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Le Parfait Maçon-Les débuts de la maçonnerie française (1736-1748)

Le Parfait Maçon-Les débuts de la maçonnerie française (1736-1748)

C’est grâce à Martinès de Pasqually que j’ai rencontré Johel Coutura (1946-1995) au début des années 90. Enfin, plutôt à travers la remarquable Société Martinès de Pasqually, société de recherches historiques, fondée en 1989, , dont le siège se situe au cœur d’une magnifique région viticole et ville portuaire, Bordeaux.

Puis, de la librairie du Glorit à celle du très beau Musée d’Aquitaine, notamment lors de l’exposition sur « La Franc-maçonnerie » en 1994, nous avons pu échanger. Le catalogue de cette exceptionnelle exposition temporaire, dont le succès dépassa nos frontières, témoigne encore de son savoir, de son érudition mais surtout de son désir de transmettre. Il en fut le principal rédacteur

Bordeaux, mascaron situé 9 rue de Mexico.

Chercheur et historien, animé par une belle passion, sans cesse en quête d’archives, grand spécialiste de la maçonnerie en pays bordelais, nous lui devons, entre autres, une histoire des Francs-maçons de Bordeaux au XVIIIe siècle (Marcillac, 1988), une vaste Bibliographie générale des sources imprimées de la Franc-Maçonnerie française au XVIIIe siècle (1992), une remarquable anthologie de textes anciens sur les débuts de la maçonnerie française (1736-1748) sous le titre général Le Parfait Maçon (1994). C’est cet ouvrage que Classiques Garnier, une collection datant de 1896 ayant

pour objet les littératures françaises, francophones et étrangères ainsi que les sciences humaines, réédite, y compris en relié, pour notre plus grand profit et plaisir.

Bordeaux, le port de la Lune en 1758 par Vernet.

La collection « Lire le dix-huitième siècle » est dirigée par le spécialiste de la littérature française du XVIIIe siècle qu’est Henri Duranton qui travaille sur les milieux érudits du XVIIIe siècle. 2023 voit donc la réédition d’un indispensable que tout maçon se doit de (re)lire. Le paysage maçonnique français actuel connait-il encore son origine ? Le moins que nous puissions dire, c’est qu’il le reflète mal.

Le Parfait Maçon nous remémore, à travers la littérature maçonnique, les origines de l’art royal en France. Il offre au lecteur ce que les ouvrages de l’époque permettaient de connaître sur la confrérie et ses mystères… Sept textes sont soumis à notre réflexion, à savoir :

Le Parfait Maçon ou les véritables secrets des quatre Grades d’Apprentis, Compagnons, Maîtres ordinaires et Écossais de la franche maçonnerie, Le secret des francs-maçons mis en évidence (par M. Uriot membre des loges de l’Union et de l’Égalité), première et seconde lettres, l’Apologie de l’ordre des francs-maçons, Le secret des francs-maçons entièrement découvert à une jeune dame de dix-sept ans, La Franc-Maçonne ou Révélations des mystères des Francs-Maçons (Bruxelles, 1744), L’école des Francs-Maçons (Jérusalem, 1748) et les Constitutions Histoires, lois, charges, règlements et usages de la très vénérable confrérie des acceptés francs-maçons. Il s’agit de la première traduction en français des célèbres Constitutions d’Anderson de 1723, traduites de l’anglais par Jean Kuenen, député grand maître des loges régulières en Hollande. Des Constitutions pour être lues à la réception d’un nouveau frère, suivant que le maître ou ses surveillants l’ordonneront. Elles furent imprimées en 1736 par Corneille Van Zanten, imprimeur ordinaire à La Haye.

La littérature maçonnique d’avant 1750 se doit de rester, pour l’initié d’aujourd’hui, un sujet fascinant. C’est justement ce que précise Johel Coutura dans sa préface. En effet, la littérature maçonnique reflète l’évolution de la franc-maçonnerie et de sa culture au cours de cette période. Ce qu’en savent les maçons et comment les profanes perçoivent la fraternité.

Une littérature permettant de mieux comprendre l’histoire, les croyances et les valeurs de la franc-maçonnerie naissante.

Le Manuscrit Halliwell dit Regius.

Bien au-delà des premiers documents maçonniques remontant donc au début du XVIIIe siècle, rappelons-nous que le premier document maçonnique imprimé est le Manuscrit Regius (vers 1390-1425), qui présente des poèmes en moyen anglais décrivant les principes de la maçonnerie. Le plus célèbre d’entre eux reste peut-être, quelques années plus tard, le Manuscrit Cooke (vers 1410-1450), qui décrit les devoirs et les responsabilités des maçons.

Cependant, la période entre 1600 et 1750 a vu l’émergence et la formalisation de rituels, de symboles et d’organisations maçonniques plus cohérents. Une partie importante de la littérature maçonnique d’avant 1750 est constituée de manuscrits et de « Constitutions ». Les Old Charges (Anciens Devoirs)

et les Constitutions of Freemasonry (Constitutions de la Franc-maçonnerie) sont des textes qui ont, bien évidemment, contribué à établir les usages et les pratiques de la franc-maçonnerie à mesure qu’elle se développait. Il faut bien noter que la littérature maçonnique d’avant 1750 met en évidence l’importance des rituels et du symbolisme dans la franc-maçonnerie. Les textes maçonniques de cette période contiennent des descriptions de cérémonies d’initiation, de grades et de symboles qui sont toujours présents dans la franc-maçonnerie moderne. Les profanes, en achetant ces ouvrages peuvent se faire ainsi passer pour des initiés et tenter, déjà, d’en usurper tous les avantages… Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie !

Revenons sur trois des sept textes publiés et bien détaillés dans la préface de Johel Coutura.

Ouvrage maçonnique écrit par Louis Travenol et publié pour la première fois en 1744, Le Parfait Maçon ou les véritables secrets des quatre Grades d’Apprentis, Compagnons, Maîtres ordinaires et Écossais de la franche maçonnerie est considéré comme une pièce importante de la littérature maçonnique et a contribué à la diffusion des rituels et des enseignements de la franc-maçonnerie à cette époque. Structuré en quatre parties, chacune correspondant à l’un des grades mentionnés dans le titre et en expose les enseignements, les symboles et les rituels spécifiques à chaque grade. L’auteur prétend révéler les secrets de la franc-maçonnerie, ce qui a suscité à l’époque des réactions variées au sein de la communauté maçonnique.

Quant au Le Secret des Francs-Maçons mis en évidence » publié en 1745 – à Francfort-sur-le-Main mais se trouve à La Haye chez le libraire Antoine Barrau – par M. Joseph Uriot – un pseudonyme ? –, l’ouvrage est une satire et une parodie de la franc-maçonnerie de son temps. Il prétend révéler les secrets et les rituels des francs-maçons de manière humoristique et satirique. Se moquant des cérémonies, symboles et pratiques maçonniques, tout en mettant en lumière les absurdités et les exagérations qu’il perçoit dans la confrérie, l’auteur joue sur le mystère et l’ésotérisme entourant l’art royal, ainsi que de ses prétendus secrets. Œuvre de fiction et simple divertissement satirique… Une forme artistique ou littéraire qui se sert de l’humour et de la moquerie pour dénoncer certaines choses, comme il en existe tant dans ce siècle !

Enfin, Apologie pour l’Ordre des Francs-Maçons est, par contre, une sorte de plaidoyer en faveur de la franc-maçonnerie, dans lequel l’auteur, franc-maçon resté anonyme, en huit observations et quelques questions et réponses cherche à réfuter les accusations de subversion, d’hérésie et d’antireligion qui étaient souvent portées contre la franc-maçonnerie à cette époque, notamment par l’Église catholique.

Rappelons aussi que le siècle de la raison, cette période des Lumières a eu, elle-aussi, une influence significative sur la littérature maçonnique. Les idées de rationalité, de liberté et de tolérance qui ont émergé pendant cette période ont été incorporées dans la franc-maçonnerie et ont influencé les textes maçonniques de l’époque. C’est ainsi qu’au fil du temps, la franc-maçonnerie, visant l’entraide et la bienfaisance, a évolué vers une société plus spéculative, axée sur la philosophie et la morale. Elle devient véritable sociabilité gagnée aux principales idées du siècle des Lumières. Les détracteurs diront même qu’elle en est à l’origine. Des valeurs essentielles défendues par les maçons, en France puis dans toute l’Europe, que sont la tolérance, la liberté et l’égalité. Des valeurs qui déboucheront ensuite sur la définition de nouveaux droits naturels et sur une séparation des pouvoirs politiques.

Logo Classiques Garnier.

Cette littérature d’avant 1750 témoigne, aussi, des débats et des controverses qui ont entouré la franc-maçonnerie à ses débuts. Certains textes mettent en évidence les discussions sur la nature de la société, ses objectifs et son organisation interne.

En somme, cet ouvrage regroupe les essentiels de la littérature maçonnique d’avant 1750. Il donne un aperçu précieux de l’évolution de l’art royal dès l’origine. La franc-maçonnerie vit avec son temps, elle est de son temps. Pour nous, il est important de connaître cette histoire, celle de nos grands ancêtres maçons, fiers d’appartenir, sans doute, à quelque chose qui les dépasse. De la maçonnerie, cette très belle institution qui a plus de 300 ans, sachons garder son enseignement et faire prospérer l’esprit des pionniers de la première heure. Cette édition critique de notre frère Johel Coutura est de plus utiles.

Le Parfait Maçon-Les débuts de la maçonnerie française (1736-1748)

Johel CouturaClassique Garnier, Coll. Lire le dix-huitième siècle, N° 15, 2023, 288 pages, 35 €

26/08/23 : À Dijon, un arcenciologue franc-maçon vous dit tout sur les symbolismes des couleurs

Un arcenciologue dites-vous ? Un terme rare définissant un chercheur étudiant les arcs-en-ciel. Pour le maçon, ce photométéore qu’est l’arc-en-ciel est chargé de symbolisme.

La Bible ne nous parle-t-elle pas de cette autre Alliance survenue après le déluge quand l’Éternel s’adresse à Noé ainsi en Genèse 9, 13 :

« J’ai placé mon arc dans la nuée, et il servira de signe d’alliance entre moi et la terre. »

C’est au cœur de cette grande et belle région historique du centre-est de la France, à Dijon, préfecture du département de la Côte-d’Or, que l’Académie Maçonnique de Bourgogne invite les sœurs et les frères maîtres maçons (et plus si affinités) à assister à une matinée de conférences sur le thème des symbolismes des couleurs.

Une réception interobédientielle avec comme seul dress code une tenue de ville simple.

René A. SPITZ.

Le programme :

9h30 – Accueil autour d’un café et petits gâteaux

10h – René A. SPITZ, Président de l’Académie Maçonnique de Bourgogne :

Philippe FAGOT.

Présentation rapide des conférences menées sous l’égide de notre frère Philippe FAGOT, membre de la Grande Loge de France, arcenciologue et formateur spécialiste de la couleur, », avec pour thème conducteur : LES SYMBOLISMES DES COULEURS

développés à plusieurs voix par des SS & et des FF qualifiés, dont :

o            symbolique chromatique en général, et de l’arc en ciel en particulier ;

o            les 12 pierres précieuses dans l’Apocalypse de St-Jean ;

o            symbolique des vitraux ;

o            « où va le blanc quand la neige fond ? » (Citation attribuée à Shakespeare) ;

o            les couleurs et l’alchimie ;

o            symbolisme du bleu dans la Kabbale ;

o            le mandala et ses couleurs dans le Bouddhisme tibétain

interventions courtes, questions après chaque sujet : possibles et souhaitées.

12h30 – Apéritif, suivies d’Agapes conviviales (réservation obligatoire avec le bon ci-dessous)

Le symbolisme des couleurs est l’ensemble des associations mentales entre les différentes couleurs et des fonctions sociales et des valeurs morales. Ce symbolisme varie d’une société à l’autre, dans le temps et dans l’espace Venez nombreux découvrir pourquoi le bleu apaise, inspirant calme et sérénité ; pourquoi le jaune donne de l’énergie, de la confiance en soi et provoque de l’enthousiasme ; et le rouge, couleur ambivalente, qui peut à la fois inspirer l’amour, la luxure et la mort, le sang ou la colère ; quant au vert, il représente la nature et évoque l’équilibre, l’harmonie.

Réservation obligatoire – Inscription

Nom : …………………. Prénom : ………………….  Mobile : ………………………….

Loge : ……………………… Obédience : ……………Adresse courriel : ………………@………….

     • participera à la conférence du 26 août  (forfait d’organisation, café et apéritif : 5 € / pers.)

Je suis adhérent à l’Académie Maçonnique de Bourgogne, par la cotisation 2023 versée à l’Académie Maçonnique de Lyon : accès inclus dans la cotisation. Je suis non adhérent, et souhaite adhérer à l’Académie Maçonnique de Bourgogne (Adhésion 20 € pour 2023).

• sera accompagné(e) de ………………………………………… (nom & prénom) RL…………………………..

 ayant le grade de Maitre pour l’accès aux conférences.

• participera au déjeuner du 26 août

Accompagné(e) de …… personne(s)  

N.B. :   les conjoint(e)s même non maçon(ne)s sont les bienvenu(e)s au repas.

Montant à régler sur place directement, au restaurateur.

Pour vous inscrire ou pour tout renseignement        

Rue Berbisey – 21000 Dijon.

Infos pratiques

Samedi 26 Août 2023

Temple, 83 rue Berbisey – 21000 Dijon

Le code d’entrée sera donné lors de la confirmation de votre inscription

Ésotérisme, le nouveau marronnier des magazines ?

Après le magazine d’actualité hebdomadaire Marianne qui, l’an dernier – le 2 mai 2022 très précisément –, avait, sous la plume d’Antoine Cargoet, publié l’article « Spiritisme, magnétisme, ésotérisme : pourquoi les croyances occultes cohabitent avec le progrès », c’est au tour de L’Express, un des grands hebdos lui aussi de dimension nationale de faire, cette fois-ci, sa couverture avec ce mot valise et polysémique ‘’Ésotérisme’’…

En effet, il titre : « Oracles, chamanes, sorcières, médiums… Esotérisme : Un essor inquiétant-<ces stars qui promeuvent les pseudo-sciences. »

Livres-Hebdo, lui-même, média français publié par Electre S.A., filiale du Cercle de la Librairie et destiné aux professionnels du livre, principalement aux libraires, aux éditeurs et aux bibliothécaires et comptant plus de 12 000 abonnés, avait consacré en 2015 – « Dossier Esotérisme et spiritualité : pendules à l’heure », en 2016 – « Dossier Esotérisme et spiritualité : cartes en main ». Trois articles « Dossier ésotérisme et spiritualité » au total dont le dernier, en 2017, dû à Oliver Dion, débutait ainsi : « Dossier Esotérisme et spiritualité : fini l’ésotérisme honteux ! L’édition d’ésotérisme et de spiritualité séduit un public toujours plus large. Elle mise désormais sur les ouvrages pratiques en proposant aux lecteurs de développer leurs propres capacités… »

Femme Actuelle, le mag avec son « Ésotérisme : découvrez ces pratiques qui séduisent de plus en plus de jeunes » de Cyrine Ben Romdhane, publiait en février 2021 cet article, mis à jour le 3 août dernier.

L’Express n° 3762-3763 – Numéro double – du 10 au 23 août 2023 répond aux attentes de plus exigeants sur le sujet.

Dans la rubrique « L’œil de L’Express », le papier de la journaliste Stéphanie Benz intitulé « Face à la montée des croyances irrationnelles, défendons la raison et l’empereur et le progrès ». Nous comprenons immédiatement qu’il s’agit d’introduire un dossier des plus responsables et sérieux. Elle introduit donc le dossier car, pour elle, « L’engouement pour les pratiques ésotériques doit être pris au sérieux, car il n’est pas dénué d’implication politique ». Allons bon !

La journaliste Stéphanie Benz.

Amusant, juste avant ledit dossier sous la rubrique « En couverture », l’excellent article de l’essayiste Sylvain Fort sur les « Ovnis : nous sommes rationnellement prêts à croire en l’irrationnel », dont nous serions tenté de déduire que tout objet volant non identifié (OVNI) n’entrerait donc pas dans une catégorie ésotérisme, énigmes, phénomènes inexpliqués…, ne peut qu’aiguiser notre curiosité et nous pousser à aller plus loin. Tant dans la lecture où « Les aliens ont cette vertu immense de nous faire rêver de civilisations lointaines et avancées » que dans notre imaginaire.

Pas moins de 25 pages et 16 articles nous entretiennent d’ésotérisme. Afin de préciser les choses,  donnons de l’ésotérisme la définition de John G. Sullivan dans son Let There Be Light-A Masonic Lexicon, soit Que la lumière soit-Un lexique maçonnique (Grande Loge Unie de Victoria, 1988) : « Le terme ésotérique s’appliquait aux enseignements des philosophes de l’Antiquité car ils étaient entourés de secret et réservés à des cercles relativement restreints. »

Souvent, nous citons aussi notre frère Littré (1801-1881), alors qu’il écrivit son « Dictionnaire de la langue française» (1863-1872) avant qu’il ne reçoive la lumière – reçu en 1875 au sein de la célèbre loge du GODF « La Clémente Amitié » –, qui nous donne la définition suivante de l’ésoté­risme : « Principe qui consistait à garder secrètes certaines connaissances pour ne les transmettre qu’à des initiés, et qui fut appliqué par certaines organisations ou philosophies anciennes puis par des sociétés secrètes. »

Reconnaissons que dans ce dossier, nous ne trouvons que peu de références aux Rose-Croix, loges maçonniques ou autre sociétés initiatiques comme la société théosophique. Ce qui n’est finalement pas plus mal !

16 articles, donc, pas moins. Fort heureusement, tout bon initié connait la valeur du nombre 16 dont la vibration est le signe de la maîtrise, de l’intériorisation et de la méditation. Nous serons donc plus que clairvoyant. Exactement ce que ce dossier soumet à notre réflexion et sagacité.

Car quand nous abordons les notions de développement personnel, nous ne sommes pas loin, parfois, de la dérive sectaire…

« L’inquiétant essor de l’ésotérisme » et les nouvelles spiritualités ouvrent le bal ! Coécrit avec sa consœur de L’Express Alexandra Saviana, Stéphanie Benz ouvre le champ de tous les possibles – réseaux, influenceurs, infiltrations, évolution, etc.

Le lecteur sera particulièrement intéressé par l’article de Donatien Le vaillant, ‘’patron’’ de la Miviludes, qui met en garde contre les dérives d’un secteur des plus nébuleux. Par contre, ceux qui apprécient l’histoire prendront énormément de plaisir à lire l’article intitulé À la poursuite d’un monde occulte qui nous fait voyager du Moyen Âge, où se développent les sciences occultes comme la magie, l’astrologie et l’alchimie, à cette nébuleuse mystico-ésotérique, selon la sociologue Françoise Champion, qu’est le New Age, ce courant spirituel occidental né au XXe siècle se carctér, caractérisant par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité. Un « bricolage » syncrétique de pratiques et de croyances, d’après le plus sérieux sociologues…

Les Brigandes – La Loge des Jacobins.

Les autres articles sont consacrés à « L’ésotérisme : les signes de l’engouement », sous forme de tableaux et de portraits fort explicites, puis « Quand l’écologie mène à l’irrationnel » traitant aussi du chamanisme, « Les pièges du ‘’féminin sacré’’ », où « certaines féministes et thérapeutes prônent une conception archaïque de la femme, aux antipodes de leurs vœux d’émancipations, où nous pouvons trouver beaucoup de sorcières – mais pas de sorciers ? – , « Des liens privilégiés avec l’extrême droite », où l’on reparle des Brigandes et autres communautés telle celle de « La Rose et l’épée » – qui reconnaissons-le pourrait faire un fort joli nom de loge –, là où des occultistes et des complotistes se fédèrent autour d’un discours antisystème extrémiste. L’article consacré à Patricia Darey permettra de découvrir la star des médiums et de d’appréhender cet ésotérisme mondain chic et discret où existent une foultitude de stars fans de l’occulte…

Rappelons que tous ces médiums, voyants et autres devins n’ont jamais vu venir ni la Seconde Guerre mondiale ni la pandémie de Covid-19 ni même l’agression de la Russie envers l’Ukraine.

Mais le danger viendrait plutôt de l’entrisme et des coachs spéciaux à l’assaut des entreprises. Sournoisement, par le biais de formation et autres théories de développement personnel.

Un beau dossier. À lire, absolument ! pour ne pas se faire piéger par tous ses nouveaux marchands de maraboutisme et autres charlataneries.

Pour cela, nous vous invitons à consulter le site de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) qui donne quelques conseils pour détecter toute dérive sectaire au sein de n’importe quelle structure…

L’Express, le site. À suivre aussi sur les réseaux sociaux, dont LinkedIn.

Illustrations libre.

Tout le monde sait que les maçons contrôlent la terre… mais saviez-vous qu’ils contrôlent aussi l’espace ?

Quand on sait à quel point il est difficile pour un Vénérable de Loge de faire l’unanimité dans son Atelier de 30 personnes, on se demande comment font les Grands Maîtres avec 30 000 et plus ? Une autre question plus énigmatique encore est celle du pouvoir de la Fraternité dans les sphères politiques, économiques, sociales… enfin, tout ce qui touche à notre monde matériel ?

Aujourd’hui, nous allons passer à l’échelle supérieure, c’est à dire : l’espace !

En effet, les francs-maçons sont soupçonnés, non seulement de contrôler le monde d’en bas, mais aussi le monde d’en haut. Comme vous pourrez le constater avec le bref reportage ci-après, on prête aux maçons le pouvoir de contrôler la Nasa et d’éliminer tous les opposants qui viendraient faire obstacle au décollage des Frères dans l’espace.

Ce film de 5 minutes est un condensé d’antimaçonnisme primaire :

Le site biélorusse de la Loge Michal Kleofas Oginski nous offre ci-dessous un article nettement plus exhaustif et plus crédible. Cela va nous changer un peu des accusations habituelles

“La Lune n’est pas un mauvais endroit, de toute façon. Elle mérite certainement une courte visite”, – c’est ce que Neil Armstrong a déclaré aux journalistes lors de la conférence de presse qui a suivi son retour sur Terre. Mais l’humanité a payé un prix élevé pour cette brève visite en ressources et même en vies humaines. Trois astronautes américains du projet “Apollo-1” ont brûlé vifs un mois avant le vol prévu. Armstrong lui-même a miraculeusement survécu, alors qu’il a dû s’éjecter d’une hauteur de seulement 60 mètres pendant son entraînement.

Malgré tous ses efforts et un nombre considérable de sessions de formation, au moment du lancement d’Apollo 11, le centre de contrôle de vol de Houston ne donnait pas au gouvernement américain de garanties fermes de succès. Le président Richard Nixon, qui voulait à tout prix mordre l’Union soviétique dans la course à l’espace, a délibérément pris un risque considérable.

Au moment du lancement d’Apollo, l’agitation autour du vol lunaire avait atteint sa plus grande intensité. La diffusion en direct du lancement, le 16 juillet 1969, s’est faite dans 33 pays. Environ un million de personnes supplémentaires se sont rendues à Cap Canaveral pour assister à ce lancement historique. Ce fut un moment fantastique où trois astronautes représentaient non seulement leur pays mais aussi l’humanité tout entière. Les ambassadeurs de 135 pays ont donne leur drapeaux nationals pour les emmener a la Lune. Des médailles honorant la mémoire des cosmonautes soviétiques récemment décédés, Vladimir Komarov et Youri Gagarine, leur ont également été remises.

Buzz Aldrin, le pilote de l’équipe d’astronautes, portait lui aussi un autre drapeau. C’était un drapeau qui n’était pas celui d’un pays.  C’était le seul drapeau qu’il avait avec lui pour la marche lunaire – le drapeau du Conseil suprême du rite écossais, juridiction du Sud des États-Unis.

Drapeau du Conseil suprême du rite écossais, juridiction du Sud des États-Unis.

Le deuxième homme sur la Lune, le colonel Buzz Aldrin, a mis le pied sur la surface lunaire 15 minutes après Neil Armstrong. Il avait de quoi s’occuper pendant son promenade sur la Lune. Les tâches d’Aldrin comprenaient le déballage et l’installation des instruments scientifiques qui devaient rester sur la Lune.

Cependant, l’astronaute a trouvé le temps et l’occasion, après avoir reçu la permission du Centre de Contrôle de Vol, de réciter une courte prière et d’effectuer un service de communion rapide. En tant qu’ancien de l’Église presbytérienne, il avait tout à fait le droit de le faire. Les objets nécessaires à la prière, tels que le calice (la coupe du sacrement), le vin et le pain pour apporter les dons, étaient préparés d’avance.

Buzz Aldrin décharge les appareils lors d’une promenade lunaire.

“J’aimerais demander à tous ceux qui m’écoutent en ce moment, qui qu’ils soient et où qu’ils soient, de prendre un moment pour me remercier des événements de ces dernières heures”, a déclaré Buzz Aldrin. Sans aucun doute, ce fut le moment le plus significatif qu’une personne ait jamais eu pour faire une prière.

Au moment où Aldrin a posé le pied sur la surface lunaire, il était membre de deux loges maçonniques : “Montclair Lodge n°144” dans le New Jersey et “Clear Lake Lodge n°1417” à Seabrook, Texas, où il fut invité à servir au Haut Conseil et fut ordonné dans le 33ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté.

C’est lors d’une réunion du Haut Conseil de la Juridiction du Sud que Buzz a été accusé d’avoir apporté le drapeau maçonnique sur la Lune. Heureusement, il est de très petite taille, pas plus grand qu’un brassard maçonnique traditionnel, il n’a donc pas été difficile de le placer dans sa combinaison spatiale.

Le Grand Maître de la Grande Loge du Texas, John Guy Smith, reprend le drapeau de la Loge qui était sur la Lune.

Il s’est avéré que, contrairement aux nombreux drapeaux des États, qui, à leur retour sur Terre, se sont transformés en objets exotiques (“…Et ici, dans notre musée, se trouve le drapeau national, qui était sur la lune …”), un fanion maçonnique compact devait accomplir une mission secrète et critique. L’emportant avec lui lors de la première marche lunaire, Buzz Aldrin a procédé à la consécration de la première loge maçonnique sur la Lune, s’assurant ainsi le droit d’ouvrir une branche – la Grande Loge Lunaire Provinciale – sur la Lune. L’atterrissage du module lunaire s’est fait dans la mer du Calme. La nouvelle loge a donc reçu le nom de “Tranquility Lodge” et a obtenu le numéro 2000. C’etait bien sûr également très logique.

Les astronautes ne doutaient pas qu’en 2000, il y aurait une base lunaire permanente et qu’il ne serait pas plus difficile de s’y rendre que de voler de San Francisco à Boston. Ce ne serait qu’un point de transfert sur la route de Mars ou des anneaux de Saturne. Étant donné le nombre de francs-maçons dans l’équipe d’astronautes de la NASA, il était tout à fait logique d’ouvrir une loge spéciale pour eux.

Aujourd’hui, du point de vue du XXIe siècle, ces actions paraissent enfantines et exotiques. Pour comprendre ce qui a guidé les francs-maçons américains, il faut se souvenir de ce qui était l’esprit du temps à la fin des années 60s. La population de l’URSS, par exemple, ne doutait pas qu’en 1980, le communisme serait construit dans le pays. Après tout, c’est Nikita Khrouchtchev qui vient de l’annoncer officiellement lors du congrès du Parti communiste.

Dans le reste du monde, en revanche, la situation était précaire. L’Amérique ne s’est pas encore remise de l’assassinat de John Kennedy en 1968. Robert Kennedy et Martin Luther King ont également été assassinés, ajoutant au choc de la psyché nationale. La guerre du Vietnam faisait toujours rage. La crise des Caraïbes a presque amené le monde au bord de l’anéantissement nucléaire, et la guerre froide a continué. Aux États-Unis même, la bataille de la population noire pour les droits civiques était à son apogée. La Guerre de Six jours au Moyen-Orient entre Israël et les pays arabes environnants a déclenché une nouvelle vague de violence. Après une série de coups d’État militaires, l’Inde et le Pakistan se sont activement engagés sur la voie de la course aux armements nucléaires. L’Europe a été choquée par la révolution étudiante française de 1968. Des millions de jeunes du monde entier protestaient contre le militarisme, rejoignaient le mouvement hippie et participaient activement aux manifestations de masse contre la guerre.

Sur fond de tous ces bouleversements, un vol vers la Lune a permis de réunir la planète entière déchirée par les conflits. Les célèbres paroles d’Armstrong sur le petit pas de l’homme et le grand saut de l’humanité ont été entendues en direct par 680 millions de personnes dans le monde entier. Les journaux télévisés du monde entier, dans la plupart des langues de la planète, parlaient de la paix dans le monde. Un panneau laissé sur le site d’atterrissage disait : “Ici, les habitants de la planète Terre ont posé le pied sur la Lune pour la première fois en juillet 1969. Nous sommes venus en paix pour toute l’humanité”.

Le monde entier a pu voir la retransmission en direct de la Lune sur de faibles écrans de télévision en noir et blanc.

Dans ce contexte complexe, les maçons de la Grande Loge du Texas ont pensé que la Loge lunaire maçonnique pouvait remplir une mission unique – établir l’Harmonie sur Terre. Il s’agissait d’un plan audacieux, tourné vers l’avenir. Dans ce contexte, le nom de la Loge – Tranquility – a pris une signification profonde particulière.

Le 4 juillet 1969. Le centre de contrôle de vol vient d’apprendre que l’équipage d’Apollo-11 est revenu sur Terre en toute sécurité.

Le blason de la “Tranquility Lodge” ne montre que trois objets graphiques : l’équerre et le compas maçonniques traditionnels, une carte de l’État du Texas et le lever de la Terre tel qu’il semblait lorsque vous l’observiez depuis la Lune. Le chevron pour les combinaisons de marche lunaire, qui a été conçu par Michael Collins, montre un aigle américain s’approchant de la surface de la Lune, mais pas avec les griffes nues comme d’habitude, mais avec un rameau d’olivier du monde.

Les armoiries de la loge “Tranquility”, un chevron sur un costume et le tablier maçonnique d’Aldrin Base, aujourd’hui conservé au musée.

La Loge Provinciale “Tranquility Lodge n°2000” a été créée pour fournir une assistance fraternelle à toute organisation maçonnique et autre organisation caritative digne de ce nom afin de rendre la vie meilleure pour tous les habitants de la Terre.

Le Grand Maître du Texas John Guy Smith s’est montré assez prudent pour garder secrètes les informations concernant la mission maçonnique sur la lune. Policier de profession, patrouilleur routier de l’État du Texas, il jouissait d’une grande autorité parmi les maçons. Il avait la réputation d’être un leader implacable et efficace. Il a fait une annonce à la presse juste avant l’anniversaire de l’atterrissage sur la lune. Les chercheurs impliqués dans l’histoire de l’exploration spatiale, ayant reçu cette information entièrement nouvelle, ont vécu un véritable choc.

Mais l’essentiel dans cette histoire est que le “Tranquility Lodge n°2000, fondé en juillet 1969, est toujours en activité. Comme il n’est pas encore possible de se réunir sur la Lune pour des raisons techniques, elle est basée au Texas sous la Grande Loge de la Juridiction du Sud. Ses membres soulignent toujours que “c’est tellement juste pour l’instant”.

“Tranquillity Lodge” accepte comme membres des maîtres maçons du monde entier et ne leur propose pas de diplômes supplémentaires. Les membres de la Tranquility Lodge se réunissent tous les trimestres dans différentes villes du Texas, mais une assemblée générale annuelle a lieu chaque année en juillet à Waco, au Texas. Le 50e anniversaire de l’alunissage a été célébré par une réunion et un banquet festifs qui se sont tenus directement au Centre spatial de Houston.

Pour cet anniversaire, le centre de contrôle des vols a été reconstruit à Houston tel qu’il était en 1969.

“La Loge compte environ 1 200 membres du monde entier”, explique Phil Morehead, responsable de la Loge. “Il y a des francs-maçons d’Allemagne, du Japon, des Pays-Bas. Cependant, nous devons avoir au moins dix milles membres pour réaliser nos projets caritatifs actuels. La Loge collecte des fonds pour des bourses d’études en science et technologie, pour des enseignants et des scientifiques impliqués dans l’aéronautique et l’exploration spatiale. L’organisation soutient également financièrement la Fondation Conrad, etablie en mémoire de cet astronaut-maçon”.

Aujourd’hui, le drapeau “lunaire” en soie de la Grande Loge du Texas est exposé dans le temple maçonnique de Washington, DC.

Edwin Eugene “Buzz” Aldrin, Jr. est né le 20 janvier 1930 dans une petite ville de Glen Ridge, près de Montclair, dans le New Jersey. Il est diplômé de l’Académie militaire des États-Unis en 1951 et sert dans l’aviation.

Dans sa ville natale, Buzz Aldrin est devenu membre de l’Ordre des francs-maçons. Le 21 février 1956, il est élevé au rang sublime de maître maçon, dans la “Loge Montclair n°144”. En 1971, à son retour de la Lune, l’astronaute reçoit la plus haute distinction maçonnique de la Grande Loge de l’État de New York.

En 1969, lors de son vol vers la Lune, Buzz Aldrin était l’un des pilotes les plus expérimentés de l’équipe d’astronautes.

En 1959, Aldrin est allé au Massachusetts Institute of Technology. En 1963, il est devenu docteur en philosophie pour l’amarrage des vaisseaux spatiaux et a été admis dans le groupe des astronautes de la National Aeronautics and Space Administration des États-Unis.

Aldrin a été le premier astronaute à plonger dans l’eau dans une combinaison spatiale pendant son entraînement. Il a piloté le vaisseau spatial “Gemini-12” en tant que copilote en novembre 1965, avec John Lovell. Pendant le vol, il a effectué une sortie dans l’espace qui a duré deux heures et dix minutes.

L’affiliation d’Aldrin avec les francs-maçons était marquée en philatélie par deux enveloppes spéciales.

Aldrin a été directement impliqué dans le développement de la technologie de rapprochement pour les vaisseaux spatiaux ”Apollo” et “Gemini”. En mémoire de ces réalisations, un cratère sur la face arrière de la Lune porte le nom d’Aldrin.

Buzz Aldrin a été le premier franc-maçon à visiter la Lune, mais pas le premier frère dans l’espace. Il a été précédé et suivi par de nombreux frères dignes d’intérêt:

Wally Schirra

– Walter Schirra (12.03.1923 – 3.05.2017), membre de la Loge “Canaveral n°339”, Floride, capitaine de premier rang de la marine américaine, a été le premier au monde à effectuer trois missions spatiales d’une durée totale de 12 jours et 7 heures.

Gordon Cooper

– Gordon Cooper (6.03.1927 – 4.10.2004), membre de la Loge “Carbondale n°82”, Colorado, maçon de rite écossais du 33e degré, lieutenant-colonel de l’armée de l’air, est devenu le premier astronaute au monde à effectuer deux vols spatiaux orbitaux.

Edgar Mitchell

– Edgar Mitchell (17.09.1930 – 4.02.2016), membre de la Loge “Artesia n°28”, New Maryland, capitaine de premier rang de l’US Navy, docteur en sciences aéronautiques et astronautiques, 1-10 février 1971 dans l’équipe avec A. Shepherd, S. Mitchell et S. Rusa s’est envolé pour la Lune comme pilote du module lunaire d’”Apollo-14″, devenant ainsi le sixième homme sur la Lune.

Thomas Stafford

– Thomas Stafford (né le 17.09.1930), membre de la Loge “Western Star n°138”, Oklahoma, général de brigade de l’armée de l’aviation, licencié en sciences, directeur de l’école de formation des pilotes pour la recherche aérospatiale, auteur de plusieurs livres sur les engins spatiaux, a effectué un vol spatial sur le “Gemini-6” les 15 et 16 décembre 1965. 18-26 mai 1969 Stafford s’est rendu sur la Lune en tant que commandant d’”Apollo-10”. Au cours du vol suivant, du 15 au 25 juillet 1975, il amarre à deux reprises le vaisseau spatial “Apollo” avec le vaisseau soviétique “Soyouz-19”.

Virgil Grissom

L’astronaute Virgil Grissom était également un mason, qui est mort dans un incendie qui a éclaté lors d’un vol d’essai à bord d’”Apollo-1”.

Edwin “Buzz” Aldrin a fêté son 90e anniversaire le 20 janvier 2020.

Aujourd’hui, malgré son âge, Buzz Aldrin est impliqué dans le développement des vols vers Mars. Il est plein d’énergie et prêt à voler.

Futur Grand Maître du GODF : les quatre candidats au banc d’essai

Un vent de démocratie et de pluralisme soufflerait-il, de nouveau, au SEIN DU GRAND ORIENT DE FRANCE ?

Comme tous les ans, le Convent du Grand Orient de France se tiendra du 23 au 26 août. Cette année, il se déroulera à Lille, capitale des Hauts-de-France. Pour la première fois depuis une douzaine d’années, plus de deux candidats sont en lice pour la présidence du Conseil de l’Ordre, le président étant ipso facto Grand Maître du GODF, la plus ancienne et la plus grande obédience française, mais aussi la plus importante obédience libérale et adogmatique du monde.

Quatre candidats se sont déclarés cette année. Ils postulent à la succession de Georges SÉRIGNAC, Grand Maître descendant de charge et issu des loges d’Ile de France.

Un seul des quatre nous a permis d’obtenir son programme, quid des trois autres ?

Commençons par les deux Parisiens qui aspirent à la fonction suprême :

  • Guillaume TRICHARD : Il est responsable syndical dans le monde profane. Il dispose seulement d’un a pour assurer sa charge, reliquat des trois années de son premier mandat de conseiller de l’Ordre. La première année, il fut Grand Trésorier adjoint, puis Trésorier de la Fondation du GODF et enfin Délégué Régional de Paris III. Il est aussi Président du Comité de Direction de la SOGOFIM. Dans le monde profane, il est Secrétaire Général de l’UNSA Industrie. S’il était élu, il devra très certainement faire des choix entre toutes ses fonctions, quand on sait l’investissement nécessaire pour gérer une obédience, du moins pour les douze prochains mois. Par ailleurs, on peut aussi se demander comment il parviendra à concilier une activité maçonnique qui demande un véritable investissement, avec son rôle de responsable syndical. Cela questionnerait la nécessaire neutralité de sa fonction de Grand Maître du GODF.
  • Bouziane BEHILLIL : Il est avocat dans le monde profane. Cofondateur de la société Cambacérès, cabinet d’Avocats en novembre 2014, dont il est le gérant et un des avocats associés. Il bénéficie de deux ans devant lui. Il est Grand Officier délégué aux Loges d’Europe, Délégué Régional de Paris IV, ancien Orateur de Georges Sérignac, lorsque celui-ci a présidé le Convent de Reims 1. On peut noter que Bouziane Behillil est le seul candidat des 4 à proposer un programme pour étayer sa candidature. A ce jour, aucun autre candidat ne nous a transmis le moindre document. (à télécharger ici)

Face à ces deux candidats issus de la capitale, deux autres candidats de province. Ils sont plus précisément du quart sud-ouest de la France, terre de Franc-Maçonnerie dynamique et vivante. On y trouve 75 loges en région 16 (sud-ouest) – 95 loges en région 17 (Toulouse, sud et Espagne) dont 13 en territoire espagnol. Les loges ont un effectif moyen situé entre 40 à 60 Frères et Sœurs.

Voyons maintenant les deux provinciaux :

  • Thierry GERVAIS : Il est ingénieur en informatique dans le monde profane. Le Toulousain remonte au Conseil de l’Ordre pour trois ans, après un premier mandat de trois ans. S’il est élu à la tête du Conseil de l’Ordre, il disposera d’un mandat de trois années entières. Ancien Orateur du Convent de Reims 2, lors de son premier mandat, il a été Grand Officier des Loges d’Europe et administrateur de la SOGOFIM la première année, puis Grand Secrétaire aux Affaires Extérieures pendant les deux années suivantes. Il est l’actuel Secrétaire de l’Alliance Maçonnique Européenne qui regroupe 150 000 membres répartis au sein de 32 obédiences. S’agissant de son deuxième mandat en tant que Conseiller de l’Ordre et fort d’une grande expérience à l’international, Thierry GERVAIS connaît en profondeur les rouages et le fonctionnement du GODF. Il souhaite redonner au GODF un vrai rôle sur le plan sociétal et met en avant l’extériorisation fondée sur les valeurs de Liberté, égalité et Fraternité, dans un monde qui bascule.
  • Frédéric SANCHIS : Il est directeur du bureau d’études ACTIOM IS dans le monde profane. Il reste un an de mandat au Bordelais. Il a été cette année Grand Officier Délégué à la dépendance, Grand Officier délégué à l’inventaire immobilier de la SOGOFIM et Délégué Régional Sud-Ouest. Sachant qu’il ne lui reste que douze mois pour agir, il propose toutefois d’être dans l’action, et ce, sans souci de réélection, il veut aborder des questions déterminantes.

Il est rare d’avoir une telle incertitude quant au résultat de l’élection. La partie semble très ouverte !

Selon nos informations, deux des candidats seraient au coude à coude. Il s’agit de l’actuel Président de la SOGOFIM Guillaume Trichard et du Toulousain Thierry Gervais, actuel Secrétaire de l’Alliance Maçonnique Européenne.

Ils ont des profils très différents :

  • Le parisien est aisément clivant, le toulousain est plutôt consensuel. Guillaume Trichard serait là pour un an, Thierry Gervais pour trois ans.
  • Trichard envisage de poursuivre pour une année supplémentaire le chemin tracé depuis 3 ans par l’actuel Grand Maître Sérignac. Gervais, serait porté par une volonté de répondre plus concrètement aux questionnements prégnants de la société, en résonance avec les valeurs que défend le GODF.
  • Guillaume Trichard est fortement influencé par son idéologie syndicale, Thierry Gervais ne semble pas avoir d’influence politique connue…

En résumé, le combat cette année pourrait se jouer entre le Parisien qui bénéficie du soutien actif du Grand Maître sortant et le Toulousain qui est reconnu pour son expérience de la négociation dans la sphère maçonnique nationale et internationale.

La partie promet d’être intéressante sur le plan des enjeux, des réalisations et de l’extériorisation.

Blason – GODF officiel.

Les frères francs-maçons vietnamiens oubliés en Indochine

Présentation de l’éditeur

Autrefois, le Vietnam était une colonie française. Étiré tout au long d’une côte sinueuse, le pays a été divisé en trois régions qui ont été fusionnées dans ce qui a formé l’Indochine qui comprenait outre le Vietnam, le Laos et le Cambodge. La colonisation française s’est étendue sur plus d’un siècle.

De nombreux intellectuels vietnamiens ont nourri le désir d’accéder à l’indépendance de leur nation. Confrontés à une puissance coloniale de premier plan qui possédait de vastes territoires à travers le monde, ils se sont alliés malgré leurs divergences, afin de libérer le pays du joug du colonisateur. Adhérer aux valeurs de la franc-maçonnerie leur a donné les moyens et les outils de préserver leur culture et leur langue afin de lutter pour la liberté, l’égalité et la fraternité de manière pacifique. Certains francs-maçons ont eu une influence spectaculaire dans cette guerre du silence. Leurs succès et leurs échecs sont devenus légendaires.

Carte administrative de l’Indochine française de 1900 (rattachement du territoire chinois de Kouang-Tchéou-Wan) à 1945 (rétrocession du même territoire).

Biographie de l’auteur

Trân Thu Dung est née en 1956 à Hanoï au Vietnam. Docteure ès-histoire, écrivaine et journaliste-traductrice, elle est professeure à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Hanoï.

[NDLR : Le grand intérêt de l’ouvrage de notre sœur Trân Thu Dung, qui a passé sa thèse de doctorat sur « Le caodaïsme et Victor Hugo » et qui est membre du GODF depuis près d’une dizaine d’années, c’est de nous faire découvrir finalement trois mondes :

– un territoire de l’ancien empire colonial français, l’Indochine française ou, plus exactement, officiellement nommée Union indochinoise puis Fédération indochinoise, dans cet extrême orient faisant fantasmer nos imaginaires ;

Emblème du gouvernement général de l’Indochine.

– la franc-maçonnerie en général et les francs-maçons vietnamiens en particulier, afin que ceux-ci soient désormais en pleine lumière ;

– une religion syncrétiste, dont nombre de ses dirigeants seront initiés, appelée le caodaïsme.

Préfacé par le journaliste Hoàng Hung, louveteau, ayant lui-même souffert de la répression communiste – l’UNESCO ayant condamné tous ses actes de barbarie –, met en exergue le fait que ce sujet a été que trop rarement évoqué. Mettant en avant l’omniprésence des intellectuels vietnamiens au sein des instances de la franc-maçonnerie dans les domaines de la médecine, du droit, des sciences naturelles, de l’éducation, du journalisme, mais aussi, phénomène moins connu, dans celui du militaire et, assez surprenant, celui aussi du religieux.

Trân Thu Dung, auteure de près de dix ouvrages.

Pour ceux qui ont la mémoire courte, souvenons-nous que la révolution bolchévique en Russie – ensemble d’événements ayant conduit en février 1917 au renversement spontané du régime tsariste, puis en octobre de la même année à la prise de pouvoir par les bolcheviks et à l’installation d’un régime léniniste – donne naissance au premier État communiste du monde ; un chemin depuis emprunté par d’autres pays. Plus de 100 millions d’innocents perdront la vie au fil des ans.

Dans la première partie de son ouvrage, l’auteure donne quelques notions de la franc-maçonnerie, de sa naissance en Europe au XVIIIe siècle, de l’appellation des frères 3 points, ainsi que de l’explication des symboles caractéristiques visibles au sein d’une loge que sont le célèbre œil, le compas, l’équerre et la lettres G. Elle parcourt aussi quand, comment et pourquoi la franc-maçonnerie est arrivée au Vietnam ? Elle réalise, en quelque sorte,  un état des lieux. Partant d’une situation générale, avec la technique de l’entonnoir, elle arrive aux loges maçonniques indochinoises.

Drapeau du Vietnam.

L’occasion bien sûr d’analyser les relations entre le Parti communiste, patri de masse qui, lui aussi, a toujours lutté pour les pauvres, exigé l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des colonies, et la franc-maçonnerie. Y accueillant même l’élite vietnamienne, initiée soit en France soit sur place.

Interdite, comme en France, par l’État français siégeant à Vichy, régime de collaboration avec le Troisième Reich, la maçonnerie en extrême orient reprend difficilement force et vigueur. Malgré une présence du Droit Humain et de la Grande Loge de France, l’Indochine reste une terre de mission du Grand Orient de France. Des maçons tant dans l’administration coloniale qu’au plus haut sommet de la hiérarchie, en comptant parmi ses membres de nombreux gouverneurs français.

Hanoï, Temple maçonnique, écroulé en septembre 2015.

Trân Thu Dung aborde, avec originalité, la composition du paysage maçonnique indochinois, à travers le portrait d’homme éminents. Des maçons présentés d’après leur profession : éducation, profession libérale, médecine, autre sciences, militaires français. Tous avaient à cœur de mettre en œuvre leurs idéaux. Notamment ceux liés à la devise de la République française : Liberté-Égalité-Fraternité. Un engagement qui s’est, depuis, transformé en légende.

Grand temple du Cao Daï, Tay Ninh, Vietnam.

Dans cette même troisième partie, beaucoup découvriront le caodaïsme de sa naissance à ses dignitaires, eux-aussi francs-maçons. Ce mouvement religieux, très identitaires, est-il une société secrète, une secte politico-religieuse ou, simplement, juste un syncrétisme vietnamien ? Le caodaïsme, c’est un extraordinaire et incroyable mélange de culte des ancêtres mais aussi des héros, de foi catholique et de prosélytisme des différentes églises évangéliques, de bouddhisme, taoïsme, confucianisme sans omettre le génies et les esprits ! Puis l’auteure consacre sa quatrième partie à l’engagement politique. Une manière de connaître les arcanes du pouvoir qui passa d’une république démocratique à une république socialiste…

Enfin, pour le maçon, la cinquième et dernière partie,  qui pourrait s’intituler gloire au travail, est une sorte de glorification à la fois de la religion mais d’une glorification à travers les noms de rues d’avant et d’après 1975 (chute de Saïgon). L’occasion de traiter longuement aussi d’Hô Chi Minh, ancien président de la République démocratique du Vietnam.

Hô Chi Minh, en 1946.

Trân Thu Dung a puisé aux meilleurs sources , : la mémoire des familles ! Mais aussi à de nombreux documents d’archives tant personnelles qu’officielles, reproduites.

Au-delà du nom de loges qui, jadis, dans cet Extrême-Orient nous faisait rêver : Le Réveil d’Orient, La Fraternité Tonkinoise, Fervents du Progrès, L’Étoile du Tonkin, La Ruche d’Orient, Les Écossais du Tonkin. L’Avenir Khmer, Fraternité et Tolérance, gardons à l’esprit que, depuis 1975, la franc-maçonnerie est interdite au Vietnam.

Les frères francs-maçons vietnamiens oubliés en Indochine

Trân Thu DungL’Harmattan, 2023, 204 pages, 22 €

À commander chez L’Harmattan, ici.

La Voix de la Sagesse-Préceptes des Sages de tous les temps

Présentation de l’éditeur

Tu trouveras dans ce livre la pensée des plus sages parmi tes semblables, mais le nom de ces sages, tu ne le trouveras pas. Qu’importent l’époque à laquelle ils ont vécu et la race qui leur donna le jour ?  Tous se nomment pareillement enfants de la Lumière. Ils n’ont été qu’un écho de la voix qui parle dans le cœur de chaque homme, et que tu ne sais pas encore écouter.

Pour arriver à suivre leurs traces et à entrevoir un aspect de la Vérité elle-même, commence par méditer les vérités fragmentaires qu’ils nous ont enseignées.  A toi, suivant la pureté de ton désir et l’énergie de ton effort, de le transformer en une échelle de Jacob.

Souviens-toi surtout qu’on ne connaît une vérité que dans la mesure où on la réalise en actes dans la vie quotidienne. Il ne suffit pas que tu possèdes la vérité, il faut que la vérité te possède.

Biographie de l’auteur

Parmi les conférences, on retiendra celle d’Antoine Rougier sur l’astrologie, en 1905, dans laquelle il expliquait « pourquoi la puissance fatale des astres restera toujours inférieure à celle de la Volonté dans l’âme divine de l’homme, s’il s’unit à la Providence et comment le développement progressif de l’âme humaine arrive à l’affranchir de toute influence astrale » , ou encore celle du Docteur Marc Haven, consacrée à la science alchimique, où « il rappela en passant, toutes les découvertes que la science moderne doit à ces alchimistes tant méprisés et rendit aux maîtres anciens le tribut d’hommages qui leur était dû, sans oublier d’évoquer la figure si remarquable d’un de leurs derniers descendants : le regretté Albert Poisson ». 

D’autres conférences s’attachèrent à évoquer : « Le silence », « Le mysticisme et les mystiques », « Le macrocosme et le microcosme », « L’idée de réincarnation », « Les forces psychiques », « Les nombres », etc. 

En 1913 Antoine Rougier collabora avec Papus et Marc Haven à la fondation de La Renaissance Universelle, revue qui n’eut qu’une brève existence, un seul numéro parut en Juin 1914, interrompue par la première guerre mondiale.

[NDLR : Nos lectures estivales s’enrichissent d’une réédition de l’ouvrage d’un auteur du début du vingtième siècle que nous pouvons qualifier d’ésotériste. En effet, le professeur de droit public Antoine Rougier (1877-1927), d’abord à l’Université de Caen (1908-1910), puis à Aix-Marseille (1910-1912) et enfin à l’Université de Lausanne (1912-1927) dont il fut doyen, mais aussi avocat à la Cour d’appel de Lyon (en 1903) publia, dès 1909, chez Les Éditions Vivat – ne pas confondre avec les éditions éponymes fondées en copropriété en juillet 1995 – sous le titre La voix de la sagesse-Recueil des préceptes des sages de tous les temps. Nous lui devons aussi La première assemblée de la Société des Nations, Genève, novembre-décembre 1920 (1921), La théorie de l’intervention d’humanité (1910) et Essais philosophiques et ésotériques(Derain, 1949), un volume contenant 24 essais des plus passionnants, dont « Le Hasard », « L’Expansion de l’Unité », « Le Royaume du Silence », « Les Arcanes majeurs du Tarot », en encore « La Porte de l’Amphithéâtre » – de Khunrath –, « Le Pôle magnétique », « La Légende de la Tarasque ». Philosophiques et ésotériques, tout un enseignement

Par ailleurs, la célèbre librairie lyonnaise Derain réédita, en 1948, La Voix de la Sagesse. Librairie emblématique qui trouva, en 2015, un nouveau repreneur en la personne d’Anne Benisti. Et une librairie qui, fait assez rare dans ce domaine, bénéficie d’un fan club – Association des amis de la librairie Derain – dont l’objet est de « favoriser la notoriété, la conservation de l’histoire de la librairie Derain, et développer la diffusion et la promotion des thèmes tels que spiritualités, traditions, bien-être, philosophies, et des nouveaux concepts, idées et approches qui contribuent à construire une humanité plus fraternelle par tous moyens (formations, colloques, conférences et séminaires ainsi que tous moyens de diffusion sur support écrit, audiovisuels et NTIC) existants ou pouvant exister dans l’avenir ».

Marc Haven.
Maître Philippe.

Antoine Rougier (1877-1927), fut un ami d’Emmanuel Lalande (24 décembre 1868 – 31 août 1926), plus connu sous le nom de Marc Haven, médecin et occultiste français qui fut l’un des plus fidèles compagnons de Papus et le gendre de Nizier Anthelme Philippe, dit Maître Philippe de Lyon (1849-1905), mystique et guérisseur.

Antoine Rougier fut également membre du premier Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste.

Papus.

Rappelons que possédant un double doctorat en Droit (Université de Lyon, 1902 et 1903), il avait une très haute idée de la Justice. C’est ainsi que la compagne de cette belle valeur ne saurait exister sans la vraie Sagesse…

Justice,« vertu cardinale qui consiste à donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû » mais aussi valeur maçonnique. Et que dire de la Sagesse – but ultime de l’initiation maçonnique ? – à laquelle se réfère si souvent la franc-maçonnerie…

D’une présentation offrant un aperçu de la vie de Félix-Raphaël-Antoine Rougier à l’avant-propos précisant que nous trouverons dans ce livre la pensée des plus sages parmi leurs semblables, sans toutefois nous préciser le nom desdits sages, l’avertissement au lecteur, plus qu’un simple conseil, est sans appel et nous invite à une mise en pratique : « Soit humble si tu veux atteindre la Sagesse, Soit plus simple encore si tu as atteint la Sagesse ». L’ouvrage se décompose en trois cycles que nous vous laissons découvrir avec grand plaisir. Chacune des sentences pouvant se lire au gré de vos envies. Des maximes données comme des méditations. Par exemple, « Si tu ne peux atteindre le « sentier secret » aujourd’hui, il sera à ta portée demain », ou « Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui avance dans l’intelligence », ou encore « Votre corps est le temple de l’esprit qui vous a été donné par Dieu, et il ne vous appartient pas à vous-même » et « Notre ennemi le plus terrible est en nous-même » et « Le rôle des justes est de rétablir l’harmonie, la paix et le bonheur, là où les méchants avaient semé la confusion, la guerre et la souffrance ».

Les éditions du Cosmogone, une maison d’édition née dans les années 1990. Au départ, Évelyne Pénisson travaillait avec des libraires parisiens qui lui demandaient un grand nombre de rééditions. Devant l’importance de la demande, elle a décidé de créer sa propre maison d’édition. Judicieusement, elle en a orienté la ligne éditoriale tant vers la demande de ses libraires que vers ses propres centres d’intérêts. Ainsi, les Editions du Cosmogone sont spécialisées dans l’édition en sciences humaines, le théâtre et l’ésotérisme.

Nous vous avons, à plusieurs reprises, redu compte de leur remarquable revue MATIÈRES à penser, la dernière en date étant du 2 juillet dernier. La maison d’édition compte, aujourd’hui, deux salariés mais un certain nombre de bénévoles apportent leur contribution dans le choix des manuscrits, les corrections et les dernières vérifications.]

La Voix de la Sagesse-Préceptes des Sages de tous les temps

Antoine RougierÉditions du Cosmogone, 2023, 132 pages, 17,50 €

À commander aux éditions du Cosmogone.

L’illustration de la 1re de couverture est une œuvre créée vers 1910 et intitulé « Le Regard » que nous devons à Odilon Redon, pseudonyme de Bertrand Redon (1840-1916), peintre et graveur symboliste français. Son art explore les aspects de la pensée, la part sombre et ésotérique de l’âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve. « Le Regard » est une peinture à l’huile de 73 cm de hauteur pour 91,8 cm de largeur. Elle est conservée au palais des Beaux-Arts de Lille depuis 1997. L’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans (1848-1907), publie, en 1884, À rebours, où il consacre un passage à Odilon Redon.

Le 15 du mois d’août, la Vierge Marie et les francs-maçons…

Le 15 août est le 227e jour de l’année du calendrier grégorien (228e si année bissextile).

C’était généralement le 28e jour du mois de thermidor dans le calendrier républicain français, officiellement dénommé jour du lupin, de son nom générique, Lupinus, qui est le nom latin de ces plantes qui dérive de lupus, le loup.

Genre de plantes dicotylédones de la famille des Fabaceae, voir le lupinus n’est donné à tout le monde.

Terme signifiant « herbe au loup », c’est dire, selon le philologue Jacques André, « mordante comme le loup », en référence à la légendaire amertume de ses graines dans l’Antiquité…

En ce jour du loup, donc, mais aussi jour de l’’Assomption, appelée Dormition dans la tradition orientale, la Vierge Marie, mère de Jésus, au terme de sa vie terrestre, est entrée directement dans la gloire de Dieu, autrement dit « montée au ciel ».

Mais que nous apprend l’encyclopédie mariale sur la franc-maçonnerie ?

La réponse nous est donnée par Françoise Breynaert sur le site https://www.mariedenazareth.com/

« La franc-maçonnerie

Au Moyen Age, les francs-maçons étaient des compagnons bâtisseurs ayant des connaissances spécifiques en architecture ; ils travaillaient souvent à la construction des cathédrales, et les cathédrales étaient dédiées à Notre Dame.

Mais voici qu’à la fin du XVI° siècle, en Angleterre, furent acceptés parmi les franc-maçons des gens, les « Rose-croix », qui se présentaient comme les bâtisseurs du « temple invisible et immatériel de l’humanité »[1].

Édition originale de la Fama Fraternitatis, 1614.

Ainsi naquit la « franc-maçonnerie », qui « a pour devoir d’étendre à tous les hommes de l’humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe »[2].

Tous les Francs-Maçons ne sont pas hostiles à l’Eglise, pourtant, à la base du projet franc-maçon, il y a ces « Rose-croix » dont la croix mime la croix du Christ, mais qui n’a plus rien de chrétien.

Ce projet, unir tous les hommes sans le Christ, ressemble à la construction de Babylone dont parle aussi l’Apocalypse, et un tel projet s’auto-détruira, il sera détruit par la Bête qui l’a inspiré

(Ap 17, 16) !

Johann Valentin Andreæ a publié Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz en 1616.

Alors que l’unité de « Babylone » ne peut pas tenir, l’exégèse biblique a montré le lien entre Jésus, sa mère, et l’unité : non pas une unité imposée de l’extérieur par un système commercial et abstraite, mais une unité fondée sur l’amour du Christ rédempteur et de sa mère Marie.


« Basic Principles » anglais de 1929 – Point 3) Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du
Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d’en haut qui lie la conscience de l’individu particulier qui est initié.

La Bible ?

Dans la Franc-Maçonnerie dite « régulière », la Bible est ouverte durant les travaux, couverte de l’équerre et du compas. Mais elle peut être remplacée par la Torah ou le Coran. Ce n’est pas en tant que Parole de Dieu qu’elle est vénérée mais en tant que point de départ, exotérique, d’où le Maçon « s’élève » vers une connaissance (abstraite, et que l’on pourrait dire gnostique, ésotérique, etc.) par le travail symbolique.

« Quelle que puisse être la religion professée par un Maçon, cette révélation de la divinité qui est reconnue par cette religion devient sa planche à tracer. »[3]

Une telle attitude est opposée à l’attitude chrétienne qui ne saurait rien écrire sur la Bible. Le chrétien laisse plutôt l’Esprit du Dieu vivant écrire la Parole dans son cœur (2 Co 3, 3).

« Basic Principles » anglais de 1929 – Point 2) Que la croyance en le G.’. A.’. D.’. L.’. U.’. et en Sa volonté révélée soient
une condition essentielle de l’admission des membres.

Dieu ?

Dans la Franc-Maçonnerie, « le « grand architecte de l’univers » est un « ça » neutre, indéfini et ouvert à toute compréhension. Chacun peut y introduire sa représentation de Dieu, le chrétien comme le musulman, le confucianiste comme l’animiste ou le fidèle de n’importe quelle religion »[4].

La Franc-Maçonnerie dans son ensemble revendique le statut d’Ecole ésotérique ; or la recherche ésotérique conduit par la voie de l’immanence à la rencontre du divin impersonnel des traditions panthéistes ou monistes[5].

Pour un chrétien, l’immanence et le monisme sont une trahison, une régression aux éléments du monde :

Saint Paul, par Antoine van Dyck (1618-1620), Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre.

« Mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur ? » (Ga 4, 9).

Et saint Paul nous exhorte à nous tourner vers la femme par qui Dieu envoya son Fils afin de recevoir la véritable adoption :

« Nous aussi, durant notre enfance, nous étions asservis aux éléments du monde. Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. » (Ga 4, 3-5)

– Le magistère, conscient des enjeux profonds, a toujours enseigné qu’un chrétien ne peut pas être franc-maçon, il l’a encore rappelé après la parution du nouveau droit canon, par des déclarations claires[6].

[1] S. Hutin, Les sociétés secrètes, PUF, collection « que sais-je ? » n° 515, 11° édition, Paris 1993, p. 60-61

[2] A. Guichard, art. « Franc-Maçonnerie », Encyclopedia universalis S.A., France, 1998

[3] Dc Mackey, Masonic Ritualist, cité par A.Preuss, Etude sur la francmaçonnerie américaine, trad. A. Barrault, centro Librario Sodalitium, Verrua Savoia (Italia), 1998, p.171

[4] Déclaration de l’épiscopat allemand, L’Eglise et la franc-maçonnerie, Pressedienst 12 mai 1980.

[5] Joseph Marie Verlinde, La Déité sans nom et sans visage, le défi de l’ésotérisme au christianisme, II, Edition Saint Paul, Versailles 2001, p. 167-192

[6] Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration du 17 février 1981, et Déclaration du 26 novembre 1983 »

Un site qui renvoie aussi vers d’autres articles sur l’art royal :

La franc-maçonnerie : Babylone, antithèse de la femme couronnée d’étoiles ?/Le magistère et la franc-maçonnerie/1610 à Quito (Equateur) : des apparitions parlent de la franc-maçonnerie/Chrétien et franc-maçon ? Autre bibliographie utile

Puisqu’il est fait question dans l’article de notre sœur en humanité Françoise Breynaert de franc-maçonnerie dite « régulière », il nous revient à l’esprit une loge qui porte le doux nom de « Rosa Mystica ». Signifiant rose mystique, il est un des nombreux vocables sous lesquels la Vierge Marie est invoquée dans les Litanies de Lorette, une prière populaire dans l’Église catholique…

Ladite loge blasonnant ainsi : « Écu en losange de sable à croix d’or tréflée, chargée d’une rose pourpre, au bouton d’or accompagné de neuf points du même, rangés en cercle deux orles brochant sur la croix, le premier diminué de sinople, le second de gueules en forme de lacs, entravaillé au précédent, à la filière d’or. »

Une rose et une croix… cela ne vous rappelle-t-il rien ?

L’Assomption de la Vierge, Jan Matejko, Musée national de Cracovie, Pologne, 1875..jpg

Reconnaissons que la question de la Vierge Marie et de la franc-maçonnerie en général ou de celle dite « régulière », en particulier, qui demande la croyance en un Grand Architecte de l’Univers (GADLU), qui est Dieu, n’amène pas, de la part de l’Église catholique d’enseignement officiel spécifique sur ladite question.

Il est vrai que les enseignements de l’Église sur la Vierge Marie se concentrent sur son rôle de Mère de Dieu, sa virginité perpétuelle et sa place unique dans l’histoire du salut. Soulignons aussi la profonde dévotion et la révérence de l’Église catholique à l’égard de la Vierge Marie. Il en est d’ailleurs de même pour tout chrétien de l’Église catholique romaine et apostolique. Elle est considérée comme l’icône parfaite de l’Église et la réalisation la plus parfaite de l’Église. L’Église la reconnaît comme le modèle des attitudes du cœur, telles que l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu, la recherche active de sa volonté et la disponibilité totale pour réaliser le plan de Dieu. La maternité virginale de Marie, sa capacité de prière et de travail, et son souci de l’Église naissante sont également soulignés.

De son côté, l’Église a historiquement exprimé des préoccupations concernant certains aspects de la franc-maçonnerie. La position de l’Église sur la franc-maçonnerie est exposée dans le document « Déclaration sur les associations maçonniques » publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1983. Ce document affirme que l’appartenance à des associations maçonniques est incompatible avec la foi catholique en raison des principes et des actions de la franc-maçonnerie qui sont contraires à l’enseignement de l’Église. Pour mieux comprendre cette thématique, il pourrait être judicieux, voire recommandé de consulter les documents officiels de l’Église et de demander conseil à des ecclésiastiques compétents pour mieux comprendre ces sujets… ou à votre vénérable maître !

La solitude et la connaissance de soi

La solitude et la connaissance de soi, un conte philosophico-initiatique

Et si ce que nous donne le monde n’était qu’un reflet de ce que nous donnons au monde ?

C’était un rivage inhabité, sans limite où, dans la solitude commençait ce qui lui parut un désert. Émat avait justement voulu venir là, dans un renoncement aux distractions citadines, pour une solitude nécessaire au dépouillement mondain. Seule son ombre le suivait. Sa marche, les yeux fixés sur ses pensées, ne s’y laissait plus appréhender selon des coordonnées horizontales de distance parcourue, mais selon celles de la profondeur. Il ne s’identifiait plus au touriste assuré de ses trajets, ni à l’errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin dans la quête de cet ailleurs dont on lui avait parlé. L’intérieur de l’homme est un désert, un vide pour Cioran, un abîme pour Victor Hugo, Hermann Hesse, Gérard de Nerval, Blaise Pascal, Paul Valéry et tant d’autres. L’invitation à se connaître de toutes les initiations n’est rien d’autre qu’un appel à prendre conscience de son propre désert. C’est une vision à la fois de sa misère et de sa grandeur.

Lorsque la lumière du grand bleu du ciel, dans l’alternance cosmique, laissa la place à l’obscurité de la nuit, «son mouvement s’évanouit au seul nommer de l’Infini[1]» devant cette immensité sans autre décor qu’elle-même. S’allongeant, avec une pierre pour oreiller, Émat s’endormit et rêva.

Il était devant l’architrave du frontispice du temple de Delphes dédié à la Pythie. Apollon lui désignait les mots gravés dans la pierre ; «connais-toi toi-même» qui s’y détachaient. Il n’avait pas besoin d’épeler les mots, il les connaissait ; Socrate les revendiquait, tandis que Pline l’Ancien les attribuait à Chilon de Sparte. Platon, qui chercha à en trouver le sens, montrant le ciel et la terre, ouvrait tous ses livres où il avait mentionné cette phrase. Comme des abeilles qui vont polliniser la pensée, des feuilles de son Charmide, de Philèbe, de Protagoras, d’Alcibiade et de ses Lois s’envolaient et lui laissait entrevoir l’importance de cet impératif : «Connais-toi toi-même et comprends, comme une injonction initiatique, que c’est une clef pour comprendre le monde et la vie».

À son réveil dans l’aurore naissante, se souvenant de son rêve, il s’interrogea : comment faire pour se connaître ?

Tournant son regard, Émat examina ce qu’il pouvait constater sur lui. Évidemment, il ne pouvait voir de son corps que ses bras, ses jambes, son torse, rien de son dos, rien de sa face.

Comme un aveugle, il effleura de ses mains la forme de son visage. Que suis-je ? Le questionnement, le quoi, était déjà inscrit dans son patrimoine d’humanité parce que la somme des lettres hébreux du nom de l’idée de l’humain biblique «Adam»[2], 45, correspond à ma, qui vaut aussi 45, le «quoi», le questionnement. D’ailleurs c’est avec le questionnement que les Hébreux furent nourris dans le désert de l’Exode, avec la manne, en araméen, mahanou, «qu’est-ce que c’est ?».

Émat se sentit comme le reflet du monde, microcosme, image fractale d’une création qui inscrit dans son être les proportions mystérieuses et universelles que les nombres révèlent et qui furent chantés par Pythagore. Est-ce cela connaître l’Univers ? L’univers est en moi essaya-t-il de se persuader. Ce qui lui avait paru étranger devint étrangement lui-même. Il en fut heureux et eut envie de voir si son visage en avait changé. Il lui fallait un miroir, un corps suffisamment poli, une surface de réflectance, une pierre polie comme l’obsidienne, ou un morceau de verre, ou un bout de métal ou encore tout plan d’eau avec une onde calme qui lui renverrait son image.

Il chercha, et trouva un tesson de bouteille et s’en servit comme d’une psyché. L’objet, concave d’un côté, lui fit songer à ces miroirs ardents, capables de concentrer l’énergie solaire au point que Lavoisier l’utilisa pour fondre l’or. Il songea, aussi, à ces calices qui, suivant leurs formes et leur angle de réfraction retiennent ou renvoient la lumière après l’avoir reçue. Il sourit en retournant ce miroir de sorcière. Il voyait s’y refléter, dans sa courbe convexe, ce qui l’entourait. La forme captait des images au-delà de son champ de vision, devant lui, derrière, en haut, en bas, mais sa propre image était déformée.

Émat se souvint d’une pratique du Rite Français : «Le Vénérable présente à l’aspirant une autre face du miroir qui lui défigure entièrement les traits, en les allongeant outre mesure sous un aspect, les adoucissant sous un autre, et les montrant sous un troisième très oblique. C’est, lui dit-il, l’emblème du vice, du mensonge et de l’erreur qui altéraient la beauté de votre âme et obscurcirait votre entendement si vous n’étiez sur vos gardes…»[3]

Alors, en dévoilant, le miroir déforme-t-il aussi ?

Devant l’évidence, Émat constata que le miroir ne donne à voir qu’une image en deux dimensions, une apparence diminuée ? L’être, son histoire, ses potentialités, sa raison ou sa spiritualité, en un mot sa phénoménalité ne se trouve pas dans ce qui est reflété. Tout être est gonflé de changements et de potentiel. C’est aussi ce que Plutarque fait dire à Ammonios : «L’homme d’hier est mort dans l’homme d’aujourd’hui, l’homme d’aujourd’hui est en train de mourir dans l’homme de demain ; personne ne demeure et personne n’est un, mais nous devenons plusieurs, tandis que la matière circule et glisse autour d’une image unique et d’un moule commun5[4]». Les degrés et fonctions maçonniques n’assignent–ils pas qu’une identité provisoire au franc-maçon ?

Mais oui, mais c’est bien sûr pensa Émat, cela veut dire que ni soi, ni l’autre ne sont qu’une apparence et que le corps porte davantage que son extérieur ; il est le lieu où sa vie exprime le mouvant et émouvant grand Tout. Ce bout de verre lui renvoyait la question de l’existence, de l’être au monde, par le dévoilement des forces secrètes et invisibles qui animent et dirigent l’ordre des choses visibles et là, dans son séjour dans son reflet, Émat comprit que le vrai est le négatif des apparences[5].

Un vol d’oiseaux sauvages griffa le ciel. Cela lui fit penser à ce livre de conte, La conférence des oiseaux, qu’il avait trouvé abandonné sur un quai de gare et qu’il avait ramassé comme si cet ouvrage lui était destiné pour lui délivrer un message.

La conférence des oiseaux[6] est une épopée mystique soufie qui retrace la quête d’oiseaux pèlerins partant, sous la conduite d’une huppe[7], à la recherche de leur roi, la Sîmorgh. Partis par milliers, à la fin de l’épopée, seuls trente oiseaux parviennent au terme de leur quête et peuvent contempler l’oiseau sublime. À ce moment précis et par un subtil jeu de mots, la Sîmorgh devient le miroir de ces sî-morgh («trente oiseaux» en persan) qui découvrent, en l’oiseau qu’ils cherchaient, le secret profond de leur être.

Comme cela a été analysé, «lorsqu’ils tournent le regard vers Sîmorgh, c’est bien Sîmorgh qu’ils voient. Lorsqu’ils se contemplent eux-mêmes, c’est encore Sî-morgh, trente oiseaux, qu’ils contemplent, identité dans la différence, différence dans l’identité ». On retrouve ici le concept d’âme du monde identique à tous les êtres, se mirant en chacun d’eux, tout en se manifestant de façon différente. « Ce cantique des oiseaux est le reflet des âmes humaines »[8].

Maître Eckhart, dans le même sens, affirmait que «le regard par lequel je Le connais, est le regard par lequel Il me connaît». Le motif central du miroir est de nouveau présent ; la contemplation du reflet de la divinité dans sa propre âme, livrerait le secret et donnerait l’ultime clé d’accès à la cité intérieure de l’être.

Dans le fond, il ne se connaissait pas vraiment pensa-t-il.

Ce que nous percevons finalement en notre personne, conclut-il, au stade de sa réflexion devant le miroir, c’est un «autre» mis au-devant de nous. Nous sommes, sans le savoir incomplets, inachevés. Il y a une habitude à se voir ; une telle habitude que c’est à mon image inversée que je crois ressembler. Mais qui scrute qui dans le miroir ? Si j’étais de l’autre côté du miroir, est-ce que je me verrai aussi inversé? Nous sommes souvent surpris de nous voir tel que les autres nous perçoivent. Il faut un jeu de doubles miroirs pour annuler l’effet d’optique et remettre le reflet à l’endroit, il faut le regard de l’autre pour compléter la vérité de notre être.

La réponse à la question «êtes-vous franc–maçon» le dit d’une certaine façon : «mes frères me reconnaissent comme tel».

Que verrais–je si le support du reflet était un plan d’eau se demanda-t-il ? Alors, Émat voulut en faire l’expérience, chercha, et trouva une mare sombre et claire à la fois. Il s’assit, se pencha.

Une métamorphose ! Il était, à la fois, au bord de l’eau et tout entier dans l’onde calme, il se trouvait à deux endroits à la fois, il était dans un état superposé, à la fois ici et là-bas dans un état fluidique.

Si près de son reflet aqueux, comment ne pas se rappeler Ovide ? Liriopé, la nymphe bleue, eut un fils du dieu du fleuve, Céphise, qui la viola. Narcisse fut le nom de l’enfant qui naquit11[9]. Le divin Tirésias prédit que Narcisse vivrait très vieux à condition qu’il ne se voie pas. Et Narcisse grandit, et Narcisse devint beau.

Parmi ses amoureuses, la nymphe Écho fut repoussée et en réclama vengeance. Ce fut Némésis qui, dans l’eau claire d’une source, fit voir à Narcisse son reflet dont il en tomba amoureux. Se rendant compte que l’amour pour soi-même est vain, Narcisse dit adieu… adieu lui répondit Écho. Et, posant sa tête fatiguée sur l’herbe verte, Narcisse ne fut plus.

Que de légendes autour de ce psychodrame ! Que l’eau dans laquelle Narcisse se noie soit en fait celle de l’image de son père Céphise, le dieu fleuve, qui abusa sa mère, ou que son reflet soit celui d’une sœur jumelle morte qu’on lui prêtait et que son amour pour elle l’ait conduit à la rejoindre, ou que ce soit la punition d’un amour de soi-même, ce sont toujours des interprétations psychanalytiques dans lesquelles ce sont les traumatismes qui triomphent.

Quel terrible destin de mourir parce que nous aurions entrevu ce que nous sommes ! s’exclama Émat intérieurement.

L’inconscient serait-il notre pire ennemi comme les freudiens veulent le laisser croire[10] ?

L’approche de la vérité de soi se fait dans le champ de la conscience personnelle en fut persuadé Émat. Au Rite écossais rectifié, une épreuve du miroir voilé se passe au cours du quatrième voyage de la réception du compagnon. Lorsqu’il lui est présenté, le récipiendaire peut y lire sur un phylactère : «Si tu as un vrai désir, du courage et de l’intelligence, écarte ce voile et tu apprendras à te connaître». Le miroir donne à réfléchir sur soi et sur le monde. Il vaut mieux réfléchir et ne pas regarder se réfléchir.

C’est ce que me propose le Gnothi seauton, le «connais-toi toi-même» du Temple de Delphes. C’est une connaissance pour vivre et non pour mourir, pour vivre, non seulement avec soi-même, mais avec les autres, pensa Émat.

Il s’agit bien de connaître ses limites ; cela se fait par un état de conscience, pas d’inconscience. C’est un rapport aux autres, une indication de juste mesure, celle qui fait se courber pour passer une porte basse, par exemple.

La phronésis, la sagesse grecque pratique, est une incitation à la réserve par le savoir, une modération dans le plaisir[11]. Pour Socrate, la vocation morale de l’être est dans la tempérance et la mesure, dans la connaissance de notre portée. Socrate est explicite : «Celui qui ignore ses capacités ne se connaît pas lui-même… Ceux qui se connaissent eux-mêmes savent ce qui leur convient et, distinguant ce qu’ils savent, ils se procurent ce dont ils ont besoin et ils sont heureux…».

Émat savait que, sur le marbre de ce même fronton, s’offrait aux yeux du pèlerin l’inscription é Mèden agan[12], «et rien de trop». Pour ce qui concerne le contenu de sa vertu éthique, Aristote le définit comme le juste milieu (mêsotès) entre deux extrêmes condamnables nommés ellipse et hyperbole. C’est une exigence morale qui s’accompagne de 147 commandements qui auraient été écrits par sept sages[13]. «La vertu fait viser le milieu[14]. Ainsi, quiconque se connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous». C’est bien la tempérance maçonnique.

Émat sourit en pensant à cette bévue, communément répandue, que «et tu connaitras l’univers et les dieux» serait la suite de la phrase Cette conclusion, ajoutée plus tardivement, n’a jamais été gravée sur le temple de Delphes ! Connaître les dieux serait d’ailleurs antinomique avec ce que disait Socrate : ce qui est au-dessus de nous est sans rapport avec nous. Pour Socrate, «Connais-toi toi-même» signifiait qu’il faut atteindre la connaissance et la maîtrise de soi et s’affranchir des spéculations idéologiques et des explications théologiques (à une époque où la vénération des dieux était telle que l’on s’en remettait à eux pour tous les grands choix et évènements de la vie). Le «toi-même» du précepte invite à l’éveil de soi-même, à ne plus s’en remettre aux dieux pour tous les choix à faire et, par conséquent, à ne pas faire porter aux dieux la responsabilité de toutes nos erreurs.

Le miroir n’est pas seulement un appel à une introspection, c’est surtout à une mise en relation de l’être avec ses limites. Se regarder pour se connaître, c’est ne pas rester médusé par son propre reflet, rester figé dans une dimension achevée, mais c’est ouvrir son visage sur l’altérité, avec l’humilité qui fait place à l’autre en l’acceptant dans la lumière nécessaire pour le voir. C’est pourquoi le miroir, en fait, est aussi l’instrument de la ligne de mire qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, l’être en devenir avec les autres. Ce n’est pas la complaisance que le miroir propose, c’est un «autre», des autres, mis au-devant de nous. Le regard des autres va devenir le miroir où nous allons retrouver ce double que nous avons perdu[15].

Le mot visage, en hébreu panim, n’est-il pas un pluriel ? N’y a-t-il pas sur une seule goutte de pluie tout le reflet du monde ?

Il faut de l’expérience pour se connaître, il faut nous voir réagir à nos épreuves en ajustant nos actions éthiques.

Il faudrait mesurer nos convictions à la force de nos engagements en expérimentant le possible de nos vies entre désirs, rêves, attentes et réalités. La sagesse de Salomon n’est-elle pas de considérer comme vain tout ce qui ne dépend pas de nous-mêmes ?

Le «connais-toi toi-même» demande de tracer le cercle avec un compas ouvert sur la mesure de notre potentiel. Dans la Tradition, la Prudence n’est-elle pas représentée par un miroir entouré d’un serpent[16]. Ce cercle ne fait pas de nous un centre, car c’est à sa périphérie nous avons à le parcourir dans le contact avec les autres ?

Émat glissa doucement vers un état proche de la catoptromancie, cet art antique basé sur un phénomène d’autohypnose où la conscience flottante s’abandonne à ses visions intérieures, via le miroir.

Le miroir ne me flatte pas, se dit Émat, il ne me montre que ce qui s’y reflète, à savoir mon visage, pas l’être que l’on ne montre jamais au monde car on le cache par le personnage, le masque de l’acteur. Le masque, c’est à la fois l’écran et l’exhibition de la personne elle-même. Persona est en latin le masque de l’artiste qui cache son visage. Le masque est ainsi le support d’une dialectique du visible et de l’invisible, du dévoilement et du retrait. L’être en sa profondeur est secret et se doit malgré tout de faire des apparitions. Le masque dit la nécessité d’un écran, d’une caisse de résonance pour l’existence de l’homme comme altérité nécessaire de soi.

Comme le bandeau, comme la colonne des apprentis, le miroir, ce désert personnel, est une invitation à descendre dans les tréfonds de la conscience de soi, mesurant la pesanteur de ses pensées, de ses actes et de ses propos, puis à s’élever, libéré, régénéré, apaisé et confiant, ayant accédé à un nouveau niveau d’intelligence cognitive. L’être n’est pas un Néant, il est un étant qui participe à la Création en l’actualisant dans son impermanence, il en est un de ses flots de conscience.

Dans l’onde se reflétait aussi le ciel au milieu duquel il semblait maintenant se trouver. Émat comprit que le speculum, autre nom latin du miroir, génère le verbe «spéculer», que le visage, dans lequel il se reconnaissait plus ou moins, importait peu. Son continent de complexité, et de celui qui l’entoure, lui avaient donné à réfléchir pour en connaître son être. Ce fut une évidence : ce sont ses actes qui en dessineraient les contours et que l’amour qu’il pouvait donner et recevoir en reculerait les frontières[17].

Émat ramassa une pierre qu’il jeta tendrement dans la mare, son image disparut dans les molécules de l’eau qui en seraient dorénavant les gardiennes. Se relevant du bord de la rive, il pénétra dans la lumière de l’air et, de cette matière à voir, il en fit du vent, retenu par la voile de son être, pour amorcer le mouvement de ses pas et quitter son désert. Sa quête ne devait pas s’y achever.

Viendra le temps de la reliance, de la médiation après celui de la méditation. Là se lieront les informations extérieures aux ressentis intérieurs, là s’effectuera la coïncidence des opposés dans le mouvement et l’équilibre, en cessant de se regarder dans l’immobilité, avec ce qu’il avait connu de luimême. En ce sens, le désert est un lieu de passage : se quitter soi-même, abandonner son moi superficiel pour trouver son Soi. Dans le désert, le pèlerin des sables se meut au contact de l’infini. Il s’immerge dans l’alliance de la terre et du ciel, dont le cœur en est le foyer de convergence. La contemplation ne peut qu’être expérience, un moyen de connaître des faits que l’on ne voit pas, de trouver une condition humaine autre.

En initiation, comme en hébreu, le désert n’est qu’un passage. En hébreu le mot désert s’écrit « midbar », avec comme racines les lettres daleth beth et reich. Avec ces mêmes racines, l’hébreu écrit, entre autres, les mots : dabar qui signifient la parole, mais aussi la peste ; débora, l’abeille et doberot, les radeaux sur lequel furent amenés les bois de cèdre depuis le Liban pour construire le Temple de Salomon[18].

Leur point commun ? C’est le mouvement, le passage d’un point à un autre, le fait de transmettre.

La pensée de l’accomplissement de soi, héritée d’une tradition immémoriale, est celle de l’épreuve.

Cette pensée de l’épreuve est la pensée de l’effort en tant qu’il construit le moi, mais en tant que le moi trouve, par son intermédiaire, une finalité plus haute que lui qui est sa place dans le réel naturel ou social. Une pensée s’imposa à Émat : « autrui fonde l’essence du moi ; je ne suis que ce que tu es ; si tu n’étais pas, dans ma solitude je ne serais plus[19].» Ma relation à l’autre «n’est pas qu’un échange de droits pour régler des libertés rivales», il est son visage qui me fertilise et qui m’assigne à la responsabilité[20].

En mettant ses pas les uns devant les autres, Émat se dirigea vers l’horizon pour le faire reculer. Il murmura à cet instant : «Que je sois le veilleur de tous les horizons / Permets à mon regard plus hardi et plus vaste / d’embrasser soudain l’étendue des mers[21] ».

En s’entendant, il comprit que son horizon des eaux avait renversé son reflet du paraître et que son questionnement «que suis-je ?» était devenu la joie de la question existentielle «qui suis-je ?»[22].

Restera la question : son désir sera-t-il celui d’être un autre ou celui d’être encore plus lui-même[23] ?


[1]Milosz Lubicz, Épitre à Storge, p.21 :

[2]  On ne rencontre l’écriture Adam (םָ דָ א) qu’aux versets Gen ; 1, 26 et 3,21. Son nom Aadam (הָאָדָם) est expliqué au chapitre 2 de la Genèse, verset 7: au moment où il devint «un animal avec une âme» par le rajout du Hé, le souffle divin. Cela fait passer la somme des lettres du mot Adam, 45 (א דָ םָ ), correspondant au mot «quoi» (מה), à la somme des lettres d’Aadam 50, donnant «qui» (מי) ; comme s’il était passé de l’état d’objet, d’idéation. « Faisons l’homme (adam) à notre image » devient sujet dans sa corporéité, « Dieu créa l’homme (Aadam) ». Cela nous invite à réfléchir sur la préexistence des âmes avant leur descente dans des corps produit par la chute et au thème de la réintégration des êtres bien connu du Régime Écossais Rectifié .

[3] Dupontes, Cours Pratique de Franc-maçonnerie, p.145.

[4] Plutarque, Œuvres morales, p. 246.

[5] Compléter par la lecture du texte au paragraphe II. La détermination au négatif est inscrite dans l’Être.

[6] La conférence des oiseaux de Farid ûd-Dîn Attâr.

[7]  La Huppe ou la Simorgh serait l’oiseau qui aurait permis à Salomon de s’emparer du shamir (La légende de Soliman, note 26, p. 15).

[8] La contemplation comme voie spirituelle.

[9]  À Thespies, en Béotie.

[10]  L’épreuve du miroir apparaît en 1778 dans la Maçonnerie lyonnaise où naquit le RER. Alors, la cérémonie de réception de l’apprenti ne mettait pas en œuvre le miroir. C’était «au 2ème grade, que le candidat les yeux bandés était conduit devant un miroir caché par un rideau. Après que le vénérable l’ait incité à rentrer en lui-même pour y passer en revue ses erreurs et ses préjugés, le bandeau lui est enlevé et il contemple son, visage dans le miroir éclairé par un réverbère.» Ce n’est qu’en 1782, au Convent de Willemsbad, qu’elle fut adoptée par le RER au 1er degré et perdure dans les autres Rites qui pratiquent cette épreuve.

Dans le rituel d’initiation au REAA et au Rite Français Groussier, le miroir présenté à l’impétrant a pour signification que son reflet est son plus grand ennemi avec lequel il faut se réconcilier.

[11]  Dans la tradition, la Prudence, tenant ou écrasant un serpent, est représentée avec un miroir.

[12] Μηδὲν ἄγαν : Sénèque explore les « trop » qui empêchent la vie heureuse dans ses Consolations.

Et rien de trop au cœur de la pensée grecque.

[13]  Les sages par Platon, dans Protagoras p.46 : Thalès de Milet et Bias de Priène, tous deux de l’Ionie ; Pittacos, Éolien, de Mytilène dans l’île de Lesbos ; Cléobule de Lindos, ville Dorienne de l’Asie ; Solon d’Athènes et Chilon de Sparte ; quant au septième, au lieu de Périandre, fils de Cypsélos, Platon, fils d’Ariston, mentionne Myson de Chénées (il y avait autrefois sur le mont Oeta un bourg de ce nom).

[14] Les Commandements ou Ordres de Delphes.

[15] Gaston Bachelard, Une enfance parmi les eaux.

[16] Œuvres de Phillibert de l’Orme, Livre III, De l’Architecture 1626, p. 50v.

[17] Les miroirs en étain poli, que les femmes des hébreux apportèrent (ainsi que leurs bijoux) pour être fondus afin de fabriquer les ustensile servant aux ablutions des prêtres du Tabernacle, furent refusés dans un premier temps, sous prétexte d’être des objets de frivolité. Cependant, D.ieu ordonna de les prendre parce qu’ils servaient aux femmes pour se faire belles afin d’adoucir la souffrance de l’esclavage de leurs époux (Échanges avec Haïm Korsia à la GNLF).

[18]  I Rois ; 5,23.

[19]  A. Neher, Amos, Contribution à l’étude du prophétisme, p.263, J. Vrin, 1950.

[20] Corine Pelluchon, Introduction à Levinas

[21] Rainer Maria Rilke, Le Livre de la pauvreté et de la mort, traduit de l’Allemand par Adamov

[22]En hébreu eau se dit «Mayim» (Mèm, Yod, Mèm). «Mah» (Mém, Hé) veut dire Quoi ? Le reflet de im est mi (Mém, yod) qui veut dire «Qui». Une fois cette étape du questionnement franchie, l’homme peut alors pénétrer dans la Sagesse créatrice et devient «Tsadik», un Juste, dont la lettre initiale, le «Tsadé»,  a pour valeur 90, soit précisément la valeur guématrique de «Mayim» les eaux !

[23] Le désir d’être pour Schopenhauer, c’est être un autre, pour Spinoza, c’est être encore plus le même.

Petit tour de l’humain, grand retour à l’Homme !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Tous les comportements humains sont empreints d’humeurs, pas nécessairement d’humeurs de l’instant, mais aussi d’humeurs remontant à des pensées, à des émotions, à des situations ou à des expériences antérieures, parfois anciennes, soit continues, soit inopinées, soit rappelées par les circonstances. Vous vous demandez avec effarement pourquoi je claironne une telle banalité, d’entrée de jeu. Oh ! c’est bien simple : parce que ce qui doit nous interroger relève le plus souvent de réalités triviales et diffuses auxquelles nous ne prêtons plus guère attention et qui font de nous des otages invisibles traînant leurs chaînes.

N’y aurait-il pas quelque paradoxe à s’en étonner, quand l’initié serait lui-même à la recherche d’un ressenti ? C’est qu’il s’agit de tout autre chose, qui passe précisément par un dépouillement, celui de cette gangue de réactions qui, pour être sincères et avoir leurs causes, oppriment notre moi profond et nous empêchent d’accéder à une pleine conscience de notre état de sujet vivant, appartenant non seulement à son histoire et à sa société, mais aussi et principalement au vaste règne de la Nature qui régule sa condition, en première comme en dernière analyse.  

Dans cet étrange combat qui ne peut se livrer que par les voies de l’apaisement intime et de la réconciliation intérieure, l’humour, qui marque ce pouvoir de dissociation d’avec les redoutables ambiguïtés du silence, l’humour porte ainsi la signature d’une libération. Certes, il reste loin du langage de la totalité – langage qui, au fin mot, ne trouve son achèvement que dans un consentement ultime à l’ineffable –, mais il ouvre un chemin vers le ciel, laissant poliment à chacun le soin d’en tirer les conséquences. L’humour est la soupape de nos humeurs. Il vaque au service de notre réclamation perpétuelle de vérité, de justice et, en définitive, de pardon, car, sans capacité de pardon, aucun espoir ne peut durablement renaître. L’humour est le page de la résilience, même si, l’âge venant, il ressemble davantage à un vieux domestique se refusant à la mélancolie. Il offre toujours cette aide discrète et charmante pour l’esprit, qui l’encourage à poursuivre. Il est vrai qu’humour et humeur ont même origine et que ces mots se confondaient au début du XVIIe siècle, avant que l’usage anglais ne les distinguât, spécifiant le premier dans le recours à des « mots piquants à double entente[1] » ou à double détente, c’est selon, qui caractérise une « aptitude à voir ou à faire voir le comique[2] », le ridicule des choses, dévoilant gaîment la fausseté, la fourberie, l’imposture.  

C’est en cela que l’humour s’élève au-dessus de l’humus qui nous constitue, tant homme et humus ont racine commune dans la terre, le premier mot traduisant que l’homme prend son origine et sa forme dans le second. Même si cette étymologie n’a jamais été sérieusement contestée, elle offusquait jadis le rhéteur latin Quintilien qui ironisait : « Et dira-t-on que l’homme est nommé ainsi parce qu’il est né de la terre, comme si tous les êtres animés n’avaient pas la même origine[3] ? » Pour autant, façonné d’argile puis rendu à la poussière, l’homme gagnerait à se couler dans cet imaginaire car, à faire de plus en plus dangereusement offense à la Nature, il rompt avec l’originelle humilité[4] de sa fonction terrestre et risque de ne connaître bien longtemps ni  la consolation ni la sérénité ni moins encore la paix ou l’harmonie.


Humeur, humour, humus, humilité : petit tour de l’humain, grand retour à l’Homme !


[1] Trésor de la langue française, sub verbo Humour.

[2] Ibid.

[3] Marcus Fabius Quintilianus, De institutione oratoria (De l’institution oratoire, c’est-à-dire Au sujet de la formation de l’orateur – le terme d’institution s’entend ici au sens ancien que l’on emploie quand on parle, par exemple, d’instituteur ou d’institution privée d’enseignement, en renvoyant ainsi à l’action d’instruire ou d’éduquer), 1, 6, 34, soit en latin: Etiam ne hominem apellari, quia sit humo natus, quasi uero non omnibus animalibus eadem origo ?

[4] Inséparable de l’humus, l’humilité, cette disposition à se situer au ras du sol, « en réprimant tout mouvement d’orgueil par sentiment de sa propre faiblesse » (Trésor de la langue française, s.v. Humilité), résulte précisément de cette conscience de n’être qu’une humble poignée de terre, c’est-à-dire une moindre chose en ce monde, qui plus est, d’une nature remplie de défauts et de fragilités, quasiment négligeable à l’échelle du temps (car la vie de l’homme est si brève au regard de l’éternité). Ainsi, l’homme, être infime et infirme, en quelque sorte, ne saurait tirer vanité  d’une telle condition, d’autant plus qu’en renonçant aux grimaces de l’arrogance, il peut faire fond sur son intelligence et sa sensibilité pour assurer son salut dans l’harmonie du monde. Ainsi s’annoncent les vertus de l’humilité.

Sur le même thème, on peut se reporter avec profit aux deux articles suivants : Gilbert Garibal, « Homme, humus, humilité », paru sur ce site quelques jours après le nôtre et Solange Sudarskis, « Humilité », sur son blog.