera bientôt les Loges maçonniques.

La vague de liberté de pensée qui déferle alors dans les Obédiences ouvre aussi le débat pour l’initiation des femmes. Grâce, notamment, à l’arrivée massive des enseignants laïcs qui répond à la politique de recrutement de l’époque. Mais le GODF fera la sourde oreille, plus préoccupé de la séparation de l’Église et de l’État que du sort des femmes, dont on craignait l’influence cléricale qui serait sur elles : « vote de femmes, vote de curé ! » disait-on à l’époque.

La Grande Loge Symbolique Ecossaise toute à sa modernité, et malgré l’influence tenace de ses deux premiers présidents (Gourmain-Cornille et Georges Martin) n’envisage pas non plus d’entériner une telle proposition qui risquerait d’entacher ses relations et ses projets d’union avec d’autres Obédiences dont la toute nouvelle Grande Loge de France avec laquelle elle fusionnera en 1894.

Nous n’avons pas fait le poids, si je puis dire, dans ces tractations politico-maçonniques… La position de la femme dans la société n’était pas encore (le sera-t-elle-vraiment plus tard ?) une priorité !

Mais tout de même, quelques Frères ont une prise de conscience et le 9 janvier 1882, la Loge Les Libres penseurs du Pecq, Ier atelier de la GLSE, prend son autonomie, au nom du sacro-saint principe « un maçon libre dans une Loge libre » pour arriver à ses fins : initier une femme ! et pas n’importe laquelle, une femme d’envergure pour ne pas dire d’exception : MARIA DERAISMES (1828-1894). Presque un symbole à elle toute seule, elle a derrière elle une carrière de féministe convaincue, de journaliste et d’oratrice de choc. Elle est donc la Ière femme à être initiée à un rite masculin. Lumière lui est donnée à 54 ans. C’est une réformiste qui ne jurait que par « rien par la Révolution, tout par l’évolution ».

Le Frère Léon Richer, rédacteur du journal l’Opinion nationale, créera avec elle l’association « le droit des femmes » à laquelle adhérera Louise Michel ainsi qu’un journal dont le titre devint « L’avenir des femmes ».

Petite parenthèse qui nous projette déjà dans une prochaine planche : Louise Michel a été initiée, au DH, le 13 septembre 1904, à l’âge de 74 ans, un peu plus d’une année avant sa mort.

Scandale ! Je reviens bien entendu, à l’initiation de Maria Deraismes. Cet évènement annoncé à grand renfort de publicité, déclenche une gigantesque polémique. Scandale, mauvaise conscience et trésorerie à sec, plusieurs frères de cette loge hérétique, feront amende honorable pour que la Loge réintègre l’obédience, en laissant ainsi Maria Deraismes sur le Parvis, mais elle ne rendra pas son Tablier, car elle fonde avec Georges Martin, en 1893, le Droit Humain.

Nous arrivons au tournant du XXème siècle et l’année 1901 sera une date charnière importante.

La création de loges d’Adoption continue, il y a encore une cinquantaine d’années à survoler avant d’arriver à la création de l’ancêtre de la GLFF, l’Union Maçonnique Féminine de France, créé en janvier 1946. Il faudra attendre 1952 pour que la GLFF voit le jour….

L’année 1901 donc, le mouvement féministe va-t-il tenter d’envahir les Loges ? On en discute beaucoup et on affirme encore : « …. il ne peut y avoir égalité de droits lorsqu’il n’y a pas égalité de charges… L’égalité des droits de la femme serait chose mauvaise, détruirait la famille. Cet être (c’est de nous, dont on parle !) tout de sentiments et de nerfs (!) n’est pas assez maître de sa raison pour étudier avec calme les graves problèmes sociaux…. sa présence serait susceptible d’entraver notre Tr… et de nous distraire du noble but que nous poursuivons…. »

En 1901, la loge « Le libre examen » créée une Loge d’Adoption, solution renouvelée du XVIIIème siècle. Cette première tentative aura du mal à se maintenir pour d’obscures raisons, elle est fermée en 1903 et ne sera réveillée qu’en 1912. Puis d’autres Loges d’Adoption sont créées comme « la nouvelle Jérusalem » en 1907 qui appartenait à la seconde Grande Loge Symbolique écossaise et qui était mixte, mais demandant à rentrer dans le giron de la Grande Loge de France, elle y est accueillie, cependant, ne pouvant y entrer avec les Sœurs qui la composaient, elle demande la création d’une Loge d’Adoption. Ses sœurs abandonnées ont été initiées au Rite Ecossais.

C’est donc de 1907 que date le Rituel d’Adoption Rénové. La Constitution des Loges d’Adoption est adoptée à la Tenue de Grande Loge du 5 novembre 1906. Elle précise que toute Loge d’Adoption doit être souchée sur l’Atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d’Adoption. Dans toute tenue, toutes les Officières de la Loge d’Adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l’Atelier sur lequel elles sont souchées. Pour visiter une Loge d’Adoption, les Frères doivent avoir au moins le grade de Compagnon. Elles ont des mots, signes et attouchements spéciaux. Jusqu’en 1935, les Loges d’adoption se créent en ordre clairsemé : 1901 – 1907 – 1023 – 1925 – 1931. Il ne s’agit plus de fêtes, concerts ou bals, les sœurs vont travailler avec le même sérieux que les Frères. Toutefois, au début les sujets portaient principalement sur la femme et l’enfant… puis par la suite sur des questions d’intérêt général souvent social.

En son Convent de 1935, La Grande Loge de France, sans avoir consulté les Loges d’Adoption, sans avoir pris accord avec elles, « décide de conférer à ses L. d’A. l’autonomie la plus complète, en les aidant à créer une Maçonnerie Féminine… ».

La GLdF chercherait-elle à se rapprocher de la Grande Loge Unie d’Angleterre ? Qui elle refuse les femmes… Les Loges d’Adoption opposent un refus formel n’étant pas préparées à cette autonomie et non décidées par elles-mêmes. Mais comprenant que le mouvement amorcé aboutira un jour ou l’autre, elles prennent les devants et commencent à s’organiser. Dès le 8 juillet 1936 eut lieu le Congrès Annuel des LL. : d’Adoption. Ce jour-là fut constitué un Grand Secrétariat, premier embryon de la Maçonnerie Féminine future. 1937 – 1938 – 1939 permettent aux S. : de continuer à s’organiser.

1940 : les années noires vont commencer, répétition de ce qui s ’était passé en Allemagne en 1935, dès le 13 août 1940, une loi du gouvernement Pétain ordonne la fermeture des Loges Maçonniques. La chasse aux Francs Maçons et aux juifs ne faisait que commencer…. La tourmente éparpillera les Sœurs en France, à l’étranger… des sœurs juives périront dans les camps de concentration, d’autres moururent ou bien choquées, vieillies, malades demeurèrent dans les villages où elles s’étaient réfugiées, ou dans ce qui leur restait de famille. C’est le temps de la tourmente et de la clandestinité. 31.757 maçons et maçonnes ont été fichés, on en dénombre 989 déportés dans les camps de concentration où 549 périront.

On peut considérer que 10 à 15 % des 45000 frères et sœurs des années 1939-1940 participèrent à la Résistance Maçonnique. PATRIAM RECUPERARE sera le seul réseau de résistance Maçonnique.

Les archives maçonniques furent pillées par les services chargés de lutter contre les Sociétés secrètes, afin de préparer des listes de victimes ainsi qu’une exposition antimaçonnique. Petite parenthèse, de même qu’il y a eu également une exposition à Paris anti-Juifs afin d’expliquer à la population ce qu’était un JUIF comment le reconnaître, comment s’en méfier…… et surtout pourquoi.

Les archives de la GLFF les plus récentes ont été sauvées par des Sœurs.

Enfin, après la nuit la plus noire, l’aube allait renaître !

A la libération en 1944, les S∴ rescapées constituent un Comité de Reconstruction, pour rechercher et regrouper les S∴ Pour diverses raisons beaucoup manquent à l’appel, il reste environ le tiers de l’effectif d’avant guerre et quatre LL. : parviennent à se constituer :

  • Le Libre examen
  • La nouvelle Jérusalem
  • Minerve
  • Thébah

La Grande Loge de France en son Convent de 1945 vote l’indépendance des Loges d’Adoption. N’oublions pas que le droit de voter est accordé aux femmes en 1944 et qu’elles votent pour la Ière fois en 1945.

Elles créent, dans la foulée, l’Union Maçonnique Féminine de France, ancêtre de la GLFF. Le 30 janvier 1946 est créé le Conseil Supérieur, embryon du Conseil Fédéral sur lequel va reposer l’avenir de la maçonnerie féminine. A partir de 1947 un bulletin-calendrier est édité. Jusqu’en 1954 toutes les initiations sont collectives.

Les travaux reprennent avec force et vigueur, mais les S∴ ont perdu l’habitude de fréquenter les Loges, les transports sont difficiles, le recrutement est rare (quatre profanes seulement la première année) et le local de la rue Froidevaux inconfortable. Puis elles déménagent en 1947 dans le XVIIIème arrondissement, et en 1950 elles s’installeront rue de la Condamine dans le XVIIème dans lequel elles resteront jusqu’à ce qu’elles aient un toit à elles…. en 1977. S.T.F. pendant longtemps, c’est à dire sans temple fixe, elles vont donc restées plus de 25 ans dans le local du XVIIème.

Le rituel continue d’être celui des Loges d’Adoption, mais les Officières ont cessé d’être assistées par des Officiers puisqu’il n’y a plus de Loges de Tutelle. Néanmoins, l’Union Maçonnique Féminine de France, par son rite demeure très isolée.

C’est en 1952 que l’Union Maçonnique Féminine de France se donne le titre que nous connaissons actuellement : Grande Loge Féminine de France, au grand déplaisir des autres obédiences car le nom ne correspond pas à ce que nous sommes réellement, car le Rite d’Adoption est toujours là !

Nous adoptons notre vocabulaire actuel : l’A.G. s’appelle Convent, les déléguées sont devenues les Députées et le Conseil Supérieur est le Conseil Fédéral composé de Sœurs Grandes Conseillères, mais continuant à porter les mêmes jolis cordons brodés de roses…

En 1954 grâce aux recherches de notre S∴ Gisèle Faivre, nous adoptons notre robe et notre médaille.

Dans cette période instable, fragile, un épisode presque effacé de la mémoire collective de la GLFF aurait pu changer radicalement le destin de l’obédience.

Comme nous ne sommes pas une vraie grande Loge, des frères nous cherchent généreusement une variante possible et nous brancherait sur les États-Unis il s’agit de l’ordre de l’Eastern. Des frères de la Grande Loge de France apprennent l’existence d’une Maçonnerie d’adoption ou plutôt androgyne : l’ordre de l’Etoile d’Orient. Notre S∴ Gisèle Faivre obtient l’autorisation d’assister à une Tenue de cet Ordre. Cette Tenue a lieu à St Germain en Laye et ces américaines sont des femmes de couleur (maçonnerie parallèle à la maçonnerie réservée aux blancs) Nos deux S∴ sont éberluées par le Tapis de Loge qui recouvre tout le centre : l’Etoile de l’Ordre a 5 branches pointe en bas ! Quant au rituel il consiste en de longues tirades débitées en position statique. Enfin le symbolisme ne repose que sur des personnages féminins de l’Ancien Testament (Esther, Ruth…) en costumes avec accessoires. De maçonnerie, de bâtisseurs, d’outils il n’est nullement question.

Peu à peu le projet de l’ordre de l’Etoile d’Orient se délite, plus jamais en France, aucune Obédience ne reparlera de cet Ordre. Pourtant il existe en Allemagne et en Italie.

Mais revenons à la GLFF nouvellement créée et qui se cherche. Le Convent de 1957 vote le principe de révision des rituels des 3 degrés et nomme une commission des rituels composée de douze S∴

L’abandon du Rituel d’adoption au profit du REAA se fit en 1959, plus ou moins en douceur… La manœuvre semblait plus que nécessaire pour que l’Obédience se fasse reconnaître dans l’Univers Maçonnique.

A noter la singularité de la Loge Cosmos (toujours existante dans notre Obédience) :

Dans ce grand chantier de changement de rite, dix S∴ démissionnent de la GLFF et constituent le 9 octobre 1959, la Loge Cosmos à Clichy. Les plus anciennes étaient nées dans ce rituel totalement adopté qui représentait, en fait d’archaïsme, le symbole même de leur autonomie et de leur spécificité dans le combat qu’elles avaient mené pour la reconnaissance d’une maçonnerie féminine concomitante, sans confusion de genre. Travailler à un rituel masculin était un non sens pour elles.

Durant 18 ans Cosmos va mener la vie d’une Loge Indépendante avant de demander à rentrer au bercail en conservant son Rituel. Le 5 janvier 1977, elle est intégrée sous le n°76, où elle sera la seule à pratiquer le Rituel d’Adoption. Faisant office de mémoire vive.

Ce choix de changement de Rite a joué un rôle dans la reconnaissance de la GLFF au sein de l’Ordre maçonnique ainsi que dans son essor.

1967 : les portes s’ouvrent et le trésor, via les capitations, se renfloue. Les S∴ parisiennes prennent leur bâton de pèlerine et donnent la lumière en province : cinq LL. : sont créées en 1967, trois en 1968, cinq en 1969.

1972 : La GLFF se décide à passer en association Loi 1901 et créée les Hauts Grades.

D’autres rites entrent à la GLFF, c’est d’abord le Rite Français dont nous demandons la patente en 1973 au G.O.D.F. C’est la L. : Unité n° 44 qui est la première à pratiquer ce rite. Deux autres variantes suivirent mais il n’y aura qu’une patente avec 3 pratiques différentes : Le Rite Français Moderne, le Rite Français 1801 et le Rite Français Rétabli.

La GLFF installa en 1974 à Lyon, la Ière Loge au RER (d’essence christique et chevaleresque) sous le titre distinctif l’Arbre de Vie – devenue une L∴ indépendante depuis. Mais la patente en fut remise par le GODF à la GLFF en 1980 qui vit alors éclore la L. : Clé de Vie.

En 1977 la GLFF grâce à ses propres deniers et un prêt, s’installe dans un ancien Couvent de Bénédictines, les actuels locaux de la cité du Couvent à Paris.

Le choix des rites et la fibre féminine et féministe conjointes de femmes voulant se retrouver entre elles, a fait monter l’effectif de l’Obédience en flèche depuis 1973. En 1968 elle possède 16 LL∴ et double ce nombre en 1970 et se sont 200 Loges qui la composent en 1992. 24 ans plus tard. Nous passons de 3500 S∴ à 14.000 aujourd’hui !

La GLFF est présente dans 87 départements et dans les DOM TOM (Guadeloupe, Martinique, Nouvelle Calédonie et Tahiti). Mais également en Europe : Allemagne Luxembourg, Espagne, Hongrie, Pologne et Tchéquie. Également en Afrique (Bénin, Cameroun, Congo, Cote d’Ivoire, Gabon, Togo) à l’Ile de la Réunion et l’Ile Maurice, en Amérique du Nord et du Sud (Canada, Venezuela).

La GLFF a les doigts verts, et le nombre de roses qui ont poussé chez elle est florissant : la Rose écossaise, la Rose Saron, la Rose d’or, Rosa Maris, Rosa Stella…. Mais l’important ici c’est la Rose des Vents qui depuis 1978, est la loge d’accueil de dimension universelle qui initie les femmes de tous les pays et les suit jusqu’à ce qu’elles puissent cultiver un triangle (5 SS∴ dont 1 M∴) et faire éclore une L. : dans chaque nation au moins.

Essaimage : La GLFF a choisi un développement à échelle humaine et pratique le bouturage : des obédiences comme la Grande Loge Féminine de Belgique en 1981, de Suisse en 1985, du Portugal en 1997, de l’Espagne ….

Elle a participé également à la création de la Grande Loge Féminine de Turquie et a aidé des Loges à s’ouvrir en Italie.

Opérative, elle tient à développer en priorité la FM féminine en Europe et notamment en Europe de l’Est comme Budapest, Varsovie et Prague.

 Plus largement, création du CLIMAF en 1983 (Centre de Liaison Internationale de la Maçonnerie Féminine), qui regroupent ces obédiences internationales auxquelles ont adhéré les Obédiences d’Italie et d’Allemagne. Basé sur la liberté de conscience, le CLIMAF a été fondé afin de mener en commun une réflexion concernant la femme, son évolution et son devenir.

Alors que l’histoire des autres obédiences est traversée de scissions en tout genre pour délester les trop fortes divergences, le point fort et le point sensible de la GLFF est justement de revendiquer deux traditions : initiatique et humaniste. Ce qui ne va pas toujours sans tension interne, sans crises, sans fortes interrogations.

En guise de conclusion : La GLFF essaie de trouver le moyen terme, le centre de l’union dans une approche philosophique qui concilie le social et le symbolique. Elle se range au plus grand consensus qui préfère plutôt que le rayonnement s’opère à l’extérieur à titre individuel. L’idéal serait de lire Homère et les journaux quotidiens à la fois.

La GLFF aborde d’abord l’égalité des femmes en termes de liberté et d’identité de l’être. Donc, non loin de tout repli identitaire, les femmes, qui plus est les maçonnes appartiennent au genre humain.

L’égalité des sexes est nécessaire, la différence des sexes est précieuse et ne doit être ni oblitérée ni exacerbée.

Savez-vous aligner vos chakras ?

De notre confrère voici.fr – Par Églantine Werner

Cette semaine le magazine Voici consacre ses colonnes à nous faire découvrir les chakras. Vous sentez-vous fatigué, anxieux, en colère ? Peut-être est-ce le signe qu’un de vos chakras est bloqué… Voyons ensemble comment remédier à cette situation !

Savoir reconnaître les chakras pour ne plus les confondre est un excellent début pour vous permettre de mieux vous connaître, et pour vous sentir bien au quotidien. Mais savez-vous comment débloquer le chakra du troisième œil, le chakra sacré ou encore le chakra racine ? Avec des pierres de lithothérapie ou grâce à des exercices quotidiens, voici comment libérer vos chakras de leurs blocages !

Comment savoir si vos chakras sont bloqués ?

Avant de s’atteler à la tâche du nettoyage des chakras, il est utile de savoir reconnaître un chakra bloqué ou au contraire, trop ouvert. Puisque les chakras sont directement reliés à notre santé physique et spirituelle, ceux-ci nous font savoir la présence d’un déséquilibre par des maux divers : mal de tête, bégaiement, problèmes de digestion, sentiment de persécution, difficultés à écouter ou à prendre la parole, impression de solitude, des problèmes dans l’affirmation de soi…

Comment débloquer ses 7 chakras ?

Il est tout à fait possible d’effectuer un nettoyage et une harmonisation des chakras depuis chez vous, en intégrant au quotidien des petits gestes permettant de prendre soin de ces centres énergétiques sacrés.
Voici quelques petites astuces pour apprendre comment aligner ses chakras soi-même au quotidien :
– Chakra racine : marcher pieds nus dans la terre, adopter une alimentation saine et prioriser son hydratation au quotidien ;
– Chakra sacré : tenir un journal de gratitudes, pratiquer des activités créatives comme la peinture ou la danse par exemple ;
– Chakra du plexus solaire : répéter des affirmations positives au quotidien, sortir de sa zone de confiance, profiter de chaque instant de la vie, nourrir sa vie sociale ;
– Chakra du cœur : se promener dans la forêt, s’entourer de personnes positives, complimenter sincèrement son entourage, soigner ses relations, pardonner ;
– Chakra de la gorge : chanter, exprimer à haute voix ses émotions (même seul !), dire la vérité, tenir ses promesses ;
– Chakra du 3ème œil : suivre son intuition, voir le côté positif, oser rêver et imaginer sa vie idéale, croire en sa valeur personnelle, réaliser des exercices de visualisation ;
– Chakra couronne : pratiquer la méditation, vivre en pleine conscience, marcher dans la nature, voyager.

Vous pouvez aussi méditer en tenant entre vos mains une pierre associée au chakra à débloquer.

Comment savoir si vos chakras sont alignés ?

L’absence de maux, de difficultés particulières ou de blocages émotionnels peuvent être des indices vous indiquant que certains de vos chakras sont bien équilibrés. Cependant, il est très complexe d’aligner tous ses chakras, surtout pour les débutants en la matière ! Patience et rigueur sont donc nécessaires, mais vous récolterez immédiatement les premiers fruits de votre travail, en vous sentant progressivement de plus en plus apaisé au quotidien.

Qu’est-ce qui bloque les chakras ?

Les chakras peuvent être bloqués pour différentes raisons : une émotion forte non exprimée, par exemple, peut très facilement déséquilibrer les chakras. Les traumatismes, les épreuves de la vie, mais aussi une mauvaise hygiène de vie ont aussi une influence négative sur l’alignement des chakras.

Qui voir pour aligner ses chakras ?

Bien sûr, il est possible d’essayer de nettoyer ses chakras soi-même, mais certaines situations (grand traumatisme, importantes difficultés au quotidien, etc.) peuvent exiger l’aide d’un professionnel en la matière. Ce dernier peut aider à harmoniser ses chakras avec le reiki, le magnétisme ou la manipulation énergétique. Certains peuvent même vous aider à aligner vos chakras avec un pendule ! Vous pouvez donc vous orienter vers un magnétiseur ou un énergéticien par exemple.

Un chemin, un parcours, une quête, une vie, un homme, mon oncle et frère Jean François Pluviaud

Nous avons demandé à son frère, neveu et  homonyme Jean-François Pluviaud de bien vouloir rendre hommage à la mémoire de l’écrivain maçonnique Jean-François PLUVIAUD, passé à l’Orient éternel à Suresnes, le 26 juillet 2023, à l’âge de 93 ans. On se souviendra notamment de ses livres Critique de la raison maçonnique, Heurs et malheurs du grand architecte de l’univers ou de ses « réflexions » sous forme de Vagabondages maçonniques, tous ces  ouvrages parus chez Dervy, tout comme de sa « conversation » intitulée : Le vieux maçon et l’apprenti, de son recueil : Le phantasme maçonnique et autres chroniques,  préfacé par Marc HENRY, ou de ses regards sur le Rite Écossais Ancien et Accepté rassemblés sous le titre : Le fabuleux voyage maçonnique de celui qui un jour devint Guibulum, parmi d’autres volumes encore qui peuplent la bibliothèque et le souvenir de maints frères et sœurs de nombreux Orients, à côté de ses contributions à la revue de la Grande Loge de France, Points de Vue Initiatiques, dont il fut longtemps un des animateurs. Sont ici repris sous forme écrite des propos prononcés sans notes lors des obsèques du regretté essayiste, fabuliste, humoriste et poète. (Christian Roblin)

Par Jean-François Pluviaud (neveu et frère)                     

Mon oncle Jean-François était né en 1930 dans un village creusois qui fut jusqu’à la fin de mes études secondaires l’épicentre de la famille Pluviaud.

Ses parents étaient des gens simples et joyeux, mon grand-père garagiste et ma grand-mère aubergiste.

Nous avons grandi dans les mêmes décors mais dans des situations différentes, lui avec le poids de la guerre, moi sans. C’était le monde rural des années cinquante/soixante.

Mon oncle était le cadet d’une fratrie de trois (deux frères, une sœur), Michel, mon père était l’aîné et ma tante Geneviève la benjamine.

Un des traits de caractère de la famille Pluviaud est l’humour. Jean-François n’en a jamais manqué et l’illustration que je garde en mémoire était le moment où ses yeux se mettaient à friser à l’idée que la saillie qu’il allait lâcher ferait sourire voire rire ses amis et proches.

Jean-François était quelqu’un de simple et de curieux qui voulait voir le monde et profiter de ce que celui-ci avait à offrir.

Mon Père et lui ont fait leurs études dans un collège catholique dans lequel je fus également pensionnaire pendant dix ans (messe à 6h30, sorties réduites, foot et travail scolaire)

J’ai eu des profs qu’ils avaient eus et je me souviens de l’économe qui me disait : « si ton oncle et son copain Bernard Maury revenaient, je m’en irais ». Je pense qu’ils lui en ont fait voir de toutes les couleurs, ainsi qu’à quelques autres.

Après Guéret, il est venu à Paris pour poursuivre ses études mais il y a plutôt fait ses humanités découvrant consciencieusement les possibilités festives à sa disposition. Puis, il s’est installé en Bourgogne dans un village rural du nom de Mirebeau. Il travaillait alors pour un fabriquant de jouets situé dans ce village. À ses moments perdus, il faisait de la peinture sur assiettes, ouvrage auquel il nous initiait, mes cousins et moi.

Puis, il est revenu à Paris, bien décidé à profiter de la vie. Son aisance en société lui a ouvert des portes qui n’existaient pas dans la Creuse.

J’ai quelquefois évoqué cette époque avec lui, en le questionnant sur ces univers qui s’ouvraient à lui. Il me répondait qu’au début, « il n’avait pas les codes ». Il les a donc appris.

La vie d’alors a passé et je pense qu’il manquait de réponses à son questionnement existentiel. Il en a cherché en lisant, notamment une revue dénommée « Planète ».

C’est ce questionnement qui l’a conduit à envoyer une candidature spontanée à la Grande Loge de France pour y entrer.

Il fut initié un soir de mai 1978, jour de l’enterrement de mon père.

Là aussi, il a dû apprendre les codes. Il a parfaitement illustré cet apprentissage dans un de ses derniers ouvrages : « Le vieux maçon et le jeune apprenti ». C’est un dialogue au travers duquel le vieux maçon répond aux questions de l’apprenti qui veut comprendre là où il est, ce que l’on y fait et le but de la démarche.

Évoquer cet ouvrage me permet de mettre en avant quelques unes des singularités de mon oncle.

Avant de poursuivre, je tiens à préciser – et c’est une conviction profonde – que la maçonnerie fut le grand œuvre de sa vie.

Non seulement à force de travail sur les rituels, par ses planches, ses ouvrages, ses poèmes mais surtout grâce aux échanges qui l’entraînaient tard dans la nuit, de préférence accompagnés d’un bon cigare associé à l’un des breuvages qui s’y accordent si bien, le tout avec ses frères.

Il en a tiré une vision personnelle, authentique, qu’il a su partager et transmettre avec patience, bienveillance et fraternité.

Sa singularité la plus marquante à mes yeux fut sa grande capacité à rendre simples et accessibles des concepts qui, pour beaucoup d’entre nous, ne le sont pas.

Non seulement la maçonnerie a structuré sa vie en lui donnant les moyens de répondre à ses interrogations existentielles mais elle lui a aussi fait prendre conscience de sa place et de la façon de l’occuper. En cela, il a dépassé ses manques, il a fait siens les codes et il n’a eu de cesse que de les partager.

Je l’en remercie affectueusement et fraternellement.

Première interview de Sylvain Zeghni, nouveau Grand Maître National du DROIT HUMAIN

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Du 25 au 27 août 2023, la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN a tenu son Convent annuel. Une édition qui a rappelé les 130 ans de la création, le 13 avril 1893, de la première loge mixte de l’histoire de la franc-maçonnerie universelle réunissant, en pleine égalité de droits et de responsabilités, hommes et femmes dans un même rituel.

Durant ce Convent, les 39 Conseillers nationaux ont élu Sylvain Zeghni en qualité de Grand Maître National pour l’année maçonnique 2023-2024.

Le nouveau Grand Maître National a accordé à 450.fm sa première interview.

450 : Pourquoi ce qualificatif de Grand Maître National (GMN)

Sylvain Zeghni : À l’origine, il y avait qu’un Président du Conseil National qui est une fonction administrative et afin que l’on soit reconnu comme une obédience, notre dénomination étant Fédération française du DROIT HUMAIN, dans l’esprit des gens cela semblait compliqué et ils ne savaient pas ce qu’était le DROIT HUMAIN ainsi qu’une fédération de surcroît française qui pouvait faire penser à une association humanitaire et donc, bien évidemment, il fallait trouver un titre pour que nous soyons effectivement bien identifié comme Grand Maître, sauf que nous appartenons à un Ordre et que le Grand Maître de l’Ordre est le Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil. LE DROIT HUMAIN étant organisé en fédération, fédérations pionnières, loges pionnières, etc., il fallait trouver une appellation. C’est ainsi qu’au Convent de 2015 a été voté cette appellation, celle de Grand Maître National, pour bien spécifier qu’il s’agissait du Grand Maître d’une fédération.

Nous nous sommes donc inspirés de la Belgique qui disposait déjà de ce titre pour son Président de Conseil National et donc, désormais, pour la Fédération française, c’est Grand Maître National (GMN). Alors, en interne, c’est Président du Conseil National et en externe, afin d’être plus visible, c’est Grand Maître National. Mais la tendance actuelle est d‘utiliser seulement le vocable de Grand Maître National ce qui est dommageable.

450 :  Quel est votre parcours profane ?

SZ : J’ai 59 ans et j’ai fait des études de sciences économiques à l’université de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. J’ai obtenu un doctorat qui portait sur les thématiques d’équité, justice et redistribution. C’était une époque où on parlait beaucoup de choses avec notamment des débats sur l’utilisation des théories de Rawls* en économie.

Ensuite, j’ai travaillé dans une université qui venait de se créer, celle de Marne-la-Vallée (Université Gustave Eiffel) et j’y ai fait ma carrière en changeant d’orientation pour travailler plutôt sur l’économie des pays en transition à une époque – c’est-à-dire les pays sortant du communisme essentiellement les pays d’Europe centrale orientale (Russie, Chine) et les pays d’Asie mettant en place des économies de marché –, ce qui m’a amené aussi à travailler sur l’international, sur les mobilités, etc. Les hasards de ma carrière m’ont amené aussi à travailler sur les problématiques du tourisme et notamment tout ce qui tourne autour des mobilités touristiques et leur impact sur l’environnement. Mais mon dada, mon péché mignon en quelque sorte, est de travailler, aussi, sur l’économie du sport. C’est donc avec grand plaisir que je suis intervenu récemment à la « Conférence Paris 2024, Jeux Olympiques : un regard pluridisciplinaire », un colloque organisé par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

450 : Et sur le plan maçonnique ?

SZ : J’ai été initié au DROIT HUMAIN en l’an 2000, au sein de la loge « Travail et Liberté », à l’orient de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines en région Île-de-France. En réalité, il s’agit d’une ancienne loge, créée au tout début des années 20 par Alphonse Houbron.

Maria Deraismes (1828-1894), féministe, oratrice, femme de lettres et première femme initiée à la franc-maçonnerie en France.

C’est sous son Vénéralat, et en présence de Georges Martin, que la loge « Les Libres Penseurs » du Pecq initie le 14 janvier 1882, selon les pratiques du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), Maria Deraismes. Ma loge « Travail et Liberté », fermée pendant la Seconde Guerre mondiale, a repris ses activités en 1961 et a décidé de changer de nom. Un nom qui fait référence à la ‘’devise’’ des camps de concentration car elle avait pour membres des anciens déportés ou des frères issus du milieu de la Résistance. Un nom choisi comme un pied de nez à cette période la plus sombre de notre histoire. J’en ai été son Vénérable Maître. Puis, les hasards de mon lieu d’habitation font qu’aujourd’hui je suis à loge Zoroastre, à l’orient de Marne-la-Vallée, où je me sens d’ailleurs très bien. J’ai suivi mon parcours initiatique dans les hauts grades du REAA. Je suis membre du Conseil National depuis 2019 et j’ai occupé la fonction de président de la commission droit de l’homme et laïcité , ce qui nous a donné l’occasion d’être entendu par le Sénat et l’Assemblée nationale.

Par ailleurs, j’ai participé aussi à deux émissions de France Culture – une belle expérience – une sur la laïcité (Le Droit Humain – La laïcité, génératrice de libertés), l’autre sur l’engagement (Droit Humain – Les Francs-Maçons du Droit Humain ne vivent pas dans une bulle, ils s’engagent !).

C’est d’ailleurs, sur cette même antenne et toujours dans « Divers aspects de la pensée contemporaine »,  une émission confiée en alternance aux différentes obédiences maçonniques et à la libre pensée, que je dévoilerai, au mois d’octobre, le plan d’action que je compte mettre en œuvre auprès des loges et les initiatives que l’on va prendre au cours de l’année 2023-2024.

450 : Pouvez-vous nous éclairer quant aux spécificités de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN et de la Fédération française

SZ : Bien sûr. L’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN, souvent appelé LE DROIT HUMAIN International, obédience maçonnique mixte fondée en 1901, est l’évolution structurelle à vocation internationale de la première obédience mixte fondée en 1893 par Georges Martin et Maria Deraismes sous le nom de « Grande Loge Symbolique Écossaise de France : Le Droit humain ». Il est fort justement issu de la volonté de Georges Martin afin d’avoir une optique universelle. S’adressant au monde entier, l’idée était de développer un Ordre mixte au niveau mondial.

Louis Goaziou (1864-1937), fondateur et animateur de la Fédération américaine du DROIT HUMAIN.

À ce jour, elle compte plus de 30 000 membres et est présente sur les cinq continents, dans plus de soixante pays. Un Ordre qui s’est développé tout d’abord aux États-Unis sous l’impulsion de Louis Goaziou puis dans tout le monde anglo-saxon grâce à la théosophe Annie Besant. Pour notre développement, nous procédons dans un premier temps par l’implantation de loges pionnières, puis des fédérations pionnières, c’est-à-dire qui ne sont pas encore suffisamment grandes en termes de loges et d’effectifs, et enfin la création d’une fédération quand le nombre de loges et les effectifs le permettent.

L’Ordre international tient le Convent tous les 5 ans. La Fédération belge – près de 8000 membres –, et la Fédération française – 15 200 membres à ce jour, soit plus de 23 000 frères et sœurs au total, devraient normalement avoir les deux tiers des voix. Toutefois, de façon démocratique et de manière à laisser la place justement à de plus petites fédérations, nos deux fédérations ne bénéficient que de 40 % des voix. Ce qui a permis à des fédérations comme celles d’Islande ou de Suisse d’accéder aux plus hautes fonctions.

Quant à la Fédération française, fondée en 1921, elle est aujourd’hui forte de 740 loges en métropole et en outre-mer. Nous fonctionnons comme une obédience classique mais nous devons rendre des comptes au niveau international et nous avons donc un représentant au Grand Conseil de la Fédération Française que nous appelons le Très Puissant Grand Commandeur. Notre fédération marche sur deux pieds : un initiatique, le Grand Conseil et un autre administratif le Conseil National (administration, immobilier, finances) avec tout de même un pouvoir initiatique par délégation puisque nous installons les loges symboliques et pour certains d’entre nous pourvus des hauts grades, les loges de hauts grades jusqu’au 30e degré.

450 : Parlons Rite. Quelle est la grande spécificité du DROIT HUMAIN ?

ZS : Notre spécificité est que nous travaillons au Rite Écossais Ancien et Accepté. Au sein de la Fédération française, nous avons trois loges qui maçonnent à des rites inspirés par les Anglo-saxons, le « Lauderdale » – qui tient son nom de la rue où se trouvait la Fédération britannique à une époque. Il est imprégné de la pensée théosophique puisque conçu par Annie Besant et Charles Webster Leadbeater. Nous avons aussi deux loges de La Marque. Par contre, dans d’autres fédérations en Europe du Nord et en Grande-Bretagne, ainsi que dans d’autres fédérations plus éloignées, nous avons des rites d’inspiration anglo-saxonnes, tous dérivés du Rite Émulation avec des spécificités. Du reste, en Angleterre, nous avons les Knights Templar et le Royal Order of Scotland.

450 : Sur quel livre les frères et les sœurs prêtent-ils leur serment ?

SZ : Nous prenons nos engagements sur la Constitution internationale du DROIT HUMAIN, l’équerre et le compas et depuis les années 60-70, nous avons la lumière, la flamme dite éternelle. Dans un nouveau rituel, nous avons également la règle. Une règle toutefois non graduée représentant le symbole de l’infini.

450 : Avez-vous des loges de recherche ?

SZ : Non, mais il y a 6 à 7 ans , nous avons introduit des groupes de recherche qui normalement sont réservés aux titulaires du 30e degré, avec quelques exceptions, et un des résultats fut le livre Voyages au cœur des nombres-Du 1er au 33e degré dans le REAA (Les Voyageurs de la Table Ronde – APHDH, 2022).

Sur notre Intranet, des groupes travaillent, par exemple, sur les épées, les chants maçonniques, et nos membres peuvent y trouver de nombreux travaux. Le groupe sur les nombres avait pour ambition de publier un ouvrage, mais ce n’est pas une obligation.

Mais pour vous répondre plus précisément sur le pourquoi de ne pas avoir de loge de recherche, c’est que, tout simplement, pour nous une loge doit pouvoir initier. Cela pourrait aussi créer une sorte d’élitisme. Mais à notre dernier Convent, il y a eu un vœu demandant la création de loges de recherche prouvant ainsi que les sœurs et les frères sont intéressés.

450 : Quelle dynamique souhaitez-vous insuffler ?

SZ : D’abord, le premier axe est celui de la formation des Officiers, notamment de Vénérables Maîtres, des 1ers et 2ds Surveillants ; le second axe est d’aller vers une décentralisation et d’introduire plus de subsidiarité dans notre organisation administrative.

Mon souhait est surtout de s’ouvrir davantage sur les autres obédiences françaises, y compris celles qui ne pratiquent pas le REAA. La tendance que nous avons eu est de toujours aller vers les grandes obédiences traditionnelles qui sont nos amies, mais nous voulons avoir plus de relations avec d’autres obédiences. Nous souhaitons aussi nous ouvrir et trouver le moyen de parler aux jeunes. Il y a trois ans déjà, nous avons lancé un grand chantier sur la jeunesse et maintenant, nous allons passer à l’opérationnel.

Sur le plan initiatique, et c’est en lien avec la formation, il faut donner envie de travailler et de progresser à nos frères et sœurs. Pour transmettre !

Certaines de nos treize régions – dont deux ultra-marines (Caraïbe et Pacifique-Indien) – organisent des séminaires de formation. Nous avons des régions qui couvrent un très large territoires et c’est à elles de trouver le moyen le mieux adapté à leur situation afin de dispenser la formation.

450 : En matière de rencontres culturelles maçonniques ou de salons du livre, quelle est votre politique ?

SZ : Nous sommes favorables à ce type d’événements et sommes très présents à Lyon, Nantes et Lille, car des sœurs et des frères s’investissent, depuis des années, dans ces manifestations. Nous souhaitons également développer notre engagement dans la biennale de Bordeaux.

450 : Nouveau site Net, pouvez-vous nous en dire plus ?

Nouveau site, capture d’écran.
Nouveau site, capture d’écran.

SZ : En fait, au mois de janvier dernier, nous avons décidé de faire appel à une société privée de développement de site Internet. Nous avons réellement commencé à travailler fin févier début mars, le défi étant qu’il soit terminé pour notre Convent. Pari tenu ! Nous avons souhaité construire le site de façon à ce qu’un profane puisse, entre autres, découvrir des choses, mais sans trop révéler… à mettre en évidence notre histoire et le côté franc-maçon. D’ailleurs, avec cette nouvelle configuration qui nous a fait passer de la préhistoire au XXIe siècle, nous connaissons un niveau élevé de fréquentation mais aussi de demande de candidature.

450 : Quid de votre revue Perspectives ?

SZ : Créée en 2018, Perspectives, n’a pas encore connu le succès qu’’elle mériterait d’avoir. Nous tenons à elle car elle est notre image de marque, à la fois au sein de l’obédience mais aussi envers le monde profane. L’idée est de s’orienter vers une nouvelle présentation en faisant appel à des frères et des sœurs d’autres obédiences dans le comité éditorial, mais aussi à de nouvelles plumes y compris profanes. Elle restera semestrielle. Le thème du prochain numéro, que nous attendons tous à l’automne, est « Habiter la Terre ». Un événement entourera cette ‘’nouvelle naissance’’ et nous envisageons aussi de réaliser, à chaque fois, une courte vidéo de présentation.

450 : Quels seront vos deux grands événements 2024 ?

SZ : Le premier sera sur la défense des valeurs maçonniques en Europe, les prochaines élections européennes étant prévues en juin prochain.

Anneaux olympiques
Anneaux olympiques

Et le second portera sur un événement interobédientiel au sein des Jeux olympiques. Je proposerai de faire une grande tenue à Paris et en province réunissant ainsi des maçons du monde entier, sportifs ou non, et proposerai aussi des tenues d’été traitant des valeurs de l’olympisme, du sport, de nos valeurs, etc. Une façon pour nos obédiences d’aller vers la jeunesse du monde entier.

Siège de la Fédération française du DROIT HUAMIN, Paris XIIIe.

450 : Pour conclure, que faites-vous à l’occasion des Journées Européennes du patrimoine ?

SZ : Nous ouvrons, bien évidemment, nos portes !

L’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN, 5 rue Jules Breton – Paris XIIIe.

Souhaitant encore plus rayonner dans le cité, les 16 et 17 septembre prochains, les frères et les sœurs du DROIT HUMAIN ouvrent leurs temples parisiens du 13e arrondissement, du siège de la Fédération française du DROIT HUMAIN au 9 rue Pinel (de 10h à 17h), mais aussi celui du site historique de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN situé au 5 rue Jules Breton  (de 14 à 18h).

Cher Grand Maître National, très cher frère, très cher Sylvain, 450.fm tient à vous remercier pour le temps que vous nous avez consacré. Nous vous souhaitons un très beau mandat.

Portrait du philosophe John Rawls en 1971.

[NDLR : *John Rawls (1921-2002) est un philosophe libéral américain. Professeur à Harvard, il publie en 1971 sa célèbre Théorie de la justice dans laquelle il défend une société basée sur une justice redistributive qui réduirait les inégalités.

L’ouvrage connait un succès rapide aux États-Unis, où la lutte pour les droits civiques et la guerre du Vietnam ont soulevé des questions liées à la notion de justice. Chez Rawls, le bien s’entend comme une notion individuelle. La société juste doit dès lors permettre de faire cohabiter différentes visions du bien. Dans sa Théorie de la justice, Rawls dégage les principes qui régissent une société juste. Il cherche à réconcilier deux principes qui s’opposent souvent, mais qui sont au cœur de l’idéal démocratique : la liberté et l’égalité.]

Nouveau site, capture d’écran.

Une goutte creuse une pierre, non pas par la force, mais en tombant

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Cette phrase, presque vieille comme le monde, avait à l’époque latine un sens majoritairement négatif, car elle indiquait les effets néfastes d’une action, même légère, mais répétée et continue dans le temps.

Une goutte d’eau, en effet, est capable de creuser une pierre, un marbre ou un rocher et de les éroder si elle tombe régulièrement et toujours au même endroit pendant des années.

Dès ce premier pas vers le seuil du Temple et, donc, avec le début de mon voyage initiatique, j’ai plutôt interprété l’action de cette petite goutte comme la volonté de fer d’atteindre un objectif, non pas en fonction de sa force, mais en raison de sa persévérance ou de sa résilience, ou de sa capacité à garder sa motivation intacte aussi longtemps que nécessaire.

Dans la franc-maçonnerie, j’ai souvent entendu parler d’ homme de besoin et d’homme de volonté , deux expressions différentes pour exprimer deux états de conscience profondément différents.

Je crois avoir traversé et vécu les deux : d’abord comme laïc motivé à entrer dans l’institution, puis comme adepte, s’engageant sur le chemin de la réalisation.

La volonté n’est donc pas seulement une pulsion spontanée ou rationnelle, mais est quelque chose d’intrinsèque à l’essence de l’individu, puisqu’elle forme, avec la conscience, son moi. Et pas seulement le moi empirique, expérimental, mais aussi le moi profond, puisque la volonté et la conscience ne sont rien d’autre que l’énergie.

Saint Augustin a déclaré :

Les homines sont volontaires.Les hommes sont la volonté.

Ils ont une conscience de soi qui ne s’exprime qu’à travers la volonté et pour cette raison, ils ont la possibilité de progresser.

Les hommes dans le besoin , ayant entrepris le voyage initiatique, soit se perdent, soit s’arrêtent : ils ne sont pas en mesure d’approfondir les enseignements qui leur sont proposés pour atteindre le meilleur de leur potentiel, en fonction de leur propre niveau d’évolution.

Tout le monde n’a pas le même niveau d’évolution, ce qui n’a rien à voir avec le niveau culturel. Les chemins tracés pour chacun de nous sont différents et les moyens qui nous sont donnés pour les suivre sont différents ; c’est pourquoi vous devez trouver le vôtre. Chacun doit s’efforcer de réaliser son plein potentiel.

Le Maître Sage devra montrer au néophyte « son chemin », pour lui faire éviter de prendre les chemins trop difficiles, de cette façon il ne se découragera pas, pour qu’il persévère et atteigne le but.

La présence du Grand Architecte de l’Univers contribue au développement du libre arbitre, de l’errance sans limites et de la recherche d’un idéal sans imposition de méthode et incarne le modèle idéal de perfection de chaque concept et élément humain.

La finalité de la Franc-Maçonnerie exprime une manière de vivre et de penser qui se situe à la rencontre du rationnel et du spirituel.

Partant de l’hypothèse que l’homme jouit d’une totale liberté intérieure, de son pouvoir de décision pour entreprendre des actions, pour embrasser des idées, pour prendre des décisions sans l’influence d’un pouvoir déterminant immanent, on comprend la notion de volonté pour un franc-maçon.

Toute forme de limitation de la pensée est contraire aux valeurs latomistes.

N’oublions pas que celui qui frappe à la porte du Temple est avant tout un homme né libre et de bonnes mœurs et qu’en entrant dans la famille maçonnique, il s’engage à travailler « selon la détermination de sa propre volonté », mais en suivant les enseignements qui lui viennent des données.

La franc-maçonnerie n’est pas une imposition, elle utilise la raison et la liberté pour forger des hommes libres dotés d’une forte conscience de soi.

Le chemin initiatique ne peut être affronté ou suivi sans volonté. C’est elle qui soutient le néophyte pour qu’il obtienne le but fixé : la Sagesse qui devient Sagesse et se transforme en Connaissance.

Cicéron a dit :

Voluntas est, quae quid cumratione désiré.

La volonté est cette impulsion de ceux qui ont tendance à désirer quelque chose avec le soutien de la raison.

Et c’est pourquoi l’aspiration à la Sagesse requiert un engagement personnel et constant dans l’acquisition de l’éthique et de la conscience.

Tant le développement que la conquête de chaque étape du processus initiatique, de l’initiation formelle à l’initiation réelle, sont motivés par la passion, façonnés par la raison et nécessitent des choix, en prenant des positions qui se produisent par la volonté, résultat de la délibération et, par conséquent, d’un désir.

Sans ce processus, le choix ne serait qu’une impulsion dictée par le sentiment qui se révélerait probablement instable et de courte durée.

Le chemin initiatique du franc-maçon est marqué par la recherche d’un savoir sans limites en termes de contenu et de méthode et par l’empreinte du rapport entre volonté et devoir.

Le premier est l’élément actif, dynamique et vigilant, capable d’orienter le but pour que l’objectif puisse être atteint, grâce à l’exercice du libre arbitre.

Et c’est là qu’intervient la détermination qui, appuyée par le sens critique, la vertu éthique et la force de la morale, permet de réaliser le plus maçonnique des devoirs, le travail sur soi.

D’où l’interprétation positive de la goutte qui perce la pierre non pas avec force, mais avec un goutte-à-goutte continu. Les plus grands alliés pour devenir un bon franc-maçon sont en effet la persévérance et la constance.

Une action insignifiante, comme la chute d’une goutte, peut changer les choses de manière significative. Une exhortation tout aussi ordinaire, à rappeler qu’avec régularité et dévouement, des changements importants peuvent être réalisés.

Fort de cet encouragement, je souhaite à tous les Frères un travail heureux et fructueux… sur eux-mêmes !

Grantham Freemasons’ Hall ouvrira au public pour la troisième fois de son histoire

De notre confrère anglais granthamjournal.co.uk – Par Matthieu Taylor

Un Temple historique sera ouvert au public pour la troisième fois seulement en 85 ans d’histoire. Le Grantham Freemasons’ Hall sur Chambers Street ouvrira ses portes pour une visite publique spéciale dans le cadre du week-end du patrimoine du Lincolnshire.

Cela aura lieu les samedi 9 et dimanche 10 septembre, de 11h à 15h.

Il y aura également une exposition du musée de la franc-maçonnerie, qui abrite des objets historiques étonnants de Grantham et de la franc-maçonnerie de Grantham datant de la fin des années 1700 et du début des années 1800, notamment des peintures maçonniques vieilles de 200 ans, des médailles, des insignes, des tabliers et une tapisserie.

Les francs-maçons de Grantham sont au cœur de la communauté du sud du Lincolnshire depuis deux siècles. Ils sont connus pour leur hospitalité et leur charité. Et ils sont aussi célèbrent pour faire bénéficier à leurs compatriotes de leur expérience dans l’organisation d’événements exceptionnels dans le cadre grandiose de l’imposante « Maison des Maçons » du centre de Grantham. ​

Les frères accueillent régulièrement des fêtes pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes : mariage, bat-mitsva, fête de Noël, événement familial, fête d’anniversaire, expositions, conférences, etc. Ils rappellent aussi que les francs-maçons comptent parmi les plus grands donateurs caritatifs au Royaume-Uni. C’est une réputation dont ils sont, à juste titre, très fiers.

Grantham, à suivre sur Facebook.